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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2011-12, Collections de BAnQ.

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[" (Qr* \u2022 DE REGARD PERÇANT ReLatiONS Pour qui veut une société juste NumeRO 755 DécemBRe 2011 m 1 I .L itinérance l\u2019accueil __________________: '-i v Pourquoi se rétrouve-t-on à la rue?Les nouveaux visages des sans-abri Des Inuit déracinés et itinérants Quelles politiques face à l\u2019itinérance?L\u2019humanité en oubli Carnet de Wajdi Mouawad Une expérience identitaire 5.50 $ \t\t\t\t\t 7\tM f DD\t\t030/S\t1\t\t ARTISTE INVITÉE: HELLEN LAPOINTE 77176685879112 ReLatioNS 7® \u2022\tDcr a Dr NumeRO 753, DecemBRe 2011 DE REGARD PERÇANT ACTUALITÉS\t4 HORIZONS La Convention de Genève fête ses 60 ans 9 Élisabeth Garant LE CARNET DE WAJDI MOUAWAD Une expérience identitaire (première partie) io AILLEURS Soudan du Sud: la naissance d\u2019un nouvel État\t30 Mouloud Idir HUIT VARIATIONS SUR LE TEMPS CHRONIQUE LITTÉRAIRE La matière du temps\t32 Suzanne Jacob 70 ANS DE RELATIONS L\u2019aggiornamento de Relations\t34 Anne-Marie Aitken CONTROVERSE Faut-il freiner la «sondomanie»?Jean-Serge Baribeau\t36 Manon Cornellier\t37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture: Hellen Lapointe, sans titre, 2008.Montage: Relations dOSSieR L\u2019ITINÉRANCE: DE LA DÉTRESSE À L\u2019ACCUEIL Qu\u2019est-ce que l\u2019itinérance révèle de nos sociétés actuelles?Qu\u2019est-ce qui amène les gens à la rue?Ce dossier est l\u2019occasion d'explorer ce phénomène en croissance partout au Québec, ses causes, ses nouveaux visages, ainsi que les revendications des groupes sociaux.L\u2019itinérance: de la détresse à l\u2019accueil\tn Amélie Descheneau-Cuay Les contes de la rue\t12 Sylvie Mondou Pourquoi se retrouve-t-on à la rue?\t13 Shirley Roy et Roch Hurtubise La gestion pénale: une injustice de trop\t16 Céline Bellot et Marie-Ève Sylvestre Les nouveaux visages des sans-abri\t17 Jenny Villeneuve et Célia Corriveau Des Inuit déracinés et itinérants\t20 Donat Savoie L\u2019amorce d\u2019une lutte sociale\t22 René Charest Quelles réponses politiques face à l\u2019itinérance?\t23 Pierre Caudreau La Nuit des sans-abri\t26 Isabelle Gendreau L\u2019humanité en oubli\t27 Michel Simard ARTISTE INVITÉE Passionnée de photographie, Hellen Lapointe est intervenante sociale à l\u2019Accueil communautaire jeunesse des Basses-Laurentides (ACJ), qui œuvre auprès des jeunes en difficulté ou en situation d\u2019itinérance.Elle est, avec la directrice de l\u2019ACJ, Marie-Claude Renaud, à l\u2019origine de l\u2019exposition photographique Les contes de la rue, qui porte sur le thème de l\u2019errance sociale (voir encadré p.12 et ), dont les œuvres illustrent le présent dossier.foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Amélie Descheneau-Guay ADJOINT PROMOTION/PUBLICITÉ Emiliano Arpin-Simonetti DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Marie Surprenant RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Gilles Bibeau, Gilles Bourque, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Agusti Nicolau, +Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Bernard Émond, Suzanne Jacob, Vivian Labrie, Wajdi Mouawad, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère, EBSCO et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger: 55$ Étudiant: 25$ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.ISSN 0034-3781 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.Canada BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 reIations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca décembre 2011 RELATIONS éDitORiaL Noël des Indignés Le 27 octobre, un éditorialiste proche du milieu des affaires invitait les Indignés à plier ba -gages et à rentrer sagement chez eux (Mario Roy, «Finir par finir», La Pressé).On avait assez parlé d\u2019eux et de leurs beaux idéaux.Le temps des folles utopies affichées dans l\u2019espace public était fini.Faire durer l\u2019expérience plus longtemps ne pouvait que dégénérer en affrontements violents.Il s\u2019étonnait d\u2019ailleurs que les auto -rités aient été si patientes.Ne fallait-il pas revenir aux choses sérieuses?Le monde après tout continue à tourner avec ses capitaux et ses profits, avec ses faillites et ses cupidités.De toute évidence, cette attitude décrit très bien ce qui a motivé des municipalités à vouloir chasser ces trouble-fête et à vider les places du peuple.Peut-être y arriveront-elles, par la répression, le froid de l\u2019hiver ¦4P Heiien Lapointe, aidant.Mais ce semblant de « retour à je faisais mon lit\tla normale » ne pourra être que pas - à ms les matins,\tsager.Les mêmes, ou d\u2019autres sous 2008\tun autre nom - mais toujours portés par l\u2019indignation -, reviendront plus nombreux, plus déterminés, plus pu - gnaces planter leurs tentes comme des barbares au cœur de l\u2019Empire et rire aux nez des bourgeois honnêtes qui s\u2019inquiètent de leurs actions en bourse pendant que la misère et l\u2019insignifiance rongent la société.Ils se dresseront encore comme une barricade faite de toutes les espérances, de tous les rêves étouffés, de toutes les passions folles de vivre, contre la terrible fatalité capitaliste, paralysante et humiliante, imposant une réalité «objective» et implacable -celle de la rapacité humaine grugeant sa proie jusqu\u2019à l\u2019âme, jusqu\u2019à faire du monde un désert.Car l\u2019indignation grossit de jour en jour.Les brèches du système sont déjà trop profondes pour être colmatées.La raison ne suffit plus à l\u2019être humain pour vivre.Je parle de cette raison étriquée, utilitaire, instrumentale, calculatrice, qui fait de la nature et des êtres humains une ressource ou un capital à exploiter sans état d\u2019âme.Elle permet de sauver les banques à coups de milliards - qui n\u2019existaient pas la veille pour les populations - et de multiplier leurs chiffres d\u2019affaires, et livre le monde commun et la vie même à la spéculation comme de vulgaires marchandises.Cette raison, les puissants la chérissent.Elle fait en sorte que ce qui est ne puisse être autrement.Un présent purgé de ses possibles, mutilé de ses rêves.Totalitaire.Or, quelque chose ne relevant pas de cette raison est plus fort que les chaînes des maîtres et du temps.Quelque chose qui mérite qu\u2019on se batte pour lui, qu\u2019on risque sa réputation, son avenir, même sa vie.Quelque chose qui pousse à se jeter dans le feu pour arracher des flammes une vie menacée.À se mettre devant un tank mains nues, à faire volte-face et à affronter la main du maître et son fouet, à dresser sa tente devant le temple de la finance et à défier son dieu.Un cri s\u2019élève de la Terre ravagée, aux milliards d\u2019échos, exigeant que cela cesse.Ce sont les voix d\u2019hommes et de femmes, de toute condition, qui rejoignent et renforcent celles des altermondialistes, jusque-là marginalisées, qui se font entendre depuis des années.Une joie simple les anime, dépouillée et fragile comme une main tendue, un pain partagé, la joie de toucher à la beauté et à la bonté nues du monde et de faire l\u2019expérience précieuse de la liberté.En ces temps de tourmente, il est bon de se rappeler une vieille histoire.Il y a très longtemps dans le désert d\u2019un petit pays opprimé naissait, dit-on, un enfant dans une grotte.C\u2019était à peu près en ces temps de Noël.Ses parents, étrangers, sans le sou, n\u2019avaient trouvé que des portes closes dans la ville.Cet enfant est né dans le froid de la nuit.Rien ne présageait qu\u2019il allait semer plus tard dans le cœur d\u2019une multitude d\u2019hommes et de femmes un feu de solidarité et de partage qui n\u2019allait jamais être éteint, malgré les efforts des maîtres, des armées et des prêtres de l\u2019ordre et du pouvoir.Rien, même sa mort, survenue comme sa naissance, dans l\u2019exclusion.Crucifié comme un séditieux.Écrasé par l\u2019Empire.Son esprit de subversion tranquille et tenace erre sur la terre parmi les souffles de libération, animant des révoltes aux mille visages.Anonymes.Impétueux.Comme une bise de Dieu.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS décembre 2011 actuaLites Forum international © de l\u2019économie sociale et solidaire Comment transformer l\u2019économie sociale et solidaire en force politique?La question a dominé les débats.MICHEL RIOUX L\u2019auteur est syndicaliste I e Forum international de l\u2019économie sociale et solidaire s\u2019est tenu à Montréal, du 17 au 20 oc -tobre, sur le thème «On change de modèle!».Après avoir fait le constat que l\u2019économie sociale et solidaire (ÉSS) est un nain sur le plan politique, les quelque 200 personnes qui ont participé à l\u2019événement ont choisi d\u2019ouvrir six grands chantiers qui pourraient faire en sorte que l\u2019économie sociale et solidaire devienne «une alternative crédible à l\u2019économie capitaliste».Organisé par le Groupe d\u2019écono -mie solidaire du Québec, Fondaction, la Caisse d\u2019économie solidaire Desjardins et les Rencontres du Mont-Blanc, ce forum accueillait, en plus des représentants d\u2019organisations syndicales, coopératives et associatives québécoises, des délégations du Brésil, du Pérou, de France et de la République dominicaine.Les organisateurs ont affiché leurs couleurs d\u2019entrée de jeu.Il faut prendre acte, selon eux, que la crise actuelle est celle du modèle dominant de développement et qu\u2019elle n\u2019est ni accidentelle, ni temporaire.Ils se sont dits aussi frappés par la séparation de l\u2019économie et de la société, par le «divorce» entre les valeurs de l\u2019économie dominante et celles de la société civile.On a voulu en couvrir large dans ce forum.On s\u2019est penché sur la crise, dont on a dit qu\u2019elle est globale et internationale, en tentant d\u2019identifier les voies de sortie qui pourraient être le fait de l\u2019ÉSS.Au Québec, c\u2019est le renou- vellement de l\u2019État social, la démocratisation de l\u2019économie, de même que les questions associées à l\u2019agriculture et à l\u2019alimentation, à l\u2019énergie et au climat qui ont retenu l\u2019attention.