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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1994-11, Collections de BAnQ.

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[" relations novembre 1994 3,55$ no 605 Les communications: promesse ou mirage?977003437800011 Attendu depuis\tl^dafsll Is^Sæss®** S^SiÜSSSS ,Æ5^iSsss^SSi=n peu adaptés au monde a qUTJ ce livre ^=S=^=S=\u201c^-\u20142 relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Giguère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes incl.) Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ:1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 258 relations novembre 1994 face à \u2019actualité _ Les ingrédients d\u2019un conflit L\u2019édition 1994 du FFMM De véritables instruments de solidarité Surveillez votre député! Le difficile chemin de la démocratie La confession de François Mitterrand HIDJAB A MONTREAL Une jeune fille.Un foulard.Une école.Un code vestimentaire.Voici les ingrédients pour un conflit qui nous rappelle toute la complexité du défi qu\u2019est une culture publique commune au Québec.L\u2019école Louis-Riel est une grosse école au coeur de la réalité urbaine montréalaise.Y créer un milieu de vie qui favorise l\u2019harmonie et l\u2019assiduité scolaire n\u2019est pas toujours une tâche facile.C\u2019est au nom du code vestimentaire que l\u2019école a refoulé de ses classes cette jeune fille qui portait le hidjab, se couvrant la tête pour faire preuve de sa piété.Ce code interdit le port de tout signe distinct.On espère ainsi combattre le phénomène des gangs ainsi que les conflits et la violence qu\u2019on lui associe.Or, aussi louable que soit cette intention, peut-on accepter son application rapide dans le cas d\u2019une jeune musulmane pour qui se couvrir ou ne pas se couvrir n\u2019est pas une question neutre, mais une expression de sa relation avec le sacré?Nous croyons que non.D\u2019une part, cet incident soulève certainement des questions sur le plan des droits humains, notamment le droit à la liberté religieuse et à la liberté de conscience.Comme l\u2019école Louis-Riel est une école publique, il ne suffit pas d\u2019offrir aux jeunes filles musulmanes qui désirent porter le hidjab l\u2019occasion d\u2019étudier ailleurs, mais d\u2019assurer leur accès à l\u2019ensemble du système scolaire.De telles questions ne devraient pas être laissées entre les seules mains des directions d\u2019écoles et des comités des parents.Qu\u2019on l\u2019aborde plutôt au niveau de l\u2019ensemble de la commission scolaire.Ces questions doivent être pensées à partir d\u2019une politique d\u2019ensemble.D\u2019autre part, cet incident a des conséquences pour la culture relations novembre 1994 259 publique commune, dans un Québec dont la population est dorénavant pluriethnique et plurireligieuse.Pour construire l\u2019harmonie sociale, le code vestimentaire de l\u2019école Louis-Riel mise sur l\u2019uniformisation des jeunes.Or, la culture publique commune que nous souhaitons pour le Québec ne saurait se construire par un nivellement par le bas.Apprendre à assumer et à respecter nos différences est un défi que les jeunes sont capables d\u2019assumer.Finalement, il ne faut pas oublier la dimension proprement religieuse de cet incident.Relations a déjà pris position en faveur d\u2019une laïcisation positive de nos écoles.Rappelons qu\u2019une telle laïcisation ne cherche pas l\u2019exclusion de la dimension religieuse de la vie scolaire, mais favorise un climat de respect mutuel où une compréhension intelligente des divers systèmes de croyan- ces des uns et des autres permette de saisir les valeurs humaines qu\u2019ils comportent.Une telle intelligence religieuse pourrait contribuer, souhaitons-le, à la construction d\u2019une société québécoise mieux outillée pour s\u2019enrichir de sa diversité religieuse.Or, nous semble-t-il, une telle laïcité positive sait distinguer entre un habillement qui est l\u2019expression d\u2019une foi religieuse et celui qui proclame l\u2019équipe de base-bail dont on est partisan.De même, la laïcité positive, ainsi que la culture publique commune, dont elle est un élément essentiel, ne cherche pas à refouler les différences ethniques et religieuses, mais à les saisir dans toute leur capacité de nous véhiculer la richesse de la diversité culturelle, héritage commun de toute l\u2019humanité.¦ Carolyn Sharp LE FESTIVAL DES FILMS DU MONDE ET SES ASSIÉGÉS que la vie est dure pour le FFMM! Rares sont les journalistes, chroniqueurs et autres connaisseurs locaux qui résistent à la tentation de le comparer à son «grand frère» torontois: celui-ci attire plus de stars, de grosses productions (sous-entendu: américaines), traite mieux ses festivaliers, etc.Et peut-être vaut-il mieux se résigner, pour tout dire, au pouvoir de l\u2019argent et à la suprématie continentale de l\u2019anglais sur le français.Toutefois, en retournant la perspective, on suggérera que le festival des films du monde de Montréal a la qualité de son défaut: on peut y voir autre chose! Et puisqu\u2019il n\u2019y a pas de film inutile (ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y en a pas de mauvais!), l\u2019occasion est belle de faire des découvertes et d\u2019élargir notre culture du grand écran.Le cinéma, comme un voyage.L\u2019état de siège.L\u2019édition 1994 du FFMM aura d\u2019abord été celle des assiégés.Siège politique d\u2019abord, avec l\u2019incontournable Bosna, de Bernard Henry-Lévy, qui traque les ramifications du conflit bosniaque jusque dans la culture politique et philosophique occidentale.Les assiégés de Sarajevo, ville historiquement cosmopolite, deviennent ainsi, malgré eux, les derniers défenseurs en ex-Yougoslavie de cette idée, bâtarde aux yeux de plusieurs, que des êtres humains de confessions et de langues différentes peuvent cohabiter.Autour d\u2019eux, le fantasme de l\u2019homogénéité, le concert des tribalismes, des idéologies du sol et du sang renforcées, presque encouragées, par l\u2019inaction et l\u2019incompréhension des démocraties occidentales.La Bosnie, l\u2019avenir de la planète?Dans un autre registre, Curfew, du Palestinien R.Masharawi, suit l\u2019éprouvant quotidien d\u2019une famille palestinienne durant un couvre-feu imposé par l\u2019armée israélienne à Gaza.Gaza, pays conquis, pays contrôlé, peuple assiégé jusque dans sa propre demeure.Tchernobyl, documentaire de l\u2019Américaine T.Metcalf, montre aussi un peuple d\u2019assiégés, mais de l\u2019intérieur cette fois-ci, trahi et abandonné par ses dirigeants.L\u2019événement date un peu (1986), l\u2019intérêt médiatique est retombé à un niveau inquiétant, aussi inquiétant que les autres retombées, radio-actives celles-là, qui taillent un avenir atroce aux générations à venir.Il y a eu aussi les sièges culturels.Zinat, de l\u2019Iranien E.Mokh-tari s\u2019attarde à la volonté d\u2019émancipation d\u2019une femme dans un petit village d\u2019Iran, coincée entre les exigences du mariage (la tradition) et son implication à l\u2019infirmerie locale (la modernité).Dans la même veine, L\u2019amour gai de L.Gagliardi, produit par l\u2019ONF, offre aux homosexuels l\u2019occasion de nous donner l\u2019heure juste sur l\u2019encerclement de leur existence.À n\u2019en point douter, l\u2019amour de son semblable passe encore et toujours très mal en dehors du «village» et de ses institutions.On pourrait encore évoquer le documentaire de Jacques Godbout, L\u2019Affaire Norman Williams, ainsi que La stratégie de l\u2019escargot du Colombien S.Cabrera.Le thème de l\u2019état de siège, tel qu\u2019il se donne à voir dans la fiction ou le documentaire, présente une forte dimension anti-politique au sens où le sort de la cité, la forme du vivre en commun, sont évincés par la recherche, souvent personnelle, d\u2019une petite place au soleil.Ce cinéma déserté par la volonté de changer la société laisse songeur: est-il une fin ou un commencement?Signe-t-il l\u2019acte mortuaire d\u2019une certaine façon de concevoir la «chose publique»?Ou indique-t-il de nouveaux lieux d\u2019engagement social?La Turquie et l\u2019Amérique latine.Présentant deux sections, disons nationales (!), le FFMM a visé juste quant à l\u2019intérêt du public pour ce genre de «voyage».Toutefois, les tourments existentiels du cinéma turc ont semblé pesants à plus d\u2019un spectateur.Il est vrai qu\u2019on n\u2019y rigole pas beaucoup.Il semblerait que les cinéastes turcs font actuellement le procès de leur société au tournant des années 70-80 (troubles politiques, répression, etc.).D\u2019où l\u2019austérité et la dureté de leurs films.De plus, leur contex-tualité les rend difficilement exportables.À l\u2019inverse, les Latins s\u2019éclatent, même à partir d\u2019un sujet aussi grave que l\u2019expropriation de petites gens par un gros promoteur immobilier (La Stratégie de l\u2019escargot).Incisif, Nous sommes tous des stars, du Péruvien L.P.Degregori, se livre à une satire, ou plutôt à une imitation, d\u2019une télévision qui fait de ses spectateurs ses héros, malgré la vacuité de leur vie (ou grâce à cette vacuité?).Au terme de l\u2019édition 1994 du FFMM, il reste l\u2019impression que le festival gagnerait à se définir officiellement comme celui des «autres», i.e.tous ceux qu\u2019on ne risque pas de voir en salle commerciale; ou même, comme l\u2019a suggéré un chroniqueur montréalais, celui des premières oeuvres.Bref, les responsables du festival doivent garder à l\u2019esprit qu\u2019il vaut mieux se définir soi-même, quitte à donner un vigoureux coup de barre dans une nouvelle direction, que de se retrouver devant le fait accompli.Dans le cas du FFMM, ce «fait» pourrait bien être sa marginalisation sur le marché international du septième art.¦ Marc Lemire 260 relations novembre 1994 MISSIONS INTERNATIONALES qui sommes-nous pour débarquer en Somalie, pour organiser les élections au Cambodge ou juger l\u2019honnêteté de celles du Mexique, pour occuper Haïti?D\u2019ailleurs, n\u2019avons-nous pas jugé sévèrement les observateurs étrangers de la Fédération internationale des droits de l\u2019Homme, venus surveiller l\u2019armée canadienne sur les barricades d\u2019Oka à l\u2019été de 1990?Et que venaient faire ici les dix délégués d\u2019organisations non gouvernementales mexicaines, comme observateurs des élections provinciales du 12 septembre?Missions d\u2019observation, missions de maintien de la paix, missions de restauration de la démocratie, missions humanitaires: nouvelle mode pour masquer l\u2019impuissance des Nations Unies, nouvelle forme de l\u2019impérialisme occidental ou nouveaux outils de relations internationales qui se cherchent?Il faudrait d\u2019abord démêler un peu les choses.Au-delà des noms utilisés, on a affaire à des réalités souvent fort différentes (les exemples donnés entre parenthèses ne sont là que pour illustrer, sans jugement de valeur positif ou négatif).Les interventions peuvent être unilatérales (URSS en Afghanistan), unilatérales déguisées en multilatérales (USA à la Grenade ou en Haïti), multilatérales, mais en fait dominées ou initiées par un pays (l\u2019ONU et les États-Unis dans la guerre du Golfe ou en Somalie), ou véritablement multilatérales (l\u2019ONU en ex-Yougoslavie).Elles peuvent être des opérations militaires (guerre du Golfe), des opérations de rétablissement de l\u2019ordre (invasion d\u2019Haïti), des opérations de maintien de la paix (Chypre, Liban) ou des opérations humanitaires (Somalie, Opération française Turquoise au Rwanda).Ces interventions peuvent être civiles ou partiellement civiles et militaires (les policiers faisant partie des civils, au même titre que les avocats, les religieux ou les syndicalistes).Les interventions civiles (en tout ou en partie) pouvant prendre de nombreuses formes: commission de surveillance d\u2019un cessez-le-feu (au Vietnam), organisation ou surveillance (policière) des élections (Cambodge, Haïti), observation électorale (Mexique, Afrique du Sud), enquête sur la situation des droits humains (Pérou, Innus du Labrador), mission d\u2019observation des violations des droits hu- mains (Mission ON U/OEA en Haïti), observation de procès politiques (Pays basque, Algérie), etc.Ces diverses interventions ou missions peuvent être gouvernementales (parlementaires canadiens en Chine), non gouvernementales (délégation d\u2019ONG mexicaines venue observer les récentes élections au Québec), ou une combinaison des deux (pour les premières élections du Zimbabwe).Enfin, ces interventions peuvent avoir été sollicitées (soit par un gouvernement étranger, par des forces de l\u2019opposition ou par des organisations non gouvernementales de ces pays), être proposées comme médiation entre deux forces belligérantes (l\u2019ONU au El Salvador, la Norvège au Proche-Orient), ou être imposées par un pays ou par la communauté internationale (Haïti).Comme on le constate, il y a vraiment de tout dans ces missions.Et il serait injuste de vouloir porter un jugement global.D\u2019autant que ces expériences sont encore relativement nouvelles, dans un contexte international en profonde mutation et avec des institutions, nationales et internationales, qui n\u2019ont pas encore réussi à s\u2019ajuster.Les besoins du grand village planétaire changent.Le droit international devra évoluer en conséquence.En attendant, en réponse aux crises et aux drames qui secouent les continents, les humains expérimentent, à tâtons, de nouveaux outils pour répondre aux urgences et aux appels à la solidarité.Certes, ces missions sont largement imparfaites, parfois critiquables, et toujours susceptibles d\u2019être confisquées au profit de certains intérêts.Mais il faut développer ces outils, les améliorer, en tirer les leçons, comme viennent d\u2019essayer de le faire, réunis sous les auspices du Aspen Institute, des participants aux missions de droits humains des Nations Unies au Cambodge, au El Salvador et en Haïti.C\u2019est à ce prix qu\u2019on pourra un jour disposer de moyens plus adaptés, en faire - au moins partiellement - de véritables instruments de solidarité et construire ainsi peu à peu une communauté internationale véritable, qui soit autre chose qu\u2019un concept creux qu\u2019on invoque pour justifier des intérêts nationaux de grandes puissances.¦ Dominique Boisvert LE RETOUR DU PARTI QUÉBÉCOIS dans le passé même assez récent, le Parti Libéral du Québec était le parti des villes et l\u2019opposition, qu\u2019elle soit conservatrice, unioniste ou péquiste, celui du pays profond et du monde rural.Dans cette perspective, l\u2019élection du 12 septembre 1994 est de nouveau le Québec cassé en deux et vraiment en plein centre, avec seulement moins de 20 000 voix de différence.Le Parti Québécois au pouvoir a l\u2019entier appui du Saguenay-Lac St-Jean (5 sur 5), de Lanaudière (6 sur 6), du Nord-Ouest du Québec (4 sur 4), de la Mauricie (8 sur 8); il a remporté pratiquement tous les comtés de Québec (10 sur 11), du Bas St-Laurent et de la Côte Nord (7 sur 10), des Laurentides (5 sur 7), de Laval (4 sur 5).Il a remporté une majorité de la partie francophone de Montréal, l\u2019Est (9 sur 16).Le PLQ a le reste: tout l\u2019Outaouais, tout l\u2019Ouest de Montréal (14 sur 14).Pourtant, les programmes des deux grands partis étaient radicalement différents, l\u2019un fédéraliste presque à l\u2019excès (qu\u2019on songe aux deux livres de Lisée sur Bourassal), l\u2019autre nationaliste à tel point qu\u2019il a dû accentuer son souci de bon programme au cours de la campagne.Cette très longue - trop longue - campagne a été tellement concentrée autour du débat constitutionnel que le contenu réel des programmes en a été absent.Qui a lu le gros livre qu\u2019est le programme de la nouvelle façon de gouverner du PQ?Que sait-on de son projet sur l\u2019école, sur la santé, sur les services sociaux, sur l\u2019immigration?Le vieux souci pour les régions, où se trouve le vrai appui du PQ, se retrouve dans la création de répondants régionaux dépendant directement du Premier ministre, une innovation intéressante si elle fonctionne.D\u2019autant plus que la nou- relations novembre 1994 261 velle opposition libérale sera forte: pratiquement tout le cabinet précédent a survécu à l\u2019élection! Donc, un résultat qui nous invite à la vigilance.Les deux partis, et le troisième, celui de l\u2019Action démocratique, qui est bon troisième presque partout, sont des amalgames de plusieurs courants: citoyens et citoyennes soucieux de qualité de la vie, nationalistes, néo-libéraux, mécontents.Un certain keynésianisme favorable à l\u2019intervention de l\u2019État revient à l\u2019avant-plan, ce qui n\u2019est pas mauvais dans le climat actuel du chacun pour soi.«Surveillez votre député!» devrait être le mot d\u2019ordre des prochaines années.Et ne vous laissez pas trop impressionner par le jeu d\u2019émotions que nous prépare Ottawa.¦ Julien Harvey LACCORD CARTER-CÉDRAS Plusieurs analystes de la politique américaine n\u2019ont pas manqué de souligner les raisons principales du revirement du président Clinton sur le dossier haïtien: opinion publique défavorable à l\u2019intervention, opposition du Congrès, traumatisme somalien, campagne républicaine contre l\u2019opération, etc.Pour éclairantes que soient ces analyses, il nous semble qu\u2019il faut également aborder le problème par l\u2019autre bout de la lorgnette.L\u2019envoyé spécial de Clinton, Jimmy Carter, n\u2019est pas un inconnu sur le dossier haïtien.Il était présent, en décembre 1990, lors des élections démocratiques, comme envoyé du président républicain G.Bush favorable aux militaires haïtiens.Jusqu\u2019au dernier moment, il a tenté à cette époque de convaincre Aristide d\u2019accepter la victoire du candidat pro-américain, Marc Bazin, alors que ce dernier venait loin derrière le candidat du peuple haïtien.En se préparant à quitter Washington, le 16 septembre 1994, Carter n\u2019a pas caché ses intentions diamétralement opposées à celles affichées publiquement par Bill Clinton dans son discours prononcé la veille au soir.Carter a reproché à l\u2019administration démocrate d\u2019avoir négligé les contacts avec les «gens de l\u2019intérieur», ceux qu\u2019il appellera aussi les «officiels» d\u2019Haïti à son arrivée à Port-au-Prince.Il déclarera encore, le 18 septembre, regretter de devoir mettre un terme à sa mission alors que pour sa part, il aurait aimé rester deux jours supplémentaires pour résoudre la crise.Carter a même poussé le ridicule jusqu\u2019à affirmer, après son retour à Washington, qu\u2019un des moments forts de sa mission fut la déclaration de Mme Cédras disant qu\u2019elle se suiciderait sur place avec ses enfants si son mari était contraint de partir! En choisissant d\u2019envoyer en mission cet opposant farouche à Aristide, Clinton a fait une nouvelle volte-face honteuse sur le dossier haïtien, comme à l\u2019égard de ses promesses électorales concernant les boat peoples.Il a choisi le camp des «hommes forts» du moment.Il s\u2019embarque ainsi dans une aventure périlleuse, car ces derniers ne manqueront pas, à l\u2019habitude, de trahir leur parole et de recourir à la seule méthode qu\u2019ils connaissent: le terrorisme militaire et paramilitaire.La presse internationale s\u2019est unie aux déclarations lénifiantes de la Maison Blanche pour saluer la mission de Jimmy Carter comme une réussite diplomatique ouvrant la voie à un règlement pacifique de la crise.Face à cette manoeuvre rétablissant in extremis le contact entre les autorités américaines et leurs interlocuteurs privilégiés depuis le coup d\u2019État de 1991, le point de vue d\u2019un progrès de l\u2019institution de la justice en Haïti n\u2019a guère été adopté.Pourtant, c\u2019est à cet égard qu\u2019apparaissent le mieux les contradictions et la violence de la politique américaine en Haïti.En dernière minute, le président démocratiquement élu, J.