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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1935-01, Collections de BAnQ.

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BIU ij 4 .i i i : „ ni PRIMÉ AU “Divom", MONTRÉAL .1 'll, \ \ I \ A/t/toe septième cahier, 1935 TT ! 1 ' ! \ , l1 ; ! .1 % 1 la relève ; i x : i CAHIERS MENSUELS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET PAUL BEAULIEU s < f> V I 1 septième cahier, première série 36, avenue roskilde, outremont. il_V la relève rcdacteur-en-chef : CLAUDE HURTUBISt ?.sommaire positions: la notion de personne .LA DIRECTION 153 Charles péguy .le renouveau catholique dans les grandes écoles scientifiques de franco LOUIS CHEVALIER dostoievsky primauté de la souffrance CLAUDE HURTUBISE .PAUL BEAULIEU 157 ! 165 ROBERT CHARBONNEAU 168 N 172 critiques R! les fondements philosophiques de notre vie spirituelle.“histoire de la population canadienne-française" .ROGER DUHAMEL “bois-mort" de monique saint-hélier .PAUL ANDRE 177 fi I 179 t.ROBERT EUE 181 ?toute demande d'abonnement, toute lettre d'information au sujet de la publicité doivent être adressées à la direction.l’abonnement de un dollar est payable par mandat ou par chèque au pair à montréal, aux bureaux de la direction, situés 36, avenue roskilde." tél.: calumet 7562 L il ?i positions la notion de personne La primauté du spirituel, c'est la primauté sur toutes les autres, de certaines valeurs inhérentes à la personne.C'est dans l'ordre suprême la prééminence de l’éternel sur le temporel, dans l'ordre de la nature, la soumission de ce qui est matériel à l'esprit, et dans l'ordre de l'esprit, la priorité de l'intelligence sur la raison.Tous ces ordres dépendent l’un de l'autre et la primauté du spirituel se définit: la prééminence logique de ce qui est plus élevé dans tous les ordres.L'individu peut être considéré comme ordonné à une lin naturelle, à une fin naturelle supérieure et à une fin surnaturelle.Pour reprendre les termes de Esprit "I échelle des valeurs est la suivante: primauté du vital sur le matériel, des valeurs de culture sur les valeurs vitales; et primauté sur elles toutes des valeurs d'amour, de bonté, de charité ".La question des rapports entre l'homme et Dieu, des relations de l'Eglise et de l'Etat réclame une étude à part, fout le problème, pour nous, se ramène, comme à son centre, à la personne.La personne c'est une nature individuelle ou singulière, subsistante et “capable de se posséder elle-même'.1 La subsistance, qui fait l'unité de la nature, est un attribut de I individualité.Supposons que cette nature individuelle subsistante possède l'être, nous a,rons l'individu.Ce qui distingue la personne de l'individu, c'est qu'elle est capable de réfléchir sur ses actes et de choisir librement.Jusqu'ici nous avons conçu la personne en dehors de 1 existence.d outes les personnes possèdent cette nature spécifique.Toutes sont des natures individuelles subsistantes et capables de se posséder elles-mêmes.Pour que la personnalité soit, ce par quoi les hommes se distinguent, il faut qu’il existe un autre élément constituant.Cet élément c’est l'individualisation par la matière.Qu'on soit thomiste et qu'on croie que cette individuation est la seule, ou qu'on professe avec Suarez, que chaque âme 1 L 1 Jacques Marituin K\%\ •V LA RELÈVE 154 est d'abord créée avec une marge propre, le problème de b individualisation par la matière reste et c'est le seul qu'il nous soit permis de connaître quelque peu.Comme conséquence de son union avec la matière, l'âme rencontre deux obstacles à la possession d'elle-même selon l'intelligence et le libre arbitre.C’est, d'abord l'opacité.Nos facultés, bien que spirituelles, sont sujettes dans leurs opérations aux retards et à la précarité de nos organes.Le second de ces obstacles, c'est le mouvement qui est notre condition propre.11 faut donc atteindre à cette possession de soi par soi, progressivement et dans le temps.Deux raisons, l'une d’ordre divin, l’autre d'ordre naturel, nous commandent cette conquête de notre personnalité.Raison d'ordre divin: la parabole des talents, de l’Evangile.La considération de notre fin supra-naturelle.Raison d'ordre humain: L'action découle de la personne dont elle est I épanouissement à l’extérieur.Il suit donc de ce postulat que nos actes n'existent qu'en tant que nous sommes personnels.C'est-à-dire que nos actes ne nous appartiennent et ne sont libres qu'en autant que nous en sommes conscients, que notre libre arbitre en fait des actes délibérés.Ce n’est pas à dire que celui dont la personnalité est si peu développée qu'il se rapproche de la brute cesse d'être cause, mais il est une cause de moindre puissance et sa liberté est restreinte d'autant.La personne la moins développée reste quand même infiniment plus puissante que la non-personne à cause de la grâce qui supplée, dans l'ordre mystique ; mais dans l'ordre naturel elle est empêtrée par les nécessités.Toute personne est libre dans l'ordre moral.Mais là encore la liberté doit être conquise.Les moyens ressortissent de la foi.I i i I f : L'intelligence et le libre arbitre, qui sont les attributs premiers de notre personnalité, passent sans cesse de la puissance à l’acte.L'intelligence ne peut pas cesser de comprendre, la volonté de désirer le bien.La conscience de nos actes nous permet de les ajuster, l'exercice de notre libre arbitre de désirer ce que nous savons être le vrai bien.En autant que nous ne nous I 1 h: ¦ il. 155 LA NOTION DE PERSONNE possédons pas nous-mêmes, c'est-à-dire que nos facultés ne servent pas adéquatement notre intelligence, et que notre volonté qui ne saurait désirer autre chose que le plus grand des biens, n'est pas libre, nous dépendons des nécessités.La conquête de la personnalité, c'est la conquête de la liberté.Et la liberté consiste dans la connaissance et le choix de I unique bien, et en attendant que nous atteignions cette perfection de notre personnalité, dans le choix des moyens selon leur valeur dans l'ordre de cette perfection.La liberté ne consiste pas, comme on le croit souvent, dans l'indétermination.La liberté n est pas non plus un mot, comme le pensent les déterministes.Bergson a prouvé que la liberté de l'homme se manifeste dans l'emploi des nécessités pour atteindre une fin conçue dans l’esprit.Les impossibles ne limitent pas plus la liberté de l'homme que les lois de la nature.Elles la déterminent à opérer dans un ordre, qui n est pas plus nécessaire qu elles absolument, mais qui l'est relativement.Supprimons la matière, il n'y a plus de nécessités, mais plus d'homme non plus.La matière étant donnée, il y aura des nécessités, des moyens à l'usage de notre liberté.Quelles sont ces nécessités avec lesquelles la personne doit le plus intimement compter pour atteindre sa perfection ?Ce sont : \ i ° La vie animale.2° L'éducation.3 ° La conquête de la vie contemplative.La personne résulte de l'union de l'âme et du corps.La perfection de notre personnalité consiste dans la plus grande liberté de nature.Cette liberté consiste dans la possession de nous-mêmes.Il ne s'agit pas, pour nous chrétiens, de faire abstraction du corps, mais de composer avec lui, de I utiliser parce que sans lui la personne n’existe pas.La première des nécessités que nous impose notre corps c'est la vie animale, elle est économique et politique.Trois postulats dans l’ordre économique actuel : i ° La subsistance dans l'ordre économique: droit à la vie, au