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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1998-11, Collections de BAnQ.

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[" no 645 novembre 1998 Un jitôncfë en A lire aussi dans ce numéro: Paul Valcjdier sur le droit de parole en Église 977003437800011 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Anne-Marie Aitken ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Dominique Boisvert, Normand Breault, Céline Dubé, Joseph Giguère, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien : 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans l'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Les récents documents publiés par Rome sèment le désarroi.Qu\u2019en est-il de la liberté de parole dans l\u2019Église?Des observateurs chevronnés y décèlent un effet de fin de règne, où une Curie, empressée de consolider son pouvoir, profite de la faiblesse d\u2019un pape visiblement malade.En cette fin de siècle, la recherche de cohérence est au coeur de l\u2019expérience chrétienne.Les croyants vivent dans un monde où le débat démocratique va de soi.Ils attendent donc de l\u2019Église qu\u2019elle respecte la liberté de parole, dans la confrontation des opinions.Cela est d\u2019autant plus vrai que beaucoup de chrétiens et de chrétiennes vivent leur engagement pour la justice et la liberté dans la société civile, au nom même de leur foi.Devant l\u2019hésitation de l\u2019institution à accorder un poids réel et structurant à la DE LA PAROLE EN ÉGLISE parole des baptisés et la facilité avec laquelle elle pénalise des paroles créatrices et audacieuses, la dissonance s\u2019intensifie, parfois au point de démobiliser.Vatican II a affirmé sa confiance dans la capacité du peuple de Dieu à s\u2019approprier la parole de Dieu et à la rendre vivante.Dans un monde de plus en plus complexe, dire sa foi est un défi exigeant que chacun, à sa manière, doit relever.Or, les vingt dernières années ont été ponctuées par des prises de position romaines qui traduisent un net recul devant ce défi.Les plus pessimistes craignent le retour à la méfiance qui a caractérisé l\u2019époque préconciliaire, alors que de grands penseurs se voyaient obligés d\u2019oeuvrer dans l\u2019obscurité.L\u2019impossibilité d\u2019un tel retour s\u2019impose.À elle seule, l\u2019évolution des technologies de l\u2019information a rendu la censure inopérante.Sans doute aussi, est-il excessif de soupçonner une telle volonté.Adopter trop rapidement cette analyse risquerait seulement de conforter ceux qui pensent que la foi chrétienne et la pensée moderne sont incompatibles.Cependant, il n\u2019est pas exagéré de craindre que certaines personnes et organisations, nostalgiques des certitudes perdues, ne se servent des documents récents pour étouffer la pensée et mettre fin aux débats.Rassemblés par la parole de Dieu, l\u2019Église est une communauté de parole.L\u2019échange de récits, d\u2019expériences et de réflexions est constitutive de son existence dans l\u2019histoire.C\u2019est pour cela, diraient certains, que le Magistère doit prêter attention à la qualité de la parole échangée.Soit.Mais c\u2019est aussi pour cela qu\u2019il faut veiller aux abus de pouvoir.Au-delà du tort fait à des individus, l\u2019exercice arbitraire de l\u2019autorité nuit au bien commun du peuple de Dieu.Empêcher des tâtonnements, imposer hâtivement une fin aux discussions en cours, fuir les questions les plus difficiles, sont autant de façons d\u2019étriquer la foi des croyants.De surcroît, aux yeux de nos contemporains, cela priverait la parole chrétienne de crédibilité au moment où nos sociétés en ont gravement besoin.Carolyn Sharp 258 relations novembre 1998 face à l\u2019actualité avec André Beauchamp, Normand Breault, Céline Dubé et Claude Lacaille ALLONS-NOUS MODIFIER NOTRE FAÇON DE CONSOMMER?La spirale destructrice est en accélération.Le Jubilé nous rappelle qu\u2019un changement s\u2019impose.La surconsommation.Albert Jacquard est venu nous en parler récemment dans une conférence organisée par l\u2019ACEF de l\u2019Est.Le tout récent rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en fait son thème principal.Dans un cas comme dans l\u2019autre, on souligne que la surconsommation est dommageable à ceux et celles qui en sont «victimes» et encore plus à ceux et celles - et ils sont des milliards - qui sont privés de leur droit à une consommation minimale, une consommation de survie.Les uns polluent, souffrent d\u2019obésité, perdent le sens profond de leur vie (le pourcentage des habitants des USA se disant heureux a atteint son sommet en 1957, même si la consommation a plus que doublé depuis).Les autres sont privés de leur droit à une vie digne.L\u2019inégalité ne se retrouve pas uniquement entre le Nord et le Sud; elle se vit, dans des proportions différentes cer- tes, et dans le Nord où de plus en plus de gens se retrouvent exclus du marché du travail et donc de la capacité de vivre dans la dignité à côté d\u2019une poignée qui s\u2019enrichit, et dans le Sud, où la masse des indigents augmente, en nombre et en indigence, et côtoie des richesses scandaleuses.Jacquard nous dit: la terre peut nourrir plus de quinze milliards de personnes, mais pas plus d\u2019un milliard d\u2019occidentaux, à cause du niveau de surconsommation qui sévit chez eux.Or, nous sommes actuellement six milliards, en route vers les 9,5 milliards en 2050, dont huit dans les pays dits en développement.La question se pose: allons-nous vivre cette situation sans réagir?Ou allons-nous modifier notre façon de consommer pour que tout le monde puisse manger et vivre, tout en ménageant les ressources naturelles qui ne sont pas inépuisables?relations novembre 1998 259 face à l\u2019actualité De son côté, le rapport du PNUD pour 1998 affirme qu\u2019aujour-d\u2019hui la consommation mine les ressources environnementales et que la spirale destructrice consommation-pauvreté-inégalité-environnement est en accélération.Si cela continue à ce rythme, les problèmes de consommation et de développement vont encore empirer.Le changement s\u2019impose, il est possible.Bref, la consommation doit être partagée, socialement responsable et durable, c\u2019est-à-dire respectueuse des énergies renouvelables.Le sixième des terres arables de la planète - quelque deux milliards d\u2019hectares - est déjà dégradée, conséquence d\u2019une surexploitation touchant toute la planète, mais réalisée par et pour les gens du Nord.Cette terre d\u2019aujourd\u2019hui, mal redistribuée, maltraitée, renvoie les chrétiens à l\u2019attention toute spéciale que les prescriptions du Jubilé biblique accordaient à la terre de ce temps.À tous les 50 ans, en plus de remettre les dettes et de libérer les esclaves, les Hébreux étaient invités à laisser reposer la terre, pour lui permettre de se renouveler.Traduits en termes contemporains, cette invitation jubilaire nous appelle de façon pressante à nous assu- rer que la surconsommation vécue au détriment de la terre diminue très sérieusement et se convertisse en une consommation raisonnable, respectueuse des besoins de tous et des besoins de la nature elle-même, incapable de répondre plus longtemps à l\u2019exploitation effrénée qu\u2019on fait d\u2019elle.Et le rapport du PNUD de continuer: si le premier but à viser est de partager la consommation avec tous les hommes et femmes de la terre, le second - qui lui est semblable - est d\u2019adopter un style de consommation moins dommageable à l\u2019environnement, d\u2019accroître l\u2019efficience de notre utilisation des ressources et de régénérer les ressources renouvelables: l\u2019eau, la forêt, la terre, les poissons et autres richesses alimentaires de la mer.À l\u2019approche du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains, la tradition biblique du Jubilé retrouve une actualité toute nouvelle, rajeunie par l\u2019invitation pressante d\u2019un rapport percutant et par les sages propos d\u2019un intellectuel engagé dans le combat pour redonner toute leur place aux personnes, partout dans le monde.¦ Normand Breault LA DÉCENNIE DES ÉGLISES SOLIDAIRES DES FEMMES Pour clore cette décennie, consacrée aux femmes en Église, une grande rencontre oecuménique, à Guelph.Quelque six cent cinquante personnes ont participé au rassemblement Oser l\u2019espérancelDaring hope, à l\u2019Université de Guelph, du 26 au 30 août 1998.Des femmes et quelques hommes ont voulu souligner ainsi le travail effectué au Canada, d\u2019un océan à l\u2019autre, pour relever le défi de la pleine participation des femmes à la vie de la société et des Églises.L\u2019initiative du Conseil oecuménique des Églises, en 1988, visait à donner du pouvoir aux femmes, à valoriser les contributions des femmes par le partage des responsabilités au niveau de la direction et de la prise de décision, de la théologie et de la spiritualité.La Décennie donnait aussi de la visibilité aux perspectives et aux actions des femmes en faveur de la justice, de la paix et de l\u2019intégrité de la création, et invitait les Églises chrétiennes à se libérer du racisme, du sexisme et du classisme.Au Canada, la coordonnatrice nationale, Norah McMurtry, a souligné «trois aspects sur lesquels le travail mettait l\u2019accent: la théologie de libération féministe, l\u2019appel à être solidaire des personnes vivant en marge de la société et l\u2019appel à créer de nouveaux modèles de relation».Ce rassemblement a repris sensiblement ces accents, afin de célébrer les acquis et de pousser plus loin la réflexion.Plus d\u2019une soixantaine de séminaires et ateliers étaient offerts, en plus des plénières quotidiennes de trois heures en traduction simultanée.Tout a été mis en oeuvre pour assurer la communication entre anglophones et francophones, entre jeunes et moins jeunes, entre les composantes des diverses identités culturelles et reli- gieuses.Le tressage, à partir de tissus aux multiples couleurs, constituait la symbolique du travail à effectuer ensemble.La démarche de base de cette rencontre oecuménique adoptait une démarche de théologie féministe de libération.Lors des plénières, dans un premier temps, nous avons partagé nos histoires autour des tables rondes de huit personnes, après avoir entendu trois groupes: «créé-e-s pour la vie», «les grands-mères interculturelles unies» et le collectif de femmes de St.Columba House.Ces histoires de souffrances et de luttes pour contrer l\u2019appauvrissement et la violence, le racisme et le sexisme, ont quelque chose à voir avec l\u2019organisation de notre société et de nos Églises.Au cours de la deuxième journée, nous étions invitées, d\u2019une part, à faire les liens entre ces histoires vécues et les systèmes qui oppriment les femmes, comme le néo-libéralisme et le patriarcat.Aussi, avons- nous pu saisir comment toutes les formes d\u2019exclusion (racisme, classisme, sexisme, etc.) avaient une racine commune: la domination et le contrôle d\u2019un groupe sur l\u2019autre ou sur la planète.Ces histoires recélaient, d\u2019autre part, une vision différente de la société et de l\u2019Église, une façon de vivre autrement nos rapports dans la mutualité, le partage, la co-responsa-bilité et la solidarité, afin de faire surgir la vie en abondance pour tout le monde.Cette démarche aboutissait, dans un troisième temps, à la mobilisation pour l\u2019action concrète dans chacun de nos milieux.La Décennie se termine, comment allons-nous poursuivre le travail amorcé?Quatre théologiennes féministes de différents 260 relations novembre 1998 face à l\u2019actualité horizons ont su ramener les questions, stimuler les réflexions porteuses de sens.Toutes ces expressions verbales étaient soutenues par des artistes en musique et en arts visuels et s\u2019inséraient dans une grande célébration liturgique.Ces trois jours de colloque furent suivis d\u2019un festival où, sous les tentes aux ballons multicolores, les femmes animaient un atelier thématique, démontraient un savoir-faire créatif ou encore échangeaient entre femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs.C\u2019était une façon d\u2019ouvrir cet événement aux familles des environs de Guelph.Grande prise de parole sur la place publique, expression de la diversité culturelle et religieuse du Canada, cet événement s\u2019est vécu dans le leadership partagé, autant dans le déroulement de l\u2019activité que dans la préparation qui a duré deux années entières et qui impliquait vingt-deux membres dans le comité de planification.Énorme défi, pour une organisation monstre! Mais ça marche! Ce rassemblement pan-canadien se prolongera dans le Festival de la Décennie Visions au-delà de 1998, à Harare, au Zimbabwe, du 27 au 30 novembre prochain, juste avant l\u2019assem- blée générale du Conseil oecuménique des Eglises.Des déléguées canadiennes se joindront aux quelques centaines de femmes et hommes venus de partout dans le monde pour élaborer des stratégies en vue de perpétuer les visions et les actions de cette décennie oecuménique.Même s\u2019il reste bien de l\u2019ouverture à faire dans chacune des Églises pour que les femmes prennent la place qui leur revient à côté des hommes, la Décennie des Églises solidaires des femmes (1988-1998) aura légitimé l\u2019expression de la parole des femmes, favorisé un espace d\u2019expérimentation de nouveaux modèles de leadership et de rapports entre hommes et femmes, fait éclater à la conscience des individus et des collectivités la réalité de la diversité.Celle-ci est source d\u2019enrichissement quand, au nom de l\u2019Évangile, tout humain est reconnu dans sa dignité et dans son appel à la vie en communion avec des frères et des soeurs en Christ.¦ Céline Dubé permanente au Réseau oecuménique des femmes du Québec LA MÉMOIRE DE NOVEMBRE Le traditionnel mois des morts nous force à nous reposer quelques questions sur la mort.La riche symbolique de l\u2019automne, à la fois splendeur et dépouillement, nous renvoie fatalement à l\u2019idée de la mort.Sur ce point, les fêtes chrétiennes de la Toussaint et des morts (1er et 2 novembre) ont relayé, en les christianisant, des fêtes païennes rappelant le souvenir des morts.On festoyait volontiers dans les cimetières romains et certains traits de l\u2019Halloween gardent encore la trace de pratiques païennes ancestrales.Pour notre part, si nous avons délaissé les fastes et les terreurs du Dies Irae, nous n\u2019avons pas pour autant effacé la mort elle-même, ni sa marque inscrite dans le cycle de la nature: automne, vieillissement, déclin, mort.Il est facile de remarquer l\u2019effacement de la mort pratiqué par notre société.Les rites funéraires s\u2019appauvrissent et s\u2019euphémi-sent, c\u2019est bien connu.La présence au salon funéraire, de trois jours entiers, passe à un ou deux soirs.L\u2019embaumement et l\u2019exposition du corps choquent les sensibilités.On aimerait mieux ne pas voir, ne pas constater, ne pas savoir.Les funérailles à l\u2019église cèdent la place à une courte liturgie de la Parole dans la chapelle funéraire.Le deuil d\u2019ailleurs ne se porte plus du tout.Et le banquet funéraire se résume en sandwichs et en salades, dans une salle anonyme.Cet effacement de la mort n\u2019est pas total loin de là.Ce qu\u2019on voit mourir de gens au cinéma, à la télévision! Cue dire du macabre dans les nouvelles et de l\u2019utilisation de la mort dans les journaux à potins.Mais, au niveau des rituels et de la célébration religieuse et profane de la mort des proches, il est légitime de parler d\u2019un effacement, d\u2019un oubli entretenu.Ce n\u2019est pas un simple hasard, une modeste conjoncture, mais plus profondément une décision de ne pas voir.Cela me rappelle une analyse de Freud sur les pratiques du deuil.Freud s\u2019étonne de l\u2019austérité des pratiques de deuil de son époque.Je me rappelle, quand ma propre mère est morte en 1949, que mes soeurs ont porté un an de grand deuil (en noir) et six mois de demi-deuil (noir et violet).J\u2019ai moi-même porté ma boucle noire tout ce temps et plus encore, car, entre-temps, ma grand-mère est décédée et le deuil s\u2019est prolongé.Le piano à la maison fut longtemps confiné au silence.Ouand il évoque ces pratiques, Freud laisse entendre que l\u2019endeuillé en fait trop.Ouand un être cher meurt, nous avons de la souffrance mais aussi de la joie, de la douleur mais aussi un sentiment de libération.Car envers toute personne, surtout si elle est proche, nous vivons à la fois de l\u2019amour et de la haine, de l\u2019attirance et de la répulsion, de l\u2019amitié et de la rivalité.Freud interprétait l\u2019extravagance du deuil à une stratégie pour nier la part des satisfactions inconscientes de la disparition de l\u2019autre.J\u2019aurais tendance à reprendre l\u2019analyse freudienne à contresens.Notre indifférence actuelle à l\u2019égard de nos morts correspond probablement à une négation de la douleur que nous inspire leur départ.Nous ne voulons pas pleurer.Nous ne voulons pas garder longtemps la trace du défunt, car nous n\u2019admettons pas de dire à quel point son départ nous afflige et nous fait souffrir.Dans la société individualiste, il est déraisonnable d\u2019aimer, de s\u2019attacher, de souffrir.C\u2019est pourquoi la mort, en tant que départ radical, est niée, oubliée, occultée.Le souvenir du mort est effacé le plus rapidement possible.Pourtant, la question demeure.Où donc l\u2019autre s\u2019en est-il allé?S\u2019est-il dissous dans le cosmos au gré des vapeurs de l\u2019incinération ou de la dispersion des cendres dans l\u2019eau?Est-il simplement effacé, ne laissant de lui qu\u2019un souvenir éphémère?Y a-t-il un autre port pour le cercueil naviguant sur le fleuve de la mort?Ainsi pensaient les grecs qui donnaient au dieu Charon une piécette pour le prix du voyage.Quels sont donc les liens en- relations novembre 1998 261 face à l\u2019actualité tre les gens de ce temps et ceux d\u2019autrefois, entre l\u2019ici-bas et l\u2019au-delà, entre le monde des morts et la société des vivants?Qu\u2019avons-nous en commun au-delà de nos amours et de nos haines anciennes?Partageons-nous une commune espérance?Novembre nous force à nous reposer ces questions.La symbolique chrétienne de la mort-résurrection n\u2019est pas sans piège ni ambiguïté.Mais elle affirme la commune solidarité des vivants et des morts, grâce à la prière des vivants pour les morts et à l\u2019intercession des morts pour les vivants.Plus encore, elle entrevoit l\u2019affirmation de la vie par-delà la mort.Ni tout à fait la même vie (la résurrection n\u2019est pas réincarnation) ni une vie totalement autre qui abolirait l\u2019ancienne (c\u2019est pourquoi on dit résurrection des corps, car le corps est le lieu de réalisation de la personne), la foi en la résurrection ne s\u2019appuie ni sur la biologie ni sur la spiritualité de l\u2019âme.Elle repose sur la considération du corps du Christ qui est le temple par excellence de nos demeures ici-bas et au-delà.Corps du Christ ressuscité, corps eucharistique, corps mystique de la communauté ecclésiale et du service aux plus pauvres.Nous qui cherchons si désespérément à oublier nos morts et la mort, novembre nous permettra-t-il de redécouvrir la mémoire de Dieu?