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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2007-12, Collections de BAnQ.

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[" tnvoi ae roste-puDiication - bnregistrement no u« FI Nouvelle de Pascale Quiviger: 24 crrv ReLatiONS société politique religion NumeRO 721 DécemBRe 2007 r.*:'sm ?La Terre aux abois Climat: l\u2019heure des choix L\u2019eau, une ressource sans prix Le courage d\u2019agir Les OCM démasqués Vers une écologie politique Afrique du Sud : un « apartheid de l\u2019eau » ARTISTES INVITÉS: MATTHIEU BOUCHARD AURÉLIE PAINNECÉ MARIE-ÈVE PROTEAU 06538527434712 ReLatiONS NuméRO 721, oécemBRe 2007 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Le Dieu des appauvris\t9 Jaldemir Vitôrio, s.j.EN BREF\t27 AILLEURS Afrique du Sud : un « apartheid de l\u2019eau »\t28 Isabelle Masson CONTROVERSE Les publicités-chocs de la SAAQ jean-Serge Baribeau\t30 Richard Bergeron\t31 REGARD Forum social québécois: quelles suites?\t32 Diane Lamoureux 24 cm3\t34 Pascale Quiviger PROMENADES Marine\t36 Ying Chen BLOC-NOTES La halte de Noël\t38 Jean-Claude Ravet MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 dOSSieR LA TERRE AUX ABOIS\t10 La Terre, ses habitants et ses écosystèmes sont dans une situation périlleuse.Devant le réchauffement climatique, la marchandisation croissante de l\u2019eau et du bien commun et la prolifération des OGM, l\u2019heure est plus que jamais à des politiques publiques d\u2019envergure, capables de s\u2019imposer face aux assauts du marché.Cela inclut des mesures protégeant les citoyens qui défendent l\u2019intérêt public et subissent menaces et poursuites.Les idées propres à l\u2019écologie politique doivent inspirer une remise en question de notre façon d\u2019habiter le monde.Climat: l\u2019heure des choix\t12 Jean-Guy Vaillancourt L\u2019eau, une ressource sans prix\t14 Sylvie Paquerot Impacts sur la vie des Inuits\t16 Caroline Desbiens Le courage d\u2019agir\t18 Entrevue avec Louise Vandelac Les OGM démasqués\t21 Gilles-Éric Séralini Un bâillon appelé SLAPP\t22 Catherine Caron Vers une écologie politique\t24 Jean-François Filion ARTISTES INVITÉS «Je crois que l\u2019image peut prendre position et changer le regard des gens sur le monde », révèle l\u2019artiste Lino qui collaborait pour la première fois à Relations il y a déjà sept ans.Pour ce numéro, Lino a le plaisir de nous présenter trois de ses ex-étudiants : Matthieu Bouchard, Aurélie Painnecé et Marie-Ève Proteau.Ils sont des illustrateurs talentueux qui n\u2019ont pas peur de prendre position en s\u2019inspirant des enjeux écologiques de l\u2019heure.Couverture: Marie-Ève Proteau, Urgence, acrylique et techniques mixtes, 8.5 x 4.5 po., 2007 Revue foNüée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca | décembre 2007 RELATIONS DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Goldstyn, Pascale Quiviger, Zohar RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Louise Dionne, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Mouloud Idir, Nicole Laurin, Guy Paiement, Sylvie Paquerot, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Ying Chen, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriavüle Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS: RI 19003952 TVQ: 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 éDitORiaL Aurélie Painnecé, Lesopprives, collage et acrylique, 81/2x11 po., 2007 Le prix de l\u2019audace Il y a un an, notre dossier «Les veines ouvertes de l\u2019Afrique» (décembre 2006), traitait du scandale du pillage des ressources naturelles sur ce continent.Il tombait dans le mille.Les tables rondes nationales, mises sur pied par le gouvernement canadien pour recueillir les recommandations sur la responsabilité sociale des entreprises minières canadiennes, se tenaient au même moment à Montréal.Peu de médias, à part Relations, en ont fait écho.Pourtant, l\u2019enjeu était grand et il l\u2019est toujours.Développement et Paix pilote, cette année encore, une campagne de sensibilisation sur ce sujet, de même qu\u2019Amnistie internationale avec sa campagne: Exploitez sans exploiter! Le dossier qu\u2019elle a envoyé à ses membres inclut d\u2019ailleurs la longue entrevue que nous avait accordée Bonnie Campbell dans ce numéro, sous le titre «À qui profite l\u2019extraction minière?» Elle était implacable dans sa réponse : les richesses d\u2019Afrique sont vampirisées par nombre de compagnies minières, notamment canadiennes qui forment le gros du contingent, laissant derrière elles saccage et misère.Pourquoi alors ce silence?Quand il s\u2019agit de cri- tiquer de grosses vaches à lait financières, la voix publique se met souvent en sourdine : par autocensure et peur des représailles judiciaires ou encore par indulgence pour les « héros de notre temps » qui savent amasser des richesses.L\u2019existence de revues indépendantes d\u2019analyse sociale en devient d\u2019autant plus essentielle.Si je reviens sur ce dossier, c\u2019est qu\u2019il vient d\u2019être reconnu comme témoin, à sa manière, de la raison d\u2019être de Relations.En effet, tout récemment, le 1er novembre dernier, l\u2019Association canadienne des périodiques catholiques (ACPC) nous a décerné un prix d\u2019excellence pour ce numéro.Dans son argumentaire, le jury a fait valoir entre autres choses la dimension sociale prophétique de la revue, « sans doute un créneau moins populaire », et « l\u2019audace et le courage » des réflexions qui la caractérisent.Il est vrai que nous ne donnons pas dans le divertissement et l\u2019air du temps.Rompre avec la distraction non stop -cette forme postmoderne de solitude et d\u2019ennui de la foule - est plutôt pour nous un devoir face aux grands enjeux de société qui devraient mobiliser notre jugement et notre agir.Ce prix renforce la conviction qui nous habite et nous meut: ne pas s\u2019accommoder de « ce qui est » comme allant de soi, mais mettre en jeu la pensée critique afin de maintenir vive la possibilité d\u2019un changement social.C\u2019est là aussi l\u2019œuvre des poètes, des artistes.Ils sont d\u2019ailleurs nombreux à être parmi nos collaborateurs essentiels.Sans leur présence dans nos pages, à travers leurs images et leurs mots, notre espace de la parole perdrait de son tonus, de sa saveur singulière, celle d\u2019entretenir dans l\u2019analyse rigoureuse qui s\u2019y déploie une amitié profonde avec le monde.Par ailleurs, le prix de l\u2019ACPC, en reconnaissant la valeur de notre voix critique au sein de l\u2019Église, nous anime à persévérer dans notre effort de témoi- gner d\u2019une autre image de l\u2019Église que celle que les médias de masse aiment à souligner.Prenant prétexte de certains propos d\u2019organisations catholiques et d\u2019évêques conservateurs, ils donnent malheureusement à voir une Église repliée sur elle-même, ayant perdu contact avec la réalité, étrangère au monde, qu\u2019elle ne peut imaginer autrement que comme chrétienté - grâce à Dieu, dépassée.Lors de la Commission Bouchard-Taylor, par exemple, ils ont relayé largement les propos du cardinal Marc Ouellet - qui a même fait la une du Journal de Montréal -alors que les mémoires stimulants des évêques Martin Veillette et Bertrand Blanchet, entre autres, sont passés inaperçus.* * * Un précieux artisan jésuite de la revue nous quitte.Jean-Marc Biron, directeur de Relations et du Centre justice et foi depuis septembre 2001, un organisme où il a travaillé dix ans (1993-1997,2001-2007), a été nommé délégué à la 35e Congrégation générale des Jésuites qui se tiendra à Rome.À son retour, d\u2019autres défis l\u2019attendent.Nous lui sommes reconnaissants pour l\u2019esprit qu\u2019il a su insuffler à l\u2019équipe, qui a tout à voir avec la spiritualité ignatienne qui fait de la quête de la justice l\u2019expression même de la foi.Élisabeth Garant, une collaboratrice de longue date de Relations et responsable jusqu\u2019à tout récemment du secteur Vivre ensemble du Centre justice et foi, prend à juste titre sa relève.« Et là où l\u2019on fabrique les rêves, Il n\u2019y avait plus pour nous de choix.Nous n\u2019en avons vu qu\u2019un, mais sa force Était comme l\u2019arrivée d\u2019un printemps.» [Postlude, Anna Akhmatova, 1965) JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS décembre 2007 actuaLites La Palestine encore punie Alors que la situation dans les territoires palestiniens ne cesse de s\u2019aggraver, le Canada s\u2019aligne de plus en plus sur les États-Unis dans le conflit israélo-palestinien.L'auteur est professeur à la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université d\u2019Ottawa PIERRE BEAUDET Dès l\u2019an 2000, le président Bush s\u2019est entendu avec le premier ministre israélien de l\u2019époque, Ariel Sharon, pour forcer les Palestiniens à accepter l\u2019inacceptable, c\u2019est-à-dire une autonomie très limitée sur des fragments de territoire.La stratégie s\u2019est déployée sur deux plans.D\u2019une part, sur le terrain, pour encercler le territoire palestinien et le découper en petits «bantoustans» invivables.D\u2019autre part, à l\u2019extérieur, en exerçant un maximum de pression sur le leadership palestinien pour qu\u2019il accepte la capitulation.Quand il est apparu clairement que Yasser Arafat s\u2019y refusait, Tel-Aviv et Washington ont décidé de lui couper les jambes sur le plan politique.Quand la population palestinienne excédée a décidé de passer la main au Hamas, la politique de répression s\u2019est accentuée.Le message aux Palestiniens était clair : vous serez punis si vous persistez à appuyer, démocratiquement, des organisations et des leaders qui s\u2019opposent aux visées israéliennes et étasuniennes.En gros, le gouvernement canadien a cautionné cette politique.Ainsi, lors de la 61e session de l\u2019Assemblée générale des Nations unies (2006), le Canada a voté « non » (avec une poignée de pays dont Israël et les États-Unis) à la résolution condamnant les pratiques israéliennes contre les droits humains - alors qu\u2019il s\u2019était toujours abstenu auparavant sur des résolutions similaires.L\u2019argument invoqué par l\u2019ambassadeur canadien de l\u2019époque à l\u2019effet que la résolution n\u2019était pas « équilibrée », puisqu\u2019elle ne condamnait pas en même temps les violations de droits commises du côté palestinien, n\u2019a pas convaincu beaucoup de personnes.Il est à noter qu\u2019à cette même session de l\u2019ONU, le Canada a modifié son vote traditionnel sur quatre autres résolutions relatives au conflit israélo-palestinien.Par la suite, un terrible embargo a été décrété par Washington et Ottawa.Concrètement, les fonds ont été cou- e P JVVW | décembre 2007 RELATIONS actuaLites pés à la nouvelle autorité palestinienne (du Hamas), provoquant une crise sociale et économique très grave.Encore une fois, le message était clair: nous allons vous punir.Devant cet assaut, les Palestiniens de toute allégeance (Fatah, Hamas, gauche) se sont mis ensemble avec l\u2019appui des pays de la région pour mettre en place un gouvernement d\u2019unité nationale composé de toutes les factions.Cette initiative a permis de débloquer le processus avec plusieurs pays européens, mais pas les États-Unis et le Canada.Lors de son passage au Canada, en mars dernier, le nouveau ministre de l\u2019Information palestinien, Mustafa Barghouti, s\u2019est fait fermer la porte au nez par le premier ministre Harper.Entre-temps, la situation sur le terrain est devenue catastrophique.Des milices appuyées par Washington et Tel-Aviv, sous la gouverne de Mohamed Dahlan, un sinistre personnage autrement connu comme le « Pinochet palestinien », ont commencé à transformer Gaza en une sorte de nouvelle Somalie.Mal lui en prit car le Hamas a réussi à l\u2019éliminer du décor.Depuis, le «boycottage» de Gaza, où résident plus d\u2019un million de Palestiniens, est quasi total.L\u2019aide humanitaire y entre au compte-gouttes et les attaques israéliennes y font des ravages.Présentement, le Canada continue de suivre le plan américano-israélien.L\u2019acheminement de l'aide a repris après que le président palestinien Mahmoud Habbas ait décidé unilatéralement de mettre fin au gouvernement démocratiquement élu.En pratique, plusieurs projets gérés par l\u2019ACDI qui devaient aider les Palestiniens de Gaza (les plus pauvres) à se développer ont été suspendus ou « remis » à des agences internationales, dans des conditions qui ne permettent pas de maintenir les infrastructures en place.Paral-_ lèlement, à l\u2019ONU et dans les tribunes internationales, Stephen Harper ne manque pas une chance d\u2019appuyer la ligne jusqu\u2019au-boutiste des Israéliens, comme on l\u2019a vu lors de la guerre dite des 33 jours au Liban durant l\u2019été 2006.L\u2019hostilité contre le peuple palestinien de la part des gouvernements des États-Unis et du Canada ne relève pas d\u2019une erreur ou d\u2019un malheureux manque de vision.Elle s\u2019inscrit dans une logique globale, élaborée à Washington et partagée par Ottawa.En effet, les agressions en cours visent à imposer des changements politiques en profondeur au Moyen-Orient et comme on le dit à Washington, de « forcer des changements de régime ».Ce virage, qui implique une véritable recolonisation du Moyen-Orient, se doit d\u2019imposer un contrôle direct sur la région et ses riches ressources éner- gétiques (localisées surtout en Arabie Saoudite, en Irak et en Iran).Il faut pour cela verrouiller les États et les peuples de toute la région.Et donc, la captation et la transformation du leadership palestinien s\u2019avèrent indispensables.Les Palestiniens, dont la résistance a représenté un obstacle important à l\u2019hégémonie américaine et israélienne dans la région, doivent être « domptés».Et ce faisant, le symbole que cela représente pour tous ceux et celles qui veulent faire évoluer les choses autrement doit voler en éclats.\u2022 Retour sur l\u2019investissement en éducation À l\u2019heure où les étudiants québécois se mobilisent contre l\u2019augmentation des frais de scolarité, il faut interroger les motifs du gouvernement en cette matière.MARC-ANDRÉ GAGNON ET THOMAS CHIASSON-LEBEL Parmi les organismes qui influencent le gouvernement québécois en matière d\u2019éducation, on trouve le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), un think tank de droite qui, dans l\u2019un de ses récents rapports, Le Québec et les droits de scolarité universitaire, nous indique certains des motifs justifiant la hausse des frais de scolarité.L\u2019argumentaire est le suivant: puisqu\u2019une éducation bénéficie financièrement à l\u2019individu qui l\u2019a acquise, il est normal que cette personne défraie les coûts de son éducation.Il devient ainsi nécessaire de dégeler les frais de scolarité.Pour justifier un tel argument, les auteurs du rapport font référence à la théorie du capital humain.Selon cette théorie, les individus investissent dans leur formation afin d\u2019obtenir des revenus futurs plus éle- Les auteurs sont respectivement chargé de cours en économie à l\u2019Université de Montréal et candidat à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM RELATIONS décembre 2007 actuaütes vés.L\u2019individu est de facto un capitaliste dont l\u2019actif principal est sa propre personne.S\u2019inscrire à l\u2019université devient ainsi une simple transaction d\u2019achat d\u2019une marchandise nommée «éducation».La théorie du capital humain, avancée dans les années 1960 par les économistes de l\u2019École de Chicago, vise à justifier le statu quo dans la répartition des revenus : si un individu obtient un revenu plus élevé que son voisin, c\u2019est parce qu\u2019il a sa- évacue arbitrairement la réalité évidente que l\u2019éducation bénéficie à l\u2019ensemble de la société alors que, paradoxalement, il conçoit aisément qu\u2019elle bénéficie à l\u2019entreprise En outre, quel est le coût annuel d\u2019une éducation universitaire au Québec pour les étudiants?En utilisant le raisonnement économiciste du CIRANO, on peut penser que ce coût n\u2019est pas autour de 2000$ car s\u2019il incluait le montant du salaire perdu à ne pas travailler pendant les études, il serait plutôt autour de 32000$.Ainsi, crifié une plus grande partie de sa jeunesse à s\u2019éduquer.Les riches sont donc riches par sacrifice, les pauvres sont pauvres par choix.Cette théorie a toutefois été grandement contestée en raison de ses hypothèses irréalistes.En effet, de nombreuses études statistiques sur les profils de formation choisis par les étudiants n\u2019ont pas permis d\u2019établir de lien de causalité quelconque entre les choix de carrière et la « rentabilité » de l'éducation ou du «sacrifice de jeunesse».De plus, si l\u2019individu bénéficie financièrement de son éducation, l\u2019ensemble de la collectivité en fait autant par la plus grande productivité de celui-ci, ses contributions fiscales plus importantes, mais surtout, son aptitude à porter, transmettre et enrichir le patrimoine collectif.Or, le CIRANO pourquoi les frais devraient-ils être augmentés de 100 $ par année comme le propose le gouvernement Charest?Pourquoi ne pas les réduire de 20 000$?Où placer la barre?La théorie du capital humain n\u2019offre aucune réponse à ces questions.Toutefois, il est possible de faire le calcul de l\u2019apport de l\u2019éducation pour les entreprises en utilisant la même logique que celle proposée par le CIRANO et de le retourner contre ses conclusions.En effet, en considérant d\u2019une part, comme il est généralement admis chez les économistes, que le capital humain constitue au moins la moitié sinon les trois quarts de la capacité productive des entreprises - ce qu\u2019on appelle les actifs intangibles (non matériels) - et que celle-ci contribue à 77 % des revenus d\u2019une entre- m décembre 2007 RELATIONS prise, et que, d\u2019autre part, les bénéfices d\u2019exploitation des entreprises canadiennes en 2006 ont atteint 232 milliards de dollars, on peut ainsi conclure que ces entreprises ont illégitimement accaparé au moins 89 milliards $ qui auraient dû revenir aux personnes qui ont «sacrifié leur jeunesse» pour s\u2019éduquer.On constate à quel point le raisonnement du CIRANO, si on l\u2019applique d\u2019une façon différente, peut nous conduire à la conclusion qu\u2019il est possible de dégager des sommes permettant de réduire à zéro les frais de scolarité et de compenser les étudiants pour les revenus non gagnés pendant leurs études.Il est à noter que pendant que les auteurs de cette étude, Robert Lacroix et Michel Trahan, affirment que le gel des droits de scolarité au Québec nuit à l\u2019accessibilité de ceux qui sont vraiment dans le besoin et à la qualité de l\u2019enseignement et de la recherche universitaire au Québec, une autre étude réalisée par l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) affirme le contraire.Dans un document qui a fait la manchette, intitulé Gratuité scolaire et réinvestissement postsecondaire: Trois scénarios d\u2019application, l\u2019IRIS explique, de plus, que «l\u2019augmentation des frais assumés par les étudiants n\u2019est pas un réinvestissement en éducation, mais elle est généralement utilisée par les gouvernements comme un substitut au financement public».L\u2019enjeu est de savoir qui a le plus grand pouvoir d\u2019influence sur le gouvernement: un OSBL indépendant, non-partisan et progressiste comme l\u2019IRIS ou un think tank comme le CIRANO, dont la majorité du conseil d\u2019administration est constituée de gens d\u2019affaires et dont l\u2019objectif principal, tel qu\u2019énoncé dans son rapport annuel, est de « renforcer l\u2019efficacité et la position concurrentielle des entreprises »?