Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Droit d'auteur non évalué

Consulter cette déclaration

Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Relations, 1988-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Bibliothèque 10ND PROCHE ÏNTRE JU 25, Jar Montré» CANADA Tel.: (514) 337-2541 novembre 1988 2,50$ no 545 un Québec cassé en deux mm , sü«\t>*oir,K'£S%2* » «S6\u201c 1 l\u2019état de la nation, le P inquiets.Juste la bonne d P situatlon inquiétante, subliminaux pour esprits J r^deet un pays en démocratique^ Juste ass ^ somrnes un pays eni cr 1 au moins au Quebec < no ^ Q pa,ement dans\thumain sous-développement (C.\tmauvaise disposition de lesp\tun l'inauiétude serait-elle donc une s.m%\tm lorsqu un mimstr nouJ qu on veuille à ce pomt Uttenuer ^ problèmei gênant, il ,fjupatms évêque est interroge P Quelque noblesse a par 9 paralyser ou de fnqulet » de la situation.a ^ g )e d bla\tcréateur ?sociales et spmtueHes.Unqui\tpour desamorcer son p mobiliser.Est-ce une raison s\tissance/décroissance du ^f^ique Dans la situation alJ!bJ9uepar0|e de sagesse qui éclaire ont joué ce rôle de avons besoin f entendre u\tp\t,es prophètes d lsra I\tdu peupie le chemin de l'esperance.Am Ramlot) Proches de \\ exp concrets sur la « ministres de I mqui\tde renseignements¦ pre ^ re|ati0ns de travai ils accumulaient un\torohelins apres les gu \u2019 n+re qens du pays et Condition des veuves et des orphe\tra\t0rts sociaux entfe Qe entre employeurs et employ^\t^^quSent l'Alliance avec - esprits inquiets, d'établir^ justice.\tt ,0 temps des élections, nous a où ,09er 16 dossier deux?\tG|Sèle_Turcot 0 3 NOV.1988 relations revue du mois publiée par le Centre justice et foi, sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.DIRECTRICE Gisèle Turcot SECRÉTAIRE À LA RÉDACTION Fernand Jutras COMITÉ DE RÉDACTION Gregory Baum, André Beauchamp, Albert Beaudry, Julien Harvey, Roger Marcotte, François Morissette, Guy Paiement, Francine Tardif.COLLABORATEURS Michel Beaudin, Renaud Bernardin, Ginette Boyer, Richard Dubois, Yves Lever, Annine Parent-Fortin, Jean Picher, Jacques Racine, Jean-Pierre Richard, Maryse Robert, Jean-Paul Rouleau, Henri Sader.BUREAUX 8100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9 tél.: (514) 387-2541 ABONNEMENTS Hélène Desmarais 10 numéros (un an): 16,00 $ (à l\u2019étranger: 20,00 $) Les articles de Relations sont répertoriés dans Points de repères et dans le Canadian Periodical Index, publication de Info Globe.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilm, Ann Arbor Michigan 48106, USA.Courrier de la deuxième classe.Enregistrement no 0143.258 relations novembre 1988 face à \u2019actualité L\u2019option souverainiste ?Les « ti-soldats » d\u2019Haïti ?Les Hutu et les Tutsi du Burundi ?Déclaration des organisations populaires et communautaires QUÉBEC SOUVERAIN ET PARTI QUÉBÉCOIS définir le nationalisme québécois est sans doute une tâche irréalisable.Surtout parce que nous sommes depuis très longtemps en situation intermédiaire, minorité dans une confédération, toujours contraints à une certaine dose de bilinguisme et comprenant d\u2019autres minorités parmi nous.Par ailleurs, tous doivent convenir que nous avons derrière nous plus de deux siècles d\u2019acharnement à vouloir demeurer un peuple, même si nous n\u2019avons pas de pays à nous.À certains moments, cette volonté semble sur le point de disparaître.Ou de devenir l\u2019utopie nostalgique de la génération vieillissante.Nous sommes dans un de ces moments, depuis 1980.À cette époque, nous savions que cette joie et cette santé de vouloir vivre ensemble une destinée qui nous soit propre regroupaient au moins 40 % de la population, ceux qui étaient prêts à vivre l\u2019aventure de la négociation de la souveraineté-association.Depuis lors, ce type de fierté nationale qui accepte les sacrifices nécessaires pour avoir un pays à nous représente plutôt 25 %.Avec sans aucun doute une marge assez considérable de gens qui seraient disposés à évoluer, dans un sens comme dans l\u2019autre, comme le démontre toute notre pratique politique.La difficulté, c\u2019est que pour beaucoup d\u2019entre nous, habitués que nous sommes à des gouvernements pragmatiques qui évoluent selon les sondages, le seul objectif d\u2019un parti politique est la prise du pouvoir.Même avec tous les compromis que cela comporte, y compris sur l'objectif même du parti.Cela fait qu\u2019un parti qui risque de ne représenter, au moins au départ, que 25 % de l\u2019électorat risque constamment de disparaître.Surtout si les médias, journaux quotidiens, radio et télévision, jouent constamment le jeu de l\u2019électoralisme le plus superficiel.Alors que dans les démocraties européennes, des partis qui représentent 5 % ou 10 % de la population se maintiennent avec vigueur et jouent un rôle important dans la vie politique.Le Parti québécois s\u2019est fait prendre à ce jeu, pendant les deux dernières années de René Lévesque, puis pendant celles de Pierre-Marc Johnson.Avec deux risques graves, reliés l\u2019un à l\u2019autre : celui de laisser une partie importante des Québécois sans porte-paroles politiques, celui aussi de partager le sort des partis qui ont abusé du compromis au point de perdre leur objectif, comme la défunte Union Nationale.Le congrès du Conseil national du parti, tenu à Québec pendant la fin de semaine des 10 et 11 septembre, vient heureusement de clarifier la route du PQ.Le programme proposé pour discussion a été accepté fermement.Et pourtant, après l\u2019expérience de l\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale, il reformule l\u2019objectif fondamental du parti en termes de recherche active et démocratique de la souveraineté : « Quel que soit le cheminement nécessaire, l\u2019objectif ultime ne changera pas : la souveraineté du Québec.Ainsi : -\td\u2019ici à ce qu\u2019il forme le prochain gouvernement, le Parti québécois va promouvoir le projet d\u2019un Québec souverain ; -\tdès qu\u2019il sera élu, un gouvernement issu du Parti québécois aura la responsabilité d\u2019enclencher le processus relations novembre 1988 259 devant mener à la souveraineté.Ce processus passera d\u2019abord par la voie de la négociation avec le gouvernement fédéral.; - au terme de ce processus, la Constitution de l\u2019État du Québec, qui inclura une déclaration de souveraineté et constituera l\u2019acte de naissance d\u2019un Québec souverain, devra être adoptée par la majorité de la population.» La motivation de cet objectif est simple et entièrement tournée vers l\u2019avenir : dans le monde nouveau qui se crée chez nous et autour de nous, il faut être un pays pour promouvoir sérieusement le bien de la communauté et de chacun, chacune.« Voilà le choix qui s\u2019offre à nous : être présents à la création d\u2019un monde nouveau, plus interdépendant et plus complexe, ou le regarder s\u2019édifier sans nous.» Ailleurs dans le nouveau programme, l\u2019originalité d\u2019une société à tendance sociale-démocrate est réaffirmée, affrontée maintenant à une économie de libre-échange.On y trouve un ensemble de projets sociaux concrets, que sans doute les autres partis politiques auront le goût de piller.Mais, surtout, le Parti québécois redevient porteur d\u2019une des options importantes pour l\u2019avenir du Québec : celle des Québécois et Québécoises qui croient que l\u2019avenir du Québec et même sa dignité passent par ce que Robert Ardrey appelait l\u2019« impératif territorial » (The Territorial Imperative, New York, Dell Publ., 1966) : les trois besoins fondamentaux d\u2019identité, de motivation et de sécurité réclament qu\u2019un peuple ait un pays.Certains ont reproché au Parti québécois et à son chef M.Parizeau d\u2019amener le Québec au parti unique, en revenant clairement à leur objectif fondamental.Mais ceci me semble présumer de beaucoup de choses : que l\u2019option pour un pays ne mérite pas d\u2019avoir un parti représentant cette valeur, que le résultat du référendum de 1980 est définitif et interdit de poser de nouveau la question dans un contexte politique et économique changé profondément, que l\u2019option souverainiste ramène nécessairement le Parti québécois au rang d\u2019un simple mouvement, que la méthode canadienne des partis qui tergiversent sans limite sur leur programme pour arriver au pouvoir est la meilleure ou même la seule, et enfin que le goût du pouvoir n\u2019amènera pas la création d\u2019un deuxième parti fédéraliste au Québec à côté du Parti libéral.Dans ce contexte, on peut regretter que certains journalistes de nos quotidiens, en particulier Le Devoir (Gilles Lesage)1 et Le Soleil (Raymond Giroux)2 soient devenus en pratique méprisants pour le Parti québécois, comme si l\u2019image du Québec qu\u2019il porte et la part de la population qu\u2019il représente ne méritaient plus de respect ni d\u2019attention.Alors que d\u2019autres quotidiens, pourtant peu voués à l\u2019appui au sentiment national québécois, en donnent toujours une image plus sérieuse, mieux analysée et plus respectueuse.En particulier La Presse (Pierre Vennat)3 et.eh ! oui, The Gazette (Don MacPherson)4.L\u2019assemblée générale du parti, en novembre, sera l\u2019occasion sans doute de retrouver une couverture mieux équilibrée.¦ Julien Harvey 1.\tPar exemple, éditoriaux des 9 et 12 septembre et 1er octobre.2.\tÉditorial du 9 septembre ; voir aussi J.-Jacques Samson, éditorial du 12 septembre.3.\tÉditoriaux des 9 et 12 septembre ; voir aussi la colonne de Lysiane Gagnon, le 13 septembre.4.\tPar exemple, la colonne des 10 et 17 septembre ; et même, de façon plus étonnante, celle de William Johnson pour le 15 septembre.HAÏTI : LA PRESSION DES SANS-GRADE grâce au coup d\u2019État du 17 septembre, un élément nouveau apparaît dans la situation créée par le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier, le sept février 1986 : le simple soldat fait sentir son poids.Toute la question est de savoir s\u2019il a pris la parole ou si on la lui a donnée.Pour la première fois depuis des années, il formule des exigences et obtient satisfaction.Il impose des choix aux nouveaux dirigeants groupés autour du général Prosper Avril.Une semaine après le coup d\u2019État, le général Prosper Avril avait cassé une soixantaine d\u2019officiers supérieurs et formé un gouvernement de civils dont la liste avait été approuvée par la troupe.Il n\u2019avait fait que céder à la pression des sans-grade.C\u2019est un fait nouveau dont le poids ne doit être ni monté en épingle, ni sous-estimé.Nous ne partageons pas le mépris de l\u2019éditorialiste du Monde de Paris qui parle, dès le 20 septembre, d\u2019un « putsch manigancé par des hommes de troupe et des sous-officiers ».Le quotidien parisien ignore-t-il que dans les armées du tiers monde, les hommes de troupe ont toujours été des prolétaires, méprisés et manipulés ?Pendant combien de temps le simple soldat haïtien qui vient de traverser, comme tous ses compatriotes, une génération de duvaliérisme et près de trois ans de confusion, jouera-t-il un rôle profitable à son peuple ?Pendant combien de temps la pression des sans-grade pourra-t-elle se maintenir et qu\u2019en tirera le peuple haïtien ?Ces hommes simples, pauvres et souvent maltraités physiquement par leurs officiers, sauront-ils