¦ André Beauchamp LE GUATEMALA EN CHANTIER POUR LA PAIX Pour ce pays qui essaie d\u2019émerger de 36 ans de guerre, ia solidarité internationale est essentielle.Le Guatemala essaie courageusement d\u2019émerger de 36 ans de guerre.Le 29 décembre 1996, le gouvernement de la République et l\u2019Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG) signaient un «Accord pour une paix solide et durable» (Accords de paix).Qu\u2019en est-il du processus de paix après bientôt deux ans?La fin de la guerre est un immense soulagement pour le peuple.L\u2019État, qui menait une politique terroriste durant les trois dernières décennies, a mis fin aux massacres, aux politiques de terre brûlée, aux assassinats collectifs ou sélectifs des opposants.L\u2019armée, qui dirigeait le pays depuis 1954, a vu ses troupes réduites.La guérilla a rendu les armes et ses membres se sont réintégrés à la vie civile.L\u2019Unité révolutionnaire, qui coordonnait la guérilla, se transforme en parti politique d\u2019opposition en toute légalité.Présentement, vingt Commissions intégrées par des membres de la société civile et du gouvernement cherchent des solutions aux problématiques complexes.On observe une ouverture politique réelle.Mais, lorsqu\u2019une délégation québécoise de solidarité1 a été reçue par 36 groupes de la société civile, nous avons constaté que le processus de paix piétine dangereusement et que le gouvernement tend à négliger les réformes auxquelles il a souscrit dans les accords de paix.Tous les gens visités nous ont exprimé l\u2019urgence de certains changements.Il faut remettre l\u2019armée à sa place, à la défense des frontières, et confier la sécurité interne à une police nationale formée dans une culture démocratique.La lumière doit être projetée sur les horreurs de la guerre (150 000 morts et 50 000 disparus) et les criminels doivent être jugés.Mgr Juan Gerardi de la Commission pour la récupération de la mémoire historique, affirmait au printemps que 89% des massacres avaient été exécutés par l\u2019armée guatémaltèque.Deux jours après la présentation de son rapport, l\u2019évêque était assassiné.En juillet le bureau des droits humains de l\u2019Archevêché dénonçait le fait que deux militaires étaient impliqués dans le crime, dont un membre de la sécurité du président Arzu! Il est impératif de fortifier l\u2019État de droit et faire en sorte que celui-ci puisse assurer la sécurité de la population et le respect des droits humains.Il est aussi urgent de réformer la Constitution et de procéder à «la construction d\u2019une nation d\u2019unité nationale constituée de plusieurs ethnies, cultures et langues» (Accords de paix).Cela exige des lois qui reconnaissent les droits politiques, culturels, économiques et spirituels des vingt-quatre peuples du Guatemala.Ce défi est de taille, puisque les Mayas, qui forment 70% de la population, n\u2019ont jamais eu accès à l\u2019éducation, à la justice, à la propriété de la terre.Les grandes compagnies de bananes et les grandes familles de propriétaires terriens accaparent des superficies énormes, dans un pays où la grande majorité n\u2019a d\u2019autres moyens de subsistance que l\u2019agriculture.La racine de la guerre se trouve dans un modèle de développement qui a toujours favorisé les immensément riches au détriment de la masse paysanne dépossédée.Qui plus est, il n\u2019y a aucun impôt sur le revenu ni sur les propriétés, de sorte que les riches ne contribuent en rien au développement du pays.Une réforme fiscale draconienne est incontournable pour doter l\u2019État des fonds nécessaires à ses responsabilités sociales.Il n\u2019y aura jamais de paix solide et durable sans un développement basé sur «la justice sociale comme pilier de l\u2019unité et la solidarité nationales».C\u2019est là que les accords piétinent, freinés par la droite et les secteurs militaires les plus durs.La solidarité internationale est essentielle, en ce moment critique, pour permettre à ces promesses de ne pas avorter avant d\u2019avoir produit des fruits durables de justice et de paix.C\u2019est la volonté ferme de toute la société civile.¦ Claude Lacaille, pmé Comité de solidarité Tiers Monde de Trois-Rivières 1.À la fin de juin, le Réseau québécois de solidarité avec le Guatemala envoyait une délégation multisectorielle de seize membres, représentant différents secteurs: syndicats, femmes, autochtones, juristes, Église, droits humains, solidarité internationale.262 relations novembre 1998 iff.dossier dossier LES RÉFUGIÉS par Élisabeth Garant1 Alors que plus de 3% de la population mondiale (170 millions) vit «à l\u2019étranger» et qu\u2019au moins 30 millions de personnes vivent «ailleurs» à l\u2019intérieur des frontières de leur pays, certains affirment que «comprendre le phénomène migratoire constitue un des défis les plus pressants de cette fin de siècle».Relations le rappelait en avril 1997, en proposant un premier dossier sur les migrations internationales.Nous avions alors effectué un survol historique et géographique de la situation et traité des mouvements de population du point de vue du Sud, en abordant plus particulièrement l\u2019urbanisation et les travailleurs migrants en Asie.Mais nous avions peu abordé les migrations sous l\u2019angle des déplacements forcés, qui touchent environ 50 millions de personnes.C\u2019est à cet apport complémentaire qu\u2019est consacré le deuxième volet d\u2019un monde en migration.Ce dossier nous paraît important, alors qu\u2019il est régulièrement question des réfugiés dans les médias.Un discours qui parle trop souvent de «faux-réfugiés», de personnes venant profiter de nos «généreux» programmes sociaux, des coûts qu\u2019ils représentent pour les contribuables, d\u2019abus, d\u2019illégalité.Des articles qui stigmatisent souvent les réfugiés en engendrant de la confusion chez les lecteurs, tant par les erreurs que par les informations partielles qu\u2019ils contiennent.Ce dossier est d\u2019autant plus pertinent que le gouvernement fédéral a entrepris, depuis 1997, la révision de sa législation sur l\u2019immigration et devrait déposer un projet de loi dans les prochains mois.Le système actuel, en vigueur depuis vingt ans et ayant déjà subi une trentaine de modifications, a perdu l\u2019appui de la population et ne répond plus adéquatement aux nouvelles réalités des migrations internationales.En mars dernier, la ministre Lucienne Robillard soumettait à une consultation restreinte le rapport d\u2019un groupe consultatif externe proposant une réforme globale du système actuel.Mais cette première étape doit être suivie d\u2019un débat plus large sur les orienta- tions que veut donner le gouvernement à l\u2019immigration ainsi qu\u2019à son régime de protection des réfugiés.Rares sont les articles qui fournissent les informations nécessaires à la compréhension de la situation, qui mettent en lumière les enjeux et les choix qu\u2019il faudra faire pour mettre en place un système juste et efficace.Le présent dossier essaie d\u2019offrir à nos lecteurs et lectrices les informations de base permettant une réception critique des nouvelles transmises par les médias.Nous espérons que ce dossier permettra à tous de participer au débat public à venir sur l\u2019importante question de la protection des réfugiés, au Canada et dans le monde.Mais nous espérons surtout qu\u2019il sera pour tous un outil de vulgarisation, permettant de participer au débat public à venir sur l\u2019importante question de la protection des réfugiés, au Canada et dans le monde.L\u2019article de Philippe Tremblay trace d\u2019abord un portrait international, pour mieux saisir l\u2019évolution récente des chiffres, des pays sources et des causes des mouvements de réfugiés.Il permet de situer le Canada dans le contexte international et d\u2019évaluer, de façon plus réaliste, la contribution canadienne actuelle à la protection des réfugiés.La comparaison des chiffres et le rappel de notre situation géographique par rapport aux sources de réfugiés permettent d\u2019atténuer l\u2019impression «d\u2019envahissement par les réfugiés» laissée par les médias.Il faut aussi comprendre que la «générosité» canadienne, symbolisée par la médaille Nansen reçue du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) en 1986, de- meure un acquis fragile, de plus en plus victime des nombreuses mesures de contrôle pour réduire l\u2019accès au sol canadien.Une grande part de la protection relève de la communauté internationale dans son ensemble, des institutions et des instruments juridiques dont elle s\u2019est dotée au cours de l\u2019histoire récente.Le HCR, l\u2019instance principale de protection internationale, a vu son mandat et ses moyens se modifier largement en réponse à l\u2019évolution et à la complexification du mouvement des réfugiés.François Crépeau nous présente les principaux enjeux et les nouveaux débats en cours sur le mandat, les moyens et les missions confiées à cette institution: une réflexion essentielle, si l\u2019on considère qu\u2019une part considérable des solutions nouvelles au problème des réfugiés passe par une plus grande concertation et implication de la communauté internationale.L\u2019élaboration d\u2019une position cohérente sur cette question des réfugiés se heurte cependant, chez nous comme au plan international, à de nombreuses difficultés.Dominique Boisvert nous aide à identifier, au coeur de cette complexité, les choix que nous aurons à faire.Il les replace dans un ensemble de préoccupations dont nous devrons tenir compte dans toute réflexion collective au Canada et au Québec.Il n\u2019y a malheureusement pas de solution parfaite en matière de protection des réfugiés mais plutôt des choix difficiles entre des solutions comportant toutes des inconvénients.Ce dernier article pose les conditions auxquelles devra minimalement répondre tout nouveau régime de protection.Il invite à l\u2019innovation et à la créativité pour assurer la protection du plus grand nombre.Et, pour y parvenir, un nouveau leadership doit s\u2019exercer dans la communauté internationale: un rôle que le Canada, mais aussi le Québec, devrait jouer.Nous espérons que ce dossier vous permettra de comprendre les efforts en ce sens et de les appuyer.¦ 1.Directrice du Secteur des communautés culturelles, au Centre justice et foi.264 relations novembre 1998 ipMgrr >L& ik' ' ' De tout temps, des individus ou des communautés entières ont dû fuir leur chez-soi pour échapper à un pouvoir hostile.Ce drame de l\u2019exil reste d\u2019une brûlante actualité.On estime que plus de 50 millions de personnes - soit un habitant de la planète sur 120 - vivent à l\u2019extérieur de leur foyer parce qu\u2019elles en ont été chassées! Les causes justifiant ces déplacements forcés sont multiples.Comme par le passé, la guerre constitue une cause majeure d\u2019exil.À ce titre, les années 90 se distinguent par un foisonnement de conflits intercommunautaires, dont plusieurs couvaient depuis plusieurs décennies, contenus par un pouvoir autoritaire.L\u2019effet com- 1.Avocat, collaborateur au sein du Groupe de travail sur les réfugiés, ancien officier de protection du HCR au Rwanda.biné de l\u2019effondrement des pouvoirs centraux, de la faillite économique et de la canalisation de la colère du peuple par des leaders qui n\u2019hésitent pas à se servir du ressentiment des groupes ethniques ou religieux, mena à l\u2019exode de larges pans de la population civile.Contrairement à ce qui se passait dans les guerres régionales caractéristiques de la guerre froide, les groupes armés ciblent de plus en plus aujourd\u2019hui la population civile appartenant au groupe rival, tout autant que les combattants armés.La privation de citoyenneté génère aussi des réfugiés.Elle vient de l\u2019éclatement des États fédérés et de l\u2019apparition de nouvelles entités sur la scène internationale, notamment en Europe de l\u2019Est.Ainsi, dans les États baltes, souverains depuis le début de la décennie et dotés tous trois d\u2019importantes minorités russophones (10% en Lituanie, 29% en Estonie et 33% en Lettonie), la promulgation de nouvelles lois sur la nationalité a eu pour effet de faire de la communauté russe des citoyens de seconde zone.En niant aux russophones l\u2019accès automatique à la citoyenneté, malgré leur long enracinement sur le territoire balte, et en subordonnant son acquisition à la réussite d\u2019un examen linguistique, les gouvernements baltes ont fait de ces gens des apatrides qui ne bénéficient de la protection effective d\u2019aucun État.Devenus des étran- relations novembre 1998 265 Photo: Paul Chiasson/CANAPRESSE dossier gers dans leur propre pays sans avoir la possibilité de recourir au système judiciaire pour faire valoir les droits dont ils ont été déchus, plusieurs choisissent l\u2019exil.Dans certains États, la fuite de plusieurs milliers de civils fut motivée par le caractère hautement répressif du régime en place (ex.: Birmanie), par l\u2019opiniâtreté avec laquelle les gouvernants pourchassent les groupes et les individus identifiés comme sympathisants de l\u2019opposition (ex.: Nigé-ria), ou par la dérive mafieuse de l\u2019appareil étatique (ex.: Albanie).Cette déliquescence du pouvoir public, qui dégénère souvent en guerre civile et en lutte de clans, peut être à l\u2019origine de mouvements de population considérables lorsque les civils se sentent pris en otage.Le précédent somalien en témoigne.On insère parfois, parmi les causes d\u2019exil, la dégradation environnementale planifiée.L\u2019atteinte à l\u2019équilibre des écosystèmes ne saurait constituer une «crainte raisonnable de persécution», selon la Convention relative au statut de réfugié (Convention de Genève).Cependant, la question se pose lorsque des projets de développement à grande échelle - entrepris ou cautionnés par le pouvoir central - impliquent le déplacement massif de groupes ethniques minoritaires, visent à les intimider et à nuire à leur développement.Cette dimension environnementale est généralement doublée d\u2019une persécution politique plus «classique».La réponse musclée de Mexico à la lutte des Zapatistes pour une exploitation des ressources naturelles respectueuse de l\u2019environnement et de la culture autochtone constitue une vibrante illustration de ce type de persécution.Quelques termes essentiels -\tRéfugié: a) en droit international, est un réfugié au sens de la Convention de Genève «toute personne qui, se trouvant hors de son pays, ne peut ou ne veut y retourner parce qu\u2019elle craint avec raison d\u2019y être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un certain groupe social»; b) dans le langage courant, ce terme recouvre aussi les millions de personnes qui ont été forcées de fuir leur pays pour d\u2019autres raisons (guerres civiles, cataclysmes naturels, famines, etc.) et qui s\u2019entassent dans des camps «temporaires» dans les pays limitrophes.-\tPersonnes déplacées (ou Internally Displaced Persons, IDP): personnes qui ont été forcées de fuir leur région d\u2019origine pour s\u2019installer «temporairement» ailleurs dans leur propre pays; ce sont des «réfugiés dans leur propre pays» qui, à ce titre, ne peuvent le plus souvent pas profiter des protections internationales accordées aux réfugiés qui ont quitté leur pays.-\tRevendicateur de statut (ou demandeur d\u2019asile): personne qui se trouve dans un pays étranger et qui y demande d\u2019être reconnue comme réfugiée au sens de la Convention.-\tParrainage: mécanisme par lequel des personnes réfugiées dans des camps, à l\u2019étranger, obtiennent l\u2019autorisation de venir s\u2019établir en permanence au Canada, en échange de «garanties financières» plus ou moins longues, offertes soit par le gouvernement, soit par des membres de leur famille ou par des groupes de citoyens.