Relations, 1 janvier 1998, Janvier - Février
[" relations janvier-février 1998 3,95$ no 637 t \u2019 1\t13 * ?! g» 9 f fuust* jrouuu 977003437800002 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Dominique Boisvert, Normand Breault, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Jean-Marc Biron, Jacques L.Boucher, René Boudreault, Raymonde Bourque, Guy Dufresne, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 28,00$ (taxes incl.) Deux ans: 49,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 29,00$ Abonnement de soutien : 75,00$ Visa et Mastercard acceptés TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans \\'Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 À la veille de Noël, nous allons sous presse.Les cloches de la guignolée résonnent encore dans mes oreilles.Paroisses, pompiers, postes de radio, tous se rassemblent autour de la difficile tâche de préparer des paniers de Noël.Au Centre St-Pierre, en conférence de presse, notre collaborateur Guy Paiement questionne nos pratiques de solidarité: «Ne faudrait-il pas arrêter de parler des pauvres et nous remettre à parler des citoyens?» Sur mon bureau, le plus récent rapport du Conseil national du bien-être social, Un autre regard sur la réforme du RÉSOLUTION POUR 1998 bien-être social, constate l\u2019appauvrissement des assistés sociaux à travers le Canada.À Québec, le gouvernement Bouchard s\u2019apprête à déposer son projet de loi sur la réforme de la sécurité du revenu.Le rapport du Conseil national du bien-être social affirme que depuis le début de 1990, nous assistons à un véritable durcissement du système d\u2019assistance sociale à l\u2019égard de ceux et celles pour qui il fut conçu.Dans leur lutte contre le déficit, tant au niveau fédéral qu\u2019au niveau provincial, les gouvernements ont ciblé d\u2019abord et avant tout les membres les plus faibles de la société.L\u2019effet incontestable de ces politiques est d\u2019avoir rendu l\u2019ensemble des pauvres encore plus pauvres, et cela sans que l\u2019on se soit attaqué aux véritables causes de leur situation.Depuis son arrivée au pouvoir, en 1994, le gouvernement pé-quiste s\u2019enorgueillit de chercher des solutions nouvelles.Il a succédé à un gouvernement libéral qui livrait une véritable guerre idéologique contre les prestataires de la sécurité du revenu.Pourtant, malgré les quelques adoucissements de contrôles introduits par le gouvernement péquiste, en 1997, les revenus des prestataires ont baissé.Plus d\u2019un quart des ménages de prestataires aptes au travail ont subi une pénalité pour le partage du logement.L\u2019imposition des prestations ainsi que le régime d\u2019assurance-médicaments ont permis au gouvernement de récupérer des dizaines de milliers de dollars des poches de ceux qui, par définition, ont le moins d\u2019argent.En 1997, j\u2019ai contribué à plus d\u2019un panier de Noël.Avec honte.C\u2019est un aveu d\u2019échec.Un échec d\u2019abord politique, mais aussi moral.Comme société, nous n\u2019avons pas encore appris à garantir la dignité et le bien-être de chacun et de chacune.Une résolution donc pour 1998: travailler à ce que nous n\u2019ayions plus besoin de paniers de Noël.Et pourquoi pas cette autre: accompagner chaque geste de partage d\u2019un acte politique qui vise à éliminer l\u2019injustice et à contrer l\u2019exclusion.Carolyn Sharp 2 relations janvier-février 1998 à l\u2019actualité avec Dominique Boisvert, Normand Breault, Diane Gariépy et Julien Harvey JUBILÉ DE L\u2019AN 2000 Annuler la dette: une obligation de justice pour empêcher l\u2019enrichissement de quelques-uns et l\u2019appauvrissement des autres.an 2000 est à nos portes.Il reste moins de 750 jours avant le début du troisième millénaire! À Paris, la tour Eiffel en fait déjà le décompte sur un de ses balcons.Chez les grandes compagnies et dans les gouvernements, on se creuse la tête pour savoir comment les ordinateurs vont franchir le pas entre le 1999 et le 2000.Comme cela s\u2019est produit à l\u2019approche de chacun des deux premiers millénaires, des sectes à discours apocalyptiques, des regroupements annonçant la fin du monde et s\u2019y préparant se font jour, avec une popularité certaine.Moins précis comme phénomène, plus diffuse mais pourtant très réelle, l\u2019aspiration profonde à un monde meilleur et plus équitable s\u2019exprime de multiples façons.Elle est alimentée, en particulier, par la conscience toujours plus vive des écarts grandissants entre riches et pauvres et par les menaces écologiques, comme celle de la destruction de la couche d'ozone.Même si cela ne se traduit pas toujours par un engagement concret à changer les choses, les hommes et les femmes de maintenant sont mûrs pour une nouvelle ère.De son côté, la tradition biblique et chrétienne se trouve en quelque sorte revitalisée, en ces jours de fin de millénaire.Les chrétiens de partout dans le monde et de toutes dénominations ont déjà commencé à se préparer pour fêter le deuxième millénaire de la naissance de Celui qui les réunit au-delà de leurs différences.Pour ce milliard de personnes de tous les coins du monde, Jésus-Christ, venu accomplir les Écritures, renvoie à cette tradition de justice et de partage que décrivent bien ces deux textes bibliques: «Au bout de sept ans, tu feras la remise des dettes.Et voici ce qu\u2019est cette remise: tout homme qui a fait un prêt à son prochain fera remise de ses droits: il n\u2019exercera pas de contrainte contre son prochain ou son frère, puisqu\u2019on a proclamé la remise pour le Seigneur».(Deutéronome 15, 1-2) «Vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants; ce sera pour vous un jubilé; et chacun de vous retournera dans sa propriété.Vous mangerez ce qui pousse dans les champs.Que nul d\u2019entre vous n\u2019exploite son compatriote; c\u2019est ainsi que tu auras la crainte de Dieu.Car c\u2019est moi, le Seigneur, votre Dieu».(Lévitique 25, 10.12.17) C\u2019est à cette tradition, à son esprit et à ses exigences, que Jean-Paul Il nous réfère quand, dès 1994, il lance le mouvement de préparation à la célébration du Jubilé, moment privilégié pour actualiser cette invitation à la mise au repos de la terre, à la libération des esclaves et à la remise de la dette.Dans notre monde d\u2019aujourd\u2019hui, des peuples entiers ont à choisir entre nourrir leurs enfants et payer leur dette, souvent contractée par un pouvoir éloigné de leurs intérêts réels.Trop d\u2019enfants travaillent comme des bêtes de somme, empêchés d\u2019aller à l\u2019école et de vivre leur enfance.Les ressources naturelles se voient menacées par l\u2019improvisation et la recherche du profit immédiat.Devant ces situations inacceptables, les hommes et les femmes de ce temps, plus ou moins consciemment, aspirent à une société plus juste, à quelque chose comme un Jubilé.Ayant bien cerné cette proximité des aspirations des hommes et des femmes de cette fin de millénaire et de ceux et celles qui relations janvier-février 1998 3 face à l\u2019actualité se reconnaissent chrétiens, des organisations comme Développement et Paix, en lien avec d\u2019autres organismes catholiques semblables en Europe et aux États-Unis, et avec des groupes d\u2019ici, religieux et séculiers, vont se joindre à un vaste mouvement mondial pour la remise de la dette qui écrase de nombreux peuples pauvres.La pétition qui circulera, dans les mois à venir, sera articulée autour des points suivants: les prêteurs ont poursuivi leur intérêt, sans se soucier de la capacité de rembourser des emprunteurs; ces derniers étaient souvent des pouvoirs illégitimes, très peu soucieux des intérêts véritables des peuples qu\u2019ils dirigeaient; les prêts consentis ont déjà été largement remis et ont rapporté considérablement; le service de la dette compromet la satisfaction de besoins essentiels des peuples, comme l\u2019alimentation, l\u2019éducation et la santé; il y a obligation, pour les pouvoirs en place, d\u2019investir l\u2019argent de la remise dans des programmes publics utiles aux peuples; il faudrait une vérification externe de l\u2019application de cette mesure; et qu\u2019on adopte des mesures pour que ne se renouvelle pas pareille accumulation de dettes.Cette pétition est un intéressant moyen pour rendre présent l\u2019esprit du Jubilé et rejoindre l\u2019état d\u2019esprit des hommes et des femmes de cette fin de millénaire, quel que soit leur credo.Il ne faudrait pas manquer cette occasion d\u2019embarquer dans le mouvement.Des millions de signatures devraient venir appuyer cette demande.Durant les mois qui viennent, de très nombreuses initiatives seront prises et proposées pour «changer le monde».Un bon critère de choix pourrait être la capacité plus ou moins grande de ces dernières de libérer concrètement et efficacement les esclaves, de répartir les richesses et de respecter la nature, caractéristiques d\u2019un monde auquel tous et toutes aspirent.¦ Normand Breault CHIALEUX, SACHEZ CHIALER! On nous a appris à ne pas trop nous plaindre.Pourtant porter plainte est souvent un geste civique! Lalancette, 69 ans, fait des crises d\u2019angine.Le premier médecin consulté, en février dernier, lui a dit qu\u2019il devra passer par l\u2019opération et que son état de santé est à prendre au sérieux.Rendez-vous pour passer un test, rendez-vous chez le médecin.Re-test plus sophistiqué et re-rendez-vous pour le diagnostic.Re-re-re test et re-re-re rendez-vous post-test.Sérieux?avait dit le médecin?Risque d\u2019infarctus?C\u2019était il y a dix mois et l\u2019opération n\u2019a toujours pas eu lieu.Crèvera, ou crèvera pas avant l\u2019opération?C\u2019est que, voyez-vous, M.Lalancette est une personne affable - patiente - positive-civilisée et qui fait généralement confiance aux institutions.Comme plusieurs de ses concitoyens, il ne voudrait surtout pas se plaindre, et encore moins porter plainte en période de compressions dans les soins de santé et passer pour un chiâleux.Chialeurs, chialez sans chagrinl Porter plainte, c\u2019est pourtant ce que les «patients» (comme ils portent bien leur nom!) devraient faire plus souvent.Car porter plainte, ce n\u2019est pas la même chose que se plaindre.Cela ne se résume pas à maugréer pour se soulager d\u2019un sentiment d\u2019impatience ou de colère.Porter plainte, c\u2019est prendre le temps de poser un geste civique positif, qui pourra s\u2019avérer utile non seulement pour soi mais pour la collectivité.Se plaindre où?DANS UN GRAND HÔPITAL, vit un ombudsman qui, à l\u2019instar du réparateur Maytag, s\u2019ennuie énormément si on ne lui téléphone pas de temps à autre.Pas de plaintes, pas de travail! À l\u2019hôpital Notre-Dame, l\u2019ombuds.woman, c\u2019est madame Brigitte St-Pierre.Au printemps dernier, lors d\u2019une émission d\u2019affaires publiques à Télé-Québec, elle a encouragé les usagers du service de l\u2019hôpital à porter plainte quand ils ne sont pas contents.Rejointe au téléphone, elle m\u2019a rappelé que, depuis 1993, la Loi 120 oblige les grands établissements à se doter d\u2019un poste d\u2019ombudsman chargé de recevoir les plaintes des usagers du service de santé.Même si ce poste n\u2019a pas le poids du protecteur du citoyen, il constitue quand même un bon indicateur, pour le gouvernement, du taux de contentement (mécontentement) des citoyens à l\u2019égard des services de santé.Au quotidien, l\u2019ombudsman reçoit les lettres des plaignants.Elle prend tout de suite contact avec ces personnes.Des fois, sa tâche se résume à écouter un patient désemparé et à désamorcer une colère injustifiée.Mais, le plus souvent, l\u2019ombudsman aide à régler des problèmes de communications entre les services, à accélérer le traitement de dossiers, et aussi à encourager, le cas échéant, à loger une plainte «plus haut» à la Régie régionale, voire au ministère de la Santé.Rien de moins! Poste récupérateur que celui de l\u2019ombudsman?Mme St-Pierre rit quand je lui pose cette question, car elle est très consciente des limites de son travail.Elle est une employée de l\u2019hôpital et non une vérificatrice externe.Pouvoir limité de celle qui ne peut pas mordre la main qui la nourrit.Toutefois, les plaintes étant toutes notées, compilées et acheminées toujours plus haut, on peut considérer ce processus comme une sorte de sondage permanent.À la STCUM, pas d\u2019ombudsman mais, pour la première fois en Amérique, dans un service public de transport, on a mis sur pied un comité d\u2019examen des plaintes.Et c\u2019est sérieux! Les plaintes sont notées et compilées, puis traitées, c\u2019est-à-dire acheminées au secteur concerné, et même objet d\u2019enquête quand c\u2019est plus grave (voies de fait, grossièreté, etc.).Le comité est composé de la présidente de la STCUM, d\u2019un représentant de Transport 2000 Québec (le chien de garde des transports en commun), d\u2019un étudiant, d\u2019une personne des communautés 4 relations janvier-février 1998 face à l\u2019actualité culturelles et d\u2019une personne âgée auxquels s\u2019ajoute un représentant du service de surveillance, un du service souterrain, et un autre du service de surface.En 1994, 11 703 plaintes furent compilées.M.Charles Tanguay, le représentant de Transport 2000 Québec, me confirme que les vagues de plaintes sont traitées sérieusement et avec célérité.Le meilleur exemple est sans doute celui de l\u2019implantation des nouveaux autobus à plancher bas.Suite aux plaintes, ils seront bientôt retirés et corrigés.On doit aussi à un petit groupe d\u2019irréductibles la décision de la STCUM de revenir à des lisières de billets à 8$ plutôt que de n\u2019offrir que celles à 16$, trop coûteuses pour les usagers occasionnels et les gens «cassés».Un observateur malin aurait remarqué que les escaliers mécaniques seraient moins souvent en panne dans l\u2019Ouest de la ville que dans l\u2019Est.Il attribuerait cette situation au fait que les anglophones se plaindraient plus vite et plus souvent.À première vue, M.Tanguay pense qu\u2019il pourrait avoir raison.