L'ordre, 19 janvier 1935, samedi 19 janvier 1935
.K ' L’ORDRE RÉDACTION ET ADMINISTRATION §§ TARIF DES ABONNEMENTS 180 est, rue Sainte-Catherine, Montréal , Téléphone : PLateau 8511* Administrateur .„ Secrétaire de la Rédaction , .PIERRE BOUCHER 1 an 6 mois 3 mois SE En ville, par la ponte.*9.00 $4.75 *2.30 Canada (hors de Montréal), Royaume-Uni, France et *6.00 $3.25 *1.73 Espagne .Etats-Unis et Amérique du Sud *6.50 Autres pays • • .PIERRE ASSELIN %;, 1 13.50 *!.*5 *8.00 $4.25 *2.25 I On eat prit d’envoyer toute correspondance à la ceae 4018 de rHôtel dea Poatea en mentionnant eut l'enveloppe le service (Rédaction ou Adminia-tration) auquel on veut a’adreaaer.Quotidien de culture française et de renaissance nationale Directeur-fondateur : OLIVAR ASSELIN m I L’abonnement est payable d'avance par mandat-poste ou chèque affranchi, accepté et payable au pair à Montréal.El m m Un ordre imparfait vaut mieux que le désordre.Première année — No 260 Le numéro: 5 sous Montréal, samedi 19 janvier 1935 m- m Pour nos apôtres Evénements de Taction sociale m Féminisme De la Méditerranée au Pacifique a) m « m Un de nos confrères public la lettre qu’une féministe connue lui a adressée cl dans laquelle diverses questions sont posées.Les voici, avec les réponses que moi, i pauvre homme, je me permets, très timi- | dement, de leur faire : Pourquoi la femme est-elle tenue par les codes et les coutumes dans un état de subordination indigne de ses capacités ?Parce que les codes et les coutumes sont toujours des conséquences de l’état de choses ordonné par la nature.Au temps où l’humanité vivait selon la loi naturelle, la femme, cire physiquement faible, était protégée et nourrie par Chomme, (fl en est d’ailleurs encore ainsi, malgré le progrès, dans l’immense majorité des cas.) Ajoutons que la femme accepte fo't bien, sauf exceptions, cette subordination, qui n’est d’ailleurs qu’apparente.Les femmes sont maîtresses, d’ordinaire, chez clics, et la plupart des hommes sont assujettis, par surcroît, au dehors.Dans l’ensemble.ceux-ci sont bien moins libres que celles-là.Pourquoi la femme a-t-elle été longtemps considérée, et Vest-elle encore par beaucoup, comme un homme raté, comme une partie inférieure de l’espèce ?Parce que la femme, et surtout la plus moderne, celle qui sc croit la plus «libérée», n’a pas elle-même la fierté de son sexe.Elle singe Fhomme, lient à exercer des professions traditionnellement masculines, etc.Le féminisme n’est d’ailleurs qu’une forme de celte admiration naïve, envieuse, inexplicable, de l’homme.Pourquoi la prostitution a-t-elle été instituée et pourquoi n’est-elle pas encore abolie ?Le tourisme à Montreal D’après le rapport pour 1934 du Montreal Tourist and Convention Bureau, le tourisme à Montréal a, l’an dernier, légèrement augmenté.On prévoit pour l’année qui vient de commencer une augmentation encore plus sensible.La chose se peut fort bien, vu les fêtes qui doivent avoir lieu ici, l’été prochain, pour commémorer la visite de Jacques Cartier à Hochelaga en 1635.On sait en effet que 1 an dernier la commémoration de la découverte du Canada fournit à plusieurs associations importantes l’occasion de tenir chez nous leurs assises.Montréal est un lieu de convention très populaire, surtout auprès des Américains.Toronto l'emporte cependant auprès des grossistes du Canada.Cela s’explique assez bien par le fait que cette ville est beaucoup plus près que Montréal du centre géographique du pays.Le Montreal Tourist and Convention Bureau a surtout pour but d’amener les diverses associations du monde entier à choisir Montréal comme lieu de leurs congrès.L’an dernier, sur 99 congrès tenus dans notre ville, 8 étaient internationaux, 5 nationaux, 25 américains et les autres régionaux.m * L’arrêt de nullité rendu par M.le juge Joseph Archambault touchant certain emprunt contracté par une daine Henri Pepin attirera de nouveau l’attention du public sur certains modes II L'apparition récente d'un nouveau cuirassé de poche allemand a provoqué de nombreux commentaires, et non pas chez les seuls techniciens.Les caractéristiques (2) remarquables du dernier navire de la'classe Dcutchland ont obligé la France à mettre sur le chantier un bâtiment de 27,000 tonnes, afin qu'elle puisse maintenir sa supériorité navale sur la flotte allemande.Ce grand croiseur (type Dunkerque) est menacé d'être déclassé par les cuirassés de 35,000 tonnes que construit actuellement