-B.Aristide, a été tenu à l\u2019écart du règlement de la crise et le président putschiste, duvaliériste de la première heure soutenant les assassinats de l\u2019armée et des milices (FRAPH), a été propulsé au rang d\u2019interlocuteur incontournable.L\u2019accord signé avec cet ennemi du peuple donne la belle part aux militaires putschistes: un débat pour quitter le pouvoir sous condition du vote par le parlement (manipulé par eux) d\u2019une loi d\u2019amnistie et, en prime, la permission tacite de rester au pays.Grâce à cet accord, les cinq revendications majeures des militaires putschistes ont été rencontrées: levée de l\u2019embargo, caducité des accords de Governor\u2019s Island, impunité, reconnaissance du pouvoir civil issu du putsch, contrôle du processus démocratique par une instance «neutre».La victoire est donc incontestable pour le camp putschiste et l\u2019armée américaine entend les protéger6e toute réaction populaire.Sur le plan de la justice, l\u2019accord passé entre Carter et Jonas-saint est désastreux: il suffit à lui seul à passer l\u2019éponge sur trois années de terreur qui ont coûté la vie à quelque 20 000 personnes, forcé le déplacement intérieur de plus de 100 000 habitants et jeté à la mer plus de 300 000 boat peoples.Le président Clinton, qui rappelait ce drame sans ménagement en nommant clairement les coupables, dans son discours du 15 septembre, a préféré l\u2019oubli, trois jours plus tard, pour les intérêts supérieurs de sa popularité.L\u2019opération de salut de la démocratie révélait dès lors son véritable visage, celui d\u2019un appui à l\u2019armée haïtienne, l\u2019alliée de toujours, pour contrôler les mouvements populaires et garantir à ses chefs l\u2019impunité pour les services rendus.Aristide n\u2019a été sollicité qu\u2019après coup, comme en octobre 1991, pour appeler la population au calme et garantir, sans trop de casse, la réalisation du plan américain promettant toujours un retour à l\u2019ordre constitutionnel dont on ignore le prix.L\u2019accord est une victoire pour les militaires haïtiens et la date de départ du pouvoir, fixée au 15 octobre, est là pour le rappeler: Cédras a gagné le pari pris un an plus tôt en dénonçant unilatéralement les accords de Governor\u2019s Island.Par leur peur infondée de la voix populaire, représentée par Aristide, les autorités américaines ont choisi de compliquer à souhait la partie, pour rester aux côtés de leurs alliés traditionnels.Cédras participe au déploiement de la force d\u2019intervention et sa clientèle jubile.Le peuple a été exclu du processus de normalisation et les opportunistes attendent avec impatience le retour aux urnes.Malgré toutes ces stratégies de contrôle, il faudra compter avec la force de mobilisation populaire dès qu\u2019un espace de parole lui sera rendu.Sans la restauration d\u2019un régime répressif, la voie du consensus des élites choisie par les États-Unis restera impraticable, parce que la volonté populaire de participer à la décision publique reste intacte.À cette détermination, il manque encore la structuration en mouvements sociaux, capables d\u2019assurer la transition des revendications vers les sphères du débat politique.Néanmoins, les organisations de base ont montré et continuent de montrer qu\u2019elles ont une capacité réelle de s\u2019affirmer comme acteur et de contrecarrer les projets américains qui n\u2019ont guère varié depuis le départ de Duvalier.¦ Marc Maesschalck le 27 septembre 1994 262 relations novembre 1994 MITTERRAND POURSUIT SON COMBAT1 Cest un fort goût d\u2019amertume que nous a laissé l\u2019émission de France 2 au cours de laquelle Jean-Pierre El-kabach a provoqué un peu vivement la confession de François Mitterrand.Le président de France Télévision s\u2019est certes efforcé de poser avec respect et une certaine délicatesse des questions concernant la santé du Président de la République, il n\u2019empêche que nous partageons pleinement le point de vue de Philippe Seguin quand celui-ci considère «particulièrement indécentes les spéculations publiques sur la santé du Chef de l\u2019État.Nous devons plutôt saluer son courage, dit-il.Tout homme même à ce poste a droit au respect de sa vie privée.» François Mitterrand est victime de la personnalisation extrême de la vie politique provoquée, entre autres, par l\u2019élection du Président de la République au suffrage universel et aussi par des médias de plus en plus «commercialisés» qui n\u2019ont d\u2019autres soucis que le profit et la recherche du sensationnel.Dans ce domaine également il nous faudra poursuivre le combat pour l\u2019homme et sa dignité.Et puis on a longuement parlé de la jeunesse du Président et de son attitude à Vichy.Les «révélations» qui étaient à la base de cet interrogatoire n\u2019en étaient pas pour nous.Ce passé nous était depuis toujours connu.Ce qui nous apparaît étonnant c\u2019est que certains journalistes et une partie de l\u2019opinion découvrent qu\u2019un jeune homme né dans une famille catholique de la petite bourgeoisie a pu être, avant guerre, sympathisant de la droite et de l\u2019esprit national sinon bar-résiste.Ils ignorent qu\u2019aujourd\u2019hui encore, alors que les citoyens français se répartissent en deux parts à peu près égales entre la gauche et la droite, quatre-vingt pour cent des catholiques votent à droite.Ils sont, comme avant guerre, victimes d\u2019un passé qui est lourd, d\u2019un enseignement qui craint le mouvement et le progrès, d\u2019une spiritualité qui est trop souvent à base de résignation et d\u2019abandon.Ce problème, nous le connaissons puisque nous ne cessons de faire que les catholiques se libèrent et se déterminent en conscience afin que nombre d\u2019entre eux rejoignent la gauche.Ce que fit en son temps François Mitterrand.Tous ceux qui ont connu la triste époque de la défaite et de l\u2019Occupation regardent avec étonnement ceux qui parlent sans connaître et qui jugent dans le contexte de 1994 des faits qui se déroulaient dans le climat de 1940-1944.Que de naïveté et d\u2019injustice dans leurs jugements de leur part! Oui, Pétain avait derrière lui un peuple quasi unanime et les Résistants n\u2019étaient qu\u2019une poignée.Il faut avoir vu les Parisiens acclamer le vieux maréchal place de l\u2019Hôtel de Ville en mai 1944, quatre mois avant que ceux-ci ne se découvrent gaullistes et s\u2019imaginent résistants.Oui, il y avait à Vichy des hommes de l\u2019extrême droite - tout 1.Cet article est paru dans Témoignage Chrétien, 16 septembre 1994, p.2.comme à Paris où se manifestaient les ultras de la collaboration et les fascistes - mais il y avait aussi des résistants à l\u2019ombre même de l\u2019Hôtel du Parc et dans des institutions vichystes comme Uriage.Oui, les citoyens étaient très mal informés, soumis en zone occupée, aux journaux publiés sous le contrôle des services de la propagande allemande et de Radio Paris.Quant aux publications de la zone Sud, elles étaient toutes ralliées à la Révolution nationale de Vichy.Oui, ce sont des journaux qui encensaient hier Pétain qui ont été provisoirement interdits à la Libération et donc, aujourd\u2019hui, certains reprochent à François Mitterrand son attitude en 1941 et 1942.Oui, tous les évêques faisaient allégeance au gouvernement «légal» de Vichy.Oui, les chrétiens qui, comme nous, avaient choisi la Résistance, n\u2019étaient que le petit nombre et ils se situaient dans l\u2019illégalité.Oui, nous avons condamné le régime de Vichy.Avec la complicité de trop de parlementaires - n\u2019était-ce pas la Chambre du Front populaire, les communistes ayant été exclus et même emprisonnés?- il a jeté bas la République avant de développer une législation anti-juive.Oui, nous avons condamné la politique de collaboration, la déportation en Allemagne des jeunes avec le STO.Mais que d\u2019efforts d\u2019information, que de débats il a fallu avoir pour que l\u2019opinion publique, le monde catholique, prennent conscience que la France risquait avec Vichy et le nazisme de perdre son âme.Le parcours de François Mitterrand est, de ce point de vue, des plus classiques.Il va de la droite nationale vers la Résistance et de la Résistance vers la gauche.Sans doute y a-t-il des bavures.François Mitterrand, homme d\u2019action, côtoie et rencontre beaucoup de monde.Il lie des contacts en tous domaines.Et si ses douze rencontres avec René Bousquet apparaissent a posteriori choquantes, il faut rappeler que la presse issue de la Résistance a côtoyé, rencontré, dialogué avec René Bousquet alors directeur de la Dépêche du Midi.Que celui qui n\u2019a jamais «péché» lui jette la première pierre! Hélas, ils sont nombreux à le faire.Plus d\u2019une fois, nous avons contesté la politique de François Mitterrand, qu\u2019il s\u2019agisse de ce virage qu\u2019il prit quand il mit fin à la politique de Pierre Mauroy pour jouer la carte du franc fort, quand il nous engagea dans la guerre du Golfe ou qu\u2019il s\u2019efforça de nous faire adhérer à l\u2019Europe de Maastricht.Nous n\u2019oublions pas pour autant qu\u2019il a ramené la gauche au pouvoir après tant d\u2019années de domination de la droite et qu\u2019il n\u2019a cessé d\u2019incarner une certaine forme du socialisme.Ces jours si difficiles à vivre pour lui nous donnent l\u2019image d\u2019un homme qui se bat.Il affronte sereinement la maladie.Il parle comme un croyant de la mort.Il mérite que nous saluions son courage.¦ Georges Montaron À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS: \u2022 La place des femmes en agriculture \u2022 La spiritualité de la solidarité \u2022 La mondialisation du pouvoir financier \u2022 Les jeunes et l\u2019engagement social \u2022 Le développement économique en régions relations novembre 1994 263 eft Mef Du 11 au 18 novembre prochain, les Québécois et Québécoises, quelle que soit leur origine, sont invités à participer à la quatrième Semaine interculturelle nationale, sous le thème Pour mieux vivre ensemble.Mise sur pied en 1991, sur la recommandation du Conseil des communautés culturelles et de l\u2019immigration, cette initiative vise à sensibiliser l\u2019ensemble de la société québécoise au concept d\u2019une responsabilité partagée face à l\u2019intégration et favoriser l\u2019adhésion à une culture commune en faisant mieux connaître le Québec, son histoire, sa culture.C\u2019est une occasion de promouvoir le rapprochement harmonieux entre les membres des diverses communautés culturelles et la société d\u2019accueil.Pour informations, on peut contacter la Direction des communications, ministère des Affaires internationales, de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles au (514) 873-2445 ou 1-800-465-2445.Pour beaucoup de salariés, il est difficile de composer avec les exigences souvent conflictuelles du travail rémunéré et des responsabilités familiales.Diverses études canadiennes et américaines sur le stress lié au travail et à la famille donnent lieu à quelques conclusions.D\u2019abord, les estimations de la fréquence des conflits entre la vie professionnelle et la vie familiale varient entre 25%, chez les employés en général, et 68%, chez les parents d\u2019enfants d\u2019âge préscolaire.De plus, ces études indiquent une dynamique complexe entre les facteurs associés au travail, les sources de stress familial et les soutiens ainsi que la disponibilité et la qualité des services de soutien communautaire.Enfin, les recherches affirment que ce genre de stress ne devrait pas être perçu comme un problème personnel des employés ou comme une question féminine.D\u2019où la pertinence d\u2019approches éclairées à l\u2019égard des conflits entre le travail et la famille.Pour de plus amples informations, voir 110 statistiques sur le travail et la famille au Canada, CCCSF.Tél.: (613) 992-4976.Le Conseil des Églises pour la justice et la criminologie a lancé dernièrement un vibrant appel aux Canadiens et aux politiciens pour qu\u2019ils revoient les valeurs, l\u2019efficacité et les coûts rattachés aux propositions d\u2019amendements plus sévères à la Loi sur les jeunes contrevenants.Le Conseil a indiqué au Comité parlementaire qu\u2019une approche «crime et châtiment» contribue à incarcérer trop de gens, ce qui surcharge les ressources correctionnelles et occasionne la négligence des cas plus graves.Dans une approche judiciaire restauratrice, les victimes reçoivent plus d\u2019aide en rapport aux conséquences à long terme du crime.D\u2019ailleurs, les victimes elles-mêmes souhaitent la réconciliation plus que la vengeance.Pour de plus amples renseignements, contacter Rick Prashaw, coordonnateur des communications, tél.: (613) 563-1688.Organisé par le Centre de formation populaire, le Centre St-Pierre, l\u2019Institut canadien d\u2019éducation des adultes et la Ligue des droits et libertés du Québec, le colloque Droit de Cité aura lieu les 25, 26, 27 novembre prochain à l\u2019UQAM.Ce colloque veut rassembler des personnes-ressources d\u2019ici et d\u2019ailleurs et des participants en vue de repenser la citoyenneté et vivre la démocratie.Nous savons à quel point les sociétés actuelles connaissent des mutations profondes dont les effets sont le plus souvent pernicieux: exclusion, déficit démocratique, choc des cultures, marginalisation, perte de pouvoir, société à deux vitesses.Malgré ce diagnostic pessimiste, un projet de société véritablement démocratique est-il envisageable et si oui, comment peut-on le définir?Et le citoyen et la citoyenneté dans tout cela?Ces problématiques permettront des échanges fructueux et une recherche de solutions novatrices.Pour informations: (514) 948-2044.Centrer le débat de l\u2019aide sociale sur notre responsabilité collective plutôt que de mettre l\u2019accent sur la déficience des personnes obligées de recourir au soutien de l\u2019État, voilà le point de vue exprimé par les personnes du Groupe socio-éthique de l\u2019Archidiocèse de Québec.Dans un texte intitulé Pour ou contre les mesures d\u2019employabilité chez les personnes bénéficiaires de l\u2019aide sociale, nous réalisons que ces personnes peuvent être des boucs émissaires faciles pour tous ceux et celles qui croient en une certaine hérédité de la pauvreté, à une culture de dépendance ou à la débrouillardise aux dépens de la société.Les constats du Groupe socio-éthique laissent deviner la complexité du problème, mais aussi la nécessité d\u2019entreprendre des réflexions et des actions pour éviter que ne s\u2019accentue le clivage entre contribuables et receveurs de prestations, entre travailleurs et exclus du marché du travail.Pour de plus amples informations, appeler Mme Christiane Lagueux au (418) 688-1211. DOSSIER promesse ou mirage?\u2014 les communications PROMESSE OU MIRAGE?par Carolyn Sharp mirobolantes! Extraordinaires! Une véritable révolution! Tant de mots pour décrire les nouvelles technologies d\u2019information et de communication qui envahissent notre quotidien.Du téléphone cellulaire à la réalité virtuelle, sans oublier la télévision interactive, le télécopieur, le modem et le guichet automatique, personne ne saurait résister au tout dernier produit qui nous permet de mieux nous brancher.Pourtant, pouvons-nous nous fier à cette vision si alléchante?