À Radio-Canada, les commentaires et plaintes viennent compléter les sondages par cotes d\u2019écoute.Un commentaire télépho- nique est transmis à la direction, tandis que les lettres reçoivent toujours réponses écrites, les plus étoffées ayant droit à des lettres.plus étoffées.Là encore, les plaintes sont compilées et acheminées à qui de droit dans les services concernés.Bref.Nos grosses institutions semblent le plus souvent pourvues de mécanismes de contrôle du degré de satisfaction de leurs usagers.Que ce soit dans le privé ou dans les services publics, on s\u2019attend à ce qu\u2019on rouspète! Autant en profiter! Aussi, n\u2019oublions pas que nos élus locaux, nos députés, ont besoin de notre appui pas seulement pendant les joutes électorales, mais aussi après les élections, en leur indiquant clairement ce qu\u2019on veut qu\u2019ils disent en Chambre, et quels dossiers privilégier.Et quand on sait que nos élus gouvernent par sondages, allons-y gaiement de nos opinions entre les élections! À répéter trois fois.Un chialeux pas chiche ne chiale pas en cachette.Un chialeux pas chiche chiale pour chacun sans chichi et sans charrier de son chirurgien chez l\u2019archiduchesse qui chuchotera la chose à ses chefs.C\u2019est cent fois Chouette! ¦ Diane Gariépy JACQUES VILLENEUVE EST-IL QUEBECOIS?L\u2019identité, nationale et autre, est un phénomène en mutation profonde.Mais voyons! Ça va de soi! Les milliers de fans réunis au Complexe Desjardins, un dimanche matin, ou au Centre Molson, un mercredi après-midi, pour assister à la course finale ou acclamer le champion du monde de Formule 1 vous le diront: Jacques Ville-neuve, c\u2019est notre champion.Québécois?Après tout, il est bien né au Québec, même s\u2019il a déménagé à Monaco, avec toute sa famille, depuis l\u2019âge de six ans, a fait ses études en Suisse et fait carrière un peu partout dans le monde et à peu près pas ici.Serait Québécois celui qui est né au Québec?Mais alors, qu\u2019en est-il de notre grand sprinter québécois qu\u2019est Bruny Surin?Il est pourtant né en Haïti, tout comme notre champion du monde du 100 mètres, le Canadien Donovan Bailey, est né dans les Caraïbes.Et le plus puissant serveur actuel au tennis, Greg Rusedski, pourtant né à Pointe-Claire et formé ici, est-il encore considéré par quelqu\u2019un comme une vedette québécoise (ou canadienne) depuis qu\u2019il a décidé de porter les couleurs de la Grande-Bretagne?Tandis que les frère et soeur Duchesnay, un des couples les plus innovateurs en patinage artistique, ont conservé l\u2019attachement de leurs fans québécois et canadiens même quand ils ont été poussés, par les circonstances, à représenter la France dans les compétitions internationales.Le lieu de naissance n\u2019aurait donc rien à y voir.Les Québécois revendiquent massivement Céline Dion comme leur Céline et reconnaissent certainement Anne Hébert comme l\u2019une de leurs plus grandes poètes et écrivaines, Jean-Paul Riopelle comme l\u2019un de leurs plus grands peintres, Léopold Si- moneau et Pierrette Alarie comme deux de leurs plus grands chanteurs d\u2019opéra et Geneviève Bujold comme l\u2019une de leurs plus grandes comédiennes de cinéma.Pourtant, tous ces gens ont vécu, ou vivent encore la plus grande partie de leur carrière à l\u2019étranger, y ayant très souvent installé leur résidence principale.La même chose est d\u2019ailleurs vraie au Canada anglais, avec les cinéastes comme Norman Jewison, les comédiens comme John Candy, les écrivains comme Nancy Houston, les présentateurs de télévision comme Peter Kent, etc.Le lieu de résidence n\u2019aurait rien à y voir non plus.Qui donc est Québécois (ou Canadien)?Celui qui se dit ou se sent «du pays»?De quel pays serait alors Jacques Villeneuve, lui qui prend un soin jaloux de n\u2019être conscrit par personne et de se dire (ici du moins) aussi bien Canadien que Québécois?Ne se dit-il pas aussi Européen et Monégasque?De quel pays est l\u2019ancien Glorieux Serge Savard?Ou les écrivains Mordecai Richler et Neil Bissoondath?Ou les artistes Jim Corcoran, Ginette Reno ou Roch Voisine?Ou les journalistes Josh Freed, Lysiane Gagnon ou Michel Vastel?L\u2019identité nationale aurait-elle plutôt à voir avec l\u2019endroit où l\u2019on paie ses impôts?Grant Connell est sans doute l\u2019un des joueurs de tennis qui aura le mieux servi le Canada: et pourtant il est résident des Bahamas.Le Cirque du Soleil est l\u2019un de nos meilleurs ambassadeurs artistiques à travers le monde: pourtant, il a maintenant aussi des entités corporatives permanentes en Europe et en Asie.Se pourrait-il que nous ayons tendance, comme tous les peuples d\u2019ailleurs, à être peu «regardants» et particulièrement «ou- relations janvier-février 1998 5 face à l\u2019actualité verts» quand il s\u2019agit de nous accaparer du succès de l\u2019un des nôtres?Comme pour faire de Norman McLaren, né et formé en Angleterre, l\u2019un de nos plus grands cinéastes d\u2019animation?Ou de Tshimanga Biakabutuka, né au Zaïre mais vivant au Québec, l\u2019un de nos plus grands espoirs au football américain?Il n\u2019y a rien de mal à cela.Mais il faudrait être conséquent! Si les immigrants ou réfugiés d\u2019Europe de l\u2019Est, des Caraïbes ou du Zaïre sont les nôtres quand ils deviennent des vedettes, c\u2019est qu\u2019ils sont aussi des nôtres dans les jours moins glorieux.Si nous sommes prêts à nous approprier la réussite de ceux et celles qui excellent dans leur domaine sans même leur demander leur avis, il faut accepter que ces stars ne se sentent guère liées par nos confiscations identitaires.Au fond, ces appropriations du vedettariat ne devraient-elles pas nous inviter à réfléchir sur les doubles ou multiples identités?Car beaucoup de gens sont de plus en plus mobiles: pour des raisons de travail, d\u2019études, d\u2019immigration ou de simple tourisme, on appartient souvent, successivement ou simultanément dans sa vie, à plusieurs mondes.Même après des générations, on reste le plus souvent à la fois Haïtiens et Québécois, Sri Lankais et Canadien, Huron et Québécois-Canadien, etc.Et combien de temps faut-il à un Gaspésien ou un Jeannois pour n\u2019être plus qu\u2019un Montréalais?L\u2019identité, nationale et autre, est un phénomène en mutation profonde.Mondialisation des technologies et des communications et mobilité croissante des personnes provoquent des brassages sans précédent et transforment les pôles de référence.Il faut donc accepter de recomposer patiemment les identités, sous des formes largement inédites.L\u2019engouement pour Jacques Villeneuve, particulièrement chez les jeunes, est un révélateur des déplacements actuels: il symbolise pour eux le citoyen du monde, qui transcende les frontières et les conventions, et qui le fait avec panache et succès.Québécois, Jacques Villeneuve?Peut-être, mais à la manière de l\u2019an 2000.¦ Dominique Boisvert LE SYNODE POUR L\u2019AMÉRIQUE ET LA RAPIDITÉ DE L\u2019HISTOIRE Des experts ont élaboré un cadre abstrait, qui ne favorise pas des discernements spirituels adaptés.annonce d\u2019une série de synodes continentaux par le pape Jean-Paul II, en novembre 1994, a été accueillie avec intérêt.Même l\u2019idée de réunir les deux Amériques en une seule.Et voilà que nous sommes en Synode pour l\u2019Amérique, à Rome, du 16 novembre au 12 décembre.La délégation canadienne est de quinze personnes, dont dix évêques.L\u2019assemblée entière est de 250 personnes.Que peut-on en attendre, dès maintenant?D\u2019abord au niveau de la préparation: elle a peu attiré l\u2019attention de l\u2019Église et moins encore celle des médias.Il y a là un avantage: celui de pouvoir réfléchir librement, sans pression extérieure.Mais aussi un inconvénient: celui de négliger l\u2019analyse sociale, de manquer de signes des temps.Cela a fait que le thème du Synode est trop complexe: «La rencontre avec Jésus Christ vivant, chemin pour la conversion, la communion et la solidarité en Amérique».Il est déjà visible que cela permet de disperser les interventions et de brouiller l\u2019objectif.Plus grave est l\u2019observation des signes des temps: le Document de travail, publié très tard (septembre 1997), a été fait par des experts qui, comme d\u2019habitude, ont arrondi les coins des réponses à la première enquête.On se retrouve avec un texte de 70 pages, un texte bien structuré et bien appuyé sur la Bible, mais qui pourrait avoir été écrit en 1960, pour l\u2019Europe.On n\u2019y trouve rien sur la mondialisation de l\u2019économie, ni sur les alliances internationales; on n\u2019y trouve qu\u2019une idée de la culture, celle de Rome, qu\u2019une idée de l\u2019autorité dans l\u2019Église, celle de Rome, qu\u2019une idée de la fonction historique de l\u2019Église en Amérique, celle de la charité, en oubliant celle de la justice.Les femmes sont pratiquement absentes, les autochtones sont rappelés au passé, les sectes sont jugées très négativement, les jeunes sont invisibles.Et le pape Jean-Paul, même s\u2019il est présent et sympathique, est beaucoup trop cité : 67 fois sur 102 références, alors que le Concile Vatican II n\u2019est cité que 18 fois.Les communautés de base apparaissent en un paragraphe (no 35), sans qu\u2019on en signale l\u2019importance, le New Age de même (no 47-48), sans qu\u2019on le reconnaisse comme une voie spirituelle importante.On peut facilement ajouter d\u2019autres signes d\u2019une rédaction par des experts qui ne comprennent pas la rapidité de l\u2019histoire, en Amérique et ailleurs.Si bien que le cadre de réflexion ne favorise pas les discernements spirituels adaptés.Jusqu\u2019où les évêques et autres participants sauront-ils dépasser ce cadre abstrait?On peut déjà le voir dans la première phase d\u2019interventions de huit minutes.Les intervenants canadiens sont demeurés à l\u2019intérieur du Document de travail sur la vie humaine, sur l\u2019immigration, sur la collaboration avec l\u2019Amérique latine, sur les médias, sur l\u2019écologie, sur la formation à la solidarité.Ils l\u2019ont dépassé sur la communauté et les ministères, sur la globalisation de l\u2019économie, sur la recherche spirituelle dans les nouveaux mouvements religieux, sur l\u2019importance du dialogue dans l\u2019inculturation de l\u2019Évangile.Cela fait tout de même une assez bonne moyenne.Mais il reste que le Synode pour l\u2019Amérique indique jusqu\u2019ici que son rythme n\u2019est pas celui de l\u2019histoire.En janvier 1998, nous nous retrouverons encore au ralenti, attendant une mise à jour, un aggiornamento, que seul un prochain concile pourrait nous donner.À condition qu\u2019il n\u2019ait pas lieu au Vatican et qu\u2019il adopte une méthode où la synthèse des experts ne remplace pas la réalité.¦ Julien Harvey 6 relations janvier-février 1998 vmr ***** L\u2019énigmatique Ville de Laval: jardin ou technopole?Le Centre de la nature, Ville de Laval dossier A LA DECOUVERTE DE LAVAL par Carolyn Sharp Faire un dossier sur Ville de Laval?Quelle idée! Le mélange de rires étonnés et d\u2019encouragement chaleureux qu\u2019a d\u2019abord suscité notre proposition confirme la complexité de l\u2019entreprise.Deuxième plus grande ville du Québec, Laval ploie sous le poids des clichés, des mythes et des préjugés.Banlieue, dortoir, campagne, jardin, technopole.En dehors de ces idées reçues, souvent très confuses, il n\u2019existe guère de réflexion approfondie sur Laval.Du moins, c\u2019est ce que nous ont affirmé plusieurs chercheurs chevronnés: de nombreuses études spécialisées en aménagement urbain, oui; des efforts concertés dans le but d\u2019articuler une vision d\u2019ensemble de ce que représente Laval, tant sur le plan social que politique, non.Dans un tel contexte, faire un dossier sur Laval s\u2019avère une entreprise pour le moins hasardeuse.Une série de conversations téléphoniques a permis un premier constat.Ville de Laval, c\u2019est beaucoup de choses pour beaucoup de monde.La vision qu\u2019en a le monde des affaires n\u2019est certes pas celle des écologistes.Chez les Montréalais, nous décelons un snobisme tranquille à l\u2019égard de la ville-banlieue.Chez les La-vallois, nous rencontrons une véritable fierté, ainsi qu\u2019une méfiance à l\u2019égard d\u2019un regard trop montréalais.Enfin, de la part d\u2019une jeune chercheuse, nous avons reçu cette mise en garde: il faut à tout prix éviter de recycler les vieux mythes.Pour le monde des affaires, Laval est la technopole de l\u2019avenir, où une activité économique dynamique côtoiera un milieu de vie riche et varié.D\u2019une part, on souligne la présence d\u2019activités de pointe, notamment en biotechnologie, en aérospatiale, en cybernétique, en horticulture.D\u2019autre part, on affirme avec insistance que l\u2019ancienne étiquette de ville-dortoir exprime mal le pouvoir économique qu\u2019exercent les La-vallois.Avec un revenu familial moyen de 51,582$, ils représentent un marché exceptionnel, d\u2019autant plus que la plus grande partie des dépenses des résidents de Ville de Laval s\u2019effectue sur l\u2019île Jésus.Tous, cependant, ne partagent pas cet optimisme confiant.Plusieurs décrient un développement sauvage.Parmi eux, nous retrouvons les environnementalistes, pour qui la trilogie auto-bungalow-banlieue est au coeur d\u2019un modèle de développement non durable.Les coûts sociaux et écologiques faramineux, dit-on, appauvrissent l\u2019ensemble de la région montréalaise.Derrière ces critiques se dissimulent, bien sûr, les antagonismes entre ville et banlieue, mais aussi des questions de fond quant aux choix qui animent notre projet collectif.La volonté d\u2019exister comme ville marque clairement l\u2019expérience lavalloise.Aussitôt Deuxième plus grande ville du Québec, Laval ploie sous le poids des clichés, des mythes et des préjugés.après ce constat, une question se pose: où est la cité?Existe-t-elle?Pour les développeurs, la réponse se résume à la création d\u2019un centre-ville.Mais au-delà des projets immobiliers, ne faudrait-il pas parler de l\u2019absence ou de la présence de débat public?Plusieurs commentateurs soulignent la nécessaire fragilité de la vie politique dans une ville qui demeure, encore aujourd\u2019hui, la création de technocrates qui ont fait fi des dynamiques propres des quatorze noyaux villageois fusionnés en 1965.D\u2019autres insistent sur le chevauchement unique des structures gouvernementales, car Laval est à la fois une région administrative, une MRC et une ville.La multiplication des lieux décisionnels, alors que ce sont les mêmes personnes qui occupent les leviers du pouvoir, tend à étouffer tout débat politique.Notre dossier veut donc contribuer à percer le silence qui entoure Ville de Laval.Nécessairement exploratoire, il tente de mettre au jour les débats qui dorment au coeur de la vie lavalloise.Notre premier article fournit une mise en scène pour explorer cette ville.Les urbanistes Claude Manzagol et Gilles Sénécal examinent les tensions qui subsistent à Laval, entre ses ambitions de devenir la ville-centre de la couronne Nord de la région métropolitaine et son attachement à un mode de vie banlieusard, à la frontière de la vie urbaine et de la campagne.C\u2019est au carrefour de ces tensions que logent les questions de fond qui concernent l\u2019avenir lavallois.Dans notre deuxième article, Laval Beaulieu nous propose le regard d\u2019un citoyen sur sa ville.Dans cette ville, souligne-t-il, tout est possible, le meilleur et le pire.Mais pour réaliser le meilleur, il faudrait dépasser les slogans et renforcer le rapport des Lavallois à une citoyenneté municipale réelle, active et réflexive.Or, prétend-t-il, il existe sur le territoire de l\u2019île Jésus des dynamiques communautaires et collectives susceptibles de faire naître une telle citoyenneté.D\u2019ailleurs, c\u2019est de ces dynamiques, et non d\u2019un quelconque projet de construction d\u2019un centre-ville, que pourrait émerger la vie de la cité.Dans le troisième article de notre dossier, nous abordons la question du projet social qui anime Ville de Laval.Nicole Brais et Nathalie Chicoine explorent la vie en banlieue à travers la lunette des femmes qui l\u2019habitent.Pour la grande partie des habitants de la banlieue, l\u2019attrait de Laval repose essentiellement sur la qualité de vie que l\u2019on y retrouve.