Relations, 1 octobre 1987, Octobre
[" WÉ relations octobre 1987 2,50$ no 534 .soit inauguré, ce fameux synode «» Je commençais à^oi^âte ^\tExtraordinaire pour laïques.DeP^®, nïmprovise la 1®\"U® c|ôture du Concile.anniversaire de a\t^ ^ a^tesa®£»?ss^&t« pluralisme et a\t(erre d'Afrique^.e trepomt au vent de difficile avec Us am e ^ vjeux peut.etre, et de morosité, u\t_ .is par un effort de Vatican I ¦\tmarquées jusqu ici a l , te^,en«ons de devront se mettre a' S \\ relations 8100, boul.St-Laurent Montréal (Québec) H2P 9Z9 LA FONCTION CRITIQUE DE MARIE par Guy Paiement Centre Saint-Pierre Oui, je sais, le titre peut étonner.La place de Marie a tellement été restreinte aux rôles de la femme docile, muette et obéissante qu\u2019il paraît un peu drôle de parler de son action «critique».N\u2019est-ce pas, d\u2019ailleurs, contre tous ces rôles attribués aux femmes par une certaine tradition catholique que beaucoup de femmes -et certains hommes - se sont rebellés ?Oui, je sais.Pourtant, je crois que c\u2019est la fonction critique de Marie qui peut expliquer, dans notre histoire chrétienne, les hauts et les bas de l\u2019importance accordée à cette femme unique.Les disparitions de Marie Inutile de se le cacher, Marie n'est pas, de nos jours, une valeur à la hausse.Les gens de ma génération se souviennent encore de l\u2019emphase mariale des années cinquante.Le mois de Marie, le chapelet en famille, le saint rosaire, les Enfants de Marie, la congrégation de la Sainte Vierge ; autant de coutumes et d\u2019institutions qui, pour les générations montantes, font figure de fossiles.Or, pour expliquer cet effacement de Marie, je ne crois pas suffisant d\u2019invoquer la raison-tarte-à-la-crème de la « révolution tranquille » : la sécularisation aurait alors tout ébranlé et le Concile aurait fait le reste, balayant la religion populaire et imposant une liturgie aseptique, de moins en moins courue.Sans nier l\u2019impact du grand « branle-bas », je suis porté à chercher une meilleure explication.En clair, tout ne se ramène pas à une diminution de la foi ancienne : il se dessine aussi un déplacement de la foi chrétienne, la lente recherche d\u2019une foi plus articulée et mieux équilibrée.Et de ce déplacement, comme de bien d\u2019autres dans l\u2019histoire de l\u2019Église, Marie est la grande responsable.Pour relire notre histoire ecclésiale et tenter d\u2019y situer Marie, il faut une clé.Voici la mienne.Elle a quatre coches.1.Une question d\u2019équilibre La foi chrétienne vécue demeure un ensemble de relations vivantes.Je pense, comme image, à un orchestre de jazz où chacun des instrumentistes est sensible à tous les autres et cherche constamment à s\u2019harmoniser avec eux.Ou à la circulation de la vie dans les cellules du cerveau, avec ses échanges, ses réactions, ses équilibres.Une communauté vivante est à même de tenir ensemble les multiples éléments qui la composent et qui structurent sa foi.Mais, que fera-t-elle si des scléroses s\u2019installent ?Si des vérités s\u2019encroûtent et prennent toute la place ?Si le Dieu de Jésus Christ devient pépère et grincheux ou si on impose à Jésus de Nazareth le masque du pouvoir impérial ?Sans doute les autorités ou certaines voix prophétiques veilleront-elles au grain.Mais les innombrables personnes qui tissent la communauté vont, elles aussi, réagir.À leur façon.Elles le feront souvent en favorisant des fêtes, des rites familiaux, des dévotions qui, de manière concrète, chercheront à retrouver un nouvel équilibre.Parmi toutes ces pratiques, officielles ou reconnues sur le tard, la dévotion à Marie joue depuis des siècles un rôle fondamental.Je crois qu\u2019e//e doit être comprise, dès le départ, dans cet effort de toute la communauté de foi pour retrouver l\u2019équilibre de sa foi au Dieu vivant.2.Un cran d\u2019arrêt Marie est liée depuis toujours à l\u2019histoire de la nativité du Christ.Elle en est partie prenante.Mais elle n\u2019est pas là pour faire nombre.Elle ne fait pas que côtoyer Jésus ou ses disciples.Elle est iiüi u&- mtè&m Tv.?l s/i r relations octobre 1987 241 toujours là, en effet, pour aider à les mieux comprendre.Pour les mettre à leur vraie place.En ce sens, elle est une sorte de cran d\u2019arrêt qui veut sauvegarder un ensemble d\u2019intuitions majeures de la foi primitive.C\u2019est à ce titre qu\u2019elle joue, dans le catholicisme au moins, une fonction critique.Quand on perd de vue que le Ressuscité demeure toujours l\u2019un des nôtres ou que notre Dieu nous a « dans les tripes » et qu\u2019il ne peut oublier ses enfants, celle qui a dit « oui » à l\u2019oeuvre de Dieu peut aider la communauté croyante à dire « non » aux déformations, voire aux durcissements de la vie de foi.Je pense que cette fonction critique de la dévotion à Marie demeure, chez nous, une façon concrète, populaire, de tenir à la primauté de la Parole de Dieu qui, nous le savons bien, ne passe pas seulement par les textes sacrés mais traverse les liens multiples que nous tissons et qui se tissent en nous.J\u2019ajoute que cette place aura sans doute été d\u2019autant plus grande que la réflexion sur l\u2019Esprit est longtemps demeurée embryonnaire dans nos communautés.3.Libérer l\u2019initiative La dévotion à Marie contribue sûrement à libérer les ressources de la contemplation et de la fantaisie.Elle apporte des correctifs à une pensée officielle trop programmée par le juridisme.Mais son apport fondamental me paraît d\u2019abord de l\u2019ordre de l\u2019appel à la conversion de la vie et de la pensée chrétiennes.Il n\u2019est pas destiné à remplacer la foi sclérosée ni même à lui ajouter quelques éléments plus affec- tifs.Marie agit plutôt comme le sourcier qui invite à creuser pour libérer un point d\u2019eau.C\u2019est pourquoi la communauté qui se laisse conduire par cet appel à un nouveau déplacement de sa foi ne sera pas surprise de constater que la figure de Marie puisse prendre, par la suite, moins d\u2019importance.Marie était là pour permettre à la communauté de retrouver la vitalité de sa foi au Dieu incarné.Une fois retrouvée cette vitalité, Marie s\u2019efface.En somme, on revivrait, au niveau de l\u2019histoire de la foi chrétienne, le récit des noces de Cana : Marie intervient quand les gens de la fête sont mal pris.Mais son intervention ne ramène pas l\u2019attention sur elle-même.Elle libère plutôt l\u2019initiative et l\u2019oriente clairement vers Jésus : « Faites tout ce qu\u2019il vous dira », confie-t-elle aux gens de la maison.4.La sage-femme Si, toutefois, l\u2019appel à la conversion ne trouve pas de résonnances concrètes dans la communauté, la consommation de religion fera des ravages.On peut, en effet, consommer de la dévotion comme d\u2019autres engouffrent du chocolat.La dévotion à Marie prend alors de plus en plus de place.Elle tend même à se juxtaposer au Dieu de Jésus Christ.Au niveau de la société, cette déviation a tôt fait d\u2019intéresser les divers pouvoirs, qui l\u2019utilisent pour cautionner les rôles sociaux bien en place ou pour moraliser.Marie en vient à servir de prétexte pour promouvoir la virginité des jeunes filles bourgeoises, l\u2019obéissance aveugle de la religieuse, la soumission de la femme à son mari, la pureté, la modestie, le conformisme, le dolorisme, la soif du merveilleux, et quoi encore.Pour ma part, je pense que même ces déformations nous aident à comprendre que Marie doit conserver, avant tout, une fonction critique.Son importance sera toujours « transitoire » : elle nous fait avancer, elle nous renvoie à l\u2019essentiel.Car nous sommes en chemin, telle la jeune femme de Nazareth en route vers sa cousine enceinte.Marie, au fond, demeure la sage-femme de l\u2019Église : elle assiste à la renaissance de chacun et de chacune.À l\u2019aide de cette clé, nous pouvons maintenant tenter d\u2019ouvrir certaines portes de l\u2019histoire de la foi chrétienne.De façon délibérée, j\u2019ai retenu quelques exemples qui impliquent directement le dogme ou des fêtes officielles et d\u2019autres qui touchent la piété populaire, car les uns et les autres sont portés par la communauté de foi.À chacun et chacune de faire sa petite enquête dans sa propre expérience.