Relations, 1 juillet 2005, Juillet - Août
[" ¦* c v ! 0 ffli# '¦ Marc Chabot Jacques Ferron, l\u2019épistolier ReLatiONS société politique religion NumeRO 702 août 2005 L\u2019empire de l\u2019automobile 46\tKODAK PORTRA 400UC u \u201c\ta à Une industrie vorace À la défense du transport en commun Un frein à la vitesse L\u2019État doit-il financer l\u2019école privée?9 rruuoA jrouuu ARTISTE INVITÉ BRUNO RICCA 977003437800008 ReLatiONS NuméRO 702, juiLLet-août 2005 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Un réseau jésuite international\t9 Jean-Marc Biron AILLEURS Nicaragua : corruption et pauvreté\t24 Andrés Pérez-Baltodano CONTROVERSE L\u2019État doit-il financer l\u2019école privée?Réjean Parent\t26 Michel Venne\t27 REGARD Le ras-le-bol populaire bolivien\t28 Denis Langlois Jacques Ferron, l\u2019épistolier\t31 Marc Chabot EN BREF\t34 CLAIRSON NANCE Est-ce moi, un peu, beaucoup?\t36 Jean-François Casabonne MULTIMÉDIAS\t38 LIVRES\t40 Couverture : Bruno Ricca, B/eu Waverly, Montréal, 2004 dOSSieR L\u2019EMPIRE DE L\u2019AUTOMOBILE L\u2019automobile est plus qu\u2019une automobile.Pour beaucoup, elle symbolise liberté, progrès et bien-être.Plus encore, elle est objet d\u2019amour.Or, ce symbole est devenu servitude.L\u2019automobile est le pivot de la société de consommation, de Y American way of life, « une économie de guerre en temps de paix » engouffrant énergie et matières premières, engendrant une production sans fin.Bien que la croissance vertigineuse du parc automobile soit inquiétante pour la santé et la planète, l\u2019industrie automobile fait obstacle aux mesures écologiques.Dans ce contexte, le financement du transport en commun et la recherche de voies alternatives à l\u2019automobile apparaissent urgents.Une industrie vorace\t12 Richard Bergeron Comment l\u2019automobile vint\tau monde\t14 Rolande Pinard À la défense du transport en commun\t17 André Porlier Un frein à la vitesse\t20 Paul Ariès Le moteur de notre imaginaire\t20 Robert Mager ARTISTE INVITÉ Dans les années 1960, Bruno Ricca est un enfant secret et photogénique.À la fin des années 1970, il se retrouve un temps armurier artificier.Au début des années 1980, il conduit sans dérailler des trains français.Durant les années 1990, il devient graphiste -puis Montréalais.Les années 2000 le verraient bien en photographe comblé.Revue foNDée eN 1941 Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca | juillet-août 2005 RELATIONS DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Stéphanie Béliveau Jacques Goldstyn Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Robert Mager, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, René Boudreault, Jean-François Casabonne, Marc Chabot, Pascal Durand, Jean-Marc Éla, Jean-François Filion, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 35 $ (taxes incluses) Deux ans : 65 $ (taxes incluses) À l'étranger : 45 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ TPS : RI 19003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 éDitORiaL Perte de confiance Comme les sondages le laissaient pressentir avant la tenue des référendums, la France et les Pays-Bas se sont prononcés contre le traité établissant une Constitution pour l\u2019Europe.Le non a été massif, clairement affirmé.Les citoyens ont rejeté un texte de 190 pages, symbole d\u2019une Europe qui s\u2019est faite loin d\u2019eux, dans des bureaux de technocrates.Ils ont dit non à une Europe qui les expose à une forme de compétition sauvage entre salariés, entre systèmes de protection sociale et niveaux de service public.Certains ont dit non par peur de l\u2019étranger et de l\u2019ouverture.Beaucoup ont sanctionné leur gouvernement dont la côte était en baisse depuis plusieurs mois.Que retenir de ces événements?D\u2019abord, que la chose publique con- \\ \\ \\Y ' / y > AyXy tinue à intéresser les citoyens, contrairement aux idées reçues.Les Français ont voté à 70 % et les Néerlandais à plus de 63%.Ce qui représente de forts pourcentages.Le débat autour de l\u2019avenir de l\u2019Europe à travers les médias, même si la plupart se sont rangés du côté du oui et des pouvoirs en place, a passionné les gens et a été de très bon niveau.Il est donc encore possible de débattre et de défendre ses idées, de s\u2019enrichir au contact des autres et d\u2019approfondir des points litigieux.Ensuite, que la démocratie n\u2019est pas encore complètement disparue.En effet, la proposition d\u2019un référendum contenait en elle-même la possibilité de dire non, sinon pourquoi le proposer?Ce qui paraît étrange, c\u2019est que tous les pays n\u2019aient pas proposé aux citoyens de s\u2019exprimer directement et pas seulement à travers leurs représentants au parlement.Un référendum organisé le même jour dans tous les pays de l\u2019Union européenne aurait eu une portée symbolique très forte.Ce n\u2019est pas le choix qui a été fait.Dommage! Il n\u2019en demeure pas moins un phénomène inquiétant, dont les gouvernements devront désormais tenir compte à l\u2019avenir s\u2019ils veulent réellement gouverner, qui réside dans l\u2019écart qui se creuse entre le peuple et ses dirigeants, entre les citoyens et les élus.Écart qui indique une dérive du politique.Lorsque les élites sont déconnectées de leur base et ne sont plus capables de l\u2019entendre, donc de l\u2019écouter, c\u2019est le signe que la démocratie est d\u2019une certaine manière captive, confisquée par le pouvoir en place.Cela vaut aussi ailleurs qu\u2019en Europe.Cette dissolution du politique engendrée par le néolibéralisme ambiant et l\u2019économicisme à outrance nous laisse sans voix et sans parole.Bruno Ricca, Par ici la sortie, Paris, 2003 En ce sens, le vote sur la Constitution européene a été un sursaut citoyen, une reprise en main d\u2019un pouvoir muselé.L\u2019avenir ne paraît pas très ouvert pour autant.Que va-t-il advenir?Le non de deux pays ne représente pas la mort de l\u2019Europe, mais il a ébranlé la confiance.L\u2019Europe sera toujours en construction.Née de l\u2019après-guerre pour reconstruire un espace de paix et surmonter la division, l\u2019Europe n\u2019a pas encore atteint sa pleine dimension démocratique.Comme le souligne si bien Heribert Pranti du Süddeutsche Zeitung: «L\u2019Europe est une démocratie étrange, complètement bancale.Le Parlement a beau s\u2019appeler parlement, il ne sera pas une assemblée véritablement représentative des citoyens.Commission européenne n\u2019est pas un véritable gouvernement, ce n\u2019est pas l\u2019expression d\u2019une majorité parlementaire, mais l\u2019addition d\u2019élites nationales.Et le Conseil des ministres de l\u2019UE est et restera un hybride: il exerce là-haut, à Bruxelles, des fonctions législatives, mais il est composé de représentants des exécutifs nationaux.Il cumule donc deux pouvoirs en un.» Il faut donner du temps au temps pour bâtir un espace politique et pas seulement économique et monétaire.Une chose est sûre, c\u2019est que cette construction ne peut se faire sans le consentement du peuple.Il reste désormais aux politiciens à regagner la confiance de ceux et celles qu\u2019ils ont déçus.La pire chose à venir serait le statu quo, signe d\u2019une défaite et d\u2019un dialogue de sourds.ANNE-MARIE AITKEN RELATIONS juillet-août 2005 actuaLites Écosystèmes planétaires © et bien-être des humains L'auteur est directeur de Greenpeace Canada, bureau du Québec cPorpsry// Le récent rapport des Nations unies sur l\u2019écosystème est accablant : nous épuisons notre avoir collectif aux dépens de nos enfants.STEVEN GUILBEAULT Dans un discours prononcé en 2000, Kofi Annan lança l\u2019idée de procéder à une évaluation des conséquences de la dégradation des écosystèmes de la planète et des impacts sur le bien-être des humains.Ce rapport devait fournir les outils scientifiques nécessaires à la protection de ces écosystèmes.Il aura fallu environ quatre années à quelque 1300 scientifiques pour préparer l\u2019un des rapports les plus importants publiés par les Nations unies, le Rapport de synthèse de l\u2019évaluation des écosystèmes pour le Millénaire.Fait intéressant à noter, le conseil d\u2019administration de ce groupe de travail était coprésidé par Robert Watson, chef scientifique et conseiller principal à la Banque mondiale.Il faut probablement préciser que M.Watson a également été le président du Groupe d\u2019experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) des Nations unies pendant plusieurs années.Pourquoi ce rapport revêt-il une si grande importance?En plus de rappeler que l\u2019ensemble de l\u2019humanité dépend des ressources naturelles et des écosystèmes terrestres, ce rapport évalue en chiffres comptables les services rendus par la nature à l\u2019ensemble de l\u2019humanité.Cet angle économique confirme que nous sommes en « dette par rapport à notre capital naturel » ou encore que nous épuisons « notre avoir collectif aux dépens de nos enfants ».Les grands constats de ce rapport sont sans équivoque : 1) l\u2019amélioration des conditions de vie pour une portion des habitants de la planète s\u2019est faite au détriment du capital naturel; 2) nous sommes en dette par rapport à notre capital naturel; 3) les services rendus par la nature auprès de certaines populations se font souvent au détriment d\u2019autres communautés ou encore des générations futures; 4) depuis les années 1960, nous puisons deux fois plus d\u2019eau pour nos besoins quotidiens, quatre fois plus d\u2019eau est retenue derrière des barrages, et les réservoirs artificiels retiennent maintenant plus d\u2019eau que les rivières naturelles; 5) 90 % des grands prédateurs des océans comme le thon, l\u2019espadon et le requin ont disparu; 6) le rythme d\u2019extinction des espèces est actuellement mille fois plus rapide que par le passé (incluant les grandes vagues d\u2019extinction du passé) et l\u2019on prévoit que ce rythme va encore s\u2019accroître; 7) les émissions de gaz à effet de serre sont en train de changer les conditions climatiques planétaires de façon inquiétante.Au-delà de ces constats peu rassurants, le rapport innove en procédant à l\u2019analyse des services rendus par la nature à l\u2019humanité.Des 24 « services » évalués (production alimentaire, stocks de poissons, filtrage de l\u2019eau douce, etc.), 15 sont en déclin, c\u2019est-à-dire que ces derniers n\u2019arrivent plus à répondre aux besoins des humains, quatre sont en augmentation et cinq sont stables -bien que parmi ces derniers, certains sont en situation de vulnérabilité.Comment évaluer ces services?Prenons l\u2019exemple d\u2019un marais au Canada.En termes de services rendus | juillet-août 2005 RELATIONS actuaLites grâce à la purification de l\u2019eau, celui-ci est évalué à près de 6000 $ l\u2019hectare en comparaison des services rendus par l\u2019agriculture intensive qui, en termes de nourriture produite, équivaut à un peu plus de 2000 $ l\u2019hectare.Le rapport cite également l\u2019un des cas classiques de mauvaise gestion des ressources naturelles et des impacts économiques qui y sont liés : l\u2019effondrement des stocks de morue dans l\u2019est du Canada.Outre des pertes économiques de plus de deux milliards de dollars, des dizaines de milliers d\u2019emplois sont perdus.Le rapport met également en évidence comment la détérioration de l\u2019environnement hypothèque sérieusement les objectifs du millénaire de réduction de la pauvreté, identifiés lors du Sommet de la Terre de Johannesburg.Par exemple, lors de ma participation à une rencontre des Nations unies sur les changements climatiques, à Bonn, en mai dernier, l\u2019Afrique du Sud a souligné comment les conséquences des changements climatiques dans cette région du monde anéantissaient les efforts pour éliminer la pauvreté.Trop longtemps, la société de consommation dans laquelle nous vivons nous a conduits à penser et à agir comme si nous évoluions dans un monde étranger à la nature et à l\u2019état des écosystèmes planétaires.Le Rapport de synthèse de l\u2019évaluation des écosystèmes pour le Millénaire constitue un incitatif plus que valable pour arrêter de se mettre la tête dans le sable.Une version française du sommaire du rapport des Nations unies peut être trouvé à l\u2019adresse suivante : .\u2022 Au bas de l\u2019échelle et au bas de la liste Le gouvernement Charest fait abstraction des personnes assistées sociales dans ses choix budgétaires.ÉRIC BONDO En déposant son budget 2005-2006, le ministre des Finances du Québec, Michel Audet, a encore placé les citoyens et citoyennes les plus pauvres au bas de la liste de priorités de son gouvernement.Pour les groupes sociaux, le gouvernement du Québec se devait, dans ce budget, de réparer les pots cassés : renverser la tendance des dernières années, réinjecter les fonds déjà coupés et injecter les sommes nécessaires afin de mettre un terme à la crise de subsistance qui sévit parmi les personnes assistées sociales.Entre janvier et mars 2005 seulement, 58 millions ont été amputés au budget du ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, d\u2019abord par des modifications au règlement de la Loi sur le soutien au revenu (44 millions), puis en n\u2019indexant qu\u2019à moitié les prestations d\u2019aide sociale aux personnes sans contraintes à l\u2019emploi (14 millions).Tout ceci sans compter les centaines de coupures de postes dans les centres locaux d\u2019emploi, les diminutions de programmes d\u2019aide à l\u2019emploi ainsi que le refus du gouvernement de remplir ses engagements quant au rétablissement de la gratuité des médicaments pour les personnes assistées sociales.Le dépôt du budget Audet fait la preuve que, non seulement le gouvernement du Québec n\u2019a pas l\u2019intention de réparer les dégâts, mais qu\u2019il mène une lutte sans merci aux personnes et aux familles les plus pauvres, malgré les obligations de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.On prévoit couper près de 86 millions de dollars au budget du ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, dont 61 millions directement à l\u2019aide sociale, 14 millions en ressources de gestion ainsi qu\u2019environ 10 millions L\u2019auteur est coordonna-dans les mesures d\u2019aide à l\u2019emploi.En teur au Front commun ce qui concerne les 61 millions dans le des personnes assistées programme d\u2019aide sociale, le gouver- sociales du Québec nement explique cette coupure par un plus grand nombre de ménages qui sortiront du régime au cours de la prochaine année, grâce à une intervention accrue d\u2019Emploi-Québec par des mesures d\u2019aide à l\u2019emploi.Logiquement, cette intervention accrue d\u2019Emploi-Québec devrait bénéficier d\u2019investissements supplémentaires pour réaliser ce mandat.Pourtant, c\u2019est avec 10 millions de moins pour ces mesures qu\u2019Emploi-Québec devra aider plus de 10 000 ménages à intégrer ou réintégrer le marché du RELATIONS juillet-août 2005 actuaLites L\u2019auteur est curé de l'Église St.Thomas, à Notre-Dame-de-Grâce, et officier oecuménique pour le diocèse de Montréal de l\u2019Église anglicane du Canada travail cette année, soit le double des ménages qui quittent annuellement l\u2019aide sociale depuis plusieurs années.Il est pertinent de rappeler que près de la moitié des personnes assistées sociales (43,2 %) n\u2019ont pas complété leurs études secondaires, et les mesures de formation offertes ne sont disponibles que pour 10% de l\u2019ensemble des personnes assistées sociales.Pendant ce temps, en parallèle, on augmente le financement des écoles privées de 19 millions.Cette incohérence entre le discours et la pratique est omniprésente dans la façon d\u2019aborder la lutte contre la pauvreté de ce gouvernement.On tente continuellement de démontrer que tout est mis en place pour aider les personnes assistées sociales à s\u2019en sortir, alors qu\u2019en réalité, l\u2019État se désengage dangereusement de son mandat.Ce qui porte à questionner sérieusement les intentions réelles des élus québécois.Sur les 2,5 milliards de dollars devant être investis dans la lutte contre la pauvreté, seulement 127 millions aboutiront à l\u2019aide sociale, le reste étant dédié aux familles et aux travailleurs et travailleuses à faible revenu.Pourtant, c\u2019est à l\u2019aide sociale que se retrouvent les plus pauvres d\u2019entre les pauvres de notre société; toute lutte contre la pauvreté devrait conséquemment commencer par ces personnes.Seul point positif du budget, en ce qui concerne les personnes assistées sociales: 145 millions seront investis dans la construction de logements sociaux et 15 millions seront aussi consacrés à la rénovation de logements sociaux existants.Ainsi, 2600 nouveaux logements sociaux seront construits grâce à cet argent.Un pas dans la bonne direction, un très petit pas toutefois, si on considère que plus de 100 000 ménages consacrent plus de 80 % de leurs revenus au logement.Ainsi, la situation des personnes assistées sociales ne s\u2019améliore pas depuis deux ans, date à laquelle l\u2019Assemblée nationale a adopté à l\u2019una- ü juillet-août 2005 RELATIONS nimité la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, qui oblige le gouvernement à améliorer les conditions de vie des personnes en situation de pauvreté.Il y a encore beaucoup de chemin à faire et il faudra d\u2019abord faire comprendre au gouver- nement du Québec que l\u2019aide sociale est un droit depuis 1969, et que la lutte contre la pauvreté ne se fait pas à rabais.\u2022 Tensions chez les anglicans La reconnaissance de l\u2019homosexualité en Amérique du Nord ébranle la Communion anglicane.DAVID OLIVER Un diocèse anglican au Canada peut-il autoriser ses prêtres à bénir les unions de deux personnes de même sexe?L\u2019Église épiscopale des États-Unis peut-elle approuver l\u2019ordination d\u2019un évêque qui entretient une relation homosexuelle au vu et au su de tous?Telles sont les questions auxquelles des anglicans, ainsi que d\u2019autres chrétiens dans le monde, sont actuellement confrontés.En fait, elles mettent en cause l\u2019avenir de la Communion anglicane.On se souvient que l\u2019Église anglicane est issue de la tradition catholique mais qu\u2019elle s\u2019est séparée de l\u2019Église catholique romaine au moment de la Réforme, au XVIe siècle.Les Églises anglicane et épiscopale nationales des divers continents se sont donné une structure pour exprimer leur vision commune et leurs liens historiques : la Communion anglicane.Au sein de cette communion, aucune instance n\u2019a de pouvoir sur une Église nationale.L\u2019archevêque de Cantorbéry est le chef de l\u2019Église anglicane à travers le monde à titre de primus inter pares, c\u2019est-à-dire de premier parmi ses pairs.Il assure la présidence de la Conférence de Lambeth qui regroupe l\u2019ensemble des évêques du monde, au rythme d\u2019une rencontre tous les dix ans.Chaque Église nationale a fait la promesse d\u2019être fidèle à la foi transmise tout au long de l\u2019histoire.Elle a la charge de faire grandir et de développer cette foi à l\u2019intérieur de ses propres frontières.Que va-t-il donc arriver maintenant que certaines Églises affirment que l\u2019Église épiscopale des États-Unis et l\u2019Église anglicane du Canada se sont éloignées - par leurs récentes décisions - de la tradition de foi, au point que ces Églises nationales ne seraient plus en communion avec les autres?En octobre 2003, l\u2019archevêque de Cantorbéry, à la demande des autres archevêques (qu\u2019on appelle «primats »), a réuni un comité international sous la responsabilité de l\u2019archevêque Eames.Dans le Rapport Windsor, publié par ce comité, les primats de l\u2019Église anglicane demandent que les représentants américains et canadiens se retirent du Conseil consultatif anglican jusqu\u2019à la prochaine actuaLites e*;*1 rencontre internationale des évêques, à Lambeth, en 2008.Dans ce contexte, certains évêques plus conservateurs d\u2019Afrique et d\u2019Asie ont soutenu des paroisses aux États-Unis et au Canada qui refusaient de reconnaître la légitimité de leur évêque car, selon ces fidèles, ce dernier aurait tourné le dos à la foi reçue de la tradition.Cela n\u2019a pas contribué à améliorer une situation déjà très tendue.Le rapport Windsor a fait l\u2019inventaire de toutes les actions des évêques et des paroisses qui ont repoussé les limites de la communion au risque de la faire éclater.Il demande aux parties qui se sont éloignées de l\u2019enseignement traditionnel des Églises et qui n\u2019ont pas respecté les limites du pouvoir imparti à chaque diocèse de s\u2019excuser d\u2019avoir ainsi rompu les liens de l\u2019amitié et d\u2019avoir mis la Communion anglicane en danger.