À l\u2019aube d\u2019une ère nouvelle, ces nouvelles technologies sont-elles aussi inoffensives et aussi porteuses d\u2019espoir?Ou faut-il plutôt n\u2019y voir qu\u2019un mirage?Nous entrons dans une époque où la relation espace-temps n\u2019est plus la même.Depuis l\u2019avènement du télégraphe et du téléphone, mais surtout depuis l\u2019arrivée des satellites et de l\u2019informatique, nous devenons capables de traverser l\u2019espace sans contrainte de temps.Nous pouvons être aussi rapidement présents aux personnes éloignées qu\u2019à celles qui sont proches.Tout comme l\u2019imprimerie a fait passer la société européenne d\u2019une parole orale et mémorable à la parole écrite et durable, nous passons maintenant à une parole rapide et éphémère.Or, cette nouvelle relation espace-temps amène une fragmentation de notre relation à la réalité.Revoyons cette métaphore de l\u2019autoroute électronique.Une autoroute nous permet de franchir rapidement la ville, parce qu\u2019elle nous évite la traversée des quartiers avoisinants.Ainsi, elle modifie notre façon d\u2019habiter la ville.Nous ne fréquentons plus les quartiers voisins, nous en oublions les sons, les couleurs, les odeurs et nos liens de solidarité sont dénoués.De même, sur l\u2019autoroute électronique, ce n\u2019est plus notre expérience de la réalité qui compte, mais l\u2019expérience médiatisée par les moyens de communication.Une perte de la dimension tactile et sensuelle favorise l\u2019isolement et l\u2019atomisation.La banalisation de la réalité est un produit direct de cette fragmentation.Ainsi, ce poste de télévision américain qui transmettait simultanément et sur un même écran des résultats sportifs et des scènes 266 de massacre au Rwanda.Obscénité, peut-on penser, et avec raison.Mais c\u2019est aussi le signe d\u2019une fragmentation de la réalité qui détruit notre capacité d\u2019établir une hiérarchie des valeurs.Dorénavant, on ne distingue plus l\u2019essentiel du futile, le dramatique de l\u2019insignifiant.Or, cette banalisation ne laisse place qu\u2019à une seule forme de valeur, la valeur marchande.Une image prend de la valeur quand elle est vendable.Le caractère instantané de l\u2019information est également inquiétant.Quand les journalistes deviennent les interprètes officiels de la réalité, leurs commentaires définissent ce qu\u2019est la réalité.Ainsi, lors du récent débat entre Daniel Johnson et À l\u2019aube d\u2019une ère nou- velle, ces nouvelles technologies sont-elles aussi inof-fensives et aussi porteuses d\u2019espoir?Jacques Parizeau, le téléspectateur québécois a vu l\u2019événement du débat immédiatement encadré par des professionnels de la communication, qui essayaient d\u2019imposer leur version de l\u2019événement.Et le lendemain, ce sont autant les propos des commentateurs que ceux des deux chefs qui étaient l\u2019objet des conversations.Pourtant, il ne faut pas oublier la complexité de ce processus.Ainsi, le téléphone a sérieusement miné la place de l\u2019écrit dans les relations interpersonnelles.Peu de gens prennent la plume quand ils peuvent directement et tout de suite parler à l\u2019autre.Mais le télécopieur revalorise l\u2019écrit dans ces relations, peut-être parce qu\u2019il permet à l\u2019écrit d\u2019entrer dans cette nouvelle relation espace-temps.Le babillard électronique, par contre, nuit à l\u2019écriture.Car il y règne un langage (surtout un anglais) appauvri, où la syntaxe et la phrase réfléchie cèdent la place à l\u2019instan- relations novembre 1994 tané et à l\u2019immédiateté.En chambardant la permanence de l\u2019écrit, les nouvelles technologies d\u2019information et de communication provoquent des transformations profondes de notre relation au monde.Au-delà des aspects techniques, c\u2019est sur cet impact civilisationnel de ces technologies que nous avons voulu nous arrêter dans ce dossier.Cette nouvelle ère des communications est-elle saine pour la démocratie?Voilà la question que nous pose Jean Pi-chette, en mettant en évidence à quel point la multiplication des réseaux de communications provoque une transformation de l\u2019espace démocratique.Il nous invite à réfléchir sur l\u2019avenir de la démocratie dans une société où l\u2019instantané et l\u2019immédiateté des communications ont banni le débat rationnel et le discours critique.De manière un peu parallèle, Serge Proulx analyse comment l\u2019idéologie de la consommation fait place à une nouvelle idéologie de la communication.La dissémination massive des technologies d\u2019information et de communication entraîne une redéfinition radicale de la vie quotidienne.Les frontières tant physiques que sociales entre le public et le privé, entre l\u2019individuel et le collectif, entre le local et l\u2019universel se déplacent.«Être branché», pour reprendre cette expression si typique de notre époque, évoque donc cette intégration à un réseau de communications dont les horizons sont à la fois de plus en plus vastes et de plus en plus comprimés.Devant les multiples pressions publicitaires pour faire adopter ces technologies, ainsi que l\u2019idéologie communicationnelle qui les soutient, il faut rétablir un esprit critique capable de saisir le contexte précis d\u2019où ces technologies sont issues.C\u2019est à cette tâche que nous espérons contribuer par ce dossier.D\u2019un esprit critique dépend notre capacité d\u2019établir une distance entre nous et les nouvelles technologies.Il faut nous débrancher d\u2019une vision fragmentée et instantanée de la réalité, encapsulée dans les formes banales et interchangeables, afin de nous enraciner dans un monde où la parole est encore le garant d\u2019une relation concrète.¦ LA NOUVELLE UTOPIE DÉMOCRATIQUE par Jean Pichette L\u2019acte de communiquer suffirait-il à fonder l\u2019espace démocratique?À bien y penser, l\u2019autoroute électronique ignore ce que veut dire habiter l\u2019espace; elle ne sait que le traverser.''Wm .c On n\u2019arrête pas le progrès.Les autoroutes nous ont permis de nous déplacer à toute allure d\u2019une ville à l\u2019autre en évitant les villages, réduits au statut d\u2019entraves à la circulation.L\u2019autoroute électronique rendra bientôt superflu tout déplacement: les flux d\u2019information voyageront à notre place.Finis les dépassements des petites voitures par les grosses cylindrées.L\u2019accès généralisé aux nouveaux réseaux de communication permettra de court-circuiter les lignes d\u2019autorité inhérentes à une diffusion verticale de l\u2019information: il rendra inopérants les pouvoirs occultes, ce qui favorisera du même coup l\u2019essor de la démocratie.Est-ce à dire que l\u2019acte de communiquer suffirait à fonder l\u2019espace démocratique?Je voudrais au contraire montrer que la croissance prodigieuse des nouvelles technologies de communication et d\u2019information, légitimée par une telle conception de la démocratie, ne peut aucune- ment en faciliter l\u2019épanouissement.En remisant les panneaux de signalisation routière avec l\u2019idée même du déplacement dans l\u2019espace, c\u2019est en effet la nécessité de s\u2019orienter qui tend à devenir désuète.Nouveau résidant d\u2019un no man\u2019s land technologique, l\u2019être humain finit alors par oublier que même le plus petit bled, égaré au milieu de nulle part, n\u2019est pas perdu aux yeux de ses habitants: il se trouve au centre de leur univers.Mais l\u2019autoroute électronique ignore ce que veut dire «habiter» l\u2019espace: elle ne sait que le traverser.Elle peut ainsi dissoudre sans s\u2019en rendre compte l\u2019espace public moderne, animé, au nom de la Raison, par le projet démocratique d\u2019une reconstruction de la société.Quand les individus se contentent de «parler pour parler», les mots finissent en effet par perdre toute valeur d\u2019engagement dans le monde.En se détachant complètement du réel, ils s\u2019avèrent ainsi incapables d\u2019en meubler le silence.relations novembre 1994 Le caractère public des débats et la démocratie L\u2019assimilation de la liberté de communiquer à la démocratie réduit celle-ci à la simple disparition de toutes formes d\u2019autorité.À la limite, la liberté d\u2019expression suffirait ainsi à garantir le maintien de la démocratie.Dans cette perspective, la société, du point de vue de son unité et de sa cohérence d\u2019ensemble, constituerait une évidence que rien ne saurait venir troubler.Cette foi dans la pérennité de la société connaît deux variantes.La première, inspirée de la vision économique du monde, postule qu\u2019une «main invisible» assure la cohésion des diverses actions individuelles.La seconde postule, dans l\u2019acte même de communiquer, un horizon d\u2019entente entre les individus sur la base d\u2019une compatibilité de leurs intérêts respectifs.L\u2019accord auquel les individus pourraient 267 POUR NE PAS SE PERDRE SUR L\u2019AUTOROUTE ÉLECTRONIQUE J\u2019avoue mon impuissance: pour l\u2019instant, les routes sont multiples, la carte routière encore bien confuse et les véhicules pour y circuler, réservés à une minorité cependant grandissante.Impossible donc, en quelques lignes, de démêler cet écheveau de plus en plus serré de lignes de communication qui enveloppent notre planète.Essayons tout de même de comprendre un peu.L\u2019autoroute électronique (image forte qui a fait le tour du globe sans même avoir de contenu précis) est «un réseau de communication à haut débit capable de transmettre de n\u2019importe quel lieu à n\u2019importe quel lieu, et simultanément, du son, de l\u2019image et du texte sous forme numérique.C\u2019est aussi la convergence du téléphone et du câble ainsi que du satellite et du micro-ordinateur, qui permettent à quiconque, n\u2019importe où, de recevoir ou de transmettre n\u2019importe quel type d\u2019information » (cité dans le dossier d\u2019Interface, revue de l\u2019ACFAS, sept.-oct.94, consacré à «L\u2019autoroute électronique, rêves et réalité»).Ces réseaux, en partie futurs ou déjà en opération partielle, qui seront ou pas reliés entre eux, portent bien des noms.et des intérêts différents: UBI (de Vidéotron, Hydro-Québec, la Banque Nationale, Loto-Québec, la Société canadienne des postes et Hearst Corporation), SIRIUS (des principales compagnies de téléphone canadiennes, dont Bell Canada), TELEDESIC (piloté par Microsoft et McCaw Cellular), CA-NARIE (piloté par le gouvernement fédéral canadien), INTERNET (d\u2019abord créé aux USA pour des fins militaires et qui s\u2019est développé, surtout depuis 20 ans, pour rejoindre présentement plusieurs millions d\u2019utilisateurs très divers dans plus de 90 pays).Tous ces progrès technologiques fulgurants ouvrent un avenir difficile à prévoir: s\u2019il est clair que notre monde (et même notre façon de voir le monde) va s\u2019en trouver transformé, il n\u2019est pas certain pour autant que toutes les promesses faites par les promoteurs (réalités virtuelles, services télévisuels transactionnels et commerciaux, interactivité, etc.) vont se réaliser.Car même quand les technologies existent, il faut encore leur trouver un marché, c\u2019est-à-dire des utilisations sociales pertinentes.L\u2019échec retentissant du service télématique ALEX, proposé de 1989 à 1992 par Bell, en est une illustration.Et les puissants intérêts financiers qui sont derrière les divers projets risquent de favoriser plus la concurrence que la convergence des diverses voies de l\u2019autoroute.Pourtant, dès maintenant, des millions de personnes entrent en relation les unes avec les autres, des divers coins de la planète, aussi bien pour jouer de vastes parties de Donjons et dragons que pour expédier du courrier électronique, pour échanger sur les thèmes les plus divers à travers les babillards électroniques, pour avoir accès à des banques de données, etc.Le plus vaste de ces réseaux (une sorte de réseau des réseaux) est l\u2019INTERNET, qui s\u2019est développé jusqu\u2019ici de façon un peu anarchique sans qu\u2019aucun groupe d\u2019intérêts commerciaux ne parvienne à en prendre le contrôle.Regroupant à l\u2019origine des universités et des centres de recherche, il s\u2019est étendu depuis dans toutes sortes de directions, permettant de plus en plus l\u2019accès aux individus, entre autres par l\u2019intermédiaire des FREENET, sortes de coopératives d\u2019usagers donnant accès gratuitement à des parties du réseau.Les dactylographes ne sont déjà plus que des pièces de musée.Les parents sont redevenus des analphabètes.Qui donc apprendra à nos jeunes à bien naviguer sur ces autoroutes?Dominique Boisvert en arriver dans la communication découlerait alors de leur capacité à rendre transparents aux yeux de tous les intérêts poursuivis par chacun.Le développement d\u2019une plus grande liberté de communiquer, promise par la technologie, concourrait ainsi à celui de la démocratie: en favorisant la discussion rationnelle, il permettrait en effet aux individus de s\u2019entendre sur leurs intérêts communs, ce qui suffirait du même coup à définir les grandes orientations de la société.Ce lien entre la communication et la Raison demeure fondamental pour comprendre l\u2019émergence de l\u2019espace public moderne, qui se cristallise clairement à partir du XVIIIe siècle1.Il faut toutefois en préciser la nature pour saisir la nouveauté du problème aujourd\u2019hui posé par le développement de la communication.Le «principe de publicité», qui se met en place à l\u2019époque, légitime le développement de la presse et lui donne une valeur stratégique aux yeux des institutions dé- mocratiques naissantes.L\u2019ouverture à tous des débats publics apparaît en effet comme la condition de possibilité de l\u2019aménagement d\u2019un espace critique à travers lequel la société puisse se réfléchir.Ce qui aujourd\u2019hui se présente à nos yeux comme une évidence jaillit alors, face à la censure et au secret de l\u2019État absolu, comme un dispositif particulièrement efficace pour lutter contre l\u2019arbitraire des normes et des autorités traditionnelles, expressions d\u2019une conception hiérarchique de la société.Mais ce qu\u2019un regard rétrospectif porté dans ce miroir devrait maintenant rendre tout aussi évident pour nous, c\u2019est que cet espace critique ne s\u2019appuie pas simplement sur la libre circulation des paroles et des opinions les plus diverses.Nul relativisme ne fonde en effet la légitimité de la prise de parole en ce lieu.C\u2019est plutôt parce qu\u2019il parle du point de vue de la Raison que l\u2019individu est habilité à s\u2019exprimer dans cet espace commun de dé- bats.La Raison, loin d\u2019avoir la résonance abstraite qu\u2019on lui prête aujourd\u2019hui, constitue alors une arme morale redoutable pour lutter concrètement contre l\u2019oppression.Aux normes contingentes des sociétés d\u2019Ancien Régime, érigées sur des privilèges particuliers, la Raison oppose en effet le point de vue normatif de l\u2019universel.Ce qui se révèle dans cette optique illégitime - par exemple, des privilèges particuliers qui ne peuvent être étendus à tous - doit ainsi disparaître.Loin d\u2019ériger l\u2019arbitraire personnel en nouveau maître, l\u2019espace public moderne voit au contraire naître une nouvelle forme d\u2019autorité apte à reconstruire la société sur de nouvelles fondations.La Raison, critique en son essence, apparaît ainsi 1.Sur cette question, la référence à Jürgen Habermas demeure centrale.Voir L\u2019espace public, Paris, Payot, 1978 (1962).268 relations novembre 1994 constitutive de cet espace public.Porteur d\u2019un idéal, fût-il défini négativement, ce lieu de discussions devient celui de l\u2019expression de la souveraineté du peuple, en tant que chacun de ses membres est habité par la Raison, qui comporte toujours une distance critique face au monde, un écart entre ce qui est et ce qui désormais est considéré comme devoir-être.C\u2019est cette distance réflexive de la société à elle-même, par laquelle celle-ci peut s\u2019appréhender de façon critique, qui caractérise donc l\u2019espace public moderne.Une communication.silencieuse Le «principe de publicité» qui fonde la légitimité d\u2019un espace public de discussions demeure indissociable de la nouvelle forme de représentation de soi de la société, à travers le prisme de la Raison.La libération de la communication, dans la libre délibération, comporte ainsi comme condition essentielle le maintien d\u2019un espace de représentation où la société se donne à elle-même comme projet.C\u2019est parce qu\u2019elles se retrouvent liées dans une communauté de sens projetée vers l\u2019avant par la Raison que toutes les paroles particulières peuvent être libérées sans mettre en péril l\u2019unité de la société.Le caractère public des débats permet alors une vision synthétique de la société qui, plutôt que de chercher à colmater dogmatiquement la brèche entre l\u2019être et le devoir-être, tente de projeter le premier vers le second.L\u2019espace dans lequel s\u2019échangent les paroles individuelles n\u2019existe donc pas comme espace objectif ou naturel.Il est au contraire traversé de part en part par une charge symbolique, à valeur normative, qui constitue en propre la réalité sociale, l\u2019exigence de son être.L\u2019ouverture à tous des débats sur la société fait perdre à celle-ci son caractère d\u2019évidence immédiate, de réalité en soi.Désormais appréhendée par les individus comme réalité idéelle, la société peut alors rejeter sur eux la responsabilité de la réalisation de cet idéal.La multiplication contemporaine des réseaux de communication, qui est censée prolonger la libération amorcée dans la modernité et accentuer du même coup son idéal démocratique, marque toutefois une rupture radicale avec la dynamique moderne de représentation.La démocratisation du pouvoir, à travers la constitution de l\u2019espace public, visait à baliser réflexivement les grandes orientations normatives que la société se donne à elle-même en se dédoublant dans un espace de représentation, désormais accessible à tous, du moins virtuellement.Avec le déploiement des technologies de communication et d\u2019information, c\u2019est au contraire l\u2019emprise directe sur la réalité qui est désormais recherchée: il ne s\u2019agit donc plus d\u2019agir sur la société à travers l\u2019image normative qu\u2019elle projette d\u2019elle-même.Toute la dimension critique de l\u2019espace public moderne, ouverte par l\u2019écart réflexif instauré entre la société et son image, tend alors à s\u2019estomper derrière une multitude d\u2019actions ponctuelles qui visent la «vraie» réalité, réputée loger derrière le voile des mots, des symboles, des valeurs ou, plus généralement, des normes.La circulation latérale de plus en plus dense de l\u2019information, par la multiplication des réseaux de communication, se réalise ainsi concurremment à la dissolution de l\u2019espace proprement politique de détermination réfléchie des orientations normatives de la société.C\u2019est alors l\u2019image de l\u2019être humain, en tant qu\u2019être rationnel, qui vole en éclats.La référence à la Raison, comme position normative-critique, avait permis le rejet des normes traditionnelles et légitimé la constitution de l\u2019espace démocratique comme lieu de détermination réflexive des normes circonscrivant la société.Une fois délestée de cette référence idéale, la démocratie se trouve toutefois suspendue dans le vide, ayant en quelque sorte épuisé sa capacité critique.Libérés Àk / .Normand Blouin/STOCK de la dimension normative (la Raison) qui balisait leur rapport au monde, les individus apparaissent alors comme des êtres qui ne se définissent plus que par leurs intérêts spécifiques, et qui peuvent sur cette base se regrouper dans des groupes à géométrie variable.Les regroupements circonstanciels d\u2019individus, faisant écho à des rencontres d\u2019intérêts ponctuels, visent alors à faire reconnaître la légitimité de leurs revendications par la mobilisation de l\u2019opinion publique.La multiplication des réseaux de communication et de leurs modes d\u2019interventions (marketing, lobbying, communications de masse, etc.) s\u2019opère dans ce contexte à l\u2019intérieur d\u2019un espace où la frontière entre le privé et le public tend à disparaître.La société en vient alors à se concevoir elle-même comme un ensemble mouvant d\u2019intérêts divers.Elle se réduit en une simple réalité positive, réputée ne pouvoir faire l\u2019objet d\u2019aucune représentation synthétique, ce qui était pourtant la condition de son appréhension sur une base réflexive-critique ayant une portée normative.La communication engage ainsi la société sur une voie de sortie de la signification pour entrer peu à peu dans celui de la pure efficace du signe, du slogan, du cliché, où les mots ne visent plus tant à signifier qu\u2019à déclencher (conformément au modèle stimuli-réponse) une action-réflexe dans laquelle l\u2019espace