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Titre :
La relève
Éditeur :
  • [Montréal :La relève],1934-1941
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
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La relève, 1934-10, Collections de BAnQ.

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r j / 5 I» l ¦H U I I ' ' i , < , I ; l, ¦ ! ' 1; ! I cinquième cahier, 1934 4 A in ii ¦ ! ill i! I 1 1 Ik î f: < t ¦ i\ la relève I CAHIERS MENSUELS PUBLIES SOUS LA DIRECTION DE ROBERT CHARBONNEAU ET PAUL BEAULIEU ! i ' ' \ f I ; , ; ! h I.: i if cinquième cahier, première série 36, avenue roskilde, outremont.! 5 i î : : à , mm I - : la relève rcdacteur-en-chef : CLAUDE HURTUBISE ?sommaire le rôle temporel du chrétien.saint françois d assise .jeunesse catholique française.l'âge d’or des corporations “le déserteur” de c.-h.grignon .les problèmes spirituels et temporels d’une nouvelle chrétienté, résumé JACQUES MARITAIN 93 CLAUDE HURTUBISE 98 102 PAUL BEAULIEU ROGER DUHAMEL 107 DE SAINT-DENYS : CARNEAU 112 .' 118 LA RELEVE " i ?toute demande d’abonnement, toute lettre d’information au sujet de la publicité doivent être adressées à la direction.l’abonnement de un dollar est payable par mandat ou par chèque au pair à montréal, aux bureaux de la direction, situés 36, avenue roskilde.tél.: atlantic 0973 Ih I t le rôle temporel du chrétien Nous ferons dans ces pages, quelques considérations concernant le rôle temporel du chrétien à l’égard d'une nouvelle chrétienté.Remarquez tout d’abord ici qu’il semble que, du moins pour la pensée chrétienne, le dualisme de l'âge précédent soit liquidé.Pour le chrétien, le séparatisme et le dualisme, qu’ils soient du type machiavéliste ou type cartésien, ont fini leur temps.Un important processus d’intégration se produit de nos jours, par retour à une sagesse, à la fois théologique et philosophique, à une synthèse vitale, où la pensée du docteur Angélique joue un rôle capital.Les choses du domaine politique et économique doivent ainsi se trouver, conformément à leur nature, intégrées à l’éthique.! s D'autre part cette prise de conscience du social qui manquait plus ou moins au monde chrétien ou dit chrétien de l'âge moderne commence enfin de s'accomplir pour le chrétien.C'est là un phénomène d'une importance considérable, d'autant plus que cette prise de conscience se fait, semble-t-il, et se fera de plus en plus contre le matérialisme capitaliste autant que contre le matérialisme communiste qui n’en est que la conséquence.Du même coup apparaît ce qu'on peut appeler la mission propre du laïcat et de l'activité profane chrétienne à l'égard du monde et de la culture; on dirait à ce point de vue que, tandis que l'Église elle-même, soucieuse avant tout de n ôtre inféodée à aucune forme temporelle particulière, est de plus en plus délivrée, non pas du soin de juger de haut, mais du soin d'administrer et de gérer le temporel et le monde, le chrétien s'y trouve engagé de plus en plus, non pas en tant que chrétien ou membre de l'Église, mais, en tant que membre de la cité temporelle, je dis en tant que membre chrétien de cette cité, conscient de la tâche qui lui incombe de travailler à l'instauration d'une chrétienté nouvelle, d'un nouvel ordre temporel chrétien.Mais s'il en est ainsi, vous voyez tout de suite quels problèmes se poseront devant le chrétien dans cet ordre d'idées.Il lui faudra élaborer une philosophie sociale, une sagesse ) 1 /« J - I I ; i i I r ran 94 LA RELEVE politique et économique qui n'en reste pas seulement aux principes universels, mais qui soit capable de descendre jusqu'aux réalisations concrètes, ce qui suppose tout un travail vaste et délicat; ce travail est déjà commencé.Les encycli-dc Léon XIII et de Pie XI en ont magnifiquement qucs fixé les principes.Je remarque que c'est là un travail de raison, de raison éclairée par la foi, mais un travail de raison sur lequel, au moins quand on quitte les principes supérieurs pour descendre aux applications, il serait vain d'espérer un accord unanime.S'il y a diversité d'écoles en théologie dogmatique, il y aura aussi fatalement diversité d'écoles en sociologie chrétienne et cela d'autant plus qu’on s'approchera davantage du concret.L'important est qu'une direction d'ensemble se dégage pour un nombre suffisamment grand d'esprits.Mais le chrétien conscient de ces choses devra aborder aussi l'action sociale et politique non pas seulement pour mettre au service de son pays, comme cela a toujours eu lieu, les capacités professionnelles qu'il peut avoir dans ce domaine, mais aussi et en outre pour travailler, comme nous venons de le dire, à transformer l'ordre temporel et à le transformer radicalement s'il est vrai qu'il souffre de vices radicaux.Or il est clair que le social-chrétien étant inséparable du spirituel-chrétien, il est impossible qu'une transformation chrétienne de l'ordre temporel se produise de la même façon et par les mêmes moyens que les autres transformations et révolutions temporelles.Si elle a lieu, elle sera fonction de l'héroïsme chrétien comme la révolution communiste, par-exemple, a été fonction de l'héroïsme bolchevik.De sorte qu'on peut dire qu'une rénovation sociale chrétienne sera œuvre de sainteté ou qu elle ne sera pas; je dis d'une sainteté tournée vers le temporel, le séculier, le profane.Le monde n'a-t-il pas connu jadis des chefs de peuples saints ?Si une nouvelle chrétienté surgit dans l'histoire, elle sera l'œuvre d'une telle sainteté.; Nous voilà amènes à un nouveau et dernier problème sur lequel je ne pourrai dire ici que quelques mots.Si nos rcmar- r n t li LE RÔLE TEMPOREL DU CHRETIEN 95 ques sont exactes on est en droit d'attendre une poussée de sainteté d'un style nouveau.Ne parlons pas d’un nouveau type de sainteté; ce mot serait équivoque, le chrétien ne reconnaît qu'un type de sainteté, éternellement manifesté dans le Christ.Mais les conditions historiques changeantes peuvent donner lieu à des modes, à des styles nouveaux de sainteté.La sainteté de François d’Assise a une autre physionomie que celle des Stylites, la spiritualité jésuite, la spiritualité dominicaine ou bénédictine répondent à des styles différents.Ainsi peut-on penser que la prise de conscience de l'olfice temporel du chrétien appelle un style nouveau de sainteté, qu'on peut caractériser avant tout comme la sainteté et la sanctification de la vie profane.A vrai dire ce style nouveau est nouveau à l'égard surtout de certaines conceptions erronées et matérialisées, c’est ainsi que lorsqu'elles subissent une sorte d'affaissement sociologique, et cela est arrivé souvent dans l'âge baroque, la distinction classique des états de vie (état régulier et état séculier), comprise en un sens matériel est entendue d'une manière inexacte; l'état religieux, c'est-à-dire l'état de ceux qui se vouent à rechercher la perfection, est alors regardé comme l'état des parfaits, et l'état séculier comme l’état des imparfaits, en telle sorte que le devoir et la fonction métaphysique des imparfaits sont d'être imparfaits et de le rester; de mener une bonne vie mondaine pas trop pieuse et solidement plantée dans le naturalisme social (avant tout dans celui des ambitions familiales).On se scandaliserait que des laïques essayent de vivre autrement; qu'ils fassent seulement prospérer sur terre, par des fondations pieuses, des religieux qui en échange leur gagneront le ciel, ainsi l’ordre sera satisfait.Cette manière de concevoir l'humilité des laïques semble avoir été assez répandue au xvie et au xvue siècles.C est ainsi que le catéchisme expliqué aux fidèles, du dominicain Carranza, alors archevêque de Tolède, fut condamné par l'inquisition espagnole, sur le rapport du célèbre théologien Melchior Cano.Celui-ci déclarait tout à fait condamnable 1 i , i 5 i, .T i1 I! i h :¦ re f ! : H MM EH 96 LA RELEVE la prétention de donner aux fidèles une instruction religieuse qui ne convient qu'aux prêtres.vigueur contre la