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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1994-09, Collections de BAnQ.

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[" septembre 1994 3,55$ no 603 Rendez à César.Dérive démocratique et malaise fiscal 977003437800009 SpS3ses obligations\tsont également^\tj^t\u2019de Jonl de «90^^-^Ss, les ca-P^fEf^ndun gouvernent démocratique un P^L suffoque sous le joug d 9\tpauvres.que la société québécoise ^ ^ soc,ale et mepns n\trfélire au bien commun, qu\tence, nous savons qu 1 n \u201c économique Tout en partageantce s®nTfr que la crise se rés0$e 0ntient le programme du SSSÏSS®1?^*^ liig^üüssss imposer leur façon de\tune vigilant bécoise\t\" ^ ,.iposer leur façon de voir ™\tune vigilance bécoise.\t.cap tant espere 9\t.et >a solidari- démocratique de la p\tCarolyn Sharp té.relations La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité de membres de la Compagnie de Jésus et d\u2019une équipe de chrétiens et de chrétiennes engagés dans la promotion de la justice.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRETAIRE A LA REDACTION Jean Périgny ASSISTANT A LA REDACTION Fernand Jutras COMITE DE REDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes irai.; Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ : 1006003784 194 Les articles de Relations sont répertoriés dans Repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 relations septembre 1994 face à \u2019actualité Pour une revalorisation du politique Nouer de nouvelles alliances Le défi de l\u2019ACAT: nourrir l\u2019espérance LE GOUT DOUX-AMER DE LA POLITIQUE.qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019automne qui s\u2019amorce sera marqué par trois campagnes politiques dans la région montréalaise: campagne provinciale, campagne municipale et celle, moins suivie mais peut-être tout aussi fondamentale, de la commission scolaire.Une telle coïncidence est suffisamment rare pour qu\u2019on se demande s\u2019il ne devrait pas en résulter un supplément de sens et d\u2019intérêt pour les Montréalais: peut-être pourrions-nous voir enfin se dessiner quelques enjeux globaux, quelques pistes d\u2019action et d\u2019espoir pour les centaines de milliers de chômeurs, d\u2019assistés sociaux, d\u2019étudiants-décro-cheurs qui se concentrent de façon extraordinaire dans la métropole.À moins que la succession d\u2019élections en rafale ne produise encore plus de scepticisme et de désintérêt vis-à-vis de la chose publique.Ce ne serait que la poursuite d\u2019une désaffection qui sévit depuis déjà plusieurs années.Une désillusion en regard des espoirs soulevés par les leaders charismatiques des années 70.Une perte de sens, surtout, depuis que nos politiciens eux-mê- mes ont abdiqué toute velléité de pquvoir et de contrôle sur les questions à caractère économique.À force de désarmer et de se dire impuissants devant les forces économiques, nationales et internationales, à force d\u2019attendre, depuis quinze ans, que les conditions d\u2019un développement reviennent enfin, les politiciens ont eux-mêmes dévalué leur propre pouvoir.On ne peut se surprendre de l\u2019attitude des citoyens, de plus en plus sceptiques, pour ne pas dire cyniques face aux enjeux et débats politiques, alors que certaines décisions lourdes de conséquences sont pourtant imminentes.La perte de confiance envers le politique est telle que plusieurs ont pris pour acquis qu\u2019il faut simplement «vider la place» et remplacer les partis au pouvoir par l\u2019opposition, après deux mandats.sans égard aux programmes en présence! Le contexte nous oblige pourtant à une revalorisation, inéluctable, du politique.Non pas tant à cause de questions constitutionnelles qui seraient à l\u2019ordre du jour, bien qu\u2019elles ne soient pas sans importance; mais elles semblent toutes relatives comparées relations septembre 1994 195 aux défis qui se posent en matière de gestion environnementale, de développement économique durable, ou encore de maintien d\u2019un équilibre social viable.Il faudra bien, pour faire face à ces défis qui confinent à la catastrophe, faire quelques accrocs à la sacro-sainte loi du profit à court terme, que les discours libre-échangistes et monétaristes de nos dirigeants ont, depuis plus de dix ans, instituée comme unique étalon du développement social.Ce ne sont pas des solutions techniques, et encore moins économiques, qui nous permettront de faire face à nos obligations et de laisser à nos enfants autre chose que des dettes! Les défis qui se posent exigeront une participation consciente et éclairée de la part des citoyens, en regard de laquelle les progrès, rapides et réels mais encore limités, réalisés ces dernières années autour de questions environnementales ou sanitaires, apparaîtront comme le b-a-ba d\u2019une nouvelle citoyenneté.Cela peut sembler utopique, ou optimiste.Cela me semble incontournable.Heureusement, en même temps qu\u2019existe une désaffection envers le politique, nous observons la multiplication d\u2019engagements sociaux, de formes diverses de bénévolat et d\u2019action communautaire, souvent autour d\u2019objectifs qui apparaissent atteignables, avec des résultats mesurables pour les citoyens participants.Ce phénomène de croissance de la vie associative n\u2019est pas propre au Québec, mais il est remarqué partout, et interprété par certains comme une réponse à la perte de sens qui a accompagné la faillite des grands idéaux.Ces dynamismes communautaires et locaux ont été reconnus dès le Rapport Brundtland{« Penser globalement et agir localement») comme la voie nécessaire d\u2019un développement durable.Même les gouvernements libéraux ou conservateurs ont peu à peu misé sur eux pour inventer des solutions que les grands appareils n\u2019arrivaient plus à produire.Bien sûr, il y avait dans cette «conversion» au communautaire une vision parfois réductrice, économiste de cette perspective, n\u2019en retenant que le moindre coût possible pour des services s\u2019avérant quelquefois plus efficaces.Mais ce serait perdre de vue l\u2019essentiel, si l\u2019on s\u2019en tenait à cette caractéristique toute conjoncturelle: ce n\u2019est pas le salaire moindre payé à l\u2019employé communautaire ou le non-salaire au bénévole qui font qu\u2019ils sont des réponses novatrices, mais bien l\u2019articulation étroite et «synergique» qu\u2019ils peuvent développer entre les besoins et les solutions, entre les usagers et les producteurs.Ce sont aussi, dans le con- depuis 1976, les chefs de gouvernement (et, depuis les années 80, les ministres des Finances) des sept plus grands pays industriels du Nord (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Canada) se sont réunis annuellement pour discuter des problèmes du monde et de leurs propres politiques économiques1.Dans son rôle de mécanisme non officiel pour coordonner leurs politiques, le G-7 a eu un succès limité - comme en témoignent les frottements persistants entre États-Unis et Japon sur les dossiers commerciaux.Le G-7 a démontré une plus grande cohésion quand il s\u2019agit de faire front à des problèmes de pays n\u2019en faisant pas partie, surtout s\u2019ils présentent une menace pour ses membres à lui.La crise de la dette du tiers monde dans les années 80, la guerre du Golfe en 1990, la difficile conversion de l\u2019ex-bloc soviétique en économies de marché dans les années 90 - tous ces dossiers texte actuel de l\u2019exclusion dramatique d\u2019une proportion croissante de la population des sphères productives et socialement reconnues de la société, des occasions d\u2019insertion, d\u2019apprentissage et de participation qui n\u2019ont pas qu\u2019une valeur économique.La Ville de Montréal adoptera d\u2019ici peu une politique de développement local et communautaire, alors que les organismes communautaires se sont vu reconnaître un statut de partenaires essentiels par le réseau de la santé et des services sociaux: bien que les jeux soient loin d\u2019être faits et que les rapports entre politiciens, institutions et la «mouvance communautaire», ne soient pas toujours harmonieux, cela témoigne cependant d\u2019un pas dans la bonne direction.À la condition que cette mouvance ne soit pas simplement harnachée pour les services qu\u2019elle peut rendre, mais bien reconnue comme partie intégrante et vivante de la démocratie que nous voulons développer.Oui, le sens du politique peut être renouvelé, et contrée la crise morale qui frappe la société: il faudrait cependant pour cela que le principe (devenu adage) de la pensée globale - action locale soit mis en pratique dans ses deux pôles.C\u2019est-à-dire non seulement dans la simple vénération de l\u2019action locale, laissant aux politiciens et aux technocrates les questions complexes du développement global.Il faudra justement que ces politiciens osent se prononcer, et proposer des alternatives à la seule politique globale qui domine outrageusement, depuis trop longtemps, une politique qui est, en fait, un avilissement du politique: le libre-échange comme seul vecteur, comme panacée universelle.Tatcher et Reagan ont depuis longtemps quitté leurs capitales respectives, mais ce sont encore les mêmes recettes que semblent prôner les politiciens de toutes tendances pour favoriser un développement économique et social qui, après quinze ans de promesses non tenues, continue de se faire attendre.Comment devrions-nous transformer les institutions politiques et financières internationales, issues de l\u2019après-guerre, afin qu\u2019elles jouent le rôle politique dont nous avons besoin, pour harnacher et orienter le développement économique?C\u2019est en répondant à ces questions que nos politiciens nationaux pourront nous convaincre qu\u2019ils peuvent fonder le projet d\u2019une société québécoise comme celui d\u2019une nation adulte, co-responsable de l\u2019avenir de l\u2019humanité.¦ Gilles Beauchamp organisateur communautaire HORS DU G-7?se sont attiré une réaction politique plus ou moins uniforme de la part des Sept.Ces derniers prennent soin de coordonner leurs positions sur ces points au FMI et à la Banque mondiale, et ils exercent une profonde influence sur les ordres du jour.Les États-Unis exercent une fonction de direction au sein du groupe.Pourtant, ce qui est bon pour le G-7 n\u2019est pas nécessairement ce qu\u2019il y a de meilleur pour l\u2019ensemble du monde.Les Sept produisent peut-être les 2/3 de tout le PNB, mais leurs citoyens forment moins de 13% de la population du globe.Ainsi, la stratégie du G-7 pour contenir les retombées de la crise de la dette du tiers monde a peut-être aidé à sauvegarder les banques du 1.Ce texte a été publié dans Revue, un bulletin de l\u2019Institut Nord-Sud, été 1994, p.6, sous le titre: «L\u2019heure est-elle venue de nouer des alliances hors du G-7?».DES ALLIANCES 196 relations septembre 1994 Nord, mais elle a coûté des années de privation aux populations d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine.Et si l\u2019Amérique latine sort lentement de son endettement, l\u2019Afrique subsaharienne, elle, continue à ployer sous le faix d\u2019une dette de 200 milliards de dollars, due principalement aux gouvernements du Nord et aux institutions internationales.Le G-7 s\u2019est moins soucié de ce restant du problème d\u2019endettement, car il ne vient pas menacer le système financier du Nord.Par contre, il a accordé d\u2019importants allégements de dettes à l\u2019Égypte (pour la remercier d\u2019appuyer les alliés dans le Golfe) et à la Pologne (pour avoir été la première à sauter d\u2019une économie planifiée à un capitalisme de marché).Le G-7 a tenté de jouer à la «direction générale de l\u2019économie mondiale», mais ceci a produit peu de fruits tangibles.L\u2019expérience des dix-huit dernières années enseigne que les Sept devraient borner leurs discussions au règlement des problèmes existant entre eux, et ne pas tenter d\u2019imposer des solutions aux autres 87% de l\u2019humanité.Le Canada est le plus petit pays du G-7, par le PNB ou par la population.Peu de choses indiquent qu\u2019il ait une grande influence dans le groupe.En fait, il apparaît souvent comme un allié sur lequel peuvent compter les États-Unis face aux Européens.Dans le monde multipolaire en train d\u2019émerger, il est logique de vouloir démocratiser les institutions qui gèrent le globe et d\u2019associer le plus grand nombre de pays possible aux décisions.Les coalitions mouvantes, plutôt que les blocs rigides, risquent de mieux représenter les réalités et intérêts sous-jacents.Le Canada verrait peut-être ses intérêts mieux servis, par exemple, s\u2019il formait une coalition avec la Scandinavie et les Pays-Bas.Il pourrait aussi souhaiter nouer des alliances stratégiques avec d\u2019autres moyennes puissances, y compris certains pays en développement.Tout cela ne signifie pas que le Canada doit cesser d\u2019être membre du G-7.Plutôt, qu\u2019il doit être prêt à poursuivre ses intérêts d\u2019une façon plus pragmatique en compagnie d\u2019autres pays, tant au sein qu\u2019en dehors du G-7.¦ Roy Culpeper DIX ANS POUR ABOLIR LA TORTURE Un flocon de neige ne pèse rien.Pourtant, des centaines, des milliers d\u2019entre eux finiront par faire ployer la branche d\u2019arbre sur laquelle ils s\u2019accumulent.Aucun flocon ne pourra jamais identifier sa contribution précise, mais chacun aura été, véritablement, indispensable à la réussite commune.Lutter contre la torture est du même ordre: c\u2019est un travail de fourmi, patient, assidu, acharné, peu visible.Mais essentiel et, finalement, efficace.D\u2019une efficacité mesurable, comme la branche qui ploie et le prisonnier qui est libéré; mais aussi d\u2019une autre efficacité, moins visible mais tout aussi importante, comme la neige qui s\u2019accumule, la victime qui garde espoir, le tortionnaire qui s\u2019interroge ou le marcheur qui continue dans l\u2019obscurité de la nuit au lieu de s\u2019asseoir ou de rebrousser chemin.L\u2019Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture (ACAT) existe au Québec et au Canada depuis dix ans, après avoir été fondée en France en 1974.Son histoire ressemble à son action: modeste, tenace, espérante et.efficace, même si les succès ne se mesurent pas toujours en réalités comptabilisables.Complémentaire de celle d\u2019Amnistie internationale, sa raison d\u2019être est de mobiliser les chrétiens des diverses confessions religieuses dans le combat contre la torture, fléau qui touche encore près d\u2019une centaine de pays et des dizaines de milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants chaque année.Combat auquel s\u2019est ajoutée, avec les ans, la lutte contre la peine de mort.Et sa pédagogie est simple: «s\u2019informer, pour informer, agir et prier».Peu de gens oseraient approuver la torture: s\u2019il est un Mal considéré comme absolu, ce devrait être cette volonté d\u2019abîmer ce qu\u2019il y a d\u2019humain en la personne.Pour les chrétiens, ce Mal est d\u2019autant plus intolérable qu\u2019il vise un frère ou une soeur, créés à l\u2019image même de Dieu.Pourtant, même après dix ans de patient labeur, il est encore difficile pour l\u2019ACAT de recruter de nouveaux membres; comme si les chrétiens hésitaient devant les conséquences possibles de leur opposition à la torture.Il est vrai, comme le rappelle Guy Aurenche, président de la Fédération in- 1.L\u2019ACAT-Canada a ses bureaux au 336, avenue Clarke, Westmount H3Z 2E6, téléphone et télécopieur: (514) 933-2978.temationale des ACAT, qu\u2019«accepter d\u2019espérer, c\u2019est dérangeant.Le Samaritain en sait quelque chose.Il a dû se détourner, faire des frais, croire que la guérison était possible.Bien souvent, nous sommes trop pressés, (.) nous passons notre chemin et nous laissons périr un peu d\u2019espoir.» Mais inlassablement, l\u2019ACAT poursuit son action.Fondée par un noyau de bénévoles, l\u2019ACAT-Canada1 compte maintenant plus de cinq cents membres actifs (du Québec surtout, mais aussi du Nouveau-Brunswick, de l\u2019Ontario, de l\u2019Alberta et de la Colombie-Britannique), dont plus d\u2019une vingtaine de communautés religieuses contemplatives.En 1993, elle a contribué à la libération identifiée d\u2019une centaine de personnes à travers le monde, grâce à des interventions auprès des autorités de 77 pays différents.Chaque année, le 10 décembre, à l\u2019occasion de la Journée internationale des droits humains, elle organise la campagne des Bougies de l\u2019espoir, accompagnée d\u2019un envoi massif (environ 25,000 en 1993) de cartes postales pour la défense des enfants de la rue du Brésil et du Guatémala.L\u2019ACAT ne se contente pas d\u2019agir, surtout grâce à l\u2019envoi de lettres aux autorités.Elle croit aussi essentiel de réfléchir sur les causes et les mécanismes qui conduisent à l\u2019utilisation institutionnelle de la torture.Mais elle organise aussi la vigilance face aux cas de traitements cruels, inhumains ou dégradants dans nos propres pays et cherche des solutions à plus long terme grâce à l\u2019adoption d\u2019instruments juridiques nationaux ou internationaux, comme la Convention contre la torture qui a été finalement adoptée par les Nations unies en 1984.Par-dessus tout, ce qui fait sans doute l\u2019originalité de l\u2019ACAT, c\u2019est l\u2019importance qu\u2019elle accorde à la prière, qui est au coeur de toute son action: prière pour les victimes de la torture certes, mais aussi pour les bourreaux, et pour nous-mêmes, si souvent tentés par le défaitisme et la désespérance.Dix ans pour abolir la torture, c\u2019est peu.Mais pour ceux et celles qui la subissent, chaque jour de plus est un jour de trop.Comme le rappelle le nouveau directeur de l\u2019ACAT-Canada, Gérard Laverdure, «le défi qui nous attend est considérable, mais il est aussi passionnant: nourrir l\u2019espérance du monde, la leur et la nôtre.» É Dominique Boisvert relations septembre 1994 197 Fernand Jutras s.j, terminait en juin dernier son man-datà la direction du Centre justice et foi, Sous sa gouverne, s'est opéré un important travail de consolidation autour de la mission du Centre, son organisation, ses statuts et règlements, le renouvellement de l'équipe, Nous le remercions pour le travail accompli à la direction et nous apprécions qu'il demeure dans l'équipe de rédaction de la revue Relations.Nous accueillons le nouveau directeur général Jean-Marc Biron s.j, Ce dernier est déjà connu dans le milieu comme responsable des Programmes au CJF, animateur des Soirées Relations et rédacteur à la revue Relations.Nous lui souhaitons bon succès dans ce nouveau défi.Le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme (CCCSF) a diffusé dernièrement un ouvrage documentaire, intitulé 110 statistiques sur le travail et la famille au Canada, qui fournit des données sur l'écart entre les responsabilités familiales des travailleuses et travailleurs et le soutien que leur offrent les entreprises et le gouvernement.Le présent recueil de statistiques se veut un outil d\u2019éducation destiné à susciter la réflexion et le débat dans la population, dans les écoles, chez les décideurs qui oeuvrent dans les domaines du travail, de la santé, des services sociaux et du maintien du revenu.Il est à souhaiter que ce document favorise le changement dans les pratiques et les politiques du marché du travail, Pour tout renseignement: CCCSF, CP 1541, Suce, «B», Ottawa (Ont.) K1P5R5, Le Comité épiscopal des ministères annonçait dernièrement la création d'un nouveau groupe partenaire qui réunit les responsables diocésains des agentes et agents de pastorale laïques, Le nouveau groupe désire se pencher sur l'identité, le statut et les responsabilités de ses membres.Il veut réfléchir également sur les aménagements pastoraux qu'il convient d'apporter pour favoriser le meilleur engagement possible de ces personnes au service des communautés chrétiennes.Au dire de Mgr Robert Lebel, membre du Comité des ministères, cet événement constitue un moment historique et reflète bien l'esprit de communion et de partenariat qui guide les membres de cette formation.Une alternative prometteuse concernant la gestion des parcs et réserves est en voie d'exploration présentement.En effet les coopératives récréotouristiques de Mastigou-che, La Vérendrye, Papineau-Labelle, Portneuf et Mauri-cie profitent d'un moratoire pour étudier les scénarios qui permettraient de leur confier la gestion plutôt qu'à une compagnie traditionnelle.Cette «bataille» de quelques dizaines de travailleurs et travailleuses est plus importante qu'elle ne paraît, La relation entre coop de travail et propriété du patrimoine collectif est l'enjeu principal de ce débat.La coop de travail est la forme ultime de gestion participative, les employés étant en même temps co-pro-priétaires de l'entreprise, Pour plus d'informations, on peut communiquer avec la Fédération québécoise des coopératives de travail: tél.