travail, au salaire.2° Droit au travail.Car l’homme n'est heureux que 'll, 156 LA RELÈVE dans la création.Augmentation de la personnalité, valeur d'amour, de joie dans la confection d'un objet bien à soi.3° Au salaire: Voir notes sur le Capital, publiées prochainement.Le principe de la fécondité de l'argent est contre nature, écrit Maritain.La vie politique découle du fait que l'homme est un animal social.La seconde des nécessités, c’est l'éducation.La conquête de notre personnalité exige qu'on tienne compte de deux éléments: de l'hérédité, instincts, tares, prédispositions et du milieu, famille, nation, pays, qui sont le prolongement matériel de l'hérédité.La troisième nécessité: au sommet de cette conquête, se trouve la vie contemplative.L'intelligence doit primer sur la raison, la raison sur les sensations.L'intelligence a besoin de certitudes qui dépassent la raison dans leur découverte, comme les mystères, dans leur élaboration, comme la métaphysique, les vérités premières.Daniel-Rops a démontré que notre siècle souffre surtout du mépris de l'intelligence que l'on professe depuis la Renaissance.I I r > B i i \ La vie de l'intelligence c'est la vie contemplative.Notre but et le perfectionnement de notre personnalité c'est la contemplation du ciel.Ceux qui atteignent le perfectionnement de leur personnalité avant la mort, les saints, sont des hommes à qui la grâce a permis d'atteindre à une connaissance du bien qui ne laisse plus de place à la liberté imparfaite.La vie active n'est pas un moyen d'atteindre la vie contemplative, c'est son opposée.Mais la vie contemplative incomplètement vécue est la condition de toute action durable.Les hommes s’agitent et quelques-uns seulement agissent.Le propre de l’imperfection de notre nature c'est le mouvement.L'action réelle perfectionne à la fois le sujet et l'objet.La vie active consiste dans la pratique des vertus morales et politiques, La personnalité telle que conçue par les scolastiques est à la base de cette nouvelle chrétienté dont a parlé M.Jacques Maritain.1 1 Un résume de scs conférences a été publié dans le cinquième cahier de la relive.IV S I F LA DIRECTION H I [ •V- Charles pécuy Depuis quelques années, ce nom rallie toute une jeunesse fervente.Une influence qui ne dépassait pas quelques initiés prend une expansion sans cesse grandissante.Ne voit-on pas tout un groupe de routiers marcher dans la voie qu'il a tracée, des organisations de mentalité et de tendances différentes diriger leurs efforts dans le sens qu'il a indiqué ?Et cette année, il y avait vingt ans que Péguy "s'était fait tuer", de nombreux jeunes terminaient à Villeroy une longue route entreprise sous son signe.1914.Lieutenant Charles Péguy.Ces simples mots gravés sur un monument érigé au bord de la route.Son nom est inscrit au milieu d’autres noms.Rien de particulier.Son corps repose dans une fosse commune avec ses soldats.Tout autour, de beaux champs où les paysans sèment leurs blés forts et drus.Sa vie devait nécessairement se terminer en cet endroit, en pleine terre française, en toute simplicité, en vraie grandeur.Quand on a tenté de s'arracher aux habitudes bourgeoises, on comprend mieux ce que représente cet homme, à quelles attentes secrètes répondent ses œuvres.Tout un dynamisme s’en dégage, qui éveille l’âme nouvelle et prépare la Cité-future.> à la conquête de la cité harmonieuse Toute la vie de Péguy est commandée par des valeurs spirituelles.Son oeuvre, expression adéquate de sa pensée, sera inspirée par ces memes problèmes.Si quelquefois elle en retire une certaine âpreté, elle possède une étonnante continuité, une valeur humaine extraordinaire.Commencée sous la protection de Jeanne, elle se poursuit en s'augmentant d'une nouvelle vigueur pour s’épanouir dans un christianisme sain.Jeanne d'Arc.Sous ce titre un jeune socialiste se jetait dans la mêlée.Pour travailler plus sérieusement son sujet, il avait quitté l’Ecole Normale.Déjà les angoissantes questions qui le feront vibrer sont exprimées.Pourquoi Péguy consacrait-il à cette sainte un livre de plus de cinq cents LA RELÈVE 158 pages ?Evidemment il ne s agissait pas d'hagiographie; il voyait surtout dans cette héroïne la réalisation complète de sa théorie, celle qui avait "tâché de porter remède au mal humain".En quoi réside le mal humain 1 Dans la misère et la damnation.La solution que propose Péguy est plus explicite dans Marcel.La Cité harmonieuse remplacera la Cité bourgeoise et avec elle disparaîtront ces imperfections.Ce livre, à la première lecture, semble une pure idéologie, mais une analyse-attentive révèle un ensemble qui touche de près le réel.La connaissance de ce système est importante pour comprendre l'attitude de Péguy devant les événements.La Cité harmonieuse admet tous les hommes sans distinction de race ou de croyance.On sent le malaise qui 1 éloigne du christianisme.Péguy ne pouvait pas comprendre qu'un homme soit rejeté par ses semblables, qu'une âme soit éloignée des autres Déjà Jeanne s'épouvantait à la pensée des damnés.L'établissement de cet ordre nouveau ne peut se faire par coup d'État.Une révolution lente et progressive est nécessaire, car avant tout clic doit être morale.Aussi les travailleurs ne seront pas accaparés par le travail manuel, par les difficultés à gagner leur vie.Les ouvriers auront des loisirs permettant le développement intellectuel puisque tous les hommes ont droit à une vie normale qui respecte et I âme et le corps.Le perfectionnement matériel n a pas sa raison d être s'il empêche la liberté intérieure.Son socialisme lui avait dicté une construction qui, dans ses exigences, demande plus de renoncement que I homme seul peut en donner et qui suppose des qualités que ne provoque pas l'intérêt matériel.La Cité harmonieuse se rapproche beaucoup plus du christianisme que du marxisme.“Quiconque adhère, s'engage à vivre en socialiste et commence sur lui-même la révolution ", Ces paroles engagent complètement et ne tolèrent aucune défaillance.Une telle noblesse attire la jeunesse; c'est pourquoi Péguy s'adresse à elle.A vingt ans, l'esprit n'est pas faussé par le monde bourgeois, c'est l'âge des options totales et des aventures désinté- ! I I I % | un 'A s?I t i I! i i .Ù I i ¦ CHARLES PÉGUY 159 lessees.(Jette emprise qu il exerce vient que lui-même accepte le jeu sans biaiser.La passion de la vérité est propre à cette génération; de tous les écrivains, aucun ne l'a poussée dans ses conséquences les plus rigoureuses comme le fit Péguy.L'Affaire Dreyfus le détachera complètement de tout parti en lui prouvant jusqu'à quel point la vérité est encombrante dans le monde moderne.Elle perd plus d’hommes qu elle n'en sauve.La seule solution est d'accepter d'être perdu.Péguy ne tardera pas à l'expérimenter.Lui qui se refusait à toute complaisance officielle, même littéraire, ne pouvait vivre dans l’horizon étroit et mesquin du socialisme.Le grand air était nécessaire à une santé intellectuelle trop exubérante.Notre Jeunesse établit la portée héroïque du "Dreyfusisme " en des traits virulents.Il s'agissait d’empêcher que "la France fût constituée en état de péché mortel" par la condamnation d'un homme.Aussi longtemps que le plan mystique subsista, Péguy lutta avec Jaurès, mais lorsque l'Affaire fut utilisée comme un instrument contre la France, il s'opposa à Jaurès.On ne trahit pas impunément la mystique pour la politique, surtout si les politiciens possèdent l'autorité.Cette clarté de vue et cette