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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1936-02, Collections de BAnQ.

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Imprimerie Populaire Limitée, Montreal I % Su*» i ' février 1936 sixième cahier, deuxième série r l£ la relève CAHIERS MENSUELS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET PAUL BEAULIEU I I ' , ' sixième cahier, deuxième série 36, avenue roskilde, outremont.¦ mm la relève rédacteur-en-chef : CLAUDE HURTUBISfc ?sommaire réponse à jean-louis gagnon .ROBERT CHAR BON N EAU 1 63 H.DE ST-DENYS alphonse de chateaubriant (2) .CARNEAU 166 172 ROBERT EUE rupture célébration de nocl: un noël routier .LUCIENNE FROCHOT 178 chronique vivante le père de foucauld .CLAUDE HURTUBISE .ROGER DUHAMEL 187 189 nationalisme 192 “14 juillet 1935” .R.C ?demande d'abonnement, toute lettre d’information au sujet de la publicité doivent être adressées à la direction.l'abonnement de un dollar est payable par mandat ou par chèque au pair i montréal, aux bureaux de la direction, situés 36, avenue roskilde.tél.: calumet 7562 toute réponse à jean-leuis aaancn Entre la révolte, sursaut des passions et manifestation d'un individualisme froisse, fût-il collectif, et la révolution, nous voyons une différence.La révolte cesse avec les passions qui l'animaient; la révolution, basée sur une conception des fins de 1 homme, ne dépend aucunement d accidents, elle a l'irrépressible force de l'universel et participe de sa transcendance.Cette distinction, je l'ai faite avec l'intention de marquer profondément dans ce qui va suivre nos positions respectives en face de la misère.Vous écrivez: ".encerclée par la misère pénétrante, écœurée de n ôtre qu'un "prétexte", notre jeunesse est révoltée, en attendant d'etre révolutionnaire." Votre attitude s'explique facilement: la misère vous inspire de vous révolter.Pour d'autres raisons (tout le monde n'a pas votre fameux tempérament) nous désirons un changement.C'est alors qu'intervient cette "lettre à Charbonneau" dans laquelle vous allez "fixer dans le fini certaines choses " que selon vous j'ai "laissées perdues dans 1 irréel .Vous citez un texte où je déclare que le capitalisme importe moins qu'un retour aux valeurs spirituelles de charité et de bonté.Et fixé dans le fini voici cc que nous avons: “.vous n obtiendrez ni la disparition des Chinois (les capitalistes de St.James Street) ni de leurs chinoiseries financières par votre retour aux valeurs spirituelles de charité et de bonté.Par contre, ce retour est rendu possible par la disparition des Chinois et de leurs chinoiseries".C.’est, nous semble-t-il, tenir le langage que Chesterton mettait sur les lèvres d un pessimiste anglais: Achetons la poche, le chat s'y trouvera peut-être en fin de compte.Croyez-vous donc que la charité est une vertu de tout repos ?Le règne de la charité, dans notre monde charnel, lui assignez-vous d'attendre pour commencer, la chute du capitalisme ?La charité, bien comprise et vécue, est bien plus forte qu'une révolution dans laquelle rien d'essentiel n'est engagé.Une révolution que compromettrait la disparition de la misère est indigne de ce nom.La misère est en nous.St.James Street en est une forme, mais la suppression des Chinois de cette rue ne détruirait pas la misère, elle ne détruirait que des Chinois.La mentalité matérialiste, créée dans les masses par le progrès l i ' i ’ LA RELÈVE 104 machiniste et l'orientation antimétaphysique qu'on lui a donnée, n'est pas si essentielle à l'homme qu elle ne puisse être extirpée que par la violence.C'est une conception de l'homme qui est à la base du désordre.L'homme, qui s'est cru dieu au sortir du Moyen âge et que la fallacieuse prospérité de ces dernières années entretenait dans cette illusion doit réapprendre par la conquête des forces industrielles qu'il a déchaînées à n être plus seulement un instrument sans âme.Cette conquête postule un sens plus spirituel de sa dignité et de sa grandeur.La misère (elle diffère en cela de la pauvreté) n est pas seulement le manque de pain, mais surtout le manque d espèce l’abandon'de toute dignité.Elle représente un rance aspect terrible, mais en somme accidentel de la crise de civilisation que nous traversons.Elle ne doit pas nous aveugler le problème réel qui est beaucoup plus vaste.Considérons-^ comme un indice du véritable désordre et alors nous comprendrons quelle ne saurait être supprimée radicalement par la chute de St.James Street, de Wall Street ou sur des autres streets.Cela ne veut pas dire que nous devons oublier les ventre-creux, mais bien que nous ne devons pas sous prétexte d'entr aide nous perdre avec eux.Ceux qui n'ont en vue que la disparition de St.James Street conçoivent eux-mêmes la cité future avec cette menta- lité.Je ne veux pas porter ici un témoignage contre ceux que la crise a poussés à gauche, mais je sais que comme individus ils ne diffèrent pas des possédants.Ils ont souvent les mêmes désirs: quand ils émergent de la masse, les affranchis deviennent les plus tyranniques des maîtres.Voilà pourquoi nous devons désirer le rétablissement de ces grandes vertus et de la justice, pourquoi il faut changer l'homme avant de renverser St.James Street.Je déplore que vous voyiez surtout dans la misère un de détruire St.James Street."Charbonneau, c'est la moyen faim qui vous vaudra, en fin de compte, d'avoir une destinée .Et plus loin: ".encore beaucoup de misère et nous aurons cette atmosphère lourde des grandes haines prolétariennes RÉPONSE A JEAN-LOUIS GAGNON 165 et intellectuelles qui annoncent un recommencement".Vous savez que la haine ne construit pas, mais l'amour.Est-ce une révolte d'esclave, une révolution catastrophique que vous désirez ?Celles-là comme le montraient Dandieu et Aron dans la Révolution nécessaire, sont fatalement incomplètes.Elles finissent, après quelques secousses sanglantes, dans une dictature (interrègne qui marque un moment d'arrêt de la véritable révolution) fasciste ou communiste, sans que les vraies réalités aient été engagées.Le secours de la misère intéresse d'abord la charité.On ne consent à la révolution que parce que c'est l'issue logique d'un monde sans âme.Car la révolution est la forme que prend l'évolution historique quand elle s'est mal engagée, a partir d un point, et qu il lui faut rentrer dans cette ligue éternelle que, si nous étions tous des saints, nous suivrions naturellement et sans grands heurts.Les erreurs métaphysiques ou le mépris de la métaphysique par une civilisation se réparent dans le sang."D'abord spirituel" signifie notre intention de ne pas servir à détruire sans garanties.La révolution, nous la croyons nécessaire, mais nous la concevons comme une forme positive de la vie.Nous savons ce qu elle représente d'aléatoire.Nous ne voulons pas d'avance être dupes, fût-ce de cette branche supérieure du Z, comme vous désignez le fascisme mussolinien.L'ordre nouveau ne saurait ressembler de si près à l'ancien.Un retour à l'humanisme intégral nous inspire confiance, parce qu'il renoue le présent à la grande évolution chrétienne interrompue depuis la Réforme.Il s agit de réadapter un mécanisme social pour rendre à un homme qui en sera devenu conscient sa véritable dignité humaine.La condition, c’est qu’on sache être héroïque.Robert CHARBONNEAU i i ' alphcnse de chateaubriant avons essayé d'indi-son œuvre, la Dans un précédent