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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juillet - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1994-07, Collections de BAnQ.

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[" relations juillet-août 1994 3,50$ no 602 9 \"770034 378000' SCmiZO 7été arrive enfin et, retrouvailles\tet\tde\tressou\ton-\tdes\tvoyages\tPla{™^| heur Celui?celui qui nous fait esperer.\tbonheur, espérons et celui q\tdfficile de saisir e de dire le^ défis Tous 60 conviennent,\tcontexte actuel o\tfréquentation à Xs forte raison dans e ?orneXonsomm\toujade surgissent.Dans une société a casjnos rempa \u2022 hesse ma.^sfiiüisüisi Et pourtant, n\u2019est-ce pas| esP che d la justice ^,jdarité h marne?Voila p\tfraqments, bonheur.\twmos inusitées: dialogue,.^|n^erme Nos propos ont Pris mgSsuiet traité avait refuse q r qans ces aSgSSSïs.»^a *\u2014- SffiSS » période estivale! Bonnes vacances!\tCarolyn Sharp relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsa-bilité d\u2019un groupe membre de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Carolyn Sharp SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Jean Périgny ASSISTANT À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, Jean-Marc Biron, Jacques Boucher, Céline Dubé, Joseph Gi-guère, Julien Harvey, Guy Paiement, Francine Tardif COLLABORATEURS André Beauchamp, Michel Beaudin, Alain Bissonnette, Jean-François Bouchard, René Boudreault, Pierre-André Fournier, Vivian Labrie, Yves Lever, Jean Pichette, Jean-Paul Rouleau, Shirley Roy BUREAUX 25, rue Jarry ouest Montréal H2P 1S6 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 25,00$ (taxes incl.) Deux ans: 45,00$ (taxes incl.) À l\u2019étranger: 27,00$ Abonnement de soutien: 50,00$ TPS: R119003952 TVQ: 1006003784 Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes en s'adressant à University Microfilm, 300 North Zeeb Road, Ann Arbor Michigan 48106-1346 USA.Envoi de publication - Enregistrement no 0143 162 relations juillet-août 1994 face à \u2019actualité Avoir l\u2019audace d\u2019idées nouvelles Favoriser de nouveaux choix éthiques S\u2019évangéliser pour évangéliser À la recherche d\u2019un nouveau souffle PARTAGER LE TRAVAIL ENTRE NOUS MESSAGE DU 1er MAI Selon une tradition maintenant bien établie, le Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec vient de rendre public son message du 1er mai.Depuis quelques années, les évêques du Québec ont vigoureusement pris parti pour les appauvris.C\u2019est encore à partir de cette option que nous est lancé le message de cette année: Partager le travail entre nous.Dans le cadre du débat actuel sur le chômage, l\u2019emploi et le travail, le Comité des affaires sociales nous propose une prise de position privilégiant le partage du temps de travail.Ce message se présente comme une interpellation au coeur de chaque personne sous forme d\u2019une question percutante: «Devons-nous, pouvons-nous, voulons-nous créer de l\u2019emploi et diminuer le chômage en partageant le temps de travail?» En privilégiant le partage du temps de travail pour faire face à la situation actuelle, le Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec choisit un moyen, sans doute celui qui est le plus à notre portée, dans la ligne des «petites pousses», mais un moyen parmi d\u2019autres qui porte ses limites et ne tient pas toujours compte de la complexité de la situation.Devant la mondialisation des marchés et l\u2019apport des nouvelles technologies, suffit-il de s\u2019engager dans le processus du partage du temps de travail pour trouver des solutions durables face à une mutation majeure qui affecte le monde du travail?Construit selon la pédagogie du voir, juger et agir, le document nous invite d\u2019abord à nous situer personnellement au coeur des inégalités sociales car «d\u2019une certaine façon, c\u2019est malgré nous, mais aussi par nous qu\u2019elles se créent et se perpétuent».Parce que nous ne pouvons admettre que «la richesse des uns se construise sur l\u2019exclusion des autres», il nous faut «envisager le partage du temps de travail comme un projet collectif».Après une brève ébauche de la mutation que connaît actuellement le monde du travail, le document développe sa conception du partage du travail et de ses composantes: en réduisant le temps de travail - et le salaire - on permettrait à certains d\u2019accéder à l\u2019emploi et on deviendrait plus disponible pour «par- relations juillet-août 1994 163 tager du travail non rémunéré dans la famille comme dans la communauté».Le partage du temps de travail nécessiterait que l\u2019on repense le concept du temps supplémentaire et que l\u2019on améliore les programmes de formation.Il inciterait à créer de nouveaux emplois pour répondre à des besoins nouveaux et repenser la fiscalité; l\u2019État assurerait la sécurité du revenu et les programmes d\u2019employabilité devraient être réformés; le travail autonome et la petite entreprise seraient valorisés, de même qu\u2019on reconnaîtrait le travail fait dans le secteur communautaire.En s\u2019appuyant sur le droit de tous les adultes au travail, le message invite à repenser l\u2019organisation du travail «ce qui appelle des transformations structurelles, des aménagements locaux et des actions individuelles».Tout en comptant sur la législation qui introduira de nouveaux changements, il faudra aussi stimuler la créativité et favoriser, chez les travailleurs et les travailleuses, le contrôle de leurs conditions de travail.En posant les questions «devons-nous partager le travail entre nous?pouvons-nous le partager?le voulons-nous?», le message fait appel à des valeurs de base: la solidarité face aux inégalités sociales, le souci d\u2019une meilleure qualité de vie, le discernement à exercer entre des droits à défendre et des privilèges à questionner.Comme c\u2019est au coeur de nos réseaux de solidarité que l\u2019on peut davantage vérifier nos valeurs, il s\u2019agit «d\u2019élargir le cercle de notre vie privée pour développer notre sensibilité aux réalités qui se vivent autour de nous» et pour «réfléchir sur l\u2019héritage que nous allons laisser» à ceux qui nous suivent.Le message du 1er mai est un appel stimulant qui s\u2019adresse aux forces vives: travailleurs et travailleuses, personnes sans emploi, décideurs et communautés chrétiennes doivent dire non à la fatalité.Avoir l\u2019audace d\u2019idées nouvelles, renoncer à des privilèges créateurs d\u2019écarts, se mobiliser, innover, miser sur la transparence, cela n\u2019a rien à voir avec la langue de bois du discours néo-libéral.Il est vrai que ce message a une certaine fraî- cheur, capable de donner espoir à nos esprits imprégnés de morosité.Perçu comme une parole parmi d\u2019autres, comme une recherche de solutions suscitant la créativité et la découverte d\u2019alternatives, ce message reste très positif.Il ne faudrait pas cependant oublier le contexte global dans lequel cette réflexion se situe.On aura beau chercher toutes sortes de solutions, à court ou à long terme, la question de l\u2019emploi et du travail constitue l\u2019un des aspects d\u2019une mutation plus profonde qui touche toute la société.Il ne suffit pas d\u2019opter localement pour une solution, par exemple, le partage du temps de travail; il faut pousser plus loin l\u2019analyse et aller jusqu\u2019aux causes.Le problème du chômage ne relève pas d\u2019une crise passagère.Et si tous les citoyens d\u2019un pays devenaient convaincus qu\u2019il faille partager le temps de travail - et, conséquemment, le revenu -aurait-on trouvé une solution durable si, en même temps, on ne continue pas d\u2019analyser les impacts de la mondialisation des marchés et du développement de technologies de pointe?De plus, le message du 1er mai, tout en faisant appel à la justice, invite à faire des choix individuels et collectifs, fruits d\u2019un questionnement sur nos valeurs.Or, ce questionnement porte une ambiguïté: le choix qui en découlera relève-t-il de la bonne volonté de chaque personne?Celui qui, possédant un plein emploi, accepte de «se convertir» au partage du travail et du revenu pose-t-il un geste de bienveillance et de charité?Dans notre langage chrétien, le partage a plutôt une connotation caritative alors que les Pères de l\u2019Église, à la suite des Prophètes, ne se gênaient pas pour dénoncer les riches qui, en accumulant des biens, volaient le pain des pauvres.En ce sens, toute solution pour enrayer l\u2019exclusion causée par le chômage provient d\u2019un impératif de la justice même.¦ Jean-Marc Biron SYNODE-QUÉBEC: UNE MARCHE ENSEMBLE depuis juin 1992, le diocèse de Québec est en Synode diocésain, un des premiers tenus au Québec depuis Vatican II.Cet événement est une occasion privilégiée où l\u2019évêque associe chrétiens et chrétiennes aux décisions importantes concernant la vie de l\u2019Église.Le mot d\u2019ordre choisi, S\u2019évangéliser pour évangéliser, exprime bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement de mieux ajuster l\u2019organisation, mais de nous entraider à vivre le message de Jésus et à en être témoins.Bien sûr, cela n\u2019est pas simple.Songeons que le diocèse de Québec compte près d\u2019un million de catholiques répartis sur un territoire immense, avec de vastes zones rurales tout autant qu\u2019une agglomération urbaine importante.Parmi ces personnes, environ 20% viennent régulièrement à l\u2019église, mais toutes les autres vivent au quotidien des joies, des peines, des espérances au coeur desquelles elles peuvent découvrir la présence de Jésus.Après vingt-deux mois, on peut se réjouir de la participation massive que toutes les activités du Synode ont suscitée jusqu\u2019à maintenant.Autant pour exprimer leurs préoccupations quotidiennes, leur vie de foi, leurs doutes et leurs interrogations, que pour lancer des milliers de propositions visant à rendre notre Église plus évangélique, les gens de Québec ont pris la parole et se sont écoutés mutuellement.Bien sûr, les «40 ans et plus» ont participé plus fortement que leurs cadets à toutes ces étapes, mais les adolescents et les jeunes adultes n\u2019ont pas été absents non plus.Dans des équipes synodales formées de membres d\u2019une même famille ou de voisins, un certain nombre de personnes habituellement distantes de la vie de l\u2019Église ont pris la parole.Plus de 10 000 personnes ont ainsi vécu de trois à six rencontres d\u2019équipes synodales et ont exprimé près de 4000 propositions sur douze thèmes majeurs, par exemple: être chrétien dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, les problèmes sociaux, les ministères et la participation de tous et toutes, l\u2019éducation de la foi.Il va sans dire que ces propositions sont d\u2019une extrême variété, allant d\u2019orientations majeures jusqu\u2019à des actions très localisées.Peu de propositions constituent cependant des remises en cause radicales de notre vie d\u2019Église: la plupart des gens optent pour des changements lents, mais qui risquent de faire un assez large consensus.Nous sommes maintenant entrés dans la période de «sélection», où les équipes synodales elles-mêmes vont décider quelles propositions sont absolument essentielles pour orienter l\u2019action évangélisatrice de notre Église pour les années à venir.À ce moment-ci, les signes d\u2019espérance qui ressortent de toute cette démarche me semblent les suivants: les chrétiennes et 164 relations juillet-août 1994 les chrétiens veulent former une Église où l\u2019accueil, l\u2019ouverture, la miséricorde à l\u2019endroit des personnes blessées par la vie sont prioritaires.La nécessité de vivre sa foi sur la place publique et dans l\u2019engagement social est fortement affirmée, bien que les moyens concrets pour le faire ne soient pas beaucoup précisés.On souhaite la mise sur pied de groupes de vie et de partage et l\u2019expérience des équipes semble avoir accru ce désir.Par ailleurs, les questions et les inquiétudes s\u2019expriment aussi.Elles se résument fréquemment dans l\u2019expression populaire: «Qu\u2019est-ce que ça va donner?», mais il faut distinguer au moins trois sens à cette interrogation.Plusieurs des propositions renvoient en réalité à des décisions locales: le Synode pourra indiquer des orientations à prendre, mais c\u2019est dans les paroisses, les mouvements, les groupes de base que ces orientations prendront vie.C\u2019est vrai, en particulier, pour plusieurs aspects de l\u2019engagement social.La question devient donc: «Y aura-t-il beaucoup de chrétiennes et de chrétiens qui passeront aux actes pour réaliser ces orientations, une fois qu\u2019elles seront votées par l\u2019assemblée finale?» D\u2019autres propositions invitent l\u2019évêque et ses collaborateurs à se fixer des priorités dans leur façon d\u2019animer la vie de l\u2019Église et de concentrer leurs efforts.Comme toute organisation est lente à effectuer des virages, on peut penser qu\u2019il faudra du temps pour que ces priorités deviennent vraiment «prioritaires», tout en souhaitant que le délai soit assez bref.Enfin, on s\u2019en doute, des points chauds concernant la vie de l\u2019Église universelle sont soulevés: accès des femmes au sacerdoce, place des divorcés réengagés dans l\u2019Église, vision de la sexualité, choix des pasteurs par les fidèles.Notre évêque a déjà dit qu\u2019il ne voulait nullement exclure ces sujets de la discussion; en même temps, il a rappelé qu\u2019il ne peut effectuer des changements de façon unilatérale, puisqu\u2019il vit en communion avec les autres évêques et le Pape.Pouvons-nous espérer malgré tout qu\u2019une prise de position sur ces points n\u2019aura pas été inutile?Que notre voix, jointe à celle d\u2019autres Églises diocésaines, sera entendue au niveau de l\u2019Église universelle?Même si ces trois inquiétudes étaient calmées, il resterait encore la question vraiment cruciale: «Quel impact auront les décisions prises sur la vie de foi des personnes de 15 à 35 ans, qui bientôt devront constituer le noyau vivant et actif de notre Église?» Nous ne devons masquer aucune de ces questions, mais cela ne nous empêche pas de vivre le synode avec espérance.Nous essayons de ne pas oublier qu\u2019il est avant tout l\u2019oeuvre de l\u2019Esprit, dont nous nous efforçons d\u2019être les collaborateurs et collaboratrices les plus avisés possible.D\u2019ores et déjà, le Synode aura permis à plusieurs milliers de personnes d\u2019expérimenter que l\u2019Église, c\u2019est leur affaire.Ce résultat à lui seul, justifierait les énergies déployées.