«À cause des sérieuses répercussions sur la Communion, nous demandons un moratoire de telles célébrations publiques et recommandons aux évêques qui ont autorisé de tels rites aux États-Unis et au Canada de faire amende honorable (section 144).» Par ailleurs, les évêques conservateurs qui tentaient d\u2019exercer, de manière indue, leur pouvoir épiscopal dans les diocèses des évêques libéraux, ont été aussi critiqués et invités à s\u2019amender.Où ces débats, ces discussions et le rapport qui s\u2019ensuivit vont-ils mener la Communion anglicane?Certains pen- sent que les divisions sont trop importantes pour que la Communion continue à exister telle qu\u2019elle.Un clivage s\u2019étant instauré depuis plusieurs années, un mouvement de séparation s\u2019est enclenché qui rend la communion intenable.D\u2019autres, dont je suis, PETER LEUPRECHT La situation du monde est caractérisée par un grand désordre.La communauté internationale se débat dans une crise profonde.Celle-ci a été révélée au grand jour à l\u2019occasion de la guerre illégale et illégitime menée par les États-Unis d\u2019Amérique en Irak.Le droit international a été foulé aux pieds; l\u2019ONU a été marginalisée et traitée comme quantité négligeable pensent que la diversité dans la Communion anglicane a toujours été très grande et que le défi est d\u2019apprendre à vivre avec cette diversité croissante, que le développement des médias ne fait que renforcer.En effet, aujourd\u2019hui, il est possible de connaître les décisions d\u2019un diocèse en très peu de temps et de réagir en aussi peu de temps, alors que jadis il fallait des mois.Le rapport Windsor propose d\u2019établir une convention anglicane.Peut-être que d\u2019ici les cinq prochaines années, l\u2019idée aura fait du chemin et débouchera sur une proposition qui permettra d\u2019établir un consensus.Il sera alors possible de renouer des liens d\u2019affection entre les divers membres et Églises de la Communion anglicane à travers le monde.C\u2019est mon espérance.\u2022 par la seule superpuissance restante.Les événements de ces dernières années ont cruellement mis à nu l\u2019inadaptation du système international dont l\u2019ONU est censée être le pilier central.Le but principal des Nations unies était de « maintenir la paix et la sécurité internationales » (article 1er de la Charte des Nations unies) afin de « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l\u2019espace La réforme de TO N U Des réformes cosmétiques ne permettront pas de guérir les maux profonds dont souffre la communauté internationale.Bruno Ricca, Reflet pyramidal, Paris, 2003 L\u2019auteur est directeur de l\u2019Institut d\u2019études internationales de Montréal et professeur de droit international au Département des sciences juridiques de l\u2019UQAM RELATIONS juillet-août 2005 actuaLites © d\u2019une vie humaine a infligé à l\u2019humanité d\u2019indicibles souffrances » (1er paragraphe du préambule de la Charte).Il paraît évident que Kofi Annan, qui arrive à la fin de son deuxième mandat, voudrait laisser une ONU moins affaiblie et plus pertinente qu\u2019elle ne l\u2019est actuellement.À sa demande, un groupe de haut niveau composé d\u2019éminentes personnalités a présenté, fin 2004, un document intéressant.Sur la base de ce dernier, le Secrétaire général vient de publier son rapport intitulé «Dans une liberté plus grande.Dé- & veloppement, sécurité et respect des droits de l\u2019homme pour tous», qui constituera le document de travail des chefs d\u2019État et de gouvernement qui doivent se réunir en septembre 2005.À juste titre, le rapport souligne le lien profond entre développement, sécurité et respect des droits de l\u2019homme.En raison des affligeants événements de ces dernières années, les propositions relatives à la sécurité étaient particulièrement attendues.Le Secrétaire général affirme - non sans insistance - que « c\u2019est cette année, ou jamais, que nous devons transformer l\u2019ONU en cet instrument de prévention de conflits qui a toujours été sa vocation » et qu\u2019« aucune tâche ne revêt autant d\u2019importance pour l\u2019ONU que la prévention et le règlement des conflits meurtriers ».Les propositions concrètes laissent cependant le lecteur sur sa faim.Le Secrétaire général propose la création d\u2019une commission intergouvemementale de consolidation de la paix destinée à aider les pays à réussir la transition de la guerre à la paix.La question qui, récemment, a le plus profondément divisé les États membres des Nations unies est celle de l\u2019emploi de la force.Celui-ci est interdit par la Charte, sauf dans deux cas clairement définis par celle-ci, à savoir la légitime défense ou l\u2019action collective menée par le Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII de la Charte.Le rapport du Secrétaire général propose que le Conseil adopte une résolution établissant les principes sur lesquels celui-ci devrait fonder les décisions concernant le recours à la force.On peut évidemment se demander si l\u2019existence d\u2019une telle résolution aurait changé quoi que ce soit à l\u2019attitude des États-Unis dans le cas de l\u2019Irak.Pour ce qui est du terrorisme, Kofi Annan souhaite que les États s\u2019entendent sur une convention globale relative à ce problème, fondée sur une définition du terrorisme claire et acceptée par tous.Parmi les réformes structurelles à adopter, celle du Conseil de sécurité a donné lieu à beaucoup de spéculations et de manœuvres diplomatiques bien avant la publication du rapport du Secrétaire général.Le groupe de haut niveau s\u2019était penché sur cet épineux problème.Il a envisagé deux formules possibles : l\u2019une prévoit six nouveaux sièges permanents sans droit de veto, l\u2019autre l\u2019introduction d\u2019une nouvelle catégorie de sièges à mandat renouvelable de quatre ans.Les deux visent à une meilleure représentation de l\u2019Afrique, de l\u2019Asie et des Amériques.Dans son rapport, le Secrétaire général affirme que le Conseil devrait être plus représentatif des réalités géopolitiques modernes, sans pour autant trancher entre les deux formules proposées.Il souhaite cependant que les États membres prennent une décision à ce sujet avant même le sommet de septembre.Quant à la Commission des droits de l\u2019Homme, le Secrétaire général constate à juste titre l\u2019effritement de sa crédibilité et propose sa transformation en Conseil des droits de l\u2019Homme restreint, siégeant en permanence.Le rapport du Secrétaire général suscite de nombreuses interrogations.Tout d\u2019abord, il y a lieu de se demander si le contexte actuel est favorable à un renforcement de l\u2019ONU, étant donné notamment l\u2019attitude des États-Unis qui continuent à se fier davantage à la force qu\u2019au droit et à l\u2019unilatéralisme plutôt qu\u2019au multilatéralisme.L\u2019intention du président Bush d\u2019envoyer John Bolton comme ambassadeur auprès des Nations unies est de mauvais augure.Quant au fond, il y a des raisons de craindre que la montagne accouche d\u2019une souris.Des réformes cosmétiques ne permettront pas de guérir les maux profonds dont souffre la communauté internationale.Pourtant, le monde a un besoin urgent d\u2019une ONU qui soit un instrument efficace au service de la paix.Pour qu\u2019elle le soit, tous - même les plus forts - devraient accepter de se soumettre aux règles du droit, condition indispensable de l\u2019en-diguement de la violence.Hélas, nous en sommes terriblement loin.\u2022 Ql juillet-août 2005 RELATIONS HORIZONS Un réseau jésuite international JEAN-MARC BIRON Depuis septembre dernier, la chronique Horizons a donné la parole à des Jésuites de différents continents.Qu\u2019ils vivent en Afrique, préoccupés par l\u2019environnement, les questions de paix et de démocratie; ou en Australie, travaillant avec des Aborigènes; ou encore au Brésil dans des organisations ayant pour objectif d\u2019annuler la dette des pays appauvris, ils sont tous engagés dans l\u2019action sociale.La plupart d\u2019entre eux sont membres de centres sociaux jésuites spécialisés dans la recherche, la formation ou l\u2019action directe.Ces instituts forment un riche réseau de plus de 320 centres ayant chacun ses caractéristiques propres, mais où l\u2019on peut reconnaître une même manière de se situer dans le monde.Les premiers instituts de réflexion et d\u2019action sociale jésuites sont apparus au début du XXe siècle.Institutions plutôt académiques, ils avaient alors pour but d\u2019enseigner et de transmettre la doctrine sociale catholique auprès des travailleurs et des patrons, et de constituer des organisations de travail et des syndicats.On visait ainsi à rapprocher le monde ouvrier de l\u2019Église et à affirmer l\u2019importance que les chrétiens s\u2019engagent dans les questions sociales.En effet, l\u2019industrialisation rapide du XIXe siècle et son influence sur la condition des travailleurs a suscité une prise de conscience nouvelle au cœur du catholicisme de l\u2019époque.Pour apporter un éclairage sur cette situation, Léon XIII promulguait, le 15 mai 1891, l\u2019encyclique Rerum Novarum où étaient dénoncés les abus du libé- ralisme, la concentration des richesses entre les mains de la bourgeoisie et l\u2019exploitation des ouvriers.Tout en reconnaissant le droit à la propriété privée et en rejetant le socialisme, Léon XIII préconisait la création d\u2019associations professionnelles regroupant des patrons et des employés, et reconnaissait même aux ouvriers le droit de se syndiquer.C\u2019est d\u2019abord en Europe, puis un peu partout dans le monde, qu\u2019ont pris forme les premiers instituts sociaux jésuites.À l\u2019intérieur du catholicisme social qui émergeait à cette époque, ces institutions se situaient surtout dans un courant conservateur, favorable à des réformes sociales, aux corporations et à l\u2019intervention de l\u2019État.C\u2019est ainsi que fut fondée à Montréal, en 1911, l\u2019École sociale populaire qui fut rapidement confiée aux jésuites.Mais ces centres de réflexion sociale étaient appelés à évoluer.L\u2019option prise par la Compagnie de Jésus de faire du combat pour la justice un élément essentiel du service de la foi fut certainement l\u2019occasion majeure qui permit aux centres sociaux de se transformer.De lieux de transmission et d\u2019enseignement de la pensée sociale catholique, ils devaient devenir des ferments de changement social et de promotion de la justice.Lors d\u2019une rencontre des responsables de centres sociaux latino-américains, en 1966, le père Arrupe, alors supérieur général de la Compagnie de Jésus, disait que le but premier de ces centres était de transformer les esprits et les structures vers une plus grande conscience de la justice sociale.Pour cela, ces centres devaient se faire plus proches des populations les plus pauvres, développer la recherche de justice à partir des situations d\u2019inégalité sociale, faire de la formation pratique auprès de multiplicateurs et promouvoir également une action directe pour contrer les causes et les structures d\u2019injustices.Lin changement important s\u2019opérait.Il ne s\u2019agissait plus de transmettre la pensée sociale dans une seule direction, mais de viser l\u2019interaction stimulante entre l\u2019enseignement et la pratique, avec la réalité vécue par les acteurs sociaux eux-mêmes, particulièrement les plus pauvres.Il devenait Lors d\u2019une rencontre des responsables de centres sociaux latino-américains, en 1966, le père Arrupe, alors supérieur général de la Compagnie de jésus, disait que le but premier de ces centres était de transformer les esprits et les structures vers une plus grande conscience de la justice sociale.également nécessaire d\u2019établir des liens plus étroits entre ces centres et d\u2019étendre la collaboration entre régions développées et régions moins développées.Petit à petit, les centres sociaux sont passés d\u2019un mode de réflexion académique et théorique au champ de l\u2019action sociale, en travaillant davantage au niveau des groupes de base et en participant aux divers mouvements sociaux.Du local à l\u2019international, c\u2019est par un travail en réseaux que passe la recherche de solutions de rechange.L\u2019analyse des causes et des structures d'injustices démontre en effet les liens étroits qui existent entre les enjeux touchant la justice, la paix et l\u2019environnement.C\u2019est aussi en participant aux grands mouvements altermondialistes que les centres d\u2019action sociale peuvent davantage jouer leur rôle, avec d\u2019autres partenaires, dans un engagement toujours plus grand pour la justice et la paix.\u2022 RELATIONS juillet-août 2005 dOSSieR K ô b AK POflTRA 40ÔUC wmmmmmmmx »- 5 ?6 Je me demande comment réagira mon auto si elle apprend mon intention de m\u2019en départir, si elle s\u2019avise que mon indifférence n\u2019est pas le fait d\u2019un caractère atavique qu\u2019elle supporte comme son destin, mais plutôt d\u2019un désir d\u2019émancipation?Il y a tant de dérapages et de pertes de contrôle inexpliqués sur les routes.Cette nuit, j\u2019ai fait un rêve.J\u2019entre dans l\u2019auto pieds nus.À peine démarrée, l\u2019auto se rue en avant, et bang dans l\u2019auto stationnée devant.En faisant aussitôt marche arrière, bang dans l\u2019auto derrière moi.Les voisins sortent, attirés par le bruit.Certains m\u2019ont vu.Et m\u2019accusent.«Mais il est fou, il a bu.» Je cherche réconfort dans le regard de ma femme sur le balcon, qui ne sait quoi penser.Je scrute, craintif, les dégâts.Rien.Une auto de police passait par là par hasard.Les policiers vérifient mon permis et constatent du coup qu\u2019une amende reçue lors d\u2019un procès pour action de désobéissance civile n\u2019a pas été acquittée.Je me retrouve ainsi hébété dans une cellule du poste de police du quartier, jusqu\u2019à ce que ma compagne m\u2019en sorte après avoir payé ma dette.Ce matin, en démarrant l\u2019auto le moteur faisait un ronron étrange.J\u2019ai prêté l\u2019oreille, c\u2019était comme un rire railleur à travers lequel je distinguais clairement: «Nous t\u2019avons à l\u2019œil, mon vieux! » « Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l\u2019haleine explosive [.], qui a l\u2019air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace.» Marinetti, Manifeste futuriste, 1909 Bruno Ricca, Bleu Waverly, Montréal, 2004 L\u2019empire de l\u2019automobile l\u2019industrie automobile - véhicules, pneus, carburant -s\u2019élève à 2670 milliards SUS, en 2002, soit un quinzième du produit mondial; au Canada, il s\u2019élevait à 230 milliards, soit un cinquième du PNB.Elles ont donc du poids.À voir l\u2019épaisseur des cahiers réservés à l\u2019auto dans les grands quotidiens, on ne se surprendra guère d\u2019apprendre que cette industrie accapare 20 % du marché de la pub.Plus ça va, plus la congestion routière empire, et ce, malgré les nouvelles autoroutes conçues pour y remédier.Au point qu\u2019aux États-Unis, par exemple, le retard annuel par voyageur aux heures de pointe est passé de 16 heures à 47 heures depuis 1982 (rapport du Texas Transportation Institute, 2005) et le carburant gaspillé a totalisé 8,7 milliards de litres, consommés par les moteurs en attente dans les bouchons.Près de Montréal, on s\u2019apprête à détruire ce qui reste de terres agricoles pour agrandir le réseau routier.Mais financer le transport en commun et des voies alternatives à l\u2019auto, peine perdue.Ce n\u2019est pas une priorité.Je vous le dis, l\u2019automobile est plus qu\u2019une automobile.Le mouvement fasciste du début du XXe siècle contemplait cette nouvelle invention comme le symbole de ia fusion grisante de l\u2019homme et de la machine dans un corps métallique.Petit véhicule de bien des fantasmes qu\u2019a su mettre à profit le capitalisme qui excelle dans l\u2019art de faire fantasmer les foules.Mais le réveil risque d\u2019être brutal si on n\u2019y met pas un frein.JEAN-CLAUDE RAVET LJ automobile est plus qu\u2019une automobile.Pour beaucoup, elle symbolise liberté, progrès, bien-être.Plus « encore, elle est objet d\u2019amour.La première voiture de mes souvenirs d\u2019enfance, une vieille Chevrolet des années 1950, nous l\u2019avions baptisée affectueusement Rosalie.Je devais avoir huit ans quand elle nous quitta, après la longue route des vacances en Virginie qui l\u2019avait épuisée.À la ferraille, nous lui avons laissé, comme dans un cercueil, un petit quelque chose qui nous unissait à elle en guise d\u2019adieu.C\u2019est la seule qui a bénéficié d\u2019un tel rapport intime.Je ne l\u2019ai pas avec la mienne.Je ne la soigne ni la cajole.Elle m\u2019en veut, je le sais.J\u2019ai parfois la nette impression que ses congénères, solidaires, me jettent des regards accusateurs que je balaie d\u2019un haussement d\u2019épaules.Je suis ingrat.Le hurlement d\u2019un homme quand j\u2019accote le pare-choc de mon auto contre le sien, comme s\u2019il avait reçu une gifle, me laisse de glace.Je dois confesser que j\u2019utilise même mon auto - je l\u2019instrumentalise, la manipule.Quand je n\u2019ai pas besoin d\u2019elle, comme pour conduire mes enfants à l\u2019école, je la délaisse sans aucun remords, lui préférant le vulgaire autobus ou métro, heureux de pouvoir lire un peu en chemin.Je crois bien que je la laisserais tomber si la Ville et le gouvernement du Québec prenaient des mesures pour rendre les transports en commun plus accessibles aux familles.Le Parti québécois, aux dernières élections, avait proposé une déduction fiscale.Pas bête.Dans certains pays, c\u2019est l\u2019employeur qui paie les frais de transport.Ce n\u2019est ni l\u2019imagination ni les mesures concrètes qui manquent à qui a la volonté de stopper l\u2019usage démesuré de l\u2019automobile.Ce qui était promesse de liberté est devenu servitude.Pour plusieurs raisons.L\u2019automobile est le pivot de la société de consommation, de Y American way of life.