lecture de T Écriture sainte en langue vulgaire, contre ceux qui prennent à tâche de confesser toute la journée.Le zèle que déployaient les spirituels pour amener les fidèles à se confesser et à communier souvent lui était fort suspect, et on lui attribue d'avoir dit dans un sermon qu'à son avis l'un des signes de la venue de l'Antéchrist était la grande fréquentation des sacrements.Plus profondément, et nous atteignons là une question fort importante de la philosophie de la culture, on peut remarquer qu’il y a une manière non pas chrétienne mais païenne, d'entendre la distinction entre le sacré et le profane.Peur l’antiquité païenne saint était synonyme de sacré, c'est-à-dire de ce qui est physiquement, visiblement, socialement au service de Dieu.Et c'est seulement dans la mesure où les fonctions sacrées la pénétraient que la vie humaine pouvait avoir une valeur devant Dieu.L’Évangile a profondément changé cela en intériorisant dans le cœur de l'homme, dans le secret des relations invisibles entre la personnalité divine et la personnalité humaine, la vie morale et la vie de sa nteté.Dès lors le profane ne s'oppose plus au sacré comme l’impur au pur, mais comme un certain ordre d’activités humaines, celles dont la fin spécifîcatrice est temporelle, s'oppose à un autre ordre d'activités humaines, socialement constituées en vue d’une fin spécificatricc spirituelle.Et cet ordre profane ou temporel d’activités humaines, tout en n’étant pas, par définition, sacré, peut et doit cependant tendre à la sainteté.De fait il ne sera jamais totalement saint à cause de l'ambivalence du monde, mais nous devons vouloir et nous efforcer qu'il le soit.La justice évangélique pénètre tout, s'empare de tout.Eh bien, on peut remarquer que ce principe évangélique ne s'est traduit et manifesté que progressivement dans les faits et que son processus de réalisation n’est pas encore terminé.Il s'élevait aussi avec -55 (i < ; LE RÔLE TEMPOREL DU CHRETIEN 97 Ces observations nous font comprendre la signification de ce style nouveau de sainteté, de cette nouvelle étape dans la sanctification du profane dont nous parlions tout à l'heure.Ajoutons que ce style, affectant la spiritualité elle-même, devra sans doute comporter par là même des caractères proprement spirituels, par exemple une insistance sur la simplicité, sur la valeur des voies ordinaires, sur ce trait spécifique de la perfection chrétienne, d’être la perfection non d'un athlétisme stoïcien de vertu, mais d'un amour entre deux personnes, la personne créée et la personne divine, enfin sur cette loi de descente de l'amour incréé dans les profondeurs de l'humain pour le transfigurer sans l'anéantir, caractères dont certains saints contemporains, comme sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Dom Bosco, saint Cottolengo, semblent chargés de nous faire pressentir l'importance.Il est au surplus dans l'ordre des choses que ce ne soit pas dans la vie profane elle-même, mais dans certaines âmes consacrées, et au sommet des plus hautes tours de la chrétienté, je veux dire dans les Ordres les plus hautement contemplatifs, que commence à paraître ce nouveau style et cette nouvelle poussée de spiritualité, pour se répandre de là sur la vie profane et temporelle.I i ¦ y , /•] Jacques MARITA IN ; y i valeurs ¦ Et je plains tout homme qui n'en est pas resté à sa première philosophie, j'entends pour la nouveauté, la fraîcheur, la sincérité, le bienheureux appétit.Ne plus s’occuper des grandes questions, mon ami, c'est comme de fumer la pipe, une habitude que l'on prend quand l'âge vous gagne, où 1 on croit que I on devient homme alors que c est que 1 on est devenu vieux.Heureux qui a gardé la jeunesse de son appétit métaphysique.H hi - r Charles PÉGUY ki Üii saint françcis d assise François, le saint de la douceur, du sourire, de la naïveté.Nous reconnaissons tous le François aux oiseaux.Mais, si j'écris le saint de la violence, de l'ascèse terrible, de la passion, est-ce bien celui que nous concevons ?On le voit "facilité".Sainte Thérèse de Lisieux aussi, qui lui ressemble.Et dont la "petite voie est I empilement le plus prodigieux de petites choses informées, magnifiées par l'intention, qu'une passion tenace ait accompli sous apparence de sourire.On oublie souvent que dans une conversion véritable, selon la définition d'Abel Bonnard, il y a, du dehors, un homme qui se dément, du dedans un homme qui s accomplit."Il n'est d'autre conversion que de devenir soi-même .Celui qui se convertit ne laisse plus transparaître sa violence dans ses relations avec son prochain.C est un saint François qui ajoute à sa douceur naturelle, qui se donne plus totalement.Mais, c'est aussi celui qui "pour s'accomplir doit mettre en jeu, à l'intérieur, toutes les puissances de sa nature maintenant tournée vers Dieu.François est si charmant, il a toujours si bien réussi, suivant son précepte, à paraître joyeux alors même qu il mourait de faim, de douleurs, sa nature est par elle-même si riche et si enrichie par la grâce, qu'il nous est facile de comprendre pourquoi nous ne le voyons pas au complet.Il était né courtois et il en viendra à considérer la courtoisie comme une qualité de Dieu.Il était charitable et toute sa vie sera le don de lui-même.Il était joyeux et plus tard il se nommera le jongleur de Dieu.A ce perfectionnement des dons naturels, la vie divine ajoutera la simplicité.Elle viendra créer en lui cette magnifique unité d'élan vers Dieu, qui est l'essence de la sainteté."Comme votre Père dans les cieux est parfait", le saint tend à cette unité dans la diversité.comme une une ! I Sans la simplicité, le monde est inacceptable, dans le sens h__ TT i h SAINT FRANÇOIS D'ASSISE 99 où ce mot contient la sérénité.François, comme la petite Thérèse, vient nous montrer la voie.Il est celui qui n’a pas deux hommes en lui, ni dix.Il a tout rejeté, anéanti ce qui n'allait pas, ce qui ne pouvait aller à Dieu.L'habitant de notre "monde sans âme " se dissèque et se découvre lamentablement nombreux.Le désordre actuel de l'homme vient de cette foule, en lui, qui se tiraille et de son refus de choisir.S'il ne se laisse aller, comme l'écrit Jacques Rivière, "à regarder sa vie au lieu de la vivre", il est sans force pour choisir le bien, la voie unique qui rompt toutes les chaînes.Mais, généralement, il est incapable de discerner les valeurs, d'opter pour un chemin, même s'il n'est pas le suprême.Une synthèse de la vie autour d'un idéal humain lui est même impossible.Il préfère la dérive paresseuse, le spectacle des caprices contradictoires de sa nature déchue qui le balot-tent d'un côté à l'autre.Avant la chute, l'homme comprenait.De toute sa volonté libre, il allait à Dieu.Il a perdu cette intelligence, cause de son unité; il ne prend plus Dieu avec lui, naturellement, sans efforts, mais d'humiliations en humiliations, il parvient I j ; i 1 à la Foi.Alors, la grâce, cette présence, cette participation réelle à la vie divine lui rend son équilibre, donne une unité de direction à son être misérablement éparpillé.Tout paraissait simple à François parce qu'il ramenait tout à Dieu.Il acceptait la souffrance, la sachant un moyen de rédemption.Mais, il s'efforce de la soulager chez son prochain.Le mal est le mal, le démon existe.Son amour ne Il ne résiste pas à n 1 va pas jusqu'à s’apitoyer sur son sort, cette réalité.Mais sa gaieté, sa joie sait le chasser.L expérience parfois amère qu'il a des hommes ne 1 arrête pas.Ils vont détruire son idéal en l'adoptant, le rabaisser à leur Il continue de les aimer parce qu'ils sont les créa- ! Hi niveau, tures.Il est le contraire de l'esprit critique extrême, qui, dépite de ne pouvoir refaire le monde à son image, ou plutôt à 1 image qu'il se fait de lui, s'en détache et cherche un refuge loin de la réalité.François accepte la terre, il consent à ce que le monde soit le monde.Chacun à sa place, et Dieu le premier.f, ii fr 100 LA RELEVE L’ordre du Créateur doit