¦ Jean Picher UNIVERSALITÉ DES SOINS DE SANTÉ: UNE ÉTHIQUE EN PÉRIL?au symposium annuel tenu le 7 mai dernier par le Centre de bioéthique et l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal, il y avait moins de participants qu\u2019à l\u2019habitude.Était-ce dû au fait que nombre de participants des années précédentes considéraient l\u2019universalité des soins de santé comme un acquis intouchable, ou au contraire comme un domaine désormais promis fatalement à la rationalisation?On ne sait trop.Mais ceux qui se sont rendus à ce symposium en sont repartis convaincus que la crise de notre système de soins de santé dépasse largement les phénomènes de centralisation du financement, les tensions excessives entre décideurs et professionnels ou les contraintes budgétaires.Cela, les diverses communications du symposium l\u2019ont bien démontré - avec parfois certaines réticences venues du milieu de la recherche, préoccupé à juste titre par les coupures draconiennes opérées à son endroit.Depuis vingt ans, le pays investit dans la santé une part importante de ses ressources.Au Québec, par exemple, c\u2019est 10,4% du produit intérieur brut qui passe actuellement en soins de santé.L\u2019afflux des richesses qui a caractérisé ici la période des années 50 à 80 a permis aux divers paliers de gouvernement de répondre à un choix très net de l\u2019ensemble de la société.Mais le manque d\u2019accord sur les ressources à utiliser, - surtout celles qui sont plus dispendieuses comme les soins hospitaliers, - joint à la pression toujours plus grande qui s\u2019exerce sur le système de distribution des centres de santé, ont engendré au coeur même du système une série de réactions proches de la crise.Quels soins va-t-on donner à tel endroit?Et qui va décider?Comment décentraliser la gestion?Sur ces diverses questions, le débat est d\u2019ores et déjà engagé sans que l\u2019on voie poindre pour autant une réflexion organique sur l\u2019ensemble du système.Ces divers éléments de la problématique des soins, traités d\u2019ailleurs avec compétence et lucidité par la plupart des intervenants du symposium, ont moins retenu l\u2019attention de la salle que la dimension sociale du problème, fort bien abordée en fin de journée par Marc Renaud.Le titre de son intervention est significatif: «Les choix sociaux conséquents à l\u2019appauvrissement collectif».Que faire pour améliorer l\u2019état de santé d\u2019une population?Il est impossible de raisonner à ce sujet comme au temps de la Première Guerre mondiale; et les causes les plus déterminantes ont peu à voir ici avec le monde de la santé.Pour y remédier, il faudra investir dans le social plutôt que dans le médical.La vraie question est, au fond, celle de la finalité du régime de soins: en avons-nous vraiment pour notre argent?Il y a crise aux États-Unis, où le coût de la santé gruge 14% du produit intérieur brut, alors qu\u2019au Japon, avec un coût beaucoup moindre, l\u2019espérance de vie était de 76 ans en 1985.En matière de soins de santé, les grands bonds en avant sont dus non aux progrès de la médecine, mais aux changements dans l\u2019environnement social.Grâce à ces derniers, on a amélioré l\u2019épidémiologie clinique et l\u2019évaluation des soins de santé.Le Rapport Lalonde avait, il y a de cela plusieurs lustres, souligné le fait que la santé et la maladie tiennent avant tout aux modes de vie et à l\u2019environnement social, physique et biologique.Ces constats demeurent on ne peut plus actuels.Ce qui importe donc relations juillet-août 1994 165 avant tout, c\u2019est de créer un climat propice aux idées nouvelles, d\u2019orienter la conscience collective vers la reconnaissance des droits de tous; selon David Roy, responsable de cette journée, il faut favoriser de nouveaux choix éthiques basés sur l\u2019équité, non sur l\u2019égalité absolue, sur l\u2019excellence dans le travail et le partage de la richesse, si vraiment on veut résorber la crise.Ce qui exige, au préalable, plus qu\u2019un simple changement au plan de la pratique, une véritable conversion à des valeurs, une macro-éthique au lieu d\u2019une micro-éthique, comme l\u2019ont rappelé à plusieurs reprises les divers intervenants de cette journée.¦ Jean-Marc Dufort DES COMMUNAUTÉS DE BASE SE RACONTENT appartenance et d\u2019horizon aussi différents qu\u2019en témoignent leurs noms, quatorze communautés de base se sont rencontrées à Montréal, le 19 mars dernier.Désir de se retrouver?De voir ailleurs ce qui s\u2019y fait?De se comparer pour mieux se définir?D\u2019aller un peu plus loin?Peut-être aussi besoin de sentir qu\u2019on n\u2019est pas seul dans cette quête de quelque chose d\u2019autre.Qu\u2019on ne désire pas se replier sur soi-même après avoir déserté la grande paroisse, trop souvent anonyme.Curiosité saine donc et soif de solidarité.Après une brève présentation, chaque communauté arborant son insigne, il devient évident que chacune répond à un besoin différent, propre à son milieu, aux gens qui la composent, à sa raison d\u2019être.Force et fragilité de ces cellules vivantes, certaines toutes récentes côtoyant la doyenne de vingt ans.Mutations profondes à l\u2019intérieur des anciennes, recherche de sens chez toutes.Et partout, cette soif de vivre une foi qui porte un visage, celui des autres.De regarder la société avec un oeil neuf.De refaire le monde en commençant par chez soi.Vocation sociale commune, parfois articulée, parfois plus latente.Puis, questions sérieuses à l\u2019ordre du jour pour se dire comment chaque communauté alimente sa foi, vit sa relation avec le monde et ce qu\u2019elle apporte à ses membres.Brassage d\u2019idées, suivi d\u2019une présentation animée du message qu\u2019on désire livrer à l\u2019assemblée.Enfin, consensus qui se dégage de toute l\u2019opération: celui de ne pas alourdir, en ajoutant une superstructure à cette rencontre qui se veut «gratuite».Avec, tout de même, le désir de se revoir dans un an pour faire le point, voir si l\u2019on y est toujours et comment.Cet événement s\u2019inscrit toutefois, il me semble, dans une démarche plus profonde.Les communautés de base se cherchent un nouveau souffle, un langage propre, une lecture de la réalité détachée du discours officiel.Elles répondent à ce désir de se retrouver en plus petit groupe dans une Église différente, à visage plus humain.De passer de la consommation de la Parole à l\u2019écoute active des besoins criants de notre monde.De réinventer une liturgie qui célèbre autour du pain et du vin de l\u2019amitié, consacrés par l\u2019engagement dans le milieu.Nées d\u2019une insatisfaction face aux structures existantes (religieuses, sociales, politiques), elles se retroussent les manches, refusant l\u2019attente d\u2019un monde meilleur pour déjà vivre le Royaume.Elles sont la semence jetée dans une terre nouvelle, modeste, mais porteuse de promesses.Sous le signe de l\u2019accueil, du respect mutuel, elles ont cherché ce jour-là à se raconter, sans plus.Mais comme la respiration dans un corps qui s\u2019ankylose, elles annoncent la grande espérance d\u2019une Église qui refuse de mourir.¦ Nicole David-Strauss EXCURSION AU PAYS DE JÉSUS Un fascinant voyage au pays de la Bible! Ce jeu propose aux jeunes de neuf ans et plus un voyage dans l\u2019espace et dans le temps.Tout au long d\u2019un parcours aux multiples surprises, les joueurs seront amenés à visiter des lieux historiques et à répondre à des questions relatives au passage de Jésus en Palestine, il y a 2000 ans.Ce jeu contient: \u2022\tune planche de jeu toute en couleur et des pions \u2022\tune brochure de 40 pages pour les consignes et les réponses Prix régulier: 15,95$; PRIX RÉDUIT : 5$ (+ frais d\u2019envoi et taxes).Commandez à: S0CABI Société catholique de la Bible, 7400 boul.Saint-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 ; téléc.: (514) 274-5184 166 relations juillet-août 1994 SSF»*: DOSSIER bonheur Quête effrénée, dans toutes les directions souvent sans issues, le bonheur est sans doute le bien le plus précieux, et plus partagé qu\u2019on ne le pense parfois.relations juillet-août 1994 167 Jean F.Leblanc/STOCK BONHEUR: OÙ ES-TU?par Dominique Boisvert dès que je mentionnais le thème, mes amis s\u2019exclamaient: «Quelle merveilleuse idée qu\u2019un dossier sur le bonheur!» Est-ce un sujet trop rarement abordé?Ou est-ce plutôt le bonheur lui-même qui se fait rare?Quoi qu\u2019il en soit, les attentes risquent d\u2019être grandes.Qui ne désirerait, souvent pardessus tout, être heureux?Pourtant, l\u2019équipe en charge de ce dossier a «peiné» sur le bonheur! Comment aborder cette question multiforme?Y aurait-il des «recettes» pour être heureux?Peut-on éduquer au bonheur?Ou faut-il, par essence, «laisser le bonheur en liberté»?Au risque qu\u2019il devienne alors le bonheur des champions, de ceux qui ont réussi, des gagnants de la compétition que devient souvent la vie.?Bonheur: fin dernière de l\u2019homme pour les morales de l\u2019Antiquité; remplacée par la vertu pour les moralistes modernes comme Kant; carrément impossible a priori pour les philosophes de l\u2019absurde; ou moments denses mais déchirés de plusieurs poètes et penseurs tragiques de notre siècle.Autant d\u2019approches du bonheur qui se disputent la place au dictionnaire philosophique.Et qui pourtant, chacune, traduisent une facette de cette réalité insaisissable.Le bonheur, en tous cas, serait le propre de l\u2019être humain et se distinguerait en ce sens du plaisir auquel on l\u2019identifie parfois.Tout comme il serait toujours le fruit d\u2019une activité humaine, et non pas «donné» par des événements extérieurs comme peuvent l\u2019être les joies ou les plaisirs.Dans un monde actuel où la vitesse, le progrès et le pragmatisme matérialiste le disputent au sens, peut-on chercher le bonheur sans moraliser, mais sans craindre non plus de questionner les notions de bonheur qui nous sont imposées, au gré des modes qui se succèdent?Quête effrénée, dans toutes les directions souvent sans issues, le bonheur est sans doute le bien le plus précieux, et plus partagé qu\u2019on ne le pense parfois.Mais il demeure difficile à cerner, étant éminemment relatif, individualisé, dépendant des milieux où l\u2019on vit, des valeurs ambiantes, des normes qui prévalent.Est-ce un sujet trop rare- ment abordé?Qu est-ce plutôt le bonheur lui-même qui se fait rare?Qui ne dé- sirerait, souvent par-dessus tout, être heureux?Peut-on affirmer pour autant que le bonheur est propre à chacun?Faut-il voir, dans la variété des bonheurs, une complémentarité nécessaire?Même s\u2019il est d\u2019autant plus difficile d\u2019affirmer des certitudes dans notre monde en profonde transformation, il semble bien qu\u2019il existe certaines constantes dans la recherche du bonheur comme, par exemple, la disponibilité au changement, la capacité de vivre «ici et maintenant», l\u2019écoute de la sagesse, la pratique de l\u2019abandon, etc.C\u2019est en tous cas ce qu\u2019a déga- gé le journaliste et communicateur Robert Blondin, au terme d\u2019une longue recherche radiophonique aux quatre coins du globe1.?Dans toutes les avenues possibles vers le bonheur, il nous fallait choisir.Après quelques rencontres consacrées à chercher «l\u2019angle d\u2019attaque», nous avons décidé de privilégier une réflexion philosophique sur le bonheur, qui témoigne de la recherche et des incertitudes d\u2019aujourd\u2019hui (Pascale Quiviger); les lieux de bonheur que peuvent être le corps, la sexualité, le quotidien et les divers âges de la vie (Monique Tremblay); les rapports entre bonheur personnel et projet collectif (Joseph Giguère); et l\u2019expérience religieuse comme source de bonheur (Dominique Boisvert).Nous risquons ici quatre paroles singulières, dans leur forme comme dans leur contenu, riches de leurs limites et, es-pérons-le, porteuses de sens pour cette quête de bonheur que chacun poursuit.Vous avez entre les mains un dossier d\u2019été.Que vous pourrez lire à la plage, tout autant qu\u2019à votre table de travail.Certains textes gagnent à être relus: la philosophie n\u2019est jamais un roman Harlequin.Chaque texte recèle ses pierres précieuses, cachées dans des minerais divers et plus ou moins durs.C\u2019est à vous maintenant de les explorer, à votre rythme, et d\u2019en tirer vos propres richesses.