(418) 525-6891.Essayer de comprendre le phénpmène des chrétiens qui prennent leurs distances avec l'Église, voilà l'idée qui a présidé à la naissance de l'organisme Sentiers de Foi.Fondé à Montréal par le Père Irénée Beaubien, s.j., oecu-méniste, Sentiers de Foi célébrera son 10e anniversaire, le 1er octobre prochain.Caractérisé par une attitude d'ouverture, d'écoute et de dialogue, cet organisme aura accompagné des milliers de personnes désireuses de reconsidérer le rapport entre leur vie personnelle, la foi chrétienne et l'Eglise.Plusieurs activités seront offertes au public à l'occasion de ce 10e anniversaire.Pour de plus amples informations, vous pouvez communiquer à: Sentiers de Foi, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 495-4940;télécopieur: (514) 387-4244.Les massacres ethniques et politiques au Rwanda constituent un génocide à grande échelle.La lutte pour le châtiment des auteurs de violations des droits de la personne doit être considérée comme l'axe central de toute action de la Communauté internationale.À cet effet, à défaut de pouvoir recourir à une Juridiction Pénale internationale permanente, les Nations unies doivent créer de toute urgence une Cour pénale internationale pour juger les auteurs de violations massives des droits de la personne au Rwanda.C'est un appel urgent que lance la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH) à toutes les organisations membres.198 relations septembre 1994 DOSSIER rendez _à César Dérive démocratique et malaise fiscal liintn7 eo »9u«7 fit t.001 *?«10Q8*S à* Robert Fréchette/STOCK RENDEZ À CÉSAR.par Carolyn Sharp que faut-il rendre à César?Alors qu\u2019un malaise fiscal plane sur le pays, cette question ancienne est d\u2019une actualité percutante.L\u2019écoeurement de la population devant la multiplication des impôts et des taxes dépasse la répugnance naturelle à remettre à l\u2019État une partie des revenus durement gagnés.De sourdes résistances se manifestent.La contrebande et le travail au noir fleurissent.Des ressentiments insidieux surgissent, contre les bénéficiaires des programmes sociaux qui nous appauvrissent, contre les fonctionnaires qui gaspillent nos argents, contre le voisin qui s\u2019en tire mieux que nous.Notre système fiscal est certes traversé par des iniquités.La multiplication des taxes à la consommation affecte le plus durement les familles et les individus à faible revenu.Les REER et les exemptions des dividendes, sans oublier les fiducies privées et autres abris fiscaux, permettent aux mieux nantis d\u2019alléger leur part du fardeau fiscal.Et alors que les crises économiques n\u2019ont cessé d\u2019augmenter l\u2019insécurité financière des familles de classe moyenne, les réformes fiscales successives leur ont transféré une partie importante du fardeau fiscal1.Ainsi, de nos jours, il arrive qu\u2019un couple qui a des enfants paie plus d\u2019impôt qu\u2019un couple sans responsabilité familiale.Est-ce surprenant que les gens ordinaires se sentent écrasés?Faut-il s\u2019étonner que plusieurs rêvent d\u2019une société sans impôts et sans taxes?Une refonte du système fiscal en vue d\u2019une plus grande équité s\u2019impose.Et pourtant, il faut se demander si un tel effort mettra fin à la méfiance que tant de gens manifestent envers les impôts et les taxes.Car, au-delà de l\u2019élaboration et de la construction d\u2019une fiscalité équitable, il faut rétablir les bases idéologiques de notre système fiscal.Et, comme le suggèrent les auteurs de notre dossier, cela demeure une tâche profondément politique.Depuis plus d\u2019une décennie, des penseurs néo-libéraux prônent l\u2019abandon d\u2019une fiscalité progressive, la diminution des taxes et des impôts (surtout pour ceux qui ont le plus d\u2019argent à investir), la réduction des programmes sociaux et la 200 privatisation des services collectifs.Ainsi prétendent-ils restaurer la liberté du marché, éliminer les entraves à la créativité des plus entreprenants d\u2019entre nous et enlever du chemin des obstacles importants à l\u2019épanouissement humain.Nous connaissons la société duale que des politiques inspirées du néo-libéralisme ont créée.Mais ce qu\u2019on remet moins souvent en question, c\u2019est la manière dont le contexte néo-libéral empêche notre volonté collective de nous donner des projets communs et provoque Le contexte néo-libéral empêche notre volonté col- lective de nous donner des projets communs et provo- que des replis sur nous-mêmes forts étrangers à un esprit de partage et de so- lidarité.des replis sur nous-mêmes forts étrangers à un esprit de partage et de solidarité.Dans le premier article de notre dossier, Louis Balthazar montre comment notre malaise fiscal est le fruit d\u2019un conflit entre deux visions du monde.La vision néolibérale privilégie la liberté absolue de l\u2019individu et limite le rôle de l\u2019État à la promotion de cette liberté.Si les partisans de cette vision reconnaissent qu\u2019une société sans taxes est une utopie, ils souhaitent toutefois que soit exclu du régime fiscal tout argent pouvant servir à l\u2019investissement et à la capitalisation.À cette vision, l\u2019auteur oppose une vision humaniste, qui place au coeur de toute société la solidarité entre ses membres.Cette seconde vision reconnaît à l\u2019État un rôle actif, afin de favoriser cette solidarité, de promouvoir des aspirations communes relations septembre 1994 de justice et de venir en aide aux membres les plus vulnérables.Henri Sader nous permet de constater comment les iniquités de notre système fiscal sont à l\u2019image des rapports de pouvoir qui traversent notre société et de mesurer la distance qui existe entre la gestion actuelle de ce système et un contrôle démocratique de la fiscalité.Cette dérive politique explique en grande partie la croissance des iniquités fiscales.Dans une entrevue, l\u2019économiste Mario Seccareccia conteste l\u2019argument central du discours néo-libéral qui prétend que les déficits successifs provoqués par des dépenses sociales irresponsables ont créé une situation dangereuse d\u2019endettement public.En plus de démontrer les failles de cet argument, Seccareccia nous fait voir que les politiques fiscales qui en découlent sont elles-mêmes responsables de plusieurs aspects de la crise actuelle.Enfin, l\u2019analyse historique de notre collaborateur Jean Pichette permet de remettre en question une prémisse centrale du discours néo-libéral: celle qui prétend que les impôts et les taxes, parce qu\u2019ils entravent la liberté des individus et du marché, freinent la création des richesses.Cette analyse rejoint les préoccupations de Balthazar et de Sader, en prônant la révalorisation de la politique et ia subordination de l\u2019économie aux volontés collectives.Bref, notre dossier se veut un plaidoyer pour les impôts et les taxes.Sans angélisme, nous osons prétendre que les impôts et les taxes sont nécessaires à tout projet de société.Ce sont des moyens qu\u2019une société se donne afin de réaliser des projets collectifs.Et quand ces projets permettent la prise en charge des personnes démunies, on assiste à une forme de partage qui est l\u2019expression même de la relationalité fondamentale de la personne humaine.Le mythe néo-libéral d\u2019une société sans taxes est un mythe cruel.¦ 1.Voir Ruth Rose, «Un déficit \u201cfabriqué au Canada\u201d», Relations, no 592, juillet-août 1993, p.180. MALAISE FISCAL, MALAISE SOCIAL par Louis Balthazar1 nous ployons sous les taxes.Nous n\u2019en pouvons plus.Impôt sur le revenu qui vient nous arracher une portion substantielle d\u2019un salaire bien gagné, taxe foncière, taxe scolaire, taxes de vente de toutes sortes, sans parler de ces ahurissantes et omniprésentes TPS et TVQ.Non seulement nous payons beaucoup, mais tout semble organisé pour nous le rappeler le plus souvent possible.Et pour comble, on nous rappelle aussi souvent que toutes ces taxes ne parviennent pas à financer nos gouvernements qui s\u2019enlisent dans des déficits insurmontables.En conséquence, on parle de diminuer les services publics, même dans les secteurs jadis jugés intouchables comme la santé et l\u2019éducation.Il nous faudra donc payer davantage pour recevoir moins.Une situation qui frise l\u2019absurdité.Pour sortir de l\u2019impasse, la solution la plus souvent proposée est celle de l\u2019individualisme libéral qui réduit le rôle du gouvernement à sa plus simple expression.La solution proprement politique, pour peu populaire qu\u2019elle apparaisse présentement, demeure pourtant la plus féconde, la plus prometteuse, la plus humaine.Avant d\u2019examiner les deux solutions, revenons à la situation présente et au diagnostic que nous lui opposons spontanément.1.L\u2019auteur est politicologue et professeur à l\u2019Université Laval.Une situation absurde Si nous payons trop par rapport à ce que nous recevons, il est fort tentant d\u2019en conclure que nous sommes mal administrés.Les boucs émissaires sont trouvés: les politiciens qui cherchent à nous plaire, mais qui y parviennent si mal.Voilà les premiers responsables de nos malheurs.N\u2019est-il pas notoire que les gouvernements gaspillent sans vergogne?Il suffit de lire à chaque année le récit d\u2019horreurs que constitue le rapport du Vérificateur général pour constater que les fonds publics sont mal gérés.Pourquoi en est-il ainsi?Deux raisons sont le plus souvent invoquées.D\u2019abord, dit-on, nos politiciens et les fonctionnaires qui sont à leur service sont des profiteurs.Ils se servent de leurs fonctions pour s\u2019enrichir et pour se préparer une agréable et longue retraite.Ensuite, et c\u2019est là sans doute pourquoi la situation apparaît irrémédiable, les gestionnaires publics sont irresponsables.Par définition, selon une croyance largement répandue, ce qui est géré par un gouvernement est mal géré.Contrairement à l\u2019entreprise privée, où la motivation d\u2019un gain immédiat incite à une administration rigoureuse et frugale, le soi-disant serviteur du public n\u2019a aucun intérêt à faire fructifier les fonds qu\u2019il gère.Puisqu\u2019il jouit déjà d\u2019un salaire assuré et d\u2019autres avantages, il travaille le moins possible et se laisse happer par la relations septembre 1994 machine administrative au lieu de chercher à la rendre plus efficace.Bien sûr, ce sont là des mythes.Car il est assez évident, nonobstant tous les scandales dont nous abreuvent les journaux, que nos politiciens ne sont pas plus profiteurs que les dirigeants des entreprises privées; les cadres et employés de la fonction publique sont aussi dévoués à leur travail que leurs homologues dans le privé.La différence fondamentale tient à ce que les administrateurs politiques font l\u2019objet d\u2019un examen quotidien, puisqu\u2019ils sont nos élus et doivent nous rendre compte de leur gestion.Sans doute des politiciens ont souvent erré, agi de façon malhonnête, des fonctionnaires se sont avérés de mauvais administrateurs.Mais le dossier de l\u2019entreprise privée, pour ce que nous en savons, n\u2019est guère plus reluisant.Au cours des années 80, aux États-Unis, par exemple, les cas de fraude et de malversation ont été assez fréquents pour remettre en question un préjugé plus que favorable à l\u2019égard du monde des affaires.Quant à l\u2019irresponsabilité de certains fonctionnaires, elle est au moins égalée par celle de plusieurs employés d\u2019entreprises privées vouées à l\u2019exploitation maximale de la clientèle.Et que dire de nombreuses faillites?Les vices de la machine administrative sont souvent les mêmes dans le privé que dans le public.Ils sont dus bien plutôt à la taille des entreprises qu\u2019à leur finalité.Quoi qu\u2019il en soit, le malaise fiscal de- 201 meure et notre conviction d\u2019être mal servis par nos gouvernements s\u2019approfondit toujours.En conséquence, nous cherchons, par tous les moyens, à contribuer le moins possible à ce trésor mal géré et à en retirer le plus de bénéfices possibles.Nous payons plus pour recevoir moins?Cherchons donc à payer moins pour recevoir plus.C\u2019est là une conclusion proprement absurde, mais elle répond bien aux méthodes aberrantes à partir desquelles le trésor public s\u2019approvisionne.Comment réagir quand on entend dire que quantité de millionnaires ne paient pas un sou d\u2019impôt et que le fisc s\u2019abat sur vous, le contribuable moyen, à la moindre incartade?Réaction spontanée: je ne suis pas plus bête que les autres et je tâche d\u2019échapper à l\u2019impôt autant que je peux.Travail au noir, revenus en dessous de la table, fraude à la douane, achats de contrebande.Dans un tel système, le riche se sent proprement justifié de toutes les évasions fiscales qui lui sont possibles.Persuadé d\u2019être un créateur de richesse, il ne se sent pas redevable envers la société.Bien au contraire, sa seule présence parmi nous doit être considérée comme un bienfait.Évidemment, le pauvre ne se sent pas plus redevable à une société qui l\u2019accable, l\u2019aliène, lui refuse un emploi.Qu\u2019il profite au moins du peu qui lui est La solution proprement politique, pour peu populai- re qu\u2019elle apparaisse présentement, demeure pour-tant la plus féconde, la plus prometteuse, la plus hu- maine.accordé par le système, qu\u2019il aille même jusqu\u2019à tricher pour en recevoir davantage, cela n\u2019est que justice dans un système pervers.Voilà donc où nous en sommes.Chacun pour soi et tant pis pour les autres.Les autres s\u2019en tirent trop bien, qu\u2019il s\u2019agisse des professionnels, des garagistes ou des assistés sociaux.Mais moi, je paye trop de taxes, je travaille trop et je ne profite pas assez des biens publics.Voilà une absurdité dont on ne sortira pas à moins d\u2019un sérieux examen de la gestion publique.Mais nous attendons toujours le miracle comme à la loto, d\u2019ailleurs plus populaire que jamais.Une relance économique, venue on ne sait trop d\u2019où, fera mieux fonctionner les entreprises, fournira 202 des emplois à tous, garnira en conséquence les coffres du trésor public et nous assurera des services gouvernementaux universels et améliorés.Mais si cette relance ne venait pas?Comment échapper à l\u2019absurde?La solution individualiste Une première solution s\u2019inspire du libéralisme classique.Elle est propagée avec un certain succès par le courant néo-libéral, à la mode depuis une quinzaine d\u2019années.Il est assez curieux qu\u2019on parle de néo-libéralisme, alors qu\u2019on revient aux principes du laissez-faire d\u2019il y a un siècle.Mais ainsi va la mode: ce libéralisme ancien est devenu nouveau parce qu\u2019il contredit le libéralisme corrigé, issu de la crise des années 30 et des théories de John Maynard Keynes.La solution libérale pure s\u2019appuie sur une conception de la vie en société, selon laquelle la seule véritable réalité réside dans l\u2019individu.Tout le reste n\u2019est que construction, mythe, produit de l\u2019imaginaire.La théorie très à la mode parmi les sociologues français, dite du «constructivisme», contribue fortement à cette croyance.Selon cette théorie, il faut tout «déconstruire», à commencer par les sentiments d\u2019appartenance, pour retrouver la liberté individuelle toute nue; les solidarités, les regroupements sont toujours dangereux parce que susceptibles de conduire au fascisme.Reconnaissons, pour le moment, que cette affirmation est liée à une expérience historique indéniable.Mais l\u2019équation entre solidarité, tribalisme et fascisme apparaît pour le moins douteuse.Si donc tout doit se rapporter à l\u2019individu, la société ne peut reposer sur autre chose que sur un contrat entre individus, visant d\u2019abord et avant tout à assurer la sécurité de chacun.La première fonction du gouvernement ainsi mandaté par les individus sera de faire régner la loi et l\u2019ordre.Les forces armées et la police sont donc des institutions essentielles.Un gouvernement libéral doit aussi se charger d\u2019établir un certain nombre d\u2019infrastructures de base.Pour le reste, son rôle est essentiellement négatif: il doit voir à enrayer les entraves au fonctionnement des entreprises privées et stimuler leur croissance.La solution libérale, à la limite, invite donc les gouvernements à se retirer de toutes les autres fonctions qui ont été associées à ce qu\u2019on a appelé l\u2019État-Providence.Bien sûr, peu de gens pro- relations septembre 1994 posent aujourd\u2019hui un retrait aussi radical.Mais la tendance à la mode, c\u2019est de privatiser le plus possible et d\u2019en venir, en réduisant les services, à diminuer le fardeau fiscal.Ainsi, le citoyen sera amené à payer lui-même, suivant ses besoins, pour les services qu\u2019il veut bien recevoir.Les libéraux sont persuadés que de grandes économies seront ainsi réalisées, car ils croient fermement que des hôpitaux, des écoles et d\u2019autres institutions de ce genre seront mieux gérés par des capitaux et des personnes privés que par les pouvoirs publics.Leur conviction repose sur une conception plutôt simple de l\u2019être humain: la motivation la plus sûre, la plus efficace et la seule pertinente en définitive, serait celle de l\u2019intérêt personnel, du désir des individus d\u2019accumuler de la richesse.Selon cette conception, le service public est un leurre et n\u2019existe pas vraiment.On ne peut bien servir que soi-même.Disons que le comportement de plusieurs leur donne raison, en particulier le comportement généralisé vis-à-vis des impôts.Cette conception se dit optimiste.Car elle s\u2019accompagne de la fameuse théorie de la main invisible d\u2019Adam Smith: de la somme de nos égoïsmes découle le bien générai.Car nos intérêts sont complémentaires.Celui qui s\u2019enrichit fait travailler les pauvres qui s\u2019enrichissent à leur tour.Tant pis pour les laissés pour compte.En bon darwinisme, les tarés et les paresseux ne méritent pas grand-chose.Mais il y aura toujours la charité privée.On peut se demander toutefois si la philosophie libérale pure ne repose pas, au contraire, sur une vision très pessimiste de l\u2019être humain.Avant John Locke, champion du libéralisme et de la tolérance, il y a eu Thomas Hobbes qui a posé les fondements de la société libérale moderne.Hobbes, on le sait, était un pessimiste.Tous les humains, selon lui, sont des voleurs et des tricheurs en puissance.Car, à l\u2019état de nature, l\u2019homme n\u2019est autre chose qu\u2019un mécanisme d\u2019appropriation, un amas de désirs illimités.