À l\u2019occasion du panel de clôture, on s\u2019est interrogé sur la forme que pourrait prendre l\u2019action politique de l\u2019ÉSS à l\u2019heure de Rio 2012, la prochaine Conférence de l\u2019ONU sur le développement durable.«Comment faire mouvement?» s\u2019est-on demandé.«Il faut investir le politique en se donnant des priorités collectives», a soutenu l\u2019ancien président de la CSN, Gérald Larose.Lui faisant écho, Jean-François Lisée a de son côté affirmé que les réseaux des entreprises de l\u2019économie sociale et solidaire devaient s\u2019organiser en force politique.«Votre objectif, ce devrait être que dans 25 ans, l\u2019ÉSS soit le pôle économique dominant au Québec.» Ce dernier a mis de l\u2019avant des propositions d\u2019actions concrètes comme, par exemple, la création d\u2019une école de gestion de l\u2019économie sociale et solidaire.Laure Waridel, d\u2019Équiterre, est revenue sur la nécessité d\u2019agir localement, pendant que le vice-président de la CSN, Jacques Létourneau, en appelait au dialogue entre les organisations «pour éviter toute forme d\u2019ambiguïté» sur des questions comme le développement durable, par exemple.Dans un cahier spécial du Devoir, Lisée avait soutenu que l\u2019ÉSS est à la fois un rempart et un programme.« Un rempart parce qu\u2019au Québec ou ailleurs, les entreprises qui ont le mieux résisté à la crise de 2008, ce sont les coopératives et les entreprises d\u2019éco- nomie sociale.» Il ajoutait que «plus il y aura une économie de nature sociale et solidaire, plus il sera facile de réduire l\u2019empreinte écologique».Mario Hébert, économiste à Fondaction, rappelait pour sa part que l\u2019économie plurielle qu\u2019on retrouve en Scandinavie, mais aussi au Québec, «c\u2019est à la fois un secteur privé très dynamique, un secteur public bien orchestré et un secteur d\u2019économie sociale et solidaire très présent».Plusieurs des participants étaient présents en novembre aux Rencontres du Mont-Blanc, un autre forum international consacré à l\u2019économie sociale.Signe qu\u2019une jonction avec le politique est à l\u2019ordre du jour, l\u2019ancien président du Brésil, Lula da Silva et Michel Rocard, ancien premier ministre français, étaient invités aux débats.Des propositions issues de la rencontre seront présentées aux chefs d\u2019État réunis à Rio, en juin 2012.S\u2019il y a un message qui est ressorti de ce Forum, c\u2019est bien celui selon lequel les acteurs de l\u2019économie sociale et solidaire doivent assumer leurs responsabilités politiques de porter sur la place publique les enjeux de cette économie et d\u2019en débattre.Pour n\u2019être plus un nain politique, l\u2019économie sociale et solidaire, comme ses protagonistes, devront impérativement trouver des formes de concertation qui favoriseront des interventions efficaces sur les nombreux enjeux qui se présentent.On veut « faire mouvement avec les forces vives de la société civile», tant au Québec que sur le plan international.Fort bien.La volonté est là.Mais à compter de maintenant, l\u2019action doit primer.\u2022 décembre 2011 RELATIONS actuaLites curie romaine Deux maux de tête de la Une requête à la Cour pénale internationale d\u2019une association de victimes d\u2019abus sexuels et un appel à la désobéissance de prêtres autrichiens inquiètent le Vatican.GREGORY BAUM En Autriche, plus de 300 prêtres catholiques ont lancé une campagne de désobéissance (voir ) aux prescriptions du droit canon interdisant l\u2019accès à la communion eucharistique aux chrétiens non-catholiques, aux catholiques divorcés-remariés, ainsi qu\u2019aux catholiques homosexuels vivant en couple.Ce groupe de prêtres demande aussi l\u2019accès des femmes et des hommes mariés à la prêtrise.Selon eux, la résistance de Rome à réformer le droit canon conduit au déclin de l\u2019Église autrichienne.L\u2019appel à la désobéissance comprend sept démarches: les prêtres prient à chaque messe pour la réforme de l\u2019Église et la liberté de parole; ils admettent à la communion tous les chrétiens qui la demandent, y compris les non-catholiques et les catholiques divorcés-remariés; ils ne disent qu\u2019une messe le dimanche pour encourager les paroissiens à préparer eux-mêmes une célébration de la parole.Ensuite, ils invitent les paroissiens, en l\u2019absence d\u2019un prêtre, à célébrer une liturgie de la parole; ils ne respectent pas la règle canonique réservant la prédication au clergé; ils demandent, pour lutter contre la fusion de paroisses faute de prêtres, que chaque paroisse se donne un président laïque, homme ou femme.Finalement, ils profitent de toutes les occasions pour préconiser l\u2019ordination des femmes et des hommes mariés.Selon plusieurs sondages, les trois quarts des catholiques autrichiens appuient ces demandes.Celles-ci rejoindraient aussi les vœux de la majorité des catholiques en Europe.Beaucoup de voix, dans la presse catholique, demandent aux évêques de ne pas réagir uniquement en condamnant, mais d\u2019ouvrir plutôt un dialogue, écarté jusqu\u2019à présent.Les évêques autrichiens, qui ne pourront résoudre ce problème seuls, attendent jusqu\u2019à présent la réaction de Benoît XVI.Ce dernier est aussi préoccupé par un grave sujet: en septembre dernier, l\u2019association Survivors Network of those Abused by Priests (SNAP), qui regroupe des victimes de prêtres pédophiles originaires de plusieurs pays, a déposé une requête à la Cour pénale internationale.Elle accuse le Vatican de crime contre l\u2019humanité en raison de sa politique de silence qui a protégé les malfaiteurs et laissé sans protection des milliers de victimes.L\u2019accusation, appuyée par un rapport de plusieurs centaines de pages, cible en particulier le pape Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d\u2019État du Vatican, \\f LVS-V B\\f R GH'ESJVS\u2019R-OMAk r THum ntmzz ffTTîrrmtïcruwiuu/ '/ VitJi ça^vZ vcul Ce*\ty Qt*\t.\u201d 7/1 Le.pape- /A\t, L\u2019auteur est théologien Jacques Goldstyn RELATIONS décembre 2011 actuaütes actuaLites L\u2019auteur est chercheur associé au Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l'Est du Québec (GRIDEQ) à l\u2019Université du Québec à Rimouski l\u2019actuel président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Levada et son prédécesseur, le cardinal Angelo Sodano.La presse catholique se demande si cette accusation représente un geste de ressentiment que personne ne prendra au sérieux ou si, au contraire, elle s\u2019appuie sur des arguments solides capables d\u2019ébranler le Vatican.Dans les sociétés traditionnelles, les méfaits sexuels étaient camouflés par les familles, les écoles et les Églises qui cherchaient ainsi à protéger leur réputation.Or, la société moderne exige la transparence et la protection légale des victimes d\u2019injustice et d\u2019abus.Fidèle à son style de gouvernance et à des us et coutumes traditionnels, le Vatican a réagi assez tardivement aux délits des prêtres pédophiles.Dans une lettre urgente envoyée aux évêques, le 18 mai 2001, la Congrégation pour la doctrine de la foi réclame la tolérance zéro : on y exige que dès les premiers soupçons, même minimes, les évêques fassent des investigations préliminaires et avertissent ladite Congrégation, laquelle décidera alors de la façon de procéder dans chaque cas.Il est embarrassant pour le Vatican que ce soit le cardinal Ratzinger, alors président de la Congrégation, qui ait signé cette lettre dans laquelle on rappelle aux évêques que tous ces cas sont soumis au secret pontifical, « huiusmo-di causœ secreto pontificio subiectœ sunt».Cette directive les contraint à garder le silence, à ne rien dire aux membres de leur diocèse, ni aux pouvoirs publics, avant que la Congrégation ne le permette.\u2022 Rencontre à l\u2019église d\u2019Esprit-Saint, en septembre 2011.Photo: Forum social bas-laurentien .Le Forum social du Bas-Saint-Laurent Vers un réchauffement social Forum social bas-laurentien X À.L\u2019événement a ravivé la mémoire de la résistance rurale et villageoise des Opérations Dignité.RAYMOND BEAUDRY Le Forum social bas-laurentien, qui s\u2019est tenu du 29 septembre au 2 octobre dans le village d\u2019Esprit-Saint, à 55 kilomètres au sud de Rimouski, a réussi à attirer 480 personnes issues des mouvements sociaux de la région.Réunis sous le thème «Vers un réchauffement social », les participants ont pu choisir parmi 54 ateliers portant sur des thématiques chères aux mouvements féministe, communautaire, écologiste, rural, culturel, coopératif, autochtone, alter-mondialiste et syndical.L\u2019événement, qui se voulait festif, a fait une place importante aux artistes locaux.Il faut également souligner la grande complicité avec, entre autres, le mouvement syndical et des institutions d\u2019enseignement, notamment le Cégep de Rimouski, le Mouvement d\u2019action communautaire du Bas-Saint-Laurent, l\u2019Université du Québec à Rimouski et les nombreux bénévoles qui ont rendu l\u2019événement possible.La décision d\u2019organiser les activités du Forum social à Esprit-Saint a été reçue comme un geste de solidarité à l\u2019égard des ruraux et des résistances villageoises.C\u2019est dans ce village que le mouvement Opération Dignité a vu le jour, en 1971, pour s\u2019opposer à la fermeture des paroisses planifiée par le gouvernement de l\u2019époque.Selon le curé Charles Banville, un des leaders de ce mouvement, l\u2019expression «Opération Dignité» résumait bien «l\u2019état d\u2019esprit d\u2019une population qui n\u2019entendait pas se laisser aliéner».Quarante ans plus tard, les responsables de l\u2019organisation du Forum social ont pris soin de rappeler cette mobilisation collective, en soulignant la présence de ceux et celles qui ont mené ces luttes.À cet égard, le témoignage de madame Cécile Vignola, âgée de 93 ans, pionnière de l\u2019éducation populaire et de l\u2019animation sociale dans le Haut-Pays, est inspirant.Refusant l\u2019idée que le déplacement des villageois vers la ville était un gage de mieux-être, elle s\u2019est rendue à l\u2019époque en Gaspésie pour rencontrer ceux qui avaient subi la fermeture de leur village afin de «connaître la vérité».Lors du Forum, elle a raconté sa première visite chez une femme qui avait dû quitter son village, St-Thomas-de-Cherbourg, pour être relogée avec son mari à Matane.