volonté de pousser un principe jusqu'à ses dernières conséquences sont propres à Péguy.Il ne pouvait accepter qu'on profitât d’une tentative de redressement pour salir sa patrie; toute l’histoire française témoignait d’une autre destinée.Il ne s'agissait pas d'être antinational; au contraire il fallait chercher dans le passé la vigueur nécessaire pour arracher le trouble.Le redressement national n’existe qu'à cette condition.Les générations fortes demeurent fidèles à leur passé.Après avoir rejeté les traîtres, Péguy fonde les Cahiers de la Quinzaine.Dès le début, les principes qui pendant quinze ans régleront sa conduite sont posés avec fermeté: l'obligation de dire la vérité.Une telle ambition conduisait à la pauvreté et à l'abandon de la gloire.A-t-on le droit de sacrifier la vérité pour des intérêts personnels ?Les cahiers se succéderont, apportant des pensées neuves, ‘ \ W\ LA RELÈVE m mais jamais le succès.Nous assistons à la plus sublime lutte les forces temporelles, et toujours domine la probité intellectuelle.Même les polémiques les plus acerbes resteront éloignées des insultes faciles.Les attaques sont dirigées contre des idées, non pas contre des personnes."Il faudrait des soldats ardents dans la bataille, Mais sans colère après quand la bataille est faite, Sachant donner sans haine et recevoir l'entaille." Il suffit d'avoir défendu le vrai sans petitesse.! contre i î !' j L i Une manière personnelle décrire retient 1 attention Devant ces multiples répétitions, on ressent I impression pénible que I on se perd en digressions sans fin.Lorsque Péguy s'est convaincu d'une idée, il veut convaincre les autres.Un grand désir d'action le possède.Il reprend l'idée sous tous aspects, la répète, la modifie par un mot qui fait saillie aspect lumineux.De plus une pensée trop riche 1 ! ses et ouvre un pour être contenue ne lui permet aucune coupure.Sa pensée, il l'exprime pleine.Quand une question est abandonnée, elle a été épuisée.Rien ne demeure dans l'ombre.Un tel procédé demande la réflexion.A force d'entendre reprendre le même thème, on y réfléchit presque malgré soi.Ces écrits ne tolèrent pas le lecteur passif.Cette méthode traduit sa vie.Toujours à la recherche, sans repos, sans inquiétude; dans son travail en apparence infructueux, comme soutien: le désir de servir.! ; , : .Une telle vie, exempte de compromission, une volonté tendue vers les idées les plus pures ne pouvait résister à la grâce qui "peut, si elle veut, procéder comme une eau qui suinte sournoisement par en dessous d'une digue de Loire".la découverte de la cité harmonieuse "Je ne t'ai pas tout dit.J'ai retrouvé la Foi.Je suis catholique".Il devait en arriver à cette conclusion.Après avoir tellement cherché la Cité harmonieuse, le catholicisme se plaçait normalement sur sa route.Cette confession à Lotte ne surprend aucunement, elle éclaire davantage la parfaite ; il •I I i : ! I I .-V»-1 CHARLES PÉGUY 161 unité de sa vie.Les hésitations du début prennent leur vraie portée.Sans retour en arrière, Péguy entrait dans une cathédrale longtemps connue.Notre Dame ne pouvait abandonner le pèlerin poudreux qui lui confiait si naïvement ses enfants malades, Jeanne veillait sur Orléans et son ami Baillet priait à son intention dans un lointain monastère bénédictin.Ce n'est pas en vain que toutes ces puissances s unissaient.Il ne s'agit pas d'une conversion, d'un sursaut éblouissant comme chez Claudel, mais de l'approfondissement d'une pensée.C'est par un acheminement lent et continu que Péguy atteint la pleine lumière.Il I éprouvait lui-même fortement quand il disait: “Nous ne renierons jamais un atome de notre passe".Il y a dans cette déclaration beaucoup plus qu’une poussée d'orgueil; on sent l'aveu de l'homme qui sait que la recherche de la vérité conduit loin.Il suffit d'avoir la force d’abattre les difficultés et les trahisons des amis.Tous les cahiers sont comme autant d'étapes.Même quand il se déclare complètement incroyant, il progresse parce qu'il prend position.Jamais I indifférence ne retient son esprit.De même que la Cité harmonieuse exigeait, pour sa réalisation, des qualités chrétiennes, de même les autres cahiers témoigneront de sa fidélité.Dans un cahier qui marque une étape décisive de son évolution, Péguy découvre en lui un sentiment vigoureux jusqu'alors inconnu : Notre Patrie.Ce retour sur l’histoire de France lui faisait rencontrer des saints et des saintes.Il était trop peuple pour ne pas sentir en lui les attaches, les liens spirituels qui l'unissaient à ces Français.Tout un héritage de traditions fortes renaissaient en lui Les 13 ou 14 siècles de christianisme introduit chez ses aïeux avaient, malgré son aveu, laissé des traces profondes.Le catholicisme fut une source féconde d'inspiration.Ses derniers écrits exposent avec une fraîcheur imprévue ses croyances.Le Christ, la Vierge, les Saints ne sont pas des sujets historiques dont on discute l utilitc ou l'authenticité: pour Péguy, ce sont des êtres vivants.Le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc, le Porche du 1 1_LLl LA RELÈVE 102 Mystère de la deuxième vertu, le Mystère des Saints Innocents apportent à la poésie catholique un jaillissement intérieur qui lui fait souvent défaut.Aucun souci de paraître, aucune recherche littéraire, c'est un pèlerin du Moyen Age qui dit des choses toutes simples.Rarement un écrivain a traité avec autant d'aisance des sujets religieux.Cette facilité émane d'un sens pénétrant du catholicisme.L'insertion du spirituel dans le charnel rend la compréhension de certaines parties difficile parce qu'on nous a trop habitués à élever des cloisons, à ne pas apercevoir ce point d'attache qui joint l'âme et le corps.On considère l'un ou l'autre, on ne réalise pas l'un et l'autre.11 faut qu'un poète violente notre intelligence pour nous le rapprendre.Son grand poème Eve n'a d'autre matière que cette liaison mystérieuse du charnel et du spirituel.Tout l'âge payen, Athènes avec sa culture, Rome avec son empire, prépare la venue du Christ qui superposera "à l'ordre de la nature l'ordre de la grâce".Cette œuvre mériterait une analyse attentive puisqu'elle reprend une question essentielle du christianisme I Incarnation.La sainteté passionnera sans cesse Péguy.Geneviève, saint Aignan, saint Louis, Jeanne d'Arc sont autant de protecteurs puissants.Parmi tous les saints et toutes les saintes de chrétienté, la Vierge occupe la première place.En cela Péguy est très français.Aucun peuple n'a pour Notre Dame une dévotion aussi continue.Toute son histoire témoigne de cette confiance.Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les nombreux sanctuaires et les lieux de pèlerinage qui lui sont dédiés.Le témoignage qu'apporte Péguy possède une valeur singulière.Ce polémiste qui dans ses attaques foudroyait un Lanson ou un Jaurès, s'abandonne, devient tendre devant sa Mère.Et pourtant c'est un homme tourné vers l'action.Donc de sa génération.Alors que nous n'osons plus, par crainte d'un sourire, prononcer son nom, Péguy crie fortement son adhésion.Il la justifie par des découvertes étonnantes.Ne disait-il pas à son ami, Stanislas Fumet: "Toutes les ques- i i; ; ! Wi \ EX ¦ ¦ 4 CHARLES PÉGUY 163 lions spirituelles et temporelles, éternelles et charnelles, gravitent autour d’un point central auquel je ne cesse de penser et qui est la clef de voûte de ma religion.Ce point, c’est l’Im-maculée-Conception".Ce ne sont plus les idées figées, faites à l’avance, mortes, mais une doctrine de vie intense qui dépasse de beaucoup toute sentimentalité.Les entretiens que Lotte a notés sont remplis de réflexions aussi pénétrantes, qui révèlent un amour sincère et une confiance illimitée.Les nombreux pèlerinages à Chartres jettent un accent étonnant de ferveur.Laissons parler le pèlerin.