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019appétit illimité de chacun qui entraîne la nécessité du contrat social.Déjà, pour Hobbes, tout ce que nous appelons morale ou éthique, n\u2019est qu\u2019une construction de l\u2019esprit découlant de notre vie en société.Une construction nécessaire, mais non moins artificielle, et qui doit demeurer limitée à ce qui est strictement utile à la paix sociale.Pour le reste, que chacun voie lui-même à faire fructifier son bien et à assurer son bonheur.On comprend qu\u2019un système fiscal découlant d\u2019un tel libéralisme sera réduit à sa plus simple expression.Comme disait Ronald Reagan, les gouvernements doivent remettre l\u2019argent dans les poches des individus qui, eux seuls, savent le fai- Un système fiscal à la Reagan-Tatcher ne profite toujours qu\u2019à quelques individus.Wf'y-s re fructifier.Le seul petit problème, c\u2019est que l\u2019administration Reagan n\u2019a réalisé cela que pour quelques individus.La solution politique Une conception plus ancienne, peut-être plus problématique dans sa complexité, est celle élaborée par Aristote, sans doute après d\u2019autres, et raffinée par la pensée chrétienne.On connaît la phrase célèbre: «l\u2019homme est un animal politique».Cela revient à dire qu\u2019on ne peut concevoir l\u2019humain sans le situer dans une société, dans un certain ordre politique.L\u2019éthique aristotélicienne se divise en trois parties: individuelle, familiale ou domestique, et politique.La plus noble est la dernière.C\u2019est donc dire que, pour Aristote, la politique (la vie dans la cité) est le sommet de la morale.Cela peut faire sourire aujourd\u2019hui, mais il est à se demander si notre désillusion ne provient pas de notre exigence profonde de nous réaliser pleinement, de nous épanouir au sein d\u2019une société en vivant pleinement la solidarité qui nous relie aux autres humains, même ceux que nous ne connaissons pas.Le christianisme a repris cette conception de l\u2019homme social en l\u2019enrichissant.Car le message chrétien insiste à la fois sur l\u2019autonomie de la personne, seule responsable devant Dieu et, d\u2019autre part, sur la participation de tous à la grâce divine, sur la notion de corps mystique qui nous rend solidaires les uns des autres.La théologie de la personne, en particulier, en raison du mystère trinitaire, s\u2019élabore à partir de l\u2019autonomie de la personne divine et de la relation des trois person- nes entre elles.En d\u2019autres termes, la personne, humaine comme divine, doit se concevoir à la fois comme être autonome et comme être de relation et d\u2019amour.On peut en conclure qu\u2019au coeur de l\u2019être humain, si libre soit-il, existe un appel, une ouverture à l\u2019autre.L\u2019être humain ne saurait donc trouver sa plénitude que dans la solidarité sociale.Voilà bien ce que nous avons souvent perdu de vue.Voilà ce que la conception libérale, en voulant affirmer la liberté humaine dans son intégrité, a dû laisser tomber.Tout un système social a été érigé sur une conception atomiste de la société.Il en est devenu difficile d\u2019établir un moyen terme entre l\u2019individualisme absolu et un organicisme qui étouffe la liberté.Est-il seulement possible de concevoir encore une solidarité sociale qui n\u2019aille pas à l\u2019encontre des libertés?La conception aristotélicienne et celle du christianisme ne sont-elles pas tout à fait dépassées?Pas vraiment quand une personne, qui fut président-directeur général de l\u2019Association des manufacturiers du Québec, M.Richard Le Hir, peut écrire que «nous sommes condamnés à la solidarité» (Le Devoir, 24 mai 1994, p.A9).M.Le Hir n\u2019est pourtant pas un socialiste.Lpin de là.Il dénonce l\u2019engagement de l\u2019État dans un trop grand nombre d\u2019activités.Mais il dénonce aussi «le triomphe du chacun pour soi» et reconnaît «que seul l\u2019État dispose des leviers et des moyens pour rétablir les disparités.et fournir aux laissés pour compte du secteur privé une occasion d\u2019apporter une contribution valorisante et valorisée».Un autre témoignage est celui du journaliste Laurent Laplante.Dans une conférence portant sur «L\u2019éthique et la gestion des fonds publics», il déclare ce qui suit: «D\u2019où viendra l\u2019éclairage dont la con- science a besoin?De la solidarité.Du sentiment que j\u2019ai, de la certitude que j\u2019ai d\u2019être rattaché aux autres et d\u2019être responsable d\u2019au moins une partie de leur mieux-être.Si je ne ressens pas cette certitude, cette évidence au fond de moi, jamais l\u2019éthique n\u2019aura son sens pour moi».(L\u2019Agora, juin 1994, p.14-15) Et que dire du bénévolat, conçu comme une activité gratuite de don envers des étrangers dont on se sent solidaire?Jacques T.Godbout rapportait dans les pages de cette revue que 27% de la population canadienne s\u2019était déjà engagée dans l\u2019action bénévole encadrée (Relations, juin 1994, p.144).Le même auteur nous rappelle comment la solidarité est vécue intensément au sein d\u2019organismes comme les Alcooliques Anonymes.On pourrait citer encore bien d\u2019autres exemples pour montrer que les gens n\u2019ont pas tout à fait perdu un sens de la solidarité qui peut se réveiller à la moindre occasion.Le problème, cependant, c\u2019est le manque de confiance flagrant de nos populations envers les gouvernements et ceux qui les dirigent.Cela nous ramène au malaise fiscal.Les taxes nous pèsent d\u2019autant plus lourd que nous ne percevons plus leur bien-fondé et encore moins leur utilité.Il y aurait toutes sortes de moyens de nous informer de l\u2019utilisation de nos taxes sans tomber dans la propagande politique.Par exemple, pourquoi ne pas nous faire connaître la facture des soins médicaux que nous recevons gratuitement?Pourquoi ne pas nous informer du coût réel de l\u2019éducation durant une année scolaire?Il nous faudrait aussi des leaders politiques moins préoccupés de leur seule image et qui ne craindraient pas d\u2019exiger des sacrifices de la population.Où sont les Churchill qui nous promettaient «du sang, de la sueur et des larmes»?Ça ne marcherait plus, croyez-vous?C\u2019est à voir.Mais qui veut s\u2019y essayer?Les grandes personnalités politiques ne tomberont pas du ciel.Elles sortiront de nos écoles, où on aura enseigné autre chose que l\u2019art de réussir en affaires et l\u2019utilisation du dernier gadget informatique.C\u2019est à l\u2019école et dans une formation humaniste qu\u2019on peut apprendre à développer la solidarité humaine, le sens de la fraternité, de l\u2019amour.Nos politiciens nous parlent beaucoup de développement économique et de création d\u2019emplois.Sans doute, cela est-il bien important.Mais si on entendait parler de temps à autre de l\u2019amitié civique, de la solidarité sociale, de notre responsabilité les uns envers les autres, peut-être serions-nous mieux disposés à contribuer au trésor public.¦ relations septembre 1994 203 IMPÔTS ET DÉMOCRATIE par Henri Sader1 dans une société démocratique, ne faut-il pas qu\u2019il y ait un respect des choix collectifs en matière d\u2019imposition?Notre malaise fiscal actuel n\u2019est-il pas aussi symptôme de la distance qui s\u2019est installée entre la gestion de la fiscalité et la volonté politique de la population?Voyons par quels mécanismes une telle distance se manifeste.Premier constat préliminaire: tout le monde est d\u2019accord, nous payons trop d\u2019impôts.Études après études confirment l\u2019écrasement fiscal croissant et multiforme du contribuable moyen et impuissant.D\u2019un budget à l\u2019autre, notre revenu, net de taxes, d\u2019inflation, et de déflation, rétrécit comme une peau de chagrin.En moyenne, nous payons plus et recevons moins, pendant que quelques autres payent relativement moins, et reçoivent plus, encore plus.Robin des Bois se cache toujours dans sa forêt.Second constat préliminaire: il n\u2019y a vraiment rien de nouveau sous le soleil.Si l\u2019on remonte plus loin dans l\u2019histoire, on voit que la voracité de l\u2019État envers l\u2019argent des contribuables (anciens ou fraîchement acquis par les conquêtes) n\u2019est pas, pour ainsi dire, inhabituelle.L\u2019antiquité a connu le «tribut» qui évoque, à tous les niveaux, cette relation de force et d\u2019arbitraire entre vainqueur et vaincu.Un exemple brutal: lorsque Vercingétorix, le chef gaulois, rend ses armes après la défaite d\u2019Alésia, en 52 avant J.-C., il est contraint de verser un poids d\u2019or au vainqueur romain.Il s\u2019exécute non sans faire remarquer à César que le fléau de la balance est truqué.Le chef romain tire alors son épée, l\u2019ajoute au poids et s\u2019écrie: «Vae victis!» (malheur aux vaincus!).Plus près de nous, Versailles 1919: fin de la première guerre mondiale.Les vainqueurs démantèlent l\u2019empire austro-hongrois et imposent une paix humiliante aux vaincus.L\u2019Allemagne est contrainte de payer de lourdes réparations: l\u2019arbitraire est présent, même en démocratie.Les représentants des États démocratiques et pré-démocratiques ont toujours suivi de près les activités de leurs contribuables.Soit dans un but de surveillance, soit pour trouver les moyens créatifs de leur faire rendre à César ce qu\u2019ils consi- dèrent comme dû à César.Bien avant le débat sur les casinos, l\u2019empereur romain Vespasien (69-79 après J.-C.) fait cette réponse à son fils Titus qui lui reproche de mettre un impôt sur les toilettes publiques: «mon fils, l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur».Vespasien est un excellent administrateur.Il assainit les finances de Rome laissées dans un état désastreux par Néron, son prédécesseur, réussit à équilibrer le budget de son État, et freine le déclin de l\u2019Empire.Ce ne sont pas toutefois ses qualités d\u2019administrateur qui lui vaudront l\u2019immortalité, mais son impôt sur les latrines.Aujourd\u2019hui, personne ne parle de «budget vespasien», mais dans certains coins d\u2019Europe, les toilettes publiques portent toujours le nom de «vespasiennes».Ainsi, la petite histoire nous permet de retrouver très empiriquement le sens phi- losophique de l\u2019impôt: un prélèvement arbitraire, direct (Vercingétorix) ou indirect (Vespasien), opéré parfois avec subtilité, par les représentants de l\u2019État, sur le revenu du contribuable.Ces représentants considèrent ce revenu (l\u2019argent) comme «inodore», ce qui relègue la moralité au second plan, et signifie que tous les moyens sont bons pour pourvoir aux besoins dits «publics».La définition de ces besoins est élastique, évoluant avec le rôle ou la voracité de l\u2019État et ses représentants.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019impôt est loin d\u2019avoir un fondement contractuel puisque, historiquement, l\u2019État n\u2019avait pas l\u2019obligation de rendre service en contrepartie de son prélèvement: Vercingétorix meurt étranglé dans sa cellule.1.L\u2019auteur est économiste IMPOTS ET EQUITE \u2022\tQu\u2019est-ce qu\u2019un impôt équitable?Pour être équitable, c\u2019est-à-dire juste, un impôt doit satisfaire à deux exigences, ou principes.1)\tLe principe du sacrifice égal, ou celui de l\u2019«équité horizontale»: les personnes et les situations pécuniaires semblables doivent assumer un fardeau fiscal semblable.2)\tLe principe du sacrifice semblable, ou de l\u2019«équité verticale» qui lie le fardeau fiscal à la capacité de contribution.Ce principe fait appel à l\u2019impôt progressif: «À qui l\u2019on a beaucoup donné beaucoup sera demandé», comme disent les Écritures.Un impôt régressif, au contraire, enlève une proportion plus élevée d\u2019un revenu plus faible.Ex.: une taxe de vente de 7% frappe d\u2019une manière égale un pauvre et un riche.Cette contribution proportionnelle est cependant plus lourde pour le pauvre, puisqu\u2019il lui reste moins de revenu.\u2022\tQu\u2019est-ce qu\u2019un système fiscal équitable?Pour être équitable, un système fiscal doit satisfaire à trois exigences.1)\tIl doit avoir pour finalité une politique fiscale juste.2)\tIl doit s\u2019appuyer sur un impôt équitable, c\u2019est-à-dire sur des impôts qui «frappent» selon la capacité absolue et relative des contribuables.3)\tIl doit, au-delà des questions de justice distributive, fonctionner dans le respect des choix collectifs.Ce qui signifie un contrôle démocratique sur: a)\tles grandes orientations de la politique fiscale qui à la fois expriment et sous-tendent l\u2019organisation de la demande sociale et économique; b)\tla mise à jour de la fiscalité par le biais des modifications à la loi sur l\u2019impôt.204 relations septembre 1994 Le non-respect de nos jours Les protestations contre la TPS ont été vives au pays et particulièrement en Ontario.iîlMSS.F STs O *1 in GSI} bEn En 1994, les parties de bras de fer sont plus subtiles.Elles se jouent à grands renforts médiatiques entre les technocrates de l\u2019État, le commun des mortels, les groupes de pression et les sujets de première classe.Ces derniers payant des experts 400$ l\u2019heure pour tordre le bras au fisc.Ainsi réintroduit-on l\u2019élément de contrainte et d\u2019arbitraire, et par ce biais le non-respect des choix collectifs.Alors que dans un système parlementaire, l\u2019impôt ne devrait pas être établi sans le consentement des contribuables, dans les faits, encore de nos jours, le contrôle démocratique de la fiscalité demeure faible.La décision de faire ou de modifier la Loi sur l\u2019impôt reste tout aussi unilatérale.On se souvient de la brutalité avec laquelle la TPS a été imposée, et maintenue, malgré l\u2019hostilité de la population.Qu\u2019importe si la TPS a fait grimper les prix à la consommation, réduit le pouvoir d\u2019achat des consommateurs, accentué les inégalités, élargi la bureaucratie, encouragé le magasinage outre-frontière et renforcé l\u2019économie souterraine! Bien sûr, il y avait eu des choix; des choix dictés par des intérêts particuliers, et légitimés par des «nous n\u2019avons pas le choix», savamment édulcorés par les «experts».À l\u2019époque, le gouvernement conservateur, nonobstant la volonté collective, avait choisi un impôt hautement régressif, pour lutter contre un déficit largement créé par une politique fiscale elle-même régressive, c\u2019est-à-dire au service des élites.Cette politique se situe dans la droite ligne du refus traditionnel de fermer les échappatoires fiscaux qui ne profitent qu\u2019aux puissants, pour soutenir une politique économique au service de l\u2019être humain.Aujourd\u2019hui encore, malgré les grands déchirements, le gouvernement libéral fédéral recule devant sa promesse de respecter la volonté collective et d\u2019abolir la TPS et penche plutôt vers une TPS de type hypocrite.La majorité libérale du comité des finances chargé d\u2019étudier une alternative recommande dans son rapport le remplacement de la TPS « un » par une TPS «deux», cachée et plus «efficace», puisqu\u2019elle intégrerait les taxes de ventes provinciales et couvrirait l\u2019alimentation.Il est intéressant de constater que ce 2.Neil Brooks, «Replace GST with small income tax hike», in The Ottawa Citizen, 10 juillet 1994.Pour en savoir plus: Neil Brooks, Searching for an Alternative to the GST, Ottawa, Institute for Research on Public Policy, 1990.comité fonde son argumentation sur les témoignages des mêmes experts et groupes d\u2019intérêts qui avaient appuyé la TPS.Il est surprenant de voir que la principale préoccupation du comité a été, non pas de chercher vraiment une alternative à la TPS, mais de trouver un moyen de la faire accepter par les provinces.Pourtant il y avait et il y a toujours des choix à faire: entre la TPS ou, par exemple, une hausse de 3% de l\u2019impôt sur le revenu, qui compenserait le manque à gagner du gouvernement fédéral et rétablirait l\u2019équité verticale du système2.Liquider la TPS permettrait d\u2019en finir avec tous les désavantages inhérents à cette taxe.Les prix baisseraient, l\u2019activité économique serait stimulée et, en laissant le champ de l\u2019impôt indirect aux provinces, le gouvernement fédéral éliminerait une partie du fameux chevauchement et économiserait quelque deux milliards de dollars en frais d\u2019administration et en crédits pour la TPS! Mais là n\u2019est visiblement pas la priorité du comité, plus soucieux du bien-être des gens d\u2019affaires.Ces derniers veulent intégrer à la TPS fédérale la taxe provinciale qu\u2019ils payent sur leurs achats de matériel.Ce faisant, on refile le fardeau fiscal au consommateur.Bien sûr, la réforme de la TPS relève de la juridiction du ministre des Finances.relations septembre 1994 L\u2019on s\u2019étonnera peut-être de voir que le très influent sous-ministre M.David Dodge en est à son troisième «mandat».M.Dodge a servi auparavant deux ministres des Finances conservateurs: Michael Wilson et Donald Mazankovski.David Dodge est considéré comme le véritable architecte de la TPS et un représentant loyal de la philosophie de Vespasien.Nul