l’Italie.Mais, en raison des limitations imposées à la France par le Traité de Washington, il ne peut être renforcé d’une autre unité.Ayant à faire face à l'Allemagne et à l'Italie, et sur deux fronts de mer différents, l'Amirauté française se trouve dans l’obligation de se réserver les coudées franches, tant en matière de tonnage global qu'en matière de catégories de navires.Autrement dit, la position navale de la France dépend de deux facteurs, d’un italien, l’autre allemand.La voie que prendra l'Amirauté française résultera de la politique de Rome .et de Berlin.Pour être en mesure de s'assurer un minimum de sécurité, Paris a besoin de sa liberté de mouvement.A la suite des perfectionnements apportés par les ingénieurs allemands dans le domaine de la construction navale.la puissance navale anglo-saxonne dépend plus que jamais de la puissance maritime des pays continentaux.Londres ne peut pas se désintéresser des flottes voisines, mais aussi longtemps qu'il sera possiblp de restreindre les constructions navales des autres puissances, il ne saurait être question pour le gouvernement anglais de se lancer à corps perdu dans une ruineuse course aux armements.L'Angleterre est donc poussée à soutenir les accords de limitation par tonnage et par catégorie.C’est sur ce point que sa thèse se sépare de celle de la France.La liberté, pour chaque puissance, de construire à sa guise, même dans un but purement préventif, obligerait Londres à suivre le mouvement à une cadence accélérée, ce qui entraînerait les Etats-Unis dans le sillage.Or toute augmentation du nombre ou de la puissance des unités navales américaines est de nature à menacer de plus en plus gravement la sécurité du Japon.D'où 1 alternative suivante : res- treindre les constructions et exposer deux pays (la France et le Japon) à se trouver dans un état intolérable d’infériorité marquée; ou bien supprimer tous les accords et se lancer dans la course aux armements.Solutions aussi déplorables Tune que l’autre.Il ne resterait, pour éviter tous risques d'armements intensifs, qu’à reconnaître à certains pays se trouvant dans une situation particulière le droit d’obtenir la parité navale avec les grandes puissances, sous réserve de limiter les constructions à un niveau raisonnable.C'est la thèse soutenue par le Japon lors de la conférence navale de Londres.Les puissances anglo-saxonnes n’ont pas voulu l'admettre et Tokio a dénoncé le traité de Washington.Aussi le problème des armements navals est-il remis en question.De la puissance maritime des pays continentaux dépendra la force de la marine anglaise, partant celle de la marine américaine.On comprend, dès lors, que la question navale en Occident exerce une action sensible sur la politique de l'Amirauté japonaise et puisse ainsi changer tous les facteurs du problème de la suprématie en Extrême-Orient.I Cf r>.d’usure pratiqués eu notre ville à la faveur de la misère publique.Dans cette affaire, consignée au dossier 124005 de la Cour supérieure, il a été établi que la dame Pépin, en vertu d’une procuration générale et spéciale de son mari, avait emprunte de la People’s Thrift and Investment Company (ou Société populaire d’Epargnc et de Placement), sur le gage de trois immeubles différents complété acte de dation ! m IV m ‘ I 0 i ! : con- par un en paiement (dispensant la Société de toute mise en demeure ou G 8 § I autre formalité légale en cas de défaut), une somme de $8000 à 10%% d’intérêt, plus une commission de 2%% taire de la Société et une commission ou remise de 10% à la Société elle-même.O au no- • • O 1 K i Ces chiffres montrent qu’il ne faut pas négliger la propagande à l’étranger.La coopération entre tous les offices de tourisme au Canada, fédéral, provinciaux et régionaux.est nécessaire mais l’association mont-.réalaise agit sagement en se tenant en relations constantes avec les organismes similaires des Etats-Unis et même d’Angleterre.Le tourisme est une industrie profitable dont les revenus compensent amplement les frais qu'elle entraîne.La sécurité sur la route ¦ m « Les conditions exorbitantes de l’obligation », a dit M.le juge Archambault, « sont de nature à permettre à la Cour d’interpréter strictement et sans scrupules la procuration, pour savoir si elle autorisait l’épouse du demandeur (M.Pepin) à contracter cette obligation.» Et l’action de Pépin en annulation de contrat a été maintenue.A propos d\tnc soi-disant Société de prêts