Relations, 1 novembre 1996, Novembre
[" relations novembre 1996\t3,75$ no 625 HMJ3 /Je; J]/, :jjoj p/j JJ, il» ' ' 'y'K' À LIRE AUSSI DANS CE NUMÉRO: \u2022\tLe Festival des films du monde \u2022\tLa monnaie et son univers symbolique \u2022\tÉpître d\u2019une communauté de base \u2022\tLettre à Norman Bethune.977003437800011 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de ia justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Raymonde Bourque, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Marie-Paule Malouin, Guy Paiement, Jean Pichette, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Jean-Marc Éla, Vivian Labrie, Jean-Paul Rouleau BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 téléc.: (514) 387-0206 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 27,00$ (taxes incl.) Deux ans: 48,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 28,00$ Abonnement de soutien : 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 «Réconfortez les affligés et affligez les confortables».Ce vieil adage rend bien l\u2019esprit de ia récente lettre pastorale des évêques canadiens: La lutte à la pauvreté, un signe d\u2019espérance pour notre monde.En insistant sur les causes structurelles de la pauvreté, cette prise de parole courageuse et dérangeante des évêques canadiens s\u2019ajoute, d\u2019une manière sans équivoque, à la voix de tous ceux et celles qui osent remettre en question les dogmes de l\u2019orthodoxie néo-libérale.Nous y trouvons un rappel du sérieux de la crise que nous traversons, du scandale de l\u2019appauvrissement dans notre monde d\u2019abondance, des conséquences personnelles profondes LA VERTU DE SOLIDARITÉ et des pertes sociales énormes qui en découlent.Tout en reconnaissant la complexité des défis auxquels nous faisons face, les évêques nous invitent à agir sur les mécanismes sociaux qui creusent l\u2019écart entre riches et pauvres, entre rassasiés et affamés, entre admis et exclus.Cette lettre interpelle particulièrement les communautés chrétiennes.Dans notre société, la lutte à la pauvreté doit être en tête de liste des priorités sociales et ne saurait céder sa place à la lutte au déficit.Pour les chrétiens et les chrétiennes, les pauvres sont des frères et des soeurs dans le Christ et nous ne pouvons ignorer leur sort.Le choix évangélique qui s\u2019impose ne peut se satisfaire du seul discours.Il exige des engagements réels et durables, avec les pauvres et en partenariat avec des mouvements sociaux.Se mettre à l\u2019écoute des pauvres, choisir une vie simple, participer aux débats sociaux sont autant de façons d\u2019assumer nos responsabilités sociales et de poursuivre l\u2019oeuvre libératrice de Dieu.Dans un document préparatoire (Lineamenta, dans le langage ecclésial) au Synode pour l\u2019Amérique, nous lisons que l\u2019injustice des conditions sociales dans lesquelles vivent de nombreuses personnes exige, comme réponse morale, de cultiver la vertu de solidarité.Cette vertu, souligne-t-on, ne peut se réduire à des actes sporadiques de bonne volonté.Au contraire, elle appelle à une manière de vivre constante, fondée sur la reconnaissance de l\u2019interdépendance humaine.En soulignant la gravité de la situation de la pauvreté dans notre société et dans notre monde, et la nécessité pour l\u2019Église d\u2019agir en faveur des pauvres, les évêques canadiens nous demandent de faire nôtre la vertu de solidarité.Agir pour la justice n\u2019est pas une activité complémentaire.Agir pour la justice s\u2019inscrit au coeur même de la vie chrétienne.Carolyn Sharp 258 relations novembre 1996 face à l\u2019actualité avec Dominique Boisvert, Pierre Gaudreau, Vincent Greason, Guy Paiement et Carolyn Sharp AGENDA POUR UNE AUTRE ÉCONOMIE Discrètement mais efficacement, plusieurs initiatives porteuses d\u2019espoir témoignent d\u2019une autre façon de faire de l\u2019économie.Tout le monde a fourbi ses armes pour aller au sommet socioéconomique de cet automne.Une fois la poussière retombée, la rumeur publique risque d\u2019en retenir certains débats archi-connus qui ont cours entre les syndicats, le patronat et le gouvernement.Pourtant, dans les coulisses, plusieurs milieux sont en train d\u2019inscrire sans bruit de nouveaux points à l\u2019agenda social.J\u2019en veux comme indices les colloques importants qui ont cours cet automne et certaines expériences prometteuses.En clair, la morosité n\u2019est plus la seule force à l\u2019oeuvre.Des milliers de citoyens et de citoyennes s\u2019aventurent dans la recherche active d\u2019une autre économie.Commençons par deux rencontres qui ont valeur de balises.Le 28 septembre, en effet, à deux rues de distance, nous avions, d\u2019une part, le Forum de la solidarité sociale et, de l\u2019autre, le Sommet sur les coopératives de travail dans la nouvelle économie.Le premier comprenait des membres des syndicats et des groupes communautaires qui arrimaient leurs stratégies pour réclamer des emplois et une redistribution de la richesse collective.Le second faisait état des multiples initiatives coopératives pour participer à la création de la richesse et contribuer ainsi à une redistribution de celle-ci dans différents milieux.Ces deux perspectives me paraissent évidemment complémentaires et il faudra bien que les membres qui les soutiennent puissent se concerter pour aller plus avant.Pour sa part, le début d\u2019octobre voyait d\u2019autres groupes ex- plorer de nouvelles pistes, qu\u2019il s\u2019agisse des stratégies d\u2019investissement alternatif, avec l\u2019Association communautaire de Montréal ou les possibilités et limites de l\u2019allocation universelle, - ce que l\u2019on appelle aussi le revenu de citoyenneté - revenu accessible à tous, indépendamment de sa situation ou de son travail, - que des universitaires examinaient à Québec.Le début de novembre verra le Conseil d\u2019intervention pour l\u2019accès des femmes au travail porter un regard sur les choix récents de notre société, qu\u2019il s\u2019agisse des métiers non traditionnels, de l\u2019économie sociale ou de l\u2019équité salariale.On comprend alors l\u2019intérêt pour les membres de l\u2019Association d\u2019économie politique de s\u2019interroger, à l\u2019UQAM, sur le rôle des mouvements sociaux dans le développement économique.Ajoutons, dans les milieux communautaires, la longue marche silencieuse de la journée mondiale contre la pauvreté, le jeûne à relais du refus de la misère et le colloque de la Table de concertation sur la faim du Montréal métropolitain qui s\u2019interroge sur les chemins à privilégier pour l\u2019avenir, en insistant sur la nécessité de passer du «pauvre» au «citoyen» et de redonner à ce dernier tout le pouvoir qui est le sien sur sa vie.En plus de toute cette réflexion à plusieurs voix pour ouvrir de nouveaux chemins, il faut souligner le travail très original du Chantier sur l\u2019économie sociale, qui remet à la discussion publique la possibilité d\u2019une recherche innovatrice d\u2019une autre façon de faire de l\u2019économie.La discussion qui a rapidement été dé- relations novembre 1996 259 face à l\u2019actualité clenchée montre bien la nécessité d\u2019une vigilance pour qu\u2019une telle nouveauté ne soit pas récupérée par les tenants d\u2019une économie pour «pauvres».L\u2019innovation sociale pourra heureusement s\u2019appuyer sur la nouvelle Chaire socioéconomique de l\u2019UQAM pour étayer ses réflexions contre les initiatives néo-libérales.Le professeur Léo Paul Lauzon et son équipe multiplient, en effet, les recherches pointues qui démasquent les prêts-à-penser et qui contribuent à redonner l\u2019initiative aux citoyens et citoyennes.Les élites en place voudraient bien nous convaincre de laisser l\u2019économie à leurs gourous et d\u2019allumer une chandelle sur l\u2019autel de la fatalité.Mais l\u2019espérance est têtue.Elle commence à se servir de sa tête pour imaginer et créer.L\u2019hiver sera moins triste.¦ Guy Paiement Centre Saint-Pierre LE TRAVAIL ÉTUDIANT Le bien-être social et économique des jeunes du Québec ne serait-il pas mieux servi par une législation compréhensive sur le travail étudiant?Depuis vingt ans, le nombre de jeunes qui jumellent travail et études a doublé.La moitié des élèves du secondaire occupent un emploi à temps partiel pendant l\u2019année scolaire.Si les recherches démontrent peu de liens directs entre le travail des jeunes et la diminution du rendement scolaire, sur le terrain les enseignants constatent des conséquences néfastes: devoirs mal faits, sous prétexte qu\u2019on a travaillé la veille; étudiants fatigués dont le principal centre d\u2019intérêt se situe en dehors de l\u2019école; pression sur l\u2019école pour qu\u2019elle s\u2019accommode aux besoins du marché de l\u2019emploi; et pour certains garçons, incitation au décrochage, surtout quand un emploi se révèle un peu plus rémunérateur.Dans ce contexte, l\u2019absence de toute réglementation du travail des personnes mineures, surtout chez les jeunes de moins de 16 ans, suscite de plus en plus d\u2019inquiétude.En 1992, le Conseil supérieur de l\u2019éducation et le Conseil permanent de la jeunesse s\u2019y sont penchés.Plus récemment, la Centrale de l\u2019enseignement du Québec et le Conseil du patronat ont publié une entente conjointe sur le travail des jeunes.Cette entente propose de contrecarrer l\u2019embauche des moins de 13 ans et de limiter la durée et l\u2019horaire de travail des 13 à 15 ans.De même, elle plaide pour le respect de la Loi sur les normes du travail et le souci de la santé et de la sécurité des jeunes au travail.À première vue, cette entente est un effort très louable.Mais un second regard met en lumière plusieurs lacunes.Première lacune: la nature volontaire de cette entente.En gros, il s\u2019agit d\u2019une démarche morale qui passe sous silence la principale carence de la société québécoise dans ce domaine: l\u2019absence d\u2019une législation compréhensive munie de mécanismes coercitifs.Une telle législation existe dans plusieurs États américains.Par exemple, depuis le début du siècle, dans l\u2019État de New York, un système de permis de travail réglemente le travail des moins de 18 ans, limitant sévèrement l\u2019horaire de travail et définissant les conditions dans lesquelles le travail étudiant peut s\u2019accomplir.Cette législation, inscrite dans les lois sur les normes de travail, rend l\u2019employeur responsable du respect de la loi (des inspecteurs sont mandatés pour y veiller), notamment en impo- sant des amendes importantes à ceux qui y contreviennent.Ainsi, sommes-nous loin de la situation québécoise où un employeur qui contrevient à la Loi sur l\u2019instruction publique fait face à une légère amende de 100$ à 200$, là où une Commission scolaire porte plainte, ce qui est plutôt rare.L\u2019école new-yorkaise, parce qu\u2019elle est informée officiellement de l\u2019emploi de l\u2019étudiant (c\u2019est elle d\u2019ailleurs qui émet le permis de travail), peut intervenir efficacement quand un jeune vit la difficulté de conjuguer travail et études.Dans les cas où l\u2019emploi nuit à l\u2019assiduité scolaire, l\u2019école peut retirer le permis de travail.Protéger son emploi devient alors une forte incitation à la fréquentation et à la réussite scolaire.Une deuxième lacune de l\u2019entente CEQ-CPQ se situe au niveau de ses propositions en matière de santé et de sécurité au travail.Ici, l\u2019entente fait appel à des principes vagues et ne porte aucun contenu neuf en comparaison avec les lois existantes.En cela, il y a une nette démarcation avec les propositions très précises quant à la durée et l\u2019horaire de travail.Ici encore, le contraste avec la législation new-yorkaise est frappant.Celle-ci interdit certains emplois aux personnes mineures comme, par exemple, le travail en usine, l\u2019opération de la machinerie lourde ou tranchante, la manipulation des produits toxiques.À notre avis, de telles protections additionnelles se justifient bien.Comme, à l\u2019adolescence, la prudence n\u2019est pas encore pleinement développée, il ne faut pas présumer de la capacité des jeunes de reconnaître et de gérer les situations dangereuses.C\u2019est d\u2019ailleurs une raison pour laquelle on interdit aux moins de 16 ans de conduire et qu\u2019on songe à imposer de nouvelles restrictions aux moins de 18 ans.De plus, le respect de mesures de santé et sécurité au travail dépend trop souvent de la capacité des employés à faire entendre leurs craintes et leurs préoccupations à l\u2019employeur.Tout porte à croire que devant l\u2019employeur-adulte, l\u2019employé-adolescent est moins apte à réussir de telles négociations.Il est donc tout à fait légitime que l\u2019action étatique vise à offrir une protection supplémentaire à cette main-d\u2019oeuvre, par définition plus vulnérable.Et nous ne pouvons qu\u2019appuyer le souhait du Conseil permanent de la jeunesse: que les inspecteurs de la CSST fassent preuve de plus de rigueur à cet égard.260 relations novembre 1996 face à l\u2019actualité Finalement, l'entente CEQ-CPQ souffre du traitement isolé qu\u2019elle fait du travail étudiant.Comme l\u2019ont souligné à maintes reprises des organisations de jeunesse, la question du travail étudiant ne peut se traiter sans références aux autres questions sociales qui façonnent la vie des jeunes: le recul de la valeur du salaire minimum, l\u2019appauvrissement des familles, l\u2019augmentation des frais de scolarité et des frais afférents, le financement de plus en plus difficile des activités de loisir, le coût élevé des activités MAL-LOGÉS ET.SANS-ABRIS FISCAUX Oui à l\u2019objectif de déficit zéro en quatre ans, mais à la condition d\u2019établir un partage fiscal sportives et culturelles.Or, en restreignant unilatéralement l\u2019accès des jeunes au marché du travail, la CEQ et le CPQ s\u2019arrogent les pouvoirs de l\u2019État tout en laissant en plan ces questions connexes.Pour cela, nous préférerions une politique compréhensive qui mettrait fin au laxisme actuel, tout en se préoccuppant du bien-être social et économique des jeunes dans son ensemble.¦ Carolyn Sharp équitable.Il y a un an, Lucien Bouchard se présentait comme un grand opposant au vent de droite.En prenant le pouvoir, le Premier ministre du Québec invitait la société québécoise à oser.Pourtant, ses neuf mois à la tête du gouvernement ont été marqués de compressions ne se démarquant en rien de la recette des Harris et cie.Dans la lutte au déficit, Québec a choisi de cibler ses dépenses en visant tout particulièrement les programmes sociaux.C\u2019est au nom du fameux consensus sur la lutte au déficit, établi lors de la Conférence de Québec, le 20 mars dernier, que le Premier ministre justifie son action.Durant la conférence, l\u2019ensemble des organismes socio-communautaires et étudiants représentés ont clairement exprimé à quelles conditions ils étaient prêts à adhérer à l\u2019objectif de déficit zéro en quatre ans.Ces conditions étaient les suivantes: - que cet objectif soit «atteint principalement par une révision en profondeur de la fiscalité permettant un partage fiscal équitable entre tous les milieux, particulièrement les grandes entreprises et les contribuables à haut revenu»; - que «cet objectif n\u2019implique pas des coupures de programmes résultant en une diminution des services à la population»; - que «cet objectif n\u2019empêche pas la mise en place de politiques et de programmes permettant de s\u2019attaquer plus efficacement à la pauvreté et de développer l\u2019emploi».Or, plusieurs des gestes posés par le gouvernement Bouchard, depuis ce Sommet, vont carrément à l\u2019encontre de ces conditions.Le 1 er septembre, l\u2019allocation-logement comprise dans le chèque d\u2019aide sociale de 90 300 familles assistées sociales ayant des enfants mineurs a été soit totalement abolie, soit réduite d\u2019une moyenne de 30$ par mois, ce qui aggrave le dilemme dans lequel beaucoup se trouvaient déjà : payer le loyer ou manger.Au moins 140 000 enfants sont directement affectés.