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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2004-06, Collections de BAnQ.

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[" 1 Le pouvoir de la liberté Entrevue avec Philippe Breton ReLatiONS société politique religion NuméRO 693 juin 2004 La prison au banc des accusés Les excès de l\u2019emprisonnement L\u2019univers carcéral\tÆ* Des voies\tffî- ïû alternatives\tfa//É$.Wmi ry mmâ m mtwssjk mm mm ¦mmmâ .1.ïi Wi' f)VB' ,«*v VI _n * !! 1 9 r fuujs DtOUUU ARTISTE INVITE : ALAIN CHAGNON 977003437800006 sommaiRe NuméRO 693, juin 2004 4 actuaLités HoRiZoNs 9\tUNE CONSOMMATION RESPONSABLE Pierre Bélanger aiLLeuRS 2 6\tLA DIFFICILE TRANSITION POSTSOVIÉTIQUE EN UKRAINE Yann Breault coNtROveRse 28 VOUS AVEZ DIT « MIXITÉ SOCIALE »?Edith Cyr et André Lavallée Nicolas Lefebvre Legault RegaRD 30 LE POUVOIR DE LA LIBERTÉ Entrevue avec Philippe Breton Jean-Claude Ravet 55\teN BRef aLeNtouRS 34 POURQUOI NE PAS ALLER EN PRISON?Hélène Monette 56\tmuLtiméDias 58 LiVRes Couverture : Alain Chagnon, Saint-Vincent-de-Paul, 1989 DossieR ÎO LA PRISON AU BANC DES ACCUSÉS L\u2019univers troublant et méconnu de la vie en détention se dresse en marge de notre corps social.Il lui renvoie pourtant - comme dans un miroir déformant - son image caricaturée.Si les conditions matérielles de l'emprisonnement se sont généralement améliorées, l\u2019univers carcéral demeure cependant le théâtre de profondes souffrances morales et psychologiques.Dans une société démocratique, l\u2019enfermement derrière les barreaux a-t-il toujours un sens?Quelle fonction sociale, politique et économique la prison joue-t-elle au sein de nos sociétés libérales?Y a-t-il des solutions de rechange à ce type de sanction pénale?12 LES EXCÈS DE L'EMPRISONNEMENT Marie-Andrée Bertrand 14 DES PRISONS PRIVÉES AU CANADA?Julie Cantin 17 L'UNIVERS CARCÉRAL Jean-Claude Berheim 21 DES VOIES ALTERNATIVES Entrevue avec Mylène Jaccoud Anne-Marie Aitken 24 LA BONTÉ DERRIÈRE LES BARREAUX Michel Beauchamp ARTISTE INVITÉ Photographe pigiste, Alain Chagnon a débuté la photographie au début des années 1970.Très vite, il s\u2019est intéressé aux phénomènes sociaux.C\u2019est ainsi qu\u2019il a réalisé plusieurs expositions à teneur documentaire, de La Taverne en 1974 à Bande à part en 1987.Depuis, il a mené plusieurs projets sous la forme de carnet de voyage au Sénégal, au Nicaragua et aux États-Unis : De villes en déserts, en 2000.11 a été boursier du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec.Son travail a été exposé au Québec, au Canada et en Europe.11 travaille dans les milieux populaires et syndicaux - principalement à la CSN.ReLatiONS foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d'une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Janice Nadeau Lino (eccoJino@hotmail.com) Jacques Goldstyn RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé, Guy Dufresne, Élisabeth Garant, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Robert Mager, Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, Louise Boivin, René Boudreault, Marc Chabot, Hélène Monette, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans \\'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 32 $ (taxes incluses) Deux ans : 56 $ (taxes incluses) À l'étranger : 40 $ Étudiants : 25 $ TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP), pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n° 09261 2 ) ReLatiONS juin 2004 eDitORiaL Vers une guerre permanente Toujours aussi obsédé par la guerre au terrorisme, George Bush a donné, en avril dernier, le feu vert au plan d\u2019Ariel Sharon qui, s\u2019il prévoit l\u2019évacuation de Gaza, maintient les colonies juives en Cisjordanie.Le président des États-Unis a jugé qu\u2019il serait irréaliste de revenir aux frontières de 1949 dans le cadre de tout accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.11 a même estimé que les réfugiés palestiniens devaient renoncer au droit du retour alors que le plan de paix international prévoit que cette question doit être réglée par des négociations entre les deux partis.Cet appui, en rupture avec des décen- alain Chagnon, nies de politique américaine au Kingston, 2002 Moyen-Orient, a signé l\u2019arrêt de mort de la « feuille de route » et pavé la voie à l\u2019unitéralisme du premier ministre israélien.Nous ne pouvons pas oublier qu\u2019Ariel Sharon est venu au pouvoir avec l\u2019intention de défaire les accords d\u2019Oslo qu\u2019il n\u2019a jamais cessé de considérer comme une trahison.D'ailleurs, ceux qui l\u2019entourent cachent de moins en moins leur désir d\u2019empêcher le partage de la terre entre deux peuples, de reconquérir les territoires palestiniens autonomes et de forcer le départ d\u2019au moins une partie de la population arabe.11 serait donc illusoire de penser que le père des colonies acceptera de jouer le rôle de leur fossoyeur.Lors d\u2019une récente entrevue à la deuxième chaîne de télévision israélienne, il déclarait: «J\u2019aurais préféré négocier pour parvenir à un accord avec les Palestiniens, mais je suis parvenu il y a plusieurs mois à la conclusion qu\u2019il n\u2019y avait aucune possibilité d\u2019avancer sur la feuille de route car les Palestiniens ne respectent pas leurs engagements.» La paix en Israël-Palestine est dans l\u2019impasse.Peur et désespoir ont pris le pas sur la raison, \u201c\u201c engendrant la haine et la violence des deux côtés.Plus que jamais, le conflit s\u2019enlise dans le sang et la boue.Il nous confine à un sentiment d\u2019impuissance.Comment faire entendre raison à ceux qui croient pouvoir coloniser un peuple en lançant contre lui chars blindés et armée dans l\u2019espoir de mater sa révolte populaire?Comment, en même temps, convaincre les fanatiques prêts à envoyer à la mort de jeunes adolescents - voire des enfants - que le terrorisme gratuit ne peut qu\u2019engendrer l\u2019esprit de vengeance et de revanche?Que faire pour briser le cercle des attentats palestiniens barbares et des représailles israéliennes non moins féroces?L\u2019engrenage de la violence a pris la place de la médiation diplomatique et politique.Pendant ce temps, la guerre en Irak s\u2019enlise, elle aussi.La lutte au terrorisme ne cesse d\u2019engendrer la terreur avec son lot d\u2019attentats contre des civils, de morts et d\u2019atrocités inacceptables qui, malheureusement, sont banalisés par des images médiatiques à répétition.Le mensonge tient lieu de politique.Les États-Unis qui étaient censés apporter la démocratie au Moyen-Orient s\u2019en révèlent incapables.Ils ont perdu toute crédibilité dans le monde arabe.Les méthodes de l\u2019administration Bush ont créé, au contraire, le chaos et la barbarie.Celle-ci récolte ce quelle a semé.L\u2019inhumanité avec laquelle les prisonniers sont traités ne paraît pas être un incident de parcours, mais fait partie intégrante de la guerre qui se livre.La libération promise n\u2019est pas au rendez-vous.Al-Qaida, bien qu\u2019affaiblie, n\u2019est pas détruite, elle s\u2019adapte aux attaques dont elle est l\u2019objet.La victoire du bien sur le mal n\u2019est pas pour demain.L\u2019avenir s\u2019annonce donc toujours aussi préoccupant.Les États-Unis pourraient s\u2019installer dans un état de guerre permanent, reproduisant ainsi à l\u2019échelle mondiale le conflit israélo-palestinien.Quelques semaines après le 11 septembre, George Bush n\u2019avait-il pas déclaré que la guerre devait durer « aussi longtemps que l\u2019on terrorisera des gouvernements »! À cela, Ben Laden ripostait, en janvier 2004, par la déclaration « d\u2019une guerre sans fin avec l\u2019Empire américain.jusqu\u2019au jugement dernier ».Les changements de gouvernements lors de prochaines élections, même s\u2019ils alimentent un peu l\u2019espoir, n\u2019apporteront pas nécessairement un revirement de la situation actuelle.La démocratie est plus que jamais à protéger et à cultiver pour empêcher quelle ne soit emportée par les ouragans de haine et de violence.Anne-Marie Aitken juin 2004 ReLatiONS actuaLites L'angoisse des innocentes Les assassinats de milliers de femmes dans les quartiers pauvres de la capitale du Guatemala ravivent le souvenir des escadrons de la mort Martin Movilla l'auteur travaille au T'X e nombreux changements so-Comité chrétien pour I I ciaux, économiques et politi-les droits humains\tæS ques se sont produits au Gua- en Amérique latine\ttemala ces dernières années.Bien que les conséquences de l\u2019intervention armée, du génocide contre le peuple maya et des violations des droits humains pour raisons politiques se fassent encore sentir, le pays s\u2019approche de plus en plus des chemins de la démocratie en cherchant des solutions concertées aux conflits.Toutefois, une nouvelle tache de sang couvre les rues, les maisons et les terres de cette nation.De façon systématique, des femmes sont mystérieusement éliminées.Ces disparitions constituent un des cas les plus horribles de l\u2019histoire récente de l\u2019Amérique centrale.Les statistiques fournies par les organismes qui travaillent pour les droits humains et par les groupes militants qui défendent la cause de femmes indiquent que les rues se sont transformées, au cours des trois dernières années, en un véritable cauchemar pour les femmes guatémaltèques : 1102 d\u2019entre elles ont été assassinées, la plupart après avoir été sauvagement torturées et violées.La majorité des victimes étaient des jeunes, habitant les quartiers pauvres de la capitale.Ces assassinats mystérieux s\u2019ajoutent à une violence quotidienne à l\u2019égard des femmes, déjà intolérable : plus de 25 000 cas de violence intra-familiale et 507 viols ont été dénoncés l\u2019an dernier.En outre, les rapports officiels du bureau du procureur reconnaissent CI qu\u2019une femme par jour est assassinée au Guatemala.Les premiers cas d\u2019assassinats commis dans les quartiers pauvres de la capitale guatémaltèque avaient suscité une forte réaction des groupes sociaux.Ceux-ci avaient exigé des autorités des recherches et des actions concrètes pour mettre un frein à ces homicides.Une des demandes avait pour but de permettre aux femmes qui se sentaient en danger d\u2019avoir recours à la protection des autorités.Toutefois, ni les protestations, ni la campagne de lettres n\u2019ont atteint leurs objectifs.Le gouvernement est resté indifférent et n\u2019a rien fait pour poursuivre en justice les responsables des crimes et protéger la vie des femmes.Depuis, les groupes de pression n\u2019ont cessé de dénoncer les homicides et de faire appel à la solidarité internationale pour obtenir que la police locale, les procureurs et les membres du gouvernement assument leurs responsabilités.La situation est si grave que le rapporteur spécial des Nations unies responsable du dossier concernant la violence faite aux femmes, Yakin Ertürk, a visité récemment le Guatemala pour s\u2019informer des détails de ce que les experts commencent à appeler un « fé-minicide ».Après sa visite, elle s\u2019est déclarée indignée et surprise de voir de pareilles atrocités se produire dans ce pays et a lancé un appel pressant aux autorités pour quelles prennent immédiatement les mesures nécessaires afin de protéger les femmes et de mettre sous les verrous les responsables des crimes.Yakin Ertürk publiera le rapport final de son enquête à la fin de cette année.On espère que ses conclusions contribueront à forcer le gouvernement à s\u2019investir sérieusement dans cette affaire.La visite de la fonctionnaire de l\u2019ONU a été coordonnée par le Réseau de non-violence contre la femme, une coalition de 22 organismes qui consacrent une grande partie de leur temps à combattre la violence intra-familiale.Cette coalition effectue un suivi permanent des cas répertoriés et maintient une communication constante avec les autorités pour exiger l\u2019ouverture de procès et de recherches qui permettraient d\u2019établir la responsabilité et les motifs des crimes.Elle dispose aussi de l\u2019appui de personnalités guatémaltèques et étrangères, dont Jane Fonda.Après avoir rencontré les groupes de femmes, les organisations de droits humains et les dirigeants politiques pour connaître le détail des cas, l\u2019actrice s\u2019est déclarée effrayée devant tout ce quelle avait entendu, vu et appris sur cette situation.Elle s\u2019est engagée à lancer une campagne mondiale pour faire connaître ce qui arrive aux femmes guatémaltèques.Actuellement, son organisation, V Day, travaille pour obtenir l\u2019appui d\u2019artistes et de militants des États-Unis et d\u2019Europe.La façon dont les assassinats sont commis et la facilité avec laquelle les assassins agissent font revivre aux Guatémaltèques le passé récent, lorsque les membres des groupes paramilitaires torturaient, violaient et assassinaient les femmes en toute impunité.Personne ne connaît les mobiles des meurtres actuels.Les recherches officielles n\u2019ont fourni aucun indice.Quelques représentants du gouvernement en attribuent la res- ReLatiONS juin 2004 actuaLites ponsabilité à des bandes de jeunes qui pratiquent des rites sataniques et assurent qu\u2019il n'existe aucune con- nexion entre les meurtres.Cependant, les groupes de pression et le bureau du procureur n\u2019excluent pas une violence institutionnelle qui impliquerait la participation de policiers.Il est urgent d\u2019agir pour mettre un terme à ce « féminicide » et empêcher que d\u2019autres innocentes soient tuées.\u2022 La région, objet de convoitise Avec la création des Conseils régionaux des élus, le gouvernement s'entête à vouloir réduire les régions à une dimension strictement gestionnaire Guy Dufresne Jusqu\u2019en décembre dernier, ce sont les Conseils régionaux de développement (CRD) qui prétendaient parler au nom de leur région.Toutefois, depuis la récente décision du gouvernement du Québec, c\u2019est dorénavant le Conseil régional des élus (CRE) qui, dans les régions, remplace le Conseil régional de développement.Si ce dernier était composé pour un tiers d\u2019élus municipaux et pour le reste de représentants des principaux groupes d\u2019intérêts (patronaux, syndicaux et sociaux), le CRE repose uniquement sur les élus municipaux.Or, cette formule d\u2019un regroupement d\u2019élus municipaux s\u2019est développée historiquement, au Québec, dans le cadre des Communautés urbaines et des Municipalités régionales de comtés (MRC), où elle a pu faire la preuve de son incapacité à surmonter la lourdeur des enjeux locaux et, surtout, de son déficit démocratique.Une fois de plus, avec la formation des CRE, la région n\u2019est qu\u2019un objet de convoitise, tant pour les élus municipaux ou provinciaux que pour les multiples groupes d\u2019intérêts.Depuis décembre dernier, le gouvernement écarte donc les représentants des groupes d\u2019intérêts pour laisser uniquement les élus municipaux prendre la parole au nom des citoyens du territoire régional.Certes, les élus municipaux disposent de la légitimité que leur confère l\u2019élection municipale, mais le cadre municipal demeure la source et la limite du pouvoir des élus municipaux (avec, toutefois, une extension par légitimité secondaire à la MRC).Autrement dit, l\u2019espace public municipal est le seul espace démocratique en dehors des grandes instances parlementaires, provinciale et fédérale.Depuis plus de 20 ans, l\u2019implantation des divers dispositifs régionaux a constamment évité la constitution d\u2019une arène politique disposant d\u2019un réel pouvoir décisionnel, de la légitimité et de la responsabilité démocratique, privant ainsi la région de ce qui donnerait aux citoyens une réelle emprise sur ce qui les concerne.En fait, quand elle finit par apparaître sur la scène politique et administrative, la région est privée de ce qui lui donnerait sens et réalité.D\u2019ailleurs, non seulement le gouvernement actuel implante le CRE, ce dispositif bancal, mais il nous invite de plus à participer à une loterie de consultation régionale, appelée Forums régionaux, où le hasard déterminera quelles seront les personnes invitées à prendre la parole.11 s\u2019agit, en quelque sorte, de l\u2019application du système « Star académie » en lieu et place de la démocratie, tant représentative que participative.Plus que jamais, le gouvernement s\u2019entête à réduire la région à une dimension strictement gestionnaire, politiquement impotente.La démarche des forums régionaux en donne une illustration pathétique.Au cours des dernières années, ce sont les représentants des principaux groupes d\u2019intérêts qui ont eu un accès privilégié aux instances régionales, notamment avec la formule des CRD.Ces groupes, désignés « forces vives » du milieu par les politiques régionales antérieures, pouvaient agir directement sur des politiques et des fonds publics.Ces groupes d\u2019intérêts jouaient le jeu de la démocratie de participation sans pour autant couvrir la totalité du champ de l\u2019action citoyenne.Les groupes d\u2019intérêts, qu\u2019ils soient issus du monde des affaires ou des mouvements syndicaux ou sociaux, ont pu ainsi faire l\u2019économie de l\u2019action politique auprès des citoyennes et des citoyens du territoire régional.L\u2019es- juin 2004 ReLatiONS (D actuaütes L'auteure est COORDONNATRICE du Collectif pour un Québec sans PAUVRETÉ En avant, en arrière, de côté Le plan d'action gouvernemental tant attendu en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale fait des pas en tous sens pace de gestion a certainement des mérites, mais il n\u2019a pas celui d\u2019être un lieu démocratique.Quand les groupes organisés s\u2019expriment dans l\u2019espace public, c\u2019est déjà la société politique qui se manifeste, mais cela nécessite un minimum de démocratie pour devenir autre chose qu\u2019un marché.Le gouvernement actuel, en lien avec les gouvernements antérieurs, évite la construction politique de la région.Ainsi, la question fondamentale du déficit démocratique de la région n\u2019obtient, en guise de réponse gouvernementale, qu\u2019un bricolage symptomatique d\u2019une régression démocratique.Une seule chose est sûre : par-delà les discours officiels, les décisions gouvernementales qui pourraient éventuellement venir modifier les choses n\u2019iront certainement pas dans le sens d\u2019un amoindrissement du contrôle gouvernemental sur l\u2019espace régional.Le copinage d\u2019intérêts semble avoir de belles années devant lui.Qu\u2019en sera-t-il pour les citoyennes et les citoyens qui occupent le territoire régional et qui y sont chez eux?L\u2019année 2005 constitue, pour le gouvernement du Québec, l\u2019horizon de sa politique de décentralisation vers les régions et les Conseils régionaux des élus.De plus, ce sera l\u2019année des élections municipales dans toutes les municipalités du Québec.C\u2019est dire qu\u2019à partir de l\u2019automne 2005, il apparaît raisonnable de considérer que les principaux partis politiques provinciaux, voire fédéraux, vont se mobiliser afin de contrôler les institutions politiques municipales et régionales.