« Né d\u2019une femme » Dès le début de l\u2019Église, Marie sera mise à contribution pour préserver des intuitions de foi concernant la personne du Christ.Ainsi, quand certains groupes - les docètes - mettront en doute l\u2019humanité réelle du Christ, on brandira la lettre de Paul aux Galates (chap.4,4) qui rappelle clairement que le Christ est bien « né d\u2019une femme ».Comme les adversaires n\u2019en démordent pas, on affirmera que Marie doit être appelée « Mère de Dieu » car la relation qu\u2019elle a vécue avec Jésus n\u2019a pas été une COURS PAR CORRESPONDANCE Cours I : Introduction générale à l\u2019Ancien Testament Cours II : Introduction au Nouveau-Testament Cours III : Un certain visage de Jésus : l\u2019Esprit Chaque cours comprend douze leçons.Les frais de participation doivent être versés au moment de l\u2019inscription ; ils couvrent les frais de correction et de poste : 40 $ chaque cours (30 $ sans correction) ; Hors Canada : 55 $ chaque cours (45 $ sans correction) SeCABI Société catholique de la Bible, 7400, boul.St-Laurent, Montréal H2R 2Y1, tél.: (514) 274-4381 242 relations octobre 1987 relation avec une simple enveloppe de chair mais bien avec une personne.Et si l\u2019on admet que cette personne est divine, elle demeure pourtant aussi celle que Marie a bercée et allaitée.Sur un autre front, plusieurs convertis récents acceptaient bien que le Christ soit un humain authentique mais non qu\u2019il soit réellement le fils de Dieu.C\u2019est alors qu\u2019on reprit le texte de Luc où il est affirmé que Marie conçut son fils sans l\u2019intervention d\u2019un homme.On voulait souligner par là que l\u2019initiative déterminante de la naissance de Jésus, le Christ, vient de Dieu seul et que l\u2019on peut, en regardant Jésus, discerner des façons de faire qui sont celles de Dieu.À travers tous ces débats, au coeur de toute cette recherche tâtonnante de la communauté croyante, on retrouve toujours la présence de Marie.Elle sert de balise, de point d\u2019ancrage, d\u2019instance critique pour conserver vivante et ouverte la route de la foi.Je suis convaincu, pour ma part, que cette fonction dépasse de beaucoup les premiers siècles et qu\u2019elle est permanente.Les « relevailles de Marie » Un autre exemple, plus populaire celui-là : la très ancienne fête des « relevailles de Marie ».Quand les païens -les habitants des campagnes - se sont convertis en grand nombre, sous Constantin, ils ont pu trouver en Marie celle qui prenait le relais de leurs anciennes déesses protectrices.Les églises, d\u2019ailleurs, étaient souvent construites sur le site des anciens temples, ce qui favorisait naturellement les continuités dans la vie du village.Or, pendant longtemps, les femmes, mêmes chrétiennes, sont demeurées écrasées par les tabous entourant la grossesse.On inventa alors la fête des « relevailles de Marie ».Les femmes pouvaient ainsi chercher secours auprès de celle qui était si proche du Dieu de vie qu\u2019elle ne connaissait pas la peur ni les tabous.Ainsi affirmait-on que Marie avait à coeur la nouvelle humanité commencée par Jésus et que son Dieu était bien plus fort que tous les tabous des hommes.Après des siècles de cette forme concrète d\u2019exorcisme, les tabous perdirent de leur force et la fête put disparaître.On n\u2019en retrouve guère de traces aujourd\u2019hui, sinon peut-être dans cette présentation du nouveau-né sur l\u2019autel latéral dédié à Marie, une fois le baptême terminé.Mais les antiques tabous ne jouent plus.Parole de Sagouine ! vü > ?at UN JOUR, UN JOUR, PEUT-ÊTRE De tous les peuples d\u2019Amérique du Nord, le peuple acadien est le seul que je connaisse qui se soit donné, comme fête nationale, la fête de l\u2019Assomption.Il est ainsi le seul à donner à Marie une dimension proprement politique, car cette fête, depuis toujours, rejoint les gens dans leurs patients efforts de promotion personnelle et collective.Un jour, un jour, peut-être, l\u2019Acadie nous aidera à décaper Marie et à nous révéler les complicités qu\u2019elle possède avec le développement et la lente montée de tout ce qui est vraiment humain.G.R relations octobre 1987 243 Théâtre du Rideau Vert / Guy Dubois Quand Marie négocie avec le diable Au Moyen-Âge, la présence de Marie fut très importante.Elle n\u2019est sûrement pas étrangère à la vitalité de cette pléiade de femmes entreprenantes que nous redécouvrons à travers les romans de Jeanne Bourin.Qu\u2019il suffise d\u2019évoquer ici le fameux récit du clerc Théophile, encore connu de Rutebeuf au quatorzième siècle.Nous y voyons Marie négocier avec le diable pour sauver le malheureux clerc qui lui a vendu son âme contre de l\u2019argent.À une époque où les structures sociales, les rôles et les interdits risquent d\u2019étouffer toute initiative et de condamner à jamais les déviants, l\u2019intervention de Marie maintient ouverte l\u2019affirmation de foi en la liberté et la miséricorde de Dieu.Qu\u2019on songe aussi à la fonction pratique de toutes ces cathédrales dédiées à Marie.Véritables travaux publics du temps et ce, pour plusieurs générations, elles témoignaient de façon concrète que la foi chrétienne n\u2019était pas seulement un outil du pouvoir féodal.Elle pouvait aussi faire vivre et travailler, redonnant même, avec la « fête des fous », un lieu, en pleine cathédrale, où la critique sociale pouvait s\u2019exprimer et où l\u2019on pouvait « mener le diable ».L\u2019Assomption de Marie et Teilhard Chez nous, la proclamation, en 1954, du dogme de l\u2019Assomption de Marie, suscita beaucoup d\u2019études de nos théologiens et un grand nombre d\u2019initiatives officielles.Le dogme rappelait que Marie, transformée par la force du Christ ressuscité, était montée au ciel avec son corps.C\u2019était souligner qu\u2019il y a, dans notre histoire, une force d\u2019amour qui soulève les corps et les coeurs et qui les incite à monter de plus en plus vers la source de toute vie et de tout amour.Marie de Nazareth, fille de notre terre, montrait la voie, comme si elle anticipait, dans sa personne, ce qui est toujours promis à notre humanité.Mais, là aussi, on fit rapidement de ce rappel un objet de consommation religieuse.Pas étonnant qu\u2019il soit entré dans l\u2019oubli assez rapidement et qu\u2019on n\u2019ait pas su le relier aux intuitions audacieuses d\u2019un Teilhard de Chardin, qui rêvait de la lente montée de toute la matière vers le point Oméga.Il faudra tabous ne jouent plus, attendre le concile Vatican II, avec sa volonté de remettre «l\u2019Église dans le monde de ce temps », pour mesurer l\u2019ampleur de la conversion attendue.Chose réconfortante, lors de l\u2019Expo 67, à Terre des hommes, notre Église a accepté, très symboliquement d\u2019ailleurs, d\u2019entrer dans cette perspective nouvelle et de tenter de « soulever ou d\u2019évangéliser de l\u2019intérieur» ce monde nouveau qui se déployait devant nous.Vingt ans après, nous sommes portés, il est vrai, à être plus réservés.Il n\u2019empêche que l\u2019appel à la conversion perdure et que les dernières lettres de nos évêques sur les transformations néces- nouveaux Z, LES NOUVEAUX VISAGES DE LA PAUVRETÉ sous la direction de Madeleine Gauthier Chaque époque a eu ses manières de définir la pauvreté, de décrire «ses pauvres» et de résoudre ses problèmes d\u2019inégalité.LES NOUVEAUX VISAGES DE LA PAUVRETÉ ont souvent peu de ressemblance avec l\u2019image traditionnelle du pauvre.Cet essai propose une lecture actuelle de la pauvreté.Il illustre des situations de pauvreté vécues par les chômeurs, les travailleurs précaires, les familles monoparentales, les réfugiés.Les auteurs attirent l\u2019attention sur les mécanismes qui engendrent la pauvreté et les remises en question qu\u2019elle suscite.Ce dossier sur les nouveaux visages de la pauvreté en dit long sur notre société.recvo 258 pages ./?\t18,50 $ INSTITUT QUEBECOIS DE RECHERCHE SUR LA CULTURE 14.rue Haldimand.Québec (Quebec) G1R 4N4 saires de notre économie nous tracent des avenues, sinon faciles, du moins assez claires.Une année mariale : quoi faire ?Dans ce contexte général, l\u2019invitation récente du Pape à retrouver l\u2019importance de Marie dans notre vie chrétienne peut ouvrir des chemins.Sous le fatras des statues de plâtre et des récupérations moralisatrices, Marie est sûrement à redécouvrir.Mais nous ne pourrons pas le faire de façon valable sans tenir compte des signes des temps qui ont balisé notre histoire récente.Car Marie, comme les signes des temps, nous invite à des déplacements de notre foi.J\u2019en retiens trois.D\u2019abord redécouvrir Marie dans sa dimension personnelle de femme, liée à l\u2019événement central de la nativité de Jésus et au bouleversement majeur de son message et de sa vie.Mais nous n\u2019y parviendrons pas sans accepter le décapage du féminisme et sans créer des espaces plus grands aux femmes dans notre Église et dans notre milieu.Puis redécouvrir Marie au coeur de notre Église, comme notre soeur croyante et comme solidaire depuis des siècles de notre longue aventure.Mais ce sera peine perdue à moins de faire davantage confiance à l\u2019Esprit et à ses chemins imprévus.Or ces chemins passent, de nos jours, par les liens encore timides qui se cherchent avec les gens de notre milieu, par les alliances retrouvées pour tenter de « disperser les superbes » et pour « combler de biens les affamés ».Enfin, Marie a aussi quelque chose à voir avec l\u2019avenir de l\u2019humanité et sa lente ascension.Mais comment y croire sans chercher à intégrer notre corps et notre environnement comme des partenaires obligés de notre montée spirituelle ?Comment y aspirer vraiment sans devenir solidaires des efforts des exclus d\u2019ici et d\u2019ailleurs, de ceux et de celles qui, précisément, ne voient pas d\u2019avenir ?Et comment pratiquer cet espoir avec un certain réalisme sans imaginer, peu à peu, une économie qui serait socialement rentable pour tout le monde ?La redécouverte de la place de Marie devient, en définitive, indissociable d\u2019un déplacement à faire dans notre vie ordinaire.Qui sait si, quelque part, là vieille Elisabeth, émue et inquiète de la nouveauté qu\u2019elle porte, ne nous attend pas ?