À la mi-septembre, le ministre responsable de l\u2019Habitation, Rémy Trudel, confirmait les intentions du gouvernement québécois de hausser de 20% les loyers de 85 000 ménages à faible revenu habitant des HLM et des coopératives d\u2019habitation.Québec veut aussi abolir le remboursement d\u2019impôts fonciers dont bénéficient 724 000 ménages locataires et propriétaires occupants à faibles revenus.Une des rares mesures fiscales dont bénéficient les plus démunis sera ainsi victime des compressions.Pour s\u2019attaquer au déficit, le gouvernement du Québec dispose d\u2019autres moyens que de sabrer dans ses dépenses.Il doit avoir le courage de réviser en profondeur la fiscalité.Alors que des domaines importants comme les hôpitaux ou l\u2019aide sociale ont subi le couperet des ministres des Finances, la chasse gardée des abris fiscaux demeure intacte.Le Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain a fait depuis longtemps le constat de contre-productivité des abris fiscaux dans le domaine immobilier.Non seulement sont-ils coûteux pour le gouvernement, mais ils provoquent souvent une aggravation des problèmes de logement, entraînant de nouveaux coûts pour l\u2019État.Ce fut le cas notamment de l\u2019exemption à vie de 100 000$ de gain en capital accordée au milieu des années 80, et qui fut à l\u2019origine d\u2019une vague de spéculation qui augmenta le coût des immeubles et des loyers.Pendant qu\u2019on annonce l\u2019abolition du remboursement d\u2019impôts fonciers, on maintient les généreuses déductions offertes aux corporations et individus propriétaires de logements locatifs privés.Ils peuvent déduire de nombreux frais reliés à leurs logements (frais d\u2019intérêt sur l\u2019argent emprunté pour acheter ou rénover, coût du chauffage, de l\u2019électricité et de l\u2019eau, primes d\u2019assurances, salaires de concierges et comptables, frais d\u2019entretien et de réparation, taxes foncières, etc.).Résultat: alors que les propriétaires de logements locatifs bénéficient de revenus de six milliards, ils ne payent que très peu d\u2019impôts sur ces revenus.Ces déductions mises en place pour encourager les gens à acquérir et entretenir des logements locatifs n\u2019ont aucun impact sur l\u2019accroissement du stock de logements locatifs abordables.À l\u2019heure où le gouvernement s\u2019apprête à revoir ses programmes d\u2019aide aux personnes mal logées et à augmenter la contribution financière des locataires de logements sociaux, il est indispensable que cet examen se fasse de façon globale.Le gouvernement doit tenir compte non seulement de ses dépenses en matière de logement social et d\u2019allocation-logement, mais aussi des avantages accordés aux propriétaires de logements locatifs.relations novembre 1996 261 face à l\u2019actualité Une telle révision de la fiscalité immobilière modifierait les conditions du marché locatif privé.Le logement serait moins une marchandise, un outil d\u2019enrichissement, et peut-être plus un droit.Cette révision n\u2019affecterait pas uniquement les petites et grosses corporations, mais aussi nombre d\u2019individus.Elle dégagerait beaucoup d\u2019argent, ce qui permettrait au gouvernement de développer ses interventions sociales.Le marché serait certes affecté, mais au moins, dans ce secteur, les Landry et cie ne pourraient nous rétorquer qu\u2019il en résulterait un exode à l\u2019extérieur du Québec.Les logements ne déménageront pas en Ontario ou au Connecticut! ¦ Pierre Gaudreau Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE ET M.AXWORTHY Pour aider le Canada à se brancher sur la question du désarmement nucléaire, n\u2019hésitez pas à donner votre avis.Qui s\u2019intéresse encore au désarmement nucléaire?On pourrait croire, depuis la fin de la guerre froide, que le péril nucléaire est chose du passé.Et pourtant, la question est d\u2019actualité plus que jamais! Le 8 juillet 1996, la Cour internationale de justice rendait, à La Haye, un jugement historique.En réponse à un avis juridique demandé par l\u2019Assemblée générale des Nations Unies, la Cour décide que «la menace ou l\u2019emploi d\u2019armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés, et spécialement aux principes et règles du droit humanitaire».Et même si la Cour «au vu de l\u2019état actuel du droit international (.) ne peut cependant conclure, de façon définitive, que la menace ou l\u2019emploi d\u2019armes nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d\u2019un État serait en cause», elle conclut néanmoins à l\u2019unanimité qu\u2019«il existe une obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations conduisant au désarmement nucléaire dans tous ses aspects, sous un contrôle international strict et efficace».Le 14 août 1996, la Commission de Canberra sur l\u2019élimination des armes nucléaires, formée de dix-sept experts internationaux, réunis par le gouvernement australien, a déposé son rapport dans lequel elle déclare que «les armes nucléaires sont une menace intolérable pour toute l\u2019humanité et ses habitats» et presse les pays détenteurs d\u2019armes nucléaires de s\u2019engager, immédiatement et sans équivoque, à éliminer toutes les armes nucléaires.Le 8 août 1996, à la Conférence sur le désarmement, un groupe de 28 pays du Sud (dont l\u2019Inde et le Pakistan, qui possèdent tous deux l\u2019arme nucléaire) proposait un programme intégré de désarmement nucléaire total, en trois phases, s\u2019échelonnant jusqu\u2019en 2020.Le 24 septembre 1996, aux Nations Unies, on commençait à signer le Traité d\u2019interdiction complète des essais nucléaires (CTBT).Ce traité interdit les explosions nucléaires expérimentales partout et pour toujours.Notons cependant qu\u2019il n\u2019empêche pas les recherches par simulation informatique, ce que les «cinq grands» sont maintenant capables de faire, rendant désormais inutiles pour eux les essais réels.Cela explique pourquoi l\u2019Inde refuse de signer le Traité, jugeant hypocrite l\u2019attitude des «cinq grands» qui pourront ainsi maintenir et développer leur supériorité nucléaire sur les autres pays qui n\u2019ont pas cette capacité informatique.Mais la question est aussi d\u2019actualité à cause de la menace réelle qui continue de peser sur nous tous.Même si, grâce à divers traités bilatéraux entre Russes et Américains, le total des armes nucléaires est passé de 70 000, en 1986, à 40 000 environ, en 1996, la capacité de destruction qu\u2019elles représentent actuellement est encore égale à plus de 500 000 fois celle des bombes lâchées sur Hiroshima et Nagasaki.Sans parler des coûts astronomiques que ces armes de mort commandent (30 milliards par an pour l\u2019entretien seulement, aux États-Unis), avec les conséquences catastrophiques que ces budgets militaires entraînent en coupures dans les dépenses sociales ou d\u2019aide au développement: les États-Unis, par exemple, dont le Congrès vient de voter un budget annuel de dépenses militaires de 260 milliards, soit 11 milliards de plus que ce que le Pentagone avait demandé (!), sont aussi les moins généreux des 21 pays les plus industrialisés envers le tiers monde, n\u2019y consacrant plus que 0,1 % de leur PNB (en baisse de 28% en un an), alors qu\u2019ils ont augmenté leur part du marché d\u2019armes mondial à 52% (à partir de 25% qu\u2019elle était en 1987).Que veut donc savoir M.Axworthy?Suite à la décision de la Cour internationale de justice, et en prévision de votes à venir à l\u2019automne, aux Nations Unies, et des travaux de 1997 pour préparer la révision du Traité de non-prolifération, notre ministre des Affaires étrangères veut connaître l\u2019avis des Canadiens sur le désarmement nucléaire.Car le Canada est bien indécis: en tant que pays non nucléaire, il a exercé un certain leadership dans les efforts pour négocier divers traités partiels de désarmement; mais comme membre de l\u2019OTAN et proche allié des États-Unis, il n\u2019a pas voulu prendre ses distances par rapport à la politique américaine qui s\u2019oppose à un désarmement multilatéral complet et cherche plutôt à réduire les stocks nucléaires globaux tout en maintenant sa supériorité actuelle.Pourtant, l\u2019obligation légale d\u2019entreprendre, de bonne foi, des négociations conduisant au désarmement nucléaire général et complet est désormais claire en droit international.Car tous les 262 relations novembre 1996 face à l\u2019actualité États qui ont signé le Traité de non-prolifération, et l\u2019ont prolongé indéfiniment en 1995, s\u2019y sont engagés par l\u2019article VI.C\u2019est pourquoi la Coalition Abolition 2000, formée de plus de 600 organisations non gouvernementales à travers le monde, y compris le Réseau canadien pour l\u2019abolition des armes nucléai- MIRAGE OU VIRAGE?Quel avenir pour l\u2019éducation au Québec dans des compressions budgétaires actuelles?Si les auteurs du Rapport Parent pensaient construire un nouveau système d\u2019éducation, trente ans plus tard, les auteurs du Rapport final des états généraux de l\u2019éducation ont sans doute l\u2019impression de faire du bricolage.Après dix-huit mois de consultation, le processus aura eu le mérite d\u2019identifier les failles du présent système d\u2019éducation.Mais, contexte économique oblige, on ne pourra proposer qu\u2019un plan de «patchage».Les audiences publiques des états généraux ont pris fin, début septembre, avec la tenue des Assises nationales.Certes, on a dégagé des consensus pour un projet éducatif du Québec de l\u2019an 2000.On a constaté qu\u2019on ne pourrait parler de projet éducatif sans toucher au coeur même du projet de société qui s\u2019y trouve, comme on l\u2019a souligné à maintes reprises tout au long du processus.Un premier consensus: le système scolaire doit être public et commun.À ce titre, la quasi-totalité des intervenants aux Assises nationales ont demandé l\u2019abrogation pure et simple de l\u2019article 93 de la Constitution canadienne.Un large accord émerge pour une école neutre et non confessionnelle.On s\u2019est également entendu sur le fait que la société québécoise n\u2019est plus capable de soutenir, avec des fonds publics, un réseau parallèle d\u2019écoles privées, qui a pour effet de siphonner les élèves du système public.Le financement d\u2019un tel réseau parallèle n\u2019a pas sa place dans une société moderne où l\u2019école publique, comme institution, joue un rôle important dans une stratégie d\u2019intégration sociale à la culture commune.Par ailleurs on a signalé l'urgence de mettre en oeuvre, au nom de l\u2019accessibilité des services éducatifs et de la réussite scolaire, une stratégie d\u2019intervention souple auprès de la petite enfance.Le taux actuel de décrochage scolaire est inacceptable et appelle de façon pressante des efforts de redressement.De plus le niveau d\u2019analphabétisme (900 000 Québécois et Québécoises ne peuvent lire les consignes sur un contenant d\u2019aspirine) est un scandale national.Des correctifs s\u2019imposent, par une stratégie rigoureuse de développement des volets d\u2019alphabétisation en milieu scolaire et en milieu populaire.Enfin, la majorité des intervenants se sont entendus pour 1.L\u2019Exposé.était le compte-rendu de la première étape du processus des états généraux.Le Rapport de synthèse des conférences a suivi la deuxième étape.Vient de paraître le rapport final: Dix chantiers prioritaires.res, lance une vaste campagne pour obtenir le démarrage des négociations en ce sens avant l\u2019an 2000.M.Axworthy veut savoir ce que vous pensez du désarmement nucléaire: faites vite, répondez-lui! ¦ Dominique Boisvert le contexte réitérer que l\u2019école et la formation initiale des jeunes ne peuvent plus fournir toutes les compétences et les qualifications sociales et professionnelles requises pour la vie.Pour être conforme à cette affirmation de l'Exposé de la situation1 qui conçoit l\u2019éducation dans un contexte de formation continue, il s\u2019ensuit que l\u2019État devrait reconnaître, en éducation, une multiplicité de lieux et d\u2019acteurs hors-scolaire.On note un premier pas en ce sens avec la signature d\u2019un protocole d\u2019entente sur le Régime d\u2019apprentissage entre les ministres de l\u2019Emploi et de l\u2019Éducation.Cependant, il reste du chemin à faire en ce qui a trait à la reconnaissance de l\u2019éducation populaire autonome.L\u2019avenir est assez sombre.L\u2019an passé, alors que le processus des états généraux battait son plein, le gouvernement a sabré environ 500 millions de dollars dans le budget du ministère de l\u2019Éducation.Plusieurs se sont alors demandé s\u2019il était pertinent de se pencher collectivement sur le contenu du système d\u2019éducation, au moment où le gouvernement réduisait sensiblement le contenant.Le même questionnement est revenu sur le tapis, le matin même des Assises nationales, lorsque les participants ont abordé l\u2019épineuse question du financement du système d\u2019éducation: La Presse annonçait alors pour le MÉQ, en 1997-98, des coupures appréhendées de 675 millions.Toute la question est là.Au-delà des consensus forgés lors des états généraux, et nonobstant les recommandations formulées par la Commission nationale dans son rapport final, la grande question, à laquelle nous n\u2019avons pas encore de réponse, est celle de la volonté gouvernementale de maintenir des services publics de qualité.Au bout du compte, si l\u2019État se prépare à couper un autre 700 millions de dollars en éducation pour la prochaine année, à quoi servirait-il d\u2019identifier, au cours des états généraux, des cibles prioritaires de réforme au sein du système, puisque l\u2019absence de vision d\u2019avenir vient encore une fois orienter les décisions politiques gouvernementales?Pourtant, un consensus clair s\u2019était dégagé chez l\u2019ensemble des partenaires aux Assises nationales: l\u2019éducation est un investissement dans l\u2019avenir.Si le gouvernement saigne encore de centaines de millions de dollars le budget du ministère de notre avenir, ce sera une façon de plus pour le gouvernement québécois d\u2019avouer son ignorance quant au rôle primordial de l\u2019éducation dans le développement d\u2019une société moderne, fondée sur le savoir: le savoir vivre, le savoir être, le savoir faire.¦ Vincent Greason relations novembre 1996 263 en bref La solidarité québécoise vient d\u2019être reconnue.Grâce au travail humble et persévérant de la Table de concertation sur les droits humains au Zaïre, animée par l\u2019Entraide missionnaire, le feuillet Info-Zaïre, publié chaque semaine depuis 1992, est devenu peu à peu une référence incontournable pour tous ceux et celles qui s\u2019intéressent à ce pays: missionnaires, chercheurs, etc., y compris aux Nations Unies.Tellement que les 113 premiers numéros du bulletin viennent d\u2019être réunis en deux tomes par la maison d\u2019édition française L\u2019Harmattan, sous le titre Zaïre 1992-1996, Chronique d\u2019une transition inachevée.Fruit d\u2019une collaboration étroite entre une poignée de militants québécois et zaïrois de Montréal, ces analyses et résumés d\u2019actualité deviennent ainsi un outil précieux et accessible à un plus large public pour comprendre le cheminement douloureux de ce grand pays africain et pour identifier ses atouts possibles pour l\u2019avenir.Le Québec est devenu une société pluraliste où des citoyens et citoyennes de toutes origines se côtoient quotidiennement.Dans le but de favoriser le rapprochement interculturel, la Semaine interculturelle nationale qui se tient cette année, du 8 au 15 novembre, nous offre l\u2019occasion de multiplier les rencontres, de partager nos héritages et nos apports respectifs.Individuellement et collectivement, tous les Québécois et Québécoises sont donc invités à organiser des activités dans leurs milieux autour des thèmes suivants: les jeunes, les relations parents-enfants, les femmes, le marché du travail et l\u2019en-trepreneuriat.Pour renseignements: Ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, tél.: (514) 873-2445 ou 1-800-465-2445.Si vous songez à vous impliquer dans un organisme communautaire, l\u2019ACEP du Nord de Montréal peut être un lieu intéressant pour le faire.Dans sa programmation de l\u2019automne 1996, l\u2019ACEF vous propose une série de cinq rencontres pour une meilleure gestion de votre budget personnel et familial.La consultation budgétaire demeure un service confidentiel et gratuit.Les groupes du secteur qui en font la demande peuvent profiter de rencontres portant sur le budget, le crédit, l\u2019endettement ou la consommation.D\u2019autres activités sont possibles.Les personnes intéressées peuvent composer le (514) 277-7959.À l\u2019heure actuelle, il y a dans le monde plus de 45 millions de réfugiés et de personnes déplacées, dont 80% sont des femmes et des enfants.Fondé en 1980 par la Compagnie de Jésus, le Jesuit Refugee Service met sur pied des programmes afin de venir en aide à ces populations démunies.Que ce soit en Tanzanie, en Thaïlande ou au Burundi, cette agence internationale offre un support spirituel et pratique aux réfugiés, dans plus de 50 pays différents.Le Rapport annuel 1995 du Jesuit Refugee Service est maintenant disponible.Pour recevoir un exemplaire gratuit, il suffit d\u2019écrire au JRS, C.P.6139, 00195 Roma, Italia.Pour faire branché: j rs.r ome@agora.stm.it Des tables rondes, des confidences d\u2019écrivains, des matinées scolaires et, surtout, des livres et encore des livres.c\u2019est tout ça et bien plus que nous offre la 19e édition du Salon du Livre de Montréal! Du 14 au 19 novembre prochain, à la Place Bonaventure, plus de cent mille bibliophiles se laisseront entraîner par le slogan du Salon: «On lit à la folie!».En plus du jumelage à la Foire de Brive et de la réédition de la «journée des professionnels», sous le thème de l\u2019inforoute, le Salon inaugure cette année l\u2019événement «La nuit vous transforme».