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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Octobre - Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2006-10, Collections de BAnQ.

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[" Envoi de Poste-publication - Enregistrement no 09261 - CONVENTION : 40012169 La torture banalisée Peter Leuprecht ReLatiONS société politique religion NuméRO 712 NovemBRe 2006 H ¦HgC'-rjsS 1mm ÿiÿjggSi Quel développement?L\u2019Afrique prise au piège L\u2019ambiguïté des politiques canadiennes Humanitarisme militaire Controverse Faut-il rembourser la dette?4.95 $ ARTISTE INVITÉE: BIANCA jOUBERT J 06538527434711 ReLatiONS NuméRO 712, octOBRe-NOvemBRe 2006 dOSSieR 10 L\u2019AIDE INTERNATIONALE INC.ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Afrique : le déficit d\u2019État interpelle l\u2019Église\t9 Yves Djofang EN BREF\t27 AILLEURS Bélarus : pourquoi l\u2019impasse?\t28 Aurélie Lacassagne CONTROVERSE Faut-il rembourser la dette?Frédéric Lapointe\t30 Éric Martin\t31 REGARD La torture banalisée\t32 Peter Leuprecht MOTIFS À l\u2019abri des siens et je suis dans cette chair affolée\t36 Jean-Marc Desgent MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES 40 Couverture: Bianca Joubert, Observatoire 7/13, 2004, acrylique, encre et collage sur bois, n x 37 cm Aborder les enjeux de l\u2019aide internationale issue des fonds publics exige d\u2019interroger les stratégies politiques et économiques sous-jacentes à sa distribution.Dans ce dossier, des chercheurs et des acteurs ont accepté de partager leurs analyses sur les enjeux actuels de cette aide.Ils questionnent, non pas la pertinence de soutenir les pays en développement, mais la façon de réaliser cette aide sous la lorgnette des impératifs du marché et des stratégies politiques des États du Nord.Certains suggèrent des pistes de solution.Ils proposent surtout une réflexion sur un point important de notre relation avec le reste du monde : la façon dont s\u2019expriment l\u2019entraide et la solidarité par l\u2019entremise des politiques de nos dirigeants.Quel développement?Bonnie Campbell et Gabriel Goyette\t12 L\u2019Afrique prise au piège Demba Moussa Dembele\t15 Les OGM : une aide empoisonnée Éric Chaurette\t19 L\u2019ambiguïté des politiques canadiennes Brian Tomlinson\t20 Les enjeux sécuritaires Éric Marclay\t21 Humanitarisme militaire Christian Champigny\t23 Les opérations d\u2019urgence josianne Gauthier\t23 ARTISTE INVITÉE Bianca Joubert a un riche parcours.À la fois journaliste, auteure de fiction et artiste visuelle, elle puise dans l\u2019univers onirique, dans celui des diversités culturelles et des rites ancestraux pour réaliser ses œuvres, souvent inspirées par le voyage.Enrichies par le collage de matières récupérées ou la reproduction d\u2019images, par le grattage au crayon ou l\u2019incision du bois, les surfaces deviennent constructions poétiques, ou encore se frottent à l\u2019urgence de l\u2019actualité à travers des thèmes plus engagés.Parmi les réalisations de l\u2019artiste, on retrouve des illustrations pour diverses revues, une couverture de roman et plusieurs expositions à travers le Québec, notamment dans le cadre de Vues d\u2019Afrique.Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.:514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Marco Veilleux SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Louise Dionne DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS René Lavoie, Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Jean-François Filion, Élisabeth Garant, Nicole Laurin, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Marc Chabot, Jean-Marc Desgent, Jean-Marc Éla, Osire Glacier, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau IMPRESSION Impart Litho, Victoriaville Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (t.i.) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l\u2019étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 S TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postai.Canada Envoi de Poste-publication Enregistrement n\u201c 09261 octobre-novembre 2006 RELATIONS éDitORiaL Bianca joubert, L\u2019entaille, 2001, 9x8cm L\u2019ébranlement de la mort La mort est un phénomène collectif, là où font rage la guerre, la répression, le terrorisme, la famine.La mort violente y est un fait politique, social, économique.Elle fait partie de l\u2019horreur de la vie défigurée par la domination, l\u2019injustice, la rapacité humaine.Les nouvelles quotidiennes nous le font bien savoir.Mais cette mort collective et violente y reste cependant anonyme.Elle ne dérange pas.Elle ne nous concerne pas, ne nous appartient pas, nous conforte même dans notre train-train quotidien que l\u2019on croit hors de l\u2019histoire sanglante des autres, d\u2019ailleurs.Mais un événement tragique, imprévisible, insensé nous l\u2019a fait devenir proche, du jour au lendemain, ébranlant cette certitude, l\u2019évidence acquise d\u2019une existence «pacifiée», nous contraignant à juger le monde, notre monde.Le 13 septembre, un jeune homme, Kimveer Gill, tire à bout portant sur des étudiants du collège Dawson, à Montréal.C\u2019est la panique.Une étu- diante, Anastasia de Sousa, est tuée sous les yeux de ses camarades, une vingtaine d\u2019autres sont blessés.Le tireur fou, cerné par la police, retourne son arme contre lui.Les caméras, les cellulaires captent vite le drame.Bientôt tout le Québec en est témoin.L\u2019événement devient collectivement palpable et, vite, un drame national.La mort, qui tapisse les faits divers et porte avec elle son lot de souffrances intimes, de cassures personnelles, de deuils inconsolables, de questionnements existentiels, à l\u2019abri des regards indiscrets, a fait soudain violemment irruption sur la scène publique par le truchement des médias.Elle est sortie du silence ou du chuchotement, des larmes versées dans l\u2019ombre et des douleurs qui ne regardent que soi.Les images passées en boucle sur nos écrans mobilisent le Québec tout entier : la foule fuyante, les visages ravagés par la peur et la peine, les signes touchants de solidarité.Aux images de la télé succède l\u2019analyse des journaux.Pages sur pages, la fusillade est reconstituée, les motifs du tueur sont scrutés, les témoins interrogés.Des images et des mots, pour faire mémoire, guérir, comprendre.Travail de deuil oblige.«La mort est l\u2019occasion d\u2019affronter ce qui dans la vie nous demeure le plus sûrement dissimulé parce que nous nous laissons distraire, réclamés par ce que nous croyons des affaires plus pressantes.La mort au contraire concentre», écrivait Jan Patocka.Rarement a-t-on fait ainsi collectivement l\u2019introspection de notre manière de vivre.L\u2019objectif étant de comprendre, exercice périlleux, puisqu\u2019il consiste à se mettre en jeu comme société, à se juger à partir d\u2019un mal-être social posé comme hypothèse de base.S\u2019il a été l\u2019occasion de dérapages farfelus, comme celui du Globe and Mail, il n\u2019en est pas moins nécessaire et urgent en ces temps de conformisme social dans lequel nous sommes englués, où l\u2019administration des choses tient lieu du politique, l\u2019image de la réalité, le divertissement du jugement et l\u2019œil des médias de notre vision du monde.Ont été rapidement pointés du doigt le culte de la mort, de la haine du monde et de la destruction gratuite, et le rôle d\u2019Internet dans sa diffusion, ainsi que les jeux vidéo et certains films qui banalisent le meurtre et font de psychopathes des héros de notre temps.Mais un silence - parlant - est vite tombé.Rendement, rentabilité, profit imposent leur dure loi à la Terre.La marche continue du progrès et la logique financière, piliers du monde globalisé - en regard desquels le bien-être de l\u2019humanité est accessoire -, ne peuvent être contrecarrées d\u2019aucune manière.La banalisation de la mort n\u2019est-elle pas, à toute fin pratique, utile à la légitimation d\u2019un système qui broie le monde, au profit d\u2019une minorité, au service de laquelle s\u2019affaire une multitude d\u2019hommes et de femmes honnêtes?Les médias ne sont pas sortis indemnes de cet épisode.Ceux-là même qui montrent et à travers lesquels nous voyons se sont montrés eux-mêmes en action, et ont démontré, par l\u2019arsenal mis en œuvre et leur effet de sens, l\u2019emprise qu\u2019ils exercent sur nos vies.Ce regard inopiné sur eux, si on le soutient, peut lézarder la bulle médiatique qui recouvre notre existence collective et l\u2019anesthésie.Même si le spectacle fantasmagorique des marchandises masque les ruines encore fumantes sur lesquelles il se joue, la tragédie est encore notre demeure.Ni Dieu ni poudre aux yeux idéologique ne devraient nous en détourner, ni la servilité de nos dirigeants, non plus le confort tranquille d\u2019une vie de laquais.C\u2019est en l\u2019affrontant qu\u2019un monde humain peut être fondé.Sinon, ce serait consentir à vivre du sang d\u2019autrui.?Jean-Marc Desgent tient depuis le numéro de septembre - et jusqu\u2019à celui de juillet 2007 -, une chronique littéraire, Motifs.Écrivain, poète, lauréat du Prix du gouverneur général 2006, auteur de XX siècle, ses mots de feu distillent le silence du «réel».Il nous restitue le goût du vivant grâce auquel l\u2019existence peut se replier amoureusement dans la douceur de la nuit et, le jour, se dresser pour résister.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS octobre-novembre 2006 actualités \u2022/-it r 4 L\u2019éolienne dans le vent La mise en valeur de l\u2019énergie éolienne au Québec va bon train.Elle suscite cependant certaines inquiétudes.CLERMONT DUCAS L\u2019auteur est professeur au Département de biologie, chimie et géographie de l\u2019Université du Québec à Rimouski Pour répondre à une partie des besoins énergétiques du Québec, le gouvernement a commencé à mettre en valeur son énorme potentiel éolien, évalué à près de 4 millions de mégawatts (MW).Tout en cherchant à utiliser une source d\u2019énergie propre et inépuisable, il s\u2019est également donné comme objectifs complémentaires le développement d\u2019une expertise québécoise dans la production de cette forme d\u2019énergie et le renforcement économique de régions défavorisées, tout particulièrement la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine et la MRC de Matane, dans le Bas-Saint-Laurent, qui possèdent un fort potentiel éolien.La volonté politique de faire de l\u2019éolien un outil de développement régional a commencé à se manifester au Québec à la fin des années 1990.Cela s\u2019est traduit, notamment, par une subvention pour la construction des 133 éoliennes du parc Le Nordais, en 1998 à Matane, et à Cap-Chat, en Gas-pésie, puis, à compter de 2000, par des avantages fiscaux spécifiques à la région.À cela s\u2019est ajoutée, par la suite, l\u2019obligation, dans les appels d\u2019offres d\u2019Hydro-Québec, d\u2019un contenu régio- nal d\u2019au moins 30% dans les composantes des éoliennes qui doivent produire un bloc d\u2019électricité totalisant une puissance de 1000 à 2000 MW.L\u2019appel d\u2019offres de 2005 contient aussi des dispositions pour favoriser la fabri-quation de pièces spécialisées dans les régions désignées.Tout comme ailleurs dans le monde, le développement de l\u2019éolien au Québec s\u2019effectue maintenant à un rythme rapide.Selon la politique énergétique du gouvernement québécois pour 2006, on devrait passer des premiers MW produits en 1998 à 4000 MW en 2015, soit 10% de la puissance installée : la quantité nécessaire pour être intégrée au réseau d\u2019Hydro-Québec.À la fin de 2006, il y aura déjà 272 éoliennes en activité en Gaspésie; ce nombre sera porté à un peu plus de 1000 en 2012, si l\u2019on ne tient compte que des contrats actuellement accordés par Hydro-Québec, pour une production qui atteindra environ 1450 MW d\u2019électricité.L\u2019éolien représente, en Gaspésie comme dans d\u2019autres régions ressources, un intéressant potentiel de développement et une belle occasion de diversification économique.La règle de contenu régional obligatoire a déjà entraîné la construction de deux usines à Matane et d\u2019une autre à Gaspé et pourrait contribuer à l\u2019essor de la culture industrielle dont la région a besoin.Toutefois, il n\u2019est pas acquis que cela se traduise en retombées importantes et durables.Les emplois générés par la fabrication des éoliennes sont peu spécialisés, ceux liés à leur installation ne durent que quelques mois, et leur entretien ne requiert que très peu de personnel.Les usines gaspésiennes devraient avoir du travail au moins jusqu\u2019en 2013, si on tient compte des échéances de livraison inhérentes aux contrats d\u2019achat d\u2019Hydro-Québec.Mais après cette date, c\u2019est l\u2019incertitude.En raison du contexte géographique et de la concurrence nationale et internationale, la région va sûrement avoir besoin d\u2019encouragements gouvernementaux pour maintenir ses nouvelles usines ouvertes.Il est loin d\u2019être assuré qu\u2019elle pourra produire à prix compétitifs des pièces à haute valeur technologique pour le marché d\u2019exportation.On cherche de différentes façons à maximiser les retombées en région.L\u2019amélioration de l\u2019expertise, par la recherche et la formation, fait partie des solutions.De même que de meilleures redevances - actuellement plutôt modestes - pour les propriétaires de terrains et les municipalités.En outre, des communautés locales et octobre-novembre 2006 RELATIONS actuaLites régionales tentent de s\u2019engager financièrement dans la production d\u2019énergie.Certaines ont déjà commandé des études du potentiel éolien et souhaitent établir des partenariats avec des compagnies.À cet égard, on peut questionner la décision du gouvernement de confier la production de son énergie éolienne à l\u2019entreprise privée.Si elle est rentable pour les compagnies, pourquoi ne le serait-elle pas pour Hydro-Québec?Il est vrai que les appels d\u2019offres d\u2019Hydro-Québec exigent un contenu québécois d\u2019au moins 60% dans la construction des éoliennes.Mais les Québécois retireraient sans doute plus de dividendes s\u2019ils récoltaient en plus l\u2019ensemble des profits du producteur.Malgré tous ses mérites, l\u2019éolien n\u2019est pas sans susciter quelques problèmes.On craint particulièrement que la multiplication des parcs d\u2019éoliennes dégrade le paysage, dévalorisant ainsi le potentiel touristique et affectant le cadre de vie des résidants, surtout ceux vivant à proximité.Le bruit, les effets stroboscopiques et les infrasons causés par les pales en mouvement sont également objets d\u2019appréhension pour la qualité de vie et la santé.À certains endroits, on croit qu\u2019il y aura dévaluation des résidences et même accentuation de l\u2019émigration.On envisage aussi des restrictions d\u2019accès à des zones récréo-touristiques et des limitations aux activités de chasse.Les conséquences des pales en mouvement sur la faune aviaire soulèvent aussi des inquiétudes.On ne sait pas non plus exactement quels peuvent être les effets d\u2019une trop forte densité de parcs éoliens sur les oiseaux migrateurs.La localisation des éoliennes doit donc faire l\u2019objet d\u2019une très grande attention.Ce qui est considéré actuellement comme une contribution au développement régional ne doit pas devenir, dans un avenir rapproché, une source de nouveaux problèmes en raison d\u2019une planification et d\u2019un encadrement inadéquats.\u2022 Les Églises et la paix en Israël et en Palestine Des chrétiens cherchent des moyens de s\u2019assurer que l'argent des institutions et des individus ne soutienne pas la violence dans la région.ÉLISABETH GARANT Le conflit israélo-palestinien préoccupe de nombreux chrétiens et un mouvement visant à identifier des activités non violentes pouvant contribuer à la résolution de ce conflit s\u2019organise progressivement au sein des Églises.Les appels provenant des organisations chrétiennes du Moyen-Orient se sont d\u2019ailleurs intensifiés au cours des dernières années pour demander aux Églises, à travers le monde, de s\u2019engager en ce sens.Des organisations telles le Conseil des Églises du Moyen-Orient (CEMO) et Sabeel (Centre œcuménique palestinien de théologie de la libération) ont explicitement invité leurs partenaires à considérer les options du désinvestissement et de l\u2019investissement éthique afin de s\u2019assurer que l\u2019argent des institutions et des individus ne soutienne pas la violence dans la région, ni l\u2019occupation israélienne en Palestine.Plusieurs compagnies tirent en effet profit de ce conflit.Le cas le mieux documenté est celui de Caterpillar, une multinationale américaine qui vend, entre autres, des bulldozers utilisés pour la destruction des maisons en territoires palestiniens par l\u2019armée israélienne.Ces engins servent aussi à la construction du mur illégal de séparation que le gouvernement d\u2019Israël dresse - au nom d\u2019une logique « sécuritaire » - à travers tout son territoire.Cette interpellation des chrétiens se veut une façon de « mettre sa foi en pratique et d\u2019affirmer avec insistance l\u2019enseignement chrétien qui demande de ne pas aider directement ou indirectement des systèmes injustes ni de promouvoir des relations basées sur un pouvoir et un contrôle absolu» (Guirguis Saleh, secrétaire générale du CEMO).Cette initiative s\u2019inspire entre autres de l\u2019expérience sud-africaine lors de laquelle les boycotts et les investissements éthiques ont contribué à la chute du régime de l\u2019apartheid et dans laquelle plusieurs Églises et organisations s\u2019étaient engagées très activement.En février 2005, le Conseil œcuménique des Églises a demandé à ses 347 Églises membres d\u2019envisager des mesures économiques pour protester contre les activités illégales ayant cours dans les territoires occupés.Certaines ont déjà amorcé un processus de discernement sur cette question.Ainsi, l\u2019Église presbytérienne des États-Unis (juillet 2004), le Conseil consultatif anglican (juin 2005), le Synode général de l\u2019Église du Christ aux États-Unis (juillet 2005), la Fédération mondiale luthérienne (septembre 2005), l\u2019Église anglicane des États-Unis (octobre 2005) et le Synode général de l\u2019Église d\u2019Angleterre (janvier 2006) ont voté des résolutions dont les formulations peuvent varier, mais qui sont autant d\u2019efforts pour évaluer les conséquences de leurs choix économiques sur la promotion de la paix au Moyen-Orient.RELATIONS octobre-novembre 2006 actuaütes L'auteure est conseillère syndicale à la Confédération des syndicats nationaux L\u2019adoption, au 39e Conseil général de l\u2019Église Unie du Canada, en août 2006, d\u2019une stratégie d\u2019investissement pour la paix en Israël et en Palestine, s\u2019inscrit dans cette foulée.Cette Église s\u2019est engagée à « investir dans des compagnies responsables du point de vue éthique qui contribuent à la paix et à l\u2019avènement d\u2019un État palestinien sécuritaire et économiquement viable voisin d\u2019un État d\u2019Israël sécuritaire et économiquement viable».Elle s\u2019est aussi engagée à soutenir, à hauteur d\u2019un million de dollars, des projets et des groupes religieux de toutes traditions qui contribuent à la paix en Israël et en Palestine.Par contre, elle n\u2019a pas retenu la voie du désinvestissement.Les propositions finales adoptées par les Églises ont toutes été le résultat de débats, prières et discernements vécus à différents échelons décisionnels de ces institutions.Dans plusieurs cas, des compromis ont dû être faits pour obtenir l\u2019appui le plus large possible de leurs membres et pour tenir davantage compte des réalités vécues par le peuple israélien.Des organisations juives ont, à chaque fois, demandé le rejet de ces propositions et contesté les critiques faites sur les politiques israéliennes.Mais des voix juives en Israël et à l\u2019étranger se sont aussi prononcées en faveur de ces initiatives.Par exemple, Jeremy Milgrom, rabbin et fondateur de l\u2019organisation israélienne Rabbi for the Human Rights, a participé au Conseil général de l\u2019Église Unie comme représentant juif favorable à la démarche de désinvestissement et d\u2019investissement éthique.Tout en regrettant les compromis qui ont dû être apportés à la proposition finale, il a souligné l\u2019importance du processus de conscientisation qui s\u2019est ainsi vécu par les Églises sur la situation au Moyen-Orient.Il faut souhaiter qu\u2019un plus grand nombre d\u2019Églises acceptent de s\u2019interroger sur leur implication dans le conflit israélo-palestinien et identifient des actions non violentes à leur portée.Les souffrances vécues dans cette région du monde doivent être entendues de toute urgence.Pour en savoir plus, consultez: ; ; .\u2022 Agir ensemble pour le Québec À la veille des prochaines élections, la CSN entreprend une tournée du Québec afin de susciter des débats autour des politiques néolibérales actuelles ou à venir.SYLVIE JOLY Depuis trois ans, le gouvernement de Jean Charest impose sa vision néolibérale.Ces apprentis cuisiniers ont saupoudré les ingrédients un à un: lois antisociales visant entre autres les personnes assistées sociales, privatisation d\u2019une partie du mont Orford, projets de partenariats public-privé, décret dans le secteur public, lois antisyndicales, dont celle facilitant la sous-traitance, augmentation des frais de garde et chamboulement du réseau des centres de la petite enfance, désyndicalisation de milliers de femmes qui s\u2019occupent de personnes âgées ou handicapées.Diminution du rôle de l\u2019État, privatisations des services publics et attaques féroces à toute organisation qui se mettrait en travers du chemin (les syndicats, les groupes sociaux, féministes, environ-nementalistes, étudiants) sont les trois mantras des chantres du néolibéralisme.La recette est connue en Nouvelle-Zélande, en Grande-Bretagne, au Chili, aux États-Unis, en Argentine et ailleurs.foor le Ooebe^ y 1 ï l'U-T Et c 00 Vf ff>pTiC(P£R/j ÇcYpHÇ \\vë&! %.kim ssn octobre-novembre 2006 RELATIONS actuaLites Les résultats catastrophiques aussi : augmentation des inégalités sociales, quasi - disparition de la classe moyenne, précarisation du travail, saccage de l\u2019environnement, des finances publiques qui ne sont pas au service du bien commun, démocratie bafouée.Le gouvernement frappe durement, sans considération pour la population.Ces coups de massue illustrent ce que ce gouvernement voulait dire lorsqu\u2019il disait «qu\u2019il était prêt», soit la mise en place de son plan néolibéral.Le chant des sirènes se fait entendre de plus en plus fortement et les rumeurs d\u2019élections s\u2019amplifient.Les politiciens tentent de faire croire que mettre un X sur un bulletin de vote, tout en les laissant gouverner à leur guise, est le seul geste politique qui reste.