¦ 244 relations octobre 1987 La réforme fiscale de Michael Wilson LES OIES DU CANADA par Henri Sader Après la réforme fiscale, au repos M.Wilson ! Et que les oies s\u2019excitent ! Cest sur une nappe d\u2019un restaurant de Washington que le professeur Arthur B.Laffer, de l\u2019université de Californie du Sud, aurait griffonné, en décembre 1974, sa fameuse courbe des rendements décroissants de l'impôt.On n\u2019a jamais retrouvé la nappe; M.Laffer par contre est devenu célèbre.La « rambonomique » La courbe allait porter son nom et sa pensée former le fer de lance du courant de « l\u2019économie du point de vue de l\u2019offre » (Supply-side Economies) en fournissant une base théorique à la grande contre-offensive néo-conservatrice des années 80.Celle-ci vise, entre autres, à réhabiliter dans les démocraties occidentales la justice économique expéditive du darwinisme social.Traduits en termes de politique économique, la réduction des dépenses de l\u2019État et de son rôle, le contrôle du déficit 1.\tVoir à ce sujet l\u2019important document pastoral des évêques américains sur l\u2019économie, dans Origins (27 nov.1986), Vol.16, No 24.2.\tPréface au Défi du plein emploi, de Diane Bellemare et Lise Poulin Simon, Éd.Saint-Martin, Montréal, 1986 ; p.10.et de la masse monétaire et la baisse des impôts constituent la grande trilogie néo-conservatrice.Rien de plus en somme qu\u2019une saine politique de gestion financière et une « libération » de l\u2019initiative privée.Hélas ! En cette ère d\u2019individualisme extrême, on commet une fois de plus l\u2019erreur - pourtant classique - de confondre les finances de l\u2019État avec celles d\u2019un individu.Le Père du libéralisme, Adam Smith, ne disait-il pas lui-même, voici plus de deux cents ans, que « ce qui est sagesse dans la conduite d\u2019une famille privée peut être presque insensé dans la conduite d\u2019un grand État» ?La courbe de Laffer et le néo-conservatisme ont néanmoins survécu aux mésaventures des « Supply-siders », dont la moindre ne fut pas la grave récession de 1982, où l\u2019on s\u2019est acharné sur le malade pour combattre la maladie presque au point d\u2019achever l\u2019un et l\u2019autre.Les sceptiques pourront jeter un coup d\u2019oeil^ sur les statistiques de la misère sociale croissante aux États-Unis où, malgré la reprise de 1984, plus de 33 millions de personnes - ceux qu\u2019on appelle les paresseux et les profiteurs - vivent aujourd\u2019hui en-dessous du seuil officiel de la pauvreté alors que 2 % des familles - sans doute les travailleurs « tough » et astucieux - détiennent quelque 57 % de l\u2019actif financier net du pays (en excluant l\u2019immobilier)1.Au Canada quelque 3 900 000 personnes sont officiellement considérées pauvres.Si le néo-conservatisme survit toujours, c'est parce qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019existence intellectuelle indépendante : comme le souligne le professeur Jack Weldon2 relations octobre 1987 245 de l\u2019université McGill, « il n\u2019est que le complément de l\u2019interventionnisme économique dans un État démocratique.Il gagne de la popularité ou en perd en fonction des échecs ou des succès de l\u2019interventionnisme, tant en théorie qu\u2019en pratique.Dans le milieu académique, il est endogène aux événements politiques, sans originalité, la plupart du temps trivial et fondamentalement tautologique.» Raisonner de travers L\u2019interventionnisme, il est vrai, a entraîné des abus et des erreurs.La correction des gaspillages et de l\u2019inefficacité d\u2019une économie ne passe pas forcément par l\u2019extension du pouvoir d\u2019une bureaucratie qui n\u2019a plus d\u2019autre finalité que de se maintenir, au sein d\u2019un état-carcan qui se mêle de tout et ne résoud rien.C\u2019est raisonner de travers cependant que de remettre en question le concept même de l\u2019interventionnisme du secteur public, qui vise à atténuer l\u2019effet des crises périodiques de l\u2019économie capitaliste sur la population.Sans intervention, la redistribution du Revenu National sera biaisée et injuste car elle se fera à l\u2019avantage d\u2019une minorité.Dévaloriser l\u2019État-Providence, c\u2019est aussi interdire l\u2019effet harmonisant de structures gouvernementales et para-publiques qui peuvent ignorer la recherche du profit monétaire et oeuvrer pour un intérêt général clairement identifié.LA COURBE DE LAFFER taux de taxation La courbe de Laffer, elle, va continuer de séduire, malgré son simplisme, en décrivant d\u2019une manière élégante l\u2019effet pervers d\u2019un impôt direct élevé et trop progressif sur l\u2019incitation au travail et sur les revenus de l\u2019Etat.Si des taux plus élevés rapportent plus d\u2019argent au fisc, au- delà d\u2019un certain taux de taxation (B), les revenus d\u2019impôt vont diminuer pour tendre ultimement vers zéro (D) : à ce stade, ceux que l\u2019envie prendrait de travailler pourraient tout aussi bien demander à leur employeur d\u2019envoyer directement leur paye à Revenu Canada/Québec.Si le taux d\u2019impôt direct d\u2019une économie se trouve sur la pente descendante (C), il est donc logique de recommander une baisse de l\u2019impôt puisque l'État pourrait obtenir les mêmes résultats avec un taux moins élevé (A).Mieux, en encourageant l\u2019effort productif et la consommation, la prospérité générale devrait s\u2019accroître et, avec elle, les revenus du trésor.L\u2019idéal théorique serait de trouver le taux optimal B et avec lui le nirvana fiscal.Théorique, en effet.Car, pour reprendre le mot du philosophe, « à un crochet peint sur un mur on ne pourra suspendre qu\u2019une chaîne également peinte sur un mur».L\u2019évidence empirique fait défaut et, ne l\u2019oublions pas, le taux moyen d\u2019imposition est fortement réduit en pratique par la prolifération d\u2019abris et d\u2019échappatoires fiscaux qu\u2019une armée d\u2019avocats et de comptables s\u2019évertueront à exploiter.Le gâteau et les miettes Margaret, Ronald, Brian et les autres sont donc partis en guerre contre l\u2019impôt.Entreprise on ne peut plus louable si elle n\u2019était intégrée à une vision élitiste et primaire de l\u2019économie sociale.En fait, leur politique économique renforcera les privilèges et la capacité d\u2019enrichissement des puissants dans l\u2019espoir que le reste de la population finisse par en bénéficier indirectement.En remontant le moral des millionnaires par un allégement de leur fiscalité, on les incite à faire librement fructifier leurs talents .et à s\u2019enrichir encore plus ; dans l\u2019agitation fébrile qui s\u2019ensuivra, une multitude de miettes tomberont de la table du banquet à la grande joie du commun des mortels et sous les yeux ravis des adeptes de « l\u2019économie-du-goutte-à-goutte » (trickle-down economics).Laffer n\u2019aura donc parlé que pour les riches puisqu\u2019il est bien entendu qu\u2019ils sont les seuls à payer trop d\u2019impôt.Quant aux pauvres, il suffira simplement de trancher le « noeud gordien » de l\u2019assistance sociale pour les encourager à sortir de leur léthargie et à rejoindre nos vaillants millionnaires dans la grande ruée vers l\u2019or.La classe moyenne, elle, sera périodiquement soumise au régime de la douche écossaise au gré des budgets et des réformes : moins d\u2019impôts plus de taxes.plus de taxes moins d\u2019impôts.plus d\u2019impôts moins de taxes.Car il ne faut surtout pas en venir au point où, faute de consommateurs, il n\u2019y aurait plus de consommation ! L\u2019oie grasse Comment purger l\u2019Économie des humeurs peccantes de l\u2019État-Providence et comment saigner les contribuables sans pourtant tuer la poule aux oeufs d\u2019or ?Tel est en gros, comme pour les médecins de Molière, le rêve et le dilemme de tout ministre des Finances néo-conservateur.Le traitement devra tenir compte de la conjoncture et des particularismes socioéconomiques, culturels et institutionnels du pays où il va sévir.Il faut aussi penser aux élections, bien sûr.Mais il existe quand même un principe fondamental dans une politique fiscale de ce genre.Simplement exprimé, il consiste à « plumer le peuple comme on plume les oies, sans qu\u2019il crie trop fort », comme le disait l\u2019un des premiers ministres des