Relations, 1 juillet 1984, Juillet - Août
[" .no 502 1,50$ juillet-août 1984 DES TABOUS SOCIAUX LE SUICIDE LES ABUS SEXUELS D\u2019ENFANTS LE RACISME ptatit: liruil Fuient \tI \tSOMMAIRE \t/olume 44\tnuméro 502\tjuillet-août 1984 I\t \tFACE À L\u2019ACTUALITÉ ¦ ¦ ¦ revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus.BUREAUX La torture, un fléau qu\u2019on peut corn- 1 79 battre (D.B.) \u2014 Les chrétiens.de Palestine (P.B.) \u2014 1 730 femmes prennent la parole (G.B.).8 100, boul.St-Laurent Montréal H2P 2L9; tél.: (514) 387-2541.ABONNEMENTS Hélène Desmarais DES TABOUS SOCIAUX Francois GLOUTNAY Julien HARVEY Camille MESSIER La prévention du suicide au Québec 182 Le racisme canadien devant la loi 186 Les abus sexuels d\u2019enfants\t190 (514) 387-2541.DIRECTEUR Albert Beaudry CONSEIL DE DIRECTION Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Paul Rouleau, Jacques St-Aubin, Roger Sylvestre.ARTICLES Pierre BONNET\tLa reconversion industrielle: des 195 emplois pour la paix Maurice DUPRAS\tPlaidoyer pour une politique exté- 198 rieure autonome JUSTICE ET FOI COMITÉ DE RÉDACTION Ginette Boyer, assistante à la rédaction, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Julien Harvey, Denis Lalonde, Karl Lé-vêque, Roger Marcotte, Guy Paiement, Gisèle Turcot.COLLABORATEURS: Diane Aiméras, Marcel Arteau, Renaud Bernardin, Michel M.Campbell, François Gloutnay, Yves Lever, Annine Parent Fortin, Jean Picher, Andrée Pilon Quivi-ger, Jacques Racine, Jean-Paul Rouleau, Carolyn Sharp.Gisèle TURCOT\tLa Commission Justice et Foi du 201 diocèse de Québec Guy PAIEMENT\tQuand les victimes de la crise par- 203 lent CHRONIQUES Yves LEVER\tRue Cases-Nègres d\u2019Euzhan Palcy 204 Albert BEAUDRY\tLa question ouvrière\t205 Karl LÉVÊQUE\tL\u2019Église et les pauvres\t205 PÊLE-MÊLE\t206 Andrée\tPrier au quotidien\t207 PILON QUIVIGER PAGE COUVERTURE PHOTOS GRAPHIGNE\tPaul Hamel Relations est une publication du Centre justice et foi.Prix de l\u2019abonnement: 1 2,50 $ par année (10 numéros).Le numéro: 1,50 $.Les articles de Relations sont répertoriés dans Point de repère, dans le Canadian Periodical Index, publication de l'Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l'éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 On peut se procurer le microfilm des années complètes de Relations en s\u2019adressant à University Microfilms, Ann Arbor Michigan 48106 U.S.A.Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143 178 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 * 9184 LA TORTURE, UN FLEAU QU'ON PEUT COMBATTRE C\u2019est sur ce thème qu\u2019une trentaine de personnes se sont réunies, le 3 mai dernier, à l\u2019invitation de l\u2019Entraide missionnaire, pour entendre Me Guy Aurenche qui fut président, pendant huit ans, de l\u2019ACAT (Action des chrétiens pour l\u2019abolition de la torture).Ce mouvement, fondé en France il y a dix ans cette année, regroupe présentement plus de 13 000 membres, dont plus de 120 monastères.Lancé par deux femmes, protestantes, qui avaient à l\u2019époque plus de soixante ans et que rien ne prédisposait à travailler dans ce domaine des droits humains, l\u2019ACAT est depuis le départ un effort oecuménique (qui cherche constamment à conjuguer dans une pratique concrète d\u2019unité des orthodoxes et des protestants autant que des catholiques) pour faire reculer la torture et soutenir les victimes de celle-ci.Parmi les principaux moyens d\u2019action utilisés par l\u2019ACAT on trouve principalement l\u2019information, la prière, les actions urgentes (campagnes de lettres, etc.), la vigilance en France même et l\u2019éducation aux droits fondamentaux.Le soir du colloque, Guy Aurenche a su partager sa conviction que \u201cla torture n\u2019est pas un sujet de conférence\u201d.Si nous nous réunissons pour en parler, c\u2019est bien sûr parce que des milliers d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants souffrent actuellement dans leur chair et / dans leur esprit, mais également parce que des milliers de personnes nous ont précédés dans la lutte contre la torture et rendent ainsi possible notre propre action.Guy Aurenche a d\u2019abord tenu à situer la torture.Qui sont les torturés?Des gens de tous les horizons géographiques, des gens ordinaires et, plus spécialement, des chefs ou des responsables car la torture est devenue de plus en plus un \u201cmode de gouvernement\u201d, qui vise à terroriser une population, beaucoup plus qu\u2019un moyen d\u2019obtenir des aveux ou d\u2019infliger une punition.Qui sont les tortionnaires?Évidemment, il y a quelques malades ou sadiques (nous avons tous, d\u2019ailleurs, quelques traces de sadisme en nous) mais ce sont surtout des gens \u201cformés\u201d (ou \u201cdéformés\u201d) spécialement pour cela.Pourtant, le tortionnaire n\u2019est pas seulement celui ou celle qui frappe; ce sont également tous les \u201ccomplices\u201d proches ou lointains: le médecin qui supervise, l\u2019avocat ou le juge qui ferment les yeux, le législateur qui autorise ou tolère, et nous tous qui trop souvent nous taisons ou préférons \u201cne pas savoir\u201d.Ce qui amenait Guy Aurenche à conclure que \u201cc\u2019est toute l\u2019humanité qui est malade de la torture\u201d.Car les victimes de la torture ne sont pas seulement les torturés, mais également les tortionnaires et toute la société qui sait et ne fait rien, société dont le tissu social et la fibre morale pourrissent et se dégradent peu à peu en se résignant à l\u2019intolérable.Devant un tel fléau, l\u2019ACAT ne se décourage pas.Au contraire, l\u2019ampleur et l\u2019urgence du problème l\u2019incitent à RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 agir.Par des gestes de solidarité (envois de lettres, pressions politiques, etc.), mais aussi à travers un patient travail d\u2019éducation visant à développer des comportements de base qui rendront la torture impossible.Tel le refus de toute forme de discrimination.En effet, dès qu\u2019on peut ranger des personnes derrière une \u201cétiquette\u201d (c\u2019est un Noir, un Juif, un terroriste, un sale capitaliste, un chrétien, un bourgeois, un communiste, etc.), nous n\u2019avons plus affaire à une personne humaine mais à une catégorie.C\u2019est d\u2019ailleurs là l\u2019une des justifications principales qu\u2019invoquent les tortionnaires.DEPUIS PLUS DE 40 ANS UN MAGAZINE CHRÉTIEN ENGAGÉ ?ANALYSE ET DE RÉFLEXION SUR L'ACTUALITÉ SOCIALE ET RELIGIEUSE Matitos SjKjcemiiiFnJlf:\t: < .\t__ ouirre 0EIAN6UE AU MANITOBA i I Of * < relatlins 8100.bout.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 (5141 387 2541 L\u2019ACTUALITÉ AU-DELÀ DU 1 an (10 nos): 12,50$ à l\u2019étranger:\t20,00$ Nom .Adresse code postal 179 9195 7185 C.D Il faut croire à l\u2019efficacité de la solidarité.Réalisons-nous l\u2019immense espoir que représente pour le torturé la moindre lettre, le moindre appui qui lui arrive de l\u2019extérieur?Sans doute n\u2019est-ce qu\u2019un \u201cpetit grain de sable dans l\u2019énorme machine\u201d mais c\u2019est celui qui l\u2019empêche de tourner normalement et qui, à terme, peut réussir à l\u2019enrayer.Même si, à nos yeux, ce n\u2019est qu\u2019une bien petite goutte d\u2019eau, c\u2019est à l\u2019assoiffé qu\u2019il faut demander le prix de la moindre goutte d\u2019eau.Il faut enfin s\u2019éduquer à critiquer l\u2019autorité.La soumission aveugle à l\u2019autorité, quelle qu\u2019elle soit, est un terrain particulièrement propice aux abus de pouvoirs et ultimement à la torture.L\u2019Histoire nous en donne de nombreux exemples.Seuls ceux et celles qui ont su rester critiques face au pouvoir ont pu reconnaître et dénoncer à temps les horreurs que la majorité n\u2019a découvertes que trop tard.Les chrétiens ne sont ni meilleurs ni pires que les autres.Ils n\u2019ont pas \u201cà faire les malins\u201d: on a longtemps torturé au nom de la foi.Mais ils peuvent faire quelque chose.Pour Guy Aurenche l\u2019action des chrétiens contre la torture n\u2019est pas \u201cune action charitable de plus\u201d, un petit \u201cvernis supplémentaire\u201d pour les communautés chrétiennes ou monastiques: c\u2019est une façon fondamentale d\u2019annoncer la Bonne Nouvelle aujourd\u2019hui.Ce qui nous renvoie très vite à des questions de fond sur notre propre foi.Qu\u2019est-ce qu\u2019annoncer la Bonne Nouvelle à un monde qui torture ou qui tolère que l\u2019on torture?En quel Dieu croyons-nous?Quel est le sens profond de la souffrance?Autant de questions qui nous interpellent et auxquelles l\u2019ACAT, avec bien d\u2019autres, tente d\u2019apporter d\u2019humbles réponses quotidiennes.Mentionnons que la visite de Me Guy Aurenche se situait dans le cadre de la Conférence \u201cPouvoirs et torture\u201d, organisée par Amnistie internationale pour lancer sa campagne mondiale pour l\u2019abolition de la torture.On peut obtenir plus d\u2019informations sur cette campagne, qui se déroulera au cours des deux prochaines années, en communiquant avec Amnistie internationale (section canadienne francophone), 1800, Dorchester ouest, Montréal H3H 2H2, tél.: (514) 931-5897.Dominique Boisvert Entraide missionnaire LES CHRÉTIENS.DE PALESTINE En avril dernier, le gouvernement canadien refusait un visa à Mgr Hilarion Capucci, vicaire patriarcal grec catholique de Jérusalem, qui devait participer à un colloque, à Montréal, sur l\u2019avenir des Palestiniens.Condamné à la prison par un tribunal israélien, en 1974, pour sa collaboration avec la résistance palestinienne, il devait être libéré et expulsé à la suite des pressions du Vatican.Le personnage est controversé, évidemment; mais son engagement attire l\u2019attention sur la situation des chrétiens palestiniens.On ignore généralement qu\u2019une proportion importante de la population palestinienne est de foi chrétienne.Et surtout, on ignore que les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ne sont pas le fait de missions récentes mais qu\u2019elles remontent à une période bien antérieure au développement de l\u2019Islam dans cette région.Après l\u2019expulsion des croisés au 1 3e siècle et l\u2019établissement définitif des musulmans, il s\u2019était établi un rapport très particulier entre les pouvoirs politiques et la communauté chrétienne, reconnue par la tradition islamique comme l\u2019une des religions monothéistes \u201crévélées\u201d.Il ne faut pas oublier qu\u2019à l\u2019époque les Églises chrétiennes étaient farouchement divisées et que des minorités chrétiennes importantes (comme les Mono-physites et les Nestoriens) étaient persécutées par l\u2019Église officielle (de Byzance); dans ce contexte, l\u2019instauration du pouvoir islamique offrait un répit et une sorte de libération à ces minorités.D\u2019une façon générale, les chrétiens du Moyen-Orient s\u2019arabisèrent et se fondirent dans la masse de la population, tout en gardant leur foi et leurs institutions religieuses.Aujourd\u2019hui, sur le territoire historique de la Palestine, les chrétiens constituent toujours une importante minorité (autour de 15% de la population).Dans l\u2019État d\u2019Israël, ils sont environ 1 00 000 sur une population totale de 500 000 Palestiniens, concentrés surtout en Galilée (Nazareth, principale ville de la Galilée, est ma- 180 joritairement chrétienne).En Cisjordanie et à Gaza, territoires occupés par Israël depuis 1967, on en compte au moins 90 000 sur 1,3 million.Enfin, parmi les 2,5 millions de Palestiniens vivant en exil, les Palestiniens chrétiens se concentrent surtout au Liban, où la plupart ont cherché refuge en 1948, au moment de la guerre civile.La majorité des chrétiens palestiniens sont de rite grec orthodoxe (environ la moitié); les autres se répartissent entre les grecs catholiques (melkites), les catholiques romains, les maronites, et les protestants.La population palestinienne en général est restée très unie, en dépit des clivages régionaux, confessionnels ou de classes.Les chrétiens participent à l\u2019ensemble du mouvement palestinien qui revendique le droit à un territoire, à un Etat, à la représentation politique déterminée démocratiquement.Le mouvement palestinien exprime cette volonté populaire de diverses façons.Il y a d\u2019abord l'OLP, coalition d\u2019organisations palestiniennes dirigée par Yasser Arafat (chef aussi de la plus importante organisation palestinienne, le Fatah).L\u2019OLP se définit comme une organisation non confessionnelle qui regroupe des Palestiniens musulmans ou chrétiens (il y a même des Juifs qui sont membres de l\u2019OLP).L\u2019exresponsable de l\u2019information du Fatah, Kamâl Nasir (assassiné par des commandos israéliens en 1973), était chrétien.De même Georges Habash et Nâyif Hawatmé, dirigeant respectivement le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), deux organisations membres de l\u2019OLP, sont chrétiens.Lors de la guerre civile au Liban (1975-76), alors que les divisions religieuses étaient très importantes, les Palestiniens, quelle que fût leur confession, sont demeurés unis.La sympathie des chrétiens palestiniens pour l\u2019OLP s\u2019est aussi manifestée par les gestes et les paro- RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 les de dignitaires religieux comme Mgr Capucci.Un pasteur anglican, llyâs Al Khuri, est aussi membre du Conseil national palestinien.Mais le mouvement palestinien ne se réduit pas seulement aux structures politiques de l\u2019OLP.Dans les territoires occupés, un vaste mouvement social, mouvement de masse non violent, revendique, lui aussi, un État palestinien, en utilisant d\u2019autres moyens que l\u2019action politique et militaire de l\u2019OLP.En Galilée, où l\u2019on retrouve une majorité de chrétiens palestiniens, la population appuie majoritairement le Parti communiste israélien, le seul parti israélien à préconiser carrément la création d\u2019un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza et à défendre le droit des Palestiniens exilés à revenir au pays.Les principaux dirigeants de ce parti, Tawfiq Tuba, Émile Habibi, Émile Tu ma, sont chrétiens.La plupart des élus communistes (ils contrôlent la municipalité de Nazareth et ont des députés à la Knesset, le parlement israélien) sont aussi chrétiens.En Cisjordanie, les Palestiniens sont concentrés en certains endroits, comme à Bethléem.Elias Freij, maire de cette ville, est un Palestinien chrétien.À Bir Zeit, le docteur Hanna Nasîr, président de la plus importante université palestinienne reconnue comme une forteresse du nationalisme palestinien, est chrétien.Depuis l\u2019invasion israélienne de 1 982, et surtout depuis l\u2019effroyable massacre de Sabra et Chatila, les Palestiniens, tant ceux de l\u2019intérieur que ceux de l\u2019extérieur, sont inquiets.En Cisjordanie, les autorités israéliennes continuent d\u2019exproprier des terres, d\u2019empêcher le fonctionnement normal de l\u2019économie.Récemment, plusieurs attentats ont été commis contre des églises, des couvents et des cimetières chrétiens.Certains ministres du gouvernement israélien sortant ne se cachent pas pour affirmer que \u201cla solution finale\u201d du problème palestinien exige l\u2019exil forcé de deux millions de Palestiniens de l\u2019intérieur.Quant à ceux de l\u2019extérieur, surtout ceux du Liban, ils sont sur la brèche.Et rien ne bouge sur le plan diplomatique, parce que les États-Unis, qui appuient Israël (plus de la moitié de l\u2019aide militaire américaine totale va à Israël), ne semblent rien vouloir faire pour les Palestiniens.La seule solution, soit la création d\u2019un État palestinien, appuyée entre autres par le pape Jean-Paul II, apparaît encore bien loin.Selon l\u2019historien chrétien Constantin Zureik, de l\u2019Université américaine de Beyrouth, \u201cc\u2019est toute la société arabe qui devra être mobilisée pour la lutte prochaine\u201d.Les chrétiens palestiniens comme les autres.Pierre Beaudet Centre d\u2019études arabes pour le développement 1 730 FEMMES PRENNENT LA PAROLE \u201cFEMMES EN ÉGLISE, nous sommes de plus en plus nombreuses à croire qu\u2019il est possible de bâtir des communautés chrétiennes où nous serons reconnues à part entière, en toute justice.Signe des temps, une prise de conscience de la situation des femmes dans l\u2019Église est amorcée chez les évêques canadiens; au synode sur la réconciliation, en octobre dernier, ils déclaraient: de notre côté, reconnaissons les ravages du sexisme et notre appropriation masculine des institutions ecclésiales et de tant de réalités de la vie chrétienne1.Fermes dans notre espérance, nous voulons vivre pleinement nos droits et responsabilités de filles de Dieu.Aussi, à l\u2019occasion de la visite prochaine de S.S.Jean-Paul II, nous affirmons collectivement notre conviction profonde d\u2019êtres fidèles à l\u2019évangile de Jésus Christ en oeuvrant à la réalisation de nos aspirations dans l\u2019Église et dans la société.\u201d Faut-il se surprendre de ce que 1 730 femmes, laïques et religieuses, de toutes les régions du Québec, aient versé 3$ pour faire paraître leur nom et le texte de cette pétition dans Le Devoir du 15 mai dernier?1.\t\u201cVie Synode des évêques, La réconciliation hommes et femmes\u201d, dans l\u2019Église canadienne, vol.XVII, no 4, p.102.2.\tVoir Relations, décembre 1983, pour le compte rendu de cette journée.3.\tLe Devoir, 30 mai 1 984, p.1.4.\tLes femmes et l'emploi.Égales.Message du Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec, à l\u2019occasion du 1er mai 1984.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 Le comité FEMMES EN ÉGLISE, qui est à l\u2019origine de cette action, a été formé en octobre dernier, à la suite d\u2019une journée de travail du Centre justice et foi sur \u201cLe mouvement des femmes et les femmes dans l\u2019Église\u201d2.C\u2019est en écho à la proposition d\u2019une participante d\u2019examiner la possibilité d\u2019une action concertée à l\u2019occasion de la visite du pape que des représentantes du Mouvement des femmes chrétiennes de Montréal, du groupe D\u2019Ève-à-nous de Trois-Rivières, du collectif L\u2019autre Parole et de communautés religieuses se sont mises à l\u2019oeuvre.Pour le comité FEMMES EN ÉGLISE, il s\u2019agissait d\u2019abord de rejoindre le plus grand nombre possible de femmes chrétiennes \u2014 qu\u2019elles fréquentent ou non les paroisses \u2014 pour les inciter à réfléchir dès ce printemps à l\u2019impact, pour les femmes, de la venue de Jean-Paul II.C\u2019est ce qui explique autant le caractère global de la pétition que sa publication dans les journaux et le moment choisi pour l\u2019intervention.Dans la couverture réservée à cet événement par les médias \u2014 surtout la radio \u2014, on a souvent demandé: \u201cPréparez-vous une autre action pendant la visite du pape?\u201d.Sans se méprendre sur le caractère journalistique de cette question, il faut admettre qu\u2019elle renvoie aux désirs des chrétiennes et des chrétiens qui se réjouiraient d\u2019une intervention comme celle de Theresa Kane aux États-Unis ou, à un autre niveau, comme celle du théologien suisse Hans Kiing3.Car plusieurs veulent se reconnaître dans une Église \u201cporteuse d\u2019une tradition prophétique, qui n\u2019a pas à craindre d\u2019amorcer les changements qui s\u2019imposent sur son propre terrain4.