résister aux largesses de leurs supérieurs qui font maintenant partie de la narco-économie, cette tentacule qui s\u2019étend du fond de la Bolivie aux beaux quartiers des grandes villes nord-américaines?Il faudra plusieurs semaines avant de pouvoir apporter quelques éléments de réponse solides à toutes ces questions.La première qualité d\u2019un gouvernement est sa capacité de maintenir l\u2019ordre public.Or, depuis l\u2019automne de 85, tous les locataires du Palais présidentiel de Port-au-Prince se sont avérés incapables de maintenir l\u2019ordre.Il faut dire que l\u2019ordre en Haïti, pendant 30 ans de duvaliérisme, s\u2019est confondu avec l\u2019arbitraire et la cruauté.Le fait nouveau dans le coup d\u2019État du 17 septembre est que le bras qui est chargé de maintenir l\u2019ordre public refuse de frapper selon les ordres venus d\u2019en haut et prétend même donner satisfaction à des doléances que, depuis des années, il sent monter de la foule.Dans un monde où depuis longtemps l\u2019arbitraire tient lieu de processus judiciaire, les soldats ont demandé et obtenu la tête de tel officier duvaliériste, laissé la foule procéder à telle action de déchoukage.Le simple soldat a appris au cours du processus, long, douloureux et sanglant qu'a vécu son pays depuis trois ans, 260 relations novembre 1988 qu\u2019il n\u2019y a plus de façade qui tienne en Haiti.Tous les décors devant lesquels on lui a demandé de monter la garde se sont écroulés.La façade africanisante et voudouïsante des Duvalier s\u2019est écroulée : la façade « bon flic » des officiers supérieurs n\u2019a pas résisté aux massacres auxquels le général Namphy a consenti ; la façade « bon ordre et consensus » des civils comme Leslie Manigat n\u2019a pas résisté à la brutalité des militaires auxquels ils devaient leurs places dans l\u2019après-duvaliérisme et dont ils ont été jugés solidaires par l\u2019homme de la rue.L\u2019Église a maintenu un cap constant et en sort avec une bonne note.Un danger guette l\u2019homme de troupe : l\u2019action de la corruption dans un monde caractérisé par la pauvreté et le manque d\u2019expérience politique.On a vu quel parti les militaires crypto-duvaliéristes comme Namphy ont su tirer du manque d\u2019expérience des appareils politiques durant la malheureuse campagne qui s'est terminée par des massacres et l\u2019annulation des élections du 29 novembre 1987.Des personnages comme le colonel Jean-Claude Paul, commandant des casernes Dessalines qui hébergent les seules troupes d\u2019élite que compte Haïti avec la Garde présidentielle, surnagent fort bien dans ce monde en proie à la confusion, où toutes les vagues se sont brisées depuis le sept février 1986.Ils ont l\u2019expérience : ils ont appris à feindre, à attendre, à corrompre.et à massacrer.La tuerie de l'église de Saint-Jean-Bosco a sonné le glas du général Namphy.Mais, huit jours après le coup d\u2019État, le général Prosper Avril était bien installé dans un Palais présidentiel qui n\u2019a pas manqué de locataires depuis l\u2019Indépendance.Certains baux se sont terminés dans le sang, des locataires sont déménagés à la cloche de bois.Fait nouveau, le sergent Joseph Heubreux, qui est le porte-parole de la base, accompagnait le général Avril lors de la présentation du nouveau gouvernement.Le sergent Heubreux a un bureau à côté du nouveau général-président au Palais.Pour l\u2019heure, l\u2019avenir immédiat d\u2019Haïti semble reposer dans les mains de trois militaires : le général Avril, le colonel Paul, le sergent Heubreux.et de leurs amis respectifs.Depuis une dizaine d\u2019années, Reagan aidant, les bourgeois en Occident avaient réussi à nous faire croire que le peuple n\u2019est nulle part.Peut-être parce que les gauchistes avaient réussi dans les vingt ans qui ont suivi la guerre à nous faire croire que le peuple est partout.En Haïti, il est clair que le peuple peut se trouver dans les églises paroissiales et dans les forces armées après avoir eu une expérience douloureuse et décevante de la rue.Il n\u2019est pas nécessaire de le chercher longtemps.Combien de temps durera la pression de la base ?¦ 29 septembre 1988 Jean-Pierre Richard Burundi : LA DÉMESURE Ce qui s\u2019est passé, on l\u2019a lu dans la presse écrite ; on l\u2019a entendu à la radio ; on l\u2019a vu sur les petits écrans : la démesure a élu domicile dans ce petit État du Centre-Est de l\u2019Afrique.Même en Amérique du Nord, certains se souviennent peut-être que déjà, en 1972, il y a eu dans ce pays des « troubles ethniques ».Dans une sorte de chute dans le néolithique, on a alors tué, tué et tué encore.On estime en effet que les « événements » de 1972 ont causé en quelques semaines pas moins de 200 000 morts et 300 000 réfugiés.Les « événements » récents auraient entraîné 30 000 morts et près de 60 000 réfugiés.Entre le gouvernement Tutsi et les opposants Hutu, la guerre des chiffres va bon train, les deux parties se rejetant la responsabilité du déclenchement des hostilités.Pourtant, ces disputes stériles ne peuvent remplacer une analyse de la structure socio-historique génératrice de cette démence : tant de morts, sans aucune guerre réelle ! Personne ne sait avec exactitude comment s\u2019est déroulé le processus de peuplement de ce petit territoire (28 000 km carrés) où sont actuellement entassés 5 millions d\u2019habitants, soit l\u2019une des plus fortes densités de l\u2019Afrique.Par contre, on sait qu\u2019en 1885, lorsque les puissances européennes réunies à la « Conférence de Berlin » décidèrent d\u2019occuper le continent africain, le Burundi (comme le Rwanda voisin) était déjà un vieux royaume.La brève colonisation allemande, puis la tutelle belge ont légèrement modifié le tracé des frontières, mais la structure du pouvoir indigène est restée intacte.Le discours officiel des dirigeants actuels prétend qu\u2019avant la colonisation, le Burundi était un paradis : « Nos ancêtres vivaient en symbiose.» La lutte interethnique aurait été inventée par le maître colonial qui devait diviser pour mieux régner.Or, il faut au contraire reprocher au colonisateur de n\u2019avoir pas aboli la hiérarchie ethnique : au sommet, les seigneurs Tutsi (14 % de la population) ; en bas, la masse des serfs Hutu (85 % de la population) ; et, plus bas encore, les parias Twa (1 % de la population) à qui, jusqu\u2019à nos jours, on ne reconnaît même pas le simple titre d\u2019homme.La nostalgie de l\u2019ordre perdu et son lyrisme trompeur font partie du discours de la domination ininterrompue de la minorité Tutsi.Pourtant, l\u2019insistance avec laquelle on tente de vendre la thèse de l\u2019harmonie originelle, au moins à l\u2019extérieur, révèle que l\u2019édifice est fissuré.L\u2019ordre précolonial se fondait sur la généalogie patrilinéaire : on est Hutu, Tutsi ou Twa de père en fils et sans recours.La règle de l\u2019endogamie ethnique n\u2019existe pas, mais la pertinence politique des mariages mixtes est nulle : les « métissés » ne forment pas une catégorie tampon entre les ethnies, car on appartient toujours à l\u2019ethnie du père.La domination et la soumission, ainsi que la division du travail, passent par ce patriarcat absolu.La saison de « la paix des Blancs » a changé les règles du jeu en introduisant la scolarisation.Même si pendant tout le siècle qu\u2019a duré la colonisation, la monarchie Tutsi a gardé le contrôle du pouvoir indigène, les maîtres coloniaux et les missionnaires chrétiens ont eu besoin d\u2019un certain nombre d\u2019employés alphabétisés (commis, catéchistes, instituteurs, infirmiers, moniteurs agricoles.).Cette nouvelle catégorie sociale ne s\u2019est pas formée selon l\u2019origine ethnique, mais selon le critère de la réussite scolaire et de la compétence.Tout naturellement, les Hutu, majoritaires, en ont ainsi fourni la majorité des membres.Au moment de l\u2019indépendance, relations novembre 1988 261 cette catégorie était la seule capable d\u2019assurer le fonctionnement de l\u2019État post-colonial.L\u2019hégémonie Tutsi était donc menacée.Au fond, depuis 1962, le Burundi est engagé dans une très longue tentative de restauration de l\u2019ordre précolonial : une tentative incroyablement sanglante, et vaine.Le Burundi post-colonial a d\u2019abord connu une brève période d\u2019équilibre instable.Entre 1962 et 1965, le roi Mwambutsa exerça une sorte de paternalisme capricieux, octroyant le titre de Premier ministre tantôt à un Tutsi, tantôt à un Hutu.Voulant ménager la chèvre et le chou, il finit par mécontenter tout le monde.Effrayé par l\u2019ouragan qu\u2019il sentait venir, il s\u2019exila en Suisse d\u2019où il tenta de gouverner à coup de décrets.Profitant de ce vide, Micombero, alors chef de l\u2019armée, organisa l\u2019arrestation et l\u2019assassinat de tous les parlementaires et sénateurs Hutu issus des premières (et dernières) élections libres au Burundi.Il entreprit également d\u2019éliminer la plupart des officiers Hutu.Depuis lors, à tous les niveaux, la loi d\u2019airain pour devenir militaire est d\u2019appartenir à l\u2019ethnie Tutsi.En 1966, Micombero, désormais sûr de l\u2019appui inconditionnel d\u2019une armée mono-ethnique, abolit la monarchie et installa la première version de la République Tutsi.Cependant, à lui seul, le monopole des armes ne suffisait pas.Il fallait s\u2019emparer du contrôle de la fonction publique : c\u2019est ce que visait, en 1972, l\u2019élimination systématique des Hutu alphabétisés.Mais « l\u2019assainissement» de la fonction publique ne pouvait être définitive sans un « assainissement » scolaire, puisque c\u2019est l\u2019école qui bloque le rétablissement de l\u2019ordre ancien.Bagaza, le successeur de Micombero, s\u2019emploiera donc à normaliser l\u2019école : il réussira à transformer toutes les institutions d\u2019enseignement secondaire et supérieur en un bastion ethnique, comme l\u2019armée, comme la fonction publique.Actuellement, les Tutsi, qui ne forment que 14 % de la popu- lation, constituent pourtant plus de 80 % de la population scolaire de niveaux post-primaires.La méthode utilisée est très simple : après l\u2019école primaire, le Gouvernement impose un « examen national » destiné à sélectionner pour le stade suivant, non pas les plus brillants, mais ceux dont les copies d\u2019examen portent un signe confidentiel permettant de reconnaître leur appartenance à l\u2019ethnie Tutsi ! Buyoya, le troisième Président de la République Tutsi, n\u2019est pas parvenu à éviter la faillite du système : l\u2019irréparable a eu lieu une fois de plus.Comment conclure ?Il est difficile d\u2019espérer que les dirigeants Tutsi renoncent à leurs privilèges et admettent que, pour éteindre le volcan burundais, il leur faut dissoudre l\u2019armée actuelle, abolir la ségrégation dans les écoles, et permettre au peuple de choisir librement ceux qui doivent le gouverner.C\u2019est à la majorité, aux Hutu, que revient donc la tâche de changer l\u2019ordre actuel, car rien ni personne ne peut mener pour eux le combat contre le terrorisme d\u2019État exercé à leurs dépens.Tâche ardue, puisqu\u2019elle exige la transformation de mentalités et de structures sociales en place depuis des siècles.Ce sont d\u2019abord et avant tout les Hutu qui doivent introduire les processus de changement - avec l\u2019appui actif de la communauté internationale.Jusqu\u2019à maintenant, la situation au Burundi n\u2019a guère éveillé la conscience internationale ; contrairement à ce qui se passe en Haïti ou en Amérique centrale, c\u2019est, au moins en partie, l\u2019indifférence camouflée derrière le principe de « non-ingérence » internationale qui maintient ce pays verrouillé dans la barbarie.Pourtant, quand les droits fondamentaux sont menacés, l\u2019alibi de la « non-ingérence » dans les affaires internes des autres États ne devrait-il pas céder le pas au devoir d\u2019ingérence ?