Relations, 1 juillet 1977, Juillet - Août
[" relatlMS MONTRÉAL\tJUILLET-AOÛT\tVol.37 NO *28\tPRIX: Pétrole et sous-développement au VÉNÉZUÉLA par Arturo Sosa A.Où va la catéchèse?par Jules Beaulac Le Congrès charismatique de juin par Jean-Marc Dufort Images, formes et symboles \u2022\tCinéma \u2022\tLittérature /^relations-\u2014\\ revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin Secrétaire de Rédaction: Albert Beaudry Comité de Rédaction: Albert Beaudry, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, Robert Toupin.Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements: 8100 boul.Saint-Laurent, Montréal, H2P 2L9 tél.387-2541.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Publicité: Liliane Saddik, 1700 rue Allard, Ville Brossard tél.678-1209 SOMMAIRE juillet-août 1977\tvol.37\tno 428 Jean-Marc DUFORT, Le congrès charismatique de juin: carrefour ou terminus?\t195 Jules BEAULAC, Catéchèse aujourd\u2019hui et demain\t197 Arturo SOSA A., Pétrole et sous-développement 200 Robert TOUPIN, Laie, diacre et prêtre dans\t208 la pastorale d\u2019aujourd \u2019hui Sr MARIE-CELESTE, Le mysticisme de\t210 Cheikh Hamidou Kane Claude SOUFFRANT, Religions et développement 214 Marie-Thérèse OLIVIER, Le mouvement\t216 des femmes chrétiennes Richard ARES, \u201cL\u2019Etat capitaliste et\t218 la question nationale\u201d Pour la justice en Afrique australe\t219 images, formes et symboles Jean-René ETHIER, Un film sur la virilité: \u201cLA MEILLEURE FAÇON DE MARCHER\u201d\t220 Gabrielle POULIN, \u201cVOIES RAPIDES\u201d et \u201cEPISODES\u201d de Pierre Nepveu, poète du macadam 222 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 014S.Nouveautés Stratégies éducatives dans le Tiers-Monde: innovations et perspectives d\u2019action 7e Colloque international de l\u2019Institut de Coopération internationale 15 x 23 cm, 196 pages - Prix: $6.00 * * * Actes du Congrès d\u2019Ottawa sur Kant dans les traditions Anglo-Américaine et continentale tenu du 10 au 14 octobre 1974 15,5 x 23,5 cm., 560 pages.- Prix: $15.00 * * * Jurivoc Lexicographie Bilinguisme Juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15,5 x 23,5 cm., 350 pages.- Prix: $12.50 * * * The Sexual Language An Essay in Moral Theology par André Guindon 14 x 22 cm., 486 pages.- Prix: $15.00 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey, Ottawa Ontario K1N 6N5 Une tranche importante de l\u2019histoire de Montréal Mgr Bourget et son temps par LEON POULIOT Tous les volumes sont maintenant disponibles: 1.\tLes années de préparation\t$2.50 2.\tL\u2019évêque de Montréal (2e édition)\t$7.00 3.\tLa marche en avant du diocèse, 1846-1872\t$5.00 4.\tAffrontement avec l\u2019Institut canadien,\t1858-1870 $7.00 5.\tLe démembrement de la paroisse Notre-Dame, 1865 et vingt-cinq années de luttes universitaires, 1851-1876\t$8.25 Les dernières années et la survie de Mgr Bourget $1.00 Nous assumons tous les frais de port pour toute commande payée d'avance.Les Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, Qué., H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 194 RELATIONS Le congrès charismatique carrefour ou terminus?* L\u2019auteur, jésuite, est professeur de théologie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.De mars à juin, il a publié dans Relations une série de trois articles sur le renouveau charismatique depuis Vatican II (pp.83-85, 106-109, 171-174).JUILLET-AOÛT 1977 Plus de vingt-cinq mille personnes réunies pour manifester leur foi et proclamer:\t\u201cJésus est vivant, nous en sommes tous témoins\u201d, voilà certes un événement d\u2019envergure dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise d\u2019ici.A-près le premier congrès du renouveau charismatique catholique, survenu en 1974, et le congrès régional de 1976, tous deux tenus à Québec, il convenait de rassembler de nouveau cette année, pour ce qu\u2019on a appelé \u201cles Olympiques de l\u2019Esprit\u201d, les groupes sans cesse croissants du renouveau francophone.Les circonstances s\u2019y prêtaient bien: la conjoncture socio-politique qui amène les gens à s\u2019interroger sur l\u2019avenir collectif, la nécessité de chercher des valeurs plus élevées que celles qui ont, depuis une quinzaine d\u2019années, dirigé la promotion humaine en notre milieu, voire le goût (souvent fort ambigu) du surnaturel ont touché une zone d\u2019indifférence et réveillé un désir de \u201cse raccrocher\u201d.C\u2019est sans doute cela, avec la curiosité en plus, qui a rempli aux deux tiers, l\u2019après-midi du dimanche 12 juin, l\u2019immense stade olympique.Les retrouvailles Il est sans doute difficile de mesurer l\u2019impact d\u2019un congrès de cette nature sur ses participants les plus assidus, et encore plus sur \u201cles prosélytes de la porte\u201d.Les de juin: par Jean-Marc Dufort* adeptes du renouveau charismatique y auront acquis, en plus de la joie des \u201cretrouvailles\u201d, une conscience accrue de la force du renouveau.Celui-ci rejoint maintenant une part non négligeable de l\u2019Eglise canadienne oeuvrant en milieu francophone.Plus de cent cinquante groupes connus répandent à travers villes et campagnes la bonne nouvelle de l\u2019Esprit du Christ ressuscité.En même temps ils accomplissent l\u2019oeuvre évangélique de ses témoins dont la première est le service de la prière, en particulier de la prière de louange, que le concile Vatican II souhaitait voir rendu par les fidèles rassemblés.Ceci est nettement apparu dès l\u2019ouverture du Congrès le soir du 10 juin.Avec son podium aux couleurs du congrès et l\u2019ovale de son toit ouvert sur le ciel, le stade olympique de Montréal, qui dès le début de la soirée résonnait de chants et d\u2019acclamations, ressemblait à une vaste cathédrale.Des éléments plastiques contribuaient à faire de cet espace conçu pour des évolutions, un véritable jeu sacré: défilé des représentants du renouveau venus d\u2019aussi loin que l\u2019Ouest canadien et l\u2019Amérique latine, des porteurs de bannières et de pancartes bibliques, des porteuses de fleurs et des thuriféraires en aube accompagnant le Saint Sacrement.Le chant, la musi- 195 que et une célébration de la lumière nourrissaient le climat de prière de la soirée.En termes sobres et clairs, nourris de la Parole de Dieu, le répondant des évêques du Québec pour le renouveau, Mgr Lan-gevin, a proposé le thème du Congrès: \u201cEvangéliser, c\u2019est proclamer que Jésus est vivant\u201d.A la très longue méditation en monologue qui a suivi, nous aurions préféré des interventions plus courtes, suivies de silences ou d\u2019un chant, animés par des gens venus des régions mentionnées sur les pancartes et reflétant la vie de ces régions, ses espoirs et ses problèmes.Pendant ces prières on aurait pu projeter au tableau électronique quelques symboles, des icônes ainsi que le visage des intervenants.On a rallumé aussi à contretemps les lumières du stade alors qu\u2019on retardait indéfiniment l\u2019allumage des flambeaux.Ces gaucheries n\u2019ont pas altéré l\u2019atmosphère de la soirée qui pour nous s\u2019est avérée la plus réussie de tout le congrès en ce qui concerne le recueillement et la prière.Des ateliers passifs La journée du samedi était entièrement consacrée à des thèmes liés aux préoccupations actuelles des chrétiens et décorés pour la circonstance du nom d\u2019\u201cateliers\u201d: la famille, l\u2019évangélisation, la société, la jeunesse, la vie dans l\u2019Esprit, la croissance dans l\u2019Esprit.Tenus dans des arénas situés aux environs du stade olympique et groupant des publics considérables, ces assemblées ainsi organisées ne pouvaient être et ne furent que des conférences offertes par des experts, d\u2019ailleurs bien au fait de leur sujet et qui savent se mettre à la portée de leurs auditeurs.Elles n\u2019ont malheureusement donné lieu à aucune activité de réflexion ou d\u2019échanges formels chez leurs participants.A cet égard le présent congrès marque une régression par rapport à celui de 1974.Il montre nettement les limites de la formule adoptée qui consiste en des réunions massives de gens plus enclins à écouter doucement qu\u2019à s\u2019astreindre au lent et patient travail de discernement collectif exigé par le renouveau.Nous avons choisi pour notre part d\u2019aller à l\u2019atelier sur l\u2019évangélisation, tenu au Centre Paul-Sauvé (qui n\u2019est pas, soit dit en passant, une merveille d\u2019accoustique).Plusieurs auditeurs, dont nous sommes, ont peu goûté leur journée.Il leur a paru que les conférenciers, s\u2019ils ont mis en valeur le mystère et la puissance du témoignage, n\u2019ont pas suffisamment cherché à le relier à ses sources, le Christ et l\u2019Eglise, et à le définir en fonction de ses destinataires: chrétiens, néo-pàiens, indifférents, etc.L\u2019occasion était belle pour approfondir à l\u2019aide de schémas de travail, avec des responsables, les sept chapitres du document pontifical sur l\u2019évangélisation, ou à tout le moins ses aspects les plus marquants, qui regorgent de richesses spirituelles et théologiques.Il y avait dans la salle une pléiade d\u2019animateurs, de pasteurs et de théologiens qui auraient été heureux de prêter leur concours à l\u2019organisation du travail sectoriel.Qui sait ce qu\u2019on aurait pu tirer d\u2019un travail bien organisé, accompli par deux mille personnes?Cela ne fait-il pas aussi partie du renouveau?Dimanche La célébration du dimanche 12 juin était évidemment, dans l\u2019esprit de ses organisateurs, le sommet de ces assises.Précédée par d\u2019excellentes communications données le matin, l\u2019eucharistie finale, ouverte au grand public, a vu pas moins de quarante à cinquante mille personnes envahir le stade olympique.Ce seul fait suffit à faire du congrès un événement d\u2019importance en nos Eglises et confère au témoignage à porter par elles une ampleur inusitée.Nous en savons gré aux responsables de cette journée.Egalement bien en place furent les éléments audio-visuels soutenant cette liturgie.Ceci est particulièrement vrai de la liturgie de la Parole, ponctuée par une vibrante instruction de Michel Quoist sur l\u2019amour fraternel et l\u2019eucharistie.Nous comprenons moins bien, en revanche, qu\u2019on ait fait prononcer, après l\u2019action de grâces eucharistique, le renouvellement des promes- ses du baptême et qu\u2019on ait attendu la fin de la célébration pour imposer les mains sur les malades.Des gestes à portée sacramentelle comme ceux-ci, surtout lorsqu\u2019ils sont placés à l\u2019intérieur d\u2019une célébration eucharistique, ne prennent vraiment sens et valeur qu\u2019en raison de la Passion du Christ, dont l\u2019eucharistie est le sacrement par excellence.Ils doivent y conduire, et donc la précéder et non pas la suivre.Etonnant aussi ce message en langues flanqué d\u2019une interprétation écrite.Ce fait prouve à l\u2019évidence que le type de rassemblement qu\u2019on tend à instaurer dans bien des cercles du renouveau n\u2019est pas, dans la pensée même de ses promoteurs, un moyen sûr de favoriser l\u2019exercice des charismes de la parole.Les signes et la mission S\u2019agissant de prophétie, - et c\u2019est le point que nous voulons mettre en lumière - l\u2019exercice de ce charisme reste encore limité au groupe charismatique et à ses besoins, aux conditions de son expérience, du moins dans la plupart des cas.La prophétie n\u2019intervient pas encore suffisamment comme élément intégrateur et polarisant de la mission; elle n\u2019est pas encore vue dans son contexte d\u2019histoire du salut qui est celui de la pentecôte au sens johan-nique, d\u2019un envoi de l\u2019Esprit qui révèle finalement au monde le sens de l\u2019histoire du Christ.Aussi la prophétie risque-t-elle à la longue de devenir dans certains cercles un objet de consommation domestique; elle oublierait alors sa véritable destination, qui est centrifuge (\u201cAllez.\u201d), et son rôle primordial, maintes fois illustré dans les Evangiles et les Actes des Apôtres, qui consiste à donner leur signification actuelle (\u201caujourd\u2019hui.\u201d) aux merveilles que Dieu ne cesse d\u2019opérer dans notre monde et dont ces groupes ont la vive conscience.Ce qui est survenu après la clôture de la célébration eucharistique - et de nouveau nous nous étonnons qu\u2019il en soit ainsi -, n\u2019a pas à être jugé par des individus, pas même par des animateurs charismatiques qui n\u2019ont, comme tels, aucun mandat à cette fin.196 RELATIONS Catéchèse aujourd'hui et demain Selon toute apparence il se passe dans tous les groupes du renouveau que nous connaissons de ces faits extraordinaires.A vrai dire la chose n\u2019est pas nouvelle; nous n\u2019en voulons pour preuve que la persistance, dans la détérioration de l\u2019univers religieux, de très nombreux lieux de pèlerinage surtout régionaux où la religion dite populaire prend sa revanche sur les modèles surimposée.Le lieu s\u2019est modifié: c\u2019est maintenant le groupe lui-même qui assume cette part du phénomène religieux populaire, alors que permission est donnée de vivre cette expérience en groupe au niveau de l\u2019expression.Ceci dit nous nous garderons de statuer définitivement sur la nature ou l\u2019authenticité de ce qui s\u2019est passé le 12 juin, à la fin de ce congrès, au stade olympique.Nous ne dirons pas non plus que de tels faits, s\u2019ils sont avérés, constituent le sommet de la journée ou du congrès.Ce serait oublier que la guérison spirituelle est plus grande et meilleure que tout cela, et qu\u2019au surplus la guérison elle-même existe en vue de la mission\u201cpour ces années qui marquent la veille d\u2019un nouveau siècle\u201d (Paul VI).La même perspective, celle d\u2019une mission à accomplir dans nos milieux respectifs, oblige à un discernement lucide sur la manière d\u2019employer des énergies et de préparer des actions concertées.Pour ce motif nous ne serions pas d\u2019accord avec ceux qui voudraient multiplier à l\u2019envi les congrès de ce genre et de cette envergure.Qu\u2019on se souvienne: après la résurrection de Jésus, rendez-vous est donné en Galilée, terre de mission, pour l\u2019envoi définitif (Mc 16,7; Mt 28,16).Dans un monde qui n\u2019a pas encore gagné Jérusalem pour le rassemblement final, il est urgent d\u2019aller porter le Règne de Dieu au coeur même des misères et des solidarités humaines.Le stade olympique, si attirant qu\u2019il soit, reste pour nous un carrefour, non un lieu d\u2019arrivée.Il prépare aux tâches nouvelles de la foi et suppose un nouveau départ.JUILLET-AOÛT 1977 Le renouveau catéchétique a perdu sa grâce originelle! Il a vieilli lui aussi avec les années.La nouvelle catéchèse n\u2019est plus tellement nouvelle! Comme tant de sociétés civiles, l\u2019Eglise, ces années-ci, fait l\u2019expérience du caractère provisoire des réformes nées du concile: il ne suffit pas de transformer les structures ou les rites pour retrouver une fois pour toutes l\u2019enthousiasme et le grand souffle des commencements.A douze ans de la clôture solennelle de Vatican II, le Synode des évêques se réunira à Rome, à la fin de septembre, pour faire le point sur les problèmes touchant à l\u2019éducation de la foi.En fait, la catéchèse est à un tournant: il s\u2019agit pour elle de prendre un second départ.Cet article passe en revue les besoins les plus urgents et les voies de recherche les plus importantes de la formation chrétienne chez nous.* Cet article est inspiré d\u2019une conférence que l\u2019auteur, directeur de l\u2019Office de Catéchèse du Québec, a donnée à l\u2019assemblée annuelle des supérieurs majeurs de communautés religieuses en juin 1977 et qui avait pour thème: \u2018\u2018Le religieux, témoin de la foi dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui\u201d.par Jules Beaulac * Où va la catéchèse?où ira-t-el-le?quels sont les accents qu\u2019elle devrait privilégier?à quels besoins devrait-elle répondre en priorité dans les prochaines années?Voilà autant de questions auxquelles il n\u2019est pas facile de répondre! Il faudrait tenir en mains tant de coordonnées qui ne se laissent pas facilement saisir dans ce monde mouvant et dans cette Eglise post-conciliaire.Pourtant un large regard sur l\u2019aujourd\u2019hui de Dieu, selon la belle expression de Roger Shultz, à travers le prisme du monde, de l\u2019Eglise, de la jeunesse et de la catéchèse elle-même, permet de déceler des pistes, des pointes, des champs de travail pour l\u2019éducation de la foi aujourd\u2019hui et demain.Présenter ces besoins qui émergent de la situation présente, ce n\u2019est pas faire oeuvre de prophète ou de devin; c\u2019est simplement décrire des chantiers en espérant que cela puisse être utile à ceux qui oeuvrent au coeur du ministère de la Parole.1.Une catéchèse des adultes C\u2019est en premier lieu à la catéchèse des adultes qu\u2019il faut penser.D\u2019abord pour eux-mêmes, et ensuite, pour les jeunes et les enfants; car, aussi paradoxal que cela puis- 197 se être, si l\u2019on veut une catéchèse valable pour la jeunesse et l\u2019enfance, il nous faut accentuer l\u2019éducation de la foi des adultes, et cela de diverses manières.-\tDes passerelles sont encore à jeter souvent sur le fossé des générations catéchétiques, celle du \u201cpetit catéchisme\u201d et celle de la \u201cnouvelle catéchèse\u201d.L\u2019éducateur de la foi qui doit s\u2019adresser à l\u2019une et l\u2019autre, par exemple à l\u2019homélie dominicale, s\u2019aperçoit bien vite des défis pastoraux considérables qu\u2019il a à relever: le langage n\u2019est pas le même, les contenus de la foi n\u2019ont pas été transmis de la même façon, les expressions de la foi même sont souvent différentes.Existe-t-il des instruments appropriés permettant de décoder ces langages et de les retraduire?Y a-t-il des animateurs qui réunissent les divers agents d\u2019éducation, parents, professeurs et pasteurs, afin de les accompagner dans leur marche sur ces passerelles?-\tLa seconde évangélisation des adultes va s\u2019imposer de plus en plus.Dans un monde pluraliste et sécularisé, dans une société de plus en plus atomisée, dans une Eglise elle-même éclatée au niveau de la pratique sacramentelle et au niveau des croyances, nous sommes renvoyés à des défis pastoraux particuliers: comment évangéliser des baptisés?comment motiver des chrétiens déracinés de leur milieu de chrétienté?-\tLa catéchèse des adultes tout particulièrement doit se déployer en termes d'éducation permanente de la foi.Il s\u2019agit ici bien plus que de recyclage.La prise de conscience de l\u2019évolution rapide et accélérée de notre monde de même que des mutations importantes dans le devenir de l\u2019Eglise nous ont fait comprendre que la simple acquisition de connaissances ne saurait suffire à la croissance chrétienne; de tout temps mais encore plus aujourd\u2019hui, nous avons à apprendre à grandir dans la foi, à développer des apprentissages de maturation dans le Christ.-\tLa recherche du sens de la vie, du pourquoi des choses, particuliè- rement présente chez les jeunes, les a conduits à vouloir choisir de façon autonome et libre leur croyance ou leur incroyance.Y a-t-il suffisamment de parents et d\u2019éducateurs de \u201cgrands\u201d capables de faire advenir un choix libre et mûri concernant les options de foi de leurs enfants?Y a-t-il assez d\u2019accompagnateurs de ces parents et de ces éducateurs dans ce difficile apprentissage?-\tUne piste très féconde se dessine de plus en plus, celle d\u2019une meilleure connaissance de la Parole de Dieu écrite dans la Bible.Des sessions de tous genres s\u2019organisent, qui sont suivies par de nombreuses gens.Il y a ici également une piste à poursuivre et à développer.-\tEnfin, pour des adultes plongés au coeur d\u2019un monde souvent ambigu et d\u2019une Eglise qui se construit dans ce monde, il semble que certains themes catéchétiques seraient particulièrement adaptés à notre temps, par exemple: création et écologie, travail et devenir de l\u2019homme, dimension socio-politique de l\u2019évangile, responsabilité humaine et Esprit, espérance et avenir de l\u2019homme, maturation humaine et chrétienne, santé, maladie et épanouissement chrétien, etc.Ici notamment, il y a matière à recherche, à vulgarisation et à animation.2.