“J’ai beaucoup changé depuis deux ans, j'ai tant souffert, j'ai tant prié! Mon petit Pierre a été malade, une diphtérie en août.Alors, mon vieux, j’ai senti que c'était grave.Il a fallu que je fasse un vœu.J’ai fait un pèlerinage à Chartres.144 kilomètres en trois jours.On voit le clocher de Chartres à 17 kilomètres sur la plaine.Dès que je l’ai vu, ça été une extase.Je ne sentais plus rien, ni ma fatigue,ni mes pieds.Toutes mes infirmités sont tombées d’un coup.J’ai prié, mon vieux, comme je n’ai jamais prié.Mon gosse est sauvé.Je les ai donnés tous les trois à Notre Dame.A la Sainte Vierge de s en occuper ”.Une foi si jeune et si vive emporte les quelques objections soulevées par son abstention à fréquenter les sacrements Rien ne laisse croire qu’un esprit aussi avide du vrai avait démissionné avant d'atteindre le terme.Des raisons inconnues le retenaient, et, malgré la souffrance d’etre privé de ces secours, il se réfugiait dans la prière, recours des pécheurs.La déclaration de la guerre ne l'a pas surpris.Depuis longtemps il savait qu’il était impossible de l'éviter.Il partit au front avec la même spontanéité.La mort l'a frappé en pleine action.Sans inquiétude, comme Louis de Gonzague, il a continué sa route; la vision de la fin n'a pas assombri son calme serein.Celle dont il avait fleuri l’autel, quelques jours auparavant, le soutenait de son sourire.V ' Cette certitude ne peut être que le signe d’une mission fidèlement accomplie.En se faisant tuer, Péguy atteignait à l'héroïsme qu'il avait tellement admiré dans Polyeucte. LLAi LA RELÈVE 164 Voilà ce que la jeunesse trouve dans Péguy.Au milieu du vieillissement du monde moderne, alors que toutes les fausses valeurs s'écroulent, on comprend que la nouvelle génération se retourne audacieusement vers cet homme et puise dans ses œuvres le rajeunissement, la vigueur nécessaire à tout renouveau.Péguy ne prétend pas au rôle de "Père de l’Eglise.C'est déjà beaucoup d’en être le fils".Surtout lorsque ce fils ne travaille pas dans le péché, mais dans la grâce.f V Paul BEAULIEU 11: ) = I i ! II i i I [ ' 1 : I le renouveau catholique dans les grandes écoles scientifiques de france I 1934, partout c est une montée de sève chrétienne dans les milieux intellectuels.Et dans nos cœurs vient une grande espérance.Après de longues années de brume et de travail obscur, l'atmosphère semble se déboucher.La brume, c'était hier.Quiconque entrait dans une de nos grandes écoles vers 1910 trouvait une situation religieuse décourageante.La foi était presque officiellement brimée par une minorité de sectaires; le grand nombre était sans réaction personnelle par indifférence ou respect humain.Les catholiques étaient contraints de s abstenir de manifestation publique de leur foi.Quelques isolés, passant pour des exceptions, de ces êtres avaient le \ toute curieux qu'on regarde mais qu’on ne suit pas de défendre leur foi devant qui les provoquait.La religion est alors une affaire personnelle, au fond encombrante, que l'on s’efforce de cacher pour ne blesser personne.11 faut partir de là.Ce n est vraiment pas fort, lout est à reprendre pour ainsi dire, car les premiers pionniers auront tout à l'heure pour ambition d établir dans ces écoles une atmosphère de ce christianisme vivant et sain que nous con- l cffort à courage naissons aujourd'hui.En un instant on mesure donner.Cet état ne doit pas nous étonner, a cette époque toute la vie publique est entachée de sectarisme.1901.Expulsion des Congrégations.Séparation de l'Église et de 1 Etat.Ces dates, présentes à l’esprit de tout catholique français lui dictent l'impérieux devoir de prendre à son tour le collier pour rétablir l'ordre chrétien.La voie est tracée.En 1912 quatre de nos aînés ont donné le premier coup de pioche, quatre élèves de 1 École Polytechnique.Ils ont su partir de peu, sachant que pour truire durable, il faut construire fort.1905.cons- \ \ \ ^ LA RELÈVE 166 Après vingt ans de labeur, il est clair à nos yeux que la véritable conquête des générations qui nous ont précédés fut la conquête du respect humain.C'est chose faite, dans la plupart de nos grandes Ecoles les catholiques sont regroupes, la moisson est mûre, les ouvriers sont prêts, qui nous empêchera de moissonner ?Les moyens employés pour obtenir ces premiers résultats ne furent pas extérieurs.Avant tout il était important de développer la vie intérieure, l’union intime au Christ.Les étudiants se groupent d'abord en une union de prières et d'apostolat.Celt manière de traiter franchement le problème sans employer de moyens détournés fut la meilleure garantie de succès: réalisme qui fait opposition avec la plupart des méthodes alors en cours.Trop souvent on groupait les catholiques pour des occupations plus ou moins profanes, négligeant l'essentiel.L'Évangile ou parfois un autre livre constitue l'aliment de nos prières.Comme beaucoup de nos contemporains c'est dans l'Ecriture sainte que nous trouvons notre principal soutien.Nous sommes là bien loin des systèmes et des écoles de spiritualité, dans une atmosphère de simplicité et d'amour, au contact même du Christ.Méditer sur la vie du Christ, c’est tôt ou tard obtenir son intimité.N'est-ce pas une réaction trop violente contre la Réforme qui nous a privés pendant plusieurs siècles de la lecture fréquente du Nouveau Testament ?On ne manquera pas de remarquer la rudesse, la simplicité recherchée de nos réunions.Nous voulons aller au plus dur, au plus profond pour poser des hases solides.Point de meetings et de discours.Pour comprendre cette tendance il est indispensable de se placer à nouveau au cœur du problème.De quoi s'agit-il ?de regrouper dans les écoles les forces catholiques éparses, de vaincre le respect humain, de combattre l'indifférence religieuse.C'est ainsi que se désignaient tout à l'heure les objectifs.Par ces méditations en commun les étudiants apprennent à se connaître et à s'aimer, ils se trempent.Ainsi se combat l'isolement et le respect humain.Tout autre est le problème qui consiste à combattre l in- ' j, t # i i V ) i; If ¦I 15 j . 