d\u2019autonomie de l\u2019individu, fondé sur la préservation d\u2019une distance entre lui et le monde, tend à être réduit à néant.Du même coup, c\u2019est l\u2019idée même d\u2019un monde commun à tous qui se dissout peu à peu, projetant chacun dans la singularité de son environnement propre.On comprend alors que la nouvelle utopie démocratique réduise la réalité en un méga-réseau de communications (ou de branchements) où les mots ne sont plus que le souvenir d\u2019une vieille illusion.Tout ce qui exige un détour réflexif, ne fût-ce que la médiation des mots, risque en effet d\u2019empêcher la réalité de se saisir immédiatement.Directement branchée sur elle-même par une infinité de canaux captant ses moindres oscillations, la réalité peut au contraire s\u2019auto-réguler sans risque de se perdre dans les «bonnes intentions».Les recours incessants au réalisme démocratique, pressé d\u2019en finir avec les détours idéalistes, peuvent ainsi abolir la distance critique portée par la démocratie, sur laquelle elle-même voulait être fondée.La Raison, repentie de ses illusions de jeunesse et recyclée dans la lutte contre le caractère mystificateur des normes, peut alors, au nom d\u2019un idéal qui s\u2019abolit en se réalisant, proclamer la suppression de la distance entre l\u2019être et le devoir-être.Il ne reste alors pour chacun que le «devoir» de s\u2019adapter à ce qui est.L\u2019introuvable «village global» Ce méga-réseau de communications, qu\u2019appelle de ses voeux la nouvelle utopie démocratique, prend peu à peu forme sous nos yeux.L\u2019autoroute électronique semble à cet égard constituer la dernière courbe menant à une terre promise dont notre village global nous permettrait déjà d\u2019anticiper les contours.Mais comme les mots veulent encore dire quelque chose, peut-être convient-il justement de s\u2019arrêter sur des expressions comme village global et autoroute électronigue, qui supposent la modulation de toutes les communications à l\u2019échelle mondiale, sur le modèle des relations inter-personnelles.L\u2019espace de communication tout entier apparaît dans cette optique comme une simple extension ou fusion, grâce à la technologie, des réseaux de communication privée.L\u2019espace public dans lequel la société se représentait disparaît ainsi sous la chape du plomb du réel: la projection normative de la société dans un ordre à accomplir réflexivement se trouve conséquemment renvoyée dans l\u2019ordre de l\u2019idéalité, et donc du mirage.C\u2019est ainsi que les politiciens, qui tentent spectaculairement de nous vendre leur compétence et leur honnêteté, à défaut d\u2019avoir quelque idée un tant soit peu synthétique d\u2019un monde habitable, nous proposent maintenant de gérer la réalité, avec notre aide bien entendu.Le caractère utopique de l\u2019idéal démocratique qui est porté par une telle conception de la société se présente alors sous un angle très particulier.Il ne renvoie pas à un lieu virtuel, mais encore inexistant, dans lequel se déploierait la nouvelle société: il implique, plus radicalement, la disparition de tout lieu fixe ou stable, l\u2019éradication même de l\u2019espace humain.Un tel espace n\u2019est en effet concevable que par l\u2019autonomie qu\u2019il prête aux individus face à une réalité symbolique ayant pour chacun valeur normative.L\u2019être humain habite toujours un espace irréductible au réel objectif.Il ne se meut pas dans un espace neutre, homogène: c\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi il peut s\u2019orienter dans le monde.Mais c\u2019est précisément hors de cette réalité idéale ou idéelle - celle qui nous appartient en propre - que le village global tente de nous bouter.En renvoyant tout à la périphérie de tout, en dissolvant tout ce qui tente de se tenir en lui-même, le village global se distingue radicalement du village traditionnel.L\u2019absence de centre, de coeur, reflète alors celle de tout principe d\u2019existence autonome propre à une communauté, qui ne peut pourtant exister qu\u2019à travers la co-participation de LES SOIRÉES RELATIONS SUR CASSETTES VIDÉOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 L\u2019ingérence, de quel droit?(18-01-93) \u2022 Quel avenir pour les 20-30 ans?(15-02-93) \u2022 Les États-Unis de Bill Clinton (15-03-93) \u2022 La religion: sa place à l\u2019école?(19-04-93) \u2022 Achiel Peelman: «Le Christ est-il amérindien?» (17-05-93) \u2022 Vers une culture publique commune au Québec (18-10-93) \u2022 Repenser le système pénal (15-11-93) \u2022 Défis posés à l\u2019Afrique (13-12-93) \u2022 Nouvelles technologies de procréation (17-01-94) \u2022 Régler le déficit: à quel prix?(21-02-94) \u2022 La voix des femmes autochtones (21-03-94) \u2022 Quel avenir pour l\u2019engagement social - spécial 600e numéro de Relations (18-04-94) \u2022 Francisco De Roux: «Le processus de démocratisation en Amérique latine» (09-05-94) \u2022 Jean Lojkine: «La révolution informationnelle» (19-09-94) \u2022 Les théologies féministes: un apport nécessaire (17-10-94) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours) : 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy.270 relations novembre 1994 Si on voulait qualifier plus justement le nouvel espace planétaire, ce n\u2019est pas d\u2019un village global dont il faudrait alors parler, mais bien d\u2019une banlieue universelle.ses membres à un monde commun parce que représenté projectivement et nor-mativement comme unité.Si on voulait qualifier plus justement le nouvel espace planétaire, ce n\u2019est pas d\u2019un village global dont il faudrait alors parler mais bien d\u2019une banlieue universelle, parce que la banlieue, en tant qu\u2019ap-pendice de la ville, n\u2019a jamais eu en elle-même son principe d\u2019existence.Il n\u2019est pas étonnant dans cette optique que l\u2019absence d\u2019autonomie se traduise par un effort incessant d\u2019adaptation à un environnement aux frontières indéfiniment fluctuantes.C\u2019est d\u2019ailleurs le caractère imprévisible de ces déplacements qui rend impérieux pour chacun le besoin de s\u2019en informer s\u2019il veut pouvoir encore se situer dans le monde.Regardez nos villes, ou plutôt nos agglomérations: présence massive, bétonnée, du réel, séparée par des vides qu\u2019il faut alors saturer d\u2019informations parce qu\u2019ils ne nous donnent plus à respirer2.L\u2019autoroute électronique veillera certainement à remplir ces vides, jusqu\u2019à ce 2.\tSur cette dialectique du plein et du vide dans l\u2019espace urbain, voir Jacques Dewitte, «Eloge de la place.Camillo Sitte ou l\u2019agoraphilie», in Le temps de la réflexion, no VIII, 1987, p.151-177, et Michel Freitag, Architecture et société, Bruxelles/Montréal, La lettre volée/St-Martin, 1992.3.\tVoir à ce sujet Niklas Luhmann, Risk: a sociological theory, New York, Aldine de Gruyter, 1993.qu\u2019il n\u2019y ait plus aucun espace à habiter.Si tous les branchements, tous les câbles, tous les émetteurs, tous les récepteurs contribuent à rendre obsolète l\u2019idée même du déplacement de nos êtres de chair, c\u2019est en effet parce qu\u2019ils détruisent sauvagement tout espace habitable.Entre la présence brute du réel (mais alors, présence à quoi?à qui?) et le vide symbolique, il ne reste plus à une subjectivité fugace, campée dans un être à l\u2019identité éclatée, qu\u2019à se replier narcissiquement dans son chez soi, ou dans ce qu\u2019il en reste, et à attendre que la tempête passe, peut-être en regardant la télévision.Mais l\u2019attente suppose encore une distance temporelle, que la communication transparente rêve d\u2019annihiler, en assurant l\u2019adaptation de la société à elle-même dans une parfaite synchronie.La nouvelle utopie démocratique apparaît alors également comme une possible échappée hors du temps (une u-chronie), nous rapprochant du point zéro de la temporalité, pudiquement désigné temps réel.Cette suppression de toute permanence du rapport à soi de la société - par le détour de la représentation de son être -tend à faire de l\u2019individu lui-même un simple carrefour traversé par de multiples flux, incompatible avec un quant-à-soi, un retrait du monde qui est aussi une présence du sujet à lui-même, et par lequel seulement il peut exister dans la durée.Sommes-nous donc condamnés à choisir entre la tentation nostalgique - le retour à un «bon vieux temps» dont on oublie un peu vite qu\u2019on a un jour décidé de le quitter, peut-être pas pour rien.- et la fuite en avant, dans une pathétique tentative de déjouer l\u2019avenir en l\u2019intégrant, par anticipation, à la prise en compte immédiate des conséquences futures de notre action présente dans le monde3?Certainement pas.Mais pour que notre avenir ne soit pas totalement balisé par les technologies de communication et d\u2019information, il nous faut, collectivement, assujettir celles-ci à une vision synthétique de notre monde, qui n\u2019est pas une simple présence brute.Cela doit d\u2019abord commencer par la reconnaissance de l\u2019impossibilité d\u2019exhumer notre devoir-être collectif du show médiatique, qui fait de plus en plus office d\u2019espace public.Désireux de tracer la carte la plus exacte possible du royaume, le cartographe d\u2019une nouvelle de Borges finit par lui faire épouser les limites exactes de l\u2019espace à représenter.L\u2019image s\u2019efface alors d\u2019elle-même dans l\u2019inutilité de son détour pour qui veut saisir une réalité délestée de toute dimension symbolique.La multiplication des images ne saurait donc pallier à notre refus de nous représenter norma-tivement l\u2019avenir.Elle peut tout au plus cloner le réel positif sans nous donner aucune prise sur lui.L\u2019exemple de CNN - et la nouvelle frénésie pour les chaînes d\u2019information continue - s\u2019avère à cet égard extrêmement significatif.Pour que l\u2019idéal démocratique conserve un sens et continue à nous assurer une prise sur notre histoire, il nous faut aujourd\u2019hui lui donner une portée normative concrète.Nulle technologie ne saurait à cet égard dicter notre ligne de conduite.relations novembre 1994 271 LES MEDIAS DANS L\u2019UNIVERS DOMESTIQUE par Serge Proulx1 X a l\u2019orée du XXe siècle, la société nord-américaine devient franchement urbaine et industrielle.La nouvelle organisation tayloriste de la production exige alors que les travailleurs sacrifient leurs valeurs traditionnelles quand celles-ci font obstacle à la production des biens.Ainsi, cette nouvelle organisation oblige souvent les travailleurs à quitter la terre des ancêtres et à migrer vers les villes, pour s\u2019installer à proximité des usines.En organisant ainsi le travail, le capitalisme déploie son contrôle sur les lieux mêmes de la production: dans la manufacture, au bureau, etc.Mais avec l\u2019Après-crise de 1929, ce système s\u2019avère insuffisant.Pour maintenir et même accroître le rythme de la production, et donc l\u2019écoulement rapide des biens, il faut produire des consommateurs.D\u2019où, l\u2019invention de la publicité moderne, propulsée par les moyens de communication de masse (presse, radio et surtout, plus tard, télévision).Selon les nouveaux principes fordistes de l\u2019organisation du travail, les travailleurs seront eux-mêmes les premiers consommateurs des biens qu\u2019ils fabriquent.Après la guerre de 1939-1945, on assiste à un boom économique et à l\u2019enrichissement progressif de classes d\u2019individus qui avaient été jusque-là tenus à l\u2019écart de la consommation de biens et services considérés comme luxueux ou superflus.Dans ces conditions, la publicité et les médias concourent ainsi à l\u2019instauration d\u2019une idéologie de la consommation: en consonance avec la croyance au progrès sans limite qui serait forcément apporté par les développements fulgurants de la science et de la technique, on en vient à construire une équivalence entre le bonheur et la consommation, entre l\u2019être et l\u2019avoir.Alors que l\u2019organisation industrielle des conditions de la production s\u2019était limitée, dans un premier temps, à contrôler essentiellement l\u2019espace où se retrouvaient les travailleurs (l\u2019usine), voilà donc que ce contrôle social s\u2019étend: le proces- 272 sus de production des consommateurs oblige le capitalisme à organiser la vie hors de l\u2019usine.Selon le mot du sociologue américain Stuart Ewen, les «capitaines d\u2019industrie» deviennent des «capitaines de la conscience»: la dissémination de ce nouveau discours publicitaire par les médias de masse correspond à la mise en place d\u2019un appareil idéologique visant à convaincre les citoyens de la nécessité de consommer pour atteindre le bonheur -bien-être d\u2019ailleurs individuel destiné à Dans cette société traver- sée par les médias et par de multiples flux communi- cationnels, que devient l\u2019articulation entre la sphère de la vie privée et celle de l\u2019es- pace public?subsumer toutes velléités de revendications sociales et politiques.Le mythe de cette «société de consommation» a perduré jusqu\u2019au début des années 70.Catalysé par la crise mondiale du prix du pétrole (1973), un climat d\u2019incertitudes économiques et politiques s\u2019est alors installé à l\u2019échelle de toutes les sociétés occidentales et, conséquemment, sur l\u2019ensemble de la planète.Le mythe, rendu possible par les développements spectaculaires de la science et de la technologie depuis deux cents ans, de la longue marche ininterrompue de nos sociétés vers le progrès commença alors à se fissurer.La consommation s\u2019est elle-même saturée.Si le système économique voulait se reproduire, l\u2019appareil de la publicité et des médias devait se réorienter.Il n\u2019était plus suffisant de produire l\u2019idée relations novembre 1994 même de consommation, il fallait participer à la production de nouveaux besoins.Et c\u2019est ici que les «nouvelles technologies d\u2019information et de consommation» (magnétoscopes et vidéocassettes, jeux vidéo, micro-ordinateurs) entrent en scène.Le capitalisme organise la vie privée Selon Jacques Attali, à chaque fois que le capitalisme est entré en crise, il fut revitalisé par la création d\u2019une nouvelle demande sociale, d\u2019un «nouveau besoin» socio-économique entraînant l\u2019apparition d\u2019une catégorie inédite de marchandises à produire et à consommer.Lors de la première crise, de 1873 à 1893, un besoin d\u2019«autonomisation du déplacement», combiné à l\u2019accroissement des distances suscité par l\u2019urbanisation, provoqua la demande d\u2019automobiles.La deuxième crise, de 1929 à 1939, se résorba d\u2019abord par la demande des industries de guerre, puis par ce qu\u2019Attali appelle le besoin d\u2019«auto-entretien».Dans la société d\u2019après-guerre, on assista en effet à l\u2019émergence d\u2019une nouvelle demande de biens ménagers (réfrigérateurs, machines à laver, équipements électro-ménagers, téléviseurs), soutenue par le phénomène d\u2019accroissement du niveau de vie que nous soulignions plus haut.Avec la crise économique du capitalisme mondial, qui apparaît vers 1973 et qui, malgré quelques moments d\u2019apparente reprise, se poursuit encore, la nouvelle stratégie de sortie de crise consisterait à produire de nouveaux besoins d\u2019information et de communication reliés à la vie privée.Pour Jean Baudrillard, il s\u2019agit de l\u2019émergence de nouveaux besoins narcissiques, liés aux loisirs, à la sexualité, à la santé, à la mort.Par ailleurs, et pour re- 1.Département de communications, UQAM prendre les termes de l\u2019analyse de Jacques Attali, le nouveau besoin consisterait à s\u2019«auto-surveiller»: nous aurions recours aux technologies d\u2019information et de communication pour accroître nos connaissances tous azimuts et, surtout, pour produire des informations nouvelles sur nous-mêmes (sur l\u2019état de notre santé, sur nos capacités et performances physiques, etc.).Les micro-processeurs introduits dans divers capteurs informationnels, les micro-ordinateurs et les systèmes télématiques deviendraient ainsi des instruments privilégiés dans la production de ce nouveau type de marchandises, prenant en particulier la forme de connaissances sur soi.L\u2019analyse économique d\u2019Attali, publiée il y a plus de quinze ans, apparaît aujourd\u2019hui prémonitoire en ce qu\u2019elle indiquait justement que pour se reproduire, le capitalisme se tournerait vers l\u2019organisation de la vie privée, dans sa recherche d\u2019une nouvelle demande sociale de biens et services.On retrouve ici la même logique d\u2019imposition et d\u2019élargissement du contrôle social exercé par l\u2019appareil économique sur les individus: contrôle d\u2019abord confiné à l\u2019espace de travail, puis s\u2019élargissant à l\u2019espace social hors des lieux mêmes du travail et, enfin, pénétrant dans le champ de l\u2019intimité et de la vie privée.Si l\u2019on tentait de dégager une tendance lourde dans la structuration de la nou- velle demande de biens et services pendant les deux dernières décennies, l\u2019on pourrait dire que l\u2019économie mondiale s\u2019est renouvelée, entre autres stratégies, en (re)définissant - simultanément et à plusieurs niveaux des ensembles sociaux - un nouveau besoin de communication.Or, tout en reconnaissant que la définition des «aires d\u2019application» de ce nouveau besoin a débordé largement l\u2019univers de la vie privée, force est de reconnaître que l\u2019univers domestique constitue un point d\u2019ancrage privilégié pour la dissémination et l\u2019implantation des nouvelles technologies d\u2019information et de communication.Le foyer constitue en effet un élément de base à partir duquel les nouveaux réseaux télématiques régionaux ou transfrontières et le nouvel espace électronique mondial de communication peuvent s\u2019échafauder.L\u2019idéologie de la communication Tout s\u2019est passé comme si une idéologie de la communication s\u2019était ainsi substituée, tout en l\u2019englobant, à l\u2019idéologie de la consommation.C\u2019est le développement mondial de l\u2019informatisation, pen- dant la décennie 1980, qui a provoqué la ré-émergence et le renforcement de cette idéologie de la communication.Celle-ci a alimenté la croyance dans l\u2019instauration imminente d\u2019un type de société où l\u2019information et la communication offriraient aux citoyens les garanties d\u2019une avancée significative du processus démocratique.Après une période d\u2019essoufflement, vers la fin de la dernière décennie, voilà que cette idéologie est relayée aujourd\u2019hui par le discours politique et managérial qui prône l\u2019implantation des «autoroutes de l\u2019information».Ce