À cette occasion, une classe de 4e année du primaire passera la nuit au Salon et participera à différentes activités.Information: (514) 842-3851.Dans la foulée du Salon du Livre, il peut être intéressant de jeter un regard sur quelques chiffres.Depuis les années 1990, il paraît chaque année, en France, 17 000 nouveaux titres et 14 000 réimpressions qui s\u2019ajoutent aux 360 000 titres déjà existants.En Belgique, nous retrouvons 4000 nouveaux titres; en Suisse romande, Au Québec, nous en recensons environ 2500.Une librairie moyenne reçoit plus de 800 nouveaux titres par mois et gère entre 12 000 et 20 000 titres en inventaire permanent.À qui va l\u2019argent du livre que j\u2019achète?En moyenne, sur l\u2019ensemble des livres édités, 5 à 10% seulement du prix de vente reviennent à l\u2019auteur; 30 à 35% vont à l\u2019éditeur, 15 à 20% au distributeur et 30 à 40% au libraire.Moins de 10% au créateur, pour plus de 90% à ceux qui s\u2019occupent de la production et de la commercialisation: décidément, le livre n\u2019échappe pas à la logique marchande.Source: Claire Deschamps, Les bienfaits du Livre, Éditions Jouvence, 1994; p.45 et p.53.264 relations novembre 1996 Plaisirs textuels «Il ne faut pas confondre les livres qu\u2019on lit en voyage et ceux qui font voyager».Breton par Richard Dubois Ils sont par essence solitaires, un peu honteux.Coupables.Quand on était petits, on les volait à la nuit, à maman, au sommeil.Plus grands, on apprend vite que tout ce qu\u2019il y a de bon, de vif et de fabuleux, se trouve immanquablement sous la couverture.Mais il faut regarder cela d\u2019un peu plus près.Qu\u2019y a-t-il au juste à l'origine du vouloir-lire?Probablement un manque.J\u2019aime ce manque, dans un monde qui prétend répondre à tous les besoins.relations novembre 1996 265 PLAISIRS TEXTUELS Dans le fait d\u2019ouvrir un livre, il y a aussi, j\u2019imagine, une variété de plaisirs complexes: celui de se taire, de rentrer, d\u2019envoyer paître, de changer de peau, de voyager, de fuir un instant ces choses de la vie qui font lentement mourir: les courses, le ménage, le boulot, les problèmes de dettes et de fric, les obligations, les projets de ceci et cela, la carrière jamais assurée, bref: tout ce qui, avec le sommeil, nous bouffe à peu près 23 heures 32 minutes par jour.Oui: échapper à cela.À l\u2019ordre des choses.Puis je regarde lire les gens.Je m\u2019inquiète: trouvent-ils ce qu\u2019ils attendent?Et s\u2019ils étaient déçus?Tout d\u2019un coup ils prendraient alors la décision de NE PLUS JAMAIS lire!!! Car enfin, il y a quand même beaucoup, beaucoup de mauvais livres, partout! Et au bout du compte, pourquoi lire serait-il plus noble que de caresser un Golden Retriever qui s\u2019épuise à vous donner de l\u2019affection?Je ne sais pas.Je ne sais pas trop.Je ne puis donc que lancer des hypothèses, comme autant de galets ricochant pour rien, avant l\u2019abîme.Comment peut-on ne pas lire?Mais la question qui importe le plus, c\u2019est: comment peut-on NE PAS lire?C\u2019est tout simple.On PEUT, puisque des millions de gens meurent chaque année sans avoir jamais touché un livre.Ils n\u2019ont pas le temps.Pas l\u2019argent.Ils ont faim.Ils constituent, par dizaines et dizaines de millions, ce qu\u2019on pourrait appeler «l\u2019en deçà du livre».En deçà.Une sorte de «no book\u2019s land».Triste comme tout ce qui est réel, et qu\u2019on ne changera jamais.L\u2019habitant du Sahel desséché comme son désert; les enfants-tueurs du Libéria, ou les enfants de la rue de l\u2019Amérique Centrale qui luttent pour survivre; le mineur Colombien mâchouillant sa boule de coca pour oublier qu\u2019il a faim; les dizaines de milliers de clochards new-yorkais et de Los Angeles, les itinérants de Montréal, les malades, les handicapés mentaux, les dizaines de millions de réfu- giés -j\u2019interromps la liste des hors-course.Ils sont ailleurs, ils sont l\u2019aire du non-livre, des plaisirs parfois volés, simples, rudimentaires: ils ont peut-être mangé aujourd\u2019hui.Il y a peut-être un toit.Ils dormiront ce soir.Il n\u2019y a pas de raisons de se sentir coupable, mais on peut noter en passant que OUI, ça se peut, ne jamais lire.Mais les autres?Les «autour-du-livre»?Tous ces gens autour de nous, qui n\u2019ont pas de réel problème de consommation ou de subsistance - mais qui sont pressés, fatigués, angoissés par le job à trouver, à garder, à créer; par le boulot qu\u2019il faut apporter à la maison; les problèmes physiques, psychologiques, amoureux, familiaux; qui comblent tous leurs loisirs avec la télé, la piscine, le golf, le vélo, le squash, la tondeuse, le châr (oui.), l\u2019alléchante Floride, le Nautilus et le ski de fond.Oui, les autres.Tous ces gens pressés d\u2019affaires pressantes - il faut poser la question: OUAND ceux-là lisent-ils?Ce qui peut être vraiment grave, c\u2019est que ceux qui lisent peu, ou jamais, n\u2019ont pas l\u2019air de s\u2019en porter plus mal.L\u2019air.Mais qui pourra jamais savoir.Il faut peut-être accepter l\u2019idée que des gens font des choses très importantes pour la société, qu\u2019ils se réalisent au niveau personnel, familial et social, SANS avoir ja- Des millions de gens meurent chaque année sans avoir jamais touché un livre.Ils n\u2019ont pas le temps.Pas l\u2019argent.Ils ont faim.Ils constituent, par dizaines et dizaines de millions, ce qu\u2019on pourrait appeler «l\u2019en deçà du livre».mais touché un livre (à l\u2019exclusion des livres d\u2019école).Peut-être Poussons honnêtement le déplaisir à son point de tension maximum: sans avoir jamais eu BESOIN de lire.Je ne sais pas.Je suggère quand même que l\u2019on aille voir du côté de ce qu\u2019ils appellent besoin; et surtout, dans l\u2019arrière-cuisine de leurs relations novembre 1996 1 s 3»K2E ?**\u2022«*¦ besoins jamais satisfaits partout le reste, et qu\u2019alors on pose à nouveau les questions déplaisantes.Les tanner.Les enquiquiner.«Pourquoi vous lisez pas»?Dans tous ces cas et bien d\u2019autres, qui touchent bien sûr des dizaines de millions de personnes, et ici même dans notre beau Canada perclus de dettes, de Dion, d\u2019affairistes aux canines bien blanches et de Canadiens, je comprends que l\u2019IDÉE de lire Une personne qui lit presque toujours inquiète.puisse paraître, pour une fraction notable de la population, sinon insultante, à tout le moins totalement déplacée.Mais, dans un monde qui serait disons.normal: relativement développé et visant notre mieux-être global, comme personnes humaines, comment peut-on avoir L\u2019IDÉE de passer une vie, une année, une semaine sans livres, comme par exemple en France, au Québec ou au Danemark, où la moitié de la population n\u2019ouvre pas un livre par année?Plus sadiquement formulé: comment le vide qui vous habite, mon ami, peut-il se satisfaire des compensations offertes par le quotidien et ses 23 heures 32 minutes d\u2019occupations mortes toutes qualifiées d\u2019essentielles, normales, sérieuses, primordiales et, bien sûr, de toute première urgence: manger, courir, travailler, travailler, courir et encore travailler?J\u2019essaie d\u2019en rire, mais ce n\u2019est pas drôle.C\u2019est ce que j\u2019appelais, il y a un instant, «l'autour-du-livre».Même certains professeurs disent ne jamais lire.Imaginons les ingénieurs, les promoteurs, les publicistes, les banquiers, et nos braves amis de la mafia locale, régionale, nationale et internationale.Et puis nos politiciens.Quand notre vote dépendra-t-il du dernier livre lu par l\u2019honorable postulant au poste de député?Je dis ça comme ça.En passant.Et je reviens vite à mon sujet: balayant l\u2019horizon du regard sur 360 degrés, je dois constater qu\u2019il y a pas mal de monde qui ont tous d\u2019excellentes raison de ne lire que l\u2019essentiel: le dernier fax, le dernier bilan trimestriel, le dernier procès-verbal, la dernière lettre d\u2019avocat, le dernier compte.Broyer du noir (no 1) ou petite saynète de la vie normale Je voudrais ouvrir une parenthèse qui n\u2019en est pas une, faire un petit détour par «l\u2019au-delà» du livre, ou le para-livre, je ne sais trop comment dire.Juste poser une question: qui nous dit qu\u2019il n\u2019y a pas pour de nombreux lecteurs, bien au-delà de la joie qu\u2019il y a, grâce au livre, à enfourcher un fabuleux nuage vers une impossible Espagne, femme, ou fortune, le plaisir éminemment subversif.d\u2019inquiéter?Car une personne qui lit presque toujours inquiète.Dans une civilisation «de masse», de bruit et de presse, cet être choisit l\u2019écart, la lenteur, le silence.Vous croyez qu\u2019il est assis dans le bus, qu\u2019il prend l\u2019air, ou des vacances.Mais non: il lit.Il n\u2019est pas à la plage, il n\u2019est pas assis dans son wagon de métro: il lit.Scandale: la réunion de famille l\u2019ennuie, il n\u2019écoute plus les farces qu\u2019il a d\u2019ailleurs entendues à peu près 650 fois: il lit! Honte! il ne se rend même pas compte que la télé est ouverte! Il n\u2019a besoin de rien d\u2019autre; le monde extérieur existe à peine, sinon comme bruit, empêchement, distraction.La personne qui lit n\u2019obtempère pas; elle dit non.Sans invective.Sans haine.Même si parfois elle suscite les sarcasmes.«Lettré».«Poète».Dit en souriant, mais avec le solide mépris que les gens concrets, raisonnables et pleins de bon sens nourrissent à l\u2019endroit de ceux qui font profession de vie intellectuelle.C\u2019est connu.C\u2019est banal.Mon lecteur vient donc de hausser les épaules («.la caravane passe.»).On a même vu des peuples entiers se venger d\u2019être petits en dénigrant systématiquement leurs intellectuels.Connu.Banal.Et puis regardez-le, ce lecteur.Il n\u2019a pas toujours l\u2019air en santé.Il est souvent pâle, il hésite, parfois bégaie quand on le fait parler.Il ne sait pas trop.Il n\u2019a aucune, mais aucune certitude.Peu de choses le font rire.En fait, rien ne le fait beaucoup rire.Il n\u2019a jamais d\u2019histoires cochonnes ou racistes à raconter, à peine s\u2019il comprend celles des autres.Eux s\u2019esclaffent, lui ne relations novembre 1996 267 trouve vraiment rien de drôle, et c\u2019est très très dur d\u2019être seul à ne pas rire.Ça fait tache.Ça attire soudain les regards.Ça crée un silence, vite comblé par une autre farce sur les intellectuels, et bien sûr que celle-là lui est destinée.Les noirs, les Arabes, les femmes, les intellectuels: la grasse, pénible et rigolarde focale de tous les party de famille.Ah! Ah! Lui n\u2019a pas «le sens de l\u2019humour».Mais il sait faire semblant.Il s\u2019en sort, désespéré, en faisant tout son possible pour avoir l\u2019air de tout le monde: un sacre, une formule toute faite, une joke passe-partout, une banalité à le faire tomber lui-même en bas de sa chaise.Voilà.C\u2019est fait.Il se hait, mais il a la paix.Il a fait mine de participer au fun collectif, il a figuré, il a grossi le nombre des absents qui s\u2019amusent, et les absents sont contents.C\u2019est tout ce qu\u2019ils demandent, d\u2019ailleurs: faire, en gang, les mêmes choses drôles.Il est donc là, debout.Légèrement en retrait.Tenant lui aussi gauchement un verre.Il va pouvoir bientôt s\u2019absenter.Il a retrouvé la paix.Quand, dans cinq ou dix minutes, il va encore et soudainement se sentir en train de mourir, il n\u2019aura qu\u2019à feindre d\u2019aller quelque part, se chercher une bière, vérifier quelque chose dans la voiture, aller aux toilettes.En fait, il n\u2019a pas besoin d\u2019aller aux toilettes.Mais il y a dans cette belle pièce bien propre un peu de paix, un peu de silence, et dans le fond d\u2019une poche un livre qui appelle, et dans la glace hyper-propre de la salle de bain, un être déjà enfui qui aimerait bien laisser son image aux autres, juste son image, et partir, partir - de toute façon, ils ne s\u2019en rendraient même pas compte.Les livres servent à ça.Non pas à distraire, mais à extraire du grossier, de l\u2019inessentiel.Aider à rentrer.Se toucher.Retrouver sa vie avec force, force silence.S\u2019insuffler «une nouvelle dose d\u2019existence, magistrale» (Gombrowicz).Lire, pour mieux voir la fenêtre, le goéland, le paysage, parfois les gens, quand ils ne délèguent pas le pire d\u2019eux-mêmes, en public.Lire pour arrêter la vie, qui est un peu mourir.Mais entre mourir les yeux ouverts et rire des nègres.Lire, qui est toujours regarder au loin, creuser une fenêtre, faire sa place à un coin de ciel, pratiquer le bleu dans la grisaille, qui partout fait murale et muraille.Broyer du noir (no 2) Il faut insister: il y a, oui, des mauvais livres, comme du sable sur les gencives.Cette personne, là, tout près, peut-être dans le métro, qui lit peu, presque jamais en fait, mais qui soudain se retire, qui s\u2019abstrait entre deux couvertures; qui a puisé dans son gousset, sa paie, sa vie pour acheter ce livre, qui fait acte de rentrer, d\u2019aller voir ailleurs, de perdre du temps pour elle-même, et qui - je me suis à peine étiré le cou - est en train de lire.ça! Ce n\u2019est pas gentil, mais on a peut-être pensé: ça.Une.une merde.Tritesse.Sympathie.Peut-être pitié.Pire: un tantinet de mépris passager.Bien sûr, un défenseur des droits de la personne pourrait ici poser avec Wittgenstein la question ontologique: qu\u2019est-ce qu\u2019une merde?Ou avec Heiddegger: pourquoi les merdes sont-elles, plutôt que de ne pas être?Et un vaste malaise descendra sur ma réponse soudain décontenancée, comme une nappe d\u2019humidité.Car enfin: qui suis-je, pour juger du plaisir des autres?Et puis y a-t-il vraiment de vrais mauvais livres?Un livre peut-il être mauvais à partir du moment où il donne du plaisir?Tout être n\u2019a-t-il pas droit à son plaisir?Et n\u2019y a-t-il pas par essence, dans l\u2019acte de lire, un retrait du monde qui est une victoire sur le monde?Je ne sais toujours pas.Bilan provisoire: il y a des millions d\u2019exclus de ce plaisir de lire.Il faut sans doute faire avec, et interroger le sentiment des autres.De ceux qui respectent les livres, parfois les ouvrent, les rouvrent, lentement ou en vitesse, qui les feuillettent, les attendent, les commandent, les consultent ou les dévorent, puis les déposent, les regardent, les espèrent, s\u2019ennuient déjà du prochain, les louent, les achètent, les empruntent avec la ferme volonté de les remettre, qui les caressent, qui les piquent.Le plaisir de ceux-là.Broyer du rose Plaisir de lire.D\u2019entendre des voix.Surtout celles, généralement peu audibles, enterrées, parasitées, mais familières.Mais poignantes.Qui font qu\u2019on arrête soudain de lire, tellement l\u2019émotion est forte.On lisait pour se détendre, pour penser, se ressourcer en soi-même, mais juste L'action nationale fondée en 1917 Revue mensuelle, 38,00$ par an \u2022\tSociale, économique et indépendantiste \u2022\tIndépendante des partis politiques \u2022\tDes faits, des idées et des solutions \u2022\t1600 pages par année \u2022\tPlus de 200 collaborateurs 1259, rue Berri, bur.320, Montréal \u2022 H2L 4C7 1-(514) 845-8533 Télécopie (514) 923-5755 268 relations novembre 1996 comme ça, en passant, et voilà que s\u2019impose soudain un moment plein, dru, inattaquable; une sorte de lumière qui descend, nous couvre, et qui tient du ravissement, parce qu\u2019elle nous explique à nous-mêmes: une haine, une vieille peur, un amour qui a fait son chemin et soudain ruisselle entre les pierres.Cette voix qui vient d\u2019ailleurs, du livre, d\u2019un mort peut-être, et qui nous re-soude à nous-mêmes: c\u2019est la nôtre.La mienne, celle que j\u2019avais fini par ne plus re-connaî-tre dans le flot obligé de mes paroles vides, fonctionnelles, obligées, informatives, quotidiennes.Et cette voix que je viens de reconnaître, que j\u2019avais fini par oublier, peut-être chasser tant elle se faisait impérieuse, vitale, viscérale, compromettante; cette voix qui me commandait d\u2019agir, de ne plus me taire, de ne plus attendre, de ne plus tricher, soudain pointe, stridente, dans mon oreille, et me secoue, me réveille, m\u2019ébranle.Elle commandait, hier encore; elle revient, elle commande toujours, elle m\u2019accule soudain à ma fulgurante vérité, celle que je ne peux plus contourner, sous peine de trahir, et d\u2019apercevoir dans le miroir de ma salle de bain la très banale image d\u2019un lâche.Cette voix, ce peut être celle de Balzac, le tonitruant, de Pessoa, secret comme le Tage, ou de Miller, petit garçon gigantesque; ou celle d\u2019Aquin, l\u2019homme policé enroulé sur son volcan, ou de Kafka, notre grand-frère à tous, ou du divin Bobin, dont la langue crépusculaire nous introduit à toutes les sagesses du monde - à la limite: on s\u2019en fout! Dans tous les cas: une voix me parle, qui m\u2019oblige à renouer avec moi- C\u2019est peut-être là le plus grand et le plus terrible des plaisirs que la lecture peut fournir: nous révéler à nous-mêmes - c\u2019est le ravissement - et nous obliger à choisir.même, offrant en prime l\u2019envie de quelques émotions toutes simples, quelques images fondamentales: une mer, une plage, un couchant, où puisent et s\u2019épuisent depuis toujours, mais dans une sorte de sérénité trop vaste, nos âmes assoiffées.Oui: c\u2019est peut-être là le plus grand et le plus terrible des plaisirs que la lecture peut fournir: nous révéler à nous-mêmes - c\u2019est le ravissement - et nous obliger à choisir.Trancher dans le vif.Passer à l\u2019acte.Bifurquer, agir, parfois à changer de vie -l\u2019horreur.Plaisir de lire?Je vais laisser la parole à d\u2019autres, appliquer à l\u2019acte de lire ce que Suzanne Jacob disait récemment à propos du savoir: «Savoir (lire.), ça devrait servir à prendre le temps de manger, de faire à manger, de boire, d\u2019offrir à boire, de parler, d\u2019écouter parler, de sortir marcher et tout.Tranquille».