167 LE RENOUVEAU CATHOLIQUE différence.S'il est injuste de dire qu'il reste entier, il faut reconnaître qu’il est loin d'être résolu.Nombreux sont ceux que rien n’attire, qui ne se battent pour rien! et pour qui l'essentiel est de bien vivre, bien égoïstement ! Nous les côtoyons tous les jours, ils nous étonnent, ils nous effarent.dernières victimes de l'individualisme farouche, égoïste, du siècle passé.L'important est de leur faire connaître le christianisme non par les discours, mais par l'exemple.L'action personnelle joue alors le plus grand rôle.Que jaillisse des chrétiens tout le séduisant du catholicisme, toute la séduction qui se trouvait dans le Christ.Alors nous devons nous former à cette vie.Elle se développera toute seule, tout naturellement au contact du Christ.Le nouvel Adam n'est-il pas "le plus beau des enfants des hommes" ?Le Christ rédempteur nous rend capables de retrouver la splendeur première, nous ne pensons l'atteindre que par le christianisme intégral.Que soit plus grande notre valeur professionnelle, soyons des chefs.et des serviteurs.Que soit aussi plus grande notre conscience professionnelle ayons plus de rectitude.et d'amour.Les étudiants scientifiques ont pris occasion du devoir annuel de communion à Pâques pour faire célébrer une Messe Pascale pour chaque grande Ecole.Ces messes sont un acte de foi collectif dont la répercussion morale est considérable.Chaque année on y trouve des âmes nouvellement amenées à Dieu.En 1934, plus de 10,700 élèves et anciens élèves de 22 Ecoles d'ingénieurs ont signé les invitations.La voie est tracée, sachons la percer jusqu'au bout.Louis CHEVALIER Paris, 1934. tlcstcievsky La vie de Dostoievsky est pleine de trous noirs.Il y a des côtés sombres, que de l'aveu de ses premiers biographes, sa famille et ses proches n'ont jamais voulu révéler.Je doute que ccs détails qui relèvent de la psychiatrie et que la pudeur russe a retenus de la circulation littéraire, aient beaucoup éclairci la personnalité plus profondément complexe de l'homme.Son œuvre ne jette qu’une lumière mêlée d'ombre sur la complexité d'une âme naturellement ténébreuse et qui est restée jusqu'à nos jours dans un mystère presque complet.Claudel et Gide, esprits différents au point d'etre ennemis, Proust et Bernanos, qu'il a influencés, ne font que confirmer ce que nous savions déjà des contradictions de sa nature.Le grand homme ne les rapproche pas.Chacun trouve en lui une substance essentiellement différente, chacun l'attire à soi à coup de mutilations arbitraires.Les premiers esprits de ce temps ont subi l'attrait de ce visionnaire, dont les idées, par leur puissance dynamique, ont ébranlé le régime politique de son pays et plus profondément marqué l'esprit et la conscience de ses admirateurs dans le monde entier.Dostoievsky, qui était avant tout Russe, atteint à l’humanisme par les racines mêmes de sa personnalité nationale.Ce qui fait l’universalité de l'auteur des “Frères Karamazov", c’est que.comme les classiques, il est uniquement intéressé par l'homme et son destin.Un jour, un jeune homme qui se croyait né écrivain et qui avait abandonné le génie pour vivre des lettres, découvre que son talent, c'est l'analyse, c'est-à-dire qu'il ne peut sortir de lui-même et il commence son œuvre à partir de lui.La difficulté pour nous, consiste à rétablir 1 identité de ce "moi " dont il part.Rien dans ses lettres ne nous le fait pressentir.Ce sont presque toutes des demandes d'argent, humbles, et qui contrastent avec celles du même genre écrites dans un autre coin de I Europe par Léon Bloy.Son journal, si l'on considère le "journal de Stavroguine” comme un roman, apparaît vide de lui.Il écrit qu'il ne sait pas parler de ce qu'il est.Je crois que Dostoievsky n’eût jamais i ! 1 .i / i m i : : Id : f it ÏN i .'¦ I ?169 DOSTOIEVSKY écrit, s'il n'eût été forcé comme il l a été toute sa vie, par des contrats et des dettes criardes et même à certains moments par la crainte de la prison et cela, parce que Dostoievsky semble n'avoir rien à dire.11 avait énormément d’idées, et il a fondé des journaux pour les exprimer et les propager; mais il manque de logique et d'intérêt dans sa littérature sociale comme il manque de spontanéité et de sincérité dans ses lettres à sa femme ou à son père.Tout ce qui est communication directe et immédiate avec les êtres paraît être empêché par une paralysie de l'intelligence ou du cœur, devant l’aveu.C'est au fond de l'humiliation et sous la pression des événements qu’il consent à construire ses romans qui sont des explications.Mais les explications ont pris dans son œuvre un sens qu’elles n'avaient pas à l'origine.Ce mauvais philosophe qui n'admet sa faiblesse en métaphysique que pour se réclamer aussitôt de son amour pour cette science, a créé une œuvre qui intéresse au plus haut point la philosophie.Ses romans sont des reconstitutions de crimes saisis jusque dans leurs attaches inconscientes et inarticulées.Il poursuit à travers ses péripéties, une chose qui l'intéressait et par laquelle il intéresse le monde : les secrets inviolés de la conscience.Dostoievsky considère le monde comme un problème religieux et moral.Cet homme dont la personnalité, au sens courant du mot, est si contradictoire et si changeante qu elle paraît sombrer dans le dédoublement ou plutôt n'exister qu'à condition de se dédoubler, conçoit la personnalité comme une et inaliénable, comme libre et responsable.Il ne s'exprime pas tout d'abord cette conception, il la découvre, il la poursuit et la rejoint sans préméditation.Supprimez l'idée de responsabilité et les chefs-d'œuvre de Dostoievsky, Les Karamazov, Les Possédés, Crime et Châtiment ne sont plus concevables.Ce sont des récits de crimes, c'est-à-dire d'actes responsables et, admirable contrepoids, rachetables.Tout crime chez Dostoievsky peut s’expier par la souffrance.La solution de ce problème de la vie, il la cherche dans la Foi en une âme immortelle, proposée à ceux qui souffrent et - \ ] LA RELÈVE 170 sont humiliés, et dans le développement de la personnalité.La liberté consiste pour lui, comme pour les scholastiques, dans la possession de soi.Quel est le sens de cette liberté ?Ou plutôt la liberté estelle comme on peut le croire illimitée ?Qu'est-ce que la liberté ?Dostoievsky ne se pose pas cette question comme un problème.Mais il voit un fait.Il y a des hommes qui font des crimes; s’élèvent-ils au-dessus des lois communes ?L'analyse des crimes va le lui révéler.Il a accepté a priori le crime comme un acte de la liberté.Il incarne cette idée dans Raskolnikov.Par l'analyse, il va poursuivre les motifs de celui-ci.Il lui donne toute la latitude; mais bientôt les liens de la responsabilité vont se resserrer un à un, envelopper de leur réseau, le criminel, anéantir en lui cette liberté que cet acte devait affirmer.Quel est le destin de l’homme qui a commis un crime, même si tout est en sa faveur ?Raskolnikov est chargé de nous l'apprendre, mais non par une thèse, On dirait que Dostoievsky cherche ce destin avec nous, qu'il ne le connaît pas, nous le suivons dans le labyrinthe d’une analyse par un logicien qui ne saurait argumenter par syllogisme, mais qui n'a pas son égal pour pénétrer la nature humaine, l'individu le plus différent de tous les hommes et nous faire vivre ses émotions, ses angoisses, nous fait accepter sa vision des ctres et du monde, Au fond du criminel, il découvre que le mal porte en soi son châtiment immédiat.Que la négation du mal entraîne la négation de la Justice et de la Vérité, donc de Dieu.Et la conséquence pour la personne se trouve dans la destruction de la volonté par l'abus.Raskolnikov tue une vieille usurière, la plus vile et la plus répugnante des créatures.C'est un être inutile qu’il se plaît à imaginer entre lui et la supériorité, sur le chemin de la surhumanité.La vieille tentation du premier jour: "Ose tuer cette vieille personne, mais sans t'exposer au châtiment terrestre et tu seras semblable à Dieu".La collaboration de l'intelligence du mal va aider Raskolnikov, qui est un idéologue et un raté, à accomplir un crime parfait.! V ?! i F :! ¦' i ¦ h* I i : iwdm 171 DOSTOIEVSKY Tous ses gestes sont calculés; il a tout prévu.Il ne tue pas pour l'argent, ni par haine: la victime lui est indifférente.C'est le crime qui l’attire.Il veut se prouver à lui-même que c'est un acte d'affirmation de sa liberté.Si je ne puis la tuer, je ne suis pas libre.Sa méditation devenue hallucinante de profondeur confond liberté et arbitraire.Dostoievsky le suit.Raskolnikov accomplit un meurtre parfait, que nous suivons dans ses détails, auquel il n'y a rien à reprendre.Pas une minute de faiblesse, de perte de contrôle de soi.Quelques-unes des plus belles pages du livre sont celles qui le montrent aux prises avec le policier Porphyre.Celui-ci est convaincu de sa culpabilité; mais en meme temps de l'impuissance de la police à rassembler un faisceau de preuves convaincantes.Et il laisse partir le jeune homme.