être respecté.Il s efforcera d améliorer ce qui n’est pas dans l'ordre, de gagner à la charité ceux qui en sont éloignés mais, pas un instant, il ne songera à transformer la créature.Les saints de la douceur comme François, et réalistes comme lui, apparaissent aux époques de violence où l’homme refusant d’admettre l’ordre essentiel, veut réformer par une violence plus grande encore.Il ne faudrait pas croire que la simplicité est synonyme de paresse, de résignation passive à la fatalité.Pour donner cette direction unique à sa vie, quelle lutte François n'a-t-il pas dû soutenir: descendre de son cheval pour embrasser le lépreux malgré les répugnances de sa nature délicatement sensuelle; renier son père et sa mère, les quitter malgré son grand amour; il a dû coucher dans la neige où l'avaient jeté les brigands après l'avoir dévêtu, il a dû mendier une pauvre pitance qui bouleversait sa chair, lui le jeune homme riche, le prince des fêtes de la jeunesse d’Assise.Notre nature est profondément blessée par le péché, elle ne consent pas sans résistance à la réhabilitation de la grâce.François avait aimé les plaisirs et s'y était jeté impétueusement.La gloire l’attirait, il a combattu comme ces chevaliers qu'il admirait.La Providence l'arrêta en chemin, comme il s'en allait rejoindre les armées du pape.Tous ces désirs n'étaient pas assez hauts pour unir parfaitement son être.Ils auraient encore laissé place à la dispersion.L'amour crée une unité dans l'homme.On vit médiocrement quand on ne vit pour personne.Mais l'amour de Dieu produit seul l’unité complète et tire de chacun tout ce qu'il peut donner.Les rationalistes, Renan et ses disciples, sortes de bonzes simplificateurs à rebours, qui ont voulu ramener tous ces chrétiens, et Jésus le premier, à la grandeur de l'homme qu'ils concevaient, rabougri et dispersé, ont oublié que l'homme ne se "comprend" que par son degré d'amour pour Dieu.Sous prétexte de simplifier ces hommes, disent-ils, en leur enlevant ce qu'ils appellent leur légende, ils les ont détruits.Ils n'ont pas compris, par exemple, que saint François,— et Renan l'aimait bien, mais à sa manière,— sans la sainteté, c'est une énigme comme Jésus sans le Calvaire ; i ' ! ) H f.: 1"L M ¦: I V: ii SAINT FRANÇOIS D ASSISE 101 quelque chose qui ne se tient pas, où les éléments ne se rattachent plus.Eux, les sages, n'ont pas vu que tous ces admirables fous étaient des amoureux.François, le troubadour qui se dépouille de son manteau pour sa dame Pauvreté.Ils n'ont pu comprendre "pourquoi, écrit Chesterton, le poète qui loue son Seigneur le soleil se cachait souvent dans une caverne, pourquoi le saint si gentil pour son frère le loup était si rude pour son frère l'âne (François nomme ainsi son corps), pourquoi le troubadour dont l'amour mettait le cœur en feu s'était séparé des femmes, pourquoi le chanteur qui se réjouissait de la force et de la gaieté du feu se roulait dans la neige, pourquoi le même poème qui criait avec toute la passion d'un païen: "Loué soit Dieu le créateur de notre sœur la terre", se termine sur ces mots: "Loué soit Dieu pour notre sœur, la Mort des corps’ ?" Nous, nous comprenons que François aimait les créatures comme un homme simple qui se réjouit de ce que Dieu les ait faites si belles mais aussi, comme un homme qui ne voulait pas que son être s'y attachât parce que son amour tout entier devait finalement aller à Dieu.Son amour l'avait si bien unifié qu'il a pu vivre sa vie sans s'y perdre.! Vi , Claude HURTUBISE Ü ! (suite dc la page izz) i{ principal second subordonné au spirituel.30 Extériorité de la personne.Réalisation de la liberté d'autonomie.40 Parité d'essence entre dirigeants et dirigés.Démocratie.50 Œuvre commune, non divine mais humaine.Réalisation de l'idéal évangélique.Renversement des principes de la culture actuelle bourgeoise.s M la relève ECOLE NORMALE CHAMPAHNAT Jeunesse catholiaue de france A notre époque, le problème de la jeunesse se pose avec une vigueur insoupçonnée.Jamais une telle volonté de vivre ne s'est manifestée aussi universellement.Partout les jeunes se groupent et acceptent volontairement la direction d'un maître.Pour peu qu'on observe les pays énergiques, le choix se définit clairement.L'Italie, l'Allemagne, la Russie proposent leur chef: Mussolini, Hitler, Lénine s'emparent des énergies neuves et les exaltent.Les catholiques, non pas l'Église, ont trop longtemps voulu ignorer cette nécessité et, au lieu de présenter un front uni au monde, ils n'ont que des forces dispersées et ignorent leur chef.Notre génération sent fortement ce malaise et, à la recherche d'une solution, interroge les autres jeunesses.Si je me tourne vers les catholiques de France, c'est que de toutes les jeunesses elle est celle qui a le plus travaillé pour s'organiser et présenter aux autres chrétiens une doctrine pleine de sève.i I La jeunesse française apparaît souvent au voyageur canadien comme vide et légère.Combien de nos étudiants, partis pour perfectionner leurs études dans ce pays, ont complètement négligé cette prise de contact.Beaucoup de motifs expliquent cette négligence, cependant il faut les ignorer et tenter de saisir l'intérieur.Que cette tentative requière de la patience, nul n'en doute.Le Français se plaît à dérouter le touriste venu pour l'espionner ou l'étudier comme un objet rare.La mise en garde disparue, cette âme révèle tout un monde.Le fond des préoccupations de ces cadets est d'ordre spirituel.Le nombre toujours croissant des publications religieuses et des revues de spiritualité prouve suffisamment cette affirmation.Le problème est très grave parce que très élevé: l'enjeu ne consiste pas seulement dans le salut temporel, mais aussi dans le salut éternel.1 ¦ m fu JEUNESSE CATHOLIQUE DE FRANCE 103 Ces jeunes affirment ouvertement leur croyance en un christianisme intégral.Une définition précise comporterait de grandes difficultés; il vaut mieux, pour la compréhension, donner une description.Ils entendent par christianisme intégral la volonté d'accepter tout le message du Christ et de le vivre.C'est surtout sur cette dernière partie, vivre, qu'il faut insister, car beaucoup nient la possibilité d'une telle vie dans le monde moderne.! f f Convaincus que le temps des paroles oiseuses n’est plus, et de la nécessité d'une doctrine en profondeur, ils ne craignent pas de se soumettre à l'étude des sources.L'Évangile et les livres religieux leur sont familiers.Je connais tout un groupe de polytechniciens, donc dans un milieu sans foi, qui s'obligent à méditer, une demi-heure par jour, un sujet d" Évangile./ il VA I : r I7 La nécessité de cette étude leur est apparue à l'urgence de légitimer leur adhésion par des raisons vécues.Au jeune communiste qui les interrogera sur leur Maître, ils sauront répondre que le Christ possède, en plus de sa divinité, la nature humaine: qu'il est un homme qui a connu les expériences de la terre, que sa doctrine augmente la valeur humaine.Ce que ce jeune communiste cherche, souvent il sera sincère, c'est la satisfaction d'un besoin légitime de vivre.Le catholicisme apparaît trop souvent comme un amoindrissement de la personne, sinon une déchéance, alors que toute la religion tend à élever la nature humaine.Le catholique doit être un type humain pleinement harmonisé.Ainsi tout un groupe de routiers met dans son programme, en plus d'une vie spirituelle intense, la pratique d'exercices physiques.Ils ont compris qu'en établissant une échelle des valeurs, l'Église ne rejette pas celles qui sont secondaires.Si elle place au premier rang l'âme, elle n'ignore pas le corps.Aussi pour ces jeunes le dogme central est-il l’Incarnation qui leur permet de réaliser cette pensée de Péguy: "L'insertion du spirituel dans le charnel et réciproquement — de la grâce dans la nature et réciproquement." Devant une telle splendeur ) .! \ 11 S 1 /! I I LA RELEVE 104 humaine, les esprits meme contraires s inclinent avec respect.Donc pour eux s'impose