article, quer, telle quelle nous apparaît a travers double voie, nature et douleur, qui mena Chateaubriant à ce qu'il appelle "l'Expérience de l'Esprit".Nous drions aujourd'hui le suivre dans cette aventure intérieure.Nous le verrons décrire cette expérience.Nous analyserons sommairement 1 interprétation qu il en fait, et nous chercherons à comprendre de quelle façon les valeurs qu elle lui apporte se réalisent dans ses nous vou- ccuvres.L'Expérience de l'Esprit dont parle Chateaubriant et où il invite les hommes par un appel si pressant, c est la prise de conscience de la réalité spirituelle.Expérience soufferte pas à pas par une âme en quête conscience dont l'exigente sincérité d'un support, par une voit dès l'abord les limites de ce qui lui est offert, épuisé par incessamment plus proche là toutes choses et se retrouve du centre d'où jaillit son exigence.Expérience où la personne est engagée d'abord par le cœur, siège du désir, et où la raison qui suit fait sa pâture de cette aventure de I insatisfaction.Acheminement en profondeur à force de destruction vers l’épuration de 1 amour en charité, à force de détachement vers la disponibilité.Expérience soufferte qui communique à l'œuvre entière, accent de sincérité, cette au delà de ce qui la limite, texture faite avec de la vie, sa sonorité si humaine jusque là même où elle est en désaccord avec 1 humain.son Le tempérament de Chateaubriant commande un prosubjectif.Il n'édifie pas sa vision du monde d'après connaissance objective de la réalité mais juge cette répugnance à son attente cessus une réalité d'après une convenance profonde.Tempérament affectif qui se porte tout d un clan vers un objet, il exige une satisfaction où l'être soit comble entier.Sa pensée ne se dégage pas de cet élan \ it al et l'image.Elle est réfractaire à l'ab- ou tout réclame sans cesse i Cet article a été publié dans le 3e cahier, novembre 193î. 167 ALPHONSE DE Cl IATEAUBRI ANT straction ct refuse comme morcellement la distinction dont elle ignore la vraie nature.Processus intérieur, dont certaine manière de composer nous offre en art le symétrique, et qui consiste en un contact avec un centre où tout se relie comme de soi-même en faisceau et qui commande le tout comme une note ses harmoniques.Contact dont le sens est une assumption.L'aventure de l'évolution intérieure consiste là en un déplacement du centre, non d'après une certaine ligne tracée d'avance par l'intelligence qui progresse petit à petit dans la connaissance de la réalité qu'il s'agit d’assumer, dans la connaissance essentielle de cette réalité et de sa destinée finale, (intelligence suivie par la volonté dans son désir d'etre comblée) mais déplacement par intuitifs tâtonnements, selon d’obscures exigences de l'âme forcée au cri par la dure aventure journalière de la vie, et qu'on rejoint guidé par la provenance de la voix, déplacement en profondeur de tout l'être centré dans le désir, le besoin, jusqu'au point de l'assomption de tout l'être par un objet qui le puisse combler, qui lui soit un inépuisable support, qui l'équilibre dans un parfait repos, et commande comme un haut pic tout l'horizon de la réalité que l'homme porte avec lui.Son aventure vivante par laquelle Chateaubriant rejoint l'âme, le point inaliénable qui échappe à toute destruction, le point spirituel d'où le sentier part qui mène de nous à Dieu, nous la raconterons ici telle que Chateaubriant nous la livre dans une série d"‘Investigations" parues dans la Revue Universelle en 1933 et 1934.Deux réalités, la matérielle et la spirituelle, se réalisent dans la personne.Réalités qui s'épousent inséparables et qualifient toutes deux tout acte humain.L’expérimentation de 1 humain met en contact avec ce double aspect de la réalité qu est I homme et pose à la conscience le problème dune double exigence: d'une part un poids qui appelle l'homme à une déchéance toujours plus complète, d autre part le besoin de dépasser sa propre condition d’être déchu, l'aspiration à la liberté.I LA RELÈVE 168 Nous avons vu combien le processus d investigation de Chateaubriant est peu philosophique.La connaissance chez lui garde l'aspect d'un choc vital.11 définit les choses qui les caractérise par rapport à un désir, à une attente, en ce et non pas d’une façon objective et selon leur nature propre.Ainsi l'expérimentation de l’homme nous met en contact la concupiscence qui impose à l'esprit un poids, lui avec oppose une opacité.La matière chez l'être déchu ne compose plus seulement, mais s'oppose et rend difficile l'élévation à la spiritualité.C'est par là qu'il la définira.Et, considérant l'être conditionné par elle, dans une imperfection qui appelle une ascèse, il verra une en soi, une barrière qu'il s’agit de détruire.Il sera conduit à endosser une définition matérialiste de l'homme naturel.inaptitude, une opacité Le vieil homme, par l’intermédiaire de ses sens a connu première expérience empirique.11 a eu une première naissance où il est né à la connaissance de la lumière matérielle.Il a pris connaissance des choses, et par ses rapports avec les choses, de son “moi".Puis il a connu l'expérience de l'intellect; soit de cette plaque intérieure où se sont inscrites sous formes de représentations, d'images et de symboles ses multiples rencontres avec le monde de la matière.Par un jeu des moyens propres de cet intellect, raisonnement, jugement, etc., il a imprimé divers mouvements à ces notions inventé la politique, les arts, etc.Il s'est cru roi de tout cela; il s'est cru maître de toutes ces pensées, et il a dit: "Moi, je vois; moi, je pense".Voilà l'homme, fausse création de la personnalité, conditionné par des déterminismes dont il n'est que le représen-inconscient et l'obscur instrument, l'homme, complexe de représentations et d'images, tel que Chateaubriant, conçoit qu'il est avant l'expérience de l'Esprit, celui qu il appelle la Bête et l’image de la Bête.Conception matérialiste qui fait de l'homme un animal supérieur, affiné ; qui ignore en lui le principe spirituel informant une et a tant ALPHONSE DE CMATEAUBRIANT 169 lame qui détruit ainsi, en la confondant avec l'individualité, la personnalité et son sens d'assomption.L'homme ainsi conçu est en effet inconciliable 1 esprit : il est dans un cercle fermé et séparé de 1 esprit, étranger à toute spiritualité, ses moyens étant matériels, alors seul l'esprit peut accéder à l'esprit.L'homme ainsi et non pas l'homme, mais bien cette conception de l'homme doit être rejetée comme inadéquate, comme représentant inadéquatement l'homme.Conception qui, dans l'ignorance de la vraie nature de l'intelligence humaine, du sens spirituel de sa connaissance et de son nement de la conscience, en demeure toujours à l'image sans passage possible à l'esprit.Une conscience telle que celle de Chateaubriant en demeurer à cette conception.Il a connaissance en lui d exigences qui ne cadrent pas avec cette conception atterrée de l'homme, de ces exigences qui font signe à l'homme de sa destinée spirituelle, et par là même du principe spirituel en lui.Dans un refus de 1 homme tel qu'enfermé dans cette définition, il reniera une part intégrante de l'homme que ne peut accepter comme tout son ardente sincérité.Ignorant ainsi la condition humaine de 1 esprit, il concevra la spiritualité comme séparée de la matière.La notion de personne est ainsi détruite.Mais nous verrons plus tard comment