À l\u2019heure où le Conseil du patronat et le gouvernement du Québec prétendent que les groupes populaires et les syndicats prônent l\u2019immobilisme, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) organise, cet automne, une centaine d\u2019assemblées publiques ouvertes à toutes et à tous : syndiqués et non syndiqués, chômeurs, personnes âgées, étudiants, etc.Appelée Agir ensemble pour le Québec, cette campagne a pour objectif de réfléchir collectivement sur le Québec que l\u2019on veut, en discutant, d\u2019une part, des politiques néolibérales imposées par les gouvernements et, d\u2019autre part, des aspirations citoyennes.Partout au Québec, on pourra ainsi débattre de développement économique, social et politique, d\u2019environnement, d\u2019emplois décents, de pauvreté, de fiscalité, de justice sociale et de services publics, ainsi que des stratégies et des mesures à prendre.De nombreux thèmes cruciaux à chaque région seront abordés, par exemple: l\u2019énergie à Havre-Saint-Pierre, l\u2019enseignement supérieur à Gaspé, la forêt à Gatineau, le commerce de l\u2019eau à Amos, les mines à Chibougamau, le projet Rabaska à Lévis, l\u2019agroalimen-taire à Alma, la sous-traitance à Cookshire, les mégaporcheries à Hun- tingdon, la mondialisation et l\u2019emploi à Saint-Hyacinthe.En tout, 103 assemblées, autant de dynamiques régionales où le néolibéralisme prend des facettes différentes (la liste des dates, lieux et thèmes de ces assemblées se retrouve sur le site de la CSN ).Par la suite, forts de ces rencontres, peu importe qu\u2019il y ait élections ou non, il faudra demander à celles et ceux qui gouvernent, ou veulent le faire, comment ils entendent développer le Québec en répondant aux besoins et aux aspirations de la population.Et après les élections, peu importe le résultat, une vigilance de tous les instants sera de mise.\u2022 Le Budget participatif: une percée démocratique?À l\u2019instar de Porto Alegre, au Brésil, l\u2019arrondissement du Plateau Mont-Royal, à Montréal, amorce l\u2019exercice d'un budget participatif.ANNE LATENDRESSE ET EVE GAUTHIER Le budget participatif vise à rassembler les citoyens, les élus et les fonctionnaires de l\u2019arrondissement autour d\u2019un exercice de priorisation du budget d\u2019investissement.En principe, il permet aux résidants ainsi qu\u2019aux groupes d\u2019intérêts et organismes communautaires de l\u2019arrondissement de participer activement à la planification et à la gestion urbaines, en prenant part aux prises de décision aux côtés des élus et des professionnels municipaux.Mis en place dans plusieurs villes d\u2019Amérique du Sud, d\u2019Europe, d\u2019Asie et d\u2019Afrique, le budget participatif est aujourd\u2019hui reconnu pour sa contribution en matière de gouvernance urbaine, de bonne gestion et de transparence.Tel qu\u2019il est implanté à Porto Alegre, il montre également qu\u2019il est possible de redéfinir les relations entre gouver- nants et gouvernés en accordant davantage de pouvoir aux citoyens d\u2019un même territoire.En ce sens, il peut contribuer au renouvellement de la Les auteures sont démocratie urbaine.Qu\u2019en sera-t-il sur membres d u groupe le Plateau Mont-Royal?\tde travail sur la démo- Bien que la Ville de Montréal ait cratie municipale institutionnalisé la participation pu- et la citoyenneté blique depuis la fin des années 1980 avec l\u2019adoption d\u2019une première loi-cadre qui permet aux montréalais de faire entendre leur voix en matière d\u2019aménagement, l\u2019élaboration et l\u2019adoption du budget municipal sont demeurées l\u2019affaire du comité exécutif et du conseil municipal.La réforme municipale de 2001 n\u2019a entraîné aucun changement à cet égard, outre le fait que les conseils d\u2019arrondissements sont responsables de l\u2019élaboration et de l\u2019adoption de leur propre budget.Pour sa part, la Loi sur les cités et villes oblige les arrondissements montréalais, comme l\u2019ensemble des municipalités du Québec, à déposer publique- RELATIONS octobre-novembre 2006 actuaLites Lino, illustration éditoriale, 2006 wmsm Ca?**\"'\" M*, 40* ment leur budget.En d\u2019autres mots, les budgets municipaux ou d\u2019arrondissement sont l\u2019affaire exclusive des élus.Or, le budget participatif remet en question cette approche en proposant un mécanisme de cogestion des ressources municipales.Hélène Fotopou-los, mairesse du Plateau, ne déclarait-elle pas, en mai dernier, qu\u2019il s\u2019agit-là d\u2019une «véritable révolution des mœurs municipales »?Le budget participatif 2006 consiste en une série de quatre soirées publiques, appelées «les mercredi participatifs du Plateau», présidées par un comité ad hoc composé de la mairesse, d\u2019un conseiller de ville, d\u2019une conseillère d\u2019arrondissement et du président et de la vice-présidente des deux commissions citoyennes du Plateau Mont-Royal.La première soirée, tenue le 17 mai dernier, visait à informer les citoyens du processus d\u2019élaboration du budget et du plan triennal d\u2019immobilisation (PTI) - la part du budget destinée aux nouveaux investissements et financée en majeure partie par des emprunts à la charge des montréalais.Plus de 150 personnes y ont pris part, un nombre beaucoup plus important que lors des séances régulières du conseil d\u2019arrondissement.La deuxième séance, tenue le 7 juin dernier, était consacrée à la présentation des mémoires et des demandes des citoyens.Devant un auditoire de 200 personnes, des citoyens sont venus présenter leurs requêtes et suggestions pour l\u2019allocation des ressources du PTI.La réponse citoyenne était telle qu\u2019une deuxième soirée a été ajoutée la semaine suivante afin de poursuivre l\u2019exercice.Cette fois, plus d\u2019une centaine de personnes y ont pris part.Lors de la troisième séance, du 27 septembre, divers scénarios d\u2019investissements, préparés par l\u2019arrondissement à partir des propositions reçues, seront présentés, débattus et soumis au vote - à caractère décisionnel - des citoyens.Enfin, le quatrième mercredi participatif, prévu pour le 15 novembre, visera à faire l\u2019évaluation publique de l\u2019ensemble de la démarche et à faire des recommandations pour améliorer le processus en vue de l\u2019année 2007.Bien qu\u2019il soit trop tôt pour analyser cette démarche de façon rigoureuse, il est possible de poser certains constats.Il s\u2019agit d\u2019une première, tout est donc à faire.Une telle innovation comporte une part de risques, d\u2019improvisation et d\u2019apprentissage, tant pour les élus, que pour les fonctionnaires et les citoyens.La réponse favorable de ces derniers, la qualité et le sérieux avec lesquels ils ont répondu aux exigences de l\u2019exercice démontrent la pertinence d\u2019un partage du pouvoir dans un domaine jusque là réservé exclusivement aux élus et aux experts.Contrairement à l\u2019idée reçue d\u2019un désintérêt à l\u2019égard des affaires municipales, les citoyens du Plateau ont montré leur volonté d\u2019investir ce nouvel espace politique.Cela incitera d\u2019autres arrondissements à suivre la voie et, qui sait, peut-être aussi la Ville?Toutefois, un certain nombre de conditions, essentielles à la réussite d\u2019un tel exercice, restent jusqu\u2019ici sans réponse.Quel est le montant d\u2019argent exact mis à la disposition d\u2019un tel exercice?Quelle sera la part décisionnelle réelle accordée aux citoyens et aux citoyennes?La réponse à ces questions permettra de juger si le Plateau s\u2019inscrit dans un effet de mode ou s\u2019il s\u2019engage sérieusement sur la voie de la démocratie participative.\u2022 octobre-novembre 2006 RELATIONS HoRiZoNs Afrique : le déficit d\u2019État interpelle l\u2019Église\t© YVES DJOFANG, S.J.Ces dernières années, quelques pays d\u2019Afrique, au sud du Sahara, nous ont donné un bel exemple de transition démocratique sans heurts.C\u2019est le cas du Bénin, du Sénégal et du Ghana, qui ont connu des changements de régimes à l\u2019occasion d\u2019élections libres, transparentes et sans violence.Cependant, au-delà de ces quelques pays, l\u2019Afrique subsaharienne vit essentiellement sous des dictatures déguisées en démocratie.Il s\u2019agit pour la plupart de régimes politiques vivant sur la base de ce qu\u2019on pourrait appeler le « multipartisme ethnique », avec toutes sortes de situations intermédiaires possibles.En effet, les structures étatiques sont le plus souvent, avec des exceptions, des moyens de domination ethnique, l\u2019État étant un instrument servant à se constituer un patrimoine.Le pouvoir politique apparaît alors comme «un butin que les détenteurs doivent conserver par tous les moyens et à tout prix» (A.Mbembé, « Une économie de prédation - Les rapports entre la rareté matérielle et la démocratie en Afrique subsaharienne » Foi et développement, n°241, Paris, 1996).L\u2019administration, plus tournée vers la domination que vers la gestion, est fortement personnalisée, avec un pouvoir discrétionnaire, souvent arbitraire, la négociation et les arrangements prévalant sur la règle.En particulier, cette gestion «privatisée» de l\u2019État alimente la corruption endémique, parfois non perçue comme telle car relevant de la solidarité ou de la redistribution, dont les fondements sont en quelque sorte bien incrustés dans le mode d\u2019organisation sociale.En somme, ce mode de gestion de la cité où l\u2019ethnie est au centre constitue aujourd\u2019hui un véritable frein à l\u2019animation de la vie politique.Face à cette situation, la société civile ainsi que les ONG ont commencé à s\u2019organiser, surtout au cours de la décennie 1990, et sont fortement associées aux thèmes de démocratie et de développement.Elles sont consultées en matière de décisions politiques, de planification et de mise en œuvre des projets sur le plan local, national ou Être présent dans l\u2019espace public est un défi énorme qui met en cause beaucoup de nos habitudes et de nos façons de travailler comme Église; des habitudes marquées par l\u2019équilibre, la neutralité, la crainte de choquer, la recherche de la formule inattaquable.international (notamment pour les questions liées au respect des droits de l\u2019Homme, aux réfugiés et à la pandémie du sida).Leurs activités visent l\u2019avènement d\u2019un état de droit pour les populations qu\u2019elles côtoient.Le but ultime étant d\u2019encourager, de sensibiliser, de former, d\u2019éduquer les populations à une large participation dans les processus de décision.Dans cette animation de la vie politique, l\u2019Église se trouve de plus en plus en première ligne, aux côtés d\u2019autres acteurs de la société civile.Son devoir est de contribuer avec les autres composantes de la société au bien de tous dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté.Tout en se plaçant en tête de la défense des réformes politiques et institutionnelles, elle soutient un développement centré sur les êtres humains et appuie par conséquent le développement durable et la démocratie.Toutefois, être pré- sent dans l\u2019espace public est un défi énorme qui met en cause beaucoup de nos habitudes et de nos façons de travailler comme Église; des habitudes marquées par l\u2019équilibre, la neutralité, la crainte de choquer, la recherche de la formule inattaquable.Ce défi est celui de toute l\u2019Église : des évêques, des divers ministres, des religieux et religieuses, des intellectuels catholiques, des mouvements, des communautés.Il est celui des individus et aussi des regroupements, réseaux ou des structures plus officielles.Ce défi n\u2019est pas celui du contrôle de la parole, mais celui du risque de la parole en vue de la libération des êtres humains parfois manipulés.Devenue acteur de l\u2019espace public, l\u2019Église en Afrique souhaite contribuer à créer un environnement politique et légal propice au développement humain; cet environnement offrirait aux populations la possibilité de choisir librement leurs dirigeants, de participer à la gestion du pouvoir, de contrôler leurs représentants et de mettre fin à leurs mandats en cas de défaillances.À cet égard, le multipartisme, les élections et une presse libre sont des conditions nécessaires et non suffisantes d\u2019un État de droit.Cela présuppose une éducation civique, un esprit de débat, les moyens d\u2019exercer le droit d\u2019expression et d\u2019association, le respect des droits de l\u2019Homme, la capacité de revendiquer les libertés individuelles et collectives.En somme, le fait de participer aux délibérations démocratiques dans les espaces publics d\u2019échange et de communication offre à l\u2019Église la possibilité d\u2019apporter à toute recherche d\u2019humanisation la contribution de la lumière évangélique.\u2022 L\u2019auteur, jésuite camerounais, étudie la théologie et l\u2019éthique sociale à l\u2019Université catholique de Louvain-la-Neuve RELATIONS octobre-novembre 2006 dOSSieR L\u2019aide internationale inc.LOUISE DIONNE Depuis le début du millénaire, de nombreux dirigeants des pays du Nord ont affirmé l\u2019urgence de réduire la pauvreté dans le monde.Au Canada, Jean Chrétien en a fait son dernier cheval de bataille politique.Même l\u2019investiture de Paul Martin s\u2019est déroulée sous l\u2019égide du chanteur Bono, apôtre de la lutte internationale à la pauvreté.Ces bonnes intentions restent cependant sans effet réel, car l'aide internationale a besoin de plus que des discours.Elle nécessite d\u2019être évaluée à la lumière des besoins des pays du Sud et des objectifs promis.Aborder la question de cette aide issue des fonds publics demande de s\u2019attaquer aux détournements intéressés et aux manipulations dont elle est souvent l\u2019objet.Depuis le début des années 1980, les grandes puissances politiques et les institutions économiques que sont la Banque mondiale et le FMI - ainsi que les nombreux traités de libre-échange - imposent une vision néolibérale du développement.Ce type de développement, accompagné de plans d\u2019ajustement structurel, a permis aux entreprises du Nord de s\u2019enrichir aux dépens des pays du Sud.Cette mondialisation va bon train.Cependant, dès les années 1990, des critiques des pays du Sud, des mouvements de résistance et la montée du mouvement altermondialiste ont forcé les pays du Nord à revoir leurs conceptions du développement et à déployer de nouvelles stratégies.Parmi les plus connus, le mouvement zappatiste mexicain, le mouvement des sans-terre brésiliens et la conférence de Beijing ont alerté la communauté internationale sur les effets sociaux désastreux des plans d\u2019ajustements structurels, obligeant la Banque mondiale et le FMI à justifier leurs stratégies axées sur le désengagement de l\u2019État et la privatisation.Des manifestations ont dénoncé des accords commerciaux.C\u2019est le cas de l\u2019Accord multilatéral d\u2019investissement (AMI), mis en échec en 1998, de la rencontre de l\u2019OMC de Seattle en 1999, puis de celle de l\u2019accord sur la Zone de libre-échange des Amériques à Québec, en 2001.Ces actions et la tenue du premier forum social mondial, en 2001, renversent la dictature de la pensée unique et proclament la création d\u2019une résistance internationale au néolibéralisme et à la logique capitaliste.Les revendications des différentes oppositions ont trouvé un catalyseur au sein du mouvement altermondialiste.Ainsi, celle portant sur l\u2019annulation de la dette des pays les plus pauvres, lancée en 1990 par le Comité pour l\u2019annulation de la dette du tiers-monde, a été reprise par les dirigeants du G8 qui l\u2019ont accordée à 18 pays en 2005 - bien que la liste des pays bénéficiaires reflète les intérêts du G8.Dans la foulée des critiques envers les plans d\u2019ajustement structurel, des pays adoptent des solutions qui ne tiennent pas compte des exigences imposées par le FMI et la BM.C\u2019est le cas, entre autres, de l\u2019Argentine et du Brésil.Un autre exploit des mouvements de résistance est la Déclaration, en 2000, de 189 pays membres de l\u2019ONU qui se sont engagés à atteindre, en 2015, huit Objectifs de développement du millénaire.Bien que contesté, cet engagement a donné un second souffle à l\u2019aide internationale qui, depuis le début des années 1980, connaissait de fortes baisses de financement, conséquences des stratégies néolibérales d\u2019«allégement» de l\u2019État.Toutefois, les effets du 11 septembre 2001 imposent de nouveaux paramètres à l\u2019aide internationale.Il ne suffit plus de veiller à ce que le monde se développe selon la vision néolibérale, il faut aussi le contrôler et s\u2019assurer que les pays pauvres ne seront pas une menace à la sécurité des populations du Nord.L\u2019aide est redéfinie à la lumière de ces exigences sécuritaires.Face à cette nouvelle dérive, n\u2019est-il pas temps de faire le point?ES octobre-novembre 2006 RELATIONS ààtk.ààk üktâ rT\u201d \" Bianca Joubert, Observatoire 2/13, 2004, acrylique, encre et collage sur bois, 11 x 37 cm Dans ce dossier, des chercheurs et des acteurs ont accepté de partager leurs analyses sur les enjeux actuels de l\u2019aide.Ils questionnent, non pas la pertinence de soutenir les pays en développement, mais la façon dont il est réalisé sous la lorgnette des impératifs du marché et des stratégies politiques des États du Nord.Certains des auteurs proposent des pistes de solution, mais ils proposent surtout une réflexion sur un enjeu important de notre relation avec le reste du monde : celui de la façon dont est exprimée l\u2019entraide et la solidarité par l\u2019entremise des politiques de nos dirigeants.En dépit de certains aspects sombres, ce dossier propose malgré tout des voies d\u2019espérance.« Pour que les infamies puissent être converties en exploits, la mémoire du Nord divorce de la mémoire du Sud, l\u2019accumulation est indépendante du dénuement, l\u2019opulence n\u2019a rien à voir avec les restes de la dépouille.» Eduardo Galeano, Sens dessus dessous, l\u2019école du monde à l\u2019envers RELATIONS octobre-novembre 2006 dOSSieR Quel développement?Les auteurs sont respectivement pro-fesseure et titulaire de la chaire C.-A.Poissant de recherche sur la gouvernance et l'aide au développement (UQAM) et coordonnateur de l'axe Aide au développement de cette même chaire L'aide publique au développement fait face à de nombreux écueils.Toutefois, la prise de conscience de la nécessité d\u2019une meilleure évaluation de celle-ci est une avancée significative vers la mise en place de structures mieux adaptées aux réalités et aux objectifs des populations concernées.BONNIE CAMPBELL ET GABRIEL GOYETTE Le constat est dur mais nécessaire : depuis plus de 60 ans, les stratégies d\u2019aide sont un échec.Selon le Programme des Nations unies pour le développement, depuis 1990, l\u2019espérance de vie moyenne en Afrique est en baisse, alors que ce continent reste largement boudé par les flux commerciaux et d\u2019investissements.Durant la même période, l\u2019indice de développement humain reculait dans 18 pays dits «en développement».Cela ne doit pourtant pas servir à légitimer une réduction ou une résiliation de l\u2019assistance aux pays bénéficiaires, mais plutôt nous forcer à repenser l\u2019aide à la lumière des enjeux récents et des écueils que les expériences passées nous permettent de repérer.DES ENJEUX FONDAMENTAUX Il est possible de regrouper autour de quatre enjeux majeurs notre réflexion sur l\u2019aide publique au développement.Se pose d\u2019abord la question de la cohérence entre, d\u2019une part, ce que nous pouvons appeler les dynamiques complexes du développement économique et social et, d\u2019autre part, les logiques et objectifs multiples - voire contradictoires - des bailleurs de l\u2019aide.Poursuivre avec le même instrument (l\u2019aide au développement) plusieurs objectifs qui ne sont pas toujours compatibles rend évidemment l\u2019évaluation de «l\u2019efficacité» d\u2019un programme très difficile et risque de rendre les stratégies poursuivies au nom de l\u2019aide incohérentes si ce problème n\u2019est pas abordé.Cet enjeu débouche sur un second : celui de la multilatéralisation de l\u2019aide.Par cela, on entend l\u2019harmonisation des pratiques des différents bailleurs - États et institutions financières - sur un modèle unique de développement, présenté comme reposant sur un «consensus», et censé être applicable à l\u2019ensemble hétérogène des pays dits en développement ou en transition.Cette harmonisation, au nom de l\u2019efficacité, se fait toutefois au prix d\u2019une certaine « technicisation » des stratégies d\u2019aide.Cela a pour effet de concentrer la réflexion sur les moyens à mettre en œuvre et occulte la problématique plus fondamentale du modèle de développement, et donc du «programme» politique et économique qui le sous-tend et des rapports de forces dont il est le résultat et qu\u2019il reproduit.Vient ensuite l\u2019enjeu du choix des politiques et des espaces de décision.Les stratégies de développement sont de plus en plus alignées sur les prescriptions des institutions financières internationales, et l'aide est de plus en plus liée à des indicateurs de performance déterminés par les bailleurs.L\u2019espace de décision politique risque ainsi de se trouver constamment rétréci.Ces tendances ne peuvent qu\u2019influer sur la souveraineté des pays récipiendaires et miner la légitimité de la classe politique nationale.Enfin, et en contrepartie du point précédent, découle l\u2019enjeu de la participation des sociétés récipiendaires de l\u2019aide.En effet, si les politiques d\u2019aide sont de plus en plus alignées sur les recommandations des institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale) au moyen d\u2019une harmonisation des politiques et pratiques des pays donateurs, la place qui revient aux sociétés récipiendaires, dans l\u2019élaboration des stratégies de développement et le choix des projets mis en œuvre, est intrinsèquement limitée.Ce faisant, on dépossède les populations locales du contrôle sur leur avenir collectif au profit des «spécialistes», le plus souvent étrangers.Cela entre en contradiction avec la volonté affichée de favoriser l\u2019appropriation locale.Cela risque de court-circuiter également les processus de démocratisation qui visent à rendre les dirigeants imputables envers leur propre population et non pas, comme c\u2019est le cas présentement, envers de puissants acteurs et bailleurs de fonds externes.DES PIÈGES Si ces enjeux fournissent le contexte global dans lequel s\u2019inscrivent les stratégies d\u2019aide, l\u2019analyse des pratiques permet aussi d\u2019identifier trois pièges à éviter dans la fourniture de l\u2019aide publique au développement.Le premier consiste à «faire à la place de l\u2019autre».Cette façon de procéder repose