la connaissance personnelle du Christ.Il est leur seul Maître; leur grand désir est de le faire connaître, sa doctrine, car ils ont conscience que toute solution s y trouve.Un autre trait particulier à cette génération c'est l'amour de la Vierge.Non pas une dévotion de vieilles filles, mais une amitié virile, forte, car elle a compris le tragique de cette existence.Cette année, au Congrès marial tenu à Laon pour fêter le 8ooe anniversaire de la dévotion à Notre Dame de Liesse, on avait posé aux groupements accourus en cette ville une question directe: La place qu’occupe la Vierge dans votre vie.Tous les travaux, présentes sous forme de témoignages, étaient dépouillés de respect humain et d'amour-propre.Devant une foule de plusieurs milliers de personnes, des jeunes médecins, avocats, ingénieurs ont affirmé que cette influence est tout active et n a rien de négatif.Jamais une jeunesse ne s'est compromise aussi totalement.Seuls les saints forts ont leur admiration complète.Saint Paul, l'apôtre des Gentils, un réformateur.Saint François d"Assise, l'amoureux de la nature.Sainte Jehanne, pleine d’audace, combattant pour la France et la chrétienté.Saint Louis, le roi juste.Saint Thomas d'Aquin avec sa philosophie puissante.Saint Ignace de Loyola, le grand routier.Un tel ensemble forme un christianisme vigoureux, prêt à la conquête.Cette doctrine peut paraître séduisante: implique-t-elle cependant une action ?La connaissance profonde du christianisme montre les lourdes responsabilités du chrétien.Alors que croule la "civi-lation" matérialiste, les peuples interrogent la solution catholique.Ces jeunes ont compris qu'ils doivent la présenter.Cette révolution doit d'abord se faire dans leur propre vie et ils ne veulent pas être dépassés en héroïsme par leurs adversaires.Acceptant la doctrine du Christ, ils en acceptent toutes les conséquences.Leurs conversations portent sur sa vie, : i i II V r> (! t 11 105 JEUNESSE CATHOLIQUE DE FRANCE Cette réforme prendra son inspiration dans le passé chrétien du pays.ils revendiquent l'héritage de leurs aînés: saint Remi, Clovis, sainte Geneviève, et des soldats morts pour refaire une âme à la France: Péguy, Psichari.Cette parole de Psichari décrit bien leur pensée: "Ce n'est pas en vain que la maison de France découle d'un saint, que la filiation directe remonte à un saint.Nous n'y pouvons rien, nous sommes engagés, enroutés.Ce qui fait le fond de la tradition française, c'est une foi solide, appuyée sur une large culture ou parallèle à une large culture intellectuelle".Ces sacrifices du passé les stimulent à l'action sur leur époque: leur volonté est de la façonner, et non de subir son influence amolissante.Un grand besoin d'incarner les sépare complètement des théoriciens si nombreux de nos jours.Pour donner une vie à leur doctrine, ils se soumettront à une dure discipline.Toutes ces vertus qu'ils veulent voir dans leur pays, ils les réaliseront.Chaque été, on les retrouve sur les routes de France, consacrant les plus beaux jours des vacances à se dépouiller des conventions bourgeoises.Une existence simple, virile se déroulera dans la joie.Malgré ces graves devoirs, la joie occupe une place importante; sans elle de nombreuses difficultés seraient insurmontables.Les vieux chants populaires, les anciennes danses provinciales prouveront qu'on peut s'amuser sans vulgarité.Ainsi tout un groupe de garçons apprendra le message des aînés en parcourant les champs de bataille et les lieux de pèlerinage.Leur second moyen de réaliser: c'est la maison "Cadet Avant de régir la cité, une réforme personnelle s'impose.Un jeune ingénieur a loué une maison dans la banlieue parisienne.Ils l'utilisent pour expérimenter leur conception de la vie commune.Leur première action fut de la mettre sous la protection de Notre Dame de la Maison.Ensuite on constitua le cadre.Les murs furent dépouillés de leur tapisserie et couverts de peintures aux couleurs vives; I ameublement simplifié; partout la simplicité, la lumière, la couleur.Comme dernier luxe, on a transformé un petit champ en jardin plein de fleurs.I É! n ! ! i 4; P », : ; » u h 11 ml ' Mi.,.106 LA RELEVE A l'intérieur se pratiquent la gratuité et la vie commune.Tous les jeunes sont admis, et paie qui peut le prix qu’il veut.Cette question d’argent qui empêche souvent l’entente et le rapprochement, n’existe plus.Tous se sentent engagés dans l’aventure et se font un point d'honneur d’aider à son succès.Des jeunes de différents pays s’y rendent.On y rencontre des Allemands, des Belges, des Canadiens et une amitié sincère permet la discussion profitable.Le soir, ils se réunissent devant un grand Christ et l'un d'eux dirige la prière liturgique.Ainsi se forme une âme commune qui rayonne sur tous ceux qui les approchent.Après de telles réalisations on comprend la gravité de leur serment, car ces jeunes ont la certitude que la chrétienté continue.il Après ces considérations, si on se retourne sur son propre pays, sur notre propre jeunesse, n'y a-t-il pas lieu de se décourager ou tout au moins de se désintéresser ?Nous ne le croyons pas.Il y a deux manières d’étudier les faits des autres: la première consiste à imiter servilement ou à ne rien faire: c’est la méthode des faibles.Nous n’en voulons pas.La seconde observe et utilise l’expérience comme un encouragement à l’effort personnel.Elle semble la meilleure car elle prouve que nous ne sommes pas les seuls à travailler à la reconstruction d’un ordre nouveau, que autres jeunesses cherchent les mêmes solutions et qu'ainsi se prépare un grand rapprochement.1 Paul BEAULIEU i valeurs Il n'y a de liberté que par la sagesse et l'ordre.Servir: voilà la grande explication de la vie.Pierre DUPOUEY ( } In l’âtfe d er des corporations.(i La corporation, telle qu'elle existe au Moyen-Age, est issue des collèges d'artisans romains, collegia ou corpora opificum, qui favoriseront le développement des municipcs, à l'époque impériale.C'est, pour en donner une définition aussi large que possible, "une société de défense et de surveillance mutuelles formée entre personnes vivant du même métier, dans une ville ou dans un territoire déterminés".1 Elle prendra différents noms, selon son caractère, emprunté aux peuples qui l’adopteront: les credcnze des républiques italiennes; les métiers flamands; les Gildcn et Innungean des pays germaniques; les kraftsgildes et trades-gildes de l’Angleterre; les tsecks et artels en Russie.Dès le xiîe siècle, la conquête progressive des libertés municipales et la ferveur du sentiment chrétien sonneront le réveil de l'esprit corporatif en France, assoupi durant l'effondrement de la civilisation romaine et les guerres mérovingiennes ; il semble bien avéré en effet qu'il n'y ait jamais eu solution de continuité.L'Église tendra bientôt la main à cette institution rajeunie, qui se conforme scrupuleusement aux règlements ecclésiastiques.2 De son côté, le pouvoir royal donnera force de loi à ses statuts.C’est au siècle suivant qu'il appartiendra à saint Louis d assurer l’achèvement définitif de l'édifice corporatif, ébauché au xne siècle dans le nord et le midi de la France.Le Roi.en scellant cette “œuvre complexe de la nécessité, de l’intérêt, de la justice, en un mot de l'histoire ", faisait franchir un pas décisif aux institutions de son pays; il marquait l'aboutissant de l'évolution féodale et traçait la route à l'évolution monarchique.C'est la transition entre l'individualisme des âges barbares et la centralisation étatiste des nations dites civilisées.I .1 ' ' I ' >1 ! i; ! 1 H.Monin, la Grande Encyclopédie, t.xme, p.iozy.1 Le synode de Rouen (1189) condamne les corporations jurées, mais l'Église s'empresse aussitôt de les reconnaître. 