(A suivre) \ Robert CHARBONNEAU ) ¦ ', v Ml primauté de la souffrance Depuis les célèbres apparitions, il s'est écrit sur Lourdes nombre de pages qui ne nous donnent que les impressions si individualisées, si uniques à leur auteur, si superficielles qu’à aucun moment elles ne touchent à l'universel.On ne sent pas que l'homme est engagé par ces descriptions de miracles de processions, par ces témoignages, qui ont ému leur auteur, certes, et qui nous émeuvent mais pas jusqu’à nous faire pénétrer au cœur même du miracle.Capitale de la Prière, 1 de René Schxvob, est le premier livre à nous donner plus que l'impression d'un homme devant Lourdes.Il nous transmet 1 impression du chrétien, une impression si profonde quelle atteint cette fois à l'universel.L'œuvre de cet esprit pénétrant nous révèle l'essence d'une doctrine que vit, depuis 75 ans, la foule des Pèlerins.Dans cet essai, que son titre, que scs titres de chapitres doivent à eux seuls signaler à notre attention, Lourdes n'apparaît plus comme la ville des guérisons incroyables mais comme celle de la Guérison.Pour les chrétiens refroidis et "habitués ' que nous sommes, Lourdes n'est que ce lieu, signalé à notre piété, par des apparitions dont la portée nous échappe et dont nous n'avons cure d'ailleurs.Un monde paradoxal, affolé et tout à la fois pétrifié dans son esprit bourgeois, nous emporte à mille lieues de cette ville de l'Esprit, théâtre de choses parfois si extraordinaires que la presse, toujours à l'affût de l’événement sensationnel, à quelque ordre qu'il appartienne, nous en apporte l’écho, au même titre qu'un assassinat ou qu'une escroquerie, ravalant ainsi au rang de la matière, comme seules savent le faire des institutions de notre univers inanimé, les plus pures manifestations de la grâce.A travers ce livre de doctrine que parcourt un souffle lyrique jailli des profondeurs d'une âme qui a retrouvé là sa voie et le sens que Dieu a donné à son néant, Lourdes s'affirme, comme le dit fauteur, la réponse au mal du siècle.Le monde atteint, en 1935, le fond de l'abîme qu'il se creuse depuis le commencement de la Renaissance (ou, si l'on préfère, depuis la fin du moyen âge.) La vie du monde, qui 1 Collection Les Iles, chez Dcsclcc, de Brouwer, Paris.IS .i ï ||i I .(: j Q 1 ; Wl : ! PRIMAUTÉ DE LA SOUFFRANCE m devrait être celle d'une communauté de personnes unies par un but qui les dépasse, a perdu son sens du jour où l'homme, infidèle à l’avertissement de l'Evangile, a voulu s'élever jusqu'à transporter le centre de sa vie sociale, de Dieu en lui.Et l'individu, que la théorie du libéralisme moderne1 laissait libre de conserver son Créateur comme centre de sa vie, a perdu à son tour le sens de son être, par contrainte, la pratique intégrale de sa Foi, nécessaire à sa nature d'être social, lui étant refusée.Prise dans un monde où toutes les institutions qui en sont le cadre ont apostasié, en un monde à qui tout progrès est impossible parce qu'il s'est pris lui-même comme fin — et qui par conséquent ne peut que déchoir — la personne s'étrangle en un individualisme total (par réaction contre tout ce qui en dehors d'elle, devient totalitaire: État, argent, presse.), la personnalité s'anéantit, faute de pouvoir s'épanouir autrement que par l'héroïsme!2 Déchirés entre ces deux pôles, entraînés par ce monde où nous sommes à cause de notre condition humaine, et dom nous sommes, à cause de notre faiblesse, quoique membres d’une Église qui n'en est pas, nous y perdons notre simplicité.Et la Foi aussi, qui n'est plus cette chose admise de tous et manifestée en des gestes naturels à une humanité qui ne suit plus la nature.Les nôtres mêmes semblent parfois ne plus avoir confiance en notre croyance.Ils ne comprennent pas toujours que nous devons refuser la philosophie d'un monde qui a si bien refusé le christianisme.La contradiction sur laquelle se bute l'homme, aujourd'hui, et dont le catholicisme seul concilie les termes, ils ne la voient pas.Ou du moins ils ne sentent pas l'urgence du choix que cette solution exige, l'urgence de cette subordination de l'homme à Dieu, de cette victoire du bien sur le mal.\ ' Il ne faut pas le confondre avec un certain libéralisme que Maritain admet dans sa conception de la nouvelle chrétienté.- En effet, les époques les plus troublées voient les plus belles floraisons de sainteté.Elle seule peut briser l'antipcrsonnalismc de la nôtre Mais il faut du courage à celui qui résiste.Le saint n est pas pris dans le monde, lui, il est face au monde, comme Jésus sur lu croix. LA RELÈVE 174 Celui qui choisit le mal, comme celui qui, ne voulant rien rejeter, cherche une impossible conciliation, sombre dans l'incroyance.Le savent-ils?Ils savent peut-être aussi qu'à celui que la conscience de son néant propre pousse à choisir Dieu, la Foi pose sans relâche "et suivant un mode mystérieusement apparenté à sa propre nature, cent fois et mille fois la même question (dans l'antique sens juridique du mot) jusqu'à ce qu'il ait répondu la réponse essentielle qu'on veut de lui, ce oui qui pour la plupart se confond avec le dernier soupir'.(Claudel) Faute d'avoir répondu, l'homme se trouve aujourd'hui au fond de l'humiliation.Il y a loin encore, jusqu'à l'humilité, un abîme que la grâce seule peut combler.Encore faudrait-il manifester un peu de bonne volonté, par ce regard que nous jetterions là-haut, dans les Pyrénées, sur la petite ville, cité de la chrétienté.Lourdes, par son opposition même au monde actuel, nous indiquera ce qui en lui doit être rejeté.Puis clic nous aidera à comprendre notre souffrance corporelle qu'une Providence insondable 1 nous impose, et aussi notre souffrance de chrétiens en lutte continuelle contre Satan.Notre mal et ses conséquences ainsi connus, nous pourrons parvenir à la communion en l'Amour avec nos frères.Ceux qui s'isolent sont ceux qui ne savent pas.L'essai de René Schwob résume et solutionne ainsi notre problème, en somme un problème théologique, celui de la communion des Saints à vivre.C'est véritablement notre lutte et nos misères qui font notre unité.Les plaisirs cherchent, sans y parvenir, à satisfaire ce besoin, profond en nous et souvent inconscient, de connaissance de l'être humain, de communication avec lui.A l'opposé, la souffrance qui donne une valeur suprême de la personne, valeur qu'il faut rétablir, valeur qui nous rapproche.Que veulent donc dire corrtpas- cn nous, admettre comme une chose qui doit 1 I 3 IM 1 Comprendre, prendre être acceptée, c'est-à-dire, non expliquée: "Je ne suis pas venu expliquer, dissiper les doutes par une explication, dit l'Evangile que cite Claudel, mais remplir, c'est-à-dire, remplacer par ma présence le besoin même de l'explication".Acceptée, c'est-à-dire aussi, apprendre à la monnayer car "Par Lui, continue Claudel, elle a cessé d'être gratuite." b I .A PRIMAUTÉ DE LA SOUFFRANCE 17.') s ion, sympathie, si ce n'est souffrance semblable, du même rythme, relation de souffrance entre deux êtres, concordance telle, qu'alors on se connaît, on co-naît à la souffrance.Comme on