\tUne catéchèse familiale Le renouveau catéchétique, au Québec du moins, s\u2019est développé à l\u2019intérieur de la réforme scolaire amorcée par le Rapport Parent.On peut se demander si, dès lors, la prépondérance de l\u2019école n\u2019a pas relégué au second plan les parents, et plus largement la famille, dans leur rôle d\u2019éducateurs de la foi.Sans nier le rôle important de l\u2019école et de la paroisse, ne faudrait-il pas redécouvrir de façon pratique le rôle de la famille comme lieu d\u2019éducation de la foi?et cela en termes de témoignages individuels des membres de la famille, en termes de \u201cpasserelle\u201d entre les générations catéchétiques, en termes de lieu privilégié de prière et de dialogue, peut-être même en termes de catéchisation proprement dite?3.\tUne catéchèse concertée Nous le disions il y a un instant, les instances les plus concernées en éducation de la foi des jeunes sont l\u2019école, la famille et la communauté chrétienne (ordinairement la paroisse).Ne gagnerait-on pas à les concerter de façon plus équilibrée et plus efficace?Malgré de louables efforts et de remarquables succès, notamment en matière d\u2019initiation sacra-mentaire, dus principalement au travail des animateurs de pastorale scolaire et des conseillers en éducation chrétienne, personne ne niera l\u2019urgence du travail à accomplir encore! Parents, pasteurs et professeurs se sentent trop souvent démunis devant l\u2019ampleur du défi à relever.4.\tUne catéchèse des plus pauvres Dans le monde scolaire, l\u2019instrumentation de la nouvelle catéchèse s\u2019est d\u2019abord adressée, et c\u2019était normal, à la plus large catégorie d\u2019étudiants i.e.les élèves \u201créguliers\u201d.De plus en plus, des besoins et des appels se formulent pour des instruments catéchétiques en faveur des plus pauvres: inadaptés-débiles légers, (14-18 ans), étudiants des cours professionnels (long et surtout court), etc.De toute évidence évangélique, il faudra répondre à ces appels et pallier à ces besoins.par des instruments appropriés et par des maîtres bien préparés! 5.\tUne catéchèse d\u2019engagement ecclésial L\u2019Eglise, confrontée à l\u2019idéal de Vatican II, provoque chez certains, notamment chez des jeunes, diverses réactions.Pour les uns, elle va trop vite: elle a abandonné des choses essentielles pour donner tête baissée dans des pratiques innovatrices et mal fondées dans la tradition; pour d\u2019autres, au contraire, elle ne va pas assez vite: elle s\u2019englue dans des pratiques désuètes, manque d\u2019audace, ne se mouille pas assez dans les enjeux du monde et n\u2019écoute pas les signes des temps.Un champ immense est ouvert pour une catéchèse ecclésiale appropriée: par-delà la redécouverte 198 RELATIONS d\u2019une Eglise \u201cservante et pauvre\u201d, selon le mot du P.Congar, n\u2019y a-t-il pas place pour une catéchèse signifiante et authentique de l\u2019engagement ecclésial pour les uns et les autres?6.\tUne catéchèse à dimension socio-politique Devant les enjeux de libération et de promotion sociales, devant la prise de conscience de la dimension socio-politique de l\u2019évangile, devant la formation de groupes de politisés chrétiens, devant un monde balloté par des idéologies politiques, de gauche et de droite, de plus en plus radicales, il faut à une catéchèse d\u2019engagement ecclésial ajouter une catéchèse d\u2019engagement dans le monde, au nom de sa foi, plus spécifiquement par le biais de l\u2019engagement socio-politique.Cette dimension de la catéchèse a d\u2019ailleurs été rappelée dans le message de la commission épiscopale des affaires sociales à l\u2019occasion de la Fête du Travail: \u201cDe la parole aux actes\u201d.7.\tUne catéchèse utilisant davantage les media de communication sociale Nous sommes entrés, par-delà Guttenberg, dans la galaxie de Marconi: l\u2019heure des media, électroniques tout spécialement, de masse ou de groupes, a sonné.Nos contemporains passent plus d\u2019heures par jour à écouter la radio ou à regarder le petit écran qu\u2019à lire un livre! Y a-t-il beaucoup d\u2019agents d\u2019éducation de la foi compétents, préparés, disponibles pour la diffusion de la Parole \u201célectronique\u201d?8.\tUne catéchèse de l\u2019esprit Depuis la première Pentecôte, l\u2019Esprit est toujours à l\u2019oeuvre dans l\u2019Eglise.Il est pourtant pour beaucoup le grand inconnu.Lés récents succès du mouvement charismatique au Québec (30,000) personnes au stade olympique le 12 juin, l\u2019impact du nouveau programme d\u2019enseignement religieux en cinquième année \u201cQuand souffle l\u2019Esprit\u201d et le renouveau de la pastorale de la Confirmation, sont en train de nous le faire redécouvrir en même temps que la prière de louange et d\u2019action de grâce, individuelle et communautaire.De toute nécessité, la catéchèse a besoin de théologiens, d\u2019animateurs, d\u2019écrivains, de poètes, de maîtres de prière pour aider à cette croissance dans l\u2019Esprit.9.\tUne catéchèse du Tiers-Monde C\u2019est une vérité de La Palice de dire que nous vivons dans une société de production et de consommation; mais, c\u2019en est une autre aussi importante de constater que ce monde vite à côté du Tiers-Monde, où les besoins primaires ne sont souvent pas même satisfaits.Devant la planétarisation du monde, ce fait ne peut être ignoré.Des organismes comme Oxfam, Jeunes du Monde ou Club 2/3, s\u2019y emploient.Cette nécessaire éducation devra maintenant faire partie de plus en plus des apprentissages de la vie du chrétien d\u2019ici.10.\tUne certaine approche doctrinale de la foi Voilà une bien grosse question, tant par sa difficulté que par son importance! L\u2019avènement des sciences exactes, la prédilection de nos contemporains pour le mesurable, le vérifiable, peut-être aussi la nostalgie de connaissances religieuses bien classées, nous amènent à cette conclusion: il nous faut réinventer une catéchèse doctrinale.Non pas une mini-théologie, non pas un nouveau \u201cpetit catéchisme\u201d, mais quelque instrument qui soit une synthèse harmonieuse de notre credo, ajustée aux attentes de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.11.\tUn enseignement religieux s\u2019intéressant aux diverses religions L\u2019Eglise, par le mouvement oecuménique, se veut dialoguante avec les diverses dénominations religieuses.Le phénomène religieux, même au Québec, d\u2019assez monolythique qu\u2019il était, est devenu de plus en plus diversifié.Une présentation des grandes religions pour elles-mêmes et aussi en regard de la religion chrétienne s\u2019impose de plus en plus non seule- ment comme élément de culture religieuse mais aussi comme facteur de croissance dans l\u2019expérience religieuse elle-même; elle aurait aussi l\u2019avantage d\u2019éloigner le syncrétisme religieux et de favoriser la pureté de l\u2019identité chrétienne.12.\tUne catéchèse reliée à la qualité des maîtres Il y a ce qui est écrit dans les manuels de catéchèse.il y a ce qui se dit en classe de catéchèse et ailleurs.il y a ce qui se vit aussi.et il y a enfin l\u2019adéquation entre les trois! Question de compétence en pédagogie religieuse et de témoignage personnel! Les jeunes s\u2019y trompent de moins en moins! Il y a les maîtres en exercice.et les futurs maîtres! Tout est affaire de formation, initiale, continue ou permanente, comme on voudra, mais toujours de qualité! Il y a enfin le contexte de travail des maîtres:\tgroupes-classes, ho- raires, etc.; s\u2019en va-t-on vers un champ réservé pour la catéchèse?Défi considérable et constant! De la qualité des maîtres dépend pour beaucoup la qualité de la catéchèse et des catéchisés! Voilà une liste déjà bien longue et qui pourrait s\u2019allonger encore! Le renouveau catéchétique a perdu sa grâce originelle! C\u2019est normal: il a vieilli lui aussi d\u2019un an par année! La nouvelle catéchèse n\u2019est plus tellement nouvelle! La catéchèse est à un tournant! Un second départ, un deuxième souffle! Expirera-t-elle essoufflée et étouffée?cherchera-t-elle vainement un vent qui ne souffle pas?ou bien respirera-t-elle les grands vents du large qui bandent les voiles jusqu\u2019à craquer et font avancer magnifique la nef sur les flots?Nous savons que l\u2019Esprit est toujours avec nous et que le Christ est toujours vivant! Mais, pour le reste, cela dépend de nous, de chacun de nous! JUILLET-AOUT 1977 199 Petrole et sous-développement par Arturo Sosa A.* Lorsque des collectivités humaines se rendent compte que d\u2019autres conçoivent des projets d\u2019envergure et les réalisent avec succès, elles peuvent soit tenter de faire de même, soit dénigrer les valeurs impliquées dans ces projets et ces succès dont elles sont jalouses.Il est également possible \u2014 et c\u2019est le cas de l\u2019Amérique latine \u2014 qu\u2019ayant tenté d\u2019imiter et n\u2019ayant pas obtenu le succès espéré, elles trouvent une consolation dans la mythologie qui les aidera à expliquer leur échec et leur permettra d\u2019invoquer une miraculeuse revanche future.C.RANGEL L\u2019image A l\u2019étranger, on accepte volontiers l\u2019idée d\u2019un Vénézuéla \u201cpétrolier\u201d: promoteur de l\u2019Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et principal fournisseur d\u2019or noir aux Etats-Unis, par conséquent \u201cpays riche\u201d, envié pour ses réserves monétaires internationales et recherché comme partenaire commercial.L\u2019une des rares démocraties d\u2019inspiration libérale à subsister dans le sous-continent américain, et celle qui à l\u2019heure actuelle semble bien la plus \u201csolide\u201d, son attachement aux traditions démocratiques le rend d\u2019autant plus sympathique aux nations du bloc occidental.Ces deux facteurs, la prospérité économique et l\u2019orthodoxie parlementaire, incitent les nations déve- * L\u2019auteur, jésuite vénézuélien, est diplômé en philosophie politique.Auteur d\u2019un ouvrage sur l\u2019administration du dictateur Juan Vicente Gomez (1908-1935), il collabore régulièrement au quotidien El Na-cional (Caracas) et au mensuel Sic.loppées à confier au Vénézuéla une fonction de leader en Amérique latine.Ce rôle neuf, taillé à la mesure de la nouvelle \u201cimage\u201d du pays, aurait été inconcevable il n\u2019y a pas si longtemps.Mais c\u2019est que le mirage agit à l\u2019intérieur même du pays.La classe dirigeante se laisse aisément persuader que le pays se trouve \u201cen plein développement\u201d tandis que la grande majorité de la population vit dans le dénuement, blessée en ses droits les plus élémentaires: le logement, l\u2019emploi, la nourriture, la santé, l\u2019instruction.et la réalité Ajoutez à cela la prostration personnelle de ces populations: des siècles de sujétion, un niveau d\u2019instruction très bas, des conditions de vie qui confinent à la simple survivance expliquent qu\u2019elles n\u2019arrivent pas à prendre conscience de la situation qu\u2019elles subissent.Les couches supérieures de la société analysent les faits en partant de leur propre situation privilégiée et concluent tranquillement qu\u2019il suffit, pour \u201carriver\u201d, de profiter des occasions qui se présentent et de faire un effort; ou alors on affirme que le temps arrangera tout et qu'avec le temps tout le monde finira bien par atteindre à un niveau de vie humain.En même temps, le Vénézuéla fait partie d\u2019un ensemble plus vaste, l\u2019Amérique latine, dont \u201cl\u2019image\u201d, à l\u2019intérieur et à l\u2019étranger, tend a s\u2019éloigner de la réalité complexe des nations qui la composent.Très souvent, on cède à la tentation de parler de l\u2019Amérique latine comme d\u2019un tout indifférencié.On suppose que l\u2019intervention du colonisateur espagnol qui imposa sa langue, ses lois et sa religion depuis la Californie jusqu\u2019à la Patagonie nous a \u201chomogénéisés\u201d une fois pour toutes.Mais, ce faisant, on perd de vue la complexité du tissu socio-culturel préexistant à l\u2019arrivée des Européens, les divers degrés de pénétration de la culture hispanique et l\u2019apport des autres groupes humains, en un mot la lente amalgamation qui devait aboutir à l\u2019un des métissages culturels les plus diversifiés de l\u2019histoire.Sans oublier l\u2019immense variété des conditions géographiques et le contraste des évolutions politiques.Prudence donc au moment d\u2019évaluer globalement la situation latino-américaine.Aussi, dans cet article, nous aimerions proposer une \u201cimage\u201d revue et corrigée du Vénézuéla, en réagissant aux thèses présentées l\u2019an dernier par notre compatriote Carlos RANGEL dans son livre Du bon sauvage au bon révolutionnaire (1).Publié simultanément en français et en espagnol, à Paris et à Caracas, l\u2019ouvrage a été largement diffusé au Vénézuéla par certains groupes qui comptent exploiter l\u2019autorité de ce best-seller au profit de leurs projets politiques.200 RELATIONS 1.L\u2019interprétation de Carlos RANGEL: P Amér ique-qui-a-échoué Posons en hypothèse, nous suggère Rangel, la distinction entre la réalité des faits et l\u2019interprétation courante de la situation actuelle et du processus qui l\u2019a engendrée.Il s\u2019agit pour nous d\u2019enquêter sur les causes de cette différence et sur les fins que sert l\u2019interprétation reçue.Et précisons encore que lorsque nous parlerons d\u2019Amérique latine, nous entendrons nous référer exclusivement aux dix-neuf pays de langue espagnole, à l\u2019exclusion du Brésil et des anciennes colonies françaises, anglaises ou hollandaises.L\u2019autre Amérique La conclusion la plus certaine, la plus exacte et la plus complète à laquelle on puisse arriver à propos de l\u2019Amérique latine est que jusqu\u2019à nos jours elle a constitué un échec.(2) L\u2019Amérique latine est un projet historique qui a avorté, et l\u2019échec est ressenti d\u2019autant plus douloureusement qu\u2019il ressort évidemment de la moindre comparaison avec \u201cl\u2019autre Amérique\u201d, celle du succès éblouissant, les Etats-Unis.Déconcerté et humilié, le Latino-américain a eu recours au mythe pour s\u2019expliquer les faits et se justifier: au lieu de regarder la situation en face et de nommer les causes qui ont réellement entraîné ce résultat désastreux.Les onze chapitres du volume de Rangel veulent démasquer ces alibis mythologiques et mettre en pleine lumière les causes véritables de l\u2019échec des pays latino-américains.1.\tEd.Robert Laffont (Paris) 1976, 398 pages.Carlos Rangel a étudié aux Etats-Unis et en France.Après avoir été professeur puis diplomate, il s\u2019est fait journaliste et il anime à la télévision vénézuélienne une émission d\u2019informations quotidienne.2.\tpp.20-21 Des alibis d\u2019emprunt Mais l\u2019auteur commence par affirmer que nous n\u2019avons même pas été capables de créer nos propres mythes: nous nous sommes contentés de réchauffer les représentations fantastiques importées par les Européens au début de la colonie en les adaptant tant bien que mal à la situation actuelle.Les Espagnols qui abordèrent sur le continent américain n\u2019ont pas manqué d\u2019y découvrir.ce qu\u2019ils cherchaient: leur propre vision du monde, lourde de représentations mythiques sur le paradis perdu et l\u2019innocence des premiers hommes.La rencontre de cette mentalité nostalgique et d\u2019un continent inattendu allait donner naissance au mythe du Bon Sauvage, l\u2019homme en son état de pure nature, avant la chute originelle et la dégénération provoquée par la civilisation.De l\u2019Inca au Ché Dans le vice-royaume du Pérou, à la fin du XVIIIe siècle, le personnage de l\u2019Inca Tupac Amaru (l\u2019éponyme des Tupamaros modernes), \u201cmartyr et précurseur de l\u2019indépendance latino-américaine\u201d, transforme le bon sauvage en un bon révolutionnaire.A partir de ce moment, la réaction contre la civilisation occidentale devient revendication de l\u2019innocence perdue par suite de la colonisation et espérance révol utionnaire de recréer la société idyllique des origines.Les leaders du mouvement de l\u2019indépendance se percevront comme les descendants de l\u2019Inca et, à une date beaucoup plus récente, Ché Guevara continue d\u2019incarner ce type du bon révolutionnaire qui accuse les Nord-Américains de toutes les injustices des sociétés d\u2019Amérique latine.L\u2019ombre du Nord Dans ce contexte, les rapports entre les Etats-Unis et l\u2019Amérique his- panophone sont irrémédiablement faussés.Toutes les réussites yan-kees deviennent pour les Latino-américains une source constante d\u2019humiliation.Or \u201cles Nord-américains vont puiser dans le mythe du Monde Nouveau l\u2019optimisme, la confiance en soi des êtres prédestinés\u201d (3).La nation états-unienne naît d\u2019une revolution conservatrice qui fut dès l\u2019abord sensée, raisonnable, pragmatique, modérée en tout sauf l\u2019ambition, soumise au contrôle de la Loi, considérée comme la valeur fondamentale.En somme, suggère Rangel, l\u2019application réussie de la philosophie de Locke.L\u2019analyse des rapports entre le nord et le sud du continent ne saurait exclure la doctrine Monroe, prétexte d\u2019interventions croissantes dans les affaires latino-américaines: L\u2019impérialisme nord-américain en Amérique latine n\u2019a certes rien d\u2019un mythe.Mais c\u2019est une conséquence, et non une cause, de la puissance nord-américaine et de notre faiblesse.(4) Le mythe actuel Comme le reste du monde, l\u2019Amérique latine est mue par le désir d\u2019atteindre à un niveau de développement économique et d\u2019égalité sociale qui consente à sa population une existence digne, humaine.Qu\u2019elle échoue dans la poursuite de cet objectif, elle se repliera sur des pseudo-explications qui, inévitablement, rendent les Etats-Unis responsables de ses échecs.C\u2019est ainsi qu\u2019on voit apparaître la théorie de la dépendance qui explique la situation actuelle en identifiant toute une chaîne de colonialismes, depuis le premier voyage de Colomb jusqu\u2019à l\u2019hégémonie américaine contemporaine.Pour Rangel, cette interprétation descend directement du Bon Sauvage: mythique, elle voile les faits et leurs causes.Elle s\u2019enracine, bien entendu, dans le refus obstiné des Latino-américains de reconnaître leur échec, face au succès encombrant de \u201cl\u2019autre Amérique\u201d.3.\tp.43 4.\tpp.51-52 JUILLET-AOÛT 1977\t201 Cuba \u2014 la catharsis Ce sentiment de frustration des peuples latino-américains appelle nécessairement une catharsis, et ce fut la révolution cubaine qui, tel un catalyseur, accéléra et polarisa l\u2019explosion de ce ressentiment.Car en fait elle concrétisait \u201cl\u2019ambition secrète qui bat dans le coeur de tout Latino-américain:\taffronter les Etats-Unis\u201d.Malheureusement, toujours selon Rangel, les faits démentent clairement ces aspirations.Le progrès et l\u2019amélioration des conditions de vie sont fonction des relations d\u2019un pays donné avec les Etats-Unis et de son intégration à leur système économique.Qu\u2019on pense à Porto Rico, administré par les Américains depuis 1898.Au fond, l\u2019engouement pour Cuba correspond à une nécessité psychologique, l\u2019incapacité d\u2019assumer sa propre frustration; les chiffres parlent un autre langage.La loi du mensonge Une telle mentalité aboutit à institutionnaliser le mensonge et les interprétations manichéennes de la réalité historique: où l\u2019on ne parle que de bons et de méchants, de traîtres et de héros.C\u2019est ainsi qu\u2019il fallut attendre plus de cent ans pour que soit reconnue la nature véritable de la guerre d\u2019indépendance, qui fut bien plus une guerre civile qu\u2019une guerre de libération coloniale, tant par ses protagonistes que pour les intérêts enjeu.La vérité est trop désagréable et c\u2019est pourquoi l\u2019Amérique latine est extrêmement perméable aux interprétations historiques et aux projets politiques fondés sur le mensonge ou qui ne reposent que sur des demi-vérités.