(Le Devoir, 7-8 septembre, D7) - et là, il me semble que je tiens l\u2019essentiel de mon propos.Au fond: lire pour mieux vivre.Tout simple.Oui: lire est utile.Lire, qui littéralement vous enchaîne.L\u2019autre jour, dans mes mains, un Maurice Blanchot.Titre un peu kuku: L\u2019Amitié, du genre qu\u2019on hésite à acheter (encore que Blanchot, quand même.), si ne m\u2019avait vivement, mais discrètement, conseillé de le faire un autre monstre du XXe siècle: Jacques Derrida.relations novembre 1996 269 PLAISIRS TEXTUELS 4^*' ¦) ZSBi Chaîne des livres: Derrida m\u2019avait suggéré, je devrais plutôt dire: déposé là, comme ça, sur le coin de ma table, entre la première et la quatrième de couverture d\u2019un de ses livres tonitruants d\u2019intelligence: l\u2019idée de feuilleter Blanchot.puis toute l\u2019Oeuvre de Marx.via une histoire de spectre.tirée d\u2019un vers de Hamlet.Une invitation à relire (ou lire, pour la première fois) ce que Blanchot le magnifique appelle les trois paroles de Marx.Et que fait Blanchot dans L\u2019Amitié?Il parle de Paulhan, et de Paulhan lisant Marcel Arland, lui écrivant, et de quelques convives obligés si l\u2019on ne veut pas mourir totalement rouillé: Lévi-Strauss, Hegel, Teilhard, Pascal, Derrida.Chaîne-enchaînement-déchaînement des livres.Plaisir suprême, presque trop vif, vertigineux.Danger des livres.Les boulimiques de la lecture, au teint de haricot vert, ne me sont guère plus sympathiques que les rosés heureux de Ville d\u2019Anjou ou de Sainte-Foy.Aux premiers, il faudrait une bonne dose d\u2019asphalte et de quotidien, par exemple une visite guidée, forcée, pédestre, de nos aimables banlieues, question de découvrir que les rapports des Rock Machine et des Hell\u2019s ont peu à voir avec l\u2019amitié de Blanchot, et, aux autres, un enchaînement nocturne à une table de bibliothèque municipale, menottes à l\u2019appui, question de constater que ce n\u2019est pas vraiment comme ça qu\u2019on attrape le sida.Plaisirs de lire?Oui.Plaisir solitaire.Un petit quelque chose résiste encore: et si on me voyait.2000 ans de judéo-christianisme nous ont amenés là: toute activité de plaisir pur est considérée comme suspecte, le plaisir puisé en soi-même ou avec soi-même toujours scandaleux.Comme s\u2019il y avait du plaisir après la mort; comme si tout l\u2019univers, à chaque instant, n\u2019était pas une quête de plaisir: dévoration, dégustation, accouplement, frôlement, vol plané, bercement, roupillon, bizous, vengeance.Car enfin: pendant que je lis, les chats ronronnent, les roquets aboient, les caravanes passent, les poux s'épouillent, le Rothweiler du XlVe enfile avec joie le caniche de Madame Pincée du XVIe, les moutons moutonnent, les perroquets perro-quettent, les singes vont au zoo contempler les humains derrière leurs barreaux; je regarde ceux-là, et juste en face, les «bé-bites» du temps présent: le musée de cire et la galerie des horreurs de Wall Street, de Bay Street et d\u2019ailleurs, ces faces de tueurs qui s\u2019enfournent dans leurs limousines blindées, toutes pareilles, en complets uniformes et tronches à l\u2019avenant, lisses, qui font et défont le monde moderne, ces visages pâles qu\u2019on nous présente comme l\u2019Avenir de l\u2019humanité, précédés d\u2019un cellu-g laire et enchaînés (eux aussi!) à leur atta-È ché-case, à leur « lap top», leur interface et | leur hypertexte, et je n\u2019aurais pas de préfé-| rences pour ce qu\u2019on appelle.les «animaux»?Les livres, oui, pour nous aider à choisir notre camp.Pour jouir.Pour résister.Pour comploter.Faire croire que l\u2019on complote.Déclencher des paranoïas en chaîne.Alerter le Pentagone.Puis s\u2019enfuir.Et trinquer avec le sous-commandant Marcos («NON PAS L\u2019INSURRECTION, MAIS LE SOULÈVEMENT DES ESPRITS»), Moi je veux bien.¦ Richard Dubois est écrivain, conférencier et professeur au Collège de Lévis.POUR VOTRE JOUISSANCE.\u2022\tmes trouvailles: -\tChristian Bobin: Souveraineté du vide, Folio L\u2019inespérée, Folio La part manquante, Folio La plus que vive, Gallimard \u2022\tsur l\u2019écriture: -Umberto Eco, Six promenades dans les bois du roman et d\u2019ailleurs, Grasset, 1996.-\tRaymond Guérin, Humeurs, Le Dilettante, 1996.\u2022\trelu avec grand plaisir: -\tPaulo Coelho, L\u2019alchimiste, J\u2019ai lu, 1994.-\tBiaise Cendrars, Vol à voile, Poche.-\tPatrick Süskind, La contrebasse, Poche, 1984.R.D.270 relations novembre 1996 LE FESTIVAL DES FILMS DU MONDE par Michel Quevillon1 * HAMSUN, dernier film du réalisateur suédois Jan Troëll Le cinéma américain se fait de plus en plus envahissant chez nous.Même si le FFM ne peut échapper à la sauce hollywoodienne, il nous permet, grâce à son choix de films venant de nombreux pays, de goûter à un autre cinéma qui bouscule les idées reçues et permet un regard sur les autres sociétés et la nôtre.Le 20e Festival des films du monde s\u2019est ouvert sans éclat pour se clore sur un coup de théâtre.En ouverture, She\u2019s the one, la comédie à l\u2019eau de rose de l\u2019américain Edward Burns, laissait présager une compétition officielle inégale.Crainte confirmée par la remise du Grand prix des Amériques au Britannique Richard Spence, pour son mélodrame Different for girls, que personne n\u2019attendait.Ce film raconte les mésaventures de Kim, un transsexuel, et de Paul, un ami d\u2019enfance, qui vivent une relation troublante, après plusieurs années de séparation.Il semble que ce soit le sujet, très politically correct, plus que le travail sans audace de Spence, qui ait gagné les faveurs du jury, présidé par Jeanne Moreau.Toutefois, d\u2019excellents films étaient en compétition.Entre autres, deux films dont il sera question plus loin, Hamsun, du 1.L\u2019auteur est étudiant au doctorat en littérature comparée, à l\u2019Université de Montréal.Suédois Jan Troëll, et Kolonel Bunker, de l\u2019Albanais Kudjim Çahku, attiraient l\u2019attention.Mon nom est Adam, le difficile film du Roumain Dan Pita, valait le détour ne serait-ce que pour l\u2019effort qu\u2019il demandait afin de décrypter les symboles qui nous renvoyaient une vision surréaliste de la vie des intellectuels, sous le régime de Ceaucescu.Gilles Carie, figure «mythique» de notre cinéma, restait égal à lui-même en servant, pour la compétition officielle, sa vieille recette; ce qui a donné un Pudding chômeur aux allures de petit four.L\u2019insidieuse influence d\u2019Hollywood Le FFM, c\u2019est évidemment une grosse foire commerciale, où les producteurs exhibent leurs stars sous les feux de la rampe, dans l\u2019espoir de vendre leur camelote gonflée american style.Mais c\u2019est aussi un choix de 400 films, venant de 60 pays.Cette indigestion annuelle reste une cure efficace contre la nausée du cinéphile qui parcourt, dépité, le menu hollywoodien imposé, à longueur d'année, par les propriétaires de salles.Malgré ses liaisons dangereuses avec l\u2019industrie du film, le FFM permet toujours au festivalier de découvrir un cinéma qui remue l\u2019âme, qui bouscule les idées reçues; un cinéma qui, tout en restant un art de masse, comme le dit le cinéaste Pierre Falar-deau, explore les marges.Alors il court les oeuvres de l\u2019artiste qui s\u2019acharne à «parler de ce qui (lui) reste sur l\u2019estomac d\u2019une façon très simple», pour rester dans la veine «falardienne».S\u2019intéresser à un autre cinéma permet, de ce fait, au cinéphile de suivre le cinéaste dans son refus global.ou de globalisation.relations novembre 1996 271 Vue sous cet angle, la manière - l\u2019esthétique - du cinéaste passe après les choses qu\u2019il a à dire.On accepte les maladresses du scénario, les images un peu ternes; et le jeu rudimentaire, mais inspiré, des «vedettes» de ce cinéma obscur qui touche à l\u2019essentiel.Cette indigestion annuelle reste une cure efficace contre la nausée du cinéphile qui parcourt, dépité, le menu hollywoodien imposé, à longueur d\u2019année, par les propriétaires de salles.Et confronté à cet art original, le festivalier doit laisser ses habituelles grilles de lecture au vestiaire.Ces filtres enlevés, se profile alors l\u2019insidieuse influence d\u2019Hollywood sur le cinéphile.Car elle est là, la force des charlatans d\u2019Hollywood: quelle que soit la mesure du sujet, ils réussissent toujours à en faire une croisade en faveur du puritanisme américain: une lutte manichéenne où le bien, défendu par un «héros» sans reproche (ou presque), triomphe implacablement.Ou\u2019il en soit conscient ou non, le cinéphile baigne dans cette idéologie délétère propagée par les chevaliers de l\u2019industrie du cinéma.Des thèmes universels, exploités (littéralement) depuis longtemps en Californie, tels la mémoire, la faute, l\u2019amitié, la guerre et l\u2019injustice, prennent une autre facture lorsque le cinéaste n\u2019est pas pressé de plaire aux distributeurs de films de divertissement, léchés, propres, pas dangereux; bref endormants comme l\u2019opium.Justement, on ne risque pas de s\u2019endormir ou de retrouver l\u2019héroïsme de pacotille des «films de guerre» américains avec le long métrage Beaux villages, Belles flammes, du Yougoslave Srdjan Dragojevic.Celui-ci ne fait pas dans la dentelle, en cherchant à panser les plaies encore vives de la tragédie bosniaque.Son film raconte une amitié détruite par la haine guerrière.Milan, le Serbe, et Halil, le musulman, d\u2019amis inséparables se transforment en ennemis enragés, destin de tant de soldats avalés par ce conflit.Dragojevic va à l\u2019essentiel en enchevêtrant les images du passé et du présent, sur lesquelles la mort ne cesse de planer.Cependant, il quitte graduellement l\u2019objectivité fragile du début pour se cantonner dans des positions pro-Serbes.Mais ce subjectivisme n\u2019est pas une faiblesse de son film.Au contraire, le travail de ce cinéaste montre bien que l\u2019objectivité au cinéma est un mythe pour âmes bien pensantes.Selon Dragojevic, on peut prendre parti en évitant la complaisance vénale.Milan, son «héros» serbe, au corps et à l\u2019esprit brisés par la guerre, n\u2019a rien d\u2019édifiant.C\u2019est à travers ses souvenirs et ses actions que l\u2019horreur suinte de chacune des séquences du film.Ainsi, ce n\u2019est pas un panégyrique pour les Serbes de Bosnie que nous offre Dragojevic, mais un hymne à la paix.Le cinéaste, sa manière et son sujet Il faut donc, en plus d\u2019être curieux, être vigilant durant le festival.Sinon, la sensibilité du cinéaste, les nuances d\u2019une culture, la force du thème risquent de nous échapper.Cinco dias, CINÉPHILES EN RÉGION?En région, les grandes salles projettent surtout des films à grands succès, choisis par des distributeurs de Toronto, le plus souvent d\u2019origine américaine.De plus, alors que le nombre de salles augmente, le nombre de films distribués au Oué-bec diminue d\u2019une façon sensible.Dans les années 1970, 450 films paraissaient chaque année.Actuellement les nouveaux titres dépassent à peine 350.Faut-il alors vivre à Montréal, là où il y a des salles de répertoire et où les festivals abondent, pour apprécier le cinéma parallèle?Les gens des régions nous répondent non.Dans une vingtaine de villes du Ouébec, dont Rouyn-Noranda, Victoriaville et St-Georges-de-Beauce, les festivals régionaux et les ciné-clubs offrent une programmation alternative à celles qui se trouvent dans les salles commerciales.Ces clubs et festivals jouent un rôle essentiel dans la formation d\u2019un public averti, pour qui le cinéma n\u2019est pas seulement un passe-temps, mais un lieu de réflexion.Certes, ces festivals et clubs rencontrent des obstacles.Le nombre de films diffusés est plutôt restreint.L\u2019international de Sherbrooke compte une trentaine de films.Les ciné-clubs ont rarement accès aux primeurs, leurs choix de films se limitant à ceux qui ont déjà connu une diffusion commerciale, aussi limitée soit-elle, à Montréal ou à Ouébec.Ainsi Terre et liberté de Ken Loach, qui a été diffusé dans une seule salle commerciale à Montréal, il y a deux ans, est inscrit cette année au calendrier du Ciné-campus, à Trois-Rivières.Tout de même, le cinéma qu\u2019on y rencontre joue pleinement son rôle : celui d\u2019ouvrir les yeux à de nouveaux mondes et à de nouvelles manières d\u2019appréhender notre monde.Enfin, il y a les vidéos.Si les cinéphiles de la métropole sont parfois dédaigneux des vidéos, en région, on apprécie les nouvelles possibilités.En plus des vidéo-clubs commerciaux, lesquels, soit dit en passant, offrent une diversité de choix parfois étonnante, nous retrouvons dans certaines bibliothèques des collections intéressantes.À signaler aussi les productions de l\u2019Office national du film, distribuées par les bibliothèques municipales dans plusieurs régions.Enfin, il y a toujours la possibilité d\u2019achat; on peut se procurer la grande majorité des vidéos pour environ 30 dollars.Cette année, Fides publie le répertoire des films disponibles du vidéo-club La Boîte Noire.Carolyn Sharp 272 relations novembre 1996 CINQ JOURS, CINQ NUITS, du réalisateur portugais José Fonseca e Costa.Un bon exemple de l\u2019influence hollywoodienne ai i P ?cinco noites, du Portugais José Fonseca e Costa, semble être un bon exemple des méfaits causés par l\u2019aveuglement hollywoodien.Dans ce film, Fonseca e Costa montre la naissance d\u2019une amitié entre deux hommes que tout sépare dans la vie.Voici un thème usé jusqu\u2019à la corde dans les westerns, les films de gangsters ou les mélodrames qui remplissent les salles des pays industrialisés.Nous savons tous par quelles péripéties Hollywood fait passer les «héros» de ce genre de film.Fonseca e Costa choisit, lui, la voie des silences et l\u2019éclat des regards pour que naissent le respect et l\u2019amitié en Lambaça, un dur, un truand au physique ingrat, que l\u2019on paye pour faire passer en Espagne André, un jeune et beau révolutionnaire évadé de prison.Cette amitié, ils ne la diront jamais, mais elle passera dans leurs yeux et leurs gestes, la séparation venue.Le spectateur devait se glisser dans la foulée des deux hommes pour sentir, avec la sueur et l\u2019odeur d\u2019ail, l\u2019intimité s\u2019installer entre eux.Suffisaient la poigne puissante de Lambaça resserrée sur l\u2019avant-bras d\u2019André, le gros vin et la cochonnaille qu\u2019ils partagent, la femme convoitée mais repoussée, l\u2019amour éprouvé pour cette terre portugaise qui chatoie sous leurs regards.Ce film à la fois fin, comme l\u2019idéaliste André, et puissant, comme le réaliste Lambaça, exigeait du spectateur qu\u2019il se coule dans les lenteurs de Fonseca e Costa qui insistait, avant la projection, pour dire que son film allait contre les normes du cinéma commercial.Malheureusement, la salle est restée froide devant la sensibilité de ce beau film sur l\u2019amitié.Avec son film Hamsun, aux allures de superproduction, l\u2019aguerri cinéaste Suédois Jan Troell prouve qu\u2019il est possible de faire du cinéma accessible en abordant un sujet délicat.Son film raconte l\u2019errance nazie et la déchéance publique du grand écrivain norvégien, nobelisé, Knut Hamsun, qui de «patriarche» devient paria en son pays, durant les purges de l\u2019après-guerre.Troell agite, sans complaisance, la mémoire collective des Norvégiens en refusant de faire d\u2019Hamsun un bouc émissaire qui voilerait la collaboration de la Norvège durant la guerre.Troell ne juge ni Hamsun ni la Norvège: son parti pris va à l\u2019Histoire.En maniant sobrement la caméra, et aidé par le génie de Max von Sydow, qui cède le plateau à un Hamsun fier, immuable, même dans la honte (on le dira atteint d\u2019insanité, pour excuser son nazisme; il exigera un procès pour trahison), Troell met les Norvégiens devant les faits historiques troublants, saine catharsis nécessaire à la cohésion d\u2019une société.Sans pousser la réflexion, demandons-nous comment Disney, par exemple, concocterait un film sur Ezra Pound, le poète américain et fasciste, dont l\u2019histoire ressemble à celle de Hamsun?L\u2019horreur de l\u2019Est, matière première inépuisable Depuis l\u2019effondrement du bloc communiste, le FFM reçoit chaque année plusieurs films qui traitent de l\u2019oppression totalitaire.Et il est à prévoir qu\u2019il en sera ainsi pendant plusieurs années, car la matière est inépuisable.Il est obtus de penser, comme une certaine critique en vue de Montréal, que ce genre de film est au relations novembre 1996 273 bout de son rouleau parce qu\u2019elle y décèle quelques clichés.Pour le cinéaste libéré, raconter l\u2019histoire (d\u2019horreur) n\u2019est pas un astreignant pensum qui permet de passer, ensuite, à un cinéma plus «intéressant», plus personnel.C\u2019est un choix, une démarche où se lient l\u2019art et la vie - son art et sa vie.Un film comme Kolonel Bunker, de l\u2019Albanais Kudjim Çahku, surprend d\u2019abord par la maîtrise du metteur en scène.Un préjugé nous pousserait peut-être à croire que les cinéastes albanais, isolés pendant tant d\u2019années, ne pouvaient donner un cinéma de cette qualité.Le film est simple et ne sombre pas dans la condamnation débridée.C\u2019est l\u2019histoire du colonel Muro Neto, jouet d\u2019Enver Hoxa avant de tomber en disgrâce, que raconte Çahku.Il fut chargé de la «bunkerisation» de l\u2019Albanie: truffer le sol de dizaines de milliers de bunkers.Ce film traite de la paranoïa institutionnalisée qui fut le lot de cette Albanie coupée du monde pendant près de 40 ans.