-\tConvention de Genève: principale source du droit international des réfugiés, adoptée en juillet 1951 et légèrement modifiée par le Protocole de New York, de 1967.-\tHaut Commissariat pour les Réfugiés (HCR): organisme des Nations Unies créé en décembre 1950 afin d\u2019assurer la protection des réfugiés dans le monde (à l\u2019exception des réfugiés Palestiniens qui dépendent d\u2019un organisme distinct).-\tCommission de l\u2019immigration et du statut de réfugié (CISR): tribunal quasi judiciaire canadien chargé d\u2019étudier et de décider des revendications de statut de réfugié.L\u2019Occident assiégé?Le phénomène de l\u2019exil est donc multiforme.Il suscite l\u2019inquiétude des gouvernements occidentaux, qui craignent d\u2019en subir le contrecoup.On parle de plus en plus du resserrement des frontières des pays industrialisés et de leurs stratégies concertées en vue de contenir les demandeurs d\u2019asile sur leur périphérie.Cette tendance s\u2019est d\u2019abord manifestée en Europe de l\u2019Ouest, avant d\u2019atteindre l\u2019Océanie et, dans une moindre mesure, l\u2019Amérique du Nord.En effet, entre 1985 et 1992, le nombre de revendicateurs du statut de réfugié pénétrant annuellement sur le territoire de l\u2019Union européenne (et de la Suisse) a plus que quadruplé, passant de 168 879 à 692 0162.Cette augmentation fulgurante s\u2019explique par divers facteurs, dont le plus important est certainement la proximité géographique.L\u2019effondrement des régimes communistes et l\u2019éclatement de la guerre en Yougoslavie les ayant poussé à prendre la Le phénomène de l\u2019exil est multiforme.Il suscite l\u2019inquiétude des gouvernements occidentaux, qui craignent d\u2019en subir le contrecoup.fuite, des millions d\u2019individus se sont tournés tout naturellement vers l\u2019Europe occidentale, pôle d\u2019attraction le plus proche d\u2019eux.La présence, dans ces États, de concitoyens immigrés depuis plusieurs années, susceptibles de fournir une assistance aux demandeurs d\u2019asile fraîchement arrivés a encouragé la venue de plusieurs.Voilà ce qui explique que l\u2019Allemagne, à la fois moteur économique de l\u2019Europe et voisine de l\u2019ancien Bloc de l\u2019Est, soit le pays européen qui eut à surmonter le pari le plus difficile en matière de gestion des flux migratoires.Pendant la seule année 1992, 438 191 revendicateurs du statut de réfugié ont foulé son sol, soit près des deux tiers de tous les demandeurs d\u2019asile en Europe.La situation s\u2019est résorbée depuis, mais l\u2019Allemagne reçoit toujours 5 fois plus de demandeurs d\u2019asile que le Canada, alors que 266 relations novembre 1998 Des réfugiés, en provenance de Bosnie-Herzégovine, en route vers la Serbie.La guerre les a conduits à prendre la fuite.Pour combien de temps ?; J.U., %, ï l - m sa population n\u2019est que 2,5 fois supérieure à celle de notre pays.Même si les données allemandes ont décru de façon spectaculaire en chiffres absolus (322 600 demandeurs d\u2019asile en 1993, 127 200 en 1994 et 116 400 en 1996), elles demeurent cependant supérieures aux statistiques canadiennes (37 720 en 1992, 22 160 en 1994 et 26 040 en 1996).À peine 212 000 des 2 400 000 demandeurs d\u2019asile en Europe ayant déposé leur dossier entre 1991 et 1995 se sont vus reconnaître le statut de réfugié par les diverses instances administratives européennes chargées de l\u2019examen de leur dossier.Si l\u2019on ajoute à ces 9% de réfugiés acceptés 10% de réfugiés autorisés à rester pour des motifs humanitaires, cela signifie que moins 2.H.Fassmann, «Réfugiés et demandeurs d\u2019asile en Europe», Hommes & Migrations/Hommes & Libertés, Paris, mai-juin 1996, p.43.de 20% des demandeurs d\u2019asile d\u2019Europe ont des raisons valables de ne pas vouloir rentrer dans leurs pays, que tous les autres se trompent ou mentent lorsqu\u2019ils affirment Le statut de réfugié n\u2019est plus reconnu chez nous de façon aussi libérale qu\u2019autrefois: le taux de reconnaissance par la CIS R est passé de 89% en 1989, à 55% en 1993, et 38%o en 1997.«craindre d\u2019être persécutés» si jamais on les renvoie chez eux.Il s\u2019agit d\u2019un renversement de tendance spectaculaire.En France, le taux de recon- relations novembre 1998 naissance était de 78% en 1981, il n\u2019était plus que de 16,3% en 1995.Ce phénomène est également perceptible en Grande-Bretagne, où 85% des demandes d\u2019asile étaient jugées fondées en 1990 et 20% à peine en 1996.Jusqu\u2019à la Norvège, pays pourtant réputé progressiste sur le plan de l\u2019aide internationale, où en 1996 seulement 0,3% des demandeurs d\u2019asile (6 sur 1780) ont été reconnus réfugiés au sens de la Convention! Avec le taux de reconnaissance le plus élevé du monde, le Canada fait figure de modèle auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).Cela ne veut pas dire pour autant que les autorités canadiennes n\u2019adoptent pas l\u2019approche restrictive généralisée en Europe.En effet, si les proportions ne sont pas comparables avec celles de l\u2019Europe, le statut de réfugié n\u2019est plus reconnu chez nous de façon aussi libérale qu\u2019autrefois: le taux de reconnaissance par la CISR est 267 dossier passé de 89% en 1989, à 55% en 1993, et 38% en 1997.Contrairement à ce qui se produit en Europe, on remarque chez nous une plus grande diversité en ce qui a trait à la provenance des demandeurs d\u2019asile* * 3.Cela s\u2019explique facilement par l\u2019éloignement du Canada: que l\u2019on vienne de la Colombie, de l\u2019Iran ou de l\u2019Indonésie, il faut être animé d\u2019une certaine détermination pour espérer gagner le territoire canadien.Le débat entourant le nombre de demandeurs d\u2019asile qui frappent à nos portes occulte toutefois une dimension distincte, mais tout aussi fondamentale, de la politique humanitaire canadienne.À l\u2019instar de quelques pays européens et des États-Unis, le Canada mène depuis plusieurs années une politique dite de «parrainage».Jusqu\u2019à concurrence d\u2019un certain quota proposé par le ministère fédéral de l\u2019Immigration, les représentants du Canada à l\u2019étranger ont le pouvoir de sélectionner, là où vivent dans le dénuement le plus complet de larges populations de réfugiés, des contingents d\u2019individus qu\u2019il fera venir au pays à ses propres frais.Parallèlement à cette initiative gouvernementale, il existe un programme de parrainage privé.Cependant, le nombre de parrainages privés a dégringolé (21 630 en 1989, 9000 en 1992 et environ 3000 depuis 19944) car les offres soumises sont sujettes à l\u2019approbation du gouvernement fédéral, ce qui implique des délais considérables et des rejets en bout de ligne.Le nombre de réfugiés parrainés dépasse généralement le nombre de revendicateurs du statut de réfugié dont la demande a été accueillie par la CISR.Parce que le gouvernement juge que les étrangers parrainés répondent à la définition du réfugié, ceux-ci se font octroyer d\u2019office la résidence permanente.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1994, à peine 44,8% des réfugiés reçus au pays l\u2019ont été après avoir traversé le processus de détermination interne.Il arrive également que, de façon ponctuelle, le gouvernement canadien accepte d\u2019accueillir certains réfugiés qui se trouvent déjà à l\u2019extérieur de leur pays d\u2019origine, mais dont la sécurité ne peut être assurée là où ils sont.On parlera alors d\u2019un cas de «réinstallation».En général, ces dossiers délicats sont d\u2019abord pris en charge par le HCR, puis relayés pour examen aux États occidentaux réputés les plus favorables à la cause des réfugiés.Si la population réfugiée en Amérique du Nord n\u2019est nullement comparable à celle de l\u2019Europe occidentale, l\u2019écart qui sépare les deux continents s\u2019amenuise, les États-Unis recevant, bon an mal an, au- delà de 120 000 demandeurs d\u2019asile.Ce nombre ne représente toutefois qu\u2019une infime proportion des réfugiés disséminés à travers le monde.Les données disponibles donnent le vertige.Après avoir explosé au début des années 90 - passant de 23 millions à 27,4 millions d\u2019individus pendant la seule année 1994-, le nombre de personnes relevant de la compétence du HCR a diminué pour la première fois en 1996 et s\u2019établit en 1997 à 22,7 millions5.Parmi ces gens, quelque 8 millions se trouvent en Afrique et l\u2019on peut évaluer à environ 6 millions les réfugiés au Moyen-Orient, éparpillés dans différents camps gérés par le HCR et diverses organisations non gouvernementales.Le Pakistan et l\u2019Iran abritent à eux seuls 3,2 millions d\u2019Afghans depuis plusieurs années.Sur le continent africain, certains Depuis quelques années, le nombre d\u2019individus forcés de quitter leur domicile mais demeurant sur le territoire de leur État d\u2019origine, surpasse celui des réfugiés au sens classique du terme.contingents particulièrement imposants donnent une idée de l\u2019ampleur du problème.Par exemple, on recense 250 000 Sierra Léonais et 420 000 Libériens en Guinée, un des pays les plus pauvres de la planète.Dans un pays où le chômage est important, le gouvernement tient à ce que les réfugiés vivent en ségrégation et ne fassent pas concurrence à la population locale pour subvenir à leurs besoins.Il revient alors au HCR et aux pays bailleurs de fonds d\u2019assumer les coûts associés à la gestion des camps.La situation est encore plus aiguë en 3.\tOCDE, Système d\u2019observation permanente des migrations internationales (SOPEMI), « Tendances des migrations internationales; rapport annuel 1994», Paris, 1995, p.78.4.\tUnited States Committee for Refugees, Annual Report-1997, Washington DC, p.187.5.\tHCR, Les réfugiés dans le monde.Les per- 268 relations novembre 1998 Afrique centrale, où l\u2019on retrouve notamment des Burundais en Tanzanie, des Rwandais, des Ougandais, des Angolais et des Soudanais dans l\u2019ex-Zaïre, des ex-Zaïrois et des Burundais au Rwanda, des Soudanais en Ouganda et des Érythréens au Soudan! Ce dernier pays, théâtre d\u2019une guerre civile depuis plus de 20 ans et entouré de voisins à la situation tout aussi instable, accueille et produit des milliers de réfugiés.Entre les mailles du filet Suivant les termes de la Convention de Genève, l\u2019exilé doit nécessairement se trouver dans un État étranger au sien pour se voir reconnaître le statut de réfugié.C\u2019est la dimension transfrontalière de la fuite qui donne ouverture à une certaine forme de protection internationale.Or, la réalité contemporaine est beaucoup plus complexe.Depuis quelques années, le nombre d\u2019individus forcés de quitter leur domicile, mais demeurant sur le territoire de leur État d\u2019origine, surpasse celui des réfugiés au sens classique du terme.Ils seraient aujourd\u2019hui de 30 millions.Pas moins de 34 pays comptent une population de déplacés internes et, encore une fois, l\u2019Afrique se taille la part du lion avec 16 millions d\u2019entre eux (6 millions en Asie, 5 millions en Europe et 3 millions dans les Amériques).Même si ces données surprennent par leur ampleur, elles sont certainement bien en deçà de la situation véritable.Parce qu\u2019ils sont toujours susceptibles d\u2019être ciblés par leur État, les déplacés internes cherchent à conserver l\u2019anonymat.Bien souvent, ils se fondent dans la masse des déshérités peuplant les bidonvilles des capitales, où vit peut-être un parent ou un ami originaire de leur région.Comme il n\u2019est aucunement fait mention des déplacés internes dans les textes internationaux, le HCR ne dispose d\u2019aucune assise juridique qui justifie sa prise en charge.Afin de ne pas créer une trop grande disparité entre les réfugiés «classiques» et sonnes déplacées: l\u2019urgence humanitaire, Paris, La Découverte, 1994, 217 p.6.\tLe problème des réfugiés palestiniens, surgi à l\u2019occasion de la création de l\u2019État d\u2019Israël en 1948, a toujours été traité par l\u2019ONU et la communauté internationale comme une question à part.Les réfugiés palestiniens ne relèvent pas du HCR mais de UNRWA. ces déplacés internes, le HCR a toutefois tenté de négocier avec certains pays une assistance à ces derniers.Des États, comme le Sierra Leone, ont accepté l\u2019offre, ce qui explique que le HCR vient en aide au 1,5 million de déplacés que compte ce pays.On ne peut malheureusement pas en dire autant des quelque 900 000 Colombiens traqués par l\u2019armée, les groupes paramilitaires et les groupes de guérilla.Pourquoi ces individus ne quittent-ils pas leur pays?Les individus poussés à la fuite vers un État limitrophe n\u2019ont pas toujours les capacités physiques ou les ressources financières nécessaires pour entreprendre une telle odyssée.qui peut impliquer la traversée d\u2019une chaîne de montagnes ou le contournement d\u2019opérations de ratissage menées, près des frontières, par les forces gouvernementales ou les groupes d\u2019opposition.Il arrive également que les États voisins bloquent l\u2019accès à leur territoire, pour éviter d\u2019être aux prises avec un contingent massif de réfugiés.Dans la foulée de la mmÊiÊÊiiÊÊm^mÊÊÊÊÊÊÊÊmmimmÊÊÊÊÊÊÊmmiiÊ^ Nous sommes aujourd\u2019hui à des années-lumière du contexte ayant mené à la création du HCR et à l\u2019adoption de la Convention de Genève, en 1951.Guerre du Golfe, la Turquie voulut à tout prix empêcher l\u2019arrivée de réfugiés kurdes irakiens susceptibles de renforcer l\u2019opposi- tion armée qu\u2019elle combattait alors.Au mépris de l\u2019obligation de non-refoulement imposée aux États qui, comme elle, sont parties à la Convention de Genève, la Turquie a massé son armée sur sa frontière avec l\u2019Irak et a sereinement observé des milliers de Kurdes se faire massacrer par les troupes de Saddam Hussein.En de telles conditions, l\u2019exil interne devient la seule issue.Ces exemples indiquent à quel point nous sommes aujourd\u2019hui à des années-lumière du contexte ayant mené à la création du HCR et à l\u2019adoption de la Convention de Genève, en 1951.À cette époque, la communauté internationale s\u2019entendait sur la nécessité d\u2019accorder une protection au million de réfugiés déplacés, suite à la Seconde Guerre mondiale.Il s\u2019agissait alors de trouver une réponse à un problème européen bien circonscrit6.Les trente années qui suivirent ne bousculèrent pas véritable- Un groupe de réfugiés reviennent au Sri-Lanka.C'est en Inde qu'ils avaient trouvé asile, en1990.PHOTOGRAPHY 0F THF \u2022ras :îîîï«! Photo: H.J.Davies/UNHCR dossier ment l\u2019Occident.Pendant cette période, la communauté internationale n\u2019eut à faire face qu\u2019à deux crises majeures en Europe -le soulèvement hongrois de 1956 et le Printemps de Prague en 1968 - et à quelques autres, issues du mouvement de décolonisation.Même lorsque ces troubles provoquaient des flux migratoires importants, leur gestion ne posait pas véritablement problème au HCR, qui réussissait alors assez facilement à trouver des pays tiers, prêts à accueillir des réfugiés et à s\u2019entendre avec les premiers pays d\u2019asile sur les modalités entourant la constitution de camps sur leur territoire.L\u2019image accolée au réfugié de cette époque était positive.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un dissident ou d\u2019un groupe de boat people, le réfugié servait d\u2019outil idéologique au gouvernement pour démontrer la détresse engendrée par le socialisme.Aux yeux de la population, le réfugié ne représentait pas une menace économique, car la croissance exigeait de toute façon l\u2019embauche d\u2019une main-d\u2019oeuvre étran- gère.Il faisait appel à la compassion et au don de soi.De nos jours, la perception du public et des gouvernants a bien changé.Un recentrage du débat s\u2019impose.Il est illusoire de Tôt ou tard, les États occidentaux se rendront compte que la solution à leurs tourments se trouve là où réside le problème: au Sud.penser que la multiplication des mesures répressives en vue de restreindre l\u2019accès au territoire de l\u2019Union européenne et de l\u2019Amérique du Nord enrayera la pression migratoire qui pèse sur ces États.S\u2019ils ne peuvent recourir à la procédure de reconnaissance du statut de réfugié pour obtenir la protection qu\u2019ils recherchent, les demandeurs d\u2019asile se verront forcés d\u2019emprunter la voie clandestine pour arriver à leurs fins.Le trafic d\u2019immigrants illégaux, marché déjà fort lucratif, proliférera suivant la hausse de la demande.Tôt ou tard, les États occidentaux se rendront compte que la solution à leurs tourments se trouve là où réside le problème: au Sud.Tant que la communauté internationale ne s\u2019attaquera pas sérieusement aux racines du mal-développement, tant que la répartition des richesses du globe demeurera scandaleusement inéquitable, tant que l\u2019appui intéressé de certains États du Nord permettra à des régimes totalitaires de se maintenir au pouvoir, nos sociétés démocratiques conserveront leur attrait pour les plus démunis de cette planète.Et ce ne sont pas les amendes et les menaces d\u2019expulsion qui les dissuaderont de tenter leur chance.