\u201d Ginette Boyer 181 DES TABOUS SOCIAUX La prévention du suicide au Québec: Le tabou couvre toujours une zone névralgique où l'individu autant que la société occultent leur propre fragilité.Fascinée autant que terrifiée par ces pulsions de mort extrêmement fortes qui dressent entre les individus des barrières d'égoïsme, des rapports de domination et de discrimination, la société veut cacher (nier et protéger tout à la fois) ces mouvements de fond indéniablement dangereux pour sa survie.Qu'il s'agisse d'abus sexuels, de suicides ou de racisme, l'individu qui exprime le désordre et révèle à la société le vertige de ses propres fantasmes est ostracisé pour être mieux couvert.La culpabilisation tient donc lieu de prévention.Le racisme n'existe pas.Le suicide?Connais pas! Le viol et l'inceste donnent l'occasion d'un défoulement agressif (contre le bouc émissaire, le \"vieux cochon\"!), qui semble vouloir beaucoup plus protéger des pharisiens que réparer de pénibles situations.On refuse l'information objective.On moralise.On se moralise et on se rassure en jouant aux autruches ou aux vierges indignées.On fuit le terrible face à face de la vérité qui seul pourrait exorciser les démons qui hantent nos consciences et se font habilement des complices dans nos institutions.AGIR.ET VITE! par François Gloutnay \u201cJe hais la vie parce qu\u2019elle est sans amour\u201d.Quelques mots griffonnés à la hâte qu\u2019on retrouvera, trop tard, près d\u2019un jeune corps, inerte.Choc brutal pour la famille, le voisinage.Et cette question qu\u2019on ne parvient pas à réprimer: pourquoi?Ça n\u2019arrive pas qu\u2019aux autres! En mars 1984, à Montréal, Tel-Aide, organisme spécialisé d\u2019aide téléphonique, aura reçu 1 46 appels de personnes songeant au suicide, nous confie M.Cari Lemieux, directeur du service.En 1979, 935 cas de suicides ont été officiellement inscrits au Fichier des décès du registre de la population, soit 1 5 décès par 100 000 de population: autant que pour le diabète sucré ou les tumeurs malignes du sein.Et encore, on est obligé de supposer que ce chiffre ne représente pas toute la réalité, plusieurs suicides étant tout simplement déguisés en accidents.La situation est grave, inquiétante.En mars 1982, le Comité de la santé mentale du Québec (CSMQ), organisme consultatif rattaché au ministère des Affaires sociales, rendait public un Avis sur la prévention du suicide au Québec.Rédigé par cinq professionnels de la santé mentale et des affaires sociales, le rapport constatait, d\u2019une part, le niveau insuffisant de la recherche et des connaissances scientifiques sur le sujet et déplorait, d\u2019autre part, l\u2019absence d\u2019une politique de prévention du suicide pour l\u2019ensemble du territoire québécois.\u201cL\u2019impact de cette réalité sur la qualité de vie de notre population ne nous semble pas suffisamment pris en considération\u201d, soulignait le CSMQ.Le rapport formulait ensuite quinze recommandations dont la première appelait l\u2019adoption, par le MAS, d\u2019une politique de lutte contre le suicide, et ce \u201cdans les plus brefs délais\u201d.Des statistiques accablantes On ignorait généralement l\u2019ampleur du phénomène au Québec avant que Marie-France Charron, du Service des études épidémiologiques du MAS, ne publie \u2014 à la demande du CSMQ \u2014 une analyse statistique qui s\u2019est imposée comme instrument de référence dans notre milieu.En voici les points saillants.182 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 \u2022\tEn regard des autres provinces canadiennes ou des pays européens, le taux québécois de décès attribuables au suicide (15 par 100 000 de population) s\u2019avère un taux moyen.Cependant, depuis 1950, il a connu une progression fulgurante: il a plus que triplé.\u2022\t1 3% des décès attribuables au suicide frappent des jeunes entre 1 5 et 1 9 ans; 1 9% des victimes ont entre 20 et 29 ans: le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes, après les accidents de véhicules automobiles.En 1979, 20% des hommes succombant à une tentative de suicide ont entre 20 et 29 ans, ce qui constitue un sommet.Mme Charron, qui a incorporé à sa recherche les données de 1980, 1981 et 1 982, ajoute cependant que ces nouvelles statistiques n\u2019indiquaient pas une baisse du nombre des suicides chez les jeunes mais bien une augmentation chez les plus âgés.\u2022\tPour un suicide réussi, on peut estimer qu\u2019il y a quatre tentatives ratées.\u2022\tDans 75% des cas, les femmes recourent à l\u2019empoisonnement par médicaments pour tenter de s\u2019enlever la vie, bien que seulement 36% des décès, chez les femmes, soient attribuables à cette méthode: la \u201clenteur\u201d du moyen permet d\u2019appeler à l\u2019aide.Les hommes choisissent, dans 24%i des cas, l\u2019arme à feu et l\u2019usage de cet instrument représente 41 %» des suicides réussis.Mme Charron, à ce sujet, avance cette hypothèse: \u201cles femmes choisissent le moyen qui est le plus à leur portée.Les armes à feu sont possédées par les hommes en grande majorité, ce sont eux qui savent s\u2019en servir et leur emploi s\u2019accorde avec les stéréotypes culturels masculins de violence.D\u2019autre part, les femmes sont plus médicalisées que les hommes; lors de la dépression qui précède souvent la tentative de suicide, elles consultent plus volontiers que les hommes et se voient alors prescrire les médicaments qui seront à portée de la main dans les moments de crise\u201d.\u2022\tLes suicides et les tentatives de suicide sont plus fréquents chez les célibataires, les personnes séparées, divorcées et les veufs que chez les gens mariés.\u2022\tLes régions du Nord-Ouest québécois, de l\u2019Ou-taouais et du Montréal métropolitain présentent des taux supérieurs à la moyenne provinciale.Par contre, les nouvelles données de Mme Charron rapportent que la région du Saguenay-Lac-St-Jean, qui affichait le taux le plus faible durant les années \u201970, a connu une augmentation significative au début des années \u201980.Une multitude d\u2019hypothèses Mais au delà de toutes ces statistiques qui soulignent l\u2019ampleur croissante du phénomène, le suicide demeure avant tout un acte individuel.\u201cIl n\u2019y a pas un suicide, mais une multitude de suicides.Les motifs, les mobiles, les circonstances sont chaque fois différents\u201d, insiste 1.Québec Blues: une raison de vivre.Réflexions chrétiennes sur le suicide.Montréal \u2014 Paris, Éditions Paulines \u2014 Médias-paul, 1 983.;; V A l\u2019heure actuelle, la dernière version de la politique québécoise en matière de prévention du suicide se trouve sur le bureau du sous-ministre adjoint des Affaires sociales.Éric Volant, professeur au département de sciences religieuses de l\u2019Université du Québec à Montréal qui, pour fins de recherches, recueille, depuis quelque temps déjà, les lettres que laissent les suicidés à leur famille et à leurs proches.De ces \u201crécits qui fondent leur mourir\u201d, Éric Volant entend dégager les motifs profonds, les raisons personnelles, du geste posé par le suicidaire: le sens \u201csymbolique\u201d par opposition au sens \u201cmanifeste\u201d répertorié par les enquêtes sociologiques.Le pavillon où se trouve son bureau porte le nom de l\u2019écrivain Hubert Aquin, celui-là même dont le suicide avait semé tant d\u2019émoi en mars 1 977; Éric Volant me rappelle les derniers mots laissés à son entourage par l\u2019auteur de Prochain Épisode: \u201cc\u2019est l\u2019acte d\u2019un vivant\u201d.\u201cS\u2019il s\u2019agit du geste d\u2019un vivant, c\u2019est donc un geste significatif\u201d, affirme Monsieur Volant, refusant de croire que le suicide ne soit qu\u2019un acte essentiellement négatif, dicté par la dépression et le désarroi.Mais alors, pourquoi donc poser un tel geste, pourquoi quitter ainsi la scène quand bon nombre d\u2019années peuvent encore s\u2019offrir à nous?À ce sujet, les hypothèses sont multiples et controversées.Dans un livre paru récemment1, le théologien Edmond Robillard en propose une.Il soutient qu\u2019il y a une \u201crelation évidente\u201d entre le suicide et la disparition de la religion.Des milliers de Québécois ne préfèrent-ils pas \u201cchaque année se donner la mort, plutôt que d\u2019affronter un mode d\u2019existence qui n\u2019a plus aucune signification pour eux, parce qu\u2019ils n\u2019ont plus aucune foi ni aucune espérance en Dieu (.) et qu\u2019on ne leur apprend surtout plus à en avoir\u201d?RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 183 LES GROUPES BÉNÉVOLES Si certains prétendent que les groupes bénévoles n\u2019auront jamais une influence sociale importante, il faut admettre que dans le cas de la prévention du suicide, ils ont une longue foulée d\u2019avance sur le ministère des Affaires sociales et les établissements socio-sanitaires.Au moment où a paru l\u2019avis du Comité de la santé mentale, le Centre de prévention et de recherche sur le suicide, situé à Québec, était \u201cla seule ressource spécifiquement orientée vers le problème du suicide\u2019\u2019.Les auteurs du rapport n\u2019ont pas manqué d\u2019en dresser un portrait élogieux.Qu\u2019il suffise de mentionner qu\u2019une bonne partie du travail des bénévoles est consacré à l\u2019écoute téléphonique: le quart des appelants ont un potentiel suicidaire élevé.Le groupe s\u2019occupe aussi du suivi et il est particulièrement bien connu par la population de Québec qui, dans une proportion de 60%, réfère des cas au Centre.Dans la région de Montréal, le groupe Suicide-Action Montréal a ouvert ses bureaux le 1 er mai dernier après deux ans de réflexion, de consultations, de planification et de formation de bénévoles.Déjà 80 personnes ont reçu la formation nécessaire pour intervenir auprès des populations suicidaires.Régent Marier, le coordonnateur de SAM souhaiterait compter sur 300 bénévoles.Car les projets sont nombreux: outre le service d\u2019écoute téléphonique et le service d\u2019intervention de crise, déjà partiellement en opération, il faut envisager l\u2019information publique, l\u2019intervention en milieu scolaire, la recherche, la concertation avec les ressources déjà accessibles (médecins, policiers, ambulanciers.).On entend même identifier, dans les différents quartiers de Montréal, les \u201cpersonnes ressources de première ligne\u201d, celles qui reçoivent les confidences des gens (barman, coiffeuse, curé ou épicier, par exemple) et les sensibiliser à l\u2019importance d\u2019intervenir dès les premières manifestations d\u2019idées suicidaires.France Fréchette-Duchesne, conseillère en santé mentale auprès de l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et membre du CSMQ lors de la rédaction du rapport sur la prévention du suicide, ne rejette pas du revers de la main une telle hypothèse: \u201cles valeurs religieuses et la stabilité de la famille ne sont plus aujourd\u2019hui un refuge ou un support immédiat et cela peut contribuer à rendre les gens plus vulnérables\u201d.Marie-France Charron, elle, préfère la prudence: \u201cce pourrait être un aspect; mais il n\u2019y a pas qu\u2019une seule explication, ce serait bien étonnant!\u201d \u201cJe n\u2019oserais pas dire qu\u2019il y a une corrélation parfaite entre la perte de foi et le suicide\u201d, nuance Éric volant.\u201cJe 184 crois qu\u2019il y a des croyants qui se suicident sans perdre leur foi et que les suicidés ne sont pas nécessairement des personnes qui désespèrent de tout.Par ailleurs, ajoute-t-il, il faut reconnaître qu\u2019il y a beaucoup d\u2019incroyants qui ont trouvé un sens à leur vie et à leur mort et qui ne se sont pas suicidés!\u201d Bien d\u2019autres hypothèses sont amenées par les scientifiques* 2.Des sociologues et des démographes ont souligné la transformation du milieu culturel: la sur-urbanisation et la pauvreté d\u2019un quartier ou d\u2019une ville ont des incidences sur la qualité d\u2019intégration ou de valorisation d\u2019un individu dans son milieu.On ne s\u2019étonne plus, d\u2019autre part, que la génération actuelle des 15-30 ans, pour qui l\u2019avenir semble incertain ou la compétition sur le marché du travail trop vive, affiche un taux de suicide si élevé.Certains tenants de l\u2019approche psychologique et psycho-sociale cherchent plutôt dans les conflits ou les mauvaises expériences remontant à l\u2019enfance et à l\u2019adolescence des facteurs qui détermineront les tendances suicidaires.La pauvreté des communications ou l\u2019absence de relations humaines épanouissantes peuvent jouer un rôle important selon certaines études.Des facteurs biologiques doivent aussi être pris en considération: une défaillance de l\u2019organisme peut se traduire par une perturbation du comportement.Par ailleurs, nos usages et nos façons de faire en société ne sont pas non plus inoffensifs: la facilité avec laquelle on peut obtenir une arme à feu ou encore la présence dans nos pharmacies familiales d\u2019une surabondance de médicaments limitent considérablement l\u2019efficacité de la prévention du suicide.On peut être déconcerté par la variété des facteurs mis en cause et des explications proposées: ces hypothèses n\u2019ont pourtant rien de farfelu.\u201cOn ne peut pas dire qu\u2019une explication soit la bonne\u201d, explique Mme Charron.\u201cCe qui est plausible, c\u2019est que toutes ces explications concourent à expliquer le phénomène\u201d.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019avis du Comité de la santé mentale qui voit dans la convergence des aspects biologiques, psychologiques et sociaux, un modèle qu\u2019ils nomment bio-psycho-social, \u201cla façon la plus réaliste d\u2019approcher le suicide.Tout déséquilibre intervenant entre ces trois aspects pourrait plonger une personne dans un état de crise où parfois le suicide semble la seule solution immédiatement accessible\u201d.On ne saurait trop insister pour que les recherches se multiplient: une meilleure compréhension du phénomène ne pourra que rendre plus efficace la prévention du suicide.Une politique attendue Entrepris comme une étude pour comprendre et faire connaître la problématique du suicide et amorcer une 2.Grégoire, J.C.et al.Le suicide chez les jeunes adultes de 15 à 30 ans: revue de la littérature.Équipe de recherche sur les interventions en sciences humaines.Université de Montréal 1979.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 prise de conscience chez les professionnels et dans le public, le rapport du Comité de la santé mentale n\u2019est pas resté sur les tablettes.Diverses initiatives ont été prises dans les milieux hospitaliers; conférences et colloques se sont multipliés et, c\u2019est déjà un exploit de taille, le tabou autrefois accolé au suicide est aujourd'hui en régression.Pourtant, après deux ans, la principale recommandation du CSMQ, c\u2019est-à-dire l\u2019élaboration par le ministère des Affaires sociales d\u2019une politique de lutte contre le suicide \u201cdans les plus brefs délais\u201d, ne s\u2019est pas encore totalement concrétisée.Un comité de travail a bien été mis sur pied suite au rapport, des centaines de consultations ont été effectuées, une version préliminaire rédigée, mais la politique finale n\u2019a pas encore été divulguée.Décevant?Roger Paquet, directeur général du centre d\u2019accueil \u201cLes jeunes de l\u2019Outaouais\u201d et membre du CSMQ reconnaît \u201cqu\u2019il aurait certes été plus facile pour les gens, soit pour les stimuler, soit pour les orienter davantage, d\u2019avoir en main la politique provinciale.Mais, l\u2019absence de politique n\u2019est pas synonyme d\u2019absence d\u2019actions\u201d.Il se réjouit d\u2019ailleurs de ce que dans les régions les plus touchées \u2014 dont l\u2019Outaouais \u2014 de plus en plus de professionnels soient sensibilisés et la population davantage préoccupée de la situation.Par contre, ces deux années de réflexion ont confirmé Monsieur Paquet dans l\u2019idée que toute politique de prévention efficace et adaptée à notre milieu devra répondre à trois conditions.La première concerne la diversité des modes d\u2019intervention: \u201cil ne faut pas que le plan soit récupéré par un établissement ou par un groupe de professionnels\u201d.Des groupes de prévention autonomes, formés de bénévoles, ont déjà acquis une solide expérience et on ne peut se payer le luxe de se priver de leur expertise.La seconde attente soulevée par Roger Paquet touche le respect des valeurs socio-culturelles régionales.Donnant l\u2019exemple de la région de l\u2019Outaouais, il ne veut surtout pas qu\u2019une politique provinciale empêche des interventions auprès des gens \u201cde l\u2019autre côté de la rivière\u201d.\u201cLe suicide est un problème fondamentalement humain, fait de solitude et de souffrances.C\u2019est beaucoup plus universel que des notions de territoire géographique\u201d.Le troisième élément concerne les populations-cibles et particulièrement les jeunes.\u201cIl faut s\u2019interroger sur les moyens de les rejoindre.C\u2019est même un préalable indispensable.Plusieurs expériences tendent à démontrer que les jeunes répondent très peu aux formes habituelles d\u2019aide\u201d.Le CSMQ émettait aussi la recommandation que les services offerts soient accessibles en tout temps, 24 heures sur 24.On comprend l\u2019exigence: la prévention ne peut s\u2019accommoder d\u2019une politique de \u201cjours ouvrables\u201d! Pour que la prévention soit efficace à cet égard, le MAS devra débloquer des budgets et favoriser la recherche appliquée, indispensable, comme on l\u2019a vu, pour affronter un problème aussi complexe.À l\u2019heure actuelle, la dernière version de la politique québécoise en matière de prévention du suicide se trouve sur le bureau du sous-ministre adjoint des Affaires sociales.\u201cÀ moins qu\u2019on nous demande des dizaines de modifications\u201d, le président du groupe de travail chargé de l\u2019élaboration de cette politique, M.Pierre Montam-beau, a le pressentiment qu\u2019on ne tardera pas à la divulguer.Mais, souligne-t-il, \u201cce n\u2019est pas de mon ressort\u201d.IL FAUT LIRE Ce troisième numéro de la collection \u201cde la parole à l\u2019écriture\u201d saura assurément satisfaire votre goût d\u2019approfondir le message biblique pour aujourd\u2019hui.Nous recommandons ce guide de lecture de l\u2019évangile où l\u2019auteur met en pratique sa méthode MÉDÉAC: MÉmoriser, DÉcortiquer, Actualiser, à tout lecteur qui se veut plus participant que consommateur! JÉSUS, MARC ET NOUS as pages; 5,95$, plus 0,70$ de frais d\u2019envoi.En vente à SOCABI 212, boul.St-Joseph ouest Montréal H2T 2P8; tél.: (514) 274-4381 Agir.et vite La divulgation d\u2019une politique québécoise de lutte contre le suicide est dorénavant l\u2019affaire des hommes politiques et des administrateurs.Et peut-être d\u2019abord celle des administrateurs puisque la mise en place d\u2019un réseau efficace entraînera inévitablement quelques bouleversements aux Affaires sociales.L\u2019idée d\u2019offrir des services spécialisés 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, doit déjà causer tout un émoi au Conseil du Trésor.sans oublier les budgets qu\u2019il faudra consentir aux recherches sur le phénomène et aux groupes autonomes de prévention qui, après des années de travail de pionnier, soutenu et patient, méritent le respect et la reconnaissance de la société québécoise.On ne peut que souhaiter la poursuite de recherches interdisciplinaires sur le suicide et celle des efforts déjà accomplis par les quelques organismes de prévention qui se sont constitués de manière autonome.Mais on attend surtout la publication du plan d\u2019intervention gouvernemental: longuement mis au point, il risque d\u2019imposer des réaménagements et des sacrifices.Il risque même de remettre en question certaines politiques d\u2019assistance sociale.Mais le besoin est clair: la vie de nos conci-toyens-nes vaut d\u2019être protégée.Le travail accompli par le Comité de la santé mentale du Québec indique bien l\u2019urgence d\u2019agir.Le 22 mai 1984 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 185 Le rapport Daudlin sur les minorités visibles LE RACISME CANADIEN \t LA LOI par Julien Harvey Lord Mansfield disait en 1 771 : \u201cThe air of England is too pure for any slave to breathe\u201d.Ceci est toujours vrai et s\u2019applique aussi pour le Canada.Pierre Elliott Trudeau Le racisme est une maladie des pays multiculturels.Et notre pays, qu\u2019il s\u2019agisse du Canada ou du Québec, est en train de devenir multiculturel, de façon accélérée1.Cela fait que le mal raciste grandit de façon sournoise mais sérieuse, tant qu\u2019on n\u2019y porte pas remède.C\u2019est sans doute cette perception d\u2019un mal croissant qui a poussé la Chambre des communes fédérale à constituer, en décembre dernier, un \u201cComité spécial sur la participation des minorités visibles à la société canadienne\u201d.Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec cette notion, les minorités visibles, pour les Communes, comprennent les Amérindiens et les Métis, les Canadiens d\u2019origine africaine, chinoise, sud-est asiatique, indienne, pakistanaise, japonaise, arabe, antillaise, philippine et latino-américaine.On a ainsi créé un groupe de travail de sept membres, présidé par le député Bob Daudlin, qui s\u2019est adjoint un personnel de seize personnes.Le comité a déposé son rapport, ou du moins son premier rapport, à la fin de mars.L\u2019édition française est intitulée \u201cL'égalité, ça presse!\u2019\u2019.C\u2019est ce rapport que je veux ici présenter et soumettre à une première analyse.Dès l\u2019abord, je tiens à reconnaître qu\u2019il y a là un pas dans la bonne direction.Il est important qu\u2019un document aussi officiel reconnaisse l\u2019existence et la gravité du racisme au Canada.Je suis le premier à m\u2019en ré- 186 jouir2.Ceci dit, le présent commentaire pourra sembler sévère.S\u2019il l\u2019est, c\u2019est en raison de la gravité et de la difficulté du problème.Il se veut positif et il cherche à prévenir des erreurs graves.La qualité du rapport C\u2019est un livre de 180 pages.Il est bien illustré et le graphisme est attrayant.Il comporte 80 recommandations, divisées en six chapitres: 1 ) Intégration sociale, 2) Emploi, 3) Politique officielle, 4) Questions juridiques, 5) Médias, 6) Éducation.Chaque chapitre est précédé d\u2019un témoignage reproduit de façon élaborée, avec des photos de son auteur.Une introduction de six pages veut résumer l\u2019ensemble du travail.Au départ, il faut signaler un premier malaise.Tout le texte est en \u201cfrançais de traduction\u201d, légèrement hors du foyer, remplaçant les mots techniques par des termes vagues, ignorant le vocabulaire employé régulièrement par les francophones du pays.Qu\u2019il me suffise de citer, pour votre amusement, l\u2019une des 29 définitions contenues dans le glossaire, sans doute destiné à faciliter la lecture: PROGRAMMES D\u2019ÉGALITÉ DE CHANCES = Essentiellement, ces programmes, qui représentent la démarche la moins active, servent à surveiller et à évaluer les progrès réalisés dans l\u2019application d\u2019une politique consistant à identifier les groupes désavantagés et à fixer pour eux des objectifs généraux d\u2019emploi ou de promotion (p.1 58).Le malaise se transforme en irritation lorsqu\u2019on constate que chaque paragraphe du rapport est précédé d\u2019un ou de deux mots qui cherchent à résumer le paragraphe en question et que presque tous ces mots-résumés sont traduits de façon floue.Cela s\u2019explique sans doute par la composition du groupe de travail: sur sept commissaires, un seul est du Québec et francophone, le député Michel Veillette, de Champlain, dans la région des Trois-Rivières; et sur seize personnes attachées au comité, trois 1.\tPour une bonne évaluation commode, même si elle date déjà de quelques années, voir: Howard Palmer, Immigration and the Rise of Multiculturalism, Copp Clark Publ., Toronto, 1975.On y trouve une partie de la bibliographie en français.2.\tVoir mon exposé de la situation montréalaise, dans Relations de mars 1984, p.54-60: \u201cMontréal raciste, est-ce possible?\u201d.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 seulement sont francophones.Pourquoi fallait-il handicaper une commission explicitement chargée d\u2019améliorer les relations interculturelles, par un tel manque de jugement?Pourquoi désigner trois députés ontariens sur sept commissaires?Pourquoi constituer une équipe qui ne pouvait travailler qu\u2019en anglais, quitte à engager deux femmes francophones?Le deuxième malaise est beaucoup plus sérieux.À l\u2019intérieur de la division sommaire en six chapitres, les recommandations ont été laissées en vrac.La recommandation la plus fondamentale, celle de créer un ministère d\u2019État au multiculturalisme, arrive au n° 25, alors que son existence est présupposée dans les recommandations nos 2, 3, 5, etc.De plus, un nombre important de recommandations ne concernent les minorités visibles que de façon très générique et pourraient s\u2019appliquer à tous les groupes culturels du pays (par ex.nos 2, 3, 4, 5, 9, 11, 1 3, 1 5, etc.).Enfin, les recommandations s\u2019adressant à divers paliers de gouvernements (fédéral, provinciaux, municipaux, scolaires) et à l\u2019entreprise privée sont présentées pêle-mêle! On ne peut s\u2019empêcher de conclure que le rapport a été publié prématurément.On a voulu faire vite; c\u2019est compréhensible, louable même.Mais on aurait dû tenir une ou deux rencontres de plus, demander une ou deux semaines supplémentaires de travail au personnel pour améliorer le rapport à trois égards.1) Synthétiser et ordonner les recommandations, en particulier autour des organismes auxquels elles s\u2019adressent: le ministère d\u2019État au multiculturalisme, s\u2019il est vraiment la solution au problème, ses services auxiliaires, les diverses commissions des droits de la personne, les organismes non gouvernementaux de vigilance et d\u2019action dans le domaine des relations interculturelles.2) Abréger le rapport et le nombre des recommandations en isolant, pour en faire une liste séparée, les recommandations qui ne relè- 3.Les commissaires auraient certainement amélioré leurs perspectives et le texte de leur paragraphe s\u2019ils avaient consulté, par exemple, Jay E.Goldstein & Rita M.Bienvenue, Ethnicity and Ethnie Relations in Canada: A Book of Readings, Toronto, Butterworths, 1980; en particulier, voir les contributions de Clement, Morris and Lanphier, Pineo, Porter.vent pas du gouvernement fédéral et doivent par conséquent être transmises à d\u2019autres instances.Ceci éliminerait un bon nombre de recommandations, utiles mais déplacées ici, comme par exemple les nos 8-11,41, 67-80.Plusieurs autres devraient être scindées, pour en dégager ce qui regarde le gouvernement fédéral.3) Renforcer ensuite, en les justifiant davantage, un choix de recommandations et en sérier l\u2019urgence.Sans ce travail, le rapport devient pratiquement inutile, sauf pour les spécialistes.De plus, il risque d\u2019être dangereux, une fois livré à cette portion des spécialistes que sont les technocrates.Car il invite à prendre des initiatives centralisatrices inacceptables, surtout dans les domaines où il y a de l\u2019argent à faire et des postes à créer, particulièrement à Ottawa.Les options de base du rapport Le comité a reçu 300 mémoires, des centaines de lettres, et il a entendu 130 groupes qui ont voulu témoigner lors des audiences.Cela ne pouvait manquer d\u2019avoir des répercussions importantes sur le contenu du rapport.Et il est normal qu\u2019il en soit ainsi: une commission d\u2019enquête doit écouter.Il est clair par exemple, que la presque totalité des intervenants néo-canadiens n\u2019ont jamais compris qu\u2019en venant au Canada ils acceptaient de vivre dans une confédération.Ils considèrent le gouvernement fédéral comme le seul gouvernement du pays.Ils ne réalisent pas qu\u2019il existe ici un partage de pouvoirs et de res-ponsabilités.Cette attitude s\u2019explique en partie par le fait que les États fédératifs sont peu nombreux dans le monde (Allemagne, États-Unis, URSS, Suisse).Mais elle s\u2019explique aussi par la publicité du gouvernement fédéral à l\u2019étranger: celui-ci depuis de longues années et malgré les protestations des provinces, présente aux immigrants un Canada comme on le souhaite à Ottawa et non pas selon sa constitution.Mais voici une conséquence plus grave de l\u2019interaction des témoignages et de la réflexion d\u2019une commission mal équilibrée dès le départ: une image du pays a été accentuée par les intervenants néo-canadiens de l\u2019Ouest et elle a été adoptée sans plus par la commission.Il faudrait citer en entier un paragraphe-clé de l\u2019introduction (p.3), qui veut expliquer pourquoi la commission a été créée.D\u2019abord on attribue à la création de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme (Lauren-deau-Dunton) en 1963 un redoublement d\u2019activité des groupes ethniques de l\u2019Ouest du pays.Une opposition se serait alors manifestée, dans les provinces des Prairies surtout, parce que les groupes culturels autres que français et anglais auraient eu l\u2019impression d\u2019être traités comme des citoyens de seconde zone.On ajoute ensuite que \u201clorsque la Loi sur les langues officielles a été proposée en octobre 1968, le Premier ministre a pris soin d\u2019indiquer que, si nous avons deux langues officielles, nous vivions néanmoins dans une société pluraliste\u201d.Et on ajoute: \u201cL\u2019entrée en vigueur de la Loi, en septembre 1969, a suscité, surtout dans l\u2019Ouest du Canada, une réaction telle que le gouvernement en a conclu qu\u2019une interprétation trop littérale de la formule du bilinguisme viendrait renforcer la thèse des \u2018deux nations\u2019, ce qui était inacceptable.Il a donc proposé en octobre 1971 une politique officielle du multiculturalisme pour le Canada, pour donner suite aux recommandations du Volume IV du rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme\u201d.On reconnaît enfin que c\u2019est l\u2019apparition, en 1981, d\u2019attitudes franchement ou secrètement racistes dans la société canadienne qui a provoqué la création de la commission d\u2019enquête3.On admettra qu\u2019il est rare qu\u2019un paragraphe composé par une commission contienne autant d\u2019information importante! Surtout quand on ajoute ensuite un paragraphe étonnant où on affirme que la commission BB a vu ses travaux \u201ccouronnés de succès\u201d, qu\u2019elle a permis de bien intégrer les francophones à la société canadienne et que les quinze années qui ont suivi \u201cont vu l\u2019adoption du bilinguisme au moins par les institutions relevant du gouvernement fédéral et, dans une moindre mesure, par l\u2019ensemble de la société canadienne.Des efforts analogues s\u2019imposent pour que les minorités visibles puissent participer pleinement à la société canadienne\u201d.On a raison de se demander quelle étrange perception de la réalité canadienne permet à des RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 187 commissaires de signer de telles assertions.Un détour du côté de la psycho-linguistique aurait éclairé les commissaires et leur personnel.Après les avoir vu identifier la culture et la langue française à celles des minorités visibles, il devient évident que le vrai principe sous-jacent à tout le rapport est le suivant: le Canada qu\u2019ils recommandent est un Canada où il n\u2019y a qu\u2019une langue et qu\u2019une culture réelles et protégées, l\u2019anglo-cana-dienne; tout le reste relève du ministre d\u2019État au multiculturalisme, partout, y compris au Québec4.Il est d\u2019autant plus intéressant de voir une seule phrase essayer de compenser pour l\u2019ensemble du rapport: \u201cLes groupes qui ont comparu devant le Comité s\u2019entendaient pour dire que deux langues officielles s\u2019imposaient, mais rejetaient l\u2019idée répandue de deux cultures officielles au Canada\u201d (p.5).Le rapport et le racisme Comme le groupe de travail nous remet un travail inachevé, sans laisser entendre qu\u2019il le prolongera, il faut tenter d\u2019utiliser ce qu\u2019il nous fournit.J\u2019offre un premier défrichage.Pour chacun des points vitaux, je propose un principe directeur et je compare ensuite ce que nous offre le rapport.1.\tL\u2019expérience étrangère, surtout américaine, montre que pour faire face aux conflits raciaux, un pays a besoin d\u2019organismes privés et publics.Les organismes publics sont mieux subventionnés mais moins libres, mieux équipés en personnel mais beaucoup plus lents; par ailleurs, les organismes publics disposent de pouvoirs de pression et de sanction que les entreprises privées n\u2019auront jamais.4.\tVoir par exemple les conclusions classiques de Benjamin Lee Whorf, Language, Thought and Reality, John B.Carroll, Ed., New York & Londres, Wiley and Chapman, 1956, spécialement p.134-159.5.\tOn aura un état de la question suffisant dans : D.A.Schmeiser, Civil Liberties in Canada, Oxford, Oxford Univ.Press, 1964; voir également Allan Gotlieb, Ed., Human Rights, Federalism and Minorities, Toronto, Canadian Institute of International Affairs, 1970.C\u2019est sans Le rapport Daudlin cite une quantité considérable d\u2019organismes privés, surtout en milieu anglophone (très peu de groupes québécois ont témoigné), mais il recommande rarement d\u2019appuyer ces organismes (exceptions: nos 2, 3, 6, 7, 8, 58, 59, 60, 62).Si on veut assurer d\u2019abord l\u2019existence d\u2019une multiplicité d\u2019intervenants correspondant à la multiplicité des cultures, si on veut aussi éviter la centralisation bureaucratique, il faut relire bon nombre de recommandations en les adressant à des initiatives privées, en particulier aux fédérations d\u2019organismes d\u2019aide aux minorités (groupes de défense, journaux, groupes culturels, etc.).2.\tUn principe fondamental de planification de l\u2019intervention publique dans le racisme veut que dans un domaine où la passion et l\u2019irrationnel jouent un aussi grand rôle, les mécanismes de persuasion soient très importants, mais que, pour être efficaces, ils doivent être intimement rattachés, sinon identifiés, aux mécanismes de contrainte et éventuellement de sanction.En d\u2019autres termes, le citoyen ou le groupe qui manifeste du racisme doit être d\u2019abord rencontré par un organisme public qui lui signale le caractère irrégulier de sa conduite, qui peut rendre public son avertissement si des avis répétés demeurent sans effet; ce même organisme ou un organisme intimement rattaché au premier doit pouvoir alors contraindre le ou les délinquants, par des mesures comme la révocation d\u2019un permis, la déclaration d\u2019incapacité à proposer des soumissions pour des travaux publics (Contract compliances des USA), et éventuellement par des amendes.Sans cette intervention unifiée, les pressions toujours légères de l\u2019État n\u2019obtiennent aucun résultat auprès des racistes.Dans le rapport, on peut retrouver tout ceci, mais par fragments, en particulier dans les recommandations nos 6,7, 1 3, 1 4, 1 9, 25, 26, 27, 31 et dans toute la section 35-52.Mais si on veut arriver à une solution efficace, il faut articuler solidement le ministère d\u2019État au multiculturalisme (encore une fois, s\u2019il est vraiment l\u2019organisme requis), le Conseil consultatif, le Comité permanent au multiculturalisme, Justice Canada et les divers paliers des Commissions des droits de la personne.3.\tDans l\u2019intervention publique, trois types de législation se sont avérés efficaces et chacun de ces types requiert un traitement spécial: a) les chartes et lois concernant les droits de la personne; b) les lois concernant l\u2019emploi; c) les lois sur les expressions de la haine raciale.Le problème le plus difficile sur le plan législatif, au Canada, et le rapport en est la meilleure preuve, vient de ce que la loi canadienne est relativement exempte de mesures discriminatoires flagrantes5.Si bien que le racisme se faufile impunément à travers les silences de la législation, les difficultés de faire la preuve, les risques encourus par celui qui porte plainte, les lenteurs et les illogismes de l\u2019enquête, la multiplicité des instances impliquées, la légèreté des sanctions6.Le rapport est ici très déficient.Il essaie de faire avancer la question en recourant la plupart du temps aux \u201cprogrammes d\u2019action positive\u201d, qu\u2019il définit dans son glossaire comme les \u201céléments des politiques de lutte contre la discrimination comportant la restructuration des institutions et des organismes selon des paramètres plus représentatifs de la composition de la société\u201d! Pour comprendre cette \u201cdéfinition\u201d du glossaire, il faut se rappeler que la Commission de l\u2019emploi et de l\u2019immigration du Canada a créé, il y a plus doute une exigence de M.Pierre Elliott Trudeau, qui y publie le seul article en français, qui a fait répéter le titre en traduction française, Les droits de l\u2019homme, le fédéralisme et les minorités.J\u2019y emprunte le texte cité en exergue.6.\tUn exemple récent dans la région de Montréal.Un jugement de la cour supérieure a rejeté la clause d\u2019un citoyen d\u2019origine haïtienne, M.Victor Thébaud, avec frais et dépens, alors que cette cause était recommandée par la Commission des droits de la personne du Québec, appuyée sur près de deux ans de travail de cette commission.La raison du rejet a été la contravention de Monsieur Thébaud à des règlements de la coopérative où il travaillait, règlements qui ont été votés par la corporation en question après coup et avec la rétroactivité exactement requise pour protéger la corporation.On pourrait citer malheureusement d\u2019autres cas du même genre.188 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 de cinq ans, une Direction de l\u2019action positive.Cet organisme encourage les employeurs, surtout ceux du secteur privé, à favoriser, à compétence égale, l\u2019engagement des femmes, des handicapés, des autochtones, des Noirs en Nouvelle-Écosse.Le rapport Daudlin recommande (n° 13) d\u2019ajouter à cette liste les minorités visibles, pour une période de cinq ans.Cela ne nous mène pas très loin.Une meilleure traduction française de P'action positive\u201d aurait sans doute parlé de \u2018\u2018voeux pieux\u201d.Une fois admis le principe énoncé ci-dessus, celui des mécanismes unifiés de pression et de sanction, il faudrait renforcer sérieusement plusieurs des recommandations, bien au delà de l\u2019\u201caction positive\u201d.Je signale en particulier les endroits où l\u2019intolérable doit cesser immédiatement, comme les subventions fédérales, provinciales ou municipales accordées à des organismes qui manifestent de la discrimination systémique ou occasionnelle à l\u2019égard des minorités visibles; l\u2019admission à des subventions, ou à des soumissions en vue de contrats, d\u2019entreprises qui pratiquent la discrimination dans l\u2019emploi, les salaires, les promotions.La cessation immédiate de toute discrimination dans les services de l\u2019État eux-mêmes (armée, police, etc.) et dans les services directement rattachés à l\u2019État (compagnies de la couronne, communications, transports, etc.) est également une mesure qui ne peut tarder, surtout quand des règlements astucieux voilent la discrimination (je serais étonné qu\u2019un policier plus petit mais qualifié en judo ou en karaté ne soit pas un policier respecté!).Les médias mériteraient aussi un traitement à part; les permis de diffusion devraient être immédiatement remis en question dans les cas de racisme exprimé, vu l\u2019importance exceptionnelle des moyens de communication dans la diffusion du racisme.Quant aux \u201cprogrammes d\u2019action positive\u201d, ils peuvent bien s\u2019ajouter ensuite, dans les domaines moins urgents et là où la liberté démocratique impose des mesures incitatives.Mais il faudra que ces programmes soient méthodiques, qu\u2019ils comprennent des rappels, des campagnes publicitaires, des avantages économiques pour les entreprises qui voudront collaborer.7.Voir G.Myrdal, An American Dilemma, New York, Harper, 1 954, Vol.1, p.60s.