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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1977-06, Collections de BAnQ.

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[" MONTRÉAL Violence et religion par Jean-Marie Levasseur et Guy Paiement La question des droits de l\u2019homme par Robert Toupin Le renouveau charismatique par Jean-Marc Dufort Dialogue juif-chrétien-musulman par Sr Marie-Noëlle Images, formes et symboles \u2022\tCinéma \u2022\tThéâtre \u2022\tLittérature ' \\ revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin.Conseil de Direction: Bernard Carrière, Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin Comité de Rédaction: Albert Beaudry, Jacques Chènevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, Robert Toupin Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9 tél.387-2541 Publicité: Liliane Saddik, 1700 rue Allard, Ville Brossard tél.678-1209 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.SOMMAIRE juin 1977\tvol.37\tno 427 Jean-Marie LEVASSEUR, Violence et Religion 163 Guy PAIEMENT, La religion: masque ou dévoilement de la violence?\t166 Robert TOUPIN, La question des droits de l\u2019homme et le rendez-vous de Belgrade de juin 77.\t168 Jean-Marc DUFORT, De Vatican II au renouveau charismatique III: les chances d\u2019un avenir\t171 Rolland BOYLE, Alcoolisme IV: les chances d\u2019une vie nouvelle\t175 Gustave MARTELET, Existentialité de Jésus et mystère des apôtres\t178 Sr Marie NOELLE, Fondements et limites d\u2019un dialogue Juif-Chrétien-Musulman images, formes et symboles (cinéma, théâtre, littérature)\t183 Jean-René ETHIER, Jonas dans notre baleine\t186 Georges-Henri d\u2019AUTEUIL, Finita la commedia!\t188 Gabrielle POULIN, L\u2019envers des choses enrobe \u201cdemi-deuil\u201d: la poésie de Michel Lemaire\t190 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Nouveautés Stratégies éducatives dans le Tiers-Monde: innovations et perspectives d\u2019action 7e Colloque international de l\u2019Institut de Coopération internationale 15 x 23 cm, 196 pages - Prix: $6.00 * * * Actes du Congrès d\u2019Ottawa sur Kant dans les traditions Anglo-Américaine et continentale tenu du 10 au 14 octobre 1974 15,5 x 23,5 cm., 560 pages.- Prix: $15.00 * * * Jurivoc Lexicographie Bilinguisme Juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15,5 x 23,5 cm., 350 pages.- Prix: $12.50 * * * The Sexual Language An Essay in Moral Theology par André Guindon 14 x 22 cm., 486 pages.- Prix: $15.00 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey, Ottawa Ontario K1N 6N5 POUR CEUX QUI CROIENT A L\u2019ÉDUCATION CHRÉTIENNE Suggestions pratiques d\u2019animation pastorale au secondaire Un ouvrage qui s\u2019adresse d\u2019abord aux responsables de pastorale au secondaire mais aussi aux parents et aux autres éducateurs Un volume, 109 pages, 13.3 x 20.3cm., $4.25 (par la poste $4.75) Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, H2P 2L9 Tél.: 387-2541 162 RELATIONS Violence et religion par Jean-Marie Levasseur* Les religions ont-elles une fonction par rapport à la violence?favorisent-elles la violence?réprouvent-elles la violence?Bien des questions de ce genre ont été soulevées dans la section \u201cSciences de la religion\u201d, lors du dernier Congrès de l\u2019ACFAS tenu à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, du 19 au 21 mai dernier.Mais de quelle violence s\u2019agit-il?de celle qui provoque la mort ou de celle qui est nécessaire à la vie?Le mot a tellement de sens qu\u2019on risque de s\u2019y perdre.Il avait été décidé de laisser cette question avoir progressivement sa réponse à travers chacune des communications.Le professeur Guy Paiement (Théologie, Université de Sherbrooke) aborda globalement le problème avec une communication intitulée La religion: masque ou dévoilement de la violence?Est-il vrai, comme le prétend René Girard, que la religion fait le jeu de la violence institutionalisée en rejetant la violence sur un bouc émissaire, en masquant, par le rite, la violence toujours présente dans les marges de la société et en empêchant cette société de regarder sa violence en face?Guy Paiement propose un lieu concret de vérification de cette thèse, à savoir la mort de Jésus de Nazareth; et il pense que si la position de Girard se vérifie assez bien dans le cadre de la religion des pharisiens, elle n\u2019explique pas la position originale de Jésus.* Jean-Marie Levasseur est professeur au Département de Théologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Il était responsable de la section de la religion, lors du dernier Congrès de l\u2019ACFAS.Jésus dévoile la violence au lieu de la masquer: \u201cPar sa pratique quotidienne, Jésus met en lumière toute la violence de la société qui est incapable d\u2019accepter la nouveauté, l\u2019étranger, le don gratuit et imprévu.Mais il paiera de sa vie cette révélation de la violence camouflée.C\u2019est lui qui sera la victime de cette violence dénoncée.\u201d Mais Jésus donne lui-même sa vie: \u201cIl refuse d\u2019entrer dans le jeu de la victime émissaire.Il se fait plutôt lui-même victime et bouleverse ainsi toute la structure et la fonction de la religion.L\u2019acceptation, par le christianisme, du code du don aboutit à se faire victime, à se faire solidaire de ceux qui sont victimes de la société.La thèse de Girard aurait l\u2019avantage de souligner le dilemme permanent du christianisme: accepter de faire des victimes en ne voulait pas en faire ou accepter de se faire victime pour qu\u2019il n\u2019y en ait plus.\u201d On voit que Guy Paiement s\u2019est surtout arrêté à la violence camouflée et permanente qu\u2019est la violence institutionalisée.Pour le professeur Roger Lapointe (Sciences religieuses, U.d\u2019Ottawa) la violence est davantage un abus de pouvoir ou un abus de la force physique.Sous le titre Violence et sacré: une réputation surfaite, il émit l\u2019opinion que c\u2019est la morale plutôt que la religion qui a une fonction vis-à-vis de la violence.La poursuite de la non-violence serait plus le fruit de la conscience morale que d\u2019une intuition religieuse.La conscience morale est donc la norme qui permet de vérifier s\u2019il y a abus de pouvoir; et la violence devient immorale s\u2019il y a contrainte physique.Une telle hypothèse provoqua évidemment des réactions, certains met- tant l\u2019accent sur d\u2019autres dimensions de la violence, d\u2019autres cherchant à montrer la fonction de la religion par rapport à la violence.Pour sa part, le professeur Jean-Claude Petit (Théologie, U.de Montréal), dans sa communication Révélation et violence, voulut exprimer la perspective de Jésus dans ses discours du Royaume.Il rappela ce qui lui semblait important à retenir pour comprendre ce que Jésus a pu penser à propos de la violence: \u201cLe Dieu de Jésus est un Dieu pour les hommes, un Dieu qui intervient pour le bonheur de l\u2019homme, et c\u2019est pourquoi Jésus en parle comme d\u2019un Dieu pour qui la domination répressive de l\u2019homme sur l\u2019homme et tout ce qui maintient l\u2019homme dans un état d\u2019inhumanité ne peut plus être toléré à ses yeux.\u201d Au coeur de cet enseignement de Jésus, il y a sa parole sur l\u2019amour des ennemis et celles qui exigent de renoncer aux premières places et à la domination sur les autres.Roger Lapointe définissait la violence comme un abus du pouvoir; Jean-Claude Petit nous montra que Jésus exigeait une attitude diamétralement opposée à celle du pouvoir: \u201cCelui qui est le premier doit se faire le serviteur, l\u2019esclave de ceux qu\u2019il dominait.Jésus n\u2019exige pas cependant que le seul refus de la lutte pour la domination; il demande plus encore: une solidarité concrète avec ceux qui sont exploités et laissés pour compte.La violence vit des relations qui s\u2019établissent entre les hommes et de la concurrence des intérêts qui les provoquent, qu\u2019elles s\u2019organisent en systèmes ou qu\u2019elles s\u2019expriment dans les domaines privés des rapports individuels.Ce sont des relations qui, pour Jésus, doi- JUIN 1977\t163 vent être changées: là où il n\u2019y aura plus de dominateurs et de dominés, la violence ne trouvera plus où s\u2019alimenter.\u201d Après ces approches plus globales, suivirent quelques illustrations historiques.Le professeur Edmour Babineau (Sciences religieuses, U.de Moncton) parla de Révélation et violence en terre de non-violence.Même si l\u2019Hindouisme se définit comme une religion de non-violence, une forme de violence est pourtant admise, voire même encouragée, dans certains livres sacrés de la tradition hindoue.Le professeur Babineau croit en déceler un exemple dans le Râmcaritmânas de Tul-s! Dâs: \u201cOn peut conclure, dit-il, à une interaction entre le contexte de violence socio-politique où vivait les Hindous du nord de l\u2019Inde médiévale, et la rédaction de l\u2019oeuvre révélée qu\u2019est le Râmcaritmanâs.Il est clair que tout en évitant de prôner ouvertement la violence pour contrer la domination musulmane, Tulsî Dâs propose indirectement une stratégie plus subtile comme moyen de résistance à la menace de désintégration à laquelle faisait face la tradition hindoue.En effet, au lieu de compter sur le leadership du râja, la communauté hindoue est désormais invitée à chercher dans la direction spirituelle du guru l\u2019appui et l\u2019inspiration voulus pour assurer l\u2019intégrité de son héritage et promouvoir l\u2019intérêt de ceux qui s\u2019en réclament.\u201d Sous diverses formes, la violence serait donc présente même dans les livres sacrés de l\u2019Hindouisme.Comme il fallait s\u2019y attendre, cette communication raviva la discussion sur la notion de violence, qui n\u2019est pas seulement physique.Le professeur Henrique Urbano (Sociologie, U.Laval) présenta une communication sur La symbolique de la violence et du mal dans les religions des Andes.Il utilisa le terme violence au sens large et se référa davantage au discours religieux qu\u2019aux pratiques rituelles des institutions religieuses andines.Selon la tradition judéo-chrétienne, le mal est entré dans le monde par une décision libre de l\u2019homme.Dans le discours religieux andin, par contre, le mal et la violence sont envisagés comme intrinsèques 164 à la création: \u201cDepuis que le monde existe, la violence est là au même titre que les autres choses.La seule différence réside dans l\u2019effort qu\u2019on dépense pour l\u2019éliminer, pour ne pas se rendre compte qu\u2019elle est là au même titre que les autres choses.\u201d La violence est donc enracinée profondément dans l\u2019homme et celui-ci le reconnaît depuis longtemps.Pour le chrétien, cependant, Dieu n\u2019a pas créé l\u2019homme mauvais; le mal moral est venu de l\u2019homme depuis les origines.Mais la violence est-elle toujours un mal?La violence a-t-elle dans l\u2019homme des racines plus profondes que le mal?Le professeur Arthur Mettayer (Théologie, UQTR) nous ramena au premier siècle de l\u2019Eglise.Et, à travers une approche psychanalytique, il examina le comportement de la première communauté chrétienne à l\u2019égard d\u2019Ananie et de Sa-phire.Ambiguité et terrorisme du sacré, tel est le titre de son analyse d\u2019un texte des Actes des Apôtres (IV, 31-V, II).Dans ce texte, \u201cle Saint-Esprit préside à l\u2019ambivalence des sentiments exprimés par deux événements dont les significations s\u2019opposent: d\u2019un côté celle du sacré qui conduit à la fonction de l\u2019amour; de l\u2019autre, celle du sacré qui a pour effet la violence exercée contre Ananie et Saphire.