¦ Francine Tardif AU GRAND JOUR Le 18 septembre dernier, une centaine d\u2019organisations populaires et communautaires joignaient leurs voix pour créer le « premier mouvement d\u2019une symphonie populaire ».Nous reproduisons ici de larges extraits de la Déclaration politique qui marquait l\u2019événement.En ces temps d\u2019élections et de remise en question de l\u2019État-providence, il est bon de rappeler tout ce que nous devons déjà au mouvement populaire.au grand jour, premier mouvement d\u2019une symphonie populaire, se veut un hymne à l\u2019espoir, au courage, et à la détermination.Ces qualités d\u2019hommes et de femmes de tout âge et de toute condition qui, quotidiennement, se tiennent debout et qui ont fait des organisations populaires des instruments de changement.À travers nos organisations populaires et communautaires, nous affirmons notre parti-pris pour l\u2019avenir.Nous construisons des lieux où l\u2019on peut sortir de l\u2019isolement et affirmer sa dignité.Depuis l\u2019apparition des premières organisations populaires, nous avons brisé des silences sur la place des femmes dans la société ou sur la fragilité de l\u2019écologie.Nous avons fait face aux préjugés et, affirmant le droit d\u2019être différent, éclairé les réalités des personnes handicapées ou des minorités ethniques.Nous avons dévoilé des problèmes et lutté contre les tabous : violence conjugale, analphabétisme, rôle du Canada dans le tiers monde.Comme nous l\u2019avons fait dans le passé, nous continuons de répondre à des besoins vitaux en mettant sur pied des services d\u2019éducation populaire, des garderies, des maisons de jeunes, des coopératives d\u2019habitation, des alternatives en santé mentale.Par nos interventions, nos campagnes et nos luttes, souvent très dures, nous avons contribué à la promotion de droits individuels et collectifs : droit à l\u2019égalité, à la sécurité sociale, au salaire minimum, au logement.Et nous le faisons encore.Aujourd\u2019hui, alors que certains remettent en question les acquis sociaux au nom d\u2019impératifs économiques, nous répétons vigoureusement que la démocratie va de pair avec la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales.Le véritable progrès économique, social et culturel doit profiter à tous les membres de la société.C\u2019est pourquoi nous demandons aux gouvernements d\u2019arrêter le train des contre-réformes en cours et d\u2019assumer pleinement leurs responsabilités collectives.En tant qu\u2019organisations populaires, nous leur demandons également de reconnaître notre représentativité, la valeur de nos analyses, ainsi que la qualité de nos apports à la vie démocratique.Aux Églises, aux syndicats, aux différents secteurs de la société et à l\u2019ensemble de la population, nous demandons aussi leur support et leur appui.» ¦ 262 relations novembre 1988 DOSSIER un Québec cassé en deux \u2014 263 relations novembre 1988 UN QUEBEC CASSE EN DEUX par Julien Harvey est grâce à la collaboration de plusieurs chercheurs rattachés au réseau des services sociaux et de la santé du gouvernement du Québec que le présent dossier est devenu possible.Travailleurs universitaires, mais aussi intervenants sur le terrain, ils ont commencé dès 1969 une patiente exploration des disparités régionales, à partir d\u2019une division du territoire en unités très petites (pâtés de maisons), pour éviter que les inégalités soient noyées dans de grands blocs artificiels.Ils ont étudié chacun de ces petits blocs de population en superposant 98 indicateurs provenant des recensements entre 1971 et 1981.Même avec l\u2019assistance des ordinateurs, cela demande une ténacité assez rare.La recherche est amorcée à partir de quelques intuitions qu\u2019il a fallu vérifier.D\u2019autres sont venues au cours du travail.Voici quelles sont, à mon avis, les principales.Elles pourront aider votre lecture.Des intuitions 2.\tLa deuxième intuition, découlant de la première, est qu\u2019il y a deux Québec en un : un Québec fait de zones en désintégration (l\u2019enquête montrera que ces zones représentent le territoire occupé par 46 % de la population) et de zones en croissance (54 %).3.\tAu cours de la recherche, la géographie de la richesse et de la pauvreté au Québec permet de distinguer, autour Être pauvre parmi les riches peut être pénible, le bonheur étant souvent le résultat de la comparaison positive que l\u2019on fait avec son entourage ; mais être pauvre parmi les pauvres amène la pauvreté totale, au-delà de la pauvreté économique, la misère.1.La plus importante intuition de départ a été empruntée au Rapport Castonguay-Nepveu (1971).C\u2019est que le sous-développement économique, lorsqu\u2019il atteint un groupe, a comme conséquence un sous-développement social.Être pauvre parmi les riches peut être pénible, le bonheur étant souvent le résultat de la comparaison positive que l\u2019on fait avec son entourage ; mais être pauvre parmi les pauvres amène la pauvreté totale, au-delà de la pauvreté économique, la misère.Cette intuition ne peut être vérifiée que par la micro-analyse, sans laquelle l\u2019illusion d\u2019une prospérité universelle persiste.de toutes les agglomérations de quelque importance, trois anneaux concentriques.Les centres-villes constituent le premier anneau, comprenant beaucoup de pauvreté cachée, mais pas de pauvreté totale.La raison en est que la plupart des institutions de services sociaux (écoles, hôpitaux, CLSC, etc.) y sont situées, rendant le milieu plus attrayant.Mais le personnel de ces institutions ne demeurant pas, en général, dans les centres-villes, les salaires versés par les institutions publiques et parapubliques seront dépensés ailleurs, dans les banlieues.Ces ban- lieues qui constituent l\u2019anneau de la prospérité, le milieu géographique idéal pour vivre au Québec.Enfin, la périphérie rurale forme l\u2019anneau le plus défavorisé : faute de services et d\u2019investissements, sa population vieillit et diminue rapidement.4.\tOn a pu observer la dynamique qui régit les trois anneaux concentriques : la zone périphérique devenant de plus en plus indésirable (chômage chronique, manque de services sociaux, insécurité), les personnes les plus robustes (plus jeunes, plus instruites, couples stables, ayant des enfants) la quittent pour le centre-ville ; elles laissent derrière elles les personnes moins fortes (plus âgées, moins instruites, handicapées et malades, marginales).Après quelques années au centre-ville, les plus fortes se déplacent de nouveau vers la banlieue prospère, laissant encore une fois derrière elles les moins compétitives.L\u2019étude a vérifié que ce mécanisme de sélection spontanée à trois phases se vérifie partout.Ainsi, entre 1971 et 1981, la ville de Montréal a perdu 24 % de sa population, mais ses banlieues nord ont augmenté de 17 %, ses banlieues sud de 43 %1.De 1971 à 1986, une banlieue comme Charny aurait augmenté de 133 %.5.\tEn projetant sur une carte du Québec les données de cette microanalyse, on peut voir s\u2019organiser les zones en croissance et les zones en désintégration.Deux corridors de désintégration, orientés d\u2019est en ouest, au nord et au sud du Saint-Laurent.Et trois zones de croissance, sur des axes nord-sud : Québec-Beauce, Trois-Rivières-Estrie, Montréal-Saint-Jean.1.Centraide Montréal, Les besoins dans la communauté montréalaise, Document de consultation du Comité de planification sociale, février 1985, page 1.264 relations novembre 1988 Les personnes les plus robustes déménagent, laissant derrière elles les moins fortes.gwss *** IK W: « -fS _T ' \u201e:\u2022/* D\u2019où une image de la vitalité du Québec : banlieues jeunes, instruites, plutôt en bonne santé, avec des familles plus nombreuses, des couples plus stables.Meilleurs services sociaux, permettant de meilleurs résultats scolaires, plus d\u2019intérêt sportif, une meilleure culture.Chômage très réduit.Délinquance relativement peu élevée.D\u2019où aussi une image inverse, celle de l\u2019appauvrissement du Québec : une très grande partie de la population (46 %) et du territoire où la population est vieille, où les jours de maladie et les visites à la clinique sont plus élevés, où l\u2019espérance de vie est plus basse que la moyenne.Où la famille est brisée plus qu\u2019ailleurs, où le suicide, l\u2019alcoolisme, la délinquance sont élevés.Où l\u2019abandon scolaire hâtif est fréquent, où les résultats scolaires aussi, surtout en français et en mathématiques, sont inférieurs.Où les écoles ferment faute d\u2019élèves, où les cliniques, les bibliothèques, les lieux de loisir ou de sport sont de plus en plus négligés.Une explication, des solutions ?Au-delà d\u2019une simple constatation, les études proposées ici tentent une explication synthétique : l'État installe depuis des années ses services sociaux aux mêmes endroits, dans les centres-villes.Un choix dirigé par des intérêts multiples.qui ne sont pas nécessairement ceux de l\u2019ensemble des usagers2.Le résultat, c\u2019est la dépopulation des zones éloignées, la paupérisation des centres-villes et l\u2019enrichissement des banlieues.Un processus établi à demeure et qui fonctionnera aussi longtemps qu\u2019on ne changera pas de politique.On tente également des voies de solution.D\u2019abord, cesser de considérer l\u2019enveloppe budgétaire des grands services publics comme un mal nécessaire, pour y voir plutôt un investissement 2.Signalons que de telles réponses synthétiques ont été tentées, par exemple Raymond Ledrut, Sociologie du chômage, Paris, PUF, 1966, p.277-516; Louis Reboud, Essai sur la notion de chômage structurel dans les pays de capitalisme évolué, Paris, Dalloz, 1964, p.153-199.Mais à mon avis, l\u2019explication fournie par notre dossier est plus précise et mieux documentée que celle de Reboud, dont elle se rapproche.important pour le développement social.Ensuite, associer davantage les instances locales à la gestion de cette enveloppe budgétaire.Lecture humaine et chrétienne Depuis le retour du néo-libéralisme, certains sont portés à considérer une référence à l\u2019Evangile dans les ques- relations novembre 1988 tions sociales comme démodée et un peu « coeur saignant ».Nous continuons de penser, au contraire, que le regard du Christ sur notre société et ses recommandations fondamentales dans le Sermon sur la montagne sont des corrections très réalistes apportées aux idéologies politiques et économiques courantes.C\u2019est pour cela que notre souci pour les droits humains fondamentaux et notre souci social chrétien se rejoignent dans ce dossier.