À partir des entrevues réalisées auprès de femmes dans la région de Québec et de Montréal, Brais et Chicoine mettent en évidence les contours de cette «qualité de vie» tant recherchée, et elles nous invitent à nous débarrasser des prêts-à-penser.¦ 8 relations janvier-février 1998 «EDGE CITY» EN POINTILLE, CITÉ-JARDIN INCERTAINE par Claude Manzagol et Gilles Sénécal1 Sv-VL*- -m ' ¦»>: SW P# 4.?** HmLlÜBi \t La Maison industrie, commerce, tourisme.Ville de Laval est une créature relativement récente, née de la fusion de quatorze municipalités.Tout en jetant un regard lucide sur cette ville banlieue qui émerge en partie de la ruralité, deux spécialistes se demandent à quelles conditions elle peut devenir la «technopole» et la ville-jardin qu\u2019elle souhaite être?La création de Laval en 1965 marque le passage d\u2019un espace rural, avec un domaine agricole avoisinant les 85% de la super- 1.\tClaude Manzagol est professeur au département de géographie de l\u2019Université de Montréal.Gilles Sénécal enseigne à l\u2019INRS-Urbanisation.2.\tLe document propose tout de même, à titre de politique d\u2019aménagement, la préservation des zones agricoles rentables (p.C-39).On peut croire ici que cela s\u2019oppose à l\u2019objectif d\u2019en arriver à une ville d\u2019un à deux millions d\u2019habitants (p.C-36).Par ailleurs, une carte annexée présente les différentes zones sans identifier d\u2019aucune façon une quelconque zone agricole.ficie totale de l\u2019île (terres cultivées, défrichées ou améliorées) vers la fin du siècle dernier (Pelletier, 1961, p.37), à un espace urbanisé, faisant partie du noyau central de l\u2019agglomération.La fusion des quatorze municipalités en une seule ville, le 6 août 1965, visait en quelque sorte à permettre l\u2019entrée dans la modernité, l\u2019agriculture restant le fait de la société traditionnelle contestée (Archambault et Godbout, 1988).Le premier schéma d\u2019aménagement, déposé en 1970, ne faisait pas de cachette: «éventuellement l\u2019agriculture devra faire place à l\u2019urbanisation sur l\u2019ensemble du territoire» (Laval, 1970, p.c-13)2.Il formule l\u2019objectif d\u2019augmenter la densité rési- dentielle, comme il prévoit aussi la protection des boisés.Dès les débuts, le projet lavallois poursuit deux objectifs urbanistiques bien ciblés, d\u2019ailleurs jamais atteints, qui réapparaissent à intervalles réguliers dans la vie municipale.Le premier est très certainement la création d\u2019un centre-ville ou, à défaut, d\u2019une centralité puissante à l\u2019intérieur de l\u2019agglomération métropolitaine.Le second est de préserver, sinon d\u2019aménager, un environnement de qualité, plus particulièrement par l\u2019intégration des espaces naturels disponibles, notamment les boisés, au développement urbain.L\u2019ambition technopolitaine Le déferlement pavillonnaire (les résidences unifamiliales) des années 60 et 70 a engendré une vaste banlieue-dortoir ignorée par l\u2019industrie.Cette ville se cons- relations janvier-février 1998 9 VILLE DE LAVAL EN CHIFFRES\t\t Superficie: 245 km2\tEmplois selon le secteur:\t \tSecteur primaire\t1% Population: 322,444\tIndustries\t14% 0-19 ans 26,09%\tConstruction\t10% 20-44\t40,33%\tServices\t75% 45-64\t23,57%\t\t 65+\t9,02%\tEmplois selon la profession:\t \tAdministrateurs\t14% Langue maternelle:\tProfessionnels\t17% Français\t76,30%\tCols bleus\t43% Anglais\t6,63%\tCols blancs\t25% Autres\t13,02%\tAutre\t1% Multiples\t4,02%\t\t Personnes par ménage: 2,7\tLogement:\t \tMaison\t59,57% Revenu familial moyen: 51 582$\tAppartement\t39,69% Revenu des particuliers (15 ans +):\tAutre\t0,75% Hommes Femmes\tValeur moyenne 123 141$\t -9 999$\t16,86% 33,19%\tPropriétaire\t63,85% 10 000$-24 999$ 27,58% 41,06%\tLocataire\t36,15% 25 000$-39 999$ 28,52%\t19,38%\tLoyer moyen (4 V2):\t486$ 40 000$ +\t27,05%\t6,37%\t\t Salaire moyen 30 535$ 14 995$\tTransport:\t \tVéhicules immatriculés 186 397\t Heures travaillées par semaine:\tTitulaires de\t Homme 40\tpermis de conduire\t203 526 Femme 33\t\t Total\t37\tTransport en commun:\t Catégorie de travailleur:\tTarif adulte\t2,60$\t Employé\t90,98%\tVéhiculés\t220\t Travailleur autonome\t8,82%\tUsager par km 1,19\t Trav.familial non rémunéré 0,19%\t\t Taux de chômage: 10%\t\t Taux d\u2019activité: 69,3%\tSource:\t \tLaval: dossier statistique, juin 1996\t truit de manière désordonnée, sous l\u2019impulsion des promoteurs locaux et d\u2019une administration municipale pressée de développer.Vers 1980, il y a à Laval, moins de 4000 emplois manufacturiers et, comme dans nombre de municipalités du Québec où les parcs industriels ont bourgeonné depuis 1960, les entreprises restent clairsemées.La greffe a pris dans les années 80, entre les crises, et les parcs industriels se sont peuplés: entre le Parc de l\u2019Est, au long de la route 440, le Parc du centre au carrefour des autoroutes, et la Zone Ouest au long de la A-13, Laval affiche maintenant 20 000 emplois manufacturiers, pour l\u2019essentiel dans des PME, qui couvrent une large gamme de fabrications: alimentation, métallurgie légère, imprimerie, sous-traitance aéronautique, etc.Mais la grande fierté de Laval, c\u2019est son Parc technologique.Fascinée par les succès de la Silicon Valley et de la route 128, l\u2019Amérique des années 80 a pris la fièvre des parcs scientifiques où, dans la verdure, laboratoires et usines nouvelles - « la technologie dans un jardin » - génèrent la croissance de la «nouvelle économie».De Cambridge à Sophie-Antipolis, les villes d\u2019Europe se lancent dans les courses aux technopoles.Le CITEC est chargé des espoirs de relance de Montréal.En 1987, Laval s\u2019associe avec l\u2019Institut Armand-Frappier et la Corporation de développement économique, dans un projet de parc technologique devenu Laval Technopole.La recette est connue: réunis dans un cadre agréable, dotés des facilités de communications les plus modernes, laboratoires de recherche, antenne universitaire, entreprises innovatrices, sociétés d\u2019expertise-conseil et de capital de risque.entrent en interaction positive; la proximité fa- La fusion des quatorze municipalités en une seule ville visait en quelque sorte à permettre l\u2019entrée dans la modernité, l\u2019agriculture restant le fait de la société traditionnelle contestée.vorise la fertilisation croisée, les synergies.De ce milieu innovateur, essaiment de nouvelles entreprises qui génèrent de nouveaux produits, de nouveaux procédés.La recette est connue., mais le succès n\u2019est pas toujours au rendez-vous, et souvent même quand les entreprises viennent, elles cherchent surtout à capitaliser sur le prestige et l\u2019image de dynamisme et de modernité qui accompagnent les parcs technologiques; mais les collaborations parfois ne se font pas et la synergie reste un discours.De ce point de vue, Laval est bien partie: l\u2019Institut Armand-Frappier est garant d\u2019une recherche qui génère des produits commerciaux (comme le célèbre antiviral 3TC): ses retombées, Biochem Pharma et Biovac - ce dernier maintenant à Québec - sont des éléments importants du «biopôle» (pharmacie et biotechnologie) qui se constitue avec des filiales de multinationales comme Boehringer, Hoechst et une douzaine de PME de pharmacie et de biotechnologie.Pour stimuler la création d\u2019entreprises, le Centre québécois d\u2019innovation en biotechnologie (partenariat de Laval Technopole, Institut Armand-Frappier et Inno-Centre Québec) a fonction d\u2019incubateur pour assurer le démarrage de nouvelles entreprises high-tech, en leur donnant un accès aux équipements, techniques de pointe, expertises de gestion et de financement, dont les premiers bénéficiaires sont Quantum, Bio K et Cirion.Si les succès sont moins évidents dans le secteur de l\u2019information et de l\u2019aéronautique (l\u2019agropôle, l\u2019infopôle, l\u2019aéropôle.demeurent en pointillés), Laval Technopole mène une action dynamique, et l\u2019élaboration d\u2019un «technopole» vigoureux est en très bonne voie.Quant à être la technopole de Montréal - au sens propre la ville qui 10 relations janvier-février 1998 ¦ cherche, qui trouve, qui crée - c\u2019est une question de slogan, car il y a encore loin de la coupe aux lèvres.La quête d\u2019un centre Une ville vit de son centre, qui est creuset de ses forces vives, symbole de son passé et de son projet.Trente ans après la fusion des quatorze municipalités égrenées à la périphérie de son territoire, Laval cherche encore son centre.Mais le temps n\u2019est plus où l\u2019Hôtel Sheraton paraissait une cathédrale dans le désert.Un centre se meuble et se modèle.Plus que les premiers bâtiments administratifs, comme l\u2019Hôtel de ville, c\u2019est la fonction commerciale qui a matérialisé la centralité.Le noyau commercial avec ses trois centres majeurs au carrefour des autoroutes (Carrefour Laval, Centre Laval, Galeries Laval) offre plus de deux millions de pieds carrés de surface de vente.Les clients viennent de tout Laval, mais aussi de l\u2019île de Montréal (de St-Léonard à St-Laurent) de la Rive-Nord et des Basses-Laurentides; Club Price a là son plus gros entrepôt au Québec.Plus significatifs encore d\u2019une centralité qui s\u2019affirme, les hôtels plantés à un jet de pierre de ce carrefour (Four Points, Président, Travelodge, Quality.) offrent mille chambres qui abritent les participants aux manifestations du Centre des congrès.Certes la taille des groupes que l\u2019on y reçoit est limitée et le rayonnement encore provincial, mais le mouvement est net.Après bien des tentatives, Laval dispose maintenant d\u2019un projet d\u2019ensemble, conduit par CADEV, filiale du bras immobilier de la Caisse de dépôts et de placements du Québec, propriétaire des 40 hectares du quadrilatère des boulevards St-Martin et Daniel-Jonhson, ainsi que des Autoroutes des Laurentides et 440.C\u2019est une grande opération immobilière qui intègre dans une vision à la fois fonctionnelle et signifiante les espaces de centralité: les bureaux bien sûr, les bâtiments du centre institutionnel qui sera signature de la ville, les commerces, les fonctions ludiques, et aussi la résidence, en fonction de support, pour 2000 personnes en «multimaisonnettes».Ce centre veut exprimer le rassemblement, l\u2019agora, avec ses lieux de rencontre, ses cheminements piétonniers; il est également chargé de symbole puisque au long du «Chemin de la Mémoire», on veut égrener les «témoins» du passé de Laval.Ce plan est ouvert à une amplification des fonctions ludiques: au-delà du Cosmodôme dont on sait les difficultés, c\u2019est un vaste centre «d\u2019entertainment» que l\u2019on a en tête.Bien sûr, c\u2019est un plan à long terme, c\u2019est-à-dire de vingt ans; c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire pour un centre dynamique, vivant.Une cité jardin incertaine La ville de Laval est née d\u2019une volonté de modernisation qui valorise le développement urbain aux dépens de l\u2019agriculture.Les autorités municipales vont continuer de prévoir et de planifier des projets résidentiels, commerciaux et industriels qui empiètent par la force des choses sur les domaines agricoles et naturels.Pour tout dire, elles conservent un rapport ambigu avec l\u2019agriculture.On sait qu\u2019au moment de la promulgation de la Loi de protection du territoire agricole, en 1978, la ville opposa une vive réaction à la création d\u2019une zone agricole permanente représentant 55% du territoire de l\u2019île; la zone agricole protégée (ZAP) fut ramenée à 47% l\u2019année suivante et enfin à 33% lors de la révision de 1990.En fait, la ville a finalement consenti à re- C J «f 03 \u2014I ~o 0) i> O O -£= CL La Maison des arts.Je travaille à Laval depuis maintenant huit ans et j\u2019y habite depuis trois ans.Je n\u2019ai pas encore réussi à saisir la nature de cette ville.J\u2019y ai découvert une vie et si cette vie en est une de banlieue, encore en 1997, il faut parler d\u2019une vie malgré tout agréable.On sent qu\u2019à Laval tout est possible, même le pire.Ville Laval reste un projet.Elle se fait attendre dans ce qu\u2019elle peut représenter comme attrait, une ville à laquelle on peut facilement s\u2019identifier et se référer politiquement, économiquement et socialement: il y manque un rapport à la citoyenneté.On veut qu\u2019elle soit une ville, une MRC, une région; on veut qu\u2019elle soit tout, sans réussir à approfondir une de ces particularités.Elle est une créature à géométrie variable, utilisée selon la force des vents, politiques et économiques.Y habite la deuxième population en importance au Québec.C\u2019est un avantage, mais pour qui et pourquoi?LavaL On vient de partout sauf de Laval Pour qui réside à l\u2019extérieur, en région éloignée ou tout près à Montréal, chaque point de vue sur Laval est aussi à géométrie variable: pour certains, c\u2019est un vaste centre de commerces avec d\u2019immenses stationnements; pour d\u2019autres, la dérision se porte sur l\u2019administration municipale; pour d\u2019autres encore, c\u2019est une simple ban- lieue de Montréal.Laval reste une énigme.Dans ma quête d\u2019une ville, je vois dans mon rétroviseur une longue suite d\u2019âmes errantes qui me suivent.Il s\u2019y fait ici, plus qu\u2019ailleurs au Québec, une identification plus locale que municipale.Les parties de Laval ne se fusionnent pas aussi facilement dans l\u2019esprit de sa population que dans la lettre du décret qui a procédé à sa réunification en 1965.Plus de 30 ans plus tard, on vit toujours à Fabreville, à Ste-Dorothée, à Ste-Rose, à St-Vincent de Paul ou à Pont-Viau, plutôt qu\u2019à Laval.Laval demeure une entité juridique insuffisamment assimilée par sa population.Pour cette raison, Laval a préservé malgré elle ses mentalités villageoises; cela expliquerait aussi un rapport quelque peu difficile avec la politique municipale, voire même une certaine forme d\u2019apolitisme.