Finances modernes3.Pour éviter de sacrifier la poule aux oeufs d\u2019or, l\u2019on tuera/ plumera donc prudemment quelques oies, que l\u2019on aura au préalable engraissées par une politique fiscale appropriée, en s\u2019assurant que d\u2019autres oies seront prêtes à prendre la relève à la prochaine saison.Pour voir conmment s\u2019y prendre, regardons M.Wilson jouer à la chaise musicale.3.Le mot est, je crois, de Colbert.246 relations octobre 1987 LE JEU DE LA CHAISE MUSICALE -\tobjectif : « instaurer un cadre économique propre à l'initiative privée et à la prise de risques et qui récompense le succès » (M.Wilson); -\tpremière manche : la réforme fiscale; -\tcontrainte : « Il est indispensable que nous progressions vers une réduction du déficit .» ( M.Wilson); -\tconjoncture : libre-échange ; concurrence internationale « féroce »; perspectives inflationnistes et chômage; essoufflement de la reprise et projections défavorables de la demande intérieure; -\tjoueurs : les entreprises petites, moyennes et grandes (dans tous les secteurs) et les contribuables pauvres, riches et moyens; -\trègle du jeu : le joueur qui se retrouve sans chaise sera l\u2019oie grasse à plumer; -\tanimateur: M.Wilson (souffleurs: Ronald et Margaret); -\tparticularité : à chaque tour, c\u2019est M.Wilson qui choisit celui qui se retrouve sans chaise et qui paiera plus d\u2019impôts.Avant la réforme Voici d\u2019abord le déroulement de la partie jusqu\u2019à la réforme de juin 1987.1.\tDepuis l\u2019arrivée au pouvoir des conservateurs, l\u2019augmentation des recettes de l\u2019impôts direct (+ 22 milliards en tout) se fait surtout au détriment des particuliers et des familles qui n\u2019ont pas recours aux abris fiscaux et que personne n\u2019aide à décrypter les 38 558 pages de I \u2019Income Tax Act : Debout.2.\tDans sa croisade contre le déficit, M.Wilson se fait le champion de la désindexation ou de l\u2019indexation partielle des pensions, allocations familiales et tables d\u2019imposition.Il se heurte à la résistance des personnes âgées qui refusent de jouer (Budget 1985) en se cramponnant à leur chaise.Par contre, ce sont ies personnes et familles vivant au-dessous du seuil de la pauvreté, et plus particulièrement les familles monoparentales, qui font les frais de cette croisade : en deux ans cette politique a relevé de 28 % les impôts de ceux qui gagnent moins de 10 000 $ par année - Debout - mais seulement de 5 ou 6 % les impôts de ceux qui gagnent plus de 50 000 $ par année4 : Assis.3.\tDès son arrivée au pouvoir, le premier geste fiscal de M.Wilson est d'accorder une exemption cumulative à vie de 500 000 $ sur le gain en capital.La première tranche de 100 000 $ est acceptée en 1986 et les quatre autres tranches devraient s\u2019étaler sur 4 ans jusqu\u2019en 1991.Cette nouvelle promesse déclenche une orgie de spéculations foncières et financières qui font le bonheur des spéculateurs, courtiers, « Lawyers » de Bay Street et gros promoteurs immobiliers5 : Tous assis.Surprise ! Les familles à revenu moyen ont à peine eu le 4.\tMichel Vastel, « Lettre d\u2019Ottawa », Le Devoir, 15 juin 1987.5.\tOn peut faire le rapprochement avec la nouvelle politique destinée à attirer les immigrants investisseurs (riches).Voir Torn Fennel, «Rich and Powerful», Maclean's, 17 août 1987, p.24.6.\tDu latin « sinistra », qui veut dire « du côté gauche ».7.\tMaryse Robert, « La réforme fiscale américaine », Relations, novembre 1986, p.279.8.\tPour les détails sur la réforme, l\u2019on se référera au Devoir et à La Presse du 19 juin 1987.temps de savourer la baisse des taux hypothécaires que la flambée des prix du logement et de la taxe foncière vient leur claquer au nez la porte de la propriété .à moins de se résigner à l\u2019endettement à vie.Beaucoup acceptent cet écrasement dans l\u2019espoir que les prix continueront à monter.Autre surprise : l\u2019épargne logement est supprimée : Debout.4.\tGrâce au Labyrinte fiscal, aux exemptions, exonérations, reports (28,7 milliards pour cette seule rubrique), déductions de toutes sortes et peut-être aussi du fait d\u2019un soupçon de malhonnêteté, plus du tiers des entreprises rentables ne paient pas d\u2019impôt, ce qui équivaut à un cadeau de plusieurs milliards.Le taux d\u2019imposition effectif des entreprises est ainsi ramené à 20 % (au lieu de 39 %) : Assis.Mais la conjoncture change, la reprise s\u2019essouffle et l\u2019échéance électorale pointe sjnistrement6 à l\u2019horizon 1988.Le vacarme des oies plumées et rachitiques devient assourdissant.Il faut jouer à nouveau pour relancer l\u2019économie et faire comme Ronald7.Heureusement que la réforme fiscale est prête ! La réforme Wilson Voici un bref rappel8 des points saillants de la réforme du 18 juin 1987.-\tRestructuration de la progressivité de l\u2019impôt : M.Wilson s\u2019inspire de la réforme fiscale américaine et réduit les paliers de progressivité de 10 taux (variant de 6 à 34 %) à 3 taux : 17, 26 et 29 %.À la baisse des taux d\u2019imposition s\u2019ajoutent la suppression des exemptions personnelles et leur remplacement par des crédits d\u2019impôts.Cette dernière mesure devrait maintenir l\u2019impôt progressif, donc équitable, selon M.Wilson.-\tBaisses et hausses sélectives des taux d\u2019imposition des sociétés et élargissement de leur assiette fiscale grâce à l\u2019élimination totale ou partielle de plusieurs déductions.-\tDeuxième partie à venir : restructuration de l\u2019impôt indirect en prévoyant pour 1989-90 une taxe fédérale multistade (taxe sur les transactions commerciales ou sur la valeur ajoutée) qui prendrait la relève de l\u2019actuelle taxe de vente fédérale, très contestée parce que jugée discriminatoire.Celle-ci favorise en effet l\u2019importation au détriment de la production locale.relations octobre 1987 247 Et maintenant ?\tLes particuliers Que devient donc notre Jeu en 1987/1988 ?Pour M.Wilson, l\u2019essentiel est de rapprocher la pression fiscale de celle qui prévaut aux États-Unis et de trouver d\u2019autres oies grasses pour compenser le manque à gagner qui va résulter des baisses partielles : à chacun son tour, si possible ! 1.\tL\u2019exemption cumulative de 500 000$ sur le gain en capital est supprimée.Pour que les amis de Bay Street et d\u2019outremer ne crient pas trop fort, la première tranche de 100 000 $ reste admissible, mais tout gain supplémentaire sera lourdement taxé.Le crédit d\u2019impôt sur les dividendes est également réduit.Les spéculateurs fonciers et les gros boursicoteurs ont suffisamment engraissé et fait gagner à beaucoup de monde des commissions rondelettes ; il faut M.Wilson présente l\u2019addition.gentiment les amener à régler la note sans pour autant trop les décourager : Debout (ou faites au moins semblant).2.\tLe temps de la récolte fiscale est également venu pour les banques et les sociétés de fiducie qui voient augmenter leur taux d\u2019imposition fédéral de 14,4 à 21,3 %.Toutes obèses de profits, elles ont traditionnellement été épargnées ; c\u2019est maintenant l\u2019heure de la quête : Debout S.V.P.3.\tPour décourager l\u2019évasion fiscale et le déplacement de leurs activités au pays de Ronald, le reste des entreprises va généralement bénéficier en 1988 d\u2019un taux d\u2019imposition moins élevé.Cette mesure s\u2019accompagne de l\u2019élimination totale ou partielle de divers encouragements et déductions (fini « le party »), ce qui va élargir l\u2019assiette fiscale imposable.Les entrepreneurs vont donc se retrouver debout ou assis selon les cas.Trois ans déjà que le nombre des chaises diminue, que les ménages moyens et pauvres font les frais du jeu de M.Wilson et se retrouvent debout à chaque tour.De 1984 à 1987, l\u2019impôt direct des particuliers s\u2019est accru de 48 % (de 29 à 43 milliards) alors que celui des sociétés n\u2019augmentait que de 4 % (de 9,3 à 9.7 milliards).Écrasée par ce fardeau croissant, la poule aux oeufs d\u2019or bat sérieusement de l\u2019aile.Par le biais d\u2019une restructuration de leurs taux d\u2019imposition et d\u2019une formule plus équitable de crédits d\u2019impôts, plus de 8,9 millions de ménages vont bénéficier d\u2019une baisse moyenne de 475 $.En outre, 850 000 personnes ne paieront plus d\u2019impôts, dont 225 000 personnes âgées.Tout ce monde reste assis pour l\u2019instant : M.Wilson vous redonne un peu du plus qu\u2019il vous avait pris.1.5 million de ménages toutes catégories vont cependant voir leur impôt augmenter de 665 $ en moyenne.Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel de travailleurs indépendants et de ceux dont le revenu est tiré de placements : Debout.La suppression des exemptions et leur remplacement par des crédits d\u2019impôts fixes empêchera certes les contribuables à revenu élevé de tourner la progressivité de l\u2019impôt à leur avantage tout en bénéficiant surtout aux contribuables dont le revenu est inférieur à 27 500 $ et qui sont taxés à 17 %.Remarquons cependant qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un écart de 3 % entre les taux d\u2019imposition de ceux qui gagnent plus de 55 000 $ (29 %) et de ceux qui gagnent entre 27 501 $ et 55 000 $ (26 %).Pourquoi ce traitement de faveur ?Réponse officielle : il faut décourager l\u2019émigration au sud des oies de qualité (artistes, athlètes, médecins, ingénieurs, etc.) Mais quelle aubaine également pour les spécialistes de l\u2019enrichissement à la commission, dont le revenu n\u2019est jamais inférieur à six chiffres ! Assis.L\u2019addition C\u2019est un fait : 80 % des ménages canadiens paieront moins d\u2019impôt en 1988.Mais il n\u2019est pas du tout sûr qu\u2019il en soit ainsi en 89 ou 90.Car nous devons prévoir la deuxième phase de la réforme Wislon.La réforme de l\u2019impôt direct fera que les particuliers paieront 11 milliards de dollars de moins sur les cinq prochaines années.M.Wilson reprend 5 milliards aux entreprises mais il reste un trou de 6 milliards à combler.Que faire ?Car il ne faut surtout pas enfreindre le tabou de l\u2019équilibre budgétaire.Un retour aux sources s\u2019impose : Ronald, dans sa réforme de 1986, avait décidé de déplacer le fardeau fiscal des particuliers vers les entreprises et ces dernières ont vu leur charge fiscale augmenter de 120 milliards de dollars US en cinq ans.Alors on fait un peu comme lui, mais sans y aller trop fort ! Dans cette conjoncture de libre-échange, il ne faut surtout pas que nos « oies-entreprises », vexées par tant de gourmandise, migrent définitivement vers le sud en poussant de grands cris de colère.Sur un autre plan, on ne va pas risquer comme Ronald un accroissement (ô sacrilège !) du déficit.C\u2019est là que la Dame de fer va servir de modèle.Contrairement à Ronald, Margaret a eu recours à des hausses record de taxes à la consommation pour compenser la baisse de l'impôt direct9.M.Wilson d\u2019ailleurs l\u2019a bien remarqué, lui qui a introduit depuis 1985 des volées de taxes indirectes.Cette fois cependant, il 9.Thierry Gandillot, « Guerre mondiale contre l\u2019impôt », Science et vie économique, février 1987.248\trelations octobre 1987 va viser plus gros en prévoyant pour 1990 de tout envelopper par la taxe fédérale multistade.Ce projet très lucratif (pour Ottawa) est contesté.Cette taxe régressive ne manquerait pas de pénaliser les pauvres puisqu\u2019elle frappera tous les biens de consommation y compris les aliments.Chacun sait que ce sont les moins fortunés qui dépensent la plus grande proportion de leur revenu pour se nourrir.M.Wilson nous promet alors d'améliorer le crédit remboursable au titre de la taxe de vente et de restructurer les paliers d\u2019impôt au bénéfice des petits et moyens revenus.Reste à voir si cela va suffire ! À quoi joue-t-on ?relations octobre 1987 249 Quelle peut être la finalité macroéconomique de la réforme ?Il est clair qu\u2019elle vise, dans un premier temps, à stimuler la consommation que les prévisions montrent en train de s\u2019essouffler.Même si le montant de 475 $ par ménage paraît faible, il devrait avoir un effet multiplicateur global non négligeable une fois multiplié par 8,9 millions.Dans ce contexte, la suppression de l'exemption de 1000 $ sur les intérêts perçus ne peut que renforcer la dépense ou l\u2019investissement boursier.Ce regain d\u2019activité pourrait également compenser partiellement la ponction faite aux entreprises.Vue sous un autre angle, cette mesure équivaut à une hausse des salaires, subventionnée par le secteur public, et qui se fera surtout à l\u2019avantage des employeurs spécialistes du salaire minimum : 625 000 petits revenus ne paieront plus d\u2019impôt en 1988.Les chiffres officiels montrent que ce sont les petites entreprises qui créent plus de 80 % des nouveaux emplois et on sait qu\u2019elles n\u2019ont généralement pas les moyens de payer des salaires civilisés.Ceci s\u2019inscrit dans la stratégie de guerre générale que le gouvernement conservateur fait aux salaires en espérant ainsi accroître la « compétitivité de l\u2019économie ».L\u2019effet de cette politique d\u2019austérité va dans le sens d\u2019une tiers-mondisation relative de la structure salariale au Canada et au Québec et d\u2019une dualisation du marché du travail.Afin de favoriser nos exportations et pour faire concurrence aux Japonais et aux Coréens, le jour n\u2019est pas loin où Ottawa et Québec nous demanderont de manger du riz et du poisson trois fois par jour.Grâce « au renforcement de la compétitivité de l\u2019économie canadienne », M.Wilson espère que ces mesures n\u2019aboutiront pas (sic !) à une détérioration de nos échanges.Lorsque, en 1990, viendra le temps des moissons et dans l\u2019espoir que le miracle de la croissance aura permis à nos oies-consommatrices de prendre un peu de poids, on introduira la taxe multistade.D\u2019ici là l\u2019initiative de l\u2019investissement est laissée aux « entrepreneurs » canadiens qui, jusqu\u2019ici, se sont bien plus occupés de prises de contrôle de sociétés et de gains spéculatifs que d\u2019investissements productifs10.L\u2019addition sur cinq ans : 6 + 5 = 11 milliards, toutes taxes comprises.La réforme est techniquement équilibrée mais, puisque le « haut-emploi » n\u2019est pas dans ses priorités, rien ne sert d\u2019expliquer à M.Wilson que, dans cette conjoncture, abolir le chômage en refusant le déficit aboutira à une impasse.Il est fort possible qu\u2019en payant sa note de restaurant, M.Laffer ait laissé un bon pourboire en plus de l\u2019addition, ce soir de décembre 1974 : c\u2019est qu\u2019au pays de Ronald la taxe multistade n\u2019a jamais figuré au menu.¦ 10.Mario Seccareccia, « La stratégie de reprise économique et le budget fédéral », Bulletin de l'Association d\u2019Économie Politique, avril 1987.La bénédiction du grand-prêtre.et de sa Dame de fer DES SERVICES SOCIAUX SOUS ENQUETE par Gisèle Turcot Scandale, triste histoire digne d\u2019une enquête publique ! Ainsi la presse a-t-elle qualifié la situation ambiguë qui a entraîné le départ du directeur général du Centre des services sociaux du Montréal métropolitain (CSSMM).L\u2019indignation des employés devant un style de gestion insoutenable est parvenue, cette fois, à déclencher l\u2019opération-vérité maintenant en cours, depuis la série d\u2019analyses et de contre-expertises comptables jusqu\u2019à la remise du dossier entre les mains de la justice.L\u2019événement est révélateur.Bien qu\u2019on ait mis en place les mécanismes de responsabilité sociale prévus par la Loi sur la réorganisation des services sociaux et de santé -conseil d\u2019administration, conseil des usagers, regroupements professionnels et syndicaux, sans oublier la vérification comptable - des abus se sont produits, s\u2019échelonnant sur des mois et peut-être même sur des années.Une question de système ?Le fait que de semblables pratiques puissent exister ailleurs, dans le secteur privé ou dans le secteur public, ne les rend pas moins répréhensibles ni moins incompatibles avec l\u2019idée que nous nous faisons de la gestion des fonds publics.Mais pourquoi réagissons-nous avec plus d\u2019inquiétude et d\u2019impatience lorsque ces irrégularités et ces abus ont cours dans les services sociaux ?Nous sommes sans doute encore plusieurs à être convaincus que les citoyens les plus vulnérables de notre société, et qui constituent la majorité de la clientèle des services sociaux parapublics, doivent pouvoir compter sur l\u2019appui d\u2019un réseau intègre.Et nous sommes tout prêts à croire que la plupart des praticiens et des administrateurs qui y travaillent entretiennent toujours un noyau de sympathie et de solidarité avec les personnes qui réclament leur aide.Nous sommes également nombreux à présumer que le réservoir de générosité, qui donne une âme aux multiples projets gérés par des organismes communautaires et autonomes, anime aussi l\u2019action de nombreux travailleurs sociaux à l\u2019oeuvre dans le réseau des institutions qui relèvent plus directement du ministère des Affaires sociales.Mais alors comment a-t-on pu en arriver à un système qui encourage, selon le sociologue Jacques T.Godbout, l\u2019irresponsabilité des cadres, Vinsensibilité à l\u2019urgence et à la gravité des problèmes et \\\u2019éloignement de la clientèle ?Ce mal serait « plus répandu qu\u2019on ne le pense »1 S\u2019il existe, et s\u2019il est plus étendu qu\u2019il n\u2019y paraît, nous devons l\u2019examiner de plus près.En vérité, quiconque connaît un tant soit peu l\u2019histoire des services sociaux sait qu\u2019après les travaux de la Commission Castonguay-Nepveu, le Québec est passé de l\u2019ère des initiatives privées à l\u2019expansion d\u2019un « système » de services gérés selon les règles définies par l\u2019État.Auparavant, les petites équipes des « agences