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 Je ne veux pas entrer dans la section concernant l\u2019éducation, qui relève entièrement des provinces, à l\u2019exception du préscolaire et d\u2019une partie de l\u2019universitaire.Cette section du rapport devrait se trouver en appendice ou alors situer clairement l\u2019action du gouvernement fédéral au niveau de l\u2019encouragement et de l\u2019incitation.Je tiens cependant à rappeler, dans ce domaine de l\u2019éducation, que plusieurs politiciens et juristes conservent encore dans le bagage qu\u2019ils ont appris à l\u2019université un principe du 19e siècle qui prétend que \u201cla législation est sans force contre l\u2019instinct raciste\u201d.L\u2019expérience a abondamment prouvé le contraire; la loi qui ne vise pas directement le sentiment raciste mais son expression publique a une double fonction pédagogique éprouvée: elle rejoint la conscience de la personne, au delà de la réaction instinctive, et très souvent la conscience reconnaît le bien-fondé de la loi même si l\u2019instinct raciste continue de protester.Si bien que le principe du fait accompli, dans la législation contre le racisme, fonctionne en général positivement.De plus, on reconnaît que la loi éduque ceux et celles qui ne sont pas violemment racistes.Or nous savons par de bonnes enquêtes, que le rapport cite (p.3), que seulement 1 0% à 1 5% des Canadiens sont franchement racistes; les autres le sont faiblement et parfois pas du tout, et la loi leur servira de pédagogue! Dans ce domaine du renforcement des exigences légales, il faudrait revoir les recommandations nos 6, 7, 12, 13, 14, 16, 19, 23, 31, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 42, 43, 47, 48, 49, 53, 60.C\u2019est même là, à mon avis, que devrait porter le plus grand effort pour rendre le rapport efficace.4.L\u2019expérience a montré que ce sont les discriminations dans l\u2019emploi qui sont les plus douloureuses, les plus fréquentes et les plus dangereuses comme source de violence sociale.Si bien que l\u2019ordre de priorité dans les urgences si on veut lutter contre la discrimination est habituellement le suivant: améliorer la situation 1) dans l\u2019emploi, 2) dans le recours à la loi et à la justice, 3) dans l\u2019accès à la responsabilité politique, 4) dans l\u2019accès à tous les services publics, 5) dans le prestige social y compris l\u2019interma-riage7.Si une amélioration peut être ajoutée à cette liste éprouvée, ce serait en signalant que le logement est une haute priorité, après l\u2019emploi.C\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019on est victime de discrimination dans les domaines fondamentaux de la vie, du travail, du logement, personnellement et plus encore en groupe, que le racisme peut croître.Le rapport mêle tous ces niveaux, et c\u2019est dommage.Je recommanderais donc de reclasser les recommandations selon cet ordre d\u2019urgence.Même s\u2019il est vrai que \u201cl\u2019extermination des Juifs par les nazis n\u2019a pas commencé par les chambres à gaz, mais par les injures et la propagande haineuse\u201d, comme le signale un des témoins à l\u2019enquête (p.71), il reste que les lois sur la propagande haineuse se sont avérées moins efficaces et que la contre-propagande en faveur de l\u2019égalité et de la fraternité obtient un meilleur résultat.Si une action énergique est entreprise, par l\u2019initiative privée appuyée par les mécanismes et les subventions de l\u2019État, dans le domaine vital de l\u2019emploi, le reste devient plus facile.C\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019on est victime de discrimination dans les domaines fondamentaux de la vie, du travail, du logement, personnellement et plus encore en groupe, que le racisme peut croître.Le chômage des minorités visibles est aussi mauvais pour elles que pour les citoyens de la ma- suite au bas de la page suivante 189 Qui saura enseigner aux parents qu\u2019ils ne sont pas les \u201cpropriétaires\u201d de leurs enfants?LES ABUS SEXUELS D'ENFANTS par Camille Messier agent de recherche Comité de la protection de la jeunesse La violence sexuelle faite à un enfant remet en cause les rôles sociaux dévolus à l\u2019adulte mâle vis-à-vis du plus petit, soumission de l\u2019un et possession de l\u2019autre.Elle peut être le reflet de l\u2019éducation du jeune mâle qui le conditionne à s\u2019exprimer agressi- vement, à exiger par la force, à toujours refuser quelque insatisfaction (ou frustration) que ce soit.La sexualité n\u2019est-elle pas l\u2019actualisation, l\u2019expression même d\u2019une manière d\u2019être et de vivre ses relations avec les autres?.jorité; il amène la pauvreté, la démoralisation, la criminalité, le manque d\u2019hygiène et la maladie, et il crée la psychologie et les habitudes du ghetto.Si on tolère la discrimination dans l\u2019emploi, on met en marche le mécanisme qui consiste à créer une victime pour ensuite la blâmer, un procédé classique du racisme8.La centralisation fédérale Dix-sept des 80 recommandations sont renvoyées à un éventuel ministère d\u2019État au multiculturalisme, en particulier, malgré leur caractère disjoint, toutes celles qui concernent les mécanismes publics d\u2019intervention.Que vaut cette idée?En sa faveur, on peut faire valoir le caractère interprovincial du problème de la discrimination à l\u2019égard des minorités visibles.On peut ajouter suite de la page précédente dans le même sens les ramifications du problème dans plusieurs domaines qui relèvent du fédéral.Mais en retour il faut aussi considérer les dimensions provinciales de plusieurs des composantes, en particulier dans des domaines vitaux comme l\u2019éducation, le travail, les médias, la justice civile: autant de domaines où la compétence des provinces est totale ou prioritaire.Et il faut ajouter le problème supplémentaire que j\u2019ai signalé avec regret plus haut, celui de propensions racistes de plusieurs provinces les unes à l\u2019égard des autres, un fait reconnu par le rapport lui-même (Introduction et recommandation 35).Tout cela invite à repenser cette option-clé du rapport.Avant d\u2019élaborer une alternative, qui risquerait de s\u2019avérer aussi prématurée que l\u2019option du rapport, il importe de corriger le biais centralisateur du travail entrepris: la commission aurait dû recommander une étude approfondie par une représentation interprovinciale du rapport et de toute la question.Le présent gouvernement fédéral a pris l\u2019habitude récemment de passer gaîment par-dessus les provinces pour prendre des décisions d\u2019envergure, comme le rapatriement de la constitution et l\u2019inclusion dans cette constitution d\u2019une Charte des droits de la personne.Il faut souhaiter qu\u2019il ne donnera pas de nouvel exemple de discrimination, précisément dans l\u2019application d\u2019un rapport contre la discrimination.Il faut approuver le fait qu\u2019il ait limité le mandat du comité aux minorités visibles: ce sont elles qui portent le plus durement le poids de la discrimination et du racisme.Mais ce fait ne doit pas faire oublier la discrimination et le racisme à l\u2019égard des minorités \u201cnon visibles\u201d, même si la commission Daudlin pense que le rapport Laurendeau-Dunton les a fait disparaître! 8.C\u2019est le titre d\u2019un bon ouvrage américain sur le racisme, William Ryan, Blaming the Victim, 2e éd., New York, Vintage, 1 976.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 190 QUELQUES FAITS ET QUELQUES RÉFLEXIONS TIRÉES DES RÉSULTATS D'UNE RECHERCHE RÉCENTE1 Les abus sexuels d\u2019enfants: ce qu\u2019on en sait Malgré les tabous universels, les dispositions des codes criminels, les anathèmes religieux et la réprobation générale, les abus sexuels commis sur des enfants ont, semble-t-il, toujours existé et le phénomène est loin d\u2019avoir disparu.La littérature psychosociale \u2014 surtout américaine \u2014 s\u2019y est, bien sûr, intéressée d\u2019une façon particulière depuis une vingtaine d\u2019années.De l\u2019ensemble des auteurs consultés, il se dégage un large consensus: \u2014\tLe nombre déclaré des abus sexuels commis par des adultes sur des enfants augmente d\u2019année en année, mais il reste encore nettement en-deçà de la réalité, la plupart de ces cas n\u2019étant jamais rapportés malgré un dépistage un peu plus efficace.\u2014\tLes victimes sont des garçons et des filles mais, parmi les victimes, il y a, aux États-Unis, 10 filles pour 1 garçon; au Québec, la proportion est de 4 filles pour 1 garçon.\u2014\tPresque toutes les personnes abusives sont connues de leur victime et la majorité d\u2019entre elles sont \u201cquelqu\u2019un de la famille\u201d; ce sont des hommes, adultes, qui ont eux-mêmes vécu dans leur enfance une situation d\u2019abus sexuels, physiques ou émotionnels; au Québec, 11% d\u2019entre eux ont entre 1 4 et 1 7 ans.\u2014\tLa majorité des abus sexuels sont de nature incestueuse et les trois quarts des cas d\u2019inceste connus sont du type père/fille.\u2014\tDes études ont été faites auprès de jeunes drogués, de jeunes prostitués, de jeunes fugueurs en fuite perpétuelle, de jeunes délinquants, de jeunes pensionnaires en maison d\u2019accueil, de jeunes ayant effectué des tentatives de suicide, de jeunes patients des cliniques psychiatriques ou en traitement par des agences sociales; toutes les études de tels groupes de jeunes révèlent la présence d\u2019un taux relativement élevé de victimes d\u2019abus sexuel et particulièrement d\u2019inceste.Toutefois, ce n\u2019est pas des jeunes eux-mêmes que proviennent la plus grande partie des données dont nous disposons pour étudier les conséquences d\u2019un abus sexuel durant l\u2019enfance, mais plutôt d\u2019adultes qui ont gardé leur secret au cours de longues années avant de consulter, plus tard, pour être aidés dans leurs difficultés personnelles, conjugales ou familiales.1.\tMessier, C., De Champlain, J., La protection sociale des enfants victimes d\u2019abus sexuels.où en sommes-nous au Québec?, Comité de la protection de la jeunesse, Études et recherches, cahier 5; Ministère de la Justice, Gouvernement du Québec, Montréal, 1 984.2.\tMarois, M., Perreault, L., L'intervention sociale auprès des enfants maltraités, une pratique à repenser?Études et recherches, cahier 2, Comité de la protection de la jeunesse, Ministère de la Justice, Gouvernement du Québec, Montréal, 1981.3.\tWalters, David R., Physical and Sexual Abuse of Children, Causes and Treatment, Bloomington and London, Indiana University Press, 1975.4.\tLévy, J.J., Dupras, A., La sexualité au Québec, Longueuil Éd.Iris, 1981, Wei-derholt, C., A Psycho-Dynamic View on Sex Crime and its Implication on Treatment.Congrès mondial de sexologie, Rome, 1978, cités par Beltrami, E., Couture, N.et Gagné F., in \u201cLa Pédophilie homosexuelle incestueuse et non incestueuse au Québec\u201d.Les abus sexuels: quelques définitions Quelle réalité recouvre habituellement le terme d\u2019abus sexuels?Les auteurs en donnent des définitions différentes mais qui comportent cependant certaines constantes.Il y a abus sexuel quand: \u2014\tun enfant est forcé ou entraîné dans une relation sexuelle complète ou incomplète* 1 2; \u2014\til y a utilisation d\u2019un enfant en vue d\u2019une gratification sexuelle, ou permission d\u2019un adulte à une autre personne pour utiliser l\u2019enfant en ce sens3; \u2014\til y a activité sexuelle, planifiée ou non, d\u2019un partenaire plus âgé, connu ou non, avec un enfant privé de ses droits de décider s\u2019il veut participer à cette activité sexuelle4; NOMBRE DE SIGNALEMENTS ACHEMINÉS AU COMITÉ DE LA PROTECTION DE LA JEUNESSE Le nombre des cas connus d\u2019abus sexuels envers des enfants augmente d\u2019année en année.L\u2019augmentation des cas connus serait-elle due à une augmentation de la violence sexuelle envers les enfants ou à une plus grande facilité de dépistage?Il est difficile de répondre à cette question.Dans l\u2019ensemble, toutefois, le taux d\u2019abus sexuels d\u2019enfants signalés aux directeurs de la protection de la jeunesse des Centres de services sociaux du Québec (CSS) se maintient à environ 1 enfant par 2 000 enfants québécois.Ainsi, en 1978, on a signalé 379 cas d\u2019abus s\u2019exuels sur un total de 5 089 cas de mauvais traitements, soit 7,4%; en 1979,\tles proportions étaient de 714/4035 (17,7%); en 1980,\t843/3681 (22,9%); en 1981,\t806/2999 (26,9%).RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 191 \u2014\til y a un \u201cmauvais usage\u201d, une déviation \u2014 Brant et Tisza parlent de \u201cSexual misuse\u201d au lieu d\u2019abus sexuels \u2014, du fait que l\u2019enfant est exposé à une stimulation sexuelle inappropriée à son âge, à son niveau de développement psychosexuel et à son rôle dans la famille5; \u2014\til y a implication d\u2019enfants ou d\u2019adolescents immatures dans des activités sexuelles qu\u2019ils ne comprennent pas entièrement, auxquelles ils sont incapables de donner un consentement renseigné, ou qui violent les tabous sociaux ou les rôles familiaux6; \u2014\til y a des relations hétérosexuelles ou homosexuelles, complètes ou non, ou des jeux sexuels entre un (ou des) adul-te(s) et un enfant de moins de 18 ans, ayant pour but soit de stimuler sexuellement l\u2019enfant, soit d\u2019utiliser l\u2019enfant pour obtenir une stimulation sexuelle sur sa personne et/ou sur un/une partenaire7.Dans toute situation d\u2019abus sexuel, il faut donc tenir compte des éléments suivants: le lien de la personne abusive avec l\u2019enfant, la pratique sexuelle, l\u2019âge de l\u2019enfant, l\u2019âge de l\u2019agresseur, la fréquence, les valeurs culturelles, le degré de contrainte, la violence, le milieu de vie de l\u2019enfant et sa situation familiale.Ce sont là autant de facteurs qui relativisent la notion d\u2019abus sexuel.MAIS QUI SONT-ILS?\tMAIS QUI SONT-ELLES?Le Comité de la protection de la jeunesse a étudié l\u2019ensemble et non un échantillon des cas d\u2019abus sexuels signalés au Directeur de la protection de la jeunesse des 14 Centres de services sociaux du Québec au cours des six premiers mois de l\u2019année 198V.Pendant cette période, 445 cas d\u2019enfants ont été acheminés au CP J pour abus sexuels.Après élimination des cas acheminés par erreur, non retraçables, etc., 374 cas restent à l\u2019étude.1.Messier, C., De Champlain, J., La protection sociale des enfants victimes d\u2019abus sexuels.où en sommes-nous au Québec?, Comité de la protection de la jeunesse, Études et recherches, cahier 5; Ministère de la Justice, Gouvernement du Québec, Montréal, 1984.Profil des personnes reconnues abusives \u2014\t97% sont de sexe masculin.\u2014\t92% sont connues de l\u2019enfant; 69% sont \u201cquelqu\u2019un de la famille\u201d.\u2014\t14% des victimes sont abusées par deux personnes ou plus; 12% des victimes d\u2019un inceste père/fille sont également victimes d\u2019un autre type d\u2019inceste; il y a quelques cas d\u2019abus à la fois dans la famille et hors de la famille.\u2014\tDans bon nombre de cas, on a pu établir l\u2019âge des personnes abusives; la plupart sont des hommes d\u2019âge mûr (73% ont 30 ans ou plus), mais plusieurs sont des jeunes (27% de moins de 30 ans) dont maints adolescents (11% ont de 14 ans à 17 ans); dans l\u2019ensemble, l\u2019âge moyen des personnes abusives est 38 ans.\u2014\tL\u2019âge moyen des pères incestueux est 43 ans.\u2014\tLes victimes de viol et d\u2019agression sexuelle ont été attaquées par des hommes jeunes dont l\u2019âge moyen est 27 ans.Profil des victimes \u2014\tLe profil de l\u2019ensemble des victimes établit que sur 5 enfants, il y a 4 filles et un garçon.\u2014\tL\u2019âge moyen des enfants dont le cas est retenu est de 12,1 ans.\u2014\tParmi les cas retenus, il y a plusieurs enfants dont la famille est déjà connue du réseau social des CSS (44%).\u2014\tDans près d\u2019un cas sur cinq (19%), le signalement décrit une situation d\u2019abus sexuels se conjuguant à de la violence physique ou de la négligence; ces abus multiples sont proportionnellement plus nombreux pour les plus jeunes enfants signalés (27% des 0-5 ans, 20% des 6-12 ans, 19% des 13-14 ans et 17% des 15-17 ans).Profil des familles Le diagnostic social du DPJ est très lourd puisqu\u2019il a identifié au moins un grave problème autre que l\u2019abus sexuel dans la majorité des cas (71 %).Dans ces familles, une proportion plutôt importante des pères présente un problème de consommation d\u2019alcool (26%); la santé mentale de plusieurs parents est ébranlée (11 % des pères et 16% des mères); des mères ont un problème de consommation d\u2019alcool (7%); des pères en ont un de délinquance (7%).Dans ces familles, les enfants présentent souvent des problèmes sérieux de comportement (23% des victimes et dans 21% des cas, au moins un autre enfant), de même que des problèmes d\u2019apprentissage (18% des victimes et dans 17% des cas, au moins un autre enfant); de plus, plusieurs enfants présentent d\u2019autres problèmes: handicap intellectuel (7% des victimes et dans 10% des familles, au moins un autre enfant), handicap physique (dans 6% des familles, un enfant autre que la victime), délinquance chez les enfants autres que la victime (8% des familles).La durée moyenne de tous les cas ayant un caractère de continuité est de 19 mois; au signalement, parmi les cas présentant une continuité, les cas d\u2019inceste duraient, en moyenne, depuis plus longtemps que les autres, soit près de 2 ans: 22 1 /2 mois pour les cas d\u2019inceste père/fille, 20 mois pour les autres types d\u2019inceste; les cas d\u2019exploitation/prostitution ou détournement de mineur duraient, en moyenne, depuis plus d\u2019un an (15 mois), et ceux d\u2019attentat à la pudeur ou grossière indécence, depuis plus de six mois (8 mois).5.\tBrant, S.T.et Tisza, V.B.\u201cThe sexually misused Child\u201d, dans American Journal of Orthopsychiatry, janvier 1 977.6.\tG.Kempe, Henry C., \"Sexual abuse another hidden pediatric problem\u201d, dans Pediatrics, vol.62, no 3, 1978.7.\tMessier, Camille et Martin, Ghislaine, L'enfance maltraitée, ça existe aussi au Québec, Études et recherches, cahier 1, Comité de la protection de la jeunesse, Ministère de la Justice, Gouvernement du Québec, Montréal, 1981.8.\tWalters, David R., op.cit.COMMENT TRAITER CES CAS?La solution judiciaire à des infractions sexuelles à l\u2019égard d\u2019un enfant est d\u2019abord punitive.De plus, elle entraîne généralement la séparation des partenaires sexuels, qu\u2019il y ait emprisonnement ou non.Cette simple séparation peut-elle avoir pour effet d\u2019empêcher la récidive et surtout de \u201créparer\u201d les torts causés?David R.Walters8 a bien décrit certains écueils de l\u2019intervention judiciaire, spécialement pour les cas d\u2019inceste père/fille: .