\u2022 actuaLites Honte au Canada! La Déclaration sur les droits des peuples autochtones a été adoptée à l\u2019ONU -malgré le vote défavorable de quatre pays, dont le Canada.MARIE LÉGER LJ Assemblée générale des Nations unies a enfin approuvé, le « 13 septembre dernier, ce document important.C\u2019est par un vote (demandé par la Nouvelle-Zélande, l\u2019Australie et les États-Unis) de 143 contre quatre (le Canada et les trois pays nommés précédemment) et 11 abstentions que se terminait une saga de deux décennies.Naissait ainsi le premier instrument universel de protection des droits des peuples autochtones.La Déclaration avait été adoptée en juin 2006 par le Conseil des droits de l\u2019homme (CDH), la nouvelle instance de droits humains créée par la récente réforme de l\u2019ONU.Tous croyaient alors que l\u2019adoption par l\u2019Assemblée générale n\u2019était qu\u2019une formalité.Or, le groupe africain présentait et gagnait un amendement reportant l\u2019adoption pour permettre des consultations supplémentaires.Les formalités n\u2019existent malheureusement pas en matière de droits des peuples autochtones.Ces consultations ont été difficiles, mais les pays alliés de la Déclaration (les latino-américains et les européens) ont réussi, moyennant neuf amendements au texte adopté par le CDH en juin 2006, à boucler un accord de dernière minute avec le groupe africain.Cet accord isolait finalement les quatre pays - dont le Canada - qui voulaient altérer de façon importante les normes reconnues dans la Déclaration.Pourtant, le Canada a toujours été partie prenante des débats qui ont conduit à l\u2019élaboration de la Déclaration.Ses résistances au texte s\u2019étaient amenuisées au cours des années.À partir de 2004, les représentants gouvernementaux ont même travaillé en collaboration avec les représentants autochtones canadiens pour présenter des rédactions susceptibles de favoriser le consensus - particulièrement en ce qui a trait à l\u2019autodétermination.L\u2019auteure est coordonnatrice de la section « Droits des peuples autochtones » de l\u2019organisme Droits et démocratie Manifestation pacifique lors de la Journée nationale des Autochtones le 29 juin 2007 (Vince Federoff/CP) 's vfriïw^ ?\\especi,.U Êx+reme f% Fescjr/e 1 overly hr.l \\\\'M ^'11 dacriniita^ nCANADA* HONOUR « TREATIES I\",*», r^w.wà %* Tj.r -4T* RELATIONS décembre 2007 Q C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui se retrouve dans le texte final (art.3 et p.16-17).Par ailleurs, peu avant le vote au CDH, on sait que les fonctionnaires ont recommandé au gouvernement d\u2019appuyer la Déclaration tout en formulant une déclaration interprétative pour rendre publiques ses réticences quant à la section sur les terres et territoires (particulièrement l\u2019article 26) et la notion du consentement préalable, libre et informé.Toutefois, le nouveau gouvernement conservateur a décidé d\u2019aller à l\u2019encontre de ces recommandations et il a exigé que les diplomates votent contre la Déclaration.Cette décision a été maintenue malgré les efforts répétés des trois partis d\u2019opposition, ceux des organisations autochtones, de groupes religieux et de défense des droits humains.Cette volte-face est déplorable car, ici comme ailleurs, les peuples autochtones - environ 370 millions de personnes - sont parmi les plus pauvres et les plus marginalisés.Plusieurs d\u2019entre eux vivent dans des situations extrêmement précaires: leurs territoires sont convoités par des compagnies disposées à les surexploiter en laissant derrière elles la contamination et la destruction environnementales.Des peuples entiers sont en voie de disparition - culturellement et même physiquement parlant.La Déclaration vise à fournir une feuille de route pour la protection des peuples autochtones et à indiquer les paramètres d\u2019une relation harmonieuse entre eux et les États dans lesquels ils vivent.Avant tout, elle confirme ce que le droit international reconnaît à tous les peuples : le droit de disposer librement de leurs structures politiques, économiques et culturelles (art.3).Les peuples autochtones obtiennent enfin la reconnaissance du fait qu\u2019ils sont des peuples égaux en dignité à tous les autres peuples du monde et que, à ce titre, ils ont des droits qui doivent être respectés.La Déclaration n\u2019est pas un instrument juridique contraignant et elle n\u2019a pas force de loi - elle n\u2019a donc pas besoin d\u2019être ratifiée.Elle sera néanmoins un outil d\u2019interprétation, une référence qui guidera les agences de l\u2019ONU et le travail des instances de protection des droits humains.Pour nous, au Québec et au Canada, elle représente l\u2019espoir d\u2019une nouvelle relation avec les peuples autochtones avec qui nous partageons ce territoire, une relation basée sur le respect mutuel.C\u2019est à nous, collectivement, de faire en sorte que les droits qui y sont reconnus soient mis en œuvre afin de voir se développer et s\u2019épanouir des peuples qui apportent à notre richesse collective -qu\u2019elle soit culturelle, économique ou politique.\u2022 GLOBE Revue internationale d\u2019études québécoises Université du Québec à Montréal Département d\u2019études littéraires Case postale 8888, Succursale Centre-ville Montréal (Québec) Canada H3C 3P8 télécopieur : +1 (514) 987-8218 courriel : revueglobe@uqam.ca site web : www.revueglobe.uqam.ca PRÉSENTE DANS PLUS DE 40 PAYS Volume 9 2006 Numéro 1 PENSER L\u2019HISTOIRE ENVIRONNEMENTALE DU QUÉBEC.SOCIÉTÉ, TERRITOIRE ET ÉCOLOGIE Introduction.Penser l\u2019histoire environnementale du Québec.Société, territoire et écologie \u2022 Stéphane Castonguay Faire du Québec un objet de P histoire environnementale \u2022 Stéphane Castonguay Un regard froid et lointain sur l\u2019histoire.Comment la glace, les vers et la boue nous ont façonnés \u2022 Donald Worster Approches en histoire environnementale.Le cas de la Nouvelle-Angleterre et du Québec \u2022 Richard Judd L\u2019histoire urbaine environnementale au Québec.Un domaine de recherche en émergence \u2022 Claire Poitras Microbes, animaux et eau en Nouvelle-France \u2022 Denys Delâge Mon pays, c\u2019est le feu.Le Québec, le Canada, les forêts et le feu \u2022 Stephen Pyne Un nouveau chemin vers les rapides.Chisasibi/La Grande et les relations nord-sud au Québec \u2022 Caroline Desbiens Les interventions du ministère de l\u2019Environnement du Québec.Un premier inventaire \u2022 Carole Beaudoin, David Houle et Jean Mercier Postface.L\u2019histoire environnementale et l\u2019historiographie du Québec \u2022 Jean-Claude Robert ÉTUDES LIBRES L\u2019argumentation sur la question nationale au Québec \u2022 Gilles Gauthier Recensions Parutions récentes en études québécoises On peut se procurer la revue en librairie ou via Internet (www.revueglobe.uqam.ca) Directeurs : Michel Lacroix et Éric Trudel Directrice administrative : Lucie Robert Secrétaire à la rédaction : Karine Cellard Secrétaire administrative : Viriginie Pelletier Comité d\u2019administration : Frédéric Bastien, Brigitte Faivre- Duboz, Yara El-Ghadban, Geneviève Lafrance, Karim Larose, Jarrett Rudy, Catherine Vaudry Comité de rédaction : Marc Brosseau, Micheline Cambron, Daniel Chartier, Fernand Harvey, Chantal Maillé, Denis Saint-Jacques, Will Straw RELATIONS HoRiZoNs Le Dieu des appauvris JALDEMIR VITÔRIO, S.|.Toute théologie biblique doit s\u2019élaborer à partir du lieu des pauvres.Le Dieu de la Bible a les yeux tournés vers eux et se révèle comme leur protecteur.La fidélité au Dieu de la Bible passe par la solidarité et la compassion à leur égard.L\u2019expérience fondatrice de la foi renvoie à un Dieu préoccupé par l\u2019oppression des Hébreux, en Égypte.Israël est son peuple parce qu\u2019il est pauvre et opprimé (Deutéronome 7, 7-8).Ses souffrances le contraignent d\u2019agir.«J\u2019ai vu l\u2019oppression de mon peuple en Égypte.Je suis descendu pour le libérer» (Exode 3, 7-8).Ici commence la théologie biblique! Toutes les traditions de l\u2019Ancien et du Nouveau Testament font référence à cette attention de Dieu envers les pauvres.La tradition de la Torah (Loi) voit la protection des faibles, de ceux qui sont sans défense, comme l\u2019expression même de la foi.« Tu ne feras de mal ni à la veuve ni à l\u2019orphelin.Si tu les maltraites, ils crieront vers moi et j\u2019entendrai leur cri.Si tu prêtes de l\u2019argent à quelqu\u2019un de mon peuple, au pauvre près de toi, tu ne lui imposeras pas d\u2019intérêt.Si tu acceptes en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil, car c\u2019est son unique couverture pour dormir» (Exode 22, 21-26).«Si tu oublies une gerbe lorsque tu moissonnes ton champ, ne reviens pas la prendre; elle profitera à l\u2019étranger, l\u2019orphelin et la veuve.Et le Seigneur ton Dieu te bénira» (Deutéronome 24, 19-20).Pour quel motif?«Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte» (Deutéronome 24, 22).La tradition prophétique est traversée par le même souci.La critique virulente des prophètes à l\u2019égard des riches révèle la solidarité de Dieu avec les appauvris.«Ils vendent le juste pour de l\u2019argent et le pauvre pour une paire de sandales; ils écrasent sur la poussière de la terre la tête des faibles La critique virulente des prophètes à l\u2019égard des riches révèle la solidarité de Dieu avec les appauvris.et détournent les ressources des humbles» (Amos 2, 6-7).Dieu ne tolère pas que la richesse s\u2019acquiert au prix de l\u2019exploitation et rejette le culte de ceux dont les «mains sont pleines de sang» (Isaïe 1,15).La tradition sapientielle suit la même ligne.Le chemin de la justice et de la foi consiste à être miséricordieux avec les pauvres.« Ne dépouille pas le pauvre: il est pauvre; et n\u2019écrase pas l\u2019indigent au tribunal, car le Seigneur plaidera leur cause et à leurs ravisseurs il ravira la vie» (Proverbes 22, 22-23).« Faire le bien au pauvre, c'est le faire à Dieu» (Proverbes 19,17).La théologie néotestamentaire est fidèle à cette longue tradition d\u2019Israël.Jésus a été pauvre et solidaire des pauvres.«On lui amenait tous ceux qui souffraient, en proie à diverses maladies et tortures et il les soignait» (Matthieu 4, 24).Il enseignait que la communion avec Dieu passe nécessairement par la solidarité avec les appauvris (Luc 10, 25-37).Il n\u2019avait d\u2019attention ni pour le temple, ni pour les préceptes religieux.Seuls les pauvres lui importaient! Les premières communautés chrétiennes en avaient une telle conscience qu\u2019il était impensable d\u2019avoir parmi elles des pauvres.Le partage des biens découlait de la foi (Actes des apôtres 2, 45; 4, 34-36).À chaque jour la nourriture était répartie parmi ceux et celles qui en avaient besoin (Actes 6, 1-6).L\u2019enseignement de Paul a été approuvé par les responsables de l\u2019Église de Jérusalem à une seule condition: «Nous devions seulement garder en mémoire les pauvres, ce que précisément j\u2019ai eu à cœur de faire», relate Paul dans sa lettre aux Galates (2, 10).L\u2019apôtre Jacques l\u2019affirme sans hésitation : «Écoutez, mes frères bien-aimés! C\u2019est clair : Dieu a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour qu\u2019ils soient riches par la foi et héritiers du Royaume qu\u2019il a promis à ceux qui l\u2019aiment» (Jacques 2, 5).On ne peut lire correctement la Bible qu\u2019en syntonie avec la manière biblique de faire la théologie, c\u2019est-à-dire en l\u2019interprétant à travers le prisme des pauvres.Toute autre perspective, même si elle se dit théologique ou religieuse, court le risque de produire une image distordue de Dieu, « refuge du faible, refuge du pauvre à l\u2019heure de la détresse, abri contre l\u2019orage, ombre dans la chaleur torride » (Isaïe 25,4).\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est professeur d\u2019exégèse au Centro de estudos superiores da Com-panhia de Jesus, à Belo Horizonte (Brésil) RELATIONS décembre 2007 Q dOSSieR La Terre aux abois CATHERINE CARON Depuis la parution de notre numéro de mars 2005, intitulé « L\u2019urgence écologique », il ne se passe plus une journée sans que le réchauffement climatique et la crise écologique ne soient évoqués dans l\u2019actualité.Une prise de conscience planétaire a continué de se développer en même temps que l\u2019inaction des gouvernements américain, canadien et australien, en particulier, a eu de quoi susciter l'indignation.On voit poindre à l\u2019horizon tout le danger inhérent à un système politique et économique qui a une formidable capacité de morcellement du réel et de hiérarchisation des enjeux pour jouer le climat contre la pauvreté, la guerre contre le sida, etc.- comme si tout cela ne faisait pas partie d\u2019une seule et même crise systémique qui nous dépossède du monde et remet profondément en cause notre rapport à la nature, à l\u2019Autre et à la vie.Si «le capitalisme va vers son effondrement», comme le disait le philosophe français et précurseur de l\u2019écologie politique André Gorz, qui nous a quittés en septembre, la question est de savoir s\u2019il entraînera ou non l\u2019espèce humaine avec lui.Ce pourquoi nous jugeons essentiel de poursuivre la réflexion sur ces enjeux cruciaux, ce que nous ferons également à l\u2019intérieur de nos dossiers à venir sur la Chine et les technosciences.« Ce qui meurt aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas la notion d\u2019homme, mais une notion insulaire de l'homme, retranché de la nature et de sa propre nature; ce qui doit mourir, c\u2019est l\u2019auto-idolâtrie de l\u2019homme, s\u2019admirant dans l\u2019image pompière de sa propre rationalité.» Edgar Morin, Le paradigme perdu, Paris, Seuil, 1991 Quelques événements clés ont marqué ces deux dernières années, en commençant par la publication du rapport de février 2007 du Groupe intergouvememental d\u2019experts sur les changements climatiques (GIEC) qui recevait récemment, avec Al Gore, le prix Nobel de la Paix.De tous les rapports du GIEC, celui-ci a été capital car il a confirmé pour la première fois avec une certitude quasi totale le fait que l\u2019augmentation des gaz à effet de serre est principalement causée par les activités humaines.Le rapport Stern a également eu un effet choc, en 2006, en affirmant que l\u2019inaction en matière de changements climatiques serait bien plus coûteuse que l\u2019action.En octobre, c\u2019était au tour de l\u2019ONU de publier son premier bilan exhaustif très préoccupant sur le sujet.La déferlante Al Gore, avec le film Une vérité qui dérange, a eu l'impact que l\u2019on sait.Plus près de nous, les expéditions hautement médiatisées du biologiste cinéaste Jean Lemire en Arctique et en Antarctique, à bord du Sedna IV, ont eu le grand mérite de « faire image » et de rendre ainsi captivantes, aux yeux du grand public, la beauté de la nature et le drame de sa fatale détérioration par notre faute.Caroline Desbiens, dans ce dossier, nous conduit d\u2019ailleurs dans le Grand Nord avec un texte traitant des impacts des changements climatiques sur les Inuits.Ainsi, devant la consolidation du consensus mondial concernant la crise du climat, les gouvernements anti-Kyoto de Georges W.Bush aux États-Unis, de Stephen Harper au Canada et de John Howard en Australie ne peuvent plus décemment dire «que Kyoto est un complot socialiste contre l\u2019entreprise privée ou encore que le réchauffement sera bénéfique pour la planète et les humains.», comme l\u2019indique Jean-Guy Vaillancourt.Dans un texte où il fait l\u2019état des lieux, il condamne le comportement irresponsable, voire illégal dans le cas de Harper, des gouvernements asservis aux instincts irrationnels des drogués du pétrole et du profit.décembre 2007 RELATIONS y'.En 2005, nous avions analysé la société de surconsommation qui conduit à cette crise et à ce constat impitoyable : aucune croissance économique infinie n\u2019est possible dans un monde fini.Nous avions parlé des sources d\u2019énergie alternatives (solaires et éoliennes) et exposé les idées associées au concept de décroissance.Jean-François Filion poursuit aujourd\u2019hui la réflexion en traitant plus spécifiquement de l\u2019écologie politique et Louise Vandelac, en entrevue, insiste sur l\u2019urgence de développer des approches globales concertées et interdisciplinaires concernant ce qui est à ses yeux une véritable crise de civilisation.et une grave crise d\u2019aveuglement de la part de nos élites.Elle ne manque pas de nous rappeler que dès le début des années 1970, des documents scientifiques importants soulignaient déjà « à quel point il était illusoire, voire suicidaire, d\u2019inféoder toute la société aux prétentions d\u2019une économie carburant à la croissance infinie, dans un monde aux ressources limitées et déjà largement entamées.» Dans la même veine, Sylvie Paquerot traite de la problématique fondamentale de l\u2019eau en tant que ressource limitée, non substituable et vitale.Elle s\u2019interroge à l\u2019effet qu\u2019en 2007, nous en soyons « encore à considérer l\u2019eau dans la même catégorie que les noix de coco, le cuivre, le zinc ou l\u2019or.Il est plus que temps de doter les ressources vitales d\u2019un statut propre qui les rende indisponibles à la marchandisation».En plus de tout transformer en marchandise, le modèle économique dominant excelle à générer des «solutions» qui n\u2019en sont pas.Gilles-Éric Séralini, dans un entretien qu\u2019il nous a accordé, analyse le cas des OGM.Scandaleusement présentés comme une solution à la faim dans le monde, ceux-ci sont de surcroît proposés comme une solution aux pesticides.Mais comment cela peut-il être puisque les OGM sont des pesticides?, s\u2019interroge Séralini en nous parlant du scandale que ces substances-semences ne soient pas évaluées en tant que telles et des risques que cela pose pour la santé.Qu\u2019il s\u2019agisse de combattre les OGM comme le font les faucheurs volontaires en Europe ou de s\u2019opposer aux ports méthaniers au Québec, l\u2019action citoyenne est plus que jamais nécessaire pour défendre le bien commun et forcer nos dirigeants à avoir la volonté politique d\u2019agir contre de puissants intérêts privés.Mais quels moyens et quelle radicalité cette action devra-t-elle prendre?La question se pose à l\u2019heure où le gouvernement Charest impose le projet injustifiable et dangereux de Rabaska sans, par ailleurs, se montrer le moins du monde pressé d\u2019adopter une loi pour protéger les citoyens et les groupes victimes de SLAPP, ces poursuites stratégiques contre la mobilisation populaire dont ce numéro parle aussi.