co-naît à la joie, car toutes deux sont des états qui s'endurent; souvent si lourds pour nous, qu'il faut les partager.La communion dans ces deux états exige la pureté et l'esprit de pauvreté.Le péché coupe les liens avec Dieu.Utiles à sa justice, on ne l’est plus à soi-même et aux autres.Ayant perdu la grâce, on ne peut rejoindre ceux qui la possèdent encore.Bien plus, il faut tout salir, même la souffrance de ce frère torturé, en la caricaturant.Jeté hors de lui-même, le pécheur est livré à Satan.Enfin, là où il n'y a pas d'esprit de pauvreté, les liens sont coupés avec l'homme.Possédé par son bien, unifié, simplifié par lui, il s'isole.Sans l'esprit d'aumône, ce bien, dont nous ne contesterons pas la propriété à son possesseur, enferme celui-ci dans un petit univers incommunicable.La Grâce seule peut donc réaliser cette communion parce qu elle est infinie.Elle peut pénétrer et emplir le petit univers spirituel qu'est la personne sans pour cela être incapable de combler notre prochain.Tout à elle, l'homme connaît en elle son frère.Ils y naissent ensemble et s'y rejoignent de la façon la plus parfaite ici-bas, et la seule possible, prélude à cette fusion complète dont nous jouirons au Ciel dans ce Corps mystique du Christ auquel nous appartenons déjà.Lourdes, le livre de René Schwob nous le fait voir, c'est ce lieu de la terre où est réalisé, est vécu en pleine lumière, par une population venue de tous les coins de l'Univers, cet esprit de communion qui devra animer la chrétienté future tout entière.i \ Au sujet d’un livre qui apporte une réponse, nous avons essayé de peindre un monde en décomposition et d'indiquer quelques éléments d'un régénération.Fidèle au principe qui veut qu'avant d'agir on sache sur quoi on doit travailler, nous croyons que le premier, chronologiquement, de ces éléments, c'est la conscience de notre similitude avec ces malades I LA RELÈVE 176 pour qui la souffrance est toute une vie, avec ces Invités à L'attention 1 pour qui Claudel a écrit son admirable essai.Cette invitation portée à tout un monde, celui de la majorité, nous aimerions l'étendre à l'univers entier, mais particulièrement à ceux-là qui possèdent, cachée et à l'état latent, la Vérité.I I Nous en sommes à un point où un catholique ne peut plus se contenter d'accomplir fidèlement son devoir d'état.Tous et chacun sont "appelés à l'attention " de ce que la main de la Providence travaille autour de nous et au fond de nous-mêmes.Nous osons même dire que chacun doit emprunter, pour s'y appuyer, la parole de l'Apôtre: "Non possumus non dicere, " nous ne pouvons pas ne pas dire.Il est grand temps que cesse cette indifférence individualiste et bourgeoise à l'égard des maux de la communauté.Qu'on s'efforce enfin d'ouvrir les yeux à la réalité pour y constater que la crise que nous subissons n'est pas seulement, même au Canada, une de ces crises économiques passagères.Manifestée surtout sur le plan matériel parce que vécue si cruellement, cette crise n'en garde pas moins son origine et ses éléments de solution sur le plan métaphysique.Nous ne pouvons pas ne pas voir.2 F if S i J ; ' H f i , iu Claude HURTUB1SE » i 1 Cahiers Vi^iVe, 1930, 3e cahier.2 N’cst-cc pas un signe heureux, que ce livre qui nous apporte l’espoir, le premier à saisir le secret du miracle de Lourdes, soit l’œuvre d’un Juif, un membre converti du peuple errant, le moins apte par son tempérament national et par son long martyr depuis scs captivités et la destruction de Jérusalem, jusqu’à la honte des ghettos et la souffrance des progroms, à comprendre ce que peut être la communion des peuples dans une même pénitence, un meme Amour! I HI.I !, I .TT?:-.m I le fondement philosophique de notre vie spirituelle Le R.P.Lachance 1 a entrepris une tâche audacieuse.Supposant chez les jeunes une volonté qui n'existe guère, il étudie philosophiquement ce problème primordial.Cet essai dénote un esprit courageux, car si la jeunesse sent fortement le malaise — il devient de plus en plus angoissant devant la nécessité de justifier des positions reçues — la majorité cherche plutôt à s'étourdir dans certaines questions secondaires pour l’oublier.Solution moins compromettante, car l'esprit sincère qui s'engage dans cette lecture doit logiquement pousser jusqu'à certains changements dans sa vie.Malgré la légèreté de la nouvelle génération, nous croyons que plusieurs feront l'effort intellectuel requis pour lire ce livre et remplaceront des impressions religieuses par une doctrine simple mais vitale."Où vont nos vies ?" Sous ce titre, l'auteur reprend toute la question.Dès le début, il pose la définition de la vie qui le guidera dans tout son exposé.La vie ayant sa source dans l'âme, il convient de connaître l'âme afin de nous éclairer.Les philosophes de toutes les époques, passionnés par cette énigme, ont proposé des solutions incomplètes, qui déjà tentaient de dépasser la matière.On a tôt abandonné ces acquisitions pour en arriver à une doctrine pure.Il est intéressant de noter que les premiers penseurs grecs ont esquissé le concept de survie.Platon et Aristote ont poussé à son plus haut point de perfection la raison humaine, mais à ces ardents chercheurs de la vérité, il a manqué la Foi.Par une logique sévère, approfondissant ce principe: "l'opération trahit la nature de l'être dont elle émane", Aristote parvint à la notion de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme; il a fallu la venue de Christ pour arracher le doute et éclairer la forme d'existence dans la Cité Éternelle.Cette première partie posée, l'analyse de notre pensée montre l'homme tendu vers la vérité, mouvement divin et éternel.C’est ce qui fait la grandeur de ceux qui la désirent.D'ailleurs comment notre intelligence pourrait-elle être satis- 1 R.P.Louis Lachancc, O.P.: “Où vont nos vies”, édité par l'Oeuvre de Presse Dominicaine, à Montréal.V f ! i LA RELÈVE 17S faite autrement que par la possession de cet idéal ?La vie doit être orientée vers ce but et nous n'atteindrons notre terme qu'en nous conformant à la Loi et à l'action de la grâce.C'est alors que nous mériterons la connaissance et l'amour du Maître.Ces quelques notes expriment ce qui nous a le plus frappé.Plusieurs points intéressants, ne serait-ce que les pages qui expliquent l'union de l'âme et du corps, attireront l’attention du lecteur.L'auteur ne cherche pas à étonner ; son but était plus élevé et tendait à jeter "un trait de lumière donnant sur le point le plus obscur du tableau de notre existence .Pour atteindre ce but, tout l'appareil scientifique a disparu pour laisser place à des chapitres clairs et précis.Si quelques pages sentent l’effort du travail littéraire, l'ensemble constitue un livre plein de substance.Inspirée de saint Thomas, cette doctrine apporte au problème la vraie solution.Cependant nous nous demandons si un tel ouvrage répond aux aspirations de la génération actuelle.Un contact plus intime avec les jeunes aurait révélé des préoccupations d'un ordre différent.Nous ne saurions en faire grief à l'auteur, car la jeunesse révèle rarement ses aspirations.Le fait que le P.Lachance s'occupe d'elle et lui propose des solutions basées sur des idées profondes est très significatif.Ne serait-il pas un début de collaboration entre deux générations ?Ce livre semble le prologue d une littérature philosophique et religieuse destinée aux jeunes Canadiens français.Tous se réjouiront d une telle initiative et surtout en retireront un profit