¦ 1.Robert Blondin, Le bonheur possible.Les gens heureux ont une histoire.Les conclusions d\u2019une vaste enquête, Éditions de l\u2019Homme, Montréal, 1983, 330 p.À LIRE DANS NOS PROCHAINS NUMÉROS \u2022 De l\u2019importance des impôts et des taxes \u2022 Le regroupement des services dans les communautés rurales \u2022 Le rôle de l\u2019Église et la place de la spiritualité dans la question autochtone \u2022 La réforme Axworthy \u2022 Repenser le développement international \u2022 Le pouvoir des banques 168 relations juillet-août 1994 DIALOGUE SOUS UN ERABLE par Pascale Quiviger1 * 4 ww ¦ W ¦AM -\tL\u2019UN: Que fais-tu là, sous cet érable?Tu me semblés bien préoccupé.-\tL\u2019AUTRE: Je me trouvais heureux ce matin, sous le feuillage de cet arbre, avec le soleil neuf du printemps qui passe au travers, et je me disais «est-ce alors le bonheur, faut-il chercher au-delà ?».Je ne suis pas arrivé à répondre à ma propre question.-\tL\u2019UN: Est-ce donc là un malheur?-\tL\u2019AUTRE: Oui, je crois.Dans le bonheur doit se trouver aussi la certitude du bonheur.Sans la certitude, je me tiens dans le malheur d\u2019un bonheur partiel.Le 1.Jeune étudiante à la maîtrise en philosophie (Université de Montréal), l\u2019auteure poursuivra en septembre, au département des Beaux-Arts de l\u2019Université Concordia, une démarche picturale entreprise depuis quelques années.bonheur, par définition, ne doit-il pas être sans trou ni bord?-\tL\u2019UN: Et à quoi ressemblerait une telle certitude?-\tL\u2019AUTRE: Sans doute à un arrêt du mouvement de la recherche, à un repos.À un temps qui ne passe pas.À une béatitude originaire.Un passé utérin, d\u2019avant le principe de réalité, un bonheur d\u2019avant la séparation des sexes.D\u2019avant que les eaux crèvent.Quand le désir et sa satisfaction ne souffraient d\u2019aucun décalage.relations juillet-août 1994 -L\u2019UN : C\u2019est dans l\u2019absence de désir que se trouve le bonheur?-\tL\u2019AUTRE: Mais sans désir, il n\u2019y a plus ni satisfaction ni rien du tout, n\u2019est-ce pas ?Le bonheur se nourrirait du désir.-\tL\u2019UN: Sans désir, il n\u2019y a surtout pas de vie.Ton bonheur nostalgique de l\u2019origine blottie dans la totalité, il précède la croissance.Il est trop tard pour ce bonheur-là.Tu ne le trouveras pas en avant de toi, mais toujours en arrière, et pendant que tu regardes par-dessus ton épaule, tu 169 t\u2019absentes des choses qui viennent en face de toi.- L\u2019AUTRE: Alors, peut-être, dois-je chercher le bonheur dans ces choses qui viennent à ma rencontre.Peut-être le bonheur est-il dans la présence.Dans la présence du présent et dans la présence au présent.Peut-être le soleil ce matin sur ma peau était-il le bonheur.Mais alors, dis-moi, si le bonheur se trouve dans la présence, est-il forcément ce qui me vient par les sens?Est-il l\u2019eau que je bois, le pain que je mange, la flûte que j\u2019écoute ?Le bonheur, dis-moi, est-ce alors le glissement de la soie ou du vent sur ma peau?Est-ce la jeunesse qui passe de- Je crois qu\u2019il n\u2019v a pas de sens vrai tant qu\u2019on ne s\u2019est pas porté responsable de sa recherche.vant mes yeux?Le bonheur serait un terme pluriel, ce serait «les bonheurs» ?-\tL\u2019UN: C\u2019est possible.Mais alors, ces bonheurs, ils exigeraient, contrairement à ce que tu privilégiais tout à l\u2019heure, que le temps passe.Le présent n\u2019est en présence qu\u2019en cédant sa place à ce qui vient.Le bonheur des sens, tu ne peux pas l\u2019arrêter, le tenir, et dire «voilà, je te tiens».C\u2019est un bonheur toujours en train de s\u2019absenter.Ce bonheur que tu ne tiens pas, n\u2019a pas sa place dans une certitude immobile.C\u2019est un bonheur rebelle, qui vient à toi par surprise et par petits morceaux.-\tL\u2019AUTRE: Alors, est-ce que le bonheur serait dans l\u2019abandon du désir de repos et d\u2019achèvement au profit des petites choses?Dans l\u2019accueil de ce qui s\u2019approche et la disponibilité ?Dans le renoncement à la saisie ?Mais, dans ce cas, quel est le sens de la possession?Qu\u2019est-ce que je peux garder du bonheur pour moi, en moi?Quel pouvoir est-ce que j\u2019exerce sur ce que je suis?Faut-il donc se contenter des miettes de la Providence ?-\tL\u2019UN: La Providence, je ne sais pas.Crois-tu que la Providence soit nécessaire?Quand tu te sens dépossédé de toi-même dans le renoncement et dans l\u2019attente, c\u2019est que tu fais le deuil de ton pouvoir sur les choses.C\u2019est que tu te sens impuissant à faire ton bonheur.C\u2019est que le pourquoi de ces petites comètes de joie évanescente t\u2019échappe douloureusement.Peut-être alors faut-il se ranger du côté d\u2019un sens qui nous dépasse, qu\u2019en penses-tu?170 -\tL\u2019AUTRE: Ce que tu me dis, en somme, c\u2019est que le bonheur pourrait être en définitive une question éminemment religieuse ?-\tL\u2019UN: Je ne sais pas.Ce que je te dis, c\u2019est que nous attendons peut-être, sous le bonheur, d\u2019abord un sens.La recherche du bonheur serait à inclure dans la recherche du sens.-\tL\u2019AUTRE: Peut-être alors que le sens lui-même - mais quel est-il?-pourrait ramasser le bonheur en une orientation globale.Peut-être que le sens arriverait même à justifier la dépossession de nos propres pouvoirs et l\u2019abandon à ce qui vient.-\tL\u2019UN: Tu me parles là, il me semble, d\u2019une certaine forme de destin.Il y a fondamentalement une paresse dans ta façon de chercher.Mais peut-être est-ce une paresse naturelle.Tu cherches, dans le bonheur, un repos.-\tL\u2019AUTRE: Tu as raison.Mais quoi?Nous portons tous des questions ouvertes.Faut-il pour autant persister dans la fatigue?Je crois que de vaincre la fatigue, de clore la question est en soi une grande victoire.-\tL\u2019UN: Moi, je crois qu\u2019il n\u2019y a pas de sens vrai tant qu\u2019on ne s\u2019est pas porté responsable de sa recherche.J\u2019irai plus loin: je ne crois pas que la réponse à la question profonde soit un repos de la question.La réponse à la question du sens doit relancer la question.Je crois Tant qu\u2019on confine le bonheur à l\u2019épanouisse- ment personnel, on ne pense qu\u2019un bonheur extérieur au monde.que le sens ne prend sens que dans la recherche du sens.-\tL\u2019AUTRE: Tu crois alors que nous sommes irrémédiablement séparés de tout sens.-\tL\u2019UN: Je ne crois quoi que ce soit qu\u2019à condition que nous soyons séparés.La vie ne se prépare dans l\u2019utérus qu\u2019à condition d\u2019en sortir.Le ventre est un cercueil si l\u2019on veut y rester.Tout ce qui te permet le repos est un rappel du ventre.Les rappels du ventre sont aussi nécessaires que le sommeil; mais le retour au ventre relations juillet-août 1994 est un sommeil sans limites.Et, tu le sais comme moi, les sommeils dont on ne s\u2019éveille pas ressemblent étrangement à la mort.-\tL\u2019AUTRE: Mais alors, ton sens, il se trouve dans la vie.Tu crois dans ce qui favorise la vie, même si la vie est difficile.Tu crois au bien relatif à tout ce qui croît, à tout ce qui rompt avec le sommeil.Mais en subordonnant le sens à la vie, ne nous renvoies-tu pas en deçà de la morale?T\u2019en remets-tu ainsi à la sauvage loi du plus fort?Dans quel sens va le sens, dis-moi?-\tL\u2019UN: Je pense que notre problème tient en grande partie à notre façon de poser la question.Nous n\u2019avons parlé jusqu\u2019ici que de notre bonheur propre.Mais, à la sortie du ventre, il y a des choses et il y a des gens.Tant qu\u2019on confine le bonheur à l\u2019épanouissement personnel, on ne pense qu\u2019un bonheur extérieur au monde.Le bonheur, c\u2019est ce qui me remplit et c\u2019est ce qui me guérit de l\u2019attente.Mais la vie, c\u2019est la vie dans le monde.C\u2019est le monde qui rend la vie si difficile.Le monde s\u2019interpose entre moi et mon remplissement.Il exige que je me dépense pour lui et que je guérisse aussi les autres.Sans doute est-il vrai qu\u2019il faut d\u2019abord être heureux pour rendre heureux les autres.Et peut-être faire le bonheur des autres revient-il sans arrêt, et de façon souvent cachée, parce qu\u2019un peu honteuse, à faire son propre bonheur.Mais en dehors du monde, dans l\u2019extrême intériorité, ce qui reste, c\u2019est encore l\u2019immobilité de la mort.Il faut trouver le juste milieu entre l\u2019égocentrisme et l\u2019abnégation.Entre la solitude et le bain de foule.Autant prouver la quadrature du cercle.Mais je pense qu\u2019il n\u2019y a pas de bonheur complet en dehors de la question morale.-\tL\u2019AUTRE: Mais la question morale est toujours incomplète, non ?-\tL\u2019UN: Oui.Je crois que la recherche du sens incombe de manière si aiguë aux humains qu\u2019elle les condamne à l\u2019inachèvement de la morale.-\tL\u2019AUTRE: Tu ne dors donc jamais! Tu es un insomniaque du sens.-\tL\u2019UN: Je veille, c\u2019est tout.Et il me semble que c\u2019est déjà pas mal.Je me sens à la fois libre du sens, mais d\u2019une liberté lourde et imposée.Il me semble que ma marche ne va jamais quelque part, et que je marcherai toujours.Et que toujours, j\u2019aurai à marcher.Je tends vers un lointain et il me reste toujours à tendre.À attendre.-\tL\u2019AUTRE: Alors, ton bonheur doit être lié à un but, à un avenir.On ne marche pas sans routes et toutes les routes mè- nent quelque part.À quoi tient donc l\u2019élan de ta marche sinon à quelque terre promise ou monde meilleur?Pas plus que celui qui espère au passé, tu ne vois les choses qui viennent à ta rencontre.Toi aussi, tu attends les noces de la question et de la réponse.- L\u2019UN: Je te le dis: je ne sais pas d\u2019avance ce vers quoi ni pourquoi j\u2019avance.Je ne veux pas vivre au nom d\u2019une fusion, fût-elle toujours à accomplir.Je ne voudrais pas non plus succomber à la tentation de me prendre moi-même pour la totalité.Mais tu comprends, pour cela, il faut veiller sans arrêt.À quoi tient donc l\u2019élan de ta marche sinon à quelque terre promise ou inonde meilleur?-\tL\u2019AUTRE: Mais, au noyau de ta veille, il doit bien y avoir, à défaut d\u2019un sens ou d\u2019un bonheur achevé, une joie, ou quelque chose qui s\u2019approche de la joie?-\tL\u2019UN: Il y a, oui, tu dis vrai, une forme de calme affirmation de la marche et de l\u2019attente qui s\u2019apparente à la joie.-\tL\u2019AUTRE: Dans ce cas, l\u2019incarnation de ton bonheur, si fantomatique soit-elle, consisterait dans cette sérénité que tu décris.Moi, je ne crois pas que le coeur humain soit fait pour l\u2019attente.Il y a un moment où l\u2019impatience fait éclater la patience.-\tL\u2019UN: Ma pensée ne porte pas assez loin pour pouvoir te répondre.Je ne fais que le peu que je peux.Mon corps me reste à apprendre.Et je suis novice en amour.Je marche, ma marche est lourde et pourtant il m\u2019arrive aussi de danser.Je ne me plonge ni dans l\u2019oubli ni dans la mémoire, ni dans l\u2019espoir ni dans le deuil, ni dans la présence du présent ni dans son retrait et, pourtant, un petit peu dans chacun.Le sens ne m\u2019est sens qu\u2019inachevé.-\tL\u2019AUTRE: Ta conception du sens et même ta conception de la joie sont assez tragiques.Comment peux-tu persister à leur subordonner le bonheur?-\tL\u2019UN: Tu es drôle.Parfois je me dis que toi, tu te trouves en plein bonheur.Tu espères et tu dors.Rien n\u2019est jamais complet, mais tu aimes l\u2019eau que tu bois et le pain que tu manges.Tu étais heureux ce matin avant de te poser la question du bonheur.-\tL\u2019AUTRE: C\u2019est vrai, mais alors.Dis-moi, crois-tu qu\u2019on puisse voir le bonheur?Crois-tu qu\u2019en plein bonheur on puisse se savoir dans le bonheur?-\tL\u2019UN: Peut-être posons-nous une question vide.En tous cas, nous posons une question vide de réponse.C\u2019est peut-être précisément en posant la question qu\u2019on la vide de réponse.-\tL\u2019AUTRE: On la vide assurément d\u2019une réponse unique, mais on l\u2019ouvre en même temps à la possibilité de réponses multiples.Il n\u2019y a que le vide qui puisse se remplir.-\tL\u2019UN: Dans ce cas, le renoncement à l\u2019unité doit nécessairement faire partie de ce remplissement.Peut-être est-il l\u2019horizon sur lequel se dessinent les réponses.Peut-être même ces réponses sont-elles étrangères à la connaissance, irréductibles au pauvre contenu d\u2019un dialogue ou d\u2019une pensée.Comme si elles débordaient de beaucoup la faculté qui pose la question.