Çahku dénonce le régime, mais il peint aussi l\u2019absurdité de la vie sous Hoxa: l\u2019écrasement des masses sous la dictature; le mensonge des procès pour trahison.Même si l\u2019histoire se termine dans une Albanie enfin libre, un pessimisme plane sur les dernières images du film.Neto s\u2019enfonce dans un lac limpide, après une brève errance dans son pays où les jeunes dansent un mauvais «yéyé» aux pieds des murs sur lesquels galope le cow-boy Malboro.Peut-être que, pour Çahku, une autre forme de totalitarisme guette son Albanie.Plus insidieuse celle-là, il devra la dénoncer d\u2019une autre manière.Mais le thème reste le même; et tourne la manivelle.Lamothe dessert sa cause «Il n\u2019y a rien de plus beau que de prendre le parti des opprimés, la véritable esthétique est la défense des faibles et des défavorisés», pensait Fassbinder.À trop vouloir suivre ce principe, Arthur Lamothe, à qui le FFM rendait hommage pour l\u2019ensemble de son oeuvre, ratisse trop large avec son film Le silence des fusils.Inspiré d\u2019un fait divers vécu, le meurtre présumé de deux autochtones maquillé en noyade, Lamothe réussit, certes, à montrer l\u2019injustice qui semble avoir eu lieu, puisque l\u2019impact médiatique de son film a mené à la réouverture de l\u2019enquête.Mais cette dénonciation louable étouffe sous un scénario et une mise en scène racoleurs, pensés pour séduire les bons Européens empressés de défendre les pauvres «Indiens» opprimés.On a alors droit à l\u2019affrontement entre un sympathique duo, une beauté autochtone, Roxane, et le «maudit França», Jean-Pierre, amant de la nature et de la belle, et les Québécois pure laine, vociférant bedaines de bière au vent, xénophobes sur les bords, bornés jusqu\u2019à en être débiles.Heureusement, pour faire bonne mesure, un Québécois (beau lui aussi) penche du côté autochtone.Cette histoire de meurtre sent la propagande politique à plein nez.En manipulant aussi maladroitement les clichés, le cinéaste dessert sa cause.Son cinéma engagé quitte alors les horizons de l\u2019anticonformisme pour marcher au pas des normes commerciales, garantes de sa réussite outre-frontières.Certes Lamothe est d\u2019origine française, mais son oeuvre est québécoise; et son film prouve, de façon criante, les difficultés de notre cinéma à montrer les déchirements de notre société.Nous faudra-t-il, comme les Norvégiens, 50 ans avant d\u2019être capables d\u2019assumer notre histoire et ses conflits?Depuis la «croi- sade» du sénateur Gigantes, en 1993, contre Octobre, le film «subversif» du cinéaste Pierre Falardeau, on sait que le pouvoir politique, qui subventionne l\u2019« industrie » du cinéma, n\u2019aime pas les films qui dérangent.Nos «élites» se contenteraient toujours d\u2019offrir au bon peuple des films de cul, comme dans les années 70, ou des pastiches de Fellini mettant en vedette une actrice de seconde zone.Pourtant, le cinéma d\u2019ailleurs laisse voir l\u2019intérêt de cet art populaire dans l\u2019espace public.Ce regard sur les autres sociétés n\u2019ouvre-t-il pas une nouvelle perspective sur la nôtre?Le FFM: un festival ouvert Bien que les organisateurs du Festival des films du monde rêvent toujours d\u2019en faire un événement couru par le gratin du cinéma, c\u2019est un public curieux et avide de culture qui lui donne tout son intérêt.Il permet ainsi aux Québécois de toutes origines de retrouver un peu de ce qu\u2019ils ont laissé derrière eux, tout en découvrant ce qui est à la fois si près et si loin de leur monde.Les cinéphiles ne sont pas un public passif.Pour eux, le cinéma intéressant parle, sans nécessairement être bavard.Ils aimeraient aussi se glisser dans les coulisses de la création cinématographique.Cette année, en plus des tables rondes, le festival offrait des conférences de presse publiques.Mais pourquoi ne pas inviter des cinéastes et des acteurs à partager leur conception de cet art?Parmi tous ceux qui passent inaperçus au festival, il s\u2019en trouve sûrement qui ont des choses intéressantes à dire.Qui connait Valerio Jalongo, le créateur Spaghetti Slow?Il est vrai que Jalongo n\u2019est pas adulé comme Rohmer, mais ce qu\u2019il a à dire sur le cinéma pourrait être fascinant.Au fil des bobines, ces dix jours de projection nous laissent sur l\u2019expérience de l\u2019ouverture et du dialogue.¦ VOTRE DON VA LOIN l\u2019inter action des'\t_t peuples Grâce à vous, Développement et Paix soutient, dans le tiers monde, l'action de partenaires courageux qui luttent pour un monde plus juste.fDËPELOPPEMENr Er PAIX 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 (514) 257-8711 274 relations novembre 1996 LA MONNAIE ET SON UNIVERS SYMBOLIQUE par Guy Paiement1 \t SCM* \u2014B La monnaie, veulent nous faire croire des «spécialistes», n\u2019a ni odeur, ni couleur, aucun rapport aux personnes.Mais les milliers de chômeurs sont là pour attester que le système monétaire peut tuer.Il faut débusquer cet univers symbolique et penser à civiliser la monnaiel Quand ils parlent des hauts et des bas de notre monnaie, de la complexité de notre système monétaire et de la nécessité d\u2019en laisser la gestion aux spécialistes, nos gourous de la bourse et de l\u2019économie jouent la carte de la rationalité technique.Il devient alors libérateur de débusquer l\u2019univers symbolique dans lequel ils naviguent 1.\tGuy Paiement est agent de recherche au Centre Saint-Pierre et membre de notre comité de rédaction.2.\tRevue Autrement, série mutations, no 159, novembre 1995; 99 ss.sans difficulté.Une fois replongée dans la culture, la monnaie apparaît vite comme une construction sociale particulière, qui cache une violence sociale qu\u2019on ne veut pas trop identifier.Serait-ce pour l\u2019avoir oubliée que nous ne savons trop que faire devant la montée inquiétante du pouvoir des banquiers?Dans son article sur la monnaie et l'argent, Jean-Joseph Goux résume assez bien la différence que la langue française établit entre la monnaie et l\u2019argent; «Alors que monnaie a un sens exclusivement objectif, qui n\u2019implique aucun jugement psy- chologique ou moral, argent implique une relation personnelle avec la monnaie, qui devient une richesse2».À cause de cette dimension personnelle, il est ainsi facile de reconnaître le registre symbolique de l\u2019argent.L\u2019argent peut être sale ou propre, noir ou blanchi.Il comporte, pour les disciples de Freud, des relations avec l\u2019analité (l\u2019avare couvant son or, s\u2019assoyant dessus, etc.).Il a aussi des liens avec l\u2019oralité (cracher son argent, ramasser beaucoup de foin), ou encore avec la génitalité (l\u2019argent fait des petits, fructifie).Mais la monnaie, pour sa part, semble appartenir au monde dépersonnalisé de l\u2019échange économique et être ainsi libéré de tout rapport aux personnes, à leur histoire concrète, dans un territoire particulier.Peut-être faut-il voir dans une telle distinction la tendance que nous avons spontanément à croire que le monde de l\u2019argent relations novembre 1996 275 relève du jugement moral, tandis que celui de la monnaie relève du système économique et de sa rationalité et échappe ainsi au monde des valeurs.Cette impression est aujourd\u2019hui renforcée grâce à la puissance des télécommunications qui permettent des opérations techniques ultra-rapides et de plus en plus impersonnelles.Certes, un commis peut mettre en péril une banque par son goût immodéré pour l\u2019argent vite gagné.Mais le système monétaire, croirait-on, n\u2019est pas pour autant remis en cause.Il semble intouchable.Pourtant, il suffit de prendre un billet de banque ou une pièce de monnaie pour se rappeler que le pouvoir de la monnaie est arbitraire.La tête de la Reine ou de Washington nous rappelle très vite que le pouvoir politique exerce son emprise sur un territoire depuis fort longtemps et cautionne le pouvoir économique actuel de la monnaie.La création toute récente de l\u2019EURO, la nouvelle monnaie commune de l\u2019Europe, le montre aussi très clairement, avec cette différence que la réunification économique précède ici la réunification politique.Et qui n\u2019a pas entendu parler de la fausse monnaie qui circule un peu partout, des multiples monnaies flottantes et de la crise monétaire mondiale qu\u2019elles génèrent?Sans parler de la petite monnaie que les victimes du système économique nous demandent sur la rue.Du coup, la monnaie, et non seulement l\u2019argent, redevient insérée dans les dynamiques sociales et renvoie à des décisions humaines qu\u2019il est possible de mettre au clair.La monnaie et les rapports humains masqués La monnaie, selon tous les bons manuels3, comporte trois fonctions classiques.Elle est unité de compte, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle définit un dénominateur ou un langage commun pour tous ceux qui effectuent des échanges marchands.On n\u2019a plus besoin du troc de nos ancêtres.Elle devient ainsi moyen de circulation des marchandises entre les vendeurs et les acheteurs.Enfin, elle possède une fonction de réserve, qui permet à des gens de conserver leur avoir afin d\u2019acheter plus tard.On pense spontanément aux placements, aux actions ou aux obligations.Malheureusement, cette description placide masque une violence permanente.276 La monnaie permet certes à chaque sujet économique de se situer dans le même espace économique, mais elle peut également cacher les multiples conflits de propriété qui jalonnent l\u2019histoire d\u2019un territoire et, de façon générale, toutes les luttes pour s\u2019accaparer des biens des autres.De même, il semble que la fonction d\u2019agent de circulation de la monnaie est permanente et que rien ne peut lui échapper.Mais les différences entre celui qui achète et celui qui ne peut payer, entre celui qui accumule et celui qui est de plus en plus endetté nous frappent aujourd\u2019hui davantage, car elles atteignent la dimension de pays entiers.Pourtant, toute velléité de remettre les dettes de certaines populations afin d\u2019assurer une nouvelle circulation des biens ne trouve pas preneur, comme si elle touchait à la «rationalité» même du système.Enfin, la fonction de réserve met bien en relief les contradictions et les mensonges de la belle théorie de la libre circulation.Il suffit de la décision d\u2019un directeur de ban- Quand la monnaie est visée pour elle-même, thésaurisée et donc appropriée par certains, la violence des inégalités réapparaît.que nationale ou celle de spéculateurs avides pour que l\u2019argent accumulé des citoyens fonde au soleil ou augmente, à l\u2019avantage de ceux qui en possèdent davantage.Tous les gouvernements semblent actuellement se soumettre à ce pouvoir discret des banquiers et de leurs amis.En définitive, tant et aussi longtemps que la monnaie sert de lien social à l\u2019achat et à la vente des marchandises, la violence exercée demeure plus ou moins voilée.Mais quand la monnaie est visée pour elle-même, thésaurisée et donc appropriée par certains, la violence des inégalités réapparaît.Comme médium d\u2019échanges, elle permettait la vie sociale et économique.La voici qui engendre la domination et la mort de milliers de personnes, quand ce n\u2019est pas la destruction de régions entières.En faisant des pieds et des mains pour que relations novembre 1996 l\u2019État intervienne de moins en moins dans le système monétaire pour corriger à tout le moins certaines inégalités, le monde des banques et des bourses travaille, sans le vouloir, à mettre à nu toute la violence qui traverse les rapports économiques.Sans doute que notre complicité y est aussi pour quelque chose, puisque nous laissons faire, de peur de tuer la poule aux oeufs d\u2019or.La violence de la monnaie Nous en arrivons ainsi à discerner que l\u2019institution de la monnaie pourrait s\u2019expliquer par le besoin des sociétés de conjurer la violence qui traverse aussi bien le marché que les individus.Reconnaissons-le, les rapports marchands sont souvent orientés par la volonté d\u2019accaparement des objets d\u2019autrui et donc par la violence.Pour simplifier, affirmons que chaque sujet découvre tôt ou tard qu\u2019il est incomplet et désire alors capturer ce qui lui semble un manque d\u2019être.Le désir d\u2019avoir l\u2019objet que l\u2019autre possède met en branle une volonté d\u2019accaparement de cet objet.Comme l\u2019autre a le même désir ou encore entend bien conserver son objet, il en résulte une rivalité fondamentale et une concurrence permanente.La concurrence et la violence qu\u2019elle implique pour l\u2019emporter sur l\u2019autre sont si générales que les institutions de la société en sont menacées.Il a fallu inventer des moyens pour limiter cette violence et la conjurer.La monnaie serait ainsi, en bout de piste, l\u2019institution que nos sociétés se sont donnée pour civiliser la violence qui se faufile dans les multiples rapports qu\u2019entretiennent les divers sujets économiques.Pour René Girard et ses disciples4, le mécanisme institué s\u2019inspirerait de l\u2019institution millénaire du bouc émissaire.Pour contenir la violence permanente entre les membres de la collectivité, évitant ainsi la vendetta destructrice de toute vie sociale, on reportait cette violence sur un bouc (ou encore un roi ou un innocent) que l\u2019on chassait hors de la ville et qui devait alors mourir.De façon un peu similaire, on expulse un objet (pièce de métal ou de papier) qui perd sa valeur d\u2019usage et qui est institué comme équivalent général.Il devient alors la référence commune à toutes les marchandises et permet la circulation des biens et les échanges économiques. \u2014 r * Jk * * 4 yV< ogtf Mais cette conjuration est toujours provisoire, car les causes de violence ne sont pas identifiées.Il suffira que certains cherchent à s\u2019accaparer la monnaie pour que l\u2019édifice fragile des échanges économiques s\u2019écroule.Des groupes supplieront alors l\u2019État d\u2019intervenir pour arbitrer les conflits qui viennent de se manifester à nouveau et trouver des moyens de remettre en circulation les échanges économiques (je pense ici aux détaillants indépendants qui ont demandé au gouvernement de mettre au pas les grandes pétrolières qui venaient de s\u2019accaparer les prix - et les profits - de l\u2019essence).Comment expliquer que nous n\u2019ayons pas encore d\u2019outils pour justifier l\u2019intervention de l\u2019État quand le libéralisme économique prend le pouvoir et impose sa propre vision de laisser faire?Certains, dont Michel Aglietta et André Orléan, soutiennent que la science économique n\u2019a pas su intégrer vraiment la place de la monnaie dans la réflexion théorique.La violence de la monnaie ne fait pas partie de ses préoccupations.Pour les divers responsables économiques, les crises pourraient alors être gérées en trouvant seulement de nouvelles techniques plus sophistiquées.Ce manque d\u2019intégration pourrait sans doute expliquer aussi pourquoi si peu de citoyens ne voient pas que le désir d\u2019accaparement maximum et à très court terme qui a pris toute la place chez les actionnaires comme chez les investisseurs de fonds mutuels constitue une intervention très violente.Dans une société marchande, la monnaie constitue le premier lien social.Quand ce lien est détruit au profit de l\u2019enrichissement, effectué à partir de la monnaie elle-même, la violence originelle refait vite surface.Il me semble que c\u2019est un peu ce qui est en train de se passer dans notre société.Nous voyons de mieux en mieux le pouvoir des banques et des bourses continuer de grandir, sans produire nécessairement de nouveaux biens et sans permettre d\u2019augmenter le pouvoir d\u2019achat des travailleurs et des travailleuses.Plusieurs syndiqués qui exigent des rendements maximum aux fiduciaires de leur fonds de pension ne voient pas que cet argent signifie souvent des fermetures d\u2019usines ou d\u2019entreprises et qu\u2019ils travaillent en définitive contre d\u2019autres travailleurs et peut-être même contre eux-mêmes.Dans un tel contexte de recherche de profit à très court terme, l\u2019économie ne peut, en effet, que ralentir et révéler les écarts générateurs de violence.C\u2019est ici que la responsabilité éthique personnelle peut venir en aide à l\u2019économie pour l\u2019empêcher de tourner à la violence de la guerre économique.Nous sommes encore loin du compte.Quand nous serons plus nombreux à le penser, il deviendra possible d\u2019inciter les politiciens à civiliser la monnaie.