Chateaubriant échappe, par son contact sincère avec une expérience vécue, à l'entraînement logique d'une doctrine dont il n est pas libre à cause d’une vertu métaphysique imparfaite.Ayant donc, par delà cette conception matérialiste de I homme, conscience d'exigences métaphysiques, il s'achemina par 1 épuration de l'amour en charité à force d abattre 1 égoïsme et de rechercher par le dépouillement de soi une parfaite disponibilité aux exigences de la grâce, il s'achemina vers la découverte de lame, vers la connaissance du point spirituel d où jaillissent ces exigences.Voie de la vie, processus toujours d'expérimentation intérieure où avec que conçu, rôle actif dans le perfection- ne peut I « ' LA RELÈVE 170 toute la personne sans cesse est engagée et, par l'attention d'une sincérité toujours prête au don, toujours ouverte à accéder, répond à chaque enseignement reçu et à chaque vérité trouvée.Il a cherché la solution de son problème comme déjà acquise et qu'il ne s'agit que de trouver.Il n’a pas “dédaigné l'espérance." Il s'est appliqué à pratiquer la parole de l'Imitation: "Contemplez la perfection et vous serez instruits sans bruit de paroles ni agitation d'arguments ".Il a tenu les yeux fixés sur ce qu'il concevait de plus parfait dans sa simplicité.Il a sans cesse écarté de devant son regard tout ce qui pouvait le souiller ou seulement le retenir d'une plus haute contemplation, d'une attention sur le plus élevé.De cet acheminement il rapporte une expérience des plus hauts sommets de l’âme, des plus nobles désirs, expérience qui se répand à travers ses œuvres en maximes si hautes, qui lui donne la noblesse et la sincérité de son accent.Acheminement qui a le sens d'une ascèse et qu'il mésestime quand, à cause d'une conception inadéquate de l'homme, par où il ignore la personne, il nous la présente comme une technique.Or, longtemps appliqué à "frayer les sentiers intérieurs au plus profond de la conscience, à force d'aller de soi à Dieu," Chateaubriant nous raconte qu'un jour la grâce de Dieu éclaira le sentier, et que, au haut de cette échelle de Jacob, Dieu s'offrit à voir, à contempler.Il nous raconte la vérité qui se dévoile, l'Absolu qui l’emplit, l'Amour qui le comble, l'Eternité qui le porte.Il nous dit qu'il a trouvé l'évidence de l'Etre.Il se reporte au témoignage des grands privilégiés de la "seconde naissance".Témoignage de saint Augustin sur la nouvelle lumière qu'il a trouvée au fond de lui-même, supérieure à la sienne propre comme son auteur, lumière qui est vue par l'œil de l'amour.Témoignage de Ruysbrœck sur l'union de l'homme avec Dieu.Sermons où le bienheureux Jean Taulcr décrit la préparation à recevoir le Saint-Esprit. 171 ALPHONSE DE CHATEAUBRIANT Je ne suis pas qualifie pour juger de la qualité mystique de l'expérience que décrit Chateaubriant.Je voudrais tout au plus indiquer le sens humain de son inflexion, et relever à la base de l'interprétation qu'il en fait la confusion qui l'empêche d’assumer toute la réalité.Je voudrais aussi indiquer comment, par un contact vivant de sa sincérité avec le centre de son expérience, Chateaubriant reste en son profond libre d'une doctrine inadéquate.(à suivre) H.de ST-DENYS CARNEAU l i ' % ' Z3T rupture contradiction Un temps recherche son équilibre en faisant du temporel le lieu de toutes contradictoires.Si bien que tout principe de vie, toute tension féconde deviennent néant (et l'être qui les portait) par cette application instantanée de son opposé.Ainsi nous touchons au plus intime de notre monde ; là où s'expliquent les contradictions en tout temps dénoncées : une vie privée où la morale devient étiquette, une vie publique où elle n arrive pas à percer; une vie privée qui doit tout de ses particularités à un climat historique bien concret, une patrie, une religion, une vie publique qui n'est pas née de cette relation première de l'homme avec la vie, mais d'une relation tout autre de l’homme avec l'argent.Et tout meurt parce que rien de vital ne se prolonge vers un point de convergence où rayonner et se multiplier.Vraiment ce qui se fait à l'intérieur de cette société, tissu d'abstractions qui n'existe qu'en absorbant la vie, est condamné à n’avoir aucune efficacité.Ce ne seront plus que des efforts partiels qui augmenteront ailleurs ce qu'ils diminueront ici.Voilà qu'apparaît le sens profond de cette formule, à l'enseigne énorme de notre temps: ici "le désordre établi .C'est dire que tout ce qui compose dans un monde meilleur pour féconder l’élan universel vers tous les Noms divins, ici s'oppose pour détruire tout germe de vie.Nous essaierons de voir se résorber la vie dans l'abstrait par une vue historique assez chétive, mais que nous espérons juste.rupture Sous le régime français le temporel était intimement lié au spirituel.L'œuvre de colonisation avait toujours été orientée vers l'évangélisation.L'Église avait voix aux conseils et la justice se rendait selon son esprit.Dès la conquête une conception nouvelle s'établissait et toute question ne se reportait plus à un gouvernement familial, mais à un monde politique venu d'ailleurs. 173 RUPTURE Les gouvernements tendaient de plus en plus à ne se croire qu'une fin materielle et à laisser aux religions le soin de diriger leurs fidèles vers une vie morale.Même en notre province où existait une collaboration entre fi Église et l'État et justement parce qu i! n'y eut que collaboration occasionnelle, la dissociation devenait de plus en plus pénible.Le temporel se trouvait soumis à deux pouvoirs, l'un, à unique fin matérielle qui, voulant parfois servir la fin de l'autre, n'agissait que momentanément et, pour cela, d'une façon inoportunc et lourde, l'autre, le pouvoir spirituel, devait intervenir dans l'ordre temporel, non plus seulement ralione peccati, mais pour diriger le citoyen vers une vie droite.Ainsi régnaient deux esprits, et de plus en plus, l'Église voyait la société perdre son âme.L'homme social n'était qu'un corps tendu vers le bien-être matériel, le fidèle n’était qu'une âme ordonnée au salut.Sur aucun plan l’homme entier n'existait.Cette rupture se manifesta en l'homme, et la soumission au charnel devint une nécessité, soit en raison des promesses d’une époque florissante, soit en raison de la crainte aux temps de disette.La liberté dont le jeu doit rendre l'homme maître de lui-même, délivré plus encore de l'esclavage du péché que de celui de la pauvreté, et lui permette d'agir selon sa nature, devenait impossible.A l'heure où chaque province fut appelée à gérer ses affaires ce fut notre aveuglement de croire sur ce terrain le jeu de notre liberté.D'un simple moyen, le temporel devint fin absolue: l'idéal nouveau n’était plus que l'autonomie de la province ; au lieu d’établir ici une société dont la fin serait un bien commun matériel et moral, et subordonné à une fin plus haute, proprement surnaturelle et du pouvoir de l'Église la liberté d autonomie de la personne.1 "Une cité terrestre qui, dit Jacques Maritain, sans reconnaître de droit à l'hérésie elle-même, assure à l'hérétique ses libertés de citoyen, et lui accorde même un statut juridique approprié à ses idées et à 1 Cette société orientée si l'on veut vers l'autonomie, car alors cette volonté d'être deviendrait la cause de cette volonté d indépendance et rendrait légitime, même essentielle à notre rayonnement, ce désir.1 i • i 1 ü LA RELÈVE 174 ses mœurs, — non seulement