108 LA RELEVE L'histoire des corporations serait sans doute impossible à retracer, n'était le Livre des mestiers, code de l'industrie française, que nous devons au prévôt de Paris, Etienne Boileau.C'est vers 12(30 qu'il réglemente les coutumes alors existantes, mais jusqu'ù ce temps, souvent incomplètes et obscures.Dans ce Livre, toutes les communautés trouveront les caractères généraux et les distinctions spécifiques de leurs métiers respectifs.De cette charte des travailleurs au Moyen-Age, on nous permettra de dégager les traits dominants de la corporation.Lia hiérarchie corporative comprend trois degrés: apprenti, valet ou ouvrier, et maître.Pour être apprenti, les conditions sont très simples; il suffit de se soumettre au bon vouloir du maître, déterminé par les formalités de l'admission.Ce dernier, de son côté, doit être assez riche pour entretenir un apprenti, lui ménager la nourriture et le repos raisonnables; il doit également contrôler sa conduite, et même le punir, en cas d'insubordination et de paresse.L'apprenti fait en quelque sorte partie de la famille de son maître; ses obligations s'apparentent donc à celles d'un fils.Ajoutons immédiatement que les parents d'un maître sont dispensés de la période d'apprentissage; ce traitement de faveur tend à aider la transmission du métier par la voie normale de la succession régulière.L'apprentissage une fois terminé, aucune mesure n'interdit au jeune artisan d’accéder aussitôt à la maîtrise.Cependant, il est d'usage de subir un contrat de louage, de durée variable, et désormais de recevoir un salaire.Il lui est défendu de s'engager de nouveau avant l'expiration complète de son contrat, exception faite pour son maître actuel qui peut lui renouveler son engagement dans le dernier mois de son temps d'emploi.Il va sans dire que, contrairement à I apprentissage, la situation de valet n'est soumise à aucune limite de temps.Quelques ouvriers se verront forcés de demeurer à gages leur vie durant, faute de l'argent nécessaire à l’achat d'un 1 f . \ l'ace d'or des corporations 109 maîtrise.Néanmoins, un stage comme valet, d'une durée proportionnée à la difficulté du métier exercé, sera implicitement recommandé, pour éviter l'encombrement de la carrière par la foule toujours considérable des inaptes et des parasites.Pour passer maître, disent les statuts, il faut être capable et "avoir de quoi".Expression pittoresque qui résume les conditions d'accès à la maîtrise.Le candidat, après avoir fait preuve de ses connaissances techniques devant les gardes du métier, se voit obligé de payer une série de taxes, chocs en retour des seigneurs féodaux, qui n'ont pas abdiqué leurs privilèges devant l'émancipation industrielle.Dernière formalité: le nouveau maître prête serment de respecter les coutumes de la communauté et d'obtempérer aux règlements émis par les jurés.Ajoutons que le cumul de métiers connexes n'est pas prohibé, pourvu que le maître acquitte les obligations de chacun d'eux, doute-fois, ce timide essai de monopolisation n'est pas dans 1 esprit du régime corporatif médiéval ; comme le fait remarquer Martin Saint-Léon, la spécialisation de la profession est un des principaux caractères de l'industrie à cette époque.Pour articuler ces différents membres de la vie sociale, chaque métier possède des surveillants, des jurés; quclques-sont nommés par les directeurs de service de l'administration royale, de qui relève l'octroi de certaines maîtrises: mais la plupart sont désignés par l'assemblée des maîtres du métier au prévôt de Paris, qui les investit d'attributions juridiques, d'une durée moyenne d'un an.Leur rôle ?Présider à la réception des apprentis, confirmer les candidats à la maîtrise dan?leurs nouvelles charges, prononcer et percevoir les amendes, etc.A chaque corporation correspond ! i \ l il ) : I ' ! uns i! I > une confrérie, association pieuse et charitable, qui maintient une caisse de secours pour les ouvriers malades, pour 1 entretien et l’éducation des orphelins, l'assistance aux vieillards ; nous parlerions de nos jours de l assistance-chômage et des pensions de vieillesse.Il appartient encore aux jurés de pourvoir "l'aumône " de la confrérie, alimentée par les divers droits d entrée et une part des amendes.La confrérie dote la corporation d'un saint patron, et par souci de dignité, emprunte aux nobles l'usage des armoiries., ; 5 Si III il «i I y 110 LA RELEVE L'organisation professionnelle est alors complète.11 s'agit maintenant de connaître les conditions de travail de l'ouvrier et la règlementation du commerce.Tout compte fait, la journée de travail au Moyen-Age dépasse en longueur celle de l'ouvrier moderne, mais elle est beaucoup plus irrégulière.Si l'artisan du xme siècle travaille en été 13 et 14 heures, il faut remarquer qu'il jouit en retour de nombreux jours chômés ; on peut évaluer les jours de chômage à environ 85 par année: tous les dimanches, 27 fêtes religieuses, 5 ou 6 autres fêtes, particulières à chaque confrérie.De plus, le chômage partiel est assez fréquent: tous les samedis et les vigiles de fêtes religieuses.Enfin, l'ouvrier n'est pas soumis à la fébrilité des usines contemporaines, où les aléas de la spéculation obligent à un travail en série, incompatible avec la notion qualitative de "l'ouvrage bien faite".La concurrence est strictement limitée aux bornes de la justice.Des prescriptions défendent aux marchands l'accaparement des matières premières; il est également interdit d'aliéner à son profit la clientèle du voisin, par des manoeuv.es déloyales.Le colportage est très mal venu; il est injuste en effet que les marchands ambulants n'aient pas à payer leur part d'impôts fonciers qui grèvent les négociants sédentaires.Le samedi, tout le commerce s'effectue aux Halles; pour le favoriser, la majorité des maîtres doivent fermer leur ouvroir.Chaque corps possède un étal où écouler ses marchandises.Le Roi perçoit des droits de hallage dont les revenus suffisent à démontrer l'importance des transactions.Les métiers organisés corporativement s'élèvent, en 1292, pour la ville de Paris, au nombre de 130 environ.On peut les ramener à six grandes catégories : l'alimentation; l'orfèvrerie, la joaillerie et la sculpture; le travail des métaux communs; les étoffes et habillements; les cuirs et peaux ; le bâtiment.En résumé, l'apprenti, le valet et le maître sont liés organiquement, sous la surveillance de gardes jurés, et se soumettent, pour le bien de la communauté, à un ensemble de réglementations qui atténuent les heurts et apportent une solution satisfaisante à la question sociale.I ' ! ') 1! : | I'i I t h I.’aGE D OR DES CORPORATIONS Ill Signalons au passage un événement politique où s'affirment les corporations.La guerre avec les Anglais et les ravages de la peste noire ont provoqué maintes calamités.Le peuple est aigri et disposé à donner raison à toutes les revendications de la classe moyenne.Ce mécontentement s'exprime par la grande révolution parisienne de 1356.La bourgeoisie des métiers s'empare du pouvoir et gouverne la ville pendant près de deux ans.Les insurgés ont à leur tête un drapier courageux et très habile, Étienne Marcel.Après plusieurs mois, la Commune (car c'en était une) devait transiger avec le pouvoir royal.La répression de ce soulèvement est terrible; les libertés escomptées ne sont jamais accordées.Il convient de noter aussi une modification importante dans les attributions de la corporation ; c'est l'ordonnance de février 1351.Quelques-unes de ses clauses fixent des prix de vente raisonnables pour les denrées nécessaires à l'alimentation, pour les salaires des gens de métier; d’autres protègent contre la corporation les marchands forains, défendent d'etre à la fois courtier et marchand, suppriment la limitation du nombre des apprentis.Bref, l'esprit de cette législation est de favoriser le commerce, peut-être davantage dans l'intérêt du public.La révolution qui allait suivre démontra l’insuffisance de ces palliatifs et de ces tentatives de relèvement.Au xive siècle également s'établit de façon permanente une institution qui jusqu'ici n'était que facultative: le chef-d'œuvre.On ne sera reçu maître qu'à la condition de présenter un ouvrage