« Une économie de guerre en temps de paix », engouffrant énergie et matières premières, engendrant une production sans fin.La croissance du parc automobile est vertigineuse.Et inquiétante.Depuis longtemps elle est déjà source de pollution aux conséquences néfastes pour la santé et la planète.Les oligopoles de l\u2019industrie automobile dictent bien des comportements individuels et sociaux et font obstacle aux mesures écologiques.Rendement et profit obligent.Le chiffre d\u2019affaires des 50 plus importantes entreprises de EQ juillet-août 2005 RELATIONS RELATIONS juillet-août 2005 dOSSieR L\u2019auteur est chef du parti municipal Projet Montréal et auteur de Le livre noir de l'automobile, Montréal, éd.Hypothèse, 1999 sa juillet-août 2005 Une industrie vorace L\u2019automobile, au fondement de notre civilisation et de notre économie occidentales, est aussi le véhicule de l\u2019American way of life.Le Québec pourrait-il proposer une autre vision du rapport au monde et à l\u2019environnement?RICHARD BERGERON LJ objectif de Ford, au début du XXe siècle, était de motoriser les populations rurales d\u2019Amérique.Le 1 modèle T fut conçu à cette fin.Le problème, c\u2019est qu\u2019avec plus de sept millions de véhicules en circulation, en 1920, la forte majorité des ruraux d\u2019Amérique disposaient désormais d\u2019une automobile.Jusque-là, en ville, l\u2019auto n\u2019était qu\u2019un jouet de riches.La réalité urbaine - absence de stationnement, rues conçues pour un déplacement à 20 km/h, encombrées de chevaux et tramways - semblait s\u2019opposer à sa large diffusion.En outre, toutes les villes occidentales d\u2019importance étaient dotées d\u2019une technologie de transport urbain à la fois moderne et adaptée à la ville, le tramway en surface et, pour les très grandes villes, le métro souterrain.Devant cet avenir bouché de l\u2019automobile, Alfred P.Sloan, pdg de General Motors (GM) décréta alors son plan de match qui allait durer jusqu\u2019en 1960 : « Inventons la ville de l\u2019auto! » et « Faisons disparaître le tramway! » Pour changer la ville, GM dut passer par l\u2019autorité publique, qui développa la réglementation conséquente et vit à son application.Graduellement, on finit ainsi par inventer une ville faite par et pour l\u2019automobile.Pour se débarrasser du tramway, elle dut faire le travail elle-même.L\u2019ÉLIMINATION DU TRAMWAY Dès 1922, sa stratégie visa d\u2019abord à remplacer les tramways électriques par des autobus, puis, en discréditant le transport collectif, à alimenter l\u2019industrie automobile en nouveaux clients.On trouvait alors aux États-Unis 1200 sociétés de transport par tramway.Propriétaires de 44 000 kilomètres de voies, elles employaient 300 000 personnes et transportaient annuellement 14 milliards de passagers.L\u2019achat et le démantèlement des petites sociétés de tramway ne posa pas de problème pour GM.Il en était autrement des grands réseaux, tel celui de la New York RELATIONS Railway ou de la Los Angeles\u2019 Pacific Electric.Or, sans eux, sa stratégie était vouée à l\u2019échec.Les analystes à la solde de GM découvrirent que les propriétaires de ces réseaux, les sociétés productrices d\u2019énergie électrique, se servaient de leurs sociétés de tramway, peu rentables, pour compenser les profits générés par la vente d\u2019énergie et ainsi ne pas payer d\u2019impôt.Au début des années 1930, GM dénonça au Congrès cette pratique, dossiers à l\u2019appui, en chiffrant l\u2019étendue des pertes fiscales pour l\u2019État.Le Congrès réagit en adoptant une loi interdisant aux compagnies productrices d\u2019énergie d\u2019être propriétaires de sociétés de tramway.Du coup, celles-ci durent accepter les avances de GM.Il n\u2019a fallu que 18 mois pour que les 150 km de voies du tramway de Manhattan soient démantelées, détruisant le cœur du réseau new-yorkais.Pour ne plus poursuivre à visage découvert leur acquisition et le démantèlement des réseaux, GM fonda, en 1936, une société écran, la National City Lines (NCL).Pour brouiller encore le jeu, la NCL créa de nombreuses autres sociétés destinées à agir chacune sur une partie du territoire américain.La NCL et ses créations s\u2019associèrent à la société pétrolière Standard Oil et au fabricant de pneus Firestone Tire.De cette manière, GM fut impliquée dans le démantèlement de plus de 100 réseaux de tramway dans 45 villes, dont New York, Philadelphie, Saint-Louis et Los Angeles.En avril 1949, un jury fédéral la déclara coupable d\u2019avoir comploté avec Standard Oil et Firestone Tire, lui imposant une modeste amende de 5000$ US, et à son trésorier un dollar d\u2019amende.UNE ÉCONOMIE DE GUERRE EN TEMPS DE PAIX Entre temps s\u2019était produite la Grande Dépression, faisant passer le nombre de chômeurs de 1,5 million en 1929 à 14 millions en 1933.Il fallait d\u2019urgence trouver une solution de rechange au capitalisme débridé qui en était la cause.Ce sera la régulation de l\u2019économie par l\u2019État et la consommation de masse.Avec le New Deal, Franklin Delano Roosevelt appliqua les idées de l\u2019économiste anglais, John Maynard Keynes, qui recommandait la mise en place par le gouvernement de mesures de soutien au revenu des travailleurs, de façon à ce qu\u2019en cas de perte d\u2019emploi, ils ne réduisent pas leur consommation de façon radicale, évitant ainsi la chute de la croissance économique.Malgré ce New Deal, les États-Unis comptaient toujours huit millions de chômeurs en 1939.Ce n\u2019est qu\u2019en 1941, grâce à l\u2019effort de guerre, que L\u2019automobile constitue le principal « objet de consommation », absorbant le cinquième du revenu des ménages et permettant de détruire en continu 20% de la production mondiale d\u2019acier, une fraction significative de celle d\u2019autres métaux, en plus de millions de tonnes de verre, de plastique, et même de cuir. I CAN C&oJ.Pjçss U C H A )\\ '' {Ah At \\ ff-fr ^ 'Jinui \"\u2019>{/, I V [ [ e 4)?^ V/Ve M-C^5' le chômage a pu être totalement résorbé et le produit intérieur brut du pays dépasser son niveau de 1929.Mais qu\u2019arriverait-il quand la guerre prendrait fin?Roosevelt soumit le problème à un groupe d\u2019éminents universitaires, techniciens et économistes, le premier Brain Trust de l\u2019histoire, eux-mêmes conseillés par Alfred P.Sloan.Leur solution fut la consommation de masse.Son principe était simple : en contexte de guerre, les soldats détruisent en continu tout ce qui sort des usines; avec la consommation de masse, c\u2019est à la population du pays que cette tâche revient.L\u2019automobile devint la pierre angulaire sur laquelle fut érigée cette stratégie.L\u2019automobile constitue, en effet, le principal « objet de consommation», absorbant le cinquième du revenu des ménages et permettant de détruire en continu 20 % de la production mondiale d\u2019acier, une fraction significative de celle d\u2019autres métaux, en plus de millions de tonnes de verre, de plastique, et même de cuir.En prime, une auto brûle chaque année 2000 litres de carburant - les autos absorbent ainsi 50% de la production mondiale de pétrole.Qui plus est, ce carburant est consommé pratiquement en pure perte puisque l\u2019efficacité énergétique d\u2019un moteur à combustion interne n\u2019excède pas 15%.Chaque auto brûle donc, chaque année, 1700 litres de carburant pour rien.N\u2019est-ce pas génial! D\u2019autre part, l\u2019automobile est le moyen d\u2019accès obligé à toutes les autres formes que prend la consommation de masse, en particulier le modèle résidentiel de loin le plus friand de ressources: la maison unifamiliale de banlieue.La combinaison de la maison unifamiliale, de l\u2019automobile, de l\u2019autoroute et du pétrole à bon marché, sans oublier le centre commercial, a permis de créer le style de vie typique de la consommation de masse : Y American Way of Life.LE CHOC PÉTROLIER Au début des années 1970, le taux de motorisation des Américains franchissait la barre des 500 véhicules pour 1000 habitants.Et quels véhicules! C\u2019était la belle époque des muscle car, dotés de moteurs de 300 CV, capables d\u2019accélérations foudroyantes.C\u2019est alors que survint l\u2019embargo pétrolier de 1973, qui mit en cause la sécurité énergétique du plus puissant pays du monde.Le mal aimé président Richard Nixon saisit immédiatement la nature de l\u2019événement auquel était confronté le pays.Le 2 janvier 1974, afin de réduire la consommation d\u2019essence, il signait une loi limitant la vitesse des automobiles à 55 miles à l\u2019heure.Ralentir à 55 miles, c\u2019est bien, mais cela demeure d\u2019une efficacité limitée lorsque la consommation en carburant est de 17,4 litres/100 km, correspondant à la moyenne des véhicules personnels circulant alors sur les routes américaines.Cohérent, Nixon décida de forcer l\u2019industrie à produire des véhicules moins énergivores.Il fit adopter par le congrès américain la norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy), obligeant les fabricants à mettre en marché des véhicules dont la consommation en carburant serait graduellement réduite, jusqu\u2019à atteindre 8,6 litres/100 km en 1985.Au tournant des années 1980, le parc automobile américain passait le cap des 160 millions de véhicules, 50 millions de plus qu\u2019en 1973, mais la consommation pétrolière du pays avait, elle, été réduite de 2 millions de barils par jour.Lino, Cod bless le char, 2004 RELATIONS juillet-août 2005 dossieR Bruno Ricca, Patate frite gaspésierwe, 2004 L\u2019auteure est sociologue Sans renoncer à la motorisation de masse, les Américains étaient devenus beaucoup plus raisonnables quant aux types de véhicules qu\u2019ils achetaient.Le hic, c\u2019est qu\u2019à cette époque, l\u2019industrie automobile américaine était à toute fin pratique en faillite.On l\u2019avait forcée à construire des véhicules de plus petit gabarit, ce qu\u2019elle ne savait pas faire.Les fabricants japonais s\u2019étaient engouffrés dans la brèche, jusqu\u2019à ravir plus de 20% du marché.L\u2019ÈRE DE TOUS LES EXCÈS Ronald Reagan, entré en fonction en janvier 1981, estima trop élevé le prix à payer pour la vertu en matière automobile.Il vint donc au secours de l\u2019industrie en lui permettant, selon ses propres mots, « de retrouver sa liberté, de ne plus avoir à souffrir les irritants bureaucratiques que sont les réglementations relatives aux économies d\u2019énergie, à l\u2019environnement et à la sécurité ».CAFE fut suspendu.Le tout premier véhicule utilitaire-sport (VUS), le Bronco II, reçut l\u2019autorisation de circuler, même si des tests avaient prouvé que sa propension à capoter coûterait la vie à des milliers d\u2019Américains - défense des intérêts supérieurs de la nation oblige! Nous vivons toujours dans cette ère de tous les excès inaugurée par Ronald Reagan.Plus que jamais, il est demandé aux citoyens d\u2019accroître sans fin leur consommation et de contribuer à la destruction en continu de tout ce qui sort des usines du monde.Le taux de motorisation américain atteint aujourd\u2019hui le niveau ahurissant de 800 4 ¦'t véhicules pour 1000 habitants.Et 40% du parc automobile américain est constitué de camions légers - 4,5 millions de VUS ont été vendus seulement l\u2019an dernier, plus d\u2019un véhicule sur quatre.Où cela s\u2019arrêtera-t-il?Justement, il n\u2019est pas prévu que cela s\u2019arrête.MOTORISER LA PLANÈTE Pour les neuf grandes sociétés constituant l\u2019essentiel de l\u2019industrie automobile mondiale, l\u2019Amérique du Nord et l\u2019Europe de l\u2019Ouest ne procurent plus une croissance suffisante des ventes.Ces dix dernières années, elles ont motorisé l\u2019Europe de l\u2019Est.La priorité pour les 20 prochaines Comment l\u2019automobile vint au monde ROLANDE PINARD Jusqu\u2019au milieu des années 1970, les voitures nord-américaines étaient grandes comme des bateaux et devenaient démodées dès le lendemain de leur premier anniversaire.Quelques originaux conduisaient une coccinelle, petite voiture au modèle constant d\u2019une année à l\u2019autre, depuis sa conception sous le troisième Reich.Cette idée d\u2019une voiture pour le peuple avait déjà été exploitée aux États-Unis par Henry Ford, celui qui a créé le marché des voitures automobiles avec son modèle T: «voiture pour la multitude», de conception simple, aux pièces interchangeables, fabriqué en masse et bon marché.À cette époque, le seul avantage de Ford, écrira-t-il, était le manque de précédent, c\u2019est-à-dire un marché à créer de toutes pièces.La production du modèle T a commencé en 1908 et, en 1921, Ford détenait 60 % du marché des voitures, aux États-Unis (12% pour GM).Ford se targuait d\u2019avoir créé ce marché en offrant un «service» à un prix décroissant, tout en payant des salaires croissants.On dit souvent que les salaires relativement élevés de Ford ont provoqué l'explosion de la demande de voitures.Or il était l\u2019un des seuls, sinon le seul, à avoir cette pratique (dans les années 1920, 60% de la population américaine vivait dans la pauvreté).Ford comptait 14 000 salariés en 1914 lorsqu\u2019il a lancé sa politique des 5$ pour une journée de huit heures, alors que des millions de voitures étaient produites annuellement.La vente à tempérament, qui a commencé à se répandre avant la guerre 1914-18, est un facteur explicatif de l\u2019augmentation de la demande plus vraisemblable que cette politique très circonscrite de salaires élevés.La publicité, apparue en même temps que ce type de nouveaux produits, inconnus du public, jouera aussi un rôle décisif.Dans ses publicités, Ford vantait la souplesse de ce moyen de transport individuel et familial : finis l\u2019inconfort, l\u2019irrégularité et la dépendance des services de tramways et de trains.Pour une modique somme, la ponctualité, l\u2019indépendance et la liberté s\u2019offraient au propriétaire d\u2019une voiture automobile, moyen de transport toujours à portée de la main.ES juillet-août 2005 RELATIONS années, c\u2019est la Chine et l\u2019Inde.Il est ainsi prévu que, de 750 millions de véhicules aujourd\u2019hui, le parc automobile mondial passe la barre des 2 milliards d\u2019ici 2030.Autant de véhicules, et de surcroît plus énergivores que ceux d\u2019il y a 20 ans, ont forcément un impact sur la demande de pétrole.De fait, celle-ci s\u2019élève à 84 millions de barils par jour, dont 21 pour le seul marché américain.D\u2019ici 2030, elle passera à 130 millions, selon l\u2019OCDE.Cela explique pourquoi les États-Unis se sont installés à demeure au Proche-Orient : qui a la main haute sur 75 % des ressources pétrolières du monde contrôle l\u2019avenir du monde.L\u2019industrie pétrolière mondiale en profite pour déployer ce qui constitue déjà la plus vaste entreprise d\u2019extorsion financière de l\u2019histoire.Le baril de pétrole se transigeait à moins de 30 $, il y a deux ans.Maintenant, il est à plus de 50 $ - les 100 $ viendront plus vite qu\u2019on pense.L\u2019an dernier, les dix plus importantes sociétés pétrolières ont dégagé 110 milliards de dollars US de profits, alors qu\u2019elles se satisfaisaient encore de 43 milliards deux ans plus tôt.L\u2019ENJEU POUR LE QUÉBEC Au sortir de la Grande Noirceur, le Québec avait moins d\u2019un million de véhicules en circulation.Il nous fallait rattraper ce retard honteux! Dans les années 1960, plus de 10% des ressources de l\u2019État québécois furent consacrées à construire des autoroutes à qui mieux mieux.Dans la terminologie de l\u2019époque, il s\u2019agissait d\u2019ouvrir le territoire au développement, en incitant la population à se motoriser et en facilitant le développement de banlieues résidentielles.Bref, nous avons fait tous les efforts pour, nous aussi, participer pleinement à Y American Way of Life.Malheureusement, c\u2019est encore là notre principale aspiration! Entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2004, le parc automobile du Québec a connu une croissance de presque 600 000 véhicules, la moitié à Montréal, faisant passer notre taux de motorisation de 499 à 560 véhicules pour 1000 habitants.Exception québécoise : un véhicule neuf sur trois vendus au Québec est un camion léger (VUS, fourgonnettes, camionnettes), contre un sur deux en Ontario et deux sur trois en Alberta.Les mauvaises langues répliquent que cela tient uniquement à nos faibles revenus.Tant d\u2019autos coûtent cher.Durant cette même période, ce sont 33 milliards de dollars supplémentaires, rien qu\u2019au chapitre des achats au détail -automobiles, pièces, service, carburant -, que nous avons investis dans l\u2019automobile au Québec (Statistique Canada).C\u2019est nettement plus qu\u2019en Santé.Qu\u2019on se le dise : la principale priorité sociétale au Québec, ce n\u2019est pas la santé, ni encore moins l\u2019éducation, mais bel et bien l\u2019automobile.Comme les Américains, nous développons massivement nos banlieues, centrées sur l\u2019auto.Elles raflent la part du lion en construction d\u2019habitations (66 %) et en création L\u2019industrie pétrolière mondiale en profite pour déployer ce qui constitue déjà la plus vaste entreprise d\u2019extorsion financière de l\u2019histoire.L\u2019année où Ford se congratulait dans son livre (1923), son entreprise était sur le point d\u2019être déboulonnée de son socle par GM.Alfred E Sloan, pdg de GM, raconte comment cette entreprise s\u2019y est prise pour supplanter Ford sur le marché de la voiture bon marché.Il n\u2019était pas question de tenter de battre ce dernier sur son propre terrain : la stratégie de GM sera de remplacer le terne modèle T de Ford, moyen de transport utilitaire, d\u2019une seule couleur (noire) et inchangé depuis 15 ans, par la Chevrolet, un peu plus chère, mais offrant confort, style, prestance et puissance à son propriétaire.La voiture utilitaire, on la trouvera désormais sur le marché des voitures usagées.Colorée, avec ses chromes rutilants, aux courbes soigneusement dessinées par les spécialistes du beauty parlor (c\u2019est ainsi qu\u2019était surnommé le service chargé de concevoir les nouveaux modèles de voitures), la Chevrolet connaîtra par la suite un face lift annuel (autre expression utilisée par Sloan), de façon à créer et entretenir une insatisfaction permanente chez le consommateur.Sloan appliquait aux voitures, écrivait-il, les lois des couturiers de Paris.Les banques étant réticentes à financer ce type de bien, GM s\u2019était lancée dans le crédit à la consommation en créant, dès 1919, la General Motors Acceptance Corp (GMAC).Cette dernière devint rapidement l\u2019une des plus importantes institutions financières des États-Unis, au service des concessionnaires d\u2019automobiles, qui pouvaient ainsi offrir à leurs clients de financer l\u2019achat de leur voiture.Le crédit à la consommation, la « production de masse flexible » avec le modèle annuel et la publicité ont contribué à hisser GM au premier rang mondial des ventes.La politique de salaires relativement élevés qui allait favoriser la consommation de masse sera véritablement lancée par GM, avec la convention collective de 1948 et ses clauses sur l\u2019indexation des salaires au coût de la vie et leur hausse suivant celle de la productivité.L\u2019automobile est venue au monde par le marché, créé par H.Ford.Puis, GM l\u2019a inondé de produits pour créer le consommateur insatiable associé au «rêve américain», un rêve qui se mondialise et dont le réveil risque d\u2019être funeste.Cette petite histoire est principalement inspirée des ouvrages des deux pionniers qui nous ont imposé l\u2019automobile: Henry Ford et Samuel Crowther, My Life and Work, London, William Heinemann Ltd., 1923 et Alfred P.Sloan, My Years with General Motors, London, Sidgwick & Jackson, 1986 (1963).RELATIONS juillet-août 2005 ES dOSSieR i la pollution de l\u2019air.Le 1er janvier 2003, en vertu d\u2019une loi adoptée plusieurs années plus tôt pour laisser à l\u2019industrie le temps de s\u2019ajuster, elle obligeait les fabricants à ce que 2 % des véhicules vendus sur son territoire soient à émanation zéro.Pour se plier à cette obligation, GM avait développé un véhicule électrique, le EV-1, et Ford aussi, la Think.Toutefois, l\u2019arrivée au pouvoir de George W.Bush a poussé GM et Ford, associés aux grands du pétrole, à contester le droit pour un simple État d\u2019édicter une telle obligation.Une cour fédérale a effectivement invalidé cette partie de la réglementation californienne.Le jour même, GM annonçait le rappel des quelque 1000 EV-1 qu\u2019elle offrait en location, dans le but de les détruire.Quelques mois plus tard, Ford faisait de même.La Californie a répliqué en édictant une nouvelle réglementation comportant la possibilité d\u2019imposer une surtaxe à l\u2019achat des véhicules énergivores, qui servirait à subventionner l\u2019achat de véhicules économes en carburant.Selon un sondage, réalisé à l\u2019été 2004, 82 % des Californiens appuieraient une telle mesure.La ville de Portland, en Oregon, est réputée mondialement pour ses efforts visant à réduire la dépendance à l\u2019automobile de sa population.Arlington, en banlieue de Washington, l\u2019est tout autant.Même des villes aussi inattendues que Houston et Dallas peuvent réserver des surprises, elles qui ont fait de leur principale rue commerciale, au centre-ville, une voie piétonnière, et qui y ont implanté un tramway de nouvelle génération.