«Nous venons vous voir, dit madame Vignola, parce que nous sommes aussi menacés de fermeture.Qu\u2019en pensez-vous?» «Si c\u2019était à refaire, on serait restés chez nous».Les promesses du progrès ne sont pas venues : la belle maison de campagne s\u2019est transformée en HLM.«Et votre mari?», a demandé madame Vignola.« Il en est mort», a répondu la femme.C\u2019était tout son univers qui venait de sombrer, celui où le bonheur se conjuguait avec le travail à la ferme et la vie quotidienne.Ce témoignage n\u2019a rien d\u2019idyllique; il nous rap -pelle simplement que l\u2019esprit de la communauté et du vivre-ensemble est encore menacé par une conception du développement qui nous isole les uns des autres et nous enferme dans l\u2019indifférence.Le Forum social bas-laurentien s\u2019est ainsi déroulé sous le signe de la mémoire, celle des multiples luttes citoyennes.L\u2019église, l\u2019école et la mairie d\u2019Esprit-Saint ont servi de lieux de prises de parole de la résistance, faisant du village un espace d\u2019ateliers populaires.Depuis quelques années, le presbytère est d\u2019ailleurs devenu la Maison de la culture Jean-Marc -Gendron, du nom de l\u2019ancien curé d\u2019Esprit-Saint, dans laquelle le Centre d\u2019interprétation des Opérations Dignité a élu domicile ().C\u2019est également sous le signe de la rencontre des générations que s\u2019est tenu l\u2019événement.Cela s\u2019est manifesté, entre autres, dans le choix des porte-paroles : Véronique O\u2019Leary, qui est de toutes les luttes des femmes depuis les années 1960 en conjuguant l\u2019art et le politique, et Mikael Rioux, jeune écologiste qui poursuit la lutte pour la protection de la nature et contre les dérives du capitalisme.Lorraine Guay, militante reconnue du mouvement communautaire, a pour sa part invité les participants à réfléchir sur la perte du sens de la démocratie et à se rencontrer ensuite pour échanger sur l\u2019avenir du monde et sur les manières d\u2019agir en société.Lors de ces échanges, sur fond de mémoire et de dignité, il fut rappelé que les revendications et les mobilisations sociales et territoriales ne peuvent se soustraire à une réflexion sur le politique.\u2022 Victoire contre la privatisation de l\u2019eau Les Italiens sont engagés dans une lutte sociale qui envoie un signal important: le changement est possible par l\u2019action politique collective de la base.TOM MASO FATTORI En pleine tempête économico-financière, le gouvernement italien a demandé à la population d\u2019accorder son soutien aux banques et à la grande finance internationale assoiffée de privatisations.A contrario, plus de 95% des Italiens ont pris la défense des biens communs en votant massivement «oui» au référendum d\u2019initiative populaire contre la privatisation de l\u2019eau, qui a eu lieu les 12 et 13 juin dernier.Les gens ont voté pour l\u2019abrogation de lois qui visaient la pri- vatisation des services publics municipaux, y compris la distribution de l\u2019eau, et des tarifs assurant un retour sur le capital investi.Ce faisant, ils ont dit «oui» à un service public de distribution de l\u2019eau, géré selon des mécanismes de participation démocratique des citoyens.Cette extraordinaire victoire est ar -rivée comme un coup de tonnerre sur l\u2019Europe, prouvant qu\u2019il y a de la vie sous le morcellement social.Toutefois, ce coup n\u2019était pas inattendu : derrière, il y a un processus de longue haleine et la construction de la plus grande coali- L\u2019auteur, directeur de la fondation Transform! Italia, est l\u2019un des fondateurs du Forum Italiano dei Movimenti per l'Acqua et un des organisateurs du référendum sur l\u2019eau décembre 2011 RELATIONS RELATIONS décembre 2011 actuaütes tion sociale jamais vue dans le pays, qui a réuni des milliers de réseaux territoriaux et d\u2019organismes nationaux autour d\u2019un pacte pour la défense de l\u2019eau, symbole des biens publics.Le référendum a été l\u2019aboutissement d\u2019un parcours qui a duré pratiquement dix ans, caractérisé par des étapes significatives comme l\u2019écriture et le dépôt d\u2019une loi d\u2019initiative populaire, appuyée par 400 000 signatures (il rendaire, le gouvernement est forcé d\u2019entendre la volonté du peuple et la loi d\u2019initiative populaire sur l\u2019eau devrait enfin être discutée dans les prochains mois.Ce résultat référendaire a ébranlé le gouvernement de droite et la sous-culture «berlusconiste».Il a également bousculé une certaine gauche éprise de «privatisme», qui ne fait plus la distinction entre les profits de quelques-uns et les droits de tous, entre la \\ mm La caravane victorieuse de l'eau lors des mobi -lisations des Indignés, le 15 octobre 2011, à Rome.Photo: Michele Borgia en fallait 50000).Synthétisant une proposition alternative aux politiques de privatisation, cette loi propose un modèle de gestion publique, démocratique et participative de l\u2019eau.Par la volonté du gouvernement, elle est restée oubliée, «congelée» dans les tiroirs du Parlement italien pendant plus de quatre ans.Mais le dégel est arrivé.Il fallait 500 000 signatures pour tenir le référendum?On en a recueilli 1,4 million en moins de trois mois, sur le terrain, sans aucun appui des médias.Maintenant, grâce à cette victoire réfé- sphère du marché et celle de la vie, entre marchandises et biens communs.Du référendum sortent défaits les groupes économiques privés à la recherche de rentes parasitaires, déterminés à vendre aux citoyens ce qui leur appartient pourtant - l\u2019eau, élément vital irremplaçable.Écopent aussi les oligarchies politiques qui, trop souvent durant les dernières décennies, ont conçu les biens communs comme leurs biens propres, déviant la notion de «public» vers leurs intérêts per- sonnels, à travers des mécanismes de patronage ou de clientélisme.Cette double forme de privatisation du secteur public - de la part des capitaux privés comme des oligarchies politiques - se cristallise dans le modèle du partenariat public-privé (PPP), en vogue dans toute l\u2019Europe.La gestion des biens et services fondamentaux est confiée à une société à capital mixte public-privé, voire à des instances opaques de concertation des pouvoirs économiques et publics, sous -traites de la responsabilité et de la reddition de comptes démocratiques.Ces sociétés - qui gèrent l\u2019eau et plusieurs services publics - sont devenues les nouvelles institutions post-démocratiques: c\u2019est là que s\u2019élaborent désormais concrètement les politiques publiques territoriales, et non plus dans les assemblées élues.Ces institutions représentent autant un renoncement au droit public - pour embrasser le droit privé - qu\u2019un renoncement à la démocratie.Le vote référendaire contre la privatisation de l\u2019eau signifie donc un vote pour la démocratie et pour une réappropriation du secteur public, contre la post-démocratie.Mais la vraie leçon de cette victoire nous concerne tous, en Italie et partout dans le monde, et elle a un rapport avec la possibilité même du changement.Grâce à cette lutte, la confiance dans faction politique collective de la base a été restaurée.Pendant des années, les forces dominantes nous ont seriné notre impuissance, notre impossibilité de changer le cours du monde, notre incapacité à intervenir dans les grands processus économiques globaux, à nous opposer à la volonté des marchés, ces nouvelles divinités qui requièrent, au lieu du sacrifice des vierges, privatisations et marchandisations.Nous avons montré que nous pouvons inverser ce cours des choses.En construisant ensemble de vastes réseaux sociaux ayant des objectifs concertés, nous pouvons changer ce que l\u2019establishment voudrait faire passer pour un destin inéluctable.\u2022 décembre 2011 RELATIONS ^311 La Convention de Genève fête ses 60 ans ÉLISABETH GARANT Depuis quinze ans, on assiste dans les pays occidentaux au resserrement des lois sur l\u2019immigration et à la mise en place de procédures de détention prolongée, qui bafouent les droits humains et multiplient les obstacles pour demander le statut de réfugié.Plusieurs événements récents sur la scène nationale et internationale témoignent de la réticence croissante des pays à répondre aux besoins des réfugiés en leur accordant la protection nécessaire.L\u2019accord entre l\u2019Italie et la Libye, autorisant le refoulement et le détournement en mer des réfugiés libyens fuyant leur pays en guerre, en est une illustration inquiétante.De la même façon, les décisions prises par plusieurs pays, dont les États-Unis, d\u2019expulser ou de refouler des Haïtiens vers leur pays qui ne s\u2019est pas encore relevé du séisme, mettent tous les jours des vies en péril.Plus près de nous, le gouvernement conservateur du Canada multiplie les interventions qui nuisent à la protection des réfugiés à l\u2019intérieur de nos frontières.La dernière initiative en lice est le projet de loi C-4, qui instaure des mesures répressives envers les réfugiés qui ont eu recours à des passeurs alors que cette voie est souvent la seule possible pour certains d\u2019entre eux1.C\u2019est là une situation inacceptable quand on sait que les besoins de protection ne cessent de croître avec l\u2019augmentation des conflits, de la répression et des catastrophes naturelles.Le rapport du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), en 2010, indique en 1.Idil Atak, «Projet de loi C-4: le gouvernement sévit-il contre les passeurs ou les demandeurs d\u2019asile?», Bulletin Vivre ensemble, vol.19, n° 63, automne 2011.effet que le nombre de personnes déracinées dans le monde, qui atteint 43,7 millions, est le plus élevé depuis 15 ans.Dans plus de 80% des cas, c\u2019est dans les pays en développement - dans les pays pauvres - que ces personnes trouvent refuge.Tout cela a lieu au moment où nous soulignons les 60 ans de