¦ 3.\tUn exemple: Pierre G.Bergeron et Alfred L.Kahl, Introduction aux affaires, Gaétan Morin, 1993.4.\t- René Girard, Le bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982.- Michel Aglietta et André Orléan, La violence de la monnaie, Paris, PUF, 1982.relations novembre 1996 277 EPITRE D\u2019UNE COMMUNAUTÉ DE BASE par Marie de Serres et alii1 Commencé en 1992, le synode du diocèse de Québec est maintenant terminé avec la promulgation de la Loi synodale et la Lettre pastorale de Mgr Couture.Impliqués dans cette démarche, des chrétiens et chrétiennes nous font partager leurs joies et leurs déceptions et nous invitent à prendre le relais.Notre communauté de base a plus de vingt ans d\u2019existence et elle repose sur trois axes: la vie fraternelle, l\u2019approfondissement de la foi et l\u2019engagement communautaire.Malgré des divergences d\u2019opinion bien réelles avec l\u2019Église institution, nous trouvons important d\u2019être en lien avec la grande communauté de l\u2019Église.C\u2019est pourquoi nous avons accueilli favorablement l\u2019annonce de l\u2019archevêque de Québec d\u2019une démarche synodale diocésaine.Mgr Couture souhaitait que ce synode soit une marche ensemble, sous le souffle de l\u2019Esprit, une recherche de voies nouvelles pour mieux annoncer l\u2019Évangile de Jésus-Christ.C\u2019est dans cet esprit que notre communauté chrétienne a décidé Le souffle de l\u2019Esprit a soufflé sur toute la démarche, mais aussitôt qu\u2019on touchait aux questions de pouvoir dans l\u2019Église et à la place des femmes, plusieurs obstacles se sont mis sur son chemin.de participer à toutes les étapes du synode en tant qu\u2019équipe synodale.L\u2019équipe synodale était l\u2019entité de base du synode, c\u2019est-à-di-re un petit groupe de personnes qui ont réfléchi sur les thèmes proposés, puis élaboré des propositions sur ces sujets.Par la suite, une synthèse des propositions a été réalisée et les équipes synodales ont priorisé les propositions en vue de la grande assemblée synodale.À ce niveau, les propositions retenues comme étant les plus importantes ont été discutées et votées par une assemblée de 360 personnes, dont une partie avait été élue par les membres des équipes synodales tandis qu\u2019une autre avait été nommée.Pour être adoptée, une proposition devait recueillir les deux tiers des votes des membres de l\u2019assemblée synodale.Quand fut promulguée la Loi synodale, par l\u2019archevêque de Québec, elle reprenait la majorité, mais non la totalité, des propositions que l\u2019assemblée avait adoptées.Le processus, intéressant dans ses objectifs, révélait ici ses limites: premièrement, la démocratie dans un diocèse est limitée par l\u2019obéissance que l\u2019évêque doit au pape; deuxièmement, des propositions novatrices ont peu de chances d\u2019émerger quand la méthode de priorisation, même si elle implique l\u2019ensemble des équipes, opère la sélection sur la base des énoncés sans débat préalable.Nos différentes propositions Par exemple, en tant qu\u2019équipe synodale, nous avons réfléchi, échangé et élaboré des propositions sur deux thèmes qui nous tenaient particulièrement à coeur: les ministères dans l\u2019Église et la participation de tous et de toutes; l\u2019exercice de l\u2019autorité dans l\u2019Église et l\u2019enseignement du magistère.Sous le thème des ministères, nous avons fait cinq propositions touchant la reconnaissance des communautés non paroissiales, la participation des communautés au choix de leurs ministres ordonnés et, surtout, comme de nombreuses autres équipes qui pourtant ne s\u2019étaient pas concertées, la reconnaissance concrète de l\u2019égalité des hommes et des femmes dans l\u2019Église, en ce qui concerne les ministères, ordonnés ou non, et les responsabilités.Comme les propositions devaient relever de la compétence diocésaine, nous avions aussi réédité la proposition suivante: Que le diocèse forme une commission pour promouvoir cette égalité à l\u2019intérieur de l\u2019Église canadienne puis de l\u2019Église universelle, ceci dans l'esprit des premières communautés chrétiennes qui ont mandé Paul et Barnabé pour aller discuter de la question de la circoncision: «Il fut décidé que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem auprès des apôtres et des anciens pour traiter de ce litige».(Ac.15,2).Cette proposition, dans une forme abrégée, a été acceptée par l\u2019assemblée synodale, mais a été mise par la suite dans la liste des quelques propositions que Mgr Couture a décidé de ne pas intégrer dans la Loi synodale.1.Cet article nous vient de six membres de cette communauté de base: Marie de Serres, Yvon Fitzback, Vivian Labrie, Marie-Françoise Lainé, Jean Nolet et Nicol Tremblay.278 relations novembre 1996 Entre deux ateliers de travail exemple: «Que le discours du magistère de l\u2019Église sur les personnes divorcées-réengagées affirme leur appartenance à l\u2019Église et que l\u2019on développe avec ces personnes un cheminement pastoral d\u2019accueil et d\u2019évangélisation».Imaginez maintenant quel souffle nous aurions senti si Mgr Couture avait décidé d\u2019accompagner son diocèse jusqu\u2019au bout dans les résolutions sur la question des femmes dans notre Église.Il était compréhensible qu\u2019il ne puisse promulguer lui-même certaines propositions qui concernent toute l\u2019Église.Toutefois il a répété tout au long du processus qu\u2019il s\u2019engageait à se faire le porte-parole des résolutions adoptées au synode.À la fin cependant, Mgr Couture n\u2019a pas accepté de transmettre à d\u2019autres instances ecclésiales deux propositions adoptées par l\u2019assemblée synodale.Un des membres de notre communauté lui a d\u2019ailleurs envoyé une lettre pour lui signifier sa forte déception face aux «oublis» de la Loi synodale du diocèse de Québec.Nous sommes conscients du travail considérable qui a été fait par tout le monde pour essayer de faire de notre synode une réussite.Nous restons vigilants pour les suites.Ce n\u2019est qu\u2019un début et nous attirons votre attention sur l\u2019article 25 que Mgr Couture a promulgué, particulièrement sur les derniers mots: «Qu\u2019en Église, nous options pour la dignité de tout être humain et le droit de toute personne au respect de son intégrité; l\u2019équité dans la répartition de la richesse collective, du travail et des responsabilités sociales; la protection des valeurs familiales; l\u2019égalité entre les hommes et les femmes».Sous le thème de l\u2019autorité dans l\u2019Église et de son enseignement, nous avons fait une dizaine de propositions portant sur le développement de la collégialité dans la direction de l\u2019Église ainsi que sur la participation de tous au choix des ministres ordonnés et des personnes en poste d\u2019autorité.Nous souhaitions aussi que l\u2019Église soit porteuse d\u2019unité à travers les différences, plutôt que de vouloir l\u2019uniformité.Nous voulions que l\u2019on privilégie une pédagogie du questionnement plutôt qu\u2019une catéchèse doc- On peut considérer le synode de Québec comme un pas dans une direction où il faudra cheminer encore plus loin.trinale, que l\u2019on favorise la réflexion et la prise de position des chrétiens sur les sujets qui font problème dans l\u2019Église.Certaines de ces propositions n\u2019ont pas été retenues comme «essentielles», dans le processus de priorisation des propositions, échappant ainsi à la discussion en assemblée synodale.En prenant connaissance de la Loi synodale du diocèse de Québec et de la Lettre pastorale sur les suites à donner au synode diocésain, notre première réaction a été de sentir que le souffle de l'Esprit a soufflé sur toute la démarche.Mais aussitôt qu\u2019on touchait aux questions de pouvoir dans l\u2019Église et à la place des femmes, plusieurs obstacles se sont mis sur son chemin.Nous avons accueilli avec joie quelques articles sur l\u2019accueil aux personnes divorcées-réengagées.L\u2019article 15 est un bon Suggestions pour les autres diocèses du Québec On peut considérer le synode du diocèse de Québec comme un pas dans une direction où il faudra cheminer encore plus loin, si on veut réaliser vraiment cette égalité au sein de l\u2019Église elle-même.C\u2019est pourquoi nous invitons les chrétiennes et chrétiens des autres diocèses du Québec à prendre le relais.Dans ce sens, nous vous suggérons de participer activement à la définition du processus synodal.En effet, la façon de procéder a beaucoup d\u2019influence sur les résultats obtenus.Il faut prévoir un processus synodal qui favorise la réflexion et les échanges plutôt que le nivellement des idées; assurez-vous, au départ, que tous les sujets puissent être discutés et obtenez des garanties que toutes les propositions synodales auront des suites.Il faudra continuer le travail fait à Québec sur les femmes dans notre Église et reprendre ces deux propositions synodales, qui ont été adoptées mais non reprises par notre évêque, en les adaptant à vos réalités: -\t«Que l\u2019Archevêque de Québec demande à notre Saint-Père le pape Jean-Paul II que soit remise à l\u2019étude la question de l\u2019accession des femmes au sacerdoce ministériel».-\t«Que l\u2019Église de Québec reconnaisse l\u2019égalité des chrétiens et des chrétiennes face aux ministères, et mette sur pied une commission avec mandat d\u2019examiner les moyens de rendre concrète et visible cette égalité et de la promouvoir au sein de l\u2019Église québécoise, de l\u2019Église canadienne et de l\u2019Église universelle».¦ relations novembre 1996 279 À tour de rôle, les membres du comité de rédaction de Relations écrivent au personnage de leur choix sur la mise en crise de l\u2019État-providence._________________ n°9 Cher Norman Bethune Docteur Henry Norman Bethune Montréal, Canada Madrid, Espagne Chi-Tcha-Tchouang, Chine Poste restante Cher camarade, Je ne sais où tu recevras cette lettre, toi que tes dernières années ont conduit de la célébrité médicale au Canada vers la chirurgie de guerre et les dangers des fronts d\u2019Espagne, puis de Chine où des millions de gens vénèrent ta mémoire, depuis ta mort en novembre 1939.Quand on m\u2019a demandé d\u2019écrire sur la remise en question de l'État-providence et F international, f ai tout de suite pensé à toi.Car même si le Québec ne t\u2019a jamais fait toute la place que tu mérites, (c est vrai que tu étais d\u2019origine anglophone, artiste et bohème, en faveur d\u2019une médecine socialisée et.communiste, à une époque où le Québec était presque tout entier catholique, et plutôt favorable au général Franco qu\u2019aux Républicains espagnols), tu demeures, partout dans le monde, l\u2019une des figures exemplaires de la solidarité internationale.Mais, mon pauvre ami, tu ne reconnaîtrais guère le monde aujourd\u2019 hui.Car quand tes convictions médicales, sociales et politiques t\u2019ont fait quitter une carrière prestigieuse et lucrative pour l'Espagne, en 1936, les Etats et les nations étaient encore des entités fortes, essentielles pour comprendre les rapports internationaux.Et c\u2019 est parce que des nations étaient menacées (par le fascisme en Espagne) ou que des peuples étaient en voie de se libérer (au terme de la Longue Marche en Chine) que tu avais choisi d\u2019aller toi-même participer à la lutte.Mais que reste-t-il aujourd\u2019hui des États-nations?Avec les communications instantanées permises par F informatique, les investisseurs déplacent des centaines de milliards de capitaux chaque jour, sans contrôle des États ou de quiconque, pouvant ruiner un pays comme le Mexique en quelques jours.Devant la mondialisation des marchés, la globalisation de l\u2019économie et tous les autres poncifs à la mode, la plupart des États en sont venus à se croire impuissants, à la merci des agences de crédit étrangères, soumis aux règles implacables de la seule compétitivité.Les États sont désormais aux mains des entrepreneurs et des marchands qui, regroupés en Team Canada ou en Équipe Québec, parcourent le monde à la conquête de leurs parts du marché planétaire.J\u2019aimerais bien discuter avec toi, camarade, des idéaux qui, aujourd\u2019hui, méritent encore qu\u2019on y consacre sa vie.Où sont les projets nationaux qui visent une véritable justice sociale?Quels sont les peuples qui luttent pour une démocratie de véritable participation ?Car, par les temps qui courent, il est plus facile cl\u2019 identifier les catastrophes sociales, économiques et écologiques que provoque le néo-libéralisme (appauvrissement, exclusion, accroissement des écarts entre riches et pauvres, etc.) que de trouver les mouvements collectifs qui cherchent à renverser la vapeur.Car, il faut bien l\u2019avouer, les.utopies mobilisatrices ont perdu beaucoup de leur attrait depuis ton départ.Le socialisme et le communisme, qui te motivaient comme des millions cl\u2019 autres militants, ont révélé leurs faiblesses et sont (temporairement?) très discrédités.Comme F alternative de gauche au capitalisme semble avoir disparu avec le mur de Berlin, la social-démocratie ou ce qui se présentait comme une «troisième voie» médiane a aussi perdu cle son intérêt (quand elle n\u2019est pas discréditée par les scandales, comme en Italie), laissant toute la place à un capitalisme débridé qui nous ramène, chaque jour davantage, à la loi cle la jungle.La seule différence, c\u2019 est que la jungle est maintenant globalisée à la grandeur de la planète.Et même la démocratie, qui pour plusieurs servait d\u2019utopie créatrice, est devenue souvent, comme aux États-Unis, de plus en plus formelle, hypermédia-tisée et viciée de son contenu.Mais rassure-toi : je ne suis pas défaitiste.Car même si les forces de changement n ont pas le vent dans les voiles, je vois Même si le Québec ne t\u2019a jamais fait toute la place que tu mérites, tu demeures, partout dans le monde, l\u2019une des figures exemplaires de la solidarité internationale.un peu partout des individus et clés groupes qui luttent contre les méfaits du «chacun pour soi et au plus fort la poche» (car c\u2019 est cela, au fond, la compétitivité que prônent nos décideurs économiques et politiques) et qui expérimentent des alternatives.Et je me rappelle qu\u2019 à ton époque non plus, les perspectives n\u2019 étaient pas réjouissantes : crise économique, montée du fascisme, rumeurs de guerre.Ce qui ne t\u2019a pas 280 relations novembre 1996 empêché de parler haut et fort, à contre-courant, cherchant à ouvrir les yeux d'un public qui préférait ne pas voir, mobilisant ressources et énergies et payant de ta personne.D'ailleurs, je me console en pensant que tu n\u2019as pas lutté en vain : c'est surtout après ta mort qu'on a récolté quelques-uns des fruits que tes amis et toi aviez semés.Grâce aux combats des syndicats, de certains partis politiques et d\u2019une foule de militants, on a finalement mis en place les programmes cl\u2019assurance-chômage, de pensions de vieillesse, d'assu-rctnce-maladie: tout ce filet de protection sociale qu\u2019on a associé à VEtat-providence, mais dont les mailles s\u2019effilochent de plus en plus depuis quelques années.Et dans nos pays du Nord, avec la fin de la guerre et de ces programmes sociaux, Dans une économie globale dirigée par des forces qui échappent aux frontières, nous avons plus que jamais besoin de mondialiser aussi la solidarité.nous avons peu à peu accumulé biens de consommation et confort grandissant: tu serais surpris de tous les gadgets, de l\u2019essentiel à l\u2019inutile, auxquels nous avons maintenant accès, en rêve (par la publicité) ou en réalité! Mais ces progrès réels nous ont peut-être trompés.Nous en sommes venus à croire que cette richesse matérielle relative (collective et individuelle) était un droit, un dû.Et que nos gains sociaux étaient des acquis, des bases minimales d\u2019où on ne pouvait que progresser encore.Au fond, nous avons appliqué à la société la même philosophie économique qui croyait à la croissance illimitée.On voit bien, ces années-ci, que nous étions dans l\u2019erreur.Le balancier s\u2019est inversé.Pour la première fois dans l\u2019histoire récente, on constate que la génération de nos enfants sera sans doute moins bien nantie que la nôtre.On n\u2019a pas vu (ou voulu voir) les effets pervers de nos progrès: individualisation croissante, endettement, passivité ; ni les culs-de-sac où ils nous conduisaient : modèle de surconsommation insoutenable au plan mondial, coût écologique dévastateur; ni surtout les défis-dangers redoutables qu\u2019ils entraînaient: les écarts croissants entre riches et pauvres, dans chaque pays comme entre les pays, où le déséquilibre grandissant des nombres va