doute que la TPS sera revue et corrigée par l\u2019auteur et, qui sait, peut-être un jour exportée aux États-Unis.Les mécanismes du non-respect Même le pouvoir de contrôle exercé par la Chambre des communes sur la production des lois, donc de l\u2019impôt, devient de plus en plus symbolique.On assiste ces dernières années à un transfert croissant du pouvoir législatif (Chambre) vers l\u2019exécutif (Cabinet).Voici en gros comment: 1 ) le gouvernement du jour fait construire des projets de lois complexes par les sous-ministres et leurs technocrates; 2) ceux-ci introduisent dans les projets de loi des clauses qu\u2019on pourrait dire «de variabilité»; 3) ces clauses 205 Frank Gunn/Canapresse réfèrent telle application de loi à des règlements établis par ces mêmes technocrates et experts; 4) ces derniers peuvent, en passant par le ministre du jour ou par le gouverneur en conseil, modifier certains règlements d\u2019une loi (donc son application), sans avoir à la faire repasser par la Chambre des communes.De façon générale, la réglementation économique est censée conférer à la politique économique et fiscale un surcroît de «flexibilité» et vise à améliorer la compétitivité des structures de production.Prenons un exemple qui touche la fiscalité: toute la question de l\u2019amortissement accéléré, qui permet aux entreprises de réduire leur bénéfice brut imposable et de reporter leurs impôts, tombe dans la partie «règlements» de la Loi de l\u2019impôt sur le revenu.L\u2019objectif est de permettre aux pouvoirs publics de mieux orienter l\u2019investissement, en encourageant un type d\u2019activité économique plutôt qu\u2019un autre.Quel que soit le mérite de ce transfert de pouvoir, il est clair qu\u2019en renforçant l\u2019exécutif, il pousse encore plus la dé-démocratisation des choix politiques qui sont à la base de toute politique budgétaire et fiscale et favorise une montée du pouvoir discrétionnaire.Démocratie à deux étages Le non-respect des choix collectifs nous apparaît encore plus grand quand on sait l\u2019influence qu\u2019excercent les puissants groupes de pression sur le gouvernement du jour (représentants des mégacorporations, coalitions, associations professionnelles, chambres de commerce, consultants et lobbyistes de tout acabit).Flanqués de bataillons d\u2019avocats-lobbyistes qui les représentent et les conseillent, ces centres de pouvoir vont, en coulisse, amorcer des jeux discrets avec les ministres et leurs bureaucrates.Le but est de chercher à agir sur une loi en vue de diluer son impact, ou de faire enchâsser une mesure dérogatoire qui préserverait les acquis ou les privilèges d\u2019un groupe par rapport à un autre.Ainsi, dans le labyrinthe croissant des règlements qui sous-tendent la production et l\u2019interprétation des lois, de grandes batailles fiscales se gagnent et se perdent, au grand dam du citoyen moyen et d\u2019une presse à grand tirage, mal à l\u2019aise dans tout ce qui n\u2019est pas spectaculaire.C\u2019est encore une fois le contribuable qui va défrayer les coûts du combat amiable qui se déroule entre l\u2019État et les plus habiles vendeurs du pays, depuis les 206 corridors des édifices de la Chambre des communes, jusqu\u2019aux collines des terrains de golf cinq étoiles.Le contribuable vaincu paye deux fois, sans jamais avoir participé au combat.Une première fois lorsque les frais du lobbyisme sont déduits de l\u2019impôt à payer par les centres de pouvoir qui se battent pour gagner ou maintenir des privilèges fiscaux.Une deuxième fois parce que leur résistance déplacera le fardeau de l\u2019impôt de ceux qui ont les moyens de se payer les plus habiles vendeurs au pays vers ceux qui ne les ont pas.C\u2019est ainsi que le court-circuitage des mécanismes correctifs de la démocratie parlementaire occulte et biaise encore plus l\u2019orientation de la fiscalité.Il est clair que le champ de la réglementation devient le lieu juridique préféré des affrontements idéologiques et des intérêts particuliers.D\u2019une façon générale, il est encore plus clair que le Parlement a perdu le contrôle du processus réglementaire3.Un simulacre de démocratie Avec l\u2019élimination par les conservateurs des dernières sources de conseils techniques indépendants (le Conseil des sciences du Canada et le Conseil économique du Canada), le gouvernement devient plus que jamais tributaire de l\u2019information et des «conseils» fournis par les professionnels et lobbyistes, qui confondent les intérêts privés qu\u2019ils représentent avec l\u2019intérêt public.Les récentes réformes de la loi sur les lobbyistes, diluées et timides, sont l\u2019équivalent du premier pas dans la traversée à la nage du Saint Laurent.On assiste ainsi au renforcement de la tendance qu\u2019ont les ministres de s\u2019entourer d\u2019un cercle de collaborateurs qui vont les conseiller sur les réformes et l\u2019élaboration des projets de loi.Pendant que ces cercles vont jouer le rôle de comités invisibles, où les jeux seront faits, les comités parlementaires, dont le rôle est critique dans l\u2019examen d\u2019un projet de loi ou d\u2019une question d\u2019intérêt public, vont le plus souvent servir à légitimer les biais cuisinés dans les lois et les privilèges par le pouvoir exécutif.La démocratie tourne ainsi au simulacre, ou à une opération de défoulement par l\u2019opposition qui attend son tour.L\u2019exercice de la responsabilité de l\u2019exécutif envers la Chambre des communes et les commettants se change en une habile opération de relations publiques, qui sert à dorer la pilule.relations septembre 1994 Comment corriger?Puisqu\u2019on ne peut vraiment parler d\u2019équité fiscale s\u2019il n\u2019y a pas respect des choix collectifs, et puisqu\u2019on ne peut parler de respect des choix collectifs s\u2019il n\u2019y a pas une démocratie véritable qui parte de ce principe directeur, le remède passe donc par la restauration de la démocratie.Par démocratie, il faut entendre la croyance qu\u2019une nation ne peut réaliser ses aspirations de justice et de paix sociale qu\u2019en respectant et intégrant la voix de la multitude dans toutes les dimensions de la vie publique et politique.Croyance certes, car rien ne tue plus la démocratie que le fait de ne plus y croire, rien ne la réduit plus que la culture managériale qui prêche, en guise de choix libre, la participation à la gestion du «nous n\u2019avons pas le choix» (leur choix), la participation sans la démocratie.Il nous faut donc viser l\u2019utopie, quitte à ne jamais l\u2019atteindre.Cette dynamique s\u2019appuie avant tout sur un état d\u2019esprit qui se manifeste par la participation active et le dialogue.Ce qui remet une société au diapason de la démocratie, c\u2019est le fait d\u2019y croire, d\u2019y faire croire et d\u2019y participer.C\u2019est de voir des personnes ordinaires dépasser le nombrilisme et rejeter le statut de consommateur passif, pour devenir les points focaux, les vecteurs de volontés diffuses, plus larges (il ne s\u2019agit pas, bien sûr, de raisonner en terme du tout ou rien, mais de s\u2019approprier une des myriades de sous-systè-mes qui tissent la toile de la réalité économique et sociale).C\u2019est de voir, à tous les niveaux, des personnes s\u2019approprier le champ de leurs intérêts personnels pour viser les différents aspects du mieux être de la communauté4.Alors, comme l\u2019ombre fuit la lumière, l\u2019État vorace sera tenu d\u2019intégrer le mécontentement des contribuables solidaires, et de restaurer le meilleur aspect de la démocratie parlementaire («le pire des systèmes en incluant tous les autres» disait déjà Voltaire): la représentation transparente, dans les deux sens des idées et de l\u2019éventail des possibilités d\u2019action politique.Alors seulement les gestionnaires seront plus respectueux de nos croyances, et l\u2019impôt plus ou moins équitable se construira, en tenant compte enfin de nos choix.¦ 3.\tRéglementation et compétitivité, 17e rapport du Comité permanent des finances de la Chambre des communes, janvier 1993, p.8.4.\tWilliam Greider, Who will tell the People, The Betrayal of American Democracy, Simon & Schuster, 1992. REGLER LE DEFICIT: À QUEL PRIX?Entrevue avec Mario Seccareccia \u2022 m t ' âr-S i La façon dont les gouvernements ont cherché à combattre les déficits depuis les années 80, hausse des impôts, taxes sur la consommation, coupures dans les dépenses sociales et les investissements publics, n\u2019a fait que paralyser davantage l\u2019économie et augmenter les déficits.Professeur au département de Sciences économiques de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Mario Seccareccia s\u2019intéresse depuis quelques années à la question du déficit.En collaboration avec Pierre Paquette, il a dirigé la publication intitulée Les pièges de l\u2019austérité aux éditions Les Presses de l\u2019Université de Montréal.Suite à une conférence donnée au Centre justice et foi, Jean Pichette a réalisé la présente entrevue.RELATIONS - De multiples commentateurs et analystes établissent un parallèle entre les finances personnelles et les finances publiques afin d\u2019expliquer le problème de la dette publique.Que pensez-vous d\u2019une telle analogie?Mario Seccareccia - On a effectivement tendance à transfé- rer à l\u2019échelle nationale la notion de dette s\u2019appliquant au niveau individuel.Pour certains, un endettement public envers des étrangers (c\u2019est-à-dire des créanciers Le verdict est clair: la voie de l\u2019austérité est un piège qui crée et entretient la stagnation économique et qui ne sert qu\u2019à un petit groupe de créanciers.au niveau international) s\u2019apparente à la dette contractée par un individu envers une institution financière au niveau natio- relations septembre 1994 nal.Plusieurs gouvernements, provinciaux en particulier, ont voulu vendre cette idée au public depuis quelques années, en réitérant les préoccupations des agences de cotation internationale: on a même vu le gouvernement conservateur citer à cet effet une étude du Fonds monétaire international (FMI).Cette analogie n\u2019est toutefois pas vraiment appropriée, même si une part grandissante de la dette fédérale est contractée à l\u2019étranger.Dans la même optique, les conservateurs, alors au pouvoir, avaient recours à l\u2019image d\u2019une carte nationale de crédit; ils accusaient d\u2019irresponsabilité des gouvernements (libéral ou néo-démocrate, bien sûr), pour avoir endetté des générations présentes et futures afin de financer une orgie de consommation publique courante.Encore une fois, cette analogie n\u2019était pas très appropriée.207 Service de la dette publique et dépenses de programmes du gouvernement fédéral en pourcentage des dépenses budgétaires.1974-1975 1980-1981 Dépense de programmes 89,0% Dépense de programmes 81,7% Service de la dette publique 11,0% Service de la dette publique 18,3% 1984- 1985 1992-1993 (prévisions) Dépense de programmes 77,4% Dépense de programmes 74,5% Service de la dette publique 22,6% Service de la dette publique 25,5% Source: Ministère des Finances, Ottawa, Comptes publics.REL.- Mais comment peut-on alors définir le déficit budgétaire et la dette nationale?M.S.- Il faut d\u2019abord distinguer les deux concepts.Le déficit, fédéral ou provincial, est tout simplement la différence entre les flux de dépenses gouvernementales et leurs recettes: c\u2019est donc le manque à gagner du gouvernement pour une période définie.Par exemple, selon les comptes publics, pour l\u2019année fiscale 1992-1993, les dépenses budgétaires du gouvernement fédéral étaient de 161,9 milliards de dollars, alors que les recettes s\u2019établissaient à 121,4 milliards: cet exercice financier se soldait ainsi par un déficit de 40,5 milliards.La dette fédérale, par contre, équivaut à la somme des déficits accumulés depuis le début de la Confédération, en 1867.Ainsi, à la fin de l\u2019année fiscale 1992-1993, le déficit de l\u2019année (40,5 milliards de dollars) a été ajouté aux déficits des exercices précédents, portant la dette publique du gouvernement fédéral à environ 460 milliards.De la même façon, le déficit courant d\u2019environ 45 milliards va porter la dette fédérale à plus de 500 milliards.REL.- Si tous ne s\u2019entendent pas sur les causes de ces déficits, il est du moins aisé de s\u2019entendre sur leur ampleur exacte.M.S.- Le problème est plus complexe qu\u2019il n\u2019y paraît, parce qu\u2019il existe plus qu\u2019une seule mesure du déficit.La mesure normalement utilisée par le gou- 208 vernement fédéral est celle correspondant au calcul du déficit selon les comptes publics.Il s\u2019agit en quelque sorte des comptes bruts du gouvernement, qui sont disponibles depuis la Confédération.La difficulté que pose cette mesure du déficit est qu\u2019elle inclut l\u2019ensemble des dépenses brutes du gouvernement: les dépenses pour le service d\u2019une limousine pour le Premier ministre sont ainsi traitées de la même façon que les dépenses de construction d\u2019un pont pour relier Ottawa et Hull.Si on appliquait ces règles de comptabilité aux entreprises privées canadiennes, elles seraient presque toutes en déficit cette année! La raison en est fort simple.Lorsqu\u2019une firme entreprend une dépense d\u2019investissement, on ne déduit pas l\u2019ensemble de cette dépense pour calculer les bénéfices nets sur une année, mais seulement un pourcentage de cette dépense, correspondant à la dépréciation.En incluant l\u2019ensemble des dépenses d\u2019investissement public dans les comptes publics, on fait donc comme si toutes ces dépenses d\u2019investissement courant étaient amorties sur une seule année, ce qui n\u2019est évidemment pas le cas.REL.- Existe-t-il une mesure plus efficace pour rendre compte de l\u2019importance de la dette?M.S.- La mesure du déficit primaire, souvent utilisée par le ministère des Finances, a l\u2019avantage de permettre une meilleure compréhension de la politique fiscale du gouvernement.Le déficit primaire est tout simplement la différence entre l\u2019ensemble des dépenses, excluant le service de la dette, et les recettes.L\u2019exclusion des paiements d\u2019intérêt du gouvernement permet ainsi de savoir si les dépenses du gouvernement visent à stimuler l\u2019économie ou si elles servent au contraire à payer de l\u2019intérêt à de riches Poids relatif des intérêts dans réconomie canadienne 1954-1991 (en millions de dollars et en pourcentage) \tIntérêts versés:\ten pourcentage du\ten pourcentage des \t(millions $)\trevenu intérieur\tbénéfices des entreprises 1953\t1 504\t7,4\t33,5 1960\t2 838\t9,7\t42,3 1965\t4 586\t10,9\t42,1 1970\t7 327\t10,9\t49,5 1975\t16 313\t12,0\t45,7 1980\t43 135\t17,5\t53,0 1981\t54 755\t19,6\t59,2 1982\t62 409\t21,5\t69,9 1983\t65 852\t20,8\t63,9 1984\t75 655\t21,6\t62,3 1985\t80 888\t21,5\t63,0 1986\t83 212\t21,0\t64,7 1987\t88 646\t20,5\t60,9 1988\t95 702\t20,2\t59,7 1989\t110 072\t21,9\t64,6 1990\t121 536\t23,5\t72,7 1991\t120 407\t23,7\t79,1 Source: F.Moreau, «Financiarisation: le cas du Canada», Économies et sociétés, Série M.P.9 (janvier-février 1994), p.342; Statistique Canada, Comptes nationaux des revenus et des dépenses.relations septembre 1994 rentiers et à des institutions financières.Par exemple, pour l\u2019année fiscale 1992-1993, l\u2019ensemble des dépenses étaient de 161,9 milliards de dollars, alors que les recettes se situaient à 121,4 milliards et les frais de la dette publique à 39,4 milliards.Cela veut donc dire que le déficit primaire était d\u2019à peine 1,1 milliard.C\u2019était d\u2019ailleurs la première fois depuis l\u2019année fiscale 1986-1987 que nous avions un déficit primaire: c\u2019est donc dire que pendant cinq ans, sous le gouvernement conservateur, nous avions eu un surplus primaire, qui avait même atteint un niveau record de presque 15 milliards de dollars en 1990-1991.REL.- À quel moment les problèmes budgétaires de nos gouvernements ont-ils débuté?M.S.- Nos gouvernements ont connu de légers déficits pendant les années 50 et 60, mais également de légers surplus, ce qui donnait somme toute des budgets relativement équilibrés pendant les deux premières décennies de l\u2019après-guerre.Tout va cependant changer pendant les années 70, en particulier autour de 1975.Tout d\u2019un coup, les déficits se sont mis à grimper, entraînant une hausse vertigineuse de la dette publique durant les deux dernières décennies.REL.- À quoi peut-on attribuer un tel renversement de la structure des finances publiques?M.S.- La réponse est très simple.Comme Andrew Sharpe et moi l\u2019avons affirmé dans Les pièges de l\u2019austérité (1993), ce renversement est d\u2019abord dû au changement dramatique que connaît la politique monétaire au milieu des années 70.La soi-disant crise du pétrole des années 70, avec les deux chocs des pays de l\u2019OPEP, en 1973 et 1979, avait en effet entraîné d\u2019importantes hausses du prix de l\u2019énergie, suscitant du même coup une inflation importante dans tous les pays occidentaux.Comme ailleurs dans le monde, nos politiciens ont alors été influencés par des économistes néoclassiques, d\u2019orthodoxie conservatrice, comme Milton Friedman.Selon ces économistes, il fallait absolument combattre l\u2019inflation par toute une gamme de mesures, comme le contrôle des dépenses du gouvernement, afin de réduire les salaires du secteur public et les transferts sociaux.Mais la principale mesure préconisée par ces économistes consistait en une politique monétaire restrictive.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1975, au Canada, notre Banque centrale est devenue monétariste, avec pour principal objectif de lutter contre l\u2019inflation.Pour ce faire, la Banque privilégia une hausse des taux d\u2019intérêt, ce qui devait selon elle entraîner une diminution de la demande de crédit et mener à une réduction du taux de croissance de la masse monétaire au Canada.REL.- Quel a été l\u2019effet de cette politique monétaire restrictive?M.S.- Cette politique a d\u2019abord entraîné une véritable «rentiérisa-tion» de l\u2019économie canadienne, se traduisant par exemple par une augmentation sans précédent de la part de l\u2019intérêt dans le revenu national.Les entreprises du secteur industriel ont du même coup été forcées de verser de plus en plus d\u2019intérêts au secteur financier.Cette ponction exercée par le secteur financier s\u2019est accompagnée d\u2019une hausse à long terme du taux de chômage au Canada.Mais, de façon encore plus dramatique, cette politique a surtout engendré une crise des finances publiques comparable à celle des années 30.Le service de la dette, exprimé en pourcentage des dépenses budgétaires totales, est ainsi passé d\u2019environ 10% en 1974-1975, à 25% en 1992-1993.Dans cette optique, il ne serait certainement pas exagéré d\u2019affirmer que le gouvernement agit un peu comme le tigre qui cherche à mordre sa propre queue.La façon dont il a cherché à combattre l\u2019inflation a engendré la crise des finances publiques et les gros déficits que nous connaissons aujourd\u2019hui.Et la façon dont les gouvernements cherchent à combattre les déficits depuis les années 80 - par une hausse des impôts et taxes sur la consommation ou par des coupures dans les dépenses sociales et dans les investissements publics - ne fait que paralyser davantage l\u2019économie, contribuant ainsi à l\u2019accroissement des déficits des gouvernements.On peut donc certainement dire que la politique économique est tombée dans un cul-de-sac.REL- Mais quels sont au juste les créanciers de cette dette?M.S.