la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés, communément appelée la Convention de Genève, adoptée en 1951.Née peu de temps après la Déclaration des droits de l\u2019homme, elle était motivée par le même sentiment Les besoins de protection ne cessent de croître avec l\u2019augmentation des conflits, de la répression et des catastrophes naturelles.Le rapport du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), en 2010, indique que le nombre de personnes déracinées dans le monde, qui atteint 43,7 millions, est le plus élevé depuis 15 ans.puissant qui habitait les pays membres des Nations unies à la suite de la Deuxième Guerre mondiale: «Plus jamais ça!» Depuis lors, 148 États - soit les trois quarts des pays du monde - ont signé la Convention et son Protocole de 1967.Celui-ci a introduit l\u2019obligation d\u2019assistance envers les réfugiés et l\u2019interdiction de les refouler là où ils risqueraient d\u2019être persécutés, rendant ainsi possible la protection de millions de femmes, d\u2019hommes et d\u2019enfants pour qui l\u2019exil est l\u2019ultime recours afin de demeurer en vie.Mais cela n\u2019a pas empêché ces textes d\u2019être régulièrement bafoués par ces mêmes pays signataires.Parmi les événements entourant la commémoration des 60 ans de la Convention, une rencontre des représentants des pays signataires est prévue les 7 et 8 décembre 2011, à Genève, afin que les États s\u2019engagent concrètement à mettre en place de meilleures mesures de protection envers les victimes de déplacements forcés.Or, le peu de mécanismes dont dispose le\tcauteure est d irectrice HCR pour faire respecter les enga- du centre justice et foi gements internationaux et, surtout, le et de la revue Relations manque de volonté politique des pays signataires pour s\u2019attaquer aux défis actuels, laissent peu d\u2019espoir quant aux retombées d\u2019une telle rencontre.Pourtant, les défis liés aux déplacements forcés sont nombreux, pensons aux réfugiés environnementaux et aux femmes et jeunes filles victimes de violence sexuelle.La vigilance citoyenne et le travail des organisations de défense de droits s\u2019avèrent donc de plus en plus indispensables.Il est urgent que nous combattions au sein de nos populations les discours anti-réfugiés et que nous exigions de nos États qu\u2019ils respectent leurs engagements.C\u2019est cette conviction profonde qui anime certains organismes comme le Service jésuite pour les réfugiés (JRS), qui tente de répondre à ce défi depuis 1980, de même que le secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi qui en est membre.Le JRS prend en considération une définition élargie du réfugié, incarnant ainsi la compassion et la recherche de la justice et de la re -connaissance des droits que prône la Convention.Sa présence parmi les déplacés dans plusieurs régions du monde depuis plus de 30 ans, de même que son travail de plaidoyer auprès des acteurs politiques, font de lui un instrument précieux pour sou -lager la souffrance humaine et nous faire espérer un avenir meilleur.\u2022 RELATIONS décembre 2011 Le caRNet_____ De wajDi mouawaD UNE EXPÉRIENCE IDENTITAIRE (PREMIÈRE 1 974, j\u2019ai six ans et je regarde à la télévision égyptienne le combat entre Mohamed Ali et George Foreman.La sonorité des noms me persuade qu\u2019il est question d\u2019un affrontement entre un Égyptien et un Américain.La victoire est la mienne.Je suis arabe comme lui.Je suis moi aussi Égyptien.Quatre ans plus tard, en pleine guerre civile, je regarde la finale de mon premier Mundial.Le match oppose l\u2019Argentine à la Hollande.Nous, les Libanais, sommes avec les Hollandais.Pourquoi diable les Hollandais?Peut-être parce que n\u2019étant pas les favoris face à l\u2019équipe de Maradona, nous les Libanais chrétiens, musulmans, pro-Palestiniens ou non, proisraéliens ou non, convaincus chacun de ne pas être le favori de cette guerre fratricide, nous nous sommes tous reconnus dans les Hollandais.(Ou est-ce parce que les tulipes de la Hollande sont originaires des terres libanaises, détail aujourd\u2019hui oublié de tous?) En tout cas, c\u2019est là, dans ces deux cris poussés, l\u2019un à la victoire de l\u2019Égyptien Ali, l\u2019autre après le but hollandais, que j\u2019ai commencé à me méfier du rapport entre nationalité et création.Un an plus tard, nouvellement réfugié à Paris, on m\u2019a inscrit comme élève dans une école pour garçons.C\u2019était le mercredi il septembre 1978.Ce jour-là, je suis devenu un type avec un accent.Entre 8 h 15 et 16 h 30, récréations comprises.À partir de 17 h, je redevenais normal puisqu\u2019à la maison je parlais l\u2019arabe.Peu à peu, s\u2019est opéré en moi l\u2019effet Superman.L\u2019effet nécessaire pour résoudre la complexité du paradoxe que constituait mon va-et-vient de la maison à l\u2019école, de l\u2019école à la maison.Tel Clark Kent passant à travers des portes tournantes pour changer de costume et devenir Superman, je devais passer à travers le court trajet qui sépare la maison de l\u2019école pour devenir un adolescent parisien, vif, téméraire, parlant français, ne sachant plus parler l\u2019arabe et troquant la politesse inculquée par une mère conservatrice contre une certaine forme de délinquance où il est bon de dire des gros mots, dans une langue que j\u2019ai fini par croire être ma langue maternelle putain de bordel de cul d\u2019enfoiré de merde.Puis, vers la fin de la journée, faire le trajet inverse, changer de langue, de peau, de regard et de valeurs, raconter des mensonges aux uns et aux autres pour trouver une légitimité, une identité, en tout cas un équilibre.C\u2019est ainsi que trajet après trajet, cette question des origines, dans mon cas du moins, ne pouvait plus se poser en termes de nationalité, d\u2019autant plus qu\u2019entretemps, revenu à ma passion du sport, je me suis mis à jouer au rugby, et le rugby, par le merveilleux degré d\u2019enfance qu\u2019il nécessite, est devenu le lieu de mon identité.Au rugby, le moment le plus jubilatoire, celui que j\u2019aimais par dessus tout, était celui de la mêlée.Les joueurs d\u2019une même équipe s'harnachent les uns aux autres autour du capitaine positionné en première ligne, entouré des deux costauds, appelés les piliers.Derrière eux, les ailiers, puis derrière encore, en troisième ligne, les arrières et tous ensemble, ainsi agrippés, ils forment une sorte de bélier humain.L\u2019équipe adverse fait de même et les deux masses se rencontrent, s\u2019imbriquant épaules contre épaules.Un joueur de l\u2019une ou l\u2019autre équipe lance le ballon entre les premières lignes, le jeu consis- ES décembre 2011 RELATIONS PARTIE) tant à pousser pour en prendre possession.Pour déconcentrer l\u2019adversaire, on lui parle, on le traite de tous les noms et c\u2019est au cœur de la mêlée, comme pilier gauche, que j\u2019ai retrouvé le sentiment d\u2019être à l\u2019endroit juste, l\u2019endroit où tout retrouvait sa grâce, l\u2019endroit où je posais les gestes entiers qui me donnaient le sentiment d\u2019être en plein contrôle de mon existence.J\u2019étais infiniment heureux et je ne voulais pas être à un autre endroit que là, ni en compagnie d\u2019autres personnes que de ces quelques garçons boueux avec lesquels je jouais.C\u2019est au cœur de cette expérience qui a duré cinq années, comme pilier gauche pour le Lycée Buffon, que j\u2019ai compris à quel point il m\u2019était important d\u2019être avant tout dans la puissance de ce que je peux faire plutôt que dans le fantasme d\u2019une identité qui n\u2019avait aucun charme sinon celui de me séparer de celui qui n\u2019était pas de mon camp en m\u2019y opposant.La question identitaire était réglée, pensais-je.Or, voici qu\u2019en 1983, il a fallu à nouveau tout abandonner puisque du jour au lendemain, ma famille a fait ses valises et les a transportées, moi avec, de ce côté-ci de l\u2019Atlantique.Je ne savais pas encore que mes problèmes ne faisaient que commencer puisque après avoir été Libanais, Égyptien, Hollandais, Parisien et puis pilier gauche, j\u2019étais devenu, du jour au lendemain, un néo-Québécois.Étrangement, c\u2019est au Québec, où l\u2019expression identitaire prend toute sa puissance, que la question de l\u2019identité a fini par se dissoudre totalement pour moi.(LA SUITE AU PROCHAIN NUMÉRO) A KD décembre 2on RELATIONS AV*-' **\u2022 mL ¦ ¦¦it ' \u2022*.«je voudrais avoir un toit et une oreille à qui parler.» V.(24 ans) une situation financière plus que précaire.Seules, malades, isolées et en perte d\u2019autonomie, elles ont de plus en plus besoin d\u2019accompagnement.On remarque aussi une augmentation du nombre de femmes à grand risque d\u2019itinérance ou carrément à la rue.Par exemple, depuis les années 2000, le nombre de demandes d\u2019hébergement au Centre Le Havre de Trois-Rivières est passé de moins de dix par année à près de 300 cette année.À Montréal, les lieux d\u2019hébergement pour femmes sont remplis à pleine capacité.Cet important achalandage a pour conséquence d\u2019augmenter le nombre de L\u2019itinérance est moins visible, voire cachée à l\u2019extérieur de Montréal.Ainsi, on s\u2019imagine couramment qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019itinérance dans le Bas-Saint-Laurent, dans Lanaudière ou en Montérégie.Nombreuses sont les histoires de personnes seules et même de familles utilisant leur voiture, un garage ou un camp dans les bois comme lieu de résidence.refus.À Gatineau, le nombre de refus par manque de places, comptabilisés dans deux lieux d\u2019hébergement pour femmes, est passé de 116 à 159, une augmentation de 27%.«La spirale de l\u2019itinérance au féminin», une recherche publiée par le Regroupement pour l\u2019aide aux itinérants et itinérantes de Québec, en 2008, a approfondi la compréhension de ce phénomène en étudiant le parcours de vie de plusieurs de ces femmes et en se questionnant sur leurs modes de (sur)vie.Des organismes montréalais comme Passage ou La Rue des femmes sont de plus en plus sollicités et, à l\u2019instar de leurs collègues des autres régions, insistent sur la nécessité de s\u2019adapter à cette réalité féminine et de mener des interventions différenciées selon les sexes.On constate aussi la présence de familles itinérantes.En émergence un peu partout, ce phénomène est plus ancré en Outaouais, région qui subit une pénurie de logements abordables adaptés aux familles.Les Autochtones (lire l\u2019article de Donàt Savoie dans ce dossier) et les immigrants forment aussi une proportion importante de la population itinérante.Cela est davantage vrai en milieu urbain, mais leur nombre augmente aussi en périphérie.