(5) En vertu de cette mentalité, être de gauche en Amérique latine, c\u2019est s\u2019opposer aux Etats-Unis.Le marxisme n\u2019a pas manqué de tirer parti de ce mécanisme, d\u2019abord en fournissant le langage capable d\u2019exprimer le ressentiment du Latin humilié, puis en se posant par l\u2019intermédiaire de l\u2019Union Soviétique en rival des Etats-Unis.Cette infiltration du marxisme, de l\u2019impérialisme léniniste en particulier, et le succès de la théorie de la dépendance, qui en représente le dernier avatar latino-américain, comportent de graves dangers.Tout cela risque de faire croire qu\u2019il n\u2019existe que des divergences et des conflits d\u2019intérêt entre les Etats-Unis et l\u2019Amérique latine et qu\u2019il n\u2019est pas possible aux deux voisins de s\u2019entendre et de collaborer en vue d\u2019objectifs communs.L\u2019Eglise L\u2019Eglise catholique est plus responsable que tout autre facteur de ce que n\u2019est pas l\u2019Amérique latine.La conquête espagnole a été faite par le catholicisme et pour le catholicisme.(6) L\u2019échec de l\u2019Amérique latine, c\u2019est donc en définitive l\u2019échec de l\u2019Eglise catholique elle-même, et en particulier l\u2019échec de la morale catholique, en face du triomphe de l\u2019éthique protestante nord-américaine.Tandis que la société latino-américaine catholique tend à se satisfaire des seules apparences, la société WASP exige la mise en pratique de ce que chacun prétend être et obtient du même coup une fiabilité et un dynamisme social décisifs.Or voici qu\u2019après avoir joué un rôle déterminant dans la formation de la société coloniale et après avoir résisté à l\u2019anticléricalisme radical des républiques issues de l\u2019indépendance, l\u2019Eglise se voit obligée à amorcer aujourd\u2019hui un grand virage.Personne n\u2019ignore l\u2019importance stratégique de l\u2019Amérique latine pour l\u2019Eglise catholique.D\u2019autre part, l\u2019expansion constante de l\u2019Empire communiste est un fait indéniable à l\u2019heure actuelle.Si l\u2019Eglise adopte une attitude inflexible et réactionnaire, elle perdra pied dans les pays du bloc communiste et elle s\u2019affaiblira ailleurs également.Or elle ne semble aucunement disposée à la résignation passive, elle entend au contraire être présente partout, quels que puissent être les types de société et de régime politique.L\u2019essentiel, pour l\u2019Eglise catholique, serait donc de négocier avec 5.p.114\t6.p.189 202 l\u2019empire communiste sa survie dans chacun des pays en passe d\u2019être annexés par cet empire.Ensuite, avec le temps, tout rentrerait dans l\u2019ordre.(7) D\u2019ailleurs, l\u2019Eglise a découvert que le socialisme marxiste pourrait constituer un allié précieux dans la lutte contre le libéralisme: ne s\u2019agit-il pas, en effet, d\u2019annoncer un message qui fait des marchands les plus grands ennemis du salut de l\u2019homme, et le devoir le plus urgent n\u2019est-il pas encore de les chasser du Temple?L'Eglise catholique s\u2019apprête donc à renoncer à son rôle de fer de lance de l\u2019anticommunisme et à s\u2019insérer dans la vague léniniste qui déferle sur le sous-continent, ce qui lui permettra d\u2019assurer son avenir et, du même coup, de se décharger de ses responsabilités historiques en mettant sur le dos des impérialistes toutes les carences de l\u2019Amérique latine.Les \u201ccaudillismes\u201d Dans les trois derniers chapitres du livre, l\u2019auteur applique la même grille d\u2019interprétation aux \u201cformes du pouvoir politique en Amérique latine\u201d.Il analyse d\u2019abord le phénomène du caudillisme latino-américain et son rôle dans le processus d\u2019intégration des nations du sous-continent.Il s\u2019arrête particulièrement aux figures des super-caudillos du tournant du siècle: Francia au Paraguay, Rosas en Argentine, Porfirio Diaz au Mexique, Juan Vicente Gomez au Vénézuéla.De fait, ces dictateurs incontestés ont souvent joué le rôle de \u201cconsuls\u201d des intérêts étrangers, ce qui explique aujourd\u2019hui tant de méfiance et d\u2019hostilité à l\u2019égard de l\u2019Amérique du Nord.Rangel passe ensuite en revue le \u201csystème mexicain\u201d du Parti Révolutionnaire Institutionnel, le \u201cmodèle brésilien\u201d et le \u201cpéronisme\u201d argentin.Ayant prouvé qu\u2019elle était à tout point de vue celui des pays latino-américains qui avait le mieux réussi, l\u2019Argentine rend manifeste, avec la profonde crise qu\u2019elle traverse, la difficulté qu\u2019éprouve notre culture 7.p.217 RELATIONS à surmonter ses handicaps et ses névroses particulières, et notamment son complexe d\u2019infériorité provenant du fait qu\u2019il nous a été donné de partager le \u201cnouveau monde\u201d avec les Etats-Unis et que jusqu\u2019à présent nous sommes le volet (relativement) délabré de la grande aventure américaine.(8) L\u2019auteur compare ensuite l\u2019expérience chilienne de l\u2019Unité Populaire au mouvement \u201capriste\u201d.Le Parti APRA (Alliance Populaire Révolutionnaire Américaine), fondé au Pérou en 1924 par Victor R.Haya de la Torre, peut se comparer à la social-démocratie européenne; il a inspiré tout un mouvement politique auquel se rattache, entre autres, le parti vénézuélien d\u2019Action Démocratique, actuellement au pouvoir à Caracas.Une fois signalé le modèle péruvien né de la révolution militaire de 1968, le rideau tombe sur le person- Suggestive, séduisante, écrite avec vivacité et menée rondement, l\u2019interprétation de Rangel ne laisse guère indifférent.Mais la pertinence et la vérité d\u2019une argumentation ne dépendent pas exclusivement de sa joliesse ou de sa cohérence formelle, ni même de la présence épisodique de certains facteurs de vérité dans le cours de l\u2019exposé.Une tradition vénérable Laissons de côté les divergences idéologiques qui peuvent nous séparer, oublions un instant les conceptions différentes que nous pouvons avoir sur l\u2019avenir de la société latino-américaine et sur le futur du Vé-nézuéla; une réserve s\u2019impose à nous d\u2019emblée face au livre de Rangel.Elle tient à sa façon de raisonner.On se rappellera l\u2019origine et l\u2019influence du courant sophiste dans la Grèce classique.Il s\u2019agissait à l\u2019ori- 8.pp.315-316 JUILLET-AOÛT 1977 nage de Fidel Castro, le dernier des grands \u201ccaudillos consulaires\u201d, non plus acquis aux intérêts nord-américains mais vassal de la puissance soviétique.Voilà pourquoi, madame.Rangel ne prend même pas la peine de rédiger une conclusion.La morale de son histoire, ou plutôt de l\u2019analyse qu\u2019il a échafaudée, ressort évidemment.Abandonnez la mentalité mythologique et ses alibis fumeux et revenez sur terre! La réalité qui s\u2019impose, c\u2019est que le modèle socio-politique qui a réussi, c\u2019est le capitalisme libéral des Etats-Unis.Il s\u2019agit, en somme, pour les Latino-Américains d\u2019entreprendre une cure à base de libéralisme: accepter et appliquer le système nord-américain nous permettra de dépasser notre échec actuel pour arriver enfin à la réussite.gine de poser la question de l\u2019agir: que faire?Mais l\u2019école eut tôt fait de mettre l\u2019accent sur la dextérité logique: comment manoeuvrer concepts et arguments pour convaincre l\u2019assemblée de l\u2019opportunité de telle ou telle politique?On passait ainsi de la recherche des causes profondes, de la critique des phénomènes de surface en quête d\u2019un résultat encore inconnu, à un simple patron de raisonnement où il s\u2019agit seulement de contrôler le mouvement logique et ses normes pour éviter de se trouver acculé à une conclusion imprévue.mais suspecte Pour que ce type de raisonnement acquière une certaine valeur scientifique, il importe que le \u201craisonneur\u201d dise clairement dès le départ le point de vue où il se place: d\u2019où parle-t-il?Dans le domaine des sciences humaines, on admet sans réserve aujourd\u2019hui que toute connaissance est médiatisée par le sujet con- naissant.Ce qui veut dire que toute connaissance nous arrive, non pas à l\u2019état de pure donnée objective, mais chargée d\u2019une interprétation, colorée par la perspective limitée, partielle, partiale, de celui qui \u201cvoit\u201d et \u201cdit\u201d.Il résulte donc de la nature même de notre connaissance qu\u2019un \u201craisonneur\u201d honnête, dans le domaine des sciences humaines commencera par mettre cartes sur table en indiquant le \u201clieu\u201d d\u2019où il parle et les conditionnements qui s\u2019imposent à lui.Le sophiste s\u2019épargne cette peine.Il prétend s\u2019installer dans la vérité inconditionnée: son échafaudage conceptuel se transforme ainsi en une pyramide renversée sur son sommet, constamment menacée de perdre son point d\u2019appui sur le réel.En pratique Revenons à Rangel qui n\u2019est pas loin de procéder de même.En principe il admet bien la complexité de la situation politique et de l\u2019évolution historique de l\u2019Amérique latine; il répète la chose à plusieurs reprises afin que ses lecteurs se convainquent de sa lucidité.Mais dès qu\u2019il passe à l\u2019analyse, il oublie ses principes et néglige les nuances et les précisions spécifiques qu\u2019exigerait la diversité des problèmes qu\u2019il aborde.Nous pouvons observer de plus près sa façon de faire à propos du paragraphe intitulé \u201cImpérialisme et sous-développement\u201d (9).Il s\u2019en prend à tous ceux qui voient dans l\u2019impérialisme nord-américain la cause principale du sous-dévelop-pement du continent sud.Louable propos, sans aucun doute.Mais faut-il simplifier et caricaturer la thèse au point que l\u2019énoncé seul paraisse déjà inacceptable et dénué de fondement?Et pourquoi saupoudrer l\u2019exposé de cette position de qualificatifs (\u201ctypique du bon sauvage\u201d, révolutionnaire, habile et astucieux, etc.) qui préviennent le lecteur et lui suggèrent ce qu\u2019il doit penser?Des exemples choisis Un autre procédé qui sous-tend la présentation de Rangel, c\u2019est ce que nous appellerons la comparaison sé- 9.pp.69-72 203 2.QUELQUES REMARQUES CRITIQUES lective.On met en parallèle le \u201cpositif\u201d de la société nord-américaine et le \u201cnégatif\u201d de l\u2019Amérique latine, non pas toutefois de façon ordonnée et systématique mais un peu au hasard, ou plutôt en fonction du raisonnement de l\u2019auteur.L\u2019impression se dégage peu à peu que toute une partie du continent, l\u2019Amérique latine, a raté l\u2019opportunité qui s\u2019offrait à elle d\u2019atteindre le niveau des Etats-Unis, et qu\u2019au lieu de reconnaître ses erreurs, elle cède encore au ressentiment et rejette sur l\u2019autre Amérique la responsabilité de son échec.Faillite, ratage, complexe, société tarée, manque de sincérité, complaisance dans l\u2019illusion, mythologie compensatoire, incapacité de reconnaître ses défauts.Ces termes ponctuent le texte de Rangel, quand il parle de l\u2019Amérique latine; il les reprend inlassablement.Finiront-ils par fabriquer une vérité?Au nom de l\u2019abstraction Nous avons déjà signalé combien il est difficile de résister à la manie des généralisations hâtives.Très souvent on énonce sous forme de lois générales des conclusions qui ne découlent pas tant des problèmes envisagés que d\u2019un propos politique préconçu: des décisions déjà arrêtées deviennent alors le résultat d\u2019une politique \u201cscientifique\u201d, fondée sur l\u2019analyse \u201cobjective\u201d de la réalité.Prenons l\u2019exemple du métissage, facteur-clé dans la formation de la culture latino-américaine, que l\u2019on retrouve dans toute l\u2019Amérique espagnole.Mais si le phénomène est commun, il se réalise de façon bien différente dans les diverses régions du continent.Parler de métissage dans l\u2019abstrait ne permet de rien conclure, car il faut encore examiner le contexte particulier de chaque pays.De même, c\u2019est rester dans le vague que de parler simplement de l\u2019influence culturelle de l\u2019Europe occidentale en Amérique.Le problème ne se pose pas au niveau de l\u2019influence culturelle mais il naît du rapport colonisateur-colonisé qui fait que la culture européenne est imposée de force et qu\u2019elle provoque une réaction agressive et défensive.Ce 204 genre de précision permettrait peut-être d\u2019expliquer pourquoi les nations latino-américaines réagissent différemment aujourd\u2019hui à l\u2019influence européenne et à celle des Etats-Unis.et d\u2019un programme politique Les derniers chapitres du volume sont consacrés aux formes du pouvoir politique et ils illustrent merveilleusement ce que devient une analyse politique faite d\u2019un point de vue anti-marxiste et néo-libéral.Ce trait donne à penser que le livre n\u2019est pas écrit au-dessus de la mêlée (comme on aimerait le faire croire) mais qu\u2019il sert des objectifs politiques précis: on y appuie un type de société déterminé et on cher- che à promouvoir un certain modèle de \u201cdéveloppement\u201d en Amérique latine.C\u2019est ce projet politique et ce modèle de développement qui sont censés s\u2019imposer au public en conclusion de cette lecture \u201cscientifique\u201d de l\u2019histoire et des problèmes actuels du continent.A première vue les données fournies par Rangel et le raisonnement qu\u2019il bâtit sur elles auront pu paraître parfaitement logiques, plausibles et réalistes au lecteur canadien.Ces vues, après tout, le rassurent en canonisant sa propre culture, celle de \u201cl\u2019autre Amérique\u201d.Mais toute la question est de savoir si une lecture alternative des mêmes données ne mérite pas d\u2019être entendue.3.Une interprétation alternative: le sous-développement pétrolier Pour analyser la situation actuelle d\u2019un pays, en Amérique latine ou ailleurs, il faut partir d\u2019une prémisse fondamentale: la dépendance mutuelle et l\u2019inter-influence des facteurs économiques et politiques à l\u2019échelle mondiale.Il ne s\u2019agit pas des rapports établis entre les diverses nations du globe.Il s\u2019agit d\u2019un réseau de liens qui tissent un implacable filet de subordination et de dépendance.Le meilleur des mondes Les chances égales pour tout le monde, dont rêvait l\u2019idéalisme libéral, n\u2019existent en fait ni pour les individus, ni pour les peuples.Qui ressasse encore ce poncif sinon les classes dominantes en peine de se justifier?On présente ses privilèges et son pouvoir comme le fruit de ses efforts ou d\u2019une quelconque habileté à tirer parti des circonstances.La nation prospère, telle l\u2019homme d\u2019affaires qui a \u201créussi\u201d, c\u2019est celle qui sait exploiter une situation égale pour tous au départ.Au contraire, les personnes, les classes ou les nations pauvres et faibles ont dû gaspiller les occasions qui se présentaient, ou alors c\u2019est qu\u2019elles n\u2019ont pas voulu faire l\u2019effort de se mettre sérieusement au travail.On voit assez quelle conception de l\u2019homme et quelle lecture de l\u2019histoire inspirent ce genre d\u2019explications.Des faits singuliers à la synthèse Conséquents avec ce que nous avons dit plus haut du danger de généraliser hâtivement, nous proposons une lecture alternative d'une situation latino-américaine en nous limitant au cas du seul Vénézuéla.Tandis que Rangel prétendait s\u2019attaquer à l\u2019ensemble du dossier de l\u2019Amérique hispanophone, nous ne voulons pas franchir la frontière de notre pays.Même si, bien entendu, il nous faudra tenir compte de notre insertion dans le sous-continent et des rapports qui nous unissent au reste de l\u2019occident.RELATIONS QUELQUES CHIFFRES Situé sur la côte septentrionale de l\u2019Amérique du Sud, le Vénézuéla fut découvert par Christophe Colomb lors de son troisième voyage au Nouveau Monde (1498).Le pays accède à l\u2019indépendance le 5 juillet 1811.Population: 12 millions d\u2019habitants (1975).Capitale: Caracas (la région métropolitaine regroupe plus de deux millions et demi d\u2019habitants).République fédérale (vingt états, deux territoires et soixante-douze îles dans la mer des Caraïbes).Démocratie parlementaire avec division des trois pouvoirs, exécutif (président assisté du conseil des ministres), législatif (deux chambres) et judiciaire.Valeur des exportations En 1920, le café et le cacao représentaient 92% de la valeur des exportations.Cinquante ans plus tard, leur part se réduit à 0,8%: le pétrole apporte 90% des devises étrangères, viennent ensuite le minerai de fer (5,5%) puis le café.En 1972, 89% de la valeur ajoutée des produits pétroliers revenaient à l\u2019Etat sous forme d\u2019impôts.En 1975, le pétrole est à l\u2019origine de 81% des sommes perçues par le fisc vénézuélien.La valeur totale des exportations se chiffrait, en 1974, à près de 11.750 milliards de dollars américains (50.525 milliards de bolivars).En fait, en partant de cet exemple précis, nous voudrions suggérer la complexité d\u2019une analyse générale sur l\u2019\u201cAmérique de langue espagnole\u201d et amorcer la démarche susceptible de nous conduire à une synthèse valable.Or le premier fait qui s\u2019impose à nous dans l\u2019histoire récente du Vénézuéla, c\u2019est le phénomène du pétrole.Si on voulait faire abstraction du facteur pétrole, il deviendrait impossible d\u2019expliquer l\u2019évolution parcourue au cours des cinquante dernières années:\tl\u2019éco- nomie nationale, les bouleversements politiques, la courbe démographique, les déplacements de populations, le développement culturel, il n\u2019y a pas un domaine de la vie du pays qui n\u2019ait été profondément affecté par le pétrole.Pays pétrolier Enregistrons ces faits.Pour nous y référer, nous dirons que le Vénézuéla est un pays pétrolier.Non que nous entendions évoquer par là le nimbe merveilleux et la force magique que l\u2019expression suggère si souvent aujourd\u2019hui à un lecteur occidental: une richesse inouie qui permettrait de \u201crésoudre tous les problèmes\u201d et ouvrirait toutes grandes les portes du développement économique et de la consommation.Nous parlons de pétrole et de pays pétrolier pour indiquer l\u2019influence décisive de ce facteur au Vénézuéla sur la culture, la conception de l\u2019homme, l\u2019échelle des valeurs, la vie économique et politique; sans lui, il serait vain de prétendre expliquer ce qu\u2019est devenu aujourd\u2019hui le peuple vénézuélien.et néanmoins sous-développé Cependant, le pétrole n\u2019est entré que récemment dans l\u2019histoire du Vénézuéla.Or un phénomène de ce genre n\u2019éclate pas \u201cen soi\u201d, absolument.Il s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un processus d\u2019évolution historique, il affecte un pays déjà marqué par l\u2019histoire.Il modifie une étape précise d\u2019un cheminement collectif entrepris dès longtemps, qui ne dépendait nullement de lui jusque-là mais qui conditionne les retombées de son influence.Il nous faut donc une autre catégorie pour renvoyer à cette situation antérieure au pétrole.Le terme qui caractérise le mieux l\u2019histoire du Vénézuéla \u201cquand il n\u2019y avait pas encore le pétrole\u201d, et depuis le début de la colonisation espagnole au XVIe siècle, c\u2019est le sous-développement.Ce qui nous amène à parler, pour le Vénézuéla, de sous-développement pétrolier.Nous nous expliquons.L\u2019Empire de Charles Quint L\u2019arrivée des conquistadores en Amérique devait entraîner l\u2019écroulement brusqué d\u2019une économie et d\u2019une organisation sociale \u201cprimitives\u201d.Du jour au lendemain, les territoires qui constituent aujourd\u2019hui le Vénézuéla devenaient une pièce insignifiante de cet énorme puzzle que fut l\u2019empire espagnol et se trouvaient plongés dans le réseau complexe des relations commerciales nouées par l\u2019Espagne avec les grandes puissances européennes de l\u2019époque, le Portugal, l\u2019Angleterre, les Allemagnes.En arrivant au Vénézuéla, le conquérant espagnol ne devait pas trouver les structures socio-économiques raffinées des Aztèques ou des Mayas.En face de lui se dressaient une grande variété de clans et de tribus de cultures et de traditions sociales très diverses.Les nomades de la famille Caribe dominaient la région et n\u2019étaient nullement disposés à se soumettre sans combat.La population indigène résistera par tous les moyens.Et les Espagnols découvriront que vaincre une tribu ne signifie pas qu\u2019on ait pour autant \u201cpacifié\u201d les autres.C\u2019est ainsi que fut écrite l\u2019une des pages les plus sanglantes de la conquête du Nouveau Monde.Les Européens finirent par s\u2019imposer.Quant aux \u201cIndiens\u201d, ceux qui ne moururent pas dans la bataille furent réduits en esclavage ou s\u2019enfuirent dans l\u2019inaccessible jungle de l\u2019Amazone, où