discours ne décrit pas seulement les nouveaux réseaux potentiels dans leurs caractéristiques techniques; il offre, en même temps, une vision future - utopique - de la société, décrite comme société de communication.Par contraste avec cette définition enthousiaste et euphorique de la société de communication, nous proposons une définition plus critique de cette idéologie de la communication qui pourrait se lire comme suit: le fait de croire et de faire croire que la plupart des problèmes personnels, politiques ou sociaux seraient d\u2019abord des problèmes liés à un manque de communication entre les partenaires.Ceci voudrait dire, par conséquent, que les solutions à nos problèmes personnels, politiques ou sociaux pourraient être trouvées essentiellement à travers l\u2019implantation de nouveaux mécanismes ou de nouvel- -\u2014 Jean-François Leblanc/STOCK les structures (d\u2019humains ou de machines) facilitant la communication et l\u2019information entre les partenaires.Il ne s\u2019agit pas de nier la pertinence du recours à la communication dans la solution des problèmes personnels ou sociaux.Dans les discours de nature idéologique toutefois, il semble manquer une analyse rigoureuse de la place relative de la communication (ou du manque de communication) dans l\u2019ensemble des rapports de force qui définissent les interactions entre les différents acteurs.Nous pourrions alors formuler l\u2019hypothèse que la communication fonctionnera à l\u2019idéologie si - et seulement si - elle se propose comme solution «totalitaire» aux problèmes que l\u2019on doit résoudre.Ce qui voudrait dire que, dans le cadre d\u2019une telle croyance, l\u2019on postulerait que tous les problèmes personnels, politiques ou sociaux importants peuvent ainsi trouver une solution à travers la mise en place de nouveaux dispositifs de communication.Certains observateurs ont fait remarquer l\u2019importance de l\u2019intrusion de cette idéologie de la communication dans l\u2019uni- vers des rapports intimes du couple et de la famille.L\u2019on assisterait à une «psycho-logisation» à outrance des perceptions quotidiennes des problèmes conjugaux ou familiaux, l\u2019idée d\u2019une transparence toujours possible dans les relations interpersonnelles bouleversant nos rapports intimes quotidiens.La solution des problèmes matrimoniaux passerait ainsi par le passage obligé de l\u2019échange entre partenaires et de la communication «authentique.au niveau du feeling et de son vécu», cette croyance étant renforcée au sein de nombreux couples par la popularité de certains types de psychothérapies nées dans la mouvance dite du «Nouvel âge».Le danger de ce type d\u2019approches thérapeutiques réside peut-être dans l\u2019exacerbation de ce besoin, presque toujours inassouvi, d\u2019une quête de sa propre vérité en même temps que de celle contenue dans le regard de l\u2019autre.Cette injonction à l\u2019introspection de sa pathologie communicationnelle risque de conduire l\u2019individu à une recherche perpétuelle et presque névrotique de sa propre intériorité, dans une société où, «réduit à sa seule image» (Breton), il est constamment sollicité à se définir d\u2019abord dans ses rapports avec l\u2019environnement extérieur et à consommer, à travers l\u2019omniprésence des médias, des messages qui n\u2019ont apparemment qu\u2019un faible rapport avec sa vie réelle.Brouillage des univers du privé et du public Dans cette société traversée par les médias et par de multiples flux communicationnels, que devient l\u2019articulation entre la sphère de la vie privée et celle de l\u2019espace public?Un premier coup d\u2019oeil nous montre que le domaine de la vie privée semble apparemment complètement envahi par la sphère publique, surtout en raison de l\u2019omniprésence des médias et des technologies d\u2019information et de communication dans l\u2019univers domestique.La radio, la télévision, le téléphone et, aujourd\u2019hui dans un foyer sur cinq, le micro-or- L\u2019OMNIPRÉSENCE DES MÉDIAS1 La consommation des médias, et particulièrement l\u2019écoute de la télévision, constitue pourtant une des principales activités humaines.Sur l\u2019espace d\u2019une vie, une personne vivant en Amérique du Nord aura consacré plus de temps à regarder la télévision qu\u2019à occuper un travail rémunéré.La population du Québec passe en moyenne 26 heures par semaine devant le petit écran.De même, les jeunes passent moins de temps sur les bancs d\u2019école qu\u2019à regarder la télévision.La télévision représente donc le principal loisir et la principale source d\u2019information pour les individus.Elle est toujours là pour dire à la population à quoi penser, quoi consommer et comment occuper ses loisirs.Cette omniprésence de la télévision lui confère une influence déterminante sur les manières de vivre et de penser.D\u2019autant que les institutions qui étaient chargées de fournir aux personnes un cadre commun de référence, tels l\u2019Église, la famille et les partis politiques, ont considérablement perdu de leur pouvoir d\u2019attraction.Dans nos sociétés fragmentées et atomisées, les individus n\u2019ont plus guère en commun que le fait de regarder les mêmes téléromans et les mêmes émissions d\u2019information.La télévision constitue, comme l\u2019affirme Dominique Wolton, le principal lien social2.Notre imaginaire collectif, nos valeurs et nos modèles de comportement sont donc de plus en plus façonnés par les médias.Les individus étant, en outre, de plus en plus éloignés des centres de décision, ils dépendent essentiellement des médias pour s\u2019informer.N\u2019ayant pas accès à un éventail suffisamment large de points de vue, ils ne sont pas toujours en mesure de se faire une opinion éclairée et de comprendre les enjeux de société.Si la multiplication des chaînes de télévi- sion n\u2019a pas entraîné, comme on aurait pu l\u2019espérer, un élargissement considérable des genres d\u2019émissions et des points de vue, ce phénomène a toutefois eu un effet déterminant sur le mode de communication et de transmission des contenus.La concurrence effrénée provoquée par la fragmentation de l\u2019écoute, au lieu d\u2019entraîner une amélioration de la qualité, a provoqué, au contraire, une véritable surenchère d\u2019images et de contenus accrocheurs, divertissants et spectaculaires.Ce mode de communication laisse peu de place à l\u2019analyse et à la réflexion critique et finit à la longue par dévaloriser le monde de la connaissance et des idées.Cet environnement culturel a forcément des conséquences importantes sur le système d\u2019éducation et les modes d\u2019apprentissage.Le «zapping» a contribué à modifier considérablement les habitudes d\u2019écoute.Le personnel enseignant a certainement beaucoup plus de mal à capter l\u2019intérêt et à retenir l\u2019attention des élèves, d\u2019autant que l\u2019école n\u2019a pas encore réussi à intégrer et à tenir compte de ce nouvel univers culturel dans lequel les jeunes et les adultes évoluent.Fait surprenant, peu de gens ont établi un lien entre le phénomène du décrochage scolaire et cette influence culturelle des médias.Les médias constituent une école parallèle et il devient nécessaire et urgent de prendre conscience des liens de plus en plus étroits existant entre la qualité de la vie sociale et démocratique et celle des médias.1.\tTiré de Institut canadien d\u2019éducation des adultes, Apprendre à l\u2019âge adulte: état de situation et nouveaux défis, 1994, p.26-27.2.\tDominique Wolton, Éloge du grand public, une théorie critique de la télévision, Flammarion, 1990.274 relations novembre 1994 Le fait de croire et de faire croire que les problèmes personnels, politiques ou sociaux seraient d\u2019abord liés à un manque de communication entre les partenaires, c\u2019est cela l\u2019idéologie de la communication.r ¦*&$&*'* *3 m i dinateur branché ou le télécopieur, assurent un flux constant de transactions informationnelles entre le domicile et l\u2019environnement extérieur.Le foyer ne peut plus être défini exclusivement à partir de l\u2019espace physique qui constituait auparavant son territoire.Avec la présence des médias électroniques dans notre environnement domestique, notre sens de l\u2019espace se transforme radicalement.Le domicile ne constitue dorénavant qu\u2019un point de réception, et parfois d\u2019émission, de messages, dans un espace communicationnel virtuellement sans limitation imposée par des frontières physiques ou géographiques.Il faut bien voir que, depuis quinze ans, la communication a pour ainsi dire explosé: les technologies d\u2019information et de communication se sont disséminées massivement dans les diverses institutions sociales, à l\u2019échelle planétaire, provoquant par le fait même des redéfinitions radicales de processus sociaux essentiels ainsi que de nouveaux enchevêtrements liant des dimensions vitales à la construction identitaire des individus, des groupes, des nations.Ainsi, l\u2019omniprésence planétaire des médias et des technologies de communication provoque l\u2019émergence simultanée de nouveaux processus à la fois d\u2019homogénéisation et de fragmentation des cultures de la planète, de même que de nouvelles articulations entre les niveaux du global et du local.Or, il ne s\u2019agit pas de percevoir ces nouveaux assemblages comme un simple «jeu de poupées russes» où les niveaux du local, puis du régional, puis du national seraient englobés par l\u2019international ou le transnational.En fait, ces processus sont plus complexes.L\u2019international est aussi, et simultanément, inclus dans le local ou le régional.Ainsi, par exemple, de nouvelles tech- nologies comme le magnétoscope ont été utilisées par des immigrants, dans plusieurs pays, pour mobiliser la communauté immigrante autour de traditions ou d\u2019informations concernant leur pays d\u2019origine.De cette manière, on a vu se tisser de nouveaux liens de solidarité ethnoculturelle, à travers les échanges pratiqués au sein de ces réseaux informels de distribution et de circulation de vidéocassettes (préparées localement à partir de matériaux en provenance des grandes chaînes nationales ou de satellites diffusant de l\u2019étranger).L\u2019on constate que nous ne sommes pas simplement devant un processus de socialisation par les médias de l\u2019univers privé des citoyens.Il y a simultanément une privatisation de l\u2019univers public médiatique à travers un processus d\u2019appropriation différencié des messages par ceux et celles qui les reçoivent.Ainsi en est-il, par exemple, de ce que le chercheur français Dominique Boullier appelle le processus de «formation d\u2019une opinion publique locale» à travers les conversations interpersonnelles générées à propos des émissions de télévision.Alors que d\u2019autres chercheurs avaient observé les comportements des téléspectateurs dans leur foyer au moment de leur écoute, Boullier élargit la notion d\u2019usage de la télévision: cet usage ne se limite pas à la présence physique devant le téléviseur.Il remarque que la télévision existe en permanence dans notre quotidien, à travers les conversations que nous tenons à son propos, où que nous soyons.Souvent par exemple, dans le cours L\u2019omniprésence des technologies de communication assure un flux constant de transactions informationnelles entre le domicile et l\u2019environnement extérieur.relations novembre 1994 275 Canapresse de nos conversations, des thématiques de la télé servent de prétexte ou de référent à notre argumentation.Nous tenons alors, dans les termes de cet auteur, des «conversations télé».Boullier a ainsi observé les conversations télé tenues entre des employés, sur leurs lieux de travail, au moment des pauses-café, ou encore entre des clients dans un restaurant.Boullier constate que la conversation télé permet une conversion de problématiques universelles en réalités locales.Ce type de conversations permet un passage subtil, et la réappropriation à un niveau privé, d\u2019une thématique de l\u2019espace public véhiculée par la télévision, processus qui sera lui-même à la source d\u2019un effet de retour sur la scène sociale (locale) de certains contenus de ces conversations privées.La conversation télé, qui s\u2019effectue à un niveau privé, permet ainsi, à travers une mobilisation des acteurs immédiatement impliqués dans la discussion, la production d\u2019une opinion publique locale.Prenons un exemple: en rapportant certains contenus d\u2019une émission diffusée la veille sur le thème de la chirurgie esthétique, une employée de bureau fait part à ses collègues du fait qu\u2019elle «n\u2019aime pas son nez».Cet aveu déclenche au sein des employés une discussion animée sur les perceptions sociales de la beauté physique et sur la place relative de la beauté dans les relations personnelles.Il y a ici un déplacement d\u2019objet par rapport à la thématique d\u2019origine de l\u2019émission de télé, puis un constant va-et-vient entre le privé et le public dans le cours des discussions, et finalement, formation d\u2019une opinion publique locale à travers la liaison entre certains des problèmes personnels évoqués et un débat social plus général.Les médias aujourd\u2019hui font justement éclater les limites entre les univers du privé et du public, comme entre les niveaux local et international.Les médias nous entraînent à vivre en permanence dans la transgression de ces frontières.En abolissant le lien (jusque-là nécessaire) entre l\u2019expérience et le lieu physique (Meyro-witz), les médias électroniques ont transformé radicalement nos perceptions de l\u2019espace et du temps.Aussi, l\u2019idée même de communauté s\u2019est dégagée de tout Les médias font éclater les limites entre les univers du privé et du public, com- me entre les niveaux local et international, et nous en- traînent à vivre en permanence dans la transgres-sion de ces frontières.rattachement nécessaire à un territoire physique commun: on parle dorénavant de communauté virtuelle pour décrire les rapports qu\u2019entretiennent à distance les membres d\u2019un même réseau électronique de communication.Il n\u2019est plus besoin de vivre à proximité pour nouer des communications rapprochées.Nos expériences contemporaines avec les médias conduisent ainsi à un brouillage permanent des univers du privé et du public.De sorte qu\u2019il est peut-être plus facile et plus simple aujourd\u2019hui de faire l\u2019expérience à distance de contacts internationaux permanents que de vivre des relations pleinement satisfaisantes avec ses voisins de palier.Une différence majeure perdure toutefois entre l\u2019inte- raction physique en face-à-face et la télécommunication: c\u2019est celle de l\u2019engagement du corps dans la communication.Ne serait-ce pas là encore un effet subtil de l\u2019idéologie de la communication que de suggérer ainsi implicitement une transformation significative des conditions physiques dans lesquelles se produisent nos rapports de communication?Bibliographie: -\tAttali, J., La nouvelle économie française, Paris, Flammarion, 1978.-\tBaudrillard, J., Le miroir de la production, Paris, Casterman, 1973.-\tBoullier, D., «Savez-vous parler télé?», Paris, Médiaspouvoirs, no 21, p.173-186.-\tBreton, P., L\u2019utopie de la communication, L\u2019émergence de «l\u2019homme sans intérieur», Paris, La Découverte, 1992.-\tBreton, P., Proulx, S., L\u2019explosion de la communication.La naissance d\u2019une nouvelle idéologie, Montréal, Boréal-compact (nouvelle édition), 1994.-\tEwen, S., Consciences sous influence.Publicité et genèse de la société de consommation, Paris, Aubier, 1983.-\tMeyrowitz, J., No Sense of Place.The Impact of Electronic Media on Social Behavior, New York, Oxford University Press, 1985.-\tMorley, D., Television, Audiences and Cultural Studies, London, Routledge, 1992.-\tNeveu, E., Une société de communication?, Paris, Montchrestien, 1994.-\tProulx, S., «La société de l\u2019information et l\u2019avenir: l\u2019utopie et après?» in Hommage à Marcel Rioux, Montréal, Éd.St-Martin, 1992, p.153-172.-\tProulx, S., «Autoroutes électroniques de l\u2019information: le retour en force de l\u2019idéologie de la communication», Colloque Démocratie et NTIC: vers une nouvelle alliance?, Congrès de l\u2019ACFAS, Montréal, 18-19 mai 1994.-\tRheingold, H., The Virtual Community.Homesteading on the Electronic Frontier, Reading, Addison-Wesley, 1993.¦ WCôD OD ?=\tCLD ® CFcôd DïO CM>D CêQ.W cod TT m CM CM?CM CM\tDIB ?d3 DMGH | ?S0CABI Société catholique de la Bible 'Parabofc Nouveau contenu! Nouvelle présentation! La revue biblique qui permet de faire le lien entre la Bible et la vie actuelle à lire à consulter à conserver Abonnement annuel (5 livraisons) Canada: 10$ (taxes incluses) Étranger; 12 $ US Un exemplaire: 2,25 $ (taxes incluses) Un exemplaire par la poste: 3,25 $ (taxes incluses) 7400 boul.Saint-Laurent,# 519, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381; téléc.: (514) 274-5184 276 relations novembre 1994 LES EFFETS PERVERS DE L\u2019INGÉRENCE HUMANITAIRE par Marc Maesschalck1 Au nom de l\u2019ingérence humanitaire, l\u2019Occident sauveur intervient en Haïti, au Rwanda, en Somalie.La vraie question éthique consiste alors à se demander comment agir pour que les actes posés puissent effectivement favoriser l\u2019émergence d\u2019un espace démocratique.- » de nos jours, l\u2019ingérence humanitaire tente de se prévaloir de la nouveauté, comme si elle naissait d\u2019une conscience internationale récemment acquise de l\u2019intolérable.Pourtant, cette pratique a été justifiée depuis longtemps par les juristes: dans le contexte des conquêtes du Nouveau Monde, par un Vitoria; puis, dans le contexte colonialiste, par un Grotius et, dans le contexte impérialiste du XIXe siècle, par un Arntz.Ces juristes parlaient alors d\u2019intervention d\u2019humanité.1.\tFamilier de nos lecteurs sur la situation haïtienne de même que dans le domaine de l\u2019éthique, l\u2019auteur travaille au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), en Belgique.2.\tCf.C.Comblin, «Droit d\u2019ingérence humanitaire ou retour de l\u2019intervention d\u2019humanité?» in La Revue Nouvelle, à paraître.Cf.aussi P.de Laubier, Pour une civilisation de l\u2019amour, Paris, Fayard, 1990, p.138-189.3.\tBoltansky, L., La souffrance à distance, Paris, Métaillié, 1993, p.269.4.