sur une vision du «sous-développement» comme un état caractérisé par un «manque» qu\u2019il suffirait de combler par l\u2019entremise d\u2019expertise, de produits ou de services.Or, même si la définition du développement demeure l\u2019objet de débats, il s\u2019agit avant tout d\u2019une démarche dont la viabilité et la durabilité dépendent de la place centrale qu\u2019occupent les populations concernées dans la définition des objectifs, la mise en œuvre et l\u2019évaluation des stratégies de l\u2019aide.Non seulement une définition globalement acceptée du «développement» n\u2019existe pas mais, qui plus est, il est largement reconnu que les politiques des pays donateurs servent souvent des intérêts contradictoires.ES octobre-novembre 2006 RELATIONS J i! v\"w -d BfckA Wîft Le deuxième piège est relatif à la dimension temporelle.En effet, trop souvent, les échéanciers des programmes ou des projets d\u2019aide sont développés d\u2019abord en fonction des besoins, des logiques et des échéances des bailleurs.Ces contraintes extérieures pèsent sur la réalisation des projets, et menacent ainsi de compromettre leurs objectifs de développement à moyen et à plus long terme.Enfin, le troisième piège réside dans le risque que les sommes allouées aux projets d\u2019aide servent avant tout au développement institutionnel et à la pérennité des acteurs de l\u2019aide, plutôt qu\u2019à assurer la réussite des objectifs de développement.Autrement dit, que l\u2019aide devienne une « industrie » avec sa logique propre qui défend ses intérêts plutôt que ceux des récipiendaires de l\u2019aide.DANS QUELLE DIRECTION CHERCHER?L\u2019OCDE a récemment adopté la Déclaration de Paris portant sur l\u2019efficacité de l\u2019aide.Cette dernière vise à favoriser la cohérence dans les stratégies de développement et le renforcement de l\u2019efficacité des programmes, en les évaluant à l\u2019aide d\u2019une grille très précise comportant des objectifs chiffrés pour tous les partenaires.Si la démarche a le mérite de poser des questions fondamentales et de contenir des cibles claires, d\u2019autres dimensions posent cependant problème.Par exemple, la Déclaration de Paris ne tient pas compte des effets de la conditionnalité de l\u2019aide qui résulte de l\u2019harmonisation des stratégies d\u2019aide sur les politiques désirées par les bailleurs (et notamment le FMI et la Banque mondiale).Or, cela risque fort d\u2019avoir des conséquences négatives sur le processus de démocratisation, ainsi que sur la mobilisation des ressources nationales nécessaires à la réalisation du développement.Face à ces enjeux fondamentaux et à ces pièges, il est donc nécessaire de se poser un certain nombre de questions.D\u2019abord, que cherche à accomplir l\u2019aide?Non seulement une définition globalement acceptée du «développement» n\u2019existe pas mais, qui plus est, il est largement reconnu que les politiques des pays donateurs servent souvent des intérêts contradictoires.Le Canada, par exemple, souhaite atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.Or, sa politique d\u2019aide (subordonnée aux politiques étrangères et commerciales) vise également à assurer les occasions d\u2019affaires et le développement des entreprises canadiennes (notamment par le biais de l\u2019achat de biens et services canadiens).Il serait donc important de clarifier les objectifs à atteindre.Dans ce but, il est primordial d\u2019encourager le développement des droits démo- Bianca joubert, cratiques des populations dans les pays récipiendaires de\tMain, 1998.peinture l\u2019aide, de manière à favoriser leur participation aux pro-\tsur bois, 20 x 30 cm cessus délibératifs à la base de cette détermination.Il est également nécessaire de faire émerger des tribunes de discussion dans les pays donateurs, afin que s\u2019établisse un consensus autour des objectifs de la politique d\u2019aide internationale et des moyens nécessaires pour les réaliser.Dans le même ordre d\u2019idées, il est crucial de reconnaître que les structures commerciales et financières au niveau international sont très inégalitaires.L\u2019insertion des pays récipiendaires de l\u2019aide dans ces structures économiques asymétriques contribue à produire et reproduire leur «sous-développement».Par exemple, les flux d\u2019aide et d\u2019investissement vers l\u2019Afrique sont inférieurs aux flux monétaires sortant du continent (rapatriement de profits, paiements d\u2019intérêts sur les dettes extérieures, etc.).Les blocages constatés dans le cycle de Doha, baptisé « cycle du développement », laissent entrevoir les difficultés relatives à la conclusion d\u2019un accord favorable aux pays qui, aujourd\u2019hui, dépendent de l\u2019aide.Comme le dit si bien Walter Fust, de la Direction du développement et de la coopération de la Confédération helvétique : « Il est plus important que les pays du Nord pensent à prendre moins avant de penser à donner plus.» Enfin, il serait également utile, pour assurer la pertinence des réflexions sur l\u2019aide, de donner une place prépondérante aux voix des représentants des pays bénéficiaires.Leur expertise, en effet, est indispensable à l\u2019identification des meilleures pratiques et à l\u2019élaboration de stratégies plus prometteuses.DES EXPÉRIENCES ENCOURAGEANTES Heureusement, tout n\u2019est pas gris dans le ciel de l\u2019aide au développement et de nombreux pays et organisations ont mis en place des mécanismes pour évaluer efficacement leurs actions et favoriser leur amélioration.\t?RELATIONS octobre-novembre 2006 KO dOSSieR Bianca Joubert, Le monde des ancêtres, 1998, acrylique sur masonite, 41 x 61 cm Ainsi, certains pays se sont dotés de législations encadrant la fourniture de l\u2019aide et les relations entre bailleurs et récipiendaires.C\u2019est notamment le cas de la Norvège et du Danemark.L\u2019intérêt de ces législations est d\u2019offrir un cadre légal - donc un processus de contestation légitime et indépendant - à l\u2019action des ONG et autres acteurs de l\u2019aide, en plus de codifier les droits et obligations de chacun.De même, la mise en place de ces législations a donné lieu à des processus politiques où les différents acteurs de la société civile ont pu échanger et débattre de leur rôle, de leur façon de faire et des façons d\u2019établir de meilleures pratiques.Toutes les initiatives constructives ne sont pas uniquement le fait des pays donateurs.Plusieurs pays récipiendaires mettent également en place des programmes de suivi et d\u2019évaluation des projets de développement en œuvre sur leur territoire.En Afrique, les expériences de la Tanzanie et du Mozambique sont particulièrement intéressantes.Le Mozambique a construit, avec ses bailleurs, une grille d\u2019évaluation de la conformité de l\u2019action des donateurs avec leurs engagements.L\u2019action de ces derniers est évaluée par des consultants indépendants et les objectifs des programmes sont révisés annuellement par des comités conjoints donateurs-récipiendaires.La reconnaissance de la nécessité d\u2019un questionnement de fond, au sujet des approches et des effets de l\u2019aide publique au développement, semble donc en voie de déboucher sur des résultats positifs.L\u2019économiste et directeur de l\u2019Institut de la Terre (Université Columbia), Jeffrey Sachs, qui plaide en ce sens depuis plusieurs années, illustre bien cette reconnaissance.Pour lui, le fait de mettre si peu l\u2019accent sur le développement agricole en Éthiopie (un piètre 4 millions $ par année), a fait en sorte que les États-Unis ont dépensé au-delà de cent fois plus (500 millions $) en aide alimentaire à cause des récoltes dévastatrices en 2003 (voir The Economist, 22 mai 2004).Encore plus grave, les stratégies inappropriées de libéralisation à outrance sont reconnues comme un facteur important dans l\u2019explication des pénuries alimentaires qui ont mené à la famine au Niger en 2005.Et ce ne sont pas forcément des grosses sommes qui feront toute la différence.Une expérience en Tanzanie, résultat de recherches menées par le Centre de recherches pour le développement international, permet de prévoir la réduction de la mortalité infantile de 50% avec seulement 2 SUS par jour et par enfant.Dans le domaine agricole, selon l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation et l\u2019agriculture, un projet appuyé par les pays Scandinaves, en Ouganda, aurait permis un doublement du rendement à l\u2019hectare de la culture de la vanille - important produit d\u2019exportation pour ce pays - entre 1991 et 2003.Sur le plan de la sécurité alimentaire, des leçons sont à tirer d\u2019une quarantaine d\u2019années de développement rural en Afrique de l\u2019Ouest.Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, dans des pays tels que le Burkina Faso, entre 1994 et 1998, la production de coton a augmenté de 175 % et l\u2019incidence de la pauvreté a diminué de 50 à 42 % dans les zones cotonnières, tandis que cet indice de pauvreté a augmenté de 2 % dans les zones sans coton.Ces résultats dépendent du fait que l\u2019extension de la culture d\u2019exportation a reposé sur une approche intégrée du développement rural - incluant la production céréalière et l\u2019élevage, l\u2019accès à des crédits pour les intrants tels que les engrais, etc.-, approche dans laquelle la coordination de la production, de la vente et du transport de cette culture s\u2019est faite sous la supervision des sociétés d\u2019État.Des effets similaires sur la pauvreté ont également été documentés au Mali.Bref, l\u2019enjeu de l\u2019efficacité de l\u2019aide ne saurait être abordé en dehors d\u2019une prise en compte de l\u2019ensemble complexe des facteurs qui contribuent à l\u2019appauvrissement et à la marginalisation sociale et politique des populations « aidées».En dernière instance, les solutions au fléau du «sous-développement» ne résident pas dans la charité.Elles résident plutôt dans le choix de politiques qui reposent sur l\u2019élaboration démocratique de projets de société et qui permettent ainsi la mobilisation des ressources nécessaires pour les réaliser.\u2022 Il serait également utile, pour assurer la pertinence des réflexions sur l\u2019aide, de donner une place prépondérante aux voix des représentants des pays bénéficiaires.EQ octobre-novembre 2006 RELATIONS L\u2019Afrique prise au piège Dans les conditions actuelles, «l\u2019aide» octroyée par les pays développés n\u2019apporte aucune contribution au développement de l\u2019Afrique.Au contraire, elle contribue à la perte de sa souveraineté en renforçant sa dépendance extérieure.Elle est un frein à son intégration économique.Les solutions à cette impasse exigent des changements profonds dans les relations entre l\u2019Afrique et les pays développés.DEMBA MOUSSA DEMBELE Lors du Sommet du G8 en Écosse, en juillet 2005, il a été beaucoup question de «l\u2019aide» à l\u2019Afrique.L\u2019on se souvient des concerts géants organisés dans plusieurs grandes villes, sous l\u2019égide de Bono et de Bob Geldof, pour pousser les dirigeants du G8 à accorder plus d\u2019aide aux pays «pauvres», notamment africains.Cette même année, le ministre britannique des Finances, Gordon Brown, avait même évoqué un «Plan Marshall moderne» pour l\u2019Afrique! pensent qu\u2019une Afrique pauvre et faible serait un terreau pour les groupes terroristes.Par conséquent, il devient urgent de renforcer «l\u2019aide» au continent africain, dans l\u2019intérêt même de la sécurité des pays occidentaux! Faut-il rappeler que la notion «d\u2019aide publique au développement» (APD) avait été lancée par les Nations unies au début de la décennie 1970?L\u2019idée était contenue dans le fameux Rapport Pearson, du nom de l\u2019ancien premier ministre canadien, président de la Commission de l\u2019ONU qui avait fait une évaluation de la première « décennie du développement» - les années 1960 - au cours de laquelle la plupart des pays anciennement colonisés avaient acquis leur indépendance.Cette commission était composée d\u2019éminentes personnalités qui avaient une haute idée de ce que devaient être les rapports entre nations développées et nations peu développées.Certaines de ces personnalités, comme Arthur W.Lewis, qui devint plus L\u2019auteur est membre tard lauréat du prix Nobel d\u2019économie, avaient fortement\tdu Forum africain marqué les travaux de cette commission et influencé ses\tdes alternatives à recommandations.C\u2019est à la suite de celles-ci que les Na- Dakar, Sénégal tions unies avaient proposé, en 1973, de consacrer 0,7 % du produit intérieur brut des pays développés à l\u2019aide publique au développement.On connaît le sort qui lui a été réservé : à ce jour, seule une poignée de pays ont atteint ou dépassé ce pourcentage.POURQUOI CE REGAIN D\u2019INTÉRÊT?Ce regain d\u2019intérêt pour l\u2019aide à l\u2019Afrique peut sembler aller à contre-courant de l\u2019idéologie dominante, le néolibéralisme.En effet, il y a quelques années de cela, les Américains avaient sorti une formule qui était conforme à celle-ci : le commerce, non l\u2019aide.Cette préoccupation soudaine n\u2019est pas liée à un changement de cap, mais semble répondre à deux objectifs poursuivis par les pays occidentaux et les institutions internationales.Le premier est de convaincre l\u2019opinion publique occidentale et africaine que le discours sur la « réduction de la pauvreté » n\u2019est pas un discours creux.Toutefois, leur conception reste profondément ancrée dans l\u2019optique néolibérale, puisque c\u2019est au secteur privé que revient le rôle principal dans cette réduction.Le deuxième et principal objectif est d\u2019ordre géostratégique.Dans leur « guerre contre le terrorisme », les États-Unis et leurs alliés, notamment la Grande-Bretagne, UNE IDÉE GÉNÉREUSE DÉTOURNÉE DE SES OBJECTIFS Ainsi donc, non seulement cet objectif n\u2019a-t-il jamais été atteint, mais très vite, la notion d\u2019APD fut vidée de son contenu originel.Dans la confrontation entre les blocs, durant la Guerre froide, l\u2019aide fut transformée en un instrument de la politique étrangère des grandes puissances.Elle est devenue alors un moyen pour consolider ou encourager des liens économiques et financiers étroits entre les pays donateurs et les pays africains.Les crédits octroyés à ces derniers avaient pour but d\u2019acheter les produits ou services des pays donateurs et de garantir leur accès à des sources de matières premières bon marché.Sur le plan politique, «l\u2019aide» servait à acheter la loyauté de certains pays envers l\u2019un des camps ou à renforcer des régimes «amis».On connaît le tristement célèbre exemple de l\u2019ex-dictateur de l\u2019actuelle République démocratique du Congo, Mobutu, ancien agent des services de renseignements américains arrivé au pouvoir par un coup d\u2019État sanglant orchestré par la CIA.?L\u2019aide publique au développement a été depuis longtemps vidée de son contenu originel pour devenir un instrument au service des intérêts économiques, politiques et stratégiques des pays «donateurs».RELATIONS octobre-novembre 2006 ES dOSSieR V /O-IOA & 2J Bianca Joubert, Coopération, 2006, 30 x 23 cm 5 -.fe mm Pendant des décennies, il s\u2019est maintenu au pouvoir grâce au soutien des États-Unis, de la France, de la Belgique et des institutions sous leur contrôle, notamment la Banque mondiale et le FMI.Ce dictateur sanguinaire s\u2019était signalé également par le pillage systématique des ressources de son pays avec la complicité des banques et des gouvernements des pays occidentaux.Et ce n\u2019est pas un hasard si le pays ploie aujourd\u2019hui sous le poids d\u2019une dette illégitime, immorale et impayable! Le soutien économique et politique aux régimes « amis » avait pour contrepartie l\u2019obtention de bases militaires et d\u2019autres facilités utilisées pour semer la subversion au sein des régimes soupçonnés d\u2019appartenir au camp « ennemi » ou contre des mouvements de libération nationale.On connaît le soutien apporté par Mobutu à l\u2019UNITA, mouvement rebelle angolais soutenu et financé par la CIA.L\u2019aide publique au développement a été depuis longtemps vidée de son contenu originel pour devenir un instrument au service des intérêts économiques, politiques et stratégiques des pays «donateurs» (voir David Sogge, m octobre-novembre 2006 RELATIONS Les vraies solutions aux problèmes du financement du développement de l\u2019Afrique, que tend à masquer le discours sur l\u2019aide, passent par des changements profonds dans les relations entre l\u2019Afrique et les pays développés.«Une nécessaire réforme de l\u2019aide internationale», Le Monde diplomatique, septembre 2004).L\u2019AFRIQUE A-T-ELLE BESOIN D\u2019AIDE?Il est évident qu\u2019en dehors de changements fondamentaux dans la conception, les objectifs et la mise en œuvre de l\u2019aide, celle-ci continuera d\u2019être un véritable marché de dupes pour l\u2019Afrique et les autres pays du Sud.Par exemple, la quasi-totalité de l\u2019aide retourne dans les pays donateurs, comme le révèle un rapport de l\u2019ONG britannique Action Aid.Selon ce rapport, seul un tiers de l\u2019aide fournie par les pays du G7 en 2003 était de l\u2019aide réelle, le reste étant qualifié « d\u2019aide fantôme » et retournant d\u2019une manière ou d\u2019une autre au pays donateur - pour les États-Unis, c\u2019est 90 % de l\u2019aide octroyée qui y retourne! En outre, les conditions liées à l\u2019aide, en particulier « la bonne gouvernance » - catalogue de mesures néolibérales destinées à assurer la sécurité des investissements étrangers et la rentabilité maximale des capitaux investis -, en augmentant les coûts de sa mise en œuvre, tendent à rendre celle-ci encore plus difficile.Ceci explique en grande partie le reproche fait aux pays africains à propos de leur prétendue «faible capacité d\u2019absorption» et surtout du manque « d\u2019efficacité » de l\u2019aide.Ainsi, dans les conditions actuelles, «l\u2019aide» octroyée par les pays développés n\u2019apporte aucune contribution au « En 2001, les subventions agricoles des pays riches s\u2019élevaient à 311 milliards de dollars, soit six fois les 55 milliards de dollars que ces pays ont consacrés à l\u2019aide au développement.» (Martin Khor, in « Objectifs du millénaire POUR LE DÉVELOPPEMENT», ALTERNATIVE SUD, P.75) développement de l\u2019Afrique.Au contraire, elle contribue à la perte de sa souveraineté en renforçant sa dépendance extérieure.Elle est un frein à son intégration économique.L\u2019Afrique n\u2019a pas besoin d\u2019une telle «aide».Par contre, elle accepterait bien une aide qui contribue à l\u2019affranchir de l\u2019aide; une aide conforme aux priorités définies par les pays africains et qui permet d\u2019atteindre les objectifs qu\u2019ils se sont eux-mêmes fïxés; une aide accompagnée de réels transferts de technologies adaptées aux besoins du continent.CE QU\u2019EXIGE L\u2019AFRIQUE Les vraies solutions aux problèmes du financement du développement de l\u2019Afrique, que tend à masquer le discours sur l\u2019aide, passent par des changements profonds dans les relations entre l\u2019Afrique et les pays développés.1.La fin des subventions agricoles aux pays développés.Les subventions agricoles des États-Unis et de l\u2019Union européenne constituent un obstacle considérable au développement des exportations africaines, comme le coton.En 2002, les subventions octroyées par le gouvernement des États-Unis à 25 000 exportateurs de coton s\u2019élevaient à 4 milliards de dollars, soit en moyenne 16 000 dollars par producteur.Résultat : les prix du coton ont chuté de plus de 25 %, entraînant des pertes de recettes évaluées à plus de 300 millions de dollars pour les exportateurs africains.Le Mali, premier producteur de coton d\u2019Afrique, perdait 43 millions de dollars, une somme équivalente à «l\u2019allégement» de sa dette, durant la même année, sous l\u2019initiative en faveur des pays pauvres très endettés (Rapport sur le commerce et le développement 2003, CNUCED, New York & Genève, Nations unies).2.L\u2019arrêt des politiques de libéralisation imposées par la Banque mondiale et le FMI.Ces politiques ont dévasté les industries nationales et entraîné des pertes considérables pour le continent africain.Selon une étude de l\u2019ONG britannique Christian Aid (The Economies of Failure: the Real Costs of Freetrade for Poor Countries, juin 2005), entre 1980 et 2000, la libéralisation du commerce a fait perdre aux pays africains 272 milliards de dollars, une somme qui aurait pu « Les intérêts du Nord profitent de l\u2019émiettement de la concurrence venant du Sud.Les récoltes et l\u2019élevage du bétail ont été frappés de manière particulièrement dure.\u201cDans certains pays africains, où la production de 100 kilos de maïs coûte 74 $, son prix sur le marché local est tombé à 21 $ à cause des exportations subventionnées du Nord\u201d (ONU, Human Development Report, 1994).En 1986, Haïti était largement autosuffisante en riz, une denrée de base pour sa population.Forcée par les donateurs et les prêteurs d\u2019abolir ses barrières commerciales, le pays a été inondé par le riz des États-Unis où les agriculteurs sont subventionnés.» (David Sogge, Les mirages de l\u2019aide internationale, p.61) payer leur dette et faire vacciner tous les enfants qui en avaient besoin.Dans le cas du Ghana, elle a fait perdre 10 milliards de dollars, une perte équivalente à un arrêt de travail pendant un an et demi par tous les Ghanéens.D\u2019autres exemples sont fournis à propos du Mali, du Malawi et de l\u2019Ouganda.Quant à la libéralisation financière, elle a aggravé la fuite des capitaux, avec en moyenne plus de 15 milliards de dollars chaque année (voir Commission pour l\u2019Afrique, Notre intérêt commun, Londres, février 2005).Par ailleurs, les accords de libre-échange - pudiquement appelés Accords de partenariat économique -, que l\u2019Union européenne veut imposer aux pays africains, vont aggraver les politiques de libéralisation et accélérer l\u2019effondrement de ce qui reste encore du tissu économique africain.C\u2019est pourquoi les mouvements sociaux africains, de concert avec leurs homologues européens, ont entrepris une vaste campagne de mobilisation pour faire échouer ces accords.