À Las Vegas, le chic du chic n\u2019est-il pas d\u2019emprunter le tout nouveau monorail automatique de Bombardier?N\u2019en doutons pas, une autre voie existe bel et bien : véhicule moins polluant, transport en commun, nouvelle manière d\u2019envisager la réalité urbaine.Prenons-la.Offrons au monde notre version toute personnelle.Il en a bien besoin, ce pauvre monde, qui court avec entrain à sa perte.\u2022 juillet-août 2005 RELATIONS d\u2019emplois (70%).Cinq mégacentres commerciaux sont en construction autour de Montréal, chacun au carrefour de deux autoroutes: à Boucherville, Belœil, Brassard, Blainville et Mirabel.L\u2019État québécois apporte sa collaboration empressée en construisant, sans discuter, les écoles, les établissements de santé et autres équipements collectifs requis par l\u2019important boom démographique que continuent de connaître les banlieues.Au total, rien que depuis le début de l\u2019ère Kyoto, en tout juste sept années donc, ce ne sont pas moins de 20 milliards de dollars qui furent investis dans le développement des banlieues de Montréal.Et cela continue au même rythme.Matthieu ciguère,\tL'expansion du réseau routier et L'auto-poilueur,\tautoroutier va forcément de pair.De gouache sur carton, fait, on ne parle que de cela à Montréal : janvier 2005\tautoroute 30, autoroute 25, autoroute Ville-Marie Est, nouvel échangeur Dorval, et j\u2019en passe.Il y en a pour plusieurs milliards de dollars.Ceci sans compter les 10 ou 15 milliards supplémentaires qu\u2019il faudrait d\u2019urgence investir pour rénover le réseau autoroutier en très mauvais état, tels l\u2019échangeur Turcot, l\u2019échangeur Anjou, l\u2019autoroute Bonaventure ou le Métropolitain.Et que dire des rues de Montréal, métropole des nids-de-poule et des chaussées défoncées?Cessons d\u2019associer l\u2019auto à la liberté et au progrès.Ne visons pas 600 autos pour 1000 habitants en 2010, puis 650 en 2015, dans le vain espoir de finir par rattraper les Américains.Ne couvrons pas ce qui nous reste de plaine agricole de bungalows, de Wal-Mart et d\u2019océans de stationnements et d\u2019autoroutes.Refusons de payer le prix exorbitant de Y American way of life.Ne demandons plus à George W.Bush de faire la guerre en notre nom, pour défendre cette conception du monde.Ne poussons pas la bêtise jusqu\u2019à adhérer à cette vision de l\u2019Amérique.L\u2019objectif n\u2019est pas de renoncer à l\u2019automobile.À l\u2019intérieur de certaines limites, elle est un acquis civilisationnel irréfutable.La question est simplement : avons-nous réellement besoin de VUS de trois tonnes consommant 25 litres/100 km, ou encore d\u2019automobiles dotées de moteurs de 450 CV capables de filer à 300 km/h?Si l\u2019Europe vise et compte atteindre une consommation moyenne de 4 litres/ 100 km d\u2019ici 2012, pourquoi nous entêterions-nous à demeurer à 11 litres/100 km?Des voies alternatives s\u2019offrent à nous.Celles qu\u2019une autre Amérique explore avec intelligence.La Californie a été, de longue date, exemplaire dans son effort pour réduire Qu\u2019on se le dise : la principale priorité sociétale au Québec, ce n\u2019est pas la santé, ni encore moins l\u2019éducation, mais bel et bien l\u2019automobile. À la défense du transport en commun L\u2019investissement public dans le transport en commun produit des effets bénéfiques sur l\u2019économie, l\u2019environnement et la qualité de notre vie en société.Or, le sous-financement chronique dont souffre présentement ce secteur met en péril son développement et alourdit la contribution des usagers qui ont déjà fait plus que leur part.ANDRÉ PORLIER conséquent, le transport public permet aux ménages de consacrer une plus faible part de leur budget à leurs déplacements.Pour la seule année 2003, le transport en commun a ainsi permis aux ménages montréalais d\u2019économiser 570 millions de dollars; autant d\u2019argent libéré pour le logement, la nourriture, les études, etc.De plus, les déplacements en transport en commun sont quatre fois moins polluants que les déplacements en automobile, ils consomment cinq fois moins d\u2019énergie et utilisent 20 fois moins d\u2019espace sur le réseau routier.Cela permet de réduire plusieurs effets néfastes associés aux déplacements en automobile et, ainsi, d\u2019améliorer notre qualité de vie.x A Montréal, les usagers du transport en commun ont subi, en janvier 2005, une quatrième hausse de tarifs en deux ans.Des hausses représentant une augmentation cumulative de 17%, bien au-delà de l\u2019augmentation du coût de la vie, alors que tous les paliers de gouvernement ne prêchent que pour une plus grande utilisation du transport en commun.Ces augmentations sont d\u2019autant plus difficiles à accepter que la majorité des élus, des entreprises et des spécialistes reconnaissent les avantages de ce type de transport pour réduire la congestion routière, freiner la détérioration de notre environnement, faciliter la mobilité des ménages et favoriser le développement économique des centres urbains.ÉCONOMIES ET QUALITÉ DE VIE Rappelons que dans la grande région de Montréal, plus de trois-quarts de million de déplacements sont effectués en transport public chaque jour, soit plus de 20% de tous les déplacements.Sur l\u2019île de Montréal, cette proportion s\u2019élève à plus de 33 %.De plus, le transport en commun est un service essentiel pour plus du tiers des ménages montréalais qui ne possèdent pas de voiture et qui utilisent ce type de transport pour se rendre à leur travail ou à leurs activités.Dans une étude récente intitulée Transporter! commun, un puissant moteur du développement économique de la région métropolitaine de Montréal, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain démontre que les dépenses des organismes de transport en commun stimulent deux fois plus l\u2019économie qu\u2019une dépense équivalente dans l\u2019automobile.En effet, plus de 50% des dépenses générées par l\u2019automobile sont constituées de produits importés de l\u2019extérieur du Québec, contre 10% dans le cas du transport en commun.Toujours selon cette même étude, le coût unitaire d\u2019un déplacement en transport en commun est de deux à trois fois inférieur à celui effectué en voiture.Par SOUS-FINANCEMENT CHRONIQUE Malgré l\u2019importance des retombées bénéfiques du transport en commun, celui-ci vit des moments difficiles au Québec.Plusieurs sociétés de transport n\u2019ont plus les moyens d\u2019améliorer leurs services ou même de les maintenir.Les sociétés de transport souffrent, depuis le retrait en 1992 de 170 millions de dollars du gouvernement du L\u2019auteur est responsable du dossier aménagement du territoire et transport au Conseil régional de l'environnement de Montréal L\u2019automobile tue Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), les accidents de la route tuent annuellement 1,2 million de personnes, en plus d\u2019en blesser 50 millions.Depuis un siècle que nous la connaissons, l\u2019automobile a tué de façon immédiate et violente 30 millions d\u2019êtres humains et en a blessé 1 milliard.L\u2019automobile tue aussi en douce, par le biais de la pollution atmosphérique qu\u2019elle provoque.En région métropolitaine de Montréal, automobiles et camions sont responsables de 85% des émissions de monoxyde d\u2019azote, de 78 % de celles de dioxyde de carbone et de 43 % de celles de composés organiques volatiles.Le smog urbain leur est, à toute fin pratique, entièrement imputable.À l\u2019échelle canadienne, la mortalité précoce qui en résulte pourrait s\u2019élever à 10 000 personnes par an, trois fois plus que les accidents de la route.Chacun sait la forte progression qu\u2019a connu l\u2019asthme au cours des 20 dernières années, une maladie respiratoire qui touche surtout les enfants et les personnes âgées.Des études réalisées partout dans le monde ont montré que le fait de vivre le long d\u2019un axe de circulation important augmentait significativement les problèmes respiratoires, cardiaques, nerveux et autres, allant jusqu\u2019à provoquer des déficits permanents de développement chez les enfants.En outre, les personnes assises dans une automobile engluée dans la circulation sont exposées à une pollution dix fois plus forte que les piétons sur le trottoir, à cause des tuyaux d\u2019échappement.Richard Bergeron RELATIONS juillet-août 2005 |Q dOSSieR Changement climatique Depuis une dizaine d\u2019années, la problématique environnementale est dominée par la question des gaz à effet de serre et des changements climatiques.La température moyenne de la Terre au début du XXe siècle était de 15 °C.Aujourd\u2019hui, elle approche les 16 °C.Nul n\u2019est besoin d\u2019une forte variation de température pour déclencher des effets gigantesques.Au temps des dinosaures, il y a 400 millions d\u2019années, la température moyenne du globe s\u2019élevait à 23 °C.Au plus fort des grandes glaciations, il y a 140 000 ans pour la dernière, elle était de 11 °C.La température moyenne du globe est intimement liée à la concentration de dioxyde de carbone (C02) dans l\u2019atmosphère.Ce gaz est un produit de la combustion des carburants fossiles, principalement le charbon et le pétrole.En 1955, nous, les humains, en émettions deux milliards de tonnes.Aujourd\u2019hui, c\u2019est sept milliards.Si, d\u2019ici 2030, nous devions augmenter de 60 % notre consommation de pétrole et de 50 % celle de charbon, comme le prévoit l\u2019OCDE, ce sera 11 milliards de tonnes.Or, même en réduisant tout de suite de 80 % notre consommation de pétrole et de charbon, la température moyenne du globe s\u2019élèvera encore de un degré d\u2019ici la fin de ce siècle.Si nous persistons dans la voie annoncée par l\u2019OCDE, ce sera cinq à huit.Ce qui ramènera assez rapidement la Terre à l\u2019ère des dinosaures.Voilà ce vers quoi nous précipite notre amour inconsidéré de l\u2019automobile.R.B.Québec dans le financement de l\u2019exploitation du transport en commun, d\u2019un problème de sous-financement chronique qui a entraîné une importante baisse du niveau des services et, surtout, d\u2019importantes augmentations de tarifs.En 2002, les transporteurs publics de la région métropolitaine de Montréal ont disposé de budgets inférieurs de 43 millions de dollars à ce qu\u2019ils étaient en 1996.Jusqu\u2019à maintenant, ce sont les usagers du transport en commun qui en ont fait les frais: diminution des heures de service, augmentation des tarifs, détérioration des équipements.Si rien n\u2019est fait pour modifier cette situation, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui délaisseront le transport collectif pour engorger davantage le réseau routier et ainsi priver les sociétés de transport d\u2019une partie de leurs revenus.Déjà, les augmentations de tarifs de 2003 ont entraîné, à Montréal, la perte de 4000 usagers.Dans ce contexte, il n\u2019est pas surprenant d\u2019entendre les chambres de commerce, les associations d\u2019usagers, les groupes environnementaux et les responsables de la santé publique réclamer un réinvestissement dans les transports publics.C\u2019est pourquoi le gouvernement du Québec avait pris l\u2019engagement, en 2002, d\u2019adopter un nouveau cadre EH juillet-août 2005 RELATIONS VNr til 11 ¦m i 1 ' financier du transport en commun au Québec.Ce nouveau cadre devait à la fois résoudre les déficits d\u2019exploitation des sociétés de transport mais également leur donner les moyens de développer de nouveaux services et de nouvelles infrastructures.Or, au-delà du discours en faveur du transport en commun, le gouvernement du Québec n\u2019a toujours pas donné aux sociétés de transport les moyens de développer leurs services.Bien au contraire, ce gouvernement ne cesse d\u2019envoyer des signaux contradictoires en annonçant des investissements record de 3,9 milliards essentiellement pour le réseau routier du Québec, tout en tergiversant toujours sur le montant du transfert de la taxe fédérale sur l\u2019essence en faveur du transport en commun.UN CHOIX DE SOCIÉTÉ Pourtant, une économie des transports axée trop exclusivement sur l\u2019automobile n\u2019est pas sans créer de graves déséquilibres à la balance des paiements du Québec.En effet, selon l\u2019Agence métropolitaine de transport de Montréal (AMT), en achetant des voitures et du carburant à d\u2019autres pays, les Québécois font collectivement «sortir» du Québec plus de 15 milliards de dollars par année.Nous sommes probablement l\u2019une des rares nations industrielles avancées qui dépense autant par habitant dans l\u2019achat de véhicules et de pétrole sans en produire.L\u2019économie du Québec peut-elle se permettre une telle saignée de ses Tous les documents publics produits depuis l\u2019adoption du Protocole de Kyoto, en décembre 1997, affichent une volonté sans faille de mettre en œuvre les principes du développement durable.En même temps, 600 000 automobiles et camions légers se sont ajoutés sur les routes du Québec depuis cette date.Par ailleurs, le nombre de déplacements en transport en commun a chuté : il était de 442 millions en 2003 et a chuté à 438 millions en 2004, par manque de financement et de volonté politique.R.B.ressources vers le seul secteur de l\u2019automobile?Paradoxalement, le Québec possède une importante industrie de construction de matériels de transport en commun qui pourrait grandement contribuer à résoudre les problèmes de transport tout en stimulant l\u2019économie québécoise.Malheureusement, l\u2019argent public drainé par les infrastructures routières, les coûts sociaux et environnementaux de la congestion et les pertes économiques engendrées par le temps perdu par des centaines de milliers d\u2019automobilistes prisonniers des embouteillages sont des réalités rarement prises en compte lorsque vient le temps pour les gouvernements d\u2019orienter, par leurs décisions d\u2019investissement en transport, les choix individuels des citoyens.Pourtant, un sondage réalisé en février 2005 par la firme Léger Marketing a démontré que deux Montréalais sur trois préfèrent la mise en place de nouveaux systèmes de transport en commun efficaces à la construction de nouvelles infrastructures routières pour faciliter leurs déplacements.Le gouvernement québécois doit donc prendre ses responsabilités et appuyer le développement des services et des infrastructures de transport public.Il doit aussi être cohérent avec ses engagements en faveur de l\u2019atteinte des objectifs du protocole de Kyoto en augmentant sa contribution financière à ce secteur.Force est de constater que la survie du transport en commun ne doit pas reposer sur les usagers.Ceux-ci ont suffisamment fait leur part au cours des dernières années.Il est urgent pour notre société d\u2019amorcer un virage significatif en vue d\u2019accroître et de solidifier l\u2019offre de transport en commun.\u2022 En achetant des voitures et du carburant à d\u2019autres pays, les Québécois font collectivement « sortir» du Québec plus de 15 milliards de dollars par année.Bruno Ricca, Le royaume de la faïence, Paris, 2003 Le spectre chinois La Chine, à la faveur d\u2019un développement économique fulgurant, a fermement engagé sa motorisation.C\u2019est de là que vient le plus grand risque pour l\u2019avenir du monde, clament en chœur les médias.Regardons-y de plus près.Entre 1997 et 2008, il est prévu que la consommation journalière de pétrole des États-Unis passera de 19 à 23 millions de barils (celle de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, plus populeuse, est pour sa part assez stable avec 14 millions de barils), alors que celle de la Chine progressera de quatre à neuf millions de barils.En terme de croissance globale, les deux sont pratiquement à égalité, avec quatre millions de barils en plus d\u2019un côté, contre cinq de l\u2019autre.Quant à l\u2019Inde, l\u2019autre géant, sa consommation passera de deux millions de barils par jour en 1997 à trois millions en 2008.Si l\u2019on considère l\u2019indicateur de la consommation journalière de pétrole rapportée au nombre d\u2019habitants, on prévoit qu\u2019elle passera de 11 à 12 litres aux États-Unis, contre 0,5 à 1,1 litre en Chine, si bien qu\u2019entre 1997 et 2008, l\u2019Américain moyen aura accru sa consommation de pétrole de près du double du Chinois moyen.Mais, qu\u2019en sera-t-il en 2025 ou 2030 alors que la Chine possédera un parc automobile de plusieurs centaines de millions de véhicules?Les deux premiers fabricants à avoir introduit les motorisations hybrides, Honda et Toyota, ont en commun de provenir d\u2019Asie où les ressources pétrolières sont rares.Ils sont aussi les seuls à ne pas être intégrés à des conglomérats mondiaux.La Chine ne sera-t-elle pas tentée, elle aussi, de se mettre le plus possible à l\u2019abri d\u2019un marché mondial du pétrole dominé par les Américains?Les dirigeants chinois sont-ils les seuls à ne pas avoir entendu dire que c\u2019est pour couper l\u2019herbe sous le pied à la Chine que les Américains se sont emparés militairement des ressources pétrolières du Golfe persique?À mon avis, la Chine ne se précipitera pas dans la gueule du loup.Plutôt que de tendre vers une consommation moyenne de 12 litres aux 100 km pour l\u2019année 2012, à l\u2019image des États-Unis, ils viseront plutôt quatre litres aux 100 km, comme le fait l\u2019Europe.La menace chinoise est plutôt un leurre qui détourne l\u2019attention des 21 millions de barils de pétrole consommés chaque jour par les États-Unis, des 23 millions annoncés pour 2008, comme des 30 millions et plus prévisibles d\u2019ici 20 ou 25 ans.Le cœur du problème environnemental mondial, c\u2019est aux États-Unis qu\u2019il se situe.R.B.RELATIONS juillet-août 2005 m dOSSieR Un frein à la vitesse L\u2019auteur est professeur de sciences politiques et porte-parole du Mouvement pour la décroissance équitable Dans la foulée du Slow Food, en réaction contre Ie fast food, est né, en Italie, le réseau des Slow Cities qui propose une autre conception de la ville et du vivre-ensemble.L\u2019automobile, symbole de vitesse et de consommation énergétique sans limite, n\u2019y a pas droit de cité.PAUL ARIÈS Faut-il rendre les rues piétonnes et ne concéder que quelques pistes aux derniers automobilistes?Faut-il limiter l\u2019éclairage public pour faire respecter le droit à l\u2019obscurité?Ces questions très sérieuses sont posées par le réseau des Slow Cities (villes lentes), né en 1999, en Italie, dans la mouvance de l\u2019organisation Slow Food, fondée en 1986 par Carlo Pedrini pour dénoncer la construction d\u2019un McDo sur une place historique de Rome.Le questionnement sur les conditions d\u2019une table qui humanise l\u2019être humain ne pouvait que déboucher sur une réflexion à l\u2019égard de la façon dont notre société moderne perçoit son rapport au temps et à l\u2019espace.Cet éloge de la lenteur ne pouvait que déborder sur le domaine gastronomique pour toucher l\u2019ensemble de nos lieux de vie.La charte du mouvement Slow Cities dénonce l\u2019homogénéisation des modes de vie et rend le culte moderne de la vitesse responsable de notre assujettissement physique et moral.Le but des quatre premières villes italiennes (Onvieto, Braga, Grève in Chianti, Positano) engagées dans ce mouvement de résistance à la globalisation est de maintenir leur identité pour inventer un autre futur.Le mouvement s\u2019est ensuite étoffé et internationalisé jusqu\u2019à devenir ce réseau international de Slow Cities coordonné, depuis 1999, par Paolo Saturnini, le maire de Grève.Il compte aujourd\u2019hui une centaine de villes dans le monde dont une quarantaine en Italie.POURQUOI CE COMBAT?La tentation était grande, dès lors que le mouvement Slow Food était né en réaction au développement des fast food, de faire de la lenteur le fondement du combat.