\tCf.A.Houtart, Tolérance et ingérence, in Louvain, 18 (mai 1994), p.28 à 32, p.29; id., L\u2019Europe et les rapports mondiaux à l\u2019échelle mondiale, in Rencontre pour la paix, oct.1993, p.10-11.Dans tous ces cas, il s\u2019agissait clairement de la réaction légitime de «sociétés civilisées» face à des sociétés autres, dominées par des princes barbares2.Qu\u2019il s\u2019agisse de Vitoria, de Grotius ou d\u2019Arntz, ii est toujours question de réprimer des cruautés perpétrées par un État souverain, afin de préserver notre humanité et notre civilisation en tant qu\u2019elle place au-dessus de tout le droit de la société humaine tout entière.Notons que le discours de Bernard Kouchner n\u2019est pas fondamentalement différent aujourd\u2019hui, même s\u2019il associe à la légitimation de principe un recours systématique au pouvoir médiatique3.Le retour en force de l\u2019intervention d\u2019humanité est porté actuellement par la volonté politique d\u2019États souverains dont les intérêts économiques et politiques sont directement engagés dans de nombreuses régions du monde4.Soucieux d\u2019établir un nouvel ordre international, ces États tentent de systématiser leur recours à la force militaire afin de pouvoir agir plus systématiquement là où leurs intérêts sont menacés.Par rapport à l\u2019époque des Vitoria, des Grotius et des Arntz, cette pratique interventionniste bénéficie d\u2019une plus grande notoriété de l\u2019idéologie des Droits humains; elle profite aussi de l\u2019existence d\u2019institutions internationales dont le mérite, faute de relations novembre 1994 277 pouvoir procéder à un arbitrage crédible, est surtout de refléter l\u2019existence d\u2019une mondialisation de la conscience politique.Un élément-clé de cette mondialisation est le pouvoir de l\u2019information dans l\u2019ordre mondial actuel.Face à cette situation, bon nombre de problèmes s\u2019enchevêtrent et le maintien du flou profite aux pratiques hégémoniques.On assiste de plus en plus à une imbrication des opérations humanitaires armées et non armées, et donc à une imbrication du militaire-gouvernemental ou multinational et du civil non gouvernemental.L\u2019opération militaire ouvre la voie à l\u2019aide civile.S\u2019enchevêtrent également quantité d\u2019intérêts, qui sont loin d\u2019être aussi évidents que le reflet manichéen trop souvent renvoyé par les médias.L\u2019intervention décidée au nom de l\u2019assistance à une population en danger de mort5 est menée par des pouvoirs nationaux directement concernés, souvent sous couvert supranational; ces pouvoirs sont, du fait même, institués comme juges et parties.L\u2019aspect humanitaire est mis en avant et camoufle complètement les intérêts économiques et politiques, qu\u2019on prétend secondaires devant la cruauté et l\u2019abomination.Pourtant, ces intérêts sont déjà des facteurs de la crise; ils entrent aussi en ligne de compte pour décider de l\u2019opportunité de l\u2019intervention et ils dirigeront encore les options sur le mode d\u2019intervention (embargo, mission civile, opération militaire, etc.).Neutralisation de l\u2019esprit critique.Le black-out sur ces intérêts, en plus de situer les intervenants dans une position contradictoire, a un effet pervers sur le plan de l\u2019information: il met l\u2019observateur des pays intervenants en position messianique à l\u2019égard du pays en crise6.La seule question désormais recevable est celle de l\u2019urgence du salut.L\u2019esprit critique devient complètement neutralisé: il épouse sans distance le regard qui lui est suggéré sur la situation, sans se demander la part de manipulation ou de désinformation qu\u2019il subit à l\u2019égard d\u2019une situation dont il ignore les tenants et les aboutissants.Il subit sans recul les assauts d\u2019une vision partiale de la situation, celle construite par les sauveurs potentiels, qui filtrent la réalité tout en lui donnant subrepticement les traits de l\u2019évidence.Or, la neutralisation de la conscience critique est la porte ouverte à toutes les dérives.L\u2019Occident sauveur y perd même la conscience de ses limites, non seulement militaires mais aussi économiques.Rentrer dans une phase de contrôle direct de l\u2019ordre international, c\u2019est aussi menacer les équilibres sociaux fragiles des pays intervenants et y favoriser les lobbies proches de l\u2019industrie militaire.De plus, cette manière de tout focaliser sur l\u2019intervention biaise les problèmes et maintient dans une logique coûteuse (et hégémonique) de contrôle, en supposant aussi toujours - comme par hasard - que lorsque l\u2019Occident intervient, il sait toujours ce qu\u2019il convient exactement de faire pour restaurer le droit et la justice.En se concentrant sur l\u2019intervention, on perd de vue d\u2019autres modes d\u2019interaction entre les situations sociales: la prévention et la réparation.La prévention recouvre toutes les formes d\u2019aide à long terme pour la démocratisation, en cherchant à favoriser l\u2019au-todéveloppement et l\u2019autodétermination.La réparation est beaucoup moins connue; elle est pourtant tout aussi essentielle, puisqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019engager à réparer les dégâts commis par des options politiques malheureuses dans l\u2019aide bilatérale, notamment au niveau de la vente des armes (le déminage, par exemple7).En élargissant ainsi le problème oblitéré et réduit par l\u2019ingé- rence, on prend conscience de l\u2019une des faiblesses majeures de cette politique, qu\u2019on pourrait exprimer dans les termes de la théorie de l\u2019auto-organisation8.L\u2019ingérence tend à résoudre à partir d\u2019un niveau supérieur d\u2019organisation des problèmes qui ne trouveront pas de solutions s\u2019ils ne sont pas abordés à partir du niveau inférieur d\u2019organisation: à partir du terrain, des organisations de base et des mouvements démocratiques, c\u2019est-à-dire à partir de la mise en place des conditions matérielles d\u2019une véritable prise en charge de son destin et de ses droits par une population9.Chaque intervention menée unilatéralement par le niveau supérieur fait table rase du local et restaure la dépendance au mépris de la prévention et de la réparation10.et de l\u2019éthique Nous avons voulu ainsi attirer l\u2019attention sur l\u2019effet le plus pervers des procédures de légitimation d\u2019un droit d\u2019ingérence: l\u2019effet qui consiste à supprimer tout rapport critique à l\u2019ingérence, c\u2019est-à-dire qui supprime toute possibilité d\u2019une éthique de l\u2019ingérence, entendue cette fois comme une mise en question des intérêts et des finalités d\u2019une intervention dont on reconnaît d\u2019emblée l\u2019ambiguïté et le caractère hors norme, qu\u2019elle soit décidée par mission d\u2019État ou sous couvert international.La véritable question éthique, dans une situation de crise, est alors de se demander, sur le plan téléologique, comment agir pour que les actes posés en fonction des circonstances puissent effectivement favoriser l\u2019émergence d\u2019un espace démocratique.En refusant un statut rassurant et valorisant à l\u2019ingérence, on rappelle qu\u2019elle signifie l\u2019échec d\u2019un mode d\u2019interaction commencé bien avant la crise et que la question urgente est de changer ce mode d\u2019interaction plutôt que de le continuer tout en constituant un corps de pompiers international.Comme le rappelait Maurice Bertrand, dans Le Monde Diplomatique, les véritables questions qu\u2019on se garde bien de poser sont «l\u2019interdiction du commerce des armes, le contrôle international de leur fabrication, la prévention et l\u2019apaisement des conflits intraétatiques qui se nourrissent de la dégradation des situations économiques et sociales, notamment grâce au dégagement de ressources financières que procurerait la réduction des budgets militaires11».¦ 5.\tCf.L.Boltansky, La souffrance à distance, Paris, Métaillié, 1993, p.21.6.\tCf.Ibid., p.215 ss, pour une analyse plus pointue des incertitudes liées à ce mode de communication sur la souffrance.7.\tCf.C.Bresset, «Meurtrière ingéniosité», in Le Monde Diplomatique, mars 1994, p.32; A.Ruwet, «La guerre en héritage», in Greenpeace Magazine, 6 (1994), no 2, p.3-9.8.\tCf.N.Luhmann, «Clôture et couplage», in Kiklas Luhmann Observateur du droit, dir.par A.-J.Arnaud et P.Guibentif, Librairie Générale de Droit et de jurisprudence, Paris, 1993, p.74-95.9.\tCf.I.Ellacuria, «Historizacion de los derechos Humanos desde los pueblos oprimidos y las mayorias populares», in ECA-Estudios Centroamericano, 45 (1990), p.589-596.10.\tIl me semble qu\u2019un auteur éclairant à cet égard est K.O.Apel.Sa réflexion sur une raison téléologique tente de jeter un pont entre la raison stratégique et la raison normative, en essayant d\u2019éviter le pragmatisme de l\u2019une et le messianisme de l\u2019autre lorsqu\u2019elle adopte une position incantatoire face à une situation qui déroge totalement à ses principes.K.O.Apel, «L\u2019éthique de la discussion, sa portée, ses limites», in L\u2019Univers philosophique, sous la dir.d\u2019A.Jacob, Paris, PUF, 1989, p.154-165.11.\tM.Bertrand, «Le mythe de la sécurité collective vole en éclats», in Le Monde Diplomatique, juin 1994, p.13.278\trelations novembre 1994 LE REGROUPEMENT DES SERVICES EN MILIEU RURAL par Clermont Dugas1 Le regroupement des services est sans aucun doute le meilleur moyen d\u2019élargir et d\u2019améliorer la structure des services municipaux.Il permet aux municipalités de se doter à bon coût des services correspondants à leurs besoins, tout en préservant leur autonomie.'¦mw ¦ « Une des composantes majeures du monde rural est l\u2019infrastructure des services.En plus de contribuer à le caractériser, elle exerce une influence considérable sur la qualité et les conditions de vie de ses résidents.Elle affecte de plus son évolution démographique, sa structure d\u2019emplois, son niveau de revenu et son potentiel de développement.Il est en général facile d\u2019observer que plus la taille démographique d\u2019une localité est petite, plus sa base de services est ténue.Ce constat sommaire conduit de nombreux observateurs et analystes à suggérer des regroupements administratifs de population, afin d\u2019élargir, de diversifier et d\u2019améliorer l\u2019infrastructure des services et de diminuer son coût d\u2019utilisation per capita.Une telle proposition, qui s\u2019inspire du principe des économies d\u2019échelle, alimente depuis au moins le début des années 1960 un courant d\u2019idées favorable aux fusions ou en regroupements des petites municipalités du Québec.Nous nous attarderons ici à évaluer la pertinence et les modalités de regroupement de services en milieu rural.Puisque l\u2019efficacité d\u2019une telle mesure est directement liée aux caractéristiques géographiques, démographiques et socio-économiques du milieu, nous examinerons, dans un premier temps, les principales caractéristiques du monde rural et, tout particulière- 1.Département des sciences humaines, Université du Québec à Ri-mouski.ment, celles de son infrastructure de services.En second lieu, nous analyserons la question des regroupements.Le monde rural a tellement évolué depuis les années 1950 qu\u2019il en a perdu certains de ses éléments de spécificité.Par exemple, sa structure occupationnelle s\u2019est diversifiée à un point tel qu\u2019il n\u2019est plus possible de le définir uniquement par la nature de ses emplois et surtout pas par la fonction agricole.Cette dernière occupe maintenant une fraction marginale de la main-d\u2019oeuvre et est même totalement absente de nombreuses localités, particulièrement celles situées à la périphérie de villes et de centres de services.Sur un autre plan, l\u2019urbanisation des comportements de la majorité de ses résidents et la forte compénétration de l\u2019urbain et du rural conduisent à une atténuation des différences entre les deux modes de vie.C\u2019est maintenant surtout par sa structure de peuplement, son infrastructure de services et sa dimension paysagique que l\u2019espace rural se différencie de l\u2019espace urbain.La structure de peuplement rurale, qui se caractérise essentiellement par la faible taille démographique des localités, par la distance entre celles-ci et la dispersion des habitations, influe directement sur l\u2019organisation des services et la nature des emplois.Par sa diversité, elle contribue aussi à la forte hétérogénéité rurale.Plus que la grande variété des paysages, elle favorise une différenciation marquée des espaces habités.Statistique Canada définit comme rural tout ce qui n\u2019est pas urbain.Est considéré comme urbain tout groupement de 1000 habitants et plus, qui a une densité d\u2019au moins 400 habitants au relations novembre 1994 279 kilomètre carré.Avec une telle définition, des villages à l\u2019habitat concentré sont considérés comme villes et des ruraux se retrouvent à l\u2019intérieur de la plupart des villes.Pour mieux circonscrire les territoires à dominance rurale, il est d\u2019usage d\u2019utiliser des seuils démographiques en plus de ces critères de Statistique Canada.Les chiffres de 2500 ou de 3000 habitants sont généralement retenus.Si, par exemple, l\u2019on prend 3000 habitants, on dénombre, en 1991, au Québec, 1169 municipalités rurales comprenant 21,3% de la population.De ces municipalités, 688 ont moins de 1000 personnes.On a tendance à associer à ce nombre élevé de petites localités divers problèmes relatifs à l\u2019infrastructure de services.Dès lors, la solution des fusions ou regroupements paraît s\u2019imposer d\u2019elle-même.De telles déductions ne tiennent pas compte de ce qui contribue fortement à faire la spécificité rurale, c\u2019est-à-dire la distance et la dispersion.En plus d\u2019orienter le sens de l\u2019évolution démographique, ces deux éléments contribuent fortement à déterminer la nature, la quantité et la qualité des services.L\u2019infrastructure de services du milieu rural s\u2019est fortement transformée, au cours des ans, s\u2019enrichissant de nouveaux Assimilé bien souvent à l\u2019esprit de clo- cher, le concept d\u2019identité est un important stimulant du dynamisme local et un cataly- seur des énergies du milieu.champs d\u2019activités, tant dans le domaine public que privé.Dans le secteur municipal, les services à la personne, puis à l\u2019économie, se sont graduellement ajoutés aux services à la propriété.La taille et la qualité de cette infrastructure dépendent non seulement du volume des effectifs humains à desservir, mais aussi des relations de voisinage, de l\u2019accessibilité à la ville, des activités dominantes, de la capacité de dépenser des contribuables, d\u2019éléments culturels, de besoins à satisfaire, de la qualité des gestionnaires et de leurs orientations politiques.Bien que les trois niveaux de gouvernement exercent des activités de services, ce sont surtout les instances municipales qui assument l\u2019essentiel des services de base.Toutes les municipalités sont impliquées dans les sept grandes fonctions suivantes: administration générale, sécurité publique, transport, hygiène du milieu, santé et bien-être, urbanisme et mise en valeur du territoire et loisirs et culture.Les changements qui se sont produits dans le monde rural l\u2019ont affecté dans toutes ses dimensions.Selon les municipalités, il y a eu modernisation, consolidation, amélioration ou déstructuration des services.La déstructuration consécutive à la décroissance démographique des petites localités s\u2019est fait sentir surtout durant la dernière décennie et, paradoxalement, s\u2019est accompagnée d\u2019une amélioration de certains services.Même si des centaines de localités connaissent maintenant une diminution inquiétante de leurs effectifs, il n\u2019y a pas nécessairement d\u2019évolution parallèle au plan des services.Cela tient à la complexité de leur infrastructure globale, à la multiplicité des niveaux de responsabilité, à l\u2019autonomie municipale, au niveau d\u2019implication des résidents, à la localisation géographique et à un décalage plus ou moins long dans le temps dans diverses relations de causes à effets.Il y a quand même des services qui disparaissent et leur perte est durement ressentie, notamment quand il s\u2019agit d\u2019élé- ments aussi essentiels que l\u2019école maternelle et primaire et le bureau de poste.En fait, la déstructuration des services est aussi largement imputable aux décisions des gouvernements provincial et fédéral, des grands organismes d\u2019État, des commissions scolaires, de l\u2019entreprise privée et à la diminution des prêtres dans l\u2019Église catholique.Malgré un discours soutenu et généralisé sur la décentralisation, on observe une nette tendance à la centralisation qui affecte un nombre croissant de petites localités.En raison de la décroissance démographique ou au nom de la rationalisation et de l\u2019efficacité administrative et des restrictions budgétaires des gouvernements supérieurs, il y a eu des coupures de services au niveau de l\u2019entreprise privée, des écoles, de la poste, de la voirie rurale, de l\u2019ouverture des chemins durant l\u2019hiver, du transport ferroviaire, de Radio-Québec, de Radio-Canada, de la Sûreté du Québec et de divers autres services gouvernementaux.Les gouvernements municipaux et, depuis 1980, les nouvelles instances régionales que sont les MRC tendent à consolider et améliorer des services qui sont sous leur juridiction directe.Dans certains cas, cela se fait avec le concours financier des gouvernements supérieurs, mais aussi par voie d\u2019emprunts à long terme.Les améliorations les plus perceptibles ont été réalisées au niveau des édifices communautaires, des équipements de loisir, de l\u2019assainissement des eaux, de la gestion des déchets, du contrôle de l\u2019urbanisme et de la culture.Dans la mesure où ils affectent la qualité de vie et l\u2019économie, les services influent sur l\u2019évolution démographique.Leurs effets sont différenciés selon les strates d\u2019âge et les endroits.On sait, par exemple, que l\u2019exode rural des jeunes est en partie dépendant de la localisation des institutions d\u2019enseignement et des services récréatifs.Les services de santé contribuent, pour leur part, à orienter la migration de certaines personnes âgées et de malades chroniques.Les perspectives d\u2019emplois liées au secteur tertiaire sont fortement prises en considération par la main-d\u2019oeuvre active et tout particulièrement par les personnes les plus instruites et les travailleurs féminins.Dans une économie de plus en plus tertiarisée, les services sont devenus une dimension importante de toute l\u2019organisation socio-économique et de la qualité de vie.Le monde rural évolue et se transforme selon des modalités qui ne sont pas toujours faciles à saisir et qui prêtent à toutes sortes d\u2019interprétation.C\u2019est largement dans ce contexte que se situe le débat sur le regroupement des services en milieu rural.Comment améliorer les services publics ?Trois grandes catégories de mesures sont généralement évoquées comme moyens pour améliorer les services publics en milieu rural.Les trois s\u2019inspirent du même objectif, c\u2019est-à-dire regrouper le plus grand nombre d\u2019utilisateurs pour un même service, afin de faire contrepoids à l\u2019inconvénient des faibles tailles démographiques.On recherche surtout les économies d\u2019échelle et, à l\u2019occasion, les économies d\u2019agglomération.Les trois moyens proposés sont la fusion municipale, le regroupement de services et la régionalisation des services.Ils mettent en cause les principes de centralisation et de décentralisation, d\u2019autonomie municipale, de démocratie de participation et d\u2019équité et également les sentiments d\u2019appartenance.Ce sont, selon les cas et les circonstances, autant de bases d\u2019argumentation et de controverses qui alimentent le débat.280\trelations novembre 1994 Le monde rural a beaucoup évolué depuis les années 1950.La fonction agricole occupe maintenant une fraction marginale de la main-d\u2019oeuvre et est même absente de nombreuses localités.