leurs descendants vivent encore aujourd\u2019hui.Le métissage Outre cette initiation traumatisante aux valeurs de la civilisation occidentale, un autre facteur influencera considérablement le destin du Vénézuéla: l\u2019importation d\u2019esclaves africains.En plus de répondre à la demande créée par l\u2019exploitation agricole des terres conquises, le commerce de cette main-d\u2019oeuvre JUILLET-AOÛT 1977 205 La monnaie des princes Placé à la tête d\u2019un fabuleux héritage dynastique, Charles Quint était à la fois roi d\u2019Espagne et souverain immédiat d\u2019une bonne partie de l\u2019Europe.Au moment de la \u201cdécouverte\u201d de l\u2019Amérique, cependant, la couronne éprouve de graves difficultés financières.Au nombre des créanciers de l\u2019Empereur, on trouve de riches banquiers allemands, la famille Welser.Pour solder sa dette, Charles Quint propose aux Welser de leur céder en gage le territoire du Vénézuéla où il les autorise à \u201cdécouvrir, conquérir et peupler\u201d; il leur octroie en outre une participation substantielle aux profits et gains provenant des impôts, du commerce (y compris la traite des noirs), des mines, etc.Le contrat restera en vigueur de 1528 à 1556.Par la suite, le pays passera sous le régime des compagnies.robuste faisait fond sur un slogan publicitaire inespéré: le \u201cdiagnostic\u201d des Espagnols à propos des Indios, incapables, indolents, paresseux.Cette fable est devenue proverbe.La présence de trois groupes ethniques aussi différenciés allait aboutir à un métissage sans précédent.Quatre siècles plus tard, il est devenu impossible de subdiviser le peuple vénézuélien en groupes raciaux.Ses éléments européens, africains et indigènes se sont fondus pour donner naissance à un nouveau type d\u2019individu.L\u2019ère des plantations Au plan économique et politique, le territoire actuel du Vénézuéla constituait une région \u201cde deuxième catégorie\u201d au sein de l\u2019empire espagnol.L\u2019absence de métaux précieux et la géographie très accidentée du pays dès qu\u2019on quitte la côte firent de la colonie une société agricole, strictement stratifiée, \u201ctranquille\u201d.L\u2019activité économique se limitait à la production et à l\u2019exportation du café et du cacao, en échange de tous les autres biens de consommation.Jusqu\u2019en 1777, divisé en six provinces, le territoire dépendait, au plan politique, du vice-royaume de Santa Fé de Bogota (actuelle Colombie), au plan judiciaire du tribunal 206 de Saint-Domingue (République Dominicaine).Cette année-là, toutefois, on en fait une Capitainerie Générale; mais ce ne sera qu\u2019en 1786 qu\u2019on y installera un tribunal commercial.Voilà qui montre clairement le contexte de dépendance économique et politique qui détermine la vie coloniale, dépendance codifiée et mise en forme dans la \u201cLoi des Indes\u201d qui fut imposée à toute l\u2019Amérique espagnole.Subordination complète à la métropole, région accidentée et donc difficile à mettre en valeur, évolution socio-culturelle complexe (le métissage), autant de facteurs qui déterminent une situation de sous-développement à tous les niveaux de la vie du peuple vénézuélien en formation.L\u2019indépendance La guerre d\u2019indépendance, née bien plus des problèmes sociaux et économiques des colons que de l\u2019influence des idéaux libertaires, puis la construction laborieuse de la jeune nation, feront en sorte que le sous-développement perdurera sans changement notable.Certes, la philosophie des Lumières et la Révolution française fournissent une idéologie à la révolution indépendantiste, et la rupture des liens politiques avec la métropole espagnole deviendra inévitable; mais ce n\u2019est pas là qu\u2019il faut chercher les facteurs déterminants du déclenchement de la rébellion, ceux qui motivent vraiment les révolutionnaires, ceux qui expliquent en fin de compte le statu quo social au terme du conflit.Trois siècles de vie coloniale ont vu émerger une classe de grands propriétaires créoles qui contrôlent la culture du cacao.(Aujourd\u2019hui encore, la langue populaire du Vénézuéla désigne les riches et les puissants sous le nom de \u201cgrands cacaos\u201d.) Or la loi espagnole limitait considérablement l\u2019activité économique des créoles.La Compagnie de Guipuzcoa détenait le monopole exclusif du commerce (importation et exportation).Au plan politique, les postes-clés étaient réservés aux grands commis nés en Espagne.D\u2019autre part, le système social et ses structures excessivement rigides menaçaient de sauter.A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, les révoltes d\u2019esclaves se multiplient.Certains groupes de fuyards cherchent refuge dans des régions éloignées.Enfin, les difficultés financières de la couronne espagnole commencent à se répercuter lourdement dans les colonies, qui se sentent de plus en plus exploitées.L\u2019insatisfaction est générale.C\u2019est dans ce contexte surtendu qu\u2019éclate la guerre d'indépendance.Un conflit social déguisé Deux exemples concrets nous permettront de voir qu\u2019il s\u2019agit en fait d\u2019une guerre sociale, bien plus que d\u2019une révolution contre l\u2019Espagne.L\u2019égalitarisme de la Révolution française prêché par les leaders du mouvement d\u2019indépendance aurait dû entraîner l\u2019abolition immédiate de l\u2019esclavage au moment de la victoire et de la proclamation de l\u2019indépendance.D\u2019autant plus que cette revendication avait acquis bon nombre d\u2019adhérents à la cause de la révolution.Mais l\u2019abolition de l\u2019esclavage aurait porté un dur coup aux planteurs créoles en les privant de leur main-d\u2019oeuvre à bon marché, source d\u2019une bonne partie de leurs profits.Que se produit-il?RELATIONS Puisque ce ne sont pas les esclaves mais les grands propriétaires qui rédigent les lois, l\u2019esclavage persistera jusqu\u2019en 1854.C\u2019est dire qu\u2019il faut attendre plus de trente ans après la conclusion de la guerre d'indépendance pour voir enfin résolue la question juridique de l\u2019esclavage.En pratique, l\u2019abolitionnisme ne s\u2019imposera que plus tard encore.L\u2019autre exemple concerne la répartition des terres.Durant le conflit, les bergers des plaines représentaient un élément décisif, susceptible de faire pencher la balance d\u2019un côté ou de l\u2019autre, car ils étaient remarquablement efficaces dans le genre de guerre qu\u2019on devait alors livrer.Pour gagner leur adhésion, Simon Bolivar leur promit de leur distribuer des terres à la fin de la guerre.Mais il comptait sans le Congrès National, farouchement opposé à ce qu\u2019on cède des terres aux combattants.Le compromis auquel on aboutit n\u2019avait plus rien d\u2019une distribution de terres ou d\u2019une réforme agraire: ce furent des \u201cbons de l\u2019Etat\u201d qu\u2019on distribua aux soldats, bientôt contraints de revendre leurs titres aux propriétaires et aux officiers pour un prix bien inférieur à leur valeur réelle.Les terres restaient donc toujours aux mains de l\u2019oligarchie créole, à laquelle devaient se joindre quelques \u201cparvenus\u201d, ex-leaders de la révolution.Une vague de coups d\u2019état Les convulsions déclenchées dans le pays par la guerre d\u2019indépendance ne devaient pas s\u2019apaiser avec la fin du conflit armé.Elles se poursuivront à travers tout le XIXe siècle.Cette pénible recherche d\u2019un nouvel équilibre est marquée par le phénomène du caudillisme et par les luttes permanentes visant à assurer l\u2019hégémonie d\u2019un caudillo sur ses rivaux.En résultent les innombrables \u201crévolutions\u201d qui se succèdent infailliblement et qui vident le pays de ses ressources humaines et économiques.Pendant cette période, le Vénézué-la ne vit que de ses exportations agricoles.Le café remplace peu à peu le cacao comme principal produit d\u2019exportation.Il s\u2019ensuit que jusqu\u2019à l\u2019apparition du pétrole, l\u2019économie nationale dépendra largement des fluctuations enregistrées sur le marché international du café.Intégré au système économique occidental, que dominent maintenant le Royaume-Uni et les Etats-Unis, le pays devient une \u201cenclave\u201d qui exporte ses \u201cmatières premières\u201d et reçoit des nouvelles métropoles économiques ce qui lui sert pour vivre et \u201cse développer\u201d.On ne prête qu\u2019aux riches Le pétrole apparaît inopinément dans un pays rural, techniquement arriéré, économiquement dépendant et gouverné par le caudillo le plus fort de son histoire, Juan Vicente Gomez (1908-1935).Pour pouvoir exploiter la richesse que représente le pétrole, il faut une infra-structure technique et des ressources financières que le pays ne possède évidemment pas.Pour les puissances qui disposent de ces atouts, le Vénézuéla devient une proie convoitée aux plans stratégique, politique, économique.Un Etat riche dans un pays où la majorité des habitants manquent même des biens de première nécessité, où les différences de niveaux de vie sont strictement scandaleuses, où il n\u2019est toujours pas possible de gérer soi-même ses propres ressources.Etant donné le retard de l\u2019économie vénézuélienne et la pauvreté de la population, la moindre participation à l\u2019industrie nouvelle allait donner l\u2019impression d\u2019un progrès immense.Pour le dictateur et les groupes qui le maintiennent au pouvoir, c\u2019est là le moyen de \u201cstabiliser\u201d la situation.On imagine le genre de marché que ce gouvernement conclut avec le capital étranger: l\u2019industrie cédée aux compagnies européennes et nord-américaines en échange d\u2019impôts substantiels versés au régime.C\u2019est ainsi que le développement de l\u2019industrie pétrolière au Vénézuéla a accru la dépendance économique du pays à l'endroit des grandes puissances industrielles.L\u2019urbanisation s\u2019est faite brusquement, sans transition, sans évolution socio-culturelle proportionnée.Il en résulte un Etat riche dans un pays où la majorité des habitants manquent même des biens de première nécessité, où les différences de niveaux de vie sont strictement scandaleuses, où il n\u2019est toujours pas possible de gérer soi-même ses ressources.Un défi à relever Le Vénézuéla est sous-développé parce que son histoire ne lui a pas permis de se créer une identité et l\u2019a rendu incapable de se faire lui-mème.Sa dépendance dans tous les domaines l\u2019a privé des conditions nécessaires au surgissement progressif d\u2019une conscience nationale, à l\u2019essor d\u2019un projet historique qui le constitue comme peuple et comme nation.Ce sous-développement est dit \u201cpétrolier\u201d puisque le pétrole a modifié considérablement la situation du pays en aggravant la pauvreté des plus démunis: l\u2019avenir est devenu une question politique urgente.Il ne faudrait pas conclure ces quelques observations sans signaler les motifs d\u2019espérance, les agents dont on peut espérer qu\u2019ils contribueront au dépassement de la situation actuelle.D\u2019abord les Vénézuéliens eux-mèmes qui prennent conscience de leur identité culturelle et acceptent de s\u2019engager dans un mouvement de transformation à long terme.Semblable effort de transformation ne se limitera pas, cela va de soi, au seul Vénézuéla; il devra se diffuser dans toute l\u2019Amérique latine, atteindre ce qu\u2019on appelle le Tiers-Monde et provoquer des changements de mentalité (et de structures) jusque dans les pays qui dominent le monde actuel.15 juin 1977 207 Laïc, diacre et prêtre dans la pastorale d\u2019aujourd\u2019hui par Robert Toupin Suite à une assemblée plénière des évêques d\u2019Allemagne fédérale (28 fév.- 3 mars \u201977), voici quelques points saillants de la déclaration de cette conférence épiscopale (cf.Documentation catholique internationale, 5 juin 1977).De quoi s\u2019agit-il?D\u2019une solution concrète aux problèmes de la pastorale d\u2019aujourd\u2019hui qui permet de préciser plus nettement les responsabilités respectives des laïcs, des diacres et des prêtres dans l\u2019Eglise.Trois faits à retenir: -\tla diminution croissante des prêtres.-\tla réintroduction du diaconat.-\tl\u2019engagement plus accentué des laïcs dans les services pastoraux.Parmi les changements les plus importants à signaler dans les services bénévoles des paroisses, depuis Vatican II en particulier, on a insisté sur la formation des diacres permanents et des assistants de pastorale.Beaucoup de communautés se rendent compte qu\u2019il n\u2019y aura plus parmi elles de présence sacerdotale.Même s\u2019il y a plus tard des candidats au sacerdoce, il faudra quand même \u201cs\u2019équiper pour une longue traversée du désert\u201d.Pour autant, il ne faut pas concevoir les nouveaux services pastoraux comme une solution transitoire, mais plutôt comme une solution durable, étant donné le nombre et la variété des tâches, réservées, en fait, non aux prêtres, mais bien aux diacres et aux laïcs.On peut même, dans la mesure où les services augmentent dans la communauté, espérer à long terme une croissance des vocations sacerdotales.C\u2019est à la communauté elle-même qu\u2019il revient de prendre en main la mission du Christ et de l\u2019Eglise.Processus qui implique la réflexion des cellules communautaires sur ses responsabilités, pour que le sacrement de Confirmation donne ses fruits.Evolution qui suppose la participation d\u2019un personnel doté d\u2019une formation pastorale appropriée.Les tâches plus importantes, toutefois, exigeront un personnel formé aux études théologiques et à certaines disciplines répondant aux aptitudes individuelles.Actuellement, en République fédérale, un grand nombre de personnes font des études de théologie dans le but de s\u2019engager comme laïcs dans la pastorale.A ce propos, pour éviter de provoquer des déceptions et même l\u2019éloignement de l\u2019Eglise, il est urgent de dresser au plus tôt la liste des besoins des diocèses et préciser les formes de la profession.Il revient aussi à la communauté chrétienne - au Peuple de Dieu - de créer les conditions favorables à l\u2019éclosion des vocations sacerdotales.Elles sont indispensables, car on ne remplace les prêtres que par d\u2019autres prêtres.Dans les familles et les communautés, dans l\u2019apostolat auprès des jeunes, à l\u2019intérieur des écoles et des établissements d\u2019enseignement supérieur, il est indispensable pour la mission de l\u2019Eglise d\u2019éveiller les jeunes à la disponibilité au ministère sacerdotal, et cela vaut aussi pour l\u2019acceptation du célibat.Rôle respectif du prêtre et du laïc.N\u2019oublions pas que les sacrements distinguent les fonctions.En vertu du Baptême et de la Confirmation, tous les fidèles participent à la mission de l\u2019Eglise, tandis que le ministère des évêques, des prêtres et des diacres est fondé sur le sacrement de l\u2019Ordre, qui donne le pouvoir \u201cde préparer tous les membres de la communauté à accomplir leur tâche.\u201d Ce ministère ecclésial est réservé à ceux qui ont été appelés par Dieu et acceptés par l\u2019Eglise.Par l\u2019ordination, un homme est pris par le Christ d\u2019une manière irrévocable, et cela pour le service de l\u2019Eglise; par la grâce de l\u2019Esprit et le mandat de l\u2019Eglise il est habilité à sa charge et envoyé en mission.Les laïcs exercent leurs responsabilités envers la communauté dans les autres services pastoraux bénévoles.Mais il s\u2019agit là de fonctions pastorales qui n\u2019exigent pas l\u2019ordination.Il s\u2019agit de coopération dans le sens défini ci-après.Responsabilités du prêtre et de l\u2019évêque.Les pouvoirs que l\u2019évêque détient en tant que pasteur du troupeau (Jn 10,11) sont en réalité un servi- 208 ce, une fonction pastorale que le prêtre partage par l\u2019ordination.Par leur ordination et leur mission, les prêtres reçoivent de l\u2019évêque le pouvoir \u2018d\u2019exercer, pour la part d\u2019autorité qui est la leur, la charge du Christ Chef et Pasteur\u2019.De cette manière, ils rendent présent pour les communautés particulières le Christ comme Seigneur et Pasteur de l\u2019Eglise.Le prêtre dirige la communauté et réalise sa mission par la prédication, la célébration des sacrements, la création de liens vivants entre la communauté, le diocèse et l\u2019ensemble de l\u2019Eglise.Toutes ces fonctions du prêtre trouvent leur expression la plus profonde et leur affinité naturelle dans l\u2019Eucharistie.Le service pastoral du prêtre est donc bien plus qu\u2019une simple organisation ou une simple administration, c\u2019est un service spirituel.Les diacres permanents.Dans la tradition de l\u2019Eglise, la mission des diacres, conférée par la grâce sacramentelle, est celle \u201cd\u2019assister l\u2019évêque et les prêtres dans leur service de prédication, de liturgie et d\u2019amour fraternel.\u201d Mission distincte de celle du prêtre et du laïc, celle du diacre consiste à servir la communauté de multiples façons: -\tpar le service catéchuménal, \u201cil crée des groupes et des cellules à partir desquels des communautés pourront se former.\u201d -\tpar le service de la liturgie et de la proclamation: il collabore aux cérémonies liturgiques, à la distribution des sacrements, à la prédication, à l\u2019éducation de la foi.-\tpar le service social et caritatif, il se porte au secours de ceux qui sont dans le besoin.-\tpar le service missionnaire: il est témoin de la foi, et le serviteur de la foi des autres.-\ten tant que serviteur de tous les serviteurs, il aide chacun dans son propre service.JUILLET-AOÛT 1977 En somme, l\u2019engagement du diacre, - homme de liaison par excellence - atteint tous les terrains de la pastorale, depuis la communauté jusqu\u2019au diocèse.Ses activités sont particulièrement diversifiées: la responsabilité des sous-struc-tures de la communauté, la sensibilisation d\u2019autres services et de l\u2019ensemble de la communauté à la diaconie, l\u2019engagement spécialisé dans des points sociaux brûlants, par exemple les malades ou les étrangers.Les laïcs.Membres du Peuple de Dieu, les laïcs, par le baptême et la confirmation, ont une part particulière à la mission du Christ et de l\u2019Eglise.Leur tâche consiste à faire entrer l\u2019esprit de Jésus-Christ dans le milieu social, la profession et les loisirs, dans les mentalités et les moeurs, dans la loi et les structures de la société, par la parole et les actes.C\u2019est donc dans leur profession séculière, dans leur famille, dans leur milieu de vie que les laïcs accomplissent leur service et c\u2019est à ces niveaux d\u2019existence qu\u2019ils doivent collaborer à la construction de la communauté chrétienne.Cela se réalise aussi partout où ils font passer l\u2019expérience et la responsabilité du monde à l\u2019intérieur de la communauté de foi.Cette double orientation peut s\u2019exprimer à travers de multiples services bénévoles.De l\u2019ensemble des fonctions susceptibles d\u2019être assumées par les laïcs, il convient de distinguer celle de l\u2019assistant(e) de pastorale, dont l\u2019activité se déroule sur le plan des communautés et dont la préparation comporte un diplôme d\u2019une école supérieure de théologie.L\u2019essentiel des tâches de l\u2019assistant de pastorale est sa responsabilité dans des domaines spécialisés comme l\u2019instruction religieu- se, la catéchèse, la formation, la consultation, la prise en charge de groupes déterminés.Pour que l\u2019on tienne suffisamment compte du niveau et de la spécialisation de l\u2019assistant de pastorale, son terrain d\u2019activité sera de préférence le groupement de paroisses.Quant à l\u2019assistant(e) de communauté, on entend par là \u201cle laïc engagé dans la pastorale de la communauté (paroisse, ou groupement de paroisses) muni du diplôme d\u2019une école technique, supérieure ou non, ou possédant une formation équivalente.