Était-il pour autant légitime de faire du rapport au temps l\u2019origine principale des crises de notre civilisation?La perception du temps est structurante car elle donne la forme dans laquelle se coulent les activités L\u2019éloge de la lenteur est aussi celui du temps nécessaire à la maturation, au doute, à la délibération, au choix.Les habitants des villes lentes mènent donc une réflexion sur la temporalité nécessaire au respect de la démocratie.L\u2019auteur est professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval Le moteur de notre imaginaire ROBERT MACER Les êtres humains sont ingénieux.Un regard d\u2019ensemble sur l\u2019histoire des sciences et des techniques, de l\u2019âge de pierre jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, révèle un processus de découvertes et d\u2019inventions qui s\u2019est accéléré au fil du temps.Ces découvertes et inventions ne font pas que meubler le monde.Elles structurent l\u2019espace socioculturel.En effet, les êtres humains ont la particularité d\u2019être conditionnés par leurs propres œuvres.L\u2019humanité n\u2019a plus été la même après la domestication du feu il y a 400 000 ans, l\u2019invention de l\u2019écriture il y a 5000 ans, ou le perfectionnement de l\u2019imprimerie au XVe siècle.Certes, il y a peu d\u2019avancées d\u2019une telle portée dans l\u2019histoire du monde.La maîtrise de l\u2019électricité, au XIXe siècle, est l\u2019une d\u2019elles.Elle a suscité nombre d'inventions aux répercussions économiques, sociales et culturelles incalculables, la révolution informatique et l\u2019expansion d\u2019Internet ne constituant que des chapitres récents de cette nouvelle ère.L\u2019invention de l'automobile s\u2019est effectuée dans ce contexte d\u2019effervescence scientifique et technique.Elle a été rendue possible par la mise au point du moteur à explosion et le progrès de l\u2019industrie pétrochimique.Elle a connu une fortune inouïe : les ventes d\u2019automobiles sont passées de quelque 8000 en 1900 à 902 000 dès 1912, pour atteindre les dizaines de millions aujourd\u2019hui.On estime qu\u2019en 2030, plus d\u2019un milliard de voitures pourraient couvrir la planète1.Dès les années 1920, le complexe automobile industriel, constitué des manufacturiers automobiles, des compagnies pétrolières, des constructeurs de routes, des industries du caoutchouc et de l\u2019acier, avait acquis un poids tel dans l\u2019économie qu\u2019il était en mesure d\u2019infléchir les politiques publiques en faveur d\u2019une véritable restructuration de 1.Tous les chiffres cités, et plusieurs des perspectives évoquées, sont tirés de l\u2019excellente étude réalisée en 1996 par Carole Sauvé, intitulée « The Automobile Culture in Canada : Choice or Albatross?» (chttp:// afo.sandelman.ca/albatros.html>).J juillet-août 2005 RELATIONS (dés)humanisantes.Les sociétés se caractérisent toujours par des conceptions différentes du temps mais, contrairement aux autres civilisations, la nôtre a été marquée par une rupture avec les conceptions qualitatives du temps.Nous ne pourrions donc entrer dans le changement que si nous nous glissons d\u2019abord dans une autre temporalité.Si l\u2019enjeu du mouvement Slow Cities est bien que chacun - individu ou collectivité - puisse retrouver la maîtrise de ses usages, alors le préalable est la maîtrise de son temps.Il s\u2019agit d\u2019opposer à chacune des caractéristiques de la temporalité moderne d\u2019autres perceptions et manières de vivre : temps longs contre temps courts, temps lents contre temps rapides, temps collectifs contre temps individuels, temps qualitatifs contre temps quantitatifs, temps de la nature contre temps mécanique, temps politique contre temps économique, temps poétique, créatif contre temps de la consommation-destruction, etc.Le changement est systématiquement pensé en termes d\u2019opposition entre des temps pluriels et un temps unique.Il faut ainsi accepter la temporalité différente des âges de la vie plutôt que de vouloir rabattre l\u2019enfant comme le vieillard sur une conception linéaire du temps.L\u2019enfant n\u2019est pas un adulte en miniature mais un être en construction qui a besoin de son propre temps, qui a besoin déjà de s\u2019ennuyer (de se re-poser).Puisque la crise de notre temporalité est aussi celle du temps naturel incapable de faire valoir ses droits face au Bruno Ricca, Stella, Montréal, 2004 .if- TÇTV '¦**' 41 if S mm ms SSr, l\u2019espace urbain en fonction de l\u2019automobile et des infrastructures qu\u2019elle commande.C\u2019est ainsi qu\u2019aux États-Unis, la General Motors, la Firestone Tire and Rubber Company et la Standard Oil investirent massivement dans les systèmes urbains de transport en commun afin de transformer ce système à rail, essentiellement électrique, en un système d\u2019autobus sur pneus, à moteur diésel.Le gouvernement américain, pour sa part, investit 70 milliards de dollars dans la construction d\u2019autoroutes entre 1956 et 1970, contre 795 millions seulement dans le réseau ferroviaire.La généralisation de l\u2019automobile individuelle entraîna le développement des banlieues, dont le mode de vie suppose l\u2019usage de la voiture.C\u2019est ainsi que le paysage urbain se reconfigura en fonction de l\u2019automobile: rues, routes, autoroutes, échangeurs, centres commerciaux, stationnements, stations-service, etc.Au Canada, quelque 42% des terrains des centres-villes et 18 % des zones métropolitaines sont consacrés à la seule infrastructure automobile: routes, ponts, garages, stations-service, stationnements, concessionnaires, sans compter les espaces qui dépendent de l\u2019usage de la voiture (centres commerciaux, drive-in, cinéparcs, etc.).La très grande majorité des citoyens se rendent au travail et font leurs emplettes en automobile.Le Nord-Américain travaille en moyenne 27 heures par mois uniquement pour payer les frais reliés à une voiture dans laquelle il passe aussi, en moyenne, 32 heures par mois.Cette dépendance structurelle a depuis longtemps pénétré l\u2019imaginaire collectif.À grands renforts de publicité - plus de cinq milliards de dollars par année en Amérique du Nord seulement -, l\u2019automobile s\u2019impose comme un des symboles les plus puissants de la vie sociale.Symbole de liberté individuelle, par la possibilité qu\u2019elle offre d\u2019aller « où l\u2019on veut ».Symbole de puissance, cette caractéristique des moteurs étant constamment évoquée par les constructeurs.Symbole de beauté, le design automobile étant à l\u2019avant-plan des stratégies de vente.L\u2019industrie automobile joue encore sur d\u2019autres valeurs, passions et préoccupations : la réussite, l\u2019ingéniosité, la sécurité, la séduction, la conquête.Comme si l\u2019automobile représentait une réalisation particulièrement prégnante des aspirations humaines, la quintessence même du rêve moderne d\u2019autonomie et de réalisation personnelle.Ce faisant, elle tâche de cacher tant bien que mal les maux qu\u2019elle engendre: consommation effrénée de RELATIONS juillet-août 2005 El dOSSieR Bruno Ricca, Women, New York, 2001 temps mécanique, alors il faut réaffirmer l\u2019importance des rythmes naturels : saisonniers, diurnes et nocturnes.Le réseau Slow Cities remet en cause toutes les prothèses technologiques qui ont servi à la dénaturation du temps : usage excessif de l\u2019éclairage public, climatiseurs, etc.L\u2019affirmation du droit à la nuit (ou au silence) est inséparable du retour à une véritable densité du temps.Face au temps moderne qui devient toujours plus uniforme, et donc strictement quantitatif, il faut opposer d\u2019autres temporalités de nature qualitative.Les temps de l\u2019humain ne sont pas ceux du chronomètre.Il faut réapprendre à prendre et à perdre son temps.DES VILLES ENRACINÉES L\u2019objectif de Slow Cities est de combattre l\u2019ubiquité dans ses deux dimensions: être, en même temps, ici et ailleurs.L\u2019abomination absolue pour ces militants sont ces lieux modernes «hors sol» que sont les grands aéroports internationaux ou ces magasins entrepôts, tous sur le même modèle, qui défigurent les banlieues.Une ville lente refuse le « hors-sol » comme le « hors-temps ».Une stratégie de relocalisation des échanges et des consciences est inséparable de l\u2019éloge de la lenteur matières premières et d\u2019énergie non renouvelable; production de déchets toxiques; émission de gaz polluants (quatre tonnes par année par voiture) qui contribuent de manière importante au réchauffement de la planète, détruisent la couche d\u2019ozone, causent les trois-quarts du smog urbain et entraînent une augmentation des troubles respiratoires; démembrement de la convivialité urbaine; destruction des habitats naturels; sans compter les pertes de vie humaine qui se chiffrent à quelque 17 millions depuis l\u2019invention de la voiture, ni les conséquences à la fois économiques et existentielles des accidents de la route.Au seuil d\u2019un nouveau siècle, nos sociétés se trouvent profondément enfoncées dans un mode de vie aux conséquences destructrices, de plus en plus apparentes.L\u2019automobile n\u2019est qu\u2019un élément de ce-système, mais un élément clé : à la fois par son ampleur (la plus grande industrie manufacturière au monde), par son caractère structurant au plan social et culturel, et par son rôle majeur dans la détérioration de l\u2019habitat humain.Les solutions durables ne sont pas encore mises en œuvre.Le complexe industriel automobile tente de con- comme une réaffirmation du local.La modernité, en produisant l\u2019homme sans qualité, joue la stratégie de la mondialisation de l\u2019espace et du temps.Mondialisation des échanges commerciaux, développement des transports et mondialisation du temps vont de pair, comme le montrent les cotations boursières et les horloges internationales des palaces.Les villes lentes, parce qu\u2019elles n\u2019ont de cesse d\u2019articuler ces stratégies de relocalisation et de retemporali-sation, tendent à redonner de la qualité de vie, c\u2019est-à-dire à enfanter un humain plus humain puisque plus autonome, parce que seul capable de s\u2019autolimiter.VILLES OUVERTES OU VILLES ENCLOSES?Le réseau Slow Cities a adopté un manifeste qui comprend 70 recommandations et obligations: mise en valeur du trôler l\u2019ordre du jour, en convainquant la plupart des intervenants (gouvernements, analystes, opinion publique, etc.) qu\u2019il s\u2019agit essentiellement de mettre au point des véhicules moins polluants et plus recyclables.En fait, il s\u2019agit pour lui de pouvoir continuer à produire et à vendre des véhicules.Mais la diminution de la consommation d\u2019essence par véhicule ne s\u2019est pas encore traduite par une diminution globale des émissions polluantes, bien au contraire, dès lors qu\u2019il se vend toujours plus d\u2019automobiles à travers le monde, cette tendance n\u2019étant pas près de changer avec le développement des marchés asiatiques.Si les changements technologiques constituent effectivement un élément de la solution d\u2019ensemble, celle-ci passe nécessairement par d\u2019autres voies, plus fondamentales, à savoir le développement d\u2019une conscience écologique collective par l\u2019éducation, ainsi que des décisions politiques courageuses concernant notamment l\u2019aménagement urbain, le contrôle de l\u2019accès à l\u2019automobile individuelle et le développement des transports en commun.23 juillet-août 2005 RELATIONS patrimoine bâti existant plutôt que construction de nouveaux bâtiments; volonté de réduire fortement les consommations énergétiques; promotion des technologies «vertes» pour assurer les besoins énergétiques indispensables; diminution des déchets et développement de programmes de recyclage; multiplication des zones piétonnes avec le souci de ne pas en faire des lieux voués au seul commerce; développement des commerces de proximité avec interdiction progressive des grands centres commerciaux; priorité aux infrastructures collectives avec des équipements adaptés aux handicapés et aux divers âges de la vie; multiplication des espaces verts et des espaces de loisirs; propreté de la ville; préservation et développement des coutumes locales et produits régionaux; priorité aux transports en commun et autres transports non polluants (marche à pied, vélo, patins à roues alignées) avec la volonté de limiter le nombre d\u2019automobiles; développement de la solidarité intergénérationnelle; exclusion des OGM et des «temples» de la restauration rapide; développement d\u2019une véritable démocratie participative, etc.La volonté de mettre en réseau les villes qui adhèrent au projet correspond à la volonté de vérifier que les engagements pris soient effectivement respectés.Le réseau dispose pour cela d\u2019un corps d\u2019inspecteurs qui effectuent périodiquement le contrôle des obligations.Les villes respectueuses du manifeste reçoivent un label et affichent le logo à l\u2019entrée des agglomérations et sur les bâtiments publics : ce logo (un escargot qui porte sur sa coquille une ville) est directement inspiré du célèbre escargot qui sert d\u2019emblème au mouvement Slow Food.Cette mise en réseau correspond aussi à la volonté de réaliser une véritable solution de rechange qui ne pourra être mondiale que si elle respecte la diversité des cultures.Une ville lente ne doit pas rentrer dans sa coquille mais travailler à un autre développement là où elle est enracinée.L\u2019éloge de la lenteur est aussi celui du temps nécessaire à la maturation, au doute, à la délibération, au choix.Les habitants des villes lentes mènent donc une réflexion sur la temporalité nécessaire au respect de la démocratie : il faut déjà en finir avec la foi illimitée dans le temps qui vient, que véhicule, par exemple, le scientisme ambiant.La démocratie comme l\u2019éducation a besoin de lenteur.Les villes lentes peuvent être aussi des laboratoires pour apprendre à faire coïncider le temps de la démocratie avec un temps encore plus long et plus lent, celui de l\u2019écologie, puisque les décisions à prendre dans ce domaine ne sont Les villes lentes peuvent être aussi des laboratoires pour apprendre à faire coïncider le temps de la démocratie avec un temps encore plus long et plus lent, celui de l\u2019écologie, puisque les décisions à prendre dans ce domaine ne sont généralement pas à l\u2019échelle du temps individuel mais parfois à l\u2019échelle de l\u2019humanité.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES ALLAIRE, julien, La motorisation du transport de personnes en Chine, entre croissance économique et soutenabilité, Cahier de Recherche LEPII n° 34, janvier 2004: .BERGERON, Richard, L'économie de l\u2019automobile au Québec, Montréal, éditions Hypothèse, 2003 : .BERGERON, Richard, Le livre noir de l\u2019automobile, Montréal, éditions Hypothèse, 1999.DUPUY Georges, La dépendance automobile, Economica, Paris, 1999.SITES www.projetmontreal.org www.cremtl.qc.ca/ (Conseil régional de l\u2019environnement de Montréal) www.aqlpa.com/ (Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique) www.aqpere.qc.ca/ (Association québécoise pour l\u2019éducation relative à l\u2019environnement) www.transp0rt2000.ca/ www.photeus.info/ (Magazine dédié aux énergies renouvelables) www.antibagnole.com www.velorution.org www.cam.org/~lemab/ (Le monde à bicyclette) généralement pas à l\u2019échelle du temps individuel mais parfois à l\u2019échelle de l\u2019humanité.CONTRE LE GIGANTISME DES VILLES Le développement des Slow Cities repose sur le refus des grandes villes dont l\u2019échelle est sans mesure avec les capacités humaines de perception et de déplacement.C\u2019est pourquoi les Slow Cities comprennent obligatoirement moins de 60 000 habitants.La critique du gigantisme est consubstantielle à celle de la vitesse.L\u2019un des enjeux pour les prochaines décennies sera donc de vider progressivement les mégalopoles qui ne peuvent, du simple fait de leur gigantisme, développer une politique de la lenteur et de la relocalisation.Les villes lentes ont pu, grâce à ce double ancrage temporel et territorial, éviter un double écueil.Celui d\u2019apparaître comme véhiculant un point de vue nostalgique - voire passéiste - et celui de devenir un produit commercial pour quelques néoruraux.L\u2019avenir des villes lentes tient dans cette capacité à ne pas devenir un segment au sein du marché actuellement florissant des villes privées thématiques.Cet hymne à la lenteur représente un formidable pied de nez au soubassement idéologique de notre société.