À titre d\u2019exemple, Entraide familiale de l\u2019Ou-taouais, qui soutient des personnes à très grand risque d\u2019itinérance par le don de meubles et de vêtements, a accompagné des gens provenant de 42 pays différents en 2010.Le choc des cultures, les difficultés à trouver des emplois leur assurant un revenu décent et la barrière de la langue sont autant d\u2019obstacles vécus au quotidien.Enfin, les organismes communautaires œuvrant auprès des personnes exclues, marginalisées ou itinérantes remarquent une croissance accrue de cas complexes combinant des maladies, des problèmes de santé mentale, de consommation abusive de drogues, de dépendances, etc.Michel Simard, directeur général du Centre Le Havre de Trois-Rivières, partage sa réflexion à ce propos: «Depuis une vingtaine d\u2019années, on assiste à un glissement croissant et quasi continu d\u2019individus vulnérabilisés vers les zones de rupture sociale : la rue, les refuges, les hébergements d\u2019urgence et, ultimement, les prisons.C\u2019est l\u2019ampleur de ce déplacement vers les lieux de la rupture, dans une société qui par ailleurs est loin d\u2019être pauvre, qui est très préoccupante.Comment accepter cela?» m décembre 2011 RELATIONS réitérer que des réponses adaptées doivent être offertes, fondées sur l\u2019enracinement dans la communauté et la souplesse du réseau communautaire œuvrant dans ce domaine.Cette pluralité des pratiques doit être préservée, car elle constitue une force essentielle en matière d\u2019action en itinérance.\u2022 UNE RÉALITÉ CACHÉE L\u2019itinérance est moins visible, voire cachée à l\u2019extérieur de Montréal.Ainsi, on s\u2019imagine couramment qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019itinérance dans le Bas-Saint-Laurent, dans Lanaudière ou en Montérégie.Les intervenants relatent pourtant plusieurs situations où des personnes n\u2019ont pas de résidence: elles sont hébergées temporairement chez la famille, les amis ou des connaissances.De plus, nombreuses sont les histoires de personnes seules et même de familles utilisant leur voiture, un garage ou un camp dans les bois comme lieu de résidence.Certains intervenants racontent avoir soutenu des personnes se construisant des abris de fortune ou utilisant des tentes pour y passer la nuit.Le manque de ressources pour rejoindre les gens dans leur milieu fait en sorte que plusieurs situations ne sont pas connues et restent dans l\u2019angle mort.Ce manque d\u2019informations ou la minimisation de ces situations sert ainsi de prétexte aux décideurs qui ne veulent pas nécessairement reconnaître l\u2019ampleur du problème.CONCERTATION ET PLURALITÉ DES RÉPONSES Les organismes s\u2019efforcent de comprendre les particularités des nouveaux visages de l\u2019itinérance afin de proposer des solutions adaptées à des besoins diversifiés.S\u2019ils peuvent s\u2019inspirer de ce qui se fait à Montréal ou à Québec, où l\u2019on intervient dans le domaine depuis des décennies, cela a toutefois ses limites car dans certaines régions, la faible densité de population ne permet pas toujours d\u2019avoir le financement nécessaire pour développer les ressources.Marguerite Pelletier, du Répit du passant à Rimouski, révèle le cercle vicieux dans lequel les organismes fonctionnent : n\u2019étant pas assez nombreux pour spécialiser leurs interventions, par exemple, en santé mentale ou en toxicomanie, ceux-ci deviennent des «généralistes», mais ce faisant, ils se trouvent confrontés aux difficultés liées à un financement qui, lui, est souvent très ciblé, organisé en « couloir de services» et défini selon des problématiques particulières.Le travail en concertation, permis par la cohésion des organismes afin d'offrir une continuité des services aux personnes, est donc nécessaire.Ce travail concerté - une force dans plusieurs régions au sein du RSIQ - permet de mieux connaître et de comprendre le phénomène de l\u2019itinérance sur chacun des territoires.Depuis plus de 35 ans à Montréal, et dans une douzaine d\u2019autres régions depuis l\u2019octroi d\u2019un financement fédéral en itinérance en 1999, plusieurs concertations régionales se sont organisées.Cer -taines ont élaboré des cadres de référence en itinérance et il existe de nombreux projets menés de front par une pluralité d\u2019acteurs communautaires et institutionnels.Ainsi, lorsqu\u2019on parle des différents visages de l\u2019itiné -rance, de la complexité du phénomène et de la croissance des besoins un peu partout, il nous apparaît important de LE SAC À DOS En 1996, un prêtre missionnaire du Brésil, Victor Asselin, lance un projet de missionnaire de rue dans le quartier Centre-Sud de Montréal.En collaboration avec l\u2019Accueil Bonneau et la Maison du Père, des cafés-rencontres sont organisés avec des itinérants, qui y expriment leur besoin de s\u2019engager dans la réalisation de projets.C\u2019est ainsi qu\u2019un groupe de 14 personnes se forme autour de Richard Chrétien, l\u2019actuel directeur du Sac à Dos, afin d\u2019élaborer une initiative qui répond à un besoin essentiel lors d\u2019un passage à la rue: un lieu pour entreposer des biens.En 2003-2004, ce groupe proactif devient Action-Réinsertion et se déniche un local au sous-sol de l\u2019Église Unie St-Jean, rue Sainte-Catherine Est, là où se concentrent les ressources en itinérance à Montréal.L\u2019année 2004 est aussi celle de l\u2019ouverture de l\u2019entrepôt du Sac à Dos et du comptoir postal.L\u2019organisme se développe, les services se multiplient.Le Centre de jour du Sac à Dos est aujourd\u2019hui fréquenté quotidiennement par plus d\u2019une centaine d\u2019itinérants qui ont besoin d\u2019utiliser des services (Internet, buanderie, douche, etc.).Les casiers postaux leur permettent de recevoir, par exemple, des messages de leur médecin ou leur carte d\u2019assurance maladie.Les casiers d\u2019entreposage, une des raisons d\u2019être de l\u2019organisme, servent quant à eux à déposer des effets personnels importants et facilitent ainsi les démarches d\u2019entrevues, les visites de logements, les rendez-vous médicaux, etc.- sans avoir à traîner de sacs.Cela permet aussi de diminuer le stress lié à la gestion quotidienne des bagages et de faciliter les déplacements vers d\u2019autres organismes, notamment les refuges.Quant au volet «réinsertion» du Sac à Dos, il vise à accompagner des itinérants dans leurs activités de reprise en main, comme les démarches auprès de l\u2019aide sociale ou la recherche de centres de désintoxication, et à réapprivoiser une discipline de vie.Outre son offre de services, par ailleurs essentielle, le Sac à Dos permet aux itinérants de se rencontrer et de retrouver un peu de chaleur humaine.Les valeurs d\u2019autonomie, de dignité et de solidarité sont au cœur de la mission «d\u2019humanisation» de l\u2019organisme.Certes, ces services ne mettent pas fin à l\u2019itinérance.Mais ce sont des lieux d\u2019ancrage qui relient la personne à la société, qui permettent de rétablir des liens de confiance ().A.D.-C.RELATIONS décembre 2on dOSSieR L\u2019auteur, anthropologue, a été négociateur fédéral en chef pour la création d\u2019un gouvernement régional au Nunavik, de 2005 à 2006 décembre 2011 Des Inuit déracinés et itinérants Le manque de logements au Nunavik pousse un grand nombre d\u2019Inuit1 à migrer vers le Sud.Ce déracinement culturel en amène plusieurs à la rue.DON AT SAVOIE Environ 10 000 Inuit vivent dans 14 communautés côtières du Nunavik, région située au nord du 55e parallèle au Québec.Plus de 60% de la population a moins de 30 ans.Le coût de la vie est presque le double de celui du sud du Québec.Depuis les années 1950, de profonds changements socio-économiques ont eu des conséquences majeures sur les valeurs traditionnelles, les rôles des hommes et des femmes et la sécurité alimentaire.La création de pensionnats fédéraux a provoqué l\u2019éclatement des cellules familiales.D\u2019autres événements tragiques, comme le déplacement d\u2019Inuit vers le Haut-Arctique par le gouvernement fédéral, en 1953, et l\u2019abattage des chiens dans les années 1950-1960 par les corps policiers fédéraux et québécois, ont accéléré le passage d\u2019une vie semi-nomade à la sédentarisation dans des villages.ITINÉRANCE INVISIBLE Le Nunavik présente le plus haut taux de surpopulation par logement au Canada.On assiste ainsi à un nouveau phénomène dans les communautés inuites: l\u2019itinérance invisible.Des gens s\u2019entassent dans des logements trop petits, ne répondant pas aux exigences d\u2019une vie sédentaire que les Inuit n\u2019ont d\u2019ailleurs pas choisie.Il n\u2019es.t pas rare que 12 à 15 personnes vivent dans un même logement.Ce surpeuplement est l\u2019une des causes principales de la migration et de l\u2019itinérance urbaine.En 2010, onze professeurs et chercheurs d\u2019universités québécoises ont alerté la population sur cette situation: «Les familles inuites du Nunavik vivent dans un environnement résidentiel toxique » [La Presse, le 15 septembre 2010), affirmaient-ils.La situation est également endémique à Iqaluit, capitale du territoire du Nunavut (voir «The little voices of Nunavut.A Study of women\u2019s homelessness north of 60», rapport du Conseil du statut de la femme du Nunavut, janvier 2007) et à Nuuk, capitale du Groenland.Ce phénomène entraîne son lot de problèmes familiaux et communautaires.Il a des conséquences majeures sur la santé des enfants, plus vulnérables aux infections et maladies pulmonaires chroniques, et sur leur bien-être psychologique, ce qui se traduit par des symptômes de détresse et des problèmes de comportements