\u201d Enfin, les aides de communauté sont des laïcs bénévoles, désireux de collaborer aux tâches ecclésiales, au service soit des paroisses, soit de groupements de paroisses.Les activités consistent en travail de bureau ou d\u2019administration, en contacts pastoraux dans le bureau paroissial ou les visites à domicile, selon les capacités personnelles.En raison de la spécialisation et de l\u2019exigence de plus en plus grande de grades académiques dans les services de la pastorale, cette profession sera de plus en plus recherchée.La réponse à l\u2019appel de Jésus.Dans cette analyse de l\u2019aménagement pastoral entrevu par les pasteurs de l\u2019Allemagne fédérale, l\u2019argumentation nous oriente du côté des besoins, des responsabilités, des fonctions dans l\u2019Eglise.Peu à peu, on sent grandir l\u2019urgence d\u2019une réponse du chrétien à l\u2019appel du Seigneur, inscrit au fond de l\u2019âme de tout croyant désireux de le \u201cservir\u201d.C\u2019est de la \u201cvocation\u201d dont il s\u2019agit et cet appel, en conséquence, s\u2019adresse particulièrement aux jeunes, garçons et filles, hommes et femmes que le Christ attend à la croisée de leurs chemins, à qui il pose la question redoutable: \u201cm\u2019aimes-tu plus que ceux-ci?\u201d Sans cesse il me pose cette question.! 209 Le mysticisme de Cheikh \" Kane par Soeur Marie-Céleste, s.c.* Auteur noir de langue française, Cheikh Hamidou Kane, d\u2019origine Peul, est né à Matam au Sénégal le 3 avril 1928.Fils d\u2019un musulman fervent et élevé à l\u2019école Coranique, il est lui-même un croyant convaincu.A l\u2019âge de dix ans, il entre à l\u2019école française de Saint-Louis du Sénégal à Dakar.En 1952, il part à Paris.Il y poursuit des études supérieures au lycée Louis-le-Grand, puis à la Sorbonne et à la Faculté de Droit où il obtiendra une licence de philosophie et de Droit.Il sera également diplômé de l\u2019Ecole Nationale de la France d\u2019Outre-Mer.Dans sa famille, au pays des Dial-lobé, on l\u2019appelle \u201cSamba\u201d qui est le nom de rang donné au deuxième fils.Au Foyer Ardent où il est élevé, le maître des Diallobé lui fait connaître Dieu.On lui apprend à vivre toujours dans Sa présence.On lui apprend aussi à s\u2019oublier et à oublier son corps et \u201ccette propension à la rêverie futile qui durcit avec l\u2019âge et étouffe l\u2019esprit\u201d (1).Dans son livre autobiographique intitulé L\u2019Aventure Ambiguë, Cheikh Hamidou Kane atteste l\u2019accord entre son esprit et sa foi, sa vie et son oeuvre.Il représente l\u2019Afrique au carrefour de l\u2019histoire, ce que Léopold Sédar Senghor, Président du Sénégal, appelle \u201cla contribution du Négro-africain à la civilisation de * L\u2019auteur est professeur au département de langues modernes, Loyola University, à Chicago (U.S.A.).l\u2019Universel\u201d (2).Avec lui, il réitère que, lorsqu\u2019il s\u2019exprime en français, il sent en nègre (3).Dans ces temps bouleversants, Cheikh Hamidou Kane veut montrer par ses écrits les valeurs ancestrales qu\u2019il faut conserver: la foi, la place de Dieu à l\u2019intérieur de l\u2019homme dans sa vie quotidienne et dans le monde envers son prochain.Il signale surtout la justice, la prière, le sens du travail et la mort liée à Dieu.Par sa vie même, il raconte ce qu\u2019est un enfant, son importance dans la famille et dans le pays des Diallobé, sa formation spirituelle qui mène à vivre dans la présence de Dieu.C\u2019est cela aussi le propos de cet essai.L\u2019Occident qui s\u2019installe dans le pays natal de Cheikh Hamidou Kane avec \u201cl\u2019école nouvelle et étrangère\u201d est en train de lui dérober sa vie spirituelle en lui donnant de fausses valeurs où Dieu n\u2019existe pas.L\u2019homme commence à abandonner Dieu, à se déshumaniser.Pour notre auteur, la vie est devenue un combat contre le monde occidental et sa philosophie athée.Il s\u2019y engage pour rester 1.\tKane, Cheikh Hamidou.L\u2019Aventure Ambiguë, Paris, Julliard, 1961, p.44.2.\tCité par V.Monteil dans la Préface de Y Aventure Ambiguë, p.10.3.\tEthiopiques, Paris, 1954, 1.120.Cité par V.Monteil, ibid.p.7.4.\tKane, op.cit., p.41.5.\tBulletin de l\u2019Association musulmane des étudiants africains de Dakar, No de Mai-Juin 195f.fidèle à lui-même et à ses traditions religieuses, comme symbole dans le monde occidental et universel.La foi des pères Dès son enfance, Cheikh Hamidou Kane prend à coeur sa religion ancestrale.C\u2019est que l\u2019Islam est l\u2019autre source où s\u2019abreuve le Peul.Tout en lui est réserve Peule, recherche de l\u2019absolu, stoïcisme.Avec le chef des Diallobé, il répète la grande profession de foi: \u201cJe témoigne qu\u2019il n\u2019y a de divinité que Dieu, et je témoigne que Mohammed est son envoyé\u201d (4).Encore étudiant à Paris, il proclame que, si l\u2019Islam n\u2019est pas la seule religion de l\u2019Afrique occidentale, elle en est la première par l\u2019importance (5).Et il refuse le marxisme de son amie Lucienne.En plus, il boit du jus de fruit au lieu d\u2019alcool parce que sa religion l\u2019interdit.Son combat déborde celui de Lucienne dans tous les sens.Résolu dans la foi, Cheikh Hamidou Kane met en cause sa valeur.Si l\u2019on lui propose le choix entre la foi et la santé du corps, il croit qu\u2019il est plus urgent d\u2019envoyer des pasteurs que des médecins.En vainquant son corps, il a conscience de faire plaisir au Seigneur, lui semble-t-il.Pour lui, l\u2019acte d\u2019un croyant, s\u2019il est volontaire, est différent dans son essence de l\u2019acte matériel 210 RELATIONS 58 identique d\u2019un non-croyant (6).En effet, l\u2019acte de foi est un acte d\u2019allégeance à Dieu.Il n\u2019est rien du croyant qui ne tire de cette allégeance une signification particulière: \u201cQuelle n\u2019a pas dû être la faute de ceux qui croient en Dieu si, au terme de leur règne sur le monde, le nom de Dieu suscite le ressentiment des affamés?\u201d se demande-t-il (7).Sans la lumière des foyers, sans la foi, nul ne peut rien pour le bonheur des Diallobé.Tout ce pays repose sous cette grande ombre.Cheikh Hamidou Kane veut surtout la plus grande gloire de Dieu dans le monde.La foi de l\u2019Eglise noire suscitée peut prendre rapidement l\u2019avance dans son combat.\u201cLa foi est avant tout humilité sinon humiliation\u201d, s\u2019écrie-t-il (8).Avec l\u2019aide de Dieu, l\u2019exemple de sa foi peut raviver celle des autres pays occidentaux.\u201cEn vérité, ce n\u2019est pas d\u2019un regain d\u2019accélération que le monde a besoin: en ce midi de sa recherche, c\u2019est un lit qu\u2019il lui faut, un lit sur lequel, s\u2019allongeant, son âme décidera une trêve\u201d, dit-il (9).Quand il s\u2019ouvre de ce projet à ses supérieurs, ceux-ci n\u2019ont aucune peine à lui montrer sa naïveté.\u201cNous ne pouvons abandonner nos frères qui ne croient pas.Le monde leur appartient autant qu\u2019à nous.Ils sont nos frères\u201d, dit-il (10).Comme depuis les commencements de l\u2019histoire, au-delà de ceux qui ont perdu Dieu, il y a ceux qui n\u2019ont jamais connu Sa grâce.Elle peut leur advenir comme un accident du travail, sur les chantiers où s\u2019édifie leur demeure.Le sens du sacré ne paralyse pas Cheikh Hamidou Kane.A son avis, le monde nouveau vivra spirituelle- 6.\tKane, op.cit p.115.7.\tIbid., p.21.8.\tIbid., p.33.9.\tIbid., p.80.10.\tIbid., p.117.11.\tIbid., p.20.12.\tIbid., p.21.13.\tIbid., p.116.14.\tIbid., p.175.15.\tIbid., p.107.16.\tIbid., p.93.17.\tIbid., p.106.18.\tIbid., p.106.JUILLET-AOÛT 1977 ment.Les maîtres des Diallobé seront aussi les maîtres que le tiers du continent africain se choisira pour guides sur la voie de Dieu, car ils sont \u201cparmi les derniers hommes au monde à posséder Dieu tel qu\u2019il est véritablement dans son Unicité\u201d, croit-il (11).Cheikh Hamidou Kane veut que le monde reconnaisse la loi de Dieu.Celle-ci est une loi de justice et de concorde entre les hommes.Longtemps les adorateurs de Dieu ont gouverné le monde mais l\u2019ont-ils fait selon Sa loi?, se demande-t-il (12)\t.Ce rapport entre Dieu et l\u2019homme est d\u2019abord un rapport intime de volonté à volonté.\u201cC\u2019est reconnaître sa volonté pour une parcelle de la volonté divine\u201d, dit-il (13)\t.Dès lors, l\u2019activité créatrice de la volonté est créatrice de Dieu.Tant qu\u2019il cherche Dieu, l\u2019homme ne saurait vivre que de mendicité, quelles que soient ses richesses.Ainsi, il faut construire des demeures solides et sauver Dieu à l\u2019intérieur des demeures.D\u2019après ses souvenirs des temps évanouis, le pays des Diallobé de Cheikh Hamidou Kane vivait de Dieu et de la \u201cforte liqueur de ses traditions\u201d.Ils avaient la famille qui n\u2019était qu\u2019un seul être et ils possédaient intimement le monde.\u201cDieu n\u2019est commensurable à rien, et surtout pas à l\u2019Histoire, dont les péripéties ne peuvent rien à ses attributs\u201d, nous apprend-t-il (14).Cheikh Hamidou Kane veut que l\u2019homme réussisse à vivre toujours dans la présence de Dieu selon Sa loi.La possession de Dieu est une richesse qu\u2019il ne faut pas perdre.Il ne peut être un obstacle au bonheur des hommes.Une vie qui se réclame de Dieu ne saurait aimer l\u2019exubérance.Elle trouve son épanouissement dans la conscience qu\u2019elle a de sa petitesse comparée à la grandeur de Dieu.Dans un des versets de la Parole, on trouve que c\u2019est Dieu qui nous a créés, nous et ce que nous faisons.\u201cLa vie n\u2019est que dans la mesure et de la façon de l\u2019être de Dieu\u201d, répète-t-il (15).Et il préfère Dieu à sa mère.Vivre hors de Sa présence lui semble une idée impossible.Elle lui est constante et indispensable.En dépit d\u2019une législation aussi totalitaire, Cheikh Hamidou Kane ne lutte pas pour la liberté mais pour Dieu.Dans la grandeur de Dieu, l\u2019homme civilisé se sent libre.Il est disponible pour aimer son semblable et surtout Dieu.Cette liberté d\u2019aimer ou de hâir le Créateur est son ultime don que nul ne peut lui enlever.Il faut l\u2019acquérir au prix de son amour et de sa grâce.Cheikh Hamidou Kane s\u2019oppose à cette liberté dont l\u2019homme ne sait pas se servir.Que la main de Dieu s\u2019abatte, lourde, sur sa grande inconscience, et que l\u2019arbitraire de Sa volonté détraque le cours stable de nos lois.\u201d, s\u2019écrie-t-il (16).Si l\u2019homme ne doit pas réussir à se donner à Dieu et croire en Lui, que \u201cvienne l\u2019Apocalypse\u201d, s\u2019exclame-t-il.Le peu de vérité qu\u2019il découvre chaque jour est nécessaire, mais mieux encore est l\u2019amour de Dieu qui se découvre dans la liberté de sa conscience.Parole et prière Cheikh Hamidou Kane veut que l\u2019homme se donne à la prière.Au pays des Diallobé, dès l\u2019enfance, on apprend à prier.Dans L'Aventure Ambiguë, le père de Samba lui donne l\u2019exemple.\u201cMon père ne vit pas, il prie\u201d, dit-il (17).Envahi tout entier de Dieu, il a l\u2019air de prier même en pensant.La Parole doit continuer de retentir en lui, se dit-il.Il est de ceux qui ne cessent pas de prier pour avoir refermé leur livre de prières ( 18).Le chevalier prie pour son fils à l\u2019école nouvelle où il l\u2019envoie, que Dieu le sauve et qu\u2019il nous sauve tous.Il prie qu\u2019il n\u2019abandonne jamais l\u2019homme qui s\u2019éveille en cet enfant, que la plus petite mesure de son empire ne le quitte pas la plus petite partie du temps.Quand il cultive la terre, il ne prie pas de la même façon que quand il est au foyer sur son tapis de prières, mais il chante encore des litanies.Le chevalier conseille à Samba de ne jamais oublier la Parole de Dieu; elle peut se suspendre comme un 211 habit.Cette parole doit être exactement telle qu\u2019il avait plu à Dieu de la façonner, car c\u2019est Dieu qui lui a fait la grâce d\u2019abaisser son Verbe jusqu\u2019à lui.\u201cLa contemplation de Dieu est l\u2019oeuvre pie par excellence\u201d, croit-il (19).L\u2019homme n\u2019a aucune raison de s\u2019exalter sauf dans l\u2019adoration de Dieu.Ces prières profondes doivent certainement chasser de lui toute exubérance profane de vie.Le chevalier rend grâce au Seigneur.Dans sa prière, le désordre s\u2019organise, la sédition s\u2019apaise, les matins de ressentiment résonnent des chants d\u2019une universelle action de grâce.La Parole qu\u2019il ne comprend pas, pour laquelle il souffre le martyre, il l\u2019aime pour son mystère et sa sombre beauté.C\u2019est une parole venue de Dieu, telle que Dieu lui-même l\u2019a prononcée, un miracle.Elle n\u2019est pas comme les autres: elle jalonne la souffrance.Elle déborde le destin, du côté du projet, du côté de l\u2019acte, étant les trois de toute éternité (20).Il l\u2019adore.Lorsque vient le sommeil, il est tout à fait rasséréné, car il trouve le Paradis bâti avec les Paroles qu\u2019il récite, des mêmes lumières brillantes, des mêmes ombres mystérieuses et profondes, de la même féerie, de la même puissance.Elle coule pure et limpide de ses lèvres ardentes.Le chevalier prie aussi pour les autres.Il implore Dieu de les agréer comme Lui Seul sait les agréer.Eux aussi ont édifié le monde, d\u2019où ils peuvent chaque jour d\u2019une pensée moins préoccupée Le chercher et Le saluer.Il prie pour ceux qui mendient pour la gloire de Dieu que Sa paix soit sur leurs maisons.Il prie le Seigneur de vérité de les préserver de l\u2019esprit derrière l\u2019apparence qui prolifère et durcit, de les délivrer des vaines pensées qui peuvent les distraire de Sa parole et de Sa pitié, du chaos obscène dans le monde qui les défie.19.\tIbid., p.111.20.\tIbid., p.131.21.\tIbid., p.110.22.\tIbid., p.107.23.\tIbid., p.94.24.\tIbid., p.114.Suivant l\u2019exemple de son père, Samba Diallo prie aussi.La prière qu\u2019il dit après le Chevalier est une prière sereine.Sous le vent du matin à l\u2019école nouvelle, il improvise des litanies édifiantes que reprennent ses compagnons.Il se lève, se tourne vers l\u2019Est, lève les bras, mains ouvertes, et les laisse tomber lentement.Sa voix qui ne semble plus la sienne retentit.Elle parle une langue que les autres ne comprennent pas.Quand vient le crépuscule, en dépit de la solennité de l\u2019heure, il s\u2019excuse pour prier.A Paris, où il étudie le droit, il précède le pasteur qui s\u2019apprête à bénir le repas.Le temps qu\u2019il prend à sa prière pour travailler est encore prière.C\u2019est même une très belle prière.Pour Cheikh Hamidou Kane, le travail se lie à la prière.Il n\u2019est pas une source nécessaire de conflit entre Dieu et l\u2019homme, entre l\u2019ordre de la foi et celui du travail.En effet, il se justifie dans la stricte mesure où la vie qu\u2019il conserve se justifie de Dieu.Il est commensurable avec la vie.Jadis, il existait comme une loi d\u2019airain qui faisait que le travail d\u2019une seule vie ne pouvait nourrir qu\u2019elle-même.On travaillait pour se maintenir, pour conserver l\u2019espèce.Aujourd\u2019hui, à cause de la révolution industrielle, le travail d\u2019une seule personne permet d\u2019en nourrir plusieurs autres, de plus en plus.Pour ceux qui ne croient pas en Dieu, qui disent comme Nietzsche que \u201cDieu est mort\u201d, Dieu n\u2019est plus là pour mesurer et justifier le travail.Mais, la mort de Dieu est-elle une condition nécessaire à la survie de l\u2019homme?Si celui qui travaille ne croit pas en Dieu, que lui importe de justifier son travail autrement que par le profit qu\u2019il en tire?Il peut travailler aussi par avidité.On croit qu\u2019en multipliant la richesse, on multiplie sa vie.Aussi, peut-on travailler par manie du travail, pas pour se distraire, mais pis encore que cela, par système.De même, \u201con peut travailler par nécessité, pour faire cesser la grande douleur du besoin, celle qui sourd du corps et de la terre, pour imposer silence à toutes ces voix qui nous harcèlent de demandes\u201d, nous dit-il (21).Selon Cheikh Hamidou Kane, le travail peut diminuer la place de Dieu dans l\u2019attention de l\u2019homme.Quand le père de Samba est au bureau, son travail absorbe sa pensée et \u201cil est moins près de Dieu encore que le maître aux champs\u201d, dit Samba (22).Peut-être est-ce le travail qui fait l\u2019Occident de plus en plus athée?Cette idée curieuse le hante, car le monde s\u2019occidentalise.Tellement fasciné par le rendement de l\u2019outil, il en a perdu de vue l\u2019immensité infinie du chantier, croit-il.Il est sur le point de pouvoir se passer de l\u2019homme.Il n\u2019aura plus besoin que de très peu de vie pour fournir un travail immense.Possédé, \u201cl\u2019Occident se déshumanise\u201d, pense notre auteur.Là, devant lui, parmi une agglomération habitée sur de grandes surfaces, il lui est donné de contempler une étendue inhumaine, vide d\u2019hommes.Au pays des Blancs, la révolte contre la misère ne se distingue pas de la révolte contre Dieu.L\u2019Occident est en train de bouleverser les idées simples dont les Diallobé sont partis.Il a commencé, timidement, par reléguer Dieu \u201centre des guillemets\u201d.\u201cLa misère est ennemie de Dieu\u201d, s\u2019écrie Cheikh Hamidou Kane (23).Par le travail, de grandes masses d\u2019hommes se sont aliénées.Ils connaissent de moins en moins le miracle de la grâce.Ils ne croient pas en l\u2019inconnu, l\u2019éternité.Ce qu\u2019ils ne voient pas \u201cn\u2019est pas\u201d, dit le chevalier dans VAventure Ambiguë.Lorsqu\u2019ils auront libéré le dernier prolétaire de sa misère, et l\u2019auront réinvesti de dignité, ils considéreront leur oeuvre achevée.\u201cPeut-être Pascal avait-il aperçu cela, peut-être son regard perçant avait-il vu de loin ce que la myopie méthodologique des savants n\u2019avait pas vu\u201d, s\u2019écrie Cheikh Hamidou Kane (24).Comme celle de Lucienne, son oeuvre spirituelle, n\u2019a pas été banale ni escamotée.Même si elle était rude de bout en bout, elle était vécue dans la clarté de Dieu.Elle est la plus sainte de toutes les guerres saintes.Pour Samba, Pascal est l\u2019homme d\u2019Occident le plus rassurant.212 RELATIONS Le chemin de la mort Au pays des Diallobé, d\u2019après Cheikh Hamidou Kane, l\u2019homme est plus proche de la mort.Prototype de notre auteur, Samba vit dans sa familiarité.Toujours présente à son esprit, la pensée de la mort le tient éveillé, le rapproche de Dieu.La mort n\u2019est pas cette nuit qui enveloppe d\u2019ombre, traîtreusement, l\u2019ardeur innocente et vive d\u2019un jour d\u2019été.Elle n\u2019est pas cette sournoise qu\u2019on croit, qui vient quand on ne l\u2019attend pas, qui se dissimule si bien que, lorsqu\u2019elle est venue, plus personne n\u2019est là.\u201cOn meurt lucidement, car la mort est violence qui triomphe, négation qui s\u2019impose\u201d, dit Cheikh Hamidou Kane (25).Elle avertit, puis elle fauche en plein midi de l\u2019intelligence.\u201cAzraël, l\u2019Ange de la mort, déjà fend la terre vers vous et surgit à vos pieds\u201d, s\u2019écrie-t-il (26).Il souhaite que la mort, dès à présent, soit familière à nos esprits.Encore enfant, Samba près de son amie morte, la Vieille Relia, songe à l\u2019éternel mystère de la mort, et pour son compte, rebâtit le Paradis de mille manières.Il parle de la mort en termes qui ne sont pas de son âge.Il compte l\u2019inquiétude qu\u2019elle met dans les coeurs parmi les bienfaits de Notre Seigneur.Il importe plus que pour aucun autre de ceux qui l\u2019ont précédé, qu\u2019il s\u2019acquitte pleinement de sa Nuit, car cette Nuit, lui semble-t-il, marque un terme.A Paris, Samba ne retrouve plus le chemin de la mort où il vivait pleinement dans la présence de Dieu.Il ne sent plus rien.La mort lui est devenue une étrangère.Tout le combat quotidien la refoule loin 25.\tIbid., p.24.26.\tIbid., p.23.27.\tCité par V.Monteil dans la Préface de l\u2019Aventure Ambiguë, p.9.28.\tIbid., p.135.29.\tIbid., p.57.30.\tIbid., p.57.31.\tLe mot \u201cbois\u201d dans la langue du pays signifie: \u201cécole\u201d.de son corps et de son esprit.Il se plaint \u201cde ne plus vivre sa mort\u201d comme dit son ami, Marc, en riant.Au pays des Diallobé, il existait entre la mort et lui une intimité faite tout à la fois de la terreur et de son attente.S\u2019il disposait du choix, l\u2019heure sonne où il choisirait de mourir.Il souhaite du fond du coeur de retrouver le sens de l\u2019angoisse devant le soleil qui meurt, des valeurs ultimes qui se tiendront encore au chevet du dernier humain.Il croit qu\u2019il a affaire à un monde de vivants où les valeurs des morts sont bafouées.De même, Cheikh Hamidou Kane craint que le pays des Diallobé ne se meure sous l\u2019assaut des étrangers venus d\u2019au-delà des mers, que les générations nouvelles qui apprennent à construire des demeures, à soigner les corps de l\u2019intérieur de ces demeures, comme le font les étrangers, ne s\u2019éloignent de Dieu.Quand ils mourront, toutes ces \u201cmaisons de paille\u201d mourront avec eux.L\u2019existence de la mort parmi eux leur donne un regain d\u2019authenticité dans la vie.Elle dominera la vie et la mort.Si l\u2019homme qui dort songe à peupler de bienfaits la solitude qui habitera son tombeau, il nourrira le disciple qui passe.Au nom de Dieu, il donnera à ceux qui mendient pour Sa gloire afin de vivre éternellement dans la lumière de Dieu.Mieux que tout autre, il saura accueillir le nouveau monde.Parce qu\u2019il n\u2019ose pas trancher le dilemme du choix entre la foi et la santé du corps, Cheikh Hamidou Kane croit que son pays se meurt.