\u2022 RELATIONS juillet-août 2005 H aiLLeuRS Nicaragua: corruption et pauvreté La pauvreté croissante et la corruption administrative sous couvert d\u2019impunité dévoilent les dessous d\u2019une démocratie de façade, mise en place en 1990, et l\u2019absence tragique d\u2019une société civile capable d\u2019influencer l\u2019action de l\u2019État.ANDRÉS PÉREZ-BALTODANO L\u2019auteur est professeur I a fragmentation sociale et territo-de science politique\tI riale dont a souffert historique- à l'université de\tLament le pays, la brèche qui a western Ontario\tséparé radicalement l\u2019État de la société, l\u2019incapacité des partis politiques d\u2019absorber les demandes sociales et de promouvoir le «bien commun» expliquent en grande partie l\u2019absence de consensus social qui aurait facilité la construction d\u2019un projet national démocratique.Durant les années 1980, la Révolution sandiniste tenta de remédier à ces déficiences structurelles en imposant un régime fondé sur une économie mixte avec une forte participation étatique, un réseau d\u2019organisations citoyennes contrôlé par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) et un programme de transformations structurelles en vue de constituer un consensus social fondé sur «la logique des grandes majorités».Les erreurs répétées de la direction révolutionnaire, la crise économique et la contre-révolution armée, financée par les États-Unis, facilitèrent le surgissement d\u2019un large mouvement anti-sandiniste ayant pour leader Violeta Barrios de Chamorro.La « transition démocratique», amorcée par sa victoire ÉBélize Î Honduras TEGUCIGALPA CUATEM; Mer des Caraïbes El Salvador O5ANif SALVADOR Nicaragua ¦g-MANAGUA Océan Pacifique m juillet-août 2005 RELATIONS écrasante aux élections présidentielles de 1990 et la déroute électorale du FSLN, n\u2019a pas été le résultat d\u2019un mouvement politique national organisé autour d\u2019un objectif social commun.Elle est plutôt le fruit du désespoir d\u2019un peuple acculé à la misère et des énormes pressions étatsuniennes.La population nicaraguayenne élit ses gouvernants sans pouvoir orienter l\u2019action de l\u2019État en fonction d\u2019objectifs nationaux décidés démocratiquement, puisque l\u2019État est soumis aux directives de Washington dans les domaines politique et économique.PAUVRETÉ, CORRUPTION ET IMPUNITÉ L\u2019objectif principal du gouvernement de Violeta Barrios de Chamorro (1990-1997) était de mettre en branle une réforme politique et économique d\u2019orientation néolibérale.Le gouvernement suivant (1997-2002), celui d\u2019Arnoldo Alemân du Parti libéral constitutio-naliste (PLC), s\u2019est caractérisé par l\u2019impunité et la corruption, ôtant toute légitimité au modèle naissant de gouvernement démocratique.Le rapport de Transparence internationale de l\u2019année 2001 plaçait le Nicaragua parmi les 15 pays les plus corrompus du globe.Le montant de la corruption sous le gouvernement d\u2019Alemân est estimé à quelque 60 millions de dollars US, équivalant au coût de la construction de 40 000 habitations des secteurs les plus pauvres du pays.Le phénomène de la corruption ne s\u2019est pas limité à l\u2019État.Sous ce même gouvernement, de nombreuses faillites frauduleuses de banques privées ont coûté 7 milliards de côrdobas à l\u2019État, soit cinq fois le budget annuel en éducation ou 25 fois celui destiné à l\u2019achat de médicaments.Il a eu pour contrepartie un appauvrissement généralisé de la société: en 2001, 46% des Nicaraguayens vivaient avec moins d\u2019un dollar par jour et 53% des travailleurs du secteur formel se situaient sous le seuil de pauvreté1.UN COPINAGE INSTITUTIONNALISÉ La faiblesse politique de la société nicaraguayenne est devenue encore plus apparente avec le pacte politique conclu entre le PLC et le FSLN sous le mandat présidentiel d\u2019Arnoldo Alemân.Il a mis en place un mécanisme de collaboration entre les instances qui contrôlent le PLC au pouvoir et le FSLN, avec la bénédiction de la très influente Église catholique nicaraguayenne, qui n\u2019a cessé d\u2019appuyer ouvertement le gouvernement d\u2019Arnoldo Alemân, jusqu\u2019à se rendre complice de graves délits de corruption.Grâce à ce pacte, le FSLN et le PLC se sont réparti le pouvoir à la Cour suprême et au Conseil suprême électoral, au Conseil supérieur des finances, à la Surintendance des banques et au Bureau du procureur des droits humains.Le pacte a rendu possible, par ailleurs, l\u2019approbation d\u2019une loi qui a résolu nombre des problèmes légaux générés par la pinata, nom donné à l\u2019acquisition frauduleuse par des membres du FSLN de propriétés privées et publiques durant les mois qui suivirent la déroute électorale des Sandinistes en 1990.Le pacte a aussi établi un système de protection personnelle des leaders des deux partis politiques.Le leader du FSLN, Daniel Ortega, aura recours à cette protection quand, sous le couvert de l\u2019immunité parlementaire et grâce à l\u2019appui des députés sandinistes et libéraux à l\u2019Assemblée nationale, il éluda aiLLeuRS les conséquences légales des accusations de viol contre sa fille adoptive, Zoilamérica Narvâez.Arnoldo Alemân, quant à lui, a obtenu du pacte une députation à l\u2019Assemblée nationale qui lui a conféré l\u2019immunité parlementaire.Il s\u2019en est servi pour éviter à son tour les conséquences légales des multiples accusations de corruption auxquelles il a dû faire face au terme de son mandat présidentiel.Le pacte a contribué, en outre, à faire obstacle à la formation et à la participation de regroupements politiques alternatifs, permettant au PLC d\u2019accaparer le vote populaire aux élections de novembre 2001, donnant la victoire au candidat libéral, Enrique Bolanos, avec 56,3 % des voix.Ce pacte révèle donc les profondes carences idéologiques des partis politiques qui, à bien des égards, se comportent comme des groupes mafieux.UN POUVOIR VACANT Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Bolanos fait face au problème de corruption hérité du gouvernement Alemân.Il compte sur l\u2019appui d\u2019un large mouvement populaire qui réclame le châtiment des coupables.Sa décision d\u2019appliquer la loi à l\u2019égard des personnes impliquées dans des actes de corruption du gouvernement antérieur obéissait à un impératif pratique : contrecarrer le pouvoir d\u2019Ale-mân qui, depuis l\u2019Assemblée nationale, menaçait de convertir Bolanos en président symbolique.Dans cet affrontement qui l\u2019opposait à Alemân, Bolanos a perdu l\u2019appui du PLC.Il a échoué également dans sa tentative de conclure une alliance avec le FSLN, même si celui-ci - intéressé à neutraliser le pouvoir de son ex-allié politique - lui a prêté son soutien pour obtenir l\u2019emprisonnement d\u2019Alemân pour corruption.Le gouvernement Bolanos n\u2019a pas non plus été capable d\u2019élargir sa base populaire, projetant dès le commencement une image élitiste et ouvertement pro étatsunienne.Devant l\u2019isolement politique de Bolanos, le pacte FSLN-PLC continue de marquer le développement du pays, En route vers Managua, Canapress/Javier Galeano risquant de transformer le gouvernement Bolanos en une instance purement administrative sous contrôle du FSML et du PLC à l\u2019Assemblée nationale.Quand, en novembre 2004, ces deux partis ont initié des réformes constitutionnelles et législatives qui diminuaient sérieusement le pouvoir de la présidence, ce risque est devenu patent.Bolanos réagit par une offensive diplomatique.Fort de l\u2019appui de la communauté internationale, il menaça de décréter l\u2019état d\u2019urgence, de faire intervenir l\u2019armée et de dissoudre l\u2019Assemblée nationale.Afin de désamorcer la crise, le bureau des Nations unies au Nicaragua facilita un «dialogue national» avec la participation du gouvernement et des représentants du PLC et du FSLN.S\u2019il permit de remettre à plus tard les réformes constitutionnelles, il ne réussit pas à arrêter le transfert d\u2019importantes prérogatives du pouvoir exécutif au pouvoir législatif.d\u2019un système électoral qui fonctionne comme une loterie quinquennale pour le droit à l\u2019impunité?Le discrédit du PLC augmente les chances d\u2019une victoire du parti sandi-niste, avec à sa tête Daniel Ortega, même si celui-ci se voit contesté par un récent mouvement de dissidence dirigé par l\u2019ancien maire de Managua, Herty Lewites, qui réclame la démocratisation du parti.UN ORDRE SOCIAL PRÉCAIRE Pendant que la crise continue son cours, le pays s\u2019enfonce dans la misère : 78 % de la population vit maintenant avec un revenu de moins de deux dollars US et souffre du pire niveau de dénutrition du continent américain.L\u2019extrême pauvreté du pays et l\u2019instabilité politique créent les conditions favorables à la rupture de l\u2019ordre social déjà précaire, comme le montre l\u2019impact qu\u2019a eu l\u2019augmentation du prix du transport en commun, due à la hausse du prix international du pétrole en avril 2005.Les violentes manifestations forcèrent le gouvernement à subventionner le coût du transport.Le gouvernement n\u2019est cependant pas au bout de ses peines, car le prix du pétrole continue d\u2019augmenter.En 2006, le Nicaraguayens auront de nouveau la possibilité d\u2019exercer leur droit de vote pour élire un nouveau gouvernement.Le peuple acceptera-t-il encore de se soumettre aux résultats Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019avenir politique du Nicaragua est au plus haut point incertain.Les manifestations populaires récentes ont mis en relief la fragilité de la démocratie électorale nicaraguayenne et la disposition des Nicaraguayens à lutter contre un ordre politique qui ne reflète pas leurs besoins et leurs aspirations.\u2022 1.Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), Rapport national: Nicaragua 2002, Managua, 2002, p.25.RELATIONS juillet-août 2005 coNtRoveRse L\u2019État doit-il financer l\u2019école privée?Une éducation à deux vitesses financée par l\u2019État n\u2019est pas dans notre intérêt collectif.RÉJEAN PARENT L'auteur est président I e système d\u2019éducation n\u2019a pas de la Centrale des\tpour mission de former des éli- syndicats du Québec ^«tes, mais d\u2019apprendre à tous les (csq)\télèves à vivre ensemble harmonieu- sement, dans une société de plus en plus diversifiée; d\u2019assurer le plein développement de chacun; de permettre au plus grand nombre de réussir; de donner à chacun des chances égales face au travail et à la vie.Or, c\u2019est cette mission qui est aujourd\u2019hui remise en cause de diverses façons par le financement public du réseau privé.La fréquentation du réseau privé a augmenté d\u2019environ 2 % par année depuis dix ans, pour atteindre 10,5% en 2003-2004.Dans un contexte de réduction de l\u2019effectif scolaire, qui s\u2019échelonnera jusqu\u2019à la fin de la décennie, il est urgent de débattre de cette question.ASSURER L\u2019ÉGALITÉ DES CHANCES L\u2019école publique assume un ensemble de responsabilités que n\u2019assume pas le réseau privé : scolariser un nombre important d\u2019élèves handicapés ou en difficulté d\u2019adaptation ou d\u2019apprentissage; faire face à un nombre croissant d\u2019enfants vivant dans la pauvreté; accueillir des élèves d\u2019origines diverses.Autant d\u2019obligations qui reposent sur les seules épaules de l\u2019école publique.Or, la concurrence des écoles privées, vue par certains comme solution aux difficultés rencontrées par l\u2019école publique, ne fait qu\u2019aggraver la situation.L\u2019école publique est invitée à juillet-août 2005 RELATIONS copier sa rivale et à développer ses propres projets sélectifs; en conséquence, les obligations qui précèdent reposent sur un nombre de plus en plus restreint de classes ordinaires de l\u2019école publique.De nombreuses études ont mis en évidence le fait que de telles pratiques à l\u2019école contribuent à un accroissement des inégalités et éloignent l\u2019éducation de son mandat d\u2019assurer l\u2019égalité des chances.Facile, dans un tel contexte, de cultiver des perceptions erronées de l\u2019école publique.Pourtant, une étude internationale (PISA 2000) portant sur les acquis des élèves de 13 ans révèle que les jeunes du public, à conditions socio-économiques égales, obtenaient d\u2019aussi bons résultats que les jeunes du privé.Dans les grandes régions urbaines, la proportion du secondaire privé atteint désormais les 20 %.Pour la région de Montréal, elle atteint même le sommet historique de 30%.Difficile pour un nombre restreint de classes ordinaires de l\u2019école publique d\u2019assurer l\u2019intégration de tous les élèves et d\u2019améliorer la réussite.Pas surprenant que l\u2019égalité des chances ne soit pas au rendez-vous.Il y va d\u2019une question de justice.L\u2019éducation doit permettre à tous les jeunes de développer leur plein potentiel de telle sorte que l\u2019accès aux diverses positions sociales différemment valorisées et rémunérées soit le plus juste possible.C\u2019est de moins en moins le cas.La reproduction des inégalités par l\u2019école a plutôt tendance à s\u2019accroître.UNE QUESTION DE SOUS Même si ce n\u2019est pas notre seul argument, c\u2019est aussi une question de sous.Nous estimons que l\u2019État économiserait environ 75 millions de dollars en cessant de financer l\u2019école privée.Certains, se basant sur une étude datant de 1995 dont les résultats sont fort discutables, considèrent plutôt que la situation actuelle représenterait des économies.D\u2019autres affirment qu\u2019il faudrait comparer le Québec aux provinces maritimes plutôt qu\u2019à l\u2019Ontario.C\u2019est quand même assez rare qu\u2019on choisisse de comparer le Québec à l\u2019île-du-Prince-Édouard ou à Terre-Neuve! Nous proposons une réduction progressive du financement public afin de permettre aux établissements privés de s\u2019y adapter.Il faut d\u2019abord mettre fin à tout nouvel agrément aux fins de subventions et à tout élargissement des autorisations déjà accordées.Certes, la réduction progressive du financement public jusqu\u2019à son arrêt complet réduira la possibilité de certains parents d\u2019opter pour l\u2019école privée.Des mesures d\u2019intégration devront être mises en place pour les élèves et pour le personnel.Cette politique devrait aller de pair avec une amélioration des services offerts à l\u2019école publique afin de mieux répondre aux besoins des élèves et aux demandes des parents, qu\u2019il s\u2019agisse des bibliothèques, des activités para-scolaires, etc.Dans de nombreux pays, l\u2019État finance des services publics accessibles à tous sur un pied d\u2019égalité.Les personnes souhaitant des services particuliers ou supplémentaires en assument généralement les coûts.Une éducation à deux vitesses financée par l\u2019État n\u2019est pas dans l\u2019intérêt collectif.\u2022 coNtROveRse L\u2019automne dernier, le gouvernement Charest a été contraint de renoncer à son projet de subventionner entièrement une école privée juive, à la suite du tollé que cette décision avait suscité.Peu de temps après, des parents, syndicats, directions d\u2019école et commissaires créaient le Regroupement pour la défense et la promotion de l\u2019école publique et demandait la fin du financement de l\u2019enseignement privé par l\u2019État.La crise que traverse l\u2019enseignement public fait en sorte qu\u2019un large débat démocratique est nécessaire autour de cette question.Au lieu de réduire les subventions aux écoles privées, l\u2019État devrait leur imposer les mêmes exigences qu\u2019à l\u2019école publique.MICHEL VENNE Le Québec a fait le choix de conserver, à côté de l\u2019école publique, un réseau d\u2019écoles privées et de les soutenir financièrement par des subventions.Historiquement, ces écoles ont été perçues comme le lieu d\u2019éducation d\u2019une certaine élite.Elles se sont largement démocratisées.Elles sont sans doute dans le paysage pour rester.Beaucoup de parents considèrent désormais comme un droit la possibilité de choisir le lieu et le type d\u2019enseignement pour leur enfant.Plusieurs d\u2019entre eux, y compris parmi des salariés de la classe moyenne, estiment avoir les moyens de payer pour l\u2019éducation de leur enfant et en ont d\u2019ailleurs acquis l\u2019habitude lorsque, il n\u2019y a pas si longtemps, avant les garderies à 5 $ par jour, ils déboursaient annuellement 5000 $ par enfant pour les services de garde.Cette liberté de choix s\u2019est d\u2019ailleurs étendue au secteur public où pullulent les écoles alternatives, les écoles internationales, les programmes sport/ études ou arts/études, les écoles de douance mais aussi les écoles de rac-crocheurs.Ainsi, le Québec ne dispose pas d\u2019un système d\u2019éducation à deux vitesses, le public et le privé.Il dispose d\u2019un système à voies multiples dont l\u2019école privée n\u2019est qu\u2019une voie parmi d\u2019autres.L\u2019important est que l\u2019État, gardien du bien commun, conserve sur l\u2019ensemble de ce réseau un pouvoir qui garantisse l\u2019accès pour tous à une édu- cation de qualité et qu\u2019il préserve sa capacité de taxer les contribuables afin de financer ce système.Ces derniers mois, une coalition formée d\u2019intervenants de l\u2019école publique a proposé une réduction draconienne des subventions versées aux écoles privées.Celles-ci reçoivent, en moyenne, pour chaque élève, l\u2019équivalent de 60% du coût moyen d\u2019un élève qui fréquente l\u2019école publique.La coalition voudrait que les sommes épargnées au privé soient versées aux écoles publiques qui en ont cruellement besoin.AUGMENTER LES EXIGENCES La solution proposée ne réglerait sans doute aucun des problèmes de l\u2019école publique.Les sommes en cause seraient insuffisantes.Mais surtout, en réduisant le soutien aux écoles privées, le gouvernement réduirait du même coup sa capacité d\u2019exercer un contrôle sur ces écoles et de leur imposer des normes et des exigences.Ce qu\u2019il faudrait demander, ce n\u2019est pas de réduire le financement des écoles privées mais plutôt d\u2019augmenter les exigences qui leur sont faites en matière d\u2019accessibilité, de rétention des élèves en difficulté, de francisation des immigrants et de collaboration avec les autorités scolaires publiques du territoire où se trouve l'école.Et ce en fonction du principe : mêmes subventions, mêmes exigences.Le but devrait être d\u2019inclure et d\u2019intégrer le plus possible les écoles au sein du même système scolaire, que celles-ci soient de propriété privée ou pub- lique.Les écoles privées doivent devenir de plus en plus publiques, en quelque sorte.Ce n\u2019est qu\u2019en maintenant son financement des écoles privées que l\u2019État est en mesure d\u2019imposer des comportements et des normes.Une réduction des subventions risque au contraire de creuser le fossé entre l\u2019école privée et l\u2019école publique.En mettant fin aux subsides, on privatiserait littéralement, et pour vrai cette fois, 10 % du système scolaire au niveau secondaire.PRÉSERVER LE POUVOIR DE TAXER Cette proposition risque en plus de nourrir la « révolte des contribuables ».L\u2019école privée permet de recueillir une contribution volontaire des parents au système d\u2019éducation et ce en sus des impôts qu\u2019ils paient.En réduisant les subventions à l\u2019école privée, on risque d\u2019inciter ces parents-contribuables à se rebeller contre le niveau de taxation qui leur est imposé.Si, en effet, ils payent cher pour l\u2019éducation de leurs enfants, pourquoi voudraient-ils continuer à payer pour l\u2019école publique?La solution aux problèmes que veut régler la coalition réside dans un financement adéquat de l\u2019école publique.Celle-ci, en effet, doit disposer des moyens de demeurer attrayante.Ce financement ne peut provenir que des impôts et des taxes.Il revient à l\u2019État de veiller à ce que soit maintenue, dans toutes les régions du Québec et auprès de tous les enfants quel que soit leur statut économique, culturel et social, l\u2019éducation à laquelle ils ont droit pour devenir des êtres autonomes, imaginatifs, solidaires et innovateurs.Bref, des êtres libres.