de service social » étaient sûrement moins coordonnées en termes juridiques, mais elles restaient néanmoins en communication les unes avec les autres pour répondre aux besoins de la population.Jugées trop artisanales par les jeunes loups qui envahissaient la fonction publique et qui rêvaient de vastes plans d\u2019ensemble, ces équipes durent s\u2019intégrer au plan général de réorganisation des services sociaux (et de santé), ou choisir de disparaître.Les symptômes du déclin En même temps, on tournait la page des agences (polyvalentes ou spécialisées) dirigées par des professionnels du service social, pour ouvrir le grand chapitre de la gestion savante confiée à des travailleurs sociaux recyclés en administration ou à des administrateurs chevronnés.Du coup, une profession jusqu\u2019alors faiblement rétribuée, et dominée par les femmes, est devenue très attirante pour des gestionnaires masculins.C\u2019est probablement à cette génération qu\u2019appartient l\u2019ancien directeur général du CSSMM.En dépensant les sommes que l\u2019on sait, comme il l\u2019a lui-même affirmé, il ne faisait que se conformer aux règles en usage dans le secteur privé (il faut entendre, probablement, celui des affaires).C\u2019est un risque de transposer dans un champ où priment les valeurs d\u2019humanisation et de justice les règles qui régissent d\u2019autres univers, où la logique des profits et du marché impose d'autres conduites en vertu d\u2019autres alliances.Personnellement, toutefois, je refuse d\u2019interpréter ces événements comme une affaire de comportement inspiré par le seul modèle administratif.Même si le Centre des services sociaux de Montréal est une grosse machine : 1200 personnes à l\u2019emploi de 80 points de services pour desservir la population francophone de l\u2019Ile de Montréal et de l\u2019Ile Jésus, et pour toute une gamme de problèmes sociaux, c\u2019est énorme.Mais il y a plus.Au risque de paraître moralisante, et avec le réflexe d\u2019une travailleuse sociale formée aux « diagnostics », je propose de relire la crise du CSSMM - et la perplexité qui règne en maints autres services - avec la grille du vacuum moral.Celle du déclin, si vous préférez.Autrement dit, les 1.La Presse, Montréal, 27 juillet 1987.250 relations octobre 1987 services sociaux se cherchent une âme, je veux dire une vision et une éthique.Le milieu des services sociaux vit à sa manière le désenchantement et la désillusion.Désenchantement face aux résultats d\u2019une réorganisation inspirée par les principes de l\u2019accessibilité et de l\u2019universalité.Désillusion des tentatives de réinterprétation des valeurs qui sous-tendent la pratique quotidienne des travailleurs sociaux.Des initiaves de remobilisation ont échoué.Des travailleurs politisés sont partis planter leur tente ailleurs, d\u2019autres s\u2019essaient à l\u2019action syndicale.Certains se sont repliés sur leur boulot quotidien avec les usagers.Quelques-uns avouent qu\u2019ils vont chercher dans leurs engagements bénévoles le souffle qu\u2019ils ne trouvent plus dans les grosses boîtes où il faut bien gagner son pain.Du souffle et des racines Pendant longtemps, pratiquement depuis ses origines, le service social a puisé dans la tradition judéo-chrétienne son idéologie de l\u2019entraide, du soulagement de la misère et de l\u2019action commune.Il suffirait pour s\u2019en convaincre d\u2019observer, encore aujourd\u2019hui, les services que se donnent les communautés juives à travers le monde pour comprendre qu\u2019on n\u2019a pas intérêt à renier ces racines.Et, parallèlement, il n\u2019est pas difficile d\u2019observer que la conscience d\u2019un mal social persistant inspire encore des militants chrétiens dans les luttes pour la justice, ici et dans le tiers monde.Mais comme toutes les grandes traditions, celle-ci a subi des versions réductrices : la charité qui distribue les paniers de Noël et qui ne fournit pas de travail est devenue suspecte.Mais tout en critiquant le paternalisme et le dépannage, on se méfie des discours des évêques qui incitent à modifier les structures injustes et on souhaiterait les voir servir aux pauvres des menus plus « spirituels ».La tradition judéo-chrétienne en a pris pour son rhume avec le pluralisme de notre société, en partie parce qu\u2019on la connaît mal, en partie parce qu\u2019on récuse ses déformations sans trop s\u2019inquiéter de sa portée véritable.C\u2019est bien à tort : les recherches exégétiques et historiques2 mettent à jour les concepts de droit social, et donc de justice, qui sous-tendaient les pratiques individuelles et collectives de responsabilité envers la veuve, l\u2019orphelin et l\u2019étranger.Elles mettent en lumière les règles d\u2019équité à respecter en affaires comme en mariage, à l\u2019égard des travailleurs salariés, des affamés.Et dans la gestion des choses publiques.Dans ce métier sans cesse aux prises avec l\u2019ambiguïté des comportements humains et les irritants des inégalités sociales, le courage s\u2019essouffle et l\u2019espérance s\u2019épuise.Dans une société qui se manifeste de plus en plus pluraliste, en particulier dans la région montréalaise, peut-il exister un dénominateur commun capable d\u2019inspirer, de mobiliser, d\u2019interpréter et d\u2019évaluer les perspectives du travail social ?D\u2019autres ont posé la question à propos de l\u2019éducation, nous pouvons la poser avec la même acuité dans un domaine où le système de valeurs des intervenants - et des responsables administratifs - est l\u2019élément déterminant dans la machine.2.\tLéon Epzstein, La justice sociale dans le Proche-Orient ancien et le peuple de la Bible, Paris, Éd.du Cerf, 1983 ; 272 p.3.\tLéon Bourgeois, La solidarité, Paris, A.Colin, 1896.Cité par Christiane Rumillat, « La problématique républicaine de la solidarité sociale », Revue internationale d\u2019action communautaire, 16/56, p.45.Une éthique des droits humains Pour que le service social ne s\u2019enlise pas dans les sempiternelles restructurations administratives, pour qu\u2019il redevienne un véritable mouvement social, il faut sans doute qu\u2019il replace au centre des débats la question difficile de son code d\u2019éthique.Là où le souci de la compétence ne manque pas pour travailler sur les causes des problèmes, et après les détours nécessaires de l\u2019action politique comme seule voie d\u2019éclatement des contradictions sociales, un nouveau débat sur les valeurs et leur traduction dans les pratiques sociales est devenu urgent.Les problèmes d\u2019hier se posent à nouveau aujourd\u2019hui et chaque génération doit apporter sa réponse.Au XIXe siècle, on a trouvé une formule réconciliatrice des courants politiques et religieux : la solidarité sociale, dite aussi « solidarisme », Claude Castonguay, 1970 : la grande réforme, ».là offrit une version laïcisée du catholicisme social.Léon Bourgeois écrivait, à la fin du siècle dernier : « La notion de solidarité sociale est la résultante de deux forces longtemps étrangères l\u2019une à l\u2019autre : la méthode scientifique et l\u2019idée morale (.).C\u2019est l\u2019étude exacte des causes, des conditions et des limites de cette solidarité qui seule pourra donner la mesure des droits et des devoirs de chacun (.) et qui assurera les conclusions scientifiques et morales du problème social »3.La proclamation des droits et libertés, après la Seconde Guerre mondiale, a trouvé un écho dans notre milieu dans des chartes des droits et libertés.La Charte canadienne en a retenu un certain nombre mais elle n\u2019épuise pas le mouvement qui s\u2019est affirmé au cours des années 70, grâce à la convergence des efforts dans tous les milieux de la société.Un tel courant, qui s\u2019est fort répandu dans la société québécoise, a certes gagné le monde des services sociaux.Faudra-t-il penser que le monde des gestionnaires est resté à l\u2019écart de ce mouvement ?Si tel est le cas, il faut souhaiter qu\u2019ils se laissent rejoindre au plus vite.Sous peine de détruire l\u2019entreprise qui doit être au service des moins aptes à défendre leurs droits sociaux.