¦¦i urai On est porté à interpréter comme une manifestation de conservatisme déplacé, d\u2019ignorance et d\u2019esprit de clocher les résistances à la fusion par les principales instances concernées, les administrations municipales.En réalité, ces résistances reflètent bien souvent du pragmatisme et une longue tradition d\u2019autonomie, tout en s\u2019inspirant d\u2019un contexte géographique et social fort déterminant.Le problème ne se résume pas, comme on tend souvent à le faire, à une simple question d\u2019effectifs démographiques mais implique, entre autres choses, la localisation territoriale, des coûts économiques et la capacité de se doter de services conformes à ses besoins.Contrairement aux prétentions usuelles, les fusions n\u2019entraînent pas de réduction dans le coût des services.Les économies d\u2019échelle s\u2019appliquent très mal dans le monde municipal.Les statistiques démontrent clairement une nette tendance à l\u2019augmentation du coût des services et des taxes municipales en fonction de l\u2019accroissement de la taille démographique des municipalités.Par ailleurs, les fusions ne règlent pas toutes les carences de services liées à la structure spatiale.Elles ne peuvent faire disparaître les caractéristiques de la dispersion et des spécificités territoriales qui ont conduit précisément à cette multiplication des gouvernements municipaux.Plus une municipalité est populeuse, plus elle a tendance à investir au niveau des services et de l\u2019administration générale et plus sa propension à dépenser est forte, sans que nécessairement les citoyens en retirent plus de bénéfices.Par contre, suite aux fusions, les règles de la représentativité des individus au nouveau conseil municipal sont modifiées et bien souvent les entités territoriales les plus excentriques et les plus faiblement peuplées se trouvent peu ou mal représentées et ont beaucoup de difficultés à faire valoir leur point de vue et à satisfaire leurs besoins.La fusion présente indubitablement des avantages si elle peut contribuer à une amélioration des services sans entraîner une augmentation des coûts et, surtout, sans créer des dissensions profondes au sein de la population.Cela est surtout possible dans le cas des municipalités contiguës, où les résidents ont l\u2019habitude de vivre ensemble et qui peuvent partager sans problèmes les mêmes services et équipements.Elle peut aussi être avan- tageuse si elle s\u2019avère le meilleur moyen de créer de nouveaux services jugés indispensables ou de corriger d\u2019importants problèmes d\u2019organisation spatiale, même si cela entraîne des augmentations raisonnables de coûts.Ces deux situations semblent toutefois davantage l\u2019exception que la règle et ne doivent être réalisées qu\u2019avec le plein accord des parties impliquées.Les fusions obligatoires, du type de celles effectuées à Gaspé, Percé et Baie-Comeau, ne devraient jamais être réalisées.Le regroupement des services, dans le respect des juridictions et entités municipales existantes, semble beaucoup plus approprié que la fusion pour améliorer à moindre coût l\u2019infrastructure de services.C\u2019est une formule plus souple que la fusion, qui permet de bénéficier d\u2019économies d\u2019échelle et d\u2019agglomération, sans modifier l\u2019ensemble de la structure administrative et sans affecter l\u2019autonomie municipale.Elle permet aussi de mieux tenir compte des spécificités territoriales liées à la distance et à la dispersion.N\u2019est regroupé que ce qui peut l\u2019être à l\u2019avantage de toutes les entités participantes.Ces regroupements se négocient à la pièce, en fonction de besoins immédiats à satisfaire, et prennent la forme d\u2019ententes intermunicipales, sous les modes de fourniture de services, délégation de compétences et régies intermunicipales.Ces ententes, qui sont autorisées par diverses lois, sont sous le contrôle du ministère des Affaires municipales.Le nombre de régies intermunicipales ne cesse d\u2019augmenter.Le répertoire des municipalités de 1993 en identifie 110, regroupant des municipalités de toutes tailles et de toutes catégories.Elles couvrent de nombreux champs d\u2019action du domaine municipal.Comme les autres formes de regroupement de services, elles illustrent la capacité de collaboration des autorités municipales lorsqu\u2019elles ont les impulsions requises et la latitude nécessaire pour agir.Cela va devenir encore plus évident avec l\u2019avènement des MRC et les nouveaux modèles de concertation et d\u2019ententes qu\u2019elles vont engendrer, sous formes de régionalisation de services.La création des MRC suscitait de l\u2019appréhension pour le monde rural, car on craignait qu\u2019il ait à souffrir d\u2019une certaine hégémonie urbaine.Or, indépendamment de cette interrelation urbain-rural, il s\u2019est vite façonné à l\u2019intérieur de ces nouveaux or- relations novembre 1994 281 Jean-François Leblanc/STOCK ganismes régionaux une dynamique d\u2019échanges et de concertation entre toutes les municipalités voisines d\u2019un même petit territoire et tout particulièrement entre celles du secteur rural.Très rapidement, la plupart des MRC se sont dotées de nouveaux services pour l\u2019ensemble de leurs municipalités.Elles ont ainsi débordé le mandat de l\u2019aménagement du territoire qui leur est attribué par la Loi 125 qui les a créées.En plus, et dans une large mesure, en relation avec leurs responsabilités inhérentes aux schémas d\u2019aménagement, les MRC sont devenues en quelque sorte des fédérations de services pour leurs municipalités membres.Les plus petites municipalités peuvent ainsi bénéficier de services que permettrait la fusion, mais sans avoir à en subir les inconvénients.Respecter l\u2019autonomie rurale Le regroupement de services, sous quelque forme qu\u2019il soit, est sans aucun doute le meilleur moyen d\u2019élargir et d\u2019améliorer la structure des services municipaux.Il permet aux municipalités de se doter à bon coût des services correspondant à leurs besoins et à leurs capacités de payer, tout en préservant leur autonomie.Cette dernière a autant sa raison d\u2019être maintenant que par le passé, dans la majeure partie du monde rural.En plus d\u2019être l\u2019une des bases de l\u2019identité collective, elle est la garante du maintien d\u2019un minimum de services fondamentaux, de la spécificité locale et même, dans certains cas, de l\u2019existence de la localité.L\u2019autonomie rurale favorise aussi cette diversité culturelle façonnée par l\u2019histoire et la géographie et qui contribue à l\u2019enrichissement du patrimoine national.Ce rôle comme agent de diversité s\u2019impose maintenant d\u2019autant plus que l\u2019économie moderne avec la politique, la technocratie et les technologies qui lui sont sous-jacentes conduisent de plus en plus à l\u2019uniformisation.Assimilé bien souvent à l\u2019esprit de clocher, le concept d\u2019identité est pour sa part un important stimulant du dynamisme local et un catalyseur des énergies du milieu.Des regroupements de services fournis par les gouverne- kUIANDA Un espoir: votre solidarité! «DËkELOPPEAIENr Er R4IX 1 -800-RWAND A1 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 ments fédéral et provincial sont aussi envisageables.Dans ce cas toutefois, la problématique est différente.Exception faite du service postal, ces services sont dispensés dans un nombre choisi de localités.Il s\u2019agit habituellement des plus populeuses ou de celles occupant des positions géographiques particulières, ou encore de certaines favorisées par quelques circonstances, dont les influences politiques.Dans le but de favoriser la multiplication et la diversification des points de services, on pourrait regrouper dans un même édifice plusieurs services différents.Une même personne ou une même équipe pourrait offrir des services gérés par plusieurs ministères et organismes.Ce serait, par exemple, une façon d\u2019occuper à plein temps des maîtres de poste, au lieu de les remplacer par des commis de dépanneurs et de fermer les bureaux de poste.Il faudrait évidemment, pour ce faire, que la concertation qui est si fortement préconisée pour les municipalités et organismes régionaux soit mise en pratique dans les instances gouvernementales supérieures qui la recommandent.Au lieu d\u2019utiliser l\u2019informatique pour accroître la centralisation vers les villes, comme on a tendance à le faire maintenant, on pourrait s\u2019en servir pour accentuer la décentralisation.Tout cela implique un changement radical dans les pratiques et tendances en cours, qui semble relever de l\u2019utopie.?Vivre en milieu rural, c\u2019est accepter des conditions de vie particulières qui sont différenciées selon la taille démographique et Ce sont les gens qui vivent ces problè- mes qui sont les mieux placés pour y trouver les solutions appropriées, dans la me-sure où on leur laisse la liberté et les moyens de le faire.la localisation de la municipalité.Cela signifie que les résidents de la petite localité de 250 habitants ne s\u2019attendent pas à bénéficier des mêmes services que leurs homologues de la municipalité de 2500 personnes ou de celle de 250 000.Par l\u2019adhésion libre à des services intermunicipaux ou régionaux conçus dans leur milieu par des gens soumis aux mêmes habitudes, vivant les mêmes besoins et influencés par le même environnement géographique et socio-économique, ils disposent d\u2019un outil de premier plan pour garantir le maintien ou l\u2019amélioration de leur qualité de vie.Cependant, il n\u2019y a pas d\u2019utilité à chercher à tout regrouper.Compte tenu des circonstances et éléments de localisation, des services ne donnent leur pleine efficacité que sur des bases strictement locales.Les regroupements de services conçus et réalisés par des municipalités contiguës demeurent en définitive la meilleure alternative pour faire face à la décroissance démographique et aux défis du développement qui s\u2019imposent à de nombreuses municipalités rurales.Il serait important que le gouvernement provincial continue à favoriser de telles avenues, plutôt que de se réorienter vers les fusions obligatoires.Celles-ci ne solutionnent pas toutes les difficultés inhérentes à la structure de peuplement.Ce sont les gens qui vivent ces problèmes qui sont les mieux placés pour y trouver les solutions appropriées, dans la mesure où on leur laisse la liberté et les moyens de le faire.Les multiples formes de regroupements de services qui se concrétisent un peu partout en témoignent éloquemment.¦ 282 relations novembre 1994 RECENSIONS DE NOVEMBRE lectures Réjean Ducharme: Va savoir André Fortin: Les Galeries du Nouvel Âge François Bon: Un fait divers Olivier Thiébaut: L\u2019enfant de coeur Va savoir Va savoir, le roman le plus inattendu de la rentrée littéraire, a mobilisé le gratin de la critique québécoise.Il l\u2019a secoué, surpris, emballé, puis ficelé comme son auteur a fait du manuscrit posté aux éditions Gallimard, ce printemps.J\u2019emploie «ficelé» dans le bon sens du terme: impossible, même avec toute la mauvaise volonté du monde, d\u2019écrire de méchantes choses sur la dernière oeuvre de Réjean Ducharme.En pleine possession de son art, l\u2019écrivain tisse la trame d\u2019un épisode dans la vie de Rémi Vavasseur, un homme intéressant par l\u2019insignifiance de son existence.Le quotidien coule lentement au rythme des conversations familières truffées de clichés repiqués, de sous-entendus à peine voilés ou de confidences mal comprises.Toutefois, par le truchement du soliloque qui agite Rémi, le lecteur devine qu\u2019un drame se joue et que, quelque part, tout cela va tourner en tragédie.Alors, il sait, le lecteur, qu\u2019il s\u2019enfonce avec Rémi dans l\u2019univers en déperdition que Ducharme - ce bouilleur d\u2019éther - concocte inlassablement (et en secret) depuis plus de vingt-cinq ans.Les enfants trop lucides, les adolescents perplexes et inquiets du Ducharme d\u2019avant le long silence donnent aujourd\u2019hui des adultes perdus et perdants.parce que perdus: «Tu l\u2019as dit Mamie, la vie il n\u2019y a pas d\u2019avenir là-dedans, il faut investir ailleurs.» Vlan dans les dents! De la part de Rémi, le héros (!) de Va savoir, de Bottom, le «rada» de Dé-vadé, et de leurs compagnes et compagnons d\u2019infortune qui partagent la même philosophie de vie.Joyeux, l\u2019univers de Réjean Ducharme! Le couple de Rémi et Mamie vacille depuis qu\u2019une fausse couche, causée par une tumeur cancéreuse, leur a fait perdre les jumelles baptisées d\u2019avance Talitha et Tabitha.Mamie ne peut plus se sentir, elle n\u2019a que mépris pour son corps qui pourrit en dedans.Désemparés, ils cherchent ensemble l\u2019échappée de cette impasse relations novembre 1994 existentielle.Mamie rêve d\u2019une petite maison à la campagne, rien d\u2019extraordinaire: «Ce serait bien, peut-être, un petit coin à la campagne.- Oui, n\u2019importe quelle cabane, un placard avec un bout de jardin.».Prêt à tout pour sauver sa Mamie, Rémi a «sauté sur l\u2019idée».Dans un lotissement perdu, la Petite Pologne, il dégote une «ruine» enfoncée au milieu d\u2019un terrain plus dépotoir qu\u2019autre chose.Mais entre-temps, Mamie découvre qu\u2019elle ne s\u2019aime pas.Poussée à la suivre par l\u2019envahissante Raïa, une «thésarde» (une thèse abandonnée sur les prostitués) vaguement mystique, un peu escroc, sûrement tordue, Mamie espère se retrouver sur les routes d\u2019Europe, d\u2019Afrique et du Moyen-Orient.Rémi l\u2019attend tout l\u2019été qu\u2019il consacre à rénover leur maison.Après avoir «déployé» son lit de camp, il se met à la tâche avec coeur et amour.Le remue-ménage causé par l\u2019arrivée impromptue de ce bruyant étranger alerte les femmes des alentours et Dali, un chien errant.Une enfant, poussée par la 283 curiosité spontanée de ses cinq ans, vient rapidement s\u2019informer des causes du chambardement en marche.Épris d\u2019elle, dès les premières paroles échangées: «Allô bébé, comment tu t\u2019appelles?-Fa,ni,eL.», Rémi se laisse entraîner, tout l\u2019été, en des aventures extravagantes pour un homme de son âge.Il dépense une véritable fortune en castors (des cinq sous, seule monnaie reconnue officiellement par la demoiselle).Et, sans trop s\u2019inquiéter, ils se perdent dans la nature, après avoir marché dans l\u2019«herbe écartante».Ainsi, ils découvrent ensemble la flore variée qui s\u2019épanouit dans les champs et le long de la petite rivière.Ensuite, il fait la connaissance de Jina.Une belle danseuse à gogo, fière de l\u2019être.Elle le rejoint régulièrement, en quelques enjambées souples, le petit Jerrymie sur la hanche, pour parler de tout et de rien: du «milieu», de la drogue, des hommes.et parfois de son «chum qui est en détention».Et puis la mère de Fanie, Mary, «May pour aller plus vite», une belle rousse à moitié irlandaise, suit peu de temps après: «La tête haute et l\u2019élan décontracté, la jambe longue, assouplie au travail, dorée au soleil, elle s\u2019avance en cadençant le cliquetis des glaçons plongés dans deux rhum and coke.» Sensuelle, mature, femme.mais fragile aussi.May dirige avec habilité et détermination une entreprise d\u2019horticulture, pendant que son mari Hubert se meurt d\u2019un cancer qui n\u2019en finit plus de les faire souffrir.Rémi connaît déjà Vonvon le demi-frère de Mary qu\u2019il a rencontré au petit billard de l\u2019hôtel.Reste leur mère Mommie Milie, un éternel flirt qui «ne passe plus aux actes», qu\u2019on lui présente lors d\u2019un souper.Au court de l\u2019été, raplique Luna, une beauté noire que Rémi fréquentait jadis, angle Saint-Laurent-Sainte-Catherine.Elle est pensionnaire chez Jina, le temps qu\u2019elle danse dans les parages.Et Luna sait, elle, comment prendre Rémi.Ce beau monde de femmes (les hommes sont peu présents) rôde autour de Rémi, le rénovateur de cabane, qui reçoit de sa Mamie des lettres inquiétantes semées au hasard de l\u2019itinéraire chaotique imposé par Raïa.Au fil de l\u2019été, les rapports entre Rémi et toutes ces femmes sont marquées par leur impuissance à se rejoindre dans un même élan de désir.Là-bas, au bout du monde, il devine que Mamie est perdue.Elle se refroidit, se déssèche, lentement.Et il n\u2019y peut rien.Ici, dans la Petite Pologne, les belles traînent leur sensualité jusque dans sa cour.Malgré les airs d\u2019assurance que Rémi, Mary et Jina («power and control», comme elle dit) se donnent, leurs relations vont s\u2019essouffler sans qu\u2019ils aient mis l\u2019effort nécessaire pour les soutenir.Avec le froid automnal, les rénovations achevées, ils retournent chacun dans leur coin 284 d\u2019existence vivre leur petit malheur.Même la relation amoureuse entre Fanie et Rémi se fane comme les asters qu\u2019ils ont cueillies.