parce qu elle veut éviter la discorde civile, mais aussi parce qu'elle respecte et protège en lui la nature humaine et les réserves de forces spirituelles qui habitent l'univers des âmes, et qui d'un méchant peuvent faire un saint, d'un infidèle un croyant, bref parce qu’un amour chrétien de la personne humaine lui fait préférer la miséricorde et la justice (“Miscricordiam volo, et non sacri-hcium ", Os., VI, b; Matth., IX, 13.) — favorise certes beaucoup moins qu'une cité moins patiente la vie spirituelle des personnes du côté de l'objet de celle-ci, le niveau de sagesse et de vertu au-dessous duquel le corps social ne tolère pas le mal ou l'erreur étant alors abaissé (quoique bien moins, certes, que dans la cité "neutre " du libéralisme) ; mais elle favorise davantage la vie spirituelle des personnes du côté du sujet, dont le privilège d'exterritorialité à l'égard du social terrestre, à titre d'esprit, capable d'être instruit du dedans par l'auteur de l'univers, est porté à un niveau plus élevé.' Nous avons accepté le libéralisme d'Angleterre.Là devait se perdre en jérémiades notre contribution à la vie.Ce fut l'exigence la plus onéreuse de l'impérialisme et, de notre part, l'erreur la plus coûteuse.Faire ainsi le saut d'une économie familiale ù une économie libérale entraînait cette dissociation: d'un côté la terre encore inculte et rendue fraternelle au prix d'une lutte pénible, et de l'autre des centres où la spéculation dans l'abstrait d'un très petit nombre - les rendait maîtres du gouvernement et des paysans qui vivaient la terre.Il apparaissait alors aux affamés que furent nos paysans au XIXe siècle3 qu'il n'était rien de plus urgent, de plus avantageux que de mourir à la charrue et à la forêt pour faire 1 interminable et monotone et confortable course du spéculateur aux issues multiples sur le monde politique.' 1 * Du régime temporel et de la liberté.P.80-81.D'ailleurs, ajoute-t-il.p.82: cet état "fait appel lui-même, selon les lois du jus amicabile, à la sagesse, aux vertus, au trésor mystique qu elle dispense (l'Église) aux peuples comme aux gouvernants, le privilège Je la vraie religion s'affirmant alors avant tout par sa propre supériorité en efficacité spirituelle .- ".en i860, la population rurale s'élevait à 2,249.482 âmes contre à peine 257,173 de population urbaine." Lionel Groulx: Orientations.3 Voir Orientations: La déchéance incessante de notre classe paysanne. 175 RUPTURE Premier aspect de notre monde en ce lendemain morne d'une lutte si belle de vie: les forces de vie canalisées par un petit nombre de spéculateurs devenus à leur tour, rejoignant les deux extrémités de la boucle, les maîtres du monde politique et la providence du paysan.Est-il surprenant alors qu’en ce pays de population rurale, les intérêts premiers servis fussent ceux du petit monde bourgeois des villes et que l’agriculture n’eût réponse à ses questions que très tard et toujours selon les bons désirs du ministère des finances, des commissions de crédit ou de cessation de territoire.Nous voici dans un monde sans attaches sensibles au réel où les nécessités de la vie obligent l’homme à pénétrer.Un rouage qui n’est pas selon sa nature et qui oblige l’esclave moderne à s’annihiler.Il apparaît clairement que cette région nouvelle était sans lendemain, comme ces climats où des jours interminables et blafards se suivent sans nuits de méditations, ou des nuits sans jours d'action.Vraiment il n’était plus de l’humain cet ordre venu d’un désir de spéculation et ne promettait rien de la vie.— C’est le règne de la raison pure; la vie n’est plus le centre de tout, l’irrationnel qui n’est qu’à l’amour, l’irrationnel qui donne à la raison sa seule raison: en relever les manifestations pour reconnaître la voie de l’homme qui va de l’âme à la main qui la créa: présence en elle-même de l’Infini.— Le rationaliste se donne partout des droits de propriétaire.Il est donc clair que la vie est ailleurs, qu’il faut rompre à tout prix pour retrouver le centre du temporel : le Christ, et sa chair: la patrie, pour rayonner du centre à la chair de Celui dont les Noms sont toutes réalités.valeurs trahies L'homme de cette société deviendra le centre du monde.Ce sera le triomphe de la raison qui lui permettra de tout réduire à sa mesure.Ce sera l'heure de la rationalisation, ce dilettantisme de la vie, qui rendra tout utilisable à sa majesté, esclave des plaisirs : il aura sa morale comme son auto, sa culture comme sa propriété, ses ouvriers comme son I ) LA RELÈVE 17G radio.1 Le travail se réduit à une addition de gestes (l'ouvrier à la chaîne), ou à des jeux de mathématicien, à des dénombrements de forces aussi abstraites que celles-là, réductibles en formules et en équations, de la physique (l'homme d'affaires).Le temps du loisir est aussi celui du jeu, et si le sport ne comble pas cette vie nous aurons les jeux de l’esprit pur, absolument seul de son espèce : il se soumet la religion (on la vide de la charité pour n’y laisser que le code de l’aumône: lois bien charmantes qui promettent la joie du maître qui donne à l’esclave et la gloriole du pharisien), la culture (le capitaliste trouve dans la philosophie ses raisons contre le communiste, dans les journaux l’absolution de ses péchés: moi je ne suis pas criminel, moi je ne tue pas mes enfants.et en art les joies d'un esprit collé à la chair : il "peuple sa solitude" de sensations).L’homme n'est plus entouré de moyens qui lui permettent de se réaliser et de vivre, mais entraîné dans un monde qui lui impose une vie toute préparée où les êtres se distinguent par les jouissances qu'ils peuvent se procurer; échelle qui ne saurait différencier des vivants.refus total Une réforme ne saurait valoir ni pour le spirituel, ni pour la culture, ni pour un nationalisme véritable.Partout où l'on essaiera de reprendre les notions au centre même du monde que nous rejetons, ce sera se condamner à travailler pour lui.Le moment est venu de laisser les morts enterrer leurs morts : les politiciens, enterrer leur patriotisme, les bourgeois, leur vertu.Le moment est venu de travailler pour les vivants.Ceux-ci ne peuvent reconnaître ce monde : "ça n'existe pas", — comme un mauvais poème ne demeure pas en nous.1 Devons-nous être si fiers du taylorisme ?La Providence se laisse-t-elle remplacer par la raison ?La vie est-elle à sa mesure plutôt qu'à celle de la charité et de la prière ? un 177 RUPTURE l’acte révolutionnaire Nous sommes encore ici à l'époque du fléchissement, de la formation de ce dualisme où le temporel se sépare du spirituel.En Europe ce dualisme, grâce au communisme, fut vidée de cette hypocrisie de surface, pour ne plus conserver que celles de fonds nées de notre abdication,1 et devenir lui-même une religion, un absolu qui exige manifestement l'homme entier à son service.Les valeurs faussées et détournées de leur fin n'ont pas ici de réalisation concrète qui feraient ressortir un ordre différent.La décantation n'est pas faite; le désordre établi est difficile à rejoindre en son centre, et l'ordre difficile à établir en ce centre même car ce lieu de vie reste trouble et, surtout, chargé d'inconscience.Voilà pourquoi il semble urgent et de tâche nécessaire d’éclairer le monde, plus que de combattre l’ennemi qui est un esprit non incarné.Satan ne se vainc pas par les armes de chair, que ce soient les barricades ou la politique.Tout cela ne vaut que nourri d'un jaillissement intérieur.Et ce jaillissement nous ne sommes pas prêts à le fournir car une prise de conscience n'est pas faite.Nous pensons à la nécessité d épurer un humanisme orienté vers la vie bourgeoise où saint Thomas ne sert qu'à fournir l’apologétique de raisons contre un adversaire anonyme, où l'art devient un refuge pour vieillards et rentiers inoccupés.