- En 1976, 45% de la dette du gouvernement canadien était détenue par des «particuliers et entreprises non constituées» et 55% par des institutions financières; en 1992, la part des particuliers était descendue à 25% et celle des institutions financières avait augmenté à 75%.Fait encore plus important, la partie de cette dette détenue par les étrangers, ou institutions financières internationales, a aussi augmenté.De 1975 à 1992, la part de la dette fédérale détenue par des non-résidents est ainsi passée de moins de 5% à plus de 20% (et jusqu\u2019à 26% en 92, selon la série de statistiques utilisée).La très grande partie de la dette détenue par des étrangers reste cependant dénommée en dollars canadiens: moins de 5% seulement est présentement dénommée en devises étrangères.L\u2019augmentation de la part de la dette publique détenue par des étrangers s\u2019explique par la politique monétaire restrictive de taux d\u2019intérêt élevés: il en résulte des écarts de taux entre le Canada et d\u2019autres pays, particulièrement les États-Unis, qui attirent beaucoup de fonds liquides vers le Canada.Cela a malheureusement un effet très négatif sur le compte courant de notre balance des paiements.REL.- De quelle façon peut-on éliminer le déficit?Les investissements dans les individus sont aussi importants pour la survie de la communauté que les investissements publics le sont dans l\u2019infrastructure physique.ft/ÊBÊÊÊ \t\t \u2014 relations septembre 1994 209 M.S.- Cette question présuppose que l\u2019existence même d\u2019un déficit et de la dette est mauvaise pour l\u2019économie.Je fais partie d\u2019un groupe minoritaire d\u2019économistes «keynésiens» qui croient que ni le déficit ni la dette ne sont des problèmes en soi.Le déficit dépend d\u2019autres facteurs, comme l\u2019activité économique, le chômage et les taux d\u2019intérêt élevés.Le déficit est donc le symptôme de problèmes plus graves auxquels il faut s\u2019attaquer.Ces problèmes exigent une augmentation des dépenses publiques, et non une réduction, afin de réduire le déficit.Cette augmentation doit toutefois être accompagnée d\u2019une restructuration des dépenses publiques: pour favoriser leur assainissement, il faut ainsi de toute urgence renverser l\u2019actuelle logique d\u2019évincement des investissements productifs des gouvernements au profit des paiements d\u2019intérêt et retourner à la structure des dépenses des années 60, avant le virage à droite monétariste.Bien qu\u2019il soit possible d\u2019éliminer le déficit budgétaire et de réduire la dette nationale à un niveau qui soit moins contraignant face à la finance, comme cela a été fait au Canada après la deuxième guerre mondiale, il est évident que, sauf pour des politiciens comme ceux du Reform Party, il n\u2019y a aucune raison économique valable de vouloir éliminer la dette publique.Après tout, un peu comme pour un individu ou une entreprise, une dette donne la flexibilité de pouvoir faire des investissements sans être contraint par des épargnes préalables.Pourquoi ne pas permettre au gouvernement de s\u2019engager lui aussi, par l\u2019endettement, dans des investissements publics à long terme?Le problème n\u2019est pas l\u2019existence de la dette, mais le financement, et en particulier les conditions du financement.D\u2019ailleurs, tous ces gens à la Preston Manning qui veulent éliminer la dette publique, et non seulement le déficit, ont des projets de société qui verraient l\u2019investissement et la consommation publiques descendre à zéro, parce que ce fardeau est selon eux trop grand pour les riches, qui doivent supposément payer tous les impôts.On connaît trop bien ces discours.Quelle ironie lorsque M.Manning nous dit que le Canada n\u2019a plus les moyens de se payer les programmes sociaux et les investissements publics qu\u2019il était pourtant capable de s\u2019offrir plus tôt, quand le niveau de richesse était moins élevé! REL.- Quelle serait à vos yeux une fiscalité saine?M.S.- Comme je le disais, l\u2019endettement est très important dans une économie monétaire comme la nôtre: sans lui, l\u2019économie ne pourrait 210 jamais s\u2019accroître.Après tout, ce qui est un déficit pour un secteur constitue un surplus pour un autre secteur, et la dette permet aux créanciers de pouvoir sauvegarder dans le temps leur surplus liquide (leurs épargnes).La question est plutôt de savoir si l\u2019endettement est compatible avec les conditions de financement de la dette.Pendant la dernière décennie, nous en sommes arrivés à une situation absolument intenable dans le domaine des finances publiques.Au lieu de nous endetter pour financer des investissements publics ou maintenir le capital humain de notre société, dans les domaines de la santé ou de l\u2019éducation par exemple, nous nous sommes endettés essen- II faut encourager les gouvernements à augmen- ter leurs dépenses de programmes et à redéfinir leurs priorités en faveur des plus démunis.tiellement pour payer de l\u2019intérêt à de riches rentiers et à des institutions financières.Ainsi, de 1983-84 à 1992-93, la somme des déficits était de 325,4 milliards de dollars, une somme presque identique à celle des intérêts payés pendant cette même décennie, soit 316,7 milliards.Ce qui veut dire que, sauf pour le 8,7 milliards d\u2019avance du système financier, le gouvernement fédéral s\u2019est endetté auprès du système financier quasi exclusivement pour payer de l\u2019intérêt à ce même système! En effet, si le taux d\u2019intérêt avait été de zéro entre 1983 et 1993, la dette publique en 1992-1993 aurait été de 143,7 milliards, soit la dette publique en 1982-83, 135 milliards, plus les 8,7 milliards avancés: au lieu de cela, la dette s\u2019établissait à 460 milliards, soit 3,2 fois plus! Trouvez-vous un tel système tenable?Naturellement, la réponse est non.Au lieu d\u2019un État-Providence qui s\u2019endette pour léguer un capital social et humain aux générations futures, nous avons le bien-être social pour les riches rentiers et les institutions financières.Voilà le vrai visage des politiques d\u2019austérité.REL.- Ces politiques d\u2019austérité n\u2019ont donc pas défavorisé toutes les couches de la population.relations septembre 1994 M.S.- Comme nous venons de le constater, il y a certainement eu des gagnants et des perdants avec ces politiques.Les gagnants ont été les créanciers, et les perdants, les débiteurs.En effet, par l\u2019entremise du déficit, il y a eu au cours de la dernière décennie un transfert massif de revenus du contribuable moyen en faveur des riches rentiers et de la finance en général.Cependant, il y a eu des implications encore plus désastreuses que ce transfert de revenus de la classe moyenne vers les riches.Par la hausse des taux d\u2019intérêt, par les coupures des dépenses qui ont été exigées par ces mêmes créanciers, l\u2019économie canadienne est plongée dans une crise profonde dont les plus gros perdants ont été justement les plus démunis, c\u2019est-à-dire les chômeurs et les assistés sociaux.Comme nous l\u2019affirmons dans notre livre, le verdict est donc clair: la voie de l\u2019austérité est un piège qui crée et entretient la stagnation économique et qui ne sert qu\u2019à un petit groupe de créanciers.REL.- Que peut-on faire pour renverser cette tendance?M.S.- Comme pendant les deux premières décennies de l\u2019après-guerre, il faut d\u2019abord entreprendre un programme massif d\u2019investissement public, ce qui aura pour effet de stimuler fortement l\u2019emploi et la productivité au Canada.Mais, pour éviter qu\u2019une telle augmentation des dépenses publiques ne fasse augmenter davantage le service de la dette, il faut progressivement court-circuiter le secteur rentier et donc financer ces nouveaux investissements directement par l\u2019Institut d\u2019émission du gouvernement fédéral, la Banque du Canada.Dans la même optique, il faut, sans doute, encourager les gouvernements à augmenter leurs dépenses de programmes et à redéfinir leurs priorités en faveur des plus démunis.Cela veut donc dire prendre la défense d\u2019un État-Providence qu\u2019on a peu à peu, sous la pression de gros déficits de la dernière décennie, voulu démanteler.Ces investissements dans les individus les plus démunis (c\u2019est-à-dire, dans leur capital humain - santé, éducation, etc.) sont aussi importants, pour assurer la survie de la communauté, que les investissements publics dans l\u2019infrastructure physique.Ainsi, contrairement à ce que les gouvernements ont fait pendant la dernière décennie, ce n\u2019est pas la dette, encourue pour payer de l\u2019intérêt aux riches rentiers, qu\u2019il faut léguer aux générations futures mais un capital social productif qui sera profitable pour l\u2019ensemble des communautés au Canada.¦ (Entrevue par Jean Pichette) Contre le terrorisme de la raison financière FISCALITÉ ET SOUVERAINETÉ par Jean Pichette1 ügg O Plus le monde nous paraît petit, plus il nous semble difficile de l\u2019embrasser d\u2019un regard capable de guider une action réfléchie sur lui.La forme économique de cette réduction du monde - la dite «mondialisation» - l\u2019exprime à merveille: c\u2019est elle qu\u2019on invoque désormais de façon privilégiée pour justifier une diminution des impôts en tous genres.La pudeur rhétorique des tenants d\u2019une «fiscalité concurrentielle» ne saurait toutefois cacher l\u2019enjeu véritable tapi derrière une apparente simple question de «gros sous», pour ne pas parler du «gros bon sens économique»: comment peut-on se représenter la société et ainsi envisager notre action sur elle?Est-il vrai que la nouvelle donne internationale nous contraint à un plus grand «réalisme» fiscal?La fiscalité peut-elle être définie de façon essentiellement négative, comme entrave au libre fonctionnement du marché, ainsi que le claironnent partout les nouveaux chantres du libéralisme?Réduit au statut d\u2019un agent économique parmi d\u2019autres - certains voudraient le limiter au rôle d\u2019agence de promotion des exportations -, l\u2019État, dans la pers- 1.\tStagiaire au Centre justice et foi, l\u2019auteur prépare une thèse de doctorat en philosophie de l\u2019économie.2.\tLa Chine n\u2019est-elle pas d\u2019abord un marché potentiel d\u2019un milliard de consommateurs?pective néo-libérale, voit son activité financière assimilée à celle de n\u2019importe quelle entreprise.Dans l\u2019immense marché auquel on réduit aujourd\u2019hui la société2, les «produits» offerts par l\u2019État devraient ainsi l\u2019être à un prix concurrentiel.Si le citoyen-consommateur n\u2019en a pas «pour son impôt», il devrait ainsi pouvoir recourir aux services d\u2019une autre entreprise.Malheureusement, nous rappellent avec horreur les apôtres du marché à tout crin, l\u2019État, par son pouvoir fiscal contraignant, constitue un véritable monopole, objet de dégoût pour ces idéologues, un dégoût d\u2019ailleurs directement proportionnel à leur éloignement des postes de contrôle de ces obstacles à la liberté de commerce.La conclusion de cette triste histoire, dans sa version la plus radicale, s\u2019impose alors d\u2019elle-même: en parasitant le fonctionnement du marché, l\u2019impôt s\u2019opposerait à la démocratie, dont les plus fervents «opposants» seraient bien obligés de reconnaître, depuis qu\u2019on voit tomber une à une toutes les pierres d\u2019un mur célèbre, qu\u2019elle consiste justement dans le libre déploiement du marché.Toutes les attaques contre l\u2019impôt n\u2019ont bien sûr pas la même véhémence.Le sentiment d\u2019injustice éprouvé par les «classes moyennes» quant au poids relatif disproportionné de leur charge fiscale ne peut être inscrit, du moins unilatéralement, dans cette perspective idéologique.Les appels récurrents - pour ne pas dire incessants - à une diminution de la charge fiscale des entreprises font tou- relations septembre 1994 tefois largement écho à cette mythologie libérale, dont l\u2019un des plus beaux fleurons, les Reaganomics des années 80, allait jusqu\u2019à affirmer que les taxes régressives aidaient les pauvres! Il s\u2019agissait d\u2019y penser: en taxant davantage les pauvres que les riches, on libérait chez ces derniers un capital dont l\u2019investissement allait créer des emplois et sortir les pauvres de leur misère.Aucune politique de redistribution de la richesse ne saurait ainsi être plus bénéfique aux miséreux que la magie du marché.Un regard différent, grâce à l\u2019histoire À quelque enseigne qu\u2019on loge sous la critique de la fiscalité ou de ses modalités d\u2019application, le problème est ainsi pratiquement toujours posé sous un angle économique, comme si la raison profonde de l\u2019impôt trouvait là son expression essentielle.L\u2019examen historique de cette question permet toutefois de jeter un regard différent sur l\u2019impôt et de ramener au devant de la scène sa dimension proprement politique: à travers la question fiscale, c\u2019est en effet celle du rapport entre le politique et l\u2019économique qui se pose.Plutôt qu\u2019à une simple dissolution du politique dans l\u2019économique, au nom 211 d\u2019un «réalisme financier» dont la présentation dans les termes de la fatalité constitue une forme de terrorisme, c\u2019est ainsi à une réflexion sur l\u2019articulation du rapport entre l\u2019individu et la société que l\u2019examen de la fiscalité doit nous mener.Appréhendée de cette façon, la question de l\u2019impôt permet de jeter un éclairage différent sur l\u2019idéal démocratique et ses avatars contemporains.Fiscalité et souveraineté procèdent en effet d\u2019une même dynamique historique: ces deux termes s\u2019avèrent en quelque sorte indissociables, même dans la forme moderne - démocratique - de la souveraineté, dont il faudra préciser les contours.Ce qui se lit ainsi, à travers la charge néo-libérale contre la fiscalité, c\u2019est un abandon, au nom même de la démocratie, de la souveraineté du peuple, entendue comme la capacité de la société d\u2019agir réflexivement sur son devenir.La même logique sous-tend d\u2019ailleurs, à l\u2019inverse, la prolifération contemporaine des groupes d\u2019intérêts les plus divers, qui tentent de mobiliser i\u2019«opinion publique» en leur faveur afin de se faire accorder des privilèges fiscaux ou de s\u2019approprier une part grandissante de l\u2019assiette fiscale.L\u2019impôt et la naissance de l\u2019économie L\u2019ostracisme néo-libéral à l\u2019égard de l\u2019impôt fait preuve, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, d\u2019un singulier manque de perspective historique.Il est étonnant qu\u2019on voie l\u2019impôt comme une entrave au développement économique alors qu\u2019il a au contraire constitué le levier peut-être le plus important pour assurer la «libération» des pratiques économiques.Un examen très sommaire des origines du système fiscal moderne permettra de mesurer l\u2019importance de l\u2019impôt pour la constitution d\u2019un ensemble de pratiques sociales reconnues comme «économiques».Le Moyen Âge européen connaît bien le fisc, qui désigne déjà, à l\u2019époque carolingienne, le domaine du roi, sa «propriété».Cette conception «privée» du fisc demeure toutefois indissociable des rapports d\u2019allégeance personnelle qui Ce qui se lit, à travers la charge néo-libérale contre la fiscalité, c\u2019est un aban- don, au nom même de la démocratie, de la souve- raineté du peuple, entendue comme la capacité de la société d\u2019agir réflexive- ment sur son devenir.lient le roi féodal à ses vassaux: il n\u2019y a pour ainsi dire pas d\u2019écart entre le fisc et ies biens propres du roi.Il faudra attendre le XIIle siècle pour que le fisc acquière un certain statut d\u2019autonomie face au roi, selon des modalités que nous préciserons plus loin.Les exigences financières accrues des États modernes naissants3 contribueront à la consolidation de cette impersonnalité du fisc face au roi: les dons en principe temporaires accordées par les vassaux au roi, en vertu de leur devoir d\u2019aide, se transformeront ainsi peu à peu en impôt royal per- manent, consacré en France par l\u2019ordonnance royale de 14394.Il ne faudrait toutefois pas réduire l\u2019impôt royal à une simple ponction supplémentaire sur les biens des sujets du roi.Car le caractère de plus en plus impersonnel prêté au fisc s\u2019accompagne d\u2019un mode de recouvrement de l\u2019impôt qui tend à modifier en profondeur les rapports du sujet au roi et à la société.La dimension monétaire - plutôt que «matérielle» - de ce prélèvement s\u2019avère en effet profondément perturbatrice à l\u2019égard des modalités traditionnelles d\u2019«échange»: elle oblige une population jusque-là largement étrangère à cette réalité à entrer dans l\u2019espace du marché afin d\u2019acquérir la monnaie permettant d\u2019acquitter la nouvelle dette fiscale.L\u2019impôt permet ainsi à une logique d\u2019échange confinée dans les marges de la société (les rapports avec l\u2019extérieur) de pénétrer profondément au coeur du tissu social.Les politiques dites «mercantilistes», en vigueur du XVIe au XVIIIe siècles, accentueront cette dynamique en mettant de l\u2019avant des mesures visant la réduction des «échanges non marchands», difficilement «captables» par le fisc, au profit des échanges commerciaux5.L\u2019implantation de l\u2019impôt royal permet ainsi une extension des rapports marchands, inassimilable au simple passage du «troc» à une «économie monétari- 3.\tExigences engendrées notamment par les guerres incessantes entre l\u2019Angleterre et la France, deux pays qui se trouvent au coeur de cette dynamique.4.\tAlain Guéry, « Raison financière et raison politique d\u2019Ancien Régime», in La pensée politique, no 2, 1994, p.229-241.5.\tPierre Rosanvallon, Le capitalisme utopique.Critique de l\u2019idéologie économique, Paris, Seuil, 1979.À LA RENCONTRE DES NOUVELLES RELIGIONS Réimpression du dossier paru dans le journal «Parabole» vol.XVI no 4 Préparé en collaboration avec le Centre d\u2019information sur les nouvelles religions (CINR) Prix: 0,50$ ch.