¦ Les Églises et les réfugiés Le droit d\u2019asile actuel s\u2019inscrit dans la foulée des traditions religieuses de l\u2019humanité, et plus particulièrement de la tradition judéo-chrétienne.La notion d\u2019asile, dans les textes anciens de la Bible, est un prolongement du droit à l\u2019hospitalité.Au fil des siècles, l\u2019Église a exercé ce droit d\u2019asile de différentes façons: recours à l\u2019intercession d\u2019évêques et de clercs ou utilisation des sanctuaires comme lieux de protection.Ce droit est cependant devenu de plus en plus désuet, avec le développement des juridictions civiles.Le nouveau droit ecclésiastique de 1983 supprime toute référence au droit d\u2019asile.Par contre, «l\u2019esprit» de l\u2019asile ecclésiastique comme «protection et intercession» ressurgit régulièrement, même dans les États de droit où il se veut un signal d\u2019alarme face à des applications inhumaines de la loi.Il suffit de se rappeler quelques exemples récents où l\u2019Église a été perçue comme le recours ultime de protection (communautés chrétiennes de Beloeil décidant d\u2019abriter des réfugiés d\u2019Amérique Centrale, en 1984; occupation des églises St-Ambroise et St-Bernard par les «sans-papiers» à Paris en 1986 et, plus récemment, la grève chilienne à St-Jean-de-la-Croix).Les interventions de chrétiens en faveur de la protection des réfugiés ne se limitent évidemment pas au droit d\u2019asile ecclésial.Les exemples d\u2019hospitalité et de partage avec des étrangers ne manquent pas dans l\u2019histoire de l\u2019Église.Plus récemment, avec l\u2019augmentation du nombre de personnes réfugiées, les chrétiens et chrétiennes ont fait beaucoup, non seulement pour accueillir les personnes ayant besoin de protection, mais aussi pour sensibiliser leurs propres communau- tés au besoin de ces derniers.L\u2019arrivée des boat people et le mouvement d\u2019hospitalité qui s\u2019est développé à travers le parrainage en témoignent de façon éloquente.Au cours des cinquante dernières années, la création d\u2019institutions (la pastorale des migrants par exemple) et des prises de position officielles (Pacem in Terris en 1963, Le message du Carême de 1990, Les réfugiés: Un défi à la solidarité en 1992, .) ont accompagné les engagements des chrétiens et des Églises.L\u2019aide aux réfugiés a aussi permis une plus grande collaboration entre les Églises.Le développement d\u2019un travail oecuménique pour la cause des réfugiés n\u2019est pas étranger à la fondation du Conseil oecuménique des Églises (COE) en 1948.En 1995, le comité central du COE adoptait à l\u2019unanimité une déclaration générale sur les personnes déracinées: Un choix à faire: prendre le risque de se solidariser avec des personnes déracinées.Les Églises ont toujours compris l\u2019accueil de l\u2019étranger comme une dimension de leur mission prophétique.Elles soutiennent les réfugiés en rappelant constamment la dignité de chaque personne humaine créée à l\u2019image même de Dieu.Elles comptent, de plus en plus, parmi les voix qui dénoncent les injustices, la pauvreté et la violence, en agissant aussi sur les causes des déplacements forcés.Dans la recherche commune de solutions, le rôle des Églises est certes de contribuer, avec tous les partenaires, à l\u2019avènement d\u2019une plus grande justice, mais aussi d\u2019inviter sans cesse à une générosité plus grande au nom de l\u2019espérance qui les anime.Élisabeth Garant 270 relations novembre 1998 L\u2019ÉVOLUTION DU HCR par François Crépeau1 irfüMivuTn mmgiZr V /\u2022 ¦ \u2022*; %v s- ^ fî*- æi*', Camp de Katale, à Goma, au Zaïre.Les denrées alimentaires de première nécessité sont acheminées par avion, car le transport routier est trop lent.Le Haut-commissariat pour les réfugiés est certes le principal instrument pour la protection des réfugiés à travers le monde.On peut cependant s\u2019inquiéter de quelques dérives récentes, qui illustrent bien, par ailleurs, la confusion de la communauté internationale concernant les réfugiés.La croissance des flux migratoires est un aspect méconnu de la mondialisation.Les êtres humains ont toujours suivi les courants de production et de circulation de 1.\tProfesseur au Département des sciences juridiques de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), directeur du Centre d\u2019études sur le droit international et la mondialisation (CEDIM).2.\tEn signant les Accords de Schengen (1985), les pays de la communauté européenne se sont donné des règles communes sur le contrôle de leurs frontières.la richesse, fui la guerre et la famine.Mais la surveillance effective des frontières est un phénomène qui date à peine de cent ans.Après le premier choc pétrolier de 1973, les pays occidentaux se sont mis à fermer leurs frontières à l\u2019immigration de main-d\u2019oeuvre, qui avait fait leur prospérité depuis la Seconde Guerre mondiale.En droit international, le réfugié était apparu comme sujet de droits particuliers durant l\u2019entre-deux-guerres, lorsqu\u2019il fuyait les totalitarismes européens que l\u2019Occident a combattus dans ce siècle: communisme, nazisme, fascisme.Dans les années 70 et 80, les réfugiés asiatiques (boat-people) et africains prennent le devant de la scène: le Sud devient le principal producteur de réfugiés; les phantasmes d\u2019un «envahissement barbare» de l\u2019Occident favorisent l\u2019émergence d\u2019une extrême-droite xénophobe.Depuis le début des années 90, la démocratisation de l\u2019Europe centrale et orientale achève de brouiller les cartes, en privant l\u2019accueil des réfugiés en Occident de sa principale fonction idéologique: montrer la supériorité du système libéral-capitaliste sur le communisme.L\u2019Occident, et en particulier l\u2019Europe au sein de l\u2019espace Schengen2, devient extrêmement réticent à «accueillir toute la misère du monde».Partout, on met en oeuvre des politiques coordonnées de blocage des flux migratoires aux frontières, ou même avant les frontières dans les pays de départ ou de transit: zones «internationales» dans les aéroports, accords de réadmission, militarisation des contrôles frontaliers, ex- relations novembre 1998 271 dossier tension de l\u2019usage du visa d\u2019entrée (y compris les visas de transit aéroportuaires), détentions prolongées, coopération avec les autorités policières des pays d\u2019origine ou de transit, formation du personnel des aéroports de départ, expulsions facilitées, etc.Cette «sécurisation de l\u2019espace public» occidental nuit principalement à l\u2019étranger, défini comme indésirable.Le demandeur d\u2019asile et le réfugié deviennent a priori suspects de toutes les fraudes.Le discours politique, fortement médiatisé, amplifie cette dérive par des allusions de plus en plus explicites.En fait, les causes de l\u2019exil apparaissent désormais dans toute leur complexité, laquelle va bien au-delà du cliché politiquement commode de l\u2019intellectuel ou du scientifique russe refuznik, défini comme le «modèle» du réfugié politique.Rares sont les pays où oppression politique ne rime pas avec déstructuration économique; persécution et misère vont de pair et il est souvent difficile de distinguer la cause première du départ des Haïtiens ou des Soma-liens, par exemple.Alors qu\u2019une interprétation extensive de la définition du réfugié serait justifiée par son objectif protecteur, l\u2019Occident ne se prive pas de dire qu\u2019un réfugié de telle origine n\u2019est pas un réfugié politique, mais un «réfugié économique», un «faux réfugié».Un premier glissement Le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) a vu dans le même temps son mandat et ses moyens se modifier considérablement.D\u2019une organisation diplomatique quasi confidentielle, il est devenu, en moins d\u2019une décennie, la principale agence de secours humanitaire des Nations Unies.En fait, face aux risques migratoires posés par l\u2019explosion de l\u2019ex-Yougoslavie, les bailleurs de fonds (essentiellement occidentaux) du HCR lui ont assigné comme mission, dès 1992, de «prévenir» les flux de réfugiés vers l\u2019Europe.Par la définition même du réfugié, son mandat d\u2019assistance exige que les réfugiés soient sortis de leur pays: pourtant, seule agence des Nations Unies capable d\u2019une telle mobilisation opérationnelle, le HCR se vit confier la coordination de toute l\u2019action humanitaire des Nations Unies dans le conflit bosniaque.Son budget doubla en deux ans (au mo- 272 ment où l\u2019ONU subissait une grave crise financière) et il intervint lui-même directement sur le terrain en Bosnie.Par toutes sortes d\u2019expressions, le HCR a tenté, sans jamais y parvenir de façon convaincante, de définir sa vocation de protection des réfugiés à l\u2019intérieur de leur propre pays: «protection préventive», «droit de rester chez soi», etc.Le HCR fut souvent accusé de jouer le jeu de la purification ethnique, en faisant évacuer les villages que les Serbes annonçaient vouloir bombarder.Il répondait à bon droit qu\u2019il préférait être complice de purification ethnique que complice de meurtre.Le HCR fut également accusé d\u2019être à la solde des pays occidentaux, puisqu\u2019il est essentiellement financé par leurs contributions «liées» (attachées à une action précise): entre 1992 et 1994, plus de la moitié de son budget était consacré aux actions en Bosnie, où ne se trouvait pourtant pas la moitié des réfugiés de la planète.En ce sens, on a pu estimer que l\u2019Occident trouvait le HCR plus «malléable» que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).Le CICR est certes spécialiste reconnu de l\u2019action humanitaire efficace, mais une société privée, de droit suisse, connue pour son esprit d\u2019indépendance vis-à-vis des États et financée exclusivement en dehors des circuits internationaux qui la lieraient.Certains ont même avancé que les États-Unis et leurs alliés tentaient de marginaliser le CICR au profit du HCR.Enfin, l\u2019action d\u2019assistance humanitaire du HCR sur le terrain est souvent exécutée par ONG interposées, lesquelles reçoivent des commandes précises du HCR.Outre les divers conflits qui ne manquent pas de surgir lorsque des organisations aussi complexes agissent dans l\u2019urgence, il devient manifeste que le HCR s\u2019éloigne progressivement de sa mission originelle de protection internationale des personnes réfugiées hors de leur pays.Impuissance devant les rapatriements forcés Traditionnellement, le HCR connaît trois solutions durables à la condition de réfugié: 1) l\u2019installation sur place dans le pays de refuge souvent limitrophe du pays d\u2019origine, 2) la réinstallation dans un pays d\u2019accueil (généralement occidental), 3) le rapatriement librement consenti dans le pays relations novembre 1998 d\u2019origine, lorsque les conditions ayant causé l\u2019exil ont disparu.La première solution est souvent difficile.Les réfugiés sont trop nombreux pour les infrastructures du pays limitrophe et vivent dans des camps de fortune; le pays limitrophe est tout aussi fragile politiquement ou déstructuré économiquement que son voisin; la proximité du pays d\u2019origine encourage la formation de milices au sein des réfugiés, pour renverser le pouvoir qui les a chassés; le pays d\u2019origine s\u2019autorise D\u2019une organisation diplomatique quasi confidentielle, le HCR est devenu, en moins d\u2019une décennie, la principale agence de secours humanitaire des Nations Unies.à attaquer les camps de réfugiés qui se militarisent en retour; etc.La seconde solution fut longtemps la seule politiquement disponible pour les réfugiés du communisme; l\u2019Occident favorisait cette solution puisqu\u2019elle constituait la démonstration objective et médiatisable de sa supériorité politique.Les réfugiés du Sud étant aujourd\u2019hui majoritaires et le communisme ayant perdu sa force d\u2019attraction idéologique, la troisième solution est aujourd\u2019hui favorisée partout.On insiste de moins en moins sur son caractère «librement consenti», puisque l\u2019Occident estime (assez hypocritement) que le retour des réfugiés est un élément clef de la «réconciliation» et de la stabilisation politique durable des pays en crise.Les rapatriements forcés deviennent plus fréquents, et le HCR n\u2019a pas les moyens politiques d\u2019une réaction autre qu\u2019indignée.On a ainsi vidé, avec une particulière dureté, les camps de réfugiés indochinois de Thaïlande et de Hong Kong3.Ces réfugiés restants étaient devenus les moins insérables économiquement dans les sociétés occidentales et avaient perdu leur statut de victimes du communisme, depuis que leurs pays d\u2019origine s\u2019ouvraient aux entreprises occidentales.Par ailleurs, le HCR a cautionné la mise en oeuvre de programmes de «protection temporaire», en particulier pour les Bosniaques par les pays européens.Selon les paramètres de ces programmes, les personnes ainsi accueillies se voient interdire l\u2019accès à la procédure de reconnaissance du statut de réfugié du pays d\u2019accueil.Estimant échapper ainsi aux contraintes du statut international du réfugié, ces pays limitent sévèrement la condition sociale et économique des personnes accueillies et peuvent décider unilatéralement de la fin de la protection offerte, s\u2019autorisant alors à mettre en oeuvre des mesures de rapatriement forcé vers le pays d\u2019origine.Pour le HCR, face à l\u2019urgence créée par le conflit bosniaque, il s\u2019agissait d\u2019accélérer un accueil qui tardait à se mettre en place.Mais les compromis de cette négociation interdisaient a priori au HCR une intervention ultérieure, puisque ces personnes n\u2019étaient pas officiellement réfugiées.Les 3.Cela est particulièrement vrai de Hong Kong, qui allait être rétrocédé à la Chine, laquelle ne voulait d\u2019aucune manière avoir à gérer ce problème! droits des réfugiés en vertu de la Convention de Genève de 1951 ne pouvaient être invoqués, ni le principe du rapatriement librement consenti.Le HCR ne pouvait pas non plus imposer son analyse des conditions existant dans le pays d\u2019origine pour s\u2019opposer au rapatriement.Le problématique droit d\u2019ingérence humanitaire De plus, le conflit bosniaque et l\u2019implosion de l\u2019URSS ont fait apparaître au grand jour une réalité qui n\u2019avait pas encore été prise en compte, du fait de l\u2019influence prépondérante du principe de droit international interdisant les «ingérences dans les affaires intérieures d\u2019un État membre des Nations Unies»: le phénomène des «personnes déplacées» à l\u2019intérieur de leur propre pays («internally displaced persons» ou IDP).On les évalue aujourd\u2019hui à plus de trente millions, c\u2019est-à-dire près de deux fois le nombre des réfugiés proprement dits.Comment aider ces personnes, dès lors qu\u2019elles sont encore sur le territoire de leur État d\u2019origine et relèvent donc de sa responsabilité, en vertu du principe de souveraineté territoriale?Le déblocage du conflit Est-Ouest, qui paralysait l\u2019action du Conseil de sécurité depuis 40 ans, a permis d\u2019invoquer, en faveur de populations piégées par un conflit, un «droit d\u2019ingérence humanitaire» dont les paramètres n\u2019ont jamais vraiment pu être précisés et qui repose essentiellement sur la volonté politique, et donc les intérêts stratégiques, des principaux membres du Conseil de sécurité (surtout des États-Unis).Il fut invoqué pour justifier des interventions (souvent militaires) dans les conflits bosniaque et rwandais, mais non dans le cas du Liberia ou actuellement dans celui La fermeture des frontières s'accentue.Les contrôles sont de plus en plus sévères.dossier dossier du Kosovo: depuis la chute de Srebrenica, sa trop apparente instrumentalisation stratégique l\u2019a en grande partie discrédité comme concept médiatique, sans que les actions et la volonté politique qu\u2019il suppose soient pourtant écartées pour l\u2019avenir.Un représentant du Secrétaire général des Nations Unies a produit diverses études cherchant à rassembler les sources et les moyens d\u2019une action collective en faveur des personnes déplacées, sans que cela débouche encore sur une conception articulée des responsabilités respectives de l\u2019État d\u2019origine et de la «communauté internationale».?Pour l\u2019instant, si nul ne conteste l\u2019importance des actions qu\u2019il a entreprises sur le terrain des conflits, au nom de la communauté internationale, le HCR n\u2019a toujours pas surmonté la contradiction entre les termes de son mandat et l\u2019extension de ses missions.Divers projets de fusion des agences ou programmes humanitaires des Nations Unies circulent, sans qu\u2019une décision ne soit encore prise.On peut craindre que la protection des réfugiés - obligation du droit international - ne se dissolve dans l\u2019amalgame aléatoire des intérêts stratégiques des puissances.¦ Le droit international, clef de la protection des réfugiés Le droit international est le seul cadre qui peut obliger les pays d\u2019accueil à protéger les réfugiés, indépendamment de leurs propres intérêts politiques.Selon le principe traditionnel de la souveraineté territoriale de l\u2019État, celui-ci est libre de traiter à sa guise les étrangers se trouvant sur son territoire, quitte à voir ses propres nationaux traités de la même manière en pays étranger (principe de réciprocité).C\u2019est pour régler les problèmes juridico-administratifs énormes que posaient le million de réfugiés russes, sans papiers et bientôt apatrides, que fut adopté, en 1922, le premier instrument international en faveur des réfugiés.Rapidement étendu aux Arméniens, puis aux réfugiés d\u2019Allemagne, ce régime fut bouleversé par la Seconde Guerre mondiale.Il fallut dégager les routes pour les armées alliées, puis gérer plusieurs millions de «déplacés».On tenta de nombreux rapatriements vers l\u2019Est; mais la guerre froide naissante et le renforcement de l\u2019emprise soviétique sur l\u2019Europe centrale, avec ses nouveaux afflux de réfugiés, conduisirent à favoriser la réinstallation en Occident.Le régime juridique actuel est issu du Statut de l\u2019Office du HCR du 14 décembre 1950, qui détermine la mission du HCR, et de la Convention de Genève du 25 juillet 1951 (complétée par le Protocole de New York du 31 janvier 1967), qui établit la définition internationale du réfugié et détermine les obligations des États parties envers les réfugiés se trouvant sur leur territoire.Ces instruments sont complétés par les Conclusions du Comité exécutif du programme du HCR (dites Conclusions EXCOM), adoptées par consensus des quelque 43 membres, dont dix-sept pays d\u2019accueil occidentaux, qui sont aussi les principaux bailleurs de fonds.