À sa défense, Laval tente actuellement de remédier à cette situation par une structuration locale de son Service de loisirs et de la relations janvier-février 1998 13 dossier vie communautaire.Peut-être entraînée dans cette trajectoire par les gouvernements supérieurs, Laval tente ainsi d\u2019insuffler des actions décentralisatrices dans ses quartiers.Veut-elle nous faire oublier une trop forte concentration du pouvoir ou va-t-elle réellement nous impliquer dans des décisions réelles?LOS* LavaL Un centre-ville, mais où?Plusieurs choses nous surprennent lorsqu\u2019on décide d\u2019habiter Laval: son aménagement urbain laisse supposer que des décisions ont été prises à la «va vite».Ses nombreux boulevards jonchent son territoire à la recherche d\u2019une fonction; certains relèvent d\u2019une prétention toute banlieusarde, d\u2019autres semblent délaissés et sont dans un état de laideur incommensurable; le règne de l\u2019automobile y est total.Cependant certains sites demeurent pittoresques et on sent que l\u2019administration commence à miser sur la qualité de vie de sa population.En 1997, on remarque encore les empreintes de l\u2019univers agricole qui a façonné Laval et des anciens villages qui ont conditionné son expansion.Jadis, l\u2019île Jésus contenait quatorze petites municipalités dont les plus importantes (Chomedey, Laval-des-Rapides, Pont-Viau, Duvernay et St-Vincent de Paul) étaient situées le long de sa rive Sud, face à Montréal.Le décret qui a procédé à la fusion venait relier des municipalités rurales; elles sont devenues les quartiers lavallois.Dans ces années de fusion, l\u2019île Jésus s\u2019est hissée à l\u2019échelon d\u2019une ville, Laval.D\u2019un statut de ville-dortoir au début, elle a maintenant dépassé cette étape pour s\u2019accaparer d\u2019une partie de la croissance économique propre à la couronne Nord.Faut-il mentionner qu\u2019à travers les ans, son territoire a été doté d\u2019infrastructures routières qui ont eu le mérite de le relier à ses voisines, les Basses Laurentides et Montréal.Le centre industriel lavallois est le résultat de cette vaste saignée de son ancien territoire agricole: il est en grande partie situé sur les abords de l\u2019autoroute 440, au Nord, du boulevard Curé Labelle à l\u2019Ouest, du boulevard des Laurentides à l\u2019Est et du boulevard St-Martin au Sud.Il possède un secteur des services concentré à l\u2019Ouest de l\u2019autoroute 15, entre la 440 au Nord et, approximativement le boulevard Du Souve- nir au Sud.Ce secteur est directement visé par le développement d\u2019un centre-ville lavallois.À court terme, cette section ressemble à une extension moderne du parc industriel qui intègre le fameux Cosmodôme, sa principale rampe de lancement.On a déjà fait l\u2019annonce d\u2019un vaste plan d\u2019ensemble qui la concerne, dans lequel on retrouve la constitution d\u2019un parc de logements et un parc de haute technologie (Laval technopole).On parle de centaines de millions de beaux dollars qui doivent certainement faire rêver plusieurs industriels et financiers.Ce projet peut être louable à plusieurs égards, mais il entraîne chez qui habite Laval depuis peu une série de questions qu\u2019un citoyen responsable se doit de se poser.Alors que la ville, 30 ans plus tard, demeure toujours un projet dans ce qu\u2019elle représente comme rapport à la citoyenneté, il me semble hâtif de parler d\u2019un centre-ville.C\u2019est comme si, dans la tête de certains commettants, le fait de se «centre-viller» allait conduire à la réalisation pleine et entière de la cité.Cette approche, sans doute rentable économiquement, ne peut mener à un renforcement du sentiment d\u2019appartenance.Cette volonté de constituer un centre-ville demeure une approche indéniablement centralisatrice qui risque de diminuer l\u2019importance de certains quartiers moins bien situés, de confirmer certaines autres parties dans un processus de développement inégal qui les caractérise déjà: pensons à Pont-Viau, à la partie Est de Laval-des-Ra-pides, à St-Vincent de Paul et à Chomedey.Laval n\u2019a pas uniquement un problème d\u2019image, elle a surtout des problèmes de personnalité, je dirais même, pour employer des termes psychanalytiques, qu\u2019elle se retrouve aux prises avec des problèmes de personnalités multiples: centralisation-décentralisation, région-MRC-vil-le, le rural-la modernité.Pour les réunifier, il faudrait mettre en perspective la démocratie comme moteur de nouvelles actions.¦ W'-'\t\u201c ! LavaL Une ville, en campagne.électorale L\u2019élection du 2 novembre est chose du passé.Le parti que représente Gilles Vail-lancourt, le PRO, est encore confirmé au pouvoir; il sera désormais accompagné de trois représentants du parti de Daniel Lefèvre, Élan-Laval, et de deux représentants d\u2019Option-Laval.Il faudra composer encore une fois avec la tradition.La politique municipale lavalloise a ceci de particulier qu'elle est souvent liée à des clans familiaux, de souche souvent ancienne, avec le sceau d\u2019origine contrôlée.Ce sont les porteurs de la tradition politique et les vifs défenseurs de la territorialité.Cette mentalité a une teinte féodale: puisqu\u2019ils sont là depuis le début, cela leur donne des droits ancestraux et des privilèges impartageables.Les dernières élections ont été encore plus convaincantes à cet égard: des clans familiaux s\u2019affrontaient impunément dans une arène politique vidée de la politique.Il n\u2019y a pas de programme de parti, pourquoi en serait-il autrement?Il n\u2019y a pas de débats, pourquoi en serait-il autrement?La politique municipale est le simple reflet de la confusion qui règne dans la compréhension du territoire lui-même.À force de vouloir être tout, on finit par n\u2019être rien.Cela peut être rentable politiquement pour les «de souche», mais pour la démocratie, il faudra repasser.On ne développe pas ainsi une responsabilité saine du citoyen.On risque plutôt de l\u2019astreindre à un simple rôle de locataire, de figurant passif propre aux cités-dortoirs et impropre à toute approche de la citoyenneté./\tLa concertation et l\u2019esprit corporatiste \t John R.Saul, dans son Bâtards de Voltaire, nous mettait en garde contre les positions technocratiques aveugles.Après nous avoir entretenus sur le doute, il nous parle de l\u2019esprit corporatiste qui tend, selon lui, à conditionner le processus démocratique et à l\u2019orienter vers une simple expression de positions corporatistes.En reprenant l\u2019exemple de Laval, on remarque que depuis les cinq dernières années, cette ville s\u2019est inscrite dans un exercice de concertation qui la guide d\u2019un secteur à l\u2019autre, de l\u2019ornement floral jusqu\u2019aux services de santé, en passant par le développement social et l\u2019économie sociale.Or, cette vague de concertation nous permet de faire ressortir certaines de ses particularités.En premier lieu, elle est conditionnée par son environnement.Tout circule aussi 14 relations janvier-février 1998 rapidement que sur ses autoroutes: en parallèle, en sens contraire, en bretelles, en bouchons, en survirage sur des surfaces glacées.D\u2019autre part, elle est caractérisée par un esprit corporatiste aigu: l\u2019exercice ressemble alors à une parade d\u2019idées à la mode qui ne réussit pas encore à s\u2019amalgamer en un tout cohérent.C\u2019est l\u2019approche «auto tamponneuse».Cela peut être rentable socialement, les participants ayant toujours l\u2019impression confuse de contribuer à quelque chose, mais ce n\u2019est pas la meilleure façon de responsabiliser les gens.Il manque un projet, une identification formelle à un territoire, mais lequel?Même le territoire de la concertation n\u2019est pas clairement défini: régional, municipal, local ou MRC?LavaL Un communautarisme primaire Laval possède des organismes de type communautaire qui sont aussi vieux, ou aussi jeunes, qu\u2019elle.Lors de son 25e anniversaire, l\u2019administration municipale relevait, avec un sourire de satisfaction, que plus de 1000 organismes sans but lucratif intervenaient dans différents secteurs: le logement, la santé et les services sociaux, les loisirs et les sports, la culture, etc.On «bénévole» à Laval plus qu\u2019ailleurs.Dans la liste de ces organismes, on pouvait remarquer «Les fumeurs de pipe» et «Les guetteurs d\u2019ours».Cette énumération était quelque peu nombriliste et dérisoire.L\u2019appréciation du nombre et de la qualité des organismes est beaucoup plus complexe et varie d\u2019une institution à l\u2019autre.Il semblerait que l\u2019univers politique n\u2019aurait pas été étranger à la mise sur pied d\u2019organisations, par exemple des tours à logement pour personnes âgées.Les clans politiques ont donc leur propre appréciation.Des institutions, comme les CLSC (quatre à Laval), possèdent elles aussi un volet organisation communautaire.Leur appréciation est donc davantage liée à leur fonction de «développeur» et l\u2019esprit qui s\u2019en dégage est éminemment corporatiste.Enfin, nous retrouvons, au bout de la chaîne, les quelque 70 organismes membres de la Corporation de développement communautaire de Laval (CDC-L) qui s\u2019excitent occasionnellement pour définir le modèle pur, pour se démarquer, pour être différents des autres clans et qui finissent par en constituer un autre.À Laval, 66,4% des citoyens ont au moins un diplôme d\u2019études et 16,2% n\u2019ont pas atteint la 9e année.secondaires, Il n\u2019existe pas à Laval de principes fondamentaux qui puissent guider des actions.Il existe tout juste des interventions communautaires de type manipulation génétique, qui produisent de vulgaires clones de cet esprit féodal dont nous parlions auparavant.Tout finit là, dans un mimétisme primaire.Laval, une réalité virtuelle La Chambre de commerce de Laval a été le promoteur d\u2019un projet qui a été financé en région, entre autres par le Conseil de développement régional de Laval (CDR-L): Lavalnet.L\u2019informatique réussira-t-elle là où le politique et le social semblent avoir échoué?Nous avons maintenant une antenne lavalloise au niveau international, mais avons-nous donné un sens à la cité?L\u2019informatique nous aura appris que l\u2019on peut créer des mondes virtuels: vastes mondes composés de fantômes, réalistes et simultanément irréels.Imaginons un instant: on pourrait se transposer virtuellement dans la chambre de M.Jean Chrétien sans risquer de déranger l\u2019appareil de sécurité.Pour des fédéralistes, cela serait le bonheur total.net.On pourrait assister virtuellement à des réunions du conseil spécial de M.Lucien Bouchard ou assister à ses voyages de compagnies en Chine.Pour des nationalistes, cela serait le bonheur national brut.Imaginons encore: on pourrait composer soi-même, puisque ce serait interactif, un conseil municipal et l\u2019amener vers une voie démocratique.C\u2019est là un rêve avec une teinte laval.nette.Nous vivons dans un monde de confusion, indiscernable parce qu\u2019indiscerné.Laval rajoute à la donne en se faisant créature à multiples personnalités et, loin de les unifier, les représentants du monde politique, toute couleur confondue, du monde social, toute origine confondue, procèdent eux-mêmes à l\u2019activité lavalloise d\u2019indéfinition.Peut-être est-ce pour cette raison que nous assistons actuellement à une vague de conceptualisation sur le développement social et qu\u2019autour des tables de concertation, on n\u2019entend aucune définition susceptible de rassembler.Laval est une réalité virtuelle.Au-delà de son vaste parc industriel, on ne sent pas l\u2019humain.On sent les affaires qui se LavaL relations janvier-février 1998 15 dossier dossier cotisent annuellement pour donner aux pauvres par paniers de Noël interposés, par sacs scolaires interposés, par campagnes de collectes de fonds.On dit souvent que du chaos peut naître la vérité, ajoutons la réalité.À ce titre, Laval risque de s\u2019en rapprocher et ce serait mieux ainsi avant que le gouvernement provincial, par son Ministre de la métropole, nous propose la même approche qu\u2019à Toronto, en nous modelant en Mégalopole.