\u2022 Aurélie Painnecé, Écrases, collage et acrylique, 8 1/2 x n po., 2007 RELATIONS décembre 2007 Qj dOSSieR L'auteur est sociologue Aurélie Painnecé, Perfection-ment, collage et acrylique, 81/2x11 po., 2007 KO décembre 2007 Climat: l\u2019heure des choix La surconsommation accrue des énergies fossiles non renouvelables (pétrole, gaz naturel, etc.) fait en sorte que le climat se dérègle dans le sens d\u2019un réchauffement global accéléré des températures terrestres.Il s\u2019agit-là d\u2019un phénomène très menaçant pour les humains - en particulier les plus défavorisés du tiers-monde - et les autres formes de vie.JEAN-GUY VAILLANCOURT Les meilleurs spécialistes scientifiques de cette question, réunis dans le Groupe intergouvememental d\u2019experts sur les changements climatiques (GIEC), étudient ce phénomène complexe depuis deux décennies.Basé à Genève, le GIEC est issu d\u2019une initiative du Programme des Nations unies pour l\u2019environnement et de l\u2019Organisation météorologique mondiale.Ses 2500 scientifiques en sont arrivés à cerner avec une précision croissante les caractéristiques, les facteurs et les impacts du réchauffement climatique.Parce que ce phénomène représente autant de sources potentielles de conflits sociaux et de guerres, le GIEC a remporté le prix Nobel de la Paix 2007, avec Al Gore.Causé principalement par l\u2019augmentation des gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines, tel que l\u2019indique avec une certitude quasi complète le rapport de février 2007 du GIEC, le réchauffement entraîne la fonte des glaces de l\u2019Arctique et de l\u2019Antarctique - une surface aussi grande que la Californie est en train d\u2019y fondre.Le GIEC y annonce une hausse minimale du niveau des océans de 28 cm d\u2019ici l\u2019an 2100, mais qui pourrait même atteindre jusqu\u2019à 58 cm.On estime ainsi que, d\u2019ici l\u2019année 2080, chaque année, environ 100 millions de personnes seront affectées par des inondations dues à cette hausse, particulièrement sur les territoires côtiers et les îles des océans Indien et Pacifique.Cela pourrait même affecter l\u2019île du Prince-Édouard, qui pourrait être fragmentée en plusieurs îles, et les îles de la Madeleine qui pourraient être submergées.À l\u2019inverse, on prévoit une pénurie d\u2019eau susceptible d\u2019affecter de 1,1 à 3,2 milliards d\u2019êtres humains d\u2019ici 2080 et qui frappera surtout l\u2019Afrique qui manque déjà de précipitations et de réserves d\u2019eau.La désertification, la déforestation ainsi que des bouleversements dans l\u2019agriculture et les pêcheries accompagnent aussi le réchauffement climatique.Si rien n\u2019est fait, on estime que d\u2019ici 2050, environ un milliard de personnes devront migrer hors de leur région d\u2019origine à cause des conséquences du réchauffement climatique sur leur milieu de vie1.Cet emballement climatique révèle un sérieux problème de justice sociale et d\u2019équité internationale puisque c\u2019est nous, les sociétés occidentales, qui surconsommons les énergies fossiles.Per capita, le Canada et les États-Unis sont actuellement bien plus responsables que les pays du Sud, qui sont déjà et seront pourtant bien plus affectés.Mais le Nord aussi sera touché.La Californie vient d\u2019ailleurs de terminer une saison des pluies avec cinq fois moins de précipitations que la moyenne habituelle, et cette année est la plus sèche depuis 130 ans.La Californie du Sud a maintenant un climat désertique, l\u2019eau y est devenue une denrée très rare.Pas surprenant donc que le gouverneur républicain Schwarzenegger, qui n\u2019a pas d\u2019industrie pétrolière ou automobile à protéger, ait décidé de se faire l\u2019apôtre de la lutte contre le réchauffement climatique.Il a compris que nous n\u2019avons pas le choix.Pendant ce temps, les gouvernements de George Bush aux États-Unis, Stephen Harper au Canada et John Howard en Australie font tout pour éviter les vraies solutions.Le système économique, industriel et commercial qui a conduit à ce résultat doit pourtant être modifié et remis en cause.Il faut de toute urgence réduire les GES - ce pourquoi le Protocole de Kyoto a été mis sur pied -, et miser sur les économies d\u2019énergie, l\u2019énergie solaire, la reforestation, les transports en commun, etc.Certaines grandes entreprises commencent à entrevoir le problème, mais elles refusent de s\u2019attaquer à sa racine véritable : les GES produits par les énergies fossiles.L\u2019an dernier, à Bonn, la phase I de Kyoto (2008-2012) fut lancée surtout grâce aux pays du Sud qui seront les RELATIONS plus touchés et qui veulent des réductions des GES de plus en plus substantielles et contraignantes.La position du Canada est particulièrement scandaleuse, car c\u2019est le seul pays signataire qui refuse encore de faire un effort pour atteindre ses objectifs, contrairement au Japon et au Danemark qui ont certes de la difficulté à les atteindre mais qui n\u2019y renoncent pas pour autant.De l\u2019aveu même du premier ministre Stephen Harper, le Canada s\u2019achemine plutôt vers une hausse des émissions de 50 % au-dessus des cibles de Kyoto pour 2012, surtout parce que celui-ci ne veut pas déplaire à l\u2019Alberta et aux entreprises qui y empochent des superprofits.Non seulement cette approche est-elle une honte car Harper est maintenant, avec Bush et Howard, un des trois leaders mondiaux les plus farouchement anti-Kyoto, mais, de surcroît, son gouvernement est dans l\u2019illégalité car il ne respecte pas la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto, entrée en vigueur le 22 juin 2007.Ne pouvant plus décemment dire que Kyoto est un complot socialiste contre l\u2019entreprise privée ou encore que le réchauffement sera bénéfique pour la planète et les humains, ces adversaires de Kyoto font donc semblant maintenant d\u2019être contre le réchauffement climatique, mais ils ne veulent surtout pas de mesures contraignantes.Ce qu\u2019ils désirent, ce sont des objectifs souples et à très long terme.Ils affirment leur foi inconditionnelle dans des technologies encore à inventer qui permettraient de continuer à développer les énergies fossiles, avec la consommation effrénée de ressources non renouvelables et polluantes comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel que cela suppose.Ils prétendent qu\u2019ils peuvent faire mieux ainsi.Mais fondamentalement, la seule chose qui les intéresse, c\u2019est d\u2019aider les pires secteurs de l\u2019industrie pétrolière, aéronautique et automobile à faire des profits.Que fait pour sa part le gouvernement Charest?Il n\u2019est pas beaucoup mieux que l\u2019ADQ de Mario Dumont dont il ne cesse de se moquer et qui n\u2019a convaincu personne avec son récent virage vert.Malgré ses belles paroles et quelques petits gestes symboliques, il fait reculer le Québec sur la question des changements climatiques en optant pour l\u2019autoroute 25 et pour les ports méthaniers de Gros-Cacouna et de Rabaska.Il faut rappeler qu\u2019un seul de ces projets favorisant la filière gazière annule dans leur totalité les réductions d\u2019émissions de GES consenties récemment par les alumineries québécoises, soit le secteur industriel contribuant le plus aux émissions au Québec.Où est la cohérence par rapport à sa position pro-Kyoto?LA CONFÉRENCE DE BALI Lors de leur dernière rencontre à Bangkok, en mai dernier, 400 experts du GIEC ont affirmé que le niveau d\u2019émissions des GES doit être stabilisé au plus tard d\u2019ici 2015, puis ensuite être réduit radicalement.La conférence de Vienne sur les Cet emballement climatique révèle un sérieux problème de justice sociale et d\u2019équité internationale.changements climatiques, qui a eu lieu récemment, a affirmé qu\u2019il faut arrêter la croissance des émissions de GES d\u2019ici 10 à 15 ans pour ensuite les réduire, d\u2019ici 2050, de 25 à 40% en dessous du niveau de 1990, ou de 50% en dessous du niveau de l\u2019an 2000.Pour en débattre et trouver des solutions, la conférence de Bali de décembre 2007 sera cruciale car on devra y discuter sérieusement de ce qu\u2019on fera après 2012, quand le Protocole de Kyoto prendra fin.Bien sûr, on ne peut rien attendre de positif de Harper, Bush et Howard.Il faudra donc arriver à un consensus le plus large possible, mais sans eux et leurs valets - tout en continuant de miser sur des programmes individuels et locaux.Le ralliement de certains pays du Sud, comme la Chine et l\u2019Inde, sera important, d\u2019autant plus qu\u2019ils font partie aussi du Partenariat Asie-Pacifique initié par G.W.Bush.Même en termes strictement monétaires - puisque telle est l\u2019obsession des forces capitalistes à l\u2019œuvre dans le monde -, l\u2019idée qu\u2019il sera bien plus coûteux de ne rien faire que d\u2019agir contre le réchauffement climatique fait son chemin.C'est la conclusion à laquelle est arrivé l\u2019ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Nicholas Stern, dans un rapport qui a fait grand bruit en 2006 et dans lequel il entrevoit une crise économique de grande ampleur liée à la crise du climat; il indique : « Les coûts du changement climatique pourraient représenter 5 à 20 % du PIB mondial en 2050 alors qu\u2019un contrôle des émissions de gaz à effet de serre et une stabilisation des concentrations atmosphériques à 500 ou 550 ppmv ne coûteraient que 1% du PIB mondial1 2.» Ce n\u2019est pas faire preuve de paranoïa ni de catastrophisme que de dire qu\u2019actuellement, nous nous acheminons vers un désastre si des mesures musclées ne sont pas mises en œuvre pour ramener le réchauffement à moins de 2°C et ne pas le laisser s\u2019emballer à 4°C ou 5°C par an.Car les réalités néfastes du réchauffement climatique sont déjà là, sous nos yeux, comme en fait foi l\u2019actualité.À l\u2019approche de l\u2019élection américaine de 2008, de celle de l\u2019automne 2007 en Australie et des prochaines élections fédérale et provinciales au Canada, espérons que les populations l\u2019auront compris et qu\u2019elles porteront au pouvoir des gouvernements plus responsables, qui ont à cœur la protection de la planète et de ses habitants.\u2022 APATRIDES DE L\u2019ENVIRONNEMENT Les petites Îles-États, situées à basse altitude, telles que Kiribati, Vanuatu, les îles Marshall, Tuvalu, les Maldives et les Bahamas pourraient disparaître du fait des changements climatiques.Les insulaires risquent de devenir apatrides.La Commission des droits de l\u2019homme des Nations unies invite la communauté internationale à prendre les mesures nécessaires pour les accueillir et s\u2019inspirer des avancées politiques et législatives faites par certains pays en faveur des populations apatrides.1.\tÀ ce sujet, lire « Les réfugiés environnementaux», Relations, n° 720, octobre-novembre 2007.2.\thttp://climat.cirad.fr/negociations_et_politiques/actualites/publi-cation_du_rapport_stern.RELATIONS décembre 2007 d dOSSieR L\u2019auteure est pro-fesseure adjointe à l'École d'études politiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa EQ décembre 2007 L\u2019eau, une ressource sans prix La problématique de l\u2019eau est une des plus complexes auxquelles les êtres humains soient confrontés, puisqu\u2019il s\u2019agit, en somme, d\u2019accepter les limites de notre planète.SYLVIE PAQUEROT LJ eau douce est essentielle à la vie des écosystèmes et des êtres humains.Elle est de plus en plus polluée et 1 nécessite donc, pour la plupart de ses usages, davantage de traitements complexes et coûteux.Elle est nécessaire à un grand nombre d\u2019activités humaines et est inégalement répartie sur la planète.et le changement climatique va, comme le souligne le récent rapport du GIEC, en affecter encore plus la disponibilité et la répartition, puisque le cycle hydrologique en sera perturbé.Or, dans la mesure où les ressources en eau sont limitées et pourtant essentielles au développement et aux besoins des écosystèmes et des êtres humains, les conflits d\u2019usages et d\u2019usagers risquent de se multiplier.Dès les années 1980, les acteurs économiques, notamment les institutions financières internationales, travaillent assidûment à faire entrer l\u2019eau dans la logique du système capitaliste de marché.Bien que leurs pressions se fassent plus discrètes ces dernières années, l\u2019élargissement de l\u2019ordre marchand aux ressources en eau n\u2019en demeure pas moins une tendance lourde.Les investisseurs l\u2019ont bien compris et les indicateurs boursiers dans le secteur se multiplient pour faire de l\u2019argent avec l\u2019eau : Dow Jones Water Index, International Securities Exchange ISE-B&S Water Index, Palisades Water Index, etc.Les investisseurs qui y placeront leur capital ne se demandent pas ce que font exactement les entreprises qui en bénéficieront, mais quel rendement ils obtiendront sur leur investissement.Déjà, les conséquences de cette logique marchande se font perceptibles.Des fontaines dont l\u2019accès passe par une carte prépayée ont été installées par des multinationales dans des pays d\u2019Afrique - pas d\u2019argent pas d\u2019eau! Des coupures d\u2019eau pour non-paiement ont entraîné une épidémie de choléra en Afrique du Sud, en 1995.Des quantités massives d\u2019eau sont transférées de la production agricole et alimentaire vers la production de biocarburants, etc.UNE RICHESSE ACCAPARÉE L\u2019eau est utilisée dans une multitude de processus de production qui eux-mêmes produisent des biens qui génèrent du profit.Mais l\u2019argent ainsi généré ne peut remplir les fonctions essentielles de l\u2019eau à sa place.L\u2019eau est vitale pour toutes les formes de vie sur la planète.Elle est également un milieu de vie pour de nombreuses espèces et un «réservoir alimentaire» pour l\u2019être humain.Elle est aussi comme le « sang de la terre », permettant la circulation des éléments nutritifs.Elle est également un facteur de la production naturelle de la masse de matière vivante sur la surface du globe (biomasse).L\u2019être humain n\u2019a trouvé aucun substitut à l\u2019eau.Quand nous utiliserons toute l\u2019eau disponible pour notre consommation et la production des biens, cela signifiera qu\u2019elle ne pourra plus remplir ses autres fonctions naturelles.Les soi-disant besoins du sud-ouest étasunien témoignent clairement de cette logique.Dans cette région, les systèmes hydriques naturels ont été modifiés depuis des décennies pour répondre aux besoins de la production de plus en plus nombreux et «rentables».Ainsi, les écosystèmes s\u2019assèchent dangereusement, la biodiversité décline et le niveau des pluies ne cesse de diminuer.L\u2019eau devient difficile à «trouver» pour répondre à tous ces besoins.Déjà, dans certains cas, une compétition s\u2019est installée entre agriculteurs et villes.Et dans la logique économique actuelle, ce sont les usages les plus « rentables» - ceux qui génèrent le plus d\u2019argent - qui l\u2019emportent : l\u2019utilité pour la vie n\u2019a ici aucune pertinence.Au lieu d\u2019accepter les limites naturelles de la ressource, on cherche à importer de l\u2019eau pour continuer à produire toujours davantage.Ainsi, l\u2019eau douce, de plus en plus perçue comme une ressource stratégique, se trouve de fait soumise à une logique de compétition et d\u2019accaparement.La problématique fondamentale de l\u2019eau est de répartir et protéger une ressource limitée, non substituable et vitale.ruissellement CYCLE HYDROLOCIQUE condensation évaporation immédiate / transpiration précipitation infiltration de la surface évaporation évaporation de surface infiltration absorption par les racines RELATIONS EMPREINTE ÉCOLOGIQUE C\u2019est au cours des années 1990 qu\u2019est apparue la notion d\u2019empreinte écologique.Cet outil permet d\u2019évaluer l\u2019impact des activités humaines sur les écosystèmes en tenant compte des sols, de l\u2019énergie, du transport nécessaire à la production et à la consommation des produits.Des logiciels de calcul ont été développés.L\u2019empreinte écologique moyenne est évaluée à 13,5 milliards d\u2019hectares globaux, soit 2,2 hectares globaux par personne.Aux États-Unis, la moyenne est de 9,5 hectares par personne, au Canada de 6,4 hectares alors qu\u2019en Chine, elle est de 1,5 hectare par personne.Cet instrument ne couvre pas tous les impacts, mais sa simplicité en fait un excellent outil pédagogique polyvalent qui s\u2019affine à partir des nouveaux impacts observés.Voir: .Il est aujourd\u2019hui de notoriété publique que les États-Unis envisagent l\u2019Amérique du Nord du point de vue d\u2019un « marché commun des ressources ».En visite au Canada, en janvier 2006, Paul Cellucci, ancien ambassadeur étasunien au Canada, déclarait d\u2019ailleurs sur les ondes de BBC News World qu\u2019il est inconcevable que le Canada refuse de discuter d\u2019exportation d\u2019eau alors qu\u2019il vend de l\u2019uranium, du charbon et du pétrole - des ressources non renouvelables - aux États-Unis.La problématique fondamentale de l\u2019eau est de répartir et protéger une ressource limitée, non substituable et vitale.Si l\u2019on considère l\u2019eau en tant que bien économique sur la base de sa rentabilité et de sa valeur marchande, cela implique alors que ce sont les mécanismes du marché qui vont en assurer la protection et la répartition optimale.Or, dans la logique du marché capitaliste, la répartition optimale des ressources veut dire en fin de compte s\u2019approprier ces ressources pour investir là où ça rapportera le plus.d\u2019argent.En effet, il est «rationnel», dans cette logique, de vider une nappe phréatique pour ensuite investir ailleurs l\u2019argent que cela aura «produit».Il est également «rationnel», par exemple, si le prix de l\u2019eau augmente, comme celui du pétrole, que le Canada exporte cette ressource et que l\u2019argent ainsi «produit» soit investi dans des secteurs lucratifs.On se doute bien que ce ne sont ni les besoins des populations pauvres, ni les besoins des écosystèmes qui emporteront la décision.L\u2019eau se transforme alors en richesse pour ceux qui peuvent l\u2019accaparer où qu\u2019elle soit.DES DÉCISIONS URGENTES À PRENDRE L\u2019eau n\u2019est pas une «ressource naturelle» à proprement parler mais bien un système ou un élément de système de régulation naturelle qui permet la vie sur la planète : le cycle hydrologique (voir schéma).Si on regarde en arrière, on peut constater qu\u2019au fil de l\u2019évolution des connaissances acquises sur notre environnement naturel, nous avons développé des concepts et des catégories pour rendre compte des différences constatées et de leurs conséquences.On a ainsi distingué les ressources renouvelables de celles non renouvelables et développé - au moins en principe - des comportements différenciés par rapport à cette caractéristique.Pourtant, en 2007, on en est encore à considérer l\u2019eau dans la même catégorie que les noix de coco, le cuivre, le zinc ou l\u2019or.Il est plus que temps de doter les ressources vitales d\u2019un statut propre qui les rende indisponibles à la marchandisation.Ensuite, on doit reconnaître la primauté des fonctions essentielles de l\u2019eau - écosystémiques et vitales y compris pour les êtres humains - sur toutes les autres utilisations de celle-ci.Une fois ces fonctions respectées, il faut considérer les conditions d\u2019accès à cette ressource multifonctionnelle et donc une hiérarchie des usages.Si l\u2019eau est un facteur de Matthieu Bouchard, Tous pour un, acrylique et Photoshop (détail), 81/2x11 po., 2007 RELATIONS décembre 2007 Q dOSSieR L\u2019auteure est profes-seure agrégée au Département de géographie de l\u2019Université Laval Matthieu Bouchard, A la dérive, acrylique, collage et Photoshop, 8 î/2 x n po., 2007 production dans de nombreux domaines «à but lucratif» allant de la pâte à papier aux ordinateurs, en passant par la production hydroélectrique et l\u2019irrigation, elle est également utilisée pour des activités citoyennes ou d\u2019intérêt général : lieux de baignades publics, jardins communautaires ou agriculture de survivance au Sud, etc.La détermination à la fois de la répartition et du coût pour ces différentes activités concurrentes doit relever d\u2019un choix politique et d\u2019un débat démocratique.Cela permettrait d\u2019établir des normes selon lesquelles, par exemple, l\u2019intégrité d\u2019une rivière comme milieu de vie aurait priorité sur l\u2019irrigation intensive ou le développement de terrains de golf.Dans le cadre de cette hiérarchie des usages, il nous faut aussi considérer la fin du droit de détruire.Car l\u2019utilisation de l\u2019eau comme poubelle a largement dépassé la capacité naturelle d\u2019autoépuration de cette ressource Impacts sur la vie des Inuits CAROLINE DESBIENS Si la surpopulation, la densité urbaine ou l\u2019industrialisation à très grande échelle ne sont pas encore caractéristiques du Grand Nord canadien, leurs impacts font néanmoins partie du quotidien des habitants de cette région par le biais du réchauffement climatique.