(taxes incluses).Commandez à: S0CABI Société catholique de la Bible, 7400 bout Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc.: (514) 274-5184 212 relations septembre 1994 ée», comme si la monnaie ne faisait que faciliter une logique économique toujours présente dans les rapports sociaux.Cette lecture libérale de l\u2019histoire, au demeurant largement reprise par la «gauche économique», est tout entière écrite sous le sceau de l\u2019incomplétude.Comme si les sociétés «pré-économiques» étaient incompréhensibles hors de la mesure du «manque» qui les distancierait d\u2019un modèle de société - en l\u2019occurrence la nôtre - où l\u2019économie ne serait plus dissimulée dans les pores des relations traditionnelles entre les individus.La projection de cette logique économique sur des rapports inter-individuels entièrement assujettis aux normes traditionnelles (à la culture au sens large), ne vise en fait qu\u2019à masquer la dimension instituée de l\u2019économie.Les rapports inter-individuels strictement fondés sur les besoins des échangistes ou sur l\u2019utilité des biens, tel que le déploiement du marché le favorise, n\u2019ont rien de «naturel», contrairement à ce que nous disent les «fables» libérales.L\u2019échange économique est une institution: il est le produit de mécanismes ou de règles formelles instaurés par le pouvoir politique.Il y a ainsi une dimension irréductiblement politique logeant au coeur de l\u2019activité économique.Le discours économique naissant, au tournant du XVIIe siècle, reconnaissait d\u2019emblée ce caractère politique de l\u2019économie en se dénommant lui-même «économie politique»: il se présentait ainsi comme un projet politique visant l\u2019établissement de rapports entre individus, rapports fondés sur l\u2019institution de la propriété garantie par l\u2019État.La propriété, en libérant le propriétaire des normes culturelles, coutumières, régissant traditionnellement l\u2019usage de la chose, constitue en effet une incontournable condition de possibilité de l\u2019échange économique: sans l\u2019espace de liberté qu\u2019elle dégage pour le propriétaire, l\u2019établissement de rapports impersonnels (instrumentaux, utilitaires) sur le marché demeure impossible.On comprend, dans cette optique, que l\u2019impôt ne puisse être simplement assimilé à un obstacle au déploiement «naturel» des rapports marchands: au contraire, il a historiquement favorisé l\u2019émergence de ces pratiques lors de sa 6.Le développement suivant s\u2019inspire largement des idées développées par Ernst Kantorowicz dans «Christus-Fiscus», in Mourir pour la patrie et autres textes, Paris, PUF, 1984, p.59-73.Voir également, du même auteur, un ouvrage essentiel sur la question de la souveraineté: Les deux corps du roi, Paris, Gallimard, 1989 (original: 1957).lente mais progressive instauration.Mais si l\u2019appréhension libérale du fisc, par la négative, ne suffit pas à en préciser la «nature», comment peut-on cerner celle-ci et saisir du même coup la portée profonde de ce qu\u2019elle inaugure?Fisc, Couronne et souveraineté La volonté de définir positivement l\u2019impôt ne peut passer par sa réduction à une simple question comptable, qui permettrait l\u2019analogie entre les finances personnelles et les finances publiques, l\u2019État apparaissant alors comme un agent économique spécifique.Cette conception instrumentale de l\u2019État place en effet au coeur de la dynamique constitutive de celui-ci un type de rationalité - l\u2019économie - qui présuppose la capacité institutionnelle de l\u2019Etat: il y a un paradoxe insurmontable dans le projet de cerner la spécificité de l\u2019État - et de l\u2019impôt - par un biais économique.Seul le déplacement de la question fiscale du côté d\u2019une réflexion sur le domaine proprement public ouvert par l\u2019État permet de lever cette hypothèque.À cet égard, le développement concomitant des idées de «fisc» et de «Couronne» s\u2019avère extrêmement révélateur relations septembre 1994 quant à la signification profonde de l\u2019impôt6.Un bref examen de cette double genèse permet d\u2019éclairer le rapport consubstantiel liant l\u2019État et le fisc, avant même toute considération de nature spécifiquement économique.Il a ainsi été fait mention plus haut de la reconnaissance, au XIIIe siècle européen, d\u2019un domaine public distinct du patrimoine personnel du roi: le fisc apparaît en effet à cette époque comme un ensemble de biens quasi sacrés, exclus de ce fait d\u2019une possible donation royale.Cette allusion à la sacralité du fisc n\u2019est pas fortuite.Elle fait écho à celle des biens ecclésiastiques, à une époque où sont d\u2019ailleurs mis en parallèle Christus (l\u2019Église) et fiscus: la constitution d\u2019un domaine impersonnel de «propriété», indépendant de la personne du roi, interdit à ce dernier d\u2019en disposer librement, de la même façon que le patrimoine ecclésiastique ne peut être simplement assimilé à celui d\u2019un de ses «officiers», fût-il le pape lui-même.Or cette reconnaissance d\u2019un patrimoine fiscal inaliénable est indissociable de celle de la «Couronne», en tant que principe intemporel et suprapersonnel distinct de la personne du roi.Si on commence à admettre que «le roi ne meurt jamais», c\u2019est en effet parce qu\u2019on lui prête une double «personnalité»: naturelle et mortelle, d\u2019un côté; fictive et immortelle, de l\u2019autre.La mort physique du 213 Canapresse roi n\u2019efface jamais l\u2019office qu\u2019il occupe, le principe (la «Couronne») qui, au-delà de sa personne physique, fonde sa souveraineté.Le caractère inaliénable du fisc fait d\u2019ailleurs écho à cette immortalité du roi: en tant que patrimoine suprapersonnel, public, le fisc est reconnu comme un domaine immortel ne pouvant être soumis à une volonté personnelle, mortelle.Déplacement de la souveraineté du côté du peuple Le rapport entre la personne du roi et le fisc devient ainsi problématique, jusqu\u2019à opérer une scission entre le roi régnant et le domaine public du fisc.Le principe d\u2019immortalité fondant la souveraineté du pouvoir du roi tend alors à s\u2019exprimer de façon privilégiée dans la sphère impersonnelle publique que constitue le fisc: c\u2019est pourquoi celui-ci peut dès lors être perçu comme l\u2019«âme de l\u2019État».Le fisc devient en quelque sorte l\u2019empreinte de la souveraineté, en tant que celle-ci ne saurait loger dans la personne même du roi.Étroitement lié, dès l\u2019origine, à la question de la souveraineté, le fisc, lentement mais sûrement, ne cessera de creuser l\u2019écart entre lui et la personne du roi.L\u2019abstraction croissante du domaine fiscal, par la dynamique économique (monétaire) qui le traversera toujours davantage, finira par le rendre inconciliable avec l\u2019incorporation de la souveraineté dans la personne physique du roi.Le principe abstrait de la souveraineté pourra alors se déplacer du côté du peuple: c\u2019est lui qui sera désormais considéré comme la source d\u2019émanation du pouvoir.Le déplacement de la souveraineté du côté du peuple - en un mot: la démocratie - ne transforme pas pour autant cette souveraineté en une réalité empirique.Elle garde son caractère en quelque sorte idéel: elle continue de renvoyer à une représentation de soi qui prend pour la société valeur normative.Mais l\u2019idéal de «justice», qui renvoie à une vision d\u2019ensemble de la société capable de prendre aux yeux des membres de celle-ci valeur de projet, acquiert dans le cadre démocratique une dimension de plus en plus réflexive.Certes, la royauté avait contribué à unifier l\u2019idée de justice en se présentant comme ultime instance autorisée à dire le droit face aux revendications locales coutumières et traditionnelles les plus éparses7.Mais l\u2019appréhension 214 réflexive de cet idéal de justice transige désormais, en démocratie, par la figure du citoyen: celui-ci, loin d\u2019être confiné à ses intérêts particuliers, en appelle au contraire, au nom de la Raison, à un dépassement de ceux-ci dans la quête du bien commun.Cette recherche réflexive du «bien commun» n\u2019est bien sûr pas étrangère au fisc, qui en constitue au contraire le terrain électif, comme on l\u2019a vu.En déplaçant le fondement du pouvoir au sein même de l\u2019espace social, la démocratie marque une étape supplémentaire dans la prise en charge réflexive des grandes orientations de la société, qui apparaissent alors pour ce qu\u2019elles sont: auto-instituées.Le peuple désormais souverain trouve alors dans l\u2019impôt un redoutable levier d\u2019action pour agir sur la société, afin de la rendre adéquate à l\u2019idéal de justice qu\u2019il porte.Place au citoyen et à la politique La crise contemporaine de la fiscalité en est une de légitimité.Elle nous pose donc un problème politique auquel nul comptable patenté ne peut apporter de réponse.Il ne s\u2019agit bien sûr pas ici d\u2019écarter les «gens de chiffres» de ce débat, mais de refuser de déplacer celui-ci sur un terrain qui n\u2019est pas le sien: c\u2019est donc tout «naturellement» que la question fiscale se pose sur le terrain politique, dans la mesure où elle demeure indissociable du problème de la souveraineté.L\u2019abord politique de la question fiscale doit s\u2019entendre au sens fort du terme « politique » : le débat ne saurait donc être confiné à l\u2019intérieur des paramètres fixés par la logique financière ou économique.Il faut par exemple cesser de présenter la «mondialisation de l\u2019économie» comme une donnée objective, incontournable, à laquelle il faudrait nécessairement se soumettre.L\u2019assujettissement contemporain du politique à la logique économique est en train de le vider de sa raison d\u2019être: la détermination, sur une base réflexive et critique, des grandes orientations de notre devenir collectif.Chaque concession accordée à la logique économique, sous les auspices d\u2019une nécessaire «adaptation à l\u2019inévitable», nous prive d\u2019une part grandissante de notre capacité à esquisser les contours de notre avenir et nous contraint à devenir de plus en plus malléables pour nous adapter à un environnement fuyant.Nous ne sommes pourtant pas obligés, au nom d\u2019un néo-darwinisme caché sous des relations septembre 1994 oripeaux technocratiques, de nous transformer en singes savants! Cette nécessaire subordination de l\u2019économie au politique n\u2019implique nul retour nostalgique au symétrique inverse des «lendemains qui chantent»: le «bon vieux temps».Il ne s\u2019agit pas davantage de faire table rase d\u2019une logique de rapports inter-individuels porteuse, à maints égards, d\u2019une dynamique émancipatrice.Il nous faut, comme société, poser des balises au déploiement de la logique économique plutôt que de laisser le marché (dés)orienter notre devenir.Cela doit d\u2019abord passer par le refus de l\u2019assimilation abusive de la démocratie au marché.La démocratie, en ramenant le principe de souveraineté à l\u2019intérieur de l\u2019espace social, ne l\u2019a pas découpé en une multitude de «producteurs-consommateurs souverains».C\u2019est le citoyen, non l\u2019entrepreneur ou le consommateur, qui, dans la modernité, était porteur de cette souveraineté.Mais ce citoyen, loin d\u2019être une simple personne empirique, exprimait lui-même l\u2019idéal (projectif) d\u2019un sujet de Raison, que l\u2019éducation avait pour tâche d\u2019«ériger».Une fois assumée réflexivement, cette capacité de la société d\u2019agir sur elle-même était ainsi résolument tournée vers l\u2019avenir, conformément à une représentation de la société se posant toujours du point de vue de son unité.Le marché, laissé à lui-même, rompt radicalement avec toute vision synthétique et réflexive du monde.Au nom du «réalisme», il abandonne ainsi un héritage civilisationnel patiemment construit et nous contraint à une adaptation tous azimuts (après le «monde», quoi d\u2019autre?).Un tel abandon de la souveraineté - dissolution radicale de notre présence politique au monde - ne saurait toutefois laisser intact son «incarnation historique», le domaine fiscal.À cet égard, une constatation s\u2019impose: l\u2019éclatement de la souveraineté ne marque pas la fin des prélèvements fiscaux.On assiste au contraire à une croissance désordonnée de la fiscalité et à sa complexification, comme si elle se transformait en un simple poste comptable d\u2019une gigantesque entreprise de médiation entre des groupes d\u2019intérêts tendant de plus en plus à se présenter comme des micro-souverainetés.La solution à la crise fiscale - dans son apparence comptable - passera-t-elle par la redécouverte du caractère indivisible de la souveraineté?¦ 7.Michel Freitag, «La genèse du politique dans les sociétés traditionnelles», in Société, no 6 (automne 1989), p.41 -122. LA PAUVRETE, AU COEUR DE LA VIE RELIGIEUSE par André Myre1 tu : j; J- s Rt(HES EJ LES À «a justice.% 4* .Ui- On doit dire de la vie religieuse qu\u2019elle est une façon, relative, de vivre la vie chrétienne.Elle n\u2019a pas toujours existé; le Nouveau Testament, par exemple, ne la connaît pas.Fruit d\u2019une analyse de la conjoncture sociale et ecclésiale, elle est réponse humaine au dynamisme orienté (c\u2019est-à-dire la foi) venant du Christ.L\u2019appel du Christ ne spécifie pas la forme que doit prendre la réponse.Cela vaut pour l\u2019Église, les instituts religieux ou les croyants individuels.Il est vrai que «la vie religieuse est un don du Souffle».Pourvu qu\u2019on comprenne bien l\u2019expression.Elle veut dire que, dans l\u2019histoire, des croyantes et croyants, dynamisés par le Souffle du Christ, lui ont répondu en inventant la vie religieuse.Le Souffle est à l\u2019origine de l\u2019orientation.Les croyants sont responsables des moyens concrets qu\u2019ils se donnent de marcher en gardant le cap.A chacun ses responsabilités.La vie religieuse est un don du Souffle dans la mesure où ce dernier est le dynamisme fondamental qui fait agir les croyants, mais sans diminuer la créa- 1.Bibliste et jésuite, André Myre a participé à la VIe Conférence religieuse interaméricaine tenue à San Domingo du 27 février au 3 mars 1994, où il a présenté une communication intitulée: «La vie religieuse est un don du Souffle pour le bien de l\u2019Église».Nous reprenons ici de larges extraits de cette conférence, dont une version intégrale sera publiée par la CRC.tivité humaine qui donne corps à cette poussée intérieure.C\u2019est un don pour le bien de l\u2019Église dans la mesure où cette dernière a constamment besoin de se faire remettre sous les yeux sa Les pauvres d\u2019aujourd\u2019hui, plus que ja- mais peut-être dans l\u2019histoire, ont besoin d\u2019une Église qui soit de leur côté, à un mo- ment où ils n\u2019ont jamais été aussi nombreux, aussi démunis, aussi exploités.raison d\u2019être, soit la justice et la solidarité avec les pauvres, en vue du Règne de Dieu.Mais la vie religieuse est surtout un don du Souffle pour le bonheur des pauvres.Elle est la traduction humaine d\u2019une caractéristique fondamentale du Dieu vivant, que le Christ, par son Souffle, veut voir inscrite dans l\u2019histoire: la colère de Dieu contre l\u2019injustice et son parti-pris pour les pauvres.Elle est relance de la parole prophétique de l\u2019Ancien Testament et de l\u2019agir prophétique de Jésus.relations septembre 1994 215 Entreprendre la mission à partir des pauvres Les concepts de mission et de pauvres ont toujours été au coeur de la vie religieuse.C\u2019est pour répondre aux besoins les plus criants des pauvres que la plupart des instituts ont été fondés.Ils l\u2019ont été, cependant, et c\u2019est un magnifique cas d\u2019inculturation, dans un contexte de chrétienté très précis.On avait une vue aristocratique de l\u2019obéissance, une vue ascétique de la pauvreté, et une vue élitiste du célibat.Il allait de soi qu\u2019un engagement ne pouvait être qu\u2019à vie.On s\u2019adressait, enfin, dans les «oeuvres de la communauté», aux pauvres, soeurs et frères chrétiens de sa société, ou on «évangélisait», dans l\u2019espérance qu\u2019ils adhèrent à la foi.Dans une large mesure, les religieuses et religieux ont été les missionnaires de l\u2019Église, dans le contexte précis de chrétienté qu\u2019on a connu.Cependant, la disparition de la chrétienté, l\u2019appréciation du pluralisme religieux et la valorisation de la vie humaine concrète, ici-bas et maintenant, nécessitent une nouvelle inculturation de la vie religieuse.Or, celle-ci, pour être fidèle à elle-même, ne peut évacuer de sa définition, sous peine de perdre ce qui fait son essence, les concepts de mission et de pauvres.La raison d\u2019être de la vie religieuse ne peut donc se trouver que dans la poursuite de la mission de Jésus, en vue du Règne de Dieu, avec et pour les pauvres.Mission retraduite dans les termes de la conjoncture qui est la nôtre.CONCILIUM 9 cahier 253\tL\u2019ISLAM\t1994 UN DÉFI POUR LE CHRISTIANISME HANS KÜNG & JÜRGEN MOLTMANN ÉDITORIAL I.\tEXPÉRIENCES Smaïl Balic.Origine et visage de l\u2019Islam en Bosnie Patrick Gaffney.Afrique.Pourquoi les chrétiens regardent l\u2019Islam Rifat Hassan.Les femmes dans l\u2019Islam et le christianisme.Comparaison Judo Poerowidagdo.Indonésie.Vivre ensemble dans une population en majorité musulmane II.\tLES MENACES John Renard.Islam.L\u2019un et le multiple.Unité et diversité dans une tradition globale John Esposito.La menace islamique, mythe ou réalité ?M.Arkoun.L'Islam est-il menacé par le christianisme ?III.\tLES DÉFIS À RELEVER Vincent Cornell.Tawhid : la reconnaissance de l\u2019Un dans l\u2019Islam A.Gonzalez Montes.Le défi du monothéisme musulman.Une prise de position chrétienne Mahmud Gamal-ad-Din.Les droits de l\u2019homme dans l\u2019Islam Heiner Bielefeld.La déclaration générale islamique des droits de l\u2019homme de 1981.Prise de position chrétienne Abdulaziz Sachedina.La révélation islamique est-elle une abrogation de la révélation judéo-chrétienne Jane Dammen McAuliffe.L\u2019abrogation du judaïsme et du christianisme dans l\u2019Islam.Un point de vue chrétien Gerhard Bôwering.Mis au défi par l\u2019Islam IV.