¦ 265 Paul Hamel MISÈRE À LA CARTE par Charles Côté et Guy Paiement* Préférez-vous votre verre d\u2019eau à moitié vide ou à moitié plein ?Vous êtes optimiste ?Alors, sachez que le Québec est en pleine transformation : les grandes migrations qui ont marqué l\u2019avènement de la révolution industrielle ne sont pas terminées.Le Québec n\u2019est plus un vaste territoire agricole truffé de centres urbains en croissance.Il devient un réseau de banlieues, entourées de campagnes délaissées.Pas étonnant que le ministre des Transports ait présenté dernièrement à la Communauté urbaine de Montréal un plan de développement axé sur les besoins des dizaines de milliers de personnes qui gagnent leur vie à Montréal sans y habiter ! Pas étonnant, non plus, que le président de l\u2019Union des municipalités régionales de comté (MRC) conteste l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) et le ministre de l\u2019Agriculture et compte sur le « bon sens » du gouvernement pour modifier la carte de l\u2019exploitation agricole.Un nouvel équilibre démographique et politique est en train de s\u2019établir, dont les sinistrés de Saint-Basile-le-Grand sont probablement devenus, bien malgré eux, le meilleur symbole : l\u2019État ne peut absolument pas se permettre de perdre la confiance des banlieusards ; ils sont trop nombreux, instruits et prospères.Cette migration se répercute naturellement sur le mode de vie et sur les valeurs : il y a longtemps que les « dames de coeur » ne vivent plus à Saint-Henri.On n\u2019arrête pas le progrès, se répète l\u2019optimiste.Un vaste mouvement migratoire Mais si vous avez le goût de l\u2019analyse sociale, vous voudrez examiner le revers de la médaille.Dans un document de consultation préparé à l\u2019hiver 1985 sur Les besoins dans la communauté 266 montréalaise, Centraide Montréal chiffrait l\u2019importance de ce mouvement migratoire en signalant qu\u2019entre 1971 et 1981 la ville de Montréal a perdu 24 % de sa population (224 000 résidants), tandis que Laval voyait augmenter sa population de 17 % et la Rive-Sud de 43 %.Cette migration a des conséquences socio-économiques multiples.Toujours selon Centraide, on observe ainsi un vieillissement marqué de la population (« la région de Montréal abrite 57 % de la population âgée de 65 ans et plus du Québec »), une croissance continue du taux de suicides (« la région de Montréal, avec un taux brut de 16,3 pour les années 1975-1979, dépasse la moyenne québécoise de 13,8 et n\u2019est surclassée à ce chapitre que par la région du Nord-Ouest québécois »), une sérieuse détérioration de la santé mentale aggravée par les problèmes que pose la réinsertion sociale de bon nombre de « psychiatrisés »* 1.Au fond, tout cela se tient.Les jeunes familles qui en ont les moyens quittent le centre-ville pour s\u2019installer en banlieue.Demeurent alors sur place les personnes plus faibles et sans enfants.Une bonne partie des immigrés récents vient grossir ce nombre.Mais ce phénomène de milieu urbain n\u2019est pas uniquement montréalais.On peut constater les mêmes tendances dans la basse-ville de Québec, ou dans sa banlieue : la MRC Chutes de la Chaudière a vu sa population augmenter de 133 % entre 1971 et 1981.En même temps, au niveau de vastes régions de la province, on observe le mouvement analogue, et tout aussi important, des zones rurales vers les centres urbains.Dans cette perspective, des zones très importantes de la Côte-Nord, de la Gaspésie, de l\u2019Outaouais, de l\u2019Abitibi, de l\u2019Estrie, de Québec, entre autres, vivent des problèmes de sous-développement, accompagnés d\u2019une décroissance démographique.Au plan économique, on dit communément qu\u2019une société est en croissance quand relations novembre 1988 la richesse collective (PIB) y augmente plus rapidement que la population ; mais cette façon de calculer ne rend pas compte de la situation d\u2019une région où la richesse collective diminue moins vite que la population : ainsi le rapport « richesse collective «/population peut continuer d\u2019augmenter même si la richesse collective diminue.Le Québec rural n\u2019est certainement pas en croissance.Un indice : dans son bulletin de juillet dernier, la direction de la recherche du ministère de la Main-d\u2019oeuvre et de la Sécurité du Revenu soulignait que « l\u2019emploi agricole continue de régresser avec 50 000 emplois de moins en juillet 1988 par rapport à juillet 19872 ».Si on raffine l\u2019analyse, pour considérer les MRC, on observera les mêmes mouvements de population, les mêmes symptômes de dégradation de la qualité de la vie, les mêmes causes de dépendance.Les deux Québec Telle était précisément la teneur du mémoire présenté par le Conseil des Affaires sociales et de la Famille (CASF) à la commission d\u2019étude sur l\u2019avenir des municipalités (commission Parizeau), le 10 juin 1986.On peut s\u2019étonner que ses * Charles Côté est sociologue à l\u2019emploi du Conseil des Affaires sociales, à Québec.Guy Paiement est animateur au Centre St-Pierre.1.\t« Des 5000 personnes ayant obtenu un congé psychiatrique en 1979, à peine 600 (12 %) avaient trouvé un emploi rémunéré en juillet 1982 et près de la moitié (2400) dépendaient du bien-être social pour leur survie.» Les ex-patients psychiatriques : qui sont-ils ?Recherche de 267 pages réalisée par Anne Hébert et Muriel Gagnon pour le compte de la Commission des droits de la personne du Québec et du Secrétariat d'Etat du Canada, 1983.2.\t« La perte moyenne de janvier à juillet conclusions n\u2019aient pas fait plus de bruit.Les milliers de renseignements fournis par les recensements depuis 1971 ont été regroupés avec d\u2019autres sources de données de manière à évaluer, pour chaque secteur de dénombrement, l\u2019activité économique (catégorie des emplois, taux de chômage, taux d\u2019inoccupation), le niveau d\u2019instruction et la qualité de l\u2019éducation, le niveau de revenu, la qualité du logement, la sédentarité, l\u2019état de santé, la criminalité et la mésadaptation sociale.Les conclusions du CASF sont spectaculaires.« L\u2019analyse de ces données, l\u2019interaction des indicateurs et la transcription des résultats sur une carte des territoires habités du Québec permet d\u2019identifier et de localiser deux types de population : celle qui est en croissance, d\u2019une part, et celle qui connaît des problèmes de sous-développement économique et social, d\u2019autre part* * 3 4.» Tout se passe comme si on devait admettre dans les faits l\u2019existence de deux catégories de Québécois, et comme si ces deux classes de citoyens avaient tendance à se regrouper entre eux, ou plus exactement à vivre dans le même coin.« N\u2019est-il pas étonnant d\u2019apprendre, par exemple, que les mauvais résultats en mathématique et en français, qu\u2019un nombre anormalement élevé d\u2019arrestations pour conduite affaiblie, que les logements insalubres, que le nombre d\u2019adultes condamnés, qu\u2019une plus faible espérance de vie à la naissance, qu\u2019une plus grande proportion des prises en charge pour délinquance et protection sociale, qu'un plus faible niveau de scolarité, qu\u2019un revenu qui se situe sous le seuil de pauvreté, etc.se trouvent toujours concentrés dans les mêmes territoires ! » (page 4).Quels sont ces territoires ?Essentiellement, les communautés de l\u2019arrière-pays en milieu rural et les centres-villes, en particulier ceux de Québec et Montréal.Par contre, les banlieues et 1988 par rapport à la même période de l\u2019année 1987 se chiffre à 8600 emplois (11,2%).» L\u2019Emploi au Québec, juillet 1988, page 4.3.\tCASF, Mémoire à la commission d'étude sur l'avenir des municipalités, 10 juin 1986, page 4.4.\t« Il s\u2019agit de la somme des personnes inactives (au sens du recensement) et des chômeurs d\u2019une population donnée divisée par le nombre de personnes âgées de 15 ans et plus qui y habitent.En d'autres termes, plus le taux d'inoc- cupation est faible, plus le nombre d\u2019emplois disponibles est élevé et vice-versa.» quelques centres urbains de moyenne importance échappent à ce processus de décroissance.L'âge moyen de la population est un bon indice.De 1971 à 1981, « le nombre de jeunes âgés de 0 à 15 ans a diminué de façon absolue de 21 % au Québec.Dans la réalité, cette diminution a été en moyenne de 43 % dans les communautés en désintégration et de 1 % à peine dans les communautés en développement ».La conséquence est inquiétante.« Les personnes âgées sont de plus en plus concentrées dans une partie du territoire et les jeunes dans l\u2019autre partie.Sur le plan démographique, on peut presque affirmer que nous sommes déjà en présence de deux pays dans un.« (page 9).En fait, la population en âge de se reproduire se déplace pour trouver du travail.Or, depuis 1971, on constate « une augmentation continue des disparités relatives d\u2019emplois disponibles entre les territoires en croissance et les territoires en décroissance de population » (page 9).En d\u2019autres mots, là où la population décroît, on trouve de moins en moins de personnes en emploi, ce qui accentue encore le mouvement de migration.Le chemin de la dépendance Dans ce contexte, le CASF estime que le taux d\u2019inoccupation* devient un indicateur sûr de la situation de décroissance d\u2019une unité territoriale, qu\u2019il s\u2019agisse largement d\u2019une région administrative, ou, plus finement, d\u2019une municipalité, d\u2019un village ou d\u2019un quartier de grande ville.Or il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019un indice économique.« Pour le Conseil des affaires sociales et de la famille qui se situe dans une perspective de développement social, le taux d\u2019inoccupation comporte une autre dimension, plus dramatique encore, celle de la dépendance.Cette unité de mesure permet, en effet, d'estimer l\u2019importance relative de ceux qui, bien qu\u2019étant âgés de 15 ans et plus, dépendent d\u2019un tiers pour l\u2019acquisition des biens de première nécessité » (page 11).Pour chacune des 92 municipalités régionales de comté et trois communautés urbaines du Québec, on a tracé des courbes convaincantes pour représenter le rapport entre le taux d'inoc- relations novembre 1988 cupation et le taux de bénéficiaires de l\u2019aide sociale, le taux d\u2019inoccupation et le revenu familial moyen, le revenu moyen de la population active ou le taux du revenu familial qui provient de source publique.S\u2019il était possible de présenter ces schémas sur un écran de télévision, nous verrions probablement bon nombre de MRC se déplacer progressivement vers le sommet de la courbe : à mesure que le taux d\u2019inoccupation augmente dans les MRC, le pourcentage de bénéficiaires de l\u2019aide sociale augmente lui aussi dans les mêmes MRC.C\u2019est donc dire que l\u2019écart se creuse entre les communautés en décroissance démographique, économique et sociale et les milieux plus favorisés.Le sous-développement social Cette situation est, en elle-même, préoccupante.Elle est d\u2019autant moins acceptable qu\u2019elle correspond précisément à ce que voulaient empêcher et même corriger les politiques sociales mises en place au début des années 70.Dans le Rapport de la commission d'enquête sur la santé et le bien-être social (Commission Castonguay-Nep-veu), on définissait comme suit les objectifs du gouvernement québécois5: « Une politique de