À l\u2019instar de nombreux pays d\u2019Afrique, d\u2019Asie et d\u2019Amérique latine où les conséquences environnementales de la dégradation de la planète - sécheresses, inondations, incidents climatiques extrêmes -sont inversement proportionnées à la consommation moyenne des ressources par habitant, les Inuits du Canada circumpolaire font face à des problématiques graves.Les causes de ces dernières sont directement reliées aux métamorphoses accélérées de l\u2019environnement.Qu\u2019ils soient d\u2019ordre économique, culturel ou social, les problèmes engendrés par le réchauffement climatique sont à la tête des préoccupations des peuples et des dirigeants autochtones.Les chercheurs ont démontré que l\u2019augmentation de l\u2019effet de serre à l\u2019échelle planétaire touche particulièrement les régions arctiques: les modèles climatiques prévoient une augmentation d\u2019environ 2 à 4 degrés au cours des prochaines décennies.Les effets de ce réchauffement seront beaucoup plus aigus dans les zones de la planète exposées une grande partie de l\u2019année à des écosystémique.Comme le souligne Pedro Arroyo, économiste de l\u2019Université de Saragosse: «L\u2019humanité a réussi, à partir de l\u2019élément clé de la vie, à créer l\u2019arme de destruction massive la plus terrible qui n\u2019ait jamais existé : l\u2019eau contaminée.» Dans une perspective de préservation des fonctions essentielles de l\u2019eau, on doit interdire et sanctionner toute pollution qui va au-delà de la capacité d\u2019autoépuration de l\u2019eau et des capacités techniques d\u2019assainissement.Enfin, en terme de principe économique, le caractère vital et non substituable de l\u2019eau exige que toute richesse extrêmes de chaleur ou de froid.Selon les aînés, dépositaires du savoir écologique inuit, ce ne sont pas tant les changements environnementaux qui posent des défis aux communautés, mais bien la rapidité inusitée avec laquelle ils se succèdent désormais.Depuis plusieurs siècles, les peuples de l\u2019Arctique ont développé leurs méthodes de chasse, de pêche et de piégeage afin de participer à l\u2019économie commerciale liée aux activités baleinières et à la traite des fourrures.Pour prendre part à cette économie, les Inuits ont nécessairement modulé leurs modes d\u2019habitation et d\u2019occupation du territoire.Par l\u2019établissement de villages permanents facilitant les échanges avec les baleiniers et les commerçants de B décembre 2007 RELATIONS générée par l\u2019eau retourne à l\u2019eau, à sa préservation et à sa distribution.Cela est d\u2019autant plus crucial que nous avons déjà largement dilapidé et dégradé cette ressource, entraînant des coûts importants pour accéder à une eau saine.La redevance sur les forces hydrauliques, établie par le gouvernement du Québec et servant à financer le Fonds des générations, va à l\u2019encontre de ce principe.Plus encore, cependant, la dimension économique de l\u2019eau oblige également à réfléchir sur les connaissances et les technologies qui permettent de rendre accessible une eau saine et de traiter les eaux usées.C\u2019est là, précisément, que le marché se déploie avec le plus de vigueur pour s\u2019approprier indirectement les sources, devant les réactions des populations face à la marchandisation de l\u2019eau comme telle.«Nous ne vendons pas l\u2019eau, rétorquent-ils, l\u2019eau demeure un bien commun.» En l\u2019absence d\u2019un marché mondial de l\u2019eau, les investisseurs achètent des parts dans des entreprises spécialisées dans ce secteur.La banque suisse Pictet & Cie a créé un fonds d\u2019investissement dédié Il est plus que temps de doter les ressources vitales d'un statut propre qui les rende indisponibles à la marchandisation.au domaine de l\u2019eau et le fonds canadien Criterion vient de faire la même chose récemment.Il importe de réagir fortement à cette logique mortifère.Le maire de Londres montre la voie : il a intenté une poursuite contre le gouvernement britannique pour avoir autorisé Thames Water - qui a la responsabilité de la distribution de l\u2019eau potable - à construire une usine de dessalement afin de fournir en eau la population de cette ville.Il a invoqué le fait que Thames n\u2019avait qu\u2019à investir plutôt dans l\u2019entretien des infrastructures existantes, ce qu\u2019elle a négligé de faire.Cet investissement ne répond en rien à un véritable besoin, mais s\u2019explique seulement du point de vue d\u2019une logique financière d\u2019augmentation de l\u2019offre.d\u2019une ressource pourtant limitée.\u2022 fourrures, de même que l\u2019accès aux écoles et aux établissements religieux, on a favorisé une occupation plus soutenue de la côte alors que les ressources à l\u2019intérieur des terres sont utilisées de façon plus sporadique.Or, en période de réchauffement climatique, l\u2019occupation plus intensive de la côte est un élément supplémentaire de déstabilisation pour les communautés.En effet, les déplacements le long des rives sont rendus périlleux par la nature qui est imprévisible dans les périodes de gel et de dégel et par l\u2019épaisseur moindre de la glace.Cela réduit la sécurité dans l\u2019accès aux ressources du milieu pour les chasseurs et les cueil-leurs.La montée éventuelle des niveaux d\u2019eau rendra encore plus complexe l\u2019utilisation du territoire côtier, car elle est une cause d\u2019érosion et de changements dramatiques dans la configuration des écosystèmes marins côtiers.Malgré ces impacts spécifiques sur les villages permanents le long des côtes, c\u2019est tout l\u2019écoumène inuit qui est affecté par le réchauffement de la planète.On estime que 80 % des Inuits s\u2019adonnent à des activités de chasse d\u2019animaux sauvages, en majorité à des fins alimentaires, quoique certains réservent encore les fruits de ces activités à des usages commerciaux.Le dégel de l\u2019Arctique entraîne de vastes conséquences sur l\u2019écologie du milieu qui constitue la trame même de la culture et de l\u2019économie traditionnelle des Inuits.Même minime, une augmentation de la température moyenne dans cette région modifie les cycles de reproduction des animaux, de même que leurs aires de déplacements, car les sources de nourriture fluctuent sous l\u2019effet des températures plus chaudes.La détresse des ours polaires dans un océan Arctique où les surfaces de glaces diminuent à un rythme inquiétant est devenue le symbole d\u2019une écologie arctique perturbée.Toutefois, de nombreuses autres espèces subissent elles aussi les effets du réchauffement climatique, avec pour résultat une profonde déstabilisation des activités de production halieutiques et cynégétiques chez les Inuits.Alors que les savoirs traditionnels cumulent des siècles d\u2019interaction avec un milieu pouvant être jugé stable dans l\u2019horizon temporel d\u2019une vie humaine, la rapidité des changements en cours entraîne un climat d\u2019incertitude qui fragilise les acquis tout autant que les modes de production de ces connaissances.Il demeure que penser l\u2019impact des changements climatiques sur les Inuits uniquement en termes de déstabilisation de la culture traditionnelle c\u2019est, encore une fois, folk-loriser leur existence et la réduire à une vision stéréotypée.L\u2019un des phénomènes les plus susceptibles d\u2019entraîner des réactions en chaîne dans le Grand Nord est celui de la fonte du sol dont la température est inférieure à 0° C en toute saison - c\u2019est-à-dire le pergélisol.En dégelant, le pergélisol déstabilise l\u2019infrastructure dite « moderne » dont les villages dépendent aujourd\u2019hui - au même titre que ceux du Sud -pour les transports, l\u2019économie et la gestion des services aux communautés : qu\u2019il s\u2019agisse des routes, des maisons, des mines ou des aéroports, tous ces équipements reposent désormais sur des sols instables et posent un danger sérieux à la sécurité et au bien-être des individus.C\u2019est donc dans la totalité de leur vécu, au passé comme au présent, que les Inuits sont touchés par les changements climatiques.La reconnaissance de leurs droits humains en matière de justice environnementale passe donc par l\u2019acceptation de leur « contemporanéité » et par la légitimation de leurs savoirs dans la recherche d\u2019une relation plus saine avec nos milieux de vie.RELATIONS décembre 2007 P3 dOSSieR Le courage d\u2019agir Entrevue avec Louise Vandelac Sociologue à l\u2019UQAM et chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé et l\u2019environnement, Louise Vandelac a fait de l\u2019écologie le combat d\u2019une vie.Cofondatrice d\u2019Eau Secours!, réalisatrice de documentaires sur les biotechnologies et leurs menaces sur les milieux de vie, rédactrice en chef de Vertigo, revue électronique en sciences de l\u2019environnement, initiatrice d\u2019ÉcoCaméra aux Rencontres internationales du documentaire à Montréal, elle a bien voulu réfléchir avec nous sur les défis écologiques de l\u2019heure.Relations : Bien que les rapports du GIEC sur les changements climatiques sonnent l\u2019alarme, la réaction ne tarde-t-elle pas à se faire sentir?Louise Vandelac: En effet, d\u2019autant plus que l\u2019alarme de la crise écologique sonne déjà depuis 40 ans! Il faut se rappeler que bien avant les rapports du GIEC, les travaux du Club de Rome dont le rapport Halte à la croissance (1972) de même que le rapport de l\u2019OCDE, Science, croissance et société (1971), mettaient déjà en évidence l\u2019impasse d\u2019une société productiviste, prédatrice et « surconsommatrice», ignorant totalement ses impacts sur les écosystèmes! Dès le début des années 1970, ces documents soulignaient déjà, 15 ans avant le Rapport Bruntland de 1987, et bien avant l\u2019appel de 1989 signé par plus de 1000 scientifiques dont la moitié étaient des prix Nobel, à quel point il était illusoire, voire suicidaire, d\u2019inféoder toute la société aux prétentions d\u2019une économie carburant à la croissance infinie, dans un monde aux ressources limitées et déjà largement entamées.Pourquoi n\u2019a-t-on alors rien entendu?Cette lancinante question se pose toujours aujourd\u2019hui avec autant d\u2019acuité.Sans doute étions-nous alors trop occupés à faire basculer «l\u2019ancien monde» dans l\u2019espoir d\u2019en inventer un nouveau.Rappelons-nous.Les uns tentaient de redéfinir l\u2019État québécois, voire le politique; d\u2019autres s\u2019affairaient à quadriller les territoires pour tout y exploiter; d\u2019autres encore prétendaient que les technosciences permettraient de tout faire et de tout résoudre alors que d\u2019autres, à travers les mouvements sociaux et syndicaux, de libération, de droits et libertés, tentaient de se faire une place au soleil.Bref, dans ce climat euphorique des années 1970, où tout semblait possible, la notion de limite suintait un autoritarisme dépassé et les limites de la planète étaient impensables.Pourtant tout s\u2019est joué en moins de 35 ans! Depuis le tournant des années 2000, le verdict, impitoyable, s\u2019est confirmé.Vous avez raison d\u2019évoquer les différents rapports du GIEC sur les changements climatiques qui ont joué un rôle clé.Signés et révisés par des milliers d\u2019experts, confortant les nombreuses analyses sur les effets d\u2019accélération et de synergie de la dégradation tous azimuts des écosystèmes, ces rapports du GIEC, alimentés et répercutés par les groupes environnementaux et écologiques, sont devenus incontournables, ce dont témoigne d\u2019ailleurs le prix Nobel de la Paix 2007 remis au GIEC et à Al Gore.Néanmoins, c\u2019est le Rapport du millénaire sur la dégradation accélérée de l\u2019état de la planète et surtout le tout récent rapport du Programme des Nations unies sur l\u2019environnement, publié fin octobre, Perspectives mondiales en matière d\u2019environnement, sans doute le plus exhaustif de tous les bilans de l\u2019ONU, qui inquiètent le plus.Ils confirment tous deux que la sécurité biologique de la planète et la survie de l\u2019espèce humaine sont désormais très sérieusement menacées.Selon les termes de ce dernier rapport, crise du climat, crise environnementale, crise énergétique, crise de la biodiversité et crise de l\u2019eau ne font qu\u2019une seule et même crise, parce que tous ces phénomènes interagissent et rapprochent l\u2019humanité des seuils de rupture qui mènent à l\u2019irréversibilité dans plusieurs domaines.Pourtant, on a beau se faire dire que 60 % des « services biologiques » fournis par les grands écosystèmes (cycle des nutriments, régénération des sols, approvisionnement en eau fraîche, en aliments, en bois, en fibres et en carburant) sont profondément dégradés ou exploités de façon insoutenable, on reste incrédule.On a beau savoir que déjà 30% des amphibiens, 23% des mammifères et 12% des oiseaux sont menacés de disparition et que le rythme d\u2019extinction des espèces dépasse de 100 fois le niveau historique au point de nous faire entrer de plain-pied dans la sixième grande extinction de la planète, on reste bouche bée.On a beau lire que 75% des stocks de poissons sont exploités au maximum, voire surexploités et on a beau savoir que les grandes monocultures intensives gagnées sur la déforestation, la disparition de prairies et de milieux humides sont responsables de 70 % des prélèvements d\u2019eau et Tous ces phénomènes interagissent et rapprochent l\u2019humanité des seuils de rupture qui mènent à l\u2019irréversibilité dans plusieurs domaines.Qj| décembre 2007 RELATIONS de la dégradation des sols, à leur tour facteurs d\u2019augmentation de près du tiers des GES depuis 150 ans, on a du mal à faire le lien avec nos façons de produire et de consommer.On a beau voir que la désertification s\u2019accentue, que les évènements extrêmes se multiplient (ouragans, inondations, sécheresses et brasiers enflammant des régions entières de la Grèce ou de la Californie), on a beau savoir que la pénurie croissante d\u2019eau potable tue plus de 3 millions de personnes par an, on s\u2019émeut, mais on ne fait pas les liens.Bref, on a beau examiner ces rapports facilement disponibles sur Internet sous toutes leurs coutures, tout cela nous semble encore impossible, impensable.et on ne voit guère comment changer la trajectoire.Si bien que le taux d\u2019augmentation des émissions mondiales de C02, qui était de 1,1 % entre 1999 et 2000, a triplé de 2000 à 2004 pour atteindre 3,1 %, en mai dernier.Or, souligne Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, « ceci nous amène bien au-delà du pire scénario du GIEC! » Il est vrai que notre incrédulité est très largement cultivée par les tenants du statu quo.Ce qui explique peut-être pourquoi, à l\u2019exception d\u2019une excellente série d\u2019articles de Louis-Gilles Francoeur dans Le Devoir, les médias ont pour la plupart ignoré Perspectives mondiales en matière d\u2019environnement, le récent rapport des Nations unies qui constitue pourtant l\u2019appel à l\u2019action le plus éloquent et le plus pressant jamais lancé.Dans un tel cas, le silence complice des médias et des pouvoirs politiques, comme s\u2019ils espéraient faire taire les sombres craquements de ce Titanic en haussant la musique pour mieux nous divertir, est lourd de sens.Rel.: Si je vous comprends bien, nous sommes loin d\u2019être bien partis au Québec pour affronter la crise écologique?L.V.: Quand le budget du ministère de l\u2019Environnement est inférieur à 0,03 % du budget du Québec alors que celui de la santé et des services sociaux dépasse les 42%, et quand on semble encore ignorer l\u2019importance de la santé environnementale, parent pauvre de la recherche et de l\u2019intervention dans une société gavée de composés toxiques, où une personne sur deux aura un cancer au cours de sa vie, c\u2019est tout dire.En fait, quand on propose, en France, à la suite des Grenelles de l\u2019environnement, que pour les grands projets, « ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt » mais « aux projets non écologiques de prouver qu\u2019il n\u2019était pas possible de faire autrement» renversant ainsi la charge de la preuve, l\u2019écart est grand avec nos « supposés lucides », s\u2019opposant encore à toute critique écologiste et dont le manque de vision est de plus en plus affligeant.Prenons la question de l\u2019énergie.Nous disposons de quatre atouts majeurs: des capacités éoliennes et hydro- ¦ .