et de finance, nous demandions le 15 décembre comment, devant la loi fédérale qui interdit le prêt à plus de 12% d’intérêt, des particuliers ou des sociétés peuvent offrir publiquement, Par.voie des journaux, des pçêts à taux légal en apparence mais à des conditions de remboursement qui portent incontestablement ce taux à 18%.Là-dessus un avocat nous a appris, dans une lettre portant demande de rectification, que l’établissement en cause détient une autorisation législative ( par « bill privé») d’Ottawa, et qu’en interprétant d’une certaine manière (abusive, à n’en pas douter) certaine disposition de ce texte relative au mode de remboursement, il peut pratiquer légalement le genre d’usure que nous avons dénonce.De toute évidence le parlement fédéral ne saurait permettre explicitement à des particuliers des commerces que lui-mêine a interdits par raison d’intérêt public, au moyen de lois pénales: aussi les établissements qui se fondent par-ci par-là pour pratiquer l’usure sous une forme ou sous une autre ont-ils la précaution de lui demander, par l’entremise de quelque député complaisant, des autorisations législatives assez ambiguës, sur certains points, pour faire hésiter les fonctionnaires chargés de la mise en œuvre de la justice.Il y a aussi les commissions, les.courtages, les honoraires de toute sorte, qui dissimulent en partie, pour les nigauds, le fruit de l’usure.Mais quand un journal comme I’Ordre, et un journaliste comme moi-même, ne craint pas de dénoncer à ses risques et périls ces subterfuges, les cercles de jeunesse qui prétendent s’intéresser à l’action sociale — et qui en fait, la plupart du temps, s’occupent de toute autre chose — ne pourraient-ils pas profiter de ces indices pour tenter de faire mettre les usuriers à la H m : 1 i.i « Mlle Camille Bernard : (.) Il est infiniment probable que c est une femme qui inventa l’amour vénal : elle avait ça dans la peau.Et si la prostitution n’est pas abolie, c’est sans doute parce que les prostituées ne veulent pas.J’ajoute que, malgré les déclamations de tant de romanciers, auteurs dramatiques, sociologues, moralistes, féministes, etc., aucune femme n’est vraiment obligée de se vendre, et que celles qui le font trouvent cela tout naturel.Pourquoi une .foule de mots n’ont-ils qu’un genre, le masculin ?En voilà, une question ! El où le féminisme va-t-il se nicher ?Le dictionnaire est-il donc aussi une bastille que veulent prendre ces dames au nom de l’égalité des sexes ?Mais ce serait plutôt aux hommes de protester contre la tyrannie exercée par le genre féminin dans le Vocabulaire.La plupart des mots de la langue qui évoquent des idées de grandeur, de beauté, de force (ces mots le prouvent déjà) sont, en effet, féminins.Les cinq parties du monde, les plus puissantes nations, la justice, la vérité, la charité, la liberté, l’égalité, la fraternité, la paternité clle-mcmc, appartiennent au sexe d’en face : il a la vertu et nous a laissé le vice.Décidément, il y a des femmes qui ne seront jamais contentes ! I « » 0 LES IDÉES ET LES FAITS IS On a déjà manifesté l'intention de demander au gouvernement de Québec de vendre obligatoire pour tous les automobilistes l’assurance contre les accidents, afin de diminuer le nombre de ces derniers et de protéger financièrement ceux qui en sont victimes.Dans le même but, le Rayai Auto Club of Canada suggère au gouvernement provincial d’adopter une loi, déjà en vigueur dans sept provinces canadiennes, en vertu de laquelle tout automobiliste trouvé coupable d’une infraction aux règlements de la circulation ou responsable d’un accident se voit enlever son permis de conduire et son certificat d’enregistrement jusqu’à ce qu’il produise une police d’assurance ou une autre garantie financière.La différence qui existe entre les deux mesure^ proposées,- c’est que dans le premier cas l’assurance est obligatoire pour tout le monde tandis que dans le second elle n’est imposée qu’à ceux dont la conduite n’est pas irréprochable.Que l’on adopte l'une ou l’autre mesure, le plus difficile, nous l’avons déjà fait remarquer, le plus important aussi, sera de faire appliquer la loi.Les capacités de M.Bennett L — C’est une tâche collect!vie Rien ne prouve mieux la nécessité de la Commission d’itr.banisme — qui devtitit être constituée en service permanent — que l’empressement des journaux de toute nuance à l’appuyer.M.Louis Dupire, du Devoir, a écrit plusieurs articles pour