\u201d Pour aimer, il faut se référer à l\u2019Esprit Saint; les récalcitrants apparaissent en position de conflit avec le Saint Esprit: \u201cAlors le représentant le plus représentatif du Saint Esprit, le représentant qui a été rempli du pouvoir sacré, peut se livrer à une persécution légitime.Cette sacralisation du conflit permet ainsi de figurer le dessaisissement des croyans au bénéfice du Pouvoir intouchable auquel est offert le désir.Au terme de cette analyse, nous pouvons noter la survivance de l\u2019ambiguité et du terrorisme du sacré à travers les institutions qui ont succédé au fait pen-tecostal originel.\u201d Trois professeurs se demandèrent ensuite Quelle violence réprouvent les croyants aujourd\u2019hui.Et le concept de violence s\u2019élargit de nouveau, allant de la violence révolutionnaire jusqu\u2019à la violence qui est une composante inévitable de l\u2019amour humain.Guy Ménard (Théologie, U.de Montréal), dans sa communication Violence, révolution et discours chrétien \u201cofficiel\u201d, prit comme point de départ de sa réflexion, le combat contre des formes de violence socio-économiques telles qu\u2019illustrées par l\u2019exemple du dossier de l\u2019amiantose; et il parla alors du danger d\u2019une éthique évangélique de la non-violence absolue: \u201cOn voit mal, dit-il, comment l\u2019amour concret, humain, efficace de Jésus aurait pu faire l\u2019économie de toute violence.Si la violence est inévitable à un exercice historique de l\u2019amour, elle ne saurait évidemment plus être considérée comme la triste - et illégitime - prérogative de la révolution.Le problème réside bien plutôt, dès lors, dans le choix des objets de notre amour.\u201d Dans le prolongement de cet exposé, Guy Bourgeault (Théologie, U.de Montréal) fournit quelques jalons Pour une étique de la violence.Alors que tous les codes de morale, dans la mesure où ils défendent un ordre établi, font violence à la liberté créatrice et responsable, l\u2019éthique, par contre, \u201couvre des horizons sur lesquels la liberté créatrice et responsable - au plan des collectivités comme à celui des individus - fera se profiler ses desseins, ses projets.\u201d Historiquement la morale a légitimé certaines violences.Il faudrait une éthique \u201cqui fasse sa place à la violence dans une pratique de libération d\u2019inspiration ou avec confrontation évangélique.\u201d José Pradès (Sciences religieuses, UQAM) alla encore plus loin en parlant d'Une spiritualité de la violence, à propos de la vision du monde de Mao Tsétoung, une vision \u201cqui dans des circonstances et des conditions bien précises prend parti pour une action défensive qui n\u2019exclut pas la violence d\u2019une guerre prolongée.\u201d Il est clair que ces trois communications, qui se demandaient quelle violence réprouvent les croyants, cherchaient aussi bien à montrer quelle violence approuvent les croyants.D\u2019où la question venue rapidement de la part du professeur Roger Lapointe:\t\u201cSur quoi RELATIONS vous basez-vous pour dire que les croyants approuvent certaines formes de violence?\u201d Une question qui n\u2019a pas eu le temps d\u2019être vidée complètement.Finalement le Congrès se poursuivit par des illustrations culturelles du problème de la violence.Le professeur Denise Santerre-Veilette (Sociologie religieuse, U.Laval) a traité de La chanson: douce liturgie de la violence.Son analyse a porté sur 50 chansons où elle releva autant d\u2019aspects de la violence.Le mouvement va souvent d\u2019un désir déçu à une réaction agressive.D\u2019où la tentation de définir la chanson comme la recherche d\u2019un coupable et la violence comme une dialectique entre la culpabilité et l\u2019agressivité.Prise en ce sens, la violence est présente massivement dans les chansons.Le professeur Lapointe remarqua que le mot violence semble cacher ici tous les manques de l\u2019existence; mais est-ce que tout manque est une violence?Le professeur Jean-Thierry Maertens (Sciences humaines, U.Laval) devait clore le Congrès par une communication intitulée Le rite est de-corps.Il est déjà symptomatique que presque uniquement des hommes aient écrit sur les rites.Si l\u2019on s\u2019interroge sur la répartition différente des rites sur le corps de la femme et sur le corps de l\u2019homme, il faut reconnaître une prise de pouvoir mâle en ritualité.Si enfin, recourant à une grille d\u2019interprétation psychanalytique, on s\u2019interroge sur la phallicité des rites, il est permis de dire que la violence phallique est fondatrice du rite.Il faudrait aussi signaler les trois intéressantes communications libres présentées au cours du Congrès.Fernand Ouellet (Sciences humaines des religions, U.de Sherbrooke) a présenté un programme de recherche déjà commencé: L\u2019étude des religions et les étudiants du secondaire.Paul Reny (Sociologie religieuse, U.Laval) a donné un exposé sur Le divin, l\u2019humain et le chrétien dans certaines prédications dominicales.Cette analyse structurale s\u2019inscrit également à l\u2019intérieur d\u2019un vaste programme de JUIN 1977 recherche.Enfin, Réginald Richard (Psychologie religieuse, U.Laval) a étudié Le fonctionnement du religieux dans un \u201ccorpus\u201d de contes populaires québécois.Il s\u2019agit d\u2019une analyse de contes fantastiques des Iles-de-la-Madeleine.Tous ceux qui ont assisté à ce Congrès reconnaîtront la qualité des contributions; mais personne ne pensera avoir dit le dernier mot sur le problème de la violence et de la religion.En plus de la difficulté de l\u2019interdisciplinarité, la principale pierre d\u2019achoppement fut sans doute l\u2019impossibilité de s\u2019accorder sur une définition de la violence.Si l\u2019on ajoute à cela la profondeur et la complexité de l\u2019enracinement de la violence dans l\u2019homme, on saisira l\u2019ampleur de l\u2019espace qui reste encore à la recherche dans ce domaine.Si nous pouvions lire au fond du coeur de l\u2019homme, nous découvririons peut-être, à notre étonnement, que la violence et la religion s\u2019enracinent dans une même soif d\u2019absolu.Comment peuvent-elles être à la fois si opposées et si étroitement liées?Le dernier Congrès de VACFAS (Association canadienne-française pour l\u2019avancement des sciences) s\u2019est tenu à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, du 19 au 21 mai 1977.Il a rassemblé plus de 1600 personnes, pour la plupart professeurs d\u2019universités.Et on y a présenté plus de 600 communications dans les 39 sections identifiées.Environ 35 universitaires se sont regroupés dans la section des \u201cSciences de la religion\u2019\u2019 et 15 d\u2019entre eux ont présenté des communications.On y retrouvait des représentants de Laval, de Montréal, de Sherbrooke, de Concordia, de l\u2019Université de Québec (UQAM, UQTR, UQAC et UQAR), de Sudbury et de Moncton.La fête des Tentes (camp spirituel) Thèmes: Expérience et vie spirituelle (24-26 juin) Foi et religion (27 juin - 3 juillet) Politique et foi (4-10 juillet) Valeurs humaines et évangéliques (11-17 juillet) (18-21 juillet: fermeture du camp) Vie en communion (22-24 juillet) Le Christ (25-31 juillet) Prière et intériorité (1-7 août) Souffrance, joie, miséricorde, espérance (8-14 août) Renseignements: -\tLa fête des Tentes c.p.336 Lachute, P.Qué.-\tsortie 39, autoroute des Laurenti-des -Tél.: (1-514) 562-3481 (Voir l\u2019article de Paul Laporte, \u201cLa fête des Tentes: pour une spiritualité de l\u2019aventure\u201d, dans RELATIONS, mai 1977, 140-141.) 165 La religion: masque ou dévoilement de la violence Introduction Dans son livre La violence et le sacré (Paris, Grasset, 1972, 452 pp.) René Girard propose l\u2019hypothèse du bouc émissaire comme celle qui peut mieux expliquer la nature et la fonction de la religion.D\u2019après lui, il faut partir de l\u2019affirmation que l\u2019homme est fondamentalement incapable d\u2019accepter la différence de l\u2019autre.D\u2019où la tendance à le supprimer comme autre.Ce qui engendre la violence.Car l\u2019autre vit également le même désir.Afin de survivre, on finit par rejeter la violence réciproque sur un troisième.C\u2019est lui qui sera l\u2019émissaire de la violence et qui permettra aux deux de vivre ensemble pour un temps.Le rituel de la religion aura alors pour fonction de commémorer et de réactualiser cette mort de la victime émissaire, justifiant ainsi la société dans son effort pour s\u2019organiser et se perpétuer comme société.Dans une telle perspective, la religion devient l\u2019institution qui fait le jeu de la violence et cela en un double sens.D\u2019une part, grâce à son rituel, elle joue le drame de la violence fondamentale et son dépassement grâce à la mort de la victime émissaire.D\u2019autre part, elle fait le jeu de la violence institutionnalisée en masquant, par le rite, la violence toujours présente dans les marges de la société et en empêchant cette société de regarder sa violence en face.