\tPERSPECTIVES POUR LE PRÉSENT ET L\u2019AVENIR Hans Küng.Paix universelle, religions universelles, éthique universelle ABONNEMENT 1994- FRANCE300 FF (ttc) - ÉTRANGER380 FF- Le cahier 72 FF BEAUCHESNE 72, rue des Saints-Pères - 75007 PARIS Tél.: 45 48 80 28 - Fax : 42 22 59 79 - CCP Paris 39-29 B En vente aux Éditions Paulines Une présence au monde La vie religieuse, dans son exercice, n\u2019est pas tournée vers l\u2019intérieur de la communauté-Église; elle n\u2019est pas située du côté de la construction ou de l\u2019édification de l\u2019Église.Elle est plutôt axée sur les pauvres, pour la seule et unique raison qu\u2019ils sont pauvres, situation inacceptable.Cela ne veut pas dire, cependant, que la vie religieuse soit coupée de l\u2019Église.En tant que charisme de prise en charge de la mission, elle est au service de toute l\u2019Église.Elle lui rappelle constamment ce pour quoi elle existe, ceux pour qui elle existe et qu\u2019elle serait tentée d\u2019oublier.Elle lui montre là où elle devrait être, ce qu\u2019elle devrait faire.Elle essaie les chemins nouveaux, montre les culs-de-sac.Elle n\u2019accapare pas la mission, elle indique ce qu\u2019elle est et comment elle peut se vivre aujourd\u2019hui.Elle concourt donc au bien de l\u2019Église en permettant à celle-ci de mieux jouer son rôle.Car un organisme infidèle à sa fonction s\u2019étiole nécessairement.Pour remplir sa tâche, cependant, être fidèle à son charisme, comme Jésus, la vie religieuse a besoin de liberté.On ne peut s\u2019aventurer sur des chemins neufs s\u2019il est défendu de quitter la vieille route.Liberté et solidarité avec les pauvres iront toujours de pair.Tout en étant charisme au service de l\u2019ensemble de l\u2019Église, la vie religieuse place carrément ceux et celles qui se reconnaissent en elle du côté de la mission, et de la mission telle que la définit l\u2019Évangile.Or la caractéristique fondamentale de la mission de Jésus est sa solidarisation avec les pauvres, son souci pour la justice et sa lutte contre la pauvreté.Dans son Règne, le Dieu dont vivait Jésus allait manifester aux pauvres sa solidarité avec eux, leur faire justice et mettre fin à leurs misères.Les pauvres d\u2019aujourd\u2019hui, plus que jamais peut-être dans l\u2019histoire, ont besoin d\u2019une Église qui soit de leur côté, à un moment où ils n\u2019ont jamais été aussi nombreux, aussi démunis, aussi exploités.Non pas pour en faire partie, mais pour reprendre espoir.Des conflits inévitables Le charisme de la vie religieuse est celui de la prise en charge radicale de la mission chrétienne d\u2019oeuvrer en vue du Règne, à la suite de Jésus, avec et pour les pauvres, prise en charge qui rappelle à l\u2019Église son unique raison d\u2019être.L\u2019Évangile de Marc avertit brutalement ses auditeurs ou lecteurs que suivre Jésus implique forcément le port de la croix (8,34).Celle-ci est inévitable, non pas en vertu d\u2019une décision d\u2019origine divine, mais en conséquence des choix, organisations et intérêts des sociétés humaines.La liberté des croyantes et croyants est insoutenable de la part de qui prétend avoir l\u2019autorité et la compétence pour diriger la vie des autres.Par ailleurs, l\u2019engagement en faveur et aux côtés des pauvres est inacceptable de la part de ceux qui organisent la société selon les exigences de leurs propres intérêts ou de ceux des puissants.Le nouvel «ordre» mondial n\u2019est un ordre qu\u2019aux yeux de ceux qui l\u2019organisent et en profitent.Les trois grands blocs économiques, industriels et commerciaux s\u2019édifient sans aucun égard pour les pays en voie de développement.Les principaux traités d\u2019échanges internationaux n\u2019ont aucunement comme objectif de contrer les injustices présentes.Les transferts de technologie au profit des plus pauvres sont minimes.Par ailleurs, les pressions sont énormes pour ouvrir le tiers monde au déversement des déchets nucléaires, chimiques ou biochimiques du Nord, à l\u2019utilisation de médicaments, drogues ou produits toxiques dont la vente est interdite dans les pays développés.Il est clair qu\u2019un engagement massif de l\u2019Église aux côtés des pauvres, du Nord et du Sud, comme le charisme de la vie religieuse le fait envisager, est source d\u2019énormes tensions.Et les ef- 216\trelations septembre 1994 fets s\u2019en font surtout sentir là où on croit pouvoir contrer cet engagement avec le plus d\u2019impunité.Les pires crimes contre les chrétiens engagés méritent le silence, avant leur découverte, l\u2019amnistie ou l\u2019appel à la réconciliation, après.Entre le roi et le prophète On pourrait s\u2019attendre à ce qu\u2019il en soit autrement dans l\u2019Église, que celle-ci trouve son «bien» dans l\u2019exercice du charisme de la vie religieuse en elle.Tout autre est la réalité.À plusieurs niveaux et pour plusieurs raisons.D\u2019abord l\u2019Église, vivant encore dans un système de chrétienté et n\u2019ayant pas vraiment accepté la réalité contemporaine de la sécularisation et du pluralisme, espère encore convertir les cultures par l\u2019entremise des élites dont elle cherche à se concilier les faveurs.Elle voit donc d\u2019un mauvais oeil l\u2019exercice d\u2019un charisme prophétique à la critique sociale percutante, qui risquerait de lui aliéner les puissants sur lesquels elle compte.Par ailleurs, elle est dirigée par des hommes qui, au cours de l\u2019histoire, se sont appropriés la fonction de gérer l\u2019ensemble des charismes à l\u2019oeuvre dans l\u2019Église, plutôt que de simplement faire jouer le leur, soit celui de guider le troupeau, une fois que se sont manifestées les lignes de forces issues de l\u2019exercice de tous les charismes.Il est clair qu\u2019on assiste présentement à une immense lutte pour la survie entre deux charismes dans l\u2019Église, lutte qui ne fait que reproduire le conflit perpétuel, dont témoigne l\u2019Ancien Testament, entre le roi et le prophète.Le roi a toujours vaincu à court terme, et le prophète a toujours eu raison à long terme.Dans l\u2019Église, cependant, il est possible d\u2019atteindre un certain équilibre.À condition que la vie religieuse réussisse à se donner l\u2019espace de liberté dont elle a besoin pour vivre, et à résister aux pressions qui visent à la domestiquer.Le don d\u2019un charisme a nécessairement son prix.Pour la vie religieuse, il vient du refus de se faire imposer, par d\u2019autres, la définition de soi, les balises de son agir et les paramètres de son mode de vie.Un espoir: votre solidarité/ fDËMELOPPEMENr Er R4IX 1-800-RWANDA 1 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 André Myre, bibliste.L\u2019expérience des femmes Présentement, la lutte de la vie religieuse pour l\u2019exercice de son charisme est renforcée par la lutte des femmes en vue de l\u2019égalité dans l\u2019Église.Et les enjeux sont considérables.Dans cette lutte pour la vie - car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit: la vie religieuse vivra ou mourra, selon qu\u2019elle pourra ou non jouer son rôle -, les religieuses ont un avantage important sur les religieux: elles sont clairement situées du côté du charisme de la vie religieuse.Elles ont l\u2019atout - je sais qu\u2019il n\u2019est pas courant de voir cette réalité définie ainsi - de ne pas être prêtres.Elles n\u2019ont donc pas à vivre cette sorte de schizophrénie du sacerdoce et celui de la vie religieuse.Entre le charisme qui met au service de tous, et celui qui met au service des pauvres.Entre le charisme de l\u2019unité, et celui de la lutte et de la division.Entre le charisme de construire l\u2019Église, et celui de faire arriver une bonne nouvelle pour les pauvres.Entre le charisme qui se vit dans les murs de l\u2019Église, et celui qui se vit hors-les-murs, dans le monde.Ces deux charismes ne peuvent se vivre en équilibre dans la même personne.L\u2019un y prendra nécessairement le dessus sur l\u2019autre.Un avenir pour la vie religieuse «La vie religieuse» est ma façon de donner corps, avec d\u2019autres, au dynamisme orienté que j\u2019expérimente au creux de moi.Mais, comme toutes les abstractions, elle n\u2019existe pas en soi.Elle n\u2019est que dans nos façons de la vivre.Elle n\u2019est qu\u2019inculturée dans nos petites communautés de vie.Elle n\u2019est que dans la conscience que j\u2019en ai et que je veux partager avec d\u2019autres pour l\u2019enrichir.Elle fut de toutes sortes de façons qui n\u2019existent plus, ou qui ne sont que dans les livres, ou dans des documents officiels, parce que nous ne la vivons plus ainsi.Et elle est, sous sa forme de maintenant, peut-être très provisoire, car seul Dieu sait ce que les futures générations en feront ou n\u2019en feront pas demain.¦ relations septembre 1994 217 Yves Provencher/Chrono-Presse COMPRENDRE AVEC UN COEUR NOUVEAU par Jean-Marc Biron1 n ne voit bien qu\u2019avec le coeur».À l\u2019heure où les nombreux affrontements entre le Québec et le reste du Canada semblent conduire à une impasse, la démarche vécue par un groupe de délégués de l\u2019Église Unie du Canada s\u2019inscrit, à contre-courant, dans la ligne des «petites pousses» qui ouvrent à la compréhension et au dialogue.Le rapport de ce groupe, Comprendre les Québécois et les Québécoises avec un coeur nouveau a été publié en mai dernier.Ce rapport est le fruit d\u2019un cheminement qui a pris forme lors du 34e Conseil général de l\u2019Église Unie, tenue à Fredericton, en août 1992.L\u2019Église Unie est peu présente au Québec et massivement anglophone.Elle ne compte que sept paroisses francophones sur les quatre mille qui la constituent.Il est compréhensible qu\u2019elle puisse partager le regard que pose sur le Québec la majorité des Canadiens anglais, vision d\u2019une société minoritaire et refermée sur elle-même, amplifiée par le sentiment que le Québec est une priest-ridden society.Cela explique sans doute pourquoi, lors du 34e Conseil général, on fit une proposition sur l\u2019avenir du Québec.Cette proposition, suivie d\u2019une prière pour «un Canada uni», fut l\u2019occasion d\u2019une vive réaction de quelques membres de la délégation québécoise, francophones et anglophones, qui obtinrent le droit d\u2019exprimer leur point de vue devant l\u2019exécutif de l\u2019Église.Cette confrontation, propre au processus démocratique des Églises de la Réforme, amena le remaniement de la proposition initiale.Dans cet énoncé, le Conseil général constatait que «plusieurs personnes ne partagent pas l\u2019espoir d\u2019un Canada basé sur un fédéralisme renouvelé et poursuivent un idéal politique qui pourrait avoir comme conséquence la séparation du Québec du reste du Canada, et les raisons fondamentales de leur option nous sont grandement inconnues».On proposait également la création d\u2019un groupe de travail pour «comprendre les mouvements divergents aux niveaux social, politique et religieux au Québec ainsi que les espoirs et les aspirations de tous les Québécois et toutes les Québécoises».Un groupe de huit dirigeants fut donc mandaté pour entreprendre cette démarche.De l\u2019écoute à la conversion Dès le 22 janvier 1993, le groupe se rassemble à Montréal pour commencer son expérience d\u2019écoute de la réalité québécoise.Pendant huit jours, le groupe d\u2019étude s\u2019est entretenu, en divers coins du Québec, avec des membres de communautés paroissiales, des représentants francophones des Premières Nations, des groupes communautaires, des groupes de femmes, des représentants du monde rural et du monde syndical, des intellectuels et des praticiens de l\u2019analyse sociale.Or cette démarche en fut une de conversion: «Notre écoute, dit le rapport, nous a surpris, enchantés, éclairés et remplis d\u2019humilité et, dans une large mesure, nous a amenés à une compré- hension nouvelle.Nous croyons que Dieu a parlé par la voix des Québécois et des Québécoises que nous avons rencontrés.» Le rapport rend d\u2019abord compte de l\u2019ouverture, de la force du témoignage, de la clarté et de la conviction des personnes rencontrées, observant avec agrément et surprise que le discours revendicateur présent dans les médias était totalement absent des conversations.Puis, il souligne cette perception de la présence «d\u2019un effort collectif pour bâtir une nouvelle société, d\u2019un esprit de cohésion, «Nous avons clairement entendu les Québécois et Québécoises nous dire que le Canada que nous avons connu ne peut être le Canada de l\u2019avenir».d\u2019une volonté de donner à la vie le caractère le plus humain possible», ce que le rapport identifie comme «un projet de société».Autre découverte importante pour le groupe d\u2019écoute: les Québécois et Québécoises sont «un peuple», ayant une identité forte marquée par un attachement à une géographie particulière, un enracinement dans une histoire commune, un système juridique distinct, une langue commune, l\u2019héritage de la religion catholique romaine encore présent dans une société fortement sécularisée, une approche particulière dans la manière d\u2019aborder les programmes sociaux.«Nous croyons que ce sens clair et bien développé de leur identité est la raison principale pour laquelle ils se perçoivent d\u2019abord et avant tout comme Québécois et Québécoises, et seulement après comme Canadiens et Canadiennes», à l\u2019inverse de ce qui se passe dans le reste du Canada.Le rapport note également le désenchantement des personnes rencontrées face aux dirigeants politiques et le peu d\u2019enthousiasme que suscitent les projets d\u2019unité canadienne préconisés par ceux-ci.Alors qu\u2019au Canada anglais le désenchantement développe une attitude passive, la réaction du Québec est plutôt «d\u2019aller de l\u2019avant avec son propre projet social».Face à l\u2019avenir national, le groupe a senti que les gens du Québec étaient ouverts à vivre l\u2019expérience d\u2019un Canada renouvelé, mais qu\u2019ils étaient également prêts à «faire cavalier seul» si le Canada n\u2019acceptait pas la réalité québécoise.«Nous avons clairement entendu les Québécois et Québécoises nous dire que le Canada que nous avons connu ne peut être le Canada de l\u2019avenir».1.Responsable des Soirées Relations, l\u2019auteur est, depuis août 1994, le nouveau directeur du Centre justice et foi.218 relations septembre 1994 Finalement, les intervenants ont ressenti chez les personnes rencontrées un désir réel d\u2019entrer en dialogue avec un Canada anglophone qui formulerait clairement sa propre identité.Car, devant des Québécois qui savent qui ils sont, «la nature de plus en plus amorphe du Canada anglais devient inquiétante».Au-delà des différences, le groupe d\u2019écoute a noté des points communs avec ses interlocuteurs: une vision commune d\u2019un monde où devraient être promus la justice, la paix et l\u2019amour; une recherche de solutions face aux pressions économiques et sociales, spécialement devant l\u2019émergence d\u2019une société à deux vitesses; une attention aux questions de l\u2019immigration et des communautés culturelles; l\u2019importance de la place de la femme dans la société; le respect des droits des autochtones et des minorités.Parmi les convictions que le groupe d\u2019étude aimerait communiquer à l\u2019ensemble de l\u2019Église Unie du Canada, il y a cette confiance en la possibilité d\u2019un pays où le concept d\u2019unité soit compris comme faisant place à la différence.«Un nouvel arrangement politique pour lequel tous les peuples du Canada pourraient opter librement est nécessaire, un rassemblement marqué par le respect mutuel et la valorisation des différences.» Le rapport dénonce «la pseudo-unité avec le Québec» et propose de la remplacer par «une relation d\u2019alliance par laquelle ces deux peuples ainsi que les Premières Nations se rassembleraient, avec une sensibilité aux autres communautés ethniques et culturelles, pour s\u2019engager à bâtir ensemble un même avenir comme partenaires égaux».C\u2019est vraiment d\u2019une conversion dont ce rapport rend compte, conversion d\u2019un regard qui cherche à dépasser les préjugés et les peurs; conversion d\u2019un désir qui, se dégageant de la vision idéologique d\u2019un «Canada uni», accepte de se situer dans un contexte qui tient compte de la diversité; conversion d\u2019une Église bien présente à la réalité sociale et culturelle, cherchant à discerner, dans un processus communautaire, comment développer «une nouvelle conscience et reconnaissance» de l\u2019identité des Québécois et Québécoises comme «nation».L\u2019authenticité de la démarche et l\u2019expérience d\u2019Église qui la soutient portent les signes d\u2019un véritable discernement spirituel.«Nous avons senti que nos opinions sur les Québécois et les Québécoises étaient remises en cause et, à plusieurs reprises, ébranlées.Nous rencontrions pour la première fois des Québécois et des Québécoises tels qu\u2019ils sont devenus, en opposition aux Québécois et Québécoises que nous croyions connaître et comprendre.» Vers un partenariat réel On saisit bien que cette démarche n\u2019en est qu\u2019à son commencement.Comment les dirigeants de l\u2019Église Unie réussiront-ils à partager leurs convictions nouvelles avec leurs communautés?Le chemin de la conversion s\u2019inscrit dans la fragilité, il porte en lui-même le risque du manque d\u2019enracinement et, l\u2019enthousiasme des premiers moments passés, de l\u2019étouffement face aux pressions contraires.Pourtant, ce chemin le plus ardu, le plus long et le plus risqué, n\u2019est-il pas celui qui assure la transformation la plus profonde?Face à notre avenir, ne faudrait-il pas dépasser les débats émotifs et à courte vue pour s\u2019engager dans le long processus d\u2019un nécessaire dialogue?Que retenir de cette démarche de l\u2019Église Unie à un moment où les choix des Québécois et des Québécoises peuvent être déterminants?Sans doute, le regard posé par ce groupe nous apporte-t-il la confirmation que nous pouvons vraiment être reconnus comme un «peuple».Cette affirmation, en nous consolidant nous-mêmes, pourra-t-elle nous aider à développer plus de confiance en nos capacités et plus de foi en la pertinence d\u2019un projet de société pour le Québec?Ce regard posé dans la vérité et le respect nous donne l\u2019espérance que d\u2019autres Canadiens oseront dépasser les préjugés et leur vision superficielle pour accepter de nous reconnaître dans nos différences.Enfin, quelle que soit la décision que nous prendrons concernant notre avenir, puissions-nous développer en nous-mêmes le désir d\u2019entrer dans un processus de dialogue où, faisant éclater nos «deux solitudes», nous accepterons de bâtir des ponts et d\u2019établir un partenariat réel, au-delà et à partir de nos différences.