en expliquer l’importance et, au Canada d’hier, M.Edmond Turcotte disait : Montreal s’est développe tris rapidement et en pleine anarchie, ou presque.Certes, on a bien eu la velléité de passer des règlements cdilitaires de toute sorte.Mais c'était apparemment pour avoir le.plaisir de s’asseoir dessus chacun son tour.S’il prend à un quidam la fantaisie de gâcher toute une rue d’habitations respectables en décorant la façade de sa demeure d’un véritable chancre esthétique, ou de construire un escalier pour acrobates dans un quartier où ils sont interdits, ou encore d’installer une usine à « pinottes » à râlé d’un temple, il lui suffit de tirer la bonne ficelle et le tour est joité.On cite des quartiers où le règlement a même été modifie plus de quarante fois pour se plier aux caprices successifs de celui-ci ou celui-là.« Montréal a un impérieux besoin d’un plan d’ensemble.» M.Terrault a dressé deux cartes de Montréal, l’une indiquant le désordre dans lequel la ville a grandi, les immeubles publics et les zones de verdure désaffectés par le champignonnage de l’industrie lourde et du commerce, l’autre assignant des.zones réglementaires aux diverses catégories de la propriété bâtie.Il part de ce principe qu’il faut utiliser les ouvrages existants.Sauf dans les quartiers déchus, rien ne sera démoli.Même les travaux de réfection se résumeront à peu de chose : prolongement de certaines rues, aménagement de voies d’accès aux parcs ou jardins isolés (par exemple, le Parc Jarry), et, si les circonstances le permettent, élargissement de la rue Sainte-Catherine au moyen d’« arcades ».Nous avons déjà expliqué ici que ce mode de réaménagement des artères commerciales, tout en reculant de plusieurs pieds .la façade, des .immeubles, comporte tous les avantages de l'expropriation pure et simple sans en avoir les inconvénients.Le propriétaire n’a qu’à rebâtir un ouvrage avancé, au-dessus du trottoir, pour regagner l’espace dont la chaussée le prive.Enfin, en établissant les habitations ouvrières à proximité des zones industrielles, M.Terreault estime qu’il dégorgera les centres aux heures de presse.Cette œuvre trop longtemps ajournée, la Commission d’urbanisme l’a abordée avec patience.Le succès ne dépend pas seulement de M.Terreault, mais du Conseil municipal, de la presse et du public.ville en ville comme les anciens comédiens ambulants.M.Luigi Pirandello, l’une des bonnes têtes du théâtre contemporain .et, à coup sur, l.’esprit le plus rayonnant qui ait rénové l’art dramatique depuis Ibsen, se propose de fonder à Rome un théâtre national auquel l’Etat votera une subvention.Il a parlé de son projet à M.Mussolini, qui s’en est dit enchanté, et à un rédacteur du Figaro, qui nous le rapporte.Si tout va bien, ce puissant foyer d’art dramatique ouvrira ses portes en octobre prochain, « le jour anniversaire de la marche sur Rome ».Pirandello sera vraisemblablement l'animateur du nouveau théâtre romain.Peu d’écrivains ont apporté à l’art dramatique une lumière aussi dure, où l’envers de l’homme apparaît plus réel que son endroit, où la personnalité se dédouble, où chaque être sc découvre un fonds ignoré, plus semblable à lui-même que son fonds connu ou semi-connu.Mc tromperais-je beaucoup en rapprochant sa méthode dramatique de la méthode psychanalytique de Freud ?Quand une œuvre fuit l’analyse directe, qu’elle ne se présente à l’examen que d’un côté, refusant de laisser voir tout de suite son côté insolite ou mystérieux, la critique paresseuse définit cette partie d’ombre en ajoutant un isme au nom de l’auteur.L’ibsenisme, le freudisme, le pi-randellisme, sont des exemples de définitions sommaires et de tout repos.Une situation est freudienne si elle remue le bas-ventre, ibsenienne si elle exalte le triomphe de l’individualité, pirandelliennc si elle est à deux dimensions.Ce procédé dispense de réfléchir, mais crée en meme temps, autour des œuvres en cause, un halo troublant et glorieux.Pirandello s’est défendu récemment d’être l’auteur du pirandcllisme; de même le mesmérisme, il y a deux siècles, était une contrefaçon de la théorie de Mesmer.La librairie Stock vient d'éditer un recueil de nouvelles de Pirandello, traduites dans une langue mal sûre, mais qui n’ôte rien à l'ironie attristée de ces réflexions.Le Seigneur de la Nef (le titre de cette nouvelle est aussi celui du livre), c’est le Christ en croix, couvert de talurcs et affreusement torturé, de la petite église de Saint-Nicolas.Tous les ans, au mois de septembre, la foule sc rend à ce lieu de pèlerinage, traînant en laisse ou dans des charrettes des gorets bien engraissés qui seront égorgés le jour de la fête, échaudés, charcutés, rôtis et mangés avec du vin.Quelque temps auparavant, Pirandello s’est fait un ennemi de M.Lavac-cara (ne traduisez pas), qui lui vantait l’intelligence d’un cochon.