-\tL\u2019AUTRE: Peut-être aussi que sous la question du bonheur se cache notre inaptitude à nous contenter de l\u2019imperfection, à vivre sans savoir d\u2019où l\u2019on vient ni où l\u2019on va, à ne bâtir le monde que petit à petit.Peut-être est-ce notre finitude que nous nous cachons à nous-mêmes derrière l\u2019idée d\u2019un bonheur accompli.C\u2019est assez difficile à se dire, tout ça, non?-\tL\u2019UN: C\u2019est difficile, oui, je pense, parce que ça nous demande de nous réconcilier avec l\u2019irréconciliable.Soyons modestes et pardonnons-nous.Nous savons si peu et nous pouvons si mal.Pourtant, regarde: il fait encore soleil, c\u2019est toujours un érable et, moi aussi, j\u2019adore le matin.¦ relations juillet-août 1994 171 Jean F.Leblanc/STOCK DES BONHEURS SIMPLES par Monique Tremblay1 ¦ Je croyais qu\u2019écrire sur le bonheur me serait facile.D\u2019autant plus que le thème proposé était celui du corps, de la sexualité et du bonheur.J\u2019aimais cette idée de relier en pensée ces trois mots, qui évoquent pour moi spontanément, force, énergie et plaisir.Malheureusement, l\u2019inspiration se fait attendre et vient par poussées brèves, difficiles à relier les unes aux autres.Et qu\u2019est-ce que la sexualité humaine sinon cette force tantôt intense, tantôt fragile, qui nous conduit au fil de nos rencontres et de nos rêveries à nous relier aux autres et profondément à soi-même?La sexualité humaine, c\u2019est la trame portante du bonheur, celle qui nous rappelle que nous sommes tous et toutes appelés au désir.Désir de l\u2019autre, désir d\u2019enfant, désir d\u2019une oeuvre ou d\u2019un ouvrage, désir de liens où nous sentons que nous tenons une place privilégiée, désir d\u2019accomplir l\u2019être que nous sommes avec ses lumières et ses ombres, désir d\u2019appartenance à une communauté à laquelle nous contribuons à notre mesure, enfants, adolescents, adultes, anciens.Dans les années exigeantes que nous traversons, où je sens chaque matin la souffrance d\u2019une société en déstructuration, de pouvoir me rappeler le goût de l\u2019essentiel, ce qui fait notre humanité, m\u2019aide à être heureuse.J\u2019ai ressenti, l\u2019autre jour, une connivence profonde entre mon bonheur actuel et le spectacle «Alegria» du Cirque du Soleil.Il y a dans «Alegria», dans sa musique, ses chants et surtout dans les histoires mimées par les clowns, une tendresse poignante, en résonance très juste avec notre époque.Le bonheur, ici, accueille la peine du voyageur et se moque doucement de la lutte des clowns-moineaux pour occuper leur espace sur un fil en mouvement.Parce qu\u2019il fait place à la douleur humaine dans le chant et dans l\u2019amour, le Cirque du Soleil console et apaise.La beauté des corps des acrobates et des gymnastes, la perfection des mouvements des enfants contorsionnistes, l\u2019éclat de la performance de l\u2019homme- 172 volant qui fait valser sur son dos le cube dessiné par Léonard de Vinci à la Renaissance, nous transportent et nous émeuvent sans jamais nous déraciner de nous-mêmes et de notre monde.Et quand une époque a mal, elle a d\u2019abord besoin d\u2019être consolée avant d\u2019être éblouie.C\u2019est une des conditions fondamentales du bonheur dans les temps troublants.Alegria donc! Cinq heures du matin et je m\u2019agite dans mon lit depuis une heure, en pensant à ce texte dont j\u2019ai perdu le fil.Dans la fraîcheur de la nuit, j\u2019entends tomber la pluie lorsque tout à coup, dans son sommeil, mon amour se rapproche et m\u2019entoure de ses bras.Paix, paix profonde et joie.Joie sereine et détente.Je respire et je pense aux nuits, à l\u2019importance des En pensant au bonheur, j\u2019ai pris conscience de la variété des bonheurs selon les âges de ma vie.nuits avec mon amour.Bonheur simple des nuits, quand nos corps se retrouvent dans le sommeil ou dans la demi-veille, en toute confiance et proximité.Ce qui se tisse ainsi la nuit de tendresse et de réconfort, de sensualité aussi, aide à vivre le jour.Cet accueil et cette fidélité des corps dans le sommeil, qui s\u2019établissent au travers des désaccords, des luttes et des égratignures du jour.Ce besoin des corps d\u2019être proches, besoin si humble et si fondamental qu\u2019il rend la réconciliation nécessaire et possible, aussi nécessaire que le pain, le travail et la jouissance.Le corps, qui dès la naissance nous rappelle qu\u2019il est besoin de liens, besoin de l\u2019autre et que cet état de besoin de l\u2019autre doit être vitalement reconnu relations juillet-août 1994 pour que le bonheur advienne et dure.Autant la sexualité est désir, autant le corps est besoin, autant l\u2019un et l\u2019autre nous rappellent dans notre chair de quoi nous sommes faits, jusqu\u2019où nous pouvons aller et ce que nous ne serons jamais.La souffrance et la mort font partie de nos vies, et il n\u2019est pas de bonheur possible si je ne leur fais pas de place lorsqu\u2019elles adviennent.C\u2019est pourquoi mon bonheur a parfois le souffle court.En pensant au bonheur, j\u2019ai pris conscience de la variété des bonheurs selon les âges de ma vie.À quarante-cinq ans, je regarde derrière moi, pour me rendre compte que mon bonheur actuel m\u2019aurait paru ridicule et sans intérêt à vingt-cinq ans, et que je me serais regardée avec pitié, à quinze ans, si je m\u2019étais vue ainsi.Des bonheurs de ma vie me reviennent par fragments.Je me revois, âgée de deux ans et demi, trois ans, l\u2019été par un matin de soleil, marchant dans l\u2019herbe mouillée, verte et brillante, regardant un chat pas très loin.Ma grand-mère me tient par la main, main qui s\u2019échappe, et nous cueillons des framboises.Bonheur d\u2019être dans ce qui était pour moi l\u2019ordre des choses, bonheur d\u2019être bien avec une grand-mère elle-même heureuse d\u2019être là.Bonheur plus tard des framboises mangées avec de la crème, très épaisse.Bonheur, l\u2019été encore, à neuf, dix ans, avec mes frères et soeurs, bonheur excité de courir le soir de notre arrivée vers la plage immense d\u2019OId Orchard et d\u2019aller voir la mer, semblable à elle-même, un été après l\u2019autre.Bonheur d\u2019avoir le souffle coupé devant cette immensité retrouvée et de sentir qu\u2019elle ne pourra jamais être contenue; contemplée certes, mais 1.L\u2019auteure est psychologue et travaille comme psychothérapeute en milieu populaire au Centre St-Pierre de Montréal. \t non contenue.Plaisir jour après jour, de découvrir la mer et le ciel, les vagues et les rochers, toujours pareils et jamais pareils.J\u2019en ai gardé un goût des paysages qui est une des plus grandes joies de ma vie.Bonheur à quinze ans, d\u2019inventer une danse sur la musique des «Saisons» de Vivaldi, quand les énergies et les émotions puissantes de cet âge me donnaient une irrésistible envie de bouger en résonance avec les intensités que j\u2019éprouvais.La musique donnait une forme aux excitations qui m\u2019habitaient, une forme que je trouvais belle et que j\u2019aimais.J\u2019avais l\u2019impression de faire corps avec la musique.Les adolescents d\u2019aujourd\u2019hui, mon fils, ses amis, ses cousins, vivent un plaisir probablement semblable au mien, dans le rock.La musique de Led Zeppelin et d\u2019Aerosmith, instruments joués à la limite du supportable, les voix tantôt rêveuses parfois hurlantes, leur parlent d\u2019eux-mêmes sans le leur dire.Cette musique qui nomme sans en avoir l\u2019air est essentielle au bonheur quand on a quinze ans.?Les années de la vingtaine et de la trentaine se bousculent dans mes souvenirs.J\u2019en garde l\u2019image d\u2019une activité effrénée dans le travail, comme dans les voyages au travers des Amériques.Années où je tentais d\u2019accomplir, où je confrontais les rêves de l\u2019enfance et de l\u2019ado- lescence au réel.Âges de puissance du corps, qui trouve plaisir à aimer, à découvrir et à explorer sensuellement, corps ca- Le corps définit notre ap- partenance à l\u2019humanité commune, dans ce qui nous est commun à tous comme dans nos différen- ces.pable d\u2019abattre besognes après besognes sans éprouver le besoin du repos, ou qui récupère en une nuit l\u2019énergie d\u2019une semaine.Bonheur dans cet âge, quand la société apporte les ressources nécessaires, d\u2019expérimenter un pouvoir, une efficacité dans le réel; et dans cette expérience de pouvoir, apprendre peu à peu à sentir et à reconnaître ses limites.Un peu à peu souvent pénible et qui devient précieux à la longue, puisqu\u2019il permet de saisir un peu mieux la mesure de soi et d\u2019estimer la contribution des autres, de reconnaître tout ce qu\u2019on leur doit.Je crois que le maître mot, pour moi, du bonheur de ces années est «construire passionnément, vivre intensément», le meilleur comme le pire.«Le corps sui- vait», en peinant à certaines heures, mais il suivait.Quel bonheur à ces âges, quand nous pouvons réaliser des rêves de jeunesse et que ces réalisations facilitent la guérison de certaines blessures intérieures.Le jeune adulte qui veut faire sa place dans le monde, et contribuer par ses qualités propres à la vie de ses proches et de son milieu, a besoin que sa société lui offre un minimum de conditions, de possibilités pour y arriver.Le bonheur des jeunes adultes est à ce prix.?Les bonheurs de la quarantaine.Je les découvre à peine.Apprivoiser le changement des énergies corporelles, le besoin de repos et de détente plus nécessaires.L\u2019intensité du corps qui fait place à une intériorité plus fragile, plus sensible aussi.Un goût d\u2019approfondir la pensée et les relations avec les autres, une espèce de douceur et de compassion envers la vie et envers les êtres émergent, se font jour.Le désir de goûter ce qui est, en sachant maintenant que ce qui est aujourd\u2019hui ne sera plus demain et qu\u2019autre chose sera et s\u2019en ira.Une solidarité plus charnelle prend place, comme si peu à peu je reconnaissais dans les différents visages de l\u2019expérience humaine des aspects de moi-même.En vieillissant, il me semble que davantage d\u2019aspects de la vie humaine me deviennent familiers et chers.relations juillet-août 1994 173 Cela semble me venir de la contemplation des paysages.La pérennité de la nature et de l\u2019univers, au travers de ses destructions et de ses mouvements immenses, me rend sereine.Ce qui, je m\u2019en rends compte, me rejoint plus que tout, c\u2019est la contemplation de la vie et des personnes de tous âges que je croise dans le métro ou sur la rue.Tous me parlent de l\u2019expérience humaine, de ses espoirs, de ses luttes, de ses échecs et de notre incroyable propension à durer, à cause de la beauté du monde et de notre indéracinable instinct de vie qui, tel les brins d\u2019herbe dans l\u2019asphalte des villes, se nourrit de tout ce qui peut le soutenir.Je vieillis dans le contexte d\u2019une société qui se déstructure profondément, même si le capital se restructure, nous dit-on.Ce qui nous montre bien que ce qui fait le bonheur des grands capitalistes ne fait pas nécessairement le bonheur de la société et ne facilite en rien le tissage des liens économiques et sociaux au ras du sol.Heureusement que nous sommes encore capables de culture, particulièrement de nouvelles danses, de cirque et de musique.L\u2019essor récent de ces arts nous montre que quand le sens des mots est perverti et que le politique ment, le corps, lui, demeure capable d\u2019expressions, de cris et de métaphores.Le corps, lui, ne ment pas, lorsqu\u2019un oeil de chair le regarde, dans la proximité de la scène ou dans l\u2019intimité du lit.Dans ce contexte de déstructuration, je vois la sexualité comme cette force qui nous rappelle que nous appartenons profondément à l\u2019ordre des vivants, et que l\u2019essence même du monde des vivants, c\u2019est d\u2019établir avec l\u2019environnement des relations qui rendent la vie possible et lui permettent de se multiplier, dans l\u2019ordre de la nature comme dans l\u2019ordre de la cul- ture.La sexualité me dit qu\u2019il n\u2019est point de société humaine si les vivants, humains et autres, n\u2019y sont plus respectés et honorés, et s\u2019il n\u2019y a plus de place pour le désir médiatisé par la culture.Je découvre en écrivant à quel point, ces années-ci, je me relie fortement à la nature.J\u2019observe ma cour et mon minuscule jardin.Je regarde avec attention les arbres de ma rue et les oiseaux.Je me relie à la nature par mes sens et par mon corps et sur le plan du sens, je m\u2019y relie métaphoriquement comme à une source La conscience et le res- pect de cette humanité commune, voilà pour moi une condition fondamenta- le du bonheur.inépuisable.Je suis particulièrement attentive à la manière dont les végétaux et les animaux s\u2019y prennent pour refaire leurs territoires et poursuivre leurs croissances au travers des interruptions et des déstructurations continuelles que les saisons introduisent, particulièrement l\u2019hiver.J\u2019aime observer là combien et comment la vie prend soin d\u2019elle-même dans l\u2019univers plus vaste des sols et des climats.?Je ne connais pas encore personnellement la vieillesse.Je vois mes parents et leurs familles s\u2019y adapter, année après année, tantôt avec bonheur, tantôt dans des épisodes plus douloureux ou cocasses, chacun selon son contexte et son tempérament.Ce qui me touche et me réjouit, au fil du temps, c\u2019est de les voir vivants de l\u2019intérieur, s\u2019assouplir un peu plus, encore capables de changement selon leurs forces.Ils vieillissent bien, ils ont de bonnes conditions pour le faire, qui leur facilitent ces derniers passages de leur vie.Leur présence m\u2019aide à raffermir en moi le sens d\u2019une continuité profonde entre les générations et à identifier peu à peu les forces de croissance qui s\u2019y sont transmises.Le contact avec ces anciens participe aussi à mon bonheur.Et quand je pense au vieillissement et à la mort, cette ultime étape du corps, je me dis que vieillir et mourir représentent à merveille le lent épuisement des forces individuelles et la nécessité du passage, du départ, qui accompagne ce qui est devenu désuet et, plus généralement, ce qui a accompli son parcours.J\u2019aurai moi aussi à mourir.En terminant ce texte, une dernière réflexion sur le corps me vient.Le corps définit notre appartenance à l\u2019humanité commune, dans ce qui nous est commun à tous comme dans nos différences.La conscience et le respect de cette humanité commune, voilà pour moi une condition fondamentale du bonheur.