¦ La démarche vécue par M.Stanley McKay, modérateur, et le groupe d\u2019écoute de l\u2019Église Unie sur le Québec, s\u2019inscrit, à contre-courant, dans la ligne des «petites pousses» qui ouvrent à la compréhension et au dialogue.tfSAUKIH relations septembre 1994 219 RECENSIONS DE SEPTEMBRE lectures Robert Eisner: The Misunderstood Economy Vivian Labrie: Les trois princes Abbé Pierre: Testament Pierre Calame: Mission possible The Misunderstood Economy the Misunderstood Economy est un ouvrage de base, au sens propre, qui essaye de démystifier une orthodoxie économique qui ravage notre société.Eisner utilise la langue et la méthode des orthodoxes, pour prouver d\u2019abord qu\u2019elle est contraire aux faits et aux évidences.Fidèle à la bonne tradition, il nous fait ensuite découvrir les clefs d\u2019une politique économique au service de l\u2019être humain.Découvrir, c\u2019est souvent regarder les mêmes choses autrement.Eisner travaille aux frontières du paradigme économique dominant et les fait reculer.Il propose de nouvelles définitions fondamentales qui permettront aux économistes de voir et d\u2019évaluer autrement la réalité économique.Il attaque très pragmatiquement les conventions comptables qui régissent le budget de l\u2019État et les agrégats de la comptabilité nationale sur lesquels se fonde l\u2019analyse macroéconomi- 220 que.Ces conventions, à la fois fausses et anachroniques, à la fois miroir déformant et camisole de force, sont porteuses d\u2019une vision réductrice de la réalité économique et empêchent la pensée économique de renouveler sa perspective.Eisner redéfinit, puis requantifie les éléments programmateurs de l\u2019analyse macroéconomique, tels que l\u2019investissement, l\u2019épargne, le PIB, la notion de déficit et d\u2019investissement public - ce qui lui permet d\u2019infirmer encore plus le discours dominant aux États-Unis.Sa pensée traque la logique et l\u2019argumentation économétrique orthodoxe dans ses moindres recoins et prouve la fausseté des conclusions qui en découlent.Ce sont ces conclusions qui servent à construire la peur de l\u2019inflation et l\u2019obsession du déficit.Ce sont ces mêmes conclusions qui légitiment les «remèdes» barbares et régressifs que sont les politiques d\u2019austérité et de gestion du «chômage naturel».En en prouvant l\u2019erreur, il démystifie les peurs et démontre l\u2019urgence d\u2019une politique de plein emploi.relations septembre 1994 Même si l\u2019esprit en est keynésien, beaucoup des arguments d\u2019Eisner restent orthodoxes, ce qui lui permet de rejoindre un vaste public de décideurs.C\u2019est la preuve qu\u2019on peut intégrer une part de l\u2019économie dominante à un projet subversif, un peu comme les évêques des premiers temps faisaient transformer des temples en églises.Eisner dédie son ouvrage aux cadres, aux professionnels de la politique et de la finance, et surtout à tous ceux et celles qui sont perdus dans les débats et cherchent une alternative crédible à l\u2019économie sado-masochiste.The Misunderstood Economy est écrit dans un style sobre et minutieux.L\u2019analyse est rigoureuse et parfois difficile à suivre, mais la pensée d\u2019Eisner, comme celle de tout bon maître, peut être comprise à différents niveaux.Elle ne se laissera toutefois pas apprivoiser sans une relecture.Mais l\u2019investissement en vaut la peine.À lire et à étudier! ¦ Henri Sader Les trois princes faut-il toujours aborder le thème du changement social avec des mots savants et des termes techniques?Pourquoi toujours devenir tendu quand on traite de projet de société, d\u2019exclusion, d\u2019option pour les pauvres?Et si on laissait la sagesse populaire nous parler de tout cela?C\u2019est l\u2019intuition qu\u2019a suivie Vivian La-brie en faisant la relecture du conte Les trois princes.Ce récit, recueilli sur la Côte-Nord par le folkloriste Luc Lacoursière et tiré du trésor d\u2019une conteuse acadienne, est la version d\u2019un conte que l\u2019on retrouve dans les traditions populaires de nombreux pays, les fils en quête d\u2019un remède pour leur père.Pour Vivian Labrie, ce conte devient porteur «de considérations stratégiques sur la difficile et nécessaire contribution des pauvres à la quête des remèdes à nos problèmes de société» (p.46).Relire et relier.Voilà l\u2019ingénieux travail qu\u2019a entrepris l\u2019auteure.Tout aussi imaginative et intéressante que le conte, la version sous-titrée «dans le langage de nos engagements» devient Y voir plus clair à partir des pauvres.Dans une perspective sociale empreinte de créativité et d\u2019humour, «le roi qui a mal aux yeux» personnifie un gouvernement malade et à courte vue; les bureaucrates et les intellectuels «qui envoient au diable le monde ordinaire» sont reconnus sous les traits des deux Princes aînés et profiteurs, et l\u2019on découvre l\u2019importance de «l\u2019alliance du monde pauvre et du monde réveillé».«On parle beaucoup d\u2019appauvrissement, mais beaucoup moins d\u2019appel aux pauvres et à leur intelligence des situations comme partenaires dans la recherche de solutions.Les pauvres dans notre société sont considérés comme des personnes à gérer» (p.43).L\u2019originalité de ce petit livre transparaît déjà dans le genre littéraire proposé par Vivian Labrie: le livre-veillée.C\u2019est en effet dans une sorte de célébration que nous entrerons avec l\u2019auteure, une veillée où l\u2019on se conte des histoires, comme dans le bon vieux temps.Mais ces histoires, loin de nous distraire de la réalité, nous y plongent en nous situant comme acteurs, ranimés par un souffle nouveau.En effet, le lecteur, rejoint dans son isolement, est invité à célébrer le rêve d\u2019une société où les pauvres peuvent faire profiter les autres de leur savoir et de leur richesse.Il n\u2019est pas inutile de pénétrer dans l\u2019univers symbolique, de se raconter des histoires et de croire aux rêves qu\u2019elles suscitent, quand nous nous plaçons devant la lourde réalité d\u2019une société qui produit de plus en plus d\u2019exclus.Le rôle du symbole n\u2019est-il pas de nous faire pousser plus loin les limites du monde réel?Ce livre-veillée est ainsi constitué, qu\u2019à partir de l\u2019histoire elle-même et de sa relecture dans le langage de l\u2019engagement social, il donne la parole à divers intervenants sociaux, présents à la veillée, racontant à leur tour ce que le conte est venu toucher de leur histoire et de leur existence particulières.Il reste au lecteur à relier ces expériences avec la sienne propre, à réfléchir sur sa propre manière de se situer dans un projet de société qui rejette l\u2019exclusion, pour autant qu\u2019il accepte d\u2019y voir plus clair à partir des pauvres.¦ Jean-Marc Biron Testament de récents sondages ont propulsé cet homme à la tête du palmarès des personnalités les plus admirées de France.Bernard Kouchner, ex-ministre socialiste de l\u2019aide humanitaire et co-fondateur de Médecins Sans Frontières, puis Albert Jacquard, généticien et humaniste notoire, ont couché sur papier leurs entretiens avec lui.On a même fait un film sur ses premiers faits d\u2019armes auprès des sans-abris.Des politiciens lui demandent conseil, d\u2019autres sollicitent sa candidature en politique.Mais qui donc est Henri Grouès, mieux connu sous le nom d\u2019Abbé Pierre?Une pareille visibilité étonne, sans détonner, chez un homme aussi humble.À 81 ans, retiré auprès de vieux «compagnons» (membres des communautés d\u2019Emmaüs dont il est le fondateur), l\u2019Abbé Pierre témoigne, réfléchit, avertit, encense, critique.Nulle trace de suffisance dans ses propos, mais une pensée de l\u2019urgence résumant une vie d\u2019amour de son prochain, une mystique du don, un total abandon à Dieu.Cela peut surprendre mais l\u2019homme n\u2019est pas «vieux», au sens où il n\u2019est habité d\u2019aucune nostalgie.Plus souvent qu\u2019autrement, le genre «testament» confine à l\u2019autobiographie complaisante où le passé interpelle, en le dénigrant, le présent.On en a vu, des testaments, virer platement à l\u2019étalage des bons coups et à l\u2019autojustification des moins bons! Mais rien de tout cela dans le petit livre de l\u2019Abbé Pierre, car l\u2019homme est d\u2019abord et avant tout animé par la passion du présent.Sa vie y est moins racontée qu\u2019inter- relations septembre 1994 prêtée, et il n\u2019est pas rare que le jugement soit sévère.À l\u2019instar des grands prophètes bibliques, il somme ses contemporains de ne pas céder sur l\u2019exigence éthique.Prenant le contre-pied du nihilisme tranquille qui anime notre époque, il conçoit son action au sein d\u2019un monde éclairé par un christianisme dégagé de sa maladie institutionnelle: une foi qui n\u2019ergote ni ne chipote sur l\u2019essentiel, l\u2019irréductible dignité de l\u2019être humain et sa filiation divine.Une phrase condense finement cette option pour la nécessité de l\u2019existence, pour la présence au-dessus de nos têtes de l\u2019Autre: «Le rôle de tout être humain, c\u2019est de faire la preuve que le monde n\u2019est pas sans raison» (p.45).Et cette raison, les chrétiens de la trempe de l\u2019Abbé Pierre en repéreront des traces dans le visage des exclus, dans le combat contre la misère, dans le service de l\u2019humanité blessée.Tout son parcours s\u2019inscrit dans cette option pour le vivant, de son engagement dans la résistance française jusqu\u2019à la fondation des communautés d\u2019Emmaüs, en passant par son mandat de député à l\u2019Assemblée législative au lendemain de la guerre.Tançant au passage une Église dont il ne saurait se séparer, il promeut l\u2019ouverture du sacerdoce aux femmes.Pareille fraîcheur dans un propos ecclésiastique est hautement appréciée.Il en va de même de sa critique du formalisme de l\u2019Église.Entérinant le propos d\u2019un vieil ami, il avancera que puisque «le Credo ne parle plus aux gens d\u2019aujourd\u2019hui, il n\u2019y aurait rien d\u2019impie à le réécrire» (p.48).Peu d\u2019êtres humains ont eu l\u2019occasion de se glisser entre deux pages d\u2019histoire.L\u2019Abbé Pierre eut cette redoutable opportunité.Et l\u2019humanitarisme chrétien dont il se fait le héraut, depuis près d\u2019un demi-siècle, appartient à cette catégorie d\u2019impératifs moraux qui transcendent les attaches idéologiques et religieuses.Je veux dire par là que le testament de l\u2019Abbé Pierre s\u2019adresse à tous ceux qui, malgré l\u2019air du temps, demeurent préoccupés par l\u2019idéal d\u2019une société plus juste.Bien sûr, on pourra prendre ses distances avec certaines dimensions de sa spiritualité (sa ferveur mariale entre autres), comme on déplorera le manque de concrétude de sa vision d\u2019une société juste.On rétorquera que ce livre conclut par un «à suivre» qui laisse présager une ouverture sur d\u2019autres types de questions.Quoi qu\u2019il en soit d\u2019un éventuel second tome, ce testament fait preuve d\u2019une solide cohérence qui nous rapprochera définitivement de l\u2019homme d\u2019Emmaüs.¦ Marc Lemire 221 Mission possible retenez le nom de Pierre Calame.S\u2019il est encore peu connu, voire pas du tout de ce côté de l\u2019Atlantique, l\u2019homme mérite qu\u2019on prête attention à ce qu\u2019il dit.Il aura bientôt cinquante ans.Ingénieur de formation, il s\u2019oriente vers l\u2019aménagement urbain, s\u2019intéresse à l\u2019immigration, fait de la recherche, tâte de l\u2019action internationale, travaille pour le gouvernement socialiste, revient au privé.Bref, une carrière toute en mobilité.En 1986, il assume la direction de la «Fondation pour le progrès de l\u2019homme», elle-même à l\u2019origine du Groupe de Vezelay.Grâce aux moyens dont elle dispose, à l\u2019action inlassable de Pierre Calame et de ses collaborateurs, et aux nombreux colloques organisés à travers le monde, le Groupe de Vezelay lance l\u2019idée d\u2019États généraux de la planète, qui permettraient de poser librement, hors des contraintes et des limites des organisations internationales, l\u2019avenir de la planète et de l\u2019humanité.La perspective n\u2019est pas écologique d\u2019abord, mais humaniste.Calame parle sans cesse de systèmes bio-socio-techniques, c\u2019est-à-dire intégrant les dimensions biologiques, sociales et techniques, dans une interaction constante.De ce point de vue, l\u2019approche déborde largement les problématiques étroitement écologiques, qui postulent presque toutes un temps d\u2019arrêt de l\u2019humanité.L\u2019auteur présente sa réflexion comme un récit personnel rédigé en huit jours, du dimanche 25 octobre au dimanche de la Toussaint 1992.C\u2019est là un tour de force.Même Simenon n\u2019écrirait pas à ce rythme et l\u2019on sent, ici et là, le réemploi de documents antérieurs, des ruptures de style et de pensée, de brusques changements de niveaux.Personnel, le ton n\u2019est pourtant jamais psychologisant, autobiographique ou centré sur le moi haïssable.On a l\u2019impression d\u2019une trajectoire d\u2019homme attentif à un appel, d\u2019un amoureux de la vie, étant de foi chrétienne (protestante) et estimant que le pari de l\u2019avenir de l\u2019humanité est une «mission possible», si on prend la peine d\u2019accepter la complexité des choses et de bâtir des lieux d\u2019échanges et de dialogue.«L\u2019individuel et le collectif, le singulier et l\u2019universel, le penser et l\u2019agir, le rêve et la gestion terre à terre, la tradition et la modernité, le sens et la connaissance, l\u2019imagination et l\u2019organisation, c\u2019est de l\u2019association intime de ces contraires que doit être fait l\u2019humanisme de demain» (p.231).Pour établir son parcours en huit jours, l\u2019ouvrage comprend donc huit chapitres.Un prologue, l\u2019avenir de la planète (les systèmes bio-socio-techniques), l\u2019État et la société, la science, l\u2019exclusion sociale, la paix, les machines institutionnelles, la poésie de l\u2019action.Les termes varient légèrement selon leur présentation d\u2019ensemble (p.26-35) et la table des matières, mais le contenu regroupe exactement les domaines prioritaires de la Fondation pour le progrès de l\u2019homme.Les propos ne sont pas sans failles, mais toujours intéressants, parfois lumineux.La section sur la paix vaut le détour parson réalisme politique.Les considérations sur l\u2019État sont également stimulantes.Le ton n\u2019est jamais à la dénonciation, à la bagarre, à l\u2019exclusion, mais au contraire à l\u2019inclusion, au dialogue, à la confiance.Il faut signaler aussi le souci constant de référer à l\u2019expérience (celle de l\u2019auteur et celle révélée par les travaux de la Fondation), ainsi que le refus de vouloir imposer aux autres un modèle culturel européen.Retenez le nom de Pierre Calame.Peut-être pas un grand écrivain, ni un grand théoricien, mais certainement un homme d\u2019avenir.¦ André Beauchamp Livres reçus Parmi les livres reçus ces derniers mois, Relations vous signale les ouvrages suivants: -\tChristopher Lind et Joe Mihevc, Coalitions for Justice.The Story of Canada\u2019s Interchurch Coalitions, Montréal, No-valis, 1994; 400 p.-\tColl, (sous la dir.de Danielle Lafontaine), Nouvelles technologies de l\u2019information et société: un débat sur l\u2019intelligence à notre époque, Rimouski, GRIDEQ, 1994; 207 p.-\tMichel Séguin, La contraception et l\u2019Église.Bilan et prospective, Montréal, Paulines, 1994; 316 p.-\tColl, (sous la dir.de Marie Léger), Des peuples enfin reconnus, Montréal, Écosociété, 1994; 312 p.-\tLouis Fournier, Histoire de la FTQ, 1965-1992.La plus grande centrale syndicale au Québec, Montréal, Québec/ Amérique, 1994; 292 p.-\tMerrily Weisbord, Nous, demain.Vie, amour, sexualité et vieillissement, Montréal, VLB, 1994; 253 p.-\tPaul Tillich, Écrits contre les nazis (1932-1935), Paris/Genève/Québec, Cerf/Labor et Fides/Presses de l\u2019Université Laval, 1994; 338 p.-\tYolande Vigeant, Prières pour mieux vivre, Outremont, Québécor, 1994; 96 p.-\tJoanne O\u2019Brien et Martin Palmer, Atlas des religions dans le monde, Paris, Autrement, 1994; 126 p.-\tRaymond Bourgault, Ma question c\u2019était l\u2019histoire, St-Laurent, Bellarmin, 1994; 339 p.-\tGaétan Soucy, L\u2019Immaculée Conception, Montréal, Laterna Magica Inc., 1994; 344 p.-\tMaria Nowak, La banquière de l\u2019espoir.Celle qui prête aux exclus, Paris, Albin Michel, 1994; 294 p.-\tCharly Forbes, Fantassin, pour mon pays, la gloire et.des prunes, Sillery, Septentrion, 1994; 453 p.-\tOdon Vallet, Déesses ou servantes de Dieu?Femmes et religions, Paris, Gallimard, 1994; 160 p.-\tAlexandre Micha (textes présentés par), Les Enfances du Christ, Paris, Aubier, 1994; 207 p.-\tRichard Wolff et Richard J.Devine, Dorothy Day.Le Mouvement Catholique Ouvrier aux États-Unis, Paris, Beauches-ne, 1994; 286 p.¦ Robert Eisner, The Misunderstood Economy: What counts and how to count it, Boston, Mass., Harvard Business School Press, 1994; 222 p.références Vivian Labrie, Les trois princes.Y voir plus clair à partir des pauvres.Livre-veillée, Montréal, Novalis, 1994; 112 p.Abbé Pierre, Testament, Paris, Bayard, 1994; 181 p.Pierre Calame, Mission possible, Paris, Lieu Commun, 1993; 231 p.222 relations septembre 1994 LE CENTRE DE REFERENCE DU GRAND MONTREAL Répertoire des services communautaires du Grand Montréal 14ième édition Le Centre de Référence du Grand Montréal a acquis une solide réputation et s\u2019est fait connaître comme une source d\u2019information fiable par les différents intervenants sociaux qui oeuvrent tant dans le secteur public, parapublic ou privé que dans le secteur social.Cette 14ième édition du Répertoire, présentée en version enrichie et améliorée, est à la hauteur de sa réputation de véritable bible du service social.Ce répertoire bilingue de plus de 1000 pages contient toutes les informations nécessaires sur 3000 ressources communautaires du Grand Montréal.C\u2019est donc un outil indispensable pour le personnel d\u2019agences sociales, mais aussi pour tous les intervenants sociaux ou encore le personnel devant répondre à des demandes d\u2019information du public.Pour faciliter la consultation, on retrouve sept index de repérage à l\u2019intérieur de cette publication de plus de trente chapitres.Les principaux thèmes traités sont les suivants: urgence, services sociaux et counselling, assistance financière et matérielle, éducation, santé mentale et physique, consommation, alcoolisme et toxicomanies, services juridiques.Hoechst Canada est le commanditaire exclusif de l\u2019édition 1994 POUR RENSEIGNEMENTS ET COMMANDES: tél.: (514) 527-1375; télécopieur: (514) 527-9712 relations septembre 1994 223 relations septembre 1994 3,55$ no 603 SOMMAIRE face à l\u2019actualité\t195 Le goût doux-amer de la politique.(G.B.) Des alliances hors du G-7?(R.C.) Dix ans pour abolir la torture (D.B.) \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t \t\t\t NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS «La révolution informationnelle» ( conférence de Jean Lojkine) Pour renseignements, écrire ou téléphoner à Surveiller l'annonce qui paraît dans Le Devoir, Jean-Marc Biron ou Pauline Roy: 387-2541.le jour même de la rencontre.Le lundi 19 septembre 1994, de 19h30 à 22h00, à la maison Bellarmin 25, rue Jarry ouest (métro Jarry).Contribution volontaire : 3,00$ septembre 1994 Envoi de publication - Enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 25, rue Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 "]
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