— « Mais non, monsieur Lavaccara, "si votre porc était intelligent, il ne mangerait pas, sachant ' / , .- ., - Viï*î ¦ - B,.V ,.v- : iWk"'; A L'ORDRE — MonfréaT, samedi 19 Janvier 193" 4 LA MUSIQUE Réforme ou réformation ?QUESTIONS DE LANGUE Ces compositeurs, pourtant différents les uns des autres, ont en commun la Ninon Vallin E HURON est allé entendre le Grand Manitou blanc qui a prononcé il 1/ a quelques jours un grand laïus politique et surtout électoral.Perdu dans la masse du public de Faces-Pâles.l'auteur des incomparables billets de I'Ordre regardait curieusement le faciès du Grand Manitou et des Petits Manitous de son entourage.Il regardait aussi avec un intérêt quasi médical les faces des Vi-sages-Pàles et des Dos-Verdâtres accourus en foule pour entendre la bonne parole venant de l'Ouest.Le Huron a toujours cru que la lumière doit venir de l’Est, mais les événements de l histoire se sont chargés de lui montrer qu’il était dans l'erreur.Toujours compréhensif, il a donc cru que la lumière pourrait peut-être venir d une direction contraire; aussi est-il allé entendre le réformateur.Car il n’y a aucun doute à entretenir : le Grand Manitou blanc est un réformateur, velléitaire peut-être, mais tout de meme un réformateur.Ce sont les gazettes bien pensantes, sans compter quelques autres qu’il est inutile de nommer, qui nous le disent.Et comme la parole écrite passe aux yeux de certains pour parole d'évangile, la grande majorité des gens présents devait certainement croire que le Manitou est réellement un réformateur.Ils l'ont donc écouté avec componction.L illustre Manitou ne connaît pas le parler en usage sur les bords du Saint-Laurent.parler aussi doux que le lait de l Elmhurst Dairy; mais en politicien habile, l’Homme-de-l’Ouest a tenu à prononcer dans cet idiome quelques mots aussi peu voltairiens que possible.On écrit encore, on écrit toujours, et mais qui n en ont pas moins eu un ccr- fort heureuserr it, des romans dont le tain succès.Le Huron, dont l’ouïe est : ujet est pris dans la réalité vivante — extraordinairement fine, a compté le et c’est le cas de celui-ci, La Rivière nombre de mots prononcés par le Grand Solitaire, par Marie Le Franc.C’est de Manitou dans la langue des Faces- la vie, de la plus dure, de la plus sur-Pàlcs d Iroquoisic : très exactement 69.prenante pour nous, de la plus tragi-C est ce qui s’appelle brûler la chan- ; que et de la plus émouvante, de la plus délie par les deux bouts; il est dange- humaine, c’est-à-dire de la plus triste, reux pour les méninges d’un Grand avec ses joies sourdes et profondes.Manitou de faire un effort semblable; avec scs lassitudes mais avec ses espé-c est courir des risques graves.rances.C'est la vie de défricheurs ca- Or donc, l’Homme-de-l’Ouest a nadlLcns' aux ,Iimites du Grand Nord.prononcé quelques paroles en iroquois.un h,vcr dc., eur v,.e a la na,s" m’s ,/ s’esf reso/umenf lancé dans merveilleuse d" printemps.l’exposé dc scs reformes.C est- T'F 1 on nc ® Y trompe point.tout autre chose que Maria Lhapdc-\ oici ce que le Huron a pu glaner laine, et Rose Trépanier, figure cen-c/e cct incomparable programme eddy- traie, très pure et cependant déjà très fiant : femme, a du charme et du mystère comme n’en a point l'héroïne de Louis Héinon.Surtout ce roman a pour lui d’être un témoignage et, valablement, Marie Le Franc peut dire : — J'ai connu ces hommes et ces femmes.J'ai vécu cette existence.Je témoigne devant vous.Tout son coeur, tout son talent ont, de ce témoignage, composé le récit qu’on voudra relire après l'avoir lu d'un trait.L’ouvrage fera prochainement dans I’Ordre le sujet d’une étude spéciale, dale.L a nous vendre du blé.comme faisait _ r D n .Joseph au bon temps des pharaons.Figurer.— Ce verbe est bien fran- « Bill».« Biller ».— L anghcis- Enfin.comme si tout cela nc suf- çais' mais il devient dans notre langue , me « bill » est courant parmi nous pour lisait pas.l’illustre Grand Manitou a comptable et commerciale un angli- | désigner un compte, une facture, une fait savoir que le gouvernement a l in- cism,e (f0 figure) en voie de supplan-tendon de prendre une mesure que *er .verbes calculer, compter, chif-dans la langue des H abitants-aux-Che- frer.