\u201cLa possession de Dieu ne devrait coûter aucune de ses chances à l\u2019homme\u201d, dit-il (27).La fascination de l\u2019occident Cheikh Hamidou Kane ne regrette pas son enfance.Dans le personnage de Samba, il nous raconte son histoire.Au pays des Diallobé, les enfants sont les meilleures graines et leurs champs les plus chers.On leur apprend à vivre avec Dieu, car un enfant est un don de Dieu.Tant qu\u2019il vivra avec Dieu, il pourra pré- tendre aux niveaux les plus élevés dans la grandeur humaine.Au Foyer Ardent, on refusait \u201cl\u2019école nouvelle\u201d pour qu\u2019ils restent eux-mêmes et conservent à Dieu sa place dans leurs coeurs.Samba répétait pour son père ce que le chevalier lui-même avait fait pour son propre père, ce que de génération en génération depuis des siècles, les fils des Diallobé ont fait pour leurs pères; il allait prouver à tous ceux-là qui l\u2019écoutaient que les Diallobé ne mourraient pas en lui.Un moment sur le point de défaillir, pour lui faire honte d\u2019un mauvais comportement, les parents de Samba l\u2019appellent par son sobriquet \u201cM\u2019Bare\u201d, nom typique d\u2019esclave.Chez lui, \u201cle savoir et la foi coulent d\u2019une source commune, grossissent la même mer\u201d (28).Dans sa tendre enfance, d\u2019après la coutume ancestrale, Samba est choisi pour être éduqué, si telle est la volonté de Dieu.Préparé par son père, il est confié au chef du Foyer Ardent.Un jour, une lettre est venue annoncer à son père que les aînés de la famille des Diallobé, la Grande Royale ainsi que les chefs, ont décidé de lui renvoyer Samba afin de le mettre à l\u2019école nouvelle.Depuis longtemps le chef se sent le seul obstacle au bonheur de son pays.Même si la Grande Royale n\u2019aime pas cette école et qu\u2019elle la déteste, elle souhaite la paix aux gens des Diallobé.Lorsque cette expérience tuera en leurs enfants ce qu\u2019aujourd\u2019hui ils aiment et conservent avec soin, à juste titre, il faut accepter de mourir en eux, pensent-ils (29).Les étrangers qui les ont détruits prendront pour eux toute la place qui a été laissée libre.Peut-être son souvenir lui-même mourra-t-il aussi.\u201cQuand ils reviendront de l\u2019école, il en est qui ne nous reconnaîtront pas\u201d, s\u2019exclame la Grande Royale (30).Son regard clair voit l\u2019école nouvelle comme un moyen de faire apprendre aux Diallobé les façons de mieux \u201clier le bois au bois\u201d (31) qu\u2019ils ne savent pas, d\u2019apprendre à comprendre autrement la civilisation occidentale.Avant de pousser tout le pays à cette école, les Diallobé ont choisi d\u2019y envoyer d\u2019abord l\u2019élite.Elle est la forme nouvelle de la guerre que leur font ceux qui sont venus.S\u2019il y JUILLET-AOUT 1977 213 a un risque, l\u2019élite est la mieux préparée pour le conjurer, car elle est la plus fermement attachée à ce qu\u2019elle est.Le père de Samba accepte l\u2019avenir et donne son fils en gage.Il veut qu\u2019il contribue à le bâtir, non plus en étranger venu de loin, mais en artisan responsable des destinées de la cité.C\u2019est sur les bancs d\u2019une salle de classe de cette école remplie de négrillons que Jean La Croix, le directeur, fait la connaissance de Samba Diallo, revêtu d\u2019un long caftan, chaussé de sandalettes blanches.M.La Croix lui tendit la main en souriant.Le chevalier sait que la science occidentale est le triomphe de l\u2019évidence, \u201cune prolifération de la surface\u2019\u2019.Elle fait des Occidentaux les maîtres de \u201cl\u2019extérieur\u201d, mais en même temps, elle les y exile, de plus en plus.Le père de Samba l\u2019avait mis à cette école parce que \u201cl\u2019extérieur\u201d que celle-ci avait arrêté les envahissait lentement et les détruisait.Il veut que Samba apprenne à arrêter cet \u201cextérieur\u201d, sinon leurs demeures tomberont en ruines, leurs enfants mourront ou seront réduits en esclavage.La misère s\u2019installera chez eux et leurs coeurs seront pleins de ressentiments, croit-il (32).En dépit de ses malheurs, l\u2019école nouvelle fascine l\u2019âme de Samba.Mais aura-t-il suffisamment de substance pour y demeurer lui-même?, se demande-t-il.Comment donner aux Diallobé la connaissance des arts et l\u2019usage des armes, la possession de la richesse et la santé du corps sans les alourdir en même temps?\u201cCe qu\u2019ils apprendront vaut-il ce qu\u2019ils oublieront?\u201d (33).D\u2019après la volonté de son père, Samba accepte le défi de la civilisation occidentale et à l\u2019école nouvelle et à Paris.Il désire la noblesse certes, mais une noblesse plus discrète, plus authentique, non point acquise durement et qui soit plus spirituelle que temporelle.\u201cAu fond, le projet de Socrate ne lui paraît pas différent de celui de 32.\tKane, op.cit., p.44.33.\tIbid., p.44.34.\tIbid., p.126.35.\tIbid., p.133.36.\tIbid., p.50.Saint Augustin, bien qu\u2019il y ait eu le Christ entre eux\u201d, dit-il (34).C\u2019est le même jusqu\u2019à Pascal.C\u2019est encore le sujet de toute la pensée non occidentale, explique-t-il.Samba incarne le mouvement des Diallobé sur la voie étroite qui serpente entre leur passé et \u201cces champs où ils veulent paître et s\u2019ébattre et se perdre\u201d (35).Il représente le souverain qui, d\u2019un pas de maître, peut franchir le seuil de toute unité, pénétrer au coeur intime de l\u2019être, l\u2019envahir et faire un avec lui, sans qu\u2019aucun d\u2019eux ne déborde l\u2019autre.\u201cLa grande clameur\u201d qui a réveillé un matin son pays et depuis quelque temps tout le continent noir n\u2019était pas celle des canons qui contraignaient les corps.Le matin de leur résurrection, c\u2019est le matin de bénédiction par la vertu apaisante de l\u2019école étrangère.Le combat et la tâche Aujourd\u2019hui, après plus de vingt ans, Cheikh Hamidou Kane voit que son combat n\u2019était pas vain.\u201cAu nom de son salut!, s\u2019exclame-t-il.Est-il de civilisation hors l\u2019équilibre de l\u2019homme et sa disponibilité?\u201d (36).Il ne croit pas que ce soit l\u2019environnement matériel de son pays qui lui manque.Et il ne se trompe pas.Rentré au Sénégal en 1959, il sera nommé, en 1960, Gouverneur de Région à Thiès et Chef de Cabinet du Ministre du Développement et du Plan du Sénégal.Pendant les années 1963-1975, il est Directeur du Fonds des Nations Unies pour l\u2019Enfance (U.N.I.C.E.F.), à Abidjan, capitale de la Côte d\u2019ivoire.Le 28 mars 1974, il est nommé vice-président du Centre de Recherches pour le développement international, organisme canadien fondé en 1970, et dont le siège est à Ottawa.Ainsi, il utilise ses remarquables compétences dans de hauts postes d\u2019administration où il tâche de réconcilier l\u2019Afrique et le monde occidental surtout en répandant les valeurs spirituelles de ces deux parties du monde.Religions Depuis la seconde guerre mondiale, aux environs de 1945, (1) le problème du Développement est passé au premier plan de l\u2019actualité internationale.Et le sous-développe-ment a été désigné comme le drame du siècle.(2) D\u2019où, dans différents pays du Tiers-Monde, des enquêtes, des missions, des actions de développement:\tc\u2019est-à-dire visant \u201cà assurer une croissance économique rapide par l\u2019industrialisation du pays, à remanier radicalement les structures sociales et les attitudes mentales des populations.\u201d (3) Une conclusion se dégage de ces entreprises:\tles richesses naturel- les, l\u2019apport de nouvelles techniques, l\u2019injection de capitaux ne sont pas les seuls facteurs qui jouent dans le développement d\u2019un pays.Pesant sur le développement, le bloquant ou l\u2019accélérant, il y a, entre autres, tout le poids des structures mentales, des traditions culturelles, (4) des facteurs idéologiques, idéologies notamment religieuses.L\u2019impact des religions sur le développement, c\u2019est donc une constatation faite sur le terrain au cours d\u2019expériences d\u2019animation de populations.(5) * L\u2019A., jésuite, docteur en sociologie, est aumônier des Haïtiens de Chicago.1-\tCf.Lacoste, Yves, \u201cLe Sous-Développement.Quelques ouvrages significatifs parus depuis dix ans.\u201d Annales de Géographie.No 385, Mai-Juin 1962, p.247-278.No.386, Juillet-Août 1962, p.387-414.2-\tPour un rapide historique de la question voir Laurentin, René, Développement et Salut.Paris, Seuil, 1969.3-\tChambre, Henri, Union Soviétique et Développement économique.Paris, Aubier-Montaigne, 1967.p.35.4-\tChambre, Henri, O.C.p.47-49.5-\tCf.le témoignage d\u2019un vétéran du développement coopératif: Desroche, Henri in Perspective de la Sociologie Contemporaine.Paris, P.U.F., 1968, p.186.214 RELATIONS et sous-développement Cette constatation empirique, les études qu\u2019elles a suscitées viennent s\u2019insérer dans une longue et vieille chaîne d\u2019études théoriques.Car sociologues et économistes n\u2019avaient pas attendu 1945 pour s\u2019interroger sur l\u2019influence des facteurs religieux dans la naissance de la civilisation industrielle.On connaît à ce sujet, sans parler de Karl Marx, les travaux de Max Weber sur L\u2019Ethique Protestante et l\u2019Esprit du Capitalisme (6), de Tawney sur la Religion et l\u2019Essor du Capitalisme, (7) de Werner Sombart sur le Bourgeois.(8) Et, de nos jours, les études d\u2019Henri Desroche sur Religion et Développement dans le domaine d\u2019une sociologie qu\u2019il alimente, en collaboration avec Roger Bastide, à une tradition allant de \u201cWeber à Joachim Wach, D\u2019E.Troelsch à Gabriel LeBras.\u201d (9) La \u201cdécouverte du Tiers-Monde\u201d amène une redécouverte de ce champ de recherches.Des théologiens \u201csociaux\u201d comme M.D.Chenu (10) et Vincent Cosmao (11) se sont mis à la labourer.Des sociologues du développement, en quête d\u2019explications du retard et des conditions de croissance des pays sous-développés reprennent les hypothèses des classiques et les testent, à 6-\tWeber, Max, L\u2019Ethique Protestante et l\u2019Esprit du Capitalisme.Paris, Plon, 1964.7-\tTawney, H., La Religion et l\u2019Essor du Capitalisme.Paris, Rivière, 1951.8-\tSombart, Werner, Le Bourgeois.Paris, Payot, 1926.Sur ces trois derniers auteurs, cf.Besnard, Philippe, Protestantisme et Capitalisme.Paris, Armand Colin, 1970.9-\tDesroche, Henri, Socialismes et Sociologie Religieuse.Paris, Cujas, 1965, p.4.10-\tChenu, M.D., \u201cL\u2019Economie du 20ème siècle et la vertu de Promesse\u201d in L'Evangile dans le Temps.Paris, Cerf, 1964, p.617-629.11-\tCosmao, Vincent, Développement et Foi.Paris, Cerf, 1972, 128 p.frais nouveaux, sur leurs terrains respectifs.L\u2019aire musulmane bénéficie des travaux de Maxime Rodin-son.(12) L\u2019Amérique du Sud, des oeuvres de Maria Isaura Pereira de Queiroz (13) et de Christian Lalive d\u2019Epinay.(14) Sociologues et théologiens, quoique chassant sur le même domaine ont des points de mire différents.Le théologien vise le sens spirituel de l\u2019effort de développement.Le sociologue pointe la signification sociale d\u2019une religion dans une entreprise de développement.Ces recherches de sociologie de la religion se ressentent des orientations que cette branche a prises sous l\u2019impulsion de Gabriel LeBras.Les enquêtes à base d\u2019interview d\u2019un échantillon représentatif d\u2019une population y occupent une place privilégiée.Mais il est un autre filon dont l\u2019exploitation sociologique peut s\u2019avérer fructueuse.C\u2019est l'étude documentaire des représentations de la religion.Car les documents que sont les catéchismes, (15) les oeuvres littéraires, poèmes ou romans, constituent une mine de renseignements sur la mentalité et l\u2019idéologie religieuses d\u2019une époque et d\u2019un milieu.Traité correctement, situé et mis en perspective sociologique, ce matériel peut apporter des lumières sur l\u2019influence favorable ou défavorable de telle religion par rapport à tel développement.12-\tRodinson, Maxime, Islam et Capitalisme.Paris, Seuil, 1966, 304 p.13-\tPereira de Queiroz, Maria Isaura, Réforme et révolution dans les sociétés traditionnelles, Histoire et Ethnologie des mouvements messianiques.Paris, Anthropos, 1968, 394 p.14-\tLalive D\u2019Epinay, Christian, Haven of the masses.A study of the Pentecostal movement in Chile.London, Lutterworth Press, 1969, 263 p.par Claude Souffrant* Sujet de recherches de sociologie \u201cde terrain\u201d, à base d\u2019interview de populations, le problème des rapports entre religions et développement peut donc être l'objet d'une autre approche méthodologique et constituer le thème d'une analyse sociologique des idéologies visant, sinon à apporter une réponse basée sur des faits directement et objectivement appréhendés, du moins à cerner des représentations, des visions des choses et à marquer leur relation avec le changement social.En matière de religion et de développement, une étude documentaire d\u2019opinion revêt une importance particulière et spécifique.L\u2019idée, dans ce domaine, est une prise commode et sûre pour l\u2019appréhension des changements de la réalité sociale.La conception qu'on se fait de la \u201creligion\u201d et du \u201cdéveloppement\u201d varie selon les époques et selon les milieux.Et ces variations idéologiques ont rapport avec la position sociale des groupes en question.La représentation chrétienne de cette religion non-chrétienne qu'est le judaïsme fut, naguère, largement antisémite.(16) Elle prend, depuis peu, un tour plus favorable.Cela tient, certes, au mouvement oecuménique contemporain.Mais cela est-il sans rapport avec le développement économique et politique de l\u2019Etat d\u2019Israël?Le catholicisme vécu du paysan haïtien (17) se révèle, à l'analyse, ni plus ni moins \u201cpur\u201d que celui du paysan breton ou latino-américain, 15-\tGermain, Elisabeth, Langages de la Foi à travers l\u2019Histoire.Paris-Fayard-Na-me, 1972, (Préface de René Rémond).16-\tHoutart, François etc.Les Juifs dans la Catéchèse.Etude des manuels de catéchèse de langue Française.Louvain, Publications du Centre de recherches Socio-religieuses, 1969.JUILLET-AOÛT 1977 215 Le mouvement des femmes chrétiennes par Marie-Thérèse Olivier* l'an et l'autre décrits par maints sociologues.Et pourtant des statistiques catholiques hésitent à inclure le paysan haïtien.(18) N\u2019est-ce pas parce que l\u2019opinion tient les modes d\u2019expression religieuse du Monde Noir pour païennes et superstitieuses?Les facteurs sociaux de cet an-ti-Africanisme seraient à expliciter.Ce n\u2019est pas par hasard que la littérature occidentale a oscillé de l\u2019idéologie laudative du \u201cbon sauvage\u201d à celle, péjorative, du sous-développé.Religion et Société: Ce chapitre classique de la sociologie des religions, appliqué au Tiers-Monde nous mène au noeud du problème du Développement.Mais que le libellé \u201cReligion et développement\u201d ne nous induise pas en erreur.Le problème qu\u2019il pose est celui de l\u2019influence d\u2019une certaine imprégnation religieuse sur la vie sociale, politique et économique d\u2019une société.L\u2019investigation qu\u2019il appelle ne se limite pas aux religions dites traditionnelles et populaires.Elle s\u2019étend également au christianisme.Le christianisme est-il, sous ses formes catholique ou protestante, à ses divers moments historiques, dans ses divers milieus d\u2019implantation, un facteur de progrès social?C\u2019est à voir.C\u2019est à examiner.Un ex-Premier Ministre de France, récemment, réactivant un thème rebattu et, croyait-on, rabattu, celui du plus grand développement des pays protestants, attribue \u201cLe Mal Français\u201d (19) en bonne partie, à l\u2019influence catholique dominante dans cette nation.Voilà qui montre l\u2019actualité et les dimensions de ce sujet de recherches.17-\tSouffrant, Claude, \u201cLa religion du paysan Haïtien\u201d.Social Compass.Revue Internationale des études socio-religieuses.Louvain, 1972, No.4, p.585-597.(numéro spécial: La religiosité Populaire) 18-\tCarrier, Hervé et Pin, Emile, Essais de sociologie religieuse.Paris, Spes, 1967, p.41-42.19-\tPeyrefitte, Alain, Le Mal Français.Paris, Plon,1976,530 p.C\u2019est comme membre affilié que le M.F.C.(Mouvement des Femmes chrétiennes) a participé, du 19 au 22 mai 1977, à la lie Rencontre Internationale de \u201cLaîcat et Communauté chrétienne\u201d à Marseille, en France.Le thème de la rencontre était: \u201cFace aux migrations: Dynamique politique et dynamique de foi\u201d.Le groupe a réfléchi et a échangé à partir d\u2019un travail préparatoire qui avait été commencé dans chacun des pays représentés.Trois personnes ressources ont stimulé les participants dans leur recherche au cours de la rencontre: le P.Cos-mao, sociologue et théologien, Mgr Rochcau, responsable de l\u2019Immigration (France) et Mgr Collin, pastorale de l\u2019Immigration (Marseille).C\u2019est quoi le F.M.C.Le Mouvement des Femmes chrétiennes (M.F.C.) est, au Canada français, l\u2019action organisée de laïques, au niveau des communautés chrétiennes.Ce mouvement est un lieu de réflexion où chaque femme apprend ^Secrétaire générale du mouvement des Femmes chrétiennes, pour le diocèse de Montréal, elle a assisté à la lie Rencontre internationale du Groupe International \u201cLaîcat et communauté chrétienne\u201d.à mieux se connaître; un lieu de rencontre où la femme est éveillée aux richesses des relations humaines, à la communication et au partage avec les autres; un lieu d\u2019apprentissage où la femme apprend à vivre en équipe, en tenant compte de l\u2019autre, et à développer ses talents, pour mieux servir la famille, la société et l\u2019Eglise.Pourquoi ce mouvement?Pour développer chez la femme ses connaissances sociologiques et religieuses, son sens de la fraternité, sa compréhension de l\u2019humain dans toute sa plénitude, son aptitude à lire le message évangélique à partir du vécu.On veut aussi développer sa capacité de communication, de travail en équipe, d\u2019animation, d\u2019élaboration de projets, d\u2019actions, etc., sa possibilité d\u2019engagement face aux besoins du milieu et de la communauté chrétienne, où elle doit s\u2019impliquer.Comme moyen, on pratique la méthode duVOIR-JUGER-AGIR, en utilisant les techniques modernes d\u2019animation, en suscitant la créativité, en s\u2019intégrant à la pastorale paroissiale et diocésaine, en collaborant aux divers mouvements sociaux.A qui s\u2019adresse-t-il?Aux femmes de toutes conditions et de tout âge, qui désirent travailler à leur promotion humaine et chrétienne, et mieux remplir leur rôle dans la famille, la société et l\u2019Eglise.Au plan régional, le M.F.C.est affilié à divers regroupements d\u2019Insti- 216 RELATIONS tuts familiaux; au plan national, à la Ligue des Canadiens pour le développement; au plan international, à l\u2019Union Mondiale des Organisations Féminines Catholiques (U.M.O.F.C.) et à \u201cLaîcat et communauté chrétienne\u201d.Ce dernier organisme est un groupe international, affilié au \u201cConseil des laïcs\u201d de Rome.Il est ouvert à toute Organisation nationale ou Mouvement en voie d\u2019organisation, qui accepte les perspectives apostoliques du groupe et son organisation interne.Les organisations qui en font partie sont féminines, masculines ou mixtes.Participation aux rencontres internationales et contributions sont les conditions d\u2019admission.Le Groupe se réunit au moins tous les deux ans.Il base son travail international sur la préparation des Organisations internationales et, dans la mesure du possible, sur une rencontre régionale préalable.Le thème de 1977 Le problème des migrations dans le monde s\u2019inscrit dans le souci de la LAECC (laîcat et communauté chrétienne) à s\u2019engager dans une action réaliste et efficace.Déjà, à Malte, en 1971, il avait été question de développement intégral et solidaire.A Rome, en 1975, la réflexion porta sur \u201cRéconciliation et combat\u201d.Enfin, en 1977, les migrations.Comme la plupart des pays participants - sinon la totalité - sont touchés par l\u2019émigration, soit comme pays \u201cexportant\u201d de la main-d\u2019oeu-vre, soit comme pays recevant des émigrés, comme aussi les travailleurs émigrés sont souvent les premières victimes de la crise du monde, c\u2019est une démarche toute naturelle qui justifie ce choix.Le travailleur émigré n\u2019est pas une \u201cmachine à produire\u201d, ni un simple objet, ni un vieux chiffon qu\u2019on laisse tomber après usage.Le chrétien sera sensible à toutes les atteintes à la dignité humaine que risque de comporter le phénomène de l\u2019émigration des travailleurs.Il n\u2019y a pas de solution toute faite pour cela dans l\u2019Evangile.La chose n\u2019est pas simple.C\u2019est parce que les JUILLET-AOÛT 1977 travailleurs migrants sont les plus pauvres qu\u2019aucun chrétien ne peut affirmer qu\u2019il n\u2019est pas concerné.La rencontre internationale de 1977 a donc visé un triple objectif: -\t\u201cun approfondissement de notre foi par une justice et une charité mieux vécues face à nos frères les travailleurs migrants; - une amélioration de notre pratique de l\u2019analyse, en creusant un sujet qui ne saurait se passer d\u2019une telle démarche; -\tun progrès concret dans la qualité de notre présence à l\u2019histoire que construisent les hommes, histoire dont les chrétiens devraient être le \u201csel\u201d pour être fidèles à la volonté du Seigneur.