\u2022 Vm \\ Vivian Labrie Le plan d\u2019action gouvernemental tant attendu, Concilier liberté et justice sociale: un défi pour l\u2019avenir, a finalement été publié le 2 avril dernier, 11 mois après la date fixée par la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Les militants sociaux à l\u2019extérieur du Québec auront été impressionnés par le plan et les mesures budgétaires correspondantes, ainsi que par l\u2019impact de la loi qui en imposait la publication.Comment, sans cette loi, aurait-il pu arriver qu\u2019un gouvernement de droite, dans sa première année au pouvoir, investisse la majeure partie de 2,5 milliards de $ sur cinq ans en amélioration directe du revenu de personnes en situation de pauvreté?On aura salué la distance prise face au workfare qui prédomine en Amérique du Nord et la transformation assez exemplaire de la fiscalité des familles vers un système universel d\u2019allocations familiales, incluant une composante respectable pour les familles à faible revenu.Au Québec, on aura aussi remarqué les détériorations de revenus, l\u2019insuffisance de la protection des prestations d\u2019aide sociale, l\u2019incohérence dans le fait de miser sur l\u2019emploi comme voie de sortie de la pauvreté sans agir sur la pauvreté au travail et sans budgéter les mesures d\u2019aide à l\u2019emploi que cela suppose.Ajoutons l\u2019absence de réponses à des demandes urgentes comme le rétablissement de la gratuité des médicaments à l\u2019aide sociale, le défaut de mettre en place les institutions de suivi prévues par la loi et le silence sur la participation citoyenne.Et « l\u2019effet ma-fiana»: presque toutes les mesures intéressantes commenceront en 2005, voire au-delà.Tout en répondant très imparfaitement aux exigences de la loi, le plan d\u2019action améliorera les conditions de vie de milliers de personnes.sélectivement.Le plus intéressant ira aux familles au salaire minimum avec deux enfants.Leur revenu disponible augmentera de 5030$ en 2005 pour un revenu disponible de 26 790 $, grâce notamment aux mesures Soutien aux enfants (1750 $ de plus) et Prime au travail (2750$ de plus).Le pire recul touchera les plus pauvres : les personnes à l\u2019aide sociale, sans enfant, aptes au travail et sans revenu de travail.Leur revenu se détériorera à cause de la décision, sciemment prise au nom de l\u2019incitation au travail, de n\u2019indexer leur prestation déjà trop basse qu\u2019à la moitié du taux retenu pour les autres ménages.Leur prestation mensuelle passera de 533 $ à 536 $ en 2005, pour un pouvoir d\u2019achat moindre.Qui peut vivre au Québec avec si peu?Un choix coûteux pour le sentiment de justice et la santé publique et inacceptable pour un plan d\u2019action destiné à lutter contre la pauvreté.Faire progresser le régime social et fiscal actuel en direction d\u2019un Québec sans pauvreté supposerait de grands redressements dans l\u2019approche des revenus des individus et de leur interdépendance dans la production et la distribution de la richesse.Quelques 6 ) ReLatiONS juin 2004 'r~-~ au \\it-m i JH» actuaLités risque toutefois d\u2019encourager le travail à bon marché si on ne met pas les employeurs face à leur responsabilité de fournir des conditions de travail qui sortent les travailleurs de la pauvreté.Pendant ce temps, l\u2019œuvre de sape de la « réingénierie » se poursuit du côté des services.Devant ces pas en avant, en arrière et de côté, quelle est la suite pour l\u2019action citoyenne?Les annonces récentes viennent du moins clarifier les enjeux « post plan d\u2019action » : une sécurité du revenu qui couvre les besoins essentiels, à commencer par sa pleine garantie et indexation, et un salaire minimum qui sorte de la pauvreté.\u2022 © Alain Chagnon, 2000 pas sont faits, de façon discontinue et cahoteuse, cumulant avancées et effets pervers.On ne fixe ni seuil de couverture des besoins essentiels, ni seuil de sortie de pauvreté à atteindre.Ces cibles sont donc perdues et leur atteinte laissée au hasard de l\u2019évolution des revenus des personnes.Les pénalités pour refus de mesure sont éliminées à l\u2019aide sociale, mais les coupures compensatoires pour trop perçus de diverses natures restent.La hausse des prestations de base n\u2019est pas recherchée.Rien n\u2019est prévu pour amener le salaire minimum à temps complet à la sortie de la pauvreté.La Prime au travail opère un début de rectification du traitement du revenu entre la prestation d\u2019aide sociale de base sans revenu de travail jusqu\u2019au-delà du seuil d\u2019imposition nulle.En gros, les gains de travail permis sont annualisés.Le plateau subséquent où chaque dollar supplémentaire est présentement totalement déduit de la prestation reçue est transformé pour qu\u2019il reste toujours quelque chose de chaque dollar gagné.Le revenu continue ensuite d\u2019être Le panier de crabes de Kanesatake La crise qui fait rage depuis janvier 2004 n'est pas la résurgence d'une situation qui aurait couvé sous les cendres depuis la crise d'Oka René Boudreault Les troubles qui agitent la communauté mohawk de Kanesatake (1200 habitants), et qui font les manchettes des médias depuis plusieurs mois, révèlent trois problèmes majeurs : une importante criminalité l'auteur vient de en croissance, un service de sécurité\tpublier du mépris au publique déficient et un leadership po-\trespect mutuel.Clefs litique divisé.Ces ingrédients liés à un d'interprétation des contexte territorial singulier, à une\tenjeux autochtones au zone grise quant à l\u2019application des lois\tQuébec et au Canada, générales, à une politique fédérale de écosociété, 2003 juin 2004 ReLatiONS bonifié jusqu\u2019à l\u2019atteinte d\u2019un revenu de 15 000 $ pour les personnes seules et de 42 000 $ pour une famille de deux adultes et deux enfants.Cette mesure actuaLites Manifestation dans LA COMMUNAUTÉ MOHAWK DE Kanesatake EN JANVIER 2004, Canapress/ Ryan Remiorz l\u2019autruche et à une intervention provinciale digne de celle d\u2019un éléphant dans un magasin de porcelaine, ont constitué un mélange explosif.Pour bien comprendre la situation, il convient de spécifier dès le départ qu\u2019il n\u2019existe pas de crise autochtone au Québec.Mais il existe bel et bien une crise dans la communauté mohawk de Kanesatake.Cette précision évite de généraliser et de faire porter à d\u2019autres communautés des Premières nations l\u2019odieux de ce qui ne les concerne pas.De l\u2019avis de nombreux observateurs, la majorité démocratique actuelle du conseil de bande et son chef -James Gabriel - manifestent la volonté populaire d\u2019extirper le crime organisé de leur communauté.En effet, une majorité des citoyens de Kanesatake ont élu le camp Gabriel, et ce à trois reprises depuis 1996.Ce mode d\u2019élection démocratique des dirigeants a remplacé le mode dit « traditionnel ».Ce dernier relevait des mères de clans et avait engendré une forme de nationalisme autochtone local, qualifié de « mafieux» par plusieurs analystes.La tradition était facilement invoquée pour rationaliser et couvrir une gestion désastreuse des subsides fédéraux et des activités à l\u2019éthique douteuse.Il est évident qu\u2019à Kanesatake, le crime organisé fait tout pour déstabiliser un pouvoir fragile mais légitime.En s\u2019attaquant à la criminalité, ce pouvoir court le risque d\u2019être pris à partie et ses représentants risquent leur vie, surtout s\u2019ils ne sont pas épaulés par les pouvoirs supérieurs de l\u2019État et par les policiers.Dans ce contexte, une minorité violente peut manipuler les structures et les pouvoirs publics à son profit, quitte à changer les règles du jeu s\u2019il le faut.C\u2019est pourquoi on ne peut que s\u2019étonner de l\u2019attitude du ministre québécois de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, qui a discrédité devant la presse le chef Gabriel et qui a torpillé une stratégie d\u2019intervention policière conçue avec l\u2019aide d\u2019autres corps policiers autochtones.Cette manière de court-circuiter l\u2019autorité locale, de négocier directement avec une commission de police - de toute évidence manipulée par une minorité dissidente -, et d\u2019amener sur place des policiers non assermentés et sans pouvoir d\u2019enquête, nous oblige à nous demander si le ministre a fait délibérément le choix politique de limiter la solidarité et l\u2019autonomie des corps policiers autochtones du Québec au détriment de la sécurité publique.De plus, le fait qu\u2019il ait conclu que le problème de sécurité publique était résolu par la nomination du nouveau chef de police, Thompson, en dit long sur son flair politique et son sens de l\u2019État et du droit! Cette crise est révélatrice de plusieurs fantômes qui se cachent dans le placard des relations que nous entretenons entre Autochtones et alloch-tones.Le Québec craint comme la peste que sa crédibilité nationale et internationale soit affectée par ses actions - aussi légitimes soient-elles -envers les Autochtones.L\u2019un après l\u2019autre, les gouvernements québécois préfèrent étouffer ces affaires au lieu de les régler, quitte à faire face à des résurgences sporadiques et à verser un peu d\u2019huile sur la roue lorsqu\u2019elle grince.Le gouvernement canadien, quant à lui, se cache derrière la compétence provinciale en matière de sécurité publique pour ne pas assumer sa responsabilité constitutionnelle (article 91 [24] relatif aux Indiens et aux terres réservées aux Indiens) et ce, au nom d\u2019un concept d\u2019autonomie gouvernementale qui n\u2019a de réalité que dans le discours du ministre.Le fédéral se défile ainsi de sa responsabilité de tuteur et de fiduciaire en vertu de la Loi sur les Indiens.D\u2019un point de vue éthique, certains défendent la cause de la justice, de la paix sociale et de la liberté, tandis que d\u2019autres manient ouvertement l\u2019intimidation et la violence afin de protéger des intérêts voyous.Une attitude de fermeté, de patience et de bon jugement politique semble être la solution à long terme.\u2022 ReLatiONS juin 2004 HORIZONS Une consommation responsable L'auteur, jésuite, EST CONSEILLER EN COMMUNICATIONS AUDIOVISUELLES, RÉALISATEUR EN RADIO ET EN TÉLÉVISION Pierre Bélanger En juillet 1978, la multinationale britannique Cadbury fermait abruptement sa confiserie de Montréal, déclenchant un mouvement de réprobation populaire et une campagne de boycott contre la Caramilk et d\u2019autres friandises.Depuis lors, je maintiens ma participation à cette action de protestation et j\u2019ai compris, récemment, que je n\u2019étais pas le seul.En mars 1987, Electrolux fermait de manière sauvage son usine montréalaise, entraînant également un boycott.Deux fois depuis, lors d\u2019achat d\u2019aspira- La consommation responsable, liée au concept du développement durable, a fait son chemin dans l'esprit du grand public.teurs, j\u2019ai incité des confrères à éviter la marque Electrolux pour continuer à protester contre le manque de sensibilité sociale de l\u2019entreprise.Plus récemment, en 2002, partageant le sentiment de tant d\u2019automobilistes d\u2019être l\u2019otage des grandes pétrolières, j\u2019ai participé - et je continue de participer - au boycott de Shell et d\u2019Esso.La théorie est la suivante : si un assez grand nombre de consommateurs cessent de s\u2019approvisionner chez les deux plus grands distributeurs, ceux-ci devront baisser leurs prix pour reprendre leur part de marché; cette baisse de prix se reflétera nécessairement aussi chez les concurrents.Sachant que je continue de boycotter Petro-Canada qui, au temps où elle était société de la Couronne, avait effrontément choisi une politique d\u2019affichage bilingue au Québec, en opposi- tion flagrante à l\u2019esprit de la loi 101, le nombre de stations d\u2019essence où faire le plein se trouve fortement réduit.Mais j\u2019ai le sentiment de faire ma petite part, celle de l\u2019humble consommateur averti et surtout conscientisé au cœur d\u2019un monde économique qui, au premier abord, peut sembler nous échapper totalement.On a longtemps cru que la prise en compte des facteurs éthiques dans la consommation de biens et services était l\u2019affaire de quelques groupuscules peu réalistes, qui pensaient pouvoir faire trembler les géants du commerce.Ils aboyaient sans mordre, disait-on.La consommation responsable, liée au concept du développement durable, a pourtant fait son chemin dans l\u2019esprit du grand public.Aujourd\u2019hui, une bonne proportion des jeunes, en particulier, est sensible aux aspects écologiques; c\u2019est d\u2019ailleurs une raison de boycotter Exxon-Mobil-Esso, après les désastres écologiques dont la compagnie a été responsable et compte tenu de sa lutte contre les accords de Kyoto.Les conditions de travail des employés font aussi partie des critères d\u2019achat d\u2019un nombre croissant de consommateurs.Qui, de nos jours dans les pays développés, achèterait un tapis indien sans avoir la garantie qu\u2019il n\u2019a pas été fabriqué par des enfants enchaînés à leur métier?Même s\u2019il reste du chemin à faire, la sensibilisation réalisée chez nous, en particulier par l\u2019action du jeune Craig Kielburger contre l\u2019exploitation des enfants au travail, a brassé la cage.Elle force les géants du jouet à certifier aux consommateurs le sérieux avec lequel ils s\u2019engagent à lutter contre l\u2019exploitation des travailleurs, en particulier des enfants.Ceux et celles qui participent à ce mouvement éthique au cœur de la société de consommation ne sont plus considérés comme un petit groupe d\u2019hurluberlus.Le journal Le Monde rapportait, le 29 mars 2004, que les agences de publicité et de marketing devaient maintenant tenir compte de cette large proportion de consommateurs rejoints d\u2019une manière ou d\u2019une autre par le discours altermondialiste.Ils possèdent désormais un pouvoir d\u2019achat certain.En y réfléchissant, je me sens fier d\u2019être « membre » de ce groupe de consommateurs avertis nouveau genre: dans un monde où nous nous sentons si petits face aux forces macroéconomiques qui nous dépassent, il est bon de mesurer que l\u2019on peut, à travers des mouvements de solidarité, avoir une certaine influence.En même temps, j\u2019ai conscience de vivre certaines ambiguïtés et je ne me propose pas en modèle.On me reproche d\u2019entrer chez Wal-Mart pour y acheter des chemises faites en Malaisie, et je n\u2019hésite pas à vanter le service que me rend McDo au cours de mes déplacements partout dans le monde! Cependant, je cherche généralement à faire des choix de consommation qui tiennent compte de mes préoccupations éthiques.Et quand je me demande pourquoi je le fais, je ne trouve qu\u2019une réponse : c\u2019est pour être fidèle à l\u2019Évangile.La vie et l\u2019enseignement de Jésus poussent à la solidarité, à la modération dans l\u2019utilisation des biens, à la priorité des personnes sur les choses.Cette même motivation m\u2019amène, comme membre du conseil d\u2019administration d\u2019une ONG de développement international, à promouvoir le commerce et le tourisme équitables.D\u2019autres motivations sont possibles, et tout aussi fondées, mais, pour moi, c\u2019est l\u2019option chrétienne qui me fait résister à l\u2019attrait de la Caramilk.\u2022 juin 2004 ReLatiONS (£> dOSSieR La prison au banc des accusés Marco Veilleux La prison, qui s\u2019en soucie?On n\u2019en parle que lorsque survient une mutinerie, un meurtre de gardien, une évasion spectaculaire ou la découverte d\u2019un réseau de « passeurs » de drogue.Mais autrement, pour le commun des mortels, ce lieu de « mise à l\u2019écart » reste dans l\u2019ombre.Les idées toutes faites ont alors beau jeu : « La prison, c\u2019est le quatre étoiles! On y trouve des tables de billard et la télévision câblée! On y est logé, nourri, blanchi aux frais des contribuables! » Par-delà ces clichés, Relations tente de soulever un pan du voile qui recouvre l\u2019institution carcérale.Bien sûr, il faut reconnaître que les conditions matérielles de l\u2019emprisonnement se sont généralement améliorées.Néanmoins, cet univers demeure le théâtre de profondes souffrances morales et psychologiques.Lieu de violence et de promiscuité, il incarne la privation des droits qui nous sont les plus chers - la liberté, l\u2019autonomie et le respect de la vie privée.Il sert aussi à la « gestion » et au contrôle social des populations marginales ou défavorisées.Un seul exemple suffira à l\u2019illustrer : les femmes d\u2019origine autochtone, qui ne représentent pourtant qu\u2019une infime proportion de la population canadienne, constituent presque le quart de la population carcérale féminine.Le système carcéral canadien relève à la fois de la juridiction fédérale et de la juridiction provinciale.Au fédéral, les établissements -\tqu\u2019on appelle « pénitenciers » (Donnacona, Leclerc, Joliette, etc.) -\treçoivent les détenus condamnés à des sentences de deux ans et plus.Les établissements qui relèvent du provincial, quant à eux, s\u2019appellent des « prisons » (Bordeaux, Tanguay, Orsainville, etc.).Ils reçoivent les détenus condamnés à des sentences de deux ans moins un jour, ainsi que toutes les personnes mises en détention préventive (c\u2019est-à-dire des prévenus qui ne sont pas encore jugés, mais qui sont détenus en attente de leur procès).Tous les établissements -qu\u2019ils relèvent du fédéral ou du provincial - sont classés par niveaux de sécurité : sécurité minimale, moyenne, maximale ou multiple.Des questions se posent donc.Dans une société démocratique, l\u2019enfermement derrière les barreaux a-t-il toujours un sens?