digne de mériter le nom de chef-d'œuvre.Cette obligation nouvelle, qui constitue une entrave à l'obtention de la maîtrise, témoigne d'une évolution qui s'accentuera au siècle suivant; les métiers tendent de plus en plus à se hiérarchiser et les abus de cet aristocratisme bourgeois se feront bientôt sentir.Parmi ces abus, un des plus détestables est sans contredit la création de lettres de maîtres à l'occasion d'un événement < J / z" ' \ 4 : i If .i ii ; ! V - —B—MMB LA RELEVE 112 solennel; moyennant finances, le candidat n a pas à faire état du stage réglementaire de 1 apprenti ni de la confection du chef-d’œuvre.La pénurie du trésor royal multiplie expédients, au grand détriment des autres artisans.Jusqu'ici, les corporations naissaient spontanément, du libre consentement des intéressés.Le Roi n’intervenait que pour sanctionner les statuts et accorder à la corporation 1 existence juridique.Déjà Louis XI, en 14(17, avait organisé les métiers en bi compagnies militaires.Henri III fera davantage: par son ordonnance de décembre 1581, il tente de faire du régime corporatif ‘‘le type unique et obligatoire de l'organisation du travail dans tout le royaume'.La volonté du Roi, substituée à celle des marchands, achemine les corporations de métiers vers leur décadence.L intrusion du pouvoir central aboutit nécessairement à un socialisme d'État, particulièrement au Moyen-Age.ces ; Roger DUHAMEL ' le déserteur.de Claude-Henri Grignon.1 J Parler de ce livre n'est pas chose facile.Impossible de le juger dans son ensemble: des points de vue trop différents le commandent.La plupart même des contes qui le composent On y trouve des croquis de mœurs, des sont hétéroclites, drames, des prêches pour le retour à la terre avec détails pratiques à l'appui, des peintures d'atmosphères et de caractères, éléments dont on ne peut dire qu'ils soient mariés avec bonheur.Dans un même récit on passe de l'un à l’autre, avec un malaise, cherchant malgré tout un lien intime, une continuité; on est tiraillé désagréablement.Pourtant, il faut considérer que ce n'est pas sur le plan de l'art que l'auteur a envisagé les choses: son but était de prêcher une thèse.Que le moyen soit efficace, nous en doutons.D'abord parce que ces contes sont dictés par un parti pris trop évident.Je n'entends pas “parti pris " dans un , : il 1! 1 I ¦J 1 I' ( n I lü U-: DESERTEUR sens péjoratif: je suis certain qu'il recouvre ici une conviction Mais le malheur de ce genre est que la conviction ne s'y manifeste guère que sous la forme de parti pris.D’un autre côté, la vie y est rendue d'une façon trop artificielle et arbitraire pour qu'en jaillisse une véritable leçon capable d'ébranler une volonté.Il y a un troisième point de vue.Ce livre pourra désigner à l'attention des hommes de bonne volonté et rendre plus sensibles sous cette forme du conte, certains détails d’ordre pratique concernant l aide des gouvernements aux colons, les facilités de transport, etc.Voilà ce qu'il nous semble de l'utilité du livre.Laissons ce terrain et venons-en au point de vue littéraire qu’on ne peut tout de même pas ignorer, d’autant plus qu'il offre des éléments intéressants sinon des ensembles parfaits.Écartons Le Déserteur et Réconciliation.La piste est meilleur convenablement construit, mais demeure une histoire sans intérêt, sans relief.Le Père aux oeillets est un récit souvent charmant.On y touche enfin la vie.Scènes de village légèrement tracées, avec naturel, simplicité: quelques traits finement notés : la description des terreurs de la vieille fille surtout est bien accentuée.Mais c’est le plus souvent superficiel, un peu disloqué aussi dans l’allure du récit.Restent Le dernier lot et Le triomphe de Virgile.Nous retrouvons plus à l'aise les qualités de l'auteur, son observation directe, sa sincérité, sa chaleur.Et aussi son sens aigu du détail caractéristique et son art à le résumer en saillies saisissantes.Enfin, le souffle et la vie.Le dernier lot est un conte bien construit, où vibre l'émotion, un souffle humain.Les scènes pittoresques sont esquissées avec plus de netteté.Le style est expressif, plein de mouvement, suggestif d'attitudes et d'atmosphères.En attendant la messe de minuit, des colons sont réunis chez l’hôtelier Godmcr.Le postillon apprend à la compagnie que Jean-Jean Ouellette, jeune colon qui fut tenter fortune aux États-Unis cinq ans auparavant, est revenu ce soir chercher sa femme et ses enfants pour s'en aller définitivement.Parmi la stupeur causée par cette nouvelle entre Jean-Jean, figure forte, sympathique.Dans une langue pleine, I- V, U \ \ n i É i"jwtir*.wwiffrnmf mm 114 LA RELEVE sobre et naturelle, il raconte les misères de la terre et la facilité de vivre aux mines du Colorado.On entre dans son coeur.le comprend.Présentement, il part chercher sa famille l'emmener entendre une dernière fois "chez nous , la on pour messe de minuit.Dans la solitude de cette nuit froide, les sentiments les plus profonds lui refluent au cœur: tous les souvenirs, toutes les attaches qui le retiennent au pays.L'émotion l'étouffe, sa résolution est ébranlée.Le voilà prêt pour le dénouement.Quand il voit sa propriété améliorée par les soins courageux de sa femme, il décide de rester.C'est très simple et simplement conté.Cela coule d’un bout à l'autre, sans heurt, en un flot intérieur.C’est vrai, c'est vu d’en dedans.Cela, jusqu'au dénouement, une page gâtée par le souci pratique, encore, note qui détonne, mais qui disparaît quand on regarde dans son ensemble ce conte vivant, profond et pathétique dans sa simplicité.Le triomphe de Virgile n'est pas un titre heureux.Il résume peut-être le sens extérieur de ce conte.Quand au sens profond, je ne le saisis pas tout à fait: il est inachevé: il est contrecarré par une direction arbitraire, et surtout par ce dénouement précipité qui nous laisse un pied en l'air et la bouche ouverte de stupeur humiliée."Qui aurait pu deviner cela! ' C'est dire que ce récit n'a pas la continuité parfaite que nous admirions dans Le dernier lot.Malgré cela, je l'aime davantage.11 y a ici des scènes si véritables, si saisissantes, et dans la forme une plénitude, un raccourci si expressif, que c’est une joie de voir cela vivre.Et puis les personnages sont saisissants de réalité, appuyés en traits sûrs qui les déterminent dès l'abord, fixent leur présence en notre esprit avec un relief tel qu'ils y demeureront.Voyez — “Une après-midi qu'il venait de saigner le cochon du notaire Lepotiron, le père Dursol, après s'être décrassé, voulut allumer sa pipe.Or, il arriva que sa main droite, cette main dure et durable qui, depuis dix ans, portait le couteau au coeur de la misère aussi bien qu'au cœur des porcs, se mit à trembler doucement d'abord, puis un peu plus vite, pour s’agiter à la fin comme le tremble de la colline, cachant le paysage rongé par le nord.(Oublions le “rongé par le nord" qui n'a pas là sa place.) % ! ! ' N ¦ [ 11 115 LE DESERTEUR — Vieille, vieille ! s'écria l'homme, ne vla-t-y pas que je tremble à e t heure.— T'es plus jeune, répondit Bernadette.Joachim ne goûta pas cette parole qui révélait un esprit léger.il — Un homme qui tremble, conclut-il avec désespoir, c'est un homme fini.Et la petite vieille."Sa femme, Bernadette, qui tremblait depuis l'âge de quarante-cinq ans et qui en portait allègrement soixante sur ses petites épaules en pignon, continua à vaquer aux soins du ménage." Dursol, découvrant ainsi tout à coup qu'il est devenu vieux, a le dégoût de tout ce qui fut sa vie jusque là.Il décide de partir.Sous sa dictée, Bernadette écrit une lettre à leur fils."Mon cher Sévère .Mais regardant sa femme, qui tremblait beaucoup en écrivant, il s'exclama: — Mardi maigre! Tu trembles ben.— C'est pas d'aujourd'hui.Ça fait quinze ans que je tremble.