\u201cL\u2019inceste est difficile à prouver et facile à dénier: \u2014 le fardeau de la preuve revient à la victime, et il s\u2019agit d\u2019un enfant qui dénonce son propre parent; la victime doit souvent affronter l\u2019incrédulité des adultes en autorité, dans une société où le fait d\u2019être un enfant est, par définition, un état d\u2019infériorité; la plupart du temps, cet enfant est terrorisé devant les adultes qui vont l\u2019interroger, l\u2019examiner médicalement et le confronter au dire de ses parents; \u2014 quand l\u2019attention se porte sur l\u2019offenseur, la réponse de la société est presque toujours judiciaire; l\u2019offenseur est alors amené à prendre un avocat qui lui conseille de ne parler à personne de ce qui est arrivé et l\u2019intervenant social se bute à un refus de traitement; ou encore, on n\u2019acceptera de s\u2019engager dans une thérapie que pour éviter une peine d\u2019emprisonnement, ce qui peut entraîner un désistement rapide, avant même, parfois, le début de la thérapie\u201d.De plus, la jeune victime sera souvent soumise à de fortes pressions familiales: on lui fera vite comprendre que sa dénonciation a pour effet de jeter la honte sur toute la famille, en plus d\u2019envoyer son père en prison; s\u2019il s\u2019agit du principal pourvoyeur, toute la famille sera privée de ses revenus et connaîtra la pauvreté.Comment un enfant peut-il maintenir ses premières dépositions dans un pareil contexte?Comment établir une preuve sans cet important témoin?Il n\u2019est donc pas étonnant que de telles causes aboutissent rarement en Cour criminelle?Enfin, la seule approche judiciaire et punitive de ce type de problème a un effet démobilisateur pour les autres familles qui cherchent une solution à un tel problème.La solution de l\u2019intervention sociale met plutôt l\u2019accent sur l\u2019aspect \u201créparation\u201d.Elle est axée surtout sur la protection de l\u2019enfant: elle veut dédramatiser la situation, déculpabiliser la victime, prévenir la récidive et affermir l\u2019autonomie de la victime.Comme on s\u2019y préoccupe de \u201cprotection de la jeunesse\u201d, il n\u2019est pas étonnant que ces intervenants se donnent plus rarement l\u2019objectif de soigner la personne abusive.En pratique, il nous a semblé qu\u2019ils se montrent vite rassurés quand cette dernière s\u2019est éloignée, or ce n\u2019est pas une garantie de sécurité puisque, comme nous le montre la recherche, plusieurs enfants abusés le sont pendant leurs visites et leurs sorties avec un père divorcé qui ne demeure plus avec la famille.Ne pourrait-on penser à des formules qui \u2014 quand cela est nécessaire \u2014 intègrent l\u2019intervention judiciaire et l\u2019intervention sociale?La Loi sur la protection de 192 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 193 DISTRIBUTION DES TYPES D'ABUS SEXUELS JUGÉS FONDÉS OU A RISQUES SÉRIEUX Inceste pére/fille 44% Autre type d\u2019inceste 12% 56% Attentat à la pudeur et grossière indécence 20% Exploitation / prostitution / détournement de mineur 8% Viol et agression 4% Autre 5% 37% ¦ On ne sait pas 7% 7% la jeunesse ou les lois relatives à la famille pourraient être amendées de façon à se pourvoir d\u2019une clause semblable à celle de l\u2019article 33 de la Loi sur les jeunes délinquants (abrogée depuis le 1 er avril) et ce, relativement à certaines infractions (par exemple, les causes d\u2019inceste), pour que le Tribunal de la jeunesse (ou de la famille) entende ces causes.Le magistrat du Tribunal de la jeunesse (ou de la famille) pourrait de toute façon déférer un cas devant la Cour criminelle, s\u2019il le jugeait à propos.Si nous persistons à souhaiter ce recours judiciaire, c\u2019est que ces causes ne se rendent que très difficilement en Cour criminelle; c\u2019est aussi que les intervenants sociaux ont souvent besoin qu\u2019une autorité reconnue les appuie dans leurs efforts de traitement de ces cas, et cette collaboration pourrait être plus simple avec un tribunal moins \u201ceffrayant\u201d qu\u2019une Cour criminelle.Cette recommandation peut prêter à controverse: plusieurs s\u2019objecteront à la sanction judiciaire.Pour notre part, nous la jugeons nécessaire pour déculpabiliser l\u2019enfant-victi-me en clarifiant qui est le coupable.De plus, les intervenants sur le terrain nous signalent qu\u2019après quelques entrevues, la victime, sa mère et parfois ses frères et soeurs poursuivent la thérapie; bref, toute la famille est en thérapie.sauf le père incestueux.s\u2019il n\u2019y est pas contraint.Des modèles récents de traitement psychosocial De nouveaux modèles de traitement clinique sont effectivement ap- pliqués et donnent des résultats étonnants.Ces modèles mettent l\u2019accent sur le traitement thérapeutique en profondeur de toutes les personnes impliquées.Ces programmes intègrent l\u2019action judiciaire aux étapes du traitement psychosocial.Celui-ci est une véritable thérapie menée de concert avec le \u201ccase management\u201d; il commence avec une thérapie individuelle des principaux participants; il se continue par une thérapie de groupes de pairs; il s\u2019oriente ensuite vers une thérapie des dyades et une thérapie familiale.Selon les programmes, un traitement psychosocial intégrant toutes ces phases dure entre un et trois ans.Quand un tel traitement est accessible (à la famille incestueuse), mais qu\u2019il est refusé, abandonné trop tôt, s\u2019il reste sans effet, ou encore, s\u2019il est utilisé uniquement pour éviter l\u2019emprisonnement, plusieurs auteurs estiment nécessaire de recourir au placement définitif de la victime hors de son milieu et, si elle est très jeune, à la déchéance de l\u2019autorité parentale et à l\u2019adoption.Ces modèles sont exigeants.Ils demandent plus que la punition du coupable, la séparation des partenaires et le simple réaménagement de l\u2019environnement social de l\u2019enfant.Ils visent à donner de l\u2019assurance, à rebâtir l\u2019estime de soi, à accroître l\u2019autodéfense, à redonner à la victime la propriété de son corps et le droit de \u201cdire non\u201d, à réorienter la recherche du plaisir sexuel vers des partenaires de la même génération, en un mot, à amener la victime à se convaincre qu\u2019elle a droit à un avenir heureux.Nous n\u2019avons pas, hélas, de recettes infaillibles à offrir aux responsables de ces cas.Mais nous comptons sur la mise en commun des réflexions, des compétences et de l\u2019expérience acquise, pour assurer à tous les enfants protection, sécurité, et chances de développement.Pour notre part, nous croyons à une méthode s\u2019inspirant des \u201cmesures de probation\u201d et qui exige \u201cl\u2019arrêt d\u2019agir\u201d, la confrontation avec les problèmes concrets d\u2019alcoolisme, de santé mentale, de travail et de chômage, de délinquance, ou autres, et ce, de concert avec une véritable thérapie psychosociale.Faire de la prévention ?Le traitement psychosocial comporte, en soi, un objectif de prévention de la récidive de l\u2019abus sexuel avec le même enfant ou avec d\u2019autres enfants.La prévention de la récidive est donc inhérente au traitement et elle contribue par le fait même à prévenir de nombreux autres problèmes sociaux pour le présent et pour l\u2019avenir.Mais la prévention des abus sexuels d\u2019enfants demande plus que la non-récidive dans les cas traités et déborde le traitement psychosocial immédiat du cas par cas.Nous avons vu que les personnes abusives sont des hommes et que, parmi les hommes abusifs, il faut compter maintenant un nombre assez important d\u2019adolescents.Il semble évident que l\u2019éducation sexuelle des garçons est en cause.Par ailleurs l\u2019éducation sexuelle des filles (comme celle des garçons puisque des garçons sont aussi victimes) ne semble pas développer chez elles le sentiment de propriété de leur corps ni renforcer leur système d\u2019autodéfense.suite au bas de la page suivante RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 194 LA RECONVERSION INDUSTRIELLE: DES EMPLOIS POUR LA PAIX par Pierre Bonnet Le mouvement ouvrier constitue sans conteste le premier mouvement social moderne (Alain Touraine): le plus organisé, le plus expérimenté, le mieux équipé pour défendre les intérêts de ses membres mais aussi pour promouvoir politiquement un projet de société.Depuis une dizaine d\u2019années, cependant, d\u2019autres vastes mouvements (écologique, féministe, antinucléaire) se sont développés en marge du mouvement ouvrier.Non pas en opposition aux syndicats mais avec un souci croissant d\u2019autonomie.Pierre Bonnet examine ci-dessous un exemple typique du dialogue nécessaire mais difficile entre le mouvement ouvrier et le mouvement pour la paix: celui de la reconversion des industries militaires.Sans proposer de solution-miracle, il apporte des exemples qui stimulent l\u2019imagination et la créativité.Le débat de l\u2019installation de missiles nucléaires tactiques sur le territoire de plusieurs pays membres de l\u2019OTAN a secoué les parlements européens.La télévision nous a fait voir des centaines de milliers de manifestants, révoltés par l\u2019escalade de la course aux armements, angoissés par l\u2019avenir de la planète.Le mouvement pour la paix et le désarmement ne se limite plus à l\u2019Europe.Aux États-Unis, les leaders religieux se sont élevés contre l\u2019excès des budgets militaires et la psychose de la guerre froide.Plus près de chez nous, l\u2019essai des missiles \u201cCruise\u201d en territoire canadien a réveillé l\u2019opinion publique.Au Québec, ces dernières années, plusieurs groupes se sont formés pour sensibiliser la population à la question de la guerre et de la paix.Mais il ne suffit pas de se prononcer pour la paix et de dénoncer l\u2019industrie militaire.Surtout au moment où la crise économique et la révolution technologique menacent les emplois de milliers de travailleurs.On le sait, l\u2019an dernier, les contrats militaires atteignaient quelque 2 milliards de dollars pour la seule région de Montréal: les engins de mort sont aussi un gagne-pain! Avec un taux officiel de chômage de 1 2% au Canada et de 15% au Québec, les travailleurs et les travailleuses des usines d\u2019armements accueillent chaque nouveau contrat de production militaire comme une bouée de sauvetage.Faut-il se surprendre que la majorité d\u2019entre eux regardent le mouvement pour la paix et le désarmement comme une menace pour leurs emplois?S\u2019engager pour la paix, est-ce s\u2019acculer à brimer le droit au travail?Le mouvement pour la paix et le mouvement syndical sont-ils condamnés à devenir deux solitudes?Faut-il choisir entre la bonne conscience et la sécurité d\u2019emploi?Il ne faut pas que la réduction (et ultimement la suppression) de la production militaire équivale à fermer les usines d\u2019armements.Dans le contexte économique ac- suite de la page précédente La famille reste, bien sûr, la première responsable de l\u2019éducation sexuelle de ses enfants.Aussi, des parents mettent-ils les jeunes enfants en garde contre les étrangers: ils leur apprennent à ne rien accepter d\u2019un étranger, à ne pas le suivre dans une auto ou dans un logement inconnu.Mais quand le danger se trouve au foyer, dans l\u2019entourage immédiat de l\u2019enfant ou chez le voisin d\u2019à-côté, comment les parents peuvent-ils mettre l\u2019enfant en garde?Qui se rendra responsable des parents?Qui saura enseigner aux parents qu'ils ne sont pas les \u201cpropriétaires\u201d de leurs enfants?Qui devra montrer aux parents à voir leurs enfants non comme des objets à leur disposition, mais comme des personnes distinctes d\u2019eux-mêmes et qui ont des droits propres?Le principe d\u2019une éducation sexuelle à l\u2019école est aujourd\u2019hui largement admis.Des programmes s\u2019écrivent, de futurs sexologues sont en formation dans les universités: il est urgent de mettre ces programmes en opération et de confier cette tâche à des gens compétents.L\u2019éducation sexuelle des enfants et des adolescents doit être assumée et ne plus se faire à la sauvette.Elle doit absolument comprendre l\u2019enseignement d\u2019une éthique sexuelle qui professe le respect de soi et des autres, le sens de la propriété de son corps, le droit de dire \u201cnon\u201d et d\u2019assurer sa propre défense.Mais l\u2019éducation sexuelle sera-t-elle, à elle seule, la panacée à ce fléau social qu\u2019est l\u2019abus sexuel d\u2019en- ,ants?\"\tllllllllllllllllllll RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 195 tuel, il ne s\u2019agit pas de fermer les usines mais de les agrandir.Les recettes-miracles n\u2019existent pas en ce domaine, mais les leçons de l\u2019histoire et quelques initiatives récentes ouvrent des pistes de recherche, que nous ne pouvons nous payer le luxe d\u2019ignorer.La reconversion industrielle Des syndiquées européens puis américains sont passés à l\u2019offensive.Ils ont élaboré une nouvelle stratégie syndicale: la reconversion industrielle * 1.Elle veut faire échec à une double catastrophe: le chômage et la guerre.Pour nous de l\u2019hémisphère nord, la guerre, c\u2019est d\u2019abord les risques multipliés de l\u2019holocauste planétaire.Pour les gens de l\u2019hémisphère sud, la guerre, c\u2019est aussi les 43 conflits armés en cours avec les millions de victimes et la misère qu\u2019ils entraînent.Pour l\u2019essentiel, les armes achetées par les pays du Sud proviennent du Nord.Elles tuent et appauvrissent.Le coût des dépenses militaires mondiales encourues en six mois suffirait à payer un programme de dix ans capable de répondre aux besoins en nourriture et en vêtement des pays du tiers monde.Nous connaissons tous et toutes les statistiques et les horreurs qu\u2019elles révèlent.Mais nous avons le sentiment qu\u2019on n\u2019y peut rien.La reconversion industrielle vise précisément à transformer la production militaire en production civile.C\u2019est une lutte pour le droit à un travail socialement utile en même temps que pour la paix.Des syndicats ont voulu démontrer que leurs membres peuvent fabriquer des biens capables de répondre à des besoins humains non comblés dans leurs pays et dans le tiers monde.Ils soutiennent que les impôts, aujourd\u2019hui mis au service de la prolifération d\u2019armes destructrices, pourraient contribuer à élever le niveau et la qualité de vie.Pure utopie, crient certaines personnes! Est-ce possible ?On a la mémoire courte.Si on y songe bien, il est établi depuis 1945 qu\u2019on peut substituer à la production militaire une production civile.Tous les pays ravagés par la Deuxième Guerre ont connu cette transformation.Le Canada a, lui aussi, transformé son économie de guerre en économie civile.Monique Audet, dans son analyse des dépenses militaires canadiennes de 1 937 à 1 982, relève que l\u2019une des causes de la croissance économique de l\u2019après-guerre fut \u201cla possibilité de transformer les usines de guerre existantes en usines \u2018civiles\u2019 sans modification importante de l\u2019outillerie et de l\u2019équipement\u201d2.Trois ordres de conditions assurent le succès d\u2019une telle entreprise: elles sont techniques, économiques et politiques.Mais, c\u2019est la volonté politique qui fut déterminante dans la période de l\u2019après-guerre.La population canadienne en avait assez de la guerre.Le gouvernement fédéral a créé, dès juin 1944, le ministère de la Reconstruction.Il avait pour mandat de coordonner et d\u2019organiser le passage sans heurts de l\u2019économie militaire à l\u2019économie civile.Le gouvernement devait publier, en 1945, un Livre blanc préconisant une batterie de mesures destinées à faciliter cette transition: politique de travaux publics, construction de routes et de logements, exploitation des richesses naturelles, aide à l\u2019exportation, etc.La faisabilité de la reconversion industrielle de la production militaire en production civile est prouvée.Elle a déjà été faite.Et le problème de fond est davantage politique que technique ou économique.Une expérience récente La nouvelle reconversion industrielle est née en Angleterre dans les usines de la compagnie Lucas Aerospace3.Cette dernière est une division de Lucas Industries, multinationale britannique qui compte trois autres divisions et plusieurs compagnies affiliées, implantées sur tous les continents.En 1970, Lucas Aerospace dominait l\u2019aérospatiale britannique avec ses huit compagnies, ses onze chantiers et ses dix-sept usines.La moitié de son chiffre d\u2019affaires provenait de la production militaire.Le quart de ses commandes étaient faites par la Défense nationale.En 1 969, les syndiquées formaient le Comité conjoint des délégués d\u2019ateliers de Lucas Aerospace.Le comité représentait tous les chantiers et tous les syndicats de cols bleus et de cols blancs.Son objectif était de coordonner les démarches syndicales visant à améliorer la sécurité d\u2019emploi, les salaires et les conditions de travail.Des gains importants furent réalisés sur les deux dernières questions mais on ne put empêcher Lucas de faire quelque 4 000 mises à pied.Le nombre de travail-leur(euse)s passait de 18 000 à 14 000 entre 1970 et 1974.Le comité se mit alors à la recherche d\u2019une nouvelle stratégie pour défendre le droit au travail de ses membres.1.\tVoir à ce sujet (analyse et bibliographie): Arnoff, P., Bonnet, P., Jacques, M., Rompré, A.Y., Stillitz, S., \u201cL\u2019emploi dans le naval au Québec: à quand la véritable relance?\u2019\u2019, projet relais CSN, novembre 1 983, 1 63 pages.\u201cLe désarmement et la reconversion des industries d\u2019armement en production civile\u2019\u2019, Bruxelles, Belgique, Institut syndical européen, automne 1983, 137 pages.2.\tMonique Audet, \u201cL\u2019économie des dépenses militaires au Canada 1937-1982\u201d in Interventions économiques, no 10, 1983, page 1 22.3.\tLucas Briefing, Center for Alternative Industrial and Technological Systems (CAITS), Londres 1982.196 RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 En 1 974, il expédia un questionnaire à chaque travail-leur(euse) de Lucas Aerospace.L\u2019opération répondait à un double objectif: inventorier les ressources humaines et matérielles de Lucas et recueillir les suggestions quant aux autres produits qui pourraient être fabriqués avec ces ressources.Le questionnaire déclencha une explosion de créativité chez les travailleur(euse)s.On leur demandait, pour la première fois, de réfléchir collectivement et individuellement sur leurs expertises, sur les produits qu\u2019ils voudraient et pourraient fabriquer à la place des avions de combat et sur l\u2019organisation du travail qu'ils aimeraient voir introduire.Les suggestions ne tardèrent pas à rentrer, plusieurs accompagnées de croquis.Le syndicat devait aussi organiser des rencontres avec des groupes de la population dont des bénéficiaires et des employé(e)s des services publics.Ces rencontres visaient à identifier les besoins sociaux à combler et les produits à manufacturer.Cette démarche aboutit, en 1976, à la rédaction d\u2019un plan de reconversion industrielle.Sa nouveauté, par rapport à la reconversion opérée dans l\u2019après-guerre, vient de ce qu\u2019elle est l\u2019oeuvre de syndiquées associés à des groupes de la communauté au lieu d\u2019avoir été pensée et mise en oeuvre par l\u2019État et le patronat.Le projet proposait une nouvelle stratégie syndicale de lutte contre le chômage basée sur la notion de l'utilité sociale de la production.Selon cette stratégie, il faut remplacer la production militaire par celle de biens qui répondent à des besoins sociaux tout en utilisant les mêmes ressources humaines et matérielles.Selon les auteurs du plan, la notion de \\'utilité sociale inclut les éléments suivants: les biens produits répondent à des besoins humains non satisfaits en Grande-Bretagne et dans le tiers monde; ils doivent promouvoir la santé et la sécurité des producteurs et des utilisateurs de ces biens en utilisant des produits non polluants et des technologies non dangereuses; développer et utiliser des énergies renouvelables; accroître le contrôle des travailleur(euse)s sur la finalité et sur l\u2019organisation du travail; développer la collaboration entre les travailleur(euse)s manuels et intellectuels ainsi qu\u2019avec la communauté environnante dans l\u2019établissement des choix des produits socialement utiles.Les auteurs font bien ressortir le caractère socialement utile de ce olan de reconversion, qui s\u2019applique tout autant à la technologie utilisée et à l\u2019organisation du travail qu\u2019au produit lui-même.Ils ont retenu 150 des produits suggérés: ils touchaient des secteurs aussi variés que le transport, l\u2019énergie, les équipements océaniques, les dispositifs de télécommande et l\u2019équipement médical.Certains produits ont été fabriqués sur une base expérimentale et le comité avait prévu que le réseau des services de santé et du transport en commun remplacerait 4.\tQu\u2019il suffise de mentionner la rencontre internationale sur la reconversion de l\u2019industrie militaire qui aura lieu à Boston du 22 au 24 juin (International Economie Conversion Conference 2161 Massachusetts Avenue Cambridge; MA 02140).5.\tVoir à ce sujet: L'emploi dans le naval au Québec: à quand la véritable relance?, chap.5, pages 83 à 99.RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 éventuellement le ministère de la Défense comme principal client de la compagnie.