À chaque matin, je nous regarde dans le métro, venant de 100 pays du monde, aidant au besoin une jeune mère à porter la poussette de son bébé, capables de nous sourire et de rire si un incident bénin survient.Je me dis qu\u2019il y a 40 ans, dans cette ville, une telle convivialité simple des personnes et des nations était impossible.Cela me donne raison d\u2019espérer, si nous continuons à tenir comme à la prunelle de nos yeux au respect de notre commune humanité.¦ LES SOIREES RELATIONS SUR CASSETTES VIDEOS Quelques sujets disponibles (on peut demander la liste complète): \u2022 Relancer Montréal, autrement (19-10-92) \u2022 Santo Domingo, nouvelle chance pour l\u2019Évangile?(23-11-92) \u2022 L\u2019ingérence, de quel droit?(18-01-93) \u2022 Quel avenir pour les 20-30 ans?(15-02-93) \u2022 Les États-Unis de Bill Clinton (15-03-93) \u2022 La religion: sa place à l\u2019école?(19-04-93) \u2022 Achiel Peelman: «Le Christ est-il amérindien?» (17-05-93) \u2022 Vers une culture publique commune au Québec (18-10-93) \u2022 Repenser le système pénal (15-11-93) \u2022 Défis posés à l\u2019Afrique (13-12-93) \u2022 Nouvelles technologies de procréation (17-01-94) \u2022 Régler le déficit: à quel prix?(21-02-94) \u2022 La voix des femmes autochtones (21-03-94) \u2022 Quel avenir pour l\u2019engagement social - spécial 600e numéro de Relations (18-04-94) \u2022 Francisco De Roux: «Le processus de démocratisation en Amérique latine» (09-05-94) Achat: 25,00$ par cassette.Location (10 jours): 7,00$ par cassette.Ces prix incluent la TPS et TVQ.Frais d\u2019expédition en sus.Chèques ou mandats-poste à l\u2019ordre du Centre justice et foi.Bien préciser le sujet et le format de la cassette (VHS ou Beta).S\u2019adresser à Pauline Roy-Servant.Centre justice et foi, 25 Jarry ouest, Montréal H2P 1S6 Tél.: (514) 387-2541 174 relations juillet-août 1994 MILITER ET ÊTRE HEUREUX par Joseph Giguère1 Pour qui sait percevoir, une connivence particulière avec le bonheur est repérable dans tous les secteurs de la militance sociale.Mon cher Serge, quelle bonne surprise! Après un silence qui s\u2019éternisait depuis ton départ l\u2019an dernier, voilà que, le jour même de mon anniversaire, tu me gratifies d\u2019une superbe lettre.Je devrais presque dire d\u2019un roman, avec comme sujet la vie mexicaine.Des descriptions savoureuses que j\u2019ai avalées goulûment.Tout d\u2019abord félicitations pour ton nouvel emploi.Tu te doutes un peu de ma première réaction.Connaissant les luttes d\u2019ici, tu peux comprendre que mon affectivité militante a traversé une zone de turbulence au moment d\u2019enregistrer que tu travaillais pour l\u2019ALÉNA.Mais c\u2019est fait.Il ne reste plus maintenant en moi qu\u2019une 1.L\u2019auteur, membre du comité de rédaction de Relations et directeur général du Centre St-Pierre, poursuit ici sa correspondance amorcée dans notre dossier de juin 1990, «L\u2019ère du grand repli», où sa lettre à Serge portait sur «la militance sociale».franche admiration de te savoir dans un poste aussi prestigieux que celui de directeur des communications du bureau de l\u2019ALÉNA, au Mexique.En passant, ça m\u2019a fait plaisir d\u2019entendre dire que notre application à perfectionner l\u2019espagnol, au cours de nos années de coopération internationale, est peut-être ce qui ultimement t\u2019a permis de l\u2019emporter sur les autres candidats lors du processus de sélection.Je dois te dire que tes voeux d\u2019anniversaire m\u2019ont carrément stupéfié: c\u2019est de la vraie télépathie.Te référant à mon travail dans le mouvement populaire, tu me souhaites «une évolution matérielle favorable, afin de jouir un peu plus des bonnes choses de la vie, de connaître davantage le bonheur» que, selon toi, je me tue à chercher pour les autres.Imagine-toi que tes souhaits, plutôt singuliers, tombent exactement au moment où, dans un comité de travail de la revue, on me demande de réfléchir sur le bonheur et la militance sociale.Avant ta lettre, j\u2019avais tendance à me considérer comme un militant heureux.Maintenant, je vois bien que ce n\u2019est pas si simple relations juillet-août 1994 puisque quelques lignes de ta part ont suffi pour qu\u2019un doute vienne assombrir les schémas lumineux qui commençaient à briller dans ma tête.Pour te punir du problème que tu me causes, tu vas devoir souffrir que je te livre quelques-uns de mes propos sur la question, car je suis maintenant avide de connaître tes commentaires.Je te signale que j\u2019ai été intrigué par ton allusion aux «bonnes choses de la vie» dont je pourrais jouir un peu plus, grâce à «une évolution matérielle favorable».Tu ne donnes pas de précision, mais mon imagination, généreusement inspirée par l\u2019ambiance et les détails de ta lettre, a tôt fait de combler cette lacune.S\u2019évader à bord de supersoniques luxueux pour des destinations exotiques, séjourner dans les capitales de l\u2019art, sympathiser avec des gens qui incarnent le raffinement des civilisations millénaires, se couler dans l\u2019étincellement glauque des mers du Sud, goûter les délicats plaisirs de la table, dégustant des vins qui te mettent en bouche la pure lumière du ciel, cueillir la tendresse humaine en déployant les formes les plus cultivées et les plus soyeuses de la sensualité, etc., voi- 175 là les principales images de «bonnes choses» sur lesquelles tes fameux souhaits m\u2019ont induit à fantasmer.Cohabiter avec de telles images ne m\u2019est pas désagréable, même si je n\u2019entrevois pas de sitôt «l\u2019évolution matérielle favorable» me permettant de les concrétiser.Mais là où tu me décontenances un peu, c\u2019est lorsque d\u2019emblée tu assimiles ces «bonnes choses» à des synonymes de bonheur.Sachant pertinemment que ce n\u2019est pas ton genre de laisser les mots dépasser ta pensée, j\u2019avoue que j\u2019ai un Oui, à n\u2019en pas douter, il y a amitié naturelle entre justice et bonheur.peu de mal à me sentir à l\u2019aise avec tes voeux.Je vais avoir besoin de plus d\u2019explications.Oui, sans doute, l\u2019argent améliorerait ma qualité de vie.Mais dans ma tête, il n\u2019y a pas de lien automatique entre une telle amélioration et l\u2019augmentation de mon bonheur.Une fois le minimum vital décemment assuré, le bonheur m\u2019apparaît plus sensible à la qualité de la liberté qu\u2019à la qualité des conditions matérielles.Mon éducation et ma petite expérience m\u2019ont pratiquement persuadé que le bonheur, s\u2019il existe, ne peut se trouver ailleurs que dans une relation de communion avec l\u2019humanité.Cette relation n\u2019a pas à voir avec l\u2019occasion de galoper autour de la planète.Elle procède plutôt d\u2019une disposition intérieure, inconditionnelle, à se situer de façon active, amoureuse et responsable dans ce grand corps que forme l\u2019humanité.Parce qu\u2019elles tendent à alourdir et à domestiquer la liberté, la possession et la consommation des richesses matérielles finissent bien souvent par constituer des entraves plutôt que des supports à cette disposition.Cette expression de «communion avec l\u2019humanité» va peut-être te paraître abstraite, mystique même, mais elle me semble justement avoir la largeur suffisante pour exprimer la signification profonde, l\u2019horizon fondamental, des luttes pour la justice sociale.C\u2019est notre appartenance commune au grand corps-humanité qui fonde l\u2019égalité entre les personnes et explique notre indestructible aspiration à la fraternité.Chaque collectivité, chaque société est en quelque sorte une réplique de l\u2019humanité.Qu\u2019est-ce que la justice, sinon que toutes les parties du corps soient traitées avec la même dignité et que la vie circule abondamment en cha- 176 cune d\u2019elles?Qu\u2019est-ce que le combat pour la justice, sinon l\u2019effort concerté et acharné pour incorporer dans l\u2019humanité intégrale ses membres distancés, affaiblis et atrophiés?Oui, à n\u2019en pas douter, il y a amitié naturelle entre justice et bonheur.C\u2019est, selon mon hypothèse, la présence de ce dernier qui explique, ultimement, la continuité historique de l\u2019engagement des militantes et des militants dans les combats pour la justice sociale.Par confusion idéologique et désinformation récurrente, persiste malheureusement, dans beaucoup de milieux, l\u2019impression que la joie des combattants sociaux n\u2019est qu\u2019une espèce de décoction d\u2019appareil, figée et insipide.Pourtant, s\u2019il y a un univers plein de passion et d\u2019émotions, c\u2019est bien celui-là.Au jeune médecin qui vient d\u2019arracher un enfant à la mort, après des heures de soins intensifs, on prête spontanément une exultation intérieure d\u2019une qualité et d\u2019une intensité incomparables.Mais qui attribue une signification à l\u2019émotion et à la fierté de la conseillère syndicale qui vient d\u2019arracher un groupe de travailleurs et travailleuses au salaire minimum, au mépris et à l\u2019arbitraire, après des mois d\u2019astuces stratégiques et de négociations habiles pour obtenir une première convention collective?La famille qui se serre les coudes pour soutenir un membre plus faible ou aux prises avec une difficulté particulière connaît généralement un moment de plénitude extraordinaire.Et, pourtant, tu m\u2019accuserais d\u2019exagérer si je te disais que j\u2019ai vécu, à la CSN, des dizaines d\u2019expériences aussi belles dans l\u2019organisation de la solidarité pour appuyer les syndicats en conflit.Plusieurs de ces expériences m\u2019alimentent encore aujourd\u2019hui, ayant été vécues à un niveau de signification leur conférant une valeur universelle.Je me souviens notamment, comme si c\u2019était hier, d\u2019un euphorique souper de solidarité de la fin des années 70, réunissant plusieurs centaines de personnes pour célébrer la première convention collective du syndicat des quarante jeunes travailleurs et travailleuses de l\u2019Agence provinciale, à Québec, suite à une grève de deux ans.Ce syndicat avait reçu, des mois durant, un appui ardent de plusieurs syndiqués de la région de Québec, de l\u2019ensemble des syndicats de la CSN, des autres centrales et même des groupes populaires.Lorsque, au beau milieu du souper, la jeune présidente du syndicat, âgée de vingt ans, s\u2019avança au micro et, d\u2019une voix survoltée par l\u2019émotion, proclama officiellement la fin de la grève et la victoire syndicale, ce fut un moment d\u2019absolu: une ovation debout, d\u2019une puissan- relations juillet-août 1994 ce sismique, exprimant un enthousiasme collectif aux dimensions de l\u2019extase.J\u2019ai encore, gravée au coeur, une phrase du journaliste Guy Ferland qui était mon voisin de table ce soir-là.L\u2019oeil traversé d\u2019une lumière spéciale, il me dit entre deux gorgées de vin rouge arrosant son spaghetti: «ce sont des joies que les capitalistes ne connaissent pas».Depuis quelques années, comme tu sais, je me retrouve dans le réseau des organismes populaires.Tu connais la précarité des conditions matérielles qui prévalent dans ce milieu.Actuellement, je te dirais que c\u2019est pire encore en raison des coupures et de la restructuration des programmes de subvention.L\u2019avenir se profile de plus en plus comme un angoissant point d\u2019interrogation sur fond sinistrement opaque.Malgré tout, les groupes continuent.Certains tombent, mais d\u2019autres apparaissent, souvent plus nombreux.Les militantes et militants réagissent, se réorganisent, élaborent de nouvelles stratégies, toujours soucieux de conserver une intervention de qualité, malgré les défis impossibles.Qu\u2019est-ce