développement social vise à éliminer ou du moins à réduire les déséquilibres entre les régions et entre les citoyens d\u2019une même communauté.Elle met l\u2019accent sur l\u2019aspect humain des problèmes économiques et sociaux pour que chaque individu puisse jouir de sa dignité, quelle que soit la région où il habite.» Et pour prévenir toute équivoque, on prenait soin d\u2019ajouter : « Cette conception du développement social s\u2019oppose à celle que le libéralisme se fait de l\u2019évolution sociale et, par conséquent, à la notion selon laquelle le changement est responsable des inégalités de plus en plus grandes à l\u2019intérieur des sociétés et entre les sociétés.» La question qui s\u2019impose est précisément celle que formule le rapport du CASF : « Pourquoi alors certains quartiers de ville et certaines municipalités se sont-ils appauvris malgré tous les outils mis en place depuis la révolution tranquille pour enrayer la pauvreté et la misère ?» (op.cit., page 12).Si la question paraît aller de soi, la 267 réponse est beaucoup plus inattendue.Ce sont les inégalités dans la redistribution géographique des taxes et des impôts, les transferts fiscaux, qui contribuent de façon majeure au phénomène d\u2019aggravation du sous-développement social.Comme l\u2019illustre par exemple la localisation géographique des ressources immobilières de santé et de services sociaux.Le problème, c\u2019est qu\u2019un CLSC, un hôpital ou un centre d\u2019accueil ne sont pas seulement des centres de dispensation de services : ils représentent un investissement, une somme d\u2019argent importante injectée dans l\u2019économie d\u2019une localité par le gouvernement du Québec.Cet argent est évidemment celui des impôts de tous les contribuables québécois.« Prenons le cas d\u2019une municipalité qui ne dispose d\u2019aucun équipement du ministère de la Santé et des Services sociaux et qui n\u2019héberge aucun professionnel de la santé.Même si cette municipalité a un taux d\u2019inoccupation relativement élevé à 60 %, cela signifie que 40 % de citoyennes et de citoyens de cette localité paieront des impôts qui feront un crochet par Québec et Ottawa mais qui ne reviendront jamais dans cette municipalité.» Ces sommes retourneront plus probablement dans la capitale régionale.La chaîne revenus-emplois se met en marche et le déséquilibre se résorbe par un mouvement de population.On devra bientôt fermer des écoles dans le village.Après quelques années, l\u2019écart entre la contribution (impôts) et la redistribution (investissements gouvernementaux) aboutit à un transfert de la richesse collective vers la ville.Les résistances Ce qu\u2019on vient de décrire n\u2019est pas l\u2019aboutissement d\u2019un sombre complot.Non, ce serait plutôt un « effet de système ».Le système en cause est marqué par la centralisation décisionnelle, concernant le choix des critères de redistribution de la richesse collective entre les populations, et par le poids des institutions publiques comme bénéficiaires de cette redistribution.Il était assurément normal qu\u2019une autorité centrale assume et contrôle le pouvoir de dépenser de l\u2019État.Si bien que cette centralisation est voulue ; mais elle paraît si étanche que l\u2019information sur les effets du mode de redis- 268 tribution de la richesse collective ne peut remonter du niveau local (les zones en décroissance, économiquement marginalisées, démographiquement fragiles et donc politiquement plus faibles) jusqu\u2019au niveau de la prise de décision administrative.Il y a toutefois des pays et même des provinces où on réussit à mieux répartir la richesse collective.La clé consiste à redistribuer l\u2019argent aux gouvernements locaux, plutôt qu\u2019aux institutions du réseau public.En Ontario, par exemple, les budgets de plusieurs ministères sectoriels sont redistribués directement au niveau local.On ignore si cette façon de faire corrige ou non les inégalités d\u2019une municipalité à l\u2019autre, mais elle empêche au moins que les transferts fiscaux n\u2019aggravent les inégalités existantes.Soulignons aussi que l\u2019absence de politique de développement régional devient néfaste.Si bien que la correction de parcours n\u2019est pas pour demain.On imagine aisément la résistance des corporations à la remise en question de budgets déjà trop restreints.Sans parler de celle des fonctionnaires qui deviendraient obligés de tenir compte des doléances des gouvernements locaux ! Une autre résistance est plutôt d\u2019ordre idéologique.Elle consiste à refuser le lien inoccupation-dépendance, à ignorer le niveau des caractéristiques de population pour ne regarder que certaines situations individuelles.Dans la bouche de Monsieur et Madame Tout-le-monde cela donne: «J\u2019en connais, moi, des assistés sociaux qui ne sont pas si à plaindre.» Sous la plume d\u2019un agent de recherche, on trouve que, parce que le taux d'inoccupation inclut les personnes retraitées, les étudiants ou les femmes à la maison, « la situation d\u2019inoccupé n\u2019a rien de dramatique dans plusieurs cas » ! L\u2019arbre masque la forêt.C\u2019est tout simplement oublier que le taux d\u2019inoccupation est aussi un indice économique et négliger le principe énoncé, il y a presque vingt ans, par la commission Castonguay-Nepveu : « On a malheureusement tendance à considérer isolément la réalité économique et la réalité sociale.À notre point de vue, réalité économique et réalité sociale sont étroitement liées, car elles se conditionnent mutuellement à long terme5 6.» Et si on n\u2019est pas convaincu, il n\u2019y aurait qu\u2019à comparer la facture de l\u2019aide sociale et de l\u2019assurance-chômage par habitant pour l\u2019ensemble des municipalités du Québec, pour la confronter avec celle des municipalités comparables en Ontario.relations novembre 1988 Une carte de la misère Nous sommes un pays en croissance et en sous-développement.En attendant l\u2019impensable réforme du système, il nous reste les cartes géographiques et un ensemble de constats qui clignotent comme autant de signaux d\u2019alarme, présages d\u2019un autre genre d\u2019événement impensable : une société en train de s\u2019éteindre, la nôtre.-\tLe Québec compte des zones en désintégration économique, démographique et sociale et des zones de croissance ; l\u2019écart s\u2019élargit entre les deux pays.-\tLes noyaux et les anneaux de pauvreté que forment respectivement les centres-villes et l\u2019arrière pays des régions rurales sont le théâtre d\u2019une migration intérieure : les jeunes, en âge de travailler et d\u2019avoir des enfants, quittent leur campagne pour s\u2019installer dans les centres-villes, en attendant d\u2019avoir les moyens de s\u2019établir dans la banlieue.Les personnes qui restent sont de plus en plus âgées, malades et dépendantes, sans avoir un accès aux services publics égal ou équivalent à ce qu\u2019ont les gens des milieux urbains.-\tLe mouvement des zones en désintégration dessine sur la carte du Québec deux larges corridors de pauvreté, orientés d\u2019ouest en est, au nord et au sud du fleuve (Outaouais-Abitibi-Laurentides-Côte-Nord, d\u2019un côté, Estrie-Bas-du-Fleuve-Gaspésie, de l\u2019autre), et qui grugent peu à peu le reste du territoire habité, constitué des zones en croissance.L\u2019information est là.Servira-t-elle à décourager les investissements privés dans les zones en sous-développement, ou à rendre possible une plus juste répartition de notre richesse collective ?Chose certaine, pour y arriver, il faudra quitter la bonne conscience du néo-libéralisme qui empêche de voir autrement la réalité.¦ 5.\tGouvernement du Québec (1971), Rapport de la commission d\u2019enquête sur la santé et le bien-être social, vol.Ill Le développement, tome I, nos 439 et 443.6.\tVol.Ill, tome I, no 448. Deux exemples : le Bas Saint-Laurent/Gaspésie et l\u2019Outaouais LE SYNDROME DES COLLECTIVITÉS EN DÉSINTÉGRATION SOCIALE par Claude Barriault sociologue, conseiller en recherche Centre régional de la santé et des services sociaux de l\u2019Outaouais \u2022SJ.-;- Ai/> alors qu\u2019on prétend, à grand renfort de politique et de discours de toutes sortes, que le niveau de vie, les conditions sociales, l\u2019accès à l\u2019égalité, l\u2019autonomie et l\u2019état de santé des Québécois se sont considérablement améliorés, au même moment, on constate que pour des communautés entières, il en va tout autrement.En effet, pour un grand nombre de communautés, la qualité des logements, le niveau de revenu, le chômage, la décroissance de population, le niveau de scolarité, la proportion des jeunes et des adultes inactifs, et beaucoup d\u2019autres phénomènes encore, sont inséparables de la densité des personnes dans le besoin, dans le domaine de la santé comme dans les autres secteurs.relations novembre 1988 Ce constat a permis de conclure que le niveau de santé des populations ne constitue en fait qu\u2019un symptôme d\u2019un problème plus vaste, car il s\u2019avère indissociable de plusieurs autres symptômes spécifiques concernant notamment les caractéristiques socio-économiques des populations, l\u2019accès à l\u2019emploi, les variations de la population, l\u2019incidence de la mésadaptation sociale, la délin- 269 Paul Hamel DÉFINITION DU TAUX D\u2019INOCCUPATION Le taux d\u2019inoccupation est le rapport entre les personnes inoccupées de 15 ans et plus et l\u2019ensemble de la population d\u2019un territoire donné.L\u2019ensemble des inoccupés regroupe toutes les personnes de 15 ans et plus dans une population qui dépendent d\u2019un tiers (autres individus, conjoints, services gouvernementaux) pour assurer leur subsistance, soit, en d\u2019autres termes, l\u2019ensemble des personnes non autonomes.Ainsi, par définition, la catégorie inoccupée regroupe l\u2019ensemble des personnes âgées à la retraite, l\u2019ensemble des chômeurs (en période propice à l\u2019emploi) et des assistés sociaux, des personnes en institution, des conjoints au foyer non rémunérés, des étudiants de plus de 15 ans (sans emploi en période estivale), des sans-abri, des invalides et des personnes inaptes au travail.C.B.quance, la criminalité, etc.Une fois entrevue l\u2019ampleur du problème, on se trouve amené à poursuivre l\u2019analyse du côté des facteurs explicatifs du syndrome comme tel : quels sont donc les mécanismes sociaux qui font varier en même temps l\u2019état de santé des populations, ainsi que toutes les autres caractéristiques qui y sont associées ?Les régions sociosanitaires du Bas Saint-Laurent/Gaspésie et de l\u2019Ou-taouais ont fait l\u2019objet d\u2019une investigation en profondeur, non seulement au niveau des facteurs explicatifs, mais aussi à celui des effets qu\u2019ils engendrent sur les populations.Ces effets correspondent à ce que nous appellerions le syndrome de populations en besoin.Réduit à sa plus simple expression, le processus qui permet d\u2019expliquer les variations de la concentration géographique des personnes en besoin se ramène au schéma explicatif du syndrome dont il est question dans le présent article.Ce schéma met en relation les phénomènes d\u2019ordre démographique, la disponibilité et l\u2019accès à l\u2019emploi sur le territoire et enfin, la localisation géographique des ressources.Les phénomènes d\u2019ordre démographique L\u2019évolution du syndrome est intimement reliée à des phénomènes d\u2019ordre démographique, à savoir l\u2019exode sys- tématique, hors de certaines communautés, des personnes en âge de travailler et de se reproduire.Les communautés les plus affectées par ce mouvement ont vu leur population diminuer en nombre absolu au cours des 15 dernières années.On peut donc dire qu\u2019elles sont en désintégration au plan démographique, puisque leur capacité de remplacement naturel est compromise de façon très significative.L\u2019analyse des variations territoriales des populations dans la région du Bas Saint-Laurent/Gaspésie donne des résultats étonnants (voir tableau I).Alors que l\u2019ensemble de la région parvient à peine à maintenir ses effectifs de population avec un taux de croissance relativement nul, soit 0,6 % entre 1971-1981, une partie des communautés, particu- CONCILIUM REVUE INTERNATIONALE DE THÉOLOGIE Les SIX CAHIERS DE 1988 215\t- UNE ASSEMBLÉE POUR LA PAIX 216\t- L\u2019IDENTITÉ CHRÉTIENNE 217\t- LA PUISSANCE DANS L\u2019ÉGLISE 218\t- LA DjACONIE Une Église pour les autres 219\t- THÉOLOGIES DU TIERS-MONDE Convergences et différences 220\t- LA VÉRITÉ ET SES VICTIMES Chroniques d\u2019actualité 1988 L\u2019année Mariale - Le Sida - Le Terrorisme -Les Jeux olympiques de Séoul Les six cahiers de 1989 1789.La Révolution française et l\u2019Église -La musique et l'expérience de Dieu - L\u2019éthique des sciences de la nature - Congrès International de Théologie : Au seuil du Troisième Millénaire - Catéchisme universel ou inculturation ?