« Le remboursement de la dette des pauvres aux riches dépasse largement l\u2019aide accordée.En 2000, les pays à faible revenu ont payé à leurs créanciers, sans compter ce qu\u2019ils avaient reçu en prêts à long terme, 101,6 milliards de dollars - plus de trois fois ce qu\u2019ils avaient reçu en crédits cette année-là.En 1999, le déséquilibre a été encore plus grand : les pays à faible revenu ont payé à leurs créanciers environ cinq fois plus que ce qu\u2019ils avaient reçu en aide.De 1992 à 2000, la part des revenus d\u2019exportation et des services affectés au remboursement des prêts s\u2019est modifiée comme suit.Le remboursement du capital de la dette est passé de 14 % à 19 %; le remboursement des intérêts sur les prêts est passé de 8 % à 10 %.En tout, en 1999, le remboursement de la dette (intérêts et capital) a englouti 28 % des revenus des pays à faibles revenus.» (David Sogge, id., p.62) RELATIONS octobre-novembre 2006 m dOSSieR L ' Bianca joubert,\t3.Lannulation de la dette et l\u2019abolition des politiques ac- sans titre, 2002, tuelles des institutions financières internationales.La déci-30 x23 cm\tsion du G8 d\u2019annuler la dette multilatérale de 14 pays africains est loin de constituer une réponse adéquate au problème de la dette africaine.L\u2019Union africaine demande aujourd\u2019hui, au nom de tous ses membres, l\u2019annulation de cette dette jugée illégitime, immorale et déjà payée plusieurs fois.En outre, le coût des programmes d\u2019ajustement est de loin supérieur à la prétendue « dette » que les pays africains devraient à la Banque mondiale et au FMI, comme l\u2019illustrent les chiffres fournis par l\u2019étude de Christian Aid, citée plus haut.Le consensus en Afrique est que la totalité de la dette du continent doit être annulée de manière inconditionnelle.Cette annulation doit s\u2019accompagner de la fin de l\u2019ingérence de la Banque mondiale et du FMI dans le processus de développement des pays africains, une ingérence qui a coûté trop cher au continent.4.Le rapatriement des fonds illégalement déposés à l\u2019étranger.De l\u2019aveu même de la Commission pour l\u2019Afrique, mise en place par Tony Blair, en 2005, les fonds soustraits aux peuples africains et déposés dans les pays développés ES octobre-novembre 2006 RELATIONS s\u2019élèveraient à plus de la moitié du montant de la dette extérieure du continent africain, c\u2019est-à-dire à plus d\u2019une centaine de milliards de dollars! Une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Développement de l\u2019Afrique.Une approche comparative.Supplément au Rapport sur le commerce et le développement, 1998), avait déjà montré que si ces sommes étaient rapatriées, le niveau de formation brute de capital fixe, c\u2019est-à-dire le stock de capital de l\u2019Afrique, serait trois fois plus élevé que son niveau actuel.Elle estimait aussi que 70% de la richesse privée de l\u2019Afrique, excluant la terre, était détenue hors du continent, en 2002.Autrement dit, avec le rapatriement des fonds illégalement déposés dans les banques occidentales, le continent pourrait se passer de «l\u2019aide» et avoir moins besoin d\u2019investissements directs étrangers qu\u2019il cherche désespérément à attirer au prix d\u2019une course insensée vers le bradage des entreprises publiques et la dévalorisation des ressources naturelles et humaines pour offrir toutes sortes d\u2019incitations aux investisseurs étrangers.UN ÉCRAN DE FUMÉE Le discours sur «l\u2019aide» à l\u2019Afrique est bel et bien un écran de fumée destiné à masquer les vrais objectifs poursuivis par les pays « donateurs », visant à accentuer la dépendance extérieure du continent et perpétuer sa domination.L\u2019expérience « d\u2019aide au développement», longue de plus de 40 ans, enseigne que l\u2019Afrique doit avant tout compter sur elle-même pour trouver les solutions au problème du financement de son développement.Il serait illusoire de compter sur un prétendu Plan Marshall, « moderne » ou pas.En vérité, l\u2019Afrique n\u2019a besoin ni de charité, ni de condescendance.Elle ne cherche à être le fardeau d\u2019aucune nation ou d\u2019aucun groupe de nations, car elle a les capacités et ressources nécessaires pour prendre en charge son propre développement et trouver ses propres solutions, en comptant avant tout sur le génie de ses enfants et ses énormes richesses naturelles.\u2022 «À la fin de 1990, le total cumulatif de la fuite des capitaux hors des pays en développement s\u2019établissait approximativement à 700 milliards de dollars, ce qui représente plus de la moitié de la dette extérieure de ces pays.En fait, la moitié des emprunts à l\u2019étranger par les pays en développement a été transformée en un mouvement de capitaux privés vers l\u2019extérieur par les citoyens des pays endettés.» (PNUD, cité dans David Sogge, id., p.60) Les OCM : une aide empoisonnée ÉRIC CHAURETTE Nous subissons une forte pression aujourd\u2019hui de la part des pays développés et des multinationales pour qu\u2019on adopte les OGM.Ce n\u2019est pas une demande des paysans», déclarait Ibrahima Coulibaly, leader paysan malien, devant le Comité sénatorial permanent des Affaires étrangères du Canada examinant les problèmes de pauvreté en Afrique.Il faisait partie d\u2019une délégation de neuf scientifiques et leaders paysans de pays du Sud, venus au Canada, en mars 2005, pour dénoncer le rôle des pays du Nord, dont le Canada, qui promeuvent les cultures génétiquement modifiées dans leur pays respectif.En effet, sous couvert d\u2019aide internationale, on voit poindre une nouvelle stratégie pour promouvoir les OGM.Sous des leitmotivs d\u2019harmonisation et de renforcement des capacités, l\u2019aide internationale en arrive à déposséder les pays de leur souveraineté alimentaire.Il s\u2019agit moins d\u2019aide que d\u2019un moyen pour l\u2019industrie de la biotechnologie agricole de s\u2019assurer ainsi de nouveaux marchés pour ses produits et ses services.En même temps que les OGM, on introduit une logique mercantile néolibérale.Les paysannes et les paysans autonomes deviennent des clients.Les semences, qui étaient autrefois un patrimoine à maintenir, à partager et à échanger librement, deviennent la propriété individuelle d\u2019une multinationale.Les paysans qui les cultivent doivent maintenant payer un droit d\u2019utilisation.Les conserver la saison suivante devient illégal.Selon M.Coulibaly: «Les OGM représentent un danger énorme pour nous parce que nous n\u2019avons aucun moyen de préserver notre diversité biologique agricole autrement qu\u2019en la mettant en culture année après année.Nous allons perdre toute cette diversité biologique si nous allons vers une technologie pour laquelle nous n\u2019avons aucune maîtrise.En outre, ces biotechnologies, notamment le coton transgénique, sont brevetées par des multinationales et risquent d\u2019augmenter énormément le coût de production de nos exploitations agricoles.» En 2003, le Canada annonçait un financement de 30 millions $, administré par l\u2019ACDI, pour la construction du Centre des biosciences pour l\u2019Afrique Centrale et de l\u2019Est (BECA), à Nairobi, au Kenya.Ce centre viserait à « mettre à la disposition de chercheurs africains les technologies et les sciences de pointe afin de développer des produits qui mettront fin aux problèmes africains».Il représente un nouveau tournant pour l\u2019ACDI : un appui direct au développement des capacités de pays du Sud pour produire des organismes génétiquement modifiés.Le simple fait d\u2019établir un centre de recherche et de développement de biotechnologies amènera assurément des essais en champs de plantes transgéniques, ce qui représente un danger important de contamination du patrimoine génétique du pays hôte, sans parler d\u2019autres effets pervers.Mais le mandat de BECA ne se limite pas à la recherche, il comporte aussi un volet de développement de politiques.Il pourrait être facilement utilisé pour inciter les pays à se doter de lois de protection de la propriété intellectuelle favorables aux entreprises multinationales, à l\u2019encontre du droit des collectivités paysannes sur leurs propres ressources génétiques.Parallèlement, la Banque mondiale qui, avec le Fonds monétaire international, a fragilisé les économies majoritairement agraires des pays du Sud par ses programmes d\u2019ajustements structurels, s\u2019apprête à se lancer dans une nouvelle aventure en Afrique : le projet régional sur la biosécurité en Afrique de l\u2019Ouest.Le projet vise à « mettre en œuvre un cadre de biosécurité pour les essais en champs, en milieu confiné et pour la commercialisation des plantes transgéniques et des produits dérivés en commençant par le coton » et ciblerait le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal et le Togo.À travers le monde, cet assaut sur l\u2019agriculture paysanne a généré des mouvements de résistance importants.En Afrique de l\u2019Ouest, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain, regroupant neuf pays et des centaines d\u2019organisations paysannes, fait pression sur leurs gouvernements pour contrer, entre autres, les forces de lobbying de la USAID pour introduire le coton transgénique.En Inde, dans l\u2019État d\u2019Andra Pradesh, paysans et scientifiques collaborent pour étudier et diffuser les impacts accablants de l\u2019introduction du coton Bt sur l\u2019économie paysanne, l\u2019environnement et la santé, pour une prise de conscience des dangers associés aux OGM.Le sous-développement et les disettes qui affectent les pays du Sud - dont les causes sont à chercher du côté des structures politiques et socio-économiques plutôt que de la production agricole - ne seront pas résolus par les semences transgéniques.Avant de s\u2019aventurer dans le renforcement des capacités des pays du Sud en matière de biotechnologie agricole, nous devrions plutôt poser un regard critique sur la raison d\u2019être des OGM dans l\u2019agriculture et forcer le débat public sur le rôle de cette technologie dans l\u2019agriculture et, plus récemment, dans l\u2019aide au développement.L\u2019auteur est agent de recherche à Inter Pares RELATIONS octobre-novembre 2006 H dOSSieR L\u2019ambiguïté des politiques canadiennes L'auteur, qui écrit à titre personnel, est analyste au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) L\u2019aide canadienne au développement est de plus en plus prise dans les mailles du filet mercantile, sécuritaire et militaire des bailleurs de fonds du Nord.BRIAN TOMLINSON Les pays donateurs se sont engagés, en 2000, dans la Déclaration du millénaire, à «ne ménager aucun effort» pour éliminer la pauvreté.L\u2019atteinte des Objectifs de développement du millénaire passera par l\u2019amélioration de la qualité de vie des populations pauvres et vulnérables, par l\u2019application des droits politiques et par la reconnaissance des droits économiques, sociaux et culturels des pays les plus pauvres.Pour répondre à ces objectifs, le Canada a apporté plusieurs modifications à sa stratégie d\u2019aide.Depuis 2000, il a dépassé d\u2019un milliard de dollars son budget de soutien au développement social, doublant ainsi les investissements dans l\u2019instruction primaire ainsi que dans l\u2019agriculture et le développement rural, qui sont passés de 85 millions $ en 2001/2002 à 180 millions $ en 2004/2005.De plus, l\u2019Énoncé de politique en faveur d\u2019une aide internationale plus efficace (2002) de l\u2019Agence canadienne de développement international (ACDI), met l\u2019accent sur une «prise en charge locale» et des «approches-programmes»1.Dans la même foulée, le Canada a adopté, en 2005, les orientations de la Déclaration de Paris sur l\u2019efficacité de l\u2019aide au développement, émanant du Comité d\u2019aide au développement de l\u2019OCDE, qui engage les pays donateurs et bénéficiaires à renforcer l\u2019efficacité de l\u2019aide.Toutefois, l\u2019aide reste un dispositif malléable qui se plie facilement aux intérêts politiques et géostratégiques des pays donateurs, y compris le Canada.UNE AIDE MALLÉABLE De fait, l\u2019aide est en proie, depuis le 11 septembre 2001 et « la guerre au terrorisme », à un détournement au profit des intérêts sécuritaires des bailleurs de fonds du Nord.En 2002, le Canada a ajouté aux objectifs de l\u2019ACDI celui d\u2019« appuyer les efforts de la communauté internationale en vue de réduire les menaces à la sécurité canadienne et internationale », même si d\u2019autres pays donateurs résistent toujours à élargir de la sorte l\u2019aide publique au développe- ment.C\u2019est ainsi que l\u2019Irak et l\u2019Afghanistan - le pays ayant reçu le plus du Canada depuis 2002 et dont le total de l\u2019aide canadienne, en 2012, devrait se chiffrer à un milliard $ - ont bénéficié de 25 % des nouvelles ressources de l\u2019aide canadienne.Le Canada, dans son Énoncé de politique internationale de 2005, a alloué plus du tiers de l\u2019aide bilatérale aux « États fragiles ou en déroute» et a accru l\u2019influence du ministère des Affaires étrangères dans certains de ces pays (Soudan, Haïti et Afghanistan, par exemple), qui sert de coordonnateur entre les différents ministères et agences œuvrant dans les domaines du développement et de la sécurité.Deux des instances nouvellement créées de ce ministère, le Groupe de travail sur la stabilisation et la reconstruction - auxquels participent des représentants d\u2019autres ministères, comme la Défense, et d\u2019agences comme l\u2019ACDI - et le Fonds pour la paix et la sécurité dans le monde, gèrent un budget de 500 millions $ sur 5 ans.Plusieurs ONG s\u2019inquiètent du fait que l\u2019aide au développement, de plus en plus guidée par les intérêts de la politique étrangère canadienne, se voit court-circuitée par des opérations militaires conjointes (en Afghanistan, par exemple).Les populations locales en arrivent à ne plus discerner les objectifs humanitaires des acteurs du développement (comme l\u2019ACDI et les ONG locales) des objectifs militaires des pays donateurs.Un mandat équivoque, qui associe des intérêts de sécurité, de défense ou de politique étrangère à l\u2019attribution de l\u2019aide, ne peut qu\u2019affecter la relation de confiance envers les partenaires locaux au cours des efforts de reconstruction.C\u2019est ce que le Canada et quelques autres pays donateurs veulent inclure dans la définition des critères de l\u2019aide publique au développement.Dernièrement, plusieurs organisations de la société civile ont fait pression pour que soit adoptée une loi qui associe d\u2019une manière étroite l\u2019aide à la réduction de la pauvreté au respect des droits humains et au point de vue des populations pauvres.En l\u2019absence d\u2019un tel contrepoids juridique, l\u2019aide canadienne sera (et est peut-être déjà) orientée selon les règles typiques de la Guerre froide durant laquelle les impératifs des affaires étrangères déterminaient entièrement ses lignes d\u2019action.UNE PRISE EN CHARGE LOCALE?L\u2019ACDI utilise, sans réserve, le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté, émanant des Institutions fi- 1.Selon Learning Network on Program-Based Approaches, il s'agit d\u2019un mode de coopération pour le développement qui repose sur le principe de l\u2019appui coordonné à un processus de développement pris en charge localement.Le Canada, dans son Énoncé de politique internationale de 2005, a alloué plus du tiers de l\u2019aide bilatérale aux « États fragiles ou en déroute» et a accru l\u2019influence du ministère des Affaires étrangères dans certains de ces pays.octobre-novembre 2006 RELATIONS to \u2018X X;- nancières internationales, comme guide dans l\u2019élaboration de ses stratégies d\u2019aide axées sur «la prise en charge locale ».Si le document permet une plus grande participation des investisseurs locaux, dans certains pays, de nombreux chercheurs, tant au Sud qu\u2019au Nord, demeurent très critiques quant à ses implications sur le terrain.Il est notoire, en effet, que les bailleurs de fonds, généralement par l\u2019entremise de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, se servent de l\u2019aide et de l\u2019annulation de la dette pour imposer leurs propres politiques aux gouvernements des pays en développement - privatisation dans les secteurs de la santé et de l\u2019éducation, déréglementation du commerce et des investissements, implantation de réformes gouvernementales, etc.- aux conséquences désastreuses pour les populations pauvres de ces pays.Or, ces politiques demeurent au cœur du document, en tant qu\u2019obliga-tions des pays en développement envers les bailleurs de fonds et conditions pour bénéficier des «approches-programmes», en flagrante contradiction avec le discours officiel « sur la prise en charge locale ».L\u2019ACDI est de plus en plus partie prenante de cette «toile d\u2019araignée»: les «approches-programmes» constitueront, pour l\u2019année financière 2006-2007, près de 23% des déboursés bilatéraux (particulièrement dans les secteurs de la santé, de l\u2019éducation et de l\u2019agriculture) - plus de 40 % (environ 325 millions $) en ce qui concerne l\u2019Afrique subsaharienne.Ces programmes sont l\u2019objet de vives critiques de la part d\u2019ONG canadiennes qui en appellent à une révision complète de ces pratiques afin de s\u2019assurer que celles-ci soient vraiment en harmonie avec le principe de « prise en charge locale».Par ailleurs, ces «approches-programmes», promues par les bailleurs de fonds, sous-entendent que les organi- Les enjeux sécuritaires ÉRIC MARCLAY Depuis le 11 septembre 2001, l\u2019aide publique au développement (APD) est enchâssée dans le paradigme du « avec ou contre nous » de la lutte contre le terrorisme.Selon cette logique, la sécurité devient le point d\u2019ancrage des stratégies de développement, légitimant la réorientation des fonds et reléguant au second rang les huit objectifs - pourtant déjà bien limités et peu contraignants - que les États membres de l\u2019ONU ont convenu d\u2019atteindre d\u2019ici 2015.Dès lors, tout est envisagé au travers du prisme de la sécurité nationale et non de la sécurité humaine.Les États défaillants ont désormais une importance qui va largement au-delà des questions développementales.Ainsi, aux priorités en matière d\u2019APD, se sont superposés les intérêts sécuritaires des pays donateurs: c\u2019est ce qu\u2019on a appelé «le consensus de New York».Si le terrorisme est une activité criminelle abjecte qui doit être réprimée, les bases conceptuelles à partir des- quelles cette lutte est menée doivent être analysées.Cela, afin de ne pas servir de prétexte aux glissements discursifs qui accompagnent et légitimisent la lutte contre le terrorisme.Or, le fait que le terrorisme soit devenu la préoccupation majeure des gouvernements, en particulier des États-Unis, favorise la légitimation d\u2019actions sous le libellé d\u2019aide, alors qu\u2019il s\u2019agit de mesures sécuritaires.Pendant que les budgets d\u2019aide restent largement en dessous des minima requis pour atteindre les objectifs du millénaire, les États-Unis se servent de l\u2019APD dans leur lutte contre le terrorisme international, et l\u2019orientent en vue de favoriser la stabilité internationale.De fait, USAID reconnaît que la guerre au terrorisme a mené à un élargissement du mandat de l\u2019agence et l\u2019a poussée au-delà de son rôle traditionnel d\u2019aide.Dans le sillage de l\u2019hégémonie américaine, les membres du Comité d\u2019aide au développement de l\u2019OCDE ont également à leur ordre du jour la priorité sécuritaire.Ainsi, l\u2019Australie fait de la lutte contre le terrorisme un objectif de ses programmes d\u2019APD, confirmant dans une déclaration que la réduction de la pauvreté a cédé le pas à la sécurité.Le Japon a désormais inséré la question de la prévention du Bianca Joubert, Duel, 2006, 30 x 23 cm L\u2019auteur est chercheur à la chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM RELATIONS octobre-novembre 2006 m dOSSieR sations de la société civile sont de simples sous-contrac-tants des instances gouvernementales régionales et locales, et que les ONG canadiennes, elles, se plieront aux stratégies émanant des institutions financières dans le cadre de leur partenariat avec l\u2019ACDI.En effet, Y Énoncé de politique en faveur d'une aide internationale plus efficace de l\u2019ACDI ne mentionne les acteurs de la société civile que de façon marginale.S\u2019il s\u2019appuie largement sur la capacité des gouvernements des pays les plus pauvres, il méconnaît totalement, en tant qu\u2019acteurs légitimes du développement, les organisations de la société civile qui œuvrent de longue date à la réalisation de projets économiques et sociaux par et pour les pauvres.Cette vision compromet l\u2019autonomie de ces organisations nationales et internationales et risque de miner leurs relations auprès des populations pauvres en générant un clientélisme qui porterait atteinte à leur droit de critique.Elles peuvent exiger des comptes des gouvernements locaux tout en maintenant leurs lignes d\u2019action en matière de développement local, mais ces deux rôles risquent d\u2019être en conflit.Le point de vue des citoyens est loin d\u2019être toujours en accord avec celui du gouvernement.Le processus de « prise en charge locale » devrait, dès lors, refléter les débats démocratiques enjeu sur les orientations des politiques de développement.AMÉLIORATION DE L\u2019AIDE CANADIENNE L\u2019aide canadienne pour 2005/2006 représente de 0,34% du revenu national brut (RNB), mais si on enlève du ratio l\u2019annulation de la dette de l\u2019Irak, elle diminue à 0,3 %.On est loin d\u2019atteindre la cible de 0,7 % fixée par l\u2019ONU.À ce jour, le gouvernement Conservateur n\u2019a rien fait d\u2019autre que renouveler la promesse du parti Libéral d\u2019augmenter l\u2019aide de 8% d\u2019ici 2010, pour atteindre 0,33% du RNB, même si Stephen Harper avait promis, durant la campagne électorale, un ajout de 425 millions $.Les pressions politiques en vue d\u2019arrimer l\u2019aide canadienne à la politique étrangère ne rendent que plus urgente l\u2019augmentation substantielle de l\u2019aide.Les réformes accomplies au cours de la présente décennie afin d\u2019assurer que l\u2019aide soit utilisée pour la réduction de la pauvreté sont sérieusement menacées.Les investissements dans l\u2019agriculture et le développement rural, aussi bien que les promesses de doubler l\u2019aide en Afrique subsaharienne, tendent à faire place à la volonté politique d\u2019associer l\u2019aide aux engagements militaires envers l\u2019OTAN en Afghanistan.Par ailleurs, la poursuite en profondeur de cette réforme n\u2019est pas seulement une question de budget; elle implique de la part du gouvernement canadien de préciser si l\u2019aide octroyée sert bien à la réduction de la pauvreté et à la promotion des droits des populations pauvres et vulnérables, si la « prise en charge locale » n\u2019est pas soumise à des conditions néolibérales, imposées par des bailleurs de fonds, et si le rôle prépondérant des organisations de la société civile est bel et bien pris en compte.