\u2022 L\u2019auteur est journaliste et directeur de l\u2019Institut du Nouveau Monde RELATIONS juillet-août 2005 RefiaRD Le ras-le-bol populaire bolivien La frustration de la population bolivienne, à majorité autochtone et pauvre, est à son comble.Elle se canalise dans une immense mobilisation sociale contre la privatisation de l\u2019eau et en faveur de la nationalisation des ressources pétrolières et d\u2019une Assemblée constituante.Quelle que soit l\u2019issue de la crise actuelle, le dilemme demeure entre un changement de politique économique radicale ou l\u2019éclatement social.DENIS LANGLOIS L\u2019auteur, politologue, travaille en Bolivie à titre de conseiller aux droits de la personne et au renforcement institutionnel LJ eau, ressource vitale pour la santé, le logement, le mode de vie et la culture d\u2019un peuple, est convoitée, i en Bolivie comme dans de nombreux pays du monde, par des consortiums internationaux qui y voient une nouvelle occasion de grossir leurs bénéfices.Cela a conduit à l\u2019accentuation du dilemme entre la course aux bénéfices et le droit d\u2019accès universel à l\u2019eau, lequel suppose aussi des investissements majeurs en infrastructures et en entretien.Dans un pays comme la Bolivie, où la majorité (55 %) de la population vit sous le seuil de la pauvreté et la plupart en état d\u2019extrême pauvreté, le report de ces coûts sur les usagers exige nécessairement une contribution publique majeure.Or, devant l\u2019absence de vision gouvernementale et le refus des multinationales de l\u2019eau de considérer l\u2019accès à cette ressource comme un droit humain fondamental et non comme une simple marchandise, les guerres de l\u2019eau de Cochabamba contre Bechtel, en 2000, et d\u2019El Alto contre Suez, en 2005, ont conduit à l\u2019expulsion de ces compagnies et à la mise en cause des gouvernements qui avaient signé les contrats.L\u2019état de pauvreté de la population a alimenté aussi l\u2019opposition à la hausse du prix du carburant, que le gouvernement avait décrétée en décembre 2004 pour faire face à la contrebande de pétrole vers l\u2019Argentine, le Brésil, le Pérou et le Chili, pays où le pétrole est plus cher qu\u2019en Bolivie.Dans ce cas, les droits en cause sont l\u2019alimentation (la majorité de la population cuisine avec des bonbonnes de gaz), le logement (chauffage), mais également le transport, car la hausse du prix du carburant entraîne celle des tarifs des transports collectifs, qui sont utilisés par la majorité des Boliviens.Cela explique les mouvements populaires qui revendiquent la nationalisation des réserves pétrolières importantes de Bolivie, deuxième pays producteur en Amérique latine, après le Venezuela.m juillet-août 2005 RELATIONS Concurremment, c\u2019est depuis Santa Cruz, première ville du pays, que l\u2019opposition à la centralisation excessive se révèle la plus vive.C\u2019est que Santa Cruz abrite une frange importante du capital bolivien et étranger, laquelle rejette la propriété publique du gaz et cherche à éviter la redistribution dans l\u2019ensemble du pays des bénéfices de son exploitation.Dans ce contexte de revendications contradictoires - à savoir d\u2019un côté, l\u2019agenda d\u2019octobre 2003 pour la Constituante et, de l\u2019autre, celui de janvier 2005 pour l\u2019autonomie régionale -, le gouvernement Mesa s\u2019était satisfait de dire oui aux uns et aux autres.Mais à travers ces mobilisations aux objectifs contradictoires, c\u2019est nettement un modèle de développement qui est mis en cause par une grande partie de la population tout en étant soutenu encore par les secteurs dominants, à savoir le modèle néolibéral mis en place par décrets, dans les années 1980, à la faveur d\u2019une grave crise financière.RESTRUCTURATION DU MOUVEMENT SOCIAL Le mouvement de révolte populaire d\u2019octobre 2003, qui a chassé du pouvoir Gonzalo Sanchez de Lozada, laissant à -ar sa place Carlos Mesa, avait marqué un point tournant dont les forces politiques et économiques dominantes refusent encore de prendre acte.Les partis politiques traditionnels et souvent corrompus - au profit d\u2019intérêts industriels, commerciaux et financiers du Nord - sont aujourd\u2019hui décriés ouvertement.Ils ne sont pas morts, loin s\u2019en faut, mais ils n\u2019ont plus la faveur populaire.Ce rejet des partis politiques traditionnels a favorisé un amendement constitutionnel en 2004, permettant aux regroupements citoyens et aux peuples autochtones de présenter directement des candidats aux différentes élections du pays, y compris à la présidence.Les élections municipales de décembre 2004 ont été la première occasion où cette disposition s\u2019est appliquée.Dans ces nouvelles conditions, la stratégie des partis rejetés est d\u2019investir les regroupements citoyens et ceux des peuples autochtones pour tenter d\u2019influencer leurs politiques, car ces partis disposent toujours de structures et de machines électorales aguerries et bien financées.Les secteurs populaires sont cependant loin d\u2019être dupes de cette stratégie.Le mouvement d\u2019El Alto sur l\u2019eau dirigé par la EEJUVE - Eederaciôn de juntas vecinales (comités de quartiers) - a rejeté l\u2019appui de rt ».mm r t \u2022\t'¦ ¦ , t ¦ W;.\u2022 .sr- '' > .» S 161 ,¦ 7 r \u201c partis traditionnels.L\u2019opposition locale aux mouvements autonomistes de Santa Cruz, dirigés par les entrepreneurs, pour sa part, a dénoncé publiquement les tentatives de partis traditionnels de transformer la lutte contre la hausse des tarifs du pétrole en revendication pour l\u2019autonomie régionale.Le changement de perception et de comportement de la population à l\u2019égard des entreprises multinationales est une autre caractéristique de ce point tournant initié par la crise d\u2019octobre 2003.Une lettre méprisante du gérant local de la Suez au président de la République aura provoqué une litanie de dénonciations contre les multinationales, venant non seulement des secteurs en lutte mais également de journalistes, politiciens et ministres du gouvernement.L\u2019humiliation d\u2019une population à travers celle de ses dirigeants et institutions ne passe plus.LA MAJORITÉ EXCLUE N\u2019ACCEPTE PLUS N\u2019IMPORTE QUOI Voilà bien une caractéristique de fond de la société bolivienne, composée en majorité de peuples autochtones (62%).C\u2019est parmi eux que l\u2019on retrouve les plus hauts taux de pauvreté et d\u2019extrême pauvreté, d\u2019analphabétisme, d\u2019absence ou de mauvais soins de santé, de problèmes d\u2019éducation, de travail, de difficultés d\u2019accès aux ressources vitales, qui sont pourtant des droits humains fondamentaux.Les Autochtones ne sont significativement présents ni au gouvernement, ni dans la fonction publique, ni dans les institutions importantes comme le système judiciaire, ni dans le domaine économique, sauf à survivre en tant que petits vendeurs, transporteurs ou artisans.Ils sont, par contre, actifs au sein des nombreuses municipalités rurales et locales.Les crises de 2003 avaient mené au massacre par l\u2019armée de dizaines d\u2019entre eux, à El Alto et ailleurs.En janvier 2005, dans le conflit qui l\u2019opposait au mouvement populaire contre la privatisation de l\u2019eau, le président Mesa s\u2019était refusé à utiliser la violence, mais on constate que la force, voire le recours à des tueurs à gages, est aujourd\u2019hui monnaie courante contre les paysans sans terre (sin tierra) qui s\u2019installent là où ils le peuvent.Les Autochtones de la partie est du pays revendiquent une Constituante depuis quelques années.Ils rejettent les prétentions autonomistes des secteurs capitalistes de la région orientale du pays, de Santa Cruz, du Béni et deTarija, pour lesquels l\u2019autonomie régionale constituerait une urgence.Le gouvernement est donc pris entre deux feux, tant en ce qui concerne l\u2019Assemblée constituante que pour l\u2019adoption d\u2019une nouvelle loi sur les hydrocarbures et le RELATIONS juillet-août 2005 m Les Autochtones ne sont significativement présents ni au gouvernement, ni dans la fonction publique, ni dans les institutions importantes comme le système judiciaire, ni dans le domaine économique, sauf à survivre en tant que petits vendeurs, transporteurs ou artisans.Roger Saint-Laurent, Un paysan file de la laine d\u2019alpaga tout en marchant, Bolivie, 2004 RefiaRD référendum promis sur l\u2019autonomie régionale.Cette nouvelle loi, sanctionnée par la Chambre des députés, n\u2019a pas été acceptée par le gouvernement Mesa en raison des impôts trop élevés pour les pétrolières.Que ce soit maintenant, dans six mois ou dans deux ans, une politique alternative s\u2019impose, sans quoi la mobilisation ira en se renforçant et le pays risque d\u2019éclater.Dans l\u2019état actuel des choses, les 62 % d\u2019Autochtones que compte la Bolivie et ses 55 % de pauvres n\u2019ont plus beaucoup à perdre.Malgré les nouvelles mobilisations de mai et de juin 2005, c\u2019est plutôt leur patience qui est surprenante.QUE FAIRE FACE À LA MONDIALISATION CAPITALISTE?La Bolivie était (et est peut-être encore) un modèle de développement pour la Banque mondiale! Mais c\u2019était sans compter les conséquences de politiques économiques parfois désastreuses pour les êtres humains qui les supportaient.Le message des mobilisations populaires, depuis la guerre de l\u2019eau de 2000 et, surtout, depuis la crise d\u2019octobre 2003, est bien celui du rejet de ces politiques économiques ne profitant qu\u2019à une minorité.Mais quelles sont les solutions de rechange?Mettre la multinationale Bechtel à la porte, en 2000, n\u2019a pas abouti jusqu\u2019ici à une amélioration significative de l\u2019accès à l\u2019eau pour la population de Cochabamba; 30 % de celle-ci n\u2019ayant toujours pas d\u2019accès à l\u2019eau potable, même si les prix n\u2019ont pas augmenté.La fin du contrat avec la Suez va-t-elle améliorer l\u2019exercice du droit à l\u2019eau pour le peuple aymara qui habite El Alto, quand on sait que l\u2019État et les municipalités n\u2019ont pas les ressources fiscales pour gérer un système d\u2019approvisionnement en eau, ni l\u2019expertise nécessaire pour ce faire (ou ne l\u2019ont plus), ni ne disposent d\u2019un système fiscal universel permettant de doter une population des structures capables de respecter leurs droits légitimes?Tel est le dilemme auquel fait face le gouvernement sur le plan économique et financier.Mais ce dilemme confronte également les secteurs sociaux en lutte : s\u2019en remettre à l\u2019aide financière internationale, avec la dépendance économique et financière que cela entraîne, ou nationaliser les ressources existantes, voire les gérer sous forme coopérative, mais sans véritable capacité financière de soutenir de façon durable leur exploitation.C\u2019est le dilemme de l\u2019après néolibéralisme.Ce dilemme se complique, dans un pays comme la Bolivie, avec la faiblesse de l\u2019État, notamment l\u2019absence de ressources fiscales adéquates.L\u2019ensemble de l\u2019économie bolivienne est de caractère largement informel, avec peu de contrôles et donc peu de recettes fiscales.La crise de février 2003, alors que le FMI avait fait adopter un système d\u2019impôts affectant les seuls salariés, a sonné malheureusement le glas d\u2019une politique fiscale pourtant incontournable.À cela s\u2019ajoute le fait que, depuis 20 ans, les institutions financières du Nord, dont le FMI et la Banque mondiale, font pression pour le plus petit État possible, la déréglementation des activités productives et la privatisation des services publics, parce que la loi de l\u2019offre et de la demande serait génératrice de développement et d\u2019emplois! C\u2019est malheureusement le dogmatisme économique qui est à l\u2019œuvre et il n\u2019y a guère de chance qu\u2019il puisse sortir un pays comme la Bolivie de la dépendance.Sur le plan économique, une solution de rechange exigerait la mise en œuvre d\u2019un système fiscal universel et son acceptation par la population, y compris par les grandes entreprises et producteurs nationaux et étrangers.Elle exigerait en outre des systèmes de tarification progressive de services en matière de ressources essentielles (énergie, eau, etc.).Elle exigerait enfin le recours à des ressources basées sur la taxation des échanges financiers internationaux pour financer les infrastructures en eau, routes, et autres services de base essentiels à la population.Sur le plan politique, la restructuration du mouvement social et politique, à la faveur du discrédit des forces politiques traditionnelles, semble réellement enclenchée mais elle est encore loin de signifier une solution de rechange crédible et durable pour les droits de tous et de toutes.Le MAS (Movimiento al socialismo) a le vent dans les voiles.Il a remporté plusieurs municipalités lors des élections de décembre 2004 et le discours anti-néolibéral de son chef, Evo Morales, plaît à une bonne partie de la population.Il faut espérer que la situation politique et sociale actuelle pour le moins incertaine n\u2019entrave pas la consolidation des assises du mouvement social et des nouvelles forces politiques afin de donner sens, cohérence et unité à leurs luttes.\u2022 La restructuration du mouvement social et politique, à la faveur du discrédit des forces politiques traditionnelles, semble réellement enclenchée mais elle est encore loin de représenter une solution de rechange crédible et durable pour les droits de tous et de toutes.IS juillet-août 2005 RELATIONS Jacques Ferron, l\u2019épistolier L\u2019année 2005 marque le 20e anniversaire de la mort de Jacques Ferron.Occasion de rendre hommage à cet écrivain-médecin qui a laissé en héritage une oeuvre littéraire unique et remarquable.MARC CHABOT La question demeure: où Jacques Ferron trouvait-il le temps pour écrire?Après tout, il était médecin.Il travaillait comme nous tous et lorsqu\u2019on travaille, on n\u2019écrit pas, ou alors, même si on le voulait, la fatigue l\u2019emporte sur le reste.On dit qu\u2019on écrira quand on aura le temps, mais il ne vient jamais ce temps, il ne vient pas parce qu\u2019il passe.Mais un écrivain finit toujours par déjouer les autres et lui-même.Un écrivain doit écrire, il doit trouver le temps, arracher quelques heures à la nuit, imposer le silence autour de lui ou faire cesser les bruits du monde.Jacques Ferron a commencé par écrire des contes et des historiettes, parce qu\u2019il lui fallait publier et qu\u2019un roman exige trop de temps à celui qui ne peut pas vivre de son écriture.Le médecin lui a permis d\u2019écrire.Le médecin a fait de lui un homme libre.Or, un homme libre c\u2019est toujours un homme qui se libère du poids de la société.Pour écrire, il n\u2019avait besoin que d\u2019une plume et du papier.L\u2019homme avait beaucoup à dire et il vivait dans le monde.Il a travaillé à son œuvre tout en restant dans le monde.Écrivain et épistolier.La lettre pour Ferron est devenue très rapidement une habitude.Je crois d\u2019ailleurs qu\u2019on n\u2019a pas fini de s\u2019en rendre compte puisque la publication de toutes ses lettres n\u2019est pas achevée.Il écrivait des lettres dans les journaux et les revues, mais aussi à des dizaines d\u2019individus.Pierre Baillargeon, François FJébert, ses sœurs, Julien Bigras, John Grube.Le soir, en revenant du travail, Jacques Ferron aimait aller marcher dans les champs à l\u2019arrière de sa maison avec son chien.Là où il y avait des amélanchiers.LE MÉDECIN NOURRIT L\u2019ÉCRIVAIN Il y a l\u2019œuvre et il y a les lettres.On aime bien, dans le monde des spécialistes de la littérature, dire qu\u2019il s\u2019agit de deux univers différents.On publie pour tous, on écrit une lettre à une personne.Le mouvement n\u2019est pas du tout le même.Pourtant, s\u2019agissant de Ferron, il me semble que les correspondances sont un élément majeur de son œuvre.Une œuvre qu\u2019on dit souvent confuse, difficile d\u2019accès, parfois mystérieuse.Or, les lettres que Ferron écrivait sont des lettres qui ne peuvent pas se séparer de l\u2019œuvre.Il écrit des lettres souvent pour s\u2019éclairer lui-même sur le travail qu\u2019il est en train de faire.% L\u2019auteur est professeur de philosophie au collège François-Xavier-Carneau ?Bruno Ricca, Dome Polonais, Montréal, 2003 RELATIONS juillet-août 2005 El RegaRD Mon père, Vous écrivez serré, admirablement.Je reçois vos lettres avec joie et j\u2019ai craint de vous perdre avec mon petit billet un peu méchant sur le jésuite «spécial».C\u2019est la raison pour laquelle je lui avais adjoint une historiette très sérieuse, nonobstant la fin.Depuis, j\u2019ai écrit pour m'excuser.Si vous aviez rompu, mon Dieu!, j\u2019aurais été peiné, mais vous ne l\u2019avez pas fait, et il me semble que notre correspondance a fait un bond.On ne s\u2019écrit pas pour rester sur ses positions - vous, oui, sans doute, mais pas moi qui reste en mouvement sur ce grand sujet que j\u2019appréhende, qui m\u2019attire et me repousse à la fois.Et voici le Verbe, dont je me suis fait une idée qui ne rencontre pas la vôtre.Les mots ne prennent leur sens que dans la phrase.Dieu serait pour moi un principe syntaxique : il fait parler les mots.Et je ne reste pas là; je le conçois comme facteur d\u2019union entre le moi (le vôtre, le mien, cette étrange machine à l\u2019intérieur de laquelle on se trouve) et les autres qu\u2019on n\u2019aperçoit que par le dehors; entre le moi unique, périssable et les autres, multitude proliférante; entre le moi, représenté par le Fils au Jardin des oliviers, suant l\u2019angoisse de la mort, et les autres, représentés par le Père, éternel et glorieux.Certes ainsi, la mort n\u2019est plus solitaire et devient promesse de vie, et c\u2019est là la grande affaire et toute la beauté de notre religion.Mais auparavant, elle me permet de communiquer avec toutes ces gens différentes de moi que je vois par le dehors, qui procèdent du Père, alors que moi, perdu dans mes intérieurs obscurs, sans dehors que j'aperçoive, je pourrais m\u2019y noyer, sans la communion qui me fait autre parmi les autres, et m\u2019aliène pour mieux me ramener à moi-même.C\u2019est ici que mon scepticisme devient secondaire, sinon futile, car je ne parle, je n\u2019écris que par Dieu.Il est le grand truchement.Sans lui, les mots retourneraient aux choses.D\u2019ailleurs, je n\u2019en aurai aucun besoin, dans ma solitude absolue.Je comprends que dans la nuit de feu on adhère à Lui, qu\u2019on s\u2019y fonde, mais ne peut le faire.Zachée monte peut-être sur l\u2019arbre pour garder ses distances.Amitiés et respect.Jacques Ferron (Lettre inédite au père D\u2019Anjou s.j., 20 août 1980) «Je n\u2019ai pas sur la folie le même point de vue que vous.Vous la prenez par le dedans, vous la vivez et la faites vivre.Moi, non.J\u2019ai eu beaucoup de mal à franchir Le pas de Gamelin.Jusqu\u2019à lui j\u2019avais assez de facilité à faire des livres - trop même.Mais avec Le pas de Gamelin, ce fut la catastrophe.» (Julien Bigras et Jacques Ferron, Le désarroi, VLB éditeur, 1988, p.82).m juillet-août 2005 RELATIONS Par les lettres, on constate que le médecin prend souvent le dessus sur l\u2019écrivain.Le médecin nourrit l\u2019écrivain.Le travail de soigner lui permet de voir l\u2019humain dans sa faiblesse.Alors l\u2019œuvre s\u2019en trouve imprégnée.L\u2019œil du médecin est toujours là.Il y a chez Ferron une tendresse qui se dit parfois très légèrement.C\u2019est un homme inquiet.Dans le roman, cette inquiétude ne se perçoit pas toujours.Mais dans les correspondances, dans les lettres aux amis surtout, on retrouve un Ferron affolé par l\u2019idée que son livre n\u2019est pas encore un livre.Oui, il y a toujours le JE et tous les autres qui font les personnages.Il y a toujours beaucoup de monde dans une phrase de Jacques Ferron.Une foule, peut-être tout un peuple.Le sien, celui qu\u2019il a rêvé et celui qu\u2019il a construit.Parce qu\u2019un écrivain est un bâtisseur de monde.L\u2019HISTOIRE FUIT «Un pays c\u2019est plus qu\u2019un pays et beaucoup moins, c\u2019est le secret de la première enfance; une longue peine antérieure y reprend souffle, l\u2019effort collectif s\u2019y regroupe dans un frêle individu.» (Jacques Ferron, L\u2019amélanchier, Éditions du jour, 1970, p.15).Jacques Ferron pensait ses lettres comme un manuscrit.Il a dit, je le répète, qu\u2019il écrivait des contes parce qu\u2019il n\u2019avait pas le temps d\u2019écrire des romans, mais on pourrait dire qu\u2019il écrivait des lettres parce qu\u2019il n\u2019avait pas le temps d\u2019écrire des contes.Ces lettres ne cessent de parler de littérature, de politique, de la vie littéraire dans son ensemble, de ses recherches sur un mot, sur la langue française, des lectures qu\u2019il se préparait à faire ou qu\u2019il venait de terminer.Puis, du pays, toujours du pays.Il faudrait écrire des pays.L\u2019enfance est un pays.On l\u2019abandonne sans choisir de l\u2019abandonner.Il vient un temps où l\u2019enfance nous quitte.Reste des souvenirs, une nostalgie.Un pays est un territoire.Dans ce territoire, on se sent à l\u2019aise ou non.Dans ce territoire, on se déploie, on tente d\u2019exister, de laisser des traces, de faire sa trace.