À force de trop attendre, les actions peuvent émerger de l\u2019extérieur et les cloisons étanches (la fameuse géométrie variable) pour s\u2019en protéger deviennent inefficaces.Le chapitre des petites vies Les cahiers de promotion vantant les mérites de Laval font souvent état d\u2019un dynamisme économique.Il est vrai qu\u2019au cours des ans, Laval a réussi à relever le défi de produire de plus en plus d\u2019emplois pour une partie de sa population, il est vrai qu\u2019elle a réussi à créer des conditions pour que des industries s\u2019y établissent, il est vrai qu\u2019elle a réussi à attirer des services gouvernementaux (régionalisation exige).Cependant, son option fondamentale de libre marché aura réussi à créer des conditions d\u2019exclusion: de 1991 à aujourd\u2019hui, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 40 000 personnes à plus de 70 000 personnes (source Centraide 1991, et CDC de Laval, en 1997).Sa croissance économique s\u2019est accompagnée d\u2019une croissance de son bassin de travailleurs (potentiels) à bon marché.Cette population réside souvent dans les secteurs déstructurés économiquement: des parties de Laval-des-Rapides, des secteurs de Pont-Viau, de Chomedey pour la rive Sud et de Laval-Ouest et de Ste-Rose pour sa rive Nord.Toutefois, la pauvreté laval-loise n\u2019est pas uniquement d\u2019ordre économique.Elle relève d\u2019abord de l\u2019éclatement du tissu social, qui est difficilement perméable à l\u2019entraide, à la solidarité, ces forces d\u2019une communauté qui lui permettent de se relever des pires embûches.Pour Laval, cette situation est peut-être le résultat d\u2019une forte mobilité de sa population, ce qui diminue la capacité d\u2019établir ces valeurs sur une base solide.La pauvreté peut aussi être d\u2019ordre culturel: la vie de banlieue laisse des marques indélébiles qui ne disparaissent pas instantanément.Cela donne des traits culturels, mais pas une culture.Elle est aussi d\u2019ordre organisationnel.C\u2019est un problème d\u2019individus qui devient celui de la société.Comment habiter un si vaste territoire sans assumer les contraintes d\u2019une telle option?Vivre à Laval sans auto devient un exercice périlleux qui exige des nerfs d\u2019acier.Il faut planifier les déplacements, organiser le temps.Cette situation isole souvent les individus et ne les aide aucunement à contribuer pleinement à une vie démocratique et même communautaire.Pour cette raison, il faut se rapprocher de la population; dans cette perspective la notion de local dépasse amplement celle du régional.Elle semble même susceptible d\u2019amener les gens vers une meilleure perception de leur environnement et vers ce qu\u2019on peut nommer une meilleure intégration de la responsabilité de citoyen, toute origine confondue.Ainsi, il nous semble que la pire des pauvretés, celle-là liée à un rapport à la politique, recevrait un remède de cheval.LavaL À la base de la citoyenneté: la responsabilité Trop souvent, nos sociétés néo-libérales jouent sur le niveau de responsabilité, sans en définir les principes généraux.Dans un cadre de lutte au déficit, cette approche ne s\u2019appuie que sur le niveau de la population qui nuit à la libre concurrence: celle qui bénéficie de l\u2019aide à la personne.Les personnes à faible revenu deviennent alors les responsables de leur déchéance, elles sont appelées à se responsabiliser.Elles deviennent ainsi la cible privilégiée des détracteurs du marché noir.Un rapport à la citoyenneté doit nécessairement aller au-delà de cette vision partielle, à courte vue et finalement misérable.Il doit toucher à l\u2019ensemble des responsabilités et être soumis à l\u2019ensemble de la population.Un exemple lavallois: si un promoteur-constructeur peut développer tous azimuts ses ensembles de maisons souvent sans contraintes d\u2019urbanisme, comment pourrait-on penser à freiner d\u2019autres formes de promotion qui essaieraient de les côtoyer?Comment peut-on penser que cer- tains profitent du marché noir pour arrondir les fins de mois quand des entreprises trouvent les moyens, dans les abris fiscaux, de contourner leur paiement des impôts?Comment peut-on penser amener des gens à prendre des décisions autour de tables de concertation quand les décisions sont prises ailleurs?Comment peut-on apprendre à l\u2019ensemble de la population à développer un sentiment d\u2019appartenance quand les notions régionales sont aussi confuses qu\u2019à Laval?L\u2019irresponsabilité va de haut en bas: des structures gouvernementales jusqu\u2019aux corporations privées ou syndicales, en passant par les institutions, les organismes communautaires et les individus eux-mêmes.C\u2019est une longue chaîne qui s\u2019alimente par elle-même et qui s\u2019abreuve au même message.Dans ce bain collectif, nous perdons petit à petit tout ce qui peut nous définir, nous démarquer, nous construire, nous ériger.Nous attendons passivement que les conditions se dessinent pour nous sortir d\u2019une torpeur, conditionnés que nous sommes au pire destin, sans ressorts.Dans ce cheminement lavallois chaotique, il existe des tendances qui sont porteuses d\u2019espoir.Alors que la «pensée unique» nous pousse vers une ouverture à un univers économique même virtuel, tout semble se passer comme si, pour se définir un territoire régional, il valait mieux se renforcer localement.Le service des loisirs et de la vie communautaire est un exemple intéressant en ce sens: des tables de coopération locales se structurent afin d\u2019y mobiliser les acteurs locaux et de les aider à cheminer vers des actions locales.C\u2019est une perspective intéressante puisque à sa base on retrouve une des valeurs fondamentales de la citoyenneté: l\u2019esprit du devoir que cela suppose.C\u2019est un point de départ vers un autre Laval.LavaL À Laval, tout est possible, même le meilleur J\u2019ai choisi d\u2019habiter Laval pour me rapprocher de mon emploi.C\u2019est une question d\u2019organisation.J\u2019ai quitté Montréal comme un boxeur qui quitte l\u2019arène après avoir reçu trop de coups, un peu étourdi, chancelant sur ses jambes, prêt à s\u2019évanouir.Ici, je respire et je crois que j\u2019ai la possibilité de mieux me découvrir, d\u2019obte- 16 relations janvier-février 1998 Le Centre de la nature.« ¦**£>**\u2022 5 ï! nir une certaine forme de reconnaissance.Je ne suis pas ici pour les autoroutes, pour les centres commerciaux, pour assumer les rêves de l\u2019élite municipale.Je ne jure pas uniquement par ma tondeuse à gazon et mes sorties scientifiques au Cosmodôme.Je tente quotidiennement d\u2019apporter mon humble grain de sel à un travail communautaire qui est constamment renouvelé et qui suit des cheminements aux contours souvent imprécis.Les gens que je côtoie ne sont pas tous ici pour spéculer, pour se prévaloir de formes d\u2019intervention au détriment des autres.Ils ne sont pas ici plus individualistes qu\u2019ail-leurs.Ils essaient de mieux contrôler leur vie de la manière la plus satisfaisante possible.Si on leur donne une tribune pour exprimer leur point de vue, le rapport à une territorialité et à la citoyenneté se précisera davantage.Laval demeure une jeune créature qui n\u2019a pas fini son évolution.Sa personnalité se précisera davantage par une volonté ferme de lui accorder un réel intérêt (désintéressé) et une vraie reconnaissance de ses particularités.Laval reste une suite impromptue de quatorze municipalités reliées les unes aux autres par des terres agricoles à l\u2019Est, par un centre industriel et son Ouest tout seigneurial.En contournant l\u2019île Jésus par son ancienne route, on peut facilement voir que ce n\u2019est pas là un territoire facile à tisser serré, du moins à court terme.Il vaudrait mieux parler du local, pour conjurer le sort que les promoteurs-développeurs réservent encore pour l\u2019avenir.Le développement local est un résultat.Pour y parvenir, il s\u2019agit d\u2019en créer les conditions tant sociales qu\u2019économiques.Ces conditions n\u2019émergent pas spontanément, elles résultent de démarches successives assumées en relation étroite par les organismes et les citoyens, en logique avec les besoins exprimés.Elles se réfèrent à un travail de terrain qui favorise un sentiment d\u2019appartenance à une collectivité, puis l\u2019éclosion d\u2019une fierté qui s\u2019exprime par la suite dans des projets collectifs.Ces perspectives sont déjà présentes sur le territoire; c\u2019est un phénomène récent et il mérite qu\u2019on lui tende l\u2019oreille.On pourrait citer l\u2019exemple de Ste-Rose, qui peut paraître anodin à première vue mais qui a été un exercice réel de prise en charge, par les citoyens, des solutions à un problème auquel ils étaient confrontés.Tout a commencé par la fermeture partielle, puis complète, du Pont Marius Dufresne.Ce pont relie Ste-Rose à Rose-mère.Sa fermeture annonçait une réduction marquée de la circulation automobile qui s\u2019y faisait quotidiennement.Cette situation risquait de réduire l\u2019achalandage dans cette partie patrimoniale de Laval (le vieux Ste-Rose) et entraîner des retombées économiques négatives sur son industrie touristique.Ayant rapidement fait ce constat, une mobilisation large a été faite de tous les intervenants afin de réfléchir à une alternative et d\u2019éviter ainsi le pire.Ce comité local de citoyens a défini un plan d\u2019actions qui aura réussi à annuler les effets pervers de la fermeture du pont.1 D\u2019autres secteurs tentent actuellement .g d\u2019apporter des solutions locales à des pro-| blêmes locaux.Nous pourrions parler de o Pont-Viau Nord où, autour d\u2019un projet de £ centre intégré, des intervenants veulent travailler à la relance de ce secteur de quartier.Nous pourrions évoquer Val-Mar-tin, où la population continue à définir des services qui la concernent.C\u2019est maintenant plus qu\u2019une tendance, il faut parler d\u2019une situation incontournable et d\u2019une résistance pacifique et active à une trop forte concentration du pouvoir et à une détermination par le haut de ce que doit être le territoire.Il faut maintenant espérer que l\u2019on mettra fin, autant de la part de la ville que de la part du gouvernement provincial, à la «structurite» aiguë qui nous afflige actuellement au lieu de nous soutenir.Il faut espérer que les Centres locaux de développement viennent s\u2019ajuster à cette réalité, qu\u2019ils ne viennent pas la remplacer mais l\u2019appuyer.Il faut espérer que la concertation mène enfin à des actions et que les concepts vivement étalés actuellement (développement social ou économie sociale) retrouvent un sens dans la réalité des gens relations janvier-février 1998 17 dossier DES BANLIEUES ET DES FEMMES par Nicole Brais et Nathalie Chicoine1 La banlieue est-elle toujours un choix imposé aux femmes?Comment celles-ci concilient-elles travail et famille?À l\u2019aide de données récentes sur des banlieues de Québec et de Montréal, et en évitant les idées reçues, deux chercheures tentent d\u2019en finir avec le mythe de l\u2019enfermement.La banlieue est encore aujourd\u2019hui considérée par tout ce que la société peut compter d\u2019élites éclairées comme un lieu d\u2019abrutissement, un lieu où résident des irresponsables sociaux qui, tout en profitant de la ville centre, l\u2019ont abandonnée à ses problèmes, qui se contrefichent de l\u2019environnement et dont le sport de prédilection est la consommation.Exagéré, dites-vous?À peine, à peine.comme l\u2019écrivait Josée Blanchette dans sa chronique du Devoir: «le plus difficile lorsqu\u2019on décide d\u2019émigrer en banlieue, ce sont les préjugés; les nôtres et ceux des autres2».Rassurez-vous, notre objectif n\u2019est pas ici de nous transformer en «cheerleader» de la banlieue, mais plutôt d\u2019échapper au snobisme ambiant, car comme le dénonçait Francine Descarries, on a longtemps levé le nez sur la banlieue, vue comme un «lieu de femmes», de femmes en marge du marché du travail3.Nous voulons contribuer à notre mesure au renouvellement de la réflexion sur le mode d\u2019habiter d\u2019une part très importante de la population du Québec.S\u2019il est vrai que le développement de la banlieue n\u2019est pas étranger à nombre de problèmes sociaux, économiques et écologiques, il convient d\u2019alimenter le débat à l\u2019aide de données récentes et en évitant les idées reçues.La banlieue en bref Aux années d\u2019après-guerre correspond le développement accéléré des banlieues pavillonnaires, soutenu ici, au Canada, par les politiques du gouvernement fédéral et par les syndicats catholiques.Ces derniers y voyaient une façon de favoriser l\u2019accession à de meilleures conditions de logement, de garantir le maintien de l\u2019institution familiale et la reproduction d\u2019une main-d\u2019oeuvre de qualité.La banlieue, comme forme urbaine, résulte de la séparation entre lieux de résidence et lieux de production.Elle n\u2019aurait pas été possible sans la division sexuelle du travail, qui a progressivement opéré une nette distinction entre le travail de production réservé aux hommes et le travail de reproduction réservé aux femmes4.La division sexuelle du travail et la spécialisation fonctionnelle de l\u2019espace ont servi à confiner les femmes à la sphère privée, celle de la famille, et à freiner leur participation active à la vie publique, renforçant ainsi les rapports inégaux entre les sexes.L\u2019espace n\u2019est donc pas neutre.Il reflète et contribue à maintenir les rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes.Dans son livre La femme mystifiée, pa- 1.\tNicole Brais est candidate au doctorat en géographie, au Centre de recherche en aménagement et développement de l\u2019Université Laval.Elle mène une étude comparative entre des familles habitant une ville de banlieue et d\u2019autres habitant au centre-ville dans la région de Québec.Il s\u2019agit de vérifier l\u2019hypothèse de l\u2019existence de stratégies spatiales familiales.Nathalie Chicoine est candidate au doctorat en études urbaines, INRS-Urbanisation et UQAM.Elle mène une étude sur les stratégies résidentielles et pendulaires d\u2019employées de bureau qui ont vu leur emploi quitter le centre de Montréal pour la banlieue.2.\tJosée Blanchette, Le Devoir, le vendredi 26 septembre 1997, p.B1.3.\tMartine Turenne «La banlieue: un bon ru en version française en 1964, Betty Friedan, banlieusarde elle-même et journaliste à l\u2019emploi de revues féminines, faisait état de «l\u2019indéfinissable malaise» dont les mères de famille habitant de belles maisons de banlieue souffraient sans oser en parler.Ce qu\u2019on présentait aux femmes comme un idéal de vie - une belle maison, de beaux enfants, etc.- tourne au cauchemar pour plusieurs d\u2019entre elles, insatisfaites d\u2019une vie dont la quotidienneté ne leur permet pas de réaliser leurs aspirations autres que familiales.Depuis la parution de cet ouvrage qui a fait date, les critiques féministes de la banlieue se sont multipliées.Ainsi, des recherches empiriques comparent les conditions de vie des femmes habitant la ville et la banlieue5 et leurs conclusions recoupent la dénonciation faite par Friedan.Elles font notamment ressortir que les femmes habitant en banlieue sont fortement pénalisées par leur localisation résidentielle.Les banlieues dont on discute ici étaient presque strictement résidentielles, situées loin des centres d\u2019emplois, mal desservies par les services de transport en commun, peu pourvues en équipements culturels; les services commerciaux y étaient concentrés dans les centres d\u2019achat.Ces facteurs imposent une série de contraintes spatio-temporelles difficiles à surmonter sans le recours à l\u2019automobile.choix pour les femmes?», Châtelaine, juin 1996, p.58.4.