\u2022 Les réformes accomplies, au cours de la présente décennie, afin d\u2019assurer que l\u2019aide soit utilisée pour la réduction de la pauvreté, sont sérieusement menacées.terrorisme dans sa Charte de 1992 et le Royaume-Uni a fait savoir que son engagement dans la reconstruction de l\u2019Irak va le contraindre de réduire son aide aux pays à revenu moyen.Le Canada illustre bien ce virage sécuritaire.Exempt de passé colonial, riche en matières premières et bénéficiant de conditions géographiques favorables à une production agricole excédentaire, le Canada peut jouer un rôle moteur dans l\u2019APD.Ainsi, la politique canadienne en matière d\u2019aide, son engagement dans les actions d\u2019urgence et son rôle indéniable de promoteur de normes internationales en faveur du respect des droits humains, confirment cette volonté d\u2019engagement international.Toutefois, les politiques canadiennes ne cachent pas la réalité de la question sécuritaire post-11 septembre.L\u2019APD est ainsi subordonnée au nouveau paradigme du «avec ou contre nous».Il ne suffit plus d\u2019être un pays démuni pour attirer la sympathie des pays du Nord, mais encore faut-il s\u2019inscrire dans la logique américaine de «l\u2019axe du bien», luttant contre celui du mal.Outre les opérations massives d\u2019aide en Afghanistan et en Irak, le cas du Pakistan illustre ce virage.Alors que le pays se trouvait avant le 11 septembre sous une intense pression internationale, l\u2019aide allouée au Pakistan est grimpée au-dessus de 2 milliards US$ (2002-2004).Le président Musharraf, en s\u2019alignant aux côtés des États-Unis, aura en quelque sorte effacé son ardoise.Choyé par Washington, Islamabad peut également compter sur le soutien de l\u2019Union européenne, qui a annoncé en 2004 une augmentation de son assistance en se référant spécifiquement au fait que le pays soutient l\u2019effort international de lutte contre le terrorisme.Dans l\u2019atmosphère « post-ground zéro», l\u2019aide est ainsi reconduite - de gré ou de force - comme un instrument de promotion des intérêts des donateurs.Le terrorisme ayant remplacé la menace communiste, les deux objectifs indissociables de la prospérité et de la sécurité restent la priorité des pays du Nord.Le «consensus de New York» marque donc le virage sécuritaire de l\u2019APD et, sans un changement profond de l\u2019ordre développemental, les objectifs pourtant minimaux du millénaire seront relégués aux calendes grecques.octobre-novembre 2006 RELATIONS Humanitarisme militaire L\u2019assistance Humanitaire, intégrée à l\u2019arsenal militaire, sert à légitimer des guerres.CHRISTIAN CHAMPIGNY De plus en plus, des militaires de missions de maintien de la paix des Nations unies ou de coalitions non mandatées par l\u2019ONU sont engagés dans l\u2019assistance humanitaire aux populations victimes de conflits armés.Celle-ci fait maintenant partie intégrante de la stratégie militaire.Elle vise surtout à gagner la sympathie des populations locales - «les cœurs et les esprits» selon l\u2019appellation de la stratégie militaire WHAM (Winning hearts and minds) - et à légitimer leurs campagnes militaires en les qualifiant « d\u2019humanitaires ».Cet « humanitarisme militaire » inquiète les acteurs humanitaires, puisqu\u2019il tend à effacer la précieuse distinction entre intervention militaire et action humanitaire.La première est influencée par des considérations de nature essentiellement politique et stratégique et vise à assurer la sécurité, à vaincre un ennemi ou, parfois, à rétablir la paix, tandis que la seconde est civile et neutre et consiste à sauver des vies et à alléger la souffrance des victimes de la guerre sans autre considération que le niveau de besoin évalué de façon indépendante de tout intérêt politique et en toute impartialité.MÉLANGE DES RÔLES Ce mélange des rôles est, à plusieurs égards, problématique.L\u2019attribution de l\u2019aide par des militaires risque d\u2019abord de s\u2019effectuer de façon discriminatoire, en la rendant conditionnelle à l\u2019adhésion à une tendance politique donnée ou à la collaboration avec l\u2019une des parties en conflit.À titre d\u2019exemple, en mai 2004, peu avant son retrait d\u2019Afghanistan, l\u2019organisation Médecins sans frontières dénonçait la distribution par les forces de la coalition de dépliants laissant entendre aux Afghans que la continuation de l\u2019assistance humanitaire dépendrait de leur volonté de fournir des renseignements sur Al-Qaïda et les Talibans.D\u2019autre part, la neutralité des acteurs humanitaires - le fait de ne pas prendre ouvertement partie - vise à avoir un accès le plus large possible aux populations dans le besoin, où qu\u2019elles se trouvent, peu importe le groupe armé contrôlant l\u2019endroit.Or, le fait que l\u2019aide humanitaire soit octroyée indistinctement par des militaires ou par des humanitaires civils effrite cette perception de neutralité et d\u2019indépendance.Cela compromet la sécurité même des acteurs humanitaires civils dès lors qu\u2019ils en arrivent, par association, à être perçus par certains belligérants comme étant partie prenante du projet politico-militaire de leur ennemi plutôt que d\u2019une œuvre strictement humanitaire et non partisane.COOPÉRATION SOUHAITABLE?On constate depuis une quinzaine d\u2019années que «l\u2019espace humanitaire » - la possibilité d\u2019accès aux victimes d\u2019un conflit où qu\u2019elles se trouvent - s\u2019est considérablement rétréci pour des raisons sécuritaires ou logistiques.Ainsi, d\u2019un point de vue pragmatique, les acteurs humanitaires eux-mêmes ne peuvent pas toujours refuser les importants moyens dont disposent les missions militaires sur le terrain: moyens logistiques (avions cargos, barges, hélicoptères, excavatrices, bulldozers, etc.) ou sécuritaires (capacité militaire).Toutefois, l\u2019action humanitaire doit en même temps veiller à rester neutre et indépendante.Au sein de l\u2019ONU, des principes ont été convenus afin de baliser la participation des militaires onusiens à des activités humanitaires ainsi que les modalités d\u2019utilisation des moyens militaires par les agences humanitaires des Nations Les opérations d\u2019urgence JOSIANNE GAUTHIER Dans un contexte mondial où une attention de plus en plus intense est accordée aux crises humanitaires, catastrophes naturelles, conflits et désastres, le poids politique de l\u2019aide versée pour en minimiser l\u2019impact n\u2019est pas toujours mesuré.La médiatisation de cette souffrance à grande échelle entraîne également l\u2019implication d\u2019un grand nombre d\u2019acteurs et d\u2019intervenants et une mobilisation de fonds parfois étonnante dans le milieu humanitaire.Plusieurs groupes répondent aux situations d\u2019urgence: les gouvernements, les Nations unies, les organisations internationales spécialisées et les organisations non gouvernementales dites humanitaires.On note également une présence de plus en plus sentie du secteur privé et de la Banque mondiale.L\u2019attribution ou non de l\u2019aide humanitaire dans une situation de crise peut être inspirée par une myriade de motifs.De fait, si on n\u2019a aucune difficulté à imaginer que la politique internationale puisse jouer un rôle important dans l\u2019octroi de l\u2019aide humanitaire, on oublie parfois à quel point la politique locale des pays sinistrés - L\u2019auteur a travaillé pour Médecins sans frontières, pour la Croix-Rouge et a participé à une mission de maintien de la paix au Congo L'auteure est chargée de programmes à Développement et paix RELATIONS octobre-novembre 2006 dOSSieR Bianca Joubert, Dialogue de sourd, 2006, 30 x 30 cm unies et leurs organisations partenaires.Il est ainsi entendu que les militaires ne fassent pas, ou le moins possible, d\u2019assistance directe, mais s\u2019affairent à des tâches où ils n\u2019ont qu\u2019un contact indirect avec des bénéficiaires (travaux d\u2019infrastructures, par exemple).Aussi, pour tout appui logistique ou sécuritaire à une action humanitaire, la requête doit être formulée d\u2019abord par le Coordonnateur humanitaire de l\u2019ONU sur place.Par surcroît, cet appui doit être une solution exceptionnelle et de dernière instance (quand les moyens civils deviennent insuffisants).Limité dans le temps, il doit demeurer sous coordination civile et faire préalablement l\u2019objet d\u2019une analyse rigoureuse des risques que la perception de neutralité des humanitaires soit compromise.Enfin, il doit s\u2019effectuer, bien entendu, en accord avec les principes fondamentaux d\u2019humanité et d\u2019impartialité.Cela constitue certainement un pas dans la bonne direction.Au cours des dernières années, plusieurs interventions militaires internationales se sont effectuées par des forces non onusiennes, comme en Irak ou en Afghanistan.Dans un tel cas, les balises limitant la participation des militaires aux activités humanitaires sont pratiquement inexistantes.Il est vrai que d\u2019un point de vue juridique, des forces d\u2019occupation comme celles présentes en Irak ont des responsabilités face au bien-être de la population.La quatrième Convention de Genève de 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre stipule que toute puissance occupante « a le devoir d\u2019assurer l\u2019approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux».Cela ne signifie pas cependant qu\u2019elle soit la mieux placée pour apporter directement l\u2019assistance humanitaire de façon impartiale.Elle devrait effectivement en assurer les conditions (par exemple, en facilitant l\u2019importation de nourriture, médicaments et autre matériel humanitaire) mais, comme le soutient Oxfam, ce sont prioritairement, et dans la mesure du possible, les acteurs humanitaires civils qui devraient réaliser la mise en œuvre directe de cette assistance.Aussi, la Mission d\u2019assistance des Nations unies présente en Irak (UNAMI), dans ses principes directeurs à l\u2019endroit des acteurs humanitaires, mais également des pays donateurs - pèse dans la balance des décisions.Dans le cas du Tsunami de 2004, la présence d\u2019une multitude d\u2019acteurs et de donateurs a créé une confusion des rôles, et donne lieu à une application différente des définitions et des critères d\u2019identification des bénéficiaires, à une évaluation variée des besoins, à un écart des attentes et intérêts, et enfin, à un déficit de coordination non seulement logistique mais aussi du financement.Une opération d\u2019urgence peut donc sombrer dans l\u2019oubli alors qu\u2019une autre est « surfinancée ».Dans l\u2019espoir d\u2019assurer une meilleure coordination des opérations d\u2019urgence, des gouvernements réunis à Stockholm en 2003 ont lancé l\u2019initiative sur les principes et bonnes pratiques d\u2019action humanitaire (Good Humanitarian Donorship).Ce mécanisme mise sur la responsabilité des donateurs, des gouvernements en l\u2019occurrence, et les organisations humanitaires non gouvernementales s\u2019engagent également de leur côté à respecter les principes communs d\u2019une aide appropriée et bien ciblée.Plusieurs pays se sont dotés de critères, d\u2019indicateurs et d\u2019un plan d\u2019action pour arriver à cerner les failles du système humanitaire et le rendre plus adéquat aux besoins et aux droits des populations ciblées.Le gouvernement canadien s\u2019est récemment doté d\u2019un tel plan et des organisations d\u2019aide humanitaire contribuent à cet effort en analysant la réponse canadienne gouvernementale et non-gouvernementale en vertu de ce code de principes [Plan national de mise en œuvre des bonnes pratiques d\u2019action humanitaire du Canada, avril 2006, disponible sur le site : www.goodhumanitariandonorship.org).Les limites de cette initiative sont que ces critères et normes sont appliqués sur une base volontaire.Certains intervenants n\u2019y sont pas tenus et fonctionnent à l\u2019extérieur de tout mécanisme de contrôle.Le défi repose donc sur l\u2019application de tels principes par les autres intervenants de l\u2019action humanitaire qui ne sont ni gouvernements ni ONG.La Banque mondiale est un bon exemple de donateur «autre» qui n\u2019est pas directement tenu aux principes et bonnes pratiques.Elle élargit depuis quelque temps son mandat.Elle intervient de plus en plus en cas d\u2019urgence, ayant commencé par des programmes de reconstruction liés à des situations de conflit.m octobre-novembre 2006 RELATIONS insiste sur la nécessité d\u2019indépendance, de neutralité et d\u2019impartialité de l\u2019action humanitaire, et sur la possibilité d\u2019accès sans restrictions aux populations.Elle considère également le recours à l\u2019appui de la Force multinationale (FMN) comme devant être une mesure extrême et exceptionnelle.Malheureusement, ces principes directeurs n'ont rien de contraignant pour la FMN, et il est peu probable que celle-ci laisse de côté ses activités «humanitaires» étant donnée l\u2019importance de leur caractère stratégique.Dans ce type de conflit, s\u2019agit-il alors quand même pour les ONG humanitaires de faire cavalier seul et de forcer leur chemin vers les victimes de la guerre?Peu répondront à l\u2019appel, pour des raisons évidentes de sécurité.De plus, une majorité d\u2019ONG ne bénéficient pas de l\u2019indépendance financière suffisante et peuvent facilement se voir contraintes par les bailleurs de fonds, souvent étatiques, de s\u2019aligner sur les objectifs des forces armées.Il demeure pourtant éthiquement essentiel, d\u2019une part, que l\u2019aide d\u2019urgence ne soit en aucun cas conditionnelle à des critères autres que le niveau de besoin des bénéficiaires et, d\u2019autre part, que les acteurs humanitaires impartiaux puissent remplir leur mission sans être pris pour cibles.Le dialogue et la coordination entre militaires et humanitaires sont certes nécessaires, mais des engagements internationaux fermes doivent aussi être pris afin de préciser les rôles respectifs de chacun et de limiter l\u2019utilisation de l\u2019humanitaire à des fins stratégiques.On pourra peut-être ainsi mieux assurer le droit des victimes de la guerre à être secourues en toute impartialité.\u2022 Autre nouvel intervenant: le secteur privé.La privatisation de l\u2019aide mène à des considérations de profit et de rentabilité et s\u2019éloigne des critères fondés avant tout sur les besoins des sinistrés et la sévérité d\u2019une crise.Depuis 1997, l\u2019ALNAP (Active Learning Network for Accountability and Performance in Humanitarian Assistance) veille à développer et à renforcer les mécanismes d\u2019évaluation, de rapportage et de suivi de l\u2019action humanitaire afin d\u2019en assurer un certain contrôle de qualité.Il s\u2019agit toutefois de mécanismes d\u2019auto-réglementation qui ne s\u2019appliquent donc pas forcément au secteur privé, à la Banque mondiale, voire à des gouvernements ou des organisations qui n\u2019en ressentent pas l\u2019obligation.La coordination de l\u2019aide d\u2019urgence et son financement seront d\u2019autant plus difficiles que le nombre de joueurs impliqués dans le milieu de l\u2019aide humanitaire ira en s\u2019accroissant.Pour protéger l\u2019intégrité et la raison d\u2019être de l\u2019aide humanitaire, il est primordial que les besoins des populations affectées demeurent le point de départ de toute réflexion sur le sujet.Il s\u2019agit là d\u2019un des plus grands défis de la communauté humanitaire dans le contexte mondial actuel.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES ABÉLÈS, Marc, Politique de la suivie, Paris, Flammarion, 2006.BRAUMAN, Rony, Penser dans l\u2019urgence.Parcours critique d\u2019un humanitaire, Paris, Seuil, 2006.BRICMONT, jean, Impérialisme humanitaire.Droits de l\u2019homme, droit d\u2019ingérence, droit du plus fort?, Bruxelles, Aden, 2005.CALDERISI, Robert, L\u2019Afrique peut-elle s\u2019en sortir?, Saint-Laurent, Fides, 2006 CHOMSKY, Noam, La doctrine des bonnes intentions (entretiens avec David Barsamian), Paris, Fayard, 2006.KOLB, Robert, L\u2019application du droit international humanitaire dans des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix auxquelles concourt une organisation internationale, Bruxelles, HelbingS, Lichtenhahn / Bruylant, 2002.RUFIN, jean-Christophe, L\u2019aventure humanitaire, Paris, Gallimard, 2001.RYFMAN, Philippe, La question humanitaire - histoire, problématiques, acteurs et enjeux de l'aide humanitaire internationale, Paris, Ellipses, 1999.SOGGE, David, Les mirages de l\u2019aide internationale, Paris, Enjeux Planète, 2003.WEISSMAN, Fabrice (sous la dir.), À l\u2019ombre des guerres justes : L\u2019ordre international cannibale et l\u2019action humanitaire, Paris, Flammarion, 2003.REVUES Alternatives Sud, «Objectifs du millénaire pour le développement.Points de vue critiques du Sud », Louvain-la-Neuve, Centre Tricontinental, volume 13, n° 1, 2006.Alternatives sud, «Interventions humanitaires?», Louvain-la-Neuve, Centre Tricontinental, volume 11, n°3, 2004.MAKKI, Sami, «Militarisation de l\u2019humanitaire, privatisation du militaire», Cahiers d\u2019études stratégiques n°36-37, Paris, CIRPES, juin 2004.SITES INTERNET : Global Development Network : Chaire Charles-Albert Poissant de l\u2019UQAM : Comité d\u2019aide au développement de l\u2019OCDE : Conseil canadien pour la coopération internationale : Active Learning for Accountability and Performance in Humanitarian Action RELATIONS octobre-novembre 2006 m soirée ReLatîoNS Une Afrique méconnue En plus de son impressionnante diversité géographique et culturelle, l\u2019immense continent africain possède de grandes richesses naturelles.Nous méconnaissons toutefois jusqu\u2019à quel point une exploitation outrancière de ces richesses et le pillage exercé par les pays du Nord alimentent de nombreux conflits régionaux et causent de lourds impacts environnementaux.Comment mieux comprendre les enjeux complexes qui traversent l\u2019Afrique et, ce faisant, dépasser la représentation stéréotypée que nous en donnent trop souvent les médias?C\u2019est à cette tâche que se livreront nos conférenciers.Avec : Caroline Boudreau et Éric Chaurette, membres de l\u2019équipe Afrique de Inter Pares; Moussa Keita, chercheur au Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA); Dominique Payette, professeure au Département d\u2019information et de communication de l\u2019Université Laval et auteure de La dérive sanglante du Rwanda (Écosociété, 2004).Le lundi 27 novembre 2006 de 19 h à 21 h 30 à la maison Bellarmin 25, rue jarry Ouest, (métro Jarry ou de Castelnau) Pour plus de renseignements, consultez le ou communiquez avec Jean-Claude Ravet au 514-387-2541 ou OUI, JE DÉSIRE UN ABONNEMENT de__________an(s), au montant de_______$ NOM ________________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________ ReLatîoNS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES CODE POSTAL TÉLÉPHONE (_________) ABONNEZ-VOUS.Je désire également envoyer un abonnement de_an (s), au montant de_____$ à la personne suivante : NOM ___________________________________________________________________ Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ ADRESSE ____________________________________________________________________________ VILLE ______________________________________________________________________________ CODE POSTAL _____________________________ TÉLÉPHONE (___________) __________________ Montant total :_______________$ je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) D ou par Visa D NUMÉRO DE LA CARTE _________________________________________________________________ EXPIRATION ________________________ SIGNATURE ______________________________________ par téléphone : 514-387-2541 par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P iS6 octobre-novembre 2006 RELATIONS eN BRef NON À LA TORTURE Chrétiens, juifs et musulmans des États-Unis se sont regroupés pour appeler leur gouvernement à renoncer à l\u2019usage de la torture, sans exception.Ces responsables rappellent que la torture «viole les fondements de la dignité de la personne humaine », des idéaux qui sont chers à toutes les grandes religions.Parmi les signataires de cet appel, qui s\u2019inscrit dans le cadre de la Campagne religieuse nationale contre la torture, figurent des lauréats du prix Nobel, l\u2019écrivain Elie Wiesel, l\u2019ancien président américain Jimmy Carter, l\u2019archevêque grec orthodoxe Demetrios et le cardinal Theodore McCarrick, archevêque catholique de Washington.Sayyid Syeed, directeur national de la Société islamique d\u2019Amérique du Nord, en est également signataire.PAUVRETÉ Le taux de pauvreté au Canada est l\u2019un des plus élevés des pays industrialisés.Selon les chiffres les plus récents de Statistique Canada, 15,5% des individus, 12% des familles et 18 % des enfants vivaient dans la pauvreté au Canada en 2004.Ce taux atteint 52% pour les enfants vivant dans une famille monoparentale dirigée par une femme! Selon l\u2019Unicef, le Canada se classe au 19e rang parmi 26 pays développés en ce qui concerne la pauvreté des enfants.Les femmes âgées vivant seules constituent le groupe le plus touché par la pauvreté.EXPO-BIBLE La Société Expo-Bible du Québec (SEBQ) célèbre ses 30 ans d\u2019expositions itinérantes.Au fil des ans, une quinzaine d\u2019expositions thématiques sur le monde de la Bible ont attiré plus de 250 000 visiteurs et présenté des milliers d\u2019objets évocateurs.Dès ses origines, la SEBQ s\u2019est donnée comme mission de présenter le monde de la Bible aux jeunes et adultes en milieux populaires.Il s\u2019agit d\u2019une œuvre d\u2019évangélisation et d\u2019éducation qui fait la promotion des valeurs bibliques, tout en présentant la foi et la culture judéo-chrétiennes.La SEBQ offre des instruments visuels visant une appropriation de la Bible et de son message.La société regroupe une quinzaine d\u2019expositions thématiques sur le monde de la Bible.Leur site Internet offre un aperçu interactif de leurs expositions, qu\u2019il est possible de commander.Pour plus de renseignements, consulter le site .APPEL À L\u2019ACTION Octobre 2006 marquera le 5e anniversaire de l\u2019invasion et de l\u2019occupation de l\u2019Afghanistan.Le Collectif Échec à la guerre, l\u2019Alliance canadienne pour la paix, le Congrès du travail du Canada et le Congrès islamique du Canada lancent conjointement un appel à une journée de protestation pancanadienne, le 28 octobre 2006, pour exiger le retrait des troupes canadiennes d\u2019Afghanistan.L\u2019objectif de cette action est de signifier clairement à Stephen Harper le refus de l\u2019approche militariste canadienne et étasunienne.Pour plus de renseignements, consulter le site de l\u2019Alliance canadienne pour la paix à .ORDINATEUR VERT Greenpeace publie un Guide pour une hi-tech responsable qui classe les entreprises en fonction de l\u2019emploi de substances chimiques dangereuses et de leurs pratiques de recyclage des déchets électroniques.En informant les consommateurs sur les performances des compagnies à l\u2019égard de ces deux critères, le guide servira à générer des appareils électroniques sans produits