électriques hors du commun, un vaste territoire et un ensoleillement non négligeable.Sur la base des acquis d\u2019Hydro-Québec, nous aurions pu développer Énergie Québec, centrée sur la recherche et le développement et sur l\u2019intégration énergétique dans tous les domaines.Ainsi, pourquoi avoir laissé échapper la possibilité de développer une importante industrie de l\u2019éolien permettant d\u2019exploiter les grands corridors de vents près des grands barrages hydroélectriques pour en accroître, en différé, le stockage énergétique et en augmenter les capacités?Nos gouvernements ont préféré abandonner à quelques promoteurs, nombre de nos « cathédrales d\u2019eau de 10 000 ans », selon les mots de Paul Piché, défigurant ainsi les plus belles rivières comme s\u2019il fallait harnacher tout ce qui bouge, tout en semant partout la controverse.C\u2019est avec la même improvisation et la même absence de perspectives qu\u2019on a dispersé des éoliennes privées sur tout le territoire.Or, on aurait pu s\u2019inspirer des politiques concrètes et contraignantes de l\u2019Allemagne pour assurer un recours complémentaire au géothermique, au solaire, aux mesures d\u2019économie d\u2019énergie et parfois aussi à l\u2019éolien afin d\u2019approcher des objectifs de la « maison passive » où les énergies externes sont réduites au minimum.Au lieu de concevoir un plan d\u2019ensemble incluant politiques, programmes et normes en matière de construction, de diversification et de réduction énergétiques, les partis au pouvoir s\u2019ingénient à amplifier les problèmes.Après le projet du Suroît, finalement abandonné sous la pression populaire, c\u2019est maintenant cet insensé projet de port méthanier de Rabaska, Aurélie Painnecé, Égalité, collage et acrylique, 81/2x11 po., 2007 RELATIONS décembre 2007 E dOSSieR y - « mÿseem Aurélie Painnecé, Perspectivesdavenir, collage et acrylique, 81/2x11 po., 2007 menaçant l\u2019île d\u2019Orléans et le fleuve, alors que son bien-fondé n\u2019a jamais été démontré, ni au plan énergétique, ni en termes de besoins pour le Québec.Dans cette Amérique du Nord dopée à l\u2019énergie, pourtant, chaque retard dans les énergies renouvelables ou économisées aggrave les problèmes.Or, soulignait en mai dernier Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques, « si les 20 milliards nécessaires pour l\u2019énergie dans les 20 prochaines années n\u2019étaient pas investis convenablement, les émissions de C02 pourraient augmenter de 60%, alors qu\u2019elles devraient diminuer de 60 %!» Rel.: Devant de tels risques comment modifier la trajectoire?L.V.: Dans la mesure où cette crise de civilisation nous menace tous, sans doute faut-il concentrer l\u2019attention sur les leviers les plus susceptibles de permettre d\u2019essentielles, profondes et rapides transformations dans tous les domaines.Je dirais très succinctement qu\u2019il importe de modifier profondément nos horizons et nos cadres de pensée, et notamment nos rapports à l\u2019économie, bien que cela soit aussi urgent dans le domaine des technosciences, de l\u2019État et de nos rapports au corps, à la santé, à la culture et plus globalement à la symbolique, mais je me limiterai ici à l\u2019économie.2J décembre 2007 RELATIONS On sait que dans le monde occidental, notre horizon de pensée - marqué depuis Descartes par notre distanciation de la nature et englué, depuis la révolution industrielle, dans le mythe du progrès, sans égards aux impacts socio-sanitaires et environnementaux - se caractérise par une appréhension étroite, à court terme, voire hyperspécialisée des problèmes.Ainsi, s\u2019interroge-t-on assez peu en amont sur leur genèse, sur leur formulation, ni même sur les effets des prétendues solutions proposées.On sait pourtant que la préservation des capacités de régénération des êtres et des milieux de vie constitue le socle du vivant sur cette planète et qu\u2019il est au cœur de tout projet humain qui puisse s\u2019y épanouir.En ce sens, il importe de développer et de valoriser de toute urgence les approches globales et concertées qui, soucieuses d\u2019équilibres vitaux, appréhendent les questions du berceau à la tombe de façon interdisciplinaire, dans toutes leurs dimensions, en mettant les spécialisations en perspective et en privilégiant la spécialisation des liens.Ce chantier théorique s\u2019amorce à peine et bon nombre de modèles globaux allant de l\u2019empreinte écologique, à l\u2019approche écosanté ou à l\u2019approche cycle de vie, vont en ce sens.Toutefois, le point de fuite de notre horizon de pensée, à savoir l\u2019idée de croissance infinie et son modèle implicite d\u2019homo economicus, cet être seul et inengendré qui ne cherche, à travers la multiplication de ses échanges instrumentaux, qu\u2019à maximiser ses propres satisfactions, modèle à ce point nos façons d\u2019être et nos rapports aux autres qu\u2019ils sont parmi les éléments les plus complexes à modifier.Certes, il ne sera pas évident non plus de remplacer la boussole économique détraquée qu\u2019est le réducteur produit intérieur brut (PIB) par d\u2019autres modèles d\u2019analyse.Pourtant, le ISEW (Index of Sustainable Economie Welfare) ou le GPI (Genuine Progress Indicator), parmi de nombreux autres indicateurs en développement, permettent déjà de tenir compte des pollutions et des dommages environnementaux à long terme, de la qualité de vie, de la distribution de la richesse et des revenus moyens, des coûts sociaux et environnementaux liés aux inégalités sociales, etc.et illustrent donc, par leur simple existence, le caractère tronqué et désormais insoutenable du PIB.Pour prendre la pleine mesure de la gravité de la situation, rappelons que le Secrétariat à la Biodiversité faisait une évaluation monétaire de la contribution des écosystèmes en 2000 qui était alors estimée à plus de 33 trillions de dollars, comparée aux productions humaines atteignant 18 trillions.Or, si déjà, sous l\u2019impact de nos modes de développement, les deux tiers des services des écosystèmes sont sérieusement atrophiés, cela signifierait-il que cette civilisation aurait réussi à piller et à détruire davantage que tout ce qu\u2019elle produit?Si oui, cela devrait nous inciter à revoir de manière courageuse notre boussole économique et sans doute aussi notre conception de la civilisation.\u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR JEAN-CLAUDE RAVET Les OGM démasqués Professeur et chercheur en biologie moléculaire à l\u2019Université de Caen, Gilles-Éric Séralini était de passage à Montréal en octobre dernier pour donner une conférence à l\u2019UQAM intitulée «OGM et pesticides: sonner l\u2019alarme!».Il a publié, entre autres, Ces OCM qui changent le monde (Flammarion, 2004).Il a bien voulu s\u2019entretenir avec nous des risques que comportent les OGM pour la santé humaine.GILLES-ÉRIC SÉRALINI Nous vivons un espace-temps tout à fait particulier dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.C\u2019est la première fois que nous sommes aussi nombreux sur Terre.La première fois qu\u2019on a autant épuisé nos ressources, l\u2019eau, les terres arables, l\u2019air sain.La première fois qu\u2019on a autant pollué toutes les formes de vie - plusieurs centaines de polluants (pesticides, hydrocarbures, plastifiants.) peuvent se retrouver sur les gènes des cellules de fœtus humains, par exemple.La première fois que nous faisons subir une si grande crise à la biodiversité : de 20 à 30 % des espèces vivantes ont disparu, autant qu\u2019on puisse l\u2019estimer, dans un laps de temps record - à peine quelques décennies, alors que les extinctions précédentes s\u2019étalaient sur des millions d\u2019années.Enfin, c\u2019est la première fois qu\u2019on modifie de manière artificielle et industrielle le patrimoine héréditaire des êtres vivants, au moyen des OGM.POLLUTION GÉNÉTIQUE Il y a un lien étroit entre les OGM et la pollution par pesticides.Presque l\u2019entièreté des OGM commercialisés actuellement contiennent des pesticides : soit qu\u2019ils sont faits pour en absorber sans en mourir, comme le soja tolérant au Roundup Ready, le principal OGM du monde - c\u2019est la première génération des OGM (1995); soit qu\u2019ils produisent en eux-mêmes leur propre pesticide, soit qu\u2019ils fassent les deux: c\u2019est la seconde génération des OGM (1998).Ainsi, c\u2019est un mensonge éhonté d\u2019affirmer, comme on le fait, que le maïs BT, par exemple, fait économiser des pesticides, parce qu\u2019on ne comptabilise que les pesticides arrosés sur les champs, mais pas le kilo par hectare de pesticides produits directement par la plante, sous forme d\u2019un insecticide tout à fait nouveau, non « naturel ».Presque l\u2019entièreté des OGM commercialisés actuellement contiennent des pesticides mais ne sont pas évalués en tant que pesticides.De plus, ces OGM ne sont pas évalués en tant que pesticides.Avant d\u2019être mis en marché, ces derniers doivent être évalués pendant deux ans sur la vie d\u2019un mammifère de laboratoire, ce qui correspond à leur espérance de vie.Les OGM par contre n\u2019ont jamais été testés plus de trois mois, en analysant le sang et les organes des animaux consommateurs - on peut qualifier cela de scandale scientifique! Car on ne peut détecter les effets chroniques (cancer, atteinte au système immunitaire et reproducteur, etc.) qui s\u2019observent généralement au-delà de cette période.Pourquoi ce double standard?Les standards d\u2019évaluation des OGM ont été établis dans les années 1980 par la Food and Drug Administration des États-Unis et la société Monsanto qui a déjà détenu près de 90% des brevets des OGM.Ces plantes sont considérées suffisamment différentes des autres pour être sous brevet, mais pas suffisamment pour être étiquetées et testées pour leur toxicité plus de trois mois! Le principe étant que l\u2019OGM est une plante comme les autres, comme n\u2019importe quelle plante hybride, selon la réglementation américaine, contrairement à l\u2019européenne.On a oublié des principes élémentaires.L\u2019incertitude liée aux effets du génie génétique commande la prudence.De plus, on oublie la raison principale pour laquelle les OGM ont pourtant été créés: absorber ou produire des pesticides.L\u2019évaluation des OGM a ainsi évacué le caractère potentiellement toxique qu\u2019ils peuvent avoir.Certes, cela permet la rentabilité des OGM, en sauvant de la sorte les coûts élevés d\u2019évaluation, de même que la nécessité d\u2019étiquetage.Il faut savoir que les huit plus grandes firmes qui produisent des OGM sont aussi celles qui produisent les pesticides et des médicaments; elles se sont butées aux critères de plus en plus élevés concernant leur toxicité, impliquant des tests de plus en plus coûteux.Elles ont donc trouvé une idée géniale pour contourner la réglementation internationale en commercialisant des pesticides sans qu\u2019ils soient considérés comme tels : les OGM.Double gain et profit pour elles: des pesticides à bas prix et des semences brevetées.Mais c\u2019est dangereux.LES RISQUES POUR LA SANTÉ Il est donc important d\u2019évaluer la toxicité des pesticides contenus TERMINATOR Le prix « Right Livelihood Award », en 2007, a été remis à Percy et Louise Schmeiser, agriculteurs de la Saskatchewan, pour avoir sensibilisé le monde aux dangers de la domination croissante des entreprises d\u2019OGM sur la biodiversité en s\u2019opposant à Monsanto.S\u2019ils ont perdu leur cause devant la Cour suprême du Canada, en 2004, leur action a cependant porté fruit.En 2006, la Convention des Nations unies sur la diversité biologique maintenait le moratoire international sur la technologie Terminator, des plantes modifiées génétiquement pour les rendre stériles.RELATIONS décembre 2007 Qj dOSSieR dans les OGM soit par absorption, soit par production directe, tout comme les OGM entiers, ainsi que tout autre pesticide ou médicament.Cela nécessite au moins deux ans de tests sur un animal de laboratoire, selon les normes internationales.J\u2019ai voulu étudier, avec mon équipe de recherche de TUniversité de Caen, s\u2019il y avait bel et bien des risques pour la santé.Pour ce faire, nous avons dû pendant trois ans entamer des procédures judiciaires contre les États qui cachaient les données de la société Monsanto considérées comme « secret d\u2019entreprise » et donc confidentielles - c\u2019est le cas au Québec et au Canada.Et ceci, grâce à l\u2019avocate Corinne Lepage, ancienne ministre française de l\u2019Environnement, présidente de notre Comité d\u2019expertise indépendant (CRIIGEN).C\u2019est finalement en cour d\u2019appel d\u2019Allemagne que Monsanto a perdu sa cause, grâce à Greenpeace.Nous avons pu recueillir les données des tests effectués sur des rats, concernant le maïs BT MON863.Ce maïs BT a pour caractéristique de combattre un coléoptère, la chrysomèle, le premier ravageur de maïs aux États-Unis.En entrant les données sur ordinateur, nous avons pu refaire les tests statistiques, les courbes d\u2019évolution du poids des rats et les interprétations des analyses de sang, par exemple.Nos résultats ont été publiés dans une revue scientifique internationale.Nous avons détecté une quarantaine de signes de toxicité significatifs se concentrant sur le foie et les reins des animaux testés.Sur cette base, nous avons exigé que les tests soient approfondis au-delà de trois mois.Cela a suscité une large controverse en Europe et en Australie1.Car ces analyses de Monsanto avaient été vues par les différents comités chargés d\u2019évaluer les OGM, dans ces pays, et ils les avaient autorisés quand même.Cela sous-entendait donc qu\u2019ils avaient été soit incompétents, soit malhonnêtes.Douze pays récemment ont voté pour recommencer les tests.C\u2019est encourageant.Évidemment si des tests sur une longue période étaient rendus obligatoires, pas seulement pour ce maïs mais pour tout OGM, ceux-ci ne seraient plus rentables.Il y a un grand lobby non dit de scientifiques qui font donc la promotion de l\u2019industrie des OGM en plaidant leur caractère a priori inoffensif et le statu quo en ce qui concerne la période maximale de trois mois d\u2019évaluation.Un vrai scandale! Car même ces tests de courte durée prouvent qu\u2019on devrait s\u2019inquiéter.Il est à peu près sûr qu\u2019il y aura des effets dits chroniques - la plupart des pesticides en provoquent - mais nous ne savons pas lesquels car ce type L\u2019étiquetage des OGM est essentiel.S\u2019il se produit un problème, il faut être capable de remonter à la source.Un bâillon appelé SLAPP CATHERINE CARON X A la revue Relations, on sait ce que cela signifie lorsque d\u2019importantes compagnies entreprennent de tenter de vous faire taire parce que vous dénoncez leurs agissements qui nuisent à l\u2019environnement ou à la santé.Relations fut la première, en mars 1948, à porter à l\u2019attention du public le sort fait aux travailleurs québécois dans les mines de silice1 - crise qui précéda celle de l\u2019amiante.Les enjeux étaient de taille et le groupe financier Timmins (Noranda Mines) menaça de tramer en justice les jésuites du Québec et obtint de manière révoltante la rétractation de la jeune revue et la destitution de son premier directeur, le père Jean-d\u2019Auteuil Richard.Malgré tout, l\u2019action courageuse de la revue porta fruits.Aujourd\u2019hui, libéralisme et déréglementation obligent, les comportements irresponsables de multinationales devenues dans certains cas plus puissantes que des États, se multiplient et défraient la manchette régulièrement, souvent grâce au travail acharné de citoyens et de mouvements sociaux.Lorsque le nouvel acronyme SLAPP est apparu dans le paysage québécois, en 2006, les Québécois ont découvert avec stupéfaction le nouvel outil utilisé par les entreprises pour faire taire des citoyens dénonçant leurs agissements : la poursuite stratégique contre la mobilisation populaire (en anglais: Strategie Lawsuit Against Public Participation/SLAPP).On apprenait que l'un des premiers groupes écologistes québécois, l\u2019AQLPA (Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique) et le CRRE (Comité de restauration de la rivière Etchemin) risquaient de devoir mettre fin à leurs activités en raison d\u2019une poursuite de cinq millions de dollars intentée contre eux et contre des individus de la région de la rivière Etchemin par AIM (American Iron and Metal).Qu\u2019avaient-ils fait?Ils avaient pris cette entreprise en flagrant délit de violation des lois environnementales en faisant, à plusieurs égards, le travail du gouvernement à sa place - comme le révélait un rapport du vérificateur général du Québec publié en décembre 2006.Selon le juge Singh, la SLAPP se décrit comme «une poursuite pour obtenir des dédommagements financiers contre des individus qui ont traité avec des organismes gouvernementaux au sujet d\u2019un enjeu public.Il s\u2019agit d\u2019une poursuite sans fondement, entreprise par un plaignant dont le but premier n\u2019est pas de gagner la cause, mais de réduire au silence ou d\u2019intimider les citoyens qui ont pris part aux démarches concernant les politiques publiques ou le processus de décision politique publique ».Si les envi-ronnementalistes ont la cote, la stratégie peut viser n\u2019importe quel citoyen ou organisme, y compris des médias, décembre 2007 RELATIONS \\ X?- r/x ' Mi de maladie se manifeste seulement après plusieurs mois.Nous avons pu par contre observer des signes d\u2019intoxication inquiétants sur les organes qui sont les premiers touchés en cas d\u2019intoxication chimique.L\u2019ÉTIQUETAGE C\u2019est pourquoi l\u2019étiquetage des OGM est essentiel.Ils font de plus en plus partie d\u2019un nombre important d\u2019aliments.Il y a 150 pays à travers le monde qui ont déjà opté pour l\u2019identification aux frontières qui est souvent suivie de l\u2019étiquetage (le Protocole international de Carthagène).S\u2019il se produit un problème, il faut être capable de remonter à la source, connaître le chemin de la fourche à la fourchette.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la «traçabilité».Elle est indispensable en cas de gestion de crise.Nous l\u2019avons vu pour la maladie de la vache folle.Ne pas le savoir, c\u2019est s\u2019exposer à des risques inutiles.Autant avons-nous aujourd\u2019hui une bonne gestion de l\u2019hygiène microbienne, autant l\u2019hygiène chimique, dont la préoccupation est plus récente, n\u2019existe presque pas.Il faut d\u2019ores et déjà y remédier.\u2022 PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-CLAUDE RAVET 1.Voir : « OGM - Le vrai danger », un reportage de Canal + accessible au : .Matthieu Bouchard, Mutation naturelle ?, collage, acrylique et Photoshop, 8 i/2 par n po., 2007 défendant une cause d\u2019intérêt public par divers moyens (tracts, interventions, etc.) contre une entreprise.Une SLAPP se caractérise ainsi par son caractère disproportionné : les menaces de dommages et intérêts sont complètement démesurées par rapport au tort prétendument causé.Il s\u2019agit de paralyser l\u2019adversaire, de l\u2019épuiser financièrement en l\u2019obligeant à se défendre et, surtout, de faire en sorte qu\u2019il ne puisse plus mener à bien son travail.Entre autres exemples, des opposants au projet Rabaska ont aussi perdu temps et argent en devant faire face à une telle poursuite intentée par le Port de Québec (qui a été déboutée par le juge responsable de cette cause).La profonde injustice derrière cette basse manœuvre l\u2019est d\u2019autant plus que les grands groupes privés disposent déjà de sommes colossales pour faire pencher les décisions des gouvernements en leur faveur.De véritables escadrons de lobbyistes travaillent - on en compterait 35 000 à Washington, par exemple - pour des intérêts privés, pendant qu\u2019une poignée d\u2019individus et d\u2019organismes disposent de moyens beaucoup moindres pour défendre l\u2019intérêt public et les droits humains.Dans le Partenariat nord-américain pour la prospérité et la sécurité (PSP)1 2, le lobbying des compagnies regroupées au sein du Conseil nord-américain de la compétitivité s\u2019institutionnalise carrément, leur permettant de dicter le contenu de nos politiques publiques dans des domaines aussi vitaux que l\u2019énergie ou l\u2019eau.Cela ne suffisant apparemment pas, la SLAPP s\u2019est ajoutée à l\u2019arsenal pour faire taire toute dissension.Face à ce phénomène, des lois anti-SLAPP ont vu le jour à compter de 1989 aux États-Unis.Il en existe dans 25 États américains, de même que dans quelques pays.Forts de nombreux appuis, l\u2019AQLPA et le CRRE, représentés par Me Julius Gray, ont de fait demandé en 2006 que le gouvernement québécois légifère de manière urgente en cette matière et que des mesures d\u2019aide soient disponibles pour les citoyens visés.En mai 2007, en réaction à cette mobilisation, le comité d\u2019experts mandaté par le ministère de la Justice a indiqué que le gouvernement devrait et pouvait assez aisément légiférer pour assurer aux citoyens ou aux organismes leur droit au débat public.Arrivé à la fin 2007, on attend toujours.Or, il y a fort à craindre que les cas vont se multiplier, la capitulation répétée de nos élites dirigeantes devant les intérêts capitalistes mondialisés allant de pair avec une mobilisation sociale citoyenne qui devient plus que jamais nécessaire et urgente pour sauvegarder et défendre l\u2019intérêt public et le bien commun.1.