À cet édifice juridique, s\u2019ajoutent l\u2019ensemble des législations nationales, ainsi que la jurisprudence des tribunaux nationaux qui interprètent quotidiennement la définition du réfugié et les obligations des États.La définition internationale du réfugié (voir page 266) est aujourd\u2019hui quasi universellement admise.Depuis le milieu des années 80, qui a vu le nombre de demandeurs augmenter considérablement, les États d\u2019accueil ont d\u2019abord trouvé cette définition trop large.Aujourd\u2019hui, ils s\u2019y accrochent, ayant réussi bien souvent, particulièrement en Europe, à en imposer des interprétations restrictives: par exemple, la «per- sécution» impliquerait un ciblage personnalisé; les conditions générales d\u2019insécurité ou une guerre civile impliquant des «nettoyages» généralisés ne suffiraient pas, etc.Toutefois, le droit international des réfugiés ne fonctionne plus isolément.Depuis la fin des années 80, il s\u2019adosse au droit international des droits de l\u2019homme, qui établit les normes et mécanismes de protection des droits de la personne au plan régional et universel (Convention européenne des droits de l\u2019homme, Convention des Nations Unies contre la torture; Pacte international relatif aux droits civils et politiques, etc.).Il s\u2019appuie aussi sur le droit international humanitaire, qui établit les normes de protection des populations civiles, des réfugiés, des blessés et des prisonniers de guerre en temps de conflit armé interne ou international (Conventions de Genève de 1949, Protocoles de 1977).Ainsi, le Comité des droits de l\u2019homme des Nations Unies, le Comité des Nations Unies contre la torture, la Cour européenne des droits de l\u2019homme, la Commission interaméricaine des droits de l\u2019homme ont tous eu à appliquer des normes dont ils sont les gardiens dans des causes impliquant des réfugiés.Ces instruments juridiques protègent donc aussi les réfugiés et vont parfois plus loin que la Convention de Genève de 1951.Alors que celle-ci, par exemple, posait le principe de non-refoulement des réfugiés, à l\u2019exception de ceux qui constituent un danger pour le pays d\u2019accueil, la Convention des Nations Unies contre la torture de 1984 interdit absolument tout renvoi d\u2019une personne vers un pays où elle risque la torture ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants, ce que constituera souvent la persécution crainte par le réfugié.C\u2019est donc désormais en tressant l\u2019ensemble des normes de protection de la dignité et des droits des individus et des groupes que nous parvenons à protéger optimalement les réfugiés.Reste que les pratiques répressives gouvernementales se sont renforcées et sont devenues plus subtiles.Certains organes protecteurs des droits et libertés (la Cour européenne des droits de l\u2019homme, entre autres) deviennent plus sensibles à l\u2019argumentaire sécuritaire des gouvernements et leur accordent malheureusement une importante «marge d\u2019appréciation».F.C.274 relations novembre 1998 Que faire devant l'afflux massif de réfugiés ?Les solutions temporaires qu'apportent les camps risquent bien de devenir permanentes.1* \u2019 e 11 ü.î SIlàjiJJiJJ : [ IJ «KV * ÈmÊmmâ , «*¦ I/-»'-» k .\t.4»*\t¦ «a '\t* P W.v .f .S*\ti .-I .y> .\t' *' K Cr i/ >:2r< » O' ÉTi> ?*\\ MK1.1___^ _ i - XK De fot/s temps, la protection des réfugiés a mis à l\u2019épreuve l\u2019ouverture et la générosité de voisins compatissants.Avec l\u2019ampleur et la complexité croissantes du phénomène des migrations forcées à la grandeur de la planète, les solutions aux problèmes des réfugiés deviennent encore plus urgentes et plus difficiles.Nous voulons ici clarifier les enjeux et préciser les choix à faire1.Non seulement la solution miracle n\u2019existe pas, mais il ne peut y avoir aucune solution qui soit tout à fait satisfaisante, compte tenu des intérêts nombreux et contradictoires qui sont en jeu.Ce qu\u2019il faut trouver, ce sont les meilleures ou les moins mauvaises solutions, c\u2019est-à-dire celles qui offrent le plus d\u2019avantages et le moins d\u2019inconvénients pour l\u2019ensemble des parties.On aura compris que la question des réfugiés est sans cesse changeante (causes, pays d\u2019origine ou de destination, nombres, 1.Ce texte s\u2019inspire, pour une large part, des travaux menés depuis un an par le Groupe de travail sur les réfugiés mis sur pied par le Secteur des communautés culturelles du Centre justice et foi.etc.); aucune réponse ne peut donc être valable une fois pour toutes.De plus, les besoins sont quasi illimités et les ressources disponibles, inévitablement limitées et toujours insuffisantes.Comment gérer cette disparité incontournable entre besoins et ressources?Il y aura donc toujours une tension entre ceux et celles qui voudraient accueillir sans limites toutes les personnes qui en ont besoin et ceux et celles qui doivent «gérer» concrètement les frontières et les programmes, en tenant compte des capacités d\u2019accueil limitées et des résistances exprimées par certains secteurs de la population.Nous essayons, au Centre justice et foi, de tenir à la fois les deux bouts de la chaîne: proposer des solutions «gérables», mais qui tendent vers une plus grande générosité.relations novembre 1998 Qui est un réfugié?Le premier problème majeur en est un de vocabulaire.La plupart des gens, y compris les médias, utilisent le mot «réfugié» dans son sens large: personne qui s\u2019est sentie obligée de fuir son milieu d\u2019origine, pour toutes sortes de raisons importantes, afin de trouver protection ailleurs.Et quand on se met un instant «dans les souliers de l\u2019autre», on comprend facilement que toutes sortes de situations insupportables nous auraient, nous aussi, poussés à fuir: famines, cataclysmes naturels, guerres civiles, violences religieuses, pauvreté endémique, répression économique, sociale ou culturelle, etc.Mais le mot «réfugié» a aussi un sens juridique précis et seuls ceux qui sont reconnus «réfugiés au sens de la Convention» (voir notre glossaire, page 266) ont droit à la protection internationale.Ce qui explique qu\u2019une foule de gens qui nous semblent avoir besoin de protection ou qui croient eux-mêmes la «mériter» ne sont pas nécessairement des «réfugiés» au 275 dossier Un marché noir Même pour les réfugiés au statut le plus clair, la sortie du pays d\u2019origine et l\u2019arrivée dans un pays d\u2019accueil passent très souvent par les moyens clandestins ou irréguliers des faux papiers, des passeurs ou autres intermédiaires qui exigent le prix fort pour ces précieux services.Avec l\u2019accroissement des migrations internationales, forcées ou «volontaires», d\u2019importants réseaux se sont développés.Ils remplissent une fonction nécessaire, car la personne en danger peut difficilement demander les autorisations légales de fuir son pays et elle a très souvent peur de ne pas être acceptée ailleurs si elle passe par les chemins normaux.C\u2019est aussi une fonction fort lucrative! Ce qui, inévitablement, a conduit à toutes sortes de dérives et d\u2019abus: les réseaux de passeurs et d\u2019intermédiaires ont imaginé cent manières de développer le marché, faisant miroiter monts et merveilles contre de petites fortunes.C\u2019est ainsi que des milliers de paysans turcs d\u2019une même région ont tout vendu contre la (fausse) promesse de pouvoir s\u2019établir au Canada; ou que des milliers de Chiliens sont arrivés récemment parce qu\u2019on les avait (faussement) assurés qu\u2019ils pourraient être reconnus comme réfugiés ici.Partout où les contrôles sont sévères et l\u2019accès limité, le marché noir pour contourner les règles se développe.Marché noir qui profite non seulement aux intermédiaires véreux, mais aussi à une foule d\u2019employeurs respectables d\u2019ici, trop heureux de pouvoir compter sur une main d\u2019oeuvre docile et exploitable à merci puisqu\u2019elle ne peut se défendre sans sortir de la clandestinité et mettre en péril ce pour quoi elle a déjà payé si cher.D.B.sens du droit international.D\u2019où la distinction à faire entre les demandeurs d\u2019asile et ceux qui sont effectivement reconnus comme réfugiés.Même si la frontière entre les «réfugiés au sens de la Convention» et les réfugiés au sens usuel du terme est de plus en plus floue, il demeure fondamental de maintenir cette distinction: d\u2019abord pour conserver les acquis du droit international, quitte à chercher à élargir constamment la protection accordée par celui-ci; mais aussi pour préserver l\u2019appui de la population à l\u2019accueil des réfugiés, en l\u2019assurant que ceux que l\u2019on protège sont bien ceux qui en ont le plus besoin.Il existe également un second problème: celui de la subjectivité importante que comporte tout jugement sur des situations rendues encore plus complexes et délicates en raison des énormes disparités culturelles.Puisque est réfugiée «toute personne qui craint avec raison d\u2019être persécutée du fait de.», l\u2019appréciation de la crainte et de la persécution, par la personne qui doit accorder ou non le statut de réfugié, comporte inévitablement une part importante de jugement subjectif, tout comme l\u2019appréciation de la crédibilité des témoignages entendus.Sans parler des motivations politiques de chaque État, qui ne devraient en principe jouer aucun rôle dans le processus, mais qui l\u2019influencent parfois néanmoins de diverses façons.Ce qui explique en partie les différences qu\u2019on observe entre les décisions rendues sur des cas analogues dans divers pays, ou même Comment sortir de cette compétition entre pays qui cherchent à offrir aux réfugiés toujours moins d\u2019avantages que les autres ?dans diverses régions d\u2019un même pays, comme le Canada.C\u2019est pourquoi il n\u2019existera jamais de réponse simple et passe-partout à la question: «qui est un réfugié?» Mais il est essentiel, pour la même raison, de maintenir les acquis des «réfugiés au sens de la Convention».Car, à trop vouloir, par générosité et grandeur d\u2019âme, élargir le sens du mot «réfugié», on risque fort de discréditer l\u2019ensemble de ceux qui ont besoin de protection aux yeux de la population d\u2019accueil et de pénaliser ainsi ceux qui en ont le plus besoin.On a ici un bon exemple du dicton selon lequel «le mieux est souvent l\u2019ennemi du bien».Quelle protection ?Même une fois résolue la question de qui a besoin de protection, il reste l\u2019épineuse question de quelle protection lui offrir.Spontanément, on convient qu\u2019il faut d\u2019abord aller au plus urgent: sortir la personne du danger immédiat, la nourrir, la loger et la soigner minimalement et, idéalement, éliminer rapidement la cause initiale du besoin de protection (guerre civile, répression politique, famine, etc.) pour lui permettre de rentrer chez elle dès que possible.La réalité est loin d\u2019être si simple.D\u2019abord, à cause de la «souveraineté» des nations, il est souvent impossible d\u2019aller protéger les personnes dans le besoin tant qu\u2019elles n\u2019ont pas franchi leurs frontières d\u2019origine.Ensuite, la protection offerte se limite souvent au strict minimum, en raison des nombres et de la soudaineté des afflux de réfugiés, de même que de l\u2019absence de moyens des pays d\u2019accueil.Mais aussi, cette protection temporaire a trop souvent tendance à s\u2019éterniser (le cas tragique des Palestiniens, réfugiés de génération en génération depuis 1948 en est l\u2019exemple limite).Quand des milliers de personnes, très souvent des femmes et de jeunes enfants, vivent pendant plusieurs années dans des camps temporaires, il ne suffit plus de nourrir, loger et soigner: il faut aussi fournir des écoles, du travail, de l\u2019organisation sociale (y compris dans les relations avec la population du pays d\u2019accueil), etc.Là aussi, la tension entre l\u2019idéal et le possible est inévitable.D\u2019où le besoin et le désir, chez plusieurs, de chercher une solution durable à leur problème et, si possible, une amélioration des perspectives pour leurs enfants, en envisageant le rétablissement permanent dans un pays d\u2019accueil, le plus souvent un pays du Nord; on pense aux pays du Nord à la fois parce qu\u2019ils sont les seules contrées à avoir les ressources nécessaires et que c\u2019est parmi eux qu\u2019on trouve les seuls pays à avoir encore une politique d\u2019immigration active.Mais faut-il, de façon générale, encourager le rétablissement 276 relations novembre 1998 permanent des réfugiés dans des pays d\u2019accueil?Ou, au contraire favoriser la protection temporaire dans la région la plus proche des pays d\u2019origine, de manière à faciliter le rapatriement volontaire des réfugiés chez eux, dès que la situation le permettra?La «logique» voudrait que le refuge soit une protection temporaire, accordée contre un danger temporaire; et la majorité des gens préférerait, si c\u2019était possible, ne pas avoir à quitter leur région d\u2019origine ou y retourner le plus tôt possible.Mais la réalité concrète défie très souvent la logique.Combien faut-il de temps avant que le temporaire ne devienne permanent?Comment «prouver» aux réfugiés craintifs que la situation d\u2019origine est suffisamment rétablie pour qu\u2019ils puissent rentrer de façon volontaire?Que faire avec tous ces gens qui ont, pendant leur séjour «temporaire», créé des liens et poussé des racines dans leur terre d\u2019accueil (mariage, naissances, appren- tissage d\u2019une nouvelle langue, travail et études): faut-il les déraciner encore une fois?Obligation ou responsabilité?Le droit international actuel est ainsi fait que les pays n\u2019ont d\u2019obligations juridiques que vis-à-vis les demandeurs de refuge qui réussissent à arriver sur leur territoire national.Et, en raison des standards nationaux en vigueur pour leurs propres citoyens, les États sont obligés d\u2019offrir toutes sortes de protection: recours juridiques, accès aux soins de santé, à l\u2019éducation et au travail, etc.Ce qui accorde aux revendicateurs de statut dans la plupart des pays du Nord une situation incomparablement meilleure, quel que soit le «mérite» de leur besoin de protection, que celle faite aux millions de réfugiés entassés dans les camps des pays limitrophes.C\u2019est d\u2019ailleurs parce que leurs obligations juridiques se limitent au petit nombre de ceux qui atteignent leur territoire que les États du Nord ont tellement développé, depuis une dizaine d\u2019années, les moyens d\u2019empêcher les revendicateurs de statut d\u2019arriver jusque chez eux.L\u2019immense majorité de ceux et celles qui ont besoin de protection continuent donc d\u2019être accueillis dans les pays du Sud, déjà trop pauvres pour assurer le bien-être de leur propre population.Et, vis-à-vis de ces millions de personnes en détresse, les États du Nord n\u2019ont aucune obligation juridique; ils n\u2019ont qu\u2019une responsabilité morale, en tant que membres de la communauté internationale.Pourtant, cette responsabilité morale n\u2019est pas moins importante que les obligations juridiques; au contraire, elle est même beaucoup plus centrale dans la réponse urgente et nécessaire au défi mondial des ré- Seule une concertation internationale vigoureuse permettra de faire face aux défis actuels.^\u2014 -T * < » .