toxiques pouvant être recyclés en toute sécurité.La grille de classement reprend les 14 plus importants fabricants de téléphones mobiles et d\u2019ordinateurs, dont aucun, pour l\u2019instant, ne peut se targuer d\u2019être une entreprise «verte».Le guide est disponible dans le site Internet suivant: .PAIX Pourquoi la violence?Pourquoi pas la paix?C\u2019est le titre d\u2019un guide d\u2019étude que vient de publier le Conseil œcuménique des Églises.Ce guide a été rédigé pour aider les particuliers et les groupes au sein des Églises à réfléchir et à agir en vue de la décennie Vaincre la violence, instituée en 1998, à la VIIIe assemblée du Conseil à Harare (Zimbabwe).Le guide est disponible en dix langues.Pour télécharger le manuel en format pdf : .RELATIONS octobre-novembre 2006 m aiLLeuRS Bélarus: pourquoi l\u2019impasse Au printemps dernier, l\u2019arrestation du journaliste québécois Frédéric Lavoie faisait brièvement surgir le Bélarus dans l\u2019actualité.Aux prises avec un régime de peur, ce pays sans ressources et politiquement dans l\u2019impasse demeure énigmatique.AURÉLIE LACASSAGNE L\u2019auteure est profes-seure au Département de science politique de l'Université Lau-rentienne à Sudbury Le 19 mars 2006, Alyaksandr Lou-kachenka a été «réélu» avec 82,6% des votes.Cette farce politique est pourtant moins risible qu\u2019elle n\u2019apparaît à première vue.Tout d\u2019abord, elle signifie le maintien d\u2019un régime dictatorial.Ensuite, la faible mobilisation sociale qui a suivi cette mascarade électorale n\u2019a pas permis d\u2019attirer l\u2019attention de la communauté internationale sur la terrible situation dans laquelle la population bélarusse est plongée.Comment et pourquoi ce pays en est-il arrivé à une telle situation?UN RÉGIME FONDÉ SUR LA PEUR Le démantèlement de l\u2019URSS, en 1991, a en quelque sorte obligé le Bélarus à devenir un État indépendant.La première phase, celle de la transition vers un régime démocratique, fut de courte durée.On peut la qualifier d\u2019échec.D\u2019une part, les élites politiques ne possédaient pas l\u2019expérience nécessaire (le Bélarus, contrairement à beaucoup SUÈDE RUSSIE LETTONIE LITUANIE Vilnius \u2022 Minsk BÉLARUS POLOGNE Varsovie UKRAINE d\u2019autres républiques, ne profita pas d\u2019un retour des diasporas formées à l\u2019Ouest).D\u2019autre part, une partie importante de la population s\u2019avéra réticente à modifier un mode de vie qu\u2019elle considère comme satisfaisant.En 1994, un jeune directeur de sovkhoze (ferme d\u2019État) du nom de Loukachenka, député au Soviet Suprême, est élu sur la base d\u2019un rejet de la « transition » associée à la corruption et d\u2019un maintien du système soviétique, dont l\u2019ancienne république de Biélorussie était le fleuron.Ce vote révèle les réticences de plusieurs Bé-larusses au changement et sonne le glas d\u2019une transition ratée.Le plus difficile à comprendre pour les Occidentaux est la popularité dont jouit Loukachenka.Originaire de la campagne, sa façon de parler et son « bon sens » rassurent ceux qui restent hors des villes, mais également les citadins de fraîche date dont la mentalité ne s\u2019est pas urbanisée.Loukachenka peut aussi compter sur l\u2019appui des retraités qui savent très bien qu\u2019ils seront les perdants d\u2019une transition vers une économie de marché.Loukachenka va donc maintenir le Bélarus dans une tradition soviétique: retour de la langue russe au détriment de la langue bélarusse; maintien d\u2019une économie étatisée; développement de liens très étroits sur les plans politique, économique et militaire avec le grand voisin russe, etc.Mais il ne s\u2019arrête pas là.Son soviétisme s\u2019inscrit dans une logique totalitaire.Le symbole de cette pensée : les services secrets s\u2019appellent toujours KGB.Loukachenka ne fait confiance à personne et les disgrâces tombent à un rythme effréné.Ces anciens alliés tendent à disparaître dans des circonstances troubles.La propagande est totale, notamment à travers une maîtrise quasi-complète des médias et, surtout, l\u2019entretien de la peur.Cette peur est entretenue par une présence militaire et policière permanente.Les forces de l\u2019ordre sont démultipliées - milice, forces d\u2019intervention spéciales, armée, services secrets, cadets, escadrons de la mort.Cette multitude de différents corps de répression permet à Loukachenka d\u2019éviter qu\u2019une partie des forces policières ou militaires se range du côté de l\u2019opposition.Cela explique également les nombreuses violations des droits humains et l\u2019arbitraire permanent du régime.Cette peur explique en partie le peu de protestation suite aux élections truquées de mars dernier.Inspirés par la « révolution orange » en Ukraine, une poignée d\u2019opposants - des jeunes pour la plupart - ont osé braver le pouvoir, installant leurs «tentes de la liberté» sur la place d\u2019Octobre.Il ne faudrait pas sous-estimer cette manifestation héroïque et symbolique.Cela a permis de mettre le Bélarus sur la carte pendant quelques jours.Cela a aussi montré toute l\u2019impunité dont le régime se sent investi.Loukachenka n\u2019a vu aucun problème à arrêter et à jeter en prison un journaliste québécois, Lrédéric Lavoie.Il n\u2019a pas hésité à refuser l\u2019entrée du territoire à une délégation de députés européens et à des délégués de l\u2019Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.Loukachenka peut se permettre de tels pieds de nez aux Occidentaux parce qu\u2019il bénéficie de l\u2019appui du grand frère russe, mais également parce que, finalement, les États occidentaux sont relativement indifférents aux agissements du « dernier dictateur fou de l\u2019Europe».DÉSINTÉRÊT POUR UN PAYS SANS RESSOURCES Le Bélarus est déjà rejeté de la plupart des organisations européennes et in- m octobre-novembre 2006 RELATIONS aiLLeuRS ternationales.Il ne craint donc pas l\u2019isolement diplomatique et institutionnel.Économiquement, le Bélarus n\u2019est dépendant que de la Russie pour son approvisionnement énergétique.L'Occident investit très peu dans ce pays, par conséquent les pressions économiques ne peuvent être très productives.Beaucoup de ses échanges économiques sont basés sur le troc, ce qui diminue la dépendance vis-à-vis des devises fortes (d\u2019autant qu\u2019il peut toujours vendre de l\u2019armement, en dollars.).En réalité, c\u2019est l\u2019Europe qui se trouve le plus en situation de dépendance, puisque le gazoduc «Aurore Boréale» et l\u2019oléoduc «Droujba» acheminant le gaz et le pétrole russe vers l\u2019Europe «de l\u2019Ouest» passent sur le territoire bélarusse.Loukachenka dispose là d\u2019un instrument de chantage géostratégique non négligeable.Par conséquent, aucun changement politique majeur n\u2019aura lieu tant que le régime en place bénéficiera du soutien de Moscou.Or, l\u2019Occident ne souhaite pas fâcher l\u2019hôte du Kremlin (son attitude face au génocide en Tchétchénie l\u2019illustre quotidiennement).D\u2019un côté, les États-Unis ont trouvé un allié - la Russie - dans leur lutte contre le terrorisme.Cette dernière, contrairement à sa géopolitique traditionnelle, leur laisse le champ libre en Asie centrale.D\u2019un autre côté, l\u2019Union européenne (UE) paraît décidée à assumer les conséquences potentiellement néfastes de la re-création de lignes de division sur le continent.Le Bélarus n\u2019est pas considéré par Bruxelles comme d\u2019un grand intérêt géostratégique et géopolitique au même titre que l\u2019Ukraine.Il ne dispose que de très peu de ressources naturelles.En termes identitaires, l\u2019identité européenne du Bélarus est perçue comme incertaine.En termes politiques, les Européens préfèrent fermer les yeux sur les violations quotidiennes des droits de l\u2019homme pour ne pas fâcher l\u2019ami russe qui trouve Loukachenka exemplaire sur ce point - et aussi pour ne pas montrer sa politique système de santé est gratuit et universel.Il n\u2019y a pas de liste d\u2019attente.Les soins ne sont pas d\u2019une grande qualité à cause de la vétusté du matériel, mais on y est soigné rapidement.La réflexion de fond sur laquelle le régime de Loukachenka et son relatif soutien populaire nous engagent se trouve bien là: plusieurs Bélarusses demeurent plus attachés à leurs droits économiques et sociaux (logements d\u2019État, prix contrôlés, éducation - y de double standard dans le domaine des droits humains.Enfin, le coût d\u2019une future adhésion du Bélarus à l\u2019UE serait énorme étant données les conséquences écologiques de Tchernobyl.TCHERNOBYL: ENTRE RÉSIGNATION ET INTERROGATION Un autre élément vient s\u2019ajouter à la singularité de ce pays.Il est le plus touché au monde par le pire accident nucléaire qu\u2019ait connu l\u2019humanité: Tchernobyl.Les habitants du Bélarus n\u2019ont jamais été épargnés par l\u2019histoire.En 1986, ce sont les vents radioactifs qui les ont contaminés.Environ 70% des retombées radioactives liées à l\u2019explosion se sont posées sur le territoire bélarusse.Les conséquences environnementales et sanitaires de l\u2019irradiation d\u2019une grande partie des terres bélarusses sont sans précédent.Loukachenka a rouvert des zones autrefois fermées à cause de taux de contamination très élevés.Youri Bandajevsky, professeur à l\u2019Institut de médecine de Gomel, a été arrêté en 1999 pour ses activités scientifiques démontrant les conséquences désastreuses des radiations sur les enfants.Après des années dans des conditions de détention particulièrement difficiles, il a été libéré en 2005 et a trouvé refuge en France en 2006.Aujourd\u2019hui, des études indépendantes montrent que neuf enfants sur dix naissant au Bélarus sont atteints de maladies, au mieux d\u2019un asthme chronique, au pire de malformations physiques et de leucémie.Le régime souffle le chaud et le froid, reconnaissant parfois les chiffres, mais ne mettant en place aucune réelle politique pour faire face à cette situation extrême.Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi la population bélarusse décroît et pourquoi elle a peur du changement.Dans l\u2019État soviétique du Bélarus, le compris post-secondaire - gratuite, système de santé universelle, retraites payées, etc.) qu\u2019à leurs droits civils et politiques.Le modèle libéral occidental n\u2019exerce pas sa force d\u2019attraction habituelle.Sans compter que les Bélarusses ont pu voir les effets ravageurs de la fameuse transition vers la démocratie et l\u2019économie de marché dans le sud de la Pologne voisine et en Lituanie.Pour toutes ces raisons, le Bélarus demeure dans une impasse politique et une énigme pour les sociétés occidentales individualistes.\u2022 Le président du Bélarus, Alyaksandr Loukachenka, en conférence de presse avec le président russe, Vladimir Poutine (AP Photo/ Sergei Chirikov, Pool) RELATIONS octobre-novembre 2006 ES coNtRoveRse Faut-il rembourser la dette?Il serait sage de rembourser une partie de notre dette, plutôt que de la voir grossir aux dépens des générations futures.FRÉDÉRIC LAPOINTE Malgré la loi sur le déficit zéro, le gouvernement du Québec continue d\u2019ajouter chaque année à sa dette l\u2019équivalent d\u2019un stade olympique de Montréal.On parle couramment de rembourser la dette, alors qu\u2019endiguer sa croissance (2 à 3 milliards $ par année) serait déjà un effort remarquable.DES ARGUMENTS DISCUTABLES Nous consacrons chaque année 8 milliards $ en taxes et impôts pour payer des intérêts sur des dépenses passées, plutôt que d\u2019investir ces sommes dans l\u2019éducation, la lutte à la pauvreté, etc.Ce pourrait être pire : les taux d\u2019intérêt atteignent un creux historique ces dernières années.Pourtant, les arguments discutables ne manquent pas pour nous donner bonne conscience face à la croissance de notre endettement.« En termes relatifs et avec le temps, la croissance économique et l\u2019inflation réduiraient le poids de la dette.» C\u2019est le contraire qui se produira si la décroissance économique et la déflation surviennent, comme au Japon durant les années 1990.« S\u2019endetter est un comportement normal chez un individu, il est normal que l\u2019État fasse de même.» Les individus font faillite ou vendent leur maison, mais quand l\u2019État va mal, ce sont tous les citoyens qui écopent, surtout les moins nantis.«Il faut réaliser dès maintenant certains investissement ou programmes nécessaires à la justice sociale.» La ESI octobre-novembre 2006 RELATIONS L'auteur est membre du groupe Le Pont entre les générations liste de telles dépenses ne portant pas les fruits attendus s\u2019allonge d\u2019année en année.L\u2019histoire du dernier siècle nous enseigne qu\u2019il y a des moments où il est nécessaire, pour un État, de recourir à l\u2019endettement.Sortir de la crise économique des années 1930, livrer la guerre au nazisme, nationaliser l\u2019électricité, par exemple.Il n\u2019y a aucune nécessité de ce genre en ce moment au Québec.LA PRUDENCE EST DEMISE La concurrence mondiale, les pressions sur l\u2019environnement et notre vieillissement démographique nous rendent fragiles sur le plan économique.On sait que nos systèmes de retraite coûteront jusqu\u2019à deux fois plus cher par contribuable.Le financement de la santé, déjà difficile, sera problématique avec le doublement de la proportion de gens âgés de 65 ans et plus.Avons-nous vraiment les moyens de continuer à payer des milliards de dollars en intérêt?Aujourd\u2019hui, peut-être.Mais qu\u2019en sera-t-il demain, lorsqu\u2019une inévitable récession frappera en même temps qu\u2019une hausse vertigineuse des taux d\u2019intérêt?Qui sera sacrifié?Au fond, pourquoi sommes-nous prêts à prendre ce risque?Parce qu\u2019on ne veut pas payer.Nous avons pourtant les moyens: le Québec est une société riche, nous pourrions augmenter notre productivité, retarder certains projets, payer un peu plus de taxes pour les initiatives qui en valent vraiment la peine.On préfère plutôt consommer tout de suite et reporter à plus tard la facture.L\u2019iniquité entre les générations est la voie de la facilité.UN ENJEU MORAL ET POLITIQUE Le politicien qui veut baisser les impôts et dépenser davantage pour sauver sa peau doit trouver l\u2019argent.Or, la tentation est grande de l\u2019emprunter, surtout que c\u2019est un autre politicien qui devra faire plus tard le travail d\u2019assainissement.Les décisions et enjeux budgétaires sont débattues trop loin des citoyens.Les règles comptables du gouvernement obscurcissent même la réalité sur la croissance de la dette.Comment peut-on si aisément augmenter la charge fiscale des générations futures sans que - même symboliquement - ces dernières soient représentées?Cela doit changer.Dans l\u2019embellie économique actuelle, il serait sage d\u2019améliorer le bilan financier de notre État.Ce qui signifie rembourser une partie de notre dette plutôt que de la voir grossir, de même que revoir les règles budgétaires et comptables au service de cet objectif.Plusieurs pays comme la Suède et l\u2019Australie ont déjà pris le virage.Seulement alors pourrons-nous invoquer le keynésianisme et faire des déficits en période de crise économique.Seulement alors pourrons-nous garantir des soins de santé gratuits et une retraite convenable à notre population vieillissante.Il est rassurant de voir qu\u2019au Québec, il s\u2019agit d\u2019une avenue de plus en plus partagée, à gauche comme à droite, par la classe politique et la population.À quelques corporatismes et extrémismes près, pour reprendre la fable de La Fontaine, nous sommes un peu moins cigales, un peu plus fourmis.\u2022 coNtR.oveR.se Au cours des dernières années, le débat sur la dette du Québec a fait régulièrement surface - pensons seulement aux récents manifestes des « Lucides » et des « Solidaires ».C\u2019est pourquoi bon nombre de citoyens, particulièrement ceux issus des jeunes générations, se préoccupent de plus en plus de cet enjeu col- lectif.Est-il possible d\u2019en discuter de manière responsable et dans le cadre plus large d\u2019un projet de société démocratique, sans être immédiatement piégés par le discours alarmiste du néolibéralisme?L\u2019urgence n\u2019est pas de céder aux pressions du capitalisme financiarisé, mais de résister au mouvement d\u2019autonomisation de .,\t.\test, pour reprendre une image du I économie.\tsociologue Michel Freitag, de «tour- ner sans friction ».ÉRIC MARTIN Le plus alarmant, dans le dossier de la dette, n\u2019est pas le niveau d\u2019endettement du Trésor québécois, mais bel et bien la logique de dépolitisation de l\u2019économie et de soumission aux exigences du capitalisme spéculatif et financier qui transparaît dans toutes les « analyses et solutions » présentées à la population ces derniers mois.AUTONOMISATION DU SYSTÈME FINANCIER C\u2019est sans aucune gêne que des « intellectuels» néolibéraux affirment qu\u2019il n\u2019est plus question de débattre des orientations que doit prendre le Québec de demain: «L\u2019enjeu principal, ce ne sera pas de définir une stratégie de création de richesse.On sait bien, ici et ailleurs dans le monde, ce qui doit être fait.Non, le vrai défi, ce sera de vendre ce virage, de trouver les arguments pour convaincre ces puissantes résistances», écrit Alain Dubuc dans son Éloge de la richesse féd.Les voies parallèles, Montréal, 2005).La « stratégie de création de richesse » suppose une soumission aux pressions adaptatives exercées par le système capitaliste financiarisé.Son programme est, en effet, on ne peut plus clair: déréglementation du travail, de l\u2019environnement, des mouvements de capitaux.Bref, élimination de tout obstacle politique ou norme pouvant entraver le «libre» déploiement du capital.Cette autonomisation du système financier suppose la mise au rancart des mécanismes modernes de redistribution de la richesse.Les ponctions fiscales, les programmes sociaux et l\u2019endettement collectif - ces instruments qui permettaient à l\u2019État keyne-sien d\u2019harnacher le développement économique et de le mettre au service de projets réfléchis et de finalités sociétales communes - sont autant de digues à faire sauter pour permettre le déferlement capitaliste.Ces formes d\u2019intervention du politique sur l\u2019économique sont appelées, selon les néolibéraux, à disparaître à travers la mise-en-boucle systématique des économies dérégulées.Qu\u2019on se le tienne pour dit: la «richesse» ne désigne plus le bien-être collectif ou l\u2019amélioration des conditions du vivre-ensemble, mais l\u2019accumulation du profit né des retours sur les investissements spéculatifs entre les mains d\u2019une petite caste qui contrôle l\u2019actionnariat.Dès lors, l\u2019accumulation de la richesse devient la finalité première de l\u2019activité humaine.Les individus, eux, ne sont plus considérés que comme autant de fonctions du processus de production de cette richesse.De même, le lien social qui les unissait n\u2019apparaît plus comme ciment de la vie collective, mais comme obstacle à leur atomisation et à leur intégration totale dans la nouvelle structure économique «autonomisée».Le politique, l\u2019instance délibérative où devaient être débattues les orientations de société, n\u2019apparaît plus que comme grain de sable dans l\u2019engrenage d\u2019une machine dont l\u2019idéal RÉSURGENCE D\u2019UNE PAROLE COMMUNE Quant aux «puissantes résistances» qu\u2019évoque Dubuc, il s\u2019agit des mouvements communautaires, politiques et syndicaux qui pourraient (encore) manifester quelque opposition à la mise en place de ce qui est, en définitive, un vaste programme de transition et d\u2019adaptation à l\u2019ordre néolibéral de ce qu\u2019il reste de l\u2019État social québécois.Dans un tel contexte, être réfractaire au « changement » - et parler d\u2019un changement qualitatif de la société est exclu d\u2019emblée - devient, à toutes fins pratiques, une «pathologie» de l\u2019ordre du déni de la réalité.Or, les classes laborieuses n\u2019ont aucun intérêt à accepter la formidable régression qui leur est proposée.à moins que ces transformations n\u2019accèdent au statut de nécessités fatales ou inéluctables.L\u2019idéologie néolibérale présente son projet comme une suite de « solutions » qui permettront d\u2019éviter la pénurie, la souffrance et, ultimement, la disparition démographique.Et si la façon la plus certaine d\u2019assurer cette disparition était plutôt d\u2019avaliser la formidable entreprise de dépossession qui est à l\u2019œuvre, au niveau mondial, pour écarter les populations des décisions qui président à leurs destinées?Et si le devoir et l\u2019urgence n\u2019appelaient pas la diligence du débiteur embarrassé, mais la résurgence d\u2019une parole commune qui refuserait de plébisciter les technocrates et qui viendrait plutôt se dresser, avec toute la force de sa conscience, contre la soumission à l\u2019arbitraire systémique?