¦ relations octobre 1987\t251 RECENSIONS D\u2019OCTOBRE lectures Michael Warren : Youth Gospel Liberation ?Madeleine Gauthier, Éditeur : Les nouveaux visages de la pauvreté ?Pierre Vadeboncoeur : Essais inactuels ?Michel Despland : Christianisme, dossier corps.Libérer pour vrai ?aider à faire grandir une personne en respectant sa liberté est un noble idéal, appliquer ce principe de croissance à toute une classe sociale est un défi.C\u2019est celui que propose Michael Warren dans Youth Gospel Liberation : libérer la jeunesse nord-américaine des injustices sociales dont elle souffre, donc des non-valeurs qui sous-tendent ce système social.Quelle est cette jeunesse qu\u2019on veut libérer ?On la dit silencieuse et peu organisée.Pourtant le principe de libération est simple : prendre conscience des valeurs « négatives » (celles qui diminuent la liberté), pour renommer son quotidien et ainsi se l\u2019approprier.On invite à une analyse de la réalité sociale afin de s\u2019en dégager et de choisir des valeurs favorisant la croissance.Comment réaliser cette libération ?Les chrétiens proposent l\u2019Évangile comme levier-motivation.Mais la libération par l\u2019Évangile demeure difficile dans la culture d\u2019aujourd\u2019hui.Il n\u2019est pas facile de lier culture et foi dans l\u2019engagement (témoigner).Quels phénomènes sociaux castrent 252 la liberté des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ?Warren pointe quatre avenues : la publicité qui supporte l\u2019industrie du divertissement, certains messages musicaux artificiels, un message politique simpliste (« rigth and wrong ») et les messages de violence.Qui peut aider les jeunes à critiquer ces phénomènes ?L\u2019auteur propose que ce soient les hommes et les femmes qui oeuvrent en éducation, professeurs ou animateurs catholiques.Dans le quotidien, les institutions catholiques, notamment l\u2019école, tendent à éloigner le jeune de la prise de conscience et gouvernent trop par mode de domination et pas assez selon la logique du pouvoir partagé.Aucun stimulus ne porte vers^ l\u2019engagement au nom de ses valeurs.À noter que pour plusieurs jeunes, il est même choquant de penser se faire « éduquer ».Ne croit-on pas à leur capacité d\u2019auto-apprentissage ?Il faut certes éviter d\u2019opposer la culture populaire et la vision chrétienne du monde ; les deux sources sont nécessaires à la formation.Écoles catholiques (Catholic High Schools) et Église doivent conscientiser, devenir lieu de libération au-delà du « feeling » : une voix-témoin d\u2019une éducation contre-culturelle basée sur l\u2019Évangile.Elles relations octobre 1987 doivent aider la jeunesse à sortir d\u2019une certaine naïveté : leur donner les moyens de critiquer les normes culturelles, les structures sociales, le pouvoir des institutions (Église comprise) et leur fournir une vision de la sexualité et des relations humaines.Cette critique peut se faire en se servant des valeurs promues dans l\u2019Évangile.Proposer d\u2019autres valeurs que celles de la société, c\u2019est proposer une spiritualité qui veut combattre l\u2019injustice sociale.Offrir une vie qui soit plus qu\u2019une immédiateté sans but et sans attente, c\u2019est être fidèle à l\u2019Évangile.Ce beau projet de Warren est-il réaliste et réalisable ?La description que l\u2019auteur fait de la jeunesse américaine est bonne ; la nouvelle application de la théologie de la libération qu\u2019il suggère est stimulante et correspond à un idéal chrétien de premier plan.Quelques questions demeurent néanmoins : est-ce que l\u2019école et l\u2019Église peuvent effectivement devenir lieu de libération ?Ces institutions sont-elles prêtes à aider ceux qui sont sans pouvoir, quitte à perdre un peu de leur pouvoir propre dans la lutte pour la justice ?Peut-on utiliser l\u2019école au Québec ?Vouloir libérer en critiquant d\u2019abord la société, puis en proposant des valeurs est un projet intéressant ; mais il demande beaucoup d\u2019authenticité et de respect des autres.Saurons-nous utiliser socialement la force créatrice de l\u2019Évangile ?¦ François Morissette Les nouveaux visages de la pauvreté A être pauvre aujourd\u2019hui au Québec, « c\u2019est être obèse à 10 ans, décrocheur à 15 ans, divorcé à 20 ans, chômeur à 25 ans, accidenté du travail à 30 ans, assisté social à 40 ans, vieux à 50 ans et risquer de mourir avant 60 ans ».Cette phrase de Jacqueline Montpetit, une des auteures regroupées dans ce livre, résume assez bien l'analyse sociale de bonne qualité qu'on y retrouve.La pauvreté est toujours difficile à définir, précisément parce qu\u2019elle est une carence, un vide qui change de lieu et de visage avec révolution de la culture et du milieu social.Lise St-Jean présente la pauvreté féminine, en croissance rapide en parallèle avec la féminisation du travail salarié et la croissance du taux de divorce.Madeleine Gauthier expose la pauvreté des jeunes chômeurs, qui sont 16,4 % de la population au moment de sa recherche et qui deviennent assistés sociaux à 28 ans en moyenne, passant d\u2019une trop longue dépendance de leurs parents à une dépendance sociale excessive.Pierre Hamelin montre comment 88 % des 486 000 handicapés du Québec vivent sous le seuil de la pauvreté et que 75 % d\u2019entre eux sont assistés sociaux, même si 86 % désirent travailler.Denis Brassard aborde une question peu étudiée jusqu\u2019ici : les Amérindiens sont-ils pauvres ?Se basant sur les Attikameks et les Montagnais, il répond oui et non.D\u2019abord, non : leur culture du partage et de l\u2019entraide permet une plus grande simplicité, que l\u2019observateur non préparé prendra pour du dénuement ; par ailleurs, oui : l\u2019envahissement de leur territoire par la coupe du bois, les barrages, les clubs de chasse et de pêche sont de plus en plus la cause d\u2019une nouvelle pauvreté, la perte de la qualité de vie, qui s\u2019ajoute à la pauvreté de responsabilité et de droits.Dans la section des témoignages, Claude Quiviger explore la misère intérieure de beaucoup de jeunes d\u2019au- jourd\u2019hui, Soeur Monique Proulx fait de même pour celle des réfugiés, Louise Brunet et Danie Desrosiers pour celle des chambreurs pauvres.Max Roy étudie le thème de la pauvreté dans la littérature québécoise depuis la révolution tranquille : toujours présente mais de moins en moins teintée de désespoir.La troisième partie de l\u2019ouvrage explore les stratégies : Jacqueline Montpetit analyse les demandes d\u2019aide financière faites à Centraide pour montrer l\u2019importance des groupes de solidarité : familles, femmes, jeunes, immigrants, handicapés, personnes âgées, toxicomanes.Andrée Roberge étudie l\u2019échange informel de biens et de services en milieu rural et montre son étonnante efficacité.Une dernière partie du livre contient des compléments précieux : une étude des seuils de pauvreté par Simon Langlois et une géographie régionale de la pauvreté au Québec.Marc-André Lessard fait la synthèse en révélant trois faces de la pauvreté moderne : culturelle, sociale et économique.Si la pauvreté vous semble inexistante, ou si elle vous choque ou vous scandalise, il faut lire ce bon recueil que nous offre l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture.¦ Julien Harvey Essais inactuels tout Vadeboncoeur est dans le titre : l\u2019essayiste, le provocateur, le bon moine rondouillard et pépère, bien endormi sur son pari initial : l\u2019éternité - et le rusé matou, au fond très fier de sa modestie (.) et bien décidé à nous faire goûter de sa griffe sous l\u2019alléchant velours d\u2019une patte redoutable.Quoi de plus retors en effet, en période de régression idéologique, que de se montrer au-dessus du temps et des modes, tout en rejoignant cette autre mode de l\u2019inactualité du propos, chère on le sait aux virulents adver-saires de la modernité - tous notoirement marqués « à droite ».J\u2019ai aimé les Essais inactuels, pour la plupart repris de la revue Liberté (1979-1986), parce que j\u2019aime toujours Vadeboncoeur.J\u2019aime cette plume.J\u2019aime ces phrases - à la limite : j\u2019aimerais sans comprendre, comme on aime la mer, ou un éclat de verre tranchant.Agacé, je l\u2019ai aussi été : le voisinage à peu près constant des Malraux, Gide, Proust, Bergson, Bach et Borduas, relations octobre 1987 outre qu\u2019il permet d\u2019en dire à peu près n'importe quoi en un paragraphe et deux brillants paradoxes, me semble lassant à la longue - clins d\u2019oeil de haut vol qui ne sont pas loin de me faire penser aux coups de langue aguicheurs des jet sets de tous les pays.Problème : ici, le fard est bien tombé.Les Green, Montherlant, Mauriac and Co., si éternels qu\u2019ils apparaissent, ont aussi, et parfaitement, collé à leur époque, choisissant à l\u2019occasion d\u2019être passablement « actuels », et on les en a suffisamment remerciés, merci.Revendiquer l\u2019« inactualité » en leur nom, ou leur éternité contre la nôtre, relève de la facilité, et de la contrepèterie intellectuelle.Changeons un peu de paragraphe.Ou de disque.Ou de disquette.Je préfère de beaucoup, aux panthéons et vues plongeantes sur la piscine des valeurs (un peu trop) sûres, la dent cassée sur l\u2019époque, le risque des haines et des amours actuelles, déplacées ou non : j\u2019aime que Vadeboncoeur recommande chaudement Yvon Rivard, Marie Josée Thériault, ou Barthes ; j\u2019aime qu\u2019il haïsse, même injustement, son époque ; j\u2019aime que Vadeboncoeur « se plante » (pardon.) du haut de sa fragile actualité.Vadeboncoeur excelle dans la haine, et les ronds dans l\u2019espace.Je préfère nettement la première aux frétillements aériens des autres, où il ne joue rien.Où l\u2019on plane et s\u2019autocongratule des « quatorze siècles qui nous regardent.» À ce jeu-là, il risque fort de se voir appliquer ce qu\u2019il dit lui-même de Péguy ou de Rousseau : « ce n\u2019est pas moi qu\u2019il interpelle.Tout cela, c\u2019est fini.» Ou pire : « .il n\u2019est plus là, il est passé ailleurs.» Mais Vadeboncoeur n\u2019est pas (totalement) passé ailleurs.