inévitablement provoquer l\u2019explosion.Comme tu vois, cher camarade, notre monde a plus que jamais besoin de gens comme toi.Les situations ont changé mais les défis sont les mêmes.La planète est plus petite (l\u2019Espagne et la Chine sont à quelques secondes d\u2019Internet et à quelques heures d\u2019avion), mais la liberté, la démocratie et la justice sont toujours aussi fragiles, élusives et nécessaires.Et ce ne sont pas nos dirigeants actuels, les officiels à la tête des Etats ou les occultes qui décident des règles (économiques) du jeu, qui nous les assureront, servies comme sur un plateau d\u2019argent! Plus que jamais, ces valeurs ne seront protégées ou chèrement acquises que par nos efforts, notre vigilance et nos luttes.Le rôle et la place des Etats-nations sont sans doute appelés à se transformer, tout comme ceux du travail humain dans la production de la richesse.Mais dans le monde de demain encore plus que dans celui d\u2019hier, la solidarité des exclus et de ceux qui luttent contre /\u2019exclusion sera indispensable.Dans une économie globale dirigée par clés forces qui échappent aux frontières, nous avons plus que jamais besoin de mondialiser aussi la solidarité.C\u2019est drôle, camarade, comme les vieilles intuitions (quand elles sont bonnes) peuvent redevenir d\u2019actualité.Je n aurais jamais cru qu'il serait un jour aussi pertinent de ressortir le slogan qui a inspiré ton combat: «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous».Marx et le communisme sont peut-être moribonds, mais le combat pour la justice ou pour, comme disent les Français, «liberté, égalité, fraternité» sera plus que jamais mondial, ou ne gagnera pas.Solidaire avec toi, et avec tous ceux et celles qui, de partout, t\u2019ont précédé et te suivent.M Dominique Boisvert relations novembre 1996 281 Valder-Tormey/REFLEXION PHOTOTHEQUE lectures du mois avec André Beauchamp, Dominique Boisvert, Vincent Greason, Julien Harvey, André Lamothe et Francine Tardif LES HÉROS DE NOTRE TEMPS Olivier Weber French Doctors, Paris, Robert Laffont, 1995; 586 p.Roger Job Lettres sans frontières Textes rassemblés et photographies Bruxelles, Editions Complexe, 1994; 249 p.Les 25 ans d\u2019épopée des hommes et des femmes qui ont inventé la médecine humanitaire»: c\u2019est le sous-titre de French Doctors.Et c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit: une grande fresque, avec un souffle épique, des défis démesurés, un idéal souvent soumis aux pires vicissitudes, les grandeurs et les misères de la condition humaine, des figures inoubliables et des débats homériques.Bref, de quoi faire un grand reportage passionnant, aux pays meurtris de cette fin de siècle.Le livre se lit comme un roman.Il raconte la grande histoire et la petite, celle des nations en crise et celle des organisations venues à leur secours.Cela commence au Biafra, en 1968, parla rencontre, dans des conditions indescriptibles, d\u2019un petit groupe de médecins qui donnera naissance, trois ans plus tard avec l\u2019équipe de la revue médicale Tonus, à l\u2019organisation Médecins sans frontières.Et ça se termine, en 1994, au milieu des interrogations et des doutes, dans l\u2019enfer de Gorazde, en Bosnie, et dans celui des camps de réfugiés rwandais à la frontière du Zaïre.La médecine humanitaire n\u2019est pas née avec ceux qu\u2019on appelle souvent, dans les pays anglophones, les French Doctors.Mais Bernard Kouchner, Claude Malhuret, Xavier Emmanuelli, Rony Brauman et bien d\u2019autres ont lancé un mouvement considérable - et j\u2019ajouterais essentiel, en ces années troublées de mutations profondes -en faveur de l\u2019intervention directe, rapide et non gouvernementale dans les lieux de crises et de conflits pour soigner les blessures et témoigner du malheur.Médecins sans frontières, Médecins du monde, l\u2019Aide médicale internationale, la Guilde du Raid, leurs filiales dans plusieurs pays: toutes ces organisations sont nées difficilement, dans l\u2019artisanat, et parfois de scissions douloureuses faites à la fois de batailles d\u2019ego et de différends idéologiques.Mais sur le terrain, de la clandestinité en Afghanistan au tremblement de terre d\u2019Arménie, du bateau l\u2019île de Lumière en mer de Chine aux combats de rue de Beyrouth, de la famine en Éthiopie à la marche sur la frontière du Cambodge, des milliers d\u2019hommes et de femmes ont risqué (et parfois donné) leur vie pour se faire proches des humains qui souffrent.Et pour tenter de construire un monde différent.Car la médecine humanitaire a très vite posé les questions politiques.Partie de la neutralité de la Croix-Rouge internationale, elle a été vite confrontée aux multiples complicités qu\u2019entraîne le silence: faut-il dénoncer l\u2019intolérable, au risque d\u2019être expulsé et de ne plus pouvoir soigner?Quelle part accorder au témoignage sur les horreurs du monde, par le biais des médias, par rapport au travail humble mais indispensable des dispensaires de brousse, des blocs opératoires de fortune, de la distribution d\u2019aliments?Faut-il attendre les autorisations des autorités locales ou pratiquer le devoir d\u2019ingérence humanitaire?Commencée par une poignée de volontaires idéalistes, cette aventure humanitaire se joue maintenant aux quatre coins de la planète: et pas seulement par du personnel médical, mais aussi par toutes sortes d\u2019autres spécialistes ou généralistes qui sont nécessaires pour faire transporter, à quelques jours d\u2019avis, et gérer sur place, souvent pendant des mois, de grandes quantités d\u2019équipement, de véhicules, de personnel local et étranger, etc.Car ces organisations non gouvernementales ont maintenant des budgets considérables, en grande partie recueillis auprès du grand public, et sont un peu, au plan des interventions d\u2019urgence, la contrepartie civile des interventions militaires étatiques, nationales ou supranationales, par le biais des Casques bleus.Mais les rapports internationaux ont beaucoup changé depuis 25 ans, et la nature des guerres et des conflits aussi.Si bien que les organisations s\u2019interrogent: jusqu\u2019à quel point les États occidentaux se servent-ils de l\u2019humanitaire, comme en Bosnie, pour masquer l\u2019abdication de leurs responsabilités politiques, par impuissance 282 relations novembre 1996 lectures du mois ou par lâcheté devant les nouveaux défis?Que peut faire, que doit faire l\u2019humanitaire devant un génocide comme celui du Rwanda?Jusqu\u2019à quand faut-il continuer à soigner des soldats qui repartent au front produire de nouveaux blessés?Comment vivre la neutralité médicale sans complicité dans l\u2019inévitable engagement politique?Si quelqu\u2019un entretenait encore, en commençant ce livre, l\u2019illusion d\u2019un monde en noir et blanc, il découvrira avec étonnement les innombrables teintes que le gris peut prendre dans les situations multiples.Car la médecine humanitaire est impraticable si on n\u2019accepte pas de plonger au coeur des contradictions humaines.Et ce n\u2019est pas la moindre grandeur de ces hommes et de ces femmes que d\u2019accepter, jour après jour et dans l\u2019anonymat, de relever ce défi de l\u2019humain: être présent où l'on souffre, apporter aide et compassion, agir pour plus de justice et témoigner de ce combat.Olivier Weber, grand reporter au journal Le Point, a enquêté trois ans dans une quinzaine de pays et rencontré quelques centaines de ces acteurs de l\u2019humanitaire, des fondateurs ou porte-parole jusqu\u2019aux simples fantassins, pour retracer cette aventure passionnante.Il nous conduit sur tous les continents, mais aussi dans les salles de réunions parisiennes où se décident les missions et se débattent les idéologies.À travers les grands événements des 25 dernières années, mais aussi les journaux intimes des protagonistes, c\u2019est un morceau important des nouvelles solidarités internationales que le lecteur découvrira.Et pour partager encore davantage le côté humain, personnel, presque palpable de l\u2019aventure humanitaire, le photo-journaliste Roger Job, qui accompagne depuis cinq ans sur le terrain les missions de Médecins sans frontières, a réuni une centaine de lettres envoyées par presque autant de volontaires, à partir de missions sur tous les continents, entre 1982 et 1994.Illustrées de superbes photos, ces lettres disent les joies et les peines, les questions et les réussites, les amitiés et les angoisses, le travail et la solitude, les défis et les satisfactions, l\u2019intimité et le quotidien.Aucun artifice dans ces lettres envoyées aux familles, aux amis, aux collègues, au fiancé.Mais de l\u2019émotion à forte dose, des personnalités attachantes, de l\u2019humour, des drames, des fêtes: bref, la vie quotidienne de ces héros des temps modernes.¦ Dominique Boisvert LES NOUVEAUX CLERCS Stephen Brooks, Alain-G.Gagnon, Les spécialistes des sciences sociales et la politique au Canada.Entre l\u2019ordre des clercs et l\u2019avant-garde.Montréal, Boréal, 1994; 116 p.Il vous arrive sans doute, quand vous avez traversé un livre à caractère savant, de le refermer à la fin et de vous demander: qu\u2019est-ce que j\u2019en retiens?En refermant le livre de Brooks et Gagnon, j\u2019ai noté ainsi mes conclusions et perceptions: au Québec, les spécialistes des sciences sociales ont remplacé le clergé et ont joué un rôle actif dans l\u2019émergence du nationalisme indépendantiste; au Canada anglais, l\u2019engagement des spécialistes des sciences sociales a été moins marqué, bien qu\u2019ils aient cherché à dénoncer le statut de dépendance du Canada à l\u2019égard de l\u2019Angleterre et des États-Unis.Dans la définition des politiques économiques canadiennes, les sociologues et les politicologues n\u2019ont pas eu une grande influence, mais les économistes en ont eu une tout à fait déterminante.Décrivons d\u2019abord le travail.Il s\u2019agit d\u2019une traduction d\u2019un livre paru en anglais, en 1988.On a l\u2019impression que le travail a été écrit vers 1985, avec des mises à jour de 1987, annonçant comme la fin du nationalisme québécois.Après une introduction assez théorique, le livre se divise en deux parties.La première partie comprend trois chapitres et porte sur l\u2019évolution des sciences sociales au Québec: 1943-1960, 1960-1970, 1970-1986.Elle constitue le texte remanié d\u2019un «chapitre paru dans Intellectuals in Liberal Democracies», publié sous la direction d\u2019Alain-G.Gagnon, à New-York, en 1987.La seconde partie porte sur le Canada et comprend quatre chapitres: les spécialistes des sciences sociales comme nouvel ordre des clercs (1945-1963), l\u2019expansion des sciences sociales et la dissidence nationaliste canadienne (1963-1971), une avant-garde dans l\u2019impasse et la consolidation du rôle d\u2019expert (1971-1986).Un septième chapitre essaie de conclure sur les différences entre le Québec et le Canada anglais.Au total, c\u2019est un assez bon livre, bien documenté, clair.La partie sur le Canada anglais, probablement due à Brooks, m\u2019a été plus profitable, surtout en ce qui regarde le nationalisme canadien, la contribution des experts dans les commissions relations novembre 1996 d\u2019enquête et le véritable magistère des économistes.Dans une recension du même livre, Denis Monière (l'Action Nationale, mai 1994) lui reproche de confondre intellectuels et universitaires et il trouve exagérée l\u2019opinion sur l\u2019engagement des universitaires au Québec.Le reproche est mérité.Pour ma part, j\u2019ai perçu un manque d\u2019intégration entre les deux sections.On a l\u2019impression de deux ouvrages collés ensemble, un sur le Québec et l\u2019autre sur le Canada anglais, mais peu de discussions croisées.Par ailleurs, l\u2019ouvrage a beaucoup vieilli, et je comprends mal que Boréal ait publié, en 1994, un ouvrage déjà dépassé, intéressant certes, mais non transcendant.La traduction m\u2019a semblé correcte.Enfin, il eût été souhaitable d\u2019avoir une bibliographie d\u2019ensemble plutôt que d\u2019être constamment renvoyé aux notes à courir après les références, surtout quand on en est à la troisième ou quatrième citation.¦ André Beauchamp UN NOUVEAU CHANTIER SCIENTIFIQUE André Beauchamp, L\u2019Électricité est-elle à risque?Les champs électromagnétiques et la santé humaine, Montréal, Bellarmin, 1996; 125 p.En juillet 1996, un groupe de citoyens de Rivière-des-Prairies s\u2019opposent au projet d\u2019Hydro-Québec de construire en surface, dans leur quartier résidentiel, des lignes électriques à haute tension.On invoque des études épidémiologiques récentes qui établissent une corrélation entre la leucémie infantile et ce type de lignes.Pour permettre à Hydro de résoudre son problème de distribution de l\u2019électricité, les résidants proposent plutôt l\u2019enfouissement des lignes.Ce compromis m\u2019a étonné: en 1992, je faisais partie d\u2019un groupe de citoyens qui se sont opposés à Hydro-Ontario pour un projet semblable: enfouir les lignes de transport d\u2019électricité dans un quartier résidentiel, à Toronto.L\u2019enjeu était le même qu\u2019à Rivières-des-Prairies: la santé des enfants.Comment deux groupes de citoyens, confrontés au même enjeu, en sont-ils ar- 283 lectures du mois rivés à des conclusions complètement opposées?Un livre récent d\u2019André Beau-champ nous permet de réfléchir à cette question.L\u2019électricité, est-elle à risque?La question n\u2019est pas plus farfelue que le livre est à sensation.André Beauchamp y fait part d\u2019une réflexion éthico-scientifique nouvelle, laquelle est partagée de plus en plus au sein de la communauté scientifique.De telles réflexions, sur la santé et la pollution ou le nucléaire, font depuis longtemps partie d\u2019un large débat public.Dans ce livre, l\u2019auteur tente de lever le voile sur un autre sujet qui retient l\u2019attention de quelques savants, depuis plus de quinze ans: quels sont les effets de l\u2019électricité, plus précisément des champs électriques et électromagnétiques, sur la santé publique?Chercheur en éthique de l\u2019environnement et ancien président du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE), l\u2019auteur trace, pour un lectorat intéressé mais non spécialisé, les contours du débat, des origines jusqu\u2019aux recherches les plus récentes.On y présente un survol de l\u2019état des connaissances scientifiques.Non, il n\u2019y a pas présentement de certitudes reliant causes et effets en ce qui concerne la santé publique et l'exposition aux champs électriques ou électromagnétiques.Ni pour les enfants, ni pour les travailleurs qui oeuvrent dans ce domaine, ni pour le grand public.Oui, il y a de plus en plus d\u2019évidences indiquant une certaine coïncidence qui, d\u2019un point de vue statistique, mérite des études plus poussées.Évitant de tomber dans le sensationnel, le bouquin lance néanmoins un appel retentissant à un réveil collectif.Il y a possiblement des liens à faire entre le cancer et l\u2019exposition excessive aux champs électriques ou électromagnétiques.Après le survol des connaissances scientifiques, l\u2019auteur s\u2019interroge, à partir des dossiers étudiés par le BAPE, sur l\u2019état du dossier au Québec.Les champs électriques et électromagnétiques menacent-ils réellement la santé publique à long terme?À l\u2019heure actuelle, nous ne le savons pas.Il faut savoir, signale l\u2019auteur, que la plupart des recherches dans ce domaine sont commanditées par les grandes compagnies électriques, comme Hydro-Québec, Hydro-Ontario et Consolidated-Edison.Mais nous savons que des chercheurs indépendants commencent à se poser un nombre croissant de questions.Peu d\u2019évidence concluante, beaucoup 284 de questions.Que faire?L\u2019auteur souscrit à la thèse de la «prudent avoidance», développée par un chercheur américain, Granger Morgan, et qu\u2019il traduit en français par «élimination à faibles coûts».Cette traduction a le désavantage de ne pas préciser l\u2019application de ce principe dans la vie privée (je peux choisir de ne pas me servir d\u2019une couverture électrique ou d\u2019un séchoir à cheveux), mais permet de bien situer le débat au niveau institutionnel, là où les enjeux et les retombées sont les plus saisissants.Une politique de l\u2019élimination à faibles coûts n\u2019est pas une solution radicale.Elle est plutôt une solution de prudence.Ce bouquin a le mérite indéniable de rendre accessible les enjeux d\u2019un débat scientifique; un tour de force dans un dossier où les profanes perdent rapidement leur latin, surtout quand le discours tourne autour des notions de Hz, V/m, mG, et mi-crotesla.En somme, une excellente étude qui présente succinctement les enjeux d\u2019un nouveau type de problème éthico-scientifique.Un bel exemple d\u2019un chantier en pleine évolution dans notre société.