* Professeur à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Sherbrooke.Cet article reprend la communication présentée au dernier congrès de l\u2019ACFAS, à Trois-Rivières, aux membres de la section des sciences de la religion.166 Au lieu de discuter la longue démonstration que l\u2019auteur fait de sa thèse, j\u2019aimerais proposer un lieu concret de vérification, à savoir la mort de Jésus de Nazareth.Il sera alors possible de suggérer que la position de Girard se vérifie assez bien dans le cadre de la religion des pharaisiens, mais qu\u2019elle n\u2019explique pas la pratique originale de Jésus.On pourra ensuite dégager certaines réflexions pour le rapport du christianisme et de la violence.La violence installée Au temps de Jésus, la pratique religieuse la plus répandue et la plus respectée des gens, est la pratique pharisienne.C\u2019est le code social et religieux de ce groupe influent qui reflète et conserve l\u2019organisation de la vie des gens.C\u2019est lui qui sert de critère quotidien pour les rapports humains, pour la vie pratique et pour les devoirs religieux.Toute la société est ainsi organisée d\u2019après ses intuitions et les lois qui les traduisent.Si l\u2019on voulait le décrire, on dirait qu\u2019il se comprend par une division de ce qui est pur et de ce qui est impur, de ce qui est permis et de ce qui est défendu.Des personnes, des gestes, des projets, des lieux sont purs, d\u2019autres sont impurs.Des façons de faire et de penser sont permises et correctes, d\u2019autres ne le sont pas.La majorité des gens acceptent alors cette morale et s\u2019y réfèrent dans la vie quotidienne.On recourt sans cesse aux scribes des pharisiens pour trancher les doutes, régler une affaire entre voisins, pratiquer sa religion.Bref, le code des pharisiens détermine toute la cultu- par Guy Paiement* re dominante de la société.L\u2019intuition fondamentale qui me semble donner toute sa force à cette organisation de la vie et de la société, est estimable: la vie semble un bien fragile, sans cesse menacée par les forces de mort.On a peur de la perdre.D\u2019où tout un ensemble de mesures d\u2019hygiène sociale et religieuse, afin de protéger la vie.Les lois et les multiples règlements deviennent ainsi comme autant de clôtures pour défendre la vie en société contre toutes les formes de menaces.Tout se passe comme si la violence était partout présente et qu\u2019il fallait la contenir pour préserver la vie.La société se sent constamment menacée et supprime à l\u2019avance toutes les menaces possibles.On retranche donc de cette société les malades, les lépreux, les étrangers et ceux qui travaillent pour eux (les publi-cains).On réglemente soigneusement la vie quotidienne de façon à obéir à Dieu par toute sa vie et l\u2019on comprendra toute désobéissance comme une faute à la fois contre Dieu et contre la société.Inutile de dire que cette organisation de la vie sociale et religieuse engendre une violence permanente.Violence contre tous ceux qui refusent le code de la société, puisqu\u2019ils mettent en cause la permanence de la société.Mais violence aussi contre tous ceux qui acceptent le code tout en l\u2019enfreignant sur un point ou l\u2019autre.Aussi, la vigilance doit-elle être permanente.La \u201cpurge\u201d sociale et religieuse permettant de retrouver la pureté et de la perpétuer comme elle était aux origines.On devine la culpabilité qui va résulter d\u2019un tel état d\u2019esprit.Personne, en effet, ne peut constamment observer les innombrables lois accumulées au RELATIONS cours des âges et des discussions des scribes.D\u2019où un sentiment de culpabilité personnelle et une agressivité contre ses voisins qui sont dans le même cas.Malgré toutes les précautions, la sécurité n\u2019est jamais assurée, la société est toujours remise en cause, la vie sans cesse menacée par le chaos.Comment exorciser cette violence permanente et la culpabilité qui en découle?Comment retrouver la pureté du coeur et de l\u2019esprit?Le bouc émissaire ou l\u2019agneau pascal C\u2019est ici que le sacrifice rituel joue son rôle.Afin de se débarrasser de cette violence intérieure et sociale, on s\u2019entend pour charger une victime de tous les péchés du peuple et pour la tuer.Cette mort permet alors aux gens de continuer à vivre, de se sentir déchargés de leur faute, rendus à la pureté première, capables de continuer à vivre.Certes, on masque ainsi la violence, car elle continue toujours d\u2019être là, prête à frapper.Les exclus continueront d\u2019être exclus, les manquements continueront de développer la crainte et l\u2019agressivité.Mais, pour un temps, la paix sera revenue.La société pourra continuer.La religion l\u2019aura sauvée.La thèse de Girard, on l\u2019a reconnue, se vérifie admirablement bien ici, dans cette religion d\u2019inspirations pharisienne.Jésus de Nazareth, par sa pratique, révèle cependant assez tôt cette situation au grand jour.En prenant parti pour le malade, le lépreux, le publicain, en un mot, pour l\u2019homme plutôt que pour le sabbat, il devient une menace sociale.Un réprouvé sur le plan religieux.On comprend que la société et les Pharisiens qui la dominent de leur autorité morale se défendent, (sans compter que la façon de faire de Jésus peut toujours amener des troubles de la part des Romains, on ne sait jamais!).Bref, assez tôt, on se réunit pour le faire disparaître.Et le grand prêtre, deux ans et demi plus tard, pourra dire \u201cqu\u2019il vaut mieux qu\u2019un seul homme meure pour le peuple\u201d.Par sa pratique quotidienne, Jésus met ainsi en lumière toute la violence de la socié- té qui est incapable d\u2019accepter la nouveauté, l\u2019étranger, le don gratuit et imprévu.Mais il paiera de sa vie cette révélation de la violence camouflée.C\u2019est lui qui sera la victime de cette violence dénoncée.C\u2019est sur lui qu\u2019on se déchargera de toutes les violences accumulées, de toutes les peurs du chaos social.Habilement, on saura même exploiter les craintes de l\u2019administrateur romain de perdre son poste pour le convaincre de condamner Jésus.Jésus sera donc le bouc émissaire, l\u2019agneau que l\u2019on va immoler pour sauver la société et la religion.Après, espère-t-on, on reviendra à la pureté ancienne, c\u2019est-à-dire au statu quo, à la violence institutionnalisée.A la loi.Le code du don Mais cette mort n\u2019aura pas le seul sens prévu par les chefs et les grands prêtres.Jésus, qui avait été subversif toute sa vie, le sera aussi dans sa mort.La veille de sa passion, en effet, il célèbre la pâque avec ses amis.Non pas la Pâque qui justifie la violence de la société mais la Pâque héritée des prophètes, celle qui rappelle le don de Dieu, le nouveau chemin ouvert, hors de la terre d\u2019esclavage.En partageant le pain et le vin avec ses amis, Jésus résume toute sa vie, rappelle son projet et celui du \u201cPère\u201d.La vie n\u2019est pas d\u2019abord ce qui doit être conservé et gardé, de peur que quelqu\u2019un d\u2019autre ne la prenne.Elle est faite pour se donner, pour être donnée, redonnée et par-donnée sans cesse, bref, partagée entre frères comme on partage le pain et le vin.En d\u2019autres termes, Jésus refuse d\u2019entrer dans le jeu de la victime émissaire.Il se fait plutôt lui-même victime et bouleverse ainsi toute la structure et la fonction de la religion.Au lieu de souscrire au code du pur et de l\u2019impur, qui engendre sans cesse des victimes et qui en a besoin pour vivre, Jésus pose la nouveauté du code du don, hérité des prophètes, et ouvre ainsi une brèche permanente dans l\u2019organisation et la pratique de la religion.C\u2019est, en effet, une même chose que de se faire victime (au lieu d\u2019en chercher une) et de promouvoir ce code du don et de la dette.Car, ce faisant, on par- donne l\u2019offense, on remet les dettes, on libère les prisonniers, on se fait le proche de l\u2019étranger, du malade, du marginalisé, on fait avec eux du neuf, du nouveau.En un mot, on bouleverse l\u2019organisation de la société et de la religion et on la force à se chercher d\u2019autres chemins.En guise de conclusion Si l\u2019on revient, un moment, à la thèse de Girard, je dirai que celle-ci se vérifie assez bien dans la pratique religieuse des Pharisiens mais qu\u2019on ne saurait l\u2019identifier à celle de Jésus.Certes, les retours de la pratique pharisienne ont été suffisamment nombreux dans le christianisme pour que l\u2019on soit tenté de voir, dans celui-ci, un exemple, parmi d\u2019autres, de la tendance de la religion à masquer la violence de la société.Mais il s\u2019agit alors d\u2019une reprise pharisienne du christianisme ou, si l\u2019on préfère, du retour au code lévitique du pur et de l\u2019impur.L\u2019acceptation, par le christiannisme, du code du don aboutit, au contraire, à se faire victime, à se faire solidaire de ceux qui sont victimes de la société.Elle aboutit, tôt ou tard, à provoquer de la part de la société la répression.Tout se passe, en effet, comme si la société ne pouvait alors faire autrement que de prendre les gens qui se font victimes pour en faire sa victime émissaire, celle qui redonnera la paix menacée par ceux qui, précisément, la dénoncent comme illusoire.Mais, dans l\u2019opération, une brèche se pratique, qui permettra, parfois, à la société, d\u2019accepter une nouveauté et de lui fournir une place.Ce sera, par exemple une nouvelle conception du prisonnier, une intégration du malade, une redistribution des richesses, une participation aux décisions politiques, une réorganisation socio-politique, etc.Et comme la brèche sera vite colmatée, il faudra, de nouveau, recommencer la même pratique.La thèse de Girard aurait ainsi l\u2019avantage de souligner le dilemme permanent du christianisme: Accepter de faire des victimes en ne voulant pas en faire ou accepter de se faire victime avec les victimes pour qu\u2019il n\u2019y en ait plus.\t____________ JUIjM 1977 167 La question des droits de l homme et le rendez-vous de Belgrade de juin 77 La conférence de Belgrade (15 juin \u201877) réunissait les pays signataires de l\u2019Acte final de la Conférence d\u2019Helsinki (1er août \u201875) sur la Sécurité et la Coopération en Europe.Voici, en bref, les antécédents de la question qui a retenu l\u2019attention de nombreux pays, celle de l\u2019application des accords d\u2019Helsinki sur le 7e principe fondamental, qui concerne les libertés et les droits de l\u2019homme.par Robert Toupin* * Directeur de la revue Relations, l\u2019auteur, jésuite, est professeur d\u2019histoire à l\u2019Université Laurentienne de Sudbury.Il a publié deux ouvrages sur les relations entre l\u2019Eglise et l\u2019Etat en France au 16e siècle.L\u2019analyse de la question qu\u2019il aborde ici a fait l\u2019objet d\u2019un dossier spécial dans la revue Projet de juin \u201877 (no.116, p.647-702), sous la signature de: A.Jeannière, M.Jobert, F.Fejtô, G.Arroyo, C.Kamitatu Massamba.Mirage! Contradiction! Hypocrisie! Tyrannie de l\u2019illusion! Stabilité de l\u2019arbitraire! Constat d\u2019impuissance de l\u2019homme, non pas pour proclamer, mais pour défendre les droits de la personne.Que dire alors de la complicité de l\u2019Etat et de son rôle prépondérant! L\u2019Etat! Guide par vocation du citoyen et de la classe ouvrière! Gardien en principe et défenseur des droits de la collectivité et de l\u2019individu! C\u2019est aussi l\u2019Etat totalitaire qui devient l\u2019agent de la répression et l\u2019organisateur de l\u2019esclavage.Quel paradoxe! Seul l\u2019Etat - qui emprisonne dans le silence les opposants au régime - peut intervenir dans le cas de violation des droits de l\u2019homme.Or, dans une très large mesure, l\u2019Etat contrôle l\u2019une des seules forces de pression capables d\u2019intervenir en faveur des opprimés: l\u2019opinion publique.A notre époque, c\u2019est la voix de l\u2019opinion dans les mass media qui proclame, en défense d\u2019une morale plus haute, la valeur fondamentale de la personne.Cette voix réussira-t-elle à frapper la conscience des meneurs du jeu politique?Arrêtons-nous ici quelques instants pour nous situer dans ce débat! En juillet 1973 se tenait à Helsinki une conférence internationale sur les droits de l\u2019homme, à laquelle participaient 35 Etats (y compris E.U.et Canada), signataires des accords dont nous parlerons ci-après.Ces Etats s\u2019engageaient à respecter un certain nombre de principes dont le 7e, en particulier, concernant \u201cle respect des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales\u201d - y compris \u201cla liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction.\u201d A partir de cette position de principe, sanctionnée par les signataires des accords d\u2019Helsinki, voyons comment s\u2019est déroulé le combat pour la liberté en Tchécoslovaquie et dans les démocraties populaires de l\u2019Europe de l\u2019Est, en Amérique du Sud et en Afrique.1 ) Tchécoslovaquie En Tchécoslovaquie, suite à une évolution discrète depuis les événements de 1968, le combat pour la liberté a rebondi d\u2019une façon retentissante au moment de la signature de la Charte 77, dans laquelle environ 600 signataires affirmaient publiquement et revendiquaient les libertés fondamentales proclamées à Helsinki.Cette revendication provoqua aussitôt des réactions tant à 168 RELATIONS l\u2019Est qu\u2019à l\u2019Ouest.Réactions suivies de mesures de répression contre les signataires d\u2019abord: perte d\u2019emploi, interrogatoires, harcèlement, dénonciations.Plusieurs intellectuels des pays de l\u2019Est se déclarèrent solidaires des signataires de la Charte 77.Les partis communistes d\u2019Angleterre, d\u2019Italie et de France ainsi que plusieurs gouvernements (U.S., Angleterre, Pays-Bas) protestèrent contre ces mesures de répression.Que dit la Charte 77?Elle constate que les libertés fondamentales sont systématiquement violées.Elle s\u2019appuie sur des antécédents.En effet, en 1968, la Tchécoslovaquie a signé deux pactes de l\u2019O.N.U.sur les libertés: l\u2019un concernant les droits civils et politiques, l\u2019autre concernant les droits économiques, sociaux et culturels.Or, le gouvernement civil tchèque viole ces pactes constamment, refuse le droit à la liberté d\u2019expression et empêche des milliers de citoyens de travailler dans leur profession s\u2019ils expriment des opinions différentes de l\u2019opinion officielle.Il en est de même des autres droits: droit à l\u2019éducation, droit à la liberté religieuse, droit à la protection de la vie privée.En somme, rien ne peut ou ne doit échapper à l\u2019institution qui contrôle l\u2019activité de l\u2019Etat, i.e.le parti communiste, qui monopolise le pouvoir et dicte l\u2019idéologie.Que reste-t-il à l\u2019homme qui se réclame d\u2019un droit à la liberté, seul face à l\u2019appareil de la dictature du parti, face à la police politique, à l\u2019armée rouge d\u2019occupation?Il reste l\u2019affirmation de ce droit fondamental, établi sur la primauté de la conscience morale.A ce propos, le philosophe tchèque Jan Pa-tocka lançait cette affirmation: \u201cles Etats doivent se placer sous la souveraineté du sentiment moral.\u201d En Tchécoslovaquie la répression violente des dissidents répondait à une politique d\u2019avilissement de la personne.La corruption politique s\u2019accroît au niveau de la classe dominante car elle favorise l\u2019accès aux arrivistes médiocres et force ceux qui veulent échapper au désespoir à s\u2019accommoder du silence et de l\u2019apathie.On peut continuer l\u2019existence en canalisant l\u2019énergie du côté de la vie privée.L\u2019individu n\u2019étant JUIN 1977 plus rien, son identité se décompose, la démoralisation infecte la société, étouffe la culture, comme le souligne le célèbre dramaturge tchèque Vaclav Havel, cité dans Projet (no.116, p.664): .une telle situation ne peut mener à rien d\u2019autre qu\u2019à l\u2019érosion progressive de toutes les valeurs, de toutes les normes morales, à la disparition de tous les critères du convenable et à la diminution de la confiance en des valeurs comme la vérité, les principes, la sincérité, le désintéressement, la dignité et l\u2019honneur.2) La contestation dans les démocraties populaires Les experts de l\u2019histoire des démocraties populaires ont pu observer une certaine loi où alternent les phases de \u201cdurcissement\u201d et de \u201cdégel\u201d dans les rapports qui existent entre les détenteurs du pouvoir politique d\u2019une part et la société civile de l\u2019autre.Dans les moments de crise, que se passe-t-il?Le Parti communiste, confronté au \u201cpays réel\u201d, i.e.aux résistances des classes sociales, voit surgir la force croissante de la contestation au sein même du parti, contestation alimentée en particulier par les intellectuels.Leur critique résulte d\u2019une prise de conscience des droits civiques, dont l\u2019ampleur - notoire en Tchécoslovaquie, mais grandissante en Pologne, en Allemagne de l\u2019Est et en U.R.S.S.- atteint des couches sociales massives: la jeunesse, la classe ouvrière, les croyants.Divers facteurs expliquent ce mouvement de revendication, que nous ne faisons qu\u2019esquisser: 1.1a rigidité du système politique a ralenti sérieusement le progrès économique et entamé la confiance dans l\u2019Etat, en particulier dans la République Démocratique allemande.2.\tl\u2019opinion a subi l\u2019impact des grands de la contestation soviétique: Soljenitzyne et Sakharov, dont le courage, la force morale face à l\u2019appareil redoutable du régime, ont réussi à prouver qu\u2019il était possible de vaincre la peur.3.\tles accords d\u2019Helsinki (juin 1975), en particulier les dispositions concernant le respect des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales, allaient donner aux dissidents traqués par le pouvoir une base d\u2019assertion ancrée sur le droit international.C\u2019est dans ce contexte que se sont exprimés les signataires tchécoslovaques de la Charte 77, évoquée précédemment, de même que les Polonais, les Allemands de l\u2019Est, les Roumains, les Hongrois.4.\tQuant aux partis communistes des pays de l\u2019Ouest, tels que les P.C.italien, français, britannique, ils ont pris dans le débat la défense des dissidents, favorisé publiquement les libertés politiques et sociales et sont mêmes intervenus en faveur de certains dissidents persécutés.Ainsi, le mouvement communiste européen, aux prises avec le pluralisme idéologique, cherche-t-il à échapper au piège des \u201cstratégies\u201d démocratiques de ses propres membres! Dans cette évolution de la situation se pose le problème des points de vue \u201cirréconciliables\u201d entre les conceptions idéologiques des différents types de socialisme! 5.\tles Eglises ont, plus récemment, pris le risque de se porter à la défense des contestataires (en Tchécoslovaquie, en Pologne), mais restent sur la réserve.6.\tLes pressions récentes de certains gouvernements occidentaux, en particulier les déclarations du Président Carter à l\u2019appui des accords d\u2019Helsinki, ont provoqué la réaction du Kremlin, qui condamne ces interventions dans \u201cles affaires intérieures\u201d.Comme on le voit, la propagande officielle se voit \u201cforcée\u201d de \u201csacrifier\u201d les nouveaux \u201csaboteurs\u201d de la \u201cdétente\u201d.Quand on ne prend plus le marteau, on recourt à la faucille! Dans ce contexte toutefois, la conférence de Belgrade de juin 169 \u201877 apparaît comme une épine dans le flanc du matador! 3)En Amérique Latine: prison et torture Dans cette partie du monde, c\u2019est principalement sur le plan de la violation des droits politiques et syndicaux que se recrutent les contingents de victimes de la répression policière.Surtout là où des gouvernements militaires détiennent le pouvoir.Plus qu\u2019ailleurs en sont victimes les ouvriers et les paysans, privés de leurs droits économiques et sociaux, au mépris de l\u2019article 25 de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme, article portant sur de nombreux droits sociaux.Voyons quelles formes prend la répression dans quatre pays: l\u2019Argentine, l\u2019Uruguay, le Chili, le Brésil.a.\ten Argentine: régime d\u2019assassinats politiques, enlèvements, disparition des prisonniers.Une législation y a instauré un régime de quasi loi martiale frappant les provocateurs extrémistes tout autant que les citoyens innocents.Prison, tortures, meurtres frappent n\u2019importe qui, mais on vise plus délibérément les milliers de réfugiés fuyant les pays limitrophes tels que le Chili et le Paraguay.b.\ten Uruguay: une personne sur cinq est un prisonnier politique.c.\tau Chili: un climat de terreur a suivi et accompagné la répression brutale et massive instaurée depuis l\u2019assassinat d\u2019Allende.La dictature de la junte militaire et la police secrète ont supprimé les partis politiques du centre et de droite (démocratie chrétienne).d.\tau Brésil: raffinement de la torture des prisonniers politiques tels que les syndicalistes et les avocats, censure des mass media et des universités.A considérer le bilan horrible de la répression dans ces régimes de dictature militaire, on voit que le totalitarisme réussit mieux que jamais à perpétuer le meurtre des classes qui n\u2019ont pas passé l\u2019examen de complicité avec le pouvoir.Où donc s\u2019arrêtera la répression?Sur quels rivages iront échouer les flots de la révolte?4)\tEn Afrique: massacres et génocide Ici le contexte est particulier.Un très grand nombre de pays d\u2019Afrique ont accédé à l\u2019indépendance et à l\u2019unité nationale depuis la Seconde Guerre Mondiale.Mais dans ce processus de décolonisation, le crime et la violence, le mépris et la répression des libertés ont servi de condiments à la \u201clibération\u201d.Bien que les droits fondamentaux soient inscrits dans leurs constitutions respectives - v.g.celle du Burundi (1962), du Zaïre (1967), du Cameroun \u2014 plusieurs états africains se moquent en fait du suffrage universel et imposent la liste officielle (et unique) des candidats.Le droit souverain du peuple, reconnu par la constitution, n\u2019existe donc pas.Dans plusieurs états africains, aucune institution n\u2019a été créée pour la sauvegarde des droits de l\u2019homme.Pour justifier la violation des libertés, on invoquera l\u2019impératif de la construction nationale.Le même principe explique le mode de prise de pouvoir des généraux tels que Mobutu, Micombero, Boka-sa, ldi Amin Dada.Le tableau de la répression sanglante, dans plusieurs pays africains, se ressemble:\tassassinats, tortures, génocides, jugements sommaires, massacres de populations entières, exécutions de responsables politiques et militaires.Le tableau de ces répressions a rempli les media depuis nombre d\u2019années, qu\u2019il s\u2019agisse du Burundi (massacres estimés à plus de 150,000 habitants), du Cameroun, de l\u2019Ouganda (génocide de populations Masai).5)\tLe réveil politique du \u201cdeuxième pouvoir\u201d en Pologne C\u2019est le meurtre d\u2019un étudiant contestataire qui a provoqué le réveil politique du \u201cdeuxième pouvoir\u201d en Pologne: l\u2019Eglise catholique.(cf.Le Nouvel Observateur, no.656, 8-12 juin \u201877, sous le titre: \u201cLe Tocsin de Cracovie\u201d).Nous pouvons parler maintenant d\u2019une nouvelle crise: où la contestation a franchi le mur des univer- sités et du monde intellectuel, pour appuyer les émeutes ouvrières provoquées par la menace soudaine, il y a un an, de la hausse des prix.Ces émeutes avaient entraîné une répression féroce dans le monde ouvrier, en particulier dans la ville de Radom, où un régime de terreur policière s\u2019abattit.Des ouvriers en grand nombre furent brutalisés et condamnés.C\u2019est alors qu\u2019un groupe d\u2019intellectuels résolut de créer le Comité de Défense des Ouvriers (K.O.R.).Un incident grave allait donner à l\u2019Eglise catholique l\u2019occasion de franchir l\u2019étape décisive en faveur de la force ouvrière opprimée.Le 7 mai dernier, on découvrit à Cracovie le corps ensanglanté d\u2019un étudiant, Stanislas Pyjas, membre du K.O.R.Cette nouvelle bouleversa l\u2019opinion et des milliers de personnes participèrent aux cérémonies célébrées à sa mémoire.Le 19 mai, le cardinal Wizinski prononça la condamnation de la répression politique:\t\u201cIl faut, disait-il, revoir tout le système du gouvernement de l\u2019homme.