À court terme, cette expérience, devait se solder par un échec puisque la compagnie refusa d\u2019adopter le plan.Mais l\u2019échec, en réalité, n\u2019est que partiel car le plan de Lucas est devenu un modèle repris et adopté subséquemment par de nombreux syndicats européens et par quelques syndicats américains.La reconversion industrielle n\u2019est pas encore un large mouvement mais elle est déjà un courant qui développe une nouvelle problématique pour des emplois et pour la paix.Cette stratégie syndicale permet de jeter des ponts entre les producteur(trice)s et les consommateur(trice)s, entre le secteur public et le secteur privé, entre le mouvement syndical et de nombreux mouvements sociaux dont le mouvement pour la paix et le mouvement des femmes et aussi entre ceux et celles qui luttent pour leur droit au travail et ceux et celles qui luttent pour que les impôts servent les intérêts du peuple.Des plans de reconversion industrielle ont été gagnés en Angleterre et en Allemagne fédérale.À l\u2019échelle du Londres métropolitain, un comité municipal est chargé de promouvoir et d\u2019aider à la réalisation de la reconversion industrielle des entreprises militaires.Les grands syndicats européens se sont prononcés en faveur de la reconversion industrielle et ils sont à mettre au point des plans concrets adaptés aux différentes situations.L\u2019ONU invite ses membres à étudier de près cette question et à procéder à la reconversion industrielle.D\u2019autres exemples pourraient être cités4.Ces dix dernières années, des études faites aux USA, à l\u2019ONU et en Europe par de nombreux chercheurs, y compris des économistes gouvernementaux, confirment que les dépenses militaires sont de faibles créatrices d\u2019emplois, qu\u2019elles accentuent la tendance inflationniste et que leurs retombées technologiques dans le civil sont de moins en moins nombreuses et importantes.Ces études confirment aussi qu\u2019il y a une corrélation statistique significative entre la part du produit intérieur brut que les dépenses militaires accaparent et le taux de croissance économique du pays.Autrement dit, plus augmente le rapport dépenses militaires/produit intérieur brut, plus le taux de croissance économique du pays a tendance à chuter5.Le mouvement pour la paix et le syndicalisme québécois ont intérêt à entreprendre une réflexion sur ces questions: quelle est la production socialement utile qui doit et peut être réalisée ici pour répondre à nos besoins et à ceux du tiers monde.Cette production pourrait être encouragée à même les impôts aujourd\u2019hui engloutis dans le budget de la Défense.Celui-ci est passé de 2,5 milliards $ à plus de 9 milliards $ entre 1975 et 1984.Le défi est énorme.Il implique un changement de mentalité tel qu\u2019il ne peut manquer de se répercuter sur l\u2019organisation du travail et les priorités de notre société.Mais avons-nous le choix de prendre nos responsabilités?Les travailleurs de Lucas ont fait la preuve qu\u2019ils avaient au moins autant d\u2019imagination et de sens du réalisme que les marchands de canons.Nous avons, au Québec, le potentiel et les ressources pour emboîter le pas et développer peu à peu la volonté politique nécessaire à cette re-conversion.197 PLAIDOYER POUR UNE POLITIQUE EXTÉRIEURE AUTONOME par Maurice Dupras Député de Labelle Le 30 avril dernier, lors d\u2019un dialogue sur \u201cLe Canada, les États-Unis et l\u2019Amérique latine\u201d, organisé au Woodrow Wilson International Centre for Scholars, à Washington, M.Maurice Dupras a présenté un exposé sur \u201cles intérêts politiques et sécuritaires du Canada en Amérique latine et aux Antilles\u201d dont nous publions de larges extraits.Le député de Labelle avait dirigé les travaux du sous-comité parlementaire chargé d\u2019étudier les relations du Canada avec les pays de cette région.Au moment où les comités de solidarité réclament du Gouvernement canadien une attitude plus cohérente sur le conflit qui s\u2019envenime en Amérique centrale, il est réconfortant de prendre connaissance de la position exprimée par M.Dupras devant un auditoire américain.La promotion des idéaux humanitaires, libéraux et démocratiques en affaires internationales n\u2019est pas sans comporter de risques.Le rôle de médiateur et de \u201csecoureur\u201d est rarement facile ou incontestable.Le président Wilson a eu sa part de difficultés dans ses tractations avec l\u2019Amérique latine et ses alliés européens.Néanmoins, il persistait à croire que les États-Unis ne pouvaient absolument pas s\u2019isoler ou agir de façon arbitraire ou unilatérale dans la défense de leurs propres intérêts.Il voyait la Société des nations comme une solution de rechange aux deux maux de l\u2019isolationnisme et de la course à l\u2019impérialisme.Elle devait offrir une tribune où les États-Unis pourraient exercer leur rayonnement sur une base de principe et au nom de la véritable sécurité collective et non pour étendre leur domination de grande puissance discréditée.Il est malheureux qu\u2019aujourd\u2019hui la Maison blanche interprète comme une faiblesse et non une force la tradition progressiste de la politique étrangère américaine.La doctrine soutenue par Wilson et le Canada sur la lutte contre le colonialisme et pour le développement n\u2019est plus populaire.Ainsi, il semble que l\u2019on ne puisse pas faire entièrement confiance au Canada pour défendre les intérêts occidentaux dans l\u2019hémisphère, du moins ceux énoncés par le gouvernement Reagan.Nous en avons eu une preuve saisissante au cours des événements qui ont entouré l\u2019invasion de la Grenade en octobre dernier.En effet, le Canada, le plus ancien membre du Commonwealth britannique dans l\u2019hémisphère et allié de l\u2019OTAN, a été tenu à l\u2019écart parce qu\u2019il s\u2019oppose ouvertement à ce que l\u2019on recoure à l\u2019occupation militaire étrangère pour régler les conflits politiques internes.Pourtant, Washington prétendait agir dans l\u2019intérêt de la sécurité de \u201ctoutes les Amériques\u201d, ce qui englobe, je présume, le Canada.Il va sans dire que cette hypothèse est manifestement fausse dans le cas des Antilles du Commonwealth.Grâce à ses relations étroites et ses liens d\u2019amitié de longue date avec ces pays, le Canada était beaucoup mieux placé que le gouvernement américain pour évaluer la situation et déterminer une ligne de conduite réfléchie.Le Canada n\u2019en a jamais eu l\u2019occasion.Il n\u2019y a eu aucune consultation ou négociation véritable.Le Canada n\u2019a pas été entendu, mais doit tout de même accepter les conséquences des interventions américaines précipitées dans l\u2019hémisphère.C\u2019est une situation inacceptable pour toute nation qui se respecte et qui a une politique étrangère indépendante.Les États-Unis ont peut-être raison de croire que l\u2019intervention militaire peut, jusqu\u2019à un certain point, assurer la stabilité et l\u2019intérêt à court terme de l\u2019Occident.Cependant, l\u2019attitude canadienne se fonde sur l\u2019expérience éprouvée.Le Canada, en tant que membre du Commonwealth et de la francophonie, sait que l\u2019indépendance et le non-alignement du tiers monde peut être compensé par la prolifération des institutions occidentales libérales et démocratiques.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019entrevoir de conspiration communiste dans chaque revendication de justice sociale et de libération nationale.En fait, pareille attitude est historiquement contradictoire étant donné que la tendance à voir partout l\u2019oeuvre d\u2019agents soviétiques et cubains finit par devenir une prophétie qui se réalise.Ce n\u2019est ni par accident ni par malchance que les politiques antirévolutionnaires de Washington en Amérique centrale et en Amérique du Sud ont perpétué le cycle de la répression, de la violence et des soulèvements sanglants dans presque toute la région.198 RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 Pour une solution politique Le gouvernement canadien et les Canadiens en général ont tout intérêt sur le plan politique et sécuritaire à rompre cette tradition pour assurer la stabilité et le développement à long terme de l\u2019Amérique latine et des Antilles.Pour y parvenir, il faudra, contrairement aux recommandations mal fondées de la commission Kissinger qui revendiquaient plus d\u2019armes et plus de beurre, recourir à des solutions politiques et non militaires ou purement économiques.À propos de la situation explosive qui règne à l\u2019heure actuelle en Amérique centrale, je m\u2019en remets à mon expérience et à celle de mes collègues qui ont fait partie pendant presque un an et demi du sous-comité parlementaire sur les relations du Canada avec l\u2019Amérique latine et les Antilles.Nous avons été confrontés au problème que les changements révolutionnaires font subir à des sociétés dans lesquelles la vaste majorité est pauvre et est privée des droits et des protections essentiels que nous tenons pour acquis.Cette expérience nous a donné une vision beaucoup plus claire de la nature réelle des conflits qui ont lieu dans cet isthme.Le gouvernement des États-Unis et le rapport de la commission Kissinger soutiennent en paroles le groupe de Contadora.Ils continuent néanmoins à poursuivre des \u201csolutions\u201d militaires, de grande envergure comme au Salvador et au Honduras, et par la voie plus insidieuse de la \u201cdéstabilisation\u201d comme au Nicaragua.Le Canada a adopté une toute autre attitude.Les Canadiens ne sont pas tous du même avis, mais ils n\u2019envisagent pas tous les problèmes des relations Nord-Sud selon le type traditionnel de la guerre froide entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, et comme on peut le voir l\u2019Amérique centrale va bientôt récolter les fruits amers de la misère, de l\u2019exploitation et de la domination étrangère qui y sévissent depuis des générations.L\u2019évolution de la philosophie du gouvernement canadien à ce sujet est instructive.Dans un discours prononcé en mars 1982, l\u2019ancien secrétaire d\u2019État aux Affaires extérieures, l\u2019honorable Mark MacGuigan, a déclaré: \u201cl\u2019instabilité en Amérique centrale \u2014 et ailleurs dans le tiers monde RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 \u2014 n\u2019est pas le produit des rivalités Est-Ouest.Elle est le produit de la pauvreté et de l\u2019injustice.Les rivalités Est-Ouest suivent dans son sillage.Je connais peu de cas où le contraire soit vrai.\u201d À la conférence des chefs de gouvernement du Commonwealth, tenue à Sainte-Lucie en février 1983, le premier ministre Trudeau a donné la formulation qui reste la plus exacte du point de vue du Canada: Pour sa part, le Canada a toujours choisi de s\u2019attaquer aux causes économiques et sociales des tensions qui agitent notre hémisphère, n'ayant ni l\u2019ambition ni la capacité de rechercher des solutions militaires ou de grands desseins stratégiques.En conséquence, nous avons exhorté nos partenaires à adopter, au chapitre du développement, une attitude non discriminatoire à l\u2019égard des plans nationaux et des institutions régionales.À notre avis, les États ont le droit de choisir la voie idéologique retenue par leurs citoyens.Lorsqu\u2019un pays se dote d\u2019un régime socialiste ou même marxiste, il n\u2019adopte pas nécessairement un \u201cappareil\u201d qui en fait automatiquement un satellite des Soviétiques.Les orientations internes adoptées par les États de l\u2019Amérique latine et des Antilles, quelles qu\u2019elles soient, ne présentent pas en elles-mêmes une menace à la sécurité de notre hémisphère.Pareille menace se pose seulement si un pays opte pour un système qui provoque délibérément des rivalités entre l\u2019Est et l\u2019Ouest dans cette région, ou tend à déstabiliser ses voisins.C\u2019est pourquoi le Canada n\u2019a pas retiré ses programmes d\u2019aide ni son appui aux États qui se sont orientés vers la gauche, pas plus qu'à ceux qui penchent plutôt vers la droite sur le plan interne.Nous préférons laisser les pays choisir les orientations qui conviennent à leur développement.S\u2019ils ont pour premier souci de respecter leurs obligations sociales et humanitaires envers leurs habitants, ils obtiendront l\u2019aide du Canada.S\u2019ils s\u2019emploient à satisfaire les besoins réels de leurs citoyens, ils auront notre appui.La position du gouvernement canadien rejoint celle des gouvernements de l\u2019Europe de l\u2019Ouest qui préfèrent le dialogue, la coopération multilatérale et le pluralisme international à l\u2019inter- vention unilatérale des superpuissances, surtout si elle comporte l\u2019emploi de la force pour \u201crésoudre\u201d des conflits régionaux.On pourrait citer de nombreux exemples où le point de vue canadien coïncide avec celui de pays européens et où la ligne dure adoptée par le gouvernement Reagan l\u2019a isolé au sein même de l\u2019Alliance atlantique.Le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne a été sérieusement embarrassé quand les États-Unis ont ignoré ses conseils à propos de Grenade.À l\u2019heure actuelle, le minage des ports du Nicaragua provoque une vive confrontation avec le gouvernement de France qui a appuyé le déploiement des missiles américains en Europe.Les interventions américaines dans cette guerre plus ou moins clandestine contre le Nicaragua compromet la sécurité non seulement des Nicaraguayens mais aussi des alliés auprès desquels les États-Unis recherchent l\u2019appui sur des questions qui touchent la sécurité de l\u2019Occident en général.Les États-Unis s\u2019entêtent et s\u2019isolent En poursuivant des politiques de courte vue sur des questions comme celle de l\u2019Amérique centrale et en tenant peu compte du droit international, les États-Unis s\u2019opposent clairement au courant politique des autres pays de l\u2019OTAN.On ne peut en blâmer l\u2019Union soviétique ou Cuba.Les alliés des États-Unis ne peuvent être tenus de suivre aveuglément les directions de Washington quand ils perçoivent que leurs intérêts politiques et sécuritaires sont faussés par l\u2019application erronée du principe de force majeure des superpuissances.Les propos qu\u2019a tenus le ministre ouest-allemand des Affaires étrangères, M.Hans-Dietrich Gens-cher, l\u2019ont bien exprimé: En termes concrets, une politique de respect et de renforcement de l\u2019indépendance des pays du tiers monde suppose d\u2019abord la reconnaissance et le soutien du droit de ces pays de choisir leur propre ligne de conduite.Nous ne devons pas tenter d\u2019y exporter nos propres modèles politiques, économiques et sociaux ni contribuer à perpétuer des structures périmées 199 et injustes.Nos intérêts ne sont nullement menacés par le seul fait qu\u2019un pays en voie de développement adopte un système socialiste et pratique une économie planifiée.Ce qui importe, c\u2019est que son gouvernement puisse agir librement et qu\u2019il ne dépende pas de Moscou pour son existence et sa survie.Point n\u2019est besoin de rappeler que c\u2019est Washington et non Moscou qui représente depuis maintes décennies la puissance extérieure dominante au sud du Rio Grande et cela est vrai en Amérique centrale plus que partout ailleurs.L\u2019extrait suivant d\u2019un mémoire publié en 1927 par le State Department décrit une attitude qui semble autant d\u2019actualité à la Maison blanche aujourd\u2019hui qu\u2019elle ne l\u2019était au moment de sa rédaction: \u201cNous (le gouvernement américain) tenons effectivement entre nos mains la destinée de l\u2019Amérique centrale, et nous agissons ainsi tout simplement parce que l\u2019intérêt national l\u2019exige.L\u2019Amérique centrale a toujours compris que les gouvernements que nous reconnaissons et appuyons demeurent, contrairement à ceux que nous désavouons\u201d.En 1927 toutefois, il n\u2019y avait pas de Vietnam, pas d\u2019Iran, pas de Liban.Lorsqu\u2019on examine la situation actuelle, on ne peut qu\u2019être d\u2019accord avec la remarque du grand historien britannique A.J.P.Taylor qui disait que la seule leçon à tirer de l\u2019histoire est que nous n\u2019apprenons jamais rien d\u2019elle.En effet, les manoeuvres de Washington dans la région avoisinante immédiate n\u2019ont réussi qu\u2019à la transformer en abattoir plutôt que d\u2019y assurer la stabilité sociale et politique.Comme l\u2019écrit Walter LaFeber dans un important ouvrage qu\u2019il vient de publier, de telles politiques ont rendu les révolutions inévitables.Les États-Unis sont passés du stade de nation révolutionnaire à celui de chef de file des défenseurs du statu quo et d\u2019ami des dictatures oligarchiques militaires de l\u2019Amérique latine.Cette crainte du changement a fini par apporter d\u2019autres problèmes.Durant la crise qui a suivi la révolution cubaine, l\u2019ambassadeur américain aux Nations unies à l\u2019époque, M.Henry Cabot Lodge, a ainsi décrit la nature du dilemme qui se posait aux autorités américaines: \u201cNous devrions nous concentrer davantage sur la Déclaration d\u2019indépendance plutôt que sur le manifeste communiste.Les États-Unis peuvent gagner des guerres, mais peuvent-ils gagner des révolu- tions?Au début des années 1970, Hans Morgenthau a formulé une observation similaire: \u201cle véritable problème que doit affronter la politique extérieure américaine n\u2019est pas de savoir comment préserver la stabilité devant la révolution, mais comment créer la stabilité à partir de la révolution\u201d.LaFeber poursuit ainsi: \u201cMorgenthau a reformulé l\u2019argument de Lodge.Les révolutions sont inévitables dans des régions comme l\u2019Amérique centrale.L\u2019alternative qui se pose aux Nord-Américains est de savoir s\u2019ils peuvent travailler avec les révolutionnaires pour construire une société plus paisible et plus juste ou, comme cela s\u2019est produit au Guatemala et au Nicaragua, si les autorités de Washington seront capables de réprimer les soulèvements jusqu\u2019à ce que la pression soit tellement forte que ces sociétés éclatent avec encore plus de violence\u201d.Aucune région du monde n\u2019est plus mûre pour la révolution que l\u2019Amérique latine et les Antilles, et cela malgré le fait que les États-Unis n\u2019ont pas hésité, pendant des décennies, à exercer leur immense influence militaire, économique et politique dans la région.En outre, lorsqu\u2019il est interrogé sur les activités de son pays dans cette région, le président Reagan se rabat systématiquement sur des formules idéologiques.Rejetant l\u2019histoire du revers de la main, il réaffirme de façon simpliste que \u201cl\u2019Union soviétique est à l\u2019origine de tous les troubles qui sévissent dans cette région\u201d, en laissant entendre que les États-Unis, qui sont la \u201cbonne\u201d superpuissance, doivent être capables de réprimer toute \u201cperturbation\u201d à l\u2019intérieur de leur sphère d\u2019influence.Sinon, les forces du mal triompheront et l\u2019Amérique perdra de sa crédibilité.Un rôle pour le Canada Nul doute que le cheminement vers les réformes dont a besoin notre hémisphère sera très difficile en l\u2019absence d\u2019un changement fondamental d\u2019attitude de la part du gouvernement américain.Le Canada doit faire tout ce qu\u2019il peut pour faciliter ce changement en utilisant sa position unique d\u2019ami, de voisin et d\u2019allié.Notre pays est probablement mieux placé que tout autre pour utiliser son influence médiatrice modérée entre les Etats-Unis et l\u2019Amérique latine.Comme le docteur Enrique Iglesias, secrétaire de direction de la Commission économique pour l\u2019Amérique latine, l\u2019a déclaré devant les membres du sous-comité parlementaire: \u201cLe Canada a accumulé un énorme capital de bonne volonté en Amérique latine.Il devrait en profiter\u201d.L\u2019ancien ambassadeur américain au Salvador, M.Robert White, a déclaré que de nombreuses personnes s\u2019attendent à ce que le Canada se prononce avec plus de vigueur sur les questions très importantes auxquelles fait face notre hémisphère.Les Canadiens commencent à prendre conscience de l\u2019importance de leur propre engagement à l\u2019égard d\u2019une transition pacifique vers la démocratie en Amérique latine et dans les Antilles, non seulement pour des raisons altruistes de justice et de droits de la personne, mais