établir, tabler.reux~Rouges on appelle « control of bu- On doit dire : calculer, établir, et siness ».La formule est vaque à souhait nor?figurer », le prix de revient d un et autorise toutes les interprétations ar^clc» calculer.compter, chiffrer, et possibles et imaqinables.non « figurer », vite et juste.s5H=HS iSSSSS ÜiÉsH ll!üfl sic e^da,Heurs.dcM.X.«figure,-t-il sur votre liste Parlant d un poste important dans de recouvrements?En un mot.on fait les rouages de l Etat.\ oltaire disait : * figurer » une opération commerciale «// fallait un mathématicien, ce fut un jans ]es livres ou registres comptables: danseur qui l obtint.» Le Huron nc Quelle écriture « figurera » au journal saurait lui-même dire mieux.Et tous p0ur cettc opération ?les gens sensés partageront son avis.On emploie aussi le verbe « se fi- Contrôle, réformes, assurances.gurer » dans le sens dc s'illusionner.Mais, nom d un crapaud iroquois.s’imaginer, croire : « se figurer » une quand aurons-nous donc l assurance chose.Ce voyageur se « figure » qu'il d être enfin gouvernés! placera une bonne commande chez ce client.Ceux qui avaient le don d’ubiquité j sérénité et l’équilibre qui font les chefs- d’oeuvre.L’art dc Mme Ninon Vallin est égal à celui des œuvres qu’elle chante et c’est ce qui la porte au sommet de l’art avec cette facilité qui fait croire qu’on pourrait aisément y arriver soi-même.ont pu vivre jeudi une belle journée consacrée à l’art français.Outre les spectacles renouvelés depuis le début dc la semaine qui partageaient le public entre deux fortes œuvres dramatiques excellemment présentées, la Flambée au cinéma de Paris et la Rafale au Théâtre Stella, et les soirées d’un cachet si par- lettre de voiture, un connaissement et même un billet de banque.On doit donc dire : Mettez cela sur la facture, ajoutez cet article à mon compte, et non sur le « bill »; donnez-moi la lettre dc voiture (chemin dc fer), le connaissement (bateau, paquebot), et non le « bill of lading »: voici un billet de banque dc $10, et non un « bill » de $10.Sa voix, un peu vibrante parfois, est un pur cristal mis au service de la beauté; elle est un moyen d’expression et non dc succès.Mais le succès que, ne recherche pas la chanteuse lui vient précisément du fait qu’elle met sa voix, son art et sa personne au service des œuvres et de la musique, au lieu de so faire de la musique et des œuvres un piédestal pour mieux briller.ticulicr auxquelles Lucienne Boyer conviait les Montréalais, deux artistes français parmi les plus grands se sont succédé le même jour dans la salle du Ritz pour y faire l'enchantement dc nos mélomanes.L’après-midi, c’était le pianiste Robert Casadesus qui jouait devant les membres du Ladies’ Morning Musical Club; le soir, Mme Ninon Vallin faisait communier le public à son art incomparable.Parfois l’on attribue au mot « bill » le sens d'affiche, et l’on appelle « Fill poster » celui qui pose une affiche.C'est un afficheur, et l’artiste ou le peintre qui fait l'affiche est un affichiste.*4 Bannissons absolument dc notre langage l’expression « bill of lading » et n’employons pas pour nos expéditions des lettres de voitures et des connaissements libellés exclusivement en anglais.Demandons aux compagnies de chemin dc fer et de navigation des formules françaises, et cmployons-les, au moins dans la province dc Québec.Ces imprimés devraient être bilingues, conformément à la loi Lavergnc.On entend par un « clean bill of lading » une lettre dc voiture ou connaissement en règle, c’est-à-dire dont les blancs ont été régulièrement remplis ou libellés.De l’naglicisme « bill », on a formé naturellement le barbarisme « biller » qui, selon le cas, signifie: facturer, étiqueter.afficher, libeller ou remplir une lettre dc voiture ou un connaissement.On donne encore à « biller » la signification dc faire approuver ou viser une lettre de voiture, un connaissement.11 conviendrait de faire usage dc ces termes français.Georges LANGLOIS THEATRES ET CINEMAS On ne sc lasse pas d’admirer un art aussi pur, aussi complet que celui dc Mme Vallin aux côtés de qui notre compatriote Lougtin fit dc si brillants débuts en France.Auprès d’elle, le plus grand nombre des musiciens que nous entendons pourtant avec plaisir n’ont que du talent.On