\tCLAVETTE, Suzanne, L\u2019Affaire Silicose par deux fondateurs de Relations, Québec, PUL, 2006.2.\tLire « Le sommet de Montebello » dans Relations, n° 720, octobre-novembre 2007.RELATIONS décembre 2007 E9 dOSSieR L\u2019auteur est professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM m décembre 2007 Vers une écologie politique L\u2019écologie politique, dont l\u2019originalité est de se poser à la fois comme rationnelle et idéaliste, insiste sur le caractère inouï de la crise écologique dans la mesure où celle-ci n\u2019est pas causée par une catastrophe naturelle, mais bien par un système économique créé de main d\u2019homme.Le défi écologiste consiste à limiter politiquement l\u2019activité technico-économique au nom de la liberté de tous.JEAN-FRANÇOIS FILION Malgré ses avancées indéniables, le mouvement vert semble aujourd\u2019hui avoir tourné le dos à l\u2019écologie politique.Celle-ci, également appelée «écologisme», a connu de beaux moments à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour ensuite s\u2019éclipser devant le déferlement de la vague néolibérale.Si nous constatons actuellement dans les médias une équivalence sémantique entre écologisme et environnementa-lisme, il était jadis admis de distinguer ces deux tendances.D\u2019un côté, l\u2019écologisme, la tendance plus radicale, vise une refonte de nos conceptions de la nature, de l\u2019économie et de la démocratie; de l\u2019autre, l\u2019environnementalisme, la tendance pragmatique qui a fini par s\u2019imposer, propose une adaptation de l\u2019activité humaine aux exigences capitalistes de rentabilité et d\u2019innovation, au nom d\u2019une plus grande efficacité.Les environne-mentalistes visent ainsi l\u2019élaboration de normes et de procédés techniques déterminés par des études scientifiques.Ils font entre autres la promotion d\u2019une éthique de consommateurs et de bourses du carbone qui auraient pour conséquence - conformément à la loi de l'offre et de la demande - d\u2019influer sur le marché et, de ce fait, sur l\u2019empreinte écologique des divers secteurs économiques.L\u2019ANTI-PRODUCTIVISME Ce qui caractérise fondamentalement l\u2019écologisme, c\u2019est qu\u2019il s\u2019oppose au productivisme, défini comme un «système d\u2019organisation de la vie économique dans lequel la production, la productivité sont données comme l\u2019objectif essentiel» [Le Petit Robert, 2007).L\u2019écologisme propose une alternative au système capitaliste.Son précepte anti-productiviste consiste à affirmer que ce dernier est intrinsèquement incompatible avec les écosystèmes terrestres et RELATIONS que l\u2019erreur fondamentale des environnementalistes consiste à persister dans l\u2019utopie d\u2019un capitalisme vert.Loin d\u2019être une mystique primitiviste, l\u2019écologisme admet de manière rationnelle que c\u2019est le maintien du laisser-faire économique qui nous ramènera à l\u2019âge de pierre.Or, elle est bien terminée l\u2019époque où industriels et politiciens ridiculisaient les écolos comme des prophètes de malheur voulant un retour à l\u2019éclairage à la chandelle.En effet, un des acquis majeurs des dernières années consiste en l\u2019acceptation, au sein de la communauté scientifique et de la population en général, du bien-fondé des scénarios catastrophistes si rien ne change.Il reste alors à transposer dans nos sociétés cette prise de conscience en dépit des résistances provenant des classes possédantes qui, les yeux rivés sur les indices boursiers, semblent de plus en plus déconnectées de la réalité.N\u2019oublions pas ces paroles de Milton Friedman, prix Nobel d\u2019économie : « La seule responsabilité sociale du chef d\u2019entreprise est de maximiser les dividendes des actionnaires; tout autre comportement de sa part est à considérer comme subversif» (cité par O.Aktouf, Relations, n°690, février 2004, p.15).La logique productiviste du capitalisme est un non-sens dont il faut sortir car, depuis les temps modernes, nous savons que ce sont les humains qui créent l\u2019ordre social en élaborant consciemment des lois aux effets souhaités.Cela s\u2019effectue notamment par le droit constitutionnel qui forme ni plus ni moins que le code génétique des sociétés.Mais le paradoxe que l\u2019on rencontre avec la crise écologique est que le système économique actuel, garanti par le droit constitutionnel libéral, semble avoir échappé au contrôle politique.L\u2019idéologie optimiste du «développement durable », chère aux environnementalistes, illustre bien ce refus politique.Lorsqu\u2019on examine les divers projets se revendiquant du développement durable, n\u2019est-il pas légitime de douter de la véracité de cet idéal de conciliation entre économie capitaliste et environnement?Car nos politiciens peuvent bien séduire en parlant du bien-être des générations futures et de recyclage, mais quand vient le temps d\u2019agir - compétitivité oblige! - ils favorisent les ports méthaniers, les centrales nucléaires ou une énième autoroute.Le développement durable constitue ainsi un voile, teint de bons sentiments environnementaux, qui masque la prédominance de la dure loi de l\u2019économie productiviste : grow or die! Pour l\u2019écologie politique, un des premiers objectifs an-ti-productivistes consiste à se dégager du cycle infernal de la démesure technologique et financière.C\u2019est ainsi que plusieurs écologistes proposent les idées de décroissance, d\u2019économie locale ou de souveraineté alimentaire.Nous Pour l\u2019écologie politique, un des premiers objectifs anti-productivistes consiste à se dégager du cycle infernal de la démesure technologique et financière. liards et demi d\u2019êtres humains qui peuplent aujourd\u2019hui la Terre.m sj m ïm ' : !'¦\ti ; ht \\ mm, »-¦ km:*'h, 'W't i A:: pensons également qu il faille entrevoir des modifications du droit de propriété, notamment en ce qui a trait à l\u2019existence des sociétés par actions (corporations), lesquelles jouissent de maints droits et privilèges, mais n\u2019ont que peu de devoirs face à la société.Des solutions extravagantes ne sont pas nécessaires; on pourrait, par exemple, envisager un retour à l\u2019idée d\u2019économie nationale afin de se prémunir du chantage incessant qu\u2019exercent les entreprises qui menacent de partir dès que l\u2019on évoque la nécessité d\u2019adopter des normes environnementales et sociales.Une mainmise politique sur les processus économiques peut freiner la logique productivité.Puisque le fait d\u2019agir en fonction de normes préalablement établies est une règle éthique conforme aux exigences de la raison, le développement technologique devrait être orienté de manière à satisfaire nos besoins plutôt qu\u2019à en inventer continuellement de nouveaux.Il faut donc reprendre du socialisme l\u2019idée de diminuer le temps de travail.Il en découlerait plusieurs bienfaits : les besoins de transport diminueraient, la baisse du stress et de la pollution deviendrait le fondement d\u2019une médecine préventive, et nous aurions plus de temps à consacrer à la vie familiale, culturelle, politique et spirituelle.Mais pour ce faire, une réorganisation politique de la société est nécessaire afin de mettre un terme à la mouture social-démocrate du productivisme, qui aspire à ériger la justice sociale au moyen de la surconsommation de masse.Ce modèle de gauche est antiécologique, et on ne peut l\u2019universaliser pour les six mil- POUR UN PATRIOTISME VERT La nécessité d\u2019effectuer des changements constitutionnels d\u2019envergure n\u2019est pas motivée par la fascination de quelque utopie, mais par la conviction que le statu quo nous mène directement au chaos.Comme le mentionne l\u2019économiste français Serge Latouche, dans son article « Écofascisme ou écodémocratie » (Le Monde diplomatique, novembre 2005), le capitalisme ne pourra persister dans la crise écologique qu\u2019au prix d\u2019un accroissement des inégalités et d\u2019un recours systématique à la force: «Confrontées à la menace d\u2019une remise en cause de leur niveau de vie, les masses du Nord seraient prêtes à s\u2019abandonner aux démagogues promettant de le préserver en échange de leur liberté, fût-ce au prix de l\u2019aggravation des injustices planétaires et, à terme, bien sûr, de la liquidation d\u2019une part notable de l\u2019espèce.» Ces images de jeunes Africains affamés qui accostent en Europe dans des embarcations de fortune ne constitueraient-elles pas le présage d\u2019une souffrance humaine qui se manifestera à grande échelle?L\u2019enjeu ici est d\u2019éviter que les citoyens des pays riches succombent à la démagogie et au refus de savoir ce qui se passe à l\u2019extérieur des zones de confort européenne, nord-américaine et nipponne.Le défi majeur de l\u2019écologisme concerne le choix de la forme politique à promouvoir.Il est, à notre avis, problématique que de nombreux écologistes refusent l\u2019État-nation en voulant créer de nouvelles institutions, ou bien locales, ou bien mondiales.Ici on remarque la fâcheuse tendance à refuser que la contrainte réelle relative à la concrétisation d\u2019un idéal révolutionnaire consiste en la patiente réforme de ce qui est déjà là.Or, ce refus de l\u2019État ne peut que réconforter les classes dirigeantes.Car, contrairement aux niveaux local et mondial, c\u2019est encore de nos jours au niveau national que se trouvent les capacités « matérielles » de créer et d\u2019appliquer le droit.C\u2019est pour cette raison que l\u2019écologisme devrait intégrer l\u2019idée d\u2019un «patriotisme vert » qui humaniserait l\u2019État et permettrait la limitation concrète de l\u2019activité techno-économique des capitalistes.Une des vertus du patriotisme vert serait de contribuer à la constitution d\u2019un « nous » national à la fois ancré dans le territoire et dans la succession des générations.Ce nouveau type de « nous » permettrait aussi de surmonter les incompréhensions interculturelles, puisque la crise écologique frappe indistinctement les citoyens d\u2019un pays sans égard à RELATIONS Marie-Ève Proteau, Symbiose, acrylique et techniques mixtes, 8.5 x il po., 2007 décembre 2007 m dOSSieR L\u2019ÉCO-FÉMINISME L\u2019écologie féministe est une approche de l\u2019environnement apparue au cours des années 1970.Elle établit un lien entre la domination de la nature par l\u2019homme et l'exploitation des femmes.Ce mouvement s\u2019intéresse aux enjeux environnementaux liés à la condition féminine, à la santé et à la pauvreté, et propose une éthique globale de l\u2019environnement, une nouvelle façon de penser la nature, la politique et la spiritualité.Pour en savoir plus, consulter le site Internet du Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE), .leur origine ou à leur condition sociale.Cela rendrait enfin possible le retour à de grandes causes porteuses de sens pour des hommes et des femmes sensibles au monde qu\u2019ils offrent à leurs alter ego du tiers-monde et à celui qu\u2019ils laisseront en héritage aux générations futures.Aussi, un tel retour aux luttes politiques pourrait révéler à quel point les corporations et leurs dirigeants sont dépourvus de conscience écologique et constituent des adversaires plutôt que des partenaires.On en sait suffisamment à leur sujet pour dire que ceux-ci sont allergiques aux limitations environnementales et indif- férents au sort des travailleurs qui perdent leur emploi au gré des opérations financières.Malheureusement, le patriotisme est souvent vu comme l\u2019apanage des militaires; il est grand temps que les écologistes mettent de l\u2019avant cette disposition d\u2019esprit qui vient chercher les sentiments altruistes, car les humains ont cette force interne de mettre de côté leur intérêt immédiat pour participer à une grande cause, qui ne peut être confondue avec les guerres impérialistes, à savoir le combat politique contre un système économique qui menace la vie et la liberté.Pour ce faire, le patriotisme vert implique la conversion d\u2019une masse critique d\u2019hommes et de femmes qui seront résolus à traduire en termes éthiques et politiques l\u2019émerveillement philosophique ou religieux que suscite l\u2019existence de la vie sur une planète fragile tournoyant dans le cosmos.Cet émerveillement doit être à la base d\u2019une doctrine politique rassembleuse qui s\u2019opposera au nihilisme capitaliste.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BARLOW, Maude et CLARKE, Tony, L'or bleu (préface de Louise Vandelac), Montréal, Boréal, 2002.DENHEZ, Frédéric, Atlas du réchauffement climatique, Paris, Autrement, 2007.FELLOUS, jean-Louis et GAUTHIER, Catherine, Comprendre le changement climatique, Paris, Odile Jacob, 2007.GENDRON, Corinne et VAILLANCOURT, Jean-Guy (dir.), Développement durable et participation publique.De la contestation écologiste aux défis de la gouvernance, Montréal, PUM, 2003.LIPIETZ, Alain, Qu\u2019est-ce que l'écologie politique?, Paris, La Découverte, 2003.PAQUEROT, Sylvie, Un monde sans gouvernail : enjeux de l\u2019eau douce, Montréal, Athéna, 2005 (co-édité avec la Chaire Mondialisation, citoyenneté et démocratie de l\u2019UQAM).PELT, Jean Marie et SERALINI, Gilles-Éric, Après nous le déluge, Paris, Flammarion, 2006.PETRELLA, Ricardo (dir.), L\u2019Eau, res publica ou marchandise?(incluant Sylvie Paquerot, L\u2019urgence, reconnaître le droit d\u2019accès à l\u2019eau), Paris, La Dispute, 2003.ZI N, jean, L\u2019écologie politique à l\u2019ère de l\u2019information, Paris, Ère, 2006.REVUES Alternatives Sud, «Changements climatiques.Impasses et perspectives».Vol.XIII, n° 2, 2006.EcoRev\u2019, « Figures de l\u2019écologie politique», n° 21, automne-hiver 2005-2006, .Futuribles, « Menaces sur l\u2019humanité.ou démocratiser le génie génétique.» par Louise Vandelac, mai 2001, Xi boucher sur l\u2019action.Durant quelques jours, des ateliers sur les thèmes les plus variés ont permis de brasser et de rebrasser certaines idées.L\u2019action politique a certes besoin de réflexions et on ne peut que se réjouir du fait que 5000 personnes veuillent se creuser les méninges et se nourrir intellectuellement plutôt que de répéter des formules toutes faites et des slogans creux.Cependant, le format même du Forum social ne permet pas la synergie entre les préoccupations et les intérêts des uns et des autres.Chacun y va de son activité, sans que les interactions puissent vraiment s\u2019y produire; les écolos y discutent d\u2019environnement et les féministes se retrouvent souvent entre elles.Ce qui reproduit deux tares des mouvements sociaux actuels, la réflexion en « silos » - chaque mouvement ne pensant qu\u2019en fonction de l\u2019enjeu qu\u2019il poursuit - et une juxtaposition des luttes sociales sans que celles-ci ne s\u2019imprègnent mutuellement.Un tel format rend difficile de déboucher sur l\u2019action, même dans un contexte comme celui du Québec où les groupes militants sont déjà regroupés dans toutes sortes de coalitions (Réseau de vigilance, Échec à la guerre, Réseau québécois sur l\u2019intégration continentale/RQIC, Coalition Solidarité Santé, pour n\u2019en nommer que quelques-unes) visant à promouvoir le travail en commun.Qu\u2019amenait de plus l\u2019Assemblée des mouvements sociaux qui s\u2019est tenue le dimanche matin sinon une déclaration finale pétrie de bonnes intentions, œcuménique quant aux causes à embrasser, mais tellement vague du point de vue de l\u2019action qu\u2019après avoir souligné son accord avec le principe d\u2019une action commune, chaque groupe y a été de son petit laïus pour souligner à quel point l\u2019enjeu qu\u2019il défend devait devenir l\u2019enjeu commun?Ceci fait ressortir que beaucoup plus que d\u2019un Forum social, même s\u2019il faut se réjouir du fait que celui-ci ait eu lieu, ce dont a besoin la gauche québécoise, c\u2019est plutôt d\u2019états généraux des mouvements sociaux où l\u2019on mette de côté la vision en « silos » pour se demander sérieusement ce que l\u2019on peut faire ensemble pour contrer la montée de la droite dans tous les domaines de la vie sociale et politique.Car montée de la droite il y a et pas seulement dans nos gouvernements! Les médias, les Églises, les institutions sociales, les partis politiques et quelquefois même nos mouvements sociaux en sont affectés et sont loin de s\u2019en sortir indemnes.Ces derniers ont pris l\u2019habitude de se parler entre eux, mais ils ont désappris à parler à la population non seulement pour la convaincre mais aussi pour entendre ses angoisses et tenter d\u2019y répondre d\u2019une autre façon que les populistes de tout poil.Les mouvements sociaux ont donc besoin d\u2019un espace réel de réflexion qui fasse un peu bouger les clivages et qui permette qu\u2019anti-capitalisme, internationalisme, antimilitarisme, solidarité sociale, anti-racisme, féminisme, lutte contre la pauvreté, mouvements de réappropriation des quartiers et des milieux de vie et de travail et écologisme se conjuguent et s\u2019enrichissent mutuellement.Ceci ne peut se faire dans un format aussi éclaté que celui d\u2019un forum social et nécessite une réflexion plus ciblée et plus systématique.Les mouvements sociaux ont également besoin de reprendre l\u2019offensive tant sur le plan de la conviction sociale que de l\u2019action concertée et cela ne pourra se faire en ordre dispersé.L\u2019hydre de la droite est certainement tentaculaire, mais comme le souligne le mythe, ce n\u2019est pas en s\u2019attaquant isolément à chacune de ses tentacules que nous pourrons la terrasser.