\tCoutras, Jacqueline (1996), Espaces sexués et crise urbaine, Paris, Armand Colin, p.6.5.\tVoir entre autres les travaux de Jeanne Fagnani, Jacqueline Coutras, en France; Kim England, Jacqueline Tivers, en Angleterre; Geraldine Pratt, Susan Flanson, Elizabeth McIntosh, Susan Saegert aux États-Unis; William Michelson au Canada.6.\tCéline Cloutier (1983), Division spatiale et rapports de sexe: le cas d\u2019une banlieue montréalaise, mémoire de maîtrise, Université de Montréal.Denise Roy (1989), De l\u2019origine des banlieues au quotidien des femmes actives: le cas de Saint-Hubert au Québec, mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal.18 relations janvier-février 1998 md ft Ces difficultés, conjuguées au fait qu\u2019elles assument la plupart des responsabilités familiales et du travail domestique, confinent les femmes à la proximité résidentielle et rendent problématique leur insertion dans une activité professionnelle.De plus, les rapports inégaux entre hommes et femmes agissent sur la répartition des ressources familiales comme l\u2019automobile, plus souvent mise à la disposition de l\u2019homme, ce qui réduit la mobilité des femmes.La banlieue, par son organisation spatiale, rendrait les femmes captives, situa- Toujours un choix imposé aux femmes?tion dont tireraient profit certains employeurs.En effet, plus récemment, des géographes féministes ont soutenu que des entreprises se relocalisent en banlieue, à proximité du bassin de main-d\u2019oeuvre «inexploitée», «peu coûteuse», «docile» et «captive», que constitueraient les femmes de banlieue.Ces dernières acceptent les emplois offerts par ces entreprises car, bien que moins rémunérés, ils sont localisés à proximité de leur domicile, ce qui leur permet de concilier plus aisément travail et famille.Ceci renforcerait la ségrégation sexuelle en emploi.Les études mentionnées ont été menées pour la plupart au début des années 1980.Leurs données demandent à être remises à jour.Il en est de même au Québec, où les rares études de cas remontent aussi à plusieurs années6.De plus, il existe un danger à transposer des résultats d\u2019un contexte géographique à l\u2019autre.En effet, nous soupçonnons une grande diversité au plan de la structure urbaine entre les banlieues, expliquée par leur histoire, leur développement différencié, leur localisation à l\u2019intérieur des agglomérations métropolitaines, etc.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui de la réalité des femmes dans certaines banlieues du Québec à l\u2019aube de l\u2019an 2000?Les femmes que nous avons rencontrées dans le cadre de nos travaux sont dans plusieurs cas originaires de la banlieue.Elles ne sont donc pas d\u2019ex-urbaines.Leur attachement à la banlieue ne se définit pas en réaction à la ville centrale.Elles s\u2019identifient plutôt au secteur spécifique où elles ont vécu une partie importante de leur enfance et, en ce sens, la banlieue n\u2019est pas perçue comme un espace indifférencié.Le fait d\u2019occuper un emploi dans la ville centre ne les incite pas à réévaluer leur localisation résidentielle.Chez les femmes dont l\u2019emploi fut déménagé en banlieue, cette relocalisation est venue conforter leur volonté de demeurer en banlieue.Par ailleurs, le choix de la localisation résidentielle n\u2019est pas imposé par le conjoint.Les femmes y participent activement et font valoir leurs besoins pour orienter la décision finale.Dans l\u2019ensemble, on n\u2019observe pas de grosses dissonances entre les conjoints au plan des choix et de la satisfaction qui en découle.Souvent, dans le discours des gens rencontrés, la banlieue est garante de qualité de vie, associée à l\u2019idée de nature et d\u2019espace.Elle est aussi fréquemment associée à un mode de vie familial, ce qui n\u2019est pas surprenant.Ce qui l\u2019est plus, c\u2019est que cette dimension n\u2019est pas appréhendée | dans une perspective symbolique, mais -g bien plutôt de manière pragmatique: ce | que les parents apprécient particulière-o ment, c\u2019est la présence de nombreux au-£ très enfants.Cette dernière est perçue po- relations janvier-février 1998 dossier sitivement en ce qu\u2019elle assure à leurs enfants des compagnons de jeu, allégeant d\u2019autant leur implication personnelle en ce qui concerne l\u2019animation et l\u2019encadrement.Encore un lieu d\u2019enfermement?L\u2019entrée en force des femmes sur le marché du travail rendrait le modèle de la banlieue obsolescent, selon les théories discutées précédemment.Or, le taux d\u2019activité des femmes de banlieue7 est plus élevé que celui des femmes résidant sur le territoire de la ville centrale (pour la région de Montréal, ces pourcentages sont respectivement de 60% et de 55%; à Québec, de 61 % et de 53 %)8.Soulignons que le taux d\u2019activité des mères de jeunes enfants est encore plus élevé que celui de l\u2019ensemble des femmes (il s\u2019élève à 64% dans la région métropolitaine de Montréal et à 71 % dans la région métropolitaine de Québec chez les mères dont les enfants ont moins de six ans).Les femmes demeurant en banlieue ayant un taux d\u2019activité très élevé et l\u2019emploi féminin étant encore largement concentré dans certains secteurs de la ville centrale, on comprend qu\u2019elles soient spatialement mobiles.Les femmes que nous avons rencontrées ne se limitent pas aux emplois offerts à proximité de leur domicile.Par les temps qui courent, la rareté des emplois incite probablement aussi les gens à accepter des emplois plus éloignés, là où ils s\u2019offrent.Les données récentes illustrent bien la motorisation croissante des femmes et laissent entrevoir un accroissement important de leur degré de mobilité spatiale.En 1994, 94% des familles époux/épouse possédaient au moins une automobile et 56%, deux véhicules ou plus9.Cette mobilité croissante est-elle un facteur d\u2019émancipation ou une contrainte supplémentaire, étant donné le temps passé (et perdu) en déplacements?Dans la région de Québec, où l\u2019infrastructure autorou- tière est très développée, les temps de déplacement ne sont pas négativement vécus, selon ce qui est rapporté par les femmes interviewées.Rares sont celles qui mettent plus de vingt minutes pour se rendre au travail.Dans ce contexte, on comprend que les femmes ne sacrifieraient pas un emploi intéressant ou de bonnes conditions de travail pour un emploi à proximité de la maison.Nous avons pu observer, par ailleurs, que les contraintes budgétaires des familles obligent plusieurs d\u2019entre elles à fonctionner avec une seule voiture, mais alors le partage de la voiture familiale ne se fait pas nécessairement au détriment des femmes.Dans certaines familles, on recourt à l\u2019autobus.La banlieue étudiée à Québec est desservie par le service de transport en La course contre la montre et la fatigue demeurent le lot de nombreuses femmes de banlieues, le centre-ville étant toujours le haut lieu de l\u2019emploi féminin.commun de la Communauté urbaine.Toutefois, ce service n\u2019est réellement efficace qu\u2019aux heures de pointe et pour les gens travaillant dans les grands centres d\u2019emploi de la région.La diversification des horaires de travail observée chez les travailleurs et les travailleuses rencontrés pose alors le problème de la desserte efficace des banlieues par les services collectifs, si on veut diminuer le recours à l\u2019automobile.Dans la région de Montréal, lorsque les emplois des femmes rencontrées sont localisés au centre-ville, le transport en commun ou le covoiturage sont utilisés; la congestion routière et le coût du stationnement au centre-ville découragent l\u2019utilisation de la voiture.Par contre, lorsque les entreprises se relocalisent en banlieue, la desserte interbanlieue quasi inexistante ne laisse pas d\u2019autres choix que l\u2019automobile.Si le phénomène de décentralisation des emplois observé aux États-Unis10 prend de l\u2019ampleur au Québec, on peut prévoir une utilisation croissante de l\u2019automobile chez les travailleuses de banlieue.On peut aussi supposer que les femmes à faibles revenus et peu mobiles vivant au centre verraient, dans un tel contexte, leur accès au travail limité de façon importante.Comment concilier travail et famille?Nous avons rencontré des couples avec enfants, où l\u2019homme et la femme sont actifs sur le marché du travail.Le cumul des rôles est toujours très exigeant pour les jeunes parents-travailleurs, mais le fait de demeurer en banlieue alourdit-il cette charge?Pour plusieurs répondantes, une localisation en banlieue est privilégiée, parce qu\u2019elle facilite la vie familiale.De plus, nous avons souligné que les femmes de banlieue étaient actives en plus grand nombre sur le marché du travail.Ces quelques données laisseraient croire, contrairement aux idées reçues, que la conciliation travail-fa-mille est plus aisée pour les femmes de banlieue que pour leurs consoeurs urbaines.Mais que se cache-t-il derrière ces quelques chiffres?Le temps est un facteur clef dans la plus ou moins grande facilité à concilier travail et famille.Nous avons vu que le temps consacré aux déplacements varie en fonction du mode de transport, de l\u2019organisation spatiale de la région et du lieu d\u2019emploi.7.\tSoit les femmes résidant dans la région métropolitaine, mais à l\u2019extérieur des limites de la Ville centrale.8.\tStatistique Canada, Profil des secteurs de recensement, Partie B, Recensement 1991, cat.95-333 et 95-330.9.\tStatistique Canada (1995), Portrait statisti- FAITES RELIER RELATIONS! - un volume relié des 10 numéros de 1997: 26$ (taxes et frais d\u2019envoi compris au Canada, si un chèque accompagne la commande); - un cartable: 15$ (taxes et frais d\u2019envoi compris au Canada) S\u2019adresser à: Mme Hélène Desmarais, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6, tél.: (514) 387- 2541 20 relations janvier-février 1998 Un nouveau regard sur les banlieues s\u2019impose compte tenu de la restructuration du marché du travail, de l\u2019évolution des femmes et des questions d\u2019aménagement du territoire.Pour les femmes résidant en périphérie de la région, les déplacements étaient longs et fatigants lorsqu\u2019elles travaillaient au centre-ville.Mais cette situation s\u2019est grandement améliorée lors de la relocalisation de leur emploi en banlieue, le temps de navette ayant diminué considérablement.Si la tendance à la décentralisation de l\u2019emploi s\u2019accentue, on peut penser que les temps de que des femmes au Canada, cat.89-503F, 3e édition, p.31.10.\tRobert Fishman (1987), Bourgeois utopias: The rise and fall of suburbia, New York, Basic Books, p.183-195.Peter Oskar Muller (1992), «L\u2019urbanisation des banlieues ou la banlieue américaine aujourd\u2019hui» in Marcel Roncayolo et Thierry Paquot, Villes et civilisation urbaine, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Larousse, coll.Textes essentiels, p.582-586.11.\tJeanne Fagnani (1987), Organisation de l\u2019espace et activité professionnelle des membres: le cas des nouvelles couches moyennes en région Ile-de-France.Cahiers de géographie du Québec, 31 (8), p.225-236.12.\tMargaret Marsh (1994), « (Ms) Reading the Suburbs», American Quaterly, vol.46, no 1, mars, p.40-48.navette pour les femmes de banlieue tendront à diminuer dans l\u2019avenir.Il ne faut toutefois pas oublier que la course contre la montre et la fatigue demeurent le lot de nombreuses femmes de banlieues, le cen- La question du partage des responsabilités familiales demeure centrale dans la conciliation travail/famille.tre-ville étant toujours le haut lieu de l\u2019emploi féminin.La capacité de cumuler vie professionnelle et familiale ne dépend pas uniquement de la mobilité, mais aussi de l\u2019accès à certains services prenant en charge les activités traditionnellement assumées par les femmes, par exemple des services de garde.La question de la garde des enfants se pose comme un casse-tête pour les femmes en général, qu\u2019elles habitent la relations janvier-février 1998 banlieue ou le centre.Les services utilisés sont diversifiés selon l\u2019âge des enfants et le nombre d\u2019enfants, tout au long de la petite enfance.En banlieue, la concentration de familles avec jeunes enfants assure une grande offre de services de garde en milieu familial, quoique difficile à quantifier avec précision.D\u2019autre part, les personnes rencontrées habitent souvent à proximité de leurs familles.Il n\u2019est donc pas exceptionnel qu\u2019elles puissent faire appel aux grands-parents pour la garde de leurs enfants.Mais le choix d\u2019un service de garde fait également appel aux représentations quant à la relation mère-enfant.En effet, plusieurs des répondantes demeurent profondément attachées au modèle de la suprématie maternelle dans les soins et l\u2019éducation des enfants.Elles vivent donc une forte contradiction entre leurs pratiques et leurs représentations: engagées dans une activité professionnelle, faisant appel à des services de garde et, malgré tout, demeurant convaincues que rien ni personne ne peut remplacer une mère auprès de son enfant.Cet attachement au modèle tradi- 21 dossier tionnel de la famille est-il plus prégnant chez les femmes de banlieue?Les travaux de Jeanne Fagnani, menées en France, vont dans ce sens: la banlieue serait privilégiée par des familles dont le projet est principalement orienté vers le bien-être des enfants11.La confrontation entre les représentations des femmes en milieu suburbain et urbain est donc une piste à explorer dans le contexte québécois.Enfin, la question du partage des responsabilités familiales demeure centrale dans la conciliation travail/famille.Selon Margaret Marsh, il n\u2019a jamais été démontré que les femmes vivant en milieu urbain pouvaient bénéficier d\u2019un partage plus équitable au niveau des responsabilités fa-miliales et domestiques que leurs consoeurs de la banlieue12.Chez les Montréalaises interviewées, c\u2019est la longue durée des navettes qui semble entraîner une plus grande participation du conjoint et