\u201d Durant une cérémonie de la messe en l\u2019église Saint-Martin de Varsovie, une foule immense entendit le prêtre proclamer: \u201cPyjas est mort de la mort d\u2019un martyr, mais dans la mort, il y a l\u2019espoir de la résurrection.\u201d Le 25 mai, l\u2019église ouvre ses portes à 14 grévistes de la faim.C\u2019est un affront au pouvoir! Enfin, la presse et le peuple polonais, les catholiques des villes et des campagnes, savent que l\u2019Eglise \u201cest entrée dans la bataille\u201d.Une autre voix, celle de l\u2019historien polonais Adam Michnik, s\u2019est élevée dans une \u201cLettre de prison adressée aux hommes de gauche occidentaux\u201d, condamnant par les mots \u201cJe crierai\u201d l\u2019esclavage dans son pays: .\u201cje ne suis pas d\u2019accord pour reconnaître un principe selon lequel l\u2019homme serait la propriété de l\u2019Etat et l\u2019Etat la propriété d\u2019une élite au pouvoir.\u201d Les fondateurs de religions et les philosophes ont proposé une \u201csagesse\u201d à laquelle les passions résistent.instinctivement! 170 RELATIONS De Vatican II au renouveau charismatique III: les chances d\u2019un avenir * Les données principales de cet article proviennent d\u2019une étude plus vaste, en préparation, sur l\u2019ensemble du renouveau et ses approches.L\u2019auteur, jésuite, est professeur de théologie à l\u2019Université du Québec (Trois-Rivières).JUIN 1977 Les approches précédentes ont voulu remonter au point de départ et mettre au jour l\u2019expérience du renouveau charismatique.Le point de départ se trouve tout entier, nous l\u2019avons vu, dans la nouvelle image de l\u2019Eglise tracée par Vatican IL Unique Peuple de Dieu, prémices de la nouvelle création, l\u2019Eglise est mystiquement le Corps du Christ grâce à l\u2019Esprit qui lui est communiqué.Les chrétiens sont les membres actifs de ce corps qui se construit dans la variété de ses fonctions.A cette fin, le même Esprit pourvoit son Eglise de dons et de charismes divers, dont le centre de gravité reste toujours l\u2019amour rédempteur du Christ, à la fois source et principe de hiérarchisation de ces charismes.Nous avons tenté ensuite de rendre compte de l\u2019expérience actuelle du renouveau.Elle s\u2019enracine dans l\u2019expérience même de l\u2019Eglise qu\u2019a vécue le Concile \u201créuni dans l\u2019Esprit Saint\u201d.Axée sur la rénovation intérieure par la conversion, la célébration de la Parole, l\u2019eucharistie et la prière de louange qui joue le rôle \u201cd\u2019englobant\u201d, l\u2019expérience spirituelle des groupes se veut rencontre avec l\u2019Esprit du Christ ressuscité, \u201cétabli Fils de Dieu\u201d (Rom.lv4).L\u2019Esprit donné à la Pentecôte apparaît alors comme l\u2019Ouvrier de la communion, le Formateur de personnalités chrétiennes capables d\u2019engagements nouveaux dans tous les secteurs où la promotion humaine devient requête de notre temps.par Jean-Marc Dufort* La nature même de cette expérience invite à regarder au-delà de ses données immédiates; à relever, d\u2019entrée de jeu, ces nouveaux défis que constitue pour le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019évangélisation à accomplir non pas dans l\u2019abstrait, mais à l\u2019intérieur même des enjeux dont dépend la promotion humaine.Au-delà encore et à la source, il y a le mystère même des voies de l\u2019Esprit, imprévisibles et même déroutantes.C\u2019est ici qu\u2019il convient d\u2019amorcer nos réflexions sur les chances de l\u2019avenir pour le reou-veau.La manière dont l\u2019Esprit de Dieu conduit son Eglise ne peut être programmée.Elle ne fait pas non plus l\u2019objet de projections et se rit des scénarios prospectivis-tes.Aussi est-ce bien à travers le présent, à travers ce qu\u2019il fait, d\u2019abord dans l\u2019Eglise, puis de façon plus particulière dans le renouveau, qu\u2019il faut saisir les invitations, discerner les lignes de force, les \u201clieux\u201d du passage de l\u2019Esprit indiquant des directions, jalonnant la route à suivre et l\u2019éclairant, en même temps que par la Parole \u201cil ouvre les yeux de l\u2019esprit et donne à tous la douceur de consentir et de croire en la vérité\u201d(l).Pour nous projeter correctement dans ce futur, commençons donc par nous donner une base de départ comportant deux \u201cétages\u201d d\u2019actualité et ayant valeur théologique: l\u2019Esprit Saint dans l\u2019Eglise; l\u2019Esprit Saint dans la Trinité.On ne peut mieux définir le premier qu\u2019en ces termes venus d\u2019un charismatique reconnu: \u201cDans le 171 renouveau, l\u2019Esprit de sainteté réalise chez des milliers de gens, dans les communautés de vie, ce qui fait la nature même de l\u2019Eglise\u201d (2).Or Vatican II nous dit que cette Eglise, \u201cclarté du Christ\u201d par l\u2019Evangile qu\u2019elle annonce, est \u201cA la fois le signe et le moyen de l\u2019union intime avec Dieu et de l\u2019unité de tout le genre humain\u201d(3).Abordant la question des charismes dans son Eglise, Paul fournit déjà le modèle de cette unité (1 Cor.12): il s\u2019agit d\u2019une unité dans la différence.L\u2019Eglise de Corinthe fait montre, en effet, d\u2019une pluralité de charismes.Sans les opposer les uns aux autres, comme sont portés à le faire trop de Corinthiens avides de prestige, Paul reconnaît l\u2019existence de ces charismes, mais toujours dans la relativité: \u201cEn effet, le corps est un et pourtant il a plusieurs membres; mais tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu\u2019un seul corps; il en est de même du Christ\u201d (4)\t.L\u2019unité du corps se voit ainsi définie comme la valeur suprême dont l\u2019incarnation est l\u2019agapè, l\u2019amour fraternel (1 Cor.13).Tel est le rôle de l\u2019Esprit dans l\u2019Eglise: intérioriser les différences sans les abolir, dans l\u2019unité du Corps.Au vrai - et c\u2019est notre \u201csecond étage\u201d - le rôle propre de l\u2019Esprit, tel que nous le présentent l\u2019Ecriture et la pensée chrétienne, consiste essentiellement à être pour nous ce qu\u2019il est à l\u2019intérieur de la Trinité: nous introduire, nous qui différons totalement de Dieu, \u201cdans la différence d\u2019amour intra-divine\u201d (5)\t, nous faire entrer tout entiers en elle.UN RENOUVEAU QUI SOIT POUR L\u2019EGLISE ET LE MONDE.Les richesses de tous genres qu\u2019apporte la pluralité des mouvements actuels de renouveau dans l\u2019Eglise (car il y en a beaucoup, et souvent bien peu connus), loin de faire obstacle à son unité ou de compromettre l\u2019unité à promouvoir parmi les hommes, en sont plutôt la chance d\u2019une plus proche réalisation.Faut-il parler avec certains d\u2019un \u201cnouveau printemps\u201d de l\u2019E- glise?Le sentiment d\u2019une bonne partie des chrétiens à cet égard se retrouve assez bien dans ce mot qu\u2019adressait au général des Jésuites, à l\u2019occasion de son jubilé, l\u2019un de ses religieux curé de paroisse: \u201cPour moi, travailler en faveur des pauvres et des malades n\u2019est pas un sacrifice.Que puis-je vous offrir alors pour votre jubilé?Jusqu\u2019à maintenant, j\u2019ai été méfiant à l\u2019égard du mouvement charismatique.Mais, par amour pour vous, je veux bien vous donner une chance.\u201d Ce que ce religieux appelle \u201cdonner une chance\u201d pourrait fort bien, dans une plus large perspective, se traduire en nouveaux engagements apostoliques répondant à des besoins très actuels.C\u2019est ainsi que des groupes du renouveau ont entrepris, en Equateur, de visiter les prisonniers et les malades, d\u2019animer la liturgie dominicale dans plusieurs paroisses, de participer avec d\u2019autres organismes à des missions d\u2019assistance dans des régions défavorisées et d\u2019organiser avec le concours d\u2019universitaires des jours de recueillement pour la jeunesse.Je connais pour ma part une religieuse enseignante québécoise qui a réussi à organiser dans une école secondaire du secteur public des \u201cmidis de prière\u201d.Dès le début les jeunes ont afflué; plusieurs ont eu ainsi leur premier contact personnel avec la vie de prière, voire avec la religion tout court.Récemment, un jésuite anglais faisait également valoir le besoin de promouvoir davantage la croissance de groupes de prière dans la communauté étudiante.Si nous dressions un bilan complet de ces diverses activités portées à notre connaissance(6), nous verrions s\u2019esquisser devant nous et se préciser les lignes de force d\u2019un triple témoignage à donner simultanément par le Corps entier de l\u2019Eglise: le témoignage de la communion, le témoignage de la parole et celui du service.Ce qui fait du témoignage en faveur de l\u2019Evangile \u201cune démonstration de la puissance de l\u2019Esprit\u201d(l Cor.2,4), c\u2019est avant tout sa totalité, son caractère englobant par rapport à la totalité de la vie humaine elle-même qui reçoit de lui consistance et prend de lui son sens.COMMUNION.Dans le renouveau, le témoignage de la communion vient au premier rang.Dans l\u2019ordre des valeurs é-vangéliques à porter au monde, il est également le premier.Mais il est aussi le plus difficile, le plus sujet aux variations ou à l\u2019ambiguité, le plus vulnérable aux idéologies latentes.Le terme lui-même est aujourd\u2019hui un sésame: il ouvre les coeurs.Il jouit d\u2019une très forte valence psychologique qui le survalorise et l\u2019expose à toutes sortes d\u2019utilisations plus ou moins concordantes avec la réalité qu\u2019il évoque ou du modèle qu\u2019il propose.Il contribue enfin à la définition d\u2019un certain nombre de valeurs inhérentes aux rapports humains: réciprocité, profondeur, autonomie, authenticité.Ce qu\u2019on n\u2019a peut-être pas assez souligné et qu\u2019il importe de dégager ici, pour en saisir la valeur théologique et l\u2019importance dans le renouveau dont on parle, c\u2019est l\u2019existence d\u2019un discernement caché au coeur de l\u2019expérience chrétienne de communion.Depuis la mort du Christ et le dondel\u2019Esprit(7),avant même que la communauté chrétienne ne s\u2019exerce aux discernements qui orienteront ses choix et ses décisions, il existe en chacun des baptisés une connaturalité véritable qui lui fait reconnaître au principe, à la racine même de son être déjà transfiguré par la grâce, Celui qui lui donne d\u2019être fils dans le Fils, d\u2019avoir part à l\u2019héritage.C\u2019est le discernement fondamental évoqué par Paul et aussi par Jean, qui n\u2019est autre que l\u2019Esprit lui-même intervenant dans l\u2019acte de connaissance pour y faire émerger