qui peut bien expliquer cette vitalité?Bien sûr, les problèmes sociaux sont là, toujours plus nombreux et criants, et il faut bien que quelqu\u2019un essaie de les régler.Mais, plus fondamentalement, si une telle odyssée se poursuit, c\u2019est qu\u2019il se trouve encore suffisamment Je pense sincèrement que le mouvement populai- re carbure au bonheur.de personnes avec cette disposition inconditionnelle dont je parlais plus haut.Des personnes déterminées à se situer de façon agissante, active et responsable dans le corps social ou, en d\u2019autres mots, qui trouvent du sens à travailler avec acharnement à incorporer dans l\u2019humanité intégrale les distancés, affaiblis et atrophiés mentionnés précédemment.Le sens en question constitue pour moi la substance la plus authentique du bonheur.Bref, je pense sincèrement que le mouvement populaire carbure au bonheur.Enlève ce carburant et il pourrait bien ne rester que des débris épars de cette mobilisation du don, qui tient en vie des milliers d\u2019organismes.Quand je circule dans les groupes, je n\u2019ai pas besoin d\u2019antennes spéciales pour capter, dans le discours et les yeux de plusieurs intervenantes et intervenants, les accents Je ne veux pas voir nos enfants s\u2019étioler dans une société frigide et percluse, qui n\u2019a pas d\u2019autres horizons à offrir que la consommation, la compétition et de mornes sentiers individualistes.et les lueurs de l\u2019intensité et de l\u2019extase que j\u2019ai évoquées tantôt.Pour qui sait percevoir, j\u2019ai l\u2019impression que cette connivence particulière avec le bonheur est repérable dans tous les secteurs de la militance sociale.Au début des années 80, un recherchiste du Centre de gestion des coopératives des HEC, dans une cueillette de données sur l\u2019histoire du mouvement coopératif, a réalisé plusieurs entrevues avec des militants coopératifs retraités.Il me disait qu\u2019au-delà de tous les valeureux faits et anecdotes recueillis, il avait été très impressionné d\u2019observer que ces vieux avaient tous en commun les deux mêmes caractéristiques: être heureux et avoir le goût de se le communiquer.Intensité et extase sont ici pour moi des mots clés.La disposition active à rassembler les exclus de toutes sortes dans le droit, la justice et la démocratie dégage une énergie qui mobilise tes meilleurs sentiments et les maintient constamment à un haut niveau d\u2019effervescence, transformant ta vie en une espèce de déclaration d\u2019amour permanente à l\u2019humanité.Cet état d\u2019harmonie profonde avec l\u2019humain te permet de conserver une nappe phréatique intérieure habitée par des 2.\tWeil Simone, La condition ouvrière, Paris, Gallimard, 1951, p.293.3.\tRevue Prêtres et laïcs (ancêtre de Vie Ouvrière), février 1969, p.105.chants d\u2019oiseaux, même quand la cause de la justice t\u2019amène dans les pires conflits avec ceux qui n\u2019ont pas intérêt à ce qu\u2019elle se concrétise.Bien qu\u2019il puisse être perverti sous l\u2019action prolongée des conditions adverses, le cri pour la justice est, à sa source, un cri d\u2019amour.Une clameur représentative de la souffrance humaine.Que les grands appareils de lutte sociale eux-mêmes répercutent.Dans une lettre à un jeune travailleur qui venait de joindre les rangs de la CGT française, Simone Weil écrivait: «Nous n\u2019avons pas supprimé la misère et l\u2019injustice; mais tu n\u2019es plus seul.Tu ne peux pas toujours faire respecter tes droits; mais il y a une grande organisation qui les reconnaît, qui les proclame, qui peut élever la voix et qui se fait écouter2.» Enfin, mon cher Serge, je te remercie affectueusement de la préoccupation que tu manifestes à l\u2019égard de mon bonheur mais, pour te le dire un peu simpliste-ment, je ne suis pas rongé par l\u2019ennui.Je n\u2019ai pas renoncé aux mers du Sud, mais je n\u2019ai plus envie de m\u2019évader trop longtemps de la tâche, qui m\u2019apparaît impérieuse, d\u2019entretenir dans la société l\u2019oxygène de la lutte pour la justice et la fraternité.Je ne veux pas voir nos enfants s\u2019étioler dans une société frigide et percluse, qui n\u2019a pas d\u2019autres horizons à offrir que la consommation, la compétition et de mornes sentiers individualistes.L\u2019absolutisation de l\u2019individualisme fait relations juillet-août 1994 que les jeunes n\u2019ont pas d\u2019objectifs de vie qui dépassent leur «moi».Voilà peut-être pourquoi ils s\u2019ouvrent les veines à répétition.Pour être heureux, il faut avoir des raisons de vivre qui sont plus importantes que la vie.Seule l\u2019identification intense au corps-humanité est capable de procurer de telles raisons.Tu peux alors te sacrifier librement pour le corps, sachant que dans son épanouissement réside ton bien.Permets-moi de conclure en évoquant l\u2019esprit du «Che».S\u2019il vous plaît, ne me taxe pas d\u2019affreux romantique.Je n\u2019ai pas envie de me censurer, comme un tas d\u2019ex-militantes et militants qui se mettent à glousser de dédain indigné chaque fois qu\u2019on mentionne devant eux des valeurs collectives et des idéaux dépassant les contours de leur cocon matérialiste.C\u2019est une citation que j\u2019ai prise dans la correspondance de Maurice Lefèbvre, missionnaire québécois en Bolivie, militant pour la justice, assassiné dans les rues de LaPaz lors du coup d\u2019État militaire du Banzer, en 1971.Dans une lettre à ses parents, le «Che» écrivait: «Beaucoup me diront aventurier et je le suis; seulement, je suis un aventurier d\u2019un type spécial: je suis de ceux qui savent risquer leur peau pour démontrer leurs vérités3».Je m\u2019arrête ici.Mes propos ne sont malheureusement pas aussi affriolants que tes descriptions mexicaines.Mais j\u2019espère que tu m\u2019as suivi.J\u2019ai hâte de connaître tes réactions.Chau! ¦ Joseph 177 FRAGMENTS POUR LE BONHEUR par Dominique Boisvert1 Vingt-cinq morceaux épars, que j\u2019ai disposés sur ma feuille, comme les pièces d\u2019un puzzle.Chacun, à sa manière, tente de frayer un sentier vers le bonheur.À toi, lecteur, lectrice, d\u2019essayer, pour toi-même, d\u2019en faire du sens.kkk Quelle témérité que de prétendre parler bonheur! Faudrait d\u2019abord être heureux, indiscutablement.Et même là, la recette ne serait sans doute pas transmissible.Car n\u2019y a-t-il pas autant de routes vers le bonheur qu\u2019il y a de marcheurs?* Au sortir des Exercices spirituels2, au printemps de 1992, j\u2019éprouvais une telle plénitude que j\u2019avais dit à des proches ne pouvoir jamais rien souhaiter de meilleur à mes amis.J\u2019y avais trouvé une richesse, une joie et une sérénité inaccessibles jusqu\u2019alors.Du bonheur trouvé au coeur de cette expérience, comment rendre compte?* Pourra-t-on lire ces lignes sans y voir d\u2019intention moralisatrice?Peut-on aller à contre-courant sans être perçu comme traître à la modernité, contester certaines valeurs ambiantes sans paraître renier le progrès, redécouvrir des richesses du passé sans pour autant tourner le dos à l\u2019avenir?* Le bonheur est parfois fait d\u2019ingrédients inattendus: le silence (celui des paroles, 178 mais aussi celui des informations et des médias), l\u2019abandon total ou le «lâcher prise», les longs moments de prière, au même titre que les marches dans la nature ou les temps de lecture ou de travail manuel.Comme si le bonheur pouvait se recevoir, tout autant que se chercher.* S\u2019abandonner totalement à l\u2019amour de Dieu: pari fou mais capital, coeur même de l\u2019expérience.Lâcher prise, baisser la garde, renoncer à tout contrôle: rude épreuve pour nous tous qui sommes devenus les maîtres de la création, les acteurs de nos vies et les seuls maîtres à bord.L\u2019individu, responsable et créateur d\u2019un monde de plus en plus complexe et performant, n\u2019accepte pas facilement de quitter le centre pour s\u2019en remettre à tout autre qu\u2019à lui-même.L\u2019abandon, paradoxalement, n\u2019est souvent conquis qu\u2019au terme d\u2019une rude bataille.* Que feriez-vous, du temps qui vous reste, si vous appreniez que vous n\u2019avez plus que trois ou six mois à vivre?C\u2019est souvent là une bonne mesure du bonheur.Invitation à revoir nos priorités, à situer nos choix dans leur juste perspective.* Soyons francs! Les contraintes de la vie, pour chacun d\u2019entre nous (engagements familiaux ou professionnels, moyens financiers, formation, handicaps), empêchent-elles vraiment de commencer à faire, même modestement, ce qui nous relations juillet-août 1994 tient le plus à coeur devant l\u2019échéance prochaine de la mort?* Sérénité.Le plus important peut-être, et le plus difficile des mots à décrire comme des attitudes à développer.Éprouver constamment le calme qui règne au fond de l\u2019eau, quelle que soit la tempête qui agite la surface.Se savoir ancrés dans la solidité du roc, malgré les secousses et les cahots de nos vies quotidiennes.Apprendre ce sourire qui n\u2019est ni désincarné ni factice, mais que rien ni personne ne peut nous arracher.* Il était une fois une personne, qui cherchait qui elle était en vérité.Elle avait beau se téléphoner souvent, il y avait trop rarement de réponse au bout du fil.Elle interrogeait ses proches, consultait livres et spécialistes: personne ne pouvait lui donner la réponse qu\u2019elle cherchait.Alors qu\u2019elle avait finalement abandonné sa propre recherche pour s\u2019en remettre totalement à la recherche de Dieu, elle découvrit avec stupeur au coeur même du silence ce qu\u2019elle avait cherché en vain: en étant très attentive, elle parvenait à se «syntoniser» parfaitement, à chaque 1.\tMarié et père de deux garçons, l\u2019auteur est avocat et milite depuis vingt ans dans les questions de droits humains et de solidarité internationale.Membre du comité de rédaction de Relations, il collabore à divers titres au Centre justice et foi depuis 1990.2.\tLes Exercices spirituels d\u2019Ignace de Loyola sont une démarche spirituelle développée par le fondateur des Jésuites et offerte depuis lors aux chrétiens tant laïques que religieux. instant, captant les ondes sans cesse modulées et cherchant seulement à s\u2019ajuster.Elle était un récepteur, capable des plus belles musiques.Elle cessa de vouloir faire l\u2019émetteur.* Pour qui se sait aimé vraiment, de l\u2019amour indéfectible que Dieu offre à chaque instant, la liberté n\u2019a plus de limites.Pour qui s\u2019en remet totalement en Dieu, quel danger devrait-il craindre?Quel paradoxe! Confiance et obéissance ouvrent les portes d\u2019une liberté que nul ne peut ravir.Tout comme la vérité, vécue dans cet abandon, ne peut que rendre libre.Les exemples en sont nombreux, de tous temps.Dictateurs et oppresseurs, tenez-vous-le pour dit! * Avons-nous peur de nos convictions?Sommes-nous devenus trop timides?Croyons-nous trop peu à notre propre bonheur?Ou peut-être notre bonheur est-il souvent trop fragile?Toujours est-il que les chrétiens sont souvent fort discrets sur ce qui les fait vivre et espérer.Pourtant, comme Pierre et Jean disaient devant le Grand Conseil d\u2019Israël, «nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu».* «Vivre l\u2019instant présent».L\u2019une des clefs pour le bonheur.Car c\u2019est le seul et unique espace-temps que j\u2019habite, à chaque moment, le seul que je peux éprouver, agir, vivre.Je n\u2019ai plus accès à celui d\u2019avant, et ne peux savoir si celui d\u2019après me sera jamais donné.Vivre chaque instant comme un trésor unique, mais vivre chaque instant sur fond d\u2019éternité.Marchant pas à pas, mais gardant le regard haut, fixé sur l\u2019horizon.Meilleure façon de ne pas s\u2019arrêter aux cailloux du chemin ni se perdre dans les méandres de la route.* Un jésuite et poète anglais, Gérard Man-ley Hopkins, chantait l\u2019importance, pour chaque être de la création, de jouer «sa» note dans la grande symphonie de l\u2019univers.Forcément, nous émettons tous un son, plus ou moins ajusté.D\u2019où l\u2019utilité de bien syntoniser.Mais notre participation au concert se limite - dure constatation pour notre ego - à une seule note.Plus ou moins riche d\u2019harmoniques, certes, sonore ou plus discrète, soliste ou fondue dans les choeurs, mais néanmoins note unique.Quelle est ma note?* Les agriculteurs ont beaucoup à nous apprendre.À commencer par l\u2019importance du temps.Que de choses ne peuvent se faire qu\u2019avec le temps! La gestation de toutes les formes de vie, celle des plantes comme des animaux et des humains, mais aussi celle de l\u2019esprit, ne se fait que dans la durée.La guérison aussi, comme l\u2019évolution.Dans ce siècle de la vitesse sans cesse surpassée, il nous faut réap- prendre à donner le temps au temps.Et si le bonheur avait, lui aussi, besoin de temps?