et d\u2019apprentissage à l\u2019école.Plusieurs études montrent le lien entre ce surpeu- RELATIONS plement des logements, la violence physique et les agressions sexuelles envers les enfants.Ce grave problème de logements surpeuplés est au cœur des raisons qui incitent les Inuit à migrer au Sud.ITINÉRANCE À MONTRÉAL À Montréal, on dénombre environ un millier d\u2019Inuit, dont 67% viennent du Nunavik, 27% du Nunavut2 et 6% du Labrador.Bien que les Inuit ne représentent que 10% de la population autochtone vivant à Montréal, ils forment 45% des Autochtones itinérants.Il y aurait autant d\u2019hommes que de femmes.Parmi les raisons qui poussent les Inuit à migrer à Montréal, en plus de la crise du logement au Nunavik, il y a le coût de la vie très élevé, l\u2019insécurité alimentaire, le besoin de soins hospitaliers, la violence physique et les abus sexuels, les problèmes conjugaux, la recherche d\u2019un emploi3, la poursuite des études ou tout simplement l\u2019attrait de la ville.C\u2019est à Montréal aussi que se trouvent les organismes et institutions du Nunavik.Une fois arrivés dans la métropole, à peine la moitié des Inuit adultes y occupent un emploi.Certains y viennent lorsqu\u2019ils sortent des centres de détention fédéraux et du Québec, ne pouvant retourner dans leur communauté par décision de la cour de justice, ou tout simplement parce qu\u2019ils ne sont plus les bienvenus dans le Nord.Des programmes de réinsertion seraient nécessaires car sinon, n\u2019ayant pas d\u2019autre choix, nombreux sont ceux qui dérivent tranquillement vers l\u2019itinérance.Cette itinérance amène son lot de problèmes en santé physique et mentale, accentués par un déracinement culturel radical qui les rend vulnérables.Les femmes notamment revivent souvent la violence qu\u2019elles voulaient fuir au Nunavik (voir Brian Myles, «Le rêve du sud: quitter l\u2019enfer de la violence pour les paradis artificiels », Le Devoir, 26 février 2005).LE RÔLE DE MAKIVIK Outre la création de municipalités et d\u2019institutions offrant des programmes et des services aux résidents du Nunavik, la Convention de la Baie lames et du Nord québécois a créé la Société Makivik, dont le mandat est, entre autres, de gérer les fonds de compensation versés aux Inuit à la suite du projet hydro-électrique de la Baie James.Makivik doit aussi 1.\tN.D.L.R.: nous privilégions la forme invariable du substantif Inuit.Déjà pluriel en inuktitut, le mot signifie «les êtres humains».2.\tLe Nunavut s\u2019étend au nord du Canada, immédiatement à l\u2019ouest de la baie d\u2019Hudson.Il est bordé à l\u2019ouest par les Territoires du Nord-Ouest et au sud par le Manitoba.3.\tLe taux de chômage est de 17 % au Nunavik - chez les jeunes de 15 à 24 ans, il y est de 24 %. « Être dans la rue c\u2019est être emprisonné.On était toujours en train de se faire écœurer par les policiers, à croire qu'on n\u2019avait pas le droit d\u2019exister.» C.B.lutter contre la pauvreté et promouvoir le bien-être, le progrès et l\u2019éducation des Inuit, encourager et protéger leur mode de vie, stimuler le développement économique et appuyer les communautés.Dernièrement, Makivik a élaboré un plan d\u2019action contre l\u2019itinérance qui poursuit deux objectifs: d\u2019une part, s\u2019assurer de l\u2019accès à des soins médicaux et à des services sociaux pour les Inuit itinérants à Montréal et, d\u2019autre part, faire un travail de prévention.Celui-ci consiste essentiellement à améliorer les conditions de vie des Inuit et la qualité des services offerts à cette communauté, dans la région montréalaise.Makivik collabore avec des organismes du Nunavik, du Nunavut et de la Ville de Montréal, les gouvernements du Québec et du Canada, des groupes communautaires qui œuvrent auprès des itinérants, ainsi qu\u2019avec le secteur privé.Ces collaborations permettent de profiter de la grande connaissance et de l\u2019expertise de ces divers organismes.Ainsi, le 27 avril 2011, Pita Aatami, président de Makivik, et Lino Ferrara, président de la Fondation du refuge pour femmes Chez Doris, signaient une entente d\u2019une durée de trois ans qui prévoit, entre autres, l\u2019embauche d\u2019une intervenante inuite qui s\u2019occuperait en priorité des femmes inuites en situation de vulnérabilité ou d\u2019itinérance (près de 20% des femmes qui visitent ce refuge de jour).Le financement de cette entente est entièrement assuré par Makivik.Makivik travaille aussi de près avec Projets Autochtones Québec (PAQ) afin que leurs projets de relocalisation et de développement voient le jour.À Montréal, le PAQ gère l\u2019un des seuls refuges de nuit où vont plus de 220 Autochtones par année, dont la moitié est inuite.UN DÉFI CULTUREL La recherche appliquée pourrait jouer un rôle important dans le travail d\u2019intervention auprès des itinérants, car à part les travaux du professeur Nobuhiro Kishigami d\u2019Osaka au Japon, il n\u2019existe pratiquement pas d\u2019études sur les Inuit en milieu urbain à Montréal ou sur les Inuit itinérants.Or, une collaboration avec des chercheurs est fortement sou- La possibilité d\u2019avoir accès à de la nourriture traditionnelle inuite est un autre aspect incontournable.Car les repas pour les Inuit (hommes et femmes) sont l\u2019occasion privilégiée de se rencontrer, de partager leurs difficultés et de nouer des liens.Le défi culturel est immense.haitée.Il serait aussi nécessaire de connaître la situation des Inuit vivant dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut, au Labrador et au Groenland, et de faire un inventaire des programmes, des initiatives et des projets qui ont été mis en place.C\u2019est certainement une source importante d\u2019informations, à laquelle nous n\u2019avons pas accès en ce moment.Toute initiative pour contrer l\u2019itinérance doit absolument tenir compte de la réalité et de la culture inuites.Les itinérants inuits se tiennent bien souvent en groupe (membres de la famille ou gens du même village), ce qui n\u2019est pas le cas des autres itinérants.Les programmes et services doivent être offerts en inuktitut et faire appel aux valeurs inhérentes à la culture inuite, notamment le partage.La possibilité d\u2019avoir accès à de la nourriture traditionnelle inuite est un autre aspect incontournable.Car les repas pour les Inuit (hommes et femmes) sont l\u2019occasion privilégiée de se rencontrer, de partager leurs difficultés et de nouer des liens.Le défi culturel est immense.Il faut se rappeler que même au Nunavik, les programmes scolaires et de santé ne sont trop souvent offerts qu\u2019en français ou en anglais, et non en inuktitut.Par ailleurs, l\u2019intégration en milieu de travail doit se Heiien Lapointe, poursuivre en répondant, entre autres, au besoin d\u2019éduca- Le droit d\u2019exister?, tion et de formation, ainsi qu\u2019à celui d\u2019un revenu décent.2008 Les prestations de services sociaux et de santé doivent également être améliorées, notamment en créant des réseaux d\u2019entraide pour aider les Inuit à mieux s\u2019ajuster à la vie urbaine et en offrant des traitements de la toxicomanie ainsi que des services d\u2019interprète.Autrement, l\u2019itinérance risque non seulement de croître, mais aussi de devenir, pour beaucoup d\u2019Inuit, un mode de vie «normal» dans la société.\u2022 RELATIONS décembre 2011 dOSSieR L\u2019auteur est organisateur communautaire L\u2019amorce d\u2019une lutte sociale Quelles réponses politiques face à l\u2019itinérance?RENÉCHAREST LJ histoire de l\u2019itinérance au Québec, c\u2019est l\u2019histoire de luttes qui se sont menées au quotidien autant i dans l\u2019intervention individuelle que collective.Ces luttes se déploient dans l\u2019espace public et le champ politique où les groupes communautaires sollicitent les acteurs de tous les paliers gouvernementaux.Le terme «itinérance» est apparu au Québec à la fin des années 1960, à la suite d\u2019une démarche de chercheurs et de travailleurs sociaux qui avaient opté pour ce terme qui correspondait à leurs yeux à la représentation qu\u2019on se faisait de cette réalité à l\u2019époque.Il désignait ces personnes qui n\u2019étaient non pas «perdues», errant dans l\u2019espace public, mais qui, au contraire, avaient une trajectoire et un itinéraire assez clairs et précis.Plusieurs témoins de l\u2019époque nous ont dit que ces itinérants (anciennement qualifiés de clochards) avaient été déracinés de leurs terres au Québec et qu\u2019ils avaient une propension à abuser de l\u2019alcool.Dans les années 1970, le portrait de l\u2019itinérance se diversifie.On voit apparaître des femmes et des jeunes.Le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) prend naissance et stimule les acteurs communautaires à répondre aux nouveaux besoins de cette population.Dans les années 1980, les acteurs politiques se mobilisent de plus en plus à la suite d\u2019événements tragiques comme la mort de personnes itinérantes dans des maisons de chambres insalubres.La Ville de Montréal crée un comité de partenaires sur le phénomène de l\u2019itinérance.Celui-ci suscite un chantier de travail sur le logement social avec un soutien communautaire et soumet une série de recommandations aux acteurs politiques, institutionnels et communautaires.Plusieurs initiatives fort pertinentes en découlent, comme l\u2019appropriation de vieilles maisons de chambres insalubres, ce qui a donné un sérieux coup de pouce à la population itinérante.Cependant, d\u2019autres recommandations ont mal tourné.Nous pensons ici à l\u2019organisme Dernier Recours.De 1988 à 1991, ce centre d\u2019accueil et de référence a eu tous les phares politiques et médiatiques braqués sur lui en raison de graves problèmes internes et externes.Inca -pable de gérer adéquatement la fréquentation accrue du lieu par des personnes vivant dans la marginalité, la situation était devenue incontrôlable sur le plan de la sécurité et de la santé publiques.C\u2019est avec soulagement que beaucoup d\u2019acteurs du réseau de l\u2019itinérance ont accueilli la nouvelle de sa fermeture et ont œuvré à faire naître de nouveaux projets.En 1992, un