- Le Sport.Le cahier * 65 FF Au Canada, s\u2019adresser à : PÉRIODICA - C.P.444 - Outremont (Québec) H2V 4R6 Édité chez BEAUCHESNE, 72, rue des Saints-Pères - 75007 Paris Abonnement 1988 : 290 FF - Abonnement 1989 : 300 FF 270 relations novembre 1988 Tableau I Regroupement des municipalités selon la disponibilité et l\u2019accessibilité des populations aux ressources de santé et de services sociaux BAS SAINT-LAURENT/GASPÉS1E*\tOUTAOUAIS CARACTÉRISTIQUES DE POPULATION INDICATRICES D\u2019UN ÉTAT DE SOUS-DÉVELOPPEMENT SOCIAL\tZONE I Accessibilité grande\tZONE II Accessibilité moyenne\tZONE III Accessibilité faible\tURBAIN Accessibilité grande\tRURAL Accessibilité faible ou moyenne - Taux d\u2019inoccupation 1981\t51,70 %\t57,20 %\t64,00 %\t40,00 %\t52,70 % - Pourcentage de la population bénéficiaire de l\u2019aide sociale 1981\t13,47 %\t14,69 %\t20,55 %\tN/D\tN/D - Pourcentage des ménages bénéficiaires de l\u2019aide sociale 1985\tN/D\tN/D\tN/D\t15,80 %\t22,50 % - Pourcentage de la population 15 ans et + ayant moins de 13 ans de scolarité 1981\t70,52 %\t78,70 %\t85,37 %\tN/D\tN/D - Pourcentage de la population 15 ans et T- ayant moins de 9 ans de scolarité 1981\tN/D\tN/D\tN/D\t21,20 %\t35,00 % - Revenu total moyen 1981\t10 625 $\t8 811 $\t7 935 $\t13 015 $\t10 734 $ - Pourcentage des logements occupés nécessitant des réparations majeures 1981\t8,92 %\t12,99 %\t18,07 %\t5,90 %\t12,60 % - Pourcentage de variation de la population 1971-1981\t8,10 %\t-0,10 %\t-16,80 %\t17,30 %\t2,90 % - Population 65 ans et + bénéficiaire d\u2019un supplément de revenu garanti 1985\tN/D\tN/D\tN/D\t58,10 %\t71,60 % * Pour la région du Bas St-Laurent/Gaspésie, les municipalités sont regroupées par zone selon la disponibilité et l\u2019accessibilité des populations aux ressources de santé et de services sociaux, alors que pour l\u2019Outaouais, les municipalités sont regroupées d\u2019abord par district de C.L.S.C., ensuite par secteur urbain et rural.lièrement celles où l\u2019on retrouve des ressources publiques, enregistrent ensemble des gains de 8,1 % de leurs effectifs de population.À l\u2019opposé, le regroupement d\u2019autres communautés, exclusivement rurales, sans ressources publiques, enregistre des pertes de l\u2019ordre de 16,8%.Dans l\u2019Outaouais, région en pleine croissance, plus de 40 % de la population habite, en 1986, des communautés en désintégration démographique.Ces populations sont concentrées dans quelques secteurs de recensement en centres-villes et dans de nombreuses petites communautés rurales.D\u2019ailleurs, dans l\u2019Outaouais rural on ne parle plus de la pyramide des âges, mais plutôt d\u2019une colonne d\u2019âge.En démographie, une colonne d'âge indique une population stagnante et éventuellement en voie d\u2019extinction.C\u2019est donc dire que pour ces deux régions, une partie de la population vit dans une communauté en désintégration démographique, alors que l\u2019autre partie vit dans une communauté en croissance.Lorsqu\u2019une population perd systématiquement ses « forces vives », on finit par constater chez elle une augmentation de la densité de ceux qui n\u2019ont pas les moyens ou les ressources pour se joindre à cet exode, d\u2019où une augmentation de la densité de personnes en besoin dans un grand nombre de domaines essentiels à la poursuite d\u2019une vie sociale harmonieuse et autonome.C\u2019est ce qu\u2019on peut observer dans le tableau I.Disponibilité et accès à l\u2019emploi L\u2019exode des populations en âge de travailler et de se reproduire est lui-même directement relié à l\u2019augmentation des disparités interterritoriales en matière d\u2019emplois disponibles.Le taux d'inoccupation est un bon indicateur de la disponibilité et de relations novembre 1988 l\u2019accès à l\u2019emploi sur le territoire.Ainsi, dans la région du Bas Saint-Laurent/ Gaspésie (voir la carte ci-jointe) on observe une relation significative entre les variations à la baisse de la population par districts de Municipalité régionale de comté et le taux d\u2019inoccupation.Cette observation traduit bien le lien qui existe entre l\u2019exode des populations et les disparités en matière d\u2019emplois disponibles.Plus l\u2019exode des populations est marqué, plus le taux d\u2019inoccupation est élevé.Dans la région de l\u2019Outaouais, on a pu observer que la structure de l\u2019emploi pourrait avoir pour effet d\u2019inciter, en particulier, les jeunes femmes du milieu rural à émigrer vers le centre urbain pour se procurer un emploi.En effet, aux âges les plus féconds, une forte proportion d\u2019hommes et de femmes ne se retrouvent pas sur le même territoire.Cette situation aurait pour conséquence d\u2019accroître la proportion de célibataires chez les hommes du milieu rural.Les disparités en matière d\u2019emplois disponibles sur le territoire ont deux 271 272\trelations novembre 1988 WÊÊÊÊÊÊÊBlÊÊÊÊÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊM mÊBBWUmBXsSaS&mBÊmBBmSmBSRmaSBMSi wSBÊÊÊÊÊÊKBBi GRANDE-VALLÉE ' MURDOCHVILLE La Côte-de-Gaspé Denis-Riverin Matane Pabok La Matapédia Bonaventure *CMANDLER Avignon La Mitis IPr Rimouski Neigette r 'PASPÉBIAC TAUX D\u2019INOCCUPATION DE LA POPULATION DE 15 ANS ET +, PAR MUNICIPALITÉ EN 1981 30,6\tà\t46,6 46,7\tà\t52,7 52,8\tà\t56,6 56,7\tà\t63,5 63,6\tà\t88,0 Donnée\t\tnon-disponible Légende Pourcentage lles-de-la-ù Département de santé communautaire Hôtel-Dieu de Gaspé;1984 Tableau II Taux de mortalité par groupe d\u2019âge Région 01, 1975-1981\t\t\tpar zone de résidence Sexes réunis\t ÂGE\tZONE 1 Accessibilité grande\tZONE ZONE 2 Accessibilité moyenne\tZONE 3 Accessibilité faible\tTOTAL 01-14\t.0006\t.0006\t.0006\t.0006 15-24\t.0013\t.0015\t.0017\t.0014 25-44\t.0015\t.0017\t.0021\t.0016 45-64\t.0088\t.0077\t.0092\t.0086 65 +\t.0512\t.0440\t.0464\t.0486 Source: D\u2019après les calculs de Wilkins (non publiés, 1984) pour le Département de santé communautaire de Gaspé.___________________________________________ effets majeurs pour les communautés à faible emploi.Non seulement la situation dans ces communautés n\u2019incite pas à l\u2019immigration, mais ce sont les plus qualifiés qui cherchent à s\u2019en aller.La localisation géographique des ressources Les disparités en matière d\u2019emplois disponibles trouvent elles-mêmes leur source dans d\u2019autres disparités géographiques concernant la localisation des ressources gouvernementales, notamment les ressources de santé et de services sociaux.La carte mettant en relation la distribution des ressources de santé et de services sociaux avec le taux d\u2019inoccupation dans la région du Bas Saint-Laurent/Gaspésie démontre à quel point la localisation géographique des ressources contribue à l\u2019intensité de l\u2019inoccupation observée.La même observation vaut pour l\u2019Outaouais ; plus la concentration des ressources est forte, plus le taux d\u2019inoccupation est faible.Si le taux d\u2019inoccupation est un indicateur de population en besoin, force est d\u2019admettre que les ressources gouvernementales sont distribuées sur le territoire de façon inversement proportionnelle aux populations en besoin.LES EFFETS DE LA DÉSINTÉGRATION À la suite d\u2019une étude des données démographiques du secteur du CLSC Des Chenaux, à quelque 40 kilomètres de Trois-Rivières, l\u2019utilisation du taux d\u2019inoccupation comme indicateur synthétique permit de ranger chacune des dix municipalités selon l\u2019ordre croissant de ses problèmes.Se dégageait une nette concordance entre le taux d\u2019inoccupation et cette série d\u2019indicateurs de problèmes socio-économiques.Au-delà du portrait statistique visant à objectiver la réalité sociale, une démarche en parallèle fut entreprise auprès des intervenants du CLSC et de membres de la communauté afin de faire ressortir les caractéristiques du phénomène de désintégration du secteur (perte de la moitié des jeunes en dix ans, fermetures d\u2019entreprises, plus forte proportion des personnes âgées de la région de Trois-Rivières avec un taux de 15 %, près du tiers des habitations nécessitant des réparations) et de les relier à la prestation de services et à l\u2019action communautaire dans le milieu.Voici, pour l\u2019essentiel, ce qui a émergé : -\taugmentation en spirale des consultations individuelles pour des problèmes sociaux découlant de l\u2019inactivité économique dans le secteur ; -\thausse significative de certains services (tels les soins à domicile) pour suppléer à l\u2019inexistence de ressources institutionnelles dans le secteur (ex.: centre hospitalier) ; -\tdifficultés majeures pour recruter des bénévoles dans bon nombre d\u2019activités, en particulier dans le domaine du loisir, des popotes volantes pour personnes âgées, etc.; -\ttarissement du bassin potentiel de jeunes pour des projets de travaux communautaires ou d'autres programmes gouvernementaux ; -\tdépendance marquée des groupes communautaires à l\u2019égard des intervenants du CLSC ; -\tincapacité de mobiliser un membership pour le mouvement Action-chômage dans le milieu ; -\tabsence d\u2019un réseau de transport adéquat, retranchant certains pans de population dans la sédentarité et l\u2019isolement social ; -\tdifficulté de lancer et de soutenir des projets collectifs au sein de la communauté, faute d\u2019adultes en nombre suffisant ; -\tmenaces constantes de fermetures de services publics (tels l\u2019école secondaire, le bureau d\u2019enregistrement, le bureau de poste), faute de population locale en nombre suffisant : à cet égard, rien n\u2019est jamais assuré et les projets technocratiques de rationalisation refont surface périodiquement.Il n\u2019est plus permis d\u2019en douter, ces