— C'est curieux, j’avais jamais remarqué ça ." Quoi de plus vrai, de plus significatif?La lettre nous révèle incidemment, et c'est habile, que Sévère Dursol termine en ce moment sa rhétorique, qu il est fils unique, que scs parents veulent en faire un médecin ou un notaire et aller vivre avec lui à Montréal : et qu ils 1 attendent sous peu.L'arrivée de Sévère, par un soir calme et doux, est d une poésie pénétrante, d une vérité touchante à la Daudet et telle que Daudet ne l’aurait pas contée de façon plus exquise.Cependant, à peine le père et le fils se trouvent-ils en présence que 1 atmosphère se charge.L hostilité, si naturelle entre deux caractères qu’on sent semblables, éclate d abord dans de petits traits."Dursol qui regardait son fils du coin de I œil, qu on eût i 1 1 (1 1 ! I ) 11 II 1 U I.I i m mi I.A RELEVE dit même qu'il avait des yeux dans le dos, s'écria tout de suite: "Comment! Sévère, tu fumes des cigarettes, à et heure ?" Enfin, le nœud du drame.Sévère avoue à son père qu'il ne terminera pas sa philosophie mais se fera cultivateur.Stupeur du bonhomme: sa colère de voir son fils renverser tous ses projets glorieux."La mère, qu'une grande intuition faisait d'ailleurs toujours souffrir, s'arrêta au milieu de la place."Elle pressentait un malheur".Elle tente d'apaiser son mari qui, se reprenant un peu, tâche à convaincre son fils.Sévère reste inébranlable.Dure opposition: l'on sent monter chez le père et le fils la même fureur, la même violence.Cela éclate avec une intensité fulgurante dans la fin de cette scène qu’il faudrait citer en entier.—"Mon père, je serai cultivateur ou je ne ferai rien.A ces mots, Joachim Dursol, qui avait fait trembler bien des fois la maison ancestrale par ses colères terribles, tomba dans la plus grande violence.Il vit rouge.Il vit du sang et son couteau planté.Il leva au ciel scs deux poings énormes et les rabattit sur les épaules de Sévère qui s’écroula.—JY casserai les reins avant, mauvais fils, cria-t-il.La mère désespérée se jeta sur le corps de son enfant, tandis que le saigneur se traîna péniblement jusqu'à son lit, comme s'il eût porté dans son cœur, et dans sa tête, et dans tout son corps, une charge de plomb.On pouvait l'entendre, répétant sans cesse: Un habitant! Un habitant!" De ce moment le récit se relâche, la peinture ternit, l'intérêt diminue: cela devient explicatif.Sévère va travailler une ferme en attendant la réconciliation.Bientôt son père le ramène.Et pour cause1 Un frère de Joachim, enrichi par l'agriculture, meurt en léguant sa fortune à Sévère à condition qu'il se fasse cultivateur.Oublions cette fin en queue de poisson.Voilà un drame si puissant et si ramassé qu'il déborde les cadres de ce conte.C'est ce que peut faire un art simple, sobre, plein.Nous avons touché à l'humain: ce drame de famille contient un peu, bien des drames de famille.r 1 :j ¦ ii sur li i ¦S % I .n LE DESERTEUR 117 La petite vieille de mère est sans contredit le personnage le plus attachant de ce récit.Discrète, effacée, naturellement obéissante et résignée, cœur aimant qui souffre en silence de tous ces heurts, c'est une perle de création, infiniment touchante et vraie.Quant au père Dursol, il est campé avec une vigueur incomparable.C'est de lui que jaillissent les événements.Le malheur, c'est que, par une direction arbitraire et toujours soucieuse de prouver, le centre de gravité soit déplacé de Joachim à Sévère, qui devient tout à coup, bien malgré lui et bien malgré nous, le personnage important.C'est un premier rôle qu'il est bien en peine de supporter, non qu'il soit faiblement bâti, mais parce que ce n'était pas là sa destinée I De là ce manque d'unité, ce déséquilibre qui fait qu'on perd pied dès après la scène centrale, et qu'on ne sait à quoi se raccrocher.Cela nous désole de voir ainsi gâté un conte qui promettait si bien.On le voit, avec Le triomphe de Virgile et Le dernier lot, Grignon nous révèle les qualités d'un conteur excellent : simplicité, essentiel et sobriété des détails, netteté et vigueur dans le tracé des caractères, intensité du drame, vivacité de l'action, relief, vérité expressive des dialogues courts, remarques brèves qui résument en saillie un état d'esprit, mesure dans la peinture du décor; tous ces éléments fondus dans un ensemble d'une vérité pleine et vivante.Ce livre contient de belles promesses ( ! ' < I \ ] \ i ¦ ' i: tie St-Dcnvs GARX’EAU ’ ) Dès que l'on fait un pas hors de la médiocrité, on est sauvé, l'on est assuré de ne plus s'arrêter dans la voie du perfectionnement intérieur où I on s était imprudemment engagé.Ernest PSICHARI I il il màM les problèmes spirituels et temporels d’une nouvelle chrétienté * e * Les notes qui vont suivre ne sont pas une synthèse des conférences de monsieur Jacques Maritain.Autre chose est de suivre le discours d'un philosophe et d avoir 1 illusion de comprendre pendant la durée de la conférence, et autre chose de formuler ces idées pour soi, d'avoir I intelligence active de ce qu'on a entendu.Comprendre vraiment M.Maritain supposait une connaissance et une notion au moins fondamentale de l'histoire de la philosophie, des systèmes de Descartes, de Rousseau, en admettant comme acquis les principes essentiels de la philosophie thomiste.Monsieur Jacques Maritain avait raison d écrire au début d'un de ses livres: "Que nul n'entre ici, s'il n'est métaphysicien".Notre effort pour nous formuler nettement ce que nous avions entendu nous a mis à même de le constater et, conséquemment, de faire un examen de conscience.Nous essayerons donc de parcourir rapidement cette synthèse autour de l'idée d'humanisme de toute une doctrine implicitement contenue dans le thomisme et adaptée ici au point de vue particulier de la détermination historique d'une nouvelle chrétienté.La première conférence, et la plus abstraite, étudie l'évolution au cours des âges de la notion d'homme défini par ses notes essentielles et du concept d'homme existentiellement concu.Toute culture, en effet, dépend de l'idée qu'on se fait de l'homme.L’histoire se divise en trois périodes d'après les trois grandes philosophies qui ont donné leur sens à la civilisation, c'est-à-dire, d’après les trois conceptions idéales qu elles ont donné.Car si les notes de l'homme changent avec les âges, l'être réel, lui, ne varie pas essentiellement.La première de ces époques est théocentrique, c’est celle du Moyen-Age.La seconde est anthropocentrique, c'est celle de la Renaissance.La troisième, celle de la collectivité, détermine encore aujourd’hui une part notable de l'activité humaine.Le théologien de la première était saint Augustin.ii ; ! '! I n LES PROBLEMES D UNE NOUVELLE CHRETIENTE 119 I Descartes et Calvin dominent la seconde, Darwin, Freud et Karl Marx dans la troisième se partagent le mérite d'avoir disloque le concept d'homme et de l'avoir réduit à la pure matière.La philosophie, si elle est dégagée de toute volonté d'action immédiate et pratique, n'en est pas pour cela sans influence sur le cours et la marche des événements actuels.Elle est spéculative, mais susceptible d'influencer la vie et l’évolution des civilisations qui la suivent.Le Moyen-Age qui considérait l'homme selon la définition catholique par ses notes essentielles mais, du point de vue existentiel, comme dépendant de Dieu dans toutes ses actions et n'ayant de fin que Dieu, a été l'époque d'une vie sociale et politique incompatible avec le développement complet des valeurs humaines.L'idéal du Moyen-Age est le Saint-Empire irréalisé, où l'homme et l’Etat sont ordonnés au service de Dieu.L'État n'est pas même une fin intermédiaire principale mais un moyen.C'est la réalisation la plus parfaite, en cette vie, du royaume de Dieu.Ce système fait abstraction de la faiblesse humaine.Et, parce que cette conception de l'État comme intermédiaire sacré ne tient pas assez compte de la psychologie individuelle, la cité devient bientôt invivable.L'homme s'y sent anéanti, Dieu est tout.L’homme social, considéré en regard de Dieu, souffre surtout de l’oppression d'une autorité humaine conçue comme ayant toutes les notes de l'autorité divine.Conséquence inévitable, l'homme