“Jeunes frères canadiens, vous n'êtes pas prêts" ; nous le reconnaissons.Mais serait-il moins vrai de dire: Jeunes frères canadiens, vous n'êtes pas préparés, comme l'on dit d'un enfant: il est mal élevé ?Car, si la plupart des jeunes se plaisent à vieillir, n'y aurait-il pas dans l'atmosphère où ils se sont formés une certaine tendance à cacher la réalité pour ne laisser à l'homme qui ne veut pas mourir bigot ou rond-de-cuir que cette émancipation, non de l'âme en la Réalité, mais du corps en l'argent ?Robert ELIE ) I ! 1 "Pour le chrétien, le communisme devrait avoir une signification particulière: il est le témoignage d'un devoir non rempli, de la tâche ealiséc du christianisme'" (Bcrdiæff).toute non r célébration de ncël: un ncël rentier Depuis toujours les chrétiens ont senti que Noël était la fête de tous ceux que le Messie venait sauver, et qu elle était spécialement celle des petits, des pauvres qui voient venir à eux un Maître plus petit et plus pauvre qu eux.Et Noël est devenu synonyme de joie, de joie partout sur la terre et dans les cieux.Noël est devenu la grande fête de l'amour de Dieu pour ses créatures.Dans cet amour, tous les chrétiens se sentent unis; ce jour-là, le pauvre a place privilégiée.Pour aller vers ceux qui souffrent, ou tout simplement vers ceux qui n'ont pas de véritables joies, pour leur faire prendre part à la joie, on a tenté de faire de Noël, pour le plus grand nombre possible, un jour d allégement, on leur a apporté des cadeaux utiles ou superflus et donné un reflet de la gaieté qui emplit les rues.Mais cela ne suffit pas.Beaucoup n'ont pas compris cette histoire du premier Noël, ou ils 1 ignorent peut-être : elle ne les a jamais touchés.Ils ne “savent pas".Autrefois, la crèche de grandeur réelle 1 reconstituée par saint brançois d'Assise, les “célébrations par personnages" de tous les mystères, firent connaître et comprendre à tous les chrétiens la réalité sensible de ces scènes.Ces représentations dramatiques, par l'influence qu a sur la foule le jeu humain, ont fait vibrer non seulement chaque spectateur en particulier, mais l'âme de cette foule devenue en quelque sorte une communauté.Elles ont ainsi contribué à créer une “chrétienté Que notre société actuelle soit très loin d'être une chrétienté, cela n empêche pas, au contraire, de travailler, comme au xne siècle, à la construire, et les moyens qui ont ému et instruit autrefois sont toujours à notre disposition.11 suffit une 1 Nos actuelles crèches de personnages roses et bleus sont bien souvent trop éloignées à la fois du vrai et du beau pour donner ou une idée, ou une image de ce que fut la crèche de Bethléem.Trop conventionnelles elles ont souvent enlevé toute réalité à la scène qu elles prétendent faire comprendre aux lidèlcs. .Uli 179 CÉLÉBRATION DE NOLL de les adapter à notre temps pour qu'ils réussissent: ils sont éminemment catholiques et humains; ils tiennent compte de l'importance et du rôle de nos sens sur nos idées et nos sentiments.C'est donc à la fois pour que Noël puisse être synonyme de joie pour un plus grand nombre, et pour recréer, en touchant et en instruisant, cet état d'esprit communautaire chrétien, que le Père Doncœur a voulu avec des routiers, réaliser ce que nous appelons des "Noëls ", des veillées de Noël.Pratiquement, comment cela se passe-t-il ?Je vais tâcher en groupant quelques souvenirs de vous dire simplement comment cela se passe et ce que j ai vu.Où va-t-on organiser un Noël, et qui I organisera ?L'aumônier d'un groupe, ou son chef, se met d accord le curé d'une paroisse populaire, généralement en banlieue si le groupe est à Paris, pour qu'il annonce et prépare la veillée.C'est ce même aumônier ou ce même chef qui choisit les membres de l'équipe pris parmi les scouts et les cadets; je veux dire qu'ils ont un esprit commun certaine habitude de l'action en groupe.Mais un mot est nécessaire pour expliquer ce qu'est la population de cette banlieue parisienne.Si vous demandez à un Parisien de vous décrire la banlieue il vous dira,— car il ne l a vue que de loin,— que c est laid, sale, et mal habité.Ce jugement est sévère et en partie faux ; on y voit de charmants endroits, de jolis jardins, et quelquefois de belles avenues, surtout dans 1 ouest ; de grandes maisons ouvrières ont été construites ces dernières années et un certain effort se dessine pour améliorer la voirie.Si excepte cela, le jugement du Parisien est exact.Il y a des coins, en particulier sur la "zone des anciennes fortifications, qui ne sont qu’un amas de vieilles bicoques, plus moins solides, aussi inconfortables que possible, entassées au bord de chemins qui en hiver, par la pluie, sont de vraies fondrières ; on y voit de vieilles maisons de pierres, d un aspect délabré et sale, qui n'abritent pas une population plus aisée.La-dedans, parents et enfants vivent fréquem- avec et une on ) ou l !' ISO LA RELÈVE ment entassés clans une ou deux pièces, et bien souvent, en grande partie à cause de ces conditions de vie et des promiscuités qu elle entraîne, la morale est tout à fait absente de ces maisons — tout au moins notre morale,— car il ne faudrait pas croire que ces gens soient des brutes incapables de bons sentiments mais, élevés dans l'immoralité la plus complète, trompés par les belles paroles de l'instituteur ou du camarade socialiste, destinés à une vie rude, pénible et misérable, ils ignorent Dieu et détestent en bloc les prêtres et les bourgeois.Depuis une quinzaine d onnées, un grand effort d'évangélisation — dans certains endroits ce mot n'est pas trop fort — a été fait.Ces villages transformés si vite en faubourgs de Paris n'avaient plus d'église, et plus de prêtres.Des églises ont été construites ou se construisent2 et des prêtres dépensent là, dans des conditions de vie souvent très dures, toutes leurs activités.Si parfois les débuts ont été difficiles, les résultats souvent dépassent les espérances : les églises, à peine finies, sont trop petites, le prêtre, débordé par le nombre de ses paroissiens, trouve une aide efficace dans quelques laïcs venus de Paris, ou parmi certaines familles de sa paroisse.Ces chrétiens retrouvés croient vraiment ; ils ont une sincérité qui peut bien souvent être un exemple à la tiédeur de certains bien-pensants et ne craignent pas d'affirmer leur foi.En voici un exemple qui, s'il n'est pas approprié à tous, montrera du moins qu elle est la conviction que l'on peut trouver.Un gamin de dix ans me racontait qu'à l’école un de ses camarades d'un groupe communiste s'était moqué de "son " Dieu, et il ajoutait: "Qu'est-ce qu'il a pris comme raclée — chef!" Je ne veux pas dire que la banlieue parisienne soit comparable au royaume des deux, je veux simplement expli- - On sait l'œuvre entreprise, en particulier, par Mgr Verdier, archevêque de Paris.Actuellement dans son seul diocèse plus de 80 églises sont en construction. .Uil CÉLÉBRATION DE NOEL 181 quer pour quel public complexe et mélangé de bon et de pire, nous préparions le “Noël ".Que fera-t-on 1 — Préparation.Dès le mois de novembre l'équipe s'organise, le travail se divise et portera sur les différentes parties de la veillée.Première partie: on fait connaissance du public.Deuxième partie: on "joue " I histoire de Noël.Troisième partie: on distribue à chacun un cadeau.Tout cela en préparation de la messe de minuit à laquelle chacun des assistants est libre d’aller ou non.Pour la première partie le répertoire scout de chants, de vieilles chansons, de “bans " et de refrains connus, sont revus et choisis — ce n’est rien.Puis vient le "Jeu de Noël "1 Il est bien évident qu'on ne joue pas les mystères comme les comédies.Ici les principes dramatiques mis en œuvre par M.Chancerel sont venus apporter un instrument approprié à la fin que se proposait le Père Doncœur.Le but de M.Chancerel est de recréer un théâtre qui soit l’expression des pensées, des sentiments de ceux pour qui I on joue — pour cela, il supprime l'artifice et le trompe-l'œil universel du théâtre actuel et revient à un jeu simple, dépouillé de conventions et de procédés — il ne cherche pas à copier la réalité mais à en donner l'impression et le sens.C'est de cette façon que sera joué le Noël, non par des acteurs de profession sans doute, mais par des jeunes qui croient à ce qu'ils jouent.Avec une absence totale de cabotinage, ils soumettent leur jeu au but poursuivi par l'ensemble.On ne fera pas de la reconstruction historique, on ne cherche qu'à faire comprendre le sens des événements et des paroles et à les rapprocher le plus possible de la réalité actuelle.Tout rempli de ces idées l'on se met au travail choisit un texte ou l'on invente un thème (plus facilement I ! — on 182 LA RELÈVE adaptable au public) — on répète, on prépare les costumes, qui seront très simples.Mais tout cela ne va pas sans difficultés, car ccs occupations s'ajoutent aux occupations habituelles de chacun.Pour la distribution — les cheftaines3 — les sœurs des cheftaines, leurs familles, leurs amies ont travaillé ou fait travailler.On récolte ainsi: tricots, layettes, cache-nez, bas, que sais-je encore ?— On a aussi fait une récolte de jouets que l'on remet en état et qui, repeints et retapés, seront jolis à recevoir.Enfin, le matin du 24 décembre, des routiers, munis d'une charrette, partent pour les halles où leur bonne humeur obtient des maraîchers, des poissonniers et des bouchers les victuailles qui seront des cadeaux appréciés par les ménagères.Tout est prêt.On part.Dès l'après-midi, on envahir, la place: cette année, c'est une paroisse assez proche de Paris — les habitants sont pour la plupart chiffonniers.— Les bâtiments paroissiaux se composent de vagues bâtisses de bois, gris, qui entourent une cour généralement boueuse.L'événement du jour est l'inauguration d'une jolie église de briques, qui remplace la chapelle de bois dont on se servait jusque là.Il s'agit de transformer cette pauvre salle noire et laide, qu un poêle chauffe plus ou moins bien, en une salle accueillante pour y recevoir la population prévenue qu'il y aura "quelque chose" ce soir à l'occasion de Noël.On tend des guirlandes, on monte une scène rudimentaire.On dresse 1 arbre de Noël.Pendant ce travail, réservé à la partie line, la partie féminine de l'expédition trie les objets, prépare des lots pour la distribution, revoit, essaye les costumes des acteurs.Enfin quand I équipe se trouve au complet à la fin de 1 après-midi, on répète car jusque là on n’a généra- mascu- 3 Ce nom désigne des jeunes filles oui s'occupent de Louveteaux, garçons de 8 à i z ans — ou les chefs de "Guides qui constituent le mouvement de scoutisme féminin catholique. jjlLL 183 CÉLÉBRATION DE NOEL lcment pu avoir que des répétitions partielles.Après ccttc mise au point, on est plus tranquille, on dîne de façon sommaire, un peu émus en pensant à "tout-à-l'hcurc ".La veillée de Noël.Ce "tout-à-l'heurc" ne sc fait pas beaucoup attendre; des huit heures du soir (la représentation est annoncée pour neuf heures) on entend des coups sur la porte.On ouvre.Ce sont les enfants qui veulent s'assurer des places, puis les femmes; plus tard, les hommes arrivent, s'asseyent, la salle s'échauffe, les routiers qui font le service de placement entassent les enfants par devant, rajoutent des chaises dcci, de-là, font serrer l'assistance qui bientôt déborde.De quoi se compose-t-elle ?de femmes en cheveux, d'hommes en casquettes dont le métier va de celui de chiffonnier à celui de petit commerçant, et de gosses, genre "Poulbot".Chacun a revêtu ses plus beaux habits qui ne sont pas toujours suffisants pour protéger du froid.Le langage n est pas châtié.Tout le monde parle, rit, s’interpelle.Les hommes dans le fond sont plus silencieux, on dirait qu'ils se méfient, ils regardent avec stupéfaction les routiers qui, montés sur la scène, font chanter d'abord les enfants; ceux-ci sont toujours plus faciles à décider, mais bientôt tout le monde les suivra.La salle se détend, s'unifie, petit à petit, se sent en confiance dans une atmosphère gaie et sympathique.Puis un des routiers, que nous appellerons le "meneur de jeu" pose des questions.Qui est Adam ?les enfants répondent plus ou moins confusément.Et Eve?.Il explique alors toute l'histoire et la promesse de Dieu d'envoyer un sauveur.Et qui étaient Marie, et Joseph, le charpentier de Nazareth ?A ce moment, sur la scène on voit Marie qui chante en préparant tout ce qui sera utile à son Fils."Je me hâte, je prépare le trousseau de mon enfant — Joseph a coupé du hêtre pour sa couchette de bois ".et un chœur d'anges entrés sur la scène, en même temps qu elle, reprend: ) I !! 184 LA RELÈVE "Les Juifs ont coupe du hêtre pour lui dresser une croix." Ainsi, à chaque phrase du chant joyeux de la Vierge, le chœur évoque un des moments de la Passion.1 ou te cette scène est très simple — la Vierge vêtue de bleu foncé, d'un manteau de laine brune est assise sur un escabeau.Les anges en grande tunique blanche sont derrière elle et présentent les instruments de la Passion.Ce très émouvant chant de Marie, Noël est en quelque sorte l'explication de la grandeur de la Nativité.Par son côté à la fois humain et religieux, il est propre à mettre l'assistance dans l'esprit des scènes qui vont suivre.Les spectateurs sont muets — on n'entend rien.Le meneur de jeu raconte comment Marie et Joseph ont dû quitter Nazareth pour venir se faire recenser; leur voyage est pénible, ils voyagent comme pouvaient voyager de pauvres gens, et Marie qui allait bientôt être mère est bien fatiguée.Cela se passait un 24 décembre, comme aujourd'hui.A ce moment, on trappe à la porte du fond: "Qui est-ce ?" On ouvre: c est Marie — et Joseph."Entrez donc, je vous en prie." I oute la salle s est levée, se retourne pour voir Marie qui marche d'un air las auprès de Joseph.Ils ne parlent pas.Elle marche en silence comme remplie d'une pensée intérieure, lui seul agit, il la dirige.Ils s'avancent jusqu'à la scène où le meneur de jeu les reçoit."D'où venez-vous ?" De Nazareth—et nous voudrions bien nous reposer.” Nous allons nous adresser aux auberges de Bethléem (les auberges sont figurées par trois pancartes sur la scène).A gauche paraît un premier aubergiste: "Qui est là ?voulez-vous entrer ici ?avez-vous de l'argent ?" — "Non ?alors allez-vous-en.