la clairvoyance et la vraie sensibilité (cf.Phil.1,9), \u201cobjet de désir et de demande., qui comporte des conséquences d\u2019ordre pratique\u201d et vise \u201cl\u2019édification de la communauté\u201d (R.Bultmann).Lorsqu\u2019une telle expérience se fait non pas individuellement mais en Eglise, on se retrouve en face d\u2019un phénomène analogue à celui que Paul a rencontré à Corinthe et qui fait pour une part l\u2019objet de son message aux charismatiques de cette Eglise.Une telle expérience (nous l\u2019avons vu dans notre précédent article) - a 172 RELATIONS valeur de renouveau.Entièrement située à l\u2019intérieur de la foi, elle est, comme le note bien Jacques Guillet, un discernement, l\u2019interprétation d\u2019un donné, la reconnaissance d\u2019une présence derrière les grâces reçues\u201d(8).Adhésion profonde à l\u2019Esprit, qui lui donne à profusion la lumière de foi et la fidélité à l\u2019Eglise, l\u2019acte de discernement est plus qu\u2019une forme d\u2019ascèse; il relève d\u2019une sagesse où l\u2019on reconnaît ceux qui sont nés de Dieu au sens johannique du terme, il aide à faire du \u201cconnaître\u201d un élément constitutif du \u201ccroire\u201d.Cette intelligence propre à la foi, remarque R.Bult-mann, est identique à la joie qui n\u2019a plus besoin de demander (cf.Jn 15, 11; 16, 22-24).En même temps elle fonde une théologie de l\u2019action de grâces et prépare ce mystère de la communion qui deviendra, dans l\u2019irradiation de sa Source, le Christ glorifié rayonnant l\u2019Esprit sans mesure, \u201cmanifeste, totalement transparente et lumineuse.: une existence les uns pour les autres\u201d(9).PAROLE.Mise à part la raison théologique, le témoignage de la parole s\u2019avère encore essentiel dans le renouveau, et cela pour plus d\u2019un motif.D\u2019abord parce que la prise de parole par les membres au coeur même de l\u2019expérience aide à écarter les ambiguités qu\u2019engendrerait, hors d\u2019elle, une expérience religieuse à haute teneur affective.Ensuite parce qu\u2019il aide à situer la mutation religieuse observable dans le renouveau - et pour une certaine part engendrée par lui, encore que bien d\u2019autres facteurs soient déjà intervenus dans ce processus.Le langage du renouveau, très proche de celui du Poverello d\u2019Assise et des fioretti, proche aussi de la louange et de l\u2019action de grâces continuelle qui sont par excellence \u201cun service spirituel clairement conscient de lui-même et comprenant ce qu\u2019il fait\u201d(10), ramène dans la tradition religieuse populaire de l\u2019Occident la dévotion à l\u2019Esprit Saint, \u201cCelui qui profondément opère la communion elle-même qui est l\u2019essence de l\u2019Eglise\u201d(ll).Ce langage spirituel va tout à fait à l\u2019encontre du secta- risme qui caractérise, par exemple, les pentecôtistes traditionnels: il refuse par-dessus tout la rupture au plan des signifiants (Eglise, sacrements, sacramentaux, eucharistie, usage de l\u2019Ecriture), pour faire porter son effort de rénovation sur l\u2019approfondissement des signifiés, les mêmes signifiants revêtant au cours du temps des significations nouvelles et insoupçonnées jusqu\u2019alors.D\u2019où l\u2019importance des prophètes, premiers porteurs de la parole après les apôtres (cf.Eph.4,8).Selon l\u2019exégète Heinrich Schlier, ils sont au temps de Paul comme des représentants des autres charismatiques jouissant d\u2019autres dons; et, à l\u2019exemple des apôtres, ils sont porteurs d\u2019un message divin.Face à l\u2019urgence d\u2019opérer presque au jour le jour des choix efficaces et significatifs d\u2019une action ecclésiale, qui ne voit la nécessité plus grande que jamais de vrais prophètes, relais de communication et d\u2019exécution et surtout vigies, sans lesquels l\u2019Eglise ne pourrait être dite vraiment au service de l\u2019humanité nouvelle?Ces quelques remarques définissent déjà l\u2019un des rôles majeurs du leader-prophète au sein du renouveau.Quant au leader-animateur (qui peut également être prophète), il est \u201ccelui qui introduit les autres à la redistribution du pouvoir par l\u2019accueil de leur parole et qui pour cela a besoin d\u2019une compétence technique particulière\u201d (R.Lemieux).C\u2019est lui qui, conscient du fait que tous ont reçu le don de l\u2019Esprit pour l\u2019édification du corps, aidera chacun dans sa recherche des voies de Dieu.Il se tournera en particulier vers les plus lucides, ceux qui sentent davantage la vulnérabilité de leur foi et qui en souffrent.D\u2019emblée il leur rappellera que l\u2019Evangile est certitude, mais qu\u2019il contient aussi \u201cune invitation à la rupture du passage\u201d (cardinal F.Marty).Il sera, en face d\u2019eux, celui qui reconnaît le défi posé par la révolution culturelle, par les dépaysements et réinsertions qu\u2019elle suppose.Il encouragera chacun à relever ce défi avec modestie et fermeté, avec audace et sans imprudence.Sans rien briser, il invitera, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une communauté de base, à faire l\u2019àpprentissage d\u2019un sty- le de vie plus simple et proche de l\u2019Evangile, face à des traditions religieuses ou socio-culturelles dont Vatican II lui-même a souvent reconnu la caducité(12).Avec discernement il réintroduira à la place qu\u2019elle occupe déjà dans d\u2019autres sphères de la vie humaine la fonction de l\u2019affectivité, indispensable à une expérience religieuse constructive de la personne Dans un univers déjà transfiguré par le don du Fils unique (cf.Jn 3, 16), la puissance communionnelle qui ressortit au \u201cdernier Adam, ê-tre spirituel donneur de vie\u201d (1 Cor.15,45), une fois répandue et proclamée, devient service, diaconie permanente.Service-don-de-soi, directement en prise sur le mystère pascal(13), et que le nouveau Testament entend à plusieurs reprises comme service des \u201cfrères\u201d(14).Dans le contexte socio-religieux qui est le sien, à savoir la religion du Temple et de la synagogue, il se charge des valeurs symboliques de la communauté post-pascale: l\u2019attachement \u201cà l\u2019enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières\u201d (Act.2,42; cf.2,44; 4,32-35).Mais dans une époque constamment dominée par le souci d\u2019intégrer le progrès scientifique et technique à l\u2019héritage institutionnel des sociétés, la notion même de service, quel que soit le domaine qu\u2019elle touche et les gens qu\u2019elle rejoint, se charge de connotations nouvelles.Lorsque ces connotations sont perçues comme indispensables à la vie et à la culture, elles représentent autant d\u2019exigences de l\u2019Evangile pour notre temps.Et pour donner un exemple concret de ce que nous entendons, il suffira de rappeler celui de la revalorisation de la paroisse dite \u201cterritoriale\u201d à partir d\u2019unités de base créées en milieu urbain par l\u2019initiative de leurs habitants.La circoscrizione italienne, créée à Rome et ailleurs, est un de ces organismes répondant au souci d\u2019une décentralisation administrative devenue nécessaire.Ces unités mettent à jour des noyaux communautaires qui possèdent une identité propre et présentent un minimum d\u2019homogénéité historique et socio- JUIN 1977 173 culturelle.Dans le cadre des fonctions attribuées aux circoscrizioni, le problème des services sociaux prend, dans cette ville où la pauvreté est endémique, un relief particulier: maison d\u2019accueil, services de conseillers familiaux, unités de réhabilitation pour handicapés, foyers pour personnes âgées, etc.Dans ce projet - et c\u2019est là le point le plus intéressant, - la circoscrizione n\u2019est plus une entité administrative, mais la structure d\u2019une communauté qui se pose comme sujet tendant à organiser en fonction d\u2019elle-même l\u2019ensemble des services qui la concernent.En ramenant l\u2019attention sur l\u2019aspect territorial de plusieurs problèmes urbains, elle veut également montrer qu\u2019il est possible, à partir des solutions locales, de refaire la communauté concrète et de réaliser les valeurs communautaires.Aujourd\u2019hui l\u2019aide sociale s\u2019inscrit, dans la dynamique générale des structures communautaires, comme une tâche primordiale de la communauté chrétienne de servir les hommes dans le lieu et par les moyens qui conviennent le mieux à cette fin.La communauté chrétienne est et reste, en effet, cellule humanisante de la vie sociale, porteuse d\u2019un message de paix et d\u2019amour dans le cercle de l\u2019activité politique, à l\u2019intérieur d\u2019une réalité territoriale proche de l\u2019individu et à laquelle tous les citoyens sont invités à participer.Le relèvement de la paroisse et son articulation sur la réalité sociale que nous venons de décrire se trouve au premier plan des préoccupations d\u2019un Paul VI.Celui-ci déclarait récemment à un groupe d\u2019évêques français: La paroisse demeurera le lieu le plus adéquat du rassemblement du peuple de Dieu.La très grande majorité des fidèles serait à bon droit déconcertée par la dévaluation et l\u2019abandon d\u2019un signe ecclésial, qui peut et doit retrouver un souffle de jeunesse.Les exemples de ce renouveau sont heureusement très nombreux.Mais vous soulignez en même temps que la paroisse est appelée à se diversifier de plus en plus à l\u2019intérieur d\u2019elle-même, en petites communautés de réflexion, d\u2019action, de prière en fonction des milieux souvent très variés qui la composent(15).Cette prise de position du pape, reprise et développée dans d\u2019autres documents, montre comment les groupes du renouveau représentent aujourd\u2019hui, avec les autres du même genre, la \u201cchance\u201d de l\u2019Eglise de demain, l\u2019espérance d\u2019une régénération du tissu ecclésial.Toute proportion gardée, la relation qui unit ces groupes à la paroisse nouvelle et, par celle-ci, à l\u2019Eglise locale ou particulière, est la même qui relie cette dernière à l\u2019Eglise universelle.La communauté située \u201cà Corinthe\u201d, \u201cà Cenchrées, \u201cà Philadelphie d\u2019Asie\u201d apparaît comme une forme sous laquelle se présente cet unique Peuple de Dieu, témoin de l\u2019Evangile dans le monde qui l\u2019environne.S\u2019il est, au plan de la croissance dans la foi des communautés ecclésiales, une vocation spécifique au renouveau charismatique, nous la verrions définie par l\u2019obéissance joyeuse de la foi, dans cette réceptivité accordée au plus léger signe de la volonté divine alliée à la \u201cpraxis de la liberté dans l\u2019animation d\u2019une collectivité.