* Pas mal anachronique que de parler du Diable, n\u2019est-ce pas?Pourtant le Mal existe, indiscutablement.Les barbaries et les souffrances grandes et petites, rapportées chaque jour, empêchent de l\u2019oublier.Et si le Malin était derrière le Mal?Dérangeant.Très dérangeant, dans un monde qu\u2019on a voulu totalement maîtrisé et aseptisé.Et pourtant, le bonheur ne peut se construire sur l\u2019ignorance ou sur Vivre chaque instant comme un trésor unique, mais vivre chaque instant sur fond d\u2019éternité, pas à pas, mais gardant le regard haut, fixé sur l\u2019horizon.relations juillet-août 1994 179 Paul Hamel Le bonheur est parfois fait d\u2019ingrédients inattendus: le silence, l\u2019abandon total, les longs moments de prière, les marches dans la nature, les temps de lecture ou de travail manuel, la négation du Mal.Le bonheur véritable doit assumer celui-ci et ne peut se trouver qu\u2019au-delà.* Le dictionnaire a beau en parler comme d\u2019un «état de complète satisfaction, de plénitude», le bonheur n\u2019a pour la plupart d\u2019entre nous rien d\u2019un état.Il faudrait plutôt en parler comme de «moments», souvent fugaces, qui peuvent alterner avec des périodes de véritable «nuit noire».Certains ont prétendu qu\u2019il serait tout aussi impossible de survivre à un bonheur permanent qu\u2019à un orgasme permanent.Certains êtres parviennent peut-être à un état plus ou moins stable de bonheur.Mais pour la plupart des humains, il reste une quête perpétuelle, nourrie par ces instants merveilleux et impérissables de plénitude qui jalonnent la route.* Le bonheur n\u2019est ni dans l\u2019avoir, ni dans la quantité.Tout le monde connaît des cas de richesse ou d\u2019abondance, en biens ou en d\u2019autres ressources, qui n\u2019ont pas rendu heureux.On pourrait même parier que ces cas sont plus nombreux que l\u2019inverse.Le bonheur se trouverait-il plus du côté de l\u2019être et de la qualité?* Est-il donc possible d\u2019être heureux dans un monde actuel axé (dans nos pays du 180 Nord) sur la performance, le contrôle, la compétition, la vitesse, l\u2019abondance, le bruit, l\u2019obsolescence, l\u2019éphémère, l\u2019agitation?Oui, si l\u2019on accepte de choisir, au milieu de tous ces possibles, ce qui peut rendre heureux.Plutôt que de se laisser emporter par ce puissant courant qui en vient souvent à imposer jusqu\u2019à la conception même du bonheur.Le bonheur est toujours possible, même s\u2019il faut parfois le chercher un peu à contre-courant.* Un ami prend quinze minutes, chaque matin, pour écrire comment il entrevoit sa journée.Une autre amie cherche le moyen, chaque jour, de «ne pas se perdre de vue».Pour un troisième, l\u2019important c\u2019est d\u2019être bien «au volant» de sa vie, de ne pas se laisser ballotter au gré des événements et des multiples sollicitations quotidiennes.Pour tous, c\u2019est une question vitale d\u2019être vraiment «en prise sur sa vie», de vivre sa vie plutôt que d\u2019être vécu par elle.Et paradoxalement, cette volonté active n\u2019est aucunement incompatible avec l\u2019abandon total nécessaire.* Accepter que le bonheur est un long cheminement, une route avec ses multiples détours, ses piétinements où l\u2019on semble tourner en rond, ses innombrables arrêts et redéparts.Une marche dont relations juillet-août 1994 St-Exupéry rappelait qu\u2019elle est aussi importante que le puits vers lequel elle tend.* Gratuité et inutilité.Deux mots qui ne font guère les manchettes par les temps qui courent.Et pourtant deux trésors inépuisables et plus actuels que jamais.D\u2019une richesse insoupçonnée et qu\u2019on gagne, toujours, à redécouvrir.Comme le grain qui pourrit dans l\u2019obscurité de la terre.* Au Québec, en 1994, Dieu peut-il vraiment remplir toute une vie?Peut-il suffire sans besoin de substituts ou d\u2019autres éléments de décor?Peut-il combler une vie «pour la vie»?Vertige.Et ces questions ne s\u2019adressent-elles qu\u2019à des êtres d\u2019exception, choisis, privilégiés?Ou s\u2019adresse-t-elle à moi aussi?* Le bonheur est le fruit d\u2019un effort.Curieux comme c\u2019est à la fois quelque chose qui se reçoit, et qu\u2019on ne peut donc pas arracher à la force des poignets, et quelque chose qui se gagne, qui ne nous tombe pas sur la tête! Comme si l\u2019attention et l\u2019écoute nécessaires pour accueillir le bonheur devaient être patiemment cultivées.C\u2019est peut-être en ce sens que l\u2019on fait son bonheur.* Pour discerner si le chemin parcouru est le bon pour moi maintenant, il faut voir si cela se fait en douceur.Sur ce point, la psychothérapie contemporaine et les Exercices spirituels d\u2019Ignace se rejoignent.Car quoi qu\u2019on en ait dit et quoi qu\u2019on dise, l\u2019homme et la femme sont faits pour vivre heureux.Dieu n\u2019en demande pas moins! * Il me faut demander, humblement, chaque jour, d\u2019être habité par cette Bonne Nouvelle de l\u2019Alliance proposée par Dieu, dès l\u2019origine.C\u2019est la Promesse, coeur de notre foi et de notre espérance, début et fin de notre histoire, personnelle et collective.Déjà là et toujours à-venir.Don gratuit entre tous.Mais qu\u2019il n\u2019est pas interdit de demander.* Le bonheur: et pour toi?.M r - ' L J Célébrations, rencontres et sessions se succèdent dans le cadre du 8e Centenaire de la naissance de Sainte Claire d\u2019Assise.Ces événements permettent de mieux connaître cette femme exceptionnelle, fondatrice d\u2019un grand Ordre bien vivant encore aujourd\u2019hui.Il existe 18 000 Clarisses dans le monde, six monastères au Canada dont quatre sont au Québec.Les communautés sont diversifiées quant au nombre, à l\u2019âge, au type d\u2019implantation.Un même idéal les anime: la vie évangélique selon l\u2019esprit de Claire d\u2019Assise.Cet idéal est caractérisé par la suite du Christ pauvre et serviteur de tous.Pour tous renseignements supplémentaires: Service intercommunautaire d\u2019animation franciscaine, 6341 rue de St-Vallier, Montréal H2S 2P6, tél.: (514) 279-7695.L\u2019histoire de Relations a été faite par de très nombreux collaborateurs qui se sont succédé, au fil des époques.L\u2019un d\u2019entre eux, Raymond Bourgault s.j., est mort le 3 mai dernier, après une fructueuse carrière de plus de quarante ans comme professeur d\u2019histoire et de langue grecques, puis de religion et de théologie.Penseur original, il a écrit dans Relations entre 1962 et 1987, en plus de faire partie du comité de rédaction de 1979 à 1982.La meilleure façon de le connaître, comme de rendre hommage à sa contribution sociale et intellectuelle, est de le rencontrer une dernière fois dans ses principaux écrits, rassemblés et présentés sous le titre Ma question, c\u2019était l\u2019histoire, que viennent tout juste de publier les Éditions Bellarmin.Les parents subissent de nos jours des pressions de toutes sortes; il leur est de plus en plus difficile de vivre des valeurs humaines, communautaires et spirituelles, et de les transmettre à leurs enfants.En conséquence, c\u2019est toute la société qui en souffre.Suite à ce constat, les évêques catholiques du Nord canadien ont convenu de porter une attention toute spéciale à la famille.Un projet, d\u2019une durée de trois ans, sera lancé au mois de septembre 1994.S.Marie Zarowny, ssa, présentement à Fort Simpson (TNO), a été chargée de la coordination.Les diocèses du Nord Canadien participant à cette initiative sont ceux de Whitehorse, Prince George, Grouard-McLennan, Mac-Kenzie-Fort Smith, Keewatin-Le Pas, Moosonee, Churchill-Baie d\u2019Hudson et Labrador-Shefferville.Pour des renseignements supplémentaires: S.Marie Zarowny, Fort Simpson, tél.: (403) 695-2316.Beaucoup ont entendu parler de l\u2019option préférentielle pour les pauvres, associée essentiellement à l\u2019Église d\u2019Amérique latine où elle est apparue, dans un contexte de tiers monde où un large fossé sépare minorité nantie et majorité pauvre.Dans Option justice, une exigence d\u2019authenticité évangélique, Peter J.Henriot, jésuite, directeur du Center of Concern de Washington de 1977 à 1988, fait valoir que l\u2019option pour les pauvres peut s\u2019appliquer partout.Avec lui, le lecteur revoit les visages divers qu\u2019a pris cette option au cours de l\u2019histoire de l\u2019Église.Cette réflexion peut être éclairante pour toute personne soucieuse d\u2019une analyse critique de la société et désireuse de travailler à la transformer.Publié aux Éditions Paulines, 5610 rue Beaubien est, Montréal HIT 1X5.Le Canada est confronté à la réalité déplorable d\u2019avoir plus d\u2019un million deux cent mille enfants de moins de dix-huit ans dans la pauvreté.Depuis 1989, année où la Chambre des communes a passé la résolution d\u2019éliminer la pauvreté des enfants, on a rajouté un quart de million d\u2019enfants à la liste des enfants pauvres.Cette triste réalité nous est rappelée par Campagne 2,000 dans son rapport 1993 sur la pauvreté des enfants au Canada.Pour une documentation complète sur les indicateurs de la pauvreté des enfants, envoyer une demande accompagnée de cinq dollars à: Service des publications, CCDS, 55 avenue Parkdale, CP 3505, Suce.C, Ottawa (Ont.) K1Y 4G1.L\u2019Église Vieille Catholique d\u2019Allemagne, forte de 20 000 fidèles, s\u2019est réunie en synode, en mai, pour amender son droit canon, de façon à rendre possible l\u2019ordination de femmes à la prêtrise et à l\u2019épiscopat.Cette décision avait été prise en 1991, dans la foulée de l\u2019accession des femmes au diaconat en 1988, mais un moratoire de trois ans avait été prévu pour laisser le temps aux autres Églises Vieilles Catholiques de se prononcer.Aujourd\u2019hui, celles de Hollande et d\u2019Autriche sont d\u2019accord.Les Suisses sont divisés: le synode a dit oui et l\u2019évêque Gerni, non.Mais chez les Vieux Catholiques, la voix du synode prime.Seules l\u2019Église de Pologne et l\u2019Église polonaise des États-Unis se sont prononcées contre.relations juillet-août 1994 181 Le dilemme du socialisme démocratique dans les pays développés LE CAS DE L\u2019ONTARIO par Caria Lipsig-Mummé1 Pour les mouvements de gauche, la récession qui a sévi durant les dix dernières années, dans les pays développés de l\u2019Europe, ainsi qu\u2019en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande, a été en quelque sorte un moment de vérité.Bien que la crise ait été vécue et résolue différemment d\u2019un pays à l\u2019autre, il y a eu, presque partout, confrontation entre les grands principes de base historiques et les choix politiques qu\u2019il fallait faire à ce moment-là.Cette tension aura à son tour déclenché une remise en question des rapports internes entre les diverses composantes de «la» gauche, particulièrement entre le mouvement syndical et «son» parti politique.La solution fut souvent suicidaire sur le plan politique et a contribué à affaiblir le mouvement syndical.Ce conflit fondamental des années 1980 met en évidence, en même temps, certaines des tensions fondamentales qui sont au sein de «la» gauche, à l\u2019image de sa force et de ses faiblesses.Depuis toujours, elle a été un amalgame riche, instable, tendu, caractérisé par ses tensions et ses dissensions; elle est compo- II y a quelque chose dans l'expérience ontarienne qui est classique et typique des partis sociaux-démocrates au pouvoir de- puis les années 1980.sée de partis politiques de masse et de groupuscules, de groupes communautaires, d\u2019institutions coopératives, de syndicats, de journaux, et de toute la gamme des institutions culturelles de la classe ouvrière.Souvent une nation ou une région comptera plusieurs gauches, qui non seulement ne reconnaissent pas faire partie d\u2019un même mouvement, mais ne partagent que minimalement les mêmes conceptions sur l\u2019État, la propriété des moyens de production, l\u2019importance de la démocratie ou l\u2019importance relative des divers paliers de pouvoir politique.Il y a la gauche libertaire et la gauche parlementaire, la gauche sociale-démocrate et étatisante, la gauche communiste et étatisante, la gauche anti-étatique et associative.Mais la dernière décennie aura partout été marquée par deux phénomènes convergents: d\u2019une part, les partis sociaux-démocrates accèdent au pouvoir étatique en plein creux de la récession, dans un contexte de globalisation du capital et d\u2019affaiblissement des États nationaux.D\u2019autre part, la montée des forces radicales de droite, la remise en question du keynésianisme depuis le début de la période récessionnaire et la crise fiscale chronique de l\u2019État-providence, ont coincé les partis politiques de la social-démocratie; les gauches occidentales traditionnelles - qu\u2019elles aient été associatives, étatisantes, anti-étatiques, révolutionnaires ou réformistes - ont dû tout remettre en question: leurs objectifs, leurs moyens, leurs ancrages et même leur avenir.Le NPD ontarien Le conflit qui oppose aujourd\u2019hui le gouvernement npédiste de Bob Rae à des éléments importants du mouvement syndical, au nom de la responsabilité fiscale et de l\u2019urgence de gérer le déficit, illustre très bien - trop bien! - les éléments plus universels de la crise de la social-démocratie et, indirectement, de la crise de la gauche occidentale dans son ensemble.