également en raison de nos véritables intérêts mutuels en matière de développement économique, de commerce, de finance et d\u2019investissement, et par conséquent dans la poursuite d\u2019un climat durable de stabilité sociale et politique.Il s\u2019agit de se tourner du côté de l\u2019avenir, d\u2019avoir confiance dans les populations de l\u2019Amérique latine plutôt que dans les oligarchies militaires dont les mains sont tachées de sang.Nous devrions nous intéresser davantage au récent exemple de l\u2019Argentine et à celui de la résistance héroïque contre le régime Pinochet au Chili plutôt que vers des élections qui ne feront qu\u2019intensifier les troubles civils comme au Salvador.Le Canada a bien envoyé des observateurs, mais je crois qu\u2019il faut attacher plus d\u2019impçrtance au fait que le secrétaire d\u2019État aux Affaires extérieures, l\u2019honorable Allan MacEachen, a résisté aux pressions de son homologue américain en refusant d\u2019inclure ce pays déchiré par la guerre sur son itinéraire lors de sa récente tournée dans cette région de l\u2019Amérique centrale.En outre, dans les premiers mois de 1984, le gouvernement du Canada a appuyé très activement l\u2019initiative du groupe Contadora et a annoncé qu\u2019il consentira une marge de crédit de 1 3 millions de dollars au Nicaragua.En plus de l\u2019opposition maintes fois réitérée du Canada à l\u2019ingérence militaire étrangère dans les affaires internes des pays de la région, ces mesures traduisent de façon très concrète le fait qu\u2019Ottawa est prêt à se donner une vision indé- 200 RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 pendante de la situation pour affirmer ses intérêts politiques et stratégiques.Pour terminer sur une note plus directe, j\u2019aimerais avancer l\u2019hypothèse voulant que le Canada se rende un très mauvais service, non seulement à lui-même, mais aussi aux populations latino-américaine et américaine, s\u2019il ne profitait pas de toutes les occasions pour faire pression sur le gouvernement en place à Washing- ; ton tout en offrant des solutions de rechange constructives à la poursuite de l\u2019escalade de la violence.Il est stupide de croire que la politique du \u201cbâton\u201d, de l\u2019intimidation armée et de la déstabilisation déguisée pourront résoudre les crises de la pauvreté, de l\u2019endettement, de la répression et de la révolution qui ne cessent de s\u2019étendre.Il est tout aussi certain qu\u2019une plus grande \u201caide\u201d et un plus grand commerce ne sont pas plus la réponse s\u2019ils ne sont pas accompagnés d\u2019efforts en vue d\u2019atteindre la justice sociale et économique.Le Canada ne doit pas avoir peur d\u2019affirmer cela publiquement et de donner l\u2019exemple dans ses propres échanges avec l\u2019Amérique centrale et les Antilles.Trop souvent dans le passé, les Canadiens se sont montrés timides et n\u2019ont pas \u201cjoué du bâton\u201d.Le Canada est lui-même le mieux placé pour respecter sa propre tradition de tolérance, de pluralisme et de pacification internationale en matière de politique étrangère, en posant certaines questions difficiles à son voisin, comme peut-être seul un ami peut le faire.Le journaliste canadien Oakland Ross en a très opportunément formulé quelques-unes que j\u2019aimerais aussi poser au gouvernement américain, d\u2019autant plus que la commission Kissinger y a répondu de fa- j çon si navrante dans son rapport: Les interventions des États-Unis au Nicaragua, de 1912 à 1932, ou au Guatemala dans les années 1950, ont-elles fait de ces pays des endroits particulièrement sûrs et stables à long terme pour les intérêts américains?Non, de toute évidence.Pourquoi donc devrions-nous supposer que l\u2019intervention amé-v ricaine au Salvador, aujourd\u2019hui, ou au Nicaragua, demain, produira de meilleurs résultats, soit pour les États-Unis, soit pour les peuples d\u2019Amérique centrale eux-mêmes?Depuis une dizaine d'années, dans la foulée du Concile, de la commission Dumont et du synode de 1971, les évêques canadiens et l'Assemblée des évêques du Québec ont mis l'accent sur l'incarnation du message évangélique dans les rapports sociaux.La mission de l'Église ne se limite pas à la subsistance de l'Église; elle vise la construction du Royaume.L'évangélisation implique le combat pour la justice.Repris de diverses façons à l'occasion du Premier mai et de grandes déclarations sur le chômage et la \"société à refaire\", le message a-t-il rejoint la vie des chrétiens?Comment se répercute-t-il dans les diocèses?Deux initiatives récentes, à Québec et à Hull, aident à faire le point sur le difficile passage \"de la parole aux actes\" en matière de foi et de justice.LA COMMISSION JUSTICE ET FOI DU DIOCÈSE DE QUÉBEC par Gisèle Turcot Quelles sont vos forces et vos faiblesses quant à la transmission de la foi et à l\u2019engagement pour la justice ?Tout le potentiel de la Commission Justice et Foi du diocèse de Québec tient dans ces quelques mots qui nous renvoient à la mémorable déclaration du synode des évêques de 1971 : Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l\u2019Évangile qui est la mission de l\u2019Église pour la rédemption de l\u2019humanité et sa libération de toute situation oppressive.Des chrétiens ordinaires ont accepté de s\u2019interroger sur la transmission de la foi et le travail pour la justice, en relevant la question glissée à l\u2019intérieur d\u2019un feuillet que la CJF leur adressait en septembre 1983.Les groupes intéressés emboîtaient ainsi le pas dans l\u2019effort de mise en oeuvre RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 201 73^737 LA JUSTICE SOCIALE COMME BONNE NOUVELLE Messages sociaux, économiques et politiques des évêques du Québec 1972-1983 Recherche et présentation de Gérard Rochais Les grands messages sociaux de l'épiscopat canadien et de l'Assemblée des évêques du Québec sont complétés par une sélection d'interventions plus ponctuelles.Un index détaillé facilite la consultation.Plus qu'un ouvrage de référence, ce recueil est un instrument de réflexion et un support à l'engagement.ÉDITIONS BELLARMIN 8 100, St-Laurent, Montréal, H2P 2L9 (514) 387-2541 1 386 pages, 12,00 $ du But diocésain retenu pour la période de 1983 à 1986: \u201cintensifier le regroupement des chrétiens en communautés vivantes\u201d.Puisque le bref questionnaire a suscité la participation de 1 370 groupes, il vaut la peine d\u2019en retracer le parcours.L\u2019histoire commence durant l\u2019hiver 1 983, alors que le directeur du Service de la pastorale du diocèse de Québec, monseigneur Maurice Couture, procède à la cueillette des besoins, une étape précise dans l\u2019élaboration du But diocésain.Des responsables des régions pastorales jusqu\u2019aux membres du Conseil diocésain de pastorale, on prend davantage conscience que si les communautés chrétiennes étaient plus fidèles à l\u2019enseignement de Jésus et à sa pratique, elles seraient mieux engagées dans la transmission de la foi et la pratique de la justice.L\u2019année 1983-84, première tranche de l\u2019entreprise triennale, est alors planifiée de manière à favoriser la prise de conscience du vécu des groupes face à cette double dimension de la foi et de la justice sociale.Mais sans un mécanisme de radar, comment suivre ce processus?Et sans prise de parole publique, comment sera-t-il possible d\u2019enclencher les deux étapes subséquentes du discernement évangélique et du passage de la parole aux actes?La mise en place d\u2019une commission d\u2019étude crée l\u2019outil d\u2019animation qui va canaliser l\u2019effort de relecture du vécu des groupes et stimuler la communication réciproque de leurs réalisations et de leurs requêtes.D\u2019octobre à décembre, à l\u2019instigation des Conseils régionaux de pastorale de chacune des treize régions, relayés en paroisse par les Conseils de pastorale paroissiale, les groupes sont à l\u2019oeuvre.Des paroisses prennent l\u2019initiative de rassembler les gens pour entendre les 5, 8 ou 1 2 regroupements qui ont répondu au questionnaire de la CJF.En certains cas, pareil rassemblement constitue une première.De janvier à la fin d\u2019avril, la Commission devient itinérante, allant à la rencontre des 50 à 250 personnes réunies pour l\u2019une ou l\u2019autre des treize audiences régionales tenues en soirée.Le Conseil régional de pastorale avait la tâche délicate de sélectionner sept mémoires suffisamment représentatifs de la diversité des documents soumis; il a dû rédiger lui-même une synthèse régionale de manière à mettre en évidence les principales perspectives énoncées par les gens du milieu.L\u2019opération s\u2019est déroulée selon le protocole prévu; six audiences supplémentaires, tenues au Centre diocésain, ont permis de recueillir les points de vue d\u2019une cinquantaine de regroupements hors paroisse.La CJF a terminé son mandat et doit déposer son rapport au cours de l\u2019été.Rendre compte d\u2019une aussi grande diversité de mémoires n\u2019est certes pas une tâche facile.Répercu- ter les appels voire les cris de détresse entendus ne l\u2019est guère moins.Avoir créé des attentes aux quatre coins d\u2019un vaste diocèse n\u2019est pas plus confortable.Pour relever ce défi, sans prétention scientifique et avec des moyens très simples, il faut sans doute une bonne dose de confiance.Les commissaires Jeannine Crépin, membre du Conseil diocésain de pastorale, Richard Rancourt, du mouvement cursilliste, Marc Jean, secrétaire-animateur d\u2019une région et Anni-ne Parent-Fortin, de l\u2019Office de pastorale sociale déclarent eux-mêmes qu\u2019ils ne sont pas des ténors: ils croient tout simplement que les gens ont saisi à pleines mains une occasion de prendre la parole dans leur Église.L\u2019activité pastorale qui vient de se dérouler dans le diocèse de Québec évoque aujourd\u2019hui encore la pertinence de la démarche et des conclusions de la commission Dumont.En scrutant la participation des laïcs à certaines structures ecclésiales, le troisième tome du rapport Dumont dégageait quatre catégories selon que les groupements sont surtout orientés vers la formation de leurs membres, la cohésion du groupe, l\u2019organisation des structures ecclésiales ou la présence au milieu.La Commission Justice et Foi aura-t-elle noté des constantes à cet égard?À l\u2019époque, les mouvements d\u2019Action catholique regrettaient que l\u2019institution ecclésiale négligeât la dimension de la mission dans le monde: le même malaise reviendra-t-il à la surface?De nouveaux lieux de préoccupation et d\u2019engagement chrétien apparaîtront-ils?Enfin le rapport de la CJF donnera-t-il un aperçu de l\u2019impact des nouvelles orientations adoptées par les évêques du Québec selon lesquelles les paroisses se voient confier en priorité l\u2019initiation sacramentelle des enfants?Sur ces points comme en plusieurs autres matières, l\u2019initiative d\u2019une Église locale intéresse vivement les autres Églises.Elle concerne même l\u2019ensemble de la société dans la mesure où le rapport de la Commission fera probablement ressortir les effets des contraintes économiques sur la satisfaction des besoins essentiels et la gestion des services publics.- En attendant la lecture du rapport, rien n\u2019empêche de reprendre la question initiale à son propre compte et avec son groupe d\u2019appartenance.202 RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 QUAND LES VICTIMES DE LA CRISE PARLENT C\u2019est fait.La Commission de l\u2019Église de Gatineau-Hull sur la crise économique et la pauvreté a remis son rapport1.L\u2019événement mérite d\u2019être souligné.À ma connaissance, c\u2019est la première fois, au Québec, qu\u2019une Église donne la parole à ceux et celles qui vivent le plus durement la crise économique.Or, cette parole est franche.Elle révèle que ce sont les femmes mono-parentales, les jeunes assistés/es sociaux/ales de moins de trente ans et les personnes âgées qui sont les plus touché-e-s par la crise.Contrairement aux études courantes sur ces sujets, le rapport se penche attentivement sur la situation des gens cachés derrière les statistiques.Il souligne ainsi le fait que la reprise, si elle a lieu, ne supprime pas la détérioration humaine et sociale des victimes de la crise.Si nos ressources naturelles les plus importantes sont les ressources humaines, on ne peut qu\u2019être révolté par le gaspillage qui en est fait.Pour lutter contre cette situation dramatique, la Commission recommande d\u2019abord une perspective d\u2019intervention qui fasse appel à l\u2019autonomie des personnes et à leur prise en charge commune.Au lieu de traiter les bénéficiaires comme des mineurs, ou pire comme des numéros, que l\u2019on fasse confiance aux ressources des gens et qu\u2019on leur donne les outils pour qu\u2019ils prennent leur vie en main.Il est ainsi recommandé aux organismes qui luttent contre la misère de ne pas séparer les actions de dépannage de celles d\u2019éducation et de transformation sociale.Au niveau des gouvernements, les commissaires réclament tout un train de mesures qui visent à formuler une véritable politique du développement humain et social.Ils insistent particulièrement sur la nécessité de changer profondément les pratiques des différents 1.\u201cBienheureux les pauvres.?\u2019\u2019 Rapport de la Commission d'étude du diocèse Gatineau-Hull sur la crise économique et la pauvreté.On peut se le procurer au Service de Documentation, 11 9, rue Carillon, Hull, J8X 2P8, au coût de 5$ plus 1 $ pour les frais de transport.Tél.: (81 9) 771-8391.fonctionnaires publics et d\u2019assurer une représentation des bénéficiaires dans les divers organismes qui s\u2019occupent de leurs situations.L\u2019Église, pour sa part, n\u2019est pas oubliée.On lui recommande de se faire solidaire des groupes et des organismes qui travaillent à la promotion des démuni-e-s.Déjà, à l\u2019occasion du parrainage des réfugiés du Sud-Est asiatique, les communautés locales avaient mis leurs ressources et leur personnel au service de cet accueil et en avaient fait un succès.La Commission suggère une opération de même envergure pour soutenir les efforts des pauvres qui tentent de se prendre en charge et de changer les situations qui les concernent.Pour y arriver, on insiste sur la mise en place d\u2019une structure appropriée qui donne des suites aux travaux de la Commission.Il appartiendra donc au Conseil diocésain de pastorale et aux diverses instances de s\u2019approprier le rapport et de lui donner des mains.Mais, déjà, la situation n\u2019est plus tout à fait la même dans la région de l\u2019Ou-taouais.Les pauvres ont pris la parole et ont fait confiance aux commissaires.Ces derniers ont reconnu, dans cette parole, une Bonne Nouvelle, c\u2019est-à-dire une parole porteuse d\u2019une profonde expérience en humanité et l\u2019attente de transformations majeures pour toute la société.Il faudra faire attention à ce début de complicité.Cette sorte de connivence me rappelle ici une autre prise de parole.Il y a longtemps, des sans-travail, des malades et des exclus reconnaissaient, chez un artisan de Nazareth, l\u2019émergence d\u2019un autre monde et d\u2019une autre façon de vivre.Ils y voyaient la Promesse de leur Dieu à l\u2019oeuvre.Et cette libération les rejoignait, les touchait dans leurs racines.Et ils criaient.\u2014 \u201cFaites-les taire!\u201d soufflèrent alors des pharisiens à Jésus, qui passait au milieu de leurs cris.\u2014 \u201cLes faire taire?\u201d reprit l\u2019artisan.\u201cMais s\u2019ils se taisent, ce sont les pierres qui se mettront à crier!\u201d (Le 19,37-40) Guy Paiement Centre Saint-Pierre RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 203 RUE CASES-NÈGRES d'Euzhan Palcy par Yves Lever Il y a longtemps que vous avez vu un film latino-américain?ou un film africain?ou un film arabe?ou un film hongrois?Les jeunes cinémas nationaux ne se portent pas trop bien ces temps-ci.Censure politique chez les uns, pénurie financière chez les autres, volonté d\u2019imiter la formule hollywoodienne presque partout (avec l\u2019espoir du succès commercial miraculeux!) font que bien peu d\u2019oeuvres originales peuvent être produites et diffusées hors frontières.Pourtant, si l\u2019on regarde bien les pages d\u2019annonces des films, force est de constater que ce sont surtout des produits originant de \u201cpetits pays cinématographiques\u2019\u2019 (les quelques rares qui nous parviennent) qui ont procuré les meilleurs succès de la saison: Carmen venant d\u2019Espagne, Les dieux sont tombés sur la tête d\u2019Afrique du Sud, Fanny et Alexandre de Suède.Je souhaiterais bien le même genre de succès à Rue Cases-Nègres de la jeune réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy, adaptation du roman classique antillais de Joseph Zobel.Mais je ne crois plus beaucoup aux miracles.en tout cas il ne faudra pas rater Rue Cases-Nègres à son passage à la télévision, probablement la saison prochaine.L\u2019enchantement de Rue Cases-Nègres ne vient pas de son esthétique ou de quelque audace formelle.Rien de très exceptionnel à ce point de vue, sinon le fait d\u2019avoir teinté la pellicule sépia, ce qui lui donne une allure de vieille pellicule conférant à cette histoire se déroulant dans les années trente un caractère de \u201cpresque documentaire\u201d.Pour le reste, la réalisatrice a cherché avant tout l\u2019efficacité habituelle du cinéma: récit surtout centré sur un personnage, montage chronologique sans surprise, plans variés et significatifs (par exemple ce gros plan sur les pieds nus tout crevassés de sa grand-mère que José lave en un très beau et tendre rituel funèbre), cadrages serrés sur les personnages, interprétation quelque peu théâtrale (inévitable avec des non-professionnels).Rue Cases-Nègres est plus un film à personnages qu\u2019un film d\u2019action.José, un adolescent de cette rue Cases-Nègres dont tous les habitants se tuent à récolter la canne à sucre qui enrichit le colon français, n\u2019est différent des autres que par un point: orphelin, il est élevé par une grand-mère décidée, M\u2019man Tine, qu\u2019anime une idée fixe: seule l\u2019instruction permettra de sortir de cette rue misérable et de cette condition d\u2019exploitée.Autour d\u2019eux, il y a tous les camarades de José que les parents entraînent déjà aux champs et qui perpétueront le même abrutissement par le travail et les soûleries au mauvais rhum.À l\u2019école du village, José devient ami avec ce camarade métis que son père blanc veut élever dans le mépris des nègres, mais qui découvre finalement et assume sa négritude quand son père mourant refuse de lui donner son nom \u201cde vieille noblesse française\u201d.Il y a tous ces paysans soumis, dociles, passifs, résignés, parfois oppresseurs les uns envers les autres (Palcy a su éviter la romantique \u201cpureté\u201d du prolétariat).Il y a surtout Monsieur Médouze, le vieillard dont la mémoire transmet les récits de cette Afrique mythique d\u2019avant l\u2019esclavage dont son aïeul avait été arraché, et qui s\u2019éteindra quand ses paroles pourront devenir écritures sous la plume de José.À l\u2019opposé, on retrouve, bien sûr, le colon français insensible à la misère de ceux qui l\u2019enrichissent, les contremaîtres violents et arbitraires pour faire appliquer ses ordres, les policiers pour soumettre à sa loi, le maître d\u2019école français peu enclin à croire au talent de José, etc.Avec cette galerie de personnages typiques, Palcy met sur écran un épisode de l\u2019histoire nationale de son pays et proclame son \u201cJe me souviens\u201d! Mais ce film convoque à bien plus qu\u2019à la récupération de l\u2019histoire.C\u2019est surtout dans son rapport avec la vie actuelle qu\u2019il nous apparaît intéressant.En effet, dans l\u2019obstination de M\u2019man Tine pour faire instruire son petit-fils, nous avons un des plus importants messages à faire transmettre à tous les peuples exploités.