\u2022 Photo : Gabrielle Gérin RELATIONS décembre 2007 RegaRD 24 cm3 PASCALE QUIVIGER Auteure, peintre et écrivaine, Pascale Quiviger a été primée pour son magnifique roman Le cercle parfait (L\u2019instant même, 2003).Elle vient de publier Un point de chute -réflexion sur la naissance des formes (Bayard, collection « Les inclassables»), La chronique littéraire qu\u2019elle a tenue dans nos pages, de septembre 2005 à août 2006, nous avait tenus en haleine.Elle nous offre maintenant une courte nouvelle - accompagnée d\u2019une œuvre picturale - sur cette inquiétante et énigmatique «étrangeté» qui traverse parfois l\u2019existence.24 cm3, c\u2019est la taille d\u2019une boîte à pilules: un bien petit espace pour tenter de ranger la folie à l\u2019extérieur de soi.Dans la salle commune, elle choisit toujours une table en coin.Elle tourne la tête en parlant et me présente son profil net, mieux dessiné que son visage vu de face, si bien qu\u2019elle semble s\u2019adresser à moi plus directement quand elle regarde ailleurs.Elle parle des maisons des autres.Elle amoncelle les détails en petits tas tranquilles, rassurants.Elle fait avec la parole ce qu\u2019on l\u2019a surprise à faire avec les objets, le jour où tout s\u2019est gâché.Elle parle des corps.Elle dit qu\u2019ils présentent une géographie lisible qu\u2019elle met en parallèle avec l\u2019architecture des maisons.Elle dit qu\u2019en observant leurs mouvements, elle arrive à deviner si les autres ont suffisamment d\u2019espace de rangement chez eux.Quand elle penche la tête, son menton disparaît dans un foulard rouge qu\u2019elle porte hiver comme été par-dessus sa jaquette.On sait bien peu d\u2019elle, hormis la triste anecdote à laquelle se résume sa vie des dernières années.Des achats presque quotidiens.Purées, shampoing doux, livres d\u2019images, couches jetables, premiers souliers.Elle sortait toujours seule.Elle faisait la file à la pharmacie.Il a le rhume, il tousse; elle demandait conseil, elle décrivait la toux, la nuit blanche, ne lésinait jamais sur le prix.Bottes d\u2019hiver, ourson, lapin, girafe, cuiller souple, craies de cire, bavette.Elle dit que, dans les maisons comme dans les corps, il y a inévitablement un espace salutaire réservé pour l\u2019étranger, pour la folie.Aussi inévitablement qu\u2019il y a des toilettes, des fenêtres, il y a de la folie, il y a un étranger à ranger quelque part et il y a quelque part pour le ranger.Elle passe une main sur son front.L\u2019accumulation régulière des objets lui permettait de fonctionner normalement par ailleurs : une femme dans la trentaine, guichetière de théâtre, aimable, bien coiffée.Les tenir dans ses mains lui suffisait, ou s\u2019endormir avec eux, tout au plus.décembre 2007 RELATIONS ¦ Nous qui vivons ici, dit-elle avec un geste qui englobe tout l\u2019institut, manquons terriblement d\u2019espace pour loger l\u2019étranger.C\u2019est pourquoi, ajoute-t-elle, l\u2019étranger nous colonise.Elle me regarde avec une intensité qui me la montre nue, sans foulard, sans jaquette, sans pénombre.Ses deux mains sont posées à plat devant elle, sur la table.Je ne vois plus que le vide entre ses mains et la table, un vide infinitésimal, intolérable, un vide sans disponibilité pour ce qu\u2019elle voudrait tant déposer à l\u2019extérieur d\u2019elle-même.Il n\u2019y avait pas d\u2019enfant.Il n\u2019y avait qu\u2019une présence suspecte venue de très loin omettre d\u2019exister.Ils ont trouvé des armoires pleines à craquer de cette vie imaginaire.Des objets doux et colorés, parfaitement neufs, épargnés par l\u2019érosion de petites mains voraces, passionnées, maladroites.Des objets choisis par un amour en manque d\u2019objet et devenus le fondement d\u2019un diagnostic sévère, sans appel.l\u2019imagine sa maison vide, ses armoires vides.Je vois l\u2019étranger qui colonise son corps, se ramifie en elle, la devient tout entière, prend l\u2019exacte expansion de ses membres et de ses cavités, son ventre, son crâne, chacun de ses cheveux.Je le vois qui m\u2019observe fixement par la fenêtre des yeux, le sans-espace, et je suis tentée de me lever pour allumer une lampe.Je ne me lève pas.Je vide bruyamment ma boîte à pilules.Je la fais glisser sur la table, jusqu\u2019à frôler ses doigts.24 cm3, pour se recommencer.\u2022 Pascale Quiviger, Sans titre, encre de Chine, 15 x 15 cm, 2005 Elle dit que, dans une maison idéale, l\u2019étranger peut s\u2019ébrouer dans une pièce toute à lui, studio d\u2019artiste, atelier de bricolage, cabane de jardin.Elle dit que, malheureusement, il est mis de côté dans la plupart des cas.Grenier, cave, garage, placard; la place des choses qu\u2019on garde parce qu\u2019on ne peut pas les jeter.Elle dit que, pire encore, on le trouve parfois recroquevillé dans un tiroir de la table de chevet, sur la dernière tablette du haut de la buanderie, dans l\u2019armoire à balais, dans une boîte à souliers.Dans un journal personnel fermé depuis l\u2019adolescence.Elle soupire, tourne la tête, touche le foulard de sa lèvre inférieure.La pénombre descend sur la salle commune.C\u2019est quand elle a voulu inscrire son enfant à l\u2019école que tout s\u2019est gâché.Il avait un nom et une adresse, mais pas de certificat de naissance.Pas de carnet de vaccination.Pas de carte d\u2019assurance maladie.Ils ont été durs avec elle, le jour de l\u2019inscription.Ils l\u2019ont fait bafouiller devant les autres parents qui, dans la file, détournaient le regard pour mieux faire semblant de ne pas écouter.Ils ne lui ont pas souri une seule fois.Ils ne lui ont pas offert de siège en attendant qu\u2019un agent vienne la prendre par le coude.RELATIONS décembre 2007 pRomeNapes Marine TEXTE: YING CHEN ILLUSTRATION : ZOHAR Le 20 septembre 2007 Mon fils, Notre marche est plus lente quand la marée est basse.Toutes sortes d\u2019éléments et de matières sont à découvert, ils distraient notre regard et entravent nos pas.Les coquillages, les cadavres de crabes, les algues et les morceaux de bois s\u2019étalent pêle-mêle parmi les cailloux et les rochers de formes variées.Tu as demandé: «Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est, tout ça?» Tes pas sont hésitants et tu as une expression d\u2019étonnement et de dégoût.Il y a là un riche mélange de couleurs, de textures et d\u2019odeurs, qui n\u2019est perceptible que de près.Vue de loin, la rive paraît à peine plus sablonneuse que d\u2019habitude, et la mer n\u2019est guère différente des autres jours.En nous approchant de la mer dans ces moments de « désolation », nous en découvrons une autre réalité.Une multitude de vies sous-marines, désordonnées et impures si l\u2019on peut dire, est contenue sous l\u2019apparence immédiate qui donne à voir et à sentir seulement une étendue d\u2019eau, le reflet et la température solaires, le vent et les mouvements des vagues.Nous aimons la mer non pas pour ce qu\u2019elle recouvre, pour ce qui se remue sous sa surface, ce qui y vit et meurt, mais pour son apparence aérienne, sa qualité d\u2019être « au-dessus », sa permanence.Je suis heureuse que tu saches déjà apprécier les crépuscules.Nous allons à la mer un peu comme si nous sortions d\u2019une cité souterraine, comme si nous quittions momentanément nos vicissitudes quotidiennes pour respirer, pour nous mettre aussi « au-dessus », pour le haut et le large.Or nous nous rendons compte que cet « au-delà », cette beauté stérile de la mer ne tardera pas à nous ennuyer, à nous engourdir et parfois à nous rendre incapables de retourner à notre quotidien et d\u2019apprécier nos semblables, même si nous cultivons en nous la bonté et la compassion généralisées envers les êtres.Par contre, notre promenade dure plus longtemps quand la mer se recule, car tu y fais sans arrêt des découvertes des plus étranges aux plus merveilleuses.Ce que les vagues nous apportent jusqu\u2019à la plage ne sont que les traces de vies passées et mortes, de beautés imparfaites ou transformées, de corps vaincus et devenus matière.La vue de tout cela nous inspire un sentiment de l\u2019Histoire, et nous sommes émus par cette démonstration de la faille, de l\u2019impermanen-ce, de la mortalité.Nous sommes d\u2019autant plus émus de voir tout cela dans la lumière d\u2019une réalité superposée, nettement plus puissante, plus musicale, plus triomphante, qui est le visage de la mer.Je t\u2019ai raconté un accident qui a menacé ta venue au monde.J\u2019ai tout fait pour que tu puisses survivre et naître.Je n\u2019ai pas hésité une seule seconde à devenir mère, consciente néanmoins que cet acte m'éloignerait d\u2019une vie calme, sans attaches, purement artis- tique ou spirituelle, et me plongerait dans une existence éprouvante avec bruits, luttes, sueurs et larmes, une existence qui mettrait à nu toutes mes vulnérabilités et éveillerait tous les démons tapis en moi.Le choix de devenir mère était un choix d\u2019Ulysse sous une forme moins grandiose, dicté par le respect de l\u2019instinct et de la nature, par l\u2019acceptation de la vie ici-bas, par une humilité devant elle, et par une confiance dans l\u2019humanité, quoique sans cesse questionnée.Car autant l\u2019humanité commettrait une erreur fatale en ignorant la nature environnante, autant il serait grotesque d\u2019idéaliser la nature et de l\u2019opposer à l\u2019humanité.L\u2019homme n\u2019est pas une «erreur» de la création.Il est ce qu\u2019il est, ni plus ni moins que les créatures que nous pouvons observer sur une plage sèche.Avant toi, le roman était pour moi un prétexte pour exprimer une certaine vision du monde.Je tentais de regarder d\u2019«en haut» la vie tapageuse qui se déroule devant moi, ou de décrire la vie du passé comme on décrit un bord de mer.Mais le roman ne peut pas avancer avec des visions seulement.Une mère ne peut pas élever un enfant avec des prières seulement.Pour écrire et pour devenir mère, il faut un engagement bien plus fort, il faut «sauter» et risquer ce qu\u2019il y a de plus précieux pour soi, voire ces deux trésors : la paix extérieure et intérieure.Il faut vivre au sens le plus concret et le plus extrême du mot.Maintenant je considère l\u2019écriture essentiellement comme une manière d\u2019être individuelle.Une manière assez bruyante d\u2019ailleurs, et sans prétention ni espé- ^ décembre 2007 RELATIONS '\u2022\t>.-i ^\t' ' \u2022\u2022\u2022 w o t %».s jfh/arx* iWR mtS *JmiA pRomeNapes Zohar, Bois de grève/Écritures, 2003 rance d\u2019arriver quelque part.Mes romans, devenus des monologues pour la plupart, se contentent d\u2019explorer les ténèbres profondes et de décrire les combats internes des êtres qui essaient, sans grand succès, d\u2019intégrer une expérience silencieuse à la vie mortelle, à l\u2019excitation et au bouillonnement, par exemple à l\u2019accompagnement des enfants.Ainsi, je me suis rangée du côté des cadavres maritimes, en partageant leur misère et leur faille, en essayant d\u2019y déchiffrer un sens, d\u2019y captiver une lu- mière.Je me suis rangée du côté de mes enfants et de mes futurs petits-enfants s\u2019il y en a, du côté de tous les enfants du monde, du côté de toutes les cités peuplées ou écroulées.Je veux être avec toi.C\u2019est à cause des attachements, semble-t-il, qu\u2019il y a des bouddhas retenus des siècles durant dans la Mer Amère, loin du Nirvana.Et de loin j\u2019admire le sublime coucher du soleil sur les ondes, en admettant leur pouvoir et leur allégresse, et de près, chargées de tâches, je regarde mes enfants grandir, en attendant mon heure, en attendant que l\u2019eau vienne m\u2019emporter.Et je suis profondément sûre que mon œuvre la plus authentique, la fiction qui compte vraiment, la seule poésie possible à mes yeux et ce qui m\u2019émouvra en fin de compte, ne sera rien d\u2019autre qu\u2019une image de toi.\u2022 RELATIONS décembre 2007 fJJ BLoc-NOtes LA HALTE DE NOËL JEAN-CLAUDE RAVET Noël est une des fêtes les plus importantes du christianisme.On le comprend aisément, puisqu\u2019elle fait mémoire de la naissance de Jésus.Mais a-t-elle encore quelque chose à dire à notre société, outre les manifestations festives, les décorations lumineuses, les crèches et les sapins traditionnels, et surtout le Noël marchand qui, il faut bien le dire, avec sa ruée aux cadeaux, la frénésie du magasinage qu\u2019il suscite, en est proprement l\u2019image inversée, pervertie?Comme le judoka se sert de la force de l\u2019adversaire pour le maîtriser, ainsi l\u2019a fait habilement le capitalisme avec cette fête profondément subversive : le Père Noël n\u2019est-il pas une invention de Coca-Cola?Noël met en scène un don immense, sans calcul, presque irrationnel pourrait-on dire, non monnayable, car il n\u2019y a pas de réciprocité possible : le don de Dieu au monde, dans le grand silence de l\u2019histoire.Autant dévoilement qu\u2019expérience de Dieu.Selon le récit - fiction théologique - de la nativité de l\u2019évangile de Luc, un enfant, pauvre, emmailloté dans une mangeoire, incarne Dieu dans le monde.L\u2019éternité se fait contingence et la toute puissance divine, fragilité et liberté humaines.Dieu fait sa demeure dans le « trop » humain : ce qui depuis toujours s\u2019oppose au sacré, le domaine où se meuvent les prêtres ou encore les rois qui se proclament ses représentants sur terre.Dieu devient solidaire du monde apparemment abandonné de Dieu.Les premiers chrétiens en témoignent dans ce qui est connu comme l\u2019hymne aux Philippiens (Phi 2, 6-11) : Dieu s\u2019est dépouillé de sa condition divine pour assumer la condition humaine, implacablement humaine, celle de l\u2019opprimé, de l\u2019humilié.Expérience de Dieu de la souffrance, passion de Dieu.Il disparaît comme pouvoir, comme «Dieu tout puissant», pour être là où les croix se lèvent, identifié aux crucifiés.Cette manière d\u2019être de Dieu inaugure une manière d\u2019être au monde.Pour bien des croyants, Dieu étant le créateur, maître du monde, l\u2019être humain n\u2019aurait d\u2019autre choix que de s\u2019agenouiller, lui obéir et rendre un culte.Mais Noël nous informe d\u2019autre chose : une nouvelle inouïe, incroyable et pour cela, à qui sait l\u2019entendre, bouleversante.Les croyants sont confrontés à la faiblesse de Dieu, à son impuissance, et les non-croyants, de leur côté, à une épreuve du même genre interpellant la responsabilité humaine : dans le monde où ils habitent, en s\u2019y croyant maîtres, pullulent une multitude d\u2019idoles avilissantes qu\u2019ils servent et qui, dans ce cas comme dans l\u2019autre, détournent les hommes et les femmes de leur humanité.Au lieu de dire «Voyez comme je suis Dieu, servez-moi, obéissez-moi», celui-ci dit plutôt: «Ce que vous avez fait à l\u2019un des plus petits d\u2019entre mes frères et sœurs, c\u2019est à moi que vous l\u2019avez fait.» En rompant les frontières entre croyants et non-croyants, entre sacré et profane, Noël ouvre un espace commun où l\u2019enjeu crucial est l\u2019humanisation du monde et la «monda-nisation» de l\u2019être humain, cette manière d\u2019être qui prend en compte le monde et s\u2019en soucie, comme une dimension inhérente, essentielle à son humanité.Noël fait mémoire de l\u2019extraordinaire au cœur du quotidien.C\u2019est l\u2019irruption d\u2019une brèche dans l\u2019exis- tence par où s\u2019entrevoit le revers du monde, se ressent l\u2019invisible au cœur du visible et s\u2019éprouve le langage comme demeure.Le réel n\u2019est pas simplement ce qui est, il est habité de multiples possibles à explorer, que le cortège triomphal des vainqueurs du présent écarte du regard - espérance des déshérités, des humiliés, de tous les exclus du réel.Y répondre, c\u2019est entrer dans une folie salutaire, rompre les rangs, interrompre le cours linéaire des choses, désobéir aux mots d\u2019ordre du statu quo qui murent les consciences : « Soyez sages, serrez les rangs, marchez d\u2019un pas assuré vers l\u2019avenir.Tout est sous contrôle.» Au contraire, un temps d\u2019arrêt s\u2019impose.Noël témoigne à sa manière de ce « quelque chose » qui nous habite tout en restant en quelque sorte étranger, mais s'avère être la possibilité d\u2019une vie libérée de ses chaînes routinières, d\u2019une vie dans la liberté, qui vaille la peine d\u2019être vécue.Et en regard de laquelle, la beauté lumineuse de la solidarité, de la justice, de l\u2019égalité qui s\u2019en dégage, jette dans l\u2019obscurité les valeurs tant célébrées de succès, de fortune, de gloire, devenant aussi creuses qu\u2019insignifiantes.Il va de soi que ce jour soit l\u2019occasion de débordements, de dons sans mesure, d\u2019une fête sans réserve.«N\u2019ayez pas peur.Un enfant nous est né », dit le messager de Noël, lignée d\u2019une autre origine qui suspend la suite logique des choses et libère le cri, du plus lointain des âges, tout proche, de la terre.Qui sait entendre ce chant dans la nuit noire du monde voit vaciller le socle des empires, des palais, des transnationales, du destin, apparemment immuables - ne manque que notre agir pour les faire basculer.Espérance de nouveaux commencements.\u2022 E décembre 2007 RELATIONS muLtimeDias DVD L\u2019ACCÈS DES FEMMES AUX MINISTÈRES ORDONNÉS : UNE QUESTION NON RÉGLÉE! PRODUCTION : CENTRE ST-PIERRE CANADA, 2006, 4 HEURES RÉPARTIES SUR 3 DISQUES Si, comme moi, vous n\u2019avez pas été des 130 personnes qui ont participé au colloque organisé en octobre 2006 par le Centre justice et foi - en partenariat avec le Centre St-Pierre, L\u2019autre Parole et le réseau 7T7f Jcl question réglée ! COLLOQUE ORGANISÉ I LE CENTRE JUSTICE ET EN PARTENARIAT AVEC LE CENTRE ST-PIERRE L'AUTRE PAROLE FEMMES ET MINISTÈRES L\u2019accès des femmes aux ministères ordonnés : Femmes et Ministères -, ce DVD vous intéressera.Cet outil d\u2019animation contient les communications du colloque, des extraits de la célébration liturgique et les perspectives d\u2019action qui en ont émergé.Huit femmes y font le point à partir de leurs expériences et de leurs recherches.Olivette Genest fait une relecture de «la justification du non-accès des femmes aux ministères ordonnés» à la lumière de l\u2019exégèse biblique.On ne peut justifier bibli-quement l\u2019interdit fait aux femmes.On peut donc soulever la question : à baptême et sacerdoce royal égaux, la chrétienne, lorsque baptisée dans l\u2019Église catholique, serait-elle différente du chrétien?Marie-Thérèse van Lunen Chenu présente «le fossé entre le discours romain et l\u2019évolution du rapport entre les sexes au sein des sociétés modernes».Plus qu\u2019un fossé, la façon qu\u2019a l\u2019Église catholique de procéder à une «spécification» de la femme est en contradiction avec les valeurs de la société civile.Pourtant, les valeurs de parité et de fraternité auraient, elles, de véritables fondements bibliques.Susan Roll analyse «l\u2019impact symbolique de la non-représentation des femmes au sein de la hiérarchie catholique » autour d\u2019une clé de lecture : le sang.L\u2019exclusion des femmes serait ainsi profondément marquée par l\u2019idéologie androcentrique et misogyne.Poussée à sa limite, cette logique place le sang du Christ en opposition avec celui des femmes, au plus grand mépris de ces dernières.Pauline Jacob présente quelques résultats de sa recherche doctorale auprès de femmes « appelées » au ministère ordonné.Sa documentation rigoureuse, à travers leurs récits et le témoignage de membres de leurs communautés, nous fait rencontrer des femmes qui mènent un véritable discernement sur l\u2019authenticité de leur appel.Ces femmes existent et elles rêvent de faire Église autrement.Une table ronde œcuménique fait une brève histoire du débat sur l\u2019ordination des femmes dans les Églises anglicane, unie et catholique.Patricia Peacock suggère notamment d\u2019être «prêtes» à être «prêtres»! Faye Wakeling inscrit la décision favorable à l\u2019ordination des femmes au cœur du désir fondateur d\u2019une Église contextuelle.S\u2019il n\u2019y a aucune raison théologique pour la non-ordination, s\u2019il s\u2019agit plutôt de luttes de pouvoir patriarcales, c\u2019est donc l\u2019heure de la libération! Gisèle Turcot raconte le passage du silence à la prise de parole publique.Cette histoire est faite de demandes, d\u2019analyses et de groupes de femmes.Mais cette histoire est aussi diversifiée, débattue entre les femmes elles-mêmes.Finalement, Marie-Andrée Roy offre une bonne synthèse de ce qui a été dit et vécu tout au long du colloque.