plan conjoint regroupant le ministère de la Santé, la Ville de Montréal et des groupes communautaires a été élaboré pour favoriser des collaborations et remplacer Dernier Recours.Peu d\u2019éléments concrets en sont sortis, malgré plusieurs années de négociation.Pendant ce temps, le phénomène de l\u2019itinérance prenait de l'ampleur, de sorte qu\u2019un débat public a ensuite battu son plein pendant quelques années un peu partout dans les centres urbains canadiens.Cela a eu pour effet de mobiliser les acteurs politiques.En 1998, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies tape sur les doigts du gouvernement canadien et sur ceux des provinces en affirmant qu\u2019il était incompréhensible de voir autant de personnes sans-abri et vivant dans la pauvreté dans un pays aussi riche.Un des résultats de cette évaluation a été la mise sur pied de l\u2019Initiative de partenariat en action communautaire (IPAC), dont la Ville de Montréal, comme la plupart des centres urbains au pays, a grandement bénéficié.Parallèlement à cette démarche canadienne, au Québec, on a commencé à comprendre que l\u2019itinérance n\u2019était pas l\u2019apanage de la métropole ou de la capitale et que tous les centres urbains du Québec (Drum-mondville, Trois-Rivières, Sherbrooke, Saguenay) connaissaient le phénomène à différents degrés.Plusieurs groupes communautaires se sont adaptés à cette réalité et ont créé le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec.Les derniers États généraux de l\u2019itinérance ont rassemblé, à l\u2019automne 2010, plus de 400 personnes qui ont discuté de revenu, d\u2019éducation, de santé et de logement afin d\u2019améliorer les conditions d\u2019accès à la citoyenneté pour les personnes itinérantes.Cela démontre la forte mobilisation qui existe aujourd\u2019hui au Québec concernant cet enjeu de société.La mobilisation sociale force les gouvernements à agir pour endiguer le phénomène.Si avancées il y a, les actions gouvernementales restent toutefois insuffisantes.PIERRE GAUDREAU LJ itinérance ne constitue pas un nouvel enjeu de société.Si l\u2019on regarde seulement depuis les vingt i dernières années, nombreux sont ceux et celles qui ont sonné l\u2019alarme: entre autres, le Disaster Relief Committee, à Toronto, qui a dénoncé le phénomène comme étant un désastre national; Paul Martin et le Groupe de travail du Caucus libéral sur le logement avec le rapport Logement: péril en la demeure (1990); Jack Layton avec son livre Homelessness: The making and unmaking of a crisis (2000) ainsi que le Comité de droits économiques sociaux et culturels de l\u2019ONU dans ses rapports sur le (non) respect, par le Canada, du Pacte des droits économiques sociaux et culturels.Logement social, revenu, accès aux services, responsabilisation des institutions, accompagnement, soutien, réinsertion et déjudiciarisation: les actions à poser sont clairement identifiées, mais peu déployées.L\u2019accrois -sement de l\u2019itinérance, tant visible que cachée, est donc désolant, mais pas surprenant.LA POLITIQUE EN ITINÉRANCE C\u2019est au Québec que l\u2019articulation des réponses politiques à mettre en place pour prévenir et réduire l\u2019itinérance s\u2019est le plus développée, avec la demande d\u2019adoption d\u2019une politique en la matière.En 2005, le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ) organisait les premiers États généraux de l\u2019itinérance au Québec.Les participants y adoptaient la déclaration Droit de cité1, qui affirme que l\u2019itinérance n\u2019est pas une fatalité et appelle à une responsabilisation collective face au phénomène, dont en premier lieu celle du gouvernement du Québec.Dès 2006, le RSIQ se dotait d\u2019une plateforme pour une politique globale en itinérance.Elle se décline en six axes visant la reconnaissance de droits - le droit de cité, au logement, au revenu, aux services, à l\u2019éducation - et demande le soutien adéquat du réseau de solidarité que constituent les organismes du milieu.Cette politique exige que tous les ministères agissent dans leur champ d\u2019action pour prévenir et réduire l\u2019itinérance.Cette demande en faveur de l\u2019adoption d\u2019une politique québécoise de lutte à l\u2019itinérance a rapidement rallié le milieu, incluant les personnes en situation d\u2019itinérance.Des pétitions ont démontré l\u2019appui de centaines d\u2019organismes et de milliers de personnes.Plusieurs conseils de villes, dont celui de Montréal, ont adopté et porté cette demande.Le Parti québécois (PQ) l\u2019a reprise dans son programme dès 2007.Pour faire avancer le débat sur le rôle de l\u2019État québécois en la matière, le RSIQ a demandé la tenue d\u2019une commission parlementaire sur l\u2019itinérance.Portée d\u2019abord par le PQ, l\u2019idée a ensuite été appuyée par l\u2019opposition officielle du moment, l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ), puis par le président de la Commission des affaires sociales, Geoffrey Kelley et son gouvernement libéral, alors minoritaire.S\u2019en est suivi un formidable exercice, la Commission ayant reçu plus de 140 mémoires et entendu une centaine de témoignages.Amorcée en 2008, elle fut interrompue par les élections, mais se termina à la suite de celles-ci, ce qui est exceptionnel.1.Consulter la section du RSIQ au .* ?* \u2022 * '4vV' Hellen Lapointe, sons titre, 2008 L\u2019auteur est le coordonnateur du Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) ?décembre 2011 RELATIONS RELATIONS décembre 2011 ES dOSSieR Cette commission parlementaire a siégé à Montréal, mais aussi à Gatineau et à Trois-Rivières.Partout, le message a été clair: l\u2019itinérance est un problème important, croissant et se présentant sous différentes formes.Le besoin d\u2019une politique en itinérance a été maintes fois souligné.Des organismes, mais aussi des villes, la Commission des droits de la personne, le Barreau du Québec, des agences de la santé et des centres de santé et de services sociaux (CSSS) en ont clairement défendu la pertinence.Entendant bien ce message, les députés ont été unanimes à demander au gouvernement l\u2019adoption dans les plus brefs délais d'une telle politique, tout en recommandant d\u2019établir le plus rapidement possible un plan d\u2019action interministériel.On n\u2019insistera jamais assez sur l\u2019écart grandissant entre les riches et les pauvres, qui contribue grandement aux conditions créant l\u2019itinérance.UN PLAN INCOMPLET En décembre 2009, le gouvernement rendait public son Plan d\u2019action interministériel 2010-2013 en itinérance.Les principaux ministères concernés sont ceux de la Santé et des Services sociaux, de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, de la Justice et des Affaires municipales.D\u2019emblée, la faiblesse du mandat décrit et des soixante-dix mesures proposées pose problème.En effet, plusieurs d\u2019entre elles étaient déjà en place avant le dévoilement du plan, comme le droit au chèque d\u2019aide sociale pour les sans-adresse.De plus, des responsabilités majeures comme celle d\u2019améliorer les services en toxicomanie et en santé mentale ne sont pas accompagnées de moyens.Le budget de 14 millions $ pour trois ans accolé à ce plan est dérisoire.Certes, ces fonds permettent de consolider l\u2019intervention des refuges et des lieux d\u2019hébergement à Montréal, et de soutenir quelques projets de logement social destinés aux sans-abri.Cela est utile et nécessaire, mais ne permet pas d\u2019endiguer le phénomène.De fait, deux ans après le dévoilement de ce plan, l\u2019accroissement et l\u2019aggravation de l\u2019itinérance témoignent nettement de son insuffisance.Clairement, le manque de leadership, de cohésion et de vision empêche jusqu\u2019ici de passer d\u2019un plan insuffisant à une véritable politique en itinérance se déployant pleinement.Cela devient évident lorsqu\u2019on voit la nouvelle ministre déléguée aux Services sociaux, Dominique Viens, et le nouveau président de la Commission de la santé et des services sociaux, Gerry Sklavounos, manifester leur ouverture envers une telle politique - mais sans plus.La demande qui est exprimée sans relâche et largement soutenue depuis cinq ans dans le milieu de l\u2019itinérance ne relève pourtant pas d\u2019un débat sémantique.Dans sa justification de s\u2019en tenir à un plan d\u2019action, le gouvernement a affirmé qu\u2019une politique était nécessaire lorsqu\u2019il fallait changer les paradigmes d\u2019une action, ce qui n\u2019était pas le cas en matière d\u2019itinérance à ses yeux.Or, le milieu fait le constat contraire.Pour mener une action globale et permanente, pour responsabiliser les institutions - par exemple les Centres jeunesse, le milieu carcéral ou les institutions psychiatriques - et enrayer l\u2019accroissement des écarts de richesse, un plan d\u2019action d\u2019une durée limitée et teinté des couleurs du gouvernement du moment ne suffit pas.Il faut une véritable politique.Un exemple sur lequel s\u2019appuient beaucoup les groupes en itinérance est celui de la Politique d\u2019intervention en matière de violence conjugale.Celle-ci n\u2019a certes pas éliminé ce problème de société, mais elle a permis de changer les paradigmes en affirmant le refus de cette violence.L\u2019intervention policière, celle des hôpitaux et celle des tribunaux ont été modifiées, des campagnes de sensibilisation ont été menées, le financement des maisons d\u2019hébergement a été grandement consolidé.Tout est loin d\u2019être réglé, mais cette politique permanente fait l\u2019objet d\u2019un suivi et d\u2019investissements nouveaux.LE RÔLE D\u2019OTTAWA Pour sa part, le gouvernement fédéral s\u2019est totalement retiré du soutien au développement du logement social en 1994, ce qui a grandement contribué à l\u2019accroissement de l\u2019itinérance au Canada.Parmi les gouvernements provinciaux, seul celui du Québec a compensé en partie le retrait d\u2019Ottawa, en soutenant le développement de nouveaux logements sociaux.m décembre 2011 RELATIONS 5 y Devant les critiques des groupes d\u2019aide aux sans-abri, de mairies et de