(16), où des hommes cessent d\u2019être présents à leur seule situation pour sauter au-dessus d\u2019eux-mêmes\u201d(17).Le renouveau vient à son heure comme un instrument de l\u2019Esprit du Christ travaillant à la croissance de tout le Corps en vue de son unité (cf.Act.9,31: 1\tCor.12,12 s.), faisant de l\u2019alliance une réalité toujours nouvelle (cf.2\tCor.3,6), conférant à l\u2019Evangile sa puissance (cf.1 Thess 1,5) et la joie à celui qui l\u2019accueille \u201cen pleine détresse\u201d (1 Thess.1,6), transformant par l\u2019abondance de son onction les pauvres en héritiers de la vie éternelle (cf.Tit.3,6).Saisie intérieure sapientielle et proclamation par de nouvelles manières de vivre en Eglise de cet unique salut qui est la chance de l\u2019avenir, telles nous apparaissent en ce moment de renouveau les lignes de forces marquant le passage de l\u2019Esprit.Les groupes du renouveau charismatique en communion avec cette Eglise ont part à ce signal pour le monde qu\u2019elle constitue et au service de l\u2019Evangile qu\u2019elle assume.La croissance en eux de cette communion, son affermissement dans l\u2019exercice de la décision religieuse et le combat pour la justice prendront, grâce à l\u2019Esprit de force, une efficacité accrue.Enfin son épanouissement au coeur des rapports humains seront la garantie de leur sérieux, le signe de l\u2019amour du Christ, la preuve de la fierté que la communauté entière aura de ces chrétiens du renouveau \u201cà la face des Eglises\u201d (cf.2 Cor.8,24).Paris, mai 1977 1.\tIle concile d\u2019Orange; voir dans Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine, n.5.2.\tInterview de Ralph Martin par Pierre Goursat pour les CAHIERS DU RENOUVEAU, n.11, p.7.Paris, 1977.3.\tConstitution dogmatique sur l\u2019Eglise, n.1.4.\t1 Cor.12, 12; on attendait, à la fin de ce texte, \u201cainsi en est-il de l\u2019Eglise.Mais \u201cPaul fait deux pas en un seul\u201d (C.K.Barrett), donnant ainsi à sa pensée un tour plus décisif.5.\tH.Urs von BALTHASAR, De l\u2019intégration, p.83.6.\tDe nombreux bulletins et périodiques publiés par les divers centres du renouveau permettent de s\u2019en faire une idée.Nous avons également eu l\u2019occasion de participer à un séminaire de deuxième cycle tenu à l\u2019Université grégorienne sur \u201cles groupes informels dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui\u201d sous la direction d\u2019un leader charismatique professeur de théologie, le P.Francis Sullivan.7.\tVoir Jn 19,30; 16, 5-7; 20,22.8.\tArt.\u201cEsprit Saint\u201d, dans DICTIONNAIRE DE SPIRITUALITE, T.IV/2 col.1255.9.\tY.M.-J.CÔNGAR, Le ciel, buisson ardent du monde, dans LA VIE SPIRITUELLE, n.618 (jan.-fév.1977) 78.10.\tH.Urs von BALTHASAR, La prière contemplative, p.114 11.\tIbid., p.119.12.\tVoir, par exemple la Constitution sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps, nn.4-10; 33; 42; 47; 73- Constitution conciliaire sur la Liturgie, nn.1; 21; 23.- Décret sur le ministère et la vie des prêtres, n.22.13.\tCf.Jn 7,37 ss; 13,1-5.12-17; Rom.12,1 ss; 1 Pi.1,10-13.14.\tLe mot est employé pour évoquer \u201cla nouvelle alliance à laquelle les disciples participent en vertu de leurs liens avec Jésus entré dans la gloire du Père\u201d (Traduction oecuménique de la Bible: Nouveau Testament, notre i (à Jn 20,17), p.348).15.\tAudience du 26 mars 1977 accordée aux évêques du Nord de la France.Texte dans France catholique:\tEcclesia n.1586 (6 mai 1977) p.19 16.\tHenri DESROCHE, Sociologie de l\u2019espérance, p.201.17.\tIbid., p.200.174 RELATIONS Alcoolisme IV: les chances d\u2019un vie nouvelle par ROLLAND BOYLE a) - Relèvement de l\u2019alcoolique L\u2019allergie de l\u2019organisme à l\u2019alcool est incurable - dans le sens de pouvoir un jour boire avec modération: la modération est impossible -l\u2019allergie demeure pour la vie.Si un alcoolique recommence à boire après vingt ans de sobriété, en très peu de temps il se retrouvera au même point où il se trouvait quand il a cessé de boire vingt ans auparavant.L\u2019alcoolisme est une maladie à sens unique: il ne peut que progresser.il ne régresse jamais.Toutefois, l\u2019alcoolique peut recouvrer et, de fait, peut se rétablir pour de bon.Dans les Alcooliques anonymes il est amené à comprendre qu\u2019il peut vivre une vie normale et heureuse sans alcool.Le programme des Alcooliques anonymes lui enseigne la façon de s\u2019y prendre.Tout d\u2019abord l\u2019alcoolique apprend que ce n\u2019est ni le 4ème ni le 40ème verre qui l\u2019enivre, mais bien le premier verre, parce que l\u2019alcoolisme est une allergie et, comme en toute allergie, il suffit d\u2019un premier contact pour déclencher les réactions en chaîne propres à l\u2019allergie impliquée.Il apprend à demeurer sobre JUIN 1977 une journée à la fois en décidant d\u2019éviter son premier verre aujourd\u2019hui.Il commence à suivre un mode de vie éminemment pratique et à la fois tout-à-fait spirituel.Ce mode de vie organise et met en place tous les éléments nécessaires à ses justes rapports avec son Créateur-adoration, reconnaissance, repentir, prière et réparation.L\u2019alcoolique adore quand il attribue son relèvement à Dieu et, encore plus, quand il abandonne sa volonté et sa vie aux soins de Dieu, acceptant la volonté de Dieu comme le principe et le fil directeur de sa vie quotidienne.En reconnaissance, il remercie Dieu chaque jour pour le maintien de sa sobriété.Il avoue sincèrement les abus qui l\u2019ont conduit à l\u2019alcoolisme et s\u2019en repent.Il reconnaît le tort qu\u2019il a causé aux autres et l\u2019orgueil qui a retardé son rétablissement.Sa prière vient du plus profond de son coeur: \u201cDe grâce, mon Dieu, gardez-moi sobre, rien que pour aujourd\u2019hui!\u201d En réparation, il cherche à faire amende honorable à tous ceux qu\u2019il a injuriés ou offensés, offrant, dans certains cas, tout ce qui lui reste: les ruines de sa vie.De temps à autre, il passera par des crises ou des périodes de dépression, d\u2019angoisse, d\u2019instabilité, de ressentiment, de tristesse et de peur - elles sont communes à tous les névrosés rétablis; mais avec l\u2019aide de Dieu, de sa famille et de ses compagnons, il n\u2019aura jamais plus besoin de recourir à la bouteille.b) - Relèvement familial Avec de l\u2019aide, l\u2019alcoolique parvient à reprendre le chemin d\u2019une vie normale; mais l\u2019obsession familiale demeurera encore longtemps après qu\u2019il aura cessé de boire, et la famille restera brisée si l\u2019on oublie les répercussions pathologiques dont les membres sont atteints.Il faut reconnaître cette conséquence de l\u2019alcoolisme et prendre les mesures nécessaires pour ramener les membres de la famille à la stabilité et à la santé émotive.Jusqu\u2019à présent, on croyait que le rétablissement émotif de la famille dépendait du rétablissement de l\u2019alcoolique.\u201cQu\u2019il cesse de boire, tout rentrera dans l\u2019ordre!\u201d Mais tel n\u2019est pas le cas.Le rétablissement émotif de la famille ne dépend pas du rétablissement de l\u2019alcoolique.Bien plus, le rétablissement de la famille peut s\u2019obtenir indépendamment du relèvement de l\u2019alcoolique actif et peut, à lui seul, devenir un facteur important dans le retour de l\u2019alcoolique lui-même.Le premier pas Tout comme le mal familial suit la même évolution psychologique que la maladie de l\u2019alcoolique, le rétablissement familial évoluera dans le même sens et de la même façon que le rétablissement de l\u2019alcoolique.Le premier pas vers le rétablissement de l\u2019alcoolique est ainsi énoncé dans la première étape du programme des Alcooliques anonymes: \u201cNous avons admis que 175 nous étions impuissants devant l\u2019alcool - que nous avions perdu la maîtrise de nos vies.\u201d Le premier pas dans le rétablissement de l\u2019épouse est cet aveu de sa part, qu\u2019elle est impuissante à guérir son mari.C\u2019est aussi le premier pas pour retrouver le bonheur familial perdu.Il s\u2019ensuit tout naturellement, pour elle comme pour son mari, la deuxième étape: \u201cNous en sommes venus à croire qu\u2019une Puissance supérieure à nous-mêmes pourrait nous rendre la raison.\u201d Dès qu\u2019il accepte le fait qu\u2019elle n\u2019y peut rien, elle cesse de s\u2019en inquiéter et remet tout entre les mains de Dieu.L\u2019antidote au désespoir, c\u2019est l\u2019espérance: elle apprend que Dieu aide les faibles, les personnes réduites à l\u2019impuissance et en vient à croire fermement qu\u2019en SON temps et à SA façon, Dieu résoudra son problème à son plus grand avantage.Son rétablissement est alors vraiment commencé.Nous voyons alors les quatre \u201cD\u201d céder la place, dans l\u2019ordre inverse, à l\u2019acceptation de la situation.Pour elle, comme pour son mari alcoolique, la prière de sérénité apporte réconfort et paix: \u201cMon Dieu, donnez-moi la force d\u2019accepter avec sérénité les choses qui ne peuvent être changées.\u201d Le dégoût et T acceptation Le dégoût cède devant l\u2019acceptation.L\u2019épouse accepte son époux tel qu\u2019il est, non tel qu\u2019elle voudrait qu\u2019il soit, se rendant parfaitement compte que c\u2019est la maladie et non l\u2019homme qui explique son comportement.Elle s\u2019efforce de maintenir vivante dans son esprit l\u2019image de l\u2019homme qu\u2019il fut; l\u2019image de l\u2019homme qu\u2019il est encore réellement derrière sa façade d\u2019alcoolique; l\u2019homme redeviendra l\u2019homme charmant qu\u2019elle a marié.Ses amies dans Al-Anon peuvent la convaincre, avec preuves à l\u2019appui, que cette espérance repose sur le roc solide de leur propre expérience.Dès que l\u2019épouse accepte la situation telle qu\u2019elle est, il n\u2019y a plus de raison de mentir.D\u2019ailleurs, ça n\u2019a jamais rien rapporté.Mensonges, stratagèmes, expédients tout fut inutiles.Au rebut tout cela.176 Dorénavant, elle doit cesser de bâtir sa vie en réaction à l\u2019alcoolisme du mari; c\u2019est une situation qui ne dépend pas d\u2019elle.Vivre en réaction à des circonstances - événements, situations, personnes - c\u2019est engager sa liberté et aboutir au désastre.Elle doit s\u2019efforcer de reprendre sa vie normale et baser ses actions sur ce qu\u2019elle juge le meilleur pour elle et pour ses enfants et non pas sur les moyens d\u2019affecter la manière de boire, de l\u2019alcoolique.Alors seulement elle se trouvera pour de bon sur la route pour reprendre sa propre sérénité et sa stabilité émotive.En toute honnêteté elle peut dire à son mari: \u201cTout ce que j\u2019ai essayé a échoué.Rien de ce que j\u2019ai essayé n\u2019a aidé.Je constate maintenant que ce n\u2019est pas réellement mon problème, mais le tien.Tu es le seul qui puisse en venir à bout.\u201d Quand elle s\u2019en lave ainsi les mains, elle le laisse à ses propres responsabilités et le force à admettre qu\u2019il boit non à cause de quelqu\u2019un ou de quelque chose, mais tout simplement et seulement à cause de lui-même.Cette façon de procéder précipite l\u2019écroulement de son système d\u2019alibis et accélère ses chances de rétablissement.La désillusion et l\u2019acceptation La désillusion est dépouillée de son aiguillon par l\u2019acceptation.Reprenant confiance en elle-même et en son propre jugement, avec une meilleure compréhension de la condition véritable de son mari, l\u2019épouse est prête et capable de l\u2019aider quand le temps viendra.Tout d\u2019abord intrigué et embarrassé, puis ennuyé et aigri par son calme et sa sérénité récemment acquis, il se tournera un jour vers elle avec ce cri de détresse qu\u2019elle a si souvent entendu auparavant: \u201cPour l\u2019amour de Dieu, n\u2019y a-t-il personne pour m\u2019aider?