\u201d En préparation de la Rencontre, les organisations des divers pays, qui se partageaient en pays de départ et en pays d\u2019accueil, ont envoyé de nombreuses et très éclairantes réponses au questionnaire qui leur avait été soumis.Voici quelques aspects de la question: Les difficultés et les chances de l\u2019émigration, tant dans les pays de départ que d\u2019accueil, ont été relevées avec beaucoup d\u2019à-propos.Difficultés communes: logement, isolement, exploitation professionnelle, langue, crise économique, racisme.Difficultés dans les pays de départ: conflits familiaux, marginalisation, intégration trop rapide, problème des femmes séparées de leurs maris.Difficultés dans les pays d\u2019accueil: vie trop trépidante, difficultés administratives, découragement, manque d\u2019instruction et de formation professionnelle, pas de reconnaissance des qualifications professionnelles, etc.Les chances: les émigrations ont des répercussions sur les pays de départ: cours de langue, formation professionnelle, évolution positive dans le domaine social.Dans les pays d\u2019accueil, il semble que l\u2019élargissement de l\u2019horizon culturel et spirituel ne soit le fait que des émigrés.On note aussi que la facilité d\u2019intégration est meilleure lorsqu\u2019il s\u2019agit de familles.On propose alors certaines ACTIONS, tant dans les pays de départ que dans les pays d\u2019accueil.On pose la question de la participation des Organisations à ces ACTIONS.Il s\u2019agit de bien situer le problème et de bien voir ce que l\u2019on peut faire.En général, il y a des services spécialisés qui s\u2019occupent des migrants et de leurs familles.C\u2019est ce qui explique que les organisations se sentent moins concernées.C\u2019est le cas du Canada.Le problème de la FOI des migrants pose également des questions sérieuses tant aux Eglises des pays de départ qu\u2019à celles des pays d\u2019accueil.On comprend que ce souci a une extrême importance et qu'il faille lui prêter une attention spéciale.Après étude, réflexion, échanges, voici les conclusions tirées à la lie Rencontre Internationale: -\tfaire prendre conscience du racisme latent de chacun; -\tmettre en lumière les valeurs de chaque culture; -\tdéplacer le travail et non le travailleur; -\tpromouvoir une meilleure représentation des migrants dans les organismes ecclésiaux; -\tpousser à un engagement personnel et à l\u2019action; -\tconnaître et reconnaître l'Autre et grandir ensemble; -\texercer la parole pour et avec les migrants.Conclusion La Rencontre Internationale a eu pour mérite de mettre en relief un problème auquel nous ne prêtons qu\u2019une attention distraite, en tout cas insuffisante.Au Canada, ce problème a sa coloration spéciale.On en parle de ce temps-ci au Québec.Le moment est peut-être venu de nous demander quelle action chrétienne nous pouvons entreprendre dans ce sens.Le thème \u201cMigrations et dynamique chrétienne\u201d aura donc su éveiller en nous certaines résonances évangéliques qui porteront leurs fruits bienfaisants dans notre milieu.217 le livre de Gilles Bourque L Etat capitaliste et la question nationale Richard Arès Ouvrage étonnant à bien des points de vue.Comment d\u2019abord ne pas s\u2019étonner qu\u2019un professeur d'université au Québec publie actuellement un volume aussi considérable contenant dans son titre \u201cla question nationale\u201d et qu\u2019il y soit si peu question du cas concret du Québec (une vingtaine de pages tout au plus sur 380)?Comment ensuite ne pas s\u2019étonner que l\u2019auteur qui, au chapitre III de son ouvrage, étudie longuement \u201cla notion de nation\u201d, ne dise pas un mot des deux volumes intitulés La nation par J.-T.Delos et publiés à Montréal même durant la dernière guerre?Pourtant, le premier de ces deux volumes a pour titre Sociologie de la nation et le professeur Bourque se présente lui-même comme faisant partie du Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal.Mais les ouvrages classiques, voire français, semble-t-il, ne l\u2019intéressent pas; il lui faut des ouvrages américains, et surtout des ouvrages marxistes.Sa manière de procéder se déroule toujours de la même façon: d\u2019abord quelques auteurs non marxistes, tels que Rupert Emerson, Marcel Mauss, Karl W.Deusch, B.C.Shafer, Max Weber, Hans Kohn, etc; viennent ensuite les auteurs marxistes traditionnels, comme Marx, Lénine, Rosa Luxemburg, Staline, Mao Tsé-Toung, etc.Il reconnaît franchement, dès le début, que \u201cl'utilisation de la notion de nation dans la plupart des écrits marxistes pose.un problème théorique sur lequel on s\u2019est relativement peu penché.Ce laxisme remonte d\u2019ailleurs à Marx lui-même chez qui il est impossible de repérer une théorie de la question nationale ni même une utilisation systématique de la notion de nation\u201d BOURQUE, Gilles; L\u2019Etat capitaliste et la question nationale Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1977, 384 pp.$18.50.(p.8).Ce qui ne l\u2019empêche pas de présenter, à partir de chacun des auteurs cités, une analyse, assez souvent critique mais à l\u2019intérieur du marxisme, des positions prises sur l\u2019instance économique, sur l\u2019Etat, la nation, les classes, la domination tant intérieure qu\u2019extérieure, etc.Il y ramasse des arguments qui lui permettent de défendre la justesse du matérialisme historique, la primauté théorique et pratique de la lutte des classes ainsi que la théorie de la détermination en dernière instance de l\u2019économique.Les marxistes reconnaissent le droit à l\u2019autodétermination, mais toujours \u201cen fonction des intérêts de classes et de la détermination à l\u2019internationalisme du prolétariat\u201d (p.208).Quant à l\u2019auteur lui-même, il conclut:\t\u201cC\u2019est donc sous la primauté de la lutte des classes que toute question nationale doit être envisagée\u201d (p.220).Au dernier chapitre, il dira:\t\u201cNous avons soutenu jusqu\u2019ici que la question nationale était un effet du mode de production capitaliste sur la formation sociale au sein de laquelle il tient un rôle dominant\u201d (p.317).Je me demande enfin comment l\u2019auteur peut-il soutenir que dans les Etats capitalistes, \u201cde plus en plus, l\u2019appareil sportif est tendu vers des objectifs nationaux et constitue l\u2019un des supports les plus importants de l\u2019idéologie nationaliste\u201d (p.72).Les Etats socialistes attachent-ils donc si peu d\u2019importance au sport?Leur participation aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 a pourtant démontré le contraire.En somme, ancien membre du comité de rédaction de la revue Parti pris et ancien directeur de la revue Socialisme québécois, Gilles Bourque présente une recherche des plus poussées des positions marxistes sur la question nationale.Ceux qui considèrent comme \u201cscientifiques\u201d de telles positions l\u2019approuveront volontiers; quant aux autres, j\u2019en doute.Les Dossiers Beaux-Jeux 1.Loisir Québec 1976 PAR MICHEL BELLEFLEUR ET ROGER LEVASSEUR Une étude sérieuse sur l\u2019un des éléments essentiels de la vie sociale moderne.Le loisir caractérise de plus en plus notre civilisation.Il faut savoir l\u2019utiliser.109 pages; 13.3 x 20.8cm; $3.50 2.Le Sport, Jeu et Enjeux ACTES DU COLLOQUE EDUCATION-SPORT, QUEBEC, MARS 1976.Le sport influence notre façon de vivre.Des praticiens, des spécialistes analysent l\u2019impact du sport sur les jeunes et sur toute la population.96 pages; 13.3 x 20.8 cm; $3.50 Nous assumons les frais de transport sur toute commande payée d\u2019avance Les Editions Bellarmin 8100, bout.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 218 RELATIONS ( ' \\ du Mozambique un appel Pour la justice en Afrique australe Pour la première fois depuis le début de la guerre de Corée, le Conseil de sécurité de l\u2019ONU a décidé à l\u2019unanimité, le 30 juin dernier, d\u2019inviter les pays membres des Nations Unies à fournir au Mozambique une aide matérielle substantielle pour lui permettre de résister aux incursions punitives de l\u2019armée rhodésienne.Toutefois, cette victoire diplomatique ne doit pas nous faire perdre de vue le fond du problème: la violence institutionnelle imposée à la majorité des populations du sud de l\u2019Afrique.Le 29 septembre dernier, la conférence épiscopale du Mozambique publiait une déclaration pour dénoncer l\u2019Apartheid et revendiquer pour les peuples de l\u2019Afrique australe le droit à l\u2019auto-détermination et à l\u2019indépendance totale.En voici quelques extraits.\u201cLe système politico-social de \u201cl\u2019Apartheid\u201d, présenté ail monde entier comme légitime, est inhumain et injuste.Par ses principes mêmes, il offense la dignité de tous les hommes; par son dynamisme, il est destructeur de toute possibilité de vie commune dans l\u2019égalité, dans la fraternité et dans la paix.Nous condamnons en même temps toute forme de racisme, car elle est un affront à la dignité commune des peuples et constitue, au moment que nous vivons, une menace constante pour la paix.Nous condamnons également les moyens employés par le racisme pour se maintenir, comme par exemple la répression violente et sanglante, les arrestations, la prison, les tortures, les menaces et les persécutions de tout genre.\u201cD\u2019autre part, nous rejetons l\u2019institutionnalisation de la violence, a laquelle on voudrait donner un brevet de légitimité par des lois injustes.Nous condamnons de la même manière la violence psychologique, qui enlève à des peuples entiers toute possibilité d\u2019initiative et de choix, créant ainsi une situation d\u2019insécurité et de crainte.Rien ne justifie la domination d\u2019un peuple sur un autre.C\u2019est pourquoi nous réprouvons le colonialisme sous toutes ses formes cachées (néo-colonialisme), aussi bien que les théories grâce auxquelles on cherche à les justifier.Le droit à l\u2019auto-détermination et à l\u2019indépendance totale est un impératif inhérent à la vocation et à la dignité de chaque peuple.Les situations injustes que nous venons de mentionner sont provoquées, alimentées et aggravées par un système économique qui n\u2019hésite pas à opprimer et appauvrir chaque fois davantage la majorité au profit de minorités ou d\u2019autres peuples.\u201d.V_________________________J OUVRAGES REÇUS + + + Les relations de travail au Québec: la dynamique du système.Publié sous la direction de Jean Bernier, Rodrigue Blouin, Gilles Laflamme, Alain Larocque.- Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1976, 229 pages.Bédarida, René: Les Armes de l\u2019Esprit.Témoignage Chrétien (1941-1944).-Paris, Les Editions Ouvrières, 1977, 378 pages.Beetz, Jeannette et Henry: La merveilleuse aventure de Johan Beetz.- Montréal, Leméac, 1977, 222 pages.Rinfret, Edouard G.: Le théâtre canadien d\u2019expression française.Répertoire a-nalytique des origines à nos jours.Tome 3: M à Z.\u2014 Montréal, Leméac (Coll.\u201cDocuments\u201d), 1977, 387 pages.Revue Juridique Thémis (1976: 1 et 2): L\u2019informatique juridique du rêve à l\u2019instrument.\u2014 Montréal, Les Editions l\u2019instrument \u2014 Montréal, Les Editions Thémis, 391 pages.Revue Juridique Thémis (1976: 3): La place du juriste dans la société québécoise - Montréal, Les Editions Thémis, 205 pages.BILODEAU, Rosario et MORIN, Gisèle: Histoire nationale.Six fascicules.1.Le territoire.- 2.La population.- 3.Les voies de communication.- 4.La défense.- 5.La vie politique.- 6.La vie économique.-Montréal, Editions Hurtubise HMH, 1976-1977.Fascicules variant de 32 à 62 pages.Présentation illustrée et par secteur de l\u2019histoire du Canada, avec accent sur le Québec.On commence par présenter le territoire (32 pages), puis la population (32 pages), puis les voies de communication (32 pages), la défense (48 pages), la vie politique (62 pages), et la vie économique (60 pages).Méthode nouvelle, style condensé, présentation aussi objective que possible.Collection qui, sur chacun des sujets qu\u2019elle traite, dit l\u2019esssentiel de ce qu\u2019un jeune écolier doit savoir.NORMAND-HUDON, Corinne: Un clin d\u2019oeil de grand-maman aux coccinelles.Premier recueil.Un clin d\u2019oeil de grand-maman aux hirondelles.- Deuxième recueil.-Montréal, Hurtubise HMH, 1977.75 et 77 pages.Deux cahiers offerts aux jeunes écoliers.D\u2019un côté, un poème illustré, de l\u2019autre une explication des principaux termes, suivie de la rubrique \u201cJ\u2019apprends avec plaisir que.\u201d CHAMBON, Christian et LAHMI, Jacob: A la recherche des arts plastiques au secondaire.- Montréal, Hurtubise HMH, 1977.170 pages.Album abondamment illustré pouvant servir de guide aux élèves du secondaire qui étudient les arts plastiques.Comporte un lexique d\u2019une dizaine de pages sur les termes employés.R.Arès JUILLET-AOÛT 1977 219 Un film sur la virilité La meilleure façon de marcher par Jean-René Ethier* Le plus étonnant de ce film (1) est que c\u2019est le premier long métrage de son auteur.Que c\u2019est une oeuvre forte, insolite, intelligente et neuve.Qu\u2019il n\u2019a coûté que $150,000.00, ce qui représente un montant ridicule à côté des budgets ordinaires à toute réalisation cinématographique.Par conséquent, que les sous ne remplacent pas le talent alors que le talent peut toujours remplacer les sous.Pour un coup d\u2019essai.Bien sûr, on ne s\u2019improvise pas, pour autant, cinéaste à succès.Il y a des antécédents.Claude Miller a les siens et le talent a aussi besoin de technique.Les antécédents de Claude Miller sont reposants: après un baccalauréat en philosophie (la culture ne nuit pas.), il entre en 1960 à l\u2019IDEHC (2), y passe trois ans, va flairer un peu du côté de FINSAS en Belgique (3), puis devient stagiaire.Un stagiaire est, en quelque sorte, un personnage exploité, prêt à toutes les tâches ingrates mais mû par la passion de ce qu\u2019il aime.Son but est de connaître à fond, par la pratique, tous les arcanes du métier.Il y a là une sorte de mise au ban un peu folle mais féconde: elle fait mûrir le talent dans * L\u2019a., prêtre, est animateur culturel, critique cinématographique et professeur de littérature française au Séminaire du Verbe Divin à Granby.le silence, la soumission et l\u2019obscurité.Il y a là, dis-je, une sorte de fermentation désintéressée - trop souvent méprisée de nos jours où l\u2019on est si pressé de produire! - qui devient une condition de croissance assurée.Les grands crus en font autant.Stagiaire donc avec Marcel Carné en 1965 (excellente référence) (4), puis assistant de Bresson, de Demy, Godard, Truffaut (pendant 6 ans), Claude Miller, entre-temps, fait son service militaire dans la section cinéma de l\u2019armée (5).Il réalise aussi trois courts métrages ( 1) Après un an et demi de circuit en France, le film a pris l\u2019affiche du Dauphin à Montréal, le 17 juin dernier.( 2) L\u2019Institut des Hautes Etudes cinématographiques, en France.( 3) Un institut de cinéma.( 4) Un des maîtres du cinéma français à qui l\u2019on doit Le Quai des Brumes.( 5) Nous tenons tous ces détails de Claude Miller lui-même.( 6) Qui publie toujours à ses bureaux de l\u2019Office catholique du cinéma, 4635 De Lorimier, Montréal H2H 2B4.( 7) Ce qui fera dire à François Truffaut après la réalisation du film de Miller:\t\u201cAujourd\u2019hui nous som- mes quelques-uns à avoir perdu notre meilleur directeur de production mais le cinéma français a gagné un bon metteur en scène\u201d.Le Point, no 180, 1er mars 1976, p.106.( 8) Ibid.en 10 ans (Juliette dans Paris, en 1967; La Question ordinaire en 1969 et Camille ou La Comédie catastrophique en 1971).Il collabore à Séquences, notre première revue de cinéma au Québec (6).Devient directeur de production (7), fouille partout dans les livres de cinéma, paraît avoir le goût sûr (comment ne pas l\u2019avoir après toutes ses fréquentations!) et rêve de devenir un auteur.Eh! bien.voilà: c\u2019est fait.Dès son premier long métrage.Chapeau bas: ce n\u2019est pas tous les jours qu\u2019on peut toucher du solide! Un sujet trouble?C\u2019est, au fond, une histoire bien simple que ce film: mais la composition dramatique va l\u2019infléchir à sa façon.Une histoire comme il pourrait en arriver tous les jours.Dans un collège, un club de jeunesse, ou à l\u2019armée.Ici, c\u2019est dans un camp de vacances où nous savons bien que les choses ne tournent pas toujours rond.Car, il n\u2019y a pas de vacances pour les passions.Truffaut écrit justement à propos de ce film (8) que tout \u201craconteur d\u2019histoire se trouve placé devant une alternative: ou bien animer des personnages forts dans une situation faible; ou bien traiter d\u2019une situation forte avec des personnages faibles\u201d.Claude Miller nous présente ici des personnages forts dans une situation forte.Il réussit à joindre la fable, la psychologie et le récit biographi- 220 RELATIONS que (9).Et il le fait avec une homogénéité narrative et visuelle indéniables.La tentation d\u2019un jeune metteur en scène, rempli des meilleures volontés du monde par ailleurs, n\u2019est-elle pas de vouloir ne rien manquer?Il sera porté alors à considérer le cinéma comme un fourre-tout.Le dépouillement est la vertu des sages.Dans La Meilleure façon de marcher, pas une scène, pas un plan qui ne se rapporte directement au sujet.Il s\u2019agit en l\u2019occurrence d\u2019une opposition presque caricaturale entre deux personnages: le fort et le faible.Ou si l\u2019on préfère, entre le sportif et le cérébral.La grande gueule et le grand timide.Les adolescents dans leurs classes, notre société elle-même connaît bien cette disjonction.C\u2019est là un schéma simplet.Mais, c\u2019est de lui que va naître tous le drame du film, un drame à l\u2019image même de cette société où se côtoient, tous les jours, des rapports de force similaire (10).Un camp de vacances, style ancien, sans femmes (nous sommes en 1960 et la mixité n\u2019est pas encore à la mode).Donc, un cadre déjà loin de notre temps.Le recul ici nourrit le romanesque.Nous nous sentons déjà moins concernés, plus distanciés.Et ce qui devrait nous gêner d\u2019abord et nous décevoir va nous ( 9) Avec une nuance importante toute-tefois: l\u2019anecdote du film n\u2019est pas un événement de la vie de Miller.C\u2019est lui-même qui nous l\u2019a assuré.Si certains faits se retrouvent dans son film, il n\u2019y a là que transposition, Claude Miller ne se sentant pas concerné par le problème concret dont traite La Meilleure façon de marcher.