différents phénomènes illustrent la problématique plus générale de la désintégration démographique et sociale de la communauté.Pour tout dire, il manque au secteur Des Chenaux un « ressort » qui l\u2019ouvrirait aux possibles de l\u2019action communautaire (affranchie du support permanent du CLSC) et à une plus grande autonomie des populations locales.La condition : un engagement du bassin actif de la population dans un programme de développement socioéconomique.Jacques Roy Sociologue, Centre de recherche sur les services communautaires, Université Laval relations novembre 1988 273 L\u2019état de santé : un symptôme du syndrome L\u2019analyse a fait ressortir les liens existant entre la concentration géographique des ressources, la disponibilité d\u2019emploi et la faible croissance démographique ou la décroissance de population.On a vu que les effets sur la population se traduisent par une série d\u2019indicateurs de sous-développement social (tableau I).On pourra constater maintenant que les mesures d\u2019état de santé désignent, avec la même précision que les autres indicateurs, les populations affectées de sous-développement social.Ainsi, par exemple, l\u2019analyse des taux de mortalité du Bas Saint-Laurent/ Gaspésie (voir tableau II) indique que, de façon générale, les populations dans la zone à faible accès aux ressources enregistrent des taux de mortalité supérieurs, particulièrement entre 14 et 65 ans, aux âges où la mortalité est prématurée.En effet, seul le groupe de 65 ans et plus présente un taux plus élevé dans la zone de grande accessibilité : la chose peut s\u2019expliquer par la pré- sence d\u2019établissements de soins de longue durée pour personnes âgées.Le graphique ci-joint illustrant les gains en espérance de vie dans l\u2019Ou-taouais est encore plus concluant.En effet, comment expliquer autrement que par un état de sous-développement chronique le fait que dans l\u2019Outaouais rural, à compter de 25 ans, les hommes voient leur espérance de vie inférieure à ce qu\u2019elle était 15 ans plus tôt ?Serait-ce que l\u2019ensemble des progrès, des politiques sociales et des programmes de toutes sortes mis sur pied au cours des derniers 15 ans n\u2019ont bénéficié qu\u2019à l\u2019ensemble des femmes et aux hommes du milieu urbain ?Soulignons que, pendant cette période, l\u2019état de santé de l\u2019Outaouais s\u2019est considérablement amélioré.Il ne serait donc pas exagéré de considérer qu\u2019il y ait deux Outaouais dans un.Enfin, l\u2019analyse de ces deux régions démontre clairement qu\u2019à l\u2019intérieur de chacune d\u2019elles, il existe deux populations de nature différente, l\u2019une en développement et l\u2019autre en état de sous-développement chronique.Les gestes à poser pour freiner l\u2019évolution de ce processus échappent au contrôle du réseau de la santé et des services sociaux.Pour pouvoir agir sur l\u2019évolu- tion de ce processus, il faudrait que les ressources, et par conséquent les emplois, soient répartis plus équitablement entre les territoires.Les ressources sont actuellement réparties de telle façon qu\u2019elles contribuent de façon générale à la détérioration du tissu social de la population ; de façon spécifique, elles font en sorte que certaines populations financent, par le biais de leurs taxes et leurs impôts, leur propre sous-développement économique et social.¦ Références : Côté, Charles et Barriault, Claude, « Les disparités entre les populations en besoin et la répartition des ressources disponibles ».Dossier thématique, Commission d\u2019Enquête sur les services de santé et les services sociaux, Québec, juin 1987.Département de santé communautaire du Centre hospitalier de l\u2019Hôtel-Dieu de Gaspé.Série : Portrait-santé de la région 01 (5 volumes), Gaspé, septembre 1984.Barriault, Claude, « Illustration et analyse des principaux éléments de la problématique sociosanitaire dans la région de l\u2019Outaouais ».No A-3 de la série Portrait-santé, Conseil régional de la santé et des services sociaux de l\u2019Outaouais, septembre 1987.Gain en espérance de vie selon le sexe Québec - Outaouais urbain - Outaouais rural, 1969-1983 Québec\tOutaouais urbain\tOutaouais rural O 1 S 10 15 20 23 30 35 0 43 SO 55 60 69 70 75 80 SS 0 1 5 10 13 20 23 30 33 40 43 30 S3 30 S3 70 73 80 83 0 1 3 10 13 20 23 30 33 40 43 30 S3 60 63 70 73 80 83 Source : Santé et Bien-Être social Canada.CRSSS de l\u2019Outaouais 274 relations novembre 1988 L\u2019URGENCE DE VOIR AUTREMENT par Guy Paiement Centre St-Pierre, Montréal Faire plus confiance aux multiples expertises du milieu.alors que de plus en plus de personnes s\u2019appauvrissent ou vivent dans une situation précaire, il est curieux d\u2019entendre le gouvernement nous annoncer que la situation économique du Québec s\u2019améliore.Faut-il y voir une autre preuve que notre regard est toujours sélectif ?Qu\u2019il demeure « programmé » par notre milieu et les intérêts que celui-ci véhicule ?Chose certaine, la publication du présent dossier sur le Québec cassé en deux n\u2019est pas neutre.Je suis conscient que certaines élites nous accuseront de nuire à leur image ou à leur région.Il n\u2019est pas bon de dire que des régions entières sont en état avancé de décomposition sociale.Cela pourrait souligner les clivages économiques et accélérer l\u2019exode des jeunes.Il est choquant aussi de pointer du doigt les fonctionnaires et les organismes publics : qu\u2019arriverait-il, s\u2019ils devaient rendre des comptes aux citoyens ou encore écouter les communautés locales ?Pour voir autrement Si, malgré tout, nous osons le faire, c\u2019est dans l\u2019espoir de contribuer ainsi au déblocage de notre imagination sociale.Depuis le retour au pouvoir des libéraux, ce sont les élites économiques qui, un peu partout, ont le vent dans les voiles.Le gouvernement, pour sa part, demeure assis de leur côté et travaille au « dégraissement » de l\u2019État.Cela donne une gestion tranquille, par pièces détachées, sans vision d\u2019ensemble ou de perspectives à long terme.relations novembre 1988 Les groupes populaires et sociaux, pour leur part, s\u2019épuisent à retarder le désistement de l\u2019État, insistent avec raison sur les acquis d\u2019hier, mais résistent mal à l\u2019érosion des solidarités locales.Je pense qu\u2019il nous faut regarder les choses autrement.Partir des courants de fond qui traversent notre pays depuis plus de trente ans et qui l\u2019emportent vers une dualisation suicidaire.Continuer de parier sur un avenir collectif et, pour l\u2019imaginer, opter de travailler avec tous ceux et toutes celles qui s\u2019en trouvent exclus.Avec plusieurs autres, je demeure convaincu que seule une telle solidarité élargie pourra changer notre façon de voir et d\u2019agir.D\u2019autant plus que le développement, chez plusieurs, d\u2019une nouvelle conscience collective et politique passe actuellement par la région.275 Quelques pistes C\u2019est en pensant à la région plutôt qu\u2019à son unité familiale, son groupe d\u2019intérêt, son quartier ou son village que les perspectives commencent à se déplacer.C\u2019est en se mettant aussi dans les souliers des personnes et des groupes qui ne sont pas dans la course que plusieurs redécouvrent le goût de modifier les règles du jeu et esquissent une sorte d\u2019écologie sociale.Ces perspectives me semblent traverser actuellement toute une série d\u2019efforts et de recherches.Dans certaines grandes villes, comme Montréal et Québec, des efforts de concertation au niveau de certains quartiers visent à jumeler le développement social et l\u2019initiative économique.Le département de sciences politiques de l\u2019UQAM a d\u2019ailleurs fait porter son colloque d\u2019octobre 1988 sur « cette autre économie, ses promesses et ses limites ».Au niveau des régions, c\u2019est la nécessité de se concerter en intégrant des perspectives de développement global qui refait surface.À cet égard, le titre du colloque du GRIDEQ, en septembre dernier, à Rimouski, est significatif : « Les villages ruraux menacés : le pari du développement ».Dans quelques jours, à Montréal, en décembre, ce sera au tour du colloque sur « le local, lieu des reprises économiques et des nécessaires concertations », organisé par l\u2019Institut de formation en développement économique communautaire (Canada) et l\u2019Association nationale pour le développement local et les pays (France).Somme toute, des pistes se recoupent, qui annoncent une reprise en main de leur vouloir vivre par certaines populations qui n\u2019attendent pas tout de l\u2019État.D\u2019autre part, des commissions comme la commission Rochon sur les soins de santé, ou celle sur l\u2019avenir des municipalités pointent du doigt l\u2019absence tragique d\u2019une véritable politique de développement régional.Loin de devenir un simple agent de circulation, l\u2019État est ici invité à intervenir davantage dans les différentes régions, mais en faisant plus confiance aux multiples expertises du milieu.Je me permets d\u2019ajouter au dossier les efforts récents de certaines Églises qui ont décidé de se donner un projet qui couvre toute une région.Ces dernières sont souvent bien placées pour constater l\u2019appauvrissement de la moitié de la population.Elles mesurent aussi la force de résistance devant la nécessité de voir la pauvreté chronique et de la combattre collectivement.Certaines d\u2019entre elles pourront sans doute apporter une contribution importante aux efforts de concertation régionale encore très fragiles.Elles pourraient aussi collaborer à cette redéfinition du développement qui se cherche et qui tente de jumeler le développement économique régional et le développement social.Mais pour y arriver, elles ne pourront pas se situer au-dessus de la mêlée.Elles auront à se laisser conduire par une solidarité concrète avec les appauvris de toutes catégories, même si cela signifie devenir un lieu de contestation.Là aussi des déplacements se dessinent.Une pensée sociale en miettes Faut-il, en terminant, rappeler combien les initiatives économiques de l\u2019actuel gouvernement sont loin de cette fermentation d\u2019idées et retardent dans la recherche de solutions plus satisfaisantes?Le « virage social » promis n\u2019a pas encore eu lieu et ce n\u2019est une surprise pour personne.Qu\u2019il suffise de mentionner la réforme de l\u2019aide sociale où les effets de système sont payables.L\u2019absence de concertation entre les différents ministères en vue d\u2019un développement global aboutit ici à cette façon simpliste de vouloir remettre des gens sur le marché du travail sans amorcer une politique du plein emploi et sans se donner les moyens adéquats pour assurer l\u2019employabilité de toute une population engagée dans un processus rapide de désintégration sociale.Quant à l\u2019opposition officielle, peut-être devrait-elle revoir le film sur Gandhi, où celui-ci reçoit des jeunes diplômés qui veulent travailler pour le peuple : « Faites le tour des villages pauvres et écoutez les gens », leur suggère-t-il comme entraînement ! Il est vrai que cela pourrait modifier le programme.Le Québec cassé en deux nous révèle, en définitive, à quel point notre pensée sociale, économique et politique est en miettes.Devant l\u2019urgence d\u2019agir et de penser autrement, saurons-nous réinventer les corvées collectives d\u2019autrefois ?