\u2022 L\u2019auteur est candidat à la maîtrise en science politique à l\u2019UQAM et militant de Québec solidaire RELATIONS octobre-novembre 2006 ES RefiaRD La torture banalisée Le recours à la torture et sa banalisation repose sur la justification qu\u2019en font certains intellectuels, tels Michael Ignatieff, candidat à la chefferie du parti Libéral, dans son livre The Lesser evil.PETER LEUPRECHT « Le ventre est encore fécond, d\u2019où a surgi la bête immonde.» Bertolt Brecht, La résistible ascension d\u2019Arturo Ui En son article 2 (al.2), la Convention précise qu'« aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu\u2019elle soit, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019état de guerre ou de menace de guerre, d\u2019instabilité politique intérieure ou de tout autre état d\u2019exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture».L\u2019article3 de la Convention dispose: «Aucun État partie n\u2019expulsera, ne refoulera, ni n\u2019extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu\u2019elle risque d\u2019être soumise à la torture.» L\u2019interdiction officielle de la torture par la communauté internationale représente incontestablement un progrès par rapport à l\u2019approbation et aux silences d\u2019antan.L\u2019auteur est directeur de l'Institut d\u2019études internationales de Montréal et professeur de droit international au Département des sciences juridiques de l\u2019UQAM Plus jamais ça», tel était le leitmotiv de ceux qui, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, après les crimes commis par la «peste brune», s\u2019apprêtaient à construire la communauté internationale et l\u2019unité de l\u2019Europe sur la base du respect de la dignité de la personne humaine et de ses droits inaliénables.La torture était considérée comme une des pires atteintes à la dignité et aux droits fondamentaux de l\u2019être humain.Ainsi, l\u2019article 5 de la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme, adoptée en 1948 par l\u2019Assemblée générale des Nations unies, stipule : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.» Depuis lors, une série de traités internationaux ont confirmé l\u2019interdiction de la torture.Celle-ci fait partie des normes impératives du droit international.La Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée en 1984 et ratifiée par un grand nombre d\u2019États, dont les États-Unis, donne la définition suivante de la torture: «[.] tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d\u2019obtenir d\u2019elle ou d\u2019une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d\u2019un acte qu\u2019elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d\u2019avoir commis, de l\u2019intimider ou de faire pression sur elle ou d\u2019intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu\u2019elle soit, lorsqu\u2019une telle douleur ou de telles souffrances ont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite.» DE « BAVURES » A UNE POLITIQUE DE TORTURE Malgré la garantie internationale des droits humains après la Deuxième Guerre mondiale, malgré l\u2019interdiction absolue de la torture par le droit international et en dépit des efforts inlassables d\u2019organisations non gouvernementales telles qu\u2019Amnistie Internationale ou l\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT), la torture n\u2019a nullement disparu de la carte du monde.Dans les pays occidentaux qui se présentent volontiers comme les champions en matière de droits humains, on avait tendance à penser que l\u2019on avait réussi à l\u2019éradiquer.Pourtant, la Cour européenne des Droits de l\u2019Homme a été amenée à constater et condamner des actes de torture et de traitements inhumains commis, par exemple, au Royaume-Uni, en France et en Turquie.On était enclin à penser qu\u2019il s\u2019agis-sait-là de regrettables bavures.On aurait eu beaucoup de mal à trouver un responsable politique qui justifie la torture.Des sondages effectués dans les pays occidentaux montraient qu\u2019une majorité écrasante de la population rejetait catégoriquement la torture, quelles que soient les circonstances.Tout cela a radicalement changé depuis le 11 septembre et la mal nommée «guerre contre le terrorisme».Nous assistons non seulement à un retour de facto de la torture, mais à sa banalisation et à sa justification, à la mise en place d\u2019un système de torture.Les États-Unis de George W.Bush sont le leader en la matière, qui se proclament pourtant phare de la liberté et champion des droits humains.Il est désormais patent que, notamment en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo, des détenus ont été soumis à la torture et à des traitements inhumains et dégradants.Le monde a découvert avec horreur les photos qui illus- Nous assistons non seulement à un retour de facto de la torture, mais à sa banalisation et à sa justification, à la mise en place d\u2019un système de torture.m octobre-novembre 2006 RELATIONS traient les pratiques scandaleuses des forces américaines à Abou Ghraïb.Il y a lieu de penser que de telles pratiques ont cours dans d'autres lieux de détention sous contrôle américain, notamment ceux qui sont gardés secrets, dont le président Bush a enfin admis l\u2019existence dans son discours du 7 septembre 2006.Nous savons aussi que les États-Unis renvoient des prisonniers vers d\u2019autres pays qui pratiquent la torture.L\u2019administration Bush a redéfini le concept de torture d\u2019une manière restrictive et non conforme au droit international.Elle pratique des interrogatoires «poussés» de personnes soupçonnées de terrorisme, de « combattants ennemis» et d\u2019autres prisonniers de la «guerre contre le terrorisme ».UN ARSENAL JURIDIQUE QUI MINE L\u2019ÉTAT DE DROIT Les évènements du 11 septembre et la « guerre contre le terrorisme» ont donné lieu à ce que le vice-président Cheney a appelé la « nouvelle normalité », caractérisée par une érosion rapide de l\u2019état de droit.Le USA Patriot Act, d\u2019octobre 2001, s\u2019inscrit dans cette logique; il restreint sévèrement les droits humains et les libertés fondamentales au nom de la sécurité nationale.Peu après, en novembre 2001, le président Bush a promulgué un ordre présidentiel sur « la détention, le traitement et le jugement de certains non-ressortissants dans la guerre contre le terrorisme ».Celui-ci soustrait les personnes concernées, dont les prisonniers de Guantanamo, à la juridiction des tribunaux civils et autorise leur détention sans procès pour une période indéterminée.Les personnes en question ont été jetées dans une zone de non-droit.Malgré ses efforts visant à mettre le pouvoir judiciaire sur la touche, l\u2019administration Bush a récemment subi plusieurs défaites cuisantes devant les tribunaux, notamment la Cour suprême.__ REDÉFINITION DE LA TORTURE Les interrogatoires employés par les autorités américaines dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme » ont donné lieu à une riche «littérature» à l\u2019intérieur de l\u2019administration.C\u2019est grâce à des fuites que certains de ces documents sont devenus publics.Un des fleurons de cette «littérature» est un mémorandum adressé le 1er août 2002 par Jay S.Bybee, à l\u2019époque vice-ministre de la Justice, à Alberto R.Gonzales, à l\u2019époque conseiller du président et actuellement ministre de la Justice et procureur général.Il donne une définition extrêmement restrictive du concept de torture, bien différente de celle de la Convention des Nations unies.Selon Bybee, relèvent de la torture des «atteintes physiques d\u2019une sévérité telle qu\u2019il en résulte la mort, la défaillance d\u2019organes ou des dommages durables».Par ailleurs, il affirme que des actes de torture ordonnés par le président en sa qualité de commandant suprême ne sont pas contraires à la loi.Lorsque le contenu de ce document a filtré, il a donné lieu à de vives controverses.Il a été retiré en juin 2004 et remplacé par un mémorandum adressé le 30 décembre 2004 par Daniel Levin, assistant suppléant au procureur général en exercice, à James B.Comey, l\u2019adjoint du procureur général.Ce document, accessible au public, proclame dans sa première phrase que «la torture est contraire au droit et aux valeurs américaines et aux Bianca Joubert, Observatoire 3/13, 2004, acrylique, encre et collage sur bois, il x 37 cm RELATIONS octobre-novembre 2006 m RefiaRD normes internationales».Il se livre ensuite à une interprétation moins restrictive des termes employés dans la loi américaine et la Convention sur la torture.Quant au pouvoir du président d\u2019ordonner la torture en sa qualité de commandant suprême, son examen est jugé superflu, étant donné «la directive sans équivoque du président selon laquelle le personnel des États-Unis ne doit pas pratiquer la torture».Même si ce mémorandum fait sur plusieurs points machine arrière par rapport à celui de 2002 et vise à rassurer l\u2019opinion publique, il y a lieu de se demander s\u2019il a eu un impact réel sur ce qui se pratique sur le terrain.Ce qui choque à la lecture de ces documents est le fait que d\u2019éminents juristes se prêtent à une savante construction juridique destinée à justifier la torture.Dans un débat public, Burt Neuborne, professeur de droit à l\u2019Université de New York, a posé la question de savoir si «le travail de juristes du gouvernement qui utilisent leur talent pour construire une façade de droit pour la torture se distingue vraiment du travail des juristes nazis qui ont employé leurs talents pour construire une façade de droit pour le racisme nazi».BANALISATION ET JUSTIFICATION DE LA TORTURE Même si certains intellectuels américains, dont des juristes, sont finalement sortis de leur état de torpeur et d\u2019autocensure pour dénoncer la pratique de la torture par les États-Unis, celle-ci n\u2019a pas provoqué un large débat public ni une vague de protestations.Selon un sondage publié par le Christian Science Monitor à la mi-novembre 2001, 32% des américains interrogés se sont déclarés favorables à la torture de personnes soupçonnées de terrorisme.La torture est banalisée.Le concept de torture lite (torture légère) a fait son apparition.L\u2019argument qui est le plus souvent employé en faveur de la torture est que celle-ci peut être nécessaire pour obtenir des informations vitales.Certains, dont Alan Dershowitz, professeur de droit à l\u2019Université Harvard, invoquent le ticking bomb scenario : une personne arrêtée est soupçonnée d\u2019avoir placé une bombe à retardement; pour sauver des centaines, voire des milliers de vies humaines, il est nécessaire et doit être permis de torturer l\u2019intéressé pour qu\u2019il révèle l\u2019endroit où il a placé la bombe.En fait, il est hautement improbable qu\u2019une telle situation se produise en réalité; de plus, on sait que des indications extorquées sous la torture sont très peu fiables.Se pose également une question éthique fondamentale : est-ce que la fin peùt justifier les moyens?La réponse du droit international ne laisse pas de doute : la torture ne peut être justifiée dans aucune circonstance.D\u2019aucuns répondent que la torture subie par un homme est un moindre mal que la mort de centaines ou de milliers Même face au terrorisme, un état de droit démocratique respectueux des droits humains ne doit jamais employer les mêmes méthodes que les terroristes.de personnes.Michael Ignatieff, qui aspire à être chef du Parti libéral du Canada et peut-être premier ministre de ce pays, a publié en 2004 un livre intitulé The Lesser Evil (le moindre mal).Selon le sous-titre de l\u2019ouvrage, il s\u2019agit d\u2019une tentative visant à définir une « éthique politique dans un âge de terreur».Ignatieff épouse le discours de la «guerre contre le terrorisme» et soutient la guerre en Irak.Son éthique politique semble floue, notamment lorsqu\u2019il aborde le problème de la torture.D\u2019une part, il a l\u2019air de rejeter la torture mais, d\u2019autre part, il est clair que sa définition de la torture n\u2019est pas celle de la Convention des Nations unies.En insistant sur la torture physique, veut-il laisser la porte ouverte à la torture psychique?Sa distinction entre torture et contrainte est loin d\u2019être claire.Il admet des méthodes de coercition tels que la privation de sommeil, qui ont pourtant été condamnées par la Cour européenne des Droits de l\u2019Homme.Pour ce qui est du Canada, il est évident que le gouvernement Harper, comme d\u2019ailleurs celui de Paul Martin, s\u2019aligne davantage sur la politique de Bush que le gouvernement Chrétien.Le gouvernement canadien envoie lui aussi des personnes vers des pays où elles risquent d\u2019être soumises à la torture.Par ailleurs, la détention de personnes en vertu des « certificats de sécurité », la mise en place d\u2019une prison spéciale surnommée «Guantanamo lite» ou «Guantanamo du Nord» et l\u2019accord conclu avec l\u2019Afghanistan sur l\u2019échange de prisonniers suscitent de sérieuses interrogations.LA TORTURE?JAMAIS.Face au crime de torture qui brise la victime et avilit le tortionnaire, il faut avoir le courage d\u2019une position sans équivoque.La fin ne justifie jamais les moyens.La position éthique, qui est aussi celle du droit international, ne peut qu\u2019être : « La torture?Jamais.» Même face au terrorisme, un état de droit démocratique respectueux des droits humains ne doit jamais employer les mêmes méthodes que les terroristes.S\u2019il le fait, il se délégitime et perd son âme, ce qui est probablement un des objectifs des terroristes.Albert Camus, écrivant en 1958 au moment de la guerre d\u2019Algérie, assimilait le tortionnaire au terroriste qu\u2019il prétendait combattre : « Lorsque ces pratiques s\u2019appliquent!.] à ceux qui, en Algérie, n\u2019hésitent pas à massacrer l\u2019innocent ni en d\u2019autres lieux à torturer ou à excuser que l\u2019on torture, ne sont-elles pas aussi des fautes incalculables puisqu\u2019elles risquent de justifier les crimes mêmes que l\u2019on veut combattre?Et quelle est cette efficacité qui parvient à justifier ce qu\u2019il y a de plus injustifiable chez l\u2019adversaire?» (Actuelles IL Chroniques algériennes) Ces réflexions de Camus restent d\u2019une brûlante actualité.Comme il en donnait l\u2019exemple, il ne faut pas se taire, il ne faut pas tolérer l\u2019intolérable, mais il faut résister, se révolter.Les droits humains sont une conquête toujours menacée; ils ne peuvent être préservés qu\u2019au prix d\u2019une vigilance constante et d\u2019une ferme volonté de résister aux abus du pouvoir.\u2022 m octobre-novembre 2006 RELATIONS Pour l\u2019avenir de Relations Soutenez un périodique libre et indépendant ! Relations est une revue engagée - comptant parmi les plus anciennes au Québec - qui a su évoluer pour contribuer aux débats sociaux, politiques et religieux de l\u2019heure.Alors qu\u2019un vent de fatalisme souffle sur notre société, que les élites politiques et économiques clament à l\u2019unisson le refrain de l\u2019adaptation à l\u2019idéologie néolibérale, la ligne éditoriale de Relations affirme que l\u2019avenir est ouvert et qu\u2019il faut en débattre Loin des réponses toutes faites, cette position exigeante se nourrit d\u2019une solidarité avec les laissés-pour-compte que la revue souhaite contagieuse.Afin de poursuivre cette mission qui dure depuis 1941, Relations a besoin de vous! Quatre gestes d\u2019engagement concret vous sont proposés : \u2022\tL\u2019abonnement de soutien.Voilà une façon simple de manifester votre attachement à la revue.Grâce à ce soutien, nous pourrons maintenir nos tarifs d\u2019abonnement à un prix très abordable pour les moins fortunés et pour les étudiants (un reçu partiel, pour fins d\u2019impôt, vous sera émis sur demande) \u2022\tL\u2019abonnement cadeau.Vous souhaitez faire plaisir à un proche?Pourquoi ne pas lui offrir un abonnement! C\u2019est une idée cadeau originale et peu coûteuse.C\u2019est aussi une manière de faire découvrir la revue et de contribuer à son rayonnement.\u2022\tLes dons planifiés.Vous pouvez également contribuer, de façon plus substantielle et à long terme, au soutien de la revue.Pour ce faire, différentes options s\u2019offrent à vous : legs testamentaire, rente viagère, don provenant d\u2019une assurance-vie, etc.Un dépliant explicatif sur les dons planifiés est disponible sur demande.\u2022\tAutres dons.Enfin, vous pouvez aussi choisir de faire un don immédiatement.Un reçu pour fins d\u2019impôt vous sera émis sur demande.ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES LU Je désire un abonnement de soutien, au montant de îoo $ NOM ________________________________________________________ ADRESSE ____________________________________________________ VILLE ______________________________________________________ CODE POSTAL _________________________ TÉLÉPHONE (________) _ ABONNEMENT.Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l\u2019étranger (un an) : 45 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ par téléphone : 514-387-2541 par télécopieur : 514-387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations Ginette Thibault 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 www.revuerelations.qc.ca O J\u2019offre un abonnement cadeau de________an(s), au montant de__________$ à la personne suivante : NOM ___________________________________________________________________________ ADRESSE _______________________________________________________________________ VILLE ___________________;_____________________________________________________ CODE POSTAL _________________________ TÉLÉPHONE (________)_____________________ ?J\u2019aimerais obtenir des renseignements sur les dons planifiés.D Je fais un don au montant de___________$ Montant total :__________$ Veuillez m\u2019envoyer un reçu pour fins d\u2019impôt D je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) D\tou par Visa D NUMÉRO DE LA CARTE ____________________________________________________________ EXPIRATION ____________________ SIGNATURE _____________________________________ RELATIONS octobre-novembre 2006 m motifs À l\u2019abri des siens rê et je suis dans cette chair affolée René Lavoie, J'ai pris la voix que j\u2019ai pu trouver.Photographies n/b, 2006 JEAN-MARC DESCENT On m\u2019a dit que j\u2019étais monstrueux et inhabitable, qu\u2019on ne pouvait rien m\u2019entrer par aucun orifice.ni vieux lainages d\u2019hiver pour le silence des corps ni cadavres de plus.C\u2019est que je suis dans une mémoire finie et que ma tempête ne se termine jamais : j\u2019ai le vent étourdi ou l\u2019esprit accéléré qu\u2019on pourrait me croire encore vivant, tellement il y a le tourbillon.Ça cogne : l\u2019amour commence par un coup de pied dans la tête, botte cloutée, ça arrache et ce n\u2019est plus moi-le-désirant, c\u2019est sur le trottoir qu\u2019on me retrouve avec neiges, grêles, glaces, gels qui cassent tout.Cassez tout! C\u2019est valable comme n\u2019importe quoi, ça apprend le banal des petites fins du monde à soi, pas l\u2019autre, pas l\u2019ultime.C\u2019est que je suis si inquiet avec pays halluciné et front de libération nationale pour calcinés montés, ficelés fort sur des échasses, on voit la scène en automne avec musiques et tambours de parade, c\u2019est comme drôle, mais pas rire, même pas sourire et ça finit mal : les petits brûlés perdent pied et s\u2019écroulent, s\u2019écrasent en eux-mêmes, pas d\u2019âme qui vive.octobre-novembre 2006 RELATIONS motifs Mais je cours aux étoiles rouges sur épaules dénudées comme en impensé pour ne plus revenir ici, surtout ne plus, pas refaire, pas redire avec trop de vrais êtres noirs ensemble, de réels objets hors des vies, let go.je laisse, j\u2019abandonne fondu à mes choses retournant à leur être.Moi, c\u2019est les choses qui vivent à ma place : la télé s\u2019allume, le poste de radio s\u2019envole, la montre et, autour d\u2019elle, la bicyclette possèdent huit jours de battement à l\u2019air libre, les lits ont un compagnon chanteur, les tapis s\u2019enroulent, les livres s\u2019ouvrent, cassent, montrent des notes illisibles, les téléphones vibrent, les chaises ne retombent plus sur leurs pattes.C\u2019est comme ça mes étourdissements de matière, débarrassés du sens du monde, de leur quasi-chair humaine (ce sont les échasses qui vont faire mal à nos peaux arythmiques), je cours aux étoiles rouges, aux beautés, là où elles sont les plus fréquentes, c\u2019est juré.Je suis tout.depuis que mes langues étranges (celles qu\u2019on m\u2019extirpe à gauche et à droite) montent jusque dans mon crâne pluriel, vrillent dans mes pensées crevées, mais emportées.Quand ça tremble et trouble, c\u2019est moi.vulve sans comprendre et je fais l\u2019amateur de destructions pour l\u2019homme en personne qui embrasse à côté, qui embrasse le paradis du sang, qui se penche pour se couper en deux, deux vêtements, deux chevaux destinés aux abattoirs, deux cavernes qui hurlent les poitrines percées, deux, deux soldats qui ne reviendront pas, toujours deux pères qui ne vivent pas longtemps à la maison.Ça nourrit mal le lieu qui n\u2019est pas ou qu\u2019on n\u2019a pas.Les morts du pays sont des frères qui se précipitent aux tueries, qui ont ça de beau, mais j\u2019ignore encore leurs causes universelles.Il me faudrait continuer la bourrasque avec les mots ou la plaisanterie des amants aux cuirasses pour rien, il faudrait me laver le visage en un seul enfant murmuré, secret on dirait, m\u2019allonger, les mains derrière la nuque, bien couché sur les os de mes proches qui écopent, mais je suis envahi jusqu\u2019aux épaules et je mange le charbon des archanges.\u2022 RELATIONS octobre-novembre 2006 m muLtimeDias SITES INTERNET RECHERCHES SOCIALES ET INTERNET Les sciences humaines sont souvent présentées comme les parents pauvres du réseau Internet.Il est bien fait mention, dans les médias, de sites d\u2019actualité sociale ou politique, mais rarement de ceux consacrés à la recherche en sciences humaines et sociales.Pourtant, de nombreuses revues universitaires sont disponibles en ligne.Plusieurs groupes de recherches possèdent des sites bien élaborés qui diffusent les résultats de leurs recherches.En fait, un corpus de docu- Abétracfta Iranica CHAMP PENAL PENAL FIELD C m Hr* ments numériques scientifiques issus des sciences humaines et sociales existe bel et bien.Il demeure toutefois invisible.L\u2019enjeu est de le repérer.Revues.org a été créé avec le mandat d\u2019indexer et d\u2019élargir la visibilité de l\u2019édition scientifique électronique des sciences humaines et sociales.Ce site, financé par le ministère français de la Recherche et par le Centre national de la recherche scientifique, sert à dé- velopper la mise en ligne des périodiques scientifiques et à faire la promotion de l\u2019édition en sciences humaines et sociales.Revues.org est un espace de visibilité pour de nombreuses revues touchant les champs des sciences humaines et sociales: sociologie, anthropologie, histoire, religions, ethnologie, géographie, cultures, économie, sciences politiques, urbanisme, droit, etc.Depuis six ans, il a suscité la création de près de cinquante versions électroniques de revues.Il offre un survol rapide des revues, de leurs dernières parutions, de leurs archives et de leurs appels à contribution.Les articles ne sont pas disponibles sur le site même, la référence renvoie au site de chaque revue, ce qui permet de respecter la diversité des projets scientifiques propres à chacune et les différents modes d\u2019accès à la mise en ligne.Différents outils, intégrés au site mais autonomes, en font plus qu\u2019un simple catalogue électronique, facilitant les échanges entres les chercheurs tout autant que la diffusion des informations.«Calenda» est, comme son nom l\u2019indique, un calendrier des principaux événements en lien avec la recherche en sciences humaines et sociales, qui ont lieu dans la plupart des universités de langue française: appels de contributions, colloques, journées d\u2019étude, séminaires et divers renseignements tels que bourses et stages.