¦ Vincent Greason PASSION POLITIQUE Régis Debray Loués soient nos seigneurs - Une éducation politique, Paris, Gallimard, NRF, 1996; 592 p.Dès les premières pages de son ouvrage, Loués soient nos seigneurs, Régis Debray compare passion amoureuse et passion politique et s\u2019étonne du peu d\u2019attention portée à la seconde.Pourtant, écrit-il, entre «suicides et crimes passionnels, la passion amoureuse fait quelques centaines de morts par année; entre guerres civiles et internationales, la passion politique en fait des centaines de mille.» (p.20).Et les passionnés du pouvoir, poursuit-il, tuent bien davantage que les amants jaloux.Tout le livre, qui porte en sous-titre «Une éducation politique», est l\u2019histoire de la passion de Régis Debray pour le et pour la politique ainsi que de sa fascination, presque maladive parfois, pour ceux qui l\u2019incarnent.Comme toute vraie passion, il s\u2019agit là d\u2019une passion houleuse, marquée de moments de bonheur intense et de désespoir fulgurant, faite de coups de foudre et de coups bas, de fidélité et de trahison, de mo- relations novembre 1996 ments de ferveur quasi magiques et d\u2019heures sombres où la raison vacille.Régis Debray a, on le sait, un parcours politique fort tortueux et, selon sa propre expression, il s\u2019est souvent engagé «de bons pieds sur une mauvaise route».N\u2019empêche: la passion est restée.Page après page, Debray continue donc de crier que la politique est - ou plutôt devrait être - affaire de morale (et non de compromission), de passion (et non de tactique), d\u2019idée (et non de sondage).La frontière entre les unes et les autres n\u2019est pas toujours clairement tracée, certes, et l\u2019auteur reconnaît s\u2019être souvent fourvoyé sur des terrains mouvants.Aussi, qu\u2019il traite de la révolution latino-américaine (surtout de Cuba) ou de son passage auprès des gouvernements Mitterrand, Debray se débat-il d\u2019abord avec sa propre histoire.Fasciné par le jugement de l\u2019histoire, il revoit toute sa trajectoire, tente de s\u2019expliquer - et d\u2019expliquer au monde - ses positions - et ses changements de cap.Il y a quelque chose de fascinant dans les réflexions de cet homme qui regrette de n\u2019avoir été que lui-même, qui traîne la nostalgie du héros qu\u2019il aurait voulu être.Prisonnier des contingences, avouant s\u2019être souvent égaré dans les méandres de ses propres options, reconnaissant que plusieurs des voies qu\u2019il proposait de suivre devaient finalement se révéler des impasses, Debray nous livre l\u2019étonnant témoignage d\u2019un homme de ce siècle qui n\u2019a toujours pas vaincu ses premiers démons: le pouvoir, la postérité, la politique.Plusieurs des lecteurs d\u2019ici liront avec un intérêt particulier les arguments qu\u2019oppose Debray à la construction de l\u2019Europe au nom d\u2019une certaine idée de la nation et de la République.Ses réflexions sur la place de la guerre, et conséquemment de l\u2019armée, dans la politique de l\u2019État moderne méritent aussi d\u2019être discutées.Par contre, certaines sections du livre apparaîtront probablement assez obscures à tous les lecteurs peu familiers avec les couloirs de la politique française.L\u2019ouvrage contient aussi sa part de diversions plus ou moins heureuses.Il faut surtout dépasser les premières pages, où l\u2019auteur semble régler ses comptes avec des ennemis invisibles.Passé l\u2019agacement initial, Loués soient nos seigneurs est un livre qu\u2019on laisse à la portée de la main pour y revenir, relire certaines pages et, au passage, admirer la réelle maîtrise de la langue française de son auteur.¦ Francine Tardif lectures du mois POUVOIR ET LIBERTÉ, ÉTERNEL CONFLIT André Naud, Un Aggiornamento et son éclipse.La liberté de la pensée dans la foi et dans l\u2019Église, Montréal, Fides, 1996; 226 p.Croire, comme aimer, est une faiblesse.C\u2019est sans doute ce que des millénaires de collisions et de complémentarité entre les multiples façons de croire et de comprendre nous apportent de plus sûr.Y compris dans l\u2019univers chrétien.Et faut-il ajouter: de façon croissante dans l\u2019univers catholique?C\u2019est à cette question spécialement provocante que s\u2019adresse le livre d\u2019André Naud.Pour ceux à qui manque la familiarité avec la langue catholique, rappelons que ïaggiornamento («mise à jour») est le mot qu\u2019aimait le pape Jean XXIII quand il proposait le concile Vatican II, il y a un peu plus de 30 ans.Naud a été théologien-conseil au Concile.Très activement.Et il y a puisé une compétence exceptionnelle, qui conserve une remarquable actualité.La ligne de pensée qui soutient ici sa recherche est que le Concile a sérieusement voulu une mise à jour, dans la ligne de la liberté de pensée dans la foi et de la liberté d\u2019expression dans l\u2019Église, mais qu\u2019il a malheureusement été trop discret dans l\u2019expression.De telle sorte que, depuis trente ans, un retour en arrière s\u2019est produit, particulièrement dans les milieux romains, ranimant les vieux conflits du pouvoir et de la liberté, et rendant par le fait même la foi moins moderne que jamais.Écrit par un théologien, dans une langue qui se maintient presque toujours dans le registre de la haute vulgarisation, le livre se lit bien par un exégète.Sans qu\u2019il le dise, Naud précise toujours le sens des textes, conciliaires et autres, par le recours au genre littéraire et à la démarche de composition.Également sans le dire, il rappelle sans cesse que la sociologie de la connaissance nous contraint à reconnaître que tout notre savoir est conditionné par les circonstances, par le lieu et les catégories, au point de faire que l\u2019infaillibilité, théoriquement possible, est en pratique toujours tangentielle, asymptotique, faillible.C\u2019est ce qui permet à Naud de montrer, en particulier à travers une connaissance de première main des travaux de la Commission centrale qui prépara dès 1961 le concile, que ce même concile ne voulut jamais alourdir le fardeau de la foi, ni appesantir le joug de la suite de Jésus dans la joie de croire.C\u2019est aussi ce qui lui permet de constater le retour presque immédiat du fondamentalisme dans les milieux d\u2019autorité, qui va directement en sens contraire, qui allonge la profession de foi, la transforme en serment, qui invente des quasi-synonymes pour réintroduire les encycliques dans le credo (réalités «non infaillibles» mais tout de même «définitives»), qui bouleverse des carrières (Charles Curran!) sous prétexte de défendre l\u2019autorité pontificale dans des domaines de loi naturelle, où pourtant les limites de la sociologie de la connaissance se font tellement visibles.Le livre se veut constructif et il l\u2019est.Il se termine sur des propositions pour un avenir meilleur.En particulier sur la valorisation des raisons graves dans la liberté de démarche en Église, sur le droit au dissentiment comme garantie de la liberté de croire.En bien des sens, le livre de Naud est une promotion intelligente de la non-violence.¦ Julien Harvey LE CAMBODGE HIER ET AUJOURD\u2019HUI Chantal Mallen-Juneau, L\u2019Arbre et la Pagode.Récit d\u2019une coopérante au Cambodge, Montréal, Boréal, 1995; 268 p.Lauteure nous parle d\u2019une année de coopération, comme profes-seure de physique, à l\u2019université de Phnom Penh.C\u2019est un peu la vie au jour le jour, du départ au retour.Des difficultés: au début, salle de cours vide d\u2019étudiants trop occupés à gagner péniblement leur vie.Il faudra leur trouver une subvention.Pas d\u2019électricité ni d\u2019eau courante.De nombreuses découvertes et surprises d\u2019ordre culturel, des malentendus linguistiques.Mais aussi beaucoup de joies, d\u2019amitié, des sourires et des gentillesses inoubliables.Des noces, quelques voyages en province, les premières élections démocratiques, en mai 93, où le taux de participation est de 90%, le banquet de départ.relations novembre 1996 Vingt-quatre chapitres plutôt courts, parfois entrecoupés de notices géographiques, historiques, religieuses et quelques lettres à la famille rédigées en italique.Chaque début de chapitre est enluminé d\u2019une oeuvre d\u2019art cambodgienne et se termine souvent par un mot clé écrit dans l\u2019élégant alphabet khmer.Bref, c\u2019est un beau livre, facile à lire et d\u2019une écriture fraîche où transpire la sensibilité de l\u2019auteure.Il s\u2019adresse à tous, et le lecteur qui en fera son profit aura une bonne idée de ce qu\u2019est le Cambodge d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, et aussi de la culture de ses habitants.Tout coopérant qui envisage d\u2019aller oeuvrer dans ce pays aurait avantage à puiser dans une telle mine de renseignements.¦ André Lamothe TÉMOIN DE LA PENSÉE ÉCOLOGIQUE Marc Saint-Laurent Environnement et créativité.Analyse de divers modèles de société écologique, Montréal et Paris, Médiaspaul, 1994; 327 p.Le propos central du livre de Marc Saint-Laurent porte moins sur son titre, «la créativité», que sur son sous-titre: «analyse de divers modèles de société écologique».Fondamentalement, l\u2019ouvrage se présente comme une relecture de modèles de société écologique, à partir des théories sur le millénarisme et l\u2019utopie.L\u2019auteur commence son travail par deux chapitres sur la créativité comme phénomène individuel (la tension entre l\u2019imaginaire et le réel) et sur la créativité et l\u2019innovation sociale, mettant en évidence les phénomènes de résistance et de sclérose dans le milieu social.Puis, il définit l\u2019utopie et sa fonction dans le changement social.Vient ensuite l\u2019analyse de trois modèles de société écologique: l\u2019orientation, qu\u2019il appelle utopique et qui comprend deux catégories: le courant autogestionnaire et le Club de Rome; l\u2019orientation marxiste; l\u2019orientation libérale.Dans chaque cas, l\u2019auteur procède à une description du courant, puis à une critique sommaire de l\u2019utopie sous-jacente.Dans une dernière section, l\u2019auteur présente ses propres voies de solution pour faire face à la crise écologique.285 lectures du mois Dans l\u2019ensemble, j\u2019ai trouvé le livre bien fait et intéressant.Quoique peu intégrée au reste du propos, la section sur la créativité, surtout au plan individuel, est très suggestive.L\u2019analyse de la dimension sociale de la créativité m\u2019a paru plus mince, bien que l\u2019auteur applique, dans l\u2019analyse des modèles, les niveaux d\u2019émergence qu\u2019il a identifiés (sensibilisation, inspiration, etc).Le chapitre sur l\u2019utopie est rapide mais correct.L\u2019analyse des trois modèles est d\u2019inégale importance: 80 pages pour l\u2019orientation utopique (il faut dire qu\u2019il y a deux sous-courants), 50 pages pour l\u2019orientation marxiste et 30 pages pour l\u2019orientation libérale.Les deux premières analyses (sur l\u2019utopie et le marxisme) sont du plus haut intérêt.La pensée est simple et claire dans des domaines complexes, bien que l\u2019auteur ait tendance, probablement par souci de vulgarisation, à caricaturer les courants qu\u2019il décrit.La dernière section du livre (voies de solution), où l\u2019auteur quitte l\u2019analyse de discours et élabore sa propre pensée, insiste davantage sur un certain réformisme plutôt axé sur le courant libéral.Les mesures proposées sont, à mon sens, assez timides.Derrière le livre, on sent le travail universitaire, probablement une thèse de doctorat.Mais, le niveau de réécriture est assez réussi de sorte que l\u2019ouvrage reste abordable et de lecture aisée.Le seul reproche à faire au livre, c\u2019est qu\u2019à sa parution celui-ci est déjà largement dépassé.Il a dû être rédigé vers les années 1985, avec une mince mise à jour ici et là, surtout dans le dernier chapitre.Toutes les références qui comptent, datent des années 70.Les ouvrages cités sont presque exclusivement de langue française et l\u2019auteur ignore manifestement les courants américains, ne référant jamais à la deep ecology, ni à l\u2019écoféminisme, ni au débat sur l\u2019anthropocentrisme.L\u2019auteur nomme le rapport Brundtland (p.139) qu\u2019il date de 1988 (l\u2019original anglais et a été remis à l\u2019ONU en 1987), mais il ne le connaît pas en profondeur.Il ignore également Rio (1992).Il ignore aussi Hans Jonas, pourtant essentiel sur les questions d\u2019utopie, est peu critique à l\u2019égard de la science et de la technique comme idéologies, ignore la planification intégrée des ressources et l\u2019approche multicritères en évaluation d\u2019impacts.L\u2019analyse marxiste a perdu de sa pertinence.On ne peut imputer directement ces lacunes et bien d\u2019autres à l\u2019auteur, si le texte original date déjà d\u2019environ dix ans.Cela est dû aux retards insensés qui affligent l\u2019édition savante suite aux délais du Conseil des Arts et aux lenteurs du monde de l\u2019édition.Les livres vieillissent si vite qu\u2019il faut les publier très rapidement.Malgré ces limites, le livre de Marc Saint-Laurent est un bon témoin de moments importants de la pensée écologiste.Les trois sections consacrées au mouvement français autogestionnaire, au Club de Rome et au marxisme méritent d\u2019être lues et étudiées par des générations plus jeunes.¦ André Beauchamp LIVRES REÇUS Voici quelques-uns des livres que les éditeurs ont fait parvenir à Relations au cours des derniers mois.-\tRajani Achar, David Nitkin, Kay Otto, Paul Pellizzari, Shopping with a Conscience, Canada, EthicScan, 1996; 434 p.-\tRoberto Papini et Vincenzo Buonomo, Éthique et développement.L\u2019apport des communautés chrétiennes en Afrique, Tunisie, Éditions Clé, 1989; 259 p.-\tMarie-Andrée Roy, Les ouvrières de l\u2019Église, Montréal, Éditions Médiaspaul, 1996; 420 p.-\tRodrigue Bélanger et Denis Jeffrey, Le jeu et ses enjeux éthiques, Montréal, Éditions Fides, 1996; 240 p.-Amnistie Internationale, Rapport 1996, Montréal, Amnistie internationale section canadienne, 1996; 379 p.-\tAndréa Riccardi, Sant\u2019 Egidio Rome et le monde, Entretiens avec Jean-Dominique Durand et Régis Ladous, Paris, Beauchesne, 1996; 189 p.-\tCharles Le Blanc et Alain Rocher, Tradition et innovation en Chine et au Japon, Regards sur l\u2019histoire intellectuelle, Montréal, Université de Montréal, 1996; 325 p.-\tDaniel Michaud, La communication formative, vers une nouvelle didactique des langues secondes, Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1996; 226 p.-\tBernard Bocquel, Au pays de CKSB, grand reportage, 50 ans de radio française au Manitoba, Manitoba, Édition du Blé, 1996; 383 p.-\tSociété canadienne d\u2019histoire de l\u2019Église catholique, Études d\u2019histoire religieuse, volume 62, Ottawa, Société canadienne d\u2019histoire de l\u2019Église catholique, 1996; 123 P- -\tPhilippe Bacq et Odile Ribadeau Dumas, Ferments d\u2019Évangile, Une Église en mouvement, Bruxelles, Éditions Lumen Vitae, 1996; 123 p.-\tGian Carlo Duranti, Verso un Platone «terzo», Intuizioni e decezioni nella scuola di Tübingen, Venise, Éditions Marsilio, 1995; 228 p.-\tCollectif, Les Jésuites (Collection Notre Histoire), Paris, Desclée de Brouwer, 1996; 209 p.-\tJennifer Reid, Myth, Symbol, and Colonial Encounter, Ottawa, University of Ottawa Press, 1995; 133 p.¦ à signaler ?Pays en développement et pauvreté.Conférenciers: Denis Fortin, professeur, École de service social, Université Laval; Raymond Carrier du Conseil national de Développement et Paix et ancien coopérant.Le 20 novembre 1996, à 19h30, au Centre Lucien-Borne, salle 505, 100 Chemin Sainte-Foy, Québec.Informations: (418) 688-1211.?La coopérative, c\u2019est pour nous! Un document vidéo qui répond au besoin d\u2019avoir un outil pédagogique destiné à la formation et à dynamiser toute session d\u2019éducation coopérative.Informations: (418) 835-3710.Source: Réseau Coop, septembre 1996.?« Regard sur nos choix».Congrès annuel du Conseil d\u2019intervention pour l\u2019accès des femmes au travail du Québec Inc., les 7 et 8 novembre prochain, à Montréal.Informations: (514) 844-0760.?Le Sort de l\u2019Amérique, un film de Jacques Godbout produit par Éric Michel, une production de l\u2019Office national du film du Canada.Disponible en vidéocassette dans les librairies francophones.Informations: (514) 495-8176.286 relations novembre 1996 JEAN DE BRÉBEUF huronie JOURNAL 18X19 étabS« çw 6,sS yOWW**® ABSèNE BfSSETlt le DEBUTANT fa t'(intt>mnc relations novembre 1996 287 relations novembre 1996 3,75$ no 625 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t259 Agenda pour une autre économie (Guy Paiement) - Le travail étudiant (Carolyn Sharp) - Mal-logés et.sans-abris fiscaux (Pierre Gaudreau) - Le désarmement nucléaire et M.Axworthy (Dominique Boisvert) -Mirage ou virage?(Vincent Greason) \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t lectures 282 Photographie de la page couverture: Jean François Leblanc/STOCK NOTRE PROCHAINE SOIREE RELATIONS Multiples visages des Musulmans du Québec Pour renseignements, écrire ou téléphoner à\tSurveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.\tle jour même de la rencontre.Le lundi 18 novembre 1996, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 5,00$ novembre 1996 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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