considérable.Un travail fructueux s'annonce.Paul ANDRÉ î , I 1 1 I i ¦ i ! { i Ï A histoire de la population oanadienne-franoaise ! Le miracle canadien ! Force d enracinement et d expansion d'un petit peuple d'agriculteurs — Normands, Percherons, Poitevins —, qui s'agrippa au sol d’Amérique.I rois siècles ont passé.Cinq millions de Français canadiens vivent aujourd'hui, conservant le souvenir de leurs origines.Flamme tremblotante, soit, mais flamme inextinguible.Que de réflexions viriles amorce la lecture du volume de VI.Georges Langlois.1 Tout le problème de notre survivance est là, posé de façon précise, sur sa base démographique.Ces pages nettes déroulent à nos yeux l'effort persévérant des générations qui nous ont précédés.A travers les plus douloureuses contingences historiques, en dépit du dispersement de nos forces vives sous le régime français — coureurs de bois, exode vers la Louisiane, - en dépit aussi du mouvement centrifuge vers les États-Unis au XIXe siècle, notre natalité, unique au monde, nous a permis d établir solidement nos positions dans le Québec.Nous y sommes désormais ancrés ; rien ne nous délogera.\ V T On ne saurait trop louer M.Langlois de ce c;u il écrit à propos de la conception différente des Anglais et des Français en matière de colonisation.Ce parallèle nous permet d'embrasser, dans un regard d’ensemble, toute l’histoire de nos commencements; il explique aussi l’attachement des populations indigènes à notre égard; nous en avons eu maintes fois le témoi-Mais toujours des influences extérieures viennent , ' gnage.réveiller, par l’appât du gain, les passions un instant apaisées des Indiens.Le régime seigneurial, issu de la féodalité quant à son organisation hiérarchique, procède néanmoins d’un tout autre esprit.11 devient chez nous un organisme économique merveilleusement adapté à nos besoins.Grâce à lui, la colonisa- i Histoire de la population canadienne-française, éditions Albert Lévesque.1934- = ".la Louisiane n'est presque établie que par les Canadiens".Salonc, p.35b, cité par Langlois, p.84.¦d . 'll.LA RELÈVE 180 tion s'effectue, lentement mais avec continuité.Dans quelques pages, M.Langlois rétablit les faits à la lumière de l'histoire et rend justice à un système qui nous a aidés à survivre.La tâche de demain ?M.Langlois ne croit pas à l'efficacité de la natalité pour nous redonner la prépondérance politique, fonction du nombre.S'il prône "la formule du regroupement démographique dans le Québec., comme "facteur prépondérant de la survivance française au Canada", c'est que seule notre homogénéité ethnique nous permettra de résister aux crises qui s'abattront nécessairement sur nous."Le salut des générations futures dépend donc, pour une bonne part, du regroupement des générations actuelles dans leur fief du Québec, c'est-à-dire par le rapatriement des exilés et la fidélité des Québécois à leur province", (p.233).Comme complément, l'auteur convie ses compatriotes à un vaste labeur économique et intellectuel.Ces aperçus du livre de M.Langlois sont insuffisants à nous donner une juste idée de son étude.Mieux vaut encore le lire.C'est un livre canadien et qui fait penser.Il laisse entrevoir le jour où il nous sera loisible de jouir pleinement comme nation distincte, du sacrifice des générations.! ! I : : ¦ < t ¦ 1 1 I ; Roger DUHAMEL : ÿ ! » i \P\ ! il ¦ ?ti i A } % •e bcis-mcrV* de mcniaue saint-hélier V La manière de Monique Saint-Hélier jette sur la vie une lumière particulière.Ses caractères ne s'éclairent pas de l’extérieur, au rythme d'une situation qui se développe.Toute sensation lui permet ce voyage au plus intime de chacun.Nous n’avons alors de faits que le strict nécessaire pour tisser la vie, que ce qu'il faut pour justifier certaines réflexions.Tout cela s'exprime par une suite d'images nettes, neuves, dont la ligne et la couleur donnent au roman son climat.On le sent lourd de bien des misères quoique on y saisisse quelquefois des reflets merveilleux.Il n'y a pas là d’intrigue, seulement une situation qui se précise tout au long de l’ouvrage sans changer: dans un petit village de Suisse, les Alérac, depuis des générations, étaient propriétaires et jouissaient d'un grand respect — ils avaient fait fortune comme traficants aux Antilles.Jérôme Alérac avait dû combattre la famille des Graew qui réussissait en quelque temps, par des manœuvres plus habiles qu honnêtes, à taxer les fermiers et à devenir à leur tour les plus puissants.Guillaume Alérac se voit aujourd'hui ruiné et à la merci du dernier des Graew, Jonathan.La fille de Guillaume, Alexandrine, mourut en mettant au monde une fille illégitime, Carollc Alérac.Elle sera l’aide et la compagne de son grand-père dans leur lutte contre Jonathan Graew qui veut saisir le château : d'autant plus que, grâce à un homme de paille, il en a le moyen et que ce cadeau semble seul lui permettre de marier Catherine, jeune orpheline recueillie par un ménage pauvre.Aucune péripétie que le sujet permettrait n'a lieu.Carollc et Jonathan ne se rencontrent qu'une fois et sans se dire un mot.Les personnages sont en regard par des sentiments plus que par intérêt, la haine des Graew pour les Alérac naît d'esprits trop différents.Amour, sympathie, admiration restent entre les autres un lien subtil.“Bois-Mort" ne demande pas au lecteur d'entrer en conflit, mais il lui impose, par la vérité de son monde, une grande sympathie pour ce qui est humain.V T \ L'auteur se joue de plusieurs obstacles.Il se montre un ¦d . LA RELÈVE 182 psychologue minutieux sans nuire à la vie de ses personnages.C'est ainsi que nous savons ce dont tel personnage est capable aux moments tragiques comme à toutes les heures de routine.Le banal de celles-ci comme l'extraordinaire des autres peuvent être une mesure, les hommes s'y retrouvent parfaitement.Pénétrer au plus intime des êtres par ce moyen demande à l'artiste de grands dons, mais il lui permet de ne pas définitivement hiérarchiser les passions de ses personnages et de les douer de plus de complexité.Enfin la nature y joue un grand rôle, elle est intimement lice à tout sans jamais être un hors-d'œuvre.Elle se marie toujours à l'état d'âme du personnage en scène, les êtres donnent aux choses un peu de leur physionomie, comme la nature leur donne un peu de sa couleur; il y a entre eux une certaine parenté.L'on pourrait reprocher à Monique Saint-Hélier quelque obscurité dans son récit et de faire de Catherine une réplique trop fidèle de Carolle, mais, à ne pas ramener les actes de ses personnages aux réflexes d'une passion dominante et à ne pas les grouper autour d'un conflit où ils prendraient position, l'auteur peut étendre sa lumière à plus de milieux: combien sont différents les mondes des Alcrac, de Mademoiselle Hu- V, II' .i ' I I Iti gucnin, de Jonathan Graxve, du pasteur, des domestiques.Récit poétique ou roman il s'oppose en tout cas au roman dramatique, suivant le mot de Robert Brasillach, qui procède par une suite de scènes progressivement tendues.Les personnages de "Bois-Mort" sont éclairés de l'intérieur et au rythme lent d'un auteur qui s'arrête sur un trait pour le préciser par de nombreuses images.1 I Robert ÉL1E t , P ! j le présent cahier de la relève, le septième de la première série, a été imprimé par les soins de l’imprimerie populaire, le trentième jour du mois de janvier, en I honneur de saint François de Sales, patron des écrivains.- i ’ h T 1 ¦
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