l\u2019ONU, le gouvernement libéral de Jean Chrétien annonçait, en 1999, une ambitieuse Stratégie nationale des sans-abri, dotée de volets concernant les Autochtones, les jeunes et le soutien au milieu communautaire.Le gouvernement reconnaissait ainsi l\u2019importance du phénomène.Tou -tefois, les moyens mis en place, bien qu\u2019importants et apportant une aide précieuse pour soulager l\u2019itinérance - 1,2 milliards $ sur trois ans -, n\u2019attaquaient pas les problèmes à la source.Au même moment, le ministre des Finances, Paul Martin, annonçait budget après budget d\u2019importantes baisses d\u2019impôt.Celles-ci ont contribué à augmenter les écarts de richesse.Plutôt que d\u2019utiliser la fiscalité de manière à permettre à l\u2019État d\u2019assumer ses responsabilités sociales, on a fait le choix contraire.De même, le financement stable et récurrent de nouveaux logements sociaux n\u2019a jamais, jusqu\u2019à ce jour, été rétabli par Ottawa.Péril en la demeure, titrait pourtant le rapport du PLC de 1990 rédigé par Paul Martin, en affirmant : « Le Canada traverse actuellement une grave crise du logement, dans toutes les régions du pays: la situation est critique et il faut agir sans délai pour la redresser [.].Les chiffres officiels sont sans appel.Mais au-delà des chiffres, le grand désespoir qui naît de la crise du logement au Canada touche beaucoup plus de familles et d\u2019individus.» UN SOUTIEN INDISPENSABLE La plus importante des mesures issues de l\u2019annonce de la Stratégie nationale des sans-abri, en 1999, a néanmoins été le programme IPAC (Initiative de partenariats en action communautaire), qui fut reconduit par la suite par le gouvernement conservateur sous le nom de la SPLI (Stratégie de partenariats de lutte contre l\u2019itinérance).À Montréal, ce programme a permis d\u2019améliorer les installations de dizaines d\u2019organismes, comme Le Groupe L\u2019Itinéraire, la Maison du Père, CACTUS et la Rue des femmes, et a contribué à la réalisation de centaines de logements sociaux.II apporte aussi un soutien important aux organismes qui interviennent en matière d\u2019hébergement, de logement, de centres de jour, de santé mentale, de toxicomanie et de réinsertion.Outre la métropole, une dizaine d\u2019autres villes importantes au Québec en bénéficient, de même que plusieurs plus petites localités ou régions.En 2008, en pleine période de coupes visant le milieu des arts et celui de la solidarité internationale, le gouver -nement conservateur a étonnamment reconduit ce programme jusqu\u2019en 2014.Reste que celui-ci n\u2019a pas vu son budget augmenter depuis sa mise en place, il y a douze ans.Or, les coûts immobiliers ont explosé et le nombre de personnes à soutenir a aussi grandement augmenté.Ainsi, les réponses que peuvent apporter les communautés grâce à ce programme, doté d\u2019un budget de 20 millions $ par an au Québec, ont de fait diminué, mais demeurent indispensables.Il est clair que les réponses politiques restent insuffisantes pour s\u2019attaquer aux causes de l\u2019itinérance et permettre des voies de sortie durables.On n\u2019insistera jamais assez sur l\u2019écart grandissant entre les riches et les pauvres, qui contribue grandement aux conditions créant l\u2019itinérance.Plusieurs études en attestent, même celle du très néolibéral Conference Board du Canada, intitulée Le fossé se creuse (2011).Les pauvres restent pauvres, tandis que les riches deviennent plus riches et accaparent et transforment les logements et les villes en leur faveur.\u2022 LE CRIO ET LA SITUATION EN OUTAOUAIS Le Collectif régional de lutte à l\u2019itinérance de l\u2019Outaouais (CRIO) regroupe des organismes de la région œuvrant pour et auprès des sans-abri.En situation de sous-financement chronique, il poursuit son travail de concertation et de sensibilisation aux enjeux de l\u2019itinérance.Heureusement, car le phénomène prend chaque année de l\u2019ampleur à Gatineau, particulièrement aux abords de la riche ville d\u2019Ottawa, du côté québécois dans le secteur Hull, où les travailleurs des usines fermées et leurs familles vivent maintenant sous le seuil de la pauvreté et se retrouvent parfois à la rue.On l\u2019a vu l\u2019été dernier, lorsque 47 familles se sont retrouvées sans logis à Gatineau.Une goutte a fait déborder le vase au début de juillet, lorsqu\u2019une dame dans le besoin s\u2019est retrouvée au CLSC du secteur Aylmer pour recevoir des soins.Selon le CRIO, cette personne a ensuite été envoyée en taxi aux Œuvres Isidore-Ostiguy, afin que l\u2019organisme s\u2019occupe de son cas.« Plutôt que de chercher des solutions, on nous envoie les gens en taxi chez nous maintenant.On ne comprend pas pourquoi les Œuvres Isidore-Ostiguy se retrouvent aux prises avec une personne ayant des difficultés physiques [.] Les organismes communautaires vont faire ce qu\u2019ils peuvent, mais ils n\u2019outrepasseront plus leurs limites.Nous sommes prêts à faire notre part, mais nous ne pouvons pas tout assumer» a fait valoir le vice-président du CRIO, Yves Séguin [Le Droit, 16 juillet 2011).La situation de crise est maintenant permanente dans cette région.Selon le CRIO, pour y faire face, les suppléments au loyer d\u2019urgence doivent être augmentés afin de loger les personnes qui n\u2019ont pas accès à des logements privés - bien trop chers pour elles.L\u2019organisme exige aussi que les gouvernements désignent des lieux pour héberger temporairement les familles, qui ne peuvent être accueillies dans un organisme, et pour entreposer leurs meubles.A.D.-G.RELATIONS décembre 2011 m dOSSieR L'auteure est agente de communication au Regroupement des Auberges du cœur du Québec et membre du Comité national de la Nuit des sans-abri décembre 2011 La Nuit des sans-abri ISABELLE GENDREAU En 1989, le Regroupement des Auberges du cœur du Québec organise une première Nuit des jeunes sans-abri à Montréal.Les organisateurs avaient alors le souci de montrer concrètement les conditions de vie précaires, voire intenables des jeunes de la rue.En 2001, la Nuit des jeunes sans-abri devient la Nuit des sans-abri afin que l\u2019événement soit le plus rassembleur et inclusif possible.Des organismes de Trois-Rivières, qui tenaient déjà un événement semblable depuis 1993, se sont joints au comité organisateur national.Il fut décidé d\u2019un commun accord que les prochaines Nuits des sans-abri auraient toujours lieu le troisième ven -dredi du mois d\u2019octobre.Ainsi, chaque année, cet événement se tient simultanément dans plus de 20 villes à travers le Québec, de Gatineau à Rimouski en passant par Rawdon, Cowansville et Montréal.Car l\u2019itinérance existe dans toutes les régions du Québec, et non seulement au cœur des grands centres urbains où elle est davantage visible.À première vue, l\u2019itinérance ne fait pas bouger les foules.Or, cet événement de sensibilisation et d\u2019éducation populaire, imaginé et réalisé par le milieu communautaire œuvrant auprès des personnes les plus démunies, a réussi à mobiliser environ 5000 personnes en 2010 - malgré une température froide et peu clémente -, incluant 600 bénévoles de tout âge.Cette même année, 22 comités organisateurs ont travaillé d\u2019arrache-pied dans 22 villes du Québec à créer plus de 250 partenariats autant publics que privés pour organiser un tel événement simultané.La Nuit des sans-abri s\u2019appuie ainsi sur les efforts de plus d\u2019une centaine d\u2019organismes communautaires qui travaillent en collaboration avec leur municipalité.Celle-ci fournit, habituellement de bonne grâce, un espace public extérieur.Cette simple démarche est déjà en soi une action de sensibilisation, car les instances politiques locales ne reconnaissent pas toujours cette réalité dans leur ville.Le concept est simple et commun à toutes les Nuits.Il s\u2019agit d\u2019une soirée d\u2019animation extérieure qui se déroule en général de 18 h à 6 h le lendemain matin.Chaque année, les organisateurs redoublent d\u2019ardeur pour élaborer des programmations originales qui sen -sibiliseront la population de leur région à la réalité de l\u2019itinérance: arts de la scène, témoignages, kiosques d\u2019information, repas, etc.Certaines Nuits organisent un concours d\u2019abri de fortune, des espaces pour peindre L\u2019humanité en oubli \u2022 -RfV - des graffitis, des collectes de vêtements, des concours de dessins dans les écoles.L\u2019objectif est de rejoindre le plus de monde possible.Le slogan de l\u2019événement, «Personne n\u2019est à l\u2019abri», interpelle les citoyens sur la base de leur propre vulnérabilité.Lin sondage CROP commandé par la Nuit des sans-abri, en 2010, indiquait qu\u2019une personne sur six -soit 16 % des Québécois - pense qu\u2019elle pourrait devenir sans-abri.Pour certains, ce pourcentage est élevé et illustre une grande insécurité, alors que d\u2019autres l\u2019estiment beaucoup trop faible.Pour le porte-parole de l\u2019événement, Christian Vanasse, membre du groupe humoristique Les Zapartistes, ce chiffre indique qu\u2019il y a «encore cinq Québécois sur six qui se pensent à l\u2019abri et c\u2019est beaucoup trop!».Dans ce contexte, la sensibilisation de la population est encore, sinon davantage nécessaire.Certes, les causes de l\u2019itinérance sont multiples, à la fois collectives et individuelles.Dans une société où l\u2019accès à un revenu décent n\u2019est toujours pas assuré à tous, où le coût des loyers est en constante augmentation, où les liens sociaux et familiaux se distendent, où les problèmes de santé mentale explosent et où l\u2019accès aux services de santé dits «publics» est trop souvent difficile, des individus rencontrent des embûches qui peuvent les mener à la rue.Une perte d\u2019emploi, un divorce difficile, une dépression ou le décro -chage de l\u2019école deviennent des éléments déclencheurs de la spirale de l\u2019itinérance.Le phénomène de l\u2019itinérance appelle à la compassion, à l\u2019empathie, et aussi à une plus grande solidarité et justice sociales.La Nuit des sans-abri tente de nous le rappeler.Consulter:
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