— Un autre aubergiste: “Qu'est-ce que c'est que ces gens qui traînent sur les routes",— et il les injurient.Un troisième dit : "Ma maison est pleine de gens importants, partez ou je lâche les chiens".Et Joseph et Marie restent là, sans abri.Le meneur de jeu explique qu'ils vont aller se réfugier dans une étable aux environs. ) m.CÉLÉBRATION BE NOEL 185 Maintenant, la crèche est sur la scène.Les anges de la Passion sont toujours là, au fond.On voit Marie avec son Enfant (un vrai bébé du pays), elle le berce, le soigne.Saint Joseph est près d'eux, il contemple l'Enfant! On entend au loin le Gloria des anges.Et les bergers commencent à arriver: ils regardent avec surprise, s'adressent timidement à la Vierge, racontent ce qu'ils ont vu, et offrent ce qu'ils possèdent: du lait, du fromage, et ce qu'ils peuvent pour distraire l'Enfant: des chants, des danses, un air de chalumeau.Mais voilà bien du bruit au fond de la salle.Ce sont d'importants personnages qui veulent entrer et qui se disputent parce qu'ils ne trouvent pas l’endroit assez beau pour être la demeure d'un Roi.Ce sont les rois mages, venus de très loin, et qu'on comprend mal.Ils racontent qu'ils ont tout quitté pour suivre l'étoile, ces vieux savants et ces vieux princes ! Toute l’assistance s'agite, s'esclaffe devant ces rois étranges et leurs bruyantes suites.Mais ils sont bien timides eux aussi devant le petit Enfant.Ils viennent, à genoux, lui offrir ce qu'ils ont de plus précieux et l'adorer."Et vous, qu'allez-vous offrir à l'Enfant ?" dit le meneur de jeu ?"Oh! Il ne demande pas grand'chose: il demande que vous l'aimiez, comme II vous aime.Et, pour Le lui dire tout de suite nous allons chanter".Et tout le monde chante un vieux Noël plein de foi, puis un cantique, on est debout, et dans le recueillement.Puis, la crèche disparait.Dans les bagages des rois mages, il y a un arbre de Noël, on l’apporte sur la scène, on l'installe, les enfants s'agitent et crient de plaisir en voyant les jouets.On commence la distribution de vêtements et de petits cadeaux.Malgré le service d'ordre des routiers, on a de la peine à éviter la bousculade; chacun veut plus que l'autre, de grands gamins de quinze ans font du bruit, il faut les mettre dehors.Tout le monde ayant reçu quelque chose, le tumulte i : ) I ! LA RELÈVE 180 s'apaise.On se dirige vers l'église toute proche pour la messe de minuit.La première est dite avec toute la pompe possible et chantée.Le Pcre Doncœur parle de l'Evangile pour expliquer le sens de Noël — et la messe s’achève dans un grand recueillement — seulement troublé par les cris de quelques petits bébés qui ne s'endorment pas sur les bras de leurs mères.A la porte, encore une distribution de victuailles, et chacun rentre chez soi.Les communistes qui avaient promis de faire du bruit n'ont naturellement rien tente.Un peu plus tard, nous partons à notre tour, pleins d'une joie profonde' Lucienne FROCHOT Note de gérance L'administration de la relève a pu se procurer 25 exemplaires du deuxième cahier de la première série, qui contenait la conférence du père Doncoeur à la jeunesse canadienne.On pourra obtenir ce numéro pour la somme de 15 sous, en s’adressant aux bureaux de la direction.A nos amis, Depuis un an et demi que nous existons, nous n'avons fait qu’une propagande discrète.Nous voulions d’abord savoir quelle réponse on ferait spontanément à notre mouvement.Un nombre suffisant de lecteurs fidèles, les témoignages de plusieurs journalistes et écrivains nous ont convaincus de la nécessité de notre travail.Mais pour atteindre complètement son but, une revue libre comme la nôtre compte sur ses abonnés.Nous demandons donc à nos amis de s'abonner et de nous amener d'autres abonnés. ) m chronique vivante le Père de fcucauld "Non, les fautes passées ne m'effraient pas.Les hommes ne pardonnent pas parce qu'ils ne peuvent pas rendre la pureté perdue.Dieu pardonne parce qu'il efface jusqu'aux moindres souillures et rend dans sa pléntitude la beauté première'.Cette phrase du Père de Foucauld que cite le chanoine Jean Dermine 1 montre toute la profondeur de la pensée du grand ermite et son élévation mystique.Ce miracle de la réalité première remise par Dieu à l'âme repentante, le Père de Foucauld le connaissait bien qui l'avait vu en lui-même s'opérer au point de posséder après sa conversion la pureté à un degré éminent.Les hommes, avant de les connaître dans la sainteté, il les avait d’abord suivis dans le mal.Mais la connaissance qu'il en avait était bien celle de la charité, celle que Dieu accorde par sa grâce puisqu'une expérience si intime de la turpitude humaine s'exprime en des phrases comme celle que nous citions plus haut, où la sérénité s'allie à la compréhension.Ainsi que l’écrit le chanoine Dermine, "il paraît avoir identifié ses sentiments à l'Absolu, au point de haïr ses propres péchés comme Dieu les hait, ni plus ni moins, avec toute la force d'un amour qui les détruit pour n'y plus penser jamais".Parsemés ici et là de réflexions profondes sur l'humanité, les écrits spirituels du P.de Foucauld sont le plus souvent détachés de la pensée d’une action directe.L’expérience mystique du P.de Foucauld s'exprime en des textes angéliques qui vont jusqu'à la naïveté, 1 enfance d'une pureté intégralement retrouvée.Le chanoine Dermine le compare avec raison à Marie-Madeleine chez qui l'intensité de h amour avait recréé 1 inno- ) : > I ü cence.1 La Vie Spirituelle du Père de Foucauld, Editions de la Cité Chrétienne, Bruxelles, 1935. mn 188 LA RELÈVE Après avoir brièvement résumé la jeunesse orageuse du 1 irc, 1 auteur nous fait parcourir son itinéraire spirituel depuis sa conversion jusqua sa mort.Tout en retraçant l'existence de cet homme qui avec une douce obstination poursuit jusqu'au bout une vocation singulière qui le mènera de la Trappe au monastère des Clarisses de Nazareth où il simple portier, de là à la prêtrise et finalement au désert du Sahara dans lequel il s'enfoncera toujours plus, l'auteur s'attache aux différents aspects de cette vie spirituelle (l'imitateur du Christ et 1 amant de la vie cachée, l'apôtre, le contemplatif, autant de titres de chapitres) et nous laisse finalement la certitude que si loin qu'il soit allé dans l'union avec la Divinité, le Père de Foucauld demeure encore notre frère.Le P.de Foucauld s’est spécialement consacré à l'apostolat chez les Musulmans à qui il s'agissait d'apporter d'abord une présence dans ce désert, une présence de prières devant la Présence de l’Hostie.Mais sa charité n'a pas oublié les autres, à qui il a légué ses Écrits spirituels, ses lettres et autres écrits, et son Directoire, commentaire des statuts de 1 association de prières, 1 Union des frères et des soeurs du Sacré-Coeur de Jésus.Il n'a certainement pas oublié les autres, chacun de nous — pour qui il a prié dans le silence du désert et à qui il légua la présence de son exemple.sera tout Claude HURTUBISE le présent cahier de la relève, le sixième de la deuxième série a été achevé d'imprimer par les soins de l'imprimerie populaire le vingt-septième jour du mois de février en l’honneur de saint Jean Bosco. m nationalisme Décidément, l'état d'esprit se modifie chez nous.Au lieu d'envisager les problèmes, nous voulons les vivre.Ceux qui se rattachent à notre être collectif sont parmi les plus urgents.Une démission partielle, jointe à une véritable ataraxic nationale, nous ont depuis trente ans formé une mentalité de résignés ; rien, semble-t-il, n'est capable de soulever notre indignation ou de nourrir notre amour.Et