À quelles conditions et avec quels objectifs?Quelle fonction sociale, politique et économique la prison joue-t-elle au sein de nos sociétés libérales?Est-elle réellement au service du droit, de la justice et de la sécurité publique?Comment assurer le respect de la dignité humaine dans le milieu carcéral?Y a-t-il des solutions de rechange à ce type de sanction pénale?Sans prétendre cerner l\u2019ensemble des tenants et des aboutissants d\u2019un aussi vaste débat, des personnes ont généreusement accepté de contribuer à notre dossier.D\u2019abord, Marie-Andrée Bertrand nous fait voir que, si les principes mis de l\u2019avant par le droit pénal canadien témoignent de modernité, de souplesse et de modération, il y a un écart réel entre ces principes et leur application excessive et coûteuse.Julie Cantin, pour sa part, nous alerte sur le danger des prisons privées qui pavent la voie à une « industrie de l\u2019emprisonnement » trouvant son intérêt dans la « criminalisation » grandissante des problèmes sociaux.De son côté, Jean-Claude Bernheim dénonce le caractère totalitaire d\u2019une institution pénitentiaire qui semble se tenir à l\u2019écart des valeurs les plus fondamentales de notre culture démocratique.Alors que la justice punitive montre de nombreux signes de durcissement, de nouvelles formes de justice se développent.Mylène Jaccoud porte ici un regard critique sur la mise en œuvre de ces nouvelles formes.Elle signale l\u2019écart qu\u2019il peut y avoir entre l\u2019idéal qui les motive et leur possible récupération par un néolibéralisme qui les pervertit.Enfin, Michel Beauchamp évoque la mission des aumôniers de prison qui sont habités par la conviction que toute personne, en dépit de ses écarts de conduite, mérite écoute, présence gratuite et respect de sa dignité.Au travers de ces textes, s'immisce aussi la poésie de détenus qui, dans le cadre d\u2019un studio de radio à la prison de Bordeaux, trouvent une voie d\u2019expression libre.Relations souhaite donc, par ce dossier, mettre en lumière quelques-uns de ces multiples écarts qui traversent l\u2019univers troublant et méconnu de la prison.Un univers qui se dresse en marge de notre corps social mais qui, pourtant, lui renvoie -comme dans un miroir déformant - son image caricaturée.10! RelatiONS juin 2004 Alain Chagnon, Saint-Vincent-de-Paul, Laval, 1989 « Comment la prison ne serait-elle pas immédiatement acceptée puisqu\u2019elle ne fait, en enfermant, en redressant, en rendant docile, que reproduire, quitte à les accentuer un peu, tous les mécanismes qu\u2019on trouve dans le corps social?» Michel Foucault, Surveiller et punir, 1975 juin 2004 ReLatiONS (il dOSSieR Les excès de l'emprisonnement L'auteure est PROFESSEURE ÉMÉRITE À l'école de CRIMINOLOGIE de l'Université de Montréal Si Les principes mis de L'avant dans Le droit pénaL du Canada témoignent de modernité, de soupLesse et de modération, iLs se prêtent cependant à une appLication excessive et coûteuse de La détention.Marie-Andrée Bertrand L e taux d\u2019incarcération au Canada est le plus élevé des démocraties occidentales du nord de la planète, à l\u2019ex-Iception des États-Unis1.Il est de 130 par 100 000 habitants, plusieurs points au-dessus de ceux de la France, la Belgique, la Suisse, l\u2019Espagne, l\u2019Italie, la Grèce, dont les taux sont de 80 à 100 par 100 000 h.; il est deux fois plus élevé que ceux des pays d\u2019Europe du Nord, la Finlande, la Norvège, le Danemark, la Suède, qui se situent entre 50 et 60 par 100 000 h., selon le Bulletin d\u2019information pénologique du Conseil de l\u2019Europe, 2002.Les pays dont le taux d\u2019emprisonnement excède le nôtre sont, par exemple, les anciennes républiques soviétiques : la Lettonie (353), l\u2019Estonie (328), la Slovaquie (297), la République tchèque, la Lituanie (240), la Roumanie (221), et la Hongrie (158).avec un taux proche de celui du Canada.Comment expliquer cet excès dans un pays relativement tranquille, démocratique, pourvu de grands espaces non surpeuplés?Notre mauvaise note ne peut s\u2019expliquer par l\u2019esprit de nos lois.Il ne faut pas en chercher la cause dans les principes qui guident la détermination de la peine en droit pénal canadien.Comparé à celui des pays de longue tradition démocratique, par exemple ceux de l\u2019ouest de l\u2019Europe et des autres pays de common law (Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande, États-Unis), Classement des détenus selon le niveau de sécurité au 29 avril 2001 SÉCURITÉ\tHOMMES\t%\tFEMMES*\t%\tAUTOCHTONES\t% Maximale\t1709\t14\t32\t9\t360\t16 Moyenne\t7426\t59\t144\t40\t1348\t62 Minimale Pas encore\t2580\t21\t160\t44\t375\t17 classés\t715\t6\t24\t7\t111\t5 Total\t12430\tÎOO\t360\t100\t2194\t100 notre droit pénal fait montre de modernité et d\u2019humanité, il laisse large place à l\u2019individualisation du traitement et aux sentences non carcérales.Les principes de détermination de la peine en droit criminel canadien Le législateur a donné à la sanction pénale des objectifs tout à fait respectables : « Contribuer [.] au respect de la loi et au maintien d\u2019une société juste, paisible et sûre par l\u2019imposition de sanctions justes; dénoncer le comportement illégal; dissuader les délinquants et quiconque, de commettre des infractions; isoler (au besoin) le criminel; favoriser la réinsertion sociale; assurer la réparation des torts causés aux victimes ou Le séjour en institution correctionnelle, surtout s'il s'étend sur plusieurs mois et des années, a des conséquences certaines sur l'avenir professionnel des condamnés, leur vie sociale et familiale.à la collectivité; susciter la conscience de leurs responsabilités chez les délinquants notamment par la reconnaissance du tort qu\u2019ils sont causé aux victimes et à la collectivité » (Code criminel du Canada, L.R.C., 1985, ch.C-46, article 718, cité de mémoire).La peine doit être proportionnelle à la gravité de l\u2019infraction.Les circonstances aggravantes qui justifient la privation de liberté sont prévues.Par ailleurs, la Loi constitutionnelle du Canada de 1982 et la Charte canadienne des droits et libertés (article 1 ) rappellent et garantissent le droit de chacun à n\u2019être contraint et privé de sa liberté « qu\u2019en vertu d\u2019une règle de droit», et cela, dans les limites raisonnables d\u2019une société libre et démocra- tique.Ce sont les principes et l\u2019esprit de notre droit.Mais qu\u2019en est-il de son interprétation et de son application?Le caractère infamant de l\u2019incarcération Dans ce pays relativement paisible, le compte quotidien des personnes condamnées à des peines carcérales après condamnation atteint ces dernières années 24 000 personnes - 11 000 sont détenues dans les prisons provinciales et territoriales, 13 000 * N\u2019inclut pas les 25 délinquantes sous responsabilité fédérale qui purgent leur peine dans un établissement provincial et dont la cote est déterminée en fonction des politiques et des modalités provinciales.1.\tLe taux d\u2019incarcération après condamnation était de plus de 600 par 100 000 aux États-Unis, en 2003.2.\tJuristat, Statistique Canada, 85-002, vol.22, n° 10, page 17.Les chiffres sont arrondis pour simplifier la lecture.Les taux d\u2019emprisonnement varient selon les provinces.12 ReLatiONS juin 2004 Nombre d'admissions en 2000-2001 HOMMES 7310 Autochtones 1300 FEMMES 390 Autochtones\t83 TOTAL 7700 dans les établissements fédéraux2.On compte 191 établissements carcéraux au Canada, 47 de compétence fédérale, 144 maisons de détention provinciale ou territoriale.Pour une population de 30 millions dont environ 20 millions sont des adultes, c\u2019est beaucoup! On sait que la « capacité pénale et correctionnelle » est un des facteurs incitant les tribunaux à recourir à l\u2019incarcération.Si l\u2019on fait exception de la peine de mort et de la torture, l\u2019une et l\u2019autre abolies par les parlements des pays démocratiques, la détention pénale est la peine la plus sévère dont dispose le système de justice pour sanctionner les personnes reconnues coupables d\u2019infractions au code pénal.Non seulement la peine est sévère, mais elle est infamante.Le mot «infamante» est utilisé ici dans son sens étymologique: destructrice de réputation.La condamnation à la prison désigne à l\u2019attention publique celui qu\u2019il faut exclure, elle le montre du doigt.Il est trop dangereux pour l\u2019ordre et la sécurité publics pour être laissé en liberté, elle le marque et attache à sa personne une nouvelle identité sous forme d\u2019un casier judiciaire.Les séjours en prison ne sont d\u2019ailleurs pas réservés aux personnes condamnées.On détient préventivement les suspects lorsque pèsent sur eux des accusations très graves ou qu\u2019il y a danger de fuite en attendant le procès (les taux énoncés plus haut ne tiennent pas compte de ces détenus).Le séjour en institution correctionnelle, surtout s\u2019il s\u2019étend sur plusieurs mois et des années, a des conséquences certaines sur l\u2019avenir professionnel des condamnés, leur vie sociale et familiale.Même les courtes peines, dans le cas des femmes, sont très souvent la cause directe de la rupture des liens conjugaux et familiaux, comme je l\u2019ai montré dans Prisons pour femmes (Éditions du Méridien, 1998).Il faut donc s\u2019assurer que la sanction carcérale est absolument requise par la gravité du crime commis et du danger réel que constituerait la présence de l\u2019infracteur dans la communauté.Les crimes punissables d\u2019emprisonnement Lors de sa révision, en 1985, le Code criminel du Canada a été « allégé » d\u2019un certain nombre d\u2019infractions obsolètes et de provisions sexistes.11 faut s\u2019en réjouir.Mais depuis, plusieurs Source des tableaux : Faits et chiffres sur le Service correctionnel fédéral, 2001.nouveaux crimes sont venus s\u2019ajouter à la trop longue liste des infractions pénales.Plusieurs l\u2019ont été à la suite de pressions exercées par des groupes militants.Par exemple, le mouvement des femmes a contribué, au Canada comme ailleurs, à créer de nouvelles infractions et à durcir les peines venant sanctionner les crimes sexuels et la violence familiale.Certains font l\u2019objet de peines incompressibles et la majorité sont passibles d\u2019emprisonnement de longue durée.Par ailleurs, des mouvements opposés à la possession d\u2019armes à feu ont réclamé des peines minimales « fixes » à l\u2019encontre des auteurs d\u2019infractions commises avec de telles armes.La question des « peines fixes » et de leurs effets sur les taux d\u2019incarcération m\u2019amène à tenter de clarifier la mécanique pénale et son fonctionnement.On pourrait dire qu\u2019il existe quatre genres d\u2019infractions commandant autant de types de réactions en droit criminel canadien.1) Une petite Nombre de détenus sous responsabilité fédérale au 29 avril 2001 HOMMES 12430\t97 % Autochtones 2104\t16% FEMMES 385\t3 % Autochtones\t90\t1 % Torn 12815\t100 % Ces chiffres comprennent tous les détenus sous responsabilité fédérale se trouvant dans des établissements fédéraux ou provinciaux.Proportion de la population de délinquants sous responsabilité fédérale d'origine autochtone Les Autochtones représentent environ 15 % de la population de délinquants sous responsabilité fédérale, mais seulement quelque 3 % de la population générale du Canada.Le pourcentage des détenus autochtones (femmes et hommes) incarcérés dans les établissements pénitentiaires (17,2 %) est plus élevé que celui des délinquants autochtones sous surveillance dans la collectivité (11,7 %).En 2000-2001, 23 % des femmes et 18 % des hommes incarcérés dans des établissements fédéraux étaient autochtones.portion des manquements aux codes de la route sont punis comme des contraventions, et les contrevenants ne sont pas passibles de peines carcérales, mais sont soumis à des amendes.2) Environ le quart des infractions au code criminel et aux lois fédérales sont assorties de peines non privatives, amendes, réparation, probation.C\u2019est le cas, par exemple, du vol simple et sans violence de moins de 5000 $, des voies de fait légères.3) Mais la grande majorité des infractions au code criminel sont «mixtes», le législateur ayant prévu qu\u2019elles peuvent être sanctionnées par des peines non privatives ou par des peines de prison.4) Un dernier groupe d\u2019infractions sont des crimes jugés si graves que leur sanction juin 2004 ReLatiONS ~7Ï3 dOSSieR L'auteure est CANDIDATE AU doctorat À l'École DE CRIMINOLOGIE de l'Université de Montréal Alain Chagnon, Kingston, 2002 (S ne peut être que l\u2019emprisonnement.Parmi ceux-ci, quelques-uns entraînent des peines incompressibles : c\u2019est le cas du meurtre au premier degré (emprisonnement à perpétuité) -une sanction qui obtient probablement le consensus social, même si les choses ne sont pas toujours aussi simples et claires.Par exemple, le crime de culture de cannabis est puni d\u2019une sanction minimale (incompressible) de 7 ans de pénitencier.Il est moins évident que la majorité des Canadiens estiment qu\u2019une peine fixe de cet ordre est justifiée dans tous les cas.La mauvaise note que se mérite notre pays avec son taux élevé d\u2019incarcération est due, à mon avis, à plusieurs facteurs : d\u2019abord, la liste des infractions « mixtes » autorisant le recours à l\u2019emprisonnement dans certaines conditions est trop large; elle laisse aussi trop de latitude aux tribunaux, car l\u2019éventail des sentences est très large et l\u2019appréciation de la gravité ne répond pas toujours à des critères « neutres ».Par ailleurs, un grand nombre de juges recourent trop souvent aux sentences carcérales dans les cas de crimes « mixtes ».Enfin, le nombre de « crimes » justifiant le recours à de longues sentences est trop élevé.Comme on le sait, les longues peines jouent un rôle capital dans le taux d\u2019emprisonnement, car elles « ramènent » dans le compte annuel les mêmes détenus pendant 5,10 ou 15 ans.Le premier de ces facteurs touche à une question de fond : l\u2019appréciation par le législateur canadien de ce qui vient porter sérieusement atteinte aux valeurs de la population.Toutes les infractions punissables de peines de prison ne sont pas aussi graves que voudraient le signifier la fourchette des peines applicables.Toutes ne menacent pas l\u2019ordre social, la sécurité des citoyens et de l\u2019État.Les décisions du Parlement canadien ne reflètent pas toujours les valeurs de la majorité des Canadiens, lesquelles évoluent sans que le législateur se soucie de réviser le Code criminel.On ne s\u2019entend plus sur la gravité du tort qui rendrait une infraction passible d\u2019emprisonnement.Deux exemples me viennent à l\u2019esprit : la sanction pour aide au suicide et les affaires de drogues.Un exemple de dissidence quant à la gravité de certaines infractions nous a été fourni par le plus haut tribunal du pays, la Cour suprême du Canada, le 29 décembre 2003.Alors que la majorité des juges (6 contre 3) a estimé justifiée la possibilité de recours à l\u2019incarcération dans les cas de condam- Des prisons privées au Canada?Julie Cantin La prison est en quelque sorte un reflet de la société.Elle n\u2019échappe donc pas aux transformations qui traversent cette dernière.Les bouleversements, récents et moins récents, qui ont mené au désinvestissement étatique que l\u2019on connaît ont donc eu des répercussions dans le domaine du contrôle du crime et, plus spécifiquement, de l\u2019emprisonnement.Les prisons privées sont nées, pour simplifier, de ces transformations sociales et également des coûts engendrés par l\u2019accroissement (spectaculaire) des populations carcérales, si l\u2019on prend comme exemple les États-Unis, pays où le phénomène de privatisation de prisons est le plus avancé.L\u2019idée des prisons privées a été doucement présentée comme une solution aux problèmes de l\u2019État, une solution - d\u2019où tous sortent gagnants, diront ses défenseurs - permettant à la fois de réduire les dépenses publiques et d\u2019accroître la capacité d\u2019emprisonnement.Le mouvement américain de privatisation carcérale s\u2019est ainsi développé à l\u2019initiative d\u2019entrepreneurs et l\u2019idée a été accueillie favorablement par plusieurs États et au niveau fédéral.Après des débuts modestes - d\u2019abord des centres de détention pour immigrants illégaux, puis quelques petites prisons régulières à sécurité minimale - les autorités ont rapidement permis la privatisation d\u2019institutions de plus grande envergure et à des niveaux de sécurité supérieurs.Forte de son succès initial.14) ReLatiONS juin 2004 nation pour possession simple de cannabis, la juge Arbour, s\u2019appuyant sur l\u2019article 1 de la Charte - qui exige que le législateur justifie toute atteinte aux droits à la liberté -divergeait d\u2019opinion.D\u2019ailleurs trois juges, s\u2019appuyant sur un autre article de la Charte, étaient d'avis que la sanction était disproportionnée par rapport à la nocivité de cette substance.La très grande latitude des tribunaux dans le prononcé des sentences pose un problème d\u2019un autre ordre.Celui de l\u2019égalité des peines imposées à travers le pays.S\u2019entend-on - de province à province, de tribunal à tribunal - sur l\u2019interprétation des principes de détermination de la peine?Les Canadiens ont-ils accès à une justice égale selon qu\u2019ils vivent à l\u2019est du pays, au centre ou à l\u2019ouest?Au Québec, le taux d\u2019incarcération dans les établissements provinciaux est relativement bas.En Alberta, le risque d\u2019écoper d\u2019une peine de moins de deux ans est deux fois plus élevé que celui encouru au Québec.\t?l\u2019industrie de l\u2019emprisonnement est allée de l\u2019avant en agissant en amont de la demande, soit en construisant des prisons avant même d\u2019obtenir des contrats avec l\u2019État.Même si moins de 10% des détenus américains sont logés dans des institutions privées, cela représente tout de même au-delà de 100 000 prisonniers, dont plus de la moitié se trouvent dans les établissements de la Correction Corporation of America, le leader dans le domaine.On doit comprendre, par ailleurs, que le marché des prisons est dominé par quelques grandes firmes, alors que l\u2019on vante les mérites du libre marché comme garantissant la qualité des services.Jusqu\u2019à tout récemment, la privatisation carcérale n\u2019avait pas connu beaucoup de succès au Canada.Elle s\u2019était limitée à quelques tentatives, dans certaines provinces, notamment pour des institutions destinées aux jeunes délinquants.Mais contrairement aux prédictions, le Canada a vu naître sa première prison privée, une « méga prison » provinciale de plus de 1000 lits située au nord de Toronto et gérée par une firme américaine (l\u2019Ontario compte également un établissement privé de détention pour mineurs).La porte est ouverte.Cela signifie-t-il que le Canada suivra les traces de son voisin du Sud?Plusieurs caractéristiques nous distinguent des États-Unis et laissent penser que nous ne risquons pas d\u2019aller aussi loin.Les Canadiens font, entre autres, preuve de plus d\u2019opposition que les Américains, et cela tant du côté des employés du secteur correctionnel que chez les citoyens en général, et nos prisons ne connaissent pas de phénomène de surpopulation carcérale aussi criant.Mais l\u2019absence d\u2019une opinion publique favorable à la privatisation des prisons n\u2019empêche pas nécessairement que des projets voient le jour.Si, en Alberta ou au Nouveau-Brunswick, par exemple, l\u2019opposition a réussi à bloquer des initiatives de privatisation, ce ne fut de toute évidence pas le cas en Ontario.11 est fort probable que le Canada ne fasse jamais l\u2019expérience d\u2019une vague de privatisation de l\u2019ampleur de celle qui déferle sur les États-Unis.Mais il est également possible que, jusqu\u2019à un certain point, la différence entre les orientations correctionnelles américaines et canadiennes soit davantage quantitative que qualitative, si l\u2019on se fie à la discrimination raciale, à la criminalisation indirecte de la pauvreté et à la diminution des taux de criminalité qui ne s'accompagne pas d'une baisse des taux de détention.L\u2019emprisonnement est un marché florissant, aux États-Unis comme au Canada, si l\u2019on considère toutes les occasions d\u2019affaires qu\u2019offre le système correctionnel (armes, matériel de sécurité, systèmes de sécurité, dispositifs de dépistage des drogues, équipement pour la surveillance électronique, services offerts en détention, programmes correctionnels hors institution, services conseils, etc.), donc au-delà de la seule gestion privée de prisons.Et en plus des occasions offertes par le marché public, les firmes n\u2019hésitent pas à générer une demande pour leurs produits et services.Plusieurs indices tendent d\u2019ailleurs à montrer que l\u2019intérêt et les activités des entreprises privées pour le secteur correctionnel canadien s\u2019accroissent.Plusieurs craintes - moins de programmes, plus de violence, davantage d\u2019évasions, emplois précaires, etc.- sont soulevées à propos des prisons privées, mais la réflexion doit d\u2019abord se situer à un autre niveau.Il importe d\u2019appréhender les entreprises engagées dans le domaine correctionnel en les considérant telles qu\u2019elles sont.Il faut se rappeler que l\u2019intérêt premier de ces organisations - c\u2019est le cas de toute entreprise - est l\u2019argent, le profit.La qualité des politiques et des services correctionnels n\u2019est certainement pas leur souci principal.L\u2019industrie détient, par contre, beaucoup plus de pouvoir que les individus et les organismes qui ont des préoccupations de justice sociale; les élus risquent donc de l\u2019écouter plus attentivement que ces derniers.La privatisation vient ainsi changer les caractéristiques du domaine carcéral en y ajoutant une variable, soit les intérêts économiques des entreprises actives dans le marché de l\u2019enfermement.Les prisons privées constituent en quelque sorte une manifestation de la logique marchande et de la mentalité pénale poussées à leur extrême.En plus de détourner l'attention de la prévention et des solutions non répressives aux problèmes sociaux, la privatisation de prisons risque d'être synonyme d\u2019une capacité punitive accrue pour l\u2019État, comme ce fut le cas historiquement lors de vagues de privatisation dans ce secteur.C\u2019est sur ce point qu\u2019il faut réfléchir (à ce propos, voir l\u2019ouvrage très inspirant de Nils Christie, Crime Control as Industry).Si les Canadiens souhaitent vivre dans une société basée sur une citoyenneté responsable plutôt que sur le contrôle pénal des citoyens, la privatisation des prisons et la logique dans laquelle elle s\u2019inscrit doivent être évitées. dOSSieR ; > ¦ .> ! Alain Chagnon,\tPreuve que le recours aux sentences d\u2019emprisonnement saint-vinœnt-de- est souvent injustifié : il y a quelques années, le tribunal su-paul, laval, 1989 prême a cru nécessaire de rappeler aux Instances judiciaires de tout le pays le devoir de ne recourir aux peines privatives qu\u2019en tout dernier ressort et, le cas échéant, d\u2019imposer la peine la moins longue.Il les a incitées à considérer d\u2019abord l\u2019éventail des peines non privatives, à user du sursis et d\u2019une combinaison de mesures (liberté sous condition, amendes, peines purgées dans la communauté, réparation des torts causés à la victime) plutôt que de prononcer mécaniquement des peines d\u2019emprisonnement dès qu\u2019apparaît l\u2019expression « trafic de drogues ».Les principes mis de l\u2019avant dans le droit pénal et correctionnel au Canada témoignent de modernité, de souplesse et de modération, mais se prêtent à une application excessive et coûteuse de la détention.Autre facteur de surcarcéralisation : la métrique pénale.Non seulement les peines maximales (les plafonds) sont trop élevées au Canada et non justifiées dans plusieurs cas, mais les fourchettes présentent une gamme trop étendue.Par exemple, la personne condamnée pour trafic d\u2019amphétamines peut se voir imposer une peine de prison allant de 18 mois à 10 ans.Avouons que l\u2019écart est considérable et la discrétion judiciaire trop étendue.Autre exemple : alors que l\u2019amende est une des peines prévues pour simple possession de petites quantités de cannabis, on retrouve en prison un bon nombre de personnes condamnées pour cette seule offense, même ces dernières années.Une bonne nouvelle : le taux « global » de la criminalité diminue au Canada depuis 1991 et le taux d\u2019emprisonnement baisse depuis 1994.Mais parmi les personnes accusées et incarcérées, c\u2019est chez les hommes que le nombre et le taux diminuent, tandis que chez les femmes, l\u2019un et l\u2019autre augmentent.Comme les hommes sont beaucoup plus nombreux que les femmes parmi les personnes accusées et condamnées, le taux global de la criminalisation et de l\u2019incarcération diminue au Canada.Un phénomène que l\u2019on retrouve dans quelques pays occidentaux.Une mauvaise nouvelle contrebalance cependant la bonne : le taux de détention temporaire dans les prisons provinciales augmente à peu près dans les proportions où diminue le taux d\u2019emprisonnement sur condamnation.Les biais La condamnation à des peines de prison ne frappe pas également toutes les couches de la population.La disproportion des pauvres et des personnes moins éduquées dans la population carcérale canadienne est un fait bien connu.Mais un autre biais est si important qu\u2019on ne peut plus le taire : la proportion des immigrants parmi les détenus, dans les pays européens, et des Autochtones, au Canada, s\u2019accroît de façon démesurée par rapport à leur représentation dans la population.Au Canada, les femmes autochtones qui représentent 2 % de la population canadienne constituent 24 % de la population féminine incarcérée, soit 12 fois trop.Le phénomène est semblable chez les hommes, bien qu\u2019un peu moins accentué.L\u2019augmentation de la proportion des femmes (de toute origine ethnique) parmi les détenus est particulièrement sensible au niveau fédéral : entre 1996 et 2001, le nombre des détenues en pénitencier a quadruplé, passant de 90 à 380.Il faut noter que c\u2019est au cours de ces années qu\u2019on a créé cinq La disproportion des pauvres et des personnes moins éduquées dans la population carcérale canadienne est un fait bien connu.établissements fédéraux pour les femmes.Les facteurs sociaux susceptibles de rendre compte de l\u2019accroissement accéléré de la criminalisation des femmes sont nombreux (voir Les femmes et la criminalité, Éditions Athéna, 2003).Même à la baisse, le taux d\u2019incarcération des personnes condamnées est une tache sur la réputation de notre pays.Il faut absolument dire ces chiffres, faire apparaître les comparaisons, le scandale de l\u2019emprisonnement des Autochtones, informer nos concitoyens, rencontrer les juges et les administrateurs pénaux, travailler avec eux à changer les mentalités.Il faut aussi assiéger les législateurs et, pendant les prochaines élections fédérales, les candidats au Parlement canadien et exiger d\u2019eux la révision du Code criminel, l\u2019abolition des peines fixes et des plafonds trop élevés.Il faut aussi convaincre le Barreau canadien et ses équivalents provinciaux de la nécessité de créer des écoles de la magistrature.\u2022 16 ReLatiONS juin 2004 L'univers carcéral La prison, même si de temps à autre les médias y portent attention lors d'événements spectaculaires - évasion, émeute, prise d'otage - demeure pour la plupart un univers clos et à toute fin pratique méconnu.Institution à caractère totalitaire, elle se trouve en totale contradiction avec la culture démocratique ambiante.Jean-Claude Bernheim Autrefois, la prison était strictement un lieu de punition et de souffrance.Elle l\u2019est encore dans les faits et dans l\u2019esprit de la loi, même si les conditions matérielles de détention se sont grandement améliorées et qu\u2019elles ne constituent plus un problème majeur.Les anciennes prisons ont été détruites ou rénovées, et bon nombre ont été construites depuis 30 ou 40 ans.De plus, sous l\u2019influence de la culture démocratique, le système carcéral a graduellement développé des pratiques de moins en moins violentes physiquement, de telle sorte qu\u2019il serait mal venu de recourir explicitement à des mesures coercitives.Ces pratiques se sont revêtues d\u2019un vernis, sous le nom de « réhabilitation ».Mais le fait demeure.Comme aux siècles passés, la violence institutionnelle est omniprésente à l\u2019intérieur des murs.Elle est le plus souvent sournoise et à multiples visages.Elle peut prendre la forme de la lenteur dans l\u2019introduction de mesures d\u2019hygiène publique - par désintérêt, indifférence, économie de coûts -, notamment les mesures préventives face à l\u2019épidémie de VIH/Sida, les autorités carcérales faisant comme si ce problème n\u2019existait pas.Une violence insidieuse est également présente durant les visites, et plus particulièrement celles du conjoint ou de la conjointe.Elles donnent heu à de nombreux abus.Pour fréquenter des détenus, ces visiteurs sont souvent perçus comme des criminels, tout au moins en puissance.Les insinuations sont à cet égard fréquentes.Il est facile de faire attendre les gens avant de faire appeler un détenu, d\u2019exiger une fouille simple et à l\u2019occasion une fouille à nu.Les visiteurs se trouvent dans une position de vulnérabilité qui les lie.S\u2019ils portent plainte, le détenu peut facilement être l\u2019objet de représailles, et quand on sait qu\u2019un simple « soupçon » peut mener à un transfert dans une institution de sécurité supérieure, cette menace muselle.Ainsi, retrouve-t-on au sein de l\u2019institution carcérale l\u2019usage de la contrainte, la délation gratifiée, les sanctions collectives, la destruction de la cellule familiale, la gestion de la sexualité, la censure dans les communications, le contrôle de la consommation et de l\u2019information, le culte du secret, la déresponsabilisation (infantilisation), l\u2019instauration d\u2019un climat de peur, la gestion institutionnelle au moyen de la collaboration de quelques représentants des détenus et finalement la distanciation radicale entre le personnel et les détenus.Tous ces mécanismes sont à bien des égards similaires aux rouages mis en place dans les régimes politiques totalitaires pour modifier le comportement des personnes qui leur sont soumises.Les indices de violence Le harcèlement psychologique en milieu correctionnel entre employés de l\u2019institution carcérale est un indice du climat malsain et corrupteur de celle-ci.Les autorités carcérales n\u2019aiment pas en parler.J\u2019ai été victime de menace voilée de poursuite pour l\u2019avoir fait.Le fait de travailler dans un tel milieu quasi totalitaire - sans correspondance aucune avec la culture démocratique qui leur est coutumière - a des conséquences dramatiques non seulement sur le comportement des employés, mais aussi sur leur santé.Des études sur la Comme aux siècles passés, la violence institutionnelle est omniprésente à l'intérieur des murs.Elle est le plus souvent sournoise et à multiples visages.santé du personnel, commandées par les syndicats, arrivent à des conclusions désastreuses: au cours des 20 dernières années, 20 % des employés ont souffert d\u2019une dépression.À la lumière de ce qui précède, il n\u2019est pas saugrenu d\u2019interpréter le haut taux de suicide des détenus dans les prisons ou pénitenciers à sécurité maximale - 4 à 5 fois plus élevé que le taux de suicide de la population canadienne - comme un autre indice dramatique de cette violence au quotidien.Sans nier, bien entendu, le fait qu\u2019il puisse aussi y avoir un lien entre la personnalité et le fait de se suicider - il est évident que les personnes qui se retrouvent en prison sont souvent celles qui sont les plus démunies, tant sur le plan matériel que sur le plan psychologique.Par ailleurs, si ces détenus souffrent de problèmes de santé mentale, ce n\u2019est pas là qu\u2019ils devraient être, mais dans une institution capable de leur prodiguer des traitements adéquats.Il est à noter que c\u2019est au Québec que ce taux de suicide est le plus élevé, de l\u2019ordre de 300 pour 100 000 détenus, soit 6 à 8 fois plus que le taux moyen de suicide au Québec, le plus élevé au Canada.Le contrôle institutionnel Une prison ne peut fonctionner sans qu\u2019il y ait une coopération de la part des détenus, une espèce d\u2019acceptation de la L'auteur est président de l'Office des droits DES DÉTENU-E-S DEPUIS PRÈS DE 30 ans; il EST AUSSI PROFESSEUR À TEMPS PARTIEL À l'Université d'Ottawa EN CRIMINOLOGIE juin 2004 ReLatiONS dOSSieR Quel côté des barreaux Quel côté des barreaux Nous a marqué la peau Pour cesser de souffrir Je choisis de m\u2019ouvrir Parce que chez nous c\u2019était la rue On nous a jugés dangereuses Mais la rue on la choisit pas On ne la choisit pas Quel côté des barreaux Nous a marqué la peau Pour cesser de souffrir Je choisis de m\u2019ouvrir En prison on prend conscience De beaucoup de souffrance Mais malgré toutes mes illusions Mes illusions On subit et on survit À notre chienne de vie Vie de silence Vie d'impatience Vie de désirs Vie de soupirs Vie de silence Vie d'impatience Vie de désirs Vie de soupirs Quel côté des barreaux Nous a marqué la peau Pour cesser de souffrir Je choisis de m\u2019ouvrir Quand tout au long de nos destinées Le cœur se pend aux miradors Des maisons de barbelés, de barbelés On subit et on survit À notre chienne de vie Vie de silence Vie de désirs Vie de soupirs Vie d'impatience Vie de désirs Vie de désirs Vie de soupirs Moi je veux apprendre à me connaître Je veux tout recommencer Moi, je veux apprendre à me connaître Je veux tout recommencer Je me sens renaître Je me sens m\u2019aimer Quel côté des barreaux Nous a marqué la peau Texte : Lyne Boyer Album Libre 1 ions, Souverains anonymes situation de détention.La tâche institutionnelle consistant à gérer deux groupes radicalement opposés l\u2019un à l\u2019autre - les détenus, en grand nombre, qui aspirent à la liberté et le personnel, relativement plus réduit, qui doit les maintenir incarcérés - est évidemment très ardue et complexe.L\u2019administration carcérale a trouvé dans le modèle de la coopération un mode de fonctionnement « efficace ».Il consiste à recourir au pouvoir que certains détenus ont sur les autres afin de les contrôler, de maintenir l\u2019ordre et la paix, en contrepartie de quoi ces mêmes détenus reçoivent des privilèges ou des récompenses.Il va sans dire que dans un milieu de pénurie, ce type de coopération n\u2019est pas difficile à obtenir des détenus, puisqu\u2019il sert à améliorer leur sort.Des émeutes surviennent lorsque, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, les détenus sentent que, dans cet échange, ils « n\u2019en ont plus pour leur argent ».Ce contrôle institutionnel par la coopération a été bien documenté, depuis déjà plusieurs décennies, aux États-Unis.Pour ce qui est du Canada, un rapport relativement récent décrit bien comment les choses se passent (Rapport du comité d\u2019enquête : établissement Leclerc, Service correctionnel du Canada, 30 juin 1995).On peut y lire que «les gestionnaires doivent donc préserver l\u2019équilibre des forces en L'administration carcérale a trouvé dans le modèle de la coopération un mode de fonctionnement « efficace ».présence.Pour aider à contrôler les situations les plus imprévisibles, la coopération de détenus influents est quelquefois nécessaire pour obtenir la collaboration de l\u2019ensemble des détenus.Par conséquent, certains assouplissements et compromis s\u2019avèrent nécessaires à l\u2019occasion» (p.5).En clair, les détenus influents du pénitencier Leclerc sont en même temps des « privilégiés » du système carcéral : en plus d\u2019avoir un ameublement plus complet que les autres et un accès exceptionnel à un téléphone, ils bénéficient, en guise de récompense, de programmes qualifiés « de réhabilitation ».Au caïd traditionnel - criminel notoire qui imposait le respect - se sont substitués les groupes criminels organisés (la mafia italienne, les Hells Angels, etc.) qui exercent une grande influence sur le reste des détenus.L\u2019administration s\u2019en sert pour maintenir l\u2019ordre et éviter les conflits.C\u2019est pour cette raison, par exemple, que les Hells Angels se retrouvent dans certains pénitenciers et les Rock Machines dans d\u2019autres, chacun pouvant y exercer son pouvoir sans compétition.À ces groupes privilégiés, on peut joindre aussi les comités de détenus, qui regroupent les représentants élus des détenus, mais qui doivent avoir l\u2019aval de l\u2019institution.ReLatiONS juin 2004 Les statues Le programme des Visites familiales privées (VFP) est l\u2019une de ces récompenses prisées.Les VFP se voient ainsi détournées de leur finalité officielle, qui est de permettre aux détenus de renouer ou de poursuivre des relations personnelles avec des membres de leur famille, en se rencontrant en privé dans des lieux mis à leur disposition par l\u2019institution; «afin de faciliter leur réinsertion sociale et de réduire les effets négatifs de l\u2019incarcération sur les relations familiales », est-il spécifié dans les instructions du programme des VFP.Ainsi, le rapport du comité d\u2019enquête a constaté que les membres des groupes criminalisés ont profité de 43 % des séjours en VFP, bien qu\u2019ils ne représentaient que 18,25 % de la population carcérale du pénitencier Leclerc.On y apprend également que le président du Comité des détenus s\u2019est vu attribuer, en moyenne, à toutes les trois semaines, l'unité des VFP réservée aux détenus condamnés à perpétuité, alors que la norme est aux deux mois - et que ce détenu ne purgeait même pas une sentence à vie.L\u2019octroi de ces privilèges, outrepassant les normes de gestion, se fait au détriment des détenus sans pouvoir, évidemment majoritaires, et pervertit profondément le sens et les finalités des programmes dits de réhabilitation.\t>- Elles ont des yeux et ne voient pas Elles ont des ailes et ne volent pas Elles ont des pieds et ne marchent pas Elles ont un cœur qui ne bat pas Elles nous ressemblent Elles sont silence La résistance à l\u2019inconscience Nous sommes des statues mobiles pieds d\u2019argile et cœurs fragiles de Bordeaux ou d\u2019Orsainville Nous sommes à l\u2019ombre de la ville Elles sont de marbre ou de ciment Tout près d\u2019un arbre défient le temps Elles sont de bois ou de métal comme les croix comme un signal Signées Rodin ou Vaillancourt Laliberté au fond d\u2019une cour Nous sommes des statues mobiles pieds d\u2019argile et cœurs fragiles de Bordeaux ou d\u2019Orsainville Nous sommes à l\u2019ombre de la ville Elles sont une trace d\u2019éternité une dédicace et le passé Je veux les voir dans nos prisons morceaux d\u2019histoire de nos donjons Je veux les voir dans nos prisons Que vienne l\u2019art le temps est long Nous sommes des statues mobiles pieds d\u2019argile et cœurs fragiles de Bordeaux ou d\u2019Orsainville Nous sommes à l\u2019ombre de la ville Poème : Louis Tremblay et Richard Reboii Réécrit ex chanson par Marc Chabot Album Libre 4 voi s, Souverains anonymes Alain Chagnon, Saint-Vincent-de-Paul, Laval, 1989 juin 2004 ReLatiONS 19 dOSSieR Alain Chagnon, Saint-Vincent-de-Paul, Laval, 1989 Réhabilitation ou conformisme?Selon la mission du Service correctionnel du Canada, l\u2019objectif des institutions carcérales est de faire des délinquants « des citoyens respectueux des lois ».L\u2019atteinte de cet objectif passe nécessairement par la mise en place de « programmes » et de « traitements ».Mais pour qu\u2019ils donnent les résultats escomptés, il faudrait que les détenus soient motivés à y participer et veuillent changer leurs comportements nuisibles, ce qui est rarement le cas.Ce qu\u2019on réussit par contre à produire, c\u2019est un comportement conformiste, sans vraiment corriger les facteurs criminogènes.Mais c\u2019est peut-être cela que l\u2019on cherche.Des études scientifiques cataloguent 60 % des délinquants sous responsabilité fédérale comme atteints du trouble de personnalité antisociale, confirmant, aux yeux des autorités la fonction « occupationnelle » des programmes de réhabilitation.Les interventions auprès de ce type de personnes se limitant à tenter de modifier leurs comportements afin de les rendre plus fonctionnels au quotidien.Car le milieu carcéral dans lequel sont mis en place les programmes de réhabilitation ne facilite pas la réalisation d\u2019un tel objectif.La plupart des détenus participent aux programmes parce que c\u2019est la seule façon pour eux de répondre aux critères de la Commission nationale des libérations conditionnelles pour obtenir une libération.Par ailleurs, d\u2019autres facteurs corrompent la dynamique des programmes, créent un climat malsain et rendent impossible toute relation de confiance, pourtant à la base d\u2019un tel processus de réhabilitation.Parmi ceux-ci, il y a le fait que les agents de libération conditionnelle, supervisant et évaluant les détenus qui participent à ces programmes, travaillent en étroite collaboration avec les agents de correction supérieurs, responsables de la sécurité.L\u2019information recherchée et recueillie au cours des activités prévues dans les programmes doit leur être transmise.Ainsi, obtenir des informations relatives aux crimes commis par les délinquants, déterminer le nom de complices éventuels et établir, par là, des liens avec des enquêtes policières en cours ou passées sont des objectifs cachés des programmes.À cette fin, par exemple, les détenus doivent donner, dans le cadre de certains de ces programmes, le prénom de leur meilleur ami, faire des jeux de rôle en rapport à des situations vécues : on accumule l\u2019information, on établit des recoupements, etc.L\u2019information recueillie lors de visites médicales ne fait pas exception.Il n\u2019y a rien, dans le fonctionnement du système carcéral, qui est à l\u2019abri de cette pratique policière.Toute cette réalité carcérale soulève une question fondamentale : n\u2019y a-t-il pas contradiction radicale entre une telle La plupart des détenus participent aux programmes parce que c'est la seule façon pour eux de répondre aux critères de la Commission nationale des libérations conditionnelles pour obtenir une libération.institution à bien des égards totalitaire et le régime démocratique dans lequel nous vivons?À moins que derrière les discours relatifs à la protection de la société et à la réhabilitation s\u2019en cachent d\u2019autres, moins avouables.La prison n\u2019est pas une institution banale; elle s\u2019inscrit - comme le système pénal - dans un contexte de rapport de forces et de domination entre les gens qui ont du pouvoir et ceux qui n\u2019en ont pas.La prison, telle qu\u2019elle est actuellement, nous le rappelle.Elle témoigne en tout cas du long chemin que doit encore parcourir la culture démocratique pour pénétrer toute la société.\u2022 20 ReLatiONS juin 2004 Des voies alternatives Entrevue avec Mylène Jaccoud Tandis que La justice punitive montre de nombreux signes de durcissement, de nouvelles formes de justice se développent en Amérique du Nord et en Europe.Mylène Jaccoud, qui enseigne la criminologie à l'Université de Montréal, s'intéresse particulièrement à la justice réparatrice, à la médiation pénale et à la justice autochtone.Elle porte ici un regard critique sur la mise en œuvre des formes de justice alternative.Relations : Devant les limites du système carcéral, certains évoquent la possibilité de mettre sur pied une justice alternative.En quoi consiste cette justice et quelles formes prend-elle dans notre société?Mylène Jaccoud : On peut concevoir la justice alternative soit comme une solution de rechange au système pénal punitif en général, soit comme une alternative à l\u2019emprisonnement.En fait, il s\u2019agit de deux voies assez différentes.Les formes de justice alternative au système pénal punitif se traduisent par la non-judiciarisation et la déjudiciarisation.Dans le premier cas, la personne ne passe pas devant les tribunaux.Par exemple, un policier intercepte un jeune et décide de l\u2019envoyer devant un comité ou un organisme communautaire sans passer devant le tribunal, en ayant recours à ce qu\u2019on appelle, dans le cadre de la nouvelle Loi sur les jeunes contrevenants, une sanction extra-judiciaire.Dans le second cas, une plainte a été déposée et des accusations ont été portées contre un individu, mais le procureur décide de sortir l\u2019affaire du tribunal.La solution de rechange à l\u2019emprisonnement se traduit par des pratiques de médiation, des travaux communautaires.Dans le milieu juvénile, sont aussi mis en place des programmes dits de « développement de l\u2019amélioration des aptitudes sociales».Des jeunes sont sensibilisés aux conséquences de la toxicomanie ou du vol à l\u2019étalage, dans une optique éducative.Mais de plus en plus de médiations sont pratiquées dans le secteur des jeunes contrevenants.Toutefois, il ne faudrait pas croire que le fait de sortir du système judiciaire fasse automatiquement sortir du cadre de la punition.Ce n\u2019est pas parce que nous emprisonnons moins que nous sommes dans une société plus libre et plus humaine.Actuellement, le contrôle devient plus sournois, plus insidieux, mais il demeure néanmoins.Le développement des sursis de peine, les libérations conditionnelles, les couvre-feux, les contraintes, les bracelets électroniques ne représentent pas forcément des moyens non punitifs.L\u2019individu soumis à ces mesures se retrouve dans un système très contrôlant et très encadrant.Rel.: D\u2019après vous, que serait une véritable mesure de rechange à la justice pénale qui conduirait à une réelle réhabilitation des personnes?M.J.: Vous parlez de réhabiliter les personnes.J\u2019éprouve des difficultés avec ce terme.Réhabiliter signifie-t-il que les personnes sont réinsérées dans la société sans séquelles ou qu\u2019il y a absence de récidive?Ce n\u2019est pas clair.Parler de réhabilitation sous-entend que les personnes en question ont déjà été insérées dans la société.Or, il est bien connu que le système pénal tend à criminaliser les franges les plus vulnérables de la société, donc des personnes qui étaient préa- Ce n'est pas parce que nous emprisonnons moins que nous sommes dans une société plus libre et plus humaine.Actuellement, le contrôle devient plus sournois, plus insidieux, mais il demeure néanmoins.lablement exclues.Une véritable alternative consisterait à donner plus de place aux gens qui sont directement concernés par les crimes et les conflits.Lorsque des personnes ont été impliquées dans un conflit, il faut leur permettre de s\u2019expliquer, d\u2019entrer en communication grâce à des processus dans lesquels elles se sentent en sécurité, avec des balises pour que ces processus puissent se dérouler le plus équitablement possible et de manière à ce qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019abus de pouvoir.Si l\u2019on veut que les contrevenants retrouvent leur place dans la société, il ne faut pas la leur enlever au départ.Ce sont des mécanismes qui permettent aux personnes concernées de trouver des solutions, des mesures de réparation qui leur conviennent.Selon moi, c\u2019est l\u2019emprisonnement qui devrait être la mesure de rechange, au sens du dernier recours.Le jour où nous en serons arrivés là, nous aurons fait un grand pas et nous aurons radicalement transformé la société.Nous serons en présence d\u2019un système qui reposera sur des formes de justice non punitives : des pratiques de résolution de conflit, de dialogue, de communication, de réparation, etc., sans avoir recours à la prison.Des pratiques intégratives.Ces solutions ne signifient pas pour autant que les gens échapperont à leurs responsabilités, bien au contraire.Celui qui a posé un geste qui lèse autrui doit réparer les conséquences de son geste.On a longtemps pensé que la seule manière de protéger la société était d\u2019infliger une punition aux délinquants en les excluant de la société.Mais il existe d\u2019autres solutions.11 est dOSSieR possible de protéger la société en pratiquant la neutralisation des individus qui sont dangereux pour les autres et pour eux-mêmes.Cela est bien différent de la peine privative.Rel.: On parie de plus en plus de « justice participative » et de «justice réparatrice».S\u2019agit-il véritablement de formes de « justice alternative »?M.J.: Aujourd\u2019hui, il règne une grande confusion autour de ces trois termes qui englobent des réalités extrêmement différentes.La seule façon de clarifier ces notions est de distinguer les moyens des finalités.La justice participative fait appel à des groupes de citoyens qui sont consultés pour prendre une décision ou donner un avis.Mais ces citoyens peuvent choisir d\u2019être très punitifs, sans vouloir viser la réparation.Si bien qu\u2019une justice participative peut être aussi bien réparatrice que punitive.Elle ne se présente donc pas nécessairement comme mesure de rechange au système punitif.Le terme «participatif» désigne un processus, mais n\u2019indique pas la finalité de cette forme de justice.Le terme de « justice réparatrice » indique moins le processus que la finalité recherchée, qui est la réparation du geste commis.Les cercles de sentence, en milieu autochtone, sont un bon exemple d\u2019une pratique qu\u2019on qualifie souvent de «justice réparatrice».Mais il s\u2019agit, d\u2019abord et avant tout, d\u2019une forme de justice participative : des membres d\u2019une communauté sont sollicités pour éclairer le juge afin qu\u2019il rende sa sentence de la façon la plus adéquate possible, en tenant compte de la situation des personnes impliquées dans l\u2019événement.Si les membres de la communauté recommandent au juge que la personne soit incarcérée, cette forme de justice participative conduit à une recommandation de type très punitif.Elle n\u2019est réparatrice que si le cercle de sentence est orienté vers la réparation.Rel.: À quelles conditions la justice réparatrice est-elle une solution de rechange à la justice punitive?M.J.: Tout dépend où elle se déroule.Une justice réparatrice n\u2019est pas nécessairement une justice alternative.Prenons un exemple : une rencontre de médiation qui se déroule en prison entre des détenus et des victimes est une forme de justice réparatrice.Mais cette initiative réparatrice n\u2019est absolument pas une mesure de rechange, puisque la C'est l'emprisonnement qui devrait être la mesure de rechange, au sens du dernier recours.Le jour où nous en serons arrivés là, nous aurons fait un grand pas et nous aurons radicalement transformé la société.personne est incarcérée à la suite de tout un processus judiciaire.Cette pratique n\u2019apporte aucune réforme en profondeur du système pénal et ne critique nullement le système carcéral.Au contraire, celui-ci fonctionne comme d\u2019habitude.Ces rencontres peuvent néanmoins être très bénéfiques pour les personnes qui les vivent, Suite à la page 24 La bonté derrière les barreaux Michel Beauchamp L'auteur est aumônier régional\tJ il vous est donné un jour d\u2019aller à Laval, au péniten- au Service\tcier Leclerc, vous apercevrez avant d\u2019entrer une sta- correctionnel du\ttue de l\u2019abbé Leclerc.Ce prêtre, premier aumônier de Canada, Québec pénitencier au Québec, tira de son expérience pastorale auprès des prisonniers cette grande affirmation notée dans son journal de bord, en 1875 : « Un geste de bonté produit souvent plus d\u2019effet, même sur les caractères les plus rudes, que le plus sévère des châtiments.» Cette affirmation avait valeur prophétique à une époque où le châtiment était le moyen nécessaire pour faire justice et corriger les contrevenants.Elle a animé, jusqu\u2019à nos jours, des centaines d\u2019aumôniers et marqué l\u2019action pastorale dans les murs.Elle a également contribué à l\u2019évolution « humaniste » de la mission du Service correctionnel du Canada.C\u2019est dans l\u2019acte de bonté que se forge le rôle de l\u2019aumônier et que se réalise l\u2019action pastorale, manifestée par des hommes et des femmes aumôniers, ordonnés ou non, soutenus par leur groupe confessionnel, ainsi que par un nombre considérable de personnes bénévoles.Mains tendues, porte toujours ouverte, café, cigarettes, gratuité du temps, liberté de pensée et de parole, présence vivante d\u2019une communauté de foi, contacts avec la famille, soutien lors d\u2019épreuves, accompagnement pour la réinsertion sociale, approches de modes de réparation, attention aux victimes, apprivoisement à la vérité de son être, aux pardons, à la présence de Dieu et peu importe le Dieu.Ainsi se caractérise l\u2019action pastorale.Sur quoi repose cet acte de bonté?La déclaration rédigée au terme de la Conférence nationale des aumôniers du Service correctionnel du Canada, tenue à l\u2019Université Laval de Québec en 2001, apporte une réponse: «Nous proclamons que chaque vie, quelle qu\u2019elle soit, a le potentiel de retrouver son état de chef-d\u2019œuvre.» La mission des aumôniers de pénitenciers est habitée par cette conviction profonde du caractère indélébile de la dignité de tout être humain.En dépit de tous les accidents de parcours, des travers et des déviances.En dépit du poids de la condamnation et du châtiment étalés sur des décennies, entraînant parfois de façon irrémédiable la perte de réputation et de crédibilité aux yeux des autres, de la société et souvent des proches.L\u2019acte de bonté, si minime soit-il, est posé en faveur de cette réelle possibilité de découvrir ou de retrou- 22) ReLatiONS juin 2004 Lino, Le fardeau du temps, 2004 £££¦ ver le bien de son être, le bon sens de son existence, en la favorisant avec bienveillance.Le Protocole d\u2019entente des aumôniers souligne aussi que : « L\u2019aumônier est une homme ou une femme de Dieu.Dieu qui l\u2019a choisi s\u2019attend à ce que la parole de l\u2019aumônier à temps et à contre temps, révèle l\u2019amour de Dieu dans toute histoire humaine.» Et un peu plus loin : « Il est humble : parce qu\u2019il sait porter ses faiblesses et se servir de son rôle uniquement pour mettre en valeur la dignité d\u2019autrui.Et est rempli d\u2019espérance parce qu\u2019il croit que Dieu peut changer les personnes et qu\u2019il est possible de vaincre le mal par le bien.» Afin de témoigner concrètement de ces valeurs, l'aumônier se voit confier le mandat du « sacrement de la présence ».En effet, il est demandé à l\u2019aumônier d\u2019être, de se faire et de se rendre présent à l'intérieur de l\u2019établissement carcéral.C\u2019est essentiel pour que se vive le « Vous êtes venus jusqu\u2019à moi » de Matthieu 25.Être présent représente toute une exigence, puisqu\u2019il faut l\u2019être partout! En effet, comme si ce n\u2019était pas suffisant d\u2019être emprisonnés, beaucoup de prisonniers, pour survivre, s\u2019enferment, se cachent des autres, d\u2019eux-mêmes, de la vie qui les appelle.Une présence empreinte de bonté invite à aller au-delà des murs de la condamnation et de la punition.Et même, sans trop s\u2019en apercevoir, permet aux membres du personnel, d\u2019aller au-delà de ce qui enferme dans la désillusion, les préjugés et la peur.Cette présence favorise ainsi l\u2019éclosion de liens qui, souvent, ouvrent des portes sur ce qui pourtant était bien verrouillé et même oublié.Une ouverture sur le sens, le possible, l\u2019espoir, l\u2019avenir.Aucun châtiment ne pourrait y parvenir.Oui, le rôle de l\u2019aumônier est d\u2019être un éveilleur de bonté parce qu\u2019issu d\u2019une présence réelle.juin 2004 ReLatiONS dOSSieR Par contre, des formes de justice réparatrice sont utilisées en amont du système pénal pour faire dévier certains cas du système punitif : par exemple, des rencontres de médiation où des gens se parlent pour trouver ensemble des solutions à leur conflit ou des modes de réparation.Utilisées pour faire écran au système pénal, ces pratiques deviennent une véritable mesure de rechange.Tout dépend donc de la façon dont la justice réparatrice est utilisée et dans quel lieu elle l\u2019est.Rel.: Pensez-vous que cette perspective réparatrice, en amont du système pénal, puisse s\u2019appliquer à tous les délits?M.J.: Lorsqu\u2019elle est utilisée en amont du système pénal, la justice réparatrice s\u2019applique à des cas plutôt mineurs, dans des formes de non-judiciarisation ou de déjudiciarisation.11 est curieux de voir que moins le geste est grave, plus on veut réparer, et que plus le geste est grave, moins on veut réparer! C\u2019est contradictoire.On parle maintenant du principe de bifurcation.Le judiciaire s\u2019est arrogé le pouvoir de s\u2019occuper des choses dites graves - telles que définies à l\u2019heure actuelle - et de reléguer à des instances citoyennes ou à des organismes communautaires le soin de s\u2019occuper des délits moins graves - tels que définis au goût du jour.On met en place des programmes de médiation de quartier, par exemple, visant toutes sortes d\u2019incivilités qui ne seraient jamais entrées dans le système pénal.On développe ainsi de nouvelles formes de contrôle social qui participent d\u2019un mouvement de tolérance zéro, dans un contexte de recherche de sécurité.Un des principes clés demeure le respect des personnes.On ne peut pas forcer quelqu\u2019un à rencontrer son contrevenant.On pourrait très bien mettre en place des pratiques différentes, autres que la rencontre directe de médiation.Quelqu\u2019un qui n\u2019est pas prêt à rencontrer son agresseur pour- rait être préparé sur une longue période et vivre des rencontres indirectes.Mais nous manquons d\u2019imagination.Les milieux autochtones sont allés beaucoup plus loin que nous.Ils ont recours à des pratiques de médiation dans des cas graves - des cas d\u2019agression sexuelle notamment - à travers les cercles de guérison.Ils pratiquent aussi la médiation dans les cas de violence conjugale.En partant de critères objectifs pour définir la gravité des délits, nous reproduisons la logique du système, alors que nous savons pertinemment qu\u2019il y a une part de subjectivité très importante : les êtres humains ne vivent pas les choses de la même façon.En fait, il ne faudrait pas partir de la nature du délit, mais de la situation des personnes.Le jour où nous assisterons à une baisse du recours au système pénal, nous pourrons dire que les pratiques alternatives ont eu des effets.Mais, pour l'instant, ce n'est pas le cas.Rel.: Comment ces nouvelles formes de justice alternative se développent-elles par rapport à la justice punitive?N\u2019y a-t-il pas un risque de récupération par le système actuel?M.J.: Nous n\u2019avons pas encore démontré que la pratique de la justice alternative a fait diminuer la pratique de la justice punitive.Le jour où nous assisterons à une baisse du recours au système pénal, nous pourrons dire que les pratiques alternatives ont eu des effets.Mais, pour l\u2019instant, ce n\u2019est pas le cas.En toute rigueur, il vaudrait mieux arrêter de parler de « justice alternative », puisqu\u2019il y a un développement quasi parallèle de deux formes de justice : une justice punitive et une justice qui se développe en dehors du système pénal, prenant des formes punitives et non punitives.Nous ne sommes pas en présence de vases communiquants où le Pour prolonger la réflexion LIVRES BERNHEIM, Jean-Claude, Les suicides en prison, Montréal, Éditions du Méridien, 1987.BERTRAND, Marie-Andrée, Prisons pour femmes, Montréal, Éditions du Méridien.1998.BERTRAND, 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conditionnelle va dépendre de ces démarches.La justice réparatrice ajoute alors un surcroît de contrôle et devient une autre forme de sanction.Il faut se poser des questions sur l\u2019efficacité de la réparation quand elle se fait dans ces conditions.Rel.: Dans quel contexte est née cette nouvelle conception de la justice?Dans quelles perpectives s\u2019inscrit-elle?M.J.: Ces formes de justice non punitive ont toujours existé.On en retrouve des traces en Europe, au Moyen Âge.Elles étaient le propre des sociétés dites communautaires où la force du groupe était dominante.Toute transgression déstabilisait le groupe et faisait en sorte qu\u2019il fallait très rapidement retrouver une cohésion.Comme l\u2019apport de chaque membre du groupe était important, ces sociétés avaient recours à des formes de justice plus intégratives.C\u2019est la raison pour laquelle les communautés autochtones, qui sont des sociétés communautaires, utilisent de telles pratiques.Mais ce n\u2019est pas exclusif aux communautés autochtones.C\u2019est moins une question de culture que de type d\u2019organisation sociale.Ces pratiques ont resurgi dans nos sociétés vers les années 1960-1970.Jacques Faget, juriste et sociologue français, identifie trois courants de pensée dans lesquels s\u2019enracine cette redécouverte.Le premier a questionné les finalités du système pénal, aux États-Unis, après la guerre du Vietnam, dans la mouvance du mouvement des droits civiques qui a fait une critique assez radicale des institutions totalitaires, telles que l\u2019armée et la prison.Le deuxième s\u2019inscrit dans le contexte de valorisation des droits des intérêts des victimes.Un mouvement de revendication des victimes avait vu le jour après la Deuxième Guerre mondiale.S\u2019étant systématisé, il a donné naissance à la victimologie, discipline qui considère le crime à partir des victimes.Assez rapidement, celle-ci a donné naissance à un mouvement social de défense des victimes très para- doxal, regroupant les tendances les plus progressistes aux plus conservatrices.Le troisième courant exalte la communauté.11 fait valoir que la communauté est un lieu idyllique qui rappelle les sociétés dites communautaires où les conflits étaient non seulement moins présents mais résolus de façon plus pacifique.Cette manière de penser a donné naissance au mouvement abolitionniste du système pénal.Ces trois courants, bien que contradictoires, convergent vers une même idée de justice alternative.S\u2019ajoute aujourd'hui le contexte d\u2019affaiblissement de l\u2019État-providence et la montée du néolibéralisme qui pavent la voie à ces formes de justice alternative : on demande à la communauté de faire sa part pour diminuer les coûts de fonctionnement du système pénal.L\u2019idée se répand que l\u2019individu étant le premier responsable de sa vie, il faut lui redonner du pouvoir.L\u2019individu et la communauté se trouvent donc chargés de grandes responsabilités, tandis que l\u2019État se décharge des siennes.II faut donc rester vigilant face à la justice alternative.Elle risque d\u2019être marginalisée dans ses applications concrètes, confinée dans le domaine d\u2019intervention de la justice des mineurs et se développer parallèlement à un durcissement de la justice punitive.\u2022 (Entrevue réalisée par Anne-Marie Aitken) L\u2019AUMÔNERIE en milieu carcéral Les femmes et les hommes incarcérés ont besoin d\u2019aumôniers pour les accompagner dans leur réappropriation d\u2019une dignité de vie renouvelée en vue de leur retour dans la collectivité.Vous sentez-vous interpellé(e) par ce défi auprès de vos sœurs et de vos frères incarcérés?Important : Pour connaître la date limite et demander les Lignes directrices pour les soumissions S\u2019adresser au (613) 995-8366 ou par courriel à ChaplaincyG@csc-scc.gc.ca www.csc-scc.gc.ca/text/prgrm/chap/contract/contract_f.shtml « .rien d\u2019autre que d\u2019agir avec justice, aimer avec tendresse, et accompagner humblement ton Dieu.» Michée 6,8 Canada Service correctionnel Correctional Service Canada\tCanada juin 2004 ReLatiONS 25 aiLLeuRS La difficile transition postsoviétique en Ukraine Au moment où les pays anciennement communistes qui bordent sa frontière occidentale viennent de joindre les rangs de l'Union européenne, l'Ukraine s'efforce encore de définir sa place et son rôle sur le vieux continent.En cette année d'élection présidentielle, l'héritage soviétique continue de peser lourd.Yann Breault L'auteur, chargé de cours À l'UQAM, VIENT DE PUBLIER, avec Jacques Lévesque et Pierre Joucoeur, La Russie ET SON EX-EMPIRE, Paris, Presses de science Po, 2003 Les Ukrainiens commémorent cette année un anniversaire controversé.Il y a 350 ans, le chef cosaque Khmelnitski, venant à peine de libérer l\u2019Ukraine du joug polonais, se résignait à placer son pays fragile et menacé sous la protection du tsar de Russie.Ce que l\u2019on appela « l\u2019Union de Pereyaslav» devait marquer le début de l\u2019érosion progressive de l\u2019autonomie ukrainienne.L\u2019événement allait néanmoins être décrit comme la réunification fraternelle de deux «nations-sœurs».Les Russes, en effet, voyant dans l\u2019émergence du royaume ruthène de Kiev, au IXe siècle, le point de départ de leur propre histoire nationale, ont tendance à percevoir l\u2019Ukraine comme une simple variation régionale de leur civilisation slavo-orthodoxe.Propagée par les pouvoirs tsariste et soviétique, cette représentation historique est bien ancrée dans l\u2019imaginaire collectif.Entre 1654 et 1991, abstraction faite des quelques mois d\u2019indépendance qu\u2019ils Bielorussi Pologne k r a i il e Mer d\u2019Azov Hongrie Crimée loumanie MER Bulgarie connurent à la fin de la Première Guerre mondiale, les Ukrainiens cohabitèrent avec les Russes dans un même État au sein duquel ils jouèrent un rôle non négligeable.Ayant progressivement adopté ce qui était la langue du pouvoir, pratiquant largement la même religion orthodoxe, beaucoup d\u2019Ukrai-niens peinent donc à concevoir que les Russes puissent être aujourd\u2019hui des étrangers.Le caractère fraternel des rapports avec les Russes ne fait cependant pas l\u2019unanimité.Les régions occidentales du pays, jadis austro-hongroises, n\u2019avaient jamais été soumises au pouvoir russe avant que l\u2019URSS ne les incorpore de force en 1945.Accusés de « nationalisme bourgeois », nombre d\u2019habitants de ces régions, généralement ukrainophones et de religion gréco-catholique, finirent leurs jours au goulag.En évoquant la répression des paysans ukrainiens au début des années 1930 (Staline les laissa mourir de faim par millions pour avoir résisté à la collectivisation des terres) ou la réaction du Kremlin lors de l\u2019accident nucléaire de Tchernobyl en 1986 (Moscou tenta initialement de camoufler l\u2019affaire plutôt que de protéger la population), nombreux sont ceux qui voient plutôt dans l\u2019assujettissement du pays la principale cause de leur malheur.Aujourd\u2019hui, le rôle historique du pouvoir russe divise encore profondément la population ukrainienne.Chaque pas en direction de Moscou soulève un tollé à l\u2019ouest du pays.Cela est d\u2019autant plus vrai actuellement, alors que s\u2019éclipse la perspective d\u2019un rapprochement vers l\u2019Europe.Les désillusions de l\u2019intégration à l\u2019Ouest Au tournant des années 1990, au moment où s\u2019effondraient les fondements idéologiques de l\u2019URSS, le nationalisme était devenu la principale valeur refuge.Le 1er décembre 1991, 90,3% des Ukrainiens avaient soutenu l\u2019indépendance, un résultat qui traduisait la croyance répandue selon laquelle la reprise en main des leviers du pouvoir était nécessaire pour redresser la situation économique intérieure.Les Ukrainiens devaient vite déchanter.D\u2019abord, les relations avec Moscou se dégradèrent rapidement.Ayant peine à accepter la réalité d\u2019une Ukraine indépendante, le Kremlin brandissait les menaces pour la convaincre de participer à la nouvelle Communauté des États indépendants, que l\u2019on voyait comme une structure de rechange à l\u2019URSS.Or, cette stratégie ne fit qu\u2019accroître la méfiance de l\u2019Ukraine et sa détermination à se détacher de la Russie.Le statut de la Crimée (offerte symboliquement à l\u2019Ukraine en 1954 à l\u2019occasion du 300e anniversaire de l\u2019Union de Pereyaslav), le partage de la flotte de la Mer Noire qui s\u2019y trouve, ainsi que le retrait des armes nucléaires (l\u2019Ukraine avait hérité du troisième plus important arsenal au monde) furent autant d\u2019enjeux qui attisèrent les tensions.En misant sur la dépendance énergétique de l\u2019Ukraine pour tenter d\u2019obtenir des règlements avantageux de ces litiges, interrompant périodiquement les livraisons de gaz, Moscou fragilisa la situation intérieure du pays.Parallèlement, les efforts de Kiev pour briser les liens de dépendance économique qui l\u2019unissaient à la Russie eurent pour conséquence d\u2019aggraver la débâcle.Au début de 1994, le niveau de vie des Ukrainiens avait chuté de 80 %.De plus, dans la mesure où les chancel- 26 ReLatiONS juin 2004 aiLLeuRS leries occidentales hésitaient à soutenir les positions ukrainiennes pour ménager leurs propres rapports avec la nouvelle Russie, le pays se retrouva pratiquement isolé sur la scène internationale.L\u2019arrivée au pouvoir de Léonide Koutchma, à l\u2019été 1994, permit initialement à l\u2019Ukraine d\u2019améliorer sa position géopolitique.En effet, tout en apaisant les relations avec Moscou, Koutchma renforça l\u2019ancrage du pays à l\u2019Ouest.Après avoir résolu les principaux enjeux litigieux avec la Russie et signé avec elle un traité d\u2019amitié et de coopération à l\u2019été 1997, le président réussit à calmer son électorat nationaliste en tissant des liens particuliers avec l\u2019OTAN, ouvrant même la porte à la possibilité d\u2019une adhésion future.Depuis sa réélection, à l\u2019automne 1999, les scandales de blanchiment d\u2019argent et les dérives autoritaristes ont toutefois freiné le grand « retour en Europe».La tendance prit une tournure dramatique, en novembre 2000, lorsque des enregistrements effectués par un ancien officier de la garde présidentielle révélaient au grand jour le caractère corrompu et répressif du régime.On pouvait notamment y entendre Koutchma donner son accord pour mettre un terme aux activités d\u2019un journaliste d\u2019opposition, G.Gongadze, dont le corps fut retrouvé décapité par la suite.En septembre 2002, les États-Unis confirmaient l\u2019authenticité de la transcription d\u2019une conversation où Koutchma avalisait la vente de systèmes de détection radar à l\u2019Irak, en violation de l\u2019embargo de l\u2019ONU.Bien que Kiev ait tout nié, Washington a suspendu une part importante de son aide à l\u2019Ukraine, déclarant que la confiance s\u2019était érodée.Kiev chercha bien à corriger le tir en envoyant, à l\u2019été 2003, quelque 1800 soldats en renfort aux forces de maintien de la paix en Irak, mais la crédibilité du pays s\u2019est effondrée : personne ne se fait plus d\u2019illusion sur les chances de l\u2019Ukraine de joindre prochainement l\u2019OTAN, et à plus forte raison l\u2019Union européenne.C\u2019est dans ce contexte que Kiev devait accepter récemment de signer un nouvel accord pour la création d\u2019un marché commun avec la Russie, le Belarus et le Kazakhstan.Vers l\u2019Europe.par Vladivostok?C\u2019est par ce slogan que l\u2019opposition prooccidentale ironise le chemin parcouru par Koutchma.Dix ans après son arrivée au pouvoir, le pays semble forcé de consentir à un rapprochement économique avec la Russie.Si Poutine, qui ne porte pas le fardeau de la dissolution de l\u2019URSS, accepte plus volontiers l\u2019idée d\u2019une Ukraine indépendante, il n\u2019éprouve aucun remords à appliquer contre elle les pressions nécessaires pour aider les entreprises russes à y étendre leurs activités.Malgré les taux de croissance affichés depuis 2000, l\u2019Ukraine - dont le PIB par habitant prenante habilité à coopérer pour défendre leurs intérêts communs.Ceux-ci s\u2019apprêtent notamment à modifier la constitution du pays afin de circonscrire les pouvoirs présidentiels et de renforcer ceux du premier ministre, élu par une assemblée législative qu\u2019ils contrôlent.La principale menace aux intérêts oligarchiques vient de Viktor Youch-tchenko, l\u2019ancien président de la Banque centrale, nommé premier ministre en décembre 1999, puis déchu pour avoir entrepris une série de réformes jugées trop libérales.Dirigeant la principale formation d\u2019opposition au pays, Youch-tchenko est actuellement le seul leader 'isT 'v''\u2018 vsv.ir r-'Jm atteint à peine 60% de celui de la Russie - ne possède actuellement ni les ressources internes, ni les appuis externes pour résister aux pressions russes.D\u2019une façon qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019époque de Eltsine en Russie, l\u2019Ukraine est encore dominée par une poignée d\u2019hommes ayant profité de la décomposition des infrastructures soviétiques pour accumuler des richesses colossales et d\u2019importants leviers d\u2019influence dans l\u2019administration publique.Pendant dix ans, le président a réussi à se maintenir au-dessus de la mêlée, en opposant les grands clans régionaux et leur formation politique respective.Or, avec la venue à l\u2019automne 2004 d\u2019élections présidentielles auxquelles Koutchma ne participera pas, les clans oligarchiques font montre d\u2019une sur- dont la popularité dépasse les 20%.Son discours pro-occidental lui confère d\u2019importants appuis dans l\u2019ouest du pays, mais son opposition au pouvoir oligarchique lui vaut d\u2019être la cible d\u2019une vaste campagne de dénigrement dans les médias, manipulés par le pouvoir d\u2019une façon de plus en plus inquiétante.Le résultat de cette bataille électorale aura certainement des incidences sur la qualité des rapports que l\u2019Ukraine pourra maintenir avec les chancelleries occidentales.En revanche, l\u2019issue du scrutin ne changera pas l\u2019état de vulnérabilité dans lequel l\u2019Ukraine se trouve vis-à-vis de la Russie.Le rapprochement de l\u2019Ukraine avec l\u2019Europe risque donc de devoir s\u2019opérer de concert avec la Russie, plutôt qu\u2019en lui tournant le dos.\u2022 USTRYZHAVKA, VILLAGE UKRAINIEN.CANAPRESS/ Victor Pobedinsky juin 2004 ReLatiONS 27 coNtROveRse Les auteurs sont MEMBRES DU GROUPE DE RESSOURCES TECHNIQUES BÂTIR SON QUARTIER Vous avez dit « mixité sociale »?Il est possible, si les municipalités assument leur responsabilité socio-économique, de bâtir une ville solidaire, à l'échelle des quartiers Édith Cyr et André Lavallée Le développement du site Angus, dans les années 1980, demeure probablement le meilleur exemple de ce que peut être une mixité sociale au chapitre des nouveaux ensembles.La Ville de Montréal a d\u2019abord procédé à l\u2019acquisition des terrains qui appartenaient à Canadian Pacific.Elle les a ensuite revendus, sans pertes, à des promoteurs privés et à moindres coûts, en vue de construire des logements communautaires.Cette approche a donné naissance à un nouveau quartier qui compte plus de 2600 unités d\u2019habitation, dont plus de 40 % ont été réalisées par des groupes de ressources techniques pour les OSBL et les coopératives d\u2019habitation.Ce quartier est maintenant reconnu comme un exemple réussi de mixité et de cohésion sociales.Dans un deuxième temps, après la fermeture définitive des usines Angus, le milieu s\u2019est à nouveau mobilisé pour permettre la création de nouveaux emplois, en particulier dans le domaine de l\u2019économie sociale.Angus démontre qu\u2019il est possible de construire, à l\u2019échelle des quartiers, une ville solidaire.Un débat au cas par cas Le développement du site de l\u2019hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine, dans l\u2019est de Montréal, par exemple, a provoqué un important débat local sur la question de la pénurie de logements abordables après la mise en vente d\u2019une partie de cette immense propriété publique.L\u2019Office de consultation de Montréal a clai- rement entendu les revendications mais a fini par renvoyer tous les intervenants à la case départ, intimant à l\u2019arrondissement, à la Ville et au promoteur l\u2019ordre de s\u2019entendre, faisant valoir que les dispositions actuelles de la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme ne lui donnaient pas de prise sur la programmation de la mixité sociale.Les négociations qui ont eu lieu autour du projet Benny Farm et des terrains de Radio-Canada, dans le Centre-Sud de Montréal, ont pourtant démontré que la ville peut influencer, lorsqu\u2019elle décide de le faire, la mise en valeur de tels sites.Bâtir une ville solidaire! Le débat risque de se poser avec encore plus d\u2019acuité au cours des prochains mois et des prochaines années.La crise du logement à Montréal est, en effet, loin d\u2019être terminée: le FRAPRU évaluait, en octobre 2002, qu\u2019il manque 17 682 unités de logement locatif dans la région de Montréal pour sortir de la pénurie.Le manque de logements est une chose, la capacité de payer en est une autre.Environ 37 % des locataires doivent consacrer 30 % ou plus du revenu de leur ménage au logement.Plusieurs grands sites publics ou privés deviendront disponibles prochainement, sur l\u2019île de Montréal.On y dénombre aussi plusieurs terrains et bâtiments institutionnels qui sont appelés à changer de vocation et qui suscitent déjà l\u2019intérêt des promoteurs.Montréal, c\u2019est aussi bon nombre de secteurs bâtis, dont plusieurs suscitent un intérêt grandissant de la part des ménages plus fortunés.Les tendances laissent entrevoir maintenant une accentuation de la polarisation socio-économique entre le centre de l\u2019île de Montréal, le reste de l\u2019île et les banlieues périphériques.On retrouve dans plusieurs quartiers un pourcentage très élevé de personnes seules, de familles monoparentales et de ménages dont les revenus sont bien inférieurs à la moyenne montréalaise, de même qu\u2019un taux de chômage élevé et, souvent, un fort pourcentage d\u2019immigrants.Pour certains, la solution passe par la « requalification » du milieu.Aux yeux de plusieurs, cette approche annonce la gentrification du milieu et l\u2019exode des classes populaires.D\u2019autres, et Bâtir son quartier est de ceux-là, suggèrent plutôt la voie de la promotion économique et sociale des populations en place par divers moyens, tels l\u2019intégration socio-économique des personnes vulnérables, le développement économique et la création d\u2019emplois locaux, la prise en charge du milieu par les résidants, l\u2019accueil des immigrants, l\u2019ajout de logements communautaires et d\u2019équipements publics.Ce qui exige, il faut le dire, la prise en compte de ces enjeux à l\u2019échelle de la ville et pas seulement sur le plan local.À cet égard, mentionnons que la recherche effectuée pour la Ville de Montréal par Francine Dansereau et al., La mixité sociale en habitation, mai 2002, propose un premier diagnostic fort intéressant sur la division sociale de l\u2019espace montréalais et brosse un tableau des mesures qui se pratiquent ailleurs et qui pourraient inspirer le débat montréalais.Une chose est certaine : la Ville devra s\u2019attaquer beaucoup plus résolument à ces questions au cours des prochaines années si elle veut éviter une véritable fracture de son territoire.\u2022 28 ReLatiONS juin 2004 coNtRoveRse L'idée de mixité sociale a fait l'objet de vifs débats, mixité sociale a comme horizon, à certaines con-l'automne dernier, alors que des résidants d'un ditions, une vision de communautés solidaires.La quartier populaire de Montréal dénonçaient, comme crise du logement, la rareté des terrains ne peuvent un facteur de gentrification, l'implantation de que raviver le débat, condominiums dans leur secteur.Pour d'autres, la Malgré les apparences, la mixité sociale conduit le plus souvent à déposséder les pauvres de leur quartier au profit des mieux nantis Nicolas Lefebvre Legault Les quartiers populaires sont sous tension.La pauvreté force 40 % des locataires à engouffrer au moins le tiers de leurs revenus dans le logement.La pénurie de logements, qui jadis était généralisée, tend de plus en plus à se transformer en une pénurie de logements abordables.Malgré des besoins immenses, les autorités tergiversent et les logements sociaux promis sont livrés au compte-gouttes.Les terrains se font rares et la compétition est féroce.À chaque fois qu\u2019une bataille s\u2019engage dans un quartier populaire à propos d\u2019un terrain disponible pour la construction, les pouvoirs publics opposent aux groupes communautaires le principe de la mixité sociale, et ce dans le but de les forcer à partager l\u2019espace avec des promoteurs de condominiums.Qui est contre la mixité sociale?L\u2019argument est pratiquement imparable.Éviter les ghettos, mélanger les genres, les cultures, les styles de vie est louable.Mais ce n\u2019est pas de cela dont il est question.Les projets de coopératives d\u2019habitation qui se construisent actuellement garantissent déjà une certaine mixité sociale, ne serait-ce que parce que seulement la moitié des futurs locataires pourront bénéficier d\u2019une subvention du gouvernement (comme dans un HLM).Non, quand les élites parlent de mixité sociale, elles parlent de mélanger les riches avec les pauvres.Une tactique de vaincus De plus en plus de groupes communautaires tentent de retourner l\u2019argument en faveur des locataires.Confrontés à de grands projets immobiliers de luxe qui risquent de venir accélérer radicalement des processus de gentrification déjà en cours, plusieurs organismes utilisent l\u2019argument de la mixité sociale pour revendiquer une place pour le logement social sur les sites de projets de condominiums.L\u2019argumentation réussit souvent à ébranler promoteurs et élus, mais c\u2019est une tactique de vaincus.Concrètement, cela revient à quêter une place dans nos quartiers auprès de ceux et celles qui sont en train de nous en déposséder.De plus, cette posture mine les chances de ceux et celles qui, dans le quartier d\u2019à côté, s\u2019opposent catégoriquement à la venue de semblables projets de luxe et revendiquent exclusivement du logement social sur les sites visés.Tôt ou tard, les pouvoirs publics vont utiliser les «belles victoires» accordées dans le centre-ville gentrifié pour forcer l\u2019acceptation d\u2019un projet, avec valeur sociale ajoutée, dans un quartier populaire où la bataille n\u2019était pas encore totalement perdue.11 arrive aussi que certains organismes adhèrent à l\u2019idée de mixité sociale dans l\u2019espoir d\u2019arriver à «revitaliser le milieu ».Dans ce cas, le discours cache un renoncement.Plutôt que d\u2019aider les gens à améliorer leur conditions socio-économiques, certaines élites communautaires préfèrent importer des mieux nantis, des propriétaires de condominiums, dans l\u2019es- poir que ces derniers donnent l\u2019exemple à leurs concitoyens plus pauvres.C\u2019est à peu près ce que disait Jean Rouleau, le coordonnateur du Collectif en aménagement urbain d\u2019Hochelaga-Maisonneuve, dans Le Devoir du 11 octobre dernier : « Un modèle de gens qui ont réussi, c\u2019est positif et ça amène les plus pauvres à vouloir eux aussi l'auteur est réussir [.].Quand les gens sont pau- coordonnateur du vres et sous-scolarisés, dans des fa- comité populaire milles monoparentales, l\u2019homogénéité Saint-jean-Baptiste, est négative.Ce n\u2019est pas normal que à Québec des enfants grandissent dans un endroit qui ressemble à une zone bombardée.Nous voulons rétablir une sorte d\u2019équilibre, nous pensons à l\u2019ascension sociale des gens.Ceux qui croient que nous \u201cgentrifions\u201d à outrance ne réfléchissent pas à long terme.» À l\u2019image des colonisateurs d\u2019autrefois, les riches auraient une mission civilisatrice dans les quartiers populaires : sortir les locataires de leur « culture de pauvreté ».La mixité sociale n\u2019existe pas La mixité sociale n\u2019est en fait qu\u2019un moment de transition plus ou moins long dans la vie d\u2019un quartier.Laissé à lui-même, le marché favorise systématiquement les riches et tend à la ségrégation spatiale, notamment en fonction du revenu.Les nouveaux propriétaires de condominiums ayant par définition plus de moyens que les autres résidants, à terme ce sont leurs besoins, leurs goûts, leurs cultures, même s\u2019ils sont minoritaires, qui vont façonner le quartier.Favoriser la mixité sociale dans des quartiers populaires est criminel et équivaut à planifier la marginalisation des classes populaires et de leur culture dans ce qui était jusqu\u2019à hier leur quartier.Parlez-en aux anciens résidants du Plateau ou aux victimes de reprises de propriétés dans le Vieux-Rosemont, à Montréal! \u2022 juin 2004 ReLatiONS (29 RefiaRD Le pouvoir de la liberté Entrevue avec Philippe Breton Sociologue au CNRS et rattaché à L'Université Marc-Bloch de Strasbourg, Philippe Breton est l'auteur de nombreux livres critiques sur la communication, notamment L'utopie de ta communication.Dans l'un de ses derniers ouvrages, Éloge de la parole (2003), il rappelle que la finalité de la communication réside dans sa capacité à changer le monde.L'auteur a bien voulu partager ses réflexions avec Relations.Relations : Vous nous avez habitués, par vos ouvrages précédents, à un regard critique sur la communication telle qu\u2019elle est véhiculée par l\u2019air du temps.Éloge de la parole marque un tournant.Comment le comprendre?Philippe Breton : Il y a un temps pour la critique et il y a un temps pour la reconnaissance.Et c\u2019est un même combat contre l\u2019air du temps.Il est en effet impérieux d\u2019indiquer des solutions de rechange, de pointer du doigt des signes d\u2019espérance pour ne pas être emportés à notre corps défendant par cette tourmente.Faire l\u2019éloge de la parole, c\u2019est loin d\u2019avaliser la société de communication telle qu\u2019elle se dessine actuellement.C\u2019est au contraire en décoder les impasses.Car trop de communication peut très bien étouffer la parole ou la neutraliser.Et, de fait, s\u2019il y a bel et bien, dans nos sociétés de communication dites démocratiques, invitation à prendre la parole, tout est fait en même temps pour que celle-ci soit la plus insignifiante possible : bavardages, clichés, lieux communs.L\u2019important étant la communication en tant que véhicule de la parole, mais non la parole comme telle.Les êtres vivants communiquent, les animaux communiquent, mais l\u2019être humain est le seul à avoir la parole.Elle est une manière d\u2019exister, de se manifester, d\u2019habiter le monde qui lui est propre.En ce sens, la parole n\u2019est pas un simple moyen, un outil de communication.Cet aspect est important.Il signifie que même lorsque l\u2019être humain communique peu ou ne communique plus, il n\u2019en reste pas moins fondamentalement un être de parole.C\u2019est pourquoi il importe de bien distinguer entre parole et communication, qui forment cependant un couple indissociable.L\u2019une renvoie davantage à la finalité, l\u2019autre aux moyens, aux outils.Et la société actuelle, hypnotisée par les moyens, tend à gommer cette distinction, faisant des moyens une finalité en eux-mêmes.Comme si la parole n\u2019était qu\u2019un médium, un instrument pour échanger.Tant mieux, dans un sens, si j\u2019ai de plus en plus de moyens qui me permettent de transmettre une parole, plus loin, plus vite.Mais en même temps, je dois toujours me demander quel moyen je choisis pour la parole que je veux tenir, pour qu\u2019il ne la pervertisse pas.Ce n\u2019est pas si facile, car la communication est un outil revêche et puissant qui tente de s\u2019imposer sur la parole, de s\u2019y substituer.Rel.: Cette surenchère de la communication, outre de mettre l\u2019insistance sur la dimension instrumentale, banalise la parole, comme vous y faisiez allusion.Cela n\u2019a-t-il pas pour effet d\u2019induire un conformisme social?P.B.: L\u2019injonction que les médias de masse nous répètent ad nauseam indirectement, c\u2019est : « Parle, mais ne pense pas! » Outre le mépris de l\u2019humain auquel elle renvoie, cette injonction convie effectivement à un conformisme déconcertant, à un déni du pouvoir de la parole sur lequel se fonde La démocratie implique la mise en jeu de paroles fortes, à travers lesquelles tout un chacun prend le risque de dire sa singularité, la manière dont il voit le monde.précisément la démocratie.Comment peut-on dire que nous sommes dans une société démocratique, alors que tout nous invite à penser le monde à travers les catégories extraordinairement collectives, des lieux communs non questionnés?Nous sommes dans une sorte de totalitarisme soft, parce que les gens sont amenés à dire ce qu\u2019ils supposent qu\u2019on attend d\u2019eux.On peut très bien analyser les émissions de télévision, de radio sous cet angle : on y fait parler les gens «ordinaires».Ceux-ci tiennent des propos les plus banals, mais ce n\u2019est pas eux qui parlent, ils parlent à travers les catégories qu\u2019ils ont intériorisées.Des clichés finalement.Bien sûr, pour un monde centré sur la production et la consommation, la démocratie fait peur.Si l\u2019individu commence à s\u2019éprouver lui-même à travers sa propre parole, il y a bien des chances qu\u2019il renoncera du même coup à la parole Nike, aux vêtements Nike, pour ne citer qu\u2019une marque.Une parole libre remet en cause un nombre considérable de choses tenues comme allant de soi dans notre système.La démocratie implique, en effet, la mise en jeu de paroles fortes, à travers lesquelles tout un chacun prend le risque de dire sa singularité, la manière dont il voit le monde.Cette posture amène nécessairement des conflits.C\u2019est inévitable.En faire l\u2019économie signifierait ni plus ni moins de rendre ReLatiONS juin 2004 impossible la constitution d\u2019un monde commun.Car qu\u2019est-ce qu\u2019un monde commun sinon la mise en commun du monde, chacun travaillant à se dégager de lieux communs, d\u2019idées reçues, de préjugés, de clichés qui encombrent notre propre jugement, pour s\u2019approprier finalement une parole singulière.«Parole», faut-il le rappeler, vient de la contraction de « parabole » qui désigne une parole « forte » visant à bouleverser un ordre établi, une évidence, à faire surgir l\u2019extraordinaire tapi dans l\u2019ordinaire.C\u2019est une parole directement arrimée à l\u2019action créatrice, innovatrice.Elle est la condition sine qua non d\u2019un rapport au monde fondé sur la liberté.Cela peut paraître étrange, mais une voie pour s\u2019enraciner solidement dans une culture démocratique passe, à mon sens, par la valorisation de la poésie - la poésie des grands poètes bien entendu, mais aussi la poésie de tous les jours, celle dont nous sommes tous porteurs.La poésie est parole d\u2019intériorité par excellence, effort d\u2019élaboration d\u2019une parole singulière sur le monde, sur notre vie.Rien n\u2019est fait dans notre société de communication pour favoriser cette culture de l\u2019intériorité, tout au contraire.On s\u2019en moque bien souvent.Regardez les adolescents dans les écoles, s\u2019il y en a un qui prend le risque de tenir ce type de parole, il se fait immédiatement pointer du doigt.Et quand il s\u2019agit de décrire, d\u2019exprimer, de dire ce qu\u2019ils ressentent, combien de gens se sentent en panne?Rel.: La puissance qu\u2019ont les images dans les médias ne bat-elle pas également en brèche cette culture de l\u2019intériorité en nous laissant croire qu\u2019elles donnent accès directement au réel?P.B.: L\u2019image, en effet, a ce pouvoir incroyable de donner l\u2019illusion de la transparence, de nous faire croire qu\u2019elle n\u2019est pas elle-même médiation - ce que ne fait pas l\u2019écriture, par exemple, qui se donne nécessairement comme intermédiaire.Cette illusion nous éloigne de notre humanité.Et c\u2019est pour cela qu\u2019elle peut devenir facilement une idole.Elle transforme la réalité en une chose dont elle est le simple reflet.Mais toute image est parole.Ne pas s\u2019en rendre compte, c\u2019est en quelque sorte s\u2019aliéner.Car ce qui caractérise fondamentalement l\u2019être humain, c\u2019est la distance, cet écart, qui ne peut être comblé, entre soi et le réel dont la parole est en quelque sorte la mesure.La parole est en même temps ce qui nous relie au réel, nous y donne accès.Nous entrons dans le monde en y mettant des mots, du sens.Ce décalage est tant par rapport au monde, que par rapport aux autres et à soi.C\u2019est ce qui autorise d\u2019ailleurs le phénomène probablement unique dans l\u2019histoire de la vie qu\u2019est le dialogue intérieur : le fait que nous nous parlons à nous-mêmes.Cela est possible parce que nous sommes dans une certaine mesure étranger à nous-mêmes.La parole tente de combler cet écart, sans jamais y parvenir vraiment, puisqu\u2019elle participe elle-même de cette distance, mais ce faisant elle génère du sens - notre oxygène, l\u2019air qui rend habitable humainement le monde.Ce sentiment d\u2019étrangeté est à l\u2019origine de toutes les questions fondamentales que nous nous posons et de toute action transformatrice, libératrice.L\u2019aliénation, en ce sens, n\u2019est pas tant d\u2019être étranger à soi-même que de suspendre cet écart symbolique dont rend compte la parole et ainsi de se vivre comme chose et être agi - comme si précisément il n\u2019y avait pas d\u2019écart, d\u2019étrangeté.Le phénomène Loft story est emblématique à cet égard.Les jeunes entrent dans la vie qui est un mystère pour eux, ils portent des questions fondamentales : comment établit-on des relations amicales, comment fait-on pour aimer?Et voilà qu\u2019on leur propose une émission qui leur donnerait accès directement à ce mystère! Comme si la caméra « disait » le réel, comme si celui-ci n\u2019avait qu\u2019à se montrer pour être compris, comme si la caméra pouvait pénétrer dans l\u2019épaisseur d\u2019un réel et nous dévoiler son mystère.Mais pas du tout! Dans ce genre d\u2019émissions, nous croyons voir, mais nous ne voyons rien.Là est le problème.Nous sommes en plein dans une fiction mystificatrice.Goldstyn juin 2004 ReLatiONS RegaRD C\u2019est là l\u2019espace même de la pornographie - la pornographie qui prétend montrer la sexualité, vider le mystère de la sexualité.L\u2019image propose d\u2019accéder directement à un mystère.Les gens regardent, mais ils ne voient rien, ils ne peuvent rien voir parce que la sexualité est ailleurs.Ce n\u2019est pas l\u2019image comme reflet du réel qui peut dire le réel.Il peut être dans l\u2019image, bien sûr, si l\u2019image se présente comme parole, si elle se fait icône et non idole.L\u2019accès au réel passe par des labyrinthes, pour ainsi dire : il faut se battre avec l\u2019image pour qu\u2019elle puisse nous dire quelque chose.Rel.: Bien que contesté et menacé par le pouvoir des armes, de l\u2019argent, de la technique, le pouvoir de la parole s\u2019impose, selon vous, de plus en plus dans nos sociétés.P.B.: Sans prendre d\u2019accents teilhardiens, je dirais qu\u2019il y a comme une montée de la parole qui, si elle ne rend pas impossible le retour en arrière, le rend tout au moins plus difficile.Une fois libéré, le pouvoir de la parole revient toujours nous hanter.L\u2019invention de la démocratie dans la Grèce antique a certainement été un moment clé.En mettant la parole au centre de la vie sociale, le monde grec a inauguré un système social et politique qui devait à l\u2019époque paraître complètement scandaleux.Les Grecs prennent conscience que par le partage de la parole, on peut rendre la justice, on peut prendre des décisions que seul le roi, le tyran prenait auparavant.La démocratie grecque entame une rupture civilisationnelle, rupture qui s\u2019accorde assez bien d\u2019ailleurs avec le monothéisme - et le christianisme en particulier - qui a imposé tout à la fois une immense présence et une immense absence, à la mesure de l\u2019immense présence.Là où les dieux d\u2019avant nous guidaient pas à pas, le Dieu unique nous renvoie à une sorte de solitude dans la décision, il nous rend notre liberté.Le pouvoir de la parole est indissociable également de la montée de l\u2019individualisme - l\u2019idée que l\u2019individu est le siège d\u2019une parole singulière.L\u2019individualisme a ses propres perversions, bien sûr.Mais c\u2019est avant tout un progrès formidable, il nous constitue comme sujet, comme auteur de notre parole.Le problème avec l\u2019individualisme vient quand il génère une espèce d\u2019utopie d\u2019un monde sans société, comme si la société était une tyrannie.Supprimons l\u2019État, supprimons les impôts, supprimons les contraintes, les normes, les règles.Je suis atterré d\u2019entendre de nombreux étudiants me dire que la société ne signifie plus rien pour eux.Qu\u2019ils ne voient pas pourquoi ils devraient faire des choses pour les autres.On est là en plein dans une illusion d\u2019individualisme qui engendre au contraire une société très conformiste.Parce que l\u2019individualisme, c\u2019est la coprésence de paroles individuelles qui se nouent les unes aux autres à travers la discussion, le débat, le conflit.Sans cela, on demeure dans une parole collective, dans un évitement du conflit, très caractéristique d\u2019ailleurs des sociétés nord-américaines.Rel.: L\u2019autre face de cet évitement est l\u2019usage de la violence « muette », physique.Vous avancez que l\u2019antidote à celle-ci se trouve dans une des potentialités de la parole : l\u2019argumentation.Pouvez-vous développer?P.B.: Au même titre que l\u2019expression est la capacité de voir le monde de façon singulière et l\u2019information, la capacité de décrire objectivement les choses; l\u2019argumentation est la capacité de nouer solidement le lien social au moyen de la parole : j\u2019ai une opinion, un point de vue sur le monde et je le Rien n'est fait dans notre société de communication pour favoriser cette culture de l'intériorité, tout au contraire.propose en partage.Beaucoup, hélas, voient dans l\u2019argumentation une violence, une forme de manipulation.L\u2019argumentation au sens strict est une proposition de partage : à l\u2019autre de «juger» si les raisons avancées sont les bonnes.La métaphore judiciaire y est appropriée.L\u2019argumentation consiste essentiellement à essayer de construire en fonction de l\u2019autre une connaissance de l\u2019autre.Par rapport à l\u2019expression et à l\u2019information, c\u2019est certainement la dimension de la parole qui ouvre le plus sur autrui, en obligeant à accepter d\u2019écouter son point de vue.L\u2019argumentation est tout à fait un art : elle s\u2019apprend et se perfectionne, particulièrement avec l\u2019usage.Mais en même temps, elle est indissociable de l\u2019éthique.Il n\u2019y a pas d\u2019argumentation sans normes.En cela, elle n\u2019est pas simple technique.Un des thèmes courants de notre société de communication est que l\u2019on peut tout dire, que tous les moyens sont bons pour argumenter, au nom de la liberté d\u2019expression.Je plaide au contraire pour un concept qui peut paraître un peu étrange : la liberté de réception, qui doit aller de pair avec la liberté d\u2019expression.On doit garantir dans notre société des normes qui, à leur tour, garantissent la liberté de réception.Un exemple : en Europe, on commence à réfléchir en faveur de l\u2019interdiction de la publicité destinée aux enfants parce qu\u2019on considère que les enfants n\u2019ont pas une complète liberté de réception des messages, même si ceux-ci sont honnêtes, même s\u2019ils ne sont pas manipulateurs comme ils peuvent l\u2019être souvent.Cette publicité devrait être interdite parce que ceux à qui elle s\u2019adresse ne sont pas capables de juger pleinement du message qu\u2019elle renferme.\u2022 (Entrevue réalisée par Jean-Claude Ravet) ReLatiONS juin 2004 eN BRef Répression religieuse en Chine La dictature chinoise continue sa chasse aux croyants.Selon le Centre d\u2019information pour les droits de l\u2019homme et la démocratie, basé à Hong Kong, plus de 125 lieux de prière protestants auraient été fermés depuis six mois dans le nord de la Chine.Une vingtaine de pasteurs, refusant d\u2019être « rééduqués », ont été emprisonnés; 392 temples bouddhistes auraient été fermés, et des chrétiens battus à mort par la police ou condamnés au travail forcé.L\u2019une des principales figures de l\u2019Église catholique clandestine, l\u2019évêque Su Zhimin, 72 ans, a déjà passé 27 ans de sa vie en prison.Ordination des femmes Le collectif Women\u2019s Ordination Worldwide (WOW), organisation internationale pour l\u2019ordination des femmes, annonce la tenue de son deuxième colloque international œcuménique du 22 au 25 juillet 2005.Il se tiendra à Ottawa et aura pour thème « Rompre le silence, rompre le pain : le Christ appelle les femmes au leadership».On se rappelle qu\u2019en 2001, à Dublin, lors du premier colloque, sœur Joan Chittister était la conférencière principale.Les participantes et participants au rassemblement de 2005 pourront entendre Elizabeth Schüssler Fiorenza, professeur d\u2019études néotestamentaires et de théologie à l\u2019université Notre-Dame des États-Unis.Fondé en juillet 1996, WOW s\u2019est fixé les objectifs suivants: réunir les divers organismes nationaux qui œuvrent en faveur de l\u2019ordination des femmes et leur accès aux postes de leadership dans toutes les Églises chrétiennes; affirmer, proclamer et manifester l\u2019égalité foncière entre hommes et femmes dans l\u2019Église; construire une communauté chrétienne délivrée du péché de sexisme et guérie des divisions entre hommes et femmes, clergé et laïcat; favoriser les vocations des femmes à un ministère presbytéral renouvelé; conduire, conseiller et représenter le mouvement pour l\u2019ordination des femmes dans le monde entier; favoriser le dialogue à grande échelle sur la question de l\u2019ordination des femmes dans l\u2019Église catholique romaine.Pour de plus amples renseignements sur le mouvement et le colloque, s\u2019adresser à Marie Evans Boudin à l\u2019adresse : .Une loi antiterroriste qui inquiète Plusieurs membres des minorités ethniques et d\u2019autres citoyens émettent de sévères critiques à l\u2019égard de la loi antiterroriste qui a été adoptée dans la foulée des attentats du 11 septembre.Pour eux, cette loi canadienne - qui doit être révisée par le Parlement fédéral, vraisemblablement à l\u2019automne prochain - enfreint un principe juridique fondamental: la présomption d\u2019innocence jusqu\u2019à preuve du contraire.L'Église catholique en statistiques Selon l\u2019annuaire pontifical 2004, publié récemment, les données statistiques de l\u2019Église catholique indiquent que les baptisés catholiques sont 1 milliard 71 millions, soit 17,2 % de la population mondiale.La répartition des catholiques est la suivante: 50% habitent les Amériques; 26,1 % l\u2019Europe; 12,8% l\u2019Afrique; 10,3 % l\u2019Asie et 0,8 % l\u2019Océanie.Les catholiques représentent ainsi 62,4% de la population des Amériques; 40,5% de la population européenne; 26,8% de la population océanienne; 16,5% de la population africaine et 3 % de la population asiatique.L'autre Parole Publication de « la Collective » des femmes chrétiennes et féministes, le bulletin L\u2019autre Parole vient de faire paraître son 100e numéro.Depuis sa création, en 1976, L\u2019autre Parole affirme sa solidarité avec les luttes et les revendications du mouvement des femmes, tout en remettant en cause les différentes institutions patriarcales qui - souvent au nom de traditions religieuses - empêchent les femmes de vivre leur pleine humanité.Pour en savoir plus, consulter le site .Plus de femmes locataires Le Québec compte 20% plus de femmes locataires que d\u2019hommes.Le Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU, estime que cet écart est attribuable aux iniquités salariales entre les sexes.Les femmes sont locataires dans une proportion de 55,4%, alors que les hommes le sont à 33,8 %.Espérance de vie des Autochtones Selon un rapport récent sur les disparités en santé au pays, l\u2019espérance de vie des peuples amérindiens et inuit est de cinq à dix ans plus courte que celle des autres Canadiens.On apprend aussi, dans ce rapport, que le taux de mortalité infantile chez ces groupes est de deux à trois fois supérieur à la moyenne.juin 2004 ReLatiONS aLeNtouRS Pourquoi ne pas aller en prison?Texte : Hélène Monette Illustration : Janice Nadeau Chaque récidiviste est-il un taré fini ou un genre de monstre qui se débrouille bien dans la vie?Qu\u2019est-ce qu\u2019un châtiment?Qu\u2019est-ce que le pardon?Qu\u2019est-ce qu\u2019une réadaptation, une rédemption?Comment bannir, pourquoi enfermer, jusqu\u2019où punir et incarcérer?J\u2019ai failli emprunter tout Foucault à ma voisine, livre par livre - et puis finalement, tout était déjà dit au mot « failli », je n\u2019en ai rien fait.J\u2019en ouvrais un, déjà dépassée par la question; au fait, quelle est la question?Pourquoi ne pas aller en prison, ou plutôt, comment y arriver, comment y entrer, munie de quoi?- d\u2019une idée du crime?d\u2019une conscience humanitaire incluant plus que le pardon?-, comment y aboutir, ayant détruit quels clichés dans les semaines précédant la visite, et puis, comment en ressortir, comment s\u2019en évader sans trahir ceux qui restent « en dedans »?Question à développements et scrupules.Question de peur et d\u2019ignorance.Je n\u2019ai ni l\u2019armure, ni les armes, ni les connaissances, ni même - d\u2019un côté comme de l\u2019autre de la grille - une douce confiance dans le genre humain.Voilà l\u2019histoire.J\u2019ai accepté Tanguay, puis j\u2019ai annulé.J\u2019ai dit oui pour Bordeaux, pour ensuite me défiler.Des invitations, une occasion fraternelle d\u2019entrer en ces lieux pour je ne sais plus laquelle des Journées mondiales, du Livre, de la Culture ou de la Poésie.Bien sûr que j\u2019avais dit oui.Alors, pourquoi je ne suis pas allée en prison?J\u2019avais peur de me faire mettre en pièces, en boîte, peur de me sentir petite, ridicule, transparente, en même temps que trop favorisée, mesquinement bien placée sur l\u2019échiquier.J\u2019avais peur de me faire écœurer pour toutes les raisons du monde.Peur de la brusquerie, de la vulgarité, de la méchanceté, de la brutalité; peur des yeux éteints où ne brûle plus qu\u2019une étincelle au fond, au loin : la vengeance-violence (pour nombre de gens, c\u2019est la base dans la vie; j\u2019en ai connu, je vous le dis).Pour annuler Tanguay, raison évidente : j\u2019étais déjà au plancher, il aurait fallu me rouler jusque là-bas, j\u2019étais à peine vivante.Pour l\u2019autre prison - j\u2019avais dit oui -, pour me préparer, j\u2019ai écouté l\u2019émission à la radio.Il y avait deux invités du domaine culturel, un homme et une femme.Les questions des gars n\u2019aboutissaient pas; le plus souvent, ils parlaient de boules, de cul; de plottes, pratiquement.Ça m\u2019a découragée d\u2019y aller.Je n\u2019ai pas l\u2019aplomb du sexologue, le calme du travailleur social, la prestance de l\u2019humoriste, le flegme du sociologue, la verve du conteur, ni le charme de la chanteuse.Et je n\u2019ai pas non plus le charisme de l\u2019indéfectible croyante.Où voulez-vous que j\u2019aille sans être tout ça?Je ne sais pas comment.Comment consoler - un de mes amis revient souvent à la charge avec ses poids lourds philosophiques, dont l\u2019un, bien connu, est qu\u2019il n\u2019y a pas de consolation; je ne suis pas d\u2019accord; mais comment consoler quelqu\u2019un qui a failli tuer ou qui l\u2019a fait en volant un pauvre type ou en agressant l\u2019autre, sa femme, sa fille, son fils, la passante ou l\u2019inconnu, parce qu\u2019il avait pété les plombs?Je ne sais pas comment donner de l\u2019espoir à quelqu\u2019un que je ne connais pas, qui me terrorise et qui attend trop de moi.Faire rire, ça, oui, je le peux.De loin, comme ça.Mais aller en prison et en ressortir, pourquoi?J\u2019écoute « Petites boîtes » des sœurs Mc Garrigle.Les universités, les bureaux, les autos, les terrains de golf comme autant de petites boîtes où s\u2019enfermer.Comme dans les cases des semainiers, les carreaux des agendas, la prison du temps où l\u2019insoutenable est la norme pour une multitude de gens.Dis-moi comment tu es devenu fou et je te dirai d\u2019où tu viens.des « grandes boîtes » du monde, des buildings, des tours, des banques, des champs de mines, des frontières, des théories carrées de la guerre, des grilles d\u2019analyse qui débordent, de la densité excessive refoulée, du monde en quadrillé.34 ReLatiONS juin 2004 aLeNtouRS jèê\u2014r îL-n*** Je n\u2019ai pas lu Foucault mais Sylvia Plath et des essais sur la folie, sur les racines de la violence dans l\u2019éducation de l\u2019enfant *, et autre chose, oui (si jamais je poursuis au-delà de la page 58 La passion de détruire -Anatomie de la destructivité humaine d\u2019Erich Fromm, j\u2019espère que je le finirai).J\u2019ai sûrement peur de tout ce qui est oppression, répression; peur aussi d\u2019enfermer l\u2019autre dans une quelconque forme de détention (l\u2019humanité est une chose terrible; personne n\u2019a d\u2019auréole au-dessus de la tête - à moins que.vous en connaissez?).Je ne crois pas que la resocialisation, la réinsertion, la réadaptation puissent être viables entre quatre murs de bandits coriaces, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019amour, d\u2019éducation, d\u2019art et de beauté, là comme dans le passé.On lit les récits d\u2019enfance de grands criminels et on s\u2019évanouit.Et si j\u2019ai du mal à comprendre ce qu\u2019est le pardon, je saisis la compassion au vol - quand elle se pose en moi, près du cœur, libre d\u2019être ce qu\u2019elle est, quelque chose qui dépasse la philosophie, la compréhension et le sentiment même.Mais quand bien même je vous parlerais d\u2019amour universel, je ne suis encore jamais allée en prison.\u2022 On me dit enfermée, moi aussi.Parfois.Enfermée dans mes métaphores.Dans mon univers.J\u2019ai même écrit ça quelque part : « enfermement », « cage » et « cachot ».Serait-ce un thème dans l\u2019œuvre?Pourtant, il n\u2019y a pas plus libre que moi.Après tout, un écrivain, ça ne mange rien en hiver.C\u2019est quelqu\u2019un qui se donne du temps et de l\u2019espace, c\u2019est flou, comme ça.Ou est-ce là un autre de ces clichés qui nous condamnent à perpétuité comme étant des rebelles, des outsiders, des marginaux, allez-y, des insoumis, des hors-la-loi tant qu\u2019à faire, tant qu\u2019à perdre le sens des choses, des êtres et des mots, tant qu\u2019à tout caser dans des boîtes sociales pratiques qui évitent à la pensée de se dépasser, tant qu\u2019à restreindre l\u2019autre pour mieux exister?!! * Alice Miller, C'est pour ton bien.Racines de la violence dans l\u2019éducation de l'enfant, Éditions Aubier Montaigne, 1984.juin 2004 ReLatioNS 35 muLtimeDias SITES INTERNET VVyV// Sur le qui-vive! dabordsolidaires.ca echecaLaguerre.org secteurpublic.info vigiLance.cam.org La mobilisation sociale est à l\u2019ordre du jour.Le gouvernement Charest pensait qu\u2019il pouvait, en toute impunité, offrir le Québec, pieds et poings liés, à la logique néolibérale.S\u2019il y a une image des médias qui symbolise \u2014 L'actualité solidaires l\u2019avènement du nouveau gouvernement, c\u2019est bien celle du président du Conseil du patronat, Gilles Taillon qui, à la suite du discours d\u2019ouverture de Jean Charest à l\u2019Assemblée nationale, annonçant ses projets de loi à venir, déclarait : « Ces paroles sont une musique à nos oreilles.Nous sommes, très, très heureux! » Faire de l\u2019État une simple entreprise, et du marché, le régulateur du travail et du bien-être collectif, quelle LE COLLECTIF ifeilM h Mali belle affaire! Le gouvernement misait sûrement sur le sentiment de fatalité qui infecte l\u2019air du temps, pour croire que son entreprise de réingénierie passerait comme dans du beurre.Il s\u2019est trompé.Son offensive de démontage des régulations politiques a plutôt aiguillonné la population.Des sites, souvent sobres - un peu trop - offrent des analyses pertinentes sur la conjoncture, des prises de position stimulantes et des calendriers utiles à qui veut se garder en alerte.Parmi ceux-ci, le site du collectif D'abord solidaires et celui du Réseau de vigilance.L\u2019un est un regroupement d\u2019individus endossant la déclaration de principes Pour un Québec d'abord solidaire, émise au cours de la dernière campagne électorale alors que le vent de droite adéquiste se faisait menaçant; l\u2019autre, composé de délégués de syndicats, d\u2019organisations communautaires et de mouvements sociaux, a vu le jour au lendemain des élections et a pour objectif de planifier des actions pour contrer la réingénierie libérale.http-y/«
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