* m.v>*» K-ï y Photo: A.Hollmann/UNHCR dossier fugiés2.Car c\u2019est de ce côté principalement que devront venir les idées nouvelles, les initiatives audacieuses et la concertation indispensable.Les données essentielles se ramènent donc aux faits suivants: 1) l\u2019immense majorité des personnes dans le besoin sont secourues dans et par les pays déjà très pauvres du Sud; 2) les demandeurs de refuge au Nord, même quand leur nombre augmente considérablement, ne sont toujours qu\u2019une goutte dans l\u2019océan des besoins; 3) les ressources consacrées ici à protéger un petit nombre de demandeurs sont infiniment plus grandes que celles que nous consacrons à l\u2019étranger pour protéger un nombre pourtant incomparablement plus grand de personnes dans le besoin; 4) le Canada n\u2019ayant d\u2019obligation qu\u2019envers les revendicateurs arrivés sur son territoire (dont il cherche à contrôler de plus en plus sévèrement la venue), c\u2019est donc nécessairement du côté de sa responsabilité morale qu\u2019il faut regarder, si l\u2019on prétend chercher une ébauche de solution aux problèmes des réfugiés dans le monde.Il faut toutefois, avant d\u2019aborder les solutions possibles, examiner brièvement la question des avantages comparatifs.Toute personne sensée sur la planète va choisir, entre plusieurs possibilités, celle qui lui est le plus avantageuse.Les personnes qui ont besoin de protection n\u2019échappent pas à la règle : forcées de quitter leur terre natale, elles choisiront naturellement, si elles le peuvent, le pays qui, en fonction de toutes sortes de critères (réunification familiale, connaissance de la langue, possibilités de travail, d\u2019éducation et de soins de santé), leur paraît offrir les meilleures possibilités pour elles-mêmes et pour leur famille.D\u2019où le phénomène compréhensible des réfugiés qui «magasinent» leur pays d\u2019accueil, qui tentent leur chance à plus d\u2019un endroit.Ou celui des revendicateurs de statut qui arrivent au Canada par Vancouver, par exemple, mais qui viennent faire étudier leur demande en Ontario ou au Québec soit parce qu\u2019ils y estiment meilleures leurs chances d\u2019acceptation, soit que l\u2019accès aux services sociaux y est plus rapide (conséquence de la mobilité interprovinciale illimitée et de la juridiction provinciale en matière d\u2019affaires sociales qui sont des caractéristiques essentielles de la réalité canadienne).Ce qui nous oblige à nous poser la question: comment est-il possible d\u2019éviter le nivellement par le bas?Puisque la générosité «attire» la préférence des réfugiés qui en ont le choix, sommes-nous condamnés au «plus petit dénominateur commun»?Comment sortir de cette compéti- tion entre pays qui cherchent à offrir aux réfugiés toujours moins d\u2019avantages que les autres?Quelques conditions nécessaires Nous l\u2019avons dit, il n\u2019existe pas de solution simple, rapide ou parfaite au drame permanent de l\u2019exil forcé.La seule chose qui est sûre, c\u2019est que la réponse actuelle aux problèmes des réfugiés dans le monde est totalement insatisfaisante et va déboucher, de plus en plus, sur un cul-de-sac.Les tentatives du «bouclage des frontières» ou de la «forteresse Europe» sont nécessairement vouées à l\u2019échec: l\u2019effort américain pour militariser, depuis des années, sa frontière avec le Mexique en est un exemple éloquent; de plus, la force des nombres et des facteurs objectifs qui poussent au départ va nécessairement avoir raison, à moyen terme, de toutes les tentatives de resserrements législatifs ou de contrôles administratifs.Nous n\u2019avons donc pas d\u2019autre choix que de reprendre l\u2019ensemble de l\u2019analyse sur des bases nouvelles et de chercher des solutions innovatrices qui mettront à contribution aussi bien les instances internationales, les gouvernements nationaux que les opinions publiques et les réfugiés eux-mêmes.Nous sommes bien conscients qu\u2019il s\u2019agit d\u2019objectifs ambitieux; mais l\u2019ampleur des problèmes ne permet plus de situer les solutions à plus petite échelle.Il faut d\u2019abord un véritable leadership politique et moral de nos gouvernements.Comme en matière de peine de mort, par exemple, il faut que ceux-ci cessent de gouverner par sondages et prennent audacieusement l\u2019initiative.Ils l\u2019ont fait récemment, au plan international, dans la lutte contre les mines anti-personnel; ici même, des leaders politiques comme Jacques Couture ou Gérald Godin ont su mobiliser l\u2019opinion à l\u2019occasion du parrainage des boat-people asiatiques.On ne peut plus se contenter d\u2019une réponse nationale ou ponctuelle à la question des réfugiés; seule une concertation internationale vigoureuse peut faire face aux défis actuels des réfugiés.Il faut ensuite l\u2019appui de la population d\u2019ici.Sans appui populaire, aucun gouvernement ne peut durablement innover, ni même maintenir longtemps l\u2019accueil actuel, même insuffisant.L\u2019opinion publique canadienne et québécoise s\u2019est traditionnellement montrée sympathique et généreuse envers les moins fortunés.Pour regagner et augmenter cet appui, il faut non seulement que le public soit convenablement informé, mais il faut surtout que le système d\u2019immigration et de refuge soit reconnu comme rapide, juste et efficace; ce qui suppose, outre la générosité, des délais de décisions beaucoup plus courts et des renvois effectifs.Il faut aussi, même pour des pays d\u2019accueil comme le Canada et le Québec, s\u2019attaquer aux causes mêmes du problème: rien ne sert de jouer les pompiers si on laisse courir les pyromanes.Ce n\u2019est évidemment pas simple; mais il faut à tout prix 2.L\u2019excellent ouvrage de Jean-Marie Faux, s.j., Réfugiés et nouvelles migrations, Une interpellation pour la conscience chrétienne, publié par l\u2019Institut d\u2019études théologiques de Bruxelles en 1993, aborde les principales dimensions historiques, juridiques et théologiques de la question, y compris son évolution européenne récente.Pour aller plus loin.Voici quelques outils visuels accessibles au grand public pour prolonger la réflexion et pour mieux saisir la dure et complexe situation des réfugiés en divers endroits du monde: -\tClandestins, fiction suisse et québécoise de Denis Chouinard et Nicolas Wadimoff qui recrée, avec une grande puissance d\u2019évocation, la traversée clandestine, au fond d\u2019un cargo, de six personnes d\u2019Europe de l\u2019Est en quête de refuge au Canada; septembre 1997 et maintenant disponible dans les clubs vidéos.-\tLe passager clandestin, fiction poétique de Ben Van Leshout, coproduite par la Hollande et l\u2019Ouzbékistan, qui raconte la tentative d\u2019un fils de pêcheur de fuir un ancien port de pêche devenu désertique pour refaire sa vie dans le Nouveau Monde; sorti sur grand écran en octobre 98.278 relations novembre 1998 Des marins philippins attendent, avec crainte et résignation, devant le bureau d'immigration, à Halifax.Ils savent qu'un retour au pays est trop dangereux.chercher à prévenir les exodes, travailler à rendre ceux-ci les plus temporaires possible et faciliter par tous les moyens le rapatriement volontaire des réfugiés chez eux.Cela est d\u2019autant plus indispensable que nous ne pourrons jamais répondre qu\u2019à une infime partie des besoins exprimés.Il faut enfin distinguer clairement l\u2019immigration et le refuge.Non seulement au ni- Seule une concertation internationale des efforts peut s\u2019attaquer aux problèmes considérables posés par l\u2019exode sans cesse renouvelé des réfugiés.veau des lois et procédures gouvernementales, mais aussi au niveau du débat public et des décisions qu\u2019il faudra prendre: nos politiques à l\u2019égard de l\u2019apport démographique et économique de l\u2019immigration (qu\u2019on veuille réduire celui-ci ou l\u2019augmenter) ne devraient interférer en rien avec nos décisions sur la responsabilité morale de notre pays à l\u2019égard des personnes qui ont besoin de protection.Idéalement, il faudrait pouvoir dire oui à toute personne qui a réellement besoin de protection, et renvoyer impitoyablement toute autre personne au processus habituel de l\u2019immigration (plus ou moins restrictif selon les décisions politiques que nous prendrons à cet égard).Des choix pour l\u2019avenir Mais, même si toutes ces conditions étaient remplies, la réponse aux problèmes des réfugiés nécessitera toujours des choix difficiles.Car il existera toujours une tension entre, par exemple, la nécessaire rapidité du processus (essentielle tant pour la protection des réfugiés, pour décourager les abus que pour garder la confiance du public) et les protections juridiques nécessaires (délais, droits d\u2019appel, etc.); une tension entre la quantité de ressources affectées au (relativement) petit nombre de demandeurs de refuge ici par rapport au très grand nombre de réfugiés à l\u2019étranger; une tension entre ceux et celles qui sont «le plus dans le besoin» (femmes monoparentales, familles nombreuses, personnes peu scolarisées, malades ou handicapées) et ceux et celles qui ont le plus de chance de s\u2019intégrer ou de s\u2019adapter ici.Chacun est ici confronté à des choix difficiles, entre des valeurs importantes, et qui ne peuvent être refilés à d\u2019autres ou remis à plus tard.C\u2019est pourquoi nous en sommes venus à la conclusion qu\u2019il n\u2019existait pas, en matière de refuge, de «meilleure solution», mais uniquement de «moins mauvaises solutions».Entre tous les facteurs souvent contradictoires dont il faut tenir compte, il s\u2019agit de trouver chaque fois les combinaisons, toutes imparfaites, qui font progresser le plus la protection du plus grand nombre.La seule solution durable aux problèmes des réfugiés passe désormais par une gestion collective, audacieuse et imaginative, au niveau international, de l\u2019ensemble des mouvements migratoires, y compris des populations dans le besoin.Il est impossible à un seul ou à quelques pays de répondre à tous les besoins.Il est irresponsable de laisser aux seuls pays limitrophes (le plus souvent très pauvres) le soin d\u2019accueillir les flots de réfugiés.Il serait dangereux de confier à quelques grands et puissants pays la responsabilité d\u2019imposer leur protection ou leur conception des droits humains, politiques, religieux ou économiques.Seule une concertation internationale des efforts peut s\u2019attaquer aux problèmes considérables posés par l\u2019exode sans cesse renouvelé des réfugiés.Mais cet effort collectif a besoin de leaders, de visionnaires beaucoup plus que de gestionnaires.Et c\u2019est ce rôle que nous voulons voir jouer dans ce dossier par les gouvernements canadien et québécois.Le défi peut sembler gigantesque, et il l\u2019est vraiment.Mais il faut le resituer dans une perspective historique: le XXe siècle n\u2019a pas connu que les horreurs de la guerre et du génocide; il a aussi vu naître les premiers efforts durables d\u2019organisation internationale, la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme, le Haut Commissariat pour les réfugiés et la Convention de Genève.Il serait facile d\u2019en énumérer les lacunes; mais il serait coupable d\u2019en renier les premiers fruits et de renoncer à développer leurs possibilités virtuelles.La planète est de plus en plus un grand village: nous ne pouvons plus désormais ignorer ce qui s\u2019y passe et nous sommes condamnés à la solidarité.Pour le meilleur ou pour le pire.La réponse nous appartient.¦ relations novembre 1998 279 Photo: Andrey Vaughan/CANAPRESSE en bref «Le meilleur ennemi du capitalisme peut être le capitalisme lui-même» déclare Monsieur Lionel Jospin, Premier ministre socialiste en France, dans le journal Le Nouvel Observateur.De son analyse de la crise mondiale actuelle qui secoue le monde et touche chacun d\u2019entre nous, il tire trois enseignements: le capitalisme, après la disparition de son rival, le communisme, reste instable; l\u2019économie est politique et la mondialisation appelle la régulation.Le capitalisme crée des richesses, mais il exclut du travail un nombre de plus en plus grand d\u2019hommes et de femmes.Pour faire face à ce déséquilibre interne, Lionel Jospin fait appel au politique et à la nécessité de développer des États forts, respectueux du droit et de la cohésion sociale, dans un contexte de démocratie.Enfin, il invite à revoir le fonctionnement des marchés de capitaux pour reconstruire un système monétaire international.Consulter: http://www.nouvelohs.com/obsweek/ 1766/laj3rise_mondiale_et.html.Par sa campagne de 1998, l\u2019ACAT attire notre attention sur les enfants victimes innocentes des conflits armés, et particulièrement sur les enfants soldats.Grâce aux informations fournies par les organisations internationales, on sait que 350 000 enfants se battent dans les rangs des armées régulières, des groupes paramilitaires et des rébellions.Ces enfants, âgés de moins de dix-huit ans, exercent diverses fonctions: soldats, porteurs, messagers, espions, domestiques.Les filles en font aussi partie, souvent victimes d\u2019exploitation sexuelle.En faisant signer la pétition Non aux enfants soldats, l\u2019ACAT s\u2019engage pour que le crime de guerre soit reconnu quand les soldats ont moins de dix-huit ans.Elle s\u2019associe aussi aux organismes qui réclament la création d\u2019une cour criminelle internationale, pour rappeler à l\u2019ordre les gouvernements et les groupes armés.Du 24 octobre au 19 décembre 1998, le Centre de créativité du Gesù, à Montréal, présente la cinquième édition de l\u2019événement Art sacré.Des dizaines d\u2019artistes nous convient dans leur monde symbolique, pour y faire la découverte du sacré et de l\u2019infini qui nous habite.L\u2019accent est mis cette année sur la puissance du symbole qui nous conduit au-delà du visible, et sur les langages réinventés par l\u2019art.Pour tout renseignement, s\u2019adresser à Yves Seguin, au (514) 861-4873.Les images que nous recevons du monde arabe dans les médias sont souvent des stéréotypes, sur fond de violence et d\u2019intolérance.Pour dépasser ces clichés, les journées culturelles Images du monde arabe, du 28 octobre au 29 novembre 1998, à Montréal, convient le cinéma, les arts visuels et la musique, pour nous ouvrir à la compréhension des sociétés arabes et des citoyens québécois originaires de ces pays.À travers des oeuvres artistiques originales, nous serons sensibilisés à leurs espoirs et à leurs difficultés, à leurs rires et à leurs larmes, au nom d\u2019une humanité commune.Une conférence du Dr Maher Al-Charif, à l\u2019UQAM, portera sur les perspectives de paix au Proche-Orient et sur les voies de la démocratie dans le monde arabe.Contacter Mme Isabelle Dahan, 982-6606, poste 2223.Pour la deuxième année consécutive, le ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration organise une semaine québécoise de la citoyenneté, du 6 au 16 novembre 1998.Dans ce cadre, nous sommes invités à prendre des initiatives au sein des regroupements auxquels nous appartenons pour manifester notre attachement aux valeurs démocratiques, pour renforcer nos liens de solidarité et pour prendre encore davantage conscience de la richesse qu\u2019engendre le pluralisme dans la société québécoise.Comme l\u2019an passé, trois prix seront décernés à des personnes et à des organismes qui contribuent de manière exceptionnelle au développement social, économique, politique et culturel du Québec.Pour tous renseignements, s\u2019adresser au Bureau régional du ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration.«Nous nous engageons à faire prendre vivement conscience aux catholiques à quel point les injustices causées aux autochtones ont entaché l\u2019image de Dieu.Nous allons les sensibiliser aux droits des autochtones, à l\u2019histoire de l\u2019oppression culturelle et aux dangers de l\u2019arrogance culturelle.» Ainsi se sont exprimés les évêques catholiques du Canada, dans le mémoire qu\u2019ils ont présenté à la Commission royale sur les peuples autochtones.Dans la perspective du Jubilé, ils lancent un projet d\u2019initiative de réconciliation, de solidarité et de communion avec les peuples autochtones.Un dépliant, Tracer des voies nouvelles, en précise les objectifs et les modalités.Contacter Sylvain Salvas (613) 241-9461.Salvas@ccb.ca.280 relations novembre 1998 LES DROITS DE LHOMME DANS LÉGLISE CATHOLIQUE par Paul Valadier1 Le père Valadier en conférence, convaincu et convainquant ! Certaines prises de position récentes de la Curie romaine suscitent de vives inquiétudes.L\u2019exercice de l\u2019autorité en Église respecte-t-il toujours l\u2019esprit de l\u2019Évangile et la dignité des baptisés?Les exemples ne manquent pas, en ce siècle de violence totalitaire et d\u2019oppression économique, où des catholiques se sqnt mobilisés pour la défense des droits de l\u2019homme et ontpayé leur action au prix fort.Le Magistère ecclésiastique a consacré de tels engagements dans des textes officiels sans équivoque, compensant un trop long retard par une sorte de surenchère, au point de se poser maintenant en défenseur intransigeant de ces droits.Mais c\u2019est aussitôt pour se trouver devant une contradiction: il est bien de revendiquer le respect des droits de l\u2019homme auprès des États et dans la vie sociale ou économique, mais un peu de cohérence voudrait que le même Magistère veille à ce même respect au sein de l\u2019Église.D\u2019où la question: quand l\u2019Église prendra-t-elle les droits de l\u2019homme assez au sérieux pour les respecter elle-même?Avant de s\u2019indigner devant des inconséquences en effet frappantes, et parfois même scandaleuses, il faut bien prendre la mesure des objections à une application stricte des droits de l\u2019homme dans l\u2019Église.On objecte essentiellement que l\u2019Église n\u2019est pas une société comme une autre, qu\u2019elle n\u2019est pas «humaine» et donc qu\u2019elle n\u2019est pas et ne peut pas être sujette à cette vigilance que des 1.L\u2019auteur, jésuite, est professeur d\u2019anthropologie et d\u2019éthique au Centre Sèvres, ainsi qu\u2019à l\u2019Institut catholique de Lyon.Nous reproduisons ici l\u2019essentiel d\u2019un article paru dans Choisir, sept.98, p.13-16.citoyens responsables doivent exercer en toute société démocratique.Nous recevons l\u2019Église du Christ, elle est le Corps qu\u2019il se donne, il en est le Chef et non point nous, ni personne d\u2019autre.Divine dans son origine et dans ses structures essentielles, l\u2019Église est avant tout Mystère de l\u2019Alliance de Dieu avec nous, et non pas institution politique réformable selon nos humeurs ou nos attentes.