a l’impression qu’elle nous révèle la musique, qu elle interprète des œuvres toutes nouvelles, même quand elle chante des choses bien connues.On dirait qu’elle découvre à ce qu’elle chante des qualités encore insoupçonnées.Son interprétation nous porte à qualifier dc chefs-d’œuvre des œuvres auxquelles on n’avait jamais songé à donner ce titre.STELLAf Ce soir, * S h.30, et Jusqu'* lundi soir Inclus.A LA DEMANDE DU PUBLIC Le HURON eddyfic Voilà deux anglicismes à bannir de notre langage.Devrais-je mentionner qu’un jour, en vérifiant les livres d’une maison d’affaires, j’ai entendu un employé dire à l'un dc ses confrères : «Vous n’êtcs pas un bon figureur » ! Il eût fallu dire : chiffceur.calculateur.Il convient d’ajouter que cet employé semblait ignorer l'existence des verbes français cités au commencement dc cet article; il ne faisait que « figurer » un montant, un prix, et parfois mal «figurer» et même défigurer les frais, surtout quand sa « figuration », c'est-à-dire son calcul.n’était pas exacte.Alors, il était obligé j de « refigurer » pour recalculer.I CIL ROLAND • Egalement à l’affiche JEAN MURAT BRIGITTE HELM MADELEINE OZEIt/XY dans Le Secret des Woronzeff Une histoire Je sosie dont l'affabulation vous étonnera par ta nouveauté André THERIVE de s’imposer à ses adversaires intérieurs pour s’abstenir de chercher à déborder sur le monde.C’est Trotsky qui, persuade que la Révolution ne réussirait qu’autant qu’elle serait mondiale, arriva à faire triompher son point de vue, jusqu’au jour où il se cassa les reins et dut s’exiler, pour échouer finalement en France, pays ouvert à ses pires ennemis par son sentimentalisme et son ignorance des choses du dehors.Mais la méthode Trotsky a survécu à la déchéance dc son auteur.Un voyage d’observation en Russie doute.Mais on n'en connaît, en raison de l’étendue du pays, et de la difficulté d’investigation, ni le nombre exact, ni le mouvement, en dépit des statistiques officielles.Et puis, la Russie vient d’entrer dans la voie, combien périlleuse, de la suppression officielle d’enfants avant terme par l’avortement légal.Quelques restrictions qu'on ait apportées à cette mesure, quelles en seront les conséquences ?Bien osé qui saurait le prédire.En une bien remarquable étude, que M.F.Boverat publiait récemment, dans le Musée Social, le nombre d’opérations de cette nature a été à Moscou de 80,000 en 1931, et à Léningrad de 67,000 en 1929, tandis que leur proportion dans cette dernière ville était de 31 pour mille contre une natalité de 22 pour mille.Ces chiffres n'ont pu qu’augmenter depuis sous l’influence de la campagne, officiellement également.poursuivie là-bas depuis quelques années.vécus ce peuple.«J’avais vu, jadis, des chiens, nombreux, en Russie.Je n’en vois plus un », disais-je à notre aimable et souriante cicerone.« En effet », répondit celle-ci, très circonspecte dans scs réponses, attendu que, si les murs ont des oreilles, et si des « curieux » ou des « curieuses » suivent les conversations, c’est bien en ce pays: «Vous savez, lors de la Révolution, à la fin de la guerre.— On les a mangés ?— Oh! non, certes.Ils ont seulement dispaçu à ce moment ».Toute la Russie actuelle est dans cette répartie.est sauf.Peut-être réussirait-il auprès du public compréhensif, tel que le nôtre?Mais en ce pays.Ces musées sont d'ordre ès différent: les uns sont les anciens musées de l’époque impériale, remplis, à Moscou comme à Léningrad, d’admirables, d’incalculables richesses.Les autres, des musées d’éducation nationale ou de propagande.Il me faut, en toute impartialité, mentionner içi un fait.On a dit et répété que le gouvernement soviétique a volé et liquide les trésors artistiques et les bijoux nationaux qu’il a trouvés en arrivant au pouvoir.Cela n’est pas vrai.Il est impossible qu'un tel bouleversement se soit effectué sans des spoliations d'ordre public ou privé.On en trouve la trace dans les objets offerts par les magasins d'Etat dont j’ai parlé.Mais les bijoux de la couronne, les inappréciables collections d’art, les richesses provenant des Cours du passé,, sont là, dans les musées, jalousement gardés: Au point .ie dans certains, comme au Kremlin, chaque groupe de touristes, « la » guide en tête, est suivi par un soldat, revolver au côté, chargé de faire rejoindre les traînards et d’assurer l’homogénéité de la bande.K’-'.raconté par un des directeurs de la Ligue maritime et coloniale, collaborateur de < Mer