À l\u2019école du village, l\u2019instituteur noir a écrit bien gros au tableau que \u201cL\u2019instruction est la clef qui ouvre la deuxième porte de notre liberté\u201d (la première avait sans doute été l\u2019abolition de l\u2019esclavage).La situation de 1930 évoquée par le film s\u2019est quelque peu transformée depuis, mais tout entier demeure le problème de l\u2019alphabétisation dans de nombreux pays du tiers monde et du quart monde.Mieux que bien des campagnes des organismes internationaux, ce film de Palcy, s\u2019il connaît une diffusion normale dans les pays concernés, pourrait servir d\u2019incitation efficace.Il y a une quinzaine d\u2019années, les cinéastes d\u2019Amérique latine revendiquaient un \u201ctroisième cinéma\u201d (après le cinéma hollywoodien et le cinéma d\u2019auteur à l\u2019européenne) qui serait justement \u201ccinéma d\u2019incitation\u201d.^ Le film d\u2019Euzhan Palcy constitue un des meilleurs exemples qu\u2019il nous ait été donné de voir de ce \u201ctroisième cinéma\u201d.Souhaitons lui une très large diffusion, au moins dans les pays de cultures noires.204 RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 7373737343 999999^ \u201cÀ la différence de ce qui s\u2019est passé dans la plupart des pays européens où les classes laborieuses se sont presque automatiquement désaffectées de toute allégeance religieuse et où ce sont des secteurs des classes bourgeoises qui ont continué de s\u2019identifier à la foi et à l\u2019idéologie catholiques, ici, ce sont les classes bourgeoises et souvent les classes moyennes qui, les premières, ont décroché de l\u2019Église tandis que les classes travailleuses ont été plus persévérantes.\u201d Ce jugement de Jean-Charles Falar-deau se situe dans le contexte d\u2019un débat sur le cléricalisme et la religion populaire1.Il traduit un processus d\u2019évolution des mentalités autant qu\u2019il décrit globalement la situation qui en résulte aujourd\u2019hui.Il sera intéressant de le garder en mémoire en parcourant l\u2019énorme volume de Pierre Perrard, L\u2019Église et les ouvriers en France (1840-1940), qui explique précisément la désaffection de la classe ouvrière française à l\u2019égard du catholicisme2.Perrard est professeur d\u2019histoire à l\u2019Institut catholique de Paris et à l\u2019École de journalisme de Lille.Le siècle qu\u2019il étudie s\u2019ouvre au moment où démarre en France la révolution industrielle, l\u2019année même où Proudhon publie Qu\u2019est-ce que le socialisme?Il se termine à l\u2019époque de l\u2019invasion allemande, à la veille de la parution du livre des Le dernier chapitre de ce petit livre en donne l\u2019objectif fondamental: \u201cpistes pour guider votre recherche personnelle et collective\u201d.Voilà donc un livre-outil pour aider les chrétiens à s\u2019y retrouver dans la polysémie du concept de pauvreté.Du combat contre la pauvreté aux Béatitudes de Luc, de l\u2019option privilégiée consacrée à Puebla au tableau concret de ce que représente la condition des pauvres au moyen âge, au début du capitalisme, ou actuellement chez les marginaux de toutes sortes (personnes âgées, travailleurs migrants, handicapés, etc.), pour un tel survol, il fallait à la fois cette approche plurielle (exégèse, histoire de l\u2019Église, histoire économique, théologie, etc.) RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 LA QUESTION OUVRIÈRE abbés Daniel et Godin, La France pays de mission?(1943) qui va renouveler profondément la compréhension de la question ouvrière au sein de l\u2019Église de France.L\u2019ouvrage de Perrard raconte une rupture et l\u2019amorce extrêmement difficile d\u2019un rapprochement; il aurait pu s\u2019intituler \u201cAnticléricalisme et socialisme en France\u201d.Rappelant au départ les sources chrétiennes du socialisme (\u201cQu\u2019est-ce que le socialisme?\u2014 C\u2019est l\u2019Évangile en action\u201d, écrivait Louis Blanc en 1849), il expose la méfiance de l\u2019Église face au mouvement ouvrier, sa nostalgie de l\u2019Ancien Régime, sa collusion avec le Second Empire, la montée de l\u2019ultramontanisme, la recherche d\u2019une solution corporatiste, la tragédie de la Commune.Il replace dans le contexte de l\u2019après-guerre la formation de la Confédération française des travailleurs chrétiens (1920) et l\u2019essor de la JOC.Le tout abondamment documenté: la vie des ouvriers et des ouvrières est évoquée de façon concrète et fait ressortir le décrochage des pratiques pastorales et de la prédication officielle.Le livre vaut d\u2019être lu comme rétrospective historique.Mais il intéressera le lecteur québécois curieux de comprendre les sources de la pastorale ultramontaine et de la \u201cdoctrine sociale de l\u2019Église\u201d pratiquées ici jusqu\u2019au Concile, qu\u2019il s\u2019agisse des oeuvres charitables et des campagnes de tempérance du siècle dernier ou du développement du syndicalisme catholique et de l\u2019Action catholique entre les deux guerres.L\u2019importation des idées et des formules est pour le moins impressionnante, surtout si l\u2019on se rappelle le diagnostic de Falardeau.La lecture de l\u2019ouvrage de Perrard n\u2019est pas seulement un bon exercice de démystification, cependant.Au moment où nous sommes entraînés dans une transformation socio-économique analogue à ce qu\u2019a pu être la révolution industrielle, il est urgent de mesurer comment l\u2019Église de France a pu perdre pied quand l\u2019usine a supplanté la paroisse rurale.Comment notre Église, encore enracinée en milieu populaire, prendra-t-elle le virage technologique?Albert Beaudry 1.\tReligion populaire religion de clercs?Travaux du Xle Colloque sur les religions populaires (Québec, 30 septembre-1er octobre 1982), publiés sous la direction de Benoît Lacroix et Jean Simard, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1984; 442 p.22 $.La citation de Jean-Charles Falardeau est tirée de son essai \u201cReligion populaire et classes sociales\u201d, p.292.2.\tPierre Perrard, L\u2019Église et les ouvriers en France (1840-1940), Paris, Hachette, 1984; 600 p.L'ÉGLISE ET LES PAUVRES et un très grand effort de vulgarisation.Le P.Philippe Laurent, du Centre de recherche et d\u2019action sociales (CERAS-Action populaire) à Vanves, dans une langue élégante et dépouillée fait une introduction rapide aux nombreuses questions posées aux chrétiens par ce mot \u201cchargé\u201d, ambigu.Il fallait beaucoup de compétence, et encore plus de simplicité et de pédagogie, pour faire de ce petit ouvrage un livre utile et agréable à lire.Il y a la pauvreté brutale de certaines catégories de personnes, de classes sociales déterminées ou de nations entières: le fait brut de ces réalités défie le discours, en partie à cause de la diversité des situations qu\u2019on recouvre du même vocable, en partie à cause de la gravité et de la complexité de ces urgences.Il y a aussi l\u2019itinéraire historique de la notion chrétienne de pauvreté: les ana-wim de l\u2019Ancien Testament, la pauvreté de Jésus, le voeu de pauvreté, l\u2019Église pauvre et servante, et le long cheminement qui mène de Léon XIII à Jean-Paul II.Sans prétendre à l\u2019exhaustivité, cette histoire éclaire les étapes décisives de la conscience de l\u2019Église face à la pauvreté.Karl Lévêque Philippe Laurent, L\u2019Église et les pauvres, Coll.Croire aujourd\u2019hui, Desclés de Brouwer/Bellarmin, 1984, 163 p.205 \u2018\u2018Je suis convaincu de l\u2019orthodoxie du travail théologique de Gustavo Gu-tiérrez.La théologie de la libération qu\u2019il représente est parfaitement orthodoxe.Elle est consciente de sa signification limitée dans le cadre global de la théologie catholique.Elle est également consciente \u2014 avec raison, selon moi - que la voix des pauvres doit être entendue par la théologie dans le contexte de l\u2019Église latino-américaine.Cela veut dire qu\u2019une théologie, qui doit être au service de l\u2019évangélisation concrète, ne peut jamais faire abstraction du contexte culturel et social de l\u2019évangélisation, si celle-ci entend être efficace dans la situation qui est celle de son destinataire.\u201d \u201cUne condamnation de Gustavo Gutiérrez aurait \u2014 c\u2019est ma conviction la plus profonde - des conséquences très négatives pour le climat qui doit présider au maintien d\u2019une théologie au service de l\u2019évangélisation.Il existe aujourd\u2019hui des écoles diverses et il en a toujours été ainsi; au moyen âge déjà et à l\u2019époque de la théologie baroque il y a eu un légitime pluralisme dans la théologie catholique.Il serait déplorable qu\u2019il soit porté atteinte à ce pluralisme théologique par des mesures administratives excessives.\u201d Ces deux paragraphes sont tirés d\u2019une lettre adressée par le théologien Karl Rahner au cardinal Juan Landazuri Ricketts, archevêque de Lima, le 16 mars dernier.Rahner devait disparaître quelques semaines plus tard.La conférence épiscopale du Pérou, quant à elle, a décidé de n\u2019émettre aucune déclaration sur l\u2019enseignement de Gustavo Gutiérrez.(d\u2019après DIAL) Saviez-vous que: \u2014\taux États-Unis, deux adultes pauvres sur trois sont des femmes; une famille sur trois dont une femme est chef de famille est pauvre?\u2014\tles femmes produisent 40% de la production mondiale de nourriture mais constituent les 3/4 des personnes souffrant de malnutrition?\u2014\tà travers le monde, les 2/3 des 800 millions d\u2019analphabètes sont des femmes?\u2014\taux États-Unis, les femmes gagnent en moyenne 0,59 $ pour chaque dollar payé à un homme (0,54$ s\u2019il s\u2019agit d\u2019une Noire, 0,49$ s\u2019il s\u2019agit d\u2019une hispanophone)?(D\u2019après Center Focus, mai 1 984).\u201cGrandmothers for Peace\u2019\u2019 (les grands-mères pour la paix), c\u2019est le nom d\u2019une association fondée à Sacramento (Californie) il y a deux ans et qui recrute maintenant des adhérentes un peu partout aux États-Unis et en Europe de l\u2019Ouest.Le groupe a bénéficié d\u2019une publicité inespérée lorsqu\u2019à la veille de la fête des Mères sept de ses membres ont été condamnées pour avoir participé à une manifestation, le jour du Vendredi-Saint, contre une base de l\u2019aviation américaine en Californie.Les sentences vont de 11 à 120 heures de service communautaire, (d\u2019après NCR) 206 Pourriez-vous vivre avec 152$ par mois?Non, à moins de choisir entre votre loyer et votre nourriture.Des milliers de bénéficiaires de l\u2019aide sociale de moins de 30 ans sont pourtant contraints de faire ce choix mensuellement: c\u2019est le montant qu\u2019ils reçoivent du gouvernement parce qu\u2019ils sont aptes au travail et malheureusement sans emploi.\u201cC\u2019est dégradant\u201d, affirment une cinquantaine d\u2019entre eux qui, durant le mois de mai, ont occupé des locaux gouvernementaux et publics.\u201cC\u2019est inhumain\u201d, appuient l\u2019Assemblée des évêques du Québec, les centrales syndicales et même la corporation des diététistes du Québec.\u201cCela n\u2019a ni queue, ni tête\u201d, prétend René Lévesque.Mais alors, qu\u2019est-ce qu\u2019on attend?F.G.Le Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évéques du Québec, pour faire suite à son message du 1er mai, Les femmes et l\u2019emploi.Égales, veut étudier la situation des femmes à l\u2019emploi de l\u2019Église québécoise.Dans un premier temps, le Comité se propose de faire un relevé des femmes employées en pastorale dans les services ou offices diocésains, les paroisses, les hôpitaux, les prisons, les écoles et les autres organismes et mouvements.Les premiers résultats de cette recherche seront publiés cet automne.Tout le Réseau québécois des comités de solidarités avec l\u2019Amérique centrale fait actuellement circuler une lettre s\u2019appuyant sur les récentes déclarations de Allan MacEachen qui manifestait une distance par rapport à la politique de Ronald Reagan et qui demande que le Canada formule une politique autonome, ferme, vis-à-vis l\u2019Amérique centrale.Cette lettre recommande des propositions concrètes en ce qui concerne les relations du Canada avec le Salvador, le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala et le Costa Rica.Pour information, contacter le RQCSAC, C.P.8888, Suce.\u201cA\u201d, Montréal, H3C 3P8.Tel.: 282-3794; 521-4605.Avis aux intéressé/es.Les religieux et les religieuses s\u2019annoncent particulièrement en demande au Québec: le taux des besoins nets en regard de l\u2019emploi en 1982 se chiffrant à 111,49%! Du côté des prêtres, on observe une augmentation annuelle de la relève: ils étaient 4 285 en 1981 et 4 636 (pasteurs protestants inclus) en 1982.Pour répondre aux besoins et aux attentes de la population, il en faudra cependant 5 291 en 1 990, soit 3 777 si l\u2019on veut combler les vides qui seront créés par les départs.(Tiré du SOLEIL, le 31 mai 1984).Huit mois après la conclusion de la \u201cmission de sauvetage\u201d américaine en Grenade, la lune de miel est bien finie entre les forces d\u2019occupation et la population de l\u2019île (110 000 habitants).Catherine Sunshine (voir Relations, décembre 1983), qui rentre d\u2019un séjour dans la région, écrit que le chômage est remonté à plus de 40% (en 1982, il était de 14%).Les nouvelles autorités s\u2019emploient à \u201crestructurer\u201d le mouvement syndical; la criminalité est en hausse et les investissements promis par le président Reagan se font toujours attendre (les maigres ressources de l\u2019île n\u2019attirent guère les spéculateurs pressés).On songe maintenant à transformer les chômeurs en travailleurs migrants, en les dirigeant sur les vergers et les plantations de sucre du sud-est des États-Unis.(d\u2019après The Guardian) RELATIONS JUILLET-AOÛT 1984 PRIER AU QUOTIDIEN Du révolutionnaire chrétien à l\u2019intégriste, en passant par le moine, qui donc n\u2019a pas esquinté sa recherche contre les aspérités de la prière?Soumise aux mécanismes compensatoires les plus suspects, humiliée par les miracles non survenus, nimbée de l\u2019extase des saints et partie prenante de leur nuit de sens, la prière appartiendrait-elle aux plus nébuleuses complexités de l\u2019expérience religieuse?Elle compte pourtant parmi les impératifs évangéliques, si tant est que les manières de Jésus indiquent des chemins à l\u2019être-disciple.Or, les appels fondamentaux de la Parole \u2014 on perdrait tant à l\u2019oublier \u2014 sont d\u2019abord accessibles aux plus pauvres d\u2019entre les auditeurs.La prière serait-elle en même temps tout à fait simple?Une voix du coeur parmi les errances discursives de l\u2019esprit.Un cri, un souffle, une reddition ou quelque longue plainte tendus vers le silence où la Parole parlera.Quoi qu\u2019il en soit, j\u2019ai rencontré quelque chose qui ressemble à la prière dans la proximité des pauvres.Vers la vingt-deuxième heure, entre les poussières retombées et les dernières clameurs de la rue délabrée, nous entrons dans les grâces obscures du silence partagé.À nous cinq, six ou dix, déjà, nous déchiffrons, depuis le matin, un chapitre consistant de la misère urbaine.Agenouillés au bord du mystère, nous veillons quelque part dans l\u2019immensité biblique où les logiques humaines n\u2019en finissent pas d\u2019être déconcertées.Dieu livre au mépris les puissants.il relève le pauvre de la misère (Ps 107,40-41).Nous nous recueillons d\u2019abord sans tout à fait nous taire.Quelques bribes de la journée vécue prennent le chemin de la mémoire et des visages marqués par la violence ou la passivité s\u2019immiscent dans notre effort de silence: Michel qui fantasme des vols de banque; Marie-Claire qui a peur de dépasser le seuil de sa porte; Amélie qu\u2019on pousse au bord de la prostitution.bref, nous re-croisons les fatalités du jour.Certains touchaient aux portes de la mort (Ps 107,18).Néanmoins quelques fruits d\u2019une semence ignorée ont aussi traversé le champ de nos écoutes entre midi et quatorze heures: Marie-Pierre a décidé de retourner vivre à la campagne, Vivianne s\u2019est inscrite à la poterie, un groupe a émergé d\u2019un long conflit.Occupés à leur travail en haute mer, certains ont vu les merveilles du Seigneur parmi les océans (Ps 107,23-24).Parce que l\u2019harmonie d\u2019une fraternité n\u2019est jamais que relative, c\u2019est aussi dans l\u2019effort des tolérances mutuelles que nous nous essayons au silence.Par une hymne au Transcendant, nous réaffirmerons notre amour de la vie.Puis, nous psalmodierons l\u2019un ou l\u2019autre poème de David qui fait s\u2019épouser comme tout naturellement les plus paradoxales complexités de l\u2019existence humaine.Les événements du quartier, nos impressions éparses, notre soif de fond, nos solidarités plurielles et nos allégresses y trouveront fatalement un écho quasi textuel.Les blessures rencontrées contrastent si fort avec notre impuissance que nous laisserons les psaumes guider notre avancée dans l\u2019espérance aveugle.À bout de force, tout le jour, j\u2019avance dans le noir.Seigneur tout mon désir est devant Toi et rien de ma plainte ne t\u2019échappe (Ps 38,7.10).La prière serait-elle ce relais où l\u2019intelligence cède aux espaces de la grâce et le vouloir se renonce dans l\u2019attente d\u2019un souffle ténu?Entre tes mains, je remets mon esprit (Ps 31,6).Un cantique redira notre acharnement à croire en dépit du ciel bouché par-dessus la ruelle et malgré le mal qui gagne d\u2019une cour à l\u2019autre sous la forme insolente d\u2019un cancer, d\u2019une dépression maternelle ou de l\u2019angoisse enfantine.Vraiment, tu es un Dieu qui se cache, Dieu d\u2019Israël, Sauveur (cant.d\u2019Isaïe 45,15).Nous goûtons l\u2019harmonie de nos voix fondues et nous restons conscients des pouvoirs de la solidarité.Je n\u2019ai pas dit aux descendants de Jacob: cherchez-moi dans le vide (idem, v.19).La prière fraternelle serait-elle l\u2019aveu de notre solitude en même temps que l\u2019Épiphanie de l\u2019Église?Lumière de nos pas et lampe de notre route.(Ps 119, 105), la Parole tombera dans un long silence, quelque part entre nos soucis et nos rêves, nos colères et nos désirs.Elle traversera chacun son désert, là où pointent les secrets d\u2019une insondable alliance.Vous n\u2019avez plus besoin d\u2019être enseignés (1 Jn, 2,27).La prière serait-elle l\u2019intégration d\u2019une Parole, puis d\u2019une autre dans les sous-sols de l\u2019expérience quotidienne d\u2019où émergeront, aux temps voulus, d\u2019imprévisibles sens.Le Pater rassemble nos intentions, nos intuitions, il nous rappelle la loi parfaite.comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; il confirme l\u2019impuissance absolue où nous sommes de fustiger par nous-mêmes le mal.Délivre-nous.! Prière parfaite où s\u2019étale noir sur blanc le désir du Fils: Fais-toi reconnaître comme Dieu, fais venir ton règne, fais se réaliser ta volonté sur la terre à l\u2019image du ciel (Mt 6,9-10).Enfin, la vigile glissera entre les lignes d\u2019un chant révolutionnaire: .Il disperse les superbes.Il renverse les puissants de leur trône, Il élève les humbles, Il comble de biens les affamés, Renvoie les riches les mains vides.Il se souvient de son amour.Mon âme exalte le Seigneur.Peut-être viendra-t-il ce jour où les captifs de la rue viendront enrichir cette prière de leur radicale pauvreté.Amen.Andrée Pilon Quiviger RELATIONS JUILLET-AOUT 1984 207 999999^ Un nouveau VANIER! HOMME ET FEMME IL LES FIT POUR UNE VIE D\u2019AMOUR AUTHENTIQUE par Jean Vanier\t202 pages, 8,95$ \u201cCe livre cherche à mopTrer les souffrances et la^uête nues ou^^>mpâgnéè^^Ét*>|ean Vanier m pfësenfht so^gus fScsefit ouvrage.UriÉfSKïme qui sera une source tie réflexion sur les rela- 4 tions que npiis entretenons ê&ec le plocMfn, qu\u2019il Soit ou f non handicapé.\ttl Jean Vanier ne donne pas de recettes pour réussir 11 pro- 4 «simplement son exemple.On peut faire au moins un de route avec lui.If\t A h\ti v /an nrr jr\t\\\tI VMI \\IIlj Homme e\\ femme \u2014_ il les fif __ rune vie dar jur ÉDITIONS BELLARMIN 8 100, bout.St-Laurent Montréal H2P 2L9 (514) 387-2541 "]
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