(.) À ces objections théologiques, on peut en ajouter qui s\u2019appuient sur les droits de l\u2019homme eux-mêmes.Si l\u2019on se rapporte, par exemple, à la Déclaration de 1789, quel sens y aurait-il à demander dans l\u2019Église et à l\u2019Église le respect de la propriété, le droit à la citoyenneté, le droit à une force publique protectrice?Sans oublier qu\u2019une telle Déclaration fait obligation aux citoyens de donner une contribution commune, répartie en raison de leurs facultés (art.13).Et si l\u2019on songe à la Charte de l\u2019ONU de 1948, on ne voit pas bien comment on pourrait opposer à l\u2019Église le droit à la sécurité sociale (art.22), au travail (art.23), au repos et aux loisirs (art.24) ou à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé (art.25).Tous ces droits relèvent à l\u2019évidence d\u2019un type de société civile ou politique, où ils ont une pertinence incontestable, mais ils ne cadrent pas très bien, voire même pas du tout, avec une société religieuse.Tout simplement parce que là, ils perdent leur objet.I JUSTES que soient ces objections, on peut se demander si elles ne constituent pas souvent un alibi.En ce qui concerne d\u2019abord les objections proprement théologiques, l\u2019insistance sur le Mystère de l\u2019Église n\u2019a pas une pureté doctrinale incontestable.L\u2019objection ne s\u2019enracine-t-elle pas dans une conception unilatérale et quelque peu monophysite de l\u2019Église?Par monophysisme, on entend une hérésie qui ne reconnaît dans le Christ qu\u2019une seule nature (humaine ou divine).Étendu à l\u2019Église, ce relations novembre 1998 281 monophysisme souligne tellement le caractère divin des structures ecclésiales qu\u2019il en devient aveugle.Il se garde en général d\u2019expliquer ce que sont exactement ces structures divines, car la tâche est plus que délicate; et il oublie de rappeler que l\u2019Église est aussi une société d\u2019hommes et de femmes vivant certes de l\u2019Esprit du Christ, mais au sein d\u2019une institution nécessairement humaine.Pour cette raison, les structures d\u2019organisation de l\u2019Église (.) sont le produit de l\u2019histoire et la sédimentation de pratiques séculaires.Elles n\u2019ont pas comme telles et immédiatement la sanction divine.À ce titre, il serait irresponsable et irrespectueux à l\u2019égard de l\u2019Église, épouse du Christ, de ne pas souhaiter qu\u2019elle réponde toujours plus, dans toutes ses structures, à l\u2019Esprit de son Seigneur.La paresse et la passivité risquent alors d\u2019être le prix fort à payer pour le monophysisme ecclésiastique.Il reste cependant parfaitement vrai que l\u2019Église n\u2019est pas une démocratie, système politique pour lequel les droits de l\u2019homme ont été conçus.Mais elle n\u2019est pas non plus une monarchie, une pyramide avec un sommet tout puissant et une base passive ou inerte.Société originale, parce que société de communion dans l\u2019Esprit, elle doit être fidèle au respect intransigeant de tous et de chacun, notamment des plus pauvres et des plus humbles.Elle ne peut donc pas être une puissance écrasante envers ses membres; l\u2019exercice du pouvoir en son sein doit être soumis à des règles strictes, enracinées sur les exigences évangéliques bien connues, et qui ne doivent pas prendre modèle sur les façons de commander des «princes de ce monde».Effectivement, l\u2019existence d\u2019un Droit canon est fondamentale, mais encore faut-il que ses dispositions soient réellement respectueuses des droits des fidèles et conformes à l\u2019Esprit de l\u2019Évangile.Est-ce le cas?Il est du devoir de tout croyant de rester vigilant envers toute disposition juridique dans l\u2019Église, et donc d\u2019interroger ces codes pour mesurer leur fidélité à l\u2019Évangile.Or, comme à l\u2019évidence ces codes ne sont pas tombés du ciel mais relèvent d\u2019inspirations juridiques et théologiques précises, il est légitime et nécessaire de s\u2019interroger sur leur conformité à l\u2019Esprit et sur leur respect de la dignité du baptisé.Mais si ces perspectives fondent en effet un devoir de vigilance critique, en quoi les droits de l\u2019homme sont-ils concernés et peuvent-ils être de quelque secours?Il faut bien voir que les chartes et les listes des droits, tels qu\u2019on les a formulés entre autres en 1789 ou en 1948, ne sont que des explicitations nécessaires mais relatives.L\u2019idée fondatrice des droits de l\u2019homme tient dans la volonté d\u2019écarter des abus blessant la dignité de l\u2019homme, soit entre citoyens, soit de la part des pouvoirs publics.Les droits constituent une barrière contre une violence toujours latente dans les rapports sociaux, violence qui vient de l\u2019arbitraire de pouvoirs sans contrôle ou de l\u2019oppression.OMPRIS AINSI, on s\u2019aperçoit que cette idée centrale des droits de l\u2019homme est parfaitement à sa place dans l\u2019Église.En elle des abus ont existé et existent encore qui heurtent la dignité de l\u2019homme et du baptisé.À cet égard, un appel (trop) impressionnant au Mystère ou des surenchères spiritualisantes risquent bien de cacher, voire de justifier, de telles violences.On doit même dire: plus on est dans une société spirituelle, plus des violences risquent d\u2019être perpétrées au nom de ce même spirituel; plus donc il faut éviter ces péchés contre l\u2019Esprit, quand de tels recours servent de couverture à l\u2019arbitraire.Il est donc nécessaire d\u2019avoir un instrument de recours pour en juger et pour réformer ainsi des tares qui flétrissent le visage de l\u2019Épouse du Christ.La référence aux droits de l\u2019homme fournit un levier de dénonciation des paresses spirituelles et des abus, même s\u2019il ne s\u2019agit pas de les appliquer mécaniquement et littéralement, à moins d\u2019absurdité comme on l\u2019a vu plus haut.On peut le montrer sur deux points précis.Selon la Déclaration de 1789 (art.7), personne ne doit être jugé selon des procédures obscures, inquiété sans connaître les raisons des accusations, poursuivi sans être assisté d\u2019un avocat, condamné sans connaître ses juges et les raisons explicites de la sentence.Les manières de procéder de l\u2019actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi sont à cet égard un défi au droit et à la dignité du baptisé: non seulement elles ne respectent pas les droits élémentaires de la justice, mais elles piétinent les droits d\u2019un baptisé à être entendu par des frères reconnus, parlant à visage découvert et non dans l\u2019anonymat, acceptant de réviser leur jugement quand il s\u2019avère prématuré, infondé, ou arbitraire.Les règlements futurs, présentés à l\u2019automne 1997, ne démontrent pas, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, un progrès notable vers un meilleur sens chrétien du respect d\u2019autrui et des droits élé- Les manières de procéder de l\u2019actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi sont à cet égard un défi au droit et à la dignité du baptisé.mentaires du baptisé.Or, le droit à l\u2019équité en toute justice est indivisible.Léser sur ce point les droits de l\u2019homme, c\u2019est léser la dignité d\u2019un baptisé.Autre exemple.Les droits de l\u2019homme impliquent toute une philosophie du pouvoir.Celui-ci risque toujours de devenir écrasant s\u2019il n\u2019est pas soumis au contrôle et s\u2019il n\u2019est pas lui-même «balancé» par d\u2019autres pouvoirs qui limitent ses débordements.Pourquoi, dans la communauté chrétienne, n\u2019aurait-on pas le droit de demander compte à tout agent public de son administration (art.15 de 1789)?Dans une société fraternelle, il est requis plus qu\u2019ailleurs que tout exercice d\u2019autorité sur des frères se fasse dans la clarté et dans une responsabilité qui rende compte de ses actes.C\u2019est ainsi qu\u2019une antique sentence du droit romain, inscrite d\u2019ailleurs dans le Droit canon, stipule: Ce qui concerne tous et chacun en particulier doit être approuvé par tous.L\u2019application de ce principe rejoindrait aussi bien l\u2019exigence du respect de tout baptisé que celle du respect des droits de l\u2019homme.En ce sens, il ne s\u2019agit pas d\u2019introduire le cheval de Troie dans l\u2019Église, mais tout simplement de s\u2019appuyer sur les droits de l\u2019homme en leurs exigences essentielles pour appeler l\u2019Église à une plus grande fidélité à ses propres principes.Certes, prendre au sérieux un tel principe entraînerait bien des réformes qu\u2019aucun pouvoir n\u2019engage de lui-même volontiers.Raison de plus pour que les fidèles sachent faire valoir des exigences qui peuvent à la fois s\u2019inspirer de l\u2019Évangile et s\u2019appuyer sur les principes des droits de l\u2019homme.Ainsi, si l\u2019appel aux droits de l\u2019homme doit bien respecter la spécificité de l\u2019Église, il faut aller jusqu\u2019à dire que c\u2019est cette spécificité d\u2019une société de communion dans l\u2019Esprit qui appelle une grande rigueur dans le respect de ces droits en son sein.Respect qui n\u2019est pas évidemment un «littéralisme», mais une fidélité au Christ.¦ 282 relations novembre 1998 lectures du mois avec François Cooren, Richard Dubois, Jean-Jacques Lavoie, Paul Racine et Francine Tardif SUR LES TRACES DE MARIE GUYART Danielle Sallenave, L\u2019Amazone du grand Dieu, Paris, Bayard, 1997; 157 p.Amazone du grand Dieu est un ouvrage inclassable.Si la couverture annonce un «récit», c\u2019est néanmoins le titre de la collection, «Rencontre», qui permet le mieux de définir le surprenant voyage sur les traces de Marie Guyart, mieux connue sous le nom de Marie de l\u2019Incarnation, que propose Danièle Sallenave.Naviguant avec une aisance remarquable entre la restitution de l\u2019absolue singularité d\u2019une vie de femme exceptionnelle et le portrait de toute une époque qui s\u2019incarne en elle, Danielle Sallenave réussit à faire revivre l\u2019une et l\u2019autre.Au fil des pages, où l\u2019anachronisme est toujours soigneusement évité, Danielle Sallenave s\u2019interroge sur l\u2019étrange trajectoire de cette femme qui, mariée à dix-sept ans, mère à dix-huit et veuve à dix-neuf ans, connut d\u2019abord le cloître et les grands élans mystiques avant de s\u2019engager corps et âme, à 40 ans, dans l\u2019aventure de la conversion d\u2019un nouveau monde, la Nouvelle-France, et de s\u2019imposer ainsi comme l\u2019une des grandes figures de la Contre-Réforme.Sallenave analyse, commente, discute, critique, interroge toutes les traces - notamment les écrits - laissées par Marie de l\u2019Incarnation.Loin, très loin, de la biographie faussement objective, l\u2019ouvrage révèle les partis pris de l\u2019auteure, ses valeurs fondamentales souvent très différentes de celles de son sujet.Sur des thèmes aussi variés que la liberté et la conversion, la foi et la modernité, la maternité et la vocation religieuse, Sallenave interroge Marie de l\u2019Incarnation avec autant d\u2019érudition que de passion, tout en se laissant également elle-même interpeller par cette voix de femme du XVIIe siècle, en «accord énigmatique et profond avec son temps».Si Marie de l\u2019Incarnation revit dans toutes les pages de l\u2019ouvrage, elle n\u2019en conserve pas moins toute une large part de son mystère.Mystère de la vocation et de l\u2019appel.Mystère du lien - ou, plus justement, de la communion - avec le Créateur.Mystère du sacrifice et du martyre.Mystère aussi de l\u2019incarnation de la foi qui se traduit notamment par un réel souci de décou- verte du monde autochtone.Mystère encore du caractère tortueux des voies vers «la paix du coeur dans les événements des choses».Bref mystère d\u2019une vie consacrée, au sens le plus fort du terme.Pour le lectorat québécois, l\u2019ouvrage a également le mérite de nous ramener au temps où la Nouvelle-France était encore monde inconnu, violent, mystérieux et dangereux.Un monde où, pour reprendre l\u2019expression du jésuite Paul Le jeune qui donne son titre au livre, les «amazones du grand Dieu» entreprenaient leur oeuvre de conversion avec la conviction profonde d\u2019instaurer ainsi «l\u2019unité dans un genre humain divisé par un clivage par elle(s) insupportable» (p.100).Toutes et tous n\u2019apprécieront peut-être pas le ton trop résolument français de l\u2019au-teure.Certains pourraient aussi se rebeller devant certaines audaces de style et d\u2019interprétation.Mais pour ma part, je considère L\u2019Amazone du grand Dieu comme un ouvrage absolument remarquable qui mérite de nombreuses relectures et son auteure, Danielle Sallenave, comme une femme à mieux connaître.¦ Francine Tardif relations novembre 1998 283 UNE IMAGE PLUS FIDÈLE DE SOI Coll, (compte rendu de: Gérard Bouchard et Yvan Lamonde), La nation dans tous ses États.Le Québec en comparaison, Montréal, L\u2019Harmattan, 1997; 350 p.Enfin! Un ouvrage qui sous un titre en forme de joyeux clin d\u2019oeil, réussit à la fois à nous dire la grande actualité du concept de nation, et à insérer le Québec dans une sorte de «série» normale: celle des peuples, jeunes ou moins jeunes, où se pose toujours, de façon aiguë ou endémique, la question identitaire.Bouchard et Lamonde inaugurent ici un champ d\u2019étude bigarré (on va de l\u2019Irlande à la Belgique, à la Pologne, à la Catalogne, à l\u2019Argentine et de là à l\u2019Amérique latine, en remontant aux USA), et une approche risquée - très intéressante.Risquée parce que le comparatisme n\u2019a pas toujours eu bonne presse, tant s\u2019en faut, et que de s\u2019y attaquer - le sous-titre insiste: le Québec en comparaison - tient presque de la provocation.Risquée aussi parce que de fait, l\u2019approche nous semble parfois flottante, ce qui donne un livre quelque peu hybride.En effet, même après la longue préface de Gérard Bouchard établissant ses paramètres, les quinze collaborateurs-chercheurs de l\u2019ouvrage tracent chacun leur voie moins en fonction d\u2019une approche, celle qui serait la bonne, qu\u2019en fonction de leur objet d\u2019étude.Intéressante paradoxalement pour la même raison: l\u2019approche empirique non plus n\u2019a pas bonne presse, mais par définition plus libre, plus intuitive, elle permet peut-être au chercheur de mieux s\u2019ajuster à son objet - j\u2019ai dit «peut-être», ce qu\u2019il faudra confirmer dans un prochain article sur cet ouvrage qui, je crois, fera date.Mais d\u2019abord, la méthode.1) Gérard Bouchard.Étant bien établi que le livre s\u2019intéresse primordialement à la «formation de nouvelles populations et cultures fondatrices» sur un territoire donné, Monsieur Bouchard pose l\u2019existence de deux grands modèles: celui de la reproduction à l\u2019identique, sans doute rare, ou couvrant de brèves périodes, et celui de la rupture, mais une rupture en quelque sorte graduée, suivant le schéma rupture/appropriation/symbolique/recommencement/ émancipation.284 lectures du mois Rien ici de mécanique, on le devine.Une culture donnée, la québécoise par exemple, a pu «sauter» une étape, ou même deux, quitte à en étirer une troisième.Chaque cas est unique.Si ce qui se passe est l\u2019impasse; si le nouvel occupant n\u2019arrive pas à ancrer, puis à scander sa mémoire originelle, Bouchard indique une quadruple façon de s\u2019en sortir: ou bien effacer tout ce qui précède; ou bien définir un avenir qui brouille le passé; ou alors donner dans le culte de la mère-patrie - qui fut pendant un siècle au moins la «solution» québécoise - ou enfin s\u2019acculturer à même la civilisation autochtone.Bouchard ouvre un immense réservoir de comparaisons possibles entre le Québec et l\u2019Amérique latine, et ose ce que d\u2019aucuns jugeraient historiquement discutable: proposer le rapprochement d\u2019une chronologie longue et d\u2019une autre courte, comme «précipitée» (44).Pourquoi pas?Si les savants ne font jamais ce qui est défendu, à quoi bon la science.Nous re-parlerons du Canada, qui aurait le sérieux problème de ne même pas exister dans ce schéma duel si Bouchard n\u2019entrevoyait une sorte de troisième voie entre rupture et reproduction (impossible) à l\u2019identique du modèle colonial d\u2019origine: continuité et décrochage progressif.2) Les autres.Comme je l\u2019ai mentionné plus haut, je m\u2019intéresse ici à ceux qui interrogent le bien-fondé ou le devenir du comparatisme une fois confronté à son objet.Et d\u2019abord, Sylvie Lacombe.Madame Lacombe n\u2019accepte pas qu\u2019il y ait «rupture» avec le passé, par exemple entre le nationalisme d\u2019Henri Bourassa et le souverainisme actuel.Tout en constatant que d\u2019une part, dans l\u2019état actuel de la science, il existe une discontinuité évidente, elle montre d\u2019autre part que l\u2019on peut ré-introduire la continuité «historique» entre deux phénomènes séparés dans le temps grâce au concept de «totalité sociale», dite «englobante» (p.212, 216).La totalité «partielle», celle qui compare terme à terme des traits culturels (catholiques/protestants, etc.) débouche sur un cul-de-sac - et fait conclure à des différences insurmontables.La totalité sociale, qui évite le terme à terme et met plutôt en scène des «ensembles culturels significatifs différents» (218) peut jeter, d\u2019après elle, un voile d\u2019intelligibilité sur nos «incompréhensions mutuelles».Quant à Earl E.Fitz, professeur américain de portugais en Pennsylvanie, il sug- relations novembre 1998 gère, «comme en passant» - je devrais dire rappelle -, une des obligations de l\u2019approche comparatiste: s\u2019attacher aux différences.Déjà dans les années 30, un grand savant, et j\u2019ai nommé Marc Bloch, précisait l\u2019exigence dans une lettre à Henri Berr: la façon scientifique de faire de l\u2019histoire comparée, affirme-t-il, c\u2019est de «rechercher, afin de les expliquer, les ressemblances et les dissemblances qu\u2019offrent des séries de nature analogue, empruntées à des milieux sociaux différents» (voir en particulier l\u2019article «Comparaison», dans le Bulletin du Centre International de Synthèse, no 9, 1930, p.31-39).En d\u2019autres termes: la validation scientifique du similaire, c\u2019est son extraction du champ complexe des différences.J\u2019ajoute et me permets de préciser: la similitude n\u2019est pas une essence préalable et pré-désignée, elle est ce qui apparaît et se définit comme différent au coeur touffu et complexe des différences.Elle est ce qui résiste au déploiement des dissemblances.Son noyau dur.Il faut donc vraiment, et sur le plan de la méthode et sur celui des contenus nationaux, lire cet ouvrage dont Monsieur Bouchard signe la généreuse intention de base: en général, «découvrir dans le miroir des autres collectivités une image plus fidèle de soi» (48), et en particulier, «désenclaver la réflexion sur la société québécoise en la dépaysant» (337).