cependant, le tourment d’une idée fournit une raison d"espérer.L’idéal national peut sommeiller: il ne meurt pas.On l'a bien vu, ces derniers mois.Après Orientations, livre lumineux qui nous trace un chemin sans équivoque, c’est le tour des Conditions de notre destin national.1 Les préoccupations sont les mêmes, le but, sensiblement identique, si le point de vue diffère totalement.Monsieur Hermas Bastien parle en philosophe.Sa voix en acquiert-elle une autorité accrue ?On nous permettra d'en douter.Il est excellent, voire même essentiel, de fonder une doctrine sur les principes du thomisme.Il ne s'ensuit pas toutefois qu'il faille établir, durant de trop nombreuses pages, le rôle psychologique de nos facultés dans la formation du concept de nation et de nationalité.Dissertation qui peut avoir son prix, mais qui, loin de serrer le sujet de près, nous en donne une vue abstraite et imprécise.Nous aurions de beaucoup préféré une étude simplifiée, où les éléments de philosophie sociale applicables à notre groupement eussent été monnayés avec clarté et efficace.Cette réserve sérieuse nous met plus à notre aise pour faire part au lecteur de ce qu'il trouvera d’excellent dans le livre de M.Bastien.Son mérite en effet se marque davantage par la justesse de certaines parties que par la cohérence du tout.Ce n'est pas nous qui contredirons au jugement sévère de l’auteur à l'égard des élites, dont la mission consiste "à pressentir l’avenir et à donner une orientation aux désirs inconscients de la multitude.Malheur aux peuples dont I ! / 1 Hcrmas Bastien.Conditions de notre destin national, dans la collection des Documents sociaux, aux Editions Albert Lévesque, 1935. 190 LA RELÈVE I élite ne remplit pas son rôle d'indicatrice! Malheur à l'élite qui marque le pas! Un peuple, ne pouvant se passer de chefs, les chefs qu'il s'improvise, issus de ses rangs et ayant brûlé les étapes, ont tôt fait, aux époques de malaise et de crise, de renverser les idoles aux pieds d'argile et aux ventres dorés, de briser le conformisme menteur et le protocole sénile des élites inopérantes." (P.53.) Que quelques-uns de nos chefs à la manque sc reconnaissent dans ces lignes, nous n'y voyons guère d inconvénient.Ce désintéressement assez généralisé des classes dirigeantes à l'égard de notre peuple, nous le retrouvons, sous un angle différent, dans les conseils qui décident de l'enseignement.Monsieur Basticn s'insurge, et nous l'cn félicitons, contre les directives pédagogiques qui visent à faire de l'école primaire un foyer de bilinguisme.Quand des éducateurs s'obstinent à croire qu'il est souhaitable, ou même possible, d'apprendre concuremment aux enfants le français et l'anglais, à doses quasi égales, nous n'avons que le choix entre ccs deux épithètes: crétins ou félons.L'absence d’idées fermes sur notre destin national étonne M.Basticn chez la jeunesse de l'Université.Immédiatement, il en reporte la faute à l'enseignement secondaire.Et il n'a pas complètement tort.Il est vrai de dire que nos collèges ne nous donnent pas toujours les éléments solides d'une doctrine qui sache résister aux dangers de l'environnement anglo-saxon et étatsunicn.Les vapeurs confuses du sentiment se confondent vite avec les nuages.Aussi est-on redevable de demander au cours classique, admirable à certains égards, de ne pas suspendre son enseignement national après la rhétorique, mais de le prolonger jusqu'à la fin des études.Il serait aisé, grâce à la philosophie, de démontrer les fondements purement rationnels du nationalisme en général, puis de tirer les applications particulières à notre peuple et de signaler enfin les impératifs qu elles déterminent.Monsieur Basticn n'aurait fait que légitimer le nationalisme aux yeux de plusieurs bien-pensants, qu’il méri- All 191 NATIONALISME terait à ce seul titre notre reconnaissance.Des interventions maladroites ont pu brouiller des notions très claires en soi.Dans certains milieux, on a même voulu voir dans le nationalisme, sinon un péché, du moins un grave danger pour la religion.Opinion à courte vue, directement issue de la répugnance qu'éprouvent naturellement les chrétiens à l'égard de toute forme de xénophobie ou de racisme.Avant de jeter les hauts cris parce que nous voulons continuer à vivre conformément à notre innéité française, il eût fallu comparer la situation en Europe et chez nous ; cet examen préalable aurait évité de perpétuer des incompréhensions regrettables.Aussi est-il facile pour M.Basticn de démontrer que l'Eglise, loin de s’opposer au nationalisme maintenu dans les limites de la justice et de la charité, tend à le favoriser, parce qu elle sait que le plein épanouissement d'une nationalité n'est pas un obstacle à I expansion de l'Evangile; le Christ ne rayonne pas dans un peuple diminué.A preuve, les missions: la conscience d'un lien ethnique fournit aux évangélisatcurs le premier chaînon d'une fraternité universelle.Somme toute, le livre de M.Bastien vient à son heure.Il marque une volonté de faire le point, de solidifier nos positions.A son tour, il nous convainc davantage des exigences actuelles de nos compatriotes; exigences souvent ignorées.Grâce à de semblables travaux d’approche, le jour n est peut-être pas loin où nous obtiendrons l'unanimité sur une doctrine nationale.La biologie nous affirme que le besoin crée l’organe; qu’il en soit de même pour notre groupe catholique et français! Roger DUHAMEL I ü ? 6614 juillet 1935” Au lendemain de l'incomparable manifestation de jeunesse que fut le premier congres jocistc, nous avons essaye de déterminer dans un bref article public dans un hebdomadaire littéraire, les raisons profondes qui expliquaient ce succès.La publication d'un album-souvenir intitulé 14 juillet 1935 nous offre une occasion cette fois d’exprimer en notre qualité de jeune, notre admiration pour cette jeunesse que nous sommes heureux de saluer comme la plus agissante du pays.Les auteurs de cet album sont moins des écrivains des apôtres.Ils ont laissé aux écrivains de métier, les journalistes, le soin de narrer les événements.Ils se sont réservé d exposer dans un style volontairement schématique le sens de leur action.Ils y développent les points cruciaux de leur programme de conquête des masses.Qu'on nous permette de citer ici quelques extraits de l'article que écrivions en juillet: "La jeunesse ouvrière sait ce quelle veut.Elle l'a exprimé dans un programme défini et concret, à cet effet les propositions adoptées par le congrès pour cette année.L'une d'elle, fut définie ainsi par le Père Henri Roy: "La J.O.C.s'occupera des jeunes filles de la campagne qui viennent chercher du travail à la ville et sont exposées aux invites malsaines.La J.O.C.s’occupera des 'retours' de prison ou d écoles de réforme pour les réhabiliter dans la vie et leur montrer que tout n'est pas perdu à vingt ans." Depuis, le Père Roy et ses trois principaux jeunes collaborateurs du Comité central sont allés en Europe étudier sur place le plan des homes belges et autres institutions pour la protection de la jeunesse miséreuse."Les jocistes savent transformer la conscience ouvrière.L'ouvrier c'est eux; leur programme avant de le publier ils l'ont vécu, ils l’ont réalisé autour d'eux ' Leur congrès représente pour nous des autres groupes plus qu'un stimulant, un modèle.que b nous Qu'on relise R.C.i 1 JVL t V
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