«Tu sais, les enfants ça oublie».Réjean Ducharme, avec Va savoir, confirme ce que Dévadé annonçait: la période pessimiste de l\u2019écrivain est terminée.La catastrophe annoncée s\u2019est abattue sur ses personnages.Ou devrais-je dire: a surgi d\u2019eux.Si l\u2019on suit Réjean Ducharme, qui travaille les personnages de l\u2019intérieur, par le biais d\u2019une esthétique de récriture qui exploite la dérision du cliché pour voiler et laisser deviner d\u2019un même jet le désespoir des êtres, sa conception catastrophique du monde se rapproche de plus en plus de celle de Beckett: la vacuité du dehors se remplit lentement de l\u2019écume du délire intérieur.Dans son dernier roman, Ducharme utilise habilement deux formes opposées du discours littéraire.Il traduit ainsi la solitude de l\u2019être humain dans un monde qui se dérobe chaque jour davantage.Le soliloque de Rémi exprime la dimension tragique de l\u2019existence humaine vécue dans les replis de l\u2019être intérieur; les dialogues de la vie de tous les jours mettent en évidence la difficulté de rejoindre l\u2019autre par le langage ordinaire.Vision catastrophique, en effet.Va savoir, caricature de nos existences, sans début ni fin.Le roman s\u2019achève sur la même constatation que lance Rémi dans l\u2019incipit.Lisez.Vous retrouverez dans ces pages une troublante réflexion sur notre époque.La vie sans issue, en solitaire: lot de l\u2019humain contemporain.¦ Michel Quevillon Les Galeries du Nouvel Âge quand l\u2019audacieuse directrice de la revue Relations me suggéra d\u2019écrire mes réflexions sur ce livre, j\u2019étais loin de me douter qu\u2019elle m\u2019abouchait à une source si abondante.Comme plusieurs quidams (ou quae-dams), j\u2019avais fouiné en quelques sessions sur le Nouvel Âge et en quelques articles de magazines.Mais.L\u2019auteur, soutenu par une vaste recherche, fait plus que de décrire les corridors - ou le labyrinthe - de ce mouve- relations novembre 1994 ment (ce qui déjà n\u2019est pas un mince job!); il en compare les éléments essentiels avec ceux du christianisme et tire des pistes d\u2019évangélisation pour l\u2019an 2000 qui méritent d\u2019être fouillées par les artisans tous azimuts du demain de l\u2019Église.Les neuf chapitres de ce volumineux document m\u2019ont fait savourer plusieurs riches ingrédients de la spiritualité chrétienne, lesquels sont parsemés aux carrefours les plus inattendus.Comme celui-ci: «Au coeur de la souffrance, on pense que Dieu rit de nous, alors qu\u2019il nous attend en souriant.Chaque accès de révolte est un prélude à un nouveau cycle de désappropriation» (p.86).Il s\u2019agit bien d\u2019un livre de spiritualité, tel qu\u2019annoncé.En découvrant que le Nouvel Âge émane de la rencontre des trois affluents principaux, soit la tradition ésotérique, les religions orientales et la psychologie transpersonnelle, on se retrouve dans ce livre devant une réalité plus unifiée qu\u2019un étonnant «bric-à-brac».Les éléments disparates (channeling, réincarnation, astrologie) sont brillamment étalagés.Chapeau à l\u2019humilité du chercheur qui n\u2019hésite pas à citer longuement des spécialistes du Nouvel Âge, tels Kurt Koch, André Couture et d\u2019autres.Dans la conclusion, M.Fortin, se rappelant sans doute quelques passages de haute voltige, affirme qu\u2019il ne faut pas protéger à outrance «le petit peuple».Pour ma part, il me semble que jongler pendant plusieurs heures avec la gnose et le gnosticisme, avec la «répartition bipolaire des cultures et des religions» est un exercice nécessaire, mais réservé à des adeptes avertis.Ce livre précieux mérite d\u2019être vulgarisé.Il contient assez de lumières pour pouvoir subir plusieurs traductions.Une de ces lumières est le fait qu\u2019il y a là moult intuitions de démêlages dont la diffusion s\u2019impose pour la population postmoderne.Par exemple, la différence entre la santé holistique «nouvel-âgeuse» et le ministère de guérison, entre la voyance des croyants et celle de la parapsychologie.Ça prend un chercheur multidisciplinaire comme M.Fortin pour un tel dé-broussaillement! Quant à moi, ma plus grande satisfaction niche dans les questions que l\u2019auteur pose aux méthodes actuelles de transmission de la foi et dans les lueurs d\u2019espérance qui jaillissent au tournant de plusieurs pages.Ses méditations sur la connaissance de Dieu, la création et le temps éclatent de sagesse, une sagesse qui invite à oeuvrer au coeur de l\u2019histoire humaine et non dans un hémisphère éthéré.Ce document gagnerait à être joint aux propositions contenues dans «Risquer l\u2019avenir», dans les cahiers de diverses commissions pastorales et dans les démarches synodales diocésaines.¦ Pierre-André Fournier Un fait divers échoués dans les havres sordides de la banlieue marseillaise, Frank et Sylvie se sont remarqués parmi leurs anonymes semblables.Lui, allemand, déserteur, immigré illégal, brutal et buveur invétéré.Joyeux personnage.Elle, bretonne, jeune femme vaguement jolie, rêveuse, effrayée à l\u2019idée de vieillir dans la plate ville du Mans.Caractère vulnérable.Ils forment le couple typique, maintenu par le désespoir plus qu\u2019uni par l\u2019amour.Leur histoire ordinaire, réécrite par des spécialistes du sensationnalisme, devient un fait divers terrible qui captive, choque.et rassure aussi.Véritable catharsis médiatique, ce genre d\u2019histoire nous arrache un: «ouf! ça n\u2019arrive qu\u2019aux autres», entre le pain grillé et le café du matin.Ainsi, lorsque Frank ne s\u2019échine pas dans les entrepôts du port, ou qu\u2019il n\u2019est pas occupé à quelque minable magouille, il boit.Et plus il se saoule, plus le parasite qu\u2019il est devenu s\u2019enlise dans un quotidien malsain que son imagination éthylique transforme en scénario de série noire.L\u2019homme brasse «dans sa tête du matin jusqu\u2019au soir la jalousie de ce qu\u2019elle fait, qui elle voit, à qui elle parle, et l\u2019argent qu\u2019elle seule rapporte désormais pour le toit et le manger de chaque mois, la jalousie où on est d\u2019une dignité quand on ne compte plus».La vie de Sylvie, caissière dans un supermarché, s\u2019étale pourtant entre son comptoir et leur appartement, resplendissant de lumière, ouvert sur la plus belle mer du monde, où Frank l\u2019attend hagard et suant la haine, avide de violence.La volonté nécessaire pour sauver leur couple de l\u2019échec s\u2019étiole à mesure que le désabusement gagne sur les humbles aspirations de la petite bretonne.Après que Frank eut tué un petit chien qu\u2019elle avait recueilli, Sylvie fuit.Avec pour tout bagage «un petit sac gris», elle retourne chez ses parents au Mans.Geste crucial qui fait déraper leur vie dans le cloaque croupissant de l\u2019horreur, du sordide et du meurtre.Frank, fou de rage, envahi par le sentiment d\u2019être abandonné, fait le trajet Marseille Le Mans à mobylette.Il retrou- ve finalement Sylvie en compagnie d\u2019amis à elle et de Jean, jeune homme qui s\u2019est joint au groupe durant la soirée.C\u2019est sur ce dernier que Frank jette son dévolu.Jean, au hasard d\u2019une rencontre, tombera sous les coups de tournevis d\u2019un homme jaloux.François Bon choisit de raconter l\u2019histoire de Sylvie et de Frank après que son dénouement soit devenu un fait divers.C\u2019est à travers différents témoignages que le lecteur comprend la succession enchevêtrée et précipitée des événements.Peu à peu, il découvre l\u2019épisode marseillais, la poursuite, le meurtre, l\u2019instruction de l\u2019affaire et la construction du fait divers.En effet, le romancier élabore son roman en faisant alterner les monologues de personnes touchées à divers moments, et à divers degrés, par cette histoire de crime passionnel.Grâce à ce procédé d\u2019écriture, le lecteur est constamment ballotté entre les profondeurs inquiétantes de la psychologie meurtrière de Frank et l\u2019activité fébrile de l\u2019équipe de tournage d\u2019un film basé sur ce crime.Entre ces deux extrêmes, Sylvie et ses amis, que Frank a pris en otage durant le crime, racontent les horribles moments d\u2019angoisse.et beaucoup d\u2019autres choses; les mots des inspecteurs de police, des avocats et d\u2019autres hommes et femmes, que je vous laisse découvrir, ajoutent à l\u2019épaisseur de cette histoire.Ces différentes perspectives imaginées (ou recueillies) par François Bon brisent la linéarité historique du roman conventionnel.Il y a bien un commencement et une fin, mais l\u2019écrivain s\u2019en préoccupe à peine, prévisibles qu\u2019ils sont en tout fait divers: mobile, gestes, dénouements usés, figés pour toujours en truisme plat comme la vie d\u2019où ils surgissent.L\u2019intelligence de l\u2019écrivain s\u2019est plutôt concentrée sur ce qui constitue de l\u2019intérieur ce genre d\u2019événement somme toute banal, trop banal.Accaparé dès les premières pages, le lecteur ne suit pas un héros (ici le triste Frank), mais il se mêle aux différents personnages et partage leur expérience.Il évolue parmi eux, les écoute raconter en ressentant les mêmes malaises, revivant avec les témoins du meurtre l\u2019insoutenable ambiance: le mécanicien «les pieds attachés, la bouche prise.Mais en frottant ma tête sur le radiateur j\u2019avais pu soulever à demi le bandeau: je voyais, et lui ne le savait pas.Les deux filles par terre, brutalement, par les cheveux.J\u2019aurais voulu hurler».De telles situations décrites sur le ton haletant des mauvais souvenirs transforment ce récit, qui risquait de tomber dans l\u2019ordinaire.Il devient par là un petit univers hostile et étrange, où rien n\u2019est aussi simple (sans sa cruelle réali- relations novembre 1994 té) qu\u2019il semble au premier coup d\u2019oeil.François Bon maîtrise parfaitement son écriture, qui, en certaines tournures, bouscule les rudiments de la syntaxe.Toutefois, son style ne s\u2019empêtre pas dans le baroque, ce qui survient trop souvent lorsque un auteur tente d\u2019aller au-delà du visible, dans l\u2019espoir de rendre extraordinaire ce qui ne peut l\u2019être.Bon, lui, a compris que c\u2019est l\u2019inverse qui doit être accompli: épurer son oeuvre jusqu\u2019à ce que reste seule et nue la part insaisissable de la vie.Grandiose labeur de tout artiste.¦ Michel Quevillon L\u2019enfant de coeur malgré toutes les raisons ou déraisons qu\u2019on lui accorde, le meurtre demeure une énigme.Ontologiquement dense, le don de mort a stimulé bien des auteurs, devenant même chez certains la clef de voûte du récit.On pense ici à Shakespeare, Sophocle, Racine, pour ne nommer qu\u2019eux.Même la Bible serait boiteuse sans l\u2019homicide! Choquant?À première vue.Car sans doute le meurtre recèle-t-il quelques secrets échappant à l\u2019attention des gens «tranquilles».Chose certaine, le meurtre rôde autour de la condition humaine.Là nous mène L\u2019enfant de coeur, premier roman d\u2019Olivier Thiébaut.S\u2019ouvrant sur un matricide et se refermant sur un parricide, l\u2019auteur suit le parcours mental d\u2019un adolescent, Benoît, qui, ne supportant pas que l\u2019inceste dont il fut victime ait pu engendrer la vie dans le corps de sa mère, poignarde cette dernière.L\u2019enquête policière incrimine un innocent (l\u2019amant de la mère) qui présente malheureusement toutes les caractéristiques de l\u2019assassin idéal.Apprenant la vérité à son père, il évite de justesse son mortel courroux en le tuant.Au fond, Benoit est un innocent, de l\u2019innocence de celui qui subit les événements.Il n\u2019a voulu ni le divorce houleux de ses parents, ni l\u2019affection «vampiri-que» de sa mère et surtout pas sa fièvre incestueuse.Avait-il seulement le choix, dans le feu de l\u2019action, d\u2019épargner son père?Cette innocence le désigne au destin, au tragique même.Dépossédé de son libre arbitre, Benoit est livré aux affres d\u2019une trajectoire sinueuse, mais non aléatoire.Ainsi le veut le genre «tragique»: 285 moins un personnage se destine à l\u2019action, plus il s\u2019y projette.Rythmé par la poésie personnelle de Benoit, L\u2019enfant de coeur ne fait pas dans la dentelle: la lucidité du meurtrier se métamorphose progressivement en fardeau moral, et l\u2019ambivalence des sentiments du fils à l\u2019égard de sa mère-victime l\u2019amène aux portes de la schizophrénie.Pierre Foglia a récemment fait l\u2019éloge de ce livre et n\u2019a pas manqué d\u2019en souligner l\u2019aspect irrévérencieux.Il suggérait même de se dépêcher de le lire «avant que la censure ne s\u2019en mêle».Que les amateurs de sensations fortes déchantent: il n\u2019y a rien de scabreux, de croustillant dans la prose de Thiébaut.Certaines sensibilités peuvent toutefois être troublées par le sujet, mais son traitement n\u2019a rien à voir avec la provocation et le mauvais goût qui enrobent plus souvent qu\u2019autrement de tels récits.La création et la mort entretiennent d\u2019étroits rapports, quand ils ne fusionnent pas.La poésie de Benoît s\u2019insinue dans son existence de criminel.Rien d\u2019éton-nant qu\u2019il enterre ses cahiers en lieu et place du cadavre de son père! Mais espè-re-t-il, en se séparant de son oeuvre, régler le litige qui l\u2019oppose au monde («la vraie prison, c\u2019est la vie»)?De la même façon, le matricide peut-il être l\u2019occasion d\u2019une seconde naissance, d\u2019une néo-gé-nèse?Benoît en fait intuitivement le pari même s\u2019il dissimule ses gestes derrière des sentiments impulsifs.Pari perdu, conclut le lecteur.Olivier Thiébaut descend au plus creux de l\u2019âme humaine, dans cette «antre de misère» comme disent les poètes.Aussi, on renoncera à lire Thiébaut si on recherche un roman divertissant pour meubler ses temps libres.Mais pour qui veut rompre avec les conceptions angéliques de la condition humaine, ce roman peut tenir lieu de porte de sortie en ce qu\u2019il stimule la réflexion sur une certaine difficulté d\u2019être de ce temps.¦ Marc Lemire Quinze lieux communs Peut-être vous est-il arrivé, en écoutant la bande FM de Radio-Canada, d\u2019entendre l\u2019émission: «Lieux communs», animée par Bernard Arcand et Serge Bouchard.L\u2019un et l\u2019autre sont anthropologues.Bernard Arcand est professeur à l\u2019Université Laval; le second, homme de terrain, familier entre autres des Amérindiens et des camionneurs.L\u2019émission est intéressante, déroutante, interrogeante par sa manière de parler des choses banales, des lieux communs plutôt que du sublime.Le défaut de rémission vient d\u2019un certain manque de rythme lié sans doute aux contraintes de budget et au fait que les auteurs tissent eux-mêmes leurs textes.S\u2019ils sont auteurs, ils ne sont pas comédiens -ce qui nuit grandement au résultat radiophonique.Boréal a eu la bonne idée de nous offrir quinze des lieux communs d\u2019Arcand et Bouchard: le sport, la calvitie, le gazon, l\u2019intelligence, l\u2019opinion, le tourisme, les enfants, la quarantaine, le téléphone, le mal du pays, les vendeurs, l\u2019eau et la douche, les armes, la télévision, le chien et le loup.Chaque thème est traité par les deux auteurs côte à côte et successivement, dans ce qui n\u2019est pas un dialogue mais ressemble à une succession d\u2019impressions.Nous voici en présence d\u2019un genre littéraire tout-à-fait particulier puisqu\u2019il s\u2019agit à la fois de parler de quelque chose sans en rien dire d\u2019absolument précis.Nous sommes ici devant l\u2019insolite, tantôt grandiloquent, plus souvent volontairement terre à terre, avec beaucoup d\u2019ironie et plus encore, d\u2019humour noir, presque désespéré et pourtant sympathique.«Nous savons aussi que les pierres haïssent la dynamite, les rosées de septembre et la peinture moderne.Mais le bonheur des pierres qui s\u2019en soucie?» (Bouchard, p.202).«L\u2019attrait du base-bail tient précisément à sa très grande platitude, qui est elle-même le gage d\u2019une insondable subtilité» (Bouchard, p.21).«La calvitie, c\u2019est comme la mort, elle vient, elle vient, il se produit quelquefois qu\u2019elle arrive la première, c\u2019est tout.Mais la mort nous concerne moins, nous n\u2019avons pas à la vivre et, de toute façon, elle n\u2019arrive qu\u2019aux autres» (Bouchard, p.26).Bouchard, on le sait, raffole des formules ramassées et paradoxales, quitte à dire presque le contraire trois pages plus loin; les propos d\u2019Arcand sont légèrement plus didactiques: «quand le train fut inventé, le Collège royal de médecine de Bavière prédit que les passagers souffriraient de chocs permanents au cerveau et exigea la construction de hautes palissades pour éviter les nausées et l\u2019évanouissement dont seraient assurément victimes les gens qui, par mégarde, regarderaient passer ces machines infernales» (Arcand, p.55).«De nos jours, la seule véritable aventure moderne, celle qui impose de prendre des risques et de vivre dangereusement, comme un sauvage, c\u2019est de s\u2019éloigner du téléphone» (Arcand, p.116).« Les vendeurs ne sont pas très attachés aux biens matériels.On le sait, ils essaient constamment de s\u2019en débarrasser au plus vite en vous les cédant» (Arcand, p.140).C\u2019est à la fois Montaigne et La Rochefoucauld, une proposition d\u2019éthique non normative qui met en évidence l\u2019absurde et l\u2019irrationnel.Sur ce point, les textes sur le loup et le chien, sur les armes et sur l\u2019eau et la douche sont exemplaires.La connaissance des conduites humaines est considérable, l\u2019information donnée par incidence, impressionnante.Le tout n\u2019est pas absolument convaincant.Parfois la pensée semble tourner en rond et s\u2019étirer pour durer vingt-huit minutes, trente secondes.Mais l\u2019essai vaut la lecture et sans doute la relecture.La radio nous offre rarement pareille intelligence.¦ André Beauchamp Réjean Ducharme, Va savoir, Paris, Gallimard, 1994.références André Fortin, Les Galeries du Nouvel Âge, Montréal, Novalis, 1994; 318 p.François Bon, Un fait di- vers, Paris, de Minuit, 1993; 157 p.Olivier Thiébaut, L\u2019enfant de coeur, Paris, Gallimard, 1993; 174 p.Bernard Arcand et Serge Bouchard, Quinze lieux communs, Montréal, Boréal, 1993; 212 P- 286 relations novembre 1994 if imite l^ONT vadeboncoeur la ligne ou RISQUE SCIENCES HUWMNES Pour comprendre où nous allons.La réflexion spirituelle et politique de Pierre Vadeboncoeur sur la société québécoise et le maître ouvrage de Fernand Dumont sur la culture dans le monde occidental.Les meilleurs essais d\u2019ici.BIBLIOTHEQUE QUEBECOISE relations novembre 1994 287 relations novembre 1994 3,55$ no 605 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t259 Hidjab à Montréal (C.S.) - Le Festival des films du monde et ses assiégés (M.L.) - Missions internationales (D.B.) - Le retour du Parti Québécois (J.H.) - L\u2019accord Carter-Cédras (M.M.) - Mitterrand poursuit son combat (G.M.) dossier\t265 Les communications: promesse ou mirage?\t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOTRE PROCHAINE SOIREE RELATIONS Nouveau regard sur les relations Québec-Canada Pour renseignements, écrire ou téléphoner à\tSurveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.\tle jour même de la rencontre.Le lundi 21 novembre 1994, de 19h30 à 22h00, à la maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 3,00$ novembre 1994 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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