« Il fallait être un maudit fou pour me lancer, moi, petit médecin de quartier, ne faisant pas partie de la faune littéraire, fort peu instruit, dans une entreprise pareille, à la diable.Il est vrai que tout était facile ici et que jamais je n\u2019ai eu la moindre intention d\u2019être lu dans les grands pays sérieux» (Jacques Ferron et François Hébert, Vous blaguez sûrement.Correspondance, Lanctôt éditeur, 2000, p.100).Petit pays incertain, petite littérature fragile.On a toujours l\u2019impression, en lisant Ferron, que rien ne peut tenir longtemps.L\u2019histoire fuit, l\u2019histoire des petits villages, l\u2019histoire des petites personnes, l\u2019histoire d\u2019un petit peuple.Il soigne ses textes comme il soigne ses malades.Il observe le monde, les mondes.Celui qui donne sur la ville, celui qui donne sur l\u2019ancien monde, celui des forêts, celui des légendes et des mythes. y ¦ *~\"- SW.4*^r'.yt&$£Q£>: - -, ' ¦: >r£ M^ÜË ;v*'- Dans ses lettres, il y a ce mélange continuel.Parfois c\u2019est le romancier qui parle, parfois le simple observateur de cette société qui essaie de se déprendre des mensonges du Canada, le plus souvent un homme tout simple qui cherche dans les mots une solution au manque de vie de sa société.Il y a toutes sortes de manières d\u2019entrer dans une œuvre.Celle de Ferron se comprend mieux quand on lit ses lettres.Quand on côtoie l\u2019homme qui écrit.Pas question pour moi d\u2019entrer dans les querelles, bien inutiles souvent, que l\u2019on engage sur l\u2019œuvre et le créateur.Ferron se comprend décidément mieux dans ses lettres et ses lettres conduisent irrémédiablement à l\u2019œuvre.Ce n\u2019est pas le cas avec tous les écrivains, mais dans son cas, la chose me semble évidente.Une lettre éclaire L\u2019amélanchier, une autre La barbe de François Hertel, une autre encore Le ciel de Québec.Je ne vois pas pourquoi on devrait généraliser à tous les écrivains.Ferron se comprend mieux parce qu\u2019il s\u2019y explique.DES RÊVERIES Les lettres sont comme des rêveries.Les rêveries d\u2019un homme qui écrit beaucoup et qui n\u2019aime pas tellement ce qu\u2019il écrit.Un homme qui écrit et qui passe son temps à se dire que la littérature en est encore à naître, comme la peinture, comme le théâtre.Il écrit, écrit, écrit.Ferron se dit que cet acte est beau, que la langue est ce qui fait son peuple.Il ironisait souvent.Les hommes tristes ironisent.Il défendait ce peuple contre lui-même.Il connaissait de toutes petites histoires sur les autorités qui nous gouvernaient.Il connaissait les hommes et les femmes.C\u2019est toujours par là qu\u2019il tente de nous expliquer ce qu\u2019ils sont.Même quand ces individus se nomment Trudeau, Borduas, Duplessis, le cardinal Léger, Jean Drapeau, Pierre Vallières, Marcel Chaput ou René Lévesque.Ferron n\u2019était pas un homme de pouvoir.Il était un écrivain.On ne peut pas l\u2019oublier.Une grande question l\u2019habitait : comment assurer la suite du monde?Question métaphysique dans notre cas, puisque ce peuple qui est le nôtre passe son temps à se questionner sur son existence.Nous vivons à l\u2019intérieur d\u2019un territoire, nous essayons de l\u2019habiter, nous tentons de prendre nos distances, de créer sans cesse nos différences, parfois maladroitement, mais le plus souvent sans trop d\u2019éclats.La suite du monde, ce sont les générations qui viennent après nous.Jacques Ferron s\u2019interrogeait beaucoup sur les liens qui peuvent unir les générations.Il disait qu\u2019il faut beaucoup de chance pour pouvoir être entendu par la génération qui nous suit.Il ne savait pas si son œuvre aurait une existence au-delà de sa Bruno Ricca, propre génération.Ce n\u2019est pas parce que l\u2019on a gagné Imbroglio, Montréal, quelques prix de son vivant qu\u2019on reste vivant.Pour qui 2002 écrire?Comment écrire pour ceux qui ne sont pas nés?Qui s\u2019intéresse aujourd\u2019hui à l\u2019histoire d\u2019un médecin dans le fin fond de la Gaspésie en 1950?Qui peut encore avoir le goût d\u2019entendre parler de Yamachiche ou de cette «mer intérieure» qu\u2019est le lac Saint-Pierre?LE DÉSIR DE FAIRE CROIRE «Tout l\u2019art du roman repose sur la crédulité du lecteur, ce que le conteur populaire sait très bien; il ne ment pas, il trompe pour s\u2019adresser à mots couverts à des non-initiés» {Du fond de mon arrière-cuisine, Éditions du jour, 1973, p.46).C\u2019est peut-être pour cette raison que les lettres racontent aussi des histoires et qu\u2019il nous faut comme lecteur posséder la même crédulité.Finalement, peut-être que nous demeurons toute notre vie des non-initiés pour un écrivain.Tout est perdu pour la littérature lorsque la crédulité disparaît.Tout est perdu parce qu\u2019il y a soudainement la naïve exigence de la vérité.On ne fait pas de la littérature avec de la vérité.On ne fait pas de la littérature sans le désir de faire croire.Toute la culture vit de la crédulité des amoureux de la culture.Un être cultivé, c\u2019est un enfant qui garde les yeux ouverts et qui se dit qu\u2019il y a de la beauté possible en ce monde.Le beau a besoin du rêve pour exister.Alors seulement le monde devient habitable et transformable.Alors seulement les écrivains ont une parole pour nous et peuvent s\u2019adresser à la génération qui vient.Et tant pis si nous ne comprenons pas tout, tant pis s\u2019il faut parfois faire de grands détours pour retrouver cette parole vivante du pays incertain.\u2022 Petit pays incertain, petite littérature fragile.On a toujours l\u2019impression, en lisant Ferron, que rien ne peut tenir longtemps.L\u2019histoire fuit, l\u2019histoire des petits villages, l\u2019histoire des petites personnes, l\u2019histoire d\u2019un petit peuple.RELATIONS juillet-août 2005 m eN BRef RÉFÉRENDUM DE 1995 V A l\u2019occasion du 10e anniversaire du référendum de 1995, le Conseil de la souveraineté veut mettre en place des colloques régionaux dans les cégeps et les universités sur le thème «Mondialisation, démocratie et souveraineté».L\u2019organisme prévoit aussi, parmi de nombreuses autres activités, le lancement d\u2019un livre intitulé «200 noms pour un oui», un forum national et un grand spectacle de commémoration avec Paul Piché le 29 octobre prochain à Montréal.Pour en savoir plus, consulter le site .ABOU G H RAÏB Dans un rapport publié à l\u2019occasion du premier anniversaire de la diffusion des photos à l\u2019origine du scandale de la prison d\u2019Abou Ghraïb, en Irak, Human Rights Watch a affirmé que ce cas n\u2019est que la «partie émergée de l\u2019iceberg» des mauvais traitements infligés par l\u2019armée américaine à des détenus musulmans en de nombreux endroits du monde.L\u2019organisation de défense des droits de la personne juge que ces pratiques s\u2019inscrivent dans un cadre plus large de sévices infligés aux détenus en Afghanistan, sur la base de Guantanamo et ailleurs dans le monde.DROIT À L\u2019EAU Mikhaïl Gorbatchev, président du Comité international la Croix verte, a lancé un appel pour l\u2019élaboration d\u2019une Convention universelle sur le droit à l\u2019eau qui fournirait à tous les peuples un instrument juridique pour défendre leur droit à une eau saine.L\u2019ancien président de l\u2019Union soviétique a fait remarquer que les diarrhées causées par les maladies véhiculées par l\u2019eau avaient tué plus d\u2019enfants au cours des 10 dernières années que tous les conflits armés depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.Il a aussi rappelé que 1,1 milliard de personnes n\u2019avaient toujours pas accès à l\u2019eau potable et que 2,4 milliards d\u2019entre elles ne disposaient pas de services d\u2019assainissement de base.Il a par ailleurs souligné que si les dirigeants des pays développés consacraient 20 dollars par personne et par an au problème de l\u2019eau, ce dernier pourrait être réglé en 10 ans.LETTRE DU 1er MAI V A l\u2019occasion de la Fête des travailleurs et des travailleuses, le 1er mai dernier, le Comité des Affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques catholiques du Québec a proposé une réflexion sur l\u2019humanisation du monde de la santé ().Le document s\u2019inquiète du fait que des projets de loi controversés tracent actuellement la voie pour les entreprises privées.«Ces choix remettent en question les valeurs fondamentales de l\u2019équité et de la justice sociale sur lesquelles la société québécoise s\u2019est bâtie et développée.» Il rappelle aussi que le personnel du réseau de la santé et des services sociaux apporte une contribution exceptionnelle au maintien de services publics de qualité.TRAFIC DE PERSONNES Selon une étude du service de renseignement fédéral, sur une période de six ans, près de 12% des immigrants qui sont entrés illégalement au Canada l\u2019ont fait avec l\u2019aide d\u2019un contrebandier.«Le Canada est devenu une destination de choix pour le marché du trafic des personnes», affirme-t-on dans ce document rédigé à la suite d\u2019une enquête de la Gendarmerie royale du Canada dans le but de mieux comprendre et de contrer ce phénomène.L\u2019ÉDUCATION DES FILLES Un rapport de l\u2019UNICEF saluait récemment la croissance de la fréquentation scolaire au niveau mondial, mais soulignait des disparités entre les régions dans la réalisation des objectifs qui visent à assurer la parité entre les sexes et à garantir que tous les enfants aillent à l\u2019école primaire, d\u2019ici à 2015.«L\u2019éducation des filles gagne du terrain dans le monde entier, mais pas assez rapidement et pas assez systématiquement pour garantir une éducation de base à des millions de filles qui ne sont toujours pas scolarisées», indique l\u2019agence de l'ONU pour l\u2019enfance.Trois régions -le Moyen-Orient/Afrique du Nord, l\u2019Asie du Sud et l\u2019Afrique de l\u2019Ouest et centrale - apparaissent particulièrement éloignées de l\u2019objectif de la parité des sexes dans l\u2019éducation primaire.m juillet-août 2005 RELATIONS Vous avez manqué un numéro?ReLatiONS ReLatiONS des famines ReLatiONS Le pouvoir dans La prison au banc des accusés en mutation ReLatiONS L'altermondialisation en mouvement STE ¦ des*™ Mari» Aostee ReLatiONS Autochtones manage Eglise ReLatiONS ReLatiONS ReLatiONS ReLatiONS Autochtones : de l exil à l'existence politique écologique Sur les traces de la mort ne de mémoire Numéros de Relations encore disponibles : Le scandale des famines (N° 689, DÉCEMBRE 2003) L\u2019éthique est-elle dans l\u2019impasse?(N° 690, JANVIER-FÉVRIER 2004) Le pouvoir dans l\u2019Église (n° 691, mars 2004) Le travail en mutation (N° 692, AVRIL-MAI 2004) La prison au banc des accusés (n° 693, juin 2004) La fin du mariage (N° 694, JUILLET-AOÛT 2004) L\u2019altermondialisation en mouvement (N° 695, SEPTEMBRE 2004) Sur les traces de la mort (N° 696, OCTOBRE-NOVEMBRE 2004) Autochtones : de l\u2019exil à l\u2019existence politique (n° 697, décembre 2004) Autochtones : blanc de mémoire (N° 698, JANVIER-FÉVRIER 2005) L\u2019urgence écologique (n° 699, mars 2005) Chaque numéro est offert au prix de 3 $.Téléphonez au (514) 387-2541, ou écrivez-nous à .RELATIONS juillet-août 2005 daiRSONnaNce I Est-ce moi, un peu, beaucoup?TEXTE : JEAN-FRANÇOIS CASABONNE ILLUSTRATION : STÉPHANIE BÉLIVEAU Ton souvenir s\u2019estompe.Avec toi, serait-ce un amour qui deviendrait un amour de téléphone avec toujours plus de silence entre les sonneries, un amour du dimanche.Faisant envers et contre tout, un acte de foi, comme on avale une hostie.Un amour est devenu un amour comme on parque ses fesses sur un banc de messe au parcomètre de la foi.Un amour d\u2019en attendant, comme on avale une aspirine.Attendant que l\u2019amour s\u2019enracine, que l\u2019amour vienne, qu\u2019il reprenne un jour les rênes, que l'étau se referme sur le mal d\u2019aimer sans amour.Un amour qui manque d\u2019amour.Un amour panne sèche dans un désert sec.Un amour effrité, du sable sur une vitre.L\u2019eau de la mer s\u2019est retirée.Reste le fond de l\u2019océan asséché.Même les vestiges ne sont que ruines sur ruines.Un amour de ruine-babines.Un amour bombarde.Un amour en guerre.L\u2019amour s\u2019évapore entre les pores au port de la vie, l\u2019amour a pris le large et l\u2019espace remplace la chair.J\u2019ai le désir à fleur de lèvres, comme un couteau flaire la peau, l\u2019amour est un vieux souvenir dans l\u2019arrière-train de mon désir.Sur la voie fêlée, mon amour est déraillé.L\u2019enfer, c\u2019est d\u2019être seul, seul sans les autres, seul en soi-même de soi-même.Comment renaître de ses cendres?Comment redescendre aux tisons de l\u2019amour?Comment ressusciter notre amour?De poussière en lumière, de cendre à l\u2019ambre, comment faire renaître ce qui semble mort?Comment extraire de l\u2019inerte la vie?J\u2019entends l\u2019eau de la rivière rire aux éclats.Le temps a mis ses bas gris.J\u2019ai une pustule qui pousse sur le biceps, elle bave comme un nez enrhumé.Le bonheur me rattrape.Je suis toujours dans l\u2019auto.Elle me sourit.Je lui fais signe d\u2019amitié.Elle aussi.Subitement, nous sommes séparés.Les dés et les idées font un fort tintamarre sur le sol qui indique le ciel.Une mouche se cogne dans la vitre de ma lunette.Ça chante « Savez-vous planter des choux?» L\u2019homme-Citroën m\u2019attend.Je prends des photos, c\u2019est une expédition au pays des petits riens.Qu\u2019est-ce que je vis, sinon qu\u2019une longue confusion fertile de sens?Je suis loin de me douter que mon ancrage est à cent lieues de mon fantasme.Et l\u2019équilibre que je cherche diffusément est tout simplement de voir ce qui est.Par exemple, l\u2019oiseau qui se pose sur mes lèvres n\u2019est pas soit un ange, soit une femme de plume, mais bien un oiseau.Mais sincèrement, est-il venu m\u2019embrasser ou tout simplement faire son nid dans ma bouche pour qu\u2019enfin je me taise?\u2022 m juillet-août 2005 RELATIONS daiRSONnaNce v-VU-ÇiiJO I.m A.\"-ré;',ÿ^ 4p|^v,:ii'ïv; ; ¦ -¦ W'&Mïï-'03, ' irj WmBm RV: MS >®mmrn mm ,?v \u2022 ï .\u2022 .\u2022¦¦ ; - Carnet d'accompagnement pour Clairsonnance Pages 46 et 47,14,2 x 19 cm, avril 2005 Techniques mixtes sur carnet moleskine RELATIONS juillet-août 2005 IS muLtimeDias SORAIDA, UNE FEMME DE PALESTINE RÉALISATION : TAHANI RACHED PRODUCTION : YVES BISAILLON (ONF) CANADA, 2004, COULEUR, 119 MIN.une femme de Palestine ON FILM DE TAHANI RACHED Voici un nouveau documentaire de Tahani Rached, plein de sensibilité, dans lequel elle explore le questionnement d\u2019une Palestinienne, de sa famille, de son quartier, d\u2019une nation qui fait l\u2019impossible pour survivre à la guerre et à l\u2019enfermement.Nous sommes introduits dans la vie quotidienne de Soraida et de son réseau familial et amical, loin des clichés photographiques qui nous sont montrés régulièrement dans les journaux télévisés.À de multiples reprises, nous m juillet-août 2005 RELATIONS la voyons étendre le linge dans la cour de sa maison sous les yeux de ses voisins et voisines, tout en conversant avec eux.Signe du temps qui passe, avec ses répétitions journalières, hebdomadaires.Il faut bien laver le linge, même si l\u2019on se trouve dans des situations sans issue apparente.La vie quotidienne ne peut attendre que les conflits se règlent.Les fleurs ont besoin d\u2019être plantées et arrosées, les enfants d\u2019être nourris et éduqués.Le travail au bureau fixe un rendez-vous quotidien.C\u2019est bien cela qui permet de résister à l\u2019usure et au déchirement de l\u2019âme.À Ramallah, la vie continue malgré les couvre-feux et les check points qui la refoulent.Ce qui domine dans le documentaire n\u2019est pas tant la destruction des maisons que l\u2019univers extérieur qui se rétrécit au risque d\u2019emprisonner physiquement et mentalement ceux et celles qui vivent retranchés derrière les barbelés.Comment conserver son humanité au cœur de cette oppression?Comment ne pas devenir haine et colère, réduits à vivre dans le cercle infernal du bourreau et de la victime?Comment résister à la problématique des attentats suicides?Autant de questions qui taraudent l\u2019esprit de ces habitants et occupent l\u2019espace de leurs échanges.Seule la parole est gardienne de leur humanité.Encore faut-il qu\u2019elle émane du profond de l\u2019être et soit le résultat d\u2019un travail intérieur qui laboure et émonde.Rifaat, le mari de Soraida, réfléchit tout haut à sa dignité d\u2019homme sous l\u2019Occupation.Il évoque la peur de se faire réveiller en pleine nuit par les militaires et l\u2019humiliation qu\u2019il vivrait s\u2019ils le forçaient à se déshabiller devant ses enfants effrayés.Om Ali, la voisine, partage ses cauchemars, teintés de la terreur ambiante.La famille de Soraida, quant à elle, exprime sa tristesse et ses tiraillements.Il ressort de ces débats intérieurs et partagés une extraordinaire puissance : celle de la résistance aux forces de mort qui oblige à laisser poindre la vie dans son jaillissement même, dans sa vulnérabilité et l\u2019ébranlement des certitudes.Un je-ne-sais-quoi d\u2019humain qui nous rejoint et nous atteint du côté où peut-être nous aimerions ne pas regarder.ANNE-MARIE AITKEN SITES INTERNET GNAW A DIFFUSION CNAWA-DIFFUSION.COM/ACCUEIL.HTM Cnawa est un mot d\u2019origine arabe que les linguistes traduisent par gnaoua.C\u2019est autant le nom d\u2019un peuple que celui de sa musique: peuple musulman composé de descendants d\u2019esclaves noirs, principalement présents au Maroc; chant traditionnel, religieux et populaire à la fois.Le chant gnaoua est une forme musicale vivante et non un folklore : on en retrouve encore aujourd\u2019hui plusieurs festivals en Afrique du Nord.Cette musique est déjà un syncrétisme : le groupe musical Gnawa Diffusion s\u2019en inspire fortement et pousse plus loin les mélanges de saveurs.Le site de Gnawa Diffusion permet de découvrir cette joyeuse bande de musiciens français qui forment le groupe du même nom.La visite du site est une belle occasion de connaître Gnawa Diffusion, qui récidive d\u2019année en année depuis 1992 : sept albums ont été produits depuis.La musique mélange les genres, les textes métissent muLtimeDias WWttLSNAWA-DlFFUSlON.COM les langues (français, arabe, parfois aussi anglais).Il n\u2019est pas rare de trouver dans un même texte plusieurs langues qui se mêlent sous une musique suave.La facture du site est éclectique et chargée, à l\u2019image de leurs textes.Par exemple, le montage photos qui apparaît à l\u2019ouverture du site nous frappe autant que les paroles des chansons.Personne ne peut rester indifférent.Leur vitrine Internet présente des chansons extraites de leurs plus récents albums.C\u2019est la première étape du parcours avec Gnawa.On peut danser au son de la pièce Itchak el Baz et méditer sur ses textes engagés : « Il y a des choses dont on cause/ Pendant les pauses/ Il y a des causes qui s\u2019imposent/ À fortes doses.» La musique urbaine de Gnawa Diffusion est brûlante d\u2019actualité et leurs textes, de véritables pamphlets incendiaires inspirés des banlieues françaises; ils chauffent les salles de danse et allument les esprits.Les auteurs font flèche de tout bois : rien ne leur échappe.Ils abordent notamment les inévitables injustices devant des écarts de richesse et de statuts sociaux qui ne cessent de s\u2019agrandir dans la métropole: «Le clandestin travaille au noir/ Il n\u2019a rien que ses bagages/ Les oisifs s\u2019empilent sous forme/ De gros tas sauvages/ La haine pour eux s\u2019aménage.» La musique d\u2019inspiration berbère, jamaïcaine, arabe ou française nous permet de beaucoup voyager.Les chansons-engagement passent également d\u2019un endroit à l\u2019autre, d\u2019un pays à l\u2019autre.Leur prise de position pour le peuple palestinien est sans réserve: «Et moi j\u2019attends la Palestine depuis cinquante ans/ De retour les vampires du processus de l\u2019épée/ Ils viennent s\u2019occuper des territoires occupés/ L\u2019Intifada appelle le monde, mais ça sonne occupé.» La dénonciation de la répression en Algérie est sans détour : « Les chacals et les bourrins/ Avec leurs tanks et leur feu/ Se pavanent comme des dieux / Et canardent nos enfants désarmés.» Tout compte fait, Gnawa Diffusion réconcilie world beat et musique populaire, Orient et Occident.Ils sont la preuve vivante que l\u2019on peut être citoyen du monde tout en ayant des racines fortes et profondes.Bref, Gnawa Diffusion démontre qu\u2019il est possible de dresser une critique sévère de notre société contemporaine, en optant à la fois pour un style musical léger et des textes pénétrants, pleins d\u2019espoir.PASCAL DURAND cB Office baby, oh dance baby Dance dance dance Deçà-dance Dance baby, oh dance baby Dance dance dance Abondance (Vf IÎCH4 KEPB42: lî v a dos choses dont on cause Pendant les pauses-Il y\"a des causes qu.s'imposent A forte dose Et le peuple en osmose eu pas S'enfume ou s'arrose Car- sans ta poésm la vie Devient une arthrose, t said an action must be the first e*Pr
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