et Colonies > -> Suite et fin Mi », r I ES soviets, préoccupés de leur formule: ' « Tout pour le peuple et par le peuple », se •ont fait un devoir de marquer, par maintes créations, la réalisation de cette doctrine.A Moscou, ils ont créé ce qu’on a appelé le Parc de Culture et de Repos, immense jardin situé le long de la Moskowa, et où, dans un cadre vraiment très beau et d’ailleurs bien tenu, sont réunies les attractions les plus variées: jusqu’à un impressionnant parachute dévalant d’une haute tour.L’accès de ce parc est gratuitement et périodiquement ouvert au peuple des travailleurs « en carte ».payé par an.Passons à l’application.Les Soviets ont affecté à cette organisation les demeures privées confisquées, les somptueuses villas des anciens riches.C’est dans ce cadre, dont le mobilier, les objets d’art, sont intacts, que les gens viennent, sans leur famille qui, pendant ce temps, se débrouille comme elle peut, passer réglementairement leur temps de repos : Non pas là où ils veulent, mais là où on leur dit d’aller, entassés dans une promiscuité malpropre et astreints à avaler le brouet soviétique.En un mot, ce qu’on pourrait appeler « être en corvée de vacances ».Cette conception et son application suffisent à caractériser l’esprit de la doctrine soviétique et la passivité des adeptes.Que cela plaise aux Russes, c’est affaire à eux.Mais quelle méthode de visionnaires de vouloir, par la coupable complicité des uns et la stupide ignorance des autres, vouloir imposer cet invraisemblable régime, pris dans son ensemble, à l’humanité entière ?I I.:'! ' ¥ * La semaine est, ici, de 6 jours, et la durée de la journée de 7 heures ; cette dernière disposition en raison sans doute’ dc l’abondance des bras.En effet, Moscou compterait aujourd'hui, affirme-t-on, 4 millions d’habitants, étant donné l’afflux paysan vers la capitale.Un principe que les Soviets revendiquent et dont il serait inéquitable de nier la sagacité, est que « quiconque doit travailler et que le travail est un droit ».Voilà pourquoi ils ont légitimement quelque raison à s’enorgueillir de n’avoir point de chômeurs.en dehors des pauvres diables, ’’llecluels ou autres qui, ne pouvant travailler manuellement, et non fonctionnaires, sont démunis de la carte alimentaire de travail.Ceux-là peuvent crever ; et nc s’en font-ils, sans doute, pas faute.On répond à cela que la race est si prolifique.Sans * * Les musées pullulent, à Moscou, à Leningrad.Les Bolcheviks, et c’est à leur louange, en ont fait, dans quelque ordre que ce soit, un puissant instrument de propagande, en même temps que d’éducation populaire, domaine où il y a tant à réaliser chez eux sous ce rapport.C’est ainsi qu on ne visite pas un musée, quel qu’il soit, sans rencontrer des groupes, évidemment constitués par une organisation centrale, et composés de 20 à 40 participants, parcourant les salles, suivant les explications d un — ou d'une — guide charge de la démonstration.Ces gens des deux sexes, de tout âge, donnant davantage l’impression de clochards enrôlés que de visiteurs volontaires, et dont 1 oeil vaguement ahuri exprime une idée exacte de l’intérêt qu’ils attachent aux explications.Mais le principe comme .1 i a t; < i S L’avenir, les faits, plus forts que les doctrines quelles qu’elles soient, démontreront quelle part de vérité, quelle part d’erreur, renferment ces théories sociales.Un fait ressort et domine: Les débuts de leur application auront sacrifié une génération; et bientôt deux, de l’aveu des dirigeants actuels de la Russie.Les générations à venir iront-elles jusqu’au bout de l’espé-rience ?Mystère, encore.Un trait, minuscule, éclaire d’un jour singulièrement significatif les instants qu’a Autre exemple de cette préoccupation de distraire le peuple, sinon de lui faire oublier son sort: dans une grande avenue, des hauts parleurs « administratifs », eux aussi, fonctionnent en permanence pour la distraction de la foule.Simple détail qui en dit long.§ C’est dans le même esprit qu’a été créée la Maison dc Repos, dont le principe est excellent, tant au point de vue social que sous le rapport philanthropique.Chaque ouvrier tement opposé à cette action mondiale.Il * droit à 20 jours ou à un mois de repos estimait que le nouveau pouvoir aurait assez M.RONDE!-SAINT On m’a dit là-bas que Lénine était net- Cadeau utile et agréable : un abonnement à P « Ordre ».1 1
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