donc un partage des tâches plus équitable au sein de la famille.Chez les banlieusardes, la relocalisation n\u2019a pas modifié ces arrangements et a donc engendré un allégement notable du stress et de la fatigue.On a pu remarquer que les nombreux arbitrages nécessaires à la conciliation travail/famille sont entièrement assumés à l\u2019intérieur du couple.L\u2019organisation spatiale n\u2019est pas identifiée comme une source importante de problèmes par les femmes.Leurs récriminations, qui ne se traduisent pas toujours par des revendications clairement articulées, sont davantage orientées vers l\u2019organisation du travail.Malheureusement, le monde du travail exige de plus en plus de flexibilité des employés, une flexibilité difficilement compatible avec les responsabilités familiales.Fait intéressant, cette remise en question de la place centrale occupée par le travail au détriment de la vie familiale est aussi partagée par les hommes qui ont participé à l\u2019enquête, dans la région de Québec.Conclusion Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces quelques éléments de discussion?Notre objectif était de questionner un certain nombre d\u2019idées reçues quant à la vie des femmes en banlieue.Nous ne pouvons encore généraliser les transformations observées, le nombre limité de personnes rencontrées ne le permet pas.Toutefois, il nous apparaît légitime de nous demander si les réalités longtemps décriées - non sans raison il est vrai - ne sont pas en train de changer?De toute évidence, les fem- De toute évidence, les femmes de banlieue ne constituent pas un groupe homogène, elles ne répondent plus au modèle de l\u2019épouse et de la mère au foyer.Dans le même esprit, les banlieues, dénoncées pour leur homogénéité, ne sont-elles pas en voie de diversification ?mes de banlieue ne constituent pas un groupe homogène, elles ne répondent plus au modèle de l\u2019épouse et de la mère au foyer.Dans le même esprit, les banlieues, dénoncées pour leur homogénéité, ne sont-elles pas en voie de diversification?En effet, il apparaît de plus en plus difficile de réfléchir en termes d\u2019un modèle: différents types de logements y sont construits, les services commerciaux s\u2019y sont multipliés, des emplois s\u2019y sont développés.Ce modèle unique a-t-il jamais existé?Une histoire de l\u2019évolution des banlieues au Québec reste à écrire et nous éclairerait sur ce point.Une localisation en banlieue ne semble plus mettre un frein à la participation des femmes au marché du travail.Peut-être même les y contraint-elle, étant donné les charges financières liées au mode de vie suburbain.Mais le fait de vivre en banlieue leur complique-t-il la vie?Probablement dans une certaine mesure et dans certains cas, mais on ne peut pas généraliser sans tenir compte, entre autres, de la structure urbaine, de la desserte de services et de la localisation des emplois.La motorisation croissante des femmes semble aussi devoir modifier considérablement leur rapport à l\u2019espace urbain et leur accès au travail.Ce qui peut sembler comme une victoire dans une perspective féministe soulève des questionnements au plan de l\u2019attribution des ressources publiques (écoles, hôpitaux, routes, etc.) et au plan écologique.Dans un contexte de décentralisation résidentielle, commerciale et industrielle, le problème de l\u2019augmentation du parc de voitures et la question de l\u2019orientation future du réseau de transport en commun sont alors posés de manière cruciale.Il y a nécessité d\u2019étudier la banlieue avec un regard dégagé des préjugés généralement véhiculés, de renouveler, toujours dans une perspective féministe, le corpus de connaissances.Cette remise à jour est plus que jamais rendue nécessaire par les développements, tant du côté de la restructuration du marché du travail et de l\u2019évolution des femmes que du côté de l\u2019aménagement des banlieues.En posant les bonnes questions, peut-être arriverons-nous à formuler des interventions plus pertinentes et plus percutantes.¦ GAGNANTS DU CONCOURS RELATIONS À l\u2019occasion de la campagne d\u2019abonnements d\u2019automne à la revue, les 10 personnes dont les noms suivent ont gagné, par tirage, un bon d\u2019achat de 100$ \u2022\tchez ARCHAMBAULT MUSIQUE: Claude Bourassa de Shawinigan-Sud; Lise Delage de St-Bruno; Laurent Desaulniers de Maliotenam; Suzanne Fortin-Michaud de Senneterre; Gilles St-Jean de St-Philippe.\u2022\tà la LIBRAIRIE GARNEAU: José Calderon de Longueuil; Bernard et Nicole Ducharme de St-Hyacinthe; Michel Simard de Nicolet; Pauline Tardif de St-Placide; Richard Tétreault de Valleyfield.22 relations janvier-février 1998 ¦¦¦¦¦¦¦Mi Le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique (CIDPDD) remettait, en décembre dernier, le Prix John-Humphrey pour la liberté, au Père Giraldo s.j.et à la Commission Intercongré-gational de Justicia y Paz, dont il est le fondateur.Javier Giraldo a fait ses études en philosophie et en théologie à PUniversité Javariana, à Bogota et en sciences sociales, à Paris.Oeuvrant d\u2019abord dans une banlieue pauvre de Bogota, il a fondé, en 1988, une Commission Justice et Paix regroupant 55 congrégations religieuses catholiques.De 1989 à 1991, il a été secrétaire du Tribunal permanent des peuples pour la session sur l\u2019impunité et les crimes contre l\u2019humanité en Amérique latine.La Maison Secours aux femmes est une maison d\u2019hébergement qui offre aux femmes immigrantes victimes de violence conjugale et à leurs enfants un lieu sécuritaire ainsi que différents services.L\u2019intervention vise à découvrir différentes alternatives qui leur permettront d\u2019atteindre une plus grande autonomie et de se développer sur le plan personnel.Vous vivez une relation de couple dans laquelle vous vous sentez dévalorisée, abusée, la Maison Secours aux femmes peut vous offrir ces services dans le respect de votre culture.Les enfants bénéficieront également d\u2019une attention particulière par le biais d\u2019un programme d\u2019activités.Ces services sont gratuits et offerts en plusieurs langues.Pour informations: (514) 593-6353; télécopieur: (514) 593-7241.Le 14 mars 1998, se tiendra un colloque sur le thème de la Pluralité culturelle: richesses et défis.Ce colloque est organisé par le groupe de réflexion sur l\u2019accueil et l\u2019intégration des immigrants/réfugiés, un comité du diocèse de Montréal auquel participe le Centre justice et foi.Le colloque vise une mise en commun des réflexions réalisées dans les équipes synodales sur la pluralité culturelle au cours de cette année, et une réflexion critique des enjeux diocésains face à cette pluralité.Si vous êtes intéressés à participer à cette démarche, veuillez communiquer avec Élisabeth Garant au (514) 387-2541 pour être inscrits sur la liste d\u2019invitation.Le Conseil oecuménique des chrétiennes du Canada lance à chaque année une invitation à prier avec les femmes d\u2019un pays en particulier.Ce mouvement de prière, amorcé il y a cent ans, est devenu la journée mondiale de prière, célébrée dans plus de 170 pays.Cette prière oecuménique est l\u2019occasion de connaître mieux un pays, de nous sensibiliser à son histoire et à sa culture, de même qu\u2019à ses réalités socioéconomique, politique et religieuse d\u2019aujourd\u2019hui.Pour l\u2019année 1998, ce sont des femmes malgaches qui ont préparé une réflexion et une prière autour du thème «Qui est mon voisin?» Cordiale invitation à toutes et à tous à une célébration oecuménique avec les femmes et le peuple de Madagascar, le jeudi 5 mars 1998, à 19h30 à la maison-mère des Soeurs Grises de Montréal, 1185 rue St-Mathieu, Montréal (station Guy).Renseignements: Thérèse Benguerel, sbc, tél.: (514) 271-9198.L\u2019Université de Sherbrooke offre du neuf en théologie.En effet la Faculté de théologie, d\u2019éthique et de philosophie vient de lancer un projet de formation en théologie orthodoxe.Ce projet, qui se donne au campus de Lon-gueuil de l\u2019Université, se situe au premier cycle et mène à l\u2019obtention d\u2019un certificat.C\u2019est le premier programme du genre, en français, en Amérique du Nord.Il est le fruit d\u2019une collaboration entre la Faculté de théologie et des chrétiens orthodoxes du Québec.Trois cours sont offerts en janvier: Histoire de l\u2019Église, Introduction à la théologie orthodoxe, et l\u2019Art de l\u2019icône.Pour plus de renseignements, il suffit de composer le (514) 738-4018 ou le (819) 821-7600.Le Comité de solidarité tiers-monde de Trois-Rivières met au point la cyber-solidarité.Branché au réseau Internet à l\u2019adresse http://www.cstm.qc.ca, un Journal établira un lien virtuel entre des jeunes de toute la planète, de façon à ce qu\u2019ils s\u2019inspirent mutuellement de leurs réflexions et de leurs pratiques.À l\u2019aide de ce réseau mondial d\u2019échanges, in-terre-actif favorise une meilleure compréhension des enjeux de la solidarité internationale.Ce projet suscite un processus permanent d\u2019échanges et d\u2019information à propos de questions locales, régionales, nationales et internationales, par le biais de la rédaction et de l\u2019intervention journalistique.Le Journal in-terre-actif se veut un point de chute des sujets de l\u2019heure, des initiatives et des projets de développement conçus à des fins humanitaires.Pour informations: Annie Lafontaine ou Nathalie Lefebvre.E-mail: solitier@tr.cgocable.ca.HHMMMMI relations janvier-février 1998 23 hors-dossier LA PAIX D\u2019OSLO par Jawad Sqalli1 Dans l\u2019imagerie traditionnelle, les mirages naissent dans les déserts de sable.Il en est un pourtant qui a pris naissance dans les glaces nordiques: la paix d\u2019Oslo.Une fois retombés les confettis de la fête et éteints les flashes des caméras de la poignée de mains «historique», que reste-t-il de ce mirage autour duquel se sont articulées les politiques moyen-orientales de plusieurs États, dont le Canada ?De retour d\u2019un bref séjour en Palestine, l\u2019auteur témoigne de ce qu\u2019il a vu.À Jérusalem, c\u2019était la fête du Yom Kippour.On avait resserré un peu plus l\u2019étau autour de la population palestinienne.Depuis l\u2019accord d\u2019Oslo déjà, et pour bien marquer que la question de Jérusalem n\u2019était pas négociable, l\u2019armée d\u2019occupation avait interdit l\u2019entrée de la ville à tous les Palestiniens qui n\u2019en étaient pas résidents.Des barrages militaires avaient été installés à toutes les entrées de la ville.À l\u2019occasion du Yom Kippour, par «mesure de sécurité», aucun véhicule ne pouvait traverser le Check Point entre Jérusalem et Bethléem.Il fallait descendre 200 mètres avant le barrage et marcher un autre 200 mètres après, pour prendre un autre taxi et continuer sa course.Pendant que je marchais dans cette zone piétonnière improvisée, j\u2019étais surpris de constater que quelques autos en apparence civiles et ordinaires, après une très brève halte au barrage, étaient autorisées à circuler.Je demande à mon voisin: pourquoi elles et pas notre taxi?«Mais ce sont des voitures de Juifs»! Dans le ton, je percevais qu\u2019il me prenait pour un extraterrestre pour poser des questions aux réponses aussi évidentes.Cet incident n\u2019était que la continuation de toute une série qui avait commencé dès mon arrivée aux frontières d\u2019Israël, en provenance de l\u2019Égypte.Le large sourire avenant, ponctué de l\u2019inévitable «Welcome in Israël», qu\u2019a fait naître mon passeport canadien, a disparu complètement à la lecture de mon nom clairement arabe, pour faire place à une série d\u2019aboiements: Où vas-tu?Pourquoi faire?Chez qui?.Mon hôtel réservé à Ramallah a eu le don de décupler la hargne des gardes frontières, déjeunes militaires zélés.Fouilles méticuleuses de mes bagages et sur mon corps, interrogatoires répétés sur mes destinations et mes projets en Israël: mon autobus est reparti avec un passager en moins, les 24 autres n\u2019avaient pas des noms arabes.Lorsque enfin je fus admis à entrer, chaque pas, chaque rencontre, chaque scène contribuait à confirmer que j\u2019étais dans un pays où le racisme le plus mesquin faisait loi.Les Palestiniens à l\u2019heure de la désillusion Khalid est un militant de l\u2019Intifada.L\u2019un des jeunes leaders de la révolte des pierres qui avait eu le don de réveiller les consciences occidentales et forcé la diplomatie internationale à bouger pour une solution mettant fin à l\u2019occupation.Khalid a passé par les camps du Néguev, véritables camps de concentration par lesquels sont passés des dizaines de milliers de Palestiniens pendant l\u2019Intifada, la plupart par mesure de détention administrative (sans accusations et sans procès).Aujourd\u2019hui dans la quarantaine, il n\u2019est pas amer, mais très lucide: «Ne nous faisons pas d\u2019illusions, l\u2019Intifada a été défaite.Nous avons négocié et continuons à le faire dans le cadre de la défaite.Nous négocions notre reddition et les seuls efforts faits sont pour mettre quelques conditions à cette reddition».Pour Khalid et de nombreux autres militants, «la question stratégique est celle de la reconstitution de nos élites populaires.Et c\u2019est parmi les jeunes que cette reconstruction se fera.Les nouveaux paradigmes de la résistance et de la lutte de libération ne peuvent être portés qu\u2019avec des directions radicalement renou- La défaite (de l\u2019Intifada), nul n\u2019en doute vraiment.Tout sur le terrain le confirme.velées, en rupture avec le discours et la pratique de ces 50 dernières années».La défaite, nul n\u2019en doute vraiment.Tout sur le terrain le confirme: les confiscations de terres se sont accélérées depuis les accords d\u2019Oslo.La colonisation aussi et bien avant l\u2019arrivée au pouvoir de Netanyahu.La «bantoustanisation» des territoires occupés est quasi achevée: le réseau des colonies de peuplement israéliennes et de routes de contournement (encore des routes exclusivement réservées aux Juifs, permettant aux colons de se rendre d\u2019une colonie à l\u2019autre et de n\u2019importe laquelle en Israël sans traverser des zones de peuplement arabe) enserre la population palestinienne dans un étau de plus en plus serré.Avant Oslo, lorsque l\u2019armée d\u2019occupation israélienne avait recours aux punitions collectives de toute la population, le bouclage des territoires signifiait l\u2019interdiction