renonce à soutenir un idéal purement mystique qu'il s'est créé et son abandon provoque un nouvel humanisme qui, par réaction, sera anthropocentrique.L’homme est chair et esprit.Si nous admettons le postulat d'une évolution progressive dans l'histoire, cette évolution sera nécessairement bivalente.Le Moyen-Age a poussé à son extrême la réalisation d'un idéal qui ne tient compte que de l'esprit.Le sens de cette époque est tout en regard de ce qu’il y a de plus noble dans l'homme.Mais, l'homme n'est pas seulement fait de grandeur.Ses faiblesses, le Moyen-Age les a vécues, mais il en a fait abstraction dans l'élaboration de son système social.Il est donc conforme au progrès ! ii : t, t i.: id 120 LA RELEVE historique que l'homme de l'époque suivante fasse un cas plus particulier et presque exclusif de ces bas-fonds dont l'ignorance a ruiné la conception précédente.L'humanisme anthropocentrique part de ce principe que l'homme est radicalement mauvais et que Dieu ne peut plus rien pour lui.C'est la conception protestante.Le rationalisme proclame l'autonomie de l'homme.La créature cherche sa réhabilitation par le repli sur elle-même; elle se sépare de Dieu.Comme conséquence, la vie est basée sur le dualisme, la personne humaine confondue avec l'esprit (théorie de Descartes) et la vie sociale abandonnée, en dehors de toute éthique, au jeu des forces contraires.L'homme est considéré comme sa fin propre.La conception bourgeoisiste et capitaliste sort de là.Mais cette situation de l'homme, fin propre de ses activités, est bien précaire puisqu'elle repose sur une prise de conscience de soi incomplète et naturaliste.C'est en perfectionnant cette science de soi, sous le signe de la dispersion (l'unité qui était le fait de la personne ayant pris fin avec elle) que Darwin et Freud vont ruiner le fondement de l'autonomie humaine.Jusqu'ici la personne humaine était disloquée; mais Descartes se contentait de nier !a relation de dépendance entre le corps et 1 esprit.La science ainsi libérée des principes va pousser à l'extrême cette division.Darwin apporte la doctrine de l'évolution sans discontinuité métaphysique de l'être vivant.Freud, dans sa métaphysique, considère l'homme comme un complexus de mouvements obscurs et d’instincts.L'autonomie n'a plus d'objet et comme il faut que la souveraineté soit attribuée, clic est transportée sur la collectivité.I [) L'homme n est plus qu'un organe dépersonnalisé.Nous assistons à la liquidation de ce monde et à la préparation d'un monde nouveau.Le premier âge considérait l'homme de la vie privée et de la vie sociale en regard de Dieu, méconnaissait le côté faiblesse de I homme.La Renaissance place le centre de 1 homme dans I homme, qui devient sa fin propre.Le troisième âge ne voit plus en 1 homme qu'un organe dont la fin est le corps qu'il constitue avec ses semblables.Enfin, un t ! i ( 13 LES PROBLEMES D UNE NOUVELLE CHRETIENTE 121 nouvel humanisme s'ébauche basé sur la doctrine de saint Thomas.Le but de ces leçons de M.Maritain est d'en dégager les caractéristiques essentielles, non pour influencer sa marche, car elle est sujette au progrès humain, mais pour lui constituer une doctrine qui, sans gêner son évolution lui épargne les errements.Le monde chrétien a manqué à sa tâche qui était de travailler à la réalisation sociale et temporelle de l’Évangile Il en a été empêché principalement par sa conception dualiste de l'homme.Mais la vérité, qui ne vivifiait pas sa vie publique, faisait son chemin dans le monde.Elle répondait désir obscur, dans tout homme, de la vie heureuse.Le marxisme s'en est emparé mais, parce qu'il place sa fin dans 1 ordre économique, il l'a matérialisée.Marx accorde à l'homme économique, organe incomplet de la collectivité.I importance qui revenait de droit à la personne.Le marxisme a pour principe l'athéisme qui n'est qu’un athéisme d'ordre éthique puisque l'athéisme pur, par essence, détruirait la volonté.Il ne reste qu'une alternative: créer une humanité nouvelle.En face de cet athéisme se trouve la position chrétienne.Elle est double, archaïste chez les protestants et pessimiste, progressive chez les catholiques qui tendent par une révision de la culture actuelle à un nouvel humanisme.L'homme n’est plus annihilé par le péché mais seulement blessé.Il ne cherche pas sa réhabilitation en lui-même mais en Dieu Cet humanisme théocentrique a son type dans le saint, non pas un nouveau type de saint mais d’un mode différent: le saint social.La conscience de soi évangélique viendra ainsi compléter la conscience de soi naturaliste.Car, il appartient au nouvel humanisme de faire l'unité.Le christianisme doit informer la vie sociale.A cette fin, un changement s’impose dans l'homme, un changement d’esprit complet, tout en respectant les exigences essentielles de la personne."Le nouvel humanisme, comme le définit l’auteur, c'est la réalisation intérieure et plénière d'une vocation profane chrétienne ".La culture pour le chrétien est subordonnée à la vie éter- au ii ! I ! I LA RELEVE 122 nolle, la distinction entre le temporel et le spirituel est une notion purement chrétienne.La religion surnaturelle doit informer la civilisation sans s'y confondre.Le monde bourgeois a failli à l'idéal chrétien par oubli de la personne, par le culte de l'enrichissement, par le renversement des valeurs évangéliques.Voilà la conséquence du dualisme et de l"ab-d'une philosophie chrétienne.Mais cette période aura scnce servi au monde chrétien à prendre conscience d'un nouveau champ d'activité: le domaine économique que le cartésianisme nous avait habitués à ne pas considérer du point de vue I spirituel.Dans sa dernière conférence M.Jacques Maritain nous a proposé l'idéal historique d'une nouvelle chrétienté.Toute chrétienté a trois constantes.Elle est communautaire, c'est-à-dire qu elle a pour fin propre et spécifique le bien commun ordonné au bien intemporel de la personne.Elle est encore personnaliste, ou en d’autres mots, elle sert les fins supra-temporelles de l'homme.Elle est enfin pérégrinalc, tenant compte de la situation transitoire de l’homme.Le théocentrisme moderne va-t-il ramener un nouveau moyen-âge 1 L’ordre temporel chrétien ne doit pas être lié à des formes Les notes essentielles de la nouvelle chrétienté - i < mortes.sont l’inverse de celles du Moyen-Age.Notes du Moyen-Age.— 10 Unité organique n'excluant pas la pluralité et centrée dans la vie de la personne.20 Rôle ministériel du temporel, la civilisation n'étant qu’une cause instrumentale vers Dieu.30 Emploi des moyens de l'autorité pour le bien de l'unité spirituelle.L'hérétique attaquait la communauté.Idée haute de la valeur morale.40 Disparité essentielle entre dirigeants et dirigés.Notes d'une nouvelle chrétienté.— 10 Humanisme intégral.f it Retour à une structure impliquant un certain pluralisme.Cette condition est créée par le machinisme et l'économique Admission de la diversité religieuse.Cité où chrétiens et infidèles participent à un même bien commun.Obligation de tenir compte de l'idéal moral déficient.20 Autonomie du temporel à titre de fin intermédiaire dans son ordre, d'agent (fin à la page 101) 1 I { I" L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES N V Affiliée à l'Université de Montréal COURS DU JOUR — COURS DU SOIR — Cours par correspondance Organe officiel : l'Actualité Economique La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique Prix de l'abonnement: $2 » .» Bibliothèque economique — Musée Commercial et Industriel t .Tous renseignements gratuits sur demande au Directeur 535, avenue Viger, MONTREAL I): I Tél.LAncestor 4455 ) BEULLAC & HURTUBISE ENRG.1 LIVRES - ARTICLES DE BUREAU-PAPETERIE ' Montréal 35, rue Notre-Dame Ouest f le présent cahier de “la relève”, le cinquième de la première série, a été achevé d'imprimer le trentième jour du mois d'octobre par les soins de l’imprimerie populaire, en l'honneur du Christ-Roi.M
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