\u201d Cette fois, elle saura la réponse.En attendant ce jour-là, elle aura redonné à la famille son unité.Comme nous le disions plus haut, contrairement à l\u2019opinion courante, l\u2019état affectif et émotif des enfants est moins touché par l\u2019inconduite du père que par les réactions de la mère.Comme les petits animaux, les enfants sont très sensibles à l\u2019atmosphère et réagissent instinctivement au climat affectif du foyer.Ce climat émane de la mère: c\u2019est elle qui entretient l\u2019atmosphère et le climat affectif du foyer.Si elle est tendue, les enfants seront nerveux et agressifs; si elle est calme et sereine, ils seront détendus et aimables, portés pour leur mère.A tout prendre, la paix et le contentement du milieu familial sont engendrés par la mère, le coeur du foyer; ils ne dépendent pas du père, tête de la maison.En pratique.que faire?Pour aider et guider l\u2019épouse ou le parent d\u2019un alcoolique actif, voici, résumés sous forme de six règles ou suggestions pratiques, les principes énoncés dans cet article.Ces directives très simples ont été suivies par un bon nombre d\u2019épouses d\u2019alcooliques actifs et se sont avérées très efficaces pour les rétablir dans leur stabilité et leur santé émotive.Ces directives, les voici: 1) Agir et non Ré-agir Agir en épouse, en EGALE, de votre mari alcoolique! Cessez d\u2019être la mère de votre époux et de lui éviter les moindres heurts comme si vous aviez affaire à un enfant de cinq ans: traitez-le en ADULTE! Laissez-le prendre ses responsabilités, même s\u2019il se trompe, n\u2019intervenez pas.Epouse ou parent d\u2019un alcoolique actif, vous avez sans doute constaté que ni vos paroles, ni vos actes n\u2019affectent en quoi que ce soit la façon de boire de votre malade.Une fois pour toutes, cessez de prendre vos décisions en fonction de l\u2019influence qu\u2019elles pourraient avoir sur sa façon de boire;.du reste, à toute fin pratique, elles n\u2019en auront aucune.Votre expérience vous le prouve de toute évidence.Faites donc ce que vous, vous voulez; allez où vous, vous voudrez; prenez toutes vos décisions d\u2019après leur valeur objective, au mérite.Vivez comme si votre mari alcoolique travaillait à des milliers de milles de chez vous.RELATIONS La première règle est donc: AGIR et NON REAGIR! 2)\tNe pas valoriser la stupidité de T alcoolique Ne valorisez pas à ses yeux sa stupidité en discutant avec lui comme si vous aviez affaire à un homme normal.Ne portez aucune attention à ce qu\u2019il dit ou fait de stupide sous l\u2019effet de l\u2019alcool: c\u2019est votre mari + l\u2019alcool qui parle ou agit ainsi.ce n\u2019est pas votre mari tout court: au contraire, sous l\u2019effet de l\u2019alcool qui enlève toute inhibition, l\u2019alcoolique laisse libre cours à tout ce qu\u2019il maîtrise quand il est sobre.Au lieu de discuter et de le contredire, allez dans le même sens que lui, accentuant et exagérant dans le même sens que lui.Il vous abîme de bêtises: dites comme lui, mettez-en, puis ajoutez:\t\u201cC\u2019est donc de valeur que tu ne te sois pas rendu compte de tous mes défauts avant le mariage! Dire que tu aurais pu trouver une femme qui t\u2019aurait comblé autrement que moi!\u201d Vous verrez: il vous comblera de compliments.N\u2019allez pas draper de dignité les insanités qu\u2019il débite en discutant.Laissez tomber! Surtout ne répondez pas intérieurement.Cessez de ruminer ce que vous lui direz ou ce que vous auriez dû lui dire.Cessez de jouer votre disque! Cessez de penser à ce qu\u2019il a dit ou fait! Pourquoi prolonger votre agonie?Ca ne corrige pas votre malade! Oubliez-le! Deuxième règle: Ne pas valoriser la stupidité de l\u2019alcoolique! 3)Eviter l\u2019apitoiement sur soi-même Cessez de vous plaindre de ses indélicatesses à votre égard, de ce qu\u2019il blesse vos sentiments! Si vous mettez vraiment en pratique la règle précédente, il a perdu toute capacité de vous blesser.Personne ne peut vraiment vous blesser, à moins que vous ne le lui permettiez.JUIN 1977 Vous n\u2019allez pas vous enfermer dans votre chambre pour y pleurer à chaudes larmes parce que votre fiston de quatre ans vous dit: \u201cJe vous déteste\u201d?Alors pourquoi agir autrement quand c\u2019est \u201cSa Majesté, votre bébé de quarante ans\u201d qui vous le crie?Un alcoolique, c\u2019est un cerveau d\u2019enfant dans un crâne d\u2019adulte.Méfiez-vous du complexe \u201cMater Dolorosa\u201d: ne posez pas au martyr; l\u2019heure la plus sombre de votre vie n\u2019aura que soixante minutes! Evitez le pire des écueils: l\u2019apitoiement sur soi-même, forme subtile de ressentiment contre soi-même et source inépuisable de ressentiment contre les autres! Troisième règle: Eviter l\u2019apitoiement sur soi-même! 4)\tProfitez de la vie Soyez heureuse! Sachez profiter de tous les instants de la vie, du soleil, du grand air! Trouvez du bonheur avec vos enfants, dans la compagnie de vos amies: elles seront heureuses de vous retrouver! Faites votre bonheur de travailler au véritable bonheur des autres, surtout des plus délaissés.Si vous a-vez perdu la capacité de goûter les réalités de la vie, faites comme si .faites-vous le accroire! Evitez comme la peste la passivité et l\u2019inaction! Quatrième règle: Profitez de la vie! 5)\tVivez pleinement votre troisième étape Placez-vous dans la main de Dieu avec vos enfants et votre alcoolique de mari.Vous voudrez toujours y demeurer.Cessez de quémander, de marchander avec le Seigneur.Ne lui demandez rien.Confiez-vous à Lui totalement: Il sait mieux que vous ce dont vous avez besoin.Re-merciez-Le à l\u2019avance de ce qu\u2019il vous enverra d\u2019agréable ou de fâcheux au cours de la journée.En Dieu, il n\u2019y a pas d\u2019échec: ce qui pour nous est désagréable ou fâcheux, Dieu peut le transformer à notre avantage, en source de résur- rection et de gloire.Il est le Maître de l\u2019impossible, puisqu\u2019il se donne.De plus, Dieu est Amour: Il est l\u2019AMOUR.Il ne peut vouloir que notre bien et notre plus grand bien par des voies déroutantes qui ne sont pas les nôtres.Laissez-Le faire à Sa façon et à Son rythme: Demandez seulement d\u2019être parfaitement réceptive à ses inspirations et tout à fait disponible pour accomplir parfaitement Sa volonté amoureuse! Que votre vie quotidienne soit un acte constant de reconnaissance, une perpétuelle eucharistie! Cinquième règle: Vivre pleinement votre troisième étape 6)\tVivre intensément votre vingt-quatre heures Faites de la journée qui commence, de votre aujourd\u2019hui, la plus belle journée de votre vie, le plus beau vingt-quatre heures qui soit.AVEC le Seigneur! Vivez sans passé, ni avenir! Confiez votre passé à la miséricorde du Seigneur et votre avenir à sa Providence.Mettez tous vos efforts à donner au moment présent toute sa vitalité et toute sa valeur d\u2019éternité.Savourez-en la richesse! Vous ne pouvez changer le passé pas plus que vous ne pouvez prévoir l\u2019avenir.Mettez donc toute votre énergie à vivre aussi intensément que possible votre vingt-quatre heures.Nous ne savons ce que l\u2019avenir retient pour nous, Mais nous savons QUI tient l\u2019avenir dans sa main.Sixième règle: Vivre intensément votre vingt-quatre heures! La double acceptation Au fond, toute la vie chrétienne consiste en deux acceptations: celle de la création et celle de notre rédemption.La seconde suppose la première, commune à tous les hommes: incroyants, pâiens, juifs, protestants et catholiques, tous nous sommes créés et dépendants par nature du Créateur.Or, l\u2019égôisme, le repli sur soi-même, manifesté 177 par l\u2019alcoolisme, détache de Dieu.Le pécheur rompt avec Dieu et refuse pratiquement le don de la création et cherche à être indépendant.Sans Dieu ni maître, l\u2019alcoolique cherche à être son propre maître: faire ce qu\u2019il veut, comme il le veut, quand il le veut: il veut être tout à fait indépendant, d\u2019une indépendance impossible! \u201cQue votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel\u2019\u2019, disons-nous dans le Pater.Les Alcooliques anonymes en ont fait leur prière.Le premier acte que suppose cette prière est précisément l\u2019acceptation sur la terre des dons que Dieu m\u2019a faits du haut du ciel.Tant que je ne ratifie pas les dons de Dieu par mon acceptation, je suis ingrat envers Lui et ses bienfaits se tournent contre moi.Je me réfugierai alors dans le rêve, l\u2019imaginaire, l\u2019irréel et le néant.Les Alcooliques anonymes ne dépassent pas les limites de cette première acceptation d\u2019être créé et conduisent leurs membres jusqu\u2019au seuil de leur credo, les encourageant à le vivre aussi intensément que possible dans le contexte du Notre Père.Nous sommes créés à l\u2019image de Dieu, et Dieu est Amour.L\u2019amour se prouve beaucoup plus par des actes que par des paroles et il est communicatif par nature.Même si nous n\u2019avons que les ruines de notre vie à offrir pour aider un autre, nous sommes encore capables de donner, d\u2019aider et, par le fait même, d\u2019aimer.Dans cet exercice d\u2019entraide et d\u2019amour, l\u2019alcoolique et sa famille se retrouvent et reprennent la route des béatitudes en faisant leur propre bonheur de travailler au véritable bonheur des autres.\u201cSeigneur, Donnez-moi la force d'accepter avec sérénité les choses qui ne peuvent être changées.Donnez-moi le courage de changer les choses qui peuvent et se doivent d\u2019être changées.Et Donnez-moi la sagesse de pouvoir distinguer les unes des autres.\u201d 178 Existentialité de Jésust mystère des apôtres par Gustave Martelet* Je voudrais dans une première partie essayer de cerner de manière dogmatique l\u2019enjeu de la crise du sacerdoce et, dans la seconde partie, essayer d\u2019y répondre.I \u2014 Le noeud doctrinal de la crise du sacerdoce Antécédents de la crise: le courant socio-politique La crise que nous traversons est au confluent de deux courants: l\u2019un que l\u2019on peut appeler socio-politique, et l\u2019autre qui vient de la Réforme, rajeuni en France par les idées de Loisy.Le premier courant est socio-politique.Le sacerdoce impliquant une hiérarchie, supposerait une vision du monde politiquement dépassée.La hiérarchie serait le reflet spéculatif chez les platoniciens, néo-platoniciens - et chez leurs héritiers chrétiens, le reflet ecclésiastique -, d\u2019un monde politique donné.C\u2019était le monde de l\u2019antiquité.Il a trouvé son expression spéculative dans le néo-platonisme et a produit chez le Pseudo-Denys une vision de l\u2019Eglise, statique, graduée, scolaire, dans * Jésuite français, professeur de théologie au Centre de Sèvres de la Compagnie de Jésus à Paris, et à l\u2019Université Grégorienne de Rome; membre de la Commission internationale de théologie.Il publiera bientôt un ouvrage sur \u201cLe sacerdoce\u201d.Nous présentons un extrait de sa conférence du 25 janvier à la Journée sacerdotale de l\u2019Association \u201cLumen Gentium\u201d; on peut en obtenir le texte intégