Relations, 1 mars 2004, Mars
[" Les défis de la gauche Daniel Bensaïd ReLatiONS société politique religion NuméRO 691 maRS 2004 Le pouvoir dans 1 Eglise Heritiere d\u2019un modèle féodal Vatican II : un espoir malgré tout Des femmes en lutte contre l\u2019exclusion Au nom de Dieu! Guatemala, entre oligarchie et armée ARTISTE INVITEE SYLVIE LECLERC y L.977003437800003 sommaiRe NuméRO 691, maRS 2004 4 actuaLités HoRiZoNs 9 LA RICHESSE DE LA TRANSMISSION Victor Adangba 27 eN BRef aiLLeuRS 2 8 GUATEMALA, ENTRE OLIGARCHIE ET ARMÉE Carlos Lemus coNtROveRse 50\tVERS UNE ASSOCIATION NATIONALE DES GROUPES COMMUNAUTAIRES AUTONOMES?Connie Bleau Vincent Greason RegaRD 32\tLES DÉFIS DE LA GAUCHE Daniel Bensaïd DOSSieR ÎO LE POUVOIR DANS L'ÉGLISE Dans l'Église catholique - à l'instar de tout groupe humain - se révèlent des structures de pouvoir, des rapports de force et de domination, des conflits d'intérêts bien visibles.S\u2019en étonner serait croire que l\u2019Église échappe à toute contingence humaine.En regardant la manière dont le pouvoir ecclésial s\u2019exerce et ses enjeux, Relations veut simplement relancer les débats en offrant un espace de libre circulation de la parole, des idées et des questions.Ce faisant, nous affirmons une conviction : il manquerait quelque chose à l'Église catholique si l\u2019opinion publique lui faisait défaut.12\tHÉRITIÈRE D'UN MODÈLE FÉODAL Raymond Lemieux 13\tLA CURIE ROMAINE : LES ROUAGES D'UNE MACHINE Albert Longchamp 16 VATICAN II : UN ESPOIR MALGRÉ TOUT Robert Mager l8 LES COMMUNAUTÉS ECCLÉSIALES DE BASE Jean-Claude Ravet 20\tDES FEMMES EN LUTTE CONTRE L'EXCLUSION Marie-Andrée Roy 21\tTHÉOLOGIENS DEVANT L'INQUISITION Gregory Baum 24 AU NOM DE DIEU! Jean-Claude Ravet aLeNtouRS 56 LA PRIÈRE DE CALAMITÉ MARIE Hélène Monette 58 muLtiméDias 40 LiVRes ARTISTE INVITEE Originaire de Québec, Sylvie Leclerc possède un baccalauréat en art de l\u2019Université Laval.Elle vit et travaille à Montréal.En 1992-1993, elle a participé aux numéros 27 et 28 de la revue Numéro.Sa dernière exposition, en groupe, remonte à 1993 et s\u2019est tenue à Montréal et à Québec.Les œuvres quelle présente dans nos pages font partie d\u2019une série de petits formats réalisés pour une commande en 2001.Couverture : Janice Nadeau, Église, 2004 ReLatiONS foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d'une équipe de personnes engagées dans la promotion de la justice.BUREAUX 25.rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca DIRECTEUR Jean-Marc Biron RÉDACTRICE EN CHEF Anne-Marie Aitken RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT Jean-Claude Ravet SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Marco Veilleux DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Janice Nadeau Lino (ecco_lino@hotmail.com) Jacques Goldstyn RÉVISION/CORRECTION Éric Massé IMPRESSION HLN, Sherbrooke COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Céline Dubé.Guy Dufresne, Élisabeth Garant, Fernand Jutras, Nicole Laurin, Robert Mager.Guy Paiement, Rolande Pinard COLLABORATEURS André Beauchamp, Dominique Boisvert, Louise Boivin, René Boudreault, Marc Chabot, Hélène Monette, Jean-Marc Éla.Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau Les articles de Relations sont répertoriés dans Repère et dans TIndex de périodiques canadiens.publication de Info Globe.Dépôt légal.Bibliothèque nationale du Québec.ABONNEMENTS Hélène Desmarais 8 numéros (un an) : 32 $ (taxes incluses) Deux ans : 56 $ (taxes incluses) À l'étranger : 40 $ Étudiants : 25 $ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP).pour nos dépenses d'envoi postal.ISSN 0034-3781 Envoi de Poste-publication Enregistrement n\" 09261 2 ) ReLatiONS mars 2004 eDitoRiaL Economie d'énergie Les milliers de personnes venues dire leur refus au projet de centrale thermique du Suroît le 1er février dernier, à Montréal, traduisent bien la mobilisation des Québécois en faveur de la protection de l\u2019environnement et d\u2019une saine gestion énergétique au Québec.La prise de parole publique de 22 congrégations religieuses qui, investissant des fonds chez Hydro-Québec, entendent bien, elles aussi, avoir leur mot à dire sur les orientations de la société d\u2019État, renforce cette perspective.Ce projet de construction d\u2019une centrale thermique alimentée au gaz comporte, en effet, d\u2019importants enjeux environnementaux et politiques auxquels la population tient à être associée, tout au moins par une information non biaisée.mkp.Sylvie Leclerc, Sans titre, Série « Le tombeau vide», 2001 On sait que cette centrale, à elle seule, augmenterait la production des gaz à effet de serre au Québec d\u2019au moins 2,6 %.Selon une étude du ministère de l\u2019Environnement, cette hausse représenterait l\u2019équivalent de 600 000 automobiles supplémentaires! Or, le Canada, en vertu du protocole de Kyoto qu\u2019il a ratifié en décembre 2002, devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % d\u2019ici 2010.À l\u2019heure où un large consensus se fait dans la communauté scientifique pour reconnaître que le réchauffement planétaire serait dû à des concentrations trop élevées de ces gaz dans l\u2019atmosphère, le Québec ne peut se désolidariser de l\u2019ensemble de la planète, ni contribuer à assombrir son avenir.La centrale thermique du Suroît ne mesure pas ses retombées sur les changements climatiques.Elle s\u2019inscrit dans une perspective de développement non durable, elle engage les générations présentes et -bien malgré elles - celles du futur.11 y a moins d\u2019un an, le Parti libéral du Québec affirmait dans un document intitulé Pour un environnement sain : « Il faut éviter que le gouvernement investisse à la fois dans le plan d\u2019action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et fasse la promotion de politiques de production d\u2019électricité à partir du gaz naturel.» Déclaration plus facile à faire quand on est dans l\u2019opposition que lorsqu\u2019on est au pouvoir, en quête d\u2019argent pour financer les baisses d\u2019impôts promises! Comme l\u2019écrivait Sylvain Cas-tonguay dans la réponse qu\u2019il adressait au président d\u2019Hydro-Québec Production par l\u2019entremise du Devoir, le 5 février dernier : « L\u2019énergie, l\u2019environnement et les ressources naturelles font partie de ce qu\u2019on appelle le bien commun.Celui-ci doit être géré de façon à permettre une équité entre les générations actuelles et à venir.Ce bien commun doit être défendu par tous et ne peut être administré de façon à maximiser les profits d\u2019un gouvernement quel qu\u2019il soit, et ce, seulement pour un mandat.» La mission d\u2019Hydro-Québec est avant tout de combler les besoins des citoyens et citoyennes du Québec en matière énergétique.On est donc en droit de se demander pourquoi l\u2019énergie créée par la centrale thermique serait destinée à l\u2019exportation vers nos voisins du Sud?Rappelons que les États-Unis n\u2019ont pas ratifié le Protocole de Kyoto.On est également en droit de se demander pourquoi le débat public ne tourne pas autour de la création d\u2019autres sources d\u2019énergie moins polluantes et de la recherche de programmes alternatifs?En ce domaine, la créativité et l\u2019imagination sont requises.Selon l\u2019ONU, si les six milliards d\u2019humains qui peuplent l\u2019univers vivaient comme les Occidentaux, il faudrait 2,6 planètes supplémentaires pour soutenir le rythme de leur consommation.Il devient donc urgent, non seulement de rechercher de nouvelles sources d\u2019énergie pour l\u2019industrie et pour la vie domestique, mais surtout de transformer radicalement nos modes de consommation collectifs et personnels.Des chercheurs en ce domaine ont déjà fait de nombreuses propositions.Désormais, l\u2019économie de l\u2019énergie ne peut faire l\u2019impasse sur une économie d\u2019énergie.Il en va tout simplement de notre avenir.Anne-Marie Aitken N.D.L.R.: Au moment d\u2019aller sous presse, nous apprenions que le gouvernement Charest décidait de surseoir au controversé projet du Suroît.Il faut espérer que cette décision favorisera un réel débat démocratique sur la situation énergétique du Québec.TE mars 2004 ReLatiONS actuaütes Un ordre professionnel des enseignants : projet inutile L'auteure est ENSEIGNANTE ET CONSEILLÈRE À LA VIE PROFESSIONNELLE À la Fédération DES SYNDICATS d'enseignement (FSE) Pourquoi vouloir changer un système dont on salue la performance?Marie Rancourt L9 Office des professions du Québec (OPQ), après un exercice de consultation, d\u2019analyse et de réflexion, a fait paraître en janvier 2003 un avis dans lequel il ne recommandait pas la création d\u2019un ordre professionnel des enseignants.Le gouvernement entend néanmoins instaurer un tel ordre professionnel, soi-disant pour valoriser la profession et en redonner le contrôle aux enseignants.Cette volonté - inscrite dans le programme du Parti libéral - devrait, aux dires du ministre Pierre Reid, prendre la forme d\u2019un projet de loi qui serait déposé, pour consultation, à la fin de l\u2019hiver 2004.Mais le milieu enseignant s\u2019oppose à la création d\u2019un ordre professionnel.Une pétition en ce sens, signée par près de 40 000 enseignants de la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE-CSQ), a d\u2019ailleurs été déposée, le 10 décembre 2003, à l\u2019Assemblée nationale.Un sondage CROP, en novembre 2002, avait aussi DM L.1 it^TÉPêr pü PU&Lic Mieux ppcré&é avAtip M\\Ü\\ÇTÏ& démontré le rejet de cette idée par le personnel enseignant.Les enseignants s\u2019opposent à la création d\u2019un ordre professionnel parce qu\u2019ils considèrent que leur profession est déjà réglementée et encadrée par le régime pédagogique, la Loi sur l\u2019instruction publique et les conventions collectives négociées.Ainsi, l\u2019intérêt du public est suffisamment protégé - constatation partagée par l\u2019OPQ dans son avis.Ce dernier a d\u2019un même souffle reconnu le caractère professionnel du métier d\u2019enseignant et mentionne que « dans l\u2019exécution de leur tâche, les enseignants font l\u2019objet de balises beaucoup plus élaborées que bon nombre de professionnels régis par le Code des professions ».Les syndicats enseignants ne sont pas dupes de l\u2019argument du ministre de l\u2019Éducation qui affirme vouloir libérer les enseignants de la tutelle du Ministère.Nous croyons plutôt que ce dernier, tout en se délestant de certaines responsabilités - comme le perfectionnement, la formation initiale et la titularisation - aurait la mainmise sur l\u2019ordre professionnel.L\u2019expérience de l\u2019Ontario, où le gouvernement Harris a imposé un programme de « recertification » tous les cinq ans (décrié par l\u2019ordre lui-même pour son caractère trop rigide), montre bien que c\u2019est l\u2019État qui dicte les mandats aux dirigeants de l\u2019ordre.Comment le ministre peut-il prétendre accorder plus d\u2019autonomie aux enseignants et leur donner davantage voix au chapitre, s\u2019il leur impose contre leur gré un mode d\u2019organisation qu\u2019ils refusent?On prétend à tort qu\u2019un ordre professionnel assurerait une meilleure qualification au personnel enseignant.Or, les enseignants québécois sont parmi les plus scolarisés d\u2019Amérique 4 ) ReLatiONS mars 2004 actuaLites du Nord, en plus d\u2019être très qualifiés sur le plan des approches didactiques et des stratégies d\u2019enseignement.Le personnel enseignant démontre un fort sentiment de responsabilité à parfaire sa formation.En 1997 et 1998, une étude du Comité d\u2019orientation de la formation du personnel enseignant (COFPE) constatait que 89% du personnel enseignant avait participé à des activités de perfectionnement encadrées et que 90% estimait qu\u2019il lui serait utile de le faire dans les deux prochaines années.Un document du MEQ, daté de juin 2003 et portant sur La formation du personnel enseignant et l'implantation de la réforme, note « l\u2019ampleur du mouvement et la multiplicité des activités passées actuelles et futures».Pourquoi alors vouloir changer un système dont on salue la performance?Un sondage Léger Marketing réalisé en septembre 2002 révélait que le taux de satisfaction des Québécoises et des Québécois à l\u2019égard du système d\u2019éducation dépassait les deux tiers, soit 68 %.Étrangement, c\u2019est en Ontario et en Colombie-Britannique que ce taux de satisfaction est le plus bas, là où on a instauré un ordre professionnel.Ces chiffres ont d\u2019ailleurs été confirmés par la reprise de ce sondage, au moment de la rentrée scolaire 2003.Le syndicalisme professionnel pratiqué chez nous se fonde sur une large participation des membres dans les établissements, au niveau des syndicats locaux et au niveau national.Il est la voix des enseignants tant pour les questions de relations de travail que pour les questions professionnelles.La consultation est la règle : on nous reproche même parfois d\u2019en abuser.Nous sommes convaincus qu\u2019un ordre professionnel serait loin d\u2019avoir le même caractère démocratique et qu\u2019il aurait des conséquences négatives sur le rôle positif que le syndicalisme enseignant joue au Québec depuis des décennies.\u2022 Laïcité à la française En France, l'ordre public est-il menacé par la montée des extrémismes religieux?Anne-Marie Aitken La question du port du voile islamique à l\u2019école occupe le devant de la scène politique française depuis plusieurs mois.La controverse va bon train.Elle échauffe les esprits, tant dans les rangs des députés de l\u2019Assemblée nationale que dans les diverses associations, confessions religieuses et partis politiques.Les clivages n\u2019épousent plus les traditionnelles distinctions entre la droite et la gauche, ils s\u2019opèrent subtilement entre partisans des mêmes options, menant à une certaine confusion des esprits.La laïcité, qui est le ciment de l\u2019unité nationale, est-elle donc vraiment mise en péril?C\u2019est la question à laquelle s\u2019est attelée la commission Stasi, nommée par Jacques Chirac en juillet 2003, pour faire le point sur l\u2019application du principe de laïcité dans la République.À l\u2019approche du centenaire de la Loi de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État de 1905, plusieurs se demandent, en effet, s\u2019il ne serait pas bon de revoir cette loi, sans toutefois raviver les sanglantes querelles qui ont marqué l\u2019accession de la laïcité dans le pays.L\u2019excellent rapport Stasi, publié en décembre dernier, offre une riche réflexion sur la conjoncture actuelle.Après avoir rappelé que la laïcité, en France, repose sur trois valeurs fondamentales que sont la liberté de conscience, l\u2019égalité en droit des options spirituelles et religieuses, ainsi que la neutralité du pouvoir politique, le rapport refuse résolument la perspective communautariste au nom de la cohésion et de la paix sociales.Constatant une grande évolution spirituelle et religieuse en France, due notamment à l\u2019immigration - le nombre de musulmans atteint aujourd\u2019hui cinq millions d\u2019habitants sur une population de plus de 60 millions -, le rapport déplore une dégradation de la situation sociale.Les conditions de vie dans de nombreuses banlieues, le chômage et le sentiment d\u2019être rejeté ou objet de discrimination font obstacle à l\u2019intégration des immigrés, suscitent violence et repli communautaire.Le rapport pointe également le refus de certaines populations de reconnaître l\u2019égalité des sexes et leur revendication de pratiques ségrégationnistes dans les écoles, les établissements municipaux et même les hôpitaux.Des hommes refusent que leurs épouses soient soignées par des médecins hommes, au détriment de la santé de celles-ci.Les cas semblent se multiplier.Se trouve posée la question du statut des religions dans l\u2019espace public, pas seulement dans les écoles.La commission Stasi en a tiré la conclusion qu\u2019il faut « ménager leur place aux religions tout en réussissant l\u2019intégration et en luttant contre les instrumentalisations politico-religieuses.» Le vivre ensemble, dans une société plurielle, demande de conjuguer l\u2019unité nationale dans le respect de la diversité.À cet effet, la commission a proposé au président de la République de mars 2004 ReLatiONS (D actuaLites Un forum social mondial à saveur indienne Les situations d'injustice et d'exclusion vécues par les populations les plus pauvres de l'Inde, en particulier les dalits et les adivasis, y ont été fortement dénoncées faire voter une loi sur la laïcité comprenant deux objectifs : se donner des règles de fonctionnement dans les services publics et les entreprises (avec une interdiction de signes religieux « ostensibles »), et assurer la diversité spirituelle du pays.À la demande de Jacques Chirac, une loi a été élaborée, accompagnée d\u2019un débat au Parlement.Ce projet soulève davantage la controverse que l\u2019apaisement.Le débat se focalise désormais autour du port du foulard islamique à l\u2019école, au risque de créer un courant d\u2019islamophobie et d\u2019exacerber les revendications des extrémistes.Les questions d\u2019intégration sociale sont reléguées au second plan, bien plus difficiles à résoudre que l\u2019énoncé d\u2019un interdit dont il faudra trouver les modalités d\u2019application dans chaque établissement scolaire.Les enfants et les jeunes vont porter le fardeau d\u2019un combat qui les dépasse considérablement et qui concerne en priorité les adultes.S\u2019il est vrai qu\u2019une frange de l\u2019islam cherche actuellement à tester la solidité de la République, il n\u2019en demeure pas moins que de nombreux musulmans veulent prendre leur place dans la société française et construire un islam propre à ce contexte de laïcité bien particulier.À cet effet, il est sûrement nécessaire de rappeler les principes laïcs issus de la Révolution de 1789 et l\u2019idée d\u2019une charte de la laïcité ouvre des pistes pour la cohésion nationale.Ce débat est intéressant pour le Québec, même si la tradition d\u2019intégration des immigrants y est différente et la lutte contre les discriminations dotée de meilleurs outils.Moins attaché à des principes que la France, le Québec sait trouver des accommodements raisonnables dans les espaces publics, au cas par cas.La laïcité ouverte au fait religieux n\u2019est cependant jamais chose acquise.Il convient de veiller au grain.\u2022 Jean-Marc Biron Dans la mouvance des forums sociaux qui ont eu lieu ces dernières années à Porto Alegre, le 4e Forum social mondial (FSM) qui s\u2019est tenu à Mumbai, en janvier dernier, s\u2019est voulu un espace ouvert aux mouvements sociaux, quelle que soit leur allégeance.Ses objectifs étaient non seulement de mieux percevoir les phénomènes reliés à la mondialisation, la libéralisation des marchés et la privatisation, mais aussi de proposer des voies nouvelles et des solutions alternatives autour du thème « Un autre monde est possible ».La réflexion sur le racisme et le système de castes porteur de discrimination y a été particulièrement présente.Capitale économique de l\u2019Inde, Mumbai, avec ses 16 millions d\u2019habitants, est un foyer d\u2019où ont émergé de nombreux mouvements de travailleurs et de femmes, des groupes environnementaux et de défense des droits humains.La ville est un véritable carrefour où se manifeste la grande diversité culturelle et religieuse de l\u2019Inde.Toutefois, dans cette société pluraliste, les minorités peuvent être facilement fragilisées si les tensions s\u2019exacerbent entre la majorité et les minorités.En effet, le parti de droite actuellement au pouvoir, le Bharadhiya Janatha Party (BJP), est soutenu par les quatre principaux groupes fondamentalistes hindous qui promeuvent l\u2019idéologie hindutva selon laquelle la séparation des castes est encore proéminente, bien qu\u2019abolie par la Constitution indienne en 1950.À cette époque, celle-ci n\u2019a pu reconnaître l\u2019égalité des droits pour les intouchables (dalits) à cause de l\u2019opposition farouche des castes dominantes présentes dans le gouvernement.Même si certains amendements y ont été apportés depuis, les dalits n\u2019ont jamais obtenu la reconnaissance totale de leurs droits.L\u2019idéologie de l\u2019hindutva maintient l\u2019importance de la hiérarchie des castes, reléguant les intouchables au niveau le plus inférieur.Elle risque également de saper les bases du principe de laïcité à l\u2019origine de la Constitution indienne, principe qui devrait permettre à toutes les minorités d\u2019avoir leur place dans la société indienne.Selon Arundhati Roy, écrivaine et militante pour la défense des droits à l\u2019information, la démocratie en Inde a reculé depuis les dix dernières années.Elle est maintenant au service de la majorité hindoue, et toutes les minorités se trouvent exclues.Représentant 10% de la population, soit environ 170 millions de personnes, les dalits - terme qui, en sanskrit, signifie «opprimés» - constituent 70% de la population la plus pauvre du pays.Ces personnes n\u2019ont généralement pas accès à l\u2019éducation ni à des logements décents.Elles sont souvent maintenues dans les métiers les plus précaires.Plutôt que de 6 ) ReLatiONS mars 2004 actuaütes \u2022 m chercher à améliorer le sort des plus pauvres, le gouvernement actuel cherche à les maintenir dans cet état de précarité, s\u2019opposant à toute forme de regroupement des divers mouvements de dalits et essayant d\u2019étouffer les voix de ceux qui veulent parler en leur nom.La privatisation a aussi eu des effets sur la précarité des dalits.Plusieurs services publics sont passés sous administration privée, fragilisant ainsi la situation des travailleurs qui ont vu diminuer leurs salaires et disparaître toute forme de sécurité sociale.Par contre, la charge de travail a augmenté, parfois quadruplé, les outils de travail ne sont pas renouvelés, augmentant ainsi les risques d\u2019accidents.La situation des populations indigènes (adivasis) n\u2019est guère plus reluisante.Les adivasis sont pourtant au nombre de 75 millions et constituent le groupe le plus important d\u2019indigènes de par le monde.Dans les différents États où ils sont concentrés, particulièrement dans les sept États du nord-est où ils constituent plus de 60 % de la population, ils n\u2019ont pratiquement aucun accès au pouvoir politique et vivent dans la précarité la plus totale.À ce forum social mondial à saveur indienne, les situations d\u2019injustice et d\u2019exclusion vécues par les dalits et les adivasis ont été fortement dénoncées dans les différents ateliers qui abordaient les droits humains.Medha Patkar, militante indienne engagée dans la défense des personnes les plus marginalisées, a rappelé l'importance de consolider ces droits humains de plus en plus menacés et de favoriser le regroupement des personnes exclues, «afin d\u2019atteindre une unité sociale, économique et écologique ».Françoise Nduwimana Ce « diseur de vérité », pour reprendre le titre qu\u2019il donna en 1974 à sa pièce de théâtre publiée au Seuil, fut un témoin privilégié des grands événements qui ont marqué l\u2019histoire moderne africaine.Kourouma a vécu l\u2019opprobre colonial.Étudiant marxiste, il a lutté pour l\u2019émancipation du continent.Intellectuel engagé, il a dénoncé le viol des utopies marquées par les dérives totalitaires africaines, par l'impact de la guerre froide en Bien que les militants indiens aient su utiliser l\u2019espace public que constitue le Forum social mondial pour alerter les forces progressistes des divers pays sur la situation alarmante des plus pauvres, on peut se demander si, à plus ou moins long terme, des changements importants poindront à l\u2019horizon.Pour les dalits et les adivasis, un autre monde est-il vraiment possible?La question reste posée.\u2022 Afrique et par le désaveu des puissances occidentales, fervents apôtres du néolibéralisme.L\u2019œuvre de Kourouma est à la grandeur de ce que fut son imposante taille de géant.Mais cette grandeur en est une de la pensée et de l\u2019audace.Elle n\u2019est pas dans le nombre de livres qu\u2019il a publiés : seulement quatre.La résonance de Kourouma est ailleurs, dans son art, unique, qui aura consisté à «coloniser» la langue de Voltaire.En ce sens, l\u2019écriture de Kourouma fut une revanche du nègre sur le toubab.En Adieu Kourouma, adieu griot des temps modernes Mort en France Le 11 décembre 2003, à l'âge de 76 ans, l'auteur ivoirien Ahmadou Kourouma lègue à l'Afrique une oeuvre littéraire dont la profondeur est incommensurable Trivandrum, Kérala (Inde du Sud), Patricia Belzil, 2001 L'auteure est CONSULTANTE EN DROITS DE LA PERSONNE ET EN DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL mars 2004 ReLatiONS actuaLites :omeg - - .:! apt Ic >rn n.i j ^çrerécemmçr '.ai are, '^mmèncem ei 1\"\"Un s'itym, iu journal let i/ ^ ¦¦¦\u2022'¦il.posent oir\\u.mÊutjammi Lino, Livre noir, 2004 clant le vote des bêtes sauvages n'est pas tant dans l\u2019écriture savante de Kourouma que dans l\u2019originalité avec laquelle il décrit les blessures politiques de l\u2019Afrique, ses vicissitudes, ses soubresauts, sa longue marche vers la liberté, sa tentative de démocratisation; le tout sous une trame événementielle qui marie légendes, traditions, récits, magie, sorcellerie, fourberies, croyances animistes, etc.À cet égard, ce livre est autant un testament qu\u2019une encyclopédie des 100 dernières années traversées par l\u2019Afrique.Kourouma y incarne la mémoire du griot qu\u2019il fut tout au long de son existence, un griot métissé, profondément africain, fortement imprégné de la culture malinké, mais aussi grand intellectuel.formé à l\u2019école des Blancs et structuré par l\u2019histoire du carré France-Afrique dont il était le produit.En attendant le vote des bêtes sauvages est un roman-archive, un roman descripteur des règnes des plus grands dictateurs africains, Bo-kassa, Eyadema, Mobutu, Hou-phouët Boigny, Sekou Touré, etc., délibérément dénommés sous leurs totems, Kourouma estimant «qu\u2019en Afrique, les chefs d\u2019États sont plus connus que les pays qu\u2019ils dirigent».Victime politique de l\u2019ancien régime d\u2019Houphouët Boigny, qui l\u2019avait contraint à l\u2019exil pendant de nombreuses années, Kourouma avait fini par rentrer au bercail dans les années 1990.Triste destin, il s\u2019est éteint en France, pays qu\u2019il avait regagné aux pires moments de la sanglante crise qui déchire sa Côte-d\u2019Ivoire natale.Homme du Nord, la région rebelle par où la guerre commença, la région musulmane, la région à qui on refuse l\u2019ivoirité, Kourouma est parti dans l\u2019amertume, témoin jusqu\u2019au dernier souffle de l\u2019égarement politique made in Africa.\u2022 adoptant un style dissident, respectueux de l\u2019imaginaire africain, un style dans lequel la rigueur académique était à la remorque de la pensée nègre, et non l'inverse; l\u2019auteur a «africanisé», pour ne pas dire, «malinkisé» le français.Kourouma a aussi scellé un pacte de vie entre l\u2019Afrique des traditions ancestrales et l\u2019Afrique des temps modernes.Avec brio, il a su conter le passé et vanter les épopées africaines.Il a su dire le présent politique tout en remuant les méninges de la mémoire africaine.Il l\u2019a fait en alliant une vigueur analytique et une touche humoristique, ce qui a rendu son écriture grave par les dures réalités quelle révèle et légère par sa sensibilité satirique.En 1970, une décennie après l\u2019émancipation du continent, Kourouma signe son premier roman Le Soleil des indépendances.Marquée par une critique acérée des distorsions politiques pratiquées par les premiers leaders nationalistes africains, ce roman donnera le ton aux trois autres qu\u2019il publiera par la suite: Monné, outrages et défis en 1990, En attendant le vote des bêtes sauvages en 1998, et Allah n\u2019est pas obligé en 2000.En effet, s\u2019il y a une constante chez Kourouma, c\u2019est cette façon qu\u2019il avait trouvée de romancer le despotisme et la dictature pratiqués par les hommes politiques africains, en peignant la tyrannie et l\u2019absurdité dans toute leur nudité.Devenu un classique enseigné dans les lycées africains, Le Soleil des indépendances fut longtemps l\u2019unique succès auquel l\u2019auteur était associé.Mais la sortie de son troisième roman En attendant le vote des bêtes sauvages, prix du livre Inter 1999, replaça Kourouma dans le concert des grands écrivains francophones, avant d\u2019atteindre l\u2019apogée avec son dernier livre Allah n\u2019est pas obligé, prix Renaudot 2000.Il est vrai que l\u2019histoire de Bira-hima, l\u2019enfant soldat, héros du roman Allah n\u2019est pas obligé, est captivante.Elle illustre un problème contemporain qui, de surcroît, se passe en Sierra Leone et au Liberia, une des régions africaines les plus traumatisées par la violence politique.Mais à y regarder de près, ce roman n\u2019est pas comparable au précédent.Et le mérite de En atten- ReLatiONS mars 2004 HoRiZoNs L'auteur est un JÉSUITE IVOIRIEN AYANT SÉJOURNÉ au Québec La richesse de la transmission Victor Adangba Amadou Hampaté Bâ, célèbre écrivain africain, a dit: «En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle.» Que serait la société africaine sans les personnes âgées! Je me souviens de vacances passées aux côtés de mon grand-père qu\u2019on appelait affectueusement «le vieux».Il était juge cantonnier, chargé avec d\u2019autres de juger les conflits entre les villages du canton : conflits liés à la terre, au mariage, à des inconduites, ou toute chose pouvant détruire la cohésion cantonale.La sagesse des «vieux» était incommensurable pour préserver l\u2019équilibre social dans la tribu.Par eux, le sens du vivre ensemble était rappelé à la conscience de tous.Mon grand-père avait une confiance en la vie que les années lui ont donnée et qu\u2019il transmettait avec une patience inlassable dans les conflits qui s\u2019éternisaient.J\u2019ai ainsi appris qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019impasse pour qui s\u2019entraîne à la patience envers soi, les autres et envers la vie elle-même.Aujourd\u2019hui, cependant, la place des personnes âgées en Afrique est de moins en moins visible.Dans les grandes villes pullule une jeunesse en quête de liberté et de développement à l\u2019occidentale.Les jeunes voient désormais comme une régression toute référence aux aînés dans les affaires qui les concernent.L\u2019instruction scolaire a permis à plusieurs d\u2019entreprendre des études qui ont contribué à l\u2019ouverture de leur intelligence sur le monde.Aussi voient-ils et pensent-ils à la liberté à la manière de l\u2019Occident, celle de l\u2019autonomie individuelle, comme la seule garante du bien-être social.Ils ont oublié la communauté, lieu de partage et de communion, où le sens est donné et où chacun est accueilli comme personne offrant le don de soi dans des interactions significatives.Au Québec, j\u2019ai constaté que les résidences de personnes âgées sont nombreuses.S\u2019y trouvent des hommes et des femmes aux expériences diverses Dans l'ère du jetable, la vieillesse ne peut être perçue que comme décrépitude et toute réflexion sur la mort comme incongrue.qui ont apporté beaucoup de leurs talents à la société.Au soir de leur vie, que deviennent ce savoir et ce savoir-faire accumulés au fil des années?Ne servent-ils plus à rien?Une discontinuité générationnelle étête actuellement la société de cette partie d\u2019elle-même que lui ont apportée jadis les habilités de ses «vieux» et de ses « vieilles » et que ceux-ci conservent en pure perte, en panne de transmission.La plupart des philosophies et des religions ont puisé leur sens de la vie à l\u2019aune de la mort.Mais pour les sociétés qui se nourrissent d\u2019informations par le truchement des moyens techniques comme Internet et les médias, le sens de la vie provenant de la transmission humaine devient caduc.Dans l\u2019ère du jetable, la vieillesse ne peut être perçue que comme décrépitude et toute réflexion sur la mort comme incongrue.La vie se raccourcit; elle tend à être réduite à l\u2019immédiateté et au présent, sans racines ni devenir.Le propre de la durée et du temps est d\u2019insuffler dans l\u2019existence l\u2019espérance nécessaire à la construction d\u2019une société humaine en tant quelle intègre tous les âges, de la naissance à la vieillesse.La durée et le temps sont des protagonistes de l\u2019intériorité et de la patience, et l\u2019épreuve de notre finitude.Serait-il possible que les jeunes aient la chance que j\u2019ai eue d\u2019avoir un grand-père qui a participé à l\u2019élaboration de ma représentation de la société, à la fois dans sa complexité et dans sa dynamique?Riche de ma tradition africaine, je me demande si les personnes âgées d\u2019ici ne pourraient pas être des «grands-pères» ou des «grand-mères » pour des jeunes et y trouver une raison de vivre?Les personnes âgées offriraient aux jeunes et à la société les fruits de longues années d\u2019intériorisation.Plus la capacité d\u2019intérioriser est grande, plus aisée est la perception du sens de la vie.Et plus le sens de la vie devient évident, plus encore le désir de le transmettre s\u2019impose.Mon grand-père m\u2019a permis de comprendre que l\u2019on ne peut construire une société véritablement humaine sans l\u2019apport fondamental des aînés.Ceux-ci ont à apporter le sens et à accueillir ce que font les autres.La société ne peut faire l\u2019économie d\u2019une telle richesse sans se trahir et montrer une scandaleuse ingratitude envers ceux et celles qui lui ont donné de leurs talents et qui lui donneraient de se comprendre.\u2022 9 mars 2004 ReLatiONS dOSSieR Le pouvoir dans l'Église Marco Veilleux Disons-le sans ambages : le pouvoir existe dans l\u2019Église catholique.Ce serait sombrer dans l\u2019angélisme, la naïveté ou, pire encore, la malhonnêteté, que de nier cette réalité.Puisqu\u2019il existe, il convient donc de se demander qui le détient, de quelle façon et avec quelles conséquences.En choisissant d\u2019aborder ce thème, notre revue se veut fidèle à une longue tradition éditoriale dans laquelle l\u2019analyse critique des pouvoirs - quels qu\u2019ils soient - a toujours tenu une place centrale.Évidemment, cette analyse ne trouve pas sa finalité en elle-même; elle s\u2019épuiserait alors en contestations stériles.Elle s\u2019exerce plutôt au nom d\u2019un idéal qui pose la personne humaine comme sujet de droits et de devoirs, titulaire d\u2019une liberté responsable et d\u2019une dignité inaliénable.Cet idéal - qui s\u2019enracine au cœur de l\u2019Évangile - ne peut que remette sans cesse en question les structures et les institutions de toute société aspirant à une véritable justice.Or l\u2019Église, cette communauté de personnes réunies par la foi, est un groupe social.Définie d\u2019ailleurs jusqu\u2019au concile Vatican II comme une «société parfaite», elle se présente maintenant plus humblement sous les traits du Peuple de Dieu rassemblé dans la communion.Sous cette dernière figure, qui renvoie admirablement à ce qu\u2019il convient d\u2019appeler son « mystère », se révèlent néanmoins - à l\u2019instar de tout groupe humain - des structures de pouvoir, des rapports de force et de domination, des conflits d\u2019intérêts bien visibles.S\u2019en étonner serait croire que l\u2019Église échappe à toute contingence humaine.En fait - comme nous le rappelle Raymond Lemieux dans ce dossier -, puisque Jésus a clairement refusé le pouvoir, l\u2019institution ecclésiale qui se réclame de lui entretiendra toujours un rapport paradoxal avec ce dernier.Procéder à un discernement sur la manière dont le pouvoir ecclésial s\u2019exerce s\u2019opposerait-il à l\u2019unité dans la foi et à une authentique communion avec l\u2019Église?Pas du tout si, comme le dit Robert Mager, « la pratique du pouvoir dans l\u2019Église \u201cparle\u201d de l\u2019Évangile, en expose la force émancipatrice ou le caractère mystificateur ».C\u2019est pourquoi ce discernement manifeste plutôt un profond souci pour la crédibilité de la foi chrétienne et une recherche légitime du véritable bien de l\u2019Église.Marie-Andrée Roy démontre d\u2019ailleurs comment cette crédibilité et ce bien sont hypothéqués par une institution qui maintient l\u2019exclusion des femmes de ses sphères ministérielles et décisionnelles au nom de principes qui discréditent l\u2019Évangile.Pour leur part, Gregory Baum et Albert Longchamp lèvent le voile sur les rouages d\u2019une administration romaine centralisée, dont le fonctionnement et les pratiques doivent être impérativement réformés.Quant à Jean-Claude Ravet, il rappelle pertinemment comment nos conceptions du pouvoir en Église sont tributaires de nos représentations de Dieu.L\u2019expérience originale des communautés ecclésiales de base en témoigne : un Dieu solidaire des sans-voix sera toujours menaçant pour les pouvoirs établis.Bien d\u2019autres enjeux auraient pu être abordés dans ce dossier : les défis œcuméniques que posent la définition et la répartition des pouvoirs au sein des différentes Églises; la montée inquiétante d\u2019organisations - comme l\u2019Opus Dei - qui exercent un pouvoir d\u2019influence aussi indu qu\u2019obscur sur l\u2019orientation actuelle du catholicisme; la marginalisation des conférences épiscopales et des principes de synodalité et de subsidiarité dans une ecclésiologie romaine qui s\u2019impose avec une prétention faussement universelle; les nominations systématiques d\u2019évêques peu sensibles à leur rôle de gardiens de la juste diversité des Églises locales en tant que sujets de droit, aptes à prendre des initiatives; etc.Sans pouvoir aborder tous ces nœuds, Relations veut simplement - comme c\u2019est son rôle - relancer les débats en offrant un espace de libre circulation de la parole, des idées et des questions.Ce faisant, nous affirmons une conviction : il manquerait quelque chose à l\u2019Église catholique si l\u2019opinion publique lui faisait défaut.10) ReLatiONS mars 2004 Jn?/ v/ A > VV Tehuantapec Tegucigalpa OCÉAN PACIFIQUE San Jos< RICA des solutions à la crise.Y sont affirmés le respect et l\u2019entière protection des droits humains, le respect de l\u2019identité et des droits des peuples autochtones (60% de la population), la démocratisation et le développement social, le renforcement du pouvoir civil et la subordination de l\u2019armée, des mesures socio-économiques pour améliorer la situation agraire, ainsi que la modernisation de la gestion publique et de la politique fiscale.La Commission d\u2019éclaircissement historique, issue des accords de paix et parrainée par l\u2019ONU, constatait que la presque totalité des atrocités (dont 669 massacres) avaient été commises par l\u2019armée et dirigées principalement auprès de la population autochtone.Elle recommandait avec insistance dans son rapport de 1999 l\u2019application rigoureuse des accords.Elle demandait la préservation de la mémoire et la compensation des victimes du conflit armé, mesures essentielles pour établir un État de droit et faire avancer la réconciliation nationale.Des initiatives sabordées En mai 2000, plusieurs secteurs de la société guatémaltèque soutenus par la Minugua (Mission de vérification des Nations unies au Guatemala) ont signé le Pacte fiscal en vue de transformer la politique fiscale injuste.L\u2019absence de volonté politique, la corruption et le manque de transparence du gouvernement ont fait qu\u2019il est resté lettre morte.Selon le bureau des Nations unies, l\u2019évasion fiscale se chiffre à 40 % de la contribution normale.En Amérique latine, la moyenne de la contribution fiscale par rapport au produit intérieur brut est de 14,7%; au Guatemala, elle est de 9,4 %.Les accords de paix recommandent d\u2019établir un minimum de 12 %.Le système d\u2019administration de la justice est dans un piètre état.Sa réforme est contrecarrée par la corruption et par l\u2019intimidation envers des juges et des procureurs.La faiblesse, l\u2019incompétence et la complicité de la police nationale civile dans la violation des droits humains laisse l\u2019armée assumer des fonctions qui ne lui reviennent pas, au détriment du renforcement du pouvoir civil.En l\u2019absence d\u2019une politique agraire juste et équitable, les organisations autochtones et paysannes doivent se mobiliser sans relâche pour défendre leur droit à la terre et avoir des réponses à leurs demandes.Des dirigeants et des militants d\u2019organisations, comme le Comité d\u2019unité paysanne (CUC), la Coordination nationale autochtone et paysanne (GNIC), et la Coordination nationale des organisations paysannes (GNOC) ont souvent été menacés, persécutés, d\u2019autres ont été carrément assassinés.En août 2003, la CNOC a présenté son projet de réforme agricole intégrale devant des représentants de la société civile, de grands propriétaires terriens, de l\u2019Église et du gouvernement, dans la logique des accords de paix.Ce projet faisait allusion à la confiscation des terres de la population autochtone depuis la colonisation et au système de discrimination économique, sociale, culturelle et politique.11 visait une discussion sérieuse de la problématique pour aboutir à des solutions justes.Il a été rejeté par les grands propriétaires terriens qui ont fait valoir leur contre-proposition liée au marché des terres, dans la défense de leurs privilèges.Collusion entre le FRG et l\u2019armée Le gouvernement du président Alfonso Portillo et son parti le FRG, qui viennent de terminer leur mandat, sont arrivés au pouvoir avec un discours populiste.Ce parti avait comme vérita- 28) ReLatiONS mars 2004 aiLLeuRS UBRtSm -jt.M: ble dirigeant Efrain Rios Montt, général accusé de génocide au début des années 1980.Sous ce gouvernement, plusieurs institutions d\u2019État ont perdu leur autonomie, entre autres le bureau du ministère public (procureur général de la nation), le vérificateur général, la cour constitutionnelle.Cette cour a autorisé l\u2019inscription de Rios Montt comme candidat aux dernières élections, alors que la loi le lui interdisait à cause du coup d\u2019État de 1981.Depuis l\u2019installation du gouvernement du FRG, une série de fraudes et de malversations de grande ampleur ont touché des institutions étatiques, notamment l\u2019Institut de sécurité sociale, le ministère de l\u2019Intérieur, le ministère des Travaux publics, la Banque du crédit d\u2019hypothèques.Le président Portillo a été lui-même accusé de corruption dans des affaires obscures.L\u2019industrie de la contrebande, du narcotrafic et du crime organisé s\u2019est développée, des fonctionnaires civils et militaires y sont mêlés.Des procès et des enquêtes sont souvent étouffés.La nouvelle classe riche est issue de ce réseau de corruption et de contre- bande, avec le saccage des fonds de l\u2019État, donnant lieu à une confrontation violente avec la classe oligarchique traditionnelle pour le contrôle du pouvoir économique.Dans le but évident de gagner des votes, le gouvernement du FRG a attribué une compensation financière aux ex-PAC (patrouilles d\u2019autodéfense civile) organisées par Rfos Montt pendant sa dictature.Plus d\u2019un million d\u2019autochtones avaient ainsi participé à la répression et aux massacres.En promettant des compensations à plus de 500 000 ex-PAG, le gouvernement a fait du chantage politique sans respecter l\u2019esprit des accords de paix.Les victimes de la guerre, elles, n\u2019ont pas reçu les compensations recommandées par la CEH.Durant les dernières années, la violence auprès des organismes et des communautés autochtones qui travaillent pour le respect des droits humains s\u2019est accrue.Menaces, intimidations, persécutions, assassinats, saccages des bureaux ont eu lieu en toute impunité.Dans son rapport du 22 novembre 2003, la Minugua dit détenir des preuves que des membres de l\u2019armée sont intervenus pour faire obstacle aux enquêtes et aux procès sur des violations de droits humains commises pendant le conflit armé.Elle constate également que les structures clandestines de l\u2019armée, actives durant le conflit armé, font maintenant partie de plusieurs réseaux impliqués dans la corruption et le crime organisé.Le gouvernement a augmenté scandaleusement le budget de l\u2019armée, en violation flagrante des accords de paix et au détriment des budgets très précaires de l\u2019Éducation, de la Santé, du système de Justice.L\u2019état-major de la présidence (EMP), institution de renseignements de l\u2019armée accusée d\u2019être une des principales sources de terreur et de violence, a été aboli par le gouvernement en octobre dernier.Mais plusieurs de ses membres ont intégré le nouvel organisme civil de sécurité du président.De plus, le gouvernement Portillo a créé une nouvelle institution chargée d\u2019exécuter des «fonctions de renseignements et d\u2019analyse stratégique».Autre façon pour l\u2019armée d\u2019exercer un contrôle social et de déjouer encore les accords de paix.Nouvelles luttes De violents conflits ont accompagné la dernière campagne électorale jusqu\u2019au premier tour des élections, le 9 novembre.Les candidats n\u2019ont pas abordé les solutions pour sortir le pays de la crise.Les résultats du premier tour des élections ont soulagé la population; quand le général Rios Montt a été battu.Le 14 janvier dernier, Oscar Berger, de la coalition de droite Gana (Grande alliance nationale), élu lors du deuxième tour des élections du 28 décembre, est devenu le nouveau président pour les quatre prochaines années.Son gouvernement est composé de représentants et de gestionnaires du grand pouvoir économique du Guatemala, et de représentants de l\u2019armée qui cherchent à bien se placer au sein des organisations politiques.Le général Otto Pérez Molina a été nommé principal fonctionnaire des activités de la sécurité.Il sera le coordonnateur des activités de sécurité du ministère de la Défense et du ministère de l\u2019Intérieur.Le FRG a pris la deuxième place quant au nombre de députés élus au Congrès de la République.L\u2019influence de ce parti se maintient donc.Il pourrait faire alliance avec d\u2019autres représentations politiques.Si tel était le cas, on pourrait craindre que la tenue de procès contre les responsables de la corruption et des violations des droits humains soit compromise davantage.Les organisations sociales devront continuer à lutter pour leurs droits, contre la pauvreté, contre les traités injustes de libre-échange avec les États-Unis, contre la privatisation des institutions de l\u2019État, et pour faire disparaître le système de corruption et d\u2019impunité.\u2022 Quartier pauvre de LA VILLE DE GUATEMALA, MAI 2003, Canapress/ Rodrigo ABD mars 2004 ReLatiONS 29 coNtROveR.se Vers une association nationale des groupes communautaires autonomes?L'auteure est DIRECTRICE DE l'Avant-garde en SANTÉ MENTALE ET PRÉSIDENTE DE U TROC-M (www.NOUVELLEASSOCIATION.ORG.) Les enjeux sociaux actuels commandent au mouvement communautaire autonome d'être un acteur plus influent Connie Bleau G 9 est à la suite d\u2019un long processus de réflexion entre ses membres que la Table régionale des organismes communautaires et bénévoles de la Montérégie (TROC-M) a finalement décidé de lancer un appel à tous les groupes communautaires autonomes du Québec afin de « jeter les bases d\u2019une association nationale et unitaire de groupes communautaires autonomes ».La création d\u2019une association nationale peut paraître paradoxale compte tenu du très grand nombre de regroupements déjà existants.En effet, selon le Secrétariat à l\u2019action communautaire autonome (SACA), quelque 3800 groupes au Québec sont réunis au sein de 231 regroupements.Malgré cette situation, la TROC-Montérégie pense que le moment est venu pour le mouvement communautaire de se doter d\u2019une organisation où les groupes et leurs membres pourraient se réapproprier un pouvoir essentiel pour construire une société progressiste et plus juste.Des constats Outils collectifs d\u2019aide et d\u2019entraide, de défense et de promotion des valeurs, besoins et droits des personnes et des communautés, les groupes communautaires autonomes sont des agents de transformation sociale, des sources d\u2019innovation, des lieux d\u2019éducation populaire.Ils favorisent la participation citoyenne et l\u2019exercice de la démocratie.Ils sont présents dans de nombreuses sphères de la société et leur précieuse contribution est irremplaçable.Cependant, il convient de reconnaître aussi leur fragilité.La pres- sion pour les prestations de services, la course au financement, l\u2019abandon de pratiques novatrices pour répondre aux différents programmes institutionnels sont autant de menaces réelles à l\u2019identité des groupes.Aujourd\u2019hui, malgré les nombreuses concertations, les groupes ont de moins en moins de liens entre eux.Ils ont peu conscience qu\u2019ils appartiennent à un mouvement qui offre un immense potentiel.Le mouvement communautaire autonome est pratiquement absent de la scène politique.Pourtant, la conjoncture sociale et le contexte politique nécessitent une prise de parole publique forte.Les groupes communautaires doivent être aux premières loges de la défense des programmes sociaux passés actuellement au scalpel.Des avancées ont certes été faites, mais les gains auraient pu être supérieurs et ce, dans l\u2019intérêt de tous les groupes.La sectorisation du mouvement communautaire, même si elle a permis de marquer des points, l\u2019a empêché de tenir le rôle véritable que le mouvement s\u2019était donné à sa naissance, il y a plus de 30 ans.Une association nationale multisectorielle réunissant des groupes qui désirent passer à l\u2019action permettrait de relancer la participation collective des citoyennes et des citoyens qui se sont aussi désengagés avec le temps et l\u2019essoufflement.Des actions Il est temps de penser la puissance collective du mouvement communautaire autonome sur de nouvelles bases.Dans la conjoncture politique actuelle, nous savons pertinemment qu\u2019il faut, dans un avenir rapproché, faire des changements importants en faveur de notre unité et de notre force politique.Nous devons dès maintenant nous positionner quant à la représentation du mouvement communautaire.Il n\u2019y a pas de solution parfaite ni de moment idéal.Ce projet d\u2019association n\u2019est probablement pas la seule avenue envisageable.Mais pour plusieurs d\u2019entre nous, il représente la meilleure solution qui soit viable à court et à long terme, englobant vraiment les principes et les valeurs qui nous sont chers.Nous voulons une association où les membres s\u2019engagent activement dans les prises de position, les comités et les activités; où les personnes s\u2019identifient pleinement à l\u2019action communautaire autonome et mettent les luttes sociales au cœur de leurs préoccupations.Pour garantir son indépendance, il est nécessaire que cette association soit exempte de tout financement étatique.Nous voulons travailler activement à la défense et à la promotion de l\u2019action communautaire autonome auprès de nos décideurs, mais aussi auprès de la population.Ensemble et autrement, plutôt que seul et chacun pour soi.Nous avons besoin d\u2019une association qui reposera sur des assises démocratiques fondamentales.L\u2019élection périodique des porte-parole par les membres et un fonctionnement représentatif réellement démocratique sont des conditions incontournables.Ce projet est mobilisateur et novateur.S\u2019il exigera beaucoup d\u2019efforts, il contribuera surtout à redonner à l\u2019action communautaire autonome ses lettres de noblesse, tâche qui nous incombe à toutes et à tous! Ainsi regroupés, nous pourrons mieux atteindre nos objectifs communs de solidarité, de transformation sociale et d\u2019approche globale.\u2022 30 ReLatiONS mars 2004 coNtROveRse Cette question a été lancée lors de la deuxième rencontre extraordinaire des groupes communautaires autonomes de la Montérégie, en octobre 2003.Un texte intitulé «Jeter les bases d'une association nationale et unitaire des groupes communautaires» a été rédigé en vue d'un débat et d'une prise de position des divers groupes.Le mouvement communautaire autonome peut-il créer un rapport de force qui permettrait d'obtenir des gains réels?La proposition de la TROC-Montérégie risque de mobiliser des énergies précieuses sur des questions déchirantes de structures internes Vincent Greason Alors que les gouvernements provincial et fédéral réalisent des projets de «réingénierie» destructeurs, la proposition de la TROC-M lancée cet automne représente une bombe de même nature: remplacer tous les regroupements territoriaux et sectoriels existants du mouvement communautaire autonome par une nouvelle association nationale, unitaire, politisée et autofinancée.Fruit d\u2019un débat interne de plusieurs mois, ce projet part d\u2019une prémisse discutable : il y a trop de regroupements et pas assez de cohésion - pour aboutir à un cul-de-sac : faisons abstraction de l\u2019histoire et recommençons à zéro.Un peu d\u2019histoire L\u2019histoire de la structuration du mouvement d\u2019action communautaire autonome (ACA) n\u2019est pas linéaire.Selon la conjoncture territoriale ou sectorielle, le mouvement s\u2019est donné des structures différentes et des formes d\u2019organisation parfois opposées.Les groupes de l\u2019Estrie se sont dotés d\u2019une TROVEP (table régionale des organismes volontaires d\u2019éducation populaire) dans les années 1970, alors que les groupes de Lanaudière ont attendu jusqu\u2019aux années 1980 pour se doter d\u2019une table en éducation populaire.Les groupes de Victoriaville ont créé une CDC (corporation du développement communautaire) bien avant ceux de Longueuil.Différents besoins ont donné ainsi naissance à différentes structures.Le milieu communautaire avait, jusqu\u2019au début des années 1990, un embryon de réseau national autonome et unitaire, politisé et peu financé par l\u2019État: le réseau organisé en éducation populaire autonome.Bien sûr, celui-ci avait ses faiblesses organisationnelles et politiques.Des regroupements sectoriels existaient probablement en dehors de ce réseau.Mais la multiplication des regroupements sur le plan régional et local s\u2019est produit dans les années 1994, 1995 et 1996 avec la fondation ou la consolidation de la majorité des tables régionales des organismes communautaires en santé et services sociaux (TROCSSS) - la Loi 120 exigeait que chaque Régie finance un interlocuteur communautaire -, le financement en bloc des tables de concertation des groupes de femmes et l\u2019explosion fulgurante des CDC.Un projet irréaliste Si l\u2019on désire avoir une structure nationale et unitaire, pourquoi ne pas renforcer le Comité aviseur de l\u2019action communautaire autonome, dont la TROC-M fait abstraction dans son projet actuel?Sans vouloir en faire l\u2019éloge, il faut cependant reconnaître que cet organisme existe.Il appartient au mouvement d\u2019action communautaire autonome, il est reconnu par le milieu comme son porte-parole.Pourquoi balayer ce qui existe déjà?L\u2019association nationale et unitaire proposée ne pourra pas être démocratique.La TROC-M parle de 4000 groupes qui peuvent potentiellement en faire partie.Imaginons l\u2019assemblée générale annuelle! Des groupes de chômeurs, de femmes et de locataires de la Côte-Nord qui se réunissent avec des groupes de personnes assistées sociales de l\u2019Abitibi et des groupes de solidarité internationale du Lac-Saint-Jean pour parler «politique»! Les groupes de base de l\u2019Abitibi ou de la Gaspésie auront-ils les moyens de participer à la vie associative d\u2019un tel regroupement?Les régions éloignées l'auteur est membre pourront-elles se sentir partie prenante de la table ronde des d\u2019une nouvelle association dont le siège ovep de l'Outaouais social serait, par exemple, à Montréal?Les regroupements régionaux et locaux ont précisément été mis en place pour que les groupes se sentent en prise avec ce qui les concerne.L\u2019idée d\u2019une association nationale et unitaire dont les membres assumeraient complètement le financement est politiquement dangereuse.Elle saborderait une centaine de regroupements (FRAPRU, R des Centres de Femmes, Front commun des personnes assistées sociales, etc.) - dont le financement est à l\u2019image des populations défavorisées qu\u2019ils défendent -pour les remplacer par une association autofinancée par ses membres, car on dit que c\u2019est la meilleure façon d\u2019assurer son autonomie! C\u2019est le même principe conducteur que l\u2019on retrouve dans la Politique d\u2019action communautaire adoptée par le gouvernement précédent, soi-disant « social-démocrate ».Cette idée est en rupture avec la revendication historique affirmant que l\u2019État a la responsabilité de financer des organisations dont la mission est de donner une tribune aux sans-voix de la société.L\u2019idée d\u2019une association joue le jeu d\u2019un gouvernement qui a déjà montré ce dont il était capable : réduction du nombre des ménages à l\u2019aide sociale, élimination des unités syndicales en milieu hospitalier, démantèlement de l\u2019article 45.\u2022 mars 2004 ReLatiONS 31 Les défis de la gauche Lors de La conférence qu'il a donnée à l'UQAM, Le 14 octobre dernier, à L'occasion du 20e anniversaire du Centre justice et foi, Le philosophe français Daniel Bensaïd a mis L'accent sur La nécessité de réinvestir Les médiations du politique pour contester L'horizon indépassable du capitalisme.La transcription de cette conférence a conservé La forme spontanée de L'oral.Daniel Bensaïd La société actuelle est confrontée à des défis dramatiques.Nous sommes, en effet, entrés de plain-pied dans un état de guerre illimitée, décrété par George W.Bush dans son discours du 20 septembre 2001, se traduisant par une reprise des guerres impériales et de la recolonisation du monde - le mot n\u2019est pas trop fort.Cet état d\u2019exception permanente renforce la seconde vague de l\u2019offensive libérale à l\u2019échelle mondiale, après celle des années 1980, qui monte à l\u2019assaut des services publics, de la protection sociale, des retraites, de la santé, etc., et vise à démanteler ce qui avait survécu de l\u2019État keynésien.Dans ce contexte de crise, le débat sur les défis de la gauche est certainement une question cruciale, voire vitale pour l\u2019avenir.Problèmes d\u2019identité L\u2019origine de la notion de «gauche» rappelle son caractère équivoque.Elle référait à un espace parlementaire relatif par rapport à une droite et à un centre, plutôt qu\u2019à un programme précis.La gauche s\u2019est chargée de contenus à travers et par l\u2019histoire : elle n\u2019est pas la même chose, pour prendre des exemples européens, à l\u2019époque de la Commune, de l\u2019affaire Dreyfus, du Front populaire, de la résistance, etc.Depuis 1945, la gauche - du moins en Europe - était identifiée à une certaine gestion sociale de l\u2019État et à certains pactes de compromis social entre classes antagonistes, pacte qui avait été conclu non pas par bienveillance, mais sous le coup de la grande peur de la Deuxième Guerre mondiale et de l\u2019Union soviétique.Or, tous les piliers de ce consensus ont été pratiquement attaqués de manière frontale, dès la fin des années 1980 : pactes sociaux avec le principe Thatcher en Angleterre, pactes populistes dans la plupart des États issus de la décolonisation de l\u2019Afrique ou dans les pays arabes, et pactes bureaucratiques dans les pays de l\u2019Est.Cette identification de la gauche à une certaine politique sociale est brouillée aujourd\u2019hui au point que des forces très significatives de cette gauche éprouvent le besoin de se rebaptiser: c\u2019est l\u2019idéologie de la «troisième voie» mise en musique, en Angleterre, par Antony Giddens et en pratique par Tony Blair; qui correspond à la thématique du nouveau centre (Neue Mitte), en Allemagne.La distinction, même relative, entre la gauche et la droite s\u2019est considérablement estompée.11 est symptomatique, par exemple, que l\u2019actuel ministre français de l\u2019Éducation, Luc Ferry, aurait pu être indifféremment ministre d\u2019un gouvernement Jospin, si la gauche avait remporté la victoire aux dernières élections.Un exemple parmi d\u2019autres de transfert de candidats, comme sur le marché des joueurs de football.Ce brouillage d\u2019identité est symptomatique de quelque chose de beaucoup plus grave, pressenti par Hannah Arendt qui s\u2019inquiétait que la politique ne finisse par disparaître complètement du monde, laminée entre, d\u2019un côté, des automatismes marchands et, de l\u2019autre, une escalade de discours moralisateurs, sans qu\u2019il y ait entre les deux de place pour la pluralité, l\u2019action et la volonté politiques.Cette crise de la politique, des institutions démocratiques se traduit par le fait de relativiser le conflit, au profit du consensus, et de repenser le projet - en tant que relation à l\u2019avenir - au profit de la simple gestion immédiate et d\u2019une rhétorique des «valeurs» réduites la plupart du temps aux valeurs traditionnelles de la droite, l\u2019égalité étant battue en brèche au nom de l\u2019équité, la solidarité au nom de la concurrence, etc.Les raisons de la crise Parmi les raisons de cette crise d\u2019identité programmatique, il y a d\u2019abord la question, débattue aujourd\u2019hui par de nombreux économistes, de l\u2019épuisement du cycle de croissance.Non pas la crise conjoncturelle de la fameuse croissance dite des «Trente glorieuses», mais le fait que, malgré les attaques Cette crise de la politique, des institutions démocratiques se traduit par le fait de relativiser le conflit, au profit du consensus, et de repenser le projet - en tant que relation à l'avenir - au profit de la simple gestion immédiate et d'une rhétorique des « valeurs » réduites la plupart du temps aux valeurs traditionnelles de la droite.sociales des années 1980 et le rétablissement de la rentabilité des entreprises, la relance économique ne s\u2019est pas produite, les taux de croissance s\u2019élevant à peine au-dessus de 1 %, le chômage et la précarité ne reculant pas de manière significative y compris dans les séquences de reprise économique.Cette décroissance ne serait pas un moment de crise faisant exception par rapport à des années de développement impétueux.Au contraire, c\u2019est probablement cette croissance qui aurait été exceptionnelle, pour des raisons tant politiques qu\u2019économiques, liées à la reconstruction et à la réorganisation planétaire des rapports de force au lendemain de la Seconde Guerre et du partage du monde qui s\u2019y opérait.Ce qui reprendrait le dessus actuellement serait dû au rendement décroissant du capital.Si cette hypothèse est juste, elle pose la question des capacités de financer, à l\u2019avenir, des compromis sociaux et des mécanismes d\u2019État-providence du type de ceux que l\u2019on déconstruit méthodiquement en ce moment.La deuxième raison est celle de la mutation de l\u2019organisation du travail et des classes sociales.Cela ne signifie pas que la lutte des classes ou l'antagonisme capital-travail ait disparu, mais que des métamorphoses sociologiques importantes ont entraîné l\u2019affaissement des bases sociales traditionnelles de la gauche, qu\u2019elles soient en majorité social-démocrates en Europe du Nord ou communistes dans les pays d\u2019Europe du Sud jusqu\u2019au début des années 1980.De fait, un flottement se traduit par la tentative des partis sociaux-démocrates de se présenter comme partis des classes moyennes.Enfin, une troisième raison est à chercher dans le démantèlement des pactes et des mécanismes de l'État social qui enlève à ces partis de gauche une partie importante de leurs bases sociales : une certaine idée de l\u2019intérêt commun, du service public, de la mission de l'État, etc., selon la vision d\u2019un Lino, Virage, 2004 État redistributif.Ce qui fait qu\u2019on discute, devant les dégâts de la crise actuelle, des propositions comme celles de Joseph Stiglitz et de George Soros, selon lesquelles il faudrait remettre un peu d\u2019ordre et de régulation dans la jungle marchande.Certains vont jusqu\u2019à évoquer la perspective d\u2019un nouveau keynésianisme.Il y a de quoi rester sceptique.La relance des politiques keynésiennes, en effet, supposerait d\u2019abord une relance vigoureuse de l\u2019accroissement des richesses pour permettre un nouveau partage.Ensuite, il faudrait que les partis sociaux-démocrates fassent une politique diamétralement opposée à ce qu\u2019ils ont fait depuis le début des années 1980, c\u2019est-à-dire revenir sur les privatisations, relancer un service public, redistribuer du pouvoir d\u2019achat, ressaisir le contrôle politique sur les banques centrales, faire une grande réforme fiscale.C\u2019est beaucoup leur demander, d\u2019autant plus que s\u2019est développée dans ces partis, à travers le jeu des privatisations, une véritable osmose entre les élites de l\u2019entreprise privée et les anciennes élites de l\u2019appareil d\u2019État.Lueurs d\u2019espérance Il existe un contraste frappant entre les sinistres années 1980 et ce qui se passe depuis le milieu des années 1990.Nous assistons à une remobilisation sociale, à une remontée spectaculaire des résistances, surtout si l\u2019on songe qu\u2019à peine cinq ans se sont écoulés entre Seattle et les forums sociaux de Porto Alegre et de Mumbai. Par ailleurs, l\u2019euphorie du discours néolibéral du début des années 1990 (Bush père annonçant une ère de prospérité, de paix) a perdu de sa crédibilité.Les faillites d\u2019Enron ou de l\u2019Argentine, pays bon élève du FMI, de même que l\u2019impasse d\u2019une bonne partie du dispositif international y sont pour beaucoup.De la remobilisation sociale a surgi un thème : « Le monde n\u2019est pas une marchandise »; « Le monde n\u2019est pas à vendre »; « Un autre monde est possible », révélant le refus d\u2019un monde régi par une loi de la valeur, c\u2019est-à-dire le refus que le temps de travail social soit l\u2019étalon de tout échange, de toute richesse entre la société et la nature, comme entre les êtres humains eux-mêmes.Cet étalon-là est devenu de plus en plus irrationnel, « misérable » comme disait déjà Marx en 1857.Si la productivité du travail aboutit non pas à libérer du temps pour la culture ou pour la participation civique et citoyenne, mais à multiplier les formes d\u2019exclusion, de chômage, de précarité, c\u2019est à l\u2019évidence que le monde marche à l\u2019envers.La privatisation généralisée du monde vide l\u2019espace public de la démocratie de tout enjeu.Le délabrement de la politique est étroitement lié à la logique marchande, l\u2019un et l\u2019autre profilent les périls qu\u2019affrontent nos sociétés.Cette critique de la marchandisation s\u2019exprime avec force et conviction dans le refus de confier l\u2019avenir de l\u2019humanité aux noces barbares du marché et de la technique de Monsanto, de Novartis, etc.La formule « Un autre monde est possible » est à la fois heureuse et malheureuse, parce qu\u2019un autre monde est surtout nécessaire, et de manière urgente.C\u2019est à nous qu\u2019il revient de le rendre possible, de lui donner un contenu.Je ne parle pas d\u2019une nouvelle utopie livrée clé en mains, une architecture de la cité heureuse, mais de pistes où s\u2019engager et d\u2019une logique alternative - de solidarité, du service public, du bien commun - dans laquelle les éléments marchands sont subordonnés à la démocratie politique.Questions en suspens En revanche, les questions qui créent le plus de doute, même chez ceux et celles qui luttent, concernent les forces et les acteurs de ce combat.Et, notamment, le fait qu\u2019il y a un décalage entre la remobilisation sociale et la lenteur avec laquelle bouge le paysage politique, sous l\u2019angle des partis, des rapports de forces politiques et électoraux.Cela ne veut pas dire que les mouvements sociaux ne produisent pas de politique.Les revendications d\u2019égalité entre les sexes, la revendication de la citoyenneté fondée sur du droit du sol par le mouvement des sans-papiers sont des revendications politiques; de même, faire du droit à l\u2019emploi un droit constitutionnel, c\u2019est faire de la politique.11 n\u2019en demeure pas moins que le décalage entre l\u2019évolution des rapports de forces sociaux et leur non-traduction sur le plan politique est une faiblesse : le fait que les luttes aboutissent - et cela à répétition - à voter pour des partis dont on sait pertinemment qu\u2019ils vont faire le contraire de ce qui était prévu ou promis.11 est très important de maintenir l\u2019idée de classe et de la lutte des classes, évidemment pas au sens XIXe siècle et de l\u2019iconographie des prolétaires héroïques de la Commune de Paris.Le prolétariat n\u2019a pas arrêté de se transformer depuis que Marx décrivait le prolétariat parisien, en 1848.Le rapport d\u2019exploitation qui structure le grand antagonisme de classes demeure.11 y a là un enjeu de représentation.Hannah Arendt l\u2019avait noté à propos de l\u2019Allemagne nazie : l\u2019Allemagne était devenue le pays où il était interdit de nommer le prolétariat par son nom.Le nazisme avait fleuri sur la transformation des classes en masse.La notion de classe, à condition de ne pas la prendre de manière étroitement sociologique, mais dans les rapports de luttes et de conflits, dans un sens stratégique disait Michel Foucault, est une référence qui s\u2019oppose à tout esprit de fermeture du type de celui des appartenances ethniques, religieuses ou communautaires.Qu\u2019est-ce qui fait que des mouvements aussi divers que les mouvements écologiques, culturels, de droits humains, féministes, syndicaux, des organismes non gouvernementaux, etc., peuvent converger avec une grande Le décalage entre l'évolution des rapports de forces sociaux et leur non-traduction sur le plan politique est une faiblesse: les luttes aboutissent à voter pour des partis dont on sait pertinemment qu'ils vont faire le contraire de ce qui était prévu ou promis.plage d\u2019accord dans les forums sociaux mondiaux?Il y a à la fois complexité, diversité, pluralité, individualité croissante, mais il y a aussi un grand unificateur qui est le capital lui-même.Tous ces mouvements, in fine, ont affaire à cette dictature impersonnelle du capital qu\u2019est la logique marchande, qui se répercute dans tous les domaines de la vie et de la société.Cela ne veut évidemment pas dire que toutes les contradictions se résolvent au même rythme et sur le même plan.Si un autre monde est nécessaire, une autre gauche aussi, qui sorte des ornières de la « troisième voie ».Les éléments de cette refondation sont envisageables.Ils ne doivent pas être brouillés par des problèmes tactiques.Il y a toujours de la tactique en politique pour faire bouger les lignes, pour faire des alliances, etc., mais elle doit être subordonnée au fait de ne pas céder sur le fondamental.Nous devons être habités par « une lente impatience » selon le beau mot de George Steiner, celle de reconstruire ces fondations et de changer les rapports de force, si on veut restaurer une confiance dans la parole politique, dans l\u2019idée même de politique.Cela ne nous épargne pas des campagnes pour des réformes.Au contraire.La défense du service public, une lutte pour une autre répartition, une réforme fiscale, la défense d\u2019un travail hors des griffes de la flexibilité, font l\u2019objet de luttes sociales et sont une politique de réforme.Le problème c\u2019est qu\u2019elle a même été abandonnée par la gauche.Être réformiste vigoureux, c\u2019est faire œuvre de révolutionnaire.À moins qu\u2019il ne faille, aujourd\u2019hui, être révolutionnaire pour se battre réellement pour des réformes.\u2022 Vous avez manqué un numéro?F «T I ReLatioNS ReLatioNS (dualité anarchisme L'idéologie du changement ReLatioNS ReLatioNS Où va le logement social?[.MS?\t-.ReLatioNS Loeuvra Politique du temps ReLatioNS ReLatioNS Malaise dans l'éducation L'empire vu du revers du monde ReLatioNS Le scandale des famines Numéros de Relations encore disponibles : Actualité de l\u2019anarchisme (N° 682, JANVIER-FÉVRIER 2003) L\u2019idéologie du changement (n° 683, mars 2003) Où va le logement social?(n° 684, avril-mai 2003) L\u2019art à l\u2019œuvre (n° 685, juin 2003) Politique du temps (N° 686, JUILLET-AOÛT 2003) Malaise dans l\u2019éducation (N° 687, SEPTEMBRE 2003) L\u2019empire vu du revers du monde (N° 688, OCTOBRE-NOVEMBRE 2003) Le scandale des famines (N° 689, DÉCEMBRE 2003) Chaque numéro est offert au prix de 3 $.Téléphonez à Hélène Desmarais, au (514) 387-2541, ou écrivez-lui à relations@cjf.qc.ca ReLatioNS Visitez notre site : mm.rewereiations.qc.ca RîAo ReLatioNS politique religion \u2022\tVoyez le sommaire du numéro courant en page d\u2019accueil.\u2022\tInscrivez-vous à notre liste d\u2019envois par courriel et recevez à l\u2019avance la liste des articles et des auteurs à paraître dans le prochain numéro.\u2022 Consultez nos archives et découvrez un sommaire détaillé des huit derniers numéros, une table des numéros précédents et une banque de 250 textes à imprimer, classés par thèmes.ReLatîoNS \u2022 Voyez les détails entourant nos tables rondes organisées dans le prolongement de l\u2019un ou l\u2019autre des numéros de la revue.\u2022 Cliquez sur @ et faites-nous part de vos commentaires! mars 2004 ReLatioNS (35 aLeNtouRS La prière de Calamité Marie Inj&j*' Eglise, aquarelle et mine de plomb, 2004 ReLatiONS mars 2004 aLeNtouRS Si Vous avez droit de vie et de mort sur vos sujets si Vous demeurez en haut de la pyramide comme un p.d.g.étincelant de rage j\u2019ai des nouvelles pour Vous bon Dieu Si Vous existez rendez ses jambes à mon père et retrouvez-moi mes trois enfants je ne suis pas bonne qu\u2019à balayer les coulisses du Vatican moi aussi je pourrais dire la messe prêtresse de la libération évangéliste de l\u2019amour difficile anyway gospel moniale de la déréliction de la simple vénération pour ce qui était naturel et qui bientôt ne portera plus de nom Si seulement la porte était entrouverte je pourrais entrer en coup de vent dans les églises pleines d\u2019ombres et dans l\u2019Église des Hommes Écoutez-moi, bon Dieu qu\u2019on en finisse avec l\u2019héritage impérial le bon vieux système pyramidal qui rend sourd tellement la pointe du sommet fait dans l\u2019aigu infinitésimal la fine pointe de l\u2019épée l\u2019absence dans la transparence le niveau seigneurial, doctrinal patriarcal, cardinal, martial le tribunal du confessionnal archiépiscopal qui ne voit ni n\u2019écoute rien moi, la vespérale qui mène une vie de chien dans les décombres de mes prières pour que les autres vivent, écoutez-moi quand je Vous parle pour l\u2019amour de rien Si Vous existez payez les dettes du pauvre Torn nourrissez les miséreux calmez les ouragans, avortez les guerres donnez des joies aux hommes qui ont Tout massacré Ayez pitié comme dans ces chants religieux qu\u2019on a inventés pour louer Votre grandeur Votre beauté si Vous existez, grand Dieu libérez-nous faites taire les clones laissez un sourire aux enfants de la place aux femmes dans ce merveilleux monde pillé Gloire aux oiseaux au plus haut des cieux Paix sur la Terre aux orangs-outans Eleison in extremis amen Texte : Hélène Monette Illustration : Janice Nadeau mars 2004 ReLatiONS 37 muLtimeDias SITES INTERNET En mars, toujours les femmes! http://sisyphe.org Créé par Micheline Carrier en juin 2002, ce site féministe indépendant propose des réflexions sur la con- dition féminine, la politique, les droits humains, les rapports de pouvoir, la musique, la poésie et la littérature, les arts visuels.Des thèmes chers à la revue Relations.On peut s\u2019étonner qu\u2019un site féministe porte le nom d\u2019un homme! Dans la mythologie grecque, Sisyphe est le nom de celui qui a dénoncé Zeus qui avait enlevé une jeune fille vierge.Pour le punir, Zeus l\u2019a condamné à pousser éternellement un rocher au sommet d\u2019une montagne.Mais l\u2019entreprise s\u2019avère vaine, le rocher à peine arrivé en haut roule vers le bas.Tout est à reprendre dans un éternel recommencement.Ainsi va la lutte des femmes, patiente et têtue, sans cesse remise sur le métier, les yeux tournés vers le haut.dimanche 27 juillet 2003 Arts visuels Arlette Dufour Lévesque, artiste Originaire du Saguenay, Arlette Dufour Lévesque commence sa formation en dessin et fait sa pi entière aquarelle avec Beth Jackson, en Gaspésie, en 1975.Sur la Côte-Noid, où elle a vécu pendant plusieurs années, elle touche à l'huile, à la poteiie, à la menuiserie et à raquarelle avant de compléter un certificat en Art el Artisanat à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi.Quand elle s'installe à Boucherville en 1985, elle revient à l'3quarelle avec Roland Palmaerst et participe à des ateliers extérieurs avec Yolande Bouthlllier.Nicole Foreman et Roland Palmaerst.En plus de proposer certaines actions à mener ou des manifestes à signer comme le font d\u2019autres sites féministes, ce site offre des regards originaux sur de nombreuses questions qui agitent la société, à partir du point de vue des femmes, à travers les arts visuels, la littérature, la poésie, la musique, le cinéma, la politique au Québec et dans le monde, les reli- S U Ml gions.Les articles présentés sont l'objet d\u2019une excellente sélection.Ils permettent de nourrir la pensée de manière conséquente.La perspicacité du regard force à dépasser les idées toutes faites pour s\u2019attaquer à la racine des choses.La qualité de l\u2019écriture et des perspectives développées est impressionnante.L\u2019approche est très sérieuse.Le texte prédomine, les ouvertures visuelles ne sont cependant pas totalement absentes puisque la rubrique «Arts visuels » présente actuellement les aquarelles d\u2019Arlette Dufour Lévesque.Un lien Internet donne accès à la visite du musée virtuel de Joliette, qui expose les œuvres de 50 femmes artistes en Amérique du Nord.L\u2019imagination est donc convoquée, comme elle l\u2019est par la poésie.Cela donne un aspect ludique qui n\u2019est pas déplaisant.Au contraire.Le temps passe très vite, au fur et à mesure que l\u2019on clique sur les diverses rubriques du site.Une fois de plus, des féministes font preuve d\u2019une belle ouverture et d\u2019une finesse dans l\u2019approche de la réalité.L\u2019univers dans lequel elles se meuvent et auquel elles nous ouvrent se révèle d\u2019une grande richesse.Loin de se cantonner à quelques problématiques qui les concerneraient davantage, elles démontrent que c\u2019est l\u2019ensemble de la vie qui est marquée par les rapports de sexe.Presque rien n\u2019y échappe.La dimension internationale est aussi au rendez-vous.Anne-Marie Aitken L> HiPCSTS.&TS FEMAAES - E/lSEMftUE.'BWT EST PfiSSblÆ \\ B man 2004 Jùurréi inurnttiomlt dn fenmtt 38) ReLatiONS mars 2004 muLtimeDias VIDÉO Jean-Pierre Ronfard : sujet expérimental Réalisation : Annie St-Pierre Production : Josette Féral et Paul Tana, UQAM Canada, 2003, couleur, 59 min.Ce documentaire trace le portrait de celui qui fut un franc-tireur de la dramaturgie québécoise.Réalisé peu de temps avant sa mort, le 26 septembre dernier, il est devenu lui-même, par ce triste hasard, un document d\u2019archives.Ronfard en est le narrateur principal.Il interprète l\u2019aventure théâtrale singulière et collective dont il a été un protagoniste essentiel durant plus de 30 ans.Il explore les limites de cet art, ses territoires inconnus, en même temps qu\u2019il revient à ses sources sulfureuses et s\u2019y abreuve, en ouvrant des chemins - au risque parfois de se perdre.L\u2019accompagnent dans cette rétrospective des collaborateurs et collaboratrices, passés et présents, comme Pol Pelletier, Alexis Martin, Danielle Proulx, Anne-Marie Provencher, Robert Claing.De nombreux extraits de pièces rappellent la longue complicité et amitié qui l\u2019unissaient au comédien Robert Gravel jusqu\u2019à la mort de celui-ci, survenue en 1996.Une fraction de seconde, d\u2019ailleurs, la voix de Ronfard, jusque-là détachée, se brise en évoquant tout « le poids du chagrin » qui tomba sur lui au moment de sa disparition.Douleur qu\u2019il noya aussitôt, pré-cise-t-il, en se plongeant dans sa tribu théâtrale, peut-être comme d\u2019autres l\u2019auraient fait dans le vin.Le parcours commence en 1970 quand il accepte d\u2019être le secrétaire général du TNM, à l'invitation de Jean-Louis Roux qui en est le directeur artistique à l\u2019époque.Il n\u2019y demeure que deux ans, au cours desquels on lui doit cependant un événement cultu- p r \u2022 ¦ 1 è r 8 2 8 h imnitii 6 é r I r Marie M 4 0 8 IQIM I c \u2022 I \u2022 m t t r R e n dans le cadre tic la série Paroles d\u2019artistes Josette Féral et Paul Tana présentent n f a r d jean p î e r r^e rel « choc » : la mise en scène des Oranges sont vertes de Claude Gau-vreau, ce poète dont on qualifiait les pièces d\u2019injouables.Il inscrit ainsi une date mémorable dans l\u2019histoire du théâtre au Québec.Comprenant vite que sa soif d\u2019exploration des limites de l\u2019art théâtral ne peut se vivre dans ce cadre institutionnel trop contraignant, il le quitte et crée, avec Robert Gravel et Pol Pelletier, le théâtre expérimental de.Montréal, l\u2019ancêtre du Nouveau théâtre expérimental qui vit le jour en 1979, quand Pol Pelletier partit de son côté pour fonder le Théâtre expérimental des femmes.Si la création théâtrale est pour lui enivrement, source de plaisir insatiable, elle est aussi en quelque sorte un acte politique.Non pas au sens quelle est au service d\u2019un message politique.Mais en tant que lieu d\u2019expérience de la liberté, d\u2019émancipation, d\u2019arrachement au conformisme.Son œuvre maîtresse, Vie et mort du roi boiteux, théâtre-fleuve dont la re- présentation dure plus de dix heures, témoigne de cette passion-vocation pour la liberté.Elle n\u2019a pas peur de piller le passé.Au contraire, elle le fait avec plaisir pour renouer avec ces moments d\u2019insurrection, les soustraire de l\u2019oubli, briser la gangue qui recouvre les mots avec le temps; de telle sorte que l\u2019agencement inédit d\u2019images, de mots, de figures, relance lç sens, crée une puissance d\u2019ébranlement, de provocation au sens premier du terme, c\u2019est-à-dire d\u2019appel à aller de l\u2019avant, à sortir de sa niche confortable et d\u2019étreindre la liberté.Le plus grand compliment qu\u2019on ait pu lui faire après une représentation, confie Ronfard, c\u2019est de s\u2019être exclamé : « Mais qu\u2019est-ce qu\u2019ils n\u2019ont pas encore inventé! » La jeune réalisatrice, dont c\u2019est le premier film, aura su transmettre l'image d\u2019un homme dont le jeu théâtral est le centre de sa vie.Jean-Claude Ravet mars 2004 RelatiONS 39 LivR.es X Un doute à cultiver Anne Dufourmantelle, Blind Date, SEXE ET PHILOSOPHIE, PARIS, CALMANN-LÉVY, 2003, 220 P.Ouoi qu\u2019on en pense, les philosophes n\u2019ont jamais abandonné le territoire de la métaphysique.Le monde des idées demeure pour eux un pays, une contrée, un lieu d\u2019interrogation.Certains d\u2019entre eux s\u2019y réfugient, d\u2019autres cherchent la manière d\u2019en ramener quelques éléments dans l\u2019autre monde, celui du réel, celui du quotidien.Depuis que le sexe n\u2019est plus tabou et qu\u2019il peut désormais devenir un discours public, le philosophe a été obligé d\u2019en tenir compte.Le corps n\u2019était pas son affaire, mais le discours sur le corps pouvait l\u2019être.Platon en avait déjà pris conscience en écrivant son Banquet.Anne Dufourmantelle dans Blind Date, sexe et philosophie désire une rencontre entre le sexe et la philosophie.Rencontre quelle considère inévitable, même si l\u2019on ne sait absolument pas ce que cela peut donner.Complexité des thématiques, contradictions qui se pointent, cette rencontre doit être volontaire, mais elle doit avoir lieu.Qu\u2019un être s\u2019interroge sur l\u2019amour et le désir et déjà ce « blind date » a lieu entre la philosophie et le sexe.L\u2019autre est convié, l\u2019autre est invité, l\u2019autre exige une attention.« Il faut étendre la démesure plus encore qu\u2019un incendie», a écrit Hé-raclite dans ses fragments.Le sexe est l\u2019excès et la démesure.La philosophie est désir de spiritualisation.Le sexe est désir d\u2019appropriation, la philosophie est discernement.Le philosophe n\u2019est plus là simplement pour éteindre le feu du désir, mais pour le penser.Il doit cesser de fuir les plaisirs du corps.Anne Dufourmantelle ne répond pas à toutes les questions dans son essai.Elle se contente de les reposer, de les mettre devant nous, de les soulever.Son essai se promène d\u2019un siècle à l'autre et ouvre le dialogue entre la philosophie et le sexe.De Platon à Foucault, d\u2019Abélard à la pornographie.De très petits chapitres qui nous laissent toujours avec une interrogation pour poursuivre la réflexion.Oui, entre sexe et philosophie, il existe une jalousie première.Le sexe veut être ce que la philosophie pense, la philosophie veut faire ce que le sexe est.L\u2019auteure regarde les prétentions de l\u2019un et l\u2019autre.Désir d\u2019éternité, abolition du temps.Est-ce que le sexe sait quelque chose sur lui-même?Est-ce que la philosophie peut s\u2019incarner en passant par le sexe?Le philosophe se méfie du sexe parce qu\u2019il s\u2019agit du «règne du trop proche ».Le sexe se méfie de la philosophie parce quelle est «désir de Tailleurs ».Anne Dufourmantelle Blind Date sexe et philosophie calmann-lévy Peut-être qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un chemin possible pour que le sexe et la philosophe se rencontrent, et ce chemin c\u2019est l\u2019amour.Seul l\u2019amour ouvre à l\u2019autre, seul l\u2019amour fait de l\u2019autre un sujet, seul l\u2019amour empêche la réduction de l\u2019être en objet.C\u2019est par l\u2019amour que le sexe et la philosophe peuvent enfin sortir de leur aveuglement respectif.Trop de chair aveugle, trop d\u2019idées aussi.L\u2019oubli de soi et l\u2019oubli du monde ne permettant rien.Ce livre, il y a encore une dizaine d\u2019années, aurait pu avoir une grande portée.Nous pensions alors à partir du féminisme et les travaux du philosophe Michel Foucault étaient encore frais en notre mémoire.L\u2019essai de Dufourmantelle aurait eu beaucoup de lecteurs et de lectrices.De nos jours, il recevra un accueil discret.C\u2019est regrettable.Le sexe est désormais consommation.La confusion règne.Mais rien ne semble nous indiquer que nous voulons en sortir.Les philosophes sont malheureusement retournés au pays des idées, tant et si bien que ce livre arrive trop tard pour le féminisme et trop tôt pour la philosophie.Mais cet essai n\u2019est pas vain.Loin de là.Il ouvre à l\u2019autre.11 ouvre au dialogue.Kierkegaard disait que ce qu\u2019un être peut faire pour un autre, c\u2019est de le rendre inquiet.Anne Dufourmantelle ravive nos inquiétudes, ce qui n\u2019est pas rien dans un monde qui se présente à nous comme une certitude.Sexe et philosophie est la preuve que le doute est encore l\u2019essentiel de l\u2019être.Marc Chabot Le « beau risque » du néolibéralisme Jacques B.Gélinas, Le virage à droite DES ÉLITES POLITIQUES QUÉBÉCOISES, MONTRÉAL, Écosociété, 2003, 247 p.Publié quelques mois après la défaite du Parti québécois, le 14 avril 2003, Le virage à droite des élites politiques québécoises dresse un inventaire sans complaisance des reniements successifs de ce parti que l\u2019on aime présenter comme social-démocrate.La dureté des critiques de Jacques B.Gélinas envers le PQ a d\u2019ailleurs provoqué une levée de boucliers dans la presse.40) ReLatiONS mars 2004 LiVR.es Jusqu'au milieu des années 1980, l\u2019ensemble des partis politiques s\u2019opposait au libre-échange avec les États-Unis.Quinze ans plus tard, les libéraux fédéraux et provinciaux, le Parti progressiste-conservateur et le Parti québécois avaient changé leur fusil d\u2019épaule et chantaient en cœur les louanges du libre-échange.Jacques B.Gélinas fait ici la chronique aussi détaillée que passionnante de ce ralliement, avec ses jeux de coulisse, ses revirements d\u2019alliance et ses paris douteux.Le rôle joué par le Parti québécois, assimilable à un deuxième « beau risque», est fondamental.En effet, Bernard Landry puis Jacques Parizeau deviendront les plus ardents défenseurs du libre-échange au Canada.Parizeau, le maître de l\u2019astuce, tente le grand jeu : « Faire appel aux Américains pour nous protéger contre les Canadiens.» C\u2019est-à-dire qu\u2019il joue la carte libre-échangiste pour arracher la neutralité des États-Unis sur la question nationale et faire du Québec un acteur incontournable de l\u2019intégration économique continentale.Gélinas démontre avec rigueur comment ce pari s\u2019est avéré désastreux tant pour la question du Québec que pour la justice sociale et la démocratie, puisqu\u2019il a jeté les bases de l\u2019enfermement du PQ et de l\u2019ensemble des élites politiques dans le carcan du néolibéralisme.D\u2019une façon imagée et parfois drôle, et avec une certaine licence poétique par rapport au texte biblique, Gélinas fait la liste des « dix plaies néolibérales du Québec ».Après la lecture de celles-ci, il ne reste pas grand chose des prétentions sociales-démocrates du PQ : l\u2019environnement livré aux empoisonneurs et aux prédateurs; l'agriculture dénaturée par le productivisme industriel; l\u2019eau abandonnée aux multinationales et aux pollueurs; la forêt ravagée et surexploitée; l\u2019énergie « mercantilisée »; les « régions-ressources» dépeuplées; des fusions municipales dans la confusion; un système de santé dérapant vers le privé; des médias « incestueusement» con- centrés; le fléau de l\u2019économie « loto-casino-vidéopoker ».Ces plaies, combinées à des institutions politiques en pleine déliquescence, ont produit une «classe poli- JACQUES B.GÉLINAS Le virage à droite des élites politiques québécoises ;UW\".I, Landr\\ mise sur les grandes \u201cadéchete entreprises et Ottawa signature pu* °* de VALENA .,\tFaaJ ites dès promesiV-.^^sjçgf.S0U^ à droi Le système'de santé n\u2019est pas à l'abri des :,/J< ernationar tique désaxée», laquelle fonctionne dans sa logique propre : mode de scrutin vicié, corruption rampante des politiques et des hauts fonctionnaires, absolutisme du premier ministre, etc.L\u2019auteur répond par l\u2019affirmative à la question qu\u2019il se pose lui-même : « Notre système politique a-t-il épuisé son potentiel démocratique?» Pour remédier à cela, une véritable révolution de nos mœurs politiques doit être encouragée : « une autre démocratie est possible ».Gélinas met de l\u2019avant une série de points de repère pour réinventer la démocratie, la citoyenneté, l\u2019économie et notre relation avec l\u2019environnement.Ce faisant, il fait preuve d\u2019une fine connaissance de l\u2019univers militant du Québec et pointe du doigt un certain nombre d\u2019initiatives visant la «recomposition du mouvement social et la réappropriation de la citoyenneté » : la fondation de D\u2019abord Solidaires, l\u2019émergence de mouvements écologistes «citoyens», l\u2019essor du commerce équitable, le succès des Zapartistes, la fondation de nouvelles coopératives en habitation, dans les loisirs et le travail, etc.Du point de vue de l\u2019action politique, l\u2019auteur prend le parti du muni-cipalisme libertaire et propose l\u2019adoption d\u2019une démocratie participative de proximité, où s\u2019appliquerait le principe de subsidiarité.S\u2019il faut saluer la proposition de mettre en place une démocratie locale vivante et un « organisme chargé par la communauté de la gestion des biens communaux sur un plan plus large», on regrettera cependant que l\u2019auteur n\u2019ait pas su expliquer comment venir à bout des lieux de pouvoir et des mécanismes de domination inscrits au cœur même du capitalisme et des États (militarisme, pouvoir du patronat, droit de propriété, mafias et réseaux d\u2019influence, etc.).La timidité de l\u2019auteur face au pouvoir et sa capacité dè répression est peut-être le fruit de cette sagesse qui se dégage du propos de Gélinas tout au long de son ouvrage.Celui-ci nous propose d\u2019avancer vers sa «révolution» avec circonspection, en grignotant peu à peu les obstacles qui s\u2019opposent à « la grande aventure humaine de faire de la Terre la patrie de tous et chacun ».Claude Rioux La poésie comme passage Hélène Dorion, Sous l'arche du temps, Montréal, Leméac, 2003, 95 p.Dans ce petit essai, Hélène Dorion nous livre une expérience poétique intense et précieuse.Car il n\u2019est pas donné à tout poète de pouvoir dire comment il donne à voir sa façon de voir.Car ce faisant, il outrepasse bien souvent son art.11 cesse d\u2019être poète.Il devient de toute façon interprète d\u2019une œuvre - même la sienne - dont il est nécessairement étranger pour en extraire une parole sur elle, qui n\u2019est pas toujours la plus probante.\t?mars 2004 ReLatiONS 41 LivR.es Helene DORION Sous l\u2019arche du temps I I M i A C L\u2019auteure, à la manière d\u2019un passeur, mène le lecteur sur les berges de l\u2019autre rive qu\u2019explore délicatement la poésie.Son regard, ses indications, son témoignage gardent le sceau du silence et de l\u2019énigme.On ne foule pas cette terre en conquérant ni en touriste.C\u2019est la nuit, l\u2019obscur, opaque qui l'habite et y règne.Cet autrement du monde visible où l\u2019on agit et parle à l\u2019avenant et où l\u2019on construit et défait, ne se dévoile jamais - comment le pourrait-il sans disparaître.Il se ressent à travers les mots qui délaissent un instant leur carapace quotidienne, leur assurance infrangible, qui est certes utile dans leur tâche d\u2019édifier mais qui ne sert à rien dans ce voyage vers l\u2019impalpable, l\u2019indicible, non pour en prendre possession, bien évidemment, mais pour en être touché, saisi, atteint.Essai poétique pourrait être le genre.Là où le poète rejoint presque le poème.L\u2019écrivain, presque l\u2019écriture.On y pressent le souffle d\u2019une vérité urgente à dire trop souvent différée.Qui a rapport à soi, aux autres.Et qui révèle une manière d\u2019être au monde, d\u2019agir dans le monde qu\u2019insinue le poème.Le poète est éclaireur.Les mots ne sont pas que des mots; ce sont des passages, des failles par où habiter le monde.Le poète révèle ces interstices, voilés par la familiarité qui est une forme d\u2019absence au monde.On ne voit plus ce que l\u2019on côtoie journellement, on ne remarque plus le tapis usé des mots, des choses et des êtres sur quoi passent et repassent le langage et le regard.Derrière les apparences usées, le poème ne découvre pas l\u2019être, loin de là, au contraire, grâce à Dieu pourrait-on dire, mais glisse sur d\u2019autres apparences, des visages jusque-là inaperçus qui dessillent les yeux qui s\u2019ouvrent alors à la beauté.Comme autant d\u2019aspects inédits du réel.D\u2019occasions de possible et d\u2019inventer le monde.De plis, d\u2019aspérités où se niche la résistance à la banalité du quotidien, à sa lumière, aveuglante qui efface toute étrangeté, rend tout pareil au même.La Terre n\u2019est pas un terrain plat, déclare le poète.Retour aux évidences.Et nous ne pouvons en faire le tour.Elle est fait encore et toujours de ter- res inconnues qui étendent leurs frontières en nous.Et cela, bien que nous vivions en maîtres des choses sinon des êtres à qui nous ne serions redevables de rien.Sans que nous ayons à répondre de quoi que ce soit.« À tout vouloir saisir, on a laissé s\u2019échapper l\u2019âme des choses.» Nous finissons par habiter un désert, meublé de déchets, brûlés par un soleil trop cru.Le nécessaire a expulsé l\u2019inutile.Le réel est ce qui est.Les choses sont ce quelles sont.Tautologie rassurante, mais mensongère.Tout est aussi tissé de rêves.De possibles.L\u2019inutile est plus que jamais nécessaire.Hélène Dorion nous le rappelle.Jean-Claude Ravet www.ftsr.ulaval.ca La spiritualité vous passionne?Des études théologiques, pastorales, bibliques, en éthique, en pastorale de la santé, en accompagnement spirituel, en sciences des religions.vous intéressent?Vous souhaitez entreprendre ou parfaire votre formation universitaire?Nous vous offrons de nombreux cours et programmes universitaires sur le campus, hors campus et en formation à distance.UNIVERSITÉ LAVAL Informez-vous dès maintenant! Faculté de théologie et de sciences religieuses (418) 656-3576 ftsr@ftsr.ulaval.ca FACl'LTE DE THEOLOGIE CT DF.SCIENCES RKI.ICIKl SES 42 ReLatiONS mars 2004 SoiRée ReLatioNs Haïti : comment sortir de la crise?L'espoir de changement qu\u2019incarnait le président Jean-Bertrand Aristide semble s\u2019être bel et bien évanoui.Haïti s\u2019enfonce dans une crise institutionnelle interminable, avec pour corollaire un embargo des bailleurs de fonds internationaux.La population, prise en otage par les guerres fratricides au sein du mouvement Lavalas, par la répression et par l\u2019impunité, se mobilise néanmoins pour exiger le départ du président Aristide.Quels sont les tenants et aboutissants de cette crise?Quel est le potentiel du mouvement démocratique qui émerge depuis quelques mois en Haïti?Quel rôle peuvent jouer le Canada, les institutions internationales et les groupes de solidarité québécois?Les invités (à confirmer) à la soirée et le public engageront un débat pour tenter de répondre à ces questions.Le lundi 29 mars 2004 de 19 h À 21 h 30 Au Centre justice et foi, 25, rue Jarry Ouest, Montréal (Métro Jarry ou de Castelnau) Renseignements : Claude Rioux (514) 387-2541 Contribution volontaire : 5 $ ReLatiONS société politique religion 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES 4,95 $ PLUS TAXES Oui, je désire un abonnement de______________an(s), au montant de________________$ NOM______________________________________________________________________________ ADRESSE__________________________________________________________________________ VILLE ___________________________________________________________________________ ABONNEZ-VOUS.CODE POSTAL TÉLÉPHONE (___________) Un an : 32 $ Deux ans : 56 $ À l'étranger (un an) : 40 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) par téléphone : (514) 387-2541 par télécopieur : (514) 387-0206 par courriel : relations@cjf.qc.ca par la poste : Relations a/s Mme Hélène Desmarais 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 Je désire également envoyer un abonnement de__________________an(s), au montant de_____________$ à la personne suivante : NOM____________________________________________________________________________________________ ADRESSE _______________________________________________________________________________________ VILLE _________________________________________________________________________________________ CODE POSTAL ______________________________ TÉLÉPHONE (________) _______________________________ Montant total :_______________$ Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU Visa ?Mastercard EE NUMÉRO DE LA CARTE ____________________________________________________________________________ EXPIRATION__________________________ SIGNATURE_________________________________________________ LE DEVOIR Abonnements : (514) 985-3355 1 800 463-7559 Présent sur toutes les scènes culturelles "]
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