¦ Richard Dubois LES FEMMES DES PREMIÈRES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES Suzanne Tune, Des femmes aussi suivaient Jésus.Essai d\u2019interprétation de quelques versets des évangiles, Paris, Desclée de Brouwer, 1998; 183 p.Comme l\u2019indique le titre, ce livre se propose d\u2019explorer la place qu\u2019ont tenue les femmes qui accompagnaient Jésus au fil de sa vie publique et les divers rôles qu\u2019elles ont joués dans les premières communautés chrétiennes.Pour ce faire, Suzanne Tune répond aux questions suivantes: Qui sont ces fem- mes qui suivaient Jésus?Quelle a été la participation de ces femmes à la vie de Jésus?Ont-elles été présentes au dernier repas de Jésus?Si oui, les paroles de Jésus relatives à l\u2019eucharistie ne s\u2019adressaient-elles pas à elles aussi?Quels rôles ont-elles joués lors de la mort et de la résurrection de Jésus?Dans quelle mesure les femmes ont-elles pu continuer à «suivre» Jésus après sa disparition?Quelle fut leur situation dans la première communauté de Jérusalem?Leur qualité de «disciples» de Jésus a-t-elle été reconnue?Qu\u2019en est-il des communautés pauliniennes?Comment en vint-on progressivement à éliminer les femmes des «ministères» en voie de formation?Quelle résistance les femmes opposèrent-elle à cette élimination?Quels arguments furent utilisés pour exclure les femmes des ministères?Quelles sont aujourd\u2019hui les raisons invoquées pour maintenir cette exclusion?Cette vaste enquête historique, qui interroge aussi bien les sources du christianisme que la Tradition, a des conséquences ecclésiologiques importantes, particulièrement quant aux capacités ministérielles des femmes dans l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui.Si jamais vous croyez que le seul choix des douze par Jésus est une raison irrévocable et définitive pour écarter les femmes des ministères ordonnés, vous devez absolument lire ce très beau livre.Vous y découvrirez que cette argumentation est proche du fondamentalisme, sinon anachronique et théologiquement insoutenable.Bien entendu, on n\u2019hésite pas à faire appel à la Tradition pour exclure les femmes des ministères.Mais est-ce bien légitime quand on sait que pour exclure les femmes des ministères ordonnés la Tradition reposait sur l\u2019affirmation de leur impureté et de leur infériorité?Faut-il donc prêter aux coutumes humaines plus d\u2019importance qu\u2019au message évangélique et aux besoins de l\u2019Église?La fidélité au Nouveau Testament indique que la Tradition est, à ce sujet, injustifiée.Dit autrement, l\u2019auteure montre avec clarté et rigueur que le refus obstiné d\u2019accepter aujourd\u2019hui que des femmes travaillent à la transmission de l\u2019Évangile comme des partenaires égaux ne peut être interprété que comme une infidélité au Nouveau Testament.Ce livre vient rappeler que le débat à ce sujet est loin d\u2019être terminé.¦ Jean-Jacques Lavoie lectures du mois PORTRAIT D\u2019UNE CONSCIENCE LIBERTAIRE Robert F.Barsky, Noam Chomsky.Une voix discordante, Paris, Odile Jacob, 1998, 306 p.(Version originale: Noam Chomsky, a life of dissent, publié en 1997 par ECW Press and the MIT Press, 306 p.) Depuis le début des années 50, Noam Chomsky n\u2019a cessé d\u2019exercer une réelle fascination tant au niveau de ses engagements politiques et sociaux (d\u2019une impres-sionante constance) qu\u2019au niveau de ses développements scientifiques, lesquels concernent des domaines aussi divers que la linguistique, la psychologie, l\u2019intelligence artificielle et les sciences cognitives.En écrivant son livre, Robert F.Barsky n\u2019a de toute évidence pas échappé à une telle fascination.On a donc ici affaire à une sorte de pamphlet, un livre à thèse, dont la position évidemment partisane pourra en irriter plus d\u2019un.Ainsi, on dénombre en tout et pour tout une seule critique adressée par l\u2019auteur à l\u2019endroit du grand linguiste américain lorsqu\u2019il s\u2019étonne que Chomsky n\u2019ait pas voulu clarifier la question de l\u2019holocauste lors de «l\u2019affaire Faurisson» (p.240).Certaines précautions s\u2019imposent donc face à cette thèse frôlant parfois l\u2019idolâtrie.L\u2019ouvrage, cependant, ne manque pas d\u2019intérêt, en particulier lorsqu\u2019il dévoile la formation politique de Chomsky.On connaît en effet généralement mieux son parcours scientifique, depuis le structuralisme bloomfieldien (qu\u2019il contribua à rejeter d\u2019une manière quasi définitive) jusqu\u2019aux plus récents développements du «minimalist program», en passant par sa rencontre capitale avec Z.S.Harris et son adhérence à un cartésianisme renouvelé.Ces différentes phases de sa carrière scientifique sont habilement présentées, même si le compte-rendu historique souffre parfois d\u2019un parti-pris trop inconditionnel.Les nombreuses controverses scientifiques et philosophiques que les travaux de Chomsky ont suscitées sont ainsi toujours abordées à l\u2019avantage de ce dernier, sans jamais toujours convaincre (mais comment résoudre de telles questions en si peu de pages?).En fait, l\u2019intérêt du livre se situe ailleurs, plus précisément lorsqu\u2019il dévoile la dimension sociale et politique de l\u2019individu.Barsky nous fait découvrir un jeune relations novembre 1998 Chomsky introduit très tôt aux idées des libertaires de gauche (Bakounine, Rudolf Rocker, George Orwell) et du marxisme non bolchévique (Rosa Luxembourg, Anton Pannekoek, Karl Korsch, etc.).Littéralement fasciné par les mouvements anarchistes de la guerre civile d\u2019Espagne - lesquels surent instaurer, selon lui, les premiers soubresauts d\u2019une véritable société sans classe -, il ne commet pas, selon l\u2019auteur, «l\u2019erreur» d\u2019adhérer au léninisme, stalinisme et autre maoïsme, comme le firent nombre des «libéraux» de l\u2019époque, attirés par un communisme plus traditionnel et étatique.On y découvre aussi un sioniste de gauche très engagé, farouchement opposé à la création d\u2019un État juif en Palestine, cherchant la solution dans un État laïc pouvant instaurer une réelle coopération entre Juifs et Arabes.Mais ce qui fascine le plus, c\u2019est le rejet quasi constant de toute forme d\u2019intellectualisme en ce qui concerne l\u2019action politique.L\u2019École de Francfort, le mouvement postmoderniste et la plupart des théoriciens du social sont ainsi tour à tour rejetés pour l\u2019inacessibilité et l\u2019obscurité de leur propos.Véritable leitmotiv de sa pensée politique, Chomsky n\u2019a de cesse d\u2019insister sur le caractère tout a fait évident et simple des questions politiques et sociales.Les subtilités, complexités et autres finesses caractéristiques, selon lui, de la mentalité «tour d\u2019ivoire» des intellectuels sont dénoncées, de manière virulente, en ce qu\u2019elles contribueraient à maintenir les masses dans l\u2019ignorance, les écartant du même coup des processus de prises de décision, tant au niveau national qu\u2019international.Cet antiélitisme, tout d\u2019abord frappant, s\u2019explique parfaitement à la lumière du livre, lorsque l\u2019auteur insiste sur l\u2019opposition claire et nette établie par Chomsky entre sciences dures - dans lesquelles il inclut évidemment la linguistique - et sciences humaines.Cette opposition, pour le moins classique, est reprise par Chomsky pour mieux dénoncer les sciences humaines, présentées comme des sortes de fausses sciences, plus intéréssées à maintenir l\u2019obscurité de leur vocabulaire qu\u2019à découvrir la vérité.On retrouve enfin dans ce livre un Chomsky controversé, maintes fois engagé dans des «affaires» à caractère politique et idéologique (l\u2019affaire Pol Pot, l\u2019affaire Faurisson, etc.), toujours au nom d\u2019une liberté d\u2019expression érigée en principe moral élémentaire.Chomsky apparait ainsi plus que jamais comme la conscience liber- 285 lectures du mois taire de cette fin de siècle, une conscience qui dénonce les injustices sociales, dévoile les scandales médiatiques et s\u2019attaque au néo-colonialisme.Même si leur caractère monolithique et sans concession peut parfois agacer, les positions dissidentes de Chomsky ont quelque chose de rafraîchissant, en ces jours de néo-libéralisme triomphant teinté de conformisme rampant.On eut sans doute préféré que la voix de Barsky soit, elle aussi, parfois un peu plus discordante.¦ François Cooren JOURNAL D\u2019UN AÎNÉ Louis-Philippe McComber, Mon âge d\u2019or, Ville, Berthiaume, 1998; 232 p.Mon âge d\u2019or est le journal d\u2019un aîné qui pendant quinze ans de sa vie (1980-1995) a noté quelques événements, a pris des notes pendant ses voyages.Sa page couverture est ornée d\u2019une peinture de madame Jeanne Roux-McComber, son épouse, qui représente l\u2019auteur, qui a aujourd\u2019hui 89 ans, avec son arrière-petit fils, Frédéric, deux ans.Mon âge d\u2019or raconte les découvertes et les rencontres de l\u2019auteur autant que son cheminement personnel, ses réflexions, ses doutes, ses enthousiasmes, ses joies et un peu ses peines, particulièrement aux funérailles de ses amis.Mon âge d\u2019or m\u2019a beaucoup intéressé, parce qu\u2019il est écrit par quelqu\u2019un que j\u2019ai bien connu (nous étions ensemble en Rhétorique avec le Père Paul Fontaine, s.j.) qui aimait franciser le nom de McComber et prononçait Macombère.De fait les ancêtres de Philippe, au siècle dernier, William, Paul, Plerbert signaient Macombère.Mon âge d\u2019or raconte la vie d\u2019un bon chrétien qui aime la tâche quotidienne, pour qui les messes de Noël et même les messes de chaque dimanche sont des moments de renouveau précieux pour la famille.J\u2019ai goûté ce livre tout simple qui aide à apprécier la vie quotidienne.¦ Paul Racine NDLR: le père Paul Racine, s.j.(90 ans) fut le premier secrétaire à la rédaction de la revue Relations, de 1942 à 1949.LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tColl, (sous la dir.de Jean-Pierre Dupuis et André Kuzminski), Sociologie de l\u2019économie, du travail et de l\u2019entreprise, Montréal, Gaëtan Morin Éd., 1998; 500 p.-\tJules Beaulac, Courages d\u2019Évangile, Montréal, Médiaspaul, 1998; 253 p.-\tLucien Vachon (dir.), L\u2019universalité catholique face à la diversité humaine.Actes de la 7e assemblée générale de la Conférence des institutions catholiques de théologie (CICT), Montréal, Médiaspaul, 1998; 347 p.-\tSerge Bouchard, L\u2019homme descend de l\u2019ourse, Montréal, Boréal, 1998; 224 p.-\tCanadian Centre for Policy Alternatives and Choices; A Coalition for Social Justice, Alternative Federal Budget Papers 1998, Ottawa, Canadian Centre for Policy Alternatives, 1998; 380 p.-\tColl., Tech High.Globalization and the Future of Canadian Education, Ottawa, Canadian Centre for Policy Alternatives, 1998; 223 p.-\tGideon Rosenbluth, The Keynesian Welfare State: Can we afford it, and does it work?, Ottawa, Canadian Centre for Policy Alternatives, Nov.1997, 36 p.-\tJean-Noël Pancrazi, Long séjour, Paris, Gallimard, 1998; 99 p.-\tAlbert Cohen, Belle du Seigneur, Paris, Gallimard, 1998; 1116p.-\tChristine Longaker, Trouver l\u2019Espoir face à la Mort.Un guide pour l\u2019accompagnement émotionnel et spirituel des mourants, Paris, La Table Ronde, 1998; 390 p.-\tDavid Barsamian, Entretiens avec Chomsky, Montréal, Écosociété, 1998; 170 p.-\tSerge Mongeau, La simplicité volontaire, plus que jamais., Montréal, Écosociété, 1998; 264 p.-\tColl., Face à l\u2019intégration continentale.Solidarité des Amériques.Rapport synthèse du Colloque international organisé parle Réseau québécois sur l\u2019intégration continentale (RQIC), 1997; 70 p.-\tIgnacio Ramonet, Nouveaux pouvoirs, nouveaux maîtres du monde, Montréal/Québec, Fides/Musée de la civilisation, 1996; 30 p.-\tPaul-Émile Roy, Propos sur la culture, Brassard, Humanitas, 1997; 99 p.-\tJoan Chittister, Le feu sous les cendres.Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine, Montréal, Bellar-min, 1998; 374 p.¦ à signaler ?Je suis le taon, celui qui trouble votre quiétude.Tel est le sous-titre un peu provocateur de la publication mensuelle de la Chaire d\u2019études socio-économiques de l\u2019UQAM: Le taon dans la cité.Cette revue mensuelle fournit une réflexion critique sur l\u2019actualité économique et donne des informations sur les activités de la Chaire.Contacter Pierre Dubuc au (514) 987-3000 poste 4681.?Main basse sur le Canada, de Tony Clarke, Éditions Boréal, 1998.Ce n\u2019est pas un nouveau livre mais la traduction en français de Silent Coup.Nous en avons fait la recension dans le no 637 de Relations en février 1998.?Vous vous intéressez aux incidences du virage ambulatoire et des mesures d\u2019économie sociale sur les femmes du Québec.Lisez l\u2019étude menée par l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale en partenariat avec une équipe de recherche intitulée: Qui donnera les soins?S\u2019adresser à Condition féminine Canada (613) 995-7835 ou sur le web http://www.swc-cfc.gc.ca/.286 relations novembre 1998 .T* \\7ivre ensemble ® W BULLETIN DE LIAISON EN PASTORALE INTERCULTURELLE O\t?CENTRE JUSTICE ET FOI\tSECTEUR DES COMMUNAUTÉS CULTURELLES CENTRE Vivre ensemble soutient l\u2019engagement pour une Église et une société où tous, quelles que soient leurs origines, puissent participer dans l\u2019égalité et la coresponsabilité.Ce bulletin concerne autant la population québécoise d\u2019accueil que les nouveaux arrivants.Vivre ensemble est un outil: \u2022\tde réflexion sur les enjeux de l\u2019intégration des nouveaux arrivants au Québec et du pluralisme de la société québécoise; \u2022\tde partage des expériences de rapprochement entre Québécois de toutes origines; \u2022\td\u2019information sur les divers organismes qui oeuvrent à l\u2019accueil et à une meilleure compréhension des diversités culturelles et religieuses; \u2022\tde communication pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à la question de l\u2019immigration; \u2022\tde sensibilisation aux questions de refuge.Vivre ensemble permet à ses abonnés de former un réseau de personnes passionnées, préoccupées et engagées pour une meilleure convivance et une intégration harmonieuse.À l\u2019occasion, des rencontres de réflexion, de formation et de débat sont offertes.Quelques dossiers ou articles récents: \u2022 Les Églises de rite oriental \u2022 Le synode de Montréal et les communautés ethniques \u2022 Le Québec pluriel aujourd\u2019hui et demain.La parole aux jeunes \u2022 Femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs \u2022 Quinze ans d\u2019immigration au Québec \u2022 Le jumelage: une manière de vivre ensemble \u2022 Nouveaux enjeux pour l\u2019accueil humanitaire Pour bâtir / une Eglise et une société pluri-ethnique où chacun aurait sa place Vivre ensemble paraît quatre fois par an.Abonnement annuel: 10,00$ Adresser votre chèque à l\u2019ordre du Centre justice et foi et retourner au Centre justice et foi, Secteur des communautés culturelles 25 rue Jarry Ouest, Montréal (Québec) H2P 1S6 * toutes taxes incluses.TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 relations novembre 1998 287 relations novembre 1998\t3,95$ no 645 SOMMAIRE face à l\u2019actualité Allons-nçus modifier notre façon de consommer?(Normand Breault) - La décennie des Églises solidaires des femmes (Céline Dubé) - La mémoire de novembre (André Beauchamp) - Le Guatemala en chantier pour la paix (Claude Lacaille) dossier\t263 Un monde en migration (2): les réfugiés Élisabeth Garant\tLes\tréfugiés\t264 Philippe Tremblay\tSur\tla route malgré eux\t265 François Crépeau\tÉvolution du HCR\t271 Dominique Boisvert\tLes\tdifficiles solutions\t275 259 \t\t \t\t \t\t \t\t Conception de la page couverture: Fernand Jutras.Photographie: Angelo Cavalli/SUPERSTOCK.Photographie de la page 263: John Moore/CANAPRESSE.NOS PROCHAINES SOIRÉES RELATIONS À Montréal:\tÀ Québec: L\u2019enseignement non confessionnel\tL\u2019AMI met en péril les acquis des du fait religieux\tDroits humains Au CJF, 25 Jarry Ouest\tAu Centre de spiritualité Manrèse (métro Jarry ou Castelneau)\t2370, rue Nicolas-Pinel, Ste-Foy le lundi 16 novembre 1998, à 19h30\tle lundi 30 novembre 1998, à 19h30 Renseignements: à Montréal, 387-2541.À Québec, 653-6353 Contribution volontaire: 5,00$ novembre 1998 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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