¦ POUR CADEAU DE NOËL BIBLIQUIZ (Le jeu du Nouveau Testament) Pour apprendre à connaître les lieux, les personnages, les écrits et les coutumes à l\u2019époque de Jésus.Préparé par des professeures de la CECM, supervisées par une conseillère en éducation chrétienne.Coût : 25 $ + taxe : 2,25 $ et transport : 2,75 $ l\u2019unité.Commandez à S0CABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 276 relations novembre 1988 Saint-Basile : OUBLIER OU BIEN APPRENDRE par André Beauchamp Ce qui est advenu à Saint-Basile, les 23 et 24 août derniers, alors qu\u2019un entrepôt de BPC (biphényles polychlorés) a pris feu, aura joué un rôle spectaculaire au niveau de l\u2019opinion publique.On peut parler d\u2019un événement médiatique.Reste à voir si nous saurons apprendre de l\u2019événement ou si nous préférerons tout simplement oublier.Déjà la question intéresse moins les médias, les journalistes ne cherchant plus les causes profondes ni les aboutissants de ce qui semble à première vue notre première véritable catastrophe écologique, si l\u2019on fait abstraction de la noyade d'un troupeau de caribous à Caniapiscau.Ville Lasalle Qui se souvient de Ville Lasalle ?Au début des années 70, des milliers de litres de déchets industriels comprenant des huiles, des graisses, des solvants, des résidus de pétrole et tant d\u2019autres polluants mal identifiés ont été déversés dans un « pit » de sable à Ville Lasalle.J\u2019abrège les péripéties et dimensions complexes du dossier.Mais malgré un nettoyage et une désinfection du site, on constate en 1980 qu\u2019une partie de la pollution a gagné les nappes profondes et se répand dans la nappe aquifère, au rythme de 500 mètres par année.L\u2019usine de Green Giant est menacée et le ministère de l\u2019Environnement doit interdire tous les puits sur un territoire de 25 km2.Il faut, à coup de millions, installer un réseau d\u2019aqueduc relié à Châteaugay et mettre en place un système de pompage de l\u2019aquifère avec une usine spécifique pour décontaminer l\u2019eau.A ce moment-là, il y a eu des reportages, des conférences de presse.Les citoyens ont cherché à ameuter l\u2019opinion publique et réussi à obtenir des garanties pour leur propre sécurité.La catastrophe a amené des mesures de contrôle améliorées pour la circulation des déchets industriels et les détenteurs de déchets ont été invités à les stocker en attendant une solution.La chose s\u2019est un peu terminée en queue de poisson et l\u2019oubli est venu.L\u2019inondation de février 81 En février 81, le temps exceptionnellement doux provoque des inondations dans la région de Montréal, et plus encore dans celle de Joliette ; les rivières Ouareau et l\u2019Assomption sortent subitement de leur lit.Des centaines de maisons sont inondées et doivent être évacuées.La couverture médiatique, M.Clifford Lincoln : courageux et présent, il semble avoir arraché au Gouvernement des décisions importantes.r > surtout celle de la radio, a été accaparante au point que le directeur régional du ministère de l\u2019Environnement a dû cesser de répondre aux questions pour s\u2019occuper de l\u2019inondation.Un jeune couple, faisant fi des recommandations à suivre pour le retour à la maison, a été brûlé vif à cause d\u2019une défectuosité électrique causée par l\u2019inondation.Étrangement, les gens ne se souviennent jamais d\u2019une inondation.Ils cherchent à revenir s\u2019établir dans les zones inondables, les gouvernements municipaux les y encoura- relations novembre 1988 277 géant parce qu\u2019il faut du «développement» domiciliaire et des taxes.On se dit que l\u2019accident ne se reproduira plus.Ne pourrait-on ériger une digue ?Et dans quinze, vingt, vingt-cinq ans, il y aura une nouvelle inondation, sur la rivière [\u2019Assomption ou la rivière des Prairies ou la rivière des Mille îles, et les sinistrés demanderont et probablement obtiendront, à cause de la pression politique, des secours et des dédommagements qu\u2019on avait juré de ne jamais accorder.Seuls les rêveurs diront de ne pas construire en zone inondable et les politiques fermes d\u2019interdiction finiront toujours par céder sous la pression des investisseurs.Au-delà de la peur et de l\u2019oubli Il est plus difficile qu\u2019on ne croit de se souvenir.Que pourrions-nous donc apprendre de Saint-Basile ?J\u2019avance sept affirmations.1-\tIl n\u2019y a pas de technologie innocente.Les BPC sont un sous-produit de l\u2019électricité, une énergie propre, propre, propre.Saint-Basile est un accident mais aussi un révélateur de toutes les technologies que nous utilisons, qu\u2019il s\u2019agisse du gaz, du pétrole, de la chimie, de la métallurgie, etc.L\u2019illusion est de croire que face aux BPC le Gouvernement a décidé d\u2019agir et que nous pouvons désormais dormir tranquilles, puisqu\u2019il a trouvé ou trouvera la solution.Ce genre de raisonnement ne fait que renforcer ce que j\u2019appelle la conscience technocratique, à savoir que tous les accidents sont évitables et que la technologie nous sauvera parce qu\u2019elle peut tout et que les accidents ne sont que des ratés temporaires.Apprendre de Saint-Basile veut dire comprendre que la société de consommation engendre ses propres contradictions qui s\u2019appellent pollution, gaspillage, épuisement des ressources, inégalités sociales et risques d\u2019accidents.2-\tL\u2019accident de Saint-Basile est ainsi le symbole de la fragilité de notre technologie et du danger des bonds audacieux en avant sous prétexte de devenir vite riches.Il n\u2019est pas question de retourner en arrière non plus.Mais il faut civiliser le développement, c\u2019est-à-dire ne l\u2019accepter que lorsque l\u2019on a la preuve raisonnable que les effets nocifs prévisibles recevront une solution adéquate et que le développement entrevu peut être durable.Cela doit être appliqué à toute nouvelle technologie et à tout projet de nature à modifier l\u2019environnement de façon notable.D\u2019où la nécessité des contrôles a priori.Nous vivons dans un mythe de la technocratie.Mythe raconté sans fin par les chantres du progrès linéaire, voulant que tout problème humain puisse être réglé par des solutions techniques.Cette illusion occulte le fait que toute technique est déjà en elle-même le reflet d\u2019un projet, d\u2019une conception de la vie est donc porteuse d\u2019une idéologie inconsciente.Il nous faut faire la psychanalyse de la technocratie.3-\tDans la mesure où l\u2019accident de Saint-Basile peut être le résultat d\u2019une intervention humaine - ce qui fait à ce jour l\u2019objet d\u2019une enquête -, ne révélerait-il pas l\u2019extrême fragilité du facteur humain dans l\u2019analyse de risque ?Dans un article antérieur sur l\u2019hydro-électricité (Relations, septembre 88) je signalais, pour les lignes de transport et de distribution de l\u2019énergie, le risque d\u2019accident attribuable aux facteurs humains surtout lors d\u2019un conflit de travail.Simple fabulation.Saint-Basile illustre, si besoin était, que dans l\u2019analyse de risque le facteur le plus important, le plus aléatoire, le moins prévisible est le facteur humain.Les éléments strictement techniques semblent s\u2019inscrire dans le registre de la nécessité.Les éléments humains sont plus proches du hasard, qu\u2019il s\u2019appelle démence, révolte, négligence, lassitude, erreur.Je dis cela non seulement à propos d\u2019un présumé incendiaire mais aussi de pompiers, de techniciens et d\u2019inspecteurs de l\u2019environnement, de propriétaires de sites, etc.Nulle part et d'aucune façon, aucune technologie n\u2019est sûre à 100 % et quand elle le serait en elle-même, elle demeurerait exposée à l\u2019aléatoire de la conduite humaine.Même les missions spatiales l\u2019ont démontré.4-\tFaut-il pour cela céder à la peur ?Oui et non.Oui à la peur lucide, non à la peur panique.La nuance est subtile.Notre civilisation nous apporte un niveau de confort et de sécurité indéniable.La sécurité physique est la condition même de la réflexion, de l\u2019intériorité1.La civilisation humaine a vaincu tant d\u2019ennemis intérieurs et extérieurs qu\u2019il faut s\u2019en réjouir : prédateurs, froid, faim, désordres publics, etc.Mais au sein de l\u2019opulence, de nouvelles menaces surgissent : pollution, épuisement des ressources, catastrophes de tous genres.Menaces réelles même pour nous.À preuve, Saint-Basile.Mais la peur n\u2019est pas en soi un bon guide.La peur mène à la panique, la panique à la déraison, souvent à la terreur.S\u2019installe souvent une culture de la peur, une gestion de la peur par le pouvoir qui pourchasse les fauteurs - réels ou présupposés - et les délinquants de l\u2019ordre social.Qu\u2019on pense à la peur de la peste et à l\u2019Inquisition, à la Terreur de la révolution française ou, à un moindre degré, à la Crise d\u2019octobre.Il n\u2019en va pas autrement en environnement.Le pollueur est notre frère et notre allié dans le cycle de la consommation.La peur de la pollution suppose plus que des amendes et des policiers, même si elle exige plus de fermeté de la part des fonctions de contrôle de la société.5-\tÀ la peur panique, il faudrait pouvoir substituer la peur lucide, c\u2019est-à-dire la prise en mains responsable de notre propre pollution.Qui veut l\u2019auto rutilante veut aussi l\u2019industrie du placage.Qui veut des fruits beaux, sans tache, veut aussi les insecticides et les fongicides.Qui veut changer de meubles à tous les cinq ans veut aussi le pillage du tiers monde.Demain, personne au Québec ne voudra de BPC sur son territoire, ni à Saint-Basile, ni à Senneterre, ni à Shawinigan, ni à Montréal.Mais il n\u2019y a pas d\u2019ailleurs absolu qui ne soit un ici pour quelqu\u2019un d\u2019autre.Les Américains ont créé un mot : NIMBY, not in my back-yard, pas dans ma cour, pour désigner ce refus viscéral de la prise en charge personnelle des nuisances de la collectivité.En général, les riches s'en tirent mieux que les pauvres, mais il arrive que des banlieues écopent.Personne ne veut de dépotoir, d\u2019entrepôt, d\u2019incinérateur chez soi.Quelle est la solution ?La clandestinité, à partir du principe « quand on ne le sait pas, cela ne nous fait pas mal » ?C\u2019est ainsi que tant de déchets circulent encore maintenant.Une autre solution serait l\u2019autoritarisme : exiger de l\u2019État qu\u2019il impose une solution.En ce cas, ce sont toujours les faibles qui subiront le poids de la décision de la majorité.On achète ainsi des parties de pays du tiers monde pour en faire des dépotoirs, quitte à graisser la patte de quelques dirigeants.Ralph Nader avait montré que les compagnies américaines suivaient un double standard, l\u2019un pour leurs usines aux États-Unis et l\u2019autre pour les usines en territoire québécois.Il appelait le Québec un paradis de pollution, titre qu\u2019a retenu Jean-Pierre Vogel pour son livre aujourd\u2019hui oublié.1.Voir J.Rufié, De la biologie à la culture, 2 vol., Flammarion, Champs 128-129, tome 2, pages 16-19.278 relations novembre 1988 Transporter nos BPC en Alberta : une solution ?\u2022\u2022W- v*\"«.\t^ ni ,r-mu v \t «.
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.