«L\u2019Album», quant à lui, est un répertoire des ressources électroniques en sciences humaines et sociales qui comprend une recension de sites accompagné d\u2019une description détaillée.Il est mis à jour régulièrement, les nouveautés faisant l\u2019objet d\u2019un texte de présentation sur la page d\u2019accueil.Fédération de revues en sciences humaines et sociales revue Édition électronique scientifiqu \u2022org Enfin, «In-extenso.org» est un moteur de recherche expérimental qui allie l\u2019initiative OAI (Open archives initiative), qui donne accès à une vingtaine de sites-catalogues (Persée, Érudit, Cairn, etc.) et regroupe environ 120000 documents, à une autre stratégie de recherche qui indexe le contenu de 2000 sites dédiés aux sciences humaines et sociales (universités, laboratoires, sites thématiques, expositions, publications diverses).Ce nouveau moteur espère être plus précis que ceux qui existent déjà.On peut également s\u2019inscrire à la liste d\u2019envoi d\u2019une lettre électronique mensuelle qui informe sur les nouveautés du site.Cela permet de suivre l\u2019actualité de la recherche sans devoir consulter le site régulièrement.Dernier plaisir de ce site, il ne contient aucune publicité commerciale ni fenêtre pop-up.LOUISE DIONNE CERTIFICATS DE SÉCURITÉ OU DE CULPABILITÉ?REPRENDRE LES JOURS: PAS À PAS VERS OTTAWA, RÉALISATION ET PRODUCTION DE EYLEM KAFTAN, 14 MINUTES, 2005; SOPHIE, RÉALISATION ET PRODUCTION D\u2019ALEXANDRE ROY, 2 MINUTES, 2004 CERTIFICAT DE CULPABILITÉ, RÉALISATION ET PRODUCTION DE CLICFOCUS, 8 MINUTES, 2005 LE DÉTECTEUR, RÉALISATION ET PRODUCTION DE ONZE FILMS, 3 MINUTES, 2005 L'ÉCHO DU SILENCE, RÉALISATION ET PRODUCTION DU COLLECTIF LES LUCIOLES, 20 MINUTES, 2005 Le certificat de sécurité est une mesure inscrite dans la loi antiterroriste permettant au gouvernement canadien de détenir des personnes sans émettre aucune accusation contre elles et sur la base de preuves secrètes qui ne peuvent être révélées ni à la personne arrêtée, ni à son avocat.Ces personnes sont présumées coupables m octobre-novembre 2006 RELATIONS Parole citoyenne - Cinéaste engage - Frédéric Back muLtimeDias HCl CITOYENNE f « OSEZ LE TON ! » NOUVEAUX TERRITOIRES CINÉASTE ENGAGE EN MOUVEMENT UEBZONE CARNET OU CITOVEN S'INSCRIRE! et n\u2019ont pas toute l\u2019information nécessaire pour se défendre.Pour nous aider à mieux comprendre ces enjeux, l\u2019ONF, dans la section Parole citoyenne de son site Internet, met à notre disposition cinq courts métrages produits en 2004 et 2005 par des cinéastes engagés de la relève.Ces réalisations cinématographiques abordent de façons très différentes les enjeux de la sécurité, des droits fondamentaux, du racisme et des lacunes du système d\u2019immigration, tout comme les défis de l\u2019action militante pour s\u2019opposer à l\u2019utilisation des certificats de sécurité.Les films sont relativement courts, allant d\u2019environ deux à vingt minutes.Ils sont faciles à visionner à partir de n\u2019importe quel ordinateur.FILM5 A VISIONNER » D * tpi EXPLORER OAVRNTRGE >i VOUS LA PAROLE * [f] & H >^0 R VOUS IB PAROLE ! les jours: pas à pas vers Ottawa.Ce film rappelle le vécu intense de chacune des journées de cette marche tout en présentant de nombreux témoignages de personnes immigrantes aux prises avec des démarches d\u2019immigration complexes et déshumanisantes.Enfin, deux très courts métrages abordent Le titre de cette section s\u2019inspire d\u2019ailleurs du film Certificat de culpabilité, réalisé par Clicfocus.C\u2019est ce documentaire, troisième film dans la liste, que je vous suggère de regarder d\u2019abord.En revisitant l\u2019expérience de Victor Regalado, réfugié chilien détenu au Canada en 1982 pour des raisons de sécurité nationale et qui n\u2019a obtenu sa citoyenneté canadienne qu\u2019en 2004, on aborde le recours au certificat de sécurité utilisé en 2003 contre Adil Charkaoui, détenu pendant 21 mois et toujours en libération surveillée.Dominique Boisvert et Noël St-Pierre, avocats engagés très activement dans le cas Regalado, réagissent aux pratiques policières actuelles du Canada ainsi qu\u2019au traitement fait aux communautés arabo-musulmanes.La marche « Personne n\u2019est illégal », qui a rassemblé en juin 2005 des centaines de personnes dans une marche de 200 km de Montréal à Ottawa, pour porter leurs revendications au parlement, fait l\u2019objet du film Reprendre d\u2019autres enjeux liés à l\u2019immigration: Sophie, un film d\u2019animation sur le racisme, et Le détecteur, une autre animation sur l\u2019absurdité des mesures de contrôle, illustrée avec humour par un appareil de contrôle défectueux.Des cinq films, celui que j\u2019ai le plus apprécié est L\u2019écho du silence, réalisé par le collectif Les Lucioles.Il s\u2019agit d\u2019une présentation de la pénible expérience qu\u2019ont traversée Gorka et Eduardo, réfugiés basques, et de la lutte menée par des militants pendant plusieurs années pour empêcher leur extradition vers l\u2019Espagne.Il s\u2019agit d\u2019un heureux mélange de genres allant des archives télévisuelles à la lecture des lettres très poétiques d\u2019Eduardo, en passant par l\u2019enregistrement des moments forts de leur démarche en sol québécois.C\u2019est une fenêtre ouverte aussi sur les revendications du peuple basque et sur la répression de plus en plus forte que subissent les militants nationalistes.Un film qui a su dépasser l\u2019échec de la bataille pour présenter la force qui anime les personnes impliquées, leur capacité à continuer d\u2019espérer du fait qu\u2019elles ont réussi malgré tout à se tenir debout et à préserver leur dignité.On peut aussi visionner sur le même site: trois extraits d\u2019environ une minute chacun de Whose Rights anyway, qui présentent le cas de Mohamed Harkat, détenu par un certificat de sécurité depuis décembre 2002; un passage du film Threadbare, qui relate l\u2019histoire de 23 Pakistanais et d\u2019un Indien qui ont été incarcérés dans le contexte de la lutte au terrorisme et qui ont été déportés même si les accusations contre eux se sont révélées non fondées; des extraits de L\u2019arbre qui se souvient sur les prisonniers politiques iraniens et de Minoru : souvenirs d\u2019un exil sur les mesures de discrimination vécues par la communauté japonaise au Canada à la suite du bombardement de Pearl Harbour.Ces courts métrages permettent d\u2019ouvrir la discussion sur l\u2019adéquation de la réponse canadienne aux défis de sécurité.Nous serons peut-être alors un peu plus nombreux à dire publiquement que notre sécurité ne peut se fonder sur le sacrifice de nos libertés civiles.ELISABETH GARANT Mes préférences Aide Plein Écran Avenues * SUIVRE - RELATIONS octobre-novembre 2006 m LivR.es RELATIONS DANS LA TOURMENTE Suzanne Clavette, dir.L\u2019AFFAIRE SILICOSE - PAR DEUX FONDATEURS DE RELATIONS Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2006, 437 p.CJ est un numéro de la revue jésuite Relations, celui de mars 1948, qui a provoqué le conflit majeur dans l\u2019histoire sociale du Québec que ce livre présente.Ce numéro publiait alors un reportage d\u2019enquête dénonçant la mort de 46 ouvriers causée par une maladie industrielle, la silicose, contractée dans leur travail à la mine de Saint-Rémi-d\u2019Amherst, petit village des Laurentides.L\u2019auteur, un laïc du nom de Burton LeDoux, mandaté par le père Jean d\u2019Auteuil Richard s.j., premier directeur de Relations, y démontre la responsabilité du groupe Timmins - ABOLIR LA PROSTITUTION Élaine Audet PROSTITUTION, PERSPECTIVE FÉMINISTE Montréal, Sisyphe, 2005, 120 p.Les abolitionnistes - ou néo-abo-litionnistes - voient, dans la prostitution, une forme d\u2019exploitation sexuelle inscrite dans les rapports de domination.Le discours dominant Élaine Audet Prostitution perspectives féministes revendiquant la légalisation de la prostitution est, pour elles, une aberration qui ne profite qu\u2019à ceux qui exploitent les personnes prostituées.Élaine Audet se déclare ouvertement abolitionniste.Ainsi nous pro-pose-t-elle, dans un court essai, une déconstruction des principaux arguments utilisés par les tenants de la « libéralisation » de la prostitution.Elle s\u2019attaque aux mythes glamour créés autour de la prostitution et à une certaine hypocrisie ambiante envers la violence vécue par ces femmes.À partir de recherches féministes, elle nous explique que la violence est inhérente à la prostitution et que celle-ci n\u2019est pas un libre choix.Elle y interpelle aussi les autorités politiques et une certaine gauche qui optent pour une approche complaisante envers les partisans de la reconnaissance de la prostitution comme un «travail».Elle s\u2019indigne de leurs revendications con- cernant la légalisation de la prostitution, critiquant la légitimité de l\u2019opposition faite entre les droits des femmes et le droit de commerce.Elle nous informe aussi que dans les pays où la prostitution a été « légalisée», la prostitution locale a été rapidement supplantée par le trafic sexuel, augmentant l\u2019insécurité tout en instaurant, au sein de ces pays, une culture prostitutionnelle aux conséquences néfastes sur le statut des femmes en général.Un autre mythe qu\u2019elle dégonfle est celui des clients - ou plutôt celui de leur absence dans le débat.Qui sont-ils?Pourquoi leurs demandes sexuelles sont-elles considérées comme un droit inaliénable?À l\u2019instar du gouvernement suédois, madame Audet prône l\u2019interdiction de l\u2019achat de services sexuels, ses arguments étant que cela ne sert à rien d\u2019interdire la prostitution si ceux qui la consomment peuvent le faire en toute impunité.Elle s\u2019inquiète également de l\u2019absence d\u2019intérêt envers les proxénètes, l\u2019industrie du sexe et leur lobby.Elle s\u2019interroge: «ne sont-ils pas principalement issus du milieu du crime organisé?» Pourquoi «tout se passe comme si seules les féministes abolitionnistes, les forces policières et les tribunaux étaient responsables de la violence envers les femmes prostituées» (p.82).Autant de questions posées que de pistes de réflexions.Qu\u2019en est-il du discours normalisant la sexualité violente, le tourisme sexuel, l\u2019hypersexua-lisation, la pornographie et la «porno-graphisation», c\u2019est-à-dire de cette mécanisation de la sexualité?L\u2019essai se termine sur une note optimiste.On y présente le travail de féministes qui dénoncent la prostitution et réclament la fin de la ségrégation et de la criminalisation envers les personnes prostituées.Cet essai appelle un débat de société sur.la prostitution, qui ne peut être laissé entre les mains des tenants d\u2019un marché douteux.SILICOSE l'ivf.we de Louis Roosslaij par deux fondateurs de Ifylationz sous U direction de Suzanne Clavette engagé dans l\u2019exploitation minière à plusieurs endroits au Québec -, de même que celle du gouvernement provincial de Maurice Duplessis.Les puissants accusés s\u2019adressent aux supérieurs des jésuites et à M81 Joseph Charbonneau, l\u2019archevêque de Montréal, pour exiger la rétractation de l\u2019article dénonciateur ainsi que la démission du père Richard.Même si Le Devoir et plusieurs personnages respectés appuient cette lutte contre les maladies LOUISE DIONNE m octobre-novembre 2006 RELATIONS LivR.es industrielles au Québec, les supérieurs ecclésiastiques se plient à la volonté des puissants : le père Richard est envoyé en exil hors du Québec, le nouveau directeur de Relations publie une rétractation.Au même moment, M.LeDoux prépare déjà un reportage d\u2019enquête sur les effets dommageables de l\u2019amiantose dans les mines d\u2019amiante de Thetford Mines et d\u2019Asbestos, qui sera publié dans Le Devoir.Relations, effrayée par l\u2019intervention ecclésiastique, devient une revue timide pendant toute une décennie.L\u2019historienne Suzanne Clavette a regroupé, dans son livre extraordinaire, de multiples documents liés à ce scandale, dont plusieurs sont demeurés inédits jusqu\u2019ici.Dans la préface, Louis Rousseau explique que cette collection de documents fournit les bases de nouvelles interprétations de l\u2019histoire récente et s\u2019inscrit dans la nouvelle mouvance qui cherche à mieux comprendre les transformations sociales d\u2019avant la Révolution tranquille.Le père Jacques Cousineau s.j., collègue du père Richard et engagé avec lui dans le même combat, fait, dans un rapport écrit en 1982, la remarque provocatrice suivante : « Beaucoup ont eu l\u2019impression, et l\u2019ont exprimée, que 1960 marque le début de la Révolution tranquille.Il ne m\u2019appartient pas de juger la contribution de la politique ou des partis à cet événement.Ce qui me frappe, c\u2019est qu\u2019on oublie que le changement culturel survenu à partir de 1960 avait été préparé, que les fondements en avaient été posés et qu\u2019en définitive 1960 n\u2019a été que le révélateur d\u2019une situation déjà acquise.» Les principaux documents regroupés dans ce volume sont: 1) un article (plus de 50 pages) du père Richard, écrit en 1982, sur la fondation et les premières années de Relations-, 2) les articles publiés par Relations sur la silicose, parmi lesquels l\u2019article de Burton LeDoux sur la silicose à Saint- Rémi-d\u2019Amherst, l\u2019éditorial du père Richard dans ce même numéro de mars 1948 et «la rectification» de l\u2019article provocant publiée deux mois plus tard; 3) le rapport confidentiel (plus de 100 pages) sur l\u2019affaire silicose écrit en 1948 par le père Richard au Père général des jésuites à Rome; 4) un manuscrit inédit (plus de 150 pages), écrit en 1982 par le père Jacques Cousineau, décrivant le conflit autour de la silicose et de l\u2019amiantose, et son effet sur le développement culturel du Québec.D\u2019autres annexes présentent des échanges de lettres entre des personnes engagées dans ce conflit ainsi que des textes concernant ce dernier, publiés dans les journaux et les revues au Québec et hors du Québec.La profonde division des Québécois causée par le combat contre les maladies industrielles, traverse l\u2019Église, chefs et membres; c\u2019était la fin de l\u2019unanimité catholique.Ce livre fascinant se lit comme une pièce de théâtre où on entend les débats entre les acteurs, les réactions de ceux qui leur sont proches et les discussions entre ecclésiastiques à huis clos.On y suit les décisions prises par des hommes d\u2019Église, jour après jour, heure après heure.«Me O\u2019Donnell (avocat de la famille Timmins) rebondit chez Mgr l\u2019Archevêque.C\u2019était le 23 juin (1948) à 9 heures du soir.Il renouvela ses menaces contre Relations si l\u2019affaire ne se réglait pas tout de suite.Monseigneur, déjà conquis par O\u2019Donnell, fatigué de l\u2019affaire, impressionnable et impulsif comme toujours, téléphona à 10 heures le même soir au Rév.Père Provincial, exigeant la destitution immédiate du directeur de Relations et son éloignement du diocèse.» GREGORY BAUM UN VERBE QUI NOURRIT L\u2019ACTION Anne Fortin L\u2019ANNONCE DE LA BONNE NOUVELLE AUX PAUVRES.UNE THÉOLOGIE DE LA GRÂCE ET DU VERBE FAIT CHAIR Montréal, Médiaspaul, 2005, 309 p.V\t/oici un livre d\u2019une grande densité V\tspirituelle, à méditer, à goûter lentement avec son Nouveau Testament tout à côté.Il ne s\u2019agit pas pour l\u2019auteure d\u2019offrir un commentaire exégétique des évangiles.Même si Anne Fortin L'ANNONCE DE LA BONNE NOUVELLE AUX PAUVRES Une théologie de la grâce et du Verbe fait chair Anne Fortin est une spécialiste de la sémiotique, elle n\u2019enferme pas son lecteur dans un jargon scientifique.Il se trouve bien sûr quelques passages plus ardus pour qui n\u2019est pas familier des concepts utilisés pour la lecture sémiotique de la Bible.Mais cela demeure minimal et n\u2019empêche aucunement de lire avec plaisir.L\u2019écriture est fluide, généreuse, voire poétique.J\u2019oserais affirmer que l\u2019illustration de la couverture du volume, L\u2019Annonciation de Fra Angelico, introduit déjà à une écriture qui fait voir que « la forme de l\u2019annonce est homogène au salut lui-même ».Ce livre prend sa source dans une expérience ecclésiale : une pratique de lecture biblique en groupes que A.Fortin anime ou à laquelle elle participe, au Québec comme en France, ES RELATIONS octobre-novembre 2006 LiVR.es depuis nombre d\u2019années.Cette pratique - inspirée de la théorie sémiotique - permet au lecteur de suivre en lui-même le parcours de la parole, faisant écho au Verbe intérieur.Rien à voir avec ce qu\u2019on appelle « mon vécu » ou avec «ce que ça me dit».Au contraire, cette manière de lire conduit à creuser des sillons inédits dans le rapport à soi, aux autres, au monde et à l\u2019Église, à se mettre en état d\u2019écoute véritable du Verbe fait chair.On peut dire que ce mode de lecture réinvente, pour aujourd\u2019hui, la lectio divina des Pères de l\u2019Église.L\u2019auteure retrace dans l\u2019évangile de Luc et quelques lettres de Paul ce qu\u2019elle nomme «Feffet Théophile» [cf.Actes 1,1): c\u2019est-à-dire la «construction du sujet croyant dans et par la lecture, la mise en évidence de la trace du Verbe fait chair en chaque lecteur» (p.210).Pour ce faire, A.Fortin retient un certain nombre de personnages, qui sont des figures de la réalisation de «l\u2019effet Théophile».Ainsi, le lecteur peut relire ses expériences de vie en se demandant comment le texte biblique parle de son propre itinéraire de foi : les femmes au tombeau, les bergers de Bethléem, l\u2019aveugle de Jéricho, Zachée, l\u2019hydropique et, surtout, Marie et Elizabeth (à mon sens les pages les plus lumineuses du volume), etc.Voilà autant de figures de l\u2019écoute en profondeur: «la chair en attente d\u2019être transformée par le passage de la parole» (p.115).Le sixième chapitre sur Paul montre comment «l\u2019effet Théophile » est aussi l\u2019enjeu de ses lettres, en ce que lui-même a été transformé par le Verbe dans sa propre chair, devenant serviteur de la parole reçue.Combien cela repose des lectures moralisatrices et des découpages factices de la version liturgique! Mais qui sont les pauvres à qui s\u2019adresse la Bonne Nouvelle?C\u2019est chaque personne, tel qu\u2019il se reconnaît dans sa pauvreté, ses faims et ses soifs, invité à se situer devant l\u2019impossible m octobre-novembre 2006 RELATIONS humain traversé par le possible de Dieu.De là le sous-titre : Une théologie de la grâce et du Verbe fait chair.La dimension sociopolitique de la lutte contre la pauvreté n\u2019est pas pour autant laissée de côté par cette forme de lecture.L\u2019excellente préface de Jacques Racine aborde cette question avec beaucoup d\u2019à-propos.Les croyants trouveront, dans ce livre, une source à leur liberté d\u2019action et à l\u2019expression d\u2019une foi adulte.MICHEL STEIN POUR LE PLAISIR DE CONNAÎTRE Claude Allègre DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA SCIENCE Paris, Plon/Fayard, 2005, 1020 p.X A notre époque, les savoirs et les /^champs disciplinaires évoluent si vite que nous avons un grand besoin de synthèses, d\u2019introductions et de dictionnaires.Chacun connaît la collec- Claude Allègre Dictionnaire amoureux de la Science Plon Fayard tion américaine «pour les nuis» {for Dummies).Les éditions Plon et Fayard ont opté pour la solution « dictionnaire amoureux».Dictionnaire certes, et donc prétention à la classification et à une certaine exhaustivité, mais aussi œuvre d\u2019auteur, d\u2019où des champs très explorés et une certaine liberté, pour ne pas dire fantaisie, dans l\u2019écriture.J\u2019ai parcouru avec plaisir le Dictionnaire amoureux de la Science et je me promets de récidiver avec d\u2019autres.Pas ceux sur le rugby, la chasse, la cuisine ou le spectacle.Mais probablement celui sur l\u2019islam (Malex Chebel) ou ceux à venir sur le judaïsme (Jacques Attali), le ciel et les étoiles (TrinhXuanThuan), voire encore sur le vin (Bernard Pivot).Mais, à 51,95$ pour le Dictionnaire de la Science, ce n\u2019est pas donné! Expert dans ce qu\u2019il appelle les géosciences, Claude Allègre est un scientifique pur et dur.D\u2019entrée de jeu, il refuse d\u2019intégrer dans les sciences les mathématiques et les sciences humaines.Pour lui, il n\u2019y a de science qu\u2019expérimentale.Il fut un temps ministre de l\u2019Éducation en France et il est un rationaliste à la Poincarré, à la Monod, bagarreur, anticlérical, antireligieux.Parfois, ses coups de gueule échappent à la rigueur de ladite science, mais qu\u2019importe.Il est un pédagogue et un vulgarisateur remarquable et dispose d\u2019une érudition incroyable.Il aime aussi parler de lui-même.Le livre comprend environ 300 entrées, tantôt sur des personnages (Archimède, Aristote, Wagner, Bernard, Rutherford, La Mark, mais pas La-place), tantôt sur des institutions (Académie des sciences, MIT, Institut de physique du globe de Paris, Institut Nobel), tantôt sur des sujets très techniques (bactéries, clonage, code génétique, isotopes).Il y a des trous et des lacunes, mais l\u2019ensemble offre un panorama immense et intéressant.Spécialiste des sciences de la terre, Allègre s\u2019intéresse beaucoup à l\u2019environnement, même s\u2019il déteste les militants écologistes.Les articles sur la biodiversité, le code génétique, l\u2019écologie, l\u2019évolution des espèces, l\u2019histoire des sciences, l\u2019océan, l\u2019ozone, la pollution sont dignes de mention.À signaler, trois entrées plutôt sympathiques, l\u2019une sur l\u2019alchimie, une autre sur les Jésuites, une troisième sur Hergé.ANDRÉ BEAUCHAMP Prochain numéro Le numéro de décembre de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies dès le 30 novembre.Profitez-en pour le réserver.Il comprendra notamment: \u2022\tun dossier sur le pillage des ressources naturelles de l\u2019Afrique : l\u2019implication des compagnies minières et du gouvernement du Canada, les conséquences sociales, économiques et environnementales de cette « exploitation » minière et les conflits armés qui s\u2019y greffent, ainsi que les mouvements sociaux de résistance à l\u2019œuvre; \u2022\tune controverse sur la figure de Marie dans l\u2019Église; \u2022\tune analyse de la situation sociale au Lesotho; \u2022\tun regard sur le sens du dialogue interreligieux; \u2022\tla suite de la chronique littéraire de Jean-Marc Desgent, illustrée par le photographe René Lavoie; \u2022\tles œuvres de notre artiste invitée, Marie-Denise Douyon.Marie-Denise Douyon, Cœurs voisins Recevez par courriel, peu avant sa parution, le sommaire détaillé du numéro en vous inscrivant à la liste d\u2019envoi.Pour ce faire, écrivez votre adresse au lieu indiqué sur la page d\u2019accueil de notre site Internet : www.revuerelations.qc.ca.sa proie VIVRE.AU JOUR LE Calendrier spirituel Sous la direction de Pierre Bélanger, SJ et de David El Vivre.au ji Calendrie renez l'Esprit Comme les cha prennent feu En le prenant so 376 pages; 24,95$ Didier Rimaud, SJ À l'occasion du 450e anniversaire de la mort de leur fondateur, Ignace de Loyola, les Jésuites francophones et anglophones du Canada proposent un calendrier perpétuel permettant de vivre, jour après jour, une expérience spirituelle dans la tradition jésuite.Des citations de philosophes, de penseurs et des photos d'artistes nous invitent à la méditation.Ces pages constituent une approche actualisée de la pratique des Exercices transmis par Ignace à ses compagnons.Magnifiquement illustré, ce calendrier-chevalet sera le compagnon de vos jours.www.novalis.ca LEÎ\t> JÉSUITES \tChantier 2006 XJ NOVALIS On n\u2019est jamais trop curieux.\u2014?\u2014 www.ledevoir.com "]
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