pour les Palestiniens de tra- 24 relations janvier-février 1998 Le large sourire avenant, ponctué de l\u2019inévitable «Welcome in Israël» qu\u2019a fait naître mon passeport canadien, a disparu complètement à la lecture de mon nom clairement arabe.verser la ligne verte, de se rendre dans les territoires conquis par Israël avant 1967.Aujourd\u2019hui, ce bouclage a complètement changé de nature: dans le contexte d\u2019une carte en peau de léopard, le bouclage signifie qu\u2019on ne peut plus circuler entre les taches de la peau de léopard.Les territoires ont été partagés en zone A, B, C.Les zones A sont les six villes à forte densité de population palestinienne, 3% du territoire.L\u2019autorité palestinienne y assure la sécurité, s\u2019occupe d\u2019éducation, de santé et de quelques autres prérogatives arrachées au compte-gouttes à l\u2019issue de négociations sordides.La zone B est constituée par les villages d\u2019importance: les Israéliens continuent d\u2019y assurer.l\u2019insécurité et l\u2019autorité palestinienne, les services sociaux de base (7% du territoire).Les 90% restants du territoire sont la zone C.Les Israéliens continuent leur occupation dans les mêmes conditions qu\u2019avant les accords.Le dernier bouclage a signifié, par exemple, que le paysan qui habite le village (zone B) ne pouvait plus se rendre pour travailler son champ à quelques dizaines de mètres de son village.Le champ est en zone C.Un autre cas que l\u2019on m\u2019a fréquemment rapporté est celui de l\u2019Université Bir Zeit (Zone B).La plupart des enseignants habitent Ramallah (Zone A), distante de quelques kilomètres.Aucun moyen pour eux de se rendre à leur travail.Les bouclages successifs, les entraves de toutes sortes à l\u2019activité économique font que le taux de chômage des Palestiniens a explosé au cours des dernières années: plus de 60% à Gaza et plus de 35% en Cisjordanie.Sur un autre plan, le nombre de détenus palestiniens aux 1.L\u2019auteur, Québécois originaire du Maroc, travaille depuis une vingtaine d\u2019années dans des organisations populaires et communautaires.Depuis plus de dix ans, il a collaboré à de nombreux groupes québécois de coopération et de solidarité internationales.mains de l\u2019armée israélienne est aussi important aujourd\u2019hui qu\u2019avant les accords.À quatre reprises, la négociation de leur libération a été achevée à coups de grandes concessions palestiniennes.À chaque fois, le gouvernement israélien, après avoir engrangé les concessions en question, a pris prétexte d\u2019un attentat, d\u2019une difficulté dans le processus de négociations ou a tout simplement émis de nouvelles exigences pour éviter de les libérer.Il est clair que dans les tactiques israéliennes, ces prisonniers constituent des otages précieux pour lesquels on peut exiger à répétition de véritables rançons.Jérusalem, les faits accomplis qui se multiplient Depuis le premier jour de leur conquête de 1967, les Israéliens se sont efforcés de multiplier les faits accomplis à Jérusalem pour en faire la «capitale éternelle de l\u2019État d\u2019Israël».Les conditions n\u2019étaient plus les mêmes qu\u2019en 1948: l\u2019expulsion par la force et la terreur de plusieurs centaines de milliers d\u2019habitants ne pouvait pas être envisagée pour la seule raison que la communauté internationale ne le permettrait pas avec la même facilité qu\u2019en 1948.Il fallait donc le faire à petit feu, sur une longue période.Vingt ans après, on peut dire sans l\u2019ombre d\u2019un doute qu\u2019lsraël a échoué dans sa tentative de judaïser Jérusalem et d\u2019en effacer le caractère arabe, christiano-musulman.Ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essayé et ce n\u2019est pas encore fini.Comme il est dit plus haut, dès la signature des accords d\u2019Oslo, et dans l\u2019éventualité d\u2019un aboutissement du processus relations janvier-février 1998 25 Jean-François Leblanc/STOCK que ces accords inauguraient vers la création d\u2019un État palestinien, le gouvernement travailliste de l\u2019époque a instauré une véritable frontière entre Jérusalem et le reste de la Cisjordanie.Un arsenal de lois et de règlements venaient encadrer le statut de résident de Jérusalem.Seuls les résidents réguliers de la ville, reconnus comme tels par les autorités d\u2019occupation et n\u2019ayant pas quitté la ville pour une période de plus de six mois, pouvaient désormais s\u2019y rendre, ne serait-ce que pour une visite ou une promenade.Bien évidemment, de tels règlements n\u2019étaient valables que pour les non-Juifs (le seul terme désormais utilisé dans le discours officiel et dans les statistiques israéliennes, une façon supplémentaire de nier le caractère arabe et palestinien de la population des territoires occupés et de 18% de la population israélienne).Les Juifs, eux, sont attirés par toutes sortes de facilités qui leur sont accordées (un environnement ethniquement propre, dans des colonies exclusivement juives, des subventions généreuses à l\u2019acquisition d\u2019appartements et de maisons dans les nouvelles implantations, des exonérations fiscales de toutes sortes, un réseau de routes à circulation rapide pour rejoindre leur travail dans les autres localités israéliennes avoisinantes, etc.).Le gouvernement Likoud (coalition de l\u2019extrême-droite et des intégristes religieux) ne pouvait faire moins que les travaillistes; ils ont donc renforcé et accéléré les mesures adoptées par leurs prédécesseurs.De l\u2019autre côté, celui des organisations palestiniennes, la résistance est à la fois acharnée et pénible.Toutes les organisations populaires et les ONG qui avaient leur siège à Jérusalem se retrouvent dans une situation où elles ne peuvent plus offrir leurs services à la population à partir de ce siège.Elles ont, pour la plupart, été contraintes d\u2019ouvrir de nouveaux bureaux à Ramallah ou à Bethléem, dans les banlieues Nord et Sud de la ville.Mais, pour des questions de principe et pour ne pas faciliter la tâche de l\u2019occupant, elles ont tenu également à maintenir ouverts leurs bureaux de Jérusalem.Cela représente des coûts additionnels importants, qui viennent compliquer une situation financière déjà passablement affectée par une diminution massive de l\u2019aide internationale aux ONG, aide réaffectée à soutenir l\u2019Autorité nationale, le quasi-gouvernement dont la tâche principale, selon les accords d\u2019Oslo, est de garantir la sécurité de l\u2019occupant.Il suffit de voir les appels insistants de Netanyahu et de ses alliés américains à des violations massives de droits de la personne par l\u2019autorité palestinienne comme seul moyen de combattre le terrorisme, pour comprendre le rôle qui, selon eux, incombe à cette autorité.Toutes les dénonciations du caractère autoritaire et antidémocratique des services policiers palestiniens émanant de sources américano-israéliennes sont de la pure hypocrisie et relèvent plus de la propagande que d\u2019un véritable souci des droits humains.Ces violations n\u2019en sont pas moins réelles et elles découlent pour une large part des exigences de sécurité israéliennes, une sécurité pour les colons et les soldats de l\u2019occupation dont le prix est l\u2019insécurité totale pour leurs victimes.En plus de ces difficultés financières supplémentaires, les organisations palestiniennes de Jérusalem doivent faire face à une guerre d\u2019usure de la part des autorités israéliennes, tant au niveau national que municipal.Les tentatives de les fermer en arguant que leur existence est une «violation des accords d\u2019Oslo», une «couverture de l\u2019Autorité palestinienne qui étend ainsi de manière illégale son action en dehors des zones A et B», se succèdent et, pour l\u2019instant, échouent face à la détermination des organisations en question.Mais ces dernières savent qu\u2019elles n\u2019auront pas une seconde chance; à la première faiblesse, elles disparaîtront.Même la police de la circulation est largement mise à contribution dans cette guerre d\u2019usure contre la présence palestinienne à Jérusalem.Elle fait la vie dure aux taxis assurant la liaison entre Ramallah et Jérusalem, qui sont victimes d\u2019une campagne d\u2019extorsion de grande envergure.Des contraventions pleuvent en permanence, pour les raisons les plus futiles, et représentent un poids financier menaçant la rentabilité même de cette activité.Dès qu\u2019un emplacement devient une station de taxis connue, on voit fleurir un arsenal de panneaux interdisant le stationnement à cet endroit.Tous les niveaux de pouvoir, des échelons gouvernementaux aux échelons les plus bas, collaborent pour faire la vie dure aux Palestiniens, dans l\u2019espoir de les faire partir «volontairement».Les Arabes israéliens: des citoyens de cinquième catégorie Après la Cisjordanie et Gaza, et sur invitation d\u2019un Centre de droits humains, à Arara, près de Nazareth, j\u2019ai fait une tournée dans certaines communautés arabes de l\u2019intérieur d\u2019Israël, les Arabes israéliens comme on les appelle: pour être plus précis, il s\u2019agit de Palestiniens qui possèdent la nationalité israélienne mais non la citoyenneté, Israël se définissant comme l\u2019État des Juifs du monde et non l\u2019État de ses habitants.Un responsable de l\u2019association m\u2019accueille en me disant: «l\u2019État d\u2019Israël s\u2019est construit sur la discrimination entre Juifs et non-Juifs et entre Juifs eux-mêmes.Juifs occidentaux, Juifs russes, Juifs orientaux et Juifs éthiopiens sont en résumé les quatre échelons de la société israélienne.Ici, tu es bienvenu au cinquième et dernier échelon».Oum El Fahm, une localité de 35 000 habitants n\u2019est séparée de la Cisjordanie que par des colonies de peuplement juives.Ses habitants refusent d\u2019ailleurs l\u2019appellation d\u2019Arabes de 1948: «la vérité est que nous sommes les Arabes de 1949.Pendant la première guerre israélo-arabe, notre village et l\u2019armée jordanienne avaient résisté aux attaques israéliennes et ils n\u2019ont pas réussi à nous occuper.La ligne de cessez-le-feu nous laissait du côté jordanien.Mais, en 1949, lors de la signature des accords d\u2019armistice, le roi Abdallah de Jordanie nous a livrés aux Israéliens contre des garanties de sécurité pour lui et pour son trône», me disait l\u2019un des adjoints du maire de la municipalité.«Depuis cette date, rien, strictement rien n\u2019a jamais été fait pour notre municipalité par les gouvernements israéliens successifs», ajoute un jeune avocat.«Nous avons vécu les vingt premières années sous un régime d\u2019occupation militaire, photocopie conforme de ce qui existe aujourd\u2019hui en Cisjordanie: confiscation de terres, encerclement par des colonies de peuplement, suspension de toutes les garanties constitutionnelles en matière de droits et libertés, étouffement économique de nos économies.tout l\u2019arsenal utilisé aujourd\u2019hui de l\u2019autre côté».Un professeur poursuit: «Nous avons été le laboratoire dans lequel ils ont expérimenté avec succès la judéisation forcée de territoires conquis.Ils ont pensé utiliser la même chose en Cisjordanie.Là, ils n\u2019y sont parvenus qu\u2019à moitié.Mais nous, nous sommes les 26 relations janvier-février 1998 pestiférés: Israéliens pour beaucoup de nos compatriotes palestiniens, Arabes privilégiés pour l'Occident, nuisance nécessaire pour les dirigeants israéliens, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour combattre l\u2019apartheid dont nous souffrons».Électeurs traditionnels du Parti communiste israélien, les Arabes de l'intérieur ont assez massivement changé d\u2019allégeance pour voter islamiste: sept membres sur onze du conseil municipal appartiennent au mouvement islamiste et ont été élus Tous les niveaux de pouvoir, des échelons gouvernementaux aux échelons les plus bas, collaborent pour faire la vie dure aux Palestiniens, dans l\u2019espoir de les faire partir «volontairement».sous sa bannière.Ici comme ailleurs, cette évolution est due aux mêmes causes internes (services sociaux donnés par des organisations caritatives liées au mouvement islamiste, désespoir objectif favorisant le repli sur les espoirs divins.) et externes (faillite de l\u2019URSS, effondrement des forces de gauche, absence d\u2019alternatives progressistes claires et consensuelles.).Après une longue bataille juridique, les habitants de Oum El Fahm ont remporté une victoire symbolique qu\u2019ils jugent extra- ordinaire: un avocat arabe a réussi à acheter une maison dans un village de colonisation, jusque-là exclusivement réservé aux Juifs.C\u2019est la première fois en 50 ans que cela se fait.Cette minable brèche dans la carapace sioniste a eu des effets assez inattendus: quatre autres Arabes en ont profité pour acheter des maisons dans le même village et un grand nombre d\u2019Israéliens, choqués de voir leur long travail de purification ethnique anéanti par ce voisinage barbare, ont préféré déménager.Ne reste donc que des gens capables de vivre dans une certaine diversité et des Arabes de dialogue.Qui sait?C\u2019est peut-être le début d\u2019une cohabitation plus conviviale?Mais sera-ce suffisant pour redonner vie aux milliers de villages arabes sciemment détruits par les colons?Le jour de mon départ, un militant démocratique juif palestinien, m\u2019a fait faire une tournée très tôt le matin dans la région de Tel Aviv, pour me montrer tout ce que les politiques israéliennes ont fait pour cacher le caractère violent et systématique de l\u2019entreprise de désarabisation de la Palestine.Je me rappellerai ce gros tas d\u2019ordures, dans la banlieue de Tel Aviv, sur la route menant à l\u2019aéroport international.C\u2019est un dépotoir, maintenant désaffecté, une immense colline recouverte d\u2019une bâche noire: «C\u2019est un dépotoir qui s\u2019appelle Al Kharia».Voyant que mon interlocuteur ne souriait pas, je lui demandai si le nom avait en hébreu la même signification qu\u2019en arabe (la merde!).«Non, ça n\u2019a rien à voir.C\u2019est que sous ce dépotoir, il y a les restes d\u2019un village arabe qui s\u2019appelait Al Khairyya (la bonté)».Un village recouvert d\u2019ordures, la bonté transformée en fumier, c\u2019est assez représentatif du pays de l\u2019apartheid sioniste.Il «f* // j eskSKÈl F.r.\u2019?7\".- 'stÆGb- #
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