(10)\tClaude Miller avoue qu\u2019il a eu l\u2019idée de son film en découvrant le thème de l\u2019humiliation dans Les Entretiens avec Bergman, Ed.Seghers.A un moment donné du film, Philippe regarde Les Fraises sauvages à la télévision: on voit tout de suite l\u2019hommage que Claude Miller veut rendre à Bergman.On trouvera le scénario intégral du film dans L\u2019Avant-Scène Cinéma, no 168, avril 1976, Préface de F.Truffaut.(11)\tL\u2019air connu des camps de vacances donne son titre au film.fasciner par un savant mélange de tension et détente (car on rira tout de même), d\u2019inquiétude, d\u2019émotion et d\u2019humour grinçant.Cet univers est clos.Marc, le fort-viril, surprend, un soir, Philippe, le tendre-intellectuel, déguisé en femme (Philippe joue dans le costumier du théâtre, puisqu\u2019il prépare une mise en scène avec ses gamins).Marc va-t-il trahir Philippe?Non: il se servira de cet avantage pour dominer Philippe.Le film tient tout entier dans ce rapport, analysé avec une subtilité toujours convaincante.A partir de cet instant où l\u2019on croirait tout savoir des personnages, la construction du film va tenter de brouiller cette trop belle clarté.Le récit va nous conduire de la certitude au doute, au rebours des histoires ordinaires de films.Et c\u2019est ici que le bât blesse.Car, même si la colonie de vacances est observée avec une grande vérité, le drame va se concentrer pratiquement sur ces deux seuls personnages.Comme au théâtre classique, il ne les expliquera pas: il se contentera de les faire vivre devant nous.Mais il faut savoir lire à travers les signes.Car, La Meilleure façon de marcher (11) en dépit des apparences n\u2019est pas un film sur l\u2019homosexualité.Parce qu\u2019il s\u2019agit toujours d\u2019une homosexualité refoulée, non dite, détournée.La jouissance de Marc, c\u2019est sa répression.Marc a besoin de l\u2019indécision sexuelle de Philippe pour masquer sa propre perversion qui est celle de dominer, de posséder moralement les êtres.Au fond, le film de Miller n\u2019est pas autre chose qu\u2019un film sur la perversion du pouvoir.Freud avait déjà indiqué des pistes: les forces qui brisent ne sont-elles pas des forces qui ont peur d\u2019être brisées?Et combien de refoulements sexuels, même cachés sous les apparences de la vertu, n\u2019expliquent-ils pas certaines violences du pouvoir?Combien, par un renversement de vérité, certaines soumissions infantiles ne sont-elles pas l\u2019expression inconsciente d\u2019un sentiment sexuel refoulé?Une recherche de la virilité Le film en fait, veut nous dire: où est la véritable virilité?Dans la force des muscles et le ton dictatorial?Dans le goût des marches sous la pluie, dans une certaine jactance du verbe qui aime afficher ses prétendues libérations, l\u2019entraînement aux armes et les plaisirs de la chasse ou la douceur d\u2019un livre et d\u2019un spectacle théâtral?Notre siècle semble s\u2019égarer dans l\u2019uni-sexisme.Comment expliquer cette masculinisation croissante de la femme et la féminisation de l\u2019homme?Parce que les sexes s\u2019interchangent?Ou au contraire: trop faussement enserré dans des catégories \u201cculturelles\u201d réprimantes, l\u2019homme contemporain ne serait-il pas en train, non pas de fuir sa masculinité, mais d\u2019en découvrir un nouvel équilibre?Sous la tendresse, par exemple?Philippe est celui qui se cherche.Ses propres échecs avec sa \u201cfiancée\u201d démontrent que ce n\u2019est pas dans l\u2019acte sexuel que le jeune homme trouvera sa véritable virilité.Et la scène du bal masqué qui frise le fantasmagorique, à la limite de la gêne tolérable, n\u2019est pas sans signification profonde: Philippe, sous son déguisement féminin, ose l\u2019acte le plus viril qui s\u2019impose: il ne pourra se débarrasser de la domination de Marc qu\u2019en payant ce dernier de sa propre monnaie.La finale du film, par ailleurs, n\u2019est pas sans jeter une drôle de lumière sur le double cas de Philippe et de Marc.Finale ambiguë certes, ouverte à toutes les interprétations.Et on ne sera pas sans remarquer que le rapport de forces est, cette fois, renversé.Le véritable problème n\u2019est pas chez Philippe.Ne serait-il pas chez Marc?Sa virilité de parade ne cacherait-elle pas tout simplement une absence fondamentale de cette virilité?Les apparences sont souvent trompeuses.Et l\u2019interprétation de Patrick Dewaere (remarquable) n\u2019indiquerait-elle pas le bien-fondé de cette exégèse?Car, tout au long du film, on n\u2019aura pas été sans observer que ce dur, ce fort-en-gueule, n\u2019est pas sans maniérisme subtil, sans guoguenardi-se qui frôle, bien souvent, l\u2019attitude des invertis secrets.JUILLET-AOÛT 1977 221 .Un coup de maître La nouveauté et l\u2019intérêt du film de Claude Miller viennent de la hardiesse et de la justesse de l\u2019analyse.Le jeune cinéaste a réussi, là, un film pudique sur les incertitudes du coeur et des sens de l\u2019adolescence.Un film aigu et tendre.Sans roublardise.Son mérite est d\u2019avoir décrit des désirs troubles avec limpidité, avec une sûreté de métier qui en fait déjà un classique.Et peut-être, sans s\u2019en être douté réellement, d\u2019avoir analysé avec précision le mécanisme redoutable de tout racisme: l\u2019oppression par l\u2019humiliation et par la persécution inconsciente.Miller nous montre, en son film, comment l\u2019affectif et le politique sont inextricablement liés.Car, c\u2019est certainement là un des films les plus incisifs sur le problème des attirances troubles.Pour un coup d\u2019essai, voilà donc un coup de maître.Claude Miller prépare actuellement un second film: une adaptation de \u201cSweet Sickness\u201d de Patricia Highsmiss, dont le titre pourrait bien être \u201cCe mal étrange\u2019\u2019, l\u2019histoire d\u2019une passion amoureuse dans un milieu de province.Claude Miller aime travailler avec un découpage précis.Il n\u2019aura pris que cinq semaines pour tourner La Meilleure façon de marcher.Ce qui l\u2019intéresse avant tout, c\u2019est de poser le problème du récit au cinéma: non pas par des faits, mais par des images et des visages.Il est attentif aux êtres, respecte les choses.Son cinéma n\u2019est pas même de l\u2019érotisme, c\u2019est de l\u2019anthropologie sexuelle.Ce qu\u2019il cherche, ce n\u2019est pas à trouver le beau: la tentation est trop grande de devenir \u201cvoyeur\u201d.C\u2019est à découvrir \u201cquelque chose qui va se passer\u201d.Son style, pourtant, dépouillé, ramené à l\u2019essentiel de la tension dramatique, rappelle la grande manière classique.On parle déjà à son sujet d\u2019une \u201cnouvelle\u201d nouvelle vague.Le cinéma aurait-il, pour lors, trouvé son véritable Racine?Claude Miller est, en tout cas, une carrière à suivre.VOIES RAPIDES et EPISODES de Pierre Nepven, poète du macadam \u201cMais quelle violence nous agrandirait passionnerait l'espace au lieu de n\u2019être qu\u2019une flambée de sang.\u2019\u2019 (Episodes 2, p.52) Un lourd nuage jaune pèse sur la métropole.Les rues semblent prises dans un tourbillon de fièvre; l\u2019asphalte colle aux pieds des passants.Les petites filles vont à cloche-pied à travers leurs grilles de craie, tandis que les gamins poursuivent une guerre tapageuse dans k dédale des ruelles.De temps en temps, l\u2019un d\u2019eux s\u2019immobilise.Il ressent en lui-même quelque chose qui ressemble à la soif, à l\u2019angoisse ou au désir.Non, il n\u2019a pas de village à bâtir, ni de ville, ni de comté, encore moins d\u2019univers.Il a depuis longtemps déserté la chambre close et abandonné la boîte à jouets: Les jeux n\u2019étaient encore que des jeux il y a plusieurs nuits déjà.(Voies Rapides, 24) Il va, il vient au milieu des hommes et son ombre se mêle à leur ombre; ses cris se perdent dans leur clameur.Quand il lève la tête, ses yeux se heurtent aux murs des gratte ciel.Il court, il court; les murs tournent autour de lui.Non, il ne peut pas fuir: il a ses racines dans la pierre et le macadam.Il doit se contenter de voyager comme on rêve, sans partir jamais, sans se déplacer vraiment en étant sûr qu\u2019il retrouvera à son réveil, comme au bout de toutes les voies rapides, le noeud des ronds-points qui étreignent ou étranglent la ville-amante envoûtante et superbe: Tu es mon mauvais rêve princesse à la peau d\u2019or et tes yeux irréels conservent ma folie je déraille entre tes jambes je lèche la sueur sous tes seins affaissés 1.Professeur au Département des lettres françaises de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Pierre Nepveu est né à Montréal en 1946.Depuis 1966, il a étudié et enseigné dans plusieurs universités du Québec, du Canada et de la France.Ses premiers poèmes furent publiés dans les Ecrits du Canada français; en 1971, il publiait Voies rapides.Il est également l\u2019auteur d'articles et d\u2019études sur des poètes québécois, dont Gilbert Langevin et Michel Beaulieu, et d\u2019un certain nombre de traductions des poètes canadiens-anglais.Il prépare actuellement un livre d\u2019essais.Il est également responsable de la chronique consacrée aux \u201cnouvelles voix\" en poésie dans la revue Lettres québécoises.par Gabrielle Poulin \u2014 j\u2019ai soif et tu me donnes à boire \u2014 ah non l'amour n\u2019est pas commode à présent les mots persistent étrangement et ta tête est si loin dans ton haleine épaisse (V.R.13.) Pierre Nepveu est né à Montréal.Il a grandi au milieu des grincements de pneus, dans l\u2019odeur d\u2019asphalte et de monoxyde de carbone, comme d\u2019autres ont marché dès leur plus jeune âge au milieu des lilas et du foin d\u2019odeur.Quand il a commencé à écrire des poèmes, dans les réseaux d\u2019images qui s\u2019organisèrent spontanément et irrésistiblement, il a reconnu le visage violent et tendre de cette mère fabuleuse, capable d\u2019engendrer des robots, des vagabonds et des poètes, cette mère despotique qui ne souffre aucun partage.Quand il aimera, quand il voyagera, quand il écrira, le fils-poète ne pourra jamais chercher qu\u2019à retrouver ce visage hautain et familier, ces entrailles arides et brûlantes, cette poésie de fer et de béton où la vie s\u2019appelle vitesse et imprévu et où la mort devient \u201cla seule vraie fiction\u201d.Pierre Nepveu se rattache à la lignée des poètes urbains dont l\u2019arbre généalogique porte sur la branche exotique, parmi tant d'autres, les noms prestigieux de François Villon et de Guillaume Apollinaire et, sur la branche autochtone, ceux d\u2019Emile Nelligan et de Jacques Brault.La poésie de l\u2019écolier parisien s\u2019inspirait des enseignes, des images quotidiennes, des clichés qui naissent et meurent avec la mode du jour.Apollinaire, en guise de poésie, le matin, lisait \u201cles propectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut\u201d.Derrière le \u201cjardin de givre\u201d de sa vitre, avant de sombrer dans \u201cles abîmes du rêve\u201d, Emile Nelligan sondait son coeur \u201cpavé de désespoir\u201d.Quant à Jacques Brault, il refuse obstinément de partir de la cité admirable (3) dont, un jour de téméraire curiosité, il a exploré l\u2019en-des-sous: ne me demandez pas le chemin je suis à la remorque d\u2019un horizon aveugle sourd mais qu\u2019il traverse bien les ruines à naître à défaut de cloisons (4).222 RELATIONS Pierre Nepveu ressemble à ces poètes, non pas comme à des frères de sang, mais comme à des compagnons d\u2019exil: la ville qui les a engendrés dans l\u2019anonymat de ses rues et de ses buildings s\u2019est substituée pour eux à la partie rurale où le pays cherche la source de son sang et ses racines.Quand Nelligan, Brault ou Nepveu pensent au Québec, ils voient leur île surmontée de tours comme un immense vaisseau toujours en train de briser les amarres sans parvenir à lever l\u2019ancre.Ils partent, ils restent.Ils ont l\u2019air versatiles: ils sont déchirés entre le réel et l\u2019irréel, le permanent et le fugace, la violence et la tendresse.Quand ils parlent, ils s\u2019expriment dans la langue de la multitude mais, quand ils chantent, l\u2019espace d\u2019un instant, ils sont au plus secret du langage, presque inexistants.Comme la ville et comme la femme, la poésie repousse et retient le poète \u201cmoderne\u201d; elle l\u2019égare et le fascine.En elle, Pierre Nepveu cherche, lui aussi, une patrie et une maison, un espace viable: je parle pour te donner contenance (moi j\u2019existe à peine) pour la folie et l\u2019ordre qui s\u2019y dessine pour l\u2019ordre et la folie qui en jaillit je te laisse quelques traces de pas quelques égarements dans les ruelles dangereuses peut-être d\u2019un seul coup d\u2019oeil sur une foule emportée quelques phrases enfin habitables si tu veux (V.R., 107.) Non, la poésie de Pierre Nepveu n'est pas hermétique, ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle soit complètement rassurante.A peine avez-vous commencé à lire que vous sentez une présence diffuse, quelqu\u2019un qui vous accueille, s\u2019efface pour vous laisser passer, mais ne vous lâche vraiment jamais.L\u2019habitant des villes est distant, soit!, mais extraordinairement vigilant.Il garde l\u2019oeil ouvert, attentif autant dans l\u2019éblouissante clarté de midi que parmi les ombres; il est sensible au moindre murmure insolite parmi la rumeur ininterrompue; il perçoit le parfum le plus subtil émanant du grand corps âcre de la ville de joie.Quand le citadin est poète et qu\u2019il s\u2019appelle Pierre Nepveu, son oeil tout entier, son 2.\tPierre Nepveu, Voies rapides.Coll.\u201cSur parole\u2019, Montréal, Hurtubise/HMH, 1971, 112 pp.; Episodes.Montréal, l\u2019Hexagone, 1977, 70 PP- 3.\tJacques Brault, L'En dessous l\u2019admirable, Coll.\"Lectures\", Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1975, 51 pp.4.\tJacques Brault, La Poésie ce matin., Paris, Grasset 1971, 117 pp., p.81.oreille et chacun de ses sens, à tour de rôle, montent la garde.Que cherche-t-il à défendre ou à protéger?Les Romantiques diraient cette âme secrète \u201cqui s\u2019attache à votre âme\u201d; les poètes symbolistes parleraient du mystère d\u2019un temple où de \u201cvivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles\u201d.Le poète \u201cmoderne\u201d, lui, ne saurait préserver que son attente, que son désir et que sa soif.S\u2019il dit rarement \u201cje\u201d, quelquefois \u201cnous\u201d, plus souvent \u201con\u201d ou \u201cils\u201d, ce n\u2019est pas seulement par pudeur ou par peur d\u2019un lyrisme désuet, mais parce qu\u2019il ne sait pas vraiment qui il est.Quand elle l\u2019a enfanté, la ville était grosse de milliers d\u2019hommes passés, présents et futurs, à qui elle donne à travers une publicité omniprésente, les mêmes besoins, les mêmes rêves et les mêmes mirages.Le poète essaie-t-il d\u2019échapper à cette éducation en série, à chercher refuge dans un espace à lui, inventé de toutes pièces, qu\u2019il ne tarde pas à se rendre compte à quel point il est solidaire du grand corps mécanique de la cité et il apprend d\u2019instinct qu\u2019il lui faut tâcher de rassembler, comme d\u2019autres se sont faits \u201crassembleurs de terre\u201d, tes éclats de son \u201cje\u201d partout dispersés.Le poète peut avoir l\u2019impression de se raconter.En réalité, il nous apprend plus sur nous-mêmes que sur lui.Dans la poursuite d\u2019un itinéraire secret, d\u2019une quête exigeante, il se voit forcé de recourir \u201cà la seule énergie motrice de la main, au seul rythme selon lequel les muscles du poignet et de chacun des doigts se tendent et se relâchent, fébriles, pris à l\u2019encre tracée comme à un rail (mais créant ce rail à mesure), emportés dans les boucles à l\u2019infini d\u2019un alphabet qui ne parvient pas à trouver son ordre\u201d (V.R., 100) Les \u201cvoies rapides\u201d que trace la plume de Pierre Nepveu sont construites solidement sur les vastes espaces vierges où la poésie ancienne découvrait ses \u201cforêts de symboles\u201d et se mettait à l\u2019écho des \u201clongs échos qui de loin se confondent\u201d.De temps en temps, au hasard d\u2019une courbe, dans la surprise d\u2019un virage, la voie efficace et impitoyable jette face à face le passé et le présent, les images élégia-ques et pastorales d\u2019hier et les \u201cdessins très animés\u201d d\u2019aujourd\u2019hui.Mais cette rencontre elle-même porte les stigmates de la violence et il faut fuir en avant toujours pour échapper au regret et à l\u2019angoisse et pour ne pas que s\u2019étrangle le désir: quelle stridence occupe ainsi toutes nos tendresses toutes nos poitrines les inflexions du paysage à portée de voix et au-delà surgissent violemment les villes .(V.R., 82.) Ce mouvement linéaire pourtant est illusoire.En réalité l\u2019écriture de Pierre Nepveu, parfaitement lisible et dans laquelle on entre très naturellement, réserve à celui qui accepte de se laisser emporter des virages dangereux, des voies multiples, apparemment inextricables, des épisodes hallucinants.Vous le croyiez sérieux et calme et le suiviez sans peur?Voici qu\u2019il s\u2019emballe, devient léger comme un gamin.L\u2019équilibre se défait au tournant d\u2019une phrase, dans telle rupture, telle ellipse, tel raccourci audacieux.Il vous a semblé tragique et solennel?Attention, l\u2019ironie brise l\u2019élan de l\u2019envolée.Il se fait très proche, presque ému et tendre dans le ton de sa confidence?Vous tendez l\u2019oreille.Il est déjà loin, protégé dans le retrait d\u2019une parenthèse qui vous nargue et vous exclut.Vous étiez sur le point de trouver surréaliste \u201csa voiture ardente à la lisière d\u2019un champ\u201d.il file déjà par la droite route \u201cde sang-froid\u201d vers la ville rêveuse où il dort avec sa moitié sage et elle avec son épagneul (Episodes, 21.) Quand il se laisse emprisonner par \u201cle matin raisonnable\u201d et que vous le croyez docile et attentif au réel sous la menace du \u201ctir croisé des téléphones\u201d, il a déjà pivoté sur son fauteuil, à la pointe du poème, vers la fenêtre froide où poudroient les pigeons dans l\u2019espace ébloui.((Episodes, 24.) Si cette poésie semble ininterrompue, c\u2019est que les \"épisodes\u201d s\u2019y succèdent très rapidement; la continuité lui vient de la fidélité à tous les instants.L\u2019éclair brille-t-il avec éclat: l\u2019oeil reste ouvert et lucide et ne se ferme pas quand l\u2019ombre lui succède.L\u2019oreille, habituée à la rumeur et au bruit assourdissant, a forcé la voix à se faire distincte, claire, incisive.Quand tout est silence, elle sait pourtant devenir tendre, insinuante, feutrée comme une caresse.Qu\u2019elle crie, qu\u2019elle chante, qu\u2019elle se lamente ou vocifère, qu\u2019elle se moque ou se confie, qu\u2019elle raconte ou décrive la poésie de Pierre Nepveu crée cet espace inespéré où chacun peut se sentir accueilli, comme si la ville tout à coup prenait le visage familier du poète qui a accepté librement de se laisser séduire par elle et qui, au bout de chacun de ses pas, au bout de chacun de ses mots, la retrouve et la recrée, tendre et violente, fidèle à elle-même et à ceux qui sont nés d\u2019elle, toujours.JUILLET-AOÛT 1977 223 DES LECTURES ENRICHISSANTES POUR LA PÉRIODE D\u2019ÉTÉ Quelques ouvrages simples qui peuvent vivifier l\u2019esprit et le coeur pendant que se refont les forces physiques Billet de commande Veuillez m\u2019adresser: .Ma faiblesse, c\u2019est ma force par Jean Vanier, illustré.92 pages, $3.00 .Larmes de silence par Jean Vanier, illustré.94 pages, $3.00 .Un pari pour la joie: l\u2019Arche de Jean Vanier par Bill Clarke, illustré.155 pages, $3.50 .Mon frère, ma soeur, inspiré de l\u2019oeuvre de Jean Vanier et Mère Térésa de Calcutta par Sue Mosteller, illustré.11 7 pages, $4.75 .Eucharisties par André Myre, 2e édition.144 pages, $4.95 .Valeurs du Sport Textes de Pie XII, Jean XXI II et Paul VI.123 pages, $3.50 .Loisir Québec 1976 par Michel Bellefleur et Roger Levasseur.109 pages, $3.50 .Le Sport, Jeu et Enjeux?\t.Colloque Education-Sport.95 pages, $3.50 .L\u2019Eglise dans le Monde d\u2019Aujourd\u2019hui\t.par Richard Arès.357 pages, $8.50 .Recherche et Religions populaires\t.Colloque international.204 pages, $8.50 Nous assumons les frais de poste et d\u2019emballage pour toute commande payée d\u2019avance.Nom________________ Adresse _________________________________________________________________code postal_______________ Adresser votre commande aux: Éditions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 "]
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