Écoutez cette langue, cette charge contre les « demeurés d\u2019aujourd\u2019hui des avant-gardes d\u2019hier.Les novateurs de la répétition.Les iconoclastes rétroactifs.L\u2019avenir des futurs périmés.Les frondeurs d\u2019aujourd\u2019hui des défis d\u2019autrefois.Les hardiesses entendues.Les révoltes révolues.» (p.55) Il n\u2019y a rien à ajouter là-dessus (de quoi vous enlever l\u2019envie d\u2019écrire.) Écoutons-le aussi, et malgré ce que j\u2019en ai dit, aimer Notre Dame de Paris, « figure sculptée de la sollicitude » (132), ou « le grand oeil aveugle de l\u2019art » (170) ; l\u2019art : « le grand recours d\u2019un être appartenant par son drame à l\u2019univers tragique plutôt qu\u2019à celui de l\u2019esthétique » (p.24).Pourquoi Vadeboncoeur ?Pour la « plénitude, le contact avec elle.Un savoir infus.De l\u2019existence, mais supérieure.Un coeur exemplaire.Une méditation » (p.44).253 Un regret, quand même : que le matois félin ne se fasse pas plus fréquemment les griffes sur la classe politique actuelle, son a-démocratie, sa profonde et roublarde an-archie, et l\u2019en-goncement, là-contre, de tous les affairistes en ripaille.Un souhait final, en forme de sourire (.) : que l\u2019auteur s\u2019applique au plus vite sa juste formule : « Il est hasardeux de quitter l\u2019imperfectible.Mais il reste que cela est nécessaire » (p.82).¦ Richard Dubois Christianisme, dossier corps dans l\u2019effervescence de notre culture, la question de la relation du christianisme au corps est d\u2019une importance primordiale.Il faut rendre hommage à l\u2019auteur d\u2019avoir osé un essai sur le sujet, un essai qui se veut plus qu\u2019une analyse des doctrines ou du savoir normatif mais qui cherche également à découvrir les conduites réelles du croyant.« Nous voudrions montrer que l\u2019enquête sur l\u2019histoire des affections et des corps chrétiens n\u2019en est plus au stade ni du soupçon global ni de l\u2019autojusti-fication massive.» (p.9) L\u2019auteur couvre son travail en six chapitres.Le premier chapitre définit la problématique à partir de l\u2019histoire ou de la phénoménologie contemporaine.« Notre héritage philosophique et théologique traite de l\u2019âme et du corps, et pousse au dualisme et à la division.(.) Les choses heureusement n\u2019en sont plus là» (p.16).D\u2019où l\u2019interrogation de l\u2019auteur sur les esthétiques chrétiennes de l\u2019existence, les styles de vie (p.21).Au chapitre deux, l\u2019auteur établit la liaison entre la corporéité et la sexualité.Pour lui « la réalité sexuelle est le champ de bataille où se rencontrent pulsions corporelles et contrôles sociaux » (p.24).Lieu du conflit, du plaisir et de la loi, la sexualité apparaît comme un instrument de transgression mais également comme une expérience du sacré.Enfin, la sexualité est aussi le lieu de l\u2019apprentissage de l\u2019inégalité des rapports humains.Comment s\u2019est vécue la rencontre du christianisme avec le monde antique au sujet du corps ?L\u2019auteur rappelle que l\u2019éthique sexuelle en usage chez les Grecs est celle du plaisir mais que, chez les Romains de l\u2019empire, s\u2019est installé un soupçon sur la sexualité qu\u2019on associe à la déchéance.D\u2019où le succès et le témoignage, pour le christianisme naissant, de l\u2019érémitisme et de l\u2019idéal de chasteté et donc un déplacement en faveur de la pureté : « c\u2019est le comportement sexuel et la vie familiale qui, dorénavant, marquent la différence entre les chrétiens et les païens » (p.39).Mais le vrai corps pour les chrétiens, c\u2019est le corps du Christ, ce qui se manifestera par le souci du corps d\u2019autrui : accueil des enfants abandonnés, vêture de ceux qui sont nus, c\u2019est-à-dire les esclaves, dignité de la femme, souci des malades et des malheureux (cf.p.41-42).Le vrai corps est le corps du Christ, son Église.L\u2019auteur rappelle suc-cintement l\u2019effort d\u2019Augustin qui renouvelle l\u2019anthropologie du corps mais établit également un lien étroit entre sexualité et péché.Augustin fait du péché une réalité intérieure à soi-même.Pour le Moyen Âge (chap.4), l\u2019auteur signale d\u2019abord la main-mise des clercs sur les conduites sexuelles, véritable terrorisation de la conscience, et l\u2019émergence du jugement méprisant de la culture à l\u2019égard du corps et des activités corporelles.Par ailleurs, les moeurs s\u2019affinent.La théologie affirmera que le mariage exige le libre consentement des partenaires tandis que l\u2019émergence de l\u2019amour courtois fait apparaître des aspirations nouvelles de tendresse et de communion et la mise en place de « procédés d\u2019éducation morale qui visent à affiner la conscience, à exiger la justice naturelle et à répandre le goût d\u2019une vie sagement ou habilement menée » (p.69).Dans un chapitre extrêmement touffu sur l\u2019époque moderne, l\u2019auteur insiste sur la rupture apportée par la Renaissance (notamment à l\u2019égard du nu) et sur l\u2019importance nouvelle attachée au vêtement et aux rituels de propreté.Trois esthétiques s\u2019implantent : l\u2019esthétique aristocratique, l\u2019esthétique bourgeoise inspirée par le protestantisme et valorisant l\u2019austérité personnelle et la vie domestique, l\u2019esthétique catholique centrée sur la maîtrise de soi mais permettant plus de compromis.Selon l\u2019auteur l\u2019encadrement des corps finit par se démonter grâce à la recherche du confort : « Il nous faut bien admettre que les milieux libertins et philosophiques, et probablement aussi certains milieux bourgeois, ont mis à profit le droit au privé pour inventer les joies de l\u2019intime » (p.100).Dans un dernier chapitre, l\u2019auteur esquisse rapidement les conditions nécessaires pour une éducation sentimentale adéquate : « Dans de telles circonstances, la sagesse voudrait que l\u2019on montre de la compassion à l\u2019égard d\u2019êtres aussi tourmentés et déchirés, et un esprit de contradiction à l\u2019égard des idées perpétuellement inadéquates » (p.129).Ce livre mérite d\u2019être lu et approfondi.C\u2019est un livre d\u2019érudit qui tire profit d\u2019autres travaux de l\u2019auteur principalement La religion en Occident (Fides, c.1979).Malgré la difficulté de l\u2019écriture, les raccourcis de la pensée, ou des oublis (pratiquement rien sur la libération des femmes), il s\u2019agit d\u2019un livre remarquable.¦ Le 15 août 1987 André Beauchamp références Michel Despland, Christianisme, dossier corps, Cerf, Paris, 1987 ; 139 p.Madeleine Gauthier, Éditeur - Les nouveaux visages de la pauvreté, Coll.Questions de culture, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1987 ; 258 p.P.Vadeboncoeur, Essais inactuels, Boréal, 1987 ; 197 p.Michael Warren, Youth Gospel Liberation, Harper & Row Publishers, San Francisco, 1987 ; 138 p.254 relations octobre 1987 UN SOUFFLE SUBVERSIF par André Myre 160 pages, 18,00$ ANDRE MYRE L\u2019ESPRIT DANS LES LETTRES PAULINIENNES BELLARMIN .-i ¦ .\u2022\t\u2022'\t¦.¦ *-\t.WHBmhBH Mais de quel « Esprit » parlons-nous donc ?L\u2019Esprit reste l\u2019un des concepts les plus mystérieux de la foi chrétienne.Mystérieux de par l\u2019abstraction de son nom.Mystérieux du fait de son origine en Dieu.Mystérieux quant aux lieux précis de son agir.L\u2019auteur est jésuite et bibliste à la faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal.REPÈRE POUR DEMAIN par André Beauchamp et Julien Harvey Avenir et environnement au Québec \tÉditions Ûq liât min II\tMontréal (Québec) Canada \tH2P 2L9 \u2014 Tél.: (514)387-2541 255 relations octobre 1987 2,50$ no 534 SOMMAIRE face à l\u2019actualité 227 La montée du NPD au Québec (D.B.) - Les Philippines (M.S.) - Avant le Synode.un pari (J.H.) - Nous sommes tous atteints (F.T.) - Cinq siècles d\u2019Amérique (J.-P.R.) 233 232 Henri Sader Gisèle Turcot Les oies du Canada\t245 Des services sociaux sous enquête 250 lectures 252 Conception de la page couverture : Anik Lafrenière.Photographie : Paul Hamel.NOTRE PROCHAINE SOIRÉE RELATIONS Pour renseignements, écrire ou télépho-\tSurveiller l\u2019annonce qui paraît dans Le ner à Francine Tardif (ou sa secrétaire) :\tDevoir, le jour même de la rencontre.387-2541.Le lundi 19 octobre 1987, de 19h30 à 22h00, à la Maison Bellarmin 25 Jarry ouest (métro Jarry).L\u2019entrée est gratuite.Courrier de la deuxième classe; enregistrement no 0143 Port payé à Montréal 8100 boulevard St-Laurent, Montréal H2P 2L9 "]
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