Élu en 1990, au début de la pire récession que l\u2019Ontario ait connue depuis les années 1930, le NPD ontarien ne s\u2019attendait pas à la victoire.Il arrivait sans préparation, sans plate-forme politique réelle, dépourvu de talents ministériels pour répondre au défi de gouverner pendant les années dures et n\u2019ayant jamais précisé les limites de ses liens avec le mouvement syndical.Le gouvernement Rae fut vite frappé par la crise fiscale qui a affecté la plupart des autres sociétés durant les années 1980.Tout comme le PQ durant son premier mandat, le gouvernement Rae promulguait l\u2019équité sociale et proposait des réformes importantes au code du travail, au régime des impôts, à l\u2019équité salariale, et à d\u2019autres domaines de justice sociale.Certaines de ces mesures empruntées au Québec, ont rencontré - comme au Québec des années 1970 - une opposition féroce et tout à fait exagérée de la part du monde des affaires: celui-ci regardait le nouveau gouvernement socialisant comme le bolchévisme appréhendé.Rappelons que le même phénomène s\u2019est révélé dans plusieurs pays, dont l\u2019Australie durant les années 1970, la Suède durant les années 1930, l\u2019Angleterre après la deuxième guerre mondiale: lors du premier mandat d\u2019un gouvernement social-démocrate majoritaire, le monde des affaires fait son possible pour le déstabiliser, n\u2019acceptant de vivre avec lui qu\u2019au moment du deuxième mandat, quand il se rend compte de la nature limitée des changements entrepris par la social-démocratie au pouvoir dans une économie capitaliste.Au Québec, par exemple, le monde des affaires a appris à vivre avec les mesures de justice sociale, comme la loi anti-scab.Mais en Ontario, c\u2019est comme si le monde des affaires n\u2019avait pas encore perçu la nature circonscrite des réformes de Rae.C\u2019est la réforme du Code du travail qui a fourni le premier et le plus sérieux des champs de bataille.En 1991, le monde des affaires déclarait la guerre à des propositions qui étaient pourtant 1.L\u2019auteure est directrice du Centre de recherche sur le travail et le syndicalisme, Université York, Toronto.182 relations juillet-août 1994 Il fallait s\u2019attendre à ce qu\u2019à l\u2019élection fédérale de 1993, le NPD fédéral écope de la frustration et de l\u2019amertume des Ontariens.plus limitées - et finalement moins efficaces - que celles promulguées par le Québec, il y a quinze ans.Face à cette opposition inattendue, le gouvernement Rae se mit à hésiter, tentant d\u2019apaiser le monde des affaires et essayant de prendre ses distances vis-à-vis de ses alliés syndicaux.Dans sa réponse, en 1991 et 1992,\tle mouvement syndical se montra divisé, ce qui annonçait les divisions internes qui s\u2019approfondiraient durant l\u2019année 1993.Les gaffes du gouvernement Rae se succédèrent: l\u2019ouverture des magasins le dimanche malgré l\u2019opposition acharnée d\u2019une portion du mouvement syndical, le recul du gouvernement sur l\u2019étatisation de l\u2019assurance-automobile, etc.Entre-temps, on continuait de promulguer les réformes visant à sécuriser les travailleurs et travailleuses du secteur privé, s\u2019assurant l\u2019appui de leurs syndicats.Et le gouvernement continuait d\u2019insister sur la priorité qu\u2019il accordait à la réduction du chômage, sans toutefois le réduire beaucoup.Or, vers la fin de 1992, ou au plus tard au mois de février suivant, Rae et son ministre des Finances, Loughren, commençaient à redéfinir les priorités du gouvernement.Faisaient-ils une lecture nouvelle des rapports entre les forces économiques et politiques?Croyaient-ils que seule la réduction du déficit pourrait sauver l\u2019essentiel de l\u2019Etat-providence?Ou en bons politiciens, tentaient-ils d\u2019assurer leur réélection en 1995 en réduisant le déficit?Qu\u2019est-ce qui a bien pu déclencher la conversion idéologique de Bob Rae au néo-conservatisme?Chose certaine, cette conversion devient évidente en mars 1993.\tAprès avoir vu un documentaire de TVO sur la crise fiscale de l\u2019État-providence en Nouvelle-Zélande (documentaire que les leaders de ce pays ont réfuté par la suite), Rae se mit à exprimer son horreur face aux dangers du déficit; lors d\u2019une retraite de son caucus, il insistait sur le fait que le maintien intégral des services et de l\u2019appareil de l\u2019État en Ontario mènerait à la banqueroute, comme c\u2019était le cas, disait-il, en Nouvelle-Zélande.Au printemps 1993, le déficit devient l\u2019élément central du nou- veau discours économique du gouvernement Rae.Il y eut certes des tiraillements au sein du caucus et du cabinet mais, finalement, très peu de députés démissionnèrent.Ayant été présente à la lutte contre la Loi 111 au Québec, en 1983, j\u2019avais l\u2019impression de vivre une sorte de «flash back».Que le gouvernement Rae propose un soi-disant contrat social aux employés du public et du para-public, à la fin de ce printemps pénible, n\u2019eut rien de surprenant.Sa pensée économique était néo-conservatrice: la réduction du déficit devenait la clé de la reprise économique.On avait très bien peaufiné le discours social destiné au public: on invitait les travailleurs du secteur public, relativement bien protégés, à partager les coûts de la récession, au lieu de ne penser qu\u2019à eux-mêmes; leurs concessions créeraient des emplois pour les chômeurs du privé.Le discours était astucieux.Le gouvernement Rae avait très soigneusement étudié ce qui s\u2019était passé au Québec, surtout le conflit qui avait opposé le PQ aux syndicats, en 1982, et celui qui opposait les Libéraux aux syndicats, en 1993.Et il connaissait tous les boutons à peser pour manipuler l\u2019opinion des citoyens ontariens.Cependant, l\u2019objectif de réduire le déficit de 6 milliards de dollars dans un an ne pouvait que freiner toute reprise économique.Durant tout cet été angoissant, le gouvernement Rae luttait pour convaincre l\u2019opinion publique, tout en provoquant une scission au sein du mouvement syndical.Exacerbant les tensions entre le public et le privé, jouant sur les rivalités entre les Métallos et les Travailleurs canadiens de l\u2019automobile, manipulant les négociations pour stimuler une discorde entre le SCFP et le Syndicat provincial des fonctionnaires (l\u2019OPSEU), le gouvernement Rae construisait ses alliances au sein du mouvement syndical, sans trop se préoccuper de l\u2019affaiblissement du mouvement syndical lui-même.Lorsque, finalement, le gouvernement promulgua sa loi sur le contrat social, celle-ci allait beaucoup plus loin que la Loi 111 au Québec.Après avoir annoncé la possibilité de supprimer plus de 20 000 emplois, imposé à l\u2019ensemble du relations juillet-août 1994 183 secteur public douze jours de congé non payés, décrété un gel absolu sur l\u2019embauche dans la fonction publique, il transformait aussi le système d\u2019accréditation et la négociation collective dans le secteur public.Le NPD perd ses appuis Si, dans la vieille tradition sociale-démocrate, le NPD provincial agissait, au début de son mandat, comme un lieu de regroupement ou un point de repère pour l\u2019ensemble de la gauche parlementaire et associative, par mi-mandat il était largement rejeté par l\u2019ensemble des groupes populaires et des mouvements sociaux.Ce rejet exprime la désillusion profonde et inattendue de la gauche associative qui avait élu le NPD en 1990.Sans trop tenir compte des limites du possible pour un gouvernement comme le NPD, on répondait ainsi au virage idéologique du parti, à ses promesses brisées et ses objectifs marginalisés.Au Québec, au début des années 1980, la perte de l\u2019appui du mouvement populaire n\u2019avait pas déstabilisé le PQ, car le parti était en quête d\u2019une nouvelle identité et d\u2019un nouvel ancrage, au centre de la gamme politique plutôt que sur sa gauche.En tout cas, la structure du PQ n\u2019avait jamais offert aux groupes populaires et aux syndicats le rôle quasi officiel qui est traditionnel chez les partis sociaux-démocrates.Si la perte de l\u2019appui de ces deux groupes ne nuisait que minimalement au PQ, il en allait tout autrement en Ontario.Dans cette province, ce sont les militants syndicaux qui fournissent l\u2019appareil électoral du parti.Et les groupes populaires, en colère contre le gouvernement Rae, sont encore capables d\u2019influer sur les priorités législatives.Depuis 1992-93, ils jouent leur rôle à l\u2019extérieur du gouvernement, mais c\u2019est un rôle puissant.Le gouvernement Rae - surtout dans les domaines du travail, des services sociaux, de la santé et de l\u2019environnement - est prêt à aller loin pour éviter leur opposition lors de la prochaine campagne électorale.Du côté du mouvement syndical, la réalité est beaucoup plus complexe.Depuis l\u2019été 1993 et l\u2019imposition de la loi sur le contrat l\u2019inter action des peuples VA LOIN Grâce à vous, Développement et Paix soutient, dans le tiers monde, l'action de partenaires courageux qui luttent pour un monde plus juste.#DËKELOPPE^IENr m Er R4ix 5633, rue Sherbrooke Est Montréal (Québec) H1N 1A3 (514) 257-8711 social aux travailleurs du secteur public, la Fédération ontarienne du travail (FTO) est de moins en moins capable de maintenir la solidarité entre ses affiliés du public et ceux du privé.Les réunions du conseil exécutif étaient tellement divisées, pendant quatre mois, que seul le vote du président pouvait les sortir de l\u2019impasse! Lors de son congrès, en novembre 1993, les principaux syndicats du secteur privé - à l\u2019exception des Travailleurs unis de l\u2019automobile, soit les Métallos - les Travailleurs unis de l\u2019alimentation et de commerce (TUAC), les nouveaux Travailleurs de la communication, de l\u2019énergie et du papier, ont quitté la salle du congrès, refusant de débattre la proposition de priver le gouvernement Rae de l\u2019appui syndical si la loi sur le contrat social n\u2019était pas retirée.Cette proposition fut acceptée par un congrès à moitié vide et dominé par les syndicats du secteur public, les Travailleurs de l\u2019automobile et la petite Union internationale des ouvriers en vêtements pour dame.Depuis lors, ce groupe de syndicats du privé qui a quitté le congrès temporairement, rejoint maintenant par les travailleurs de la construction, a diffusé son analyse de la position «fondamentalement pro-syndicale» du gouvernement Rae et de l\u2019importance qu\u2019il accorde à l\u2019appui au NPD lors des prochaines élections.Il joue le rôle de cavalier seul et, dans un proche avenir, compte tenir un colloque sur l\u2019action politique et l\u2019avenir de la so-cial-démocratie.Allons-nous vers une scission réelle du mouvement syndical ontarien?Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que le virage néo-conservateur du gouvernement Rae et sa décision d\u2019accorder la priorité à la réduction du déficit, aux dépens de ses propres employés syndiqués, a divisé le mouvement syndical et rendu son unité beaucoup plus difficile à maintenir.Le NPD fédéral Il fallait s\u2019attendre à ce qu\u2019à l\u2019élection fédérale de 1993, le NPD fédéral écope de la frustration et de l\u2019amertume des Ontariens.Mais son incapacité d\u2019offrir une alternative aux politiques néoconservatrices de Rae a scellé son sort, du moins en Ontario.Cette impuissance a également mis à nu les faiblesses de la structure du parti, l\u2019absence d\u2019intégration entre les paliers provincial et fédéral, l\u2019incapacité du niveau fédéral à contrôler ses pendants provinciaux, surtout lorsqu\u2019ils sont au pouvoir et que le parti fédéral ne l\u2019est pas.Le mal est profond.D\u2019abord, le NPD fédéral est concurrencé par une gauche coalitionnaire.Depuis environ dix ans, au Canada anglais, la gauche rêve de coalitions entre les syndicats, les militants de gauche et les groupes populaires, tels les mouvements féministes et écologiques.Chez cette gauche, un parti politique est par définitign sale et salissant, toujours prêt à trafiquer avec le pouvoir de l\u2019État.On se sert du parti, on revendique, on manipule, mais on n\u2019y investit pas grand-chose.Cette gauche -qui se situe plutôt dans la tradition anarchique sociale-démocrate -, semble croire qu\u2019une coalition des forces de gauche extra-parlementaire, bien ancrée dans la société civile, serait capable, sans parti politique, de combattre le rayonnement de la nouvelle droite politique.Peu importe la défaite de 1988, autour du libre échange, et les nombreuses défaites qui suivirent.Cette gauche, qu\u2019au Québec on qualifiera d\u2019anarchique, croit à l\u2019efficacité des coalitions extra-parlementaires.Face à la trahison du gouvernement Rae, elle a réussi à convaincre certains syndicats, comme les Travailleurs unis de l\u2019automobile, de quitter le bateau.Mais aussi, le NPD fédéral s\u2019est montré incapable de contrôler et de limiter les dommages causés par Rae.Incapable de repositionner le parti afin d\u2019offrir une alternative sociale-démocrate au 184\trelations juillet-août 1994 WINDSOR I Mg/ng Bssm TEACHERS £krr.trfs Uoirni\u201d friji'ilrt \\.v«ufi
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