À noter que tous les textes sont disponibles sur le site de Femmes et Ministères ().Au-delà de la richesse des présentations, la tenue d\u2019un tel colloque est en soi parlante.De fait, au sein du Peuple de Dieu, cette question n\u2019est pas réglée.Les perspectives d\u2019action soulevées par les participantes et participants se veulent donc prophétiques: réseauter, rompre le silence, se former, débattre, interpeller les évêques, etc.La production de ce DVD est en lien avec ces perspectives et son guide d\u2019accompagnement inclut des idées, des prières et des actions, accessibles et intéressantes.Les questions soulevées dans ce DVD dépassent celle de l\u2019accès des femmes à l\u2019ordination.Elles relèvent de notre désir de « faire Église autrement».Elles concernent, comme Olivette Genest l\u2019a suggéré, l\u2019invitation de Dina (aussi fille de Jacob) à la table.Or, inviter Dina à la table, c\u2019est inviter toute personne à la table.ANGELA GABRIELLA AURUCCI 1 RELATIONS décembre 2007 m LiVR.es LES RAYAGES D\u2019UN FLÉAU Frank Michel VOYAGE AU BOUT DU SEXE.TRAFICS ET TOURISMES SEXUELS EN ASIE ET AILLEURS Québec, PUL, 2006, 367 p.L1 ouvrage de Frank Michel s\u2019inscrit .au sein d\u2019un courant de sensibilisation et d\u2019actions grandissantes contre les phénomènes en expansion du tourisme sexuel et de la traite des personnes à des fins d\u2019exploitation sexuelle.La Coalition internationale pour un tourisme responsable et respectueux, qui a tenu sa première journée mondiale le 2 juin 2007, rappelle que sur « 842 millions de touristes dans le monde, 10% choisissent chaque année leur destination en fonction des opportunités de tourisme sexuel», et ce chiffre n\u2019ira qu\u2019en augmentant.Franck MICHEL 1 Siv : du sexe TRAF.CS ET TOURISMES SEXUELS EN ASIE ET AILLEURS L\u2019auteur, anthropologue enseignant à l\u2019Université de Corse, a déjà publié plusieurs livres virulents dans lesquels il dénonce le tourisme sexuel.Avec Voyage au bout du sexe, il vise une fois encore à « alerter le grand public » de l\u2019ampleur et des ravages du tourisme sexuel.Il confronte notamment les lecteurs sur leurs représentations erronées mais confortables d\u2019un phénomène mondial qui tend à être banalisé.Cet ouvrage a ainsi le mérite d\u2019aborder les nombreuses facettes de la mondialisation de l\u2019exploitation sexuelle en en exposant les racines historiques.Les CH décembre 2007 RELATIONS corrélations entre l\u2019augmentation du tourisme de masse, de la prostitution et du tourisme sexuel sont largement développées et les exemples pris dans différentes aires géographiques et culturelles sont nombreux et bien documentés.Ceci dit, on ne peut que déplorer qu\u2019une fois encore (cf.La planète sexe) Michel Frank, alors qu\u2019il souligne lui-même le paradoxe de soutenir la prostitution occidentale en même temps que de condamner vertement le tourisme sexuel, développe une typologie de femmes prostituées (et non de types de prostitution) quasi caricaturale et aussi paradoxale que cette tendance qu\u2019il dénonce.Sa typologie se divise en deux: d\u2019une part les prostituées autonomes, «travailleuses indépendantes» qui «vivent matériellement bien, voire, parfois très confortablement» (p.70); d\u2019autre part, les prostituées alimentaires et les prostituées forcées qui se considèrent «esclaves sexuelles» (p.71).Le manque de rigueur de l\u2019auteur, autant dans la définition de ces concepts - qu\u2019est-ce que le tourisme «classique» versus le tourisme «hors normes» par exemple?- qu\u2019au plan de sa terminologie et de son style est regrettable.L\u2019auteur utilise en outre des termes désuets tels que «femme publique» (p.133).Il peut également développer ses arguments dans un style académique référentiel, puis dans la phrase suivante, utiliser un style quasi familier basé sur ses opinions personnelles.Ce mélange de genres discrédite le plus souvent ses propos.Et il en est de même des sources qu\u2019il utilise.On passe ainsi, en l\u2019espace d\u2019une phrase, de la citation d\u2019un auteur à l\u2019origine des théories postcoloniales à celle d\u2019un bêtisier de voyages.Bien informé, l\u2019ouvrage de Frank Michel ne remplit donc pas toutes ses promesses.On aurait souhaité que l\u2019auteur soit plus conséquent dans ses typologies, ses définitions et son argumentation.On regrette également qu\u2019il ne se soit pas fait l\u2019écho de nouveaux courants de pensée qui proposent de rejeter l\u2019expression «tourisme sexuel», qui galvaude en quelque sorte la portée politique de cette pratique: «Exploiter le corps des plus pauvres ne devrait en rien être assimilé à une forme de tourisme.Selon l\u2019Organisation mondiale du tourisme, le tourisme doit être un facteur de rapprochement entre les peuples, de compréhension, de prospérité et de paix».AURÉLIE LEBRUN UNE ÉTHIQUE DE LA CROYANCE Jacques Bouveresse PEUT-ON NE PAS CROIRE?SUR LA VÉRITÉ, LA CROYANCE ET LA FOI Marseille, Agone, 2007, 277 p.On pourrait se demander ce qu\u2019un épistémologue peut dire lorsqu\u2019il réfléchit sur la croyance et la foi.On ne met pas en doute l\u2019idée que la question de la vérité puisse l\u2019intéresser, mais la foi et la croyance?Jacques Bouveresse est un philosophe assez discret.Il faut dire qu\u2019on n\u2019a pas nécessairement le choix de l\u2019être quand, pendant plus de quarante ans, on a étudié la philosophie de Wittgenstein, le pragmatisme et la philosophie anglo-saxonne.La France a ses modes en philosophie et il n\u2019y a jamais été pensable que la philosophie anglo-saxonne puisse en devenir une.« On ne doit pas juger les hommes d\u2019après leurs opinions, mais d\u2019après ce que les opinions font d\u2019eux», écrivait Lichtenberg.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de la foi et de la croyance, cette affirmation devrait nous servir de phare, pense Bouveresse.Tous les êtres sont croyants, mais nous devrions pouvoir penser nos croyances, les questionner, se demander ce qu\u2019elles valent et à quoi précisément elles nous servent.Il est possible d\u2019avoir, comme William James, une forme de « sympathie bienveillante» à l\u2019égard de la croyance.Après tout, les grandes batailles entre la science et la religion sont derrière LiVR.es Peut-on ne pas croire ?Sur la vérité, la croyance & U foi nous.S\u2019il y a bien quelques poches de résistance dans quelques sectes, nous pouvons parler d\u2019un phénomène marginal.Ainsi, Jacques Bouveresse ne repart pas en croisade contre la religion.Il voudrait simplement que nous prenions le risque d\u2019interroger nos croyances.Il voudrait que nous repensions «une éthique de la croyance».On ne peut pas se contenter de respecter les croyances des autres.À ses yeux, on ne peut pas dire que toutes les croyances sont bonnes, on ne peut pas vivre dans cette sorte de relativisme qui accepte tout.Se servant de Robert Musil, William James et Bertrand Russell, Bouveresse tente de faire le bilan de ce que peut signifier croire aujourd\u2019hui.Il précise que nous devrions être en mesure de « délimiter les objectifs impossibles que nous visons ».Il en serait de la justice dans le monde comme de la foi.Nous devons croire qu\u2019un monde plus juste est possible et, même si pour l\u2019instant il peut sembler que plus de justice dans le monde est un «objectif impossible», nous pouvons croire la chose pensable et réalisable.Les ennemis de Bouveresse seraient ces philosophes qui soudainement reviennent vers nous avec des concepts flous comme la «transcendance» ou même «Dieu».Ils ne définissent rien mais s\u2019avancent devant les autres en annonçant le mieux pour le monde tout en oubliant de définir de quoi ils parlent.Bouveresse est plutôt méfiant à ce sujet.Selon lui, on ne peut pas abandonner les méthodes scientifiques sous prétexte qu\u2019elles ne nous disent pas tout.«La preuve est une politesse élémentaire», disait Paul Valéry - ce qui signifie que l\u2019ouverture d\u2019esprit à l\u2019égard de la croyance et de la foi demeure prioritaire.La science nous apprend beaucoup par la patience qu\u2019elle pratique à l\u2019égard de ce qu\u2019elle ne sait pas encore.La raison est ce qui nous permet de mieux comprendre l\u2019univers dans lequel nous sommes.Nous n\u2019avons pas d\u2019autres instruments de mesure.La raison est faillible, nous nous entendrons sur la chose, mais il n\u2019y a rien pour la remplacer, il n\u2019y a rien de plus efficace.L\u2019amour de la vérité passe encore par la raison.Bouveresse nous le rappelle avec une grande justesse.L\u2019essai n\u2019est pas toujours d\u2019une lecture simple.Il faut être attentif et il faut aimer le style argumentatif.Mais on sort de là avec des idées plus claires sur la croyance, la foi, la science, la raison et la philosophie.MARC CHABOT DEMEURER DANS LA PAROLE Andrée Quiviger CASSER MAISON Montréal, Bayard (coll.«Les Inclassables»), 2007, 177p.Après quelques trente années d\u2019itinéraires familiaux, de bonheurs matriciels, de guerres fratricides, de chansons sous la douche et de liturgies d\u2019amour - avec tout ce que cela traduit de joie et de violence - c\u2019est à mon tour de casser maison.» Ainsi s\u2019ouvre ce livre aussi étonnant que beau.Étonnant parce que situé entre l\u2019essai philosophique, le récit autobiographique et le recueil de méditations.Beau par son style épuré, ses phrases lestes et brèves, ses articulations ouvragées, sa langue décantée par le temps et l\u2019altérité.Andrée Quiviger porte la parole comme elle a porté des enfants : pour donner la vie, mettre au monde le désir de sens, faire advenir des libertés, se livrer au risque de l\u2019autre et à l\u2019étonnement.Son écriture est une pièce d\u2019orfèvrerie, longuement ciselée dans la sueur et dans le sang.Ses mots, aussi élégants que charnels, sont modelés du souffle et de la terre.Au fil des chapitres, l\u2019auteure retrace et scrute sa vie d\u2019enfant, de femme, d\u2019amoureuse, de mère, de psychoéducatrice, de grand-mère et de fille de l\u2019Éternel.En quittant la maison familiale vendue, elle s\u2019interroge : « Qu\u2019ai-je fait de l\u2019amour ici?» En marche vers la Q II i v 1 v Casser maison dernière étape de sa vie, elle « soupèse le juste poids de ce qui vaut sa peine d\u2019hier à demain».Elle «ramasse» son existence, sans nostalgie ou fuite des responsabilités éthiques actuelles.«Une fois la porte refermée sur le chapitre essentiel de ma vie, j\u2019emporterai en plus de quelques bagages les deux thèmes de recherche incrustés dans cette maisonnée: Dieu et le monde; les autres et moi.» Andrée Quiviger est « pratiquante » de la pensée juive.Elle est disciple des Écritures de ce peuple qui est au fondement de notre civilisation.Il y a, dans sa prose, quelque chose du mi-drash - cette interprétation rabbinique du réel à la lumière de la Parole biblique et vice versa.« Rien dans ma vie jusqu\u2019ici ne m\u2019a le plus interrogée, rien ne m\u2019a davantage mûrie que mes amours humaines vécues dans la lumière et les obscurités du Livre laissé à Israël.» Consciente que «les mots sont fragiles, surtout les mots de Dieu: soumis aux anthropomorphismes, victimes des traductions, lessivés par les courants, durcis par les dogmes, brûlés pas les dictatures», elle entre parfois sévèrement en procès contre une cer- RELATIONS décembre 2007 taine tradition catholique.«Je ne déplore pas sans colère l\u2019éducation religieuse reçue par ma génération qui, en gommant les antécédents hébraïques de Jésus, a délaissé la tradition originelle, domestiqué la Transcendance et désincarné la foi.Les catéchismes m\u2019ont jamais révélé la responsabilité personnelle et politique de chacun envers la justice et le droit de tous.» C\u2019est toutefois la sérénité qui imprègne ce livre: celle d\u2019une mère et d\u2019une grand-mère vieillissant dans la bénédiction de voir sa descendance se déployer comme une vigne généreuse.Parce que rien ne l\u2019a mieux guidée que les rires d\u2019enfants, la douceur des caresses, la violence des doutes; rien ne l\u2019a mieux ouverte que les croissances sourdes; rien ne l\u2019a tant blessée que l\u2019autre liberté et mieux perdue que l\u2019amour échoué sur des menhirs muets (cf.p.176), Andrée Quiviger nous enseigne ici que « notre vraie demeure est portative.elle loge dans le nom de famille, le fond d\u2019une poche et l\u2019aujourd\u2019hui du monde ».MARCO VEILLEUX UNE SENSIBILITÉ HISTORIQUE?L.Beaudry et M.Chevrier (dir.) UNE PENSÉE LIBÉRALE, CRITIQUE OU CONSERVATRICE?ACTUALITÉ DE HANNAH ARENDT, D\u2019EMMANUEL MOUNIER ET DE CEORCE GRANT POUR LE QUÉBEC D\u2019AUJOURD\u2019HUI Québec, PUL, 2007, 220 p.Ce livre s\u2019inscrit dans l\u2019entreprise récente de déboulonnage des mythes historiques que le Québec, selon certains, entretiendrait sur lui-même.Pour les maîtres d\u2019œuvre d\u2019Une pensée libérale, critique ou conservatrice?, l\u2019univers politique se découpe en trois systèmes de valeurs (voir leur introduction), à savoir le conservatisme, le libéralisme et le socialisme.Pourquoi alors le titre de ce recueil, dans lequel l\u2019étiquette «socialiste» a été remplacée par celle de « critique »?Qu\u2019on se le tienne pour dit, ce n\u2019est pas du socialisme dont il est question ici, et pas même, à dire vrai, du libéralisme, mais d\u2019abord et avant tout du conservatisme - serait-il un « conservatisme de gauche ».LIBÉRALE, CRITIQUE OU CONSERVATRICE?UNE PENSÉE Actualité de Hanruh Arendt, d\u2019Emmanuel Mounter et de George Grant pour te Québec d\u2019aujourd\u2019hui Or, convaincus qu\u2019il existe une «sensibilité historique» qui caractériserait la jeune génération de chercheurs en études québécoises, les collaborateurs semblent s\u2019entendre, grosso modo, sur trois constats.Ce sont certainement ces trois constats, disséminés à travers des études, toujours pertinentes et souvent profondes, sur Grant, Arendt ou Mounier, qui donnent sa cohérence et sa force à l\u2019ouvrage.En premier lieu, la Révolution tranquille aurait lamentablement échoué dans ses projets de réforme et se serait résorbée dans un technocratisme aliénant et un individualisme délétère.Les institutions auraient été balayées avec une sorte de rage.Des groupes sociaux auraient surgi sur la place publique, devenue depuis un bazar d\u2019intérêts divergents.Les transcendances auraient été subverties.En second lieu, selon les auteurs, un retour aux traditions du passé pourrait aider l\u2019individu déboussolé à insuffler un sens à son univers.Les auteurs affichent en effet « un souci du monde et du passé, menacés de liquidation par l\u2019oubli et la désinvolture des vivants».Il y aurait par conséquent une «tradition à reconstituer», un dialogue avec le passé à renouer, une conversation avec les morts à entreprendre, une filiation à rétablir.Enfin, les deux premiers postulats conduisent à cette troisième affirmation implicite: une attention plus grande à des mouvements ayant échoué dans leurs tentatives de réformer la société québécoise sur des bases différentes que celles offertes par l\u2019idéologie du progrès nous permettrait d\u2019ouvrir un chantier prometteur d\u2019analyse sur l\u2019histoire du Québec.Dans un des meilleurs textes du recueil, Éric Bédard tente d\u2019expliquer, à partir de la pensée de George Grant, pourquoi l\u2019étude de l\u2019histoire doit être, plutôt que la récapitulation d\u2019une suite d\u2019événements, la mise en scène d\u2019un avènement.Est-ce bien vrai que «la nouvelle sensibilité historique » se résorbe dans cette perspective d\u2019analyse?On en doutera à regarder l\u2019origine des auteurs.Tous - sauf exception - amorcent leur carrière universitaire, tous - sauf une - sont des hommes et la plupart s\u2019avouent souverainistes convaincus.Aurait-on entendu un discours différent s\u2019ils avaient été des femmes et si la priorité n\u2019avait pas été donnée à la question nationale?Peut-être.Certainement, l\u2019ensemble des lecteurs de ce recueil ne répondront pas comme semble le souhaiter Félix-Olivier Riendeau à la question qu\u2019il place à la fin de son chapitre: «À une époque que d\u2019aucuns qualifient de désenchantée, les perspectives d\u2019un croire et d\u2019un espoir ne devraient-elles pas être tout aussi importantes, sinon davantage, que la clairvoyance d\u2019un savoir?» (p.111).Si la question est belle, on ne m\u2019en voudra pas d\u2019y répondre, pour ma part, par une aporie: dans mon métier, je préfère encore croire en la clairvoyance du savoir.JEAN-PHILIPPE WARREN RELATIONS Prochain numéro Le numéro de janvier-février de la revue Relations sera disponible en kiosques et librairies dès le 21 janvier.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment : \u2022\tun dossier sur l\u2019Eucharistie : à quelques mois du Congrès eucharistique international de Québec (juin 2008), comment comprendre ce partage du pain et du vin qui est au cœur de l\u2019expérience et de l\u2019identité chrétiennes?Quelle est la portée sociale de l\u2019Eucharistie?Comment faire de cette pratique un lieu d\u2019inclusion, de libération, de dialogue œcuménique et d\u2019engagement envers les pauvres?Quel visage de Dieu se manifeste dans nos assemblées eucharistiques?\u2022\tune controverse sur les résolutions du Nouvel An; \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Ying Chen, illustrée par le photographe Zohar; \u2022\tles œuvres de notre artiste invitée, Marie Surprenant.Marie Surprenant, Cosmos Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______an(s), au montant de__________$ NOM _______________________________________________________________ ADRESSE ___________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : too $ (un an) par téléphone : 514-387-2541 par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : VILLE ________________________________________________________________________________ CODE POSTAL _________________________ TÉLÉPHONE (_________)___________________________ je désire également envoyer un abonnement de__________an (s), au montant de___________$ à la personne suivante : nom __________________________________________________________________________________ ADRESSE ______________________________________________________________________________ VILLE ________________________________________________________________________________ CODE POSTAL__________________________ TÉLÉPHONE (_________)___________________________ Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2PiS6 Montant total : NUMÉRO DE LA CARTE www.revuerelations.qc.ca\tj expiration Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) LU ou par Visa LU SIGNATURE RELATIONS décembre 2007 Efl i hJ z P C/5 w C/5 C/5 W PU C/5 W Parutions de l\u2019auteure SUZANNE CLAVETTE Histoire sociale Ixx UMI M s Text» prétenté par Suzanne Qavette La Condition ouvrière au regard déjà doctrine sociale de l\u2019Eglise Textet prétentéi par Suzanne Clavette Histoire sociale rxVUMt NT.S Participation des travailleurs et réforme de l\u2019entreprise VA IL LAPCOtE» Wfc s»ro»s ^OLlDAh \u2022wsqv iu de la Lettre pastorale de 1950 ISBN 978-2-7637-8529-5 96 pages \u2022 10 $ ISBN 2-7637-8461-5 108 pages \u2022 15 $ Suzanne clavette Les Dessous d\u2019Asbe L'aFFÂiRE SILICOSE par deux fondateurs de sous la riireclion de Suzanne Clavette I ne lutte idéologique contn la participation des travaille ISBN 2-7637-8256-6 594 pages \u2022 40 $ la vigoureuse dénonciation, par lu revue Rplat ions de graves abus en matière il hygiene industrielle commis pureté puissantes < ompagnles minières aver la tolenmce de H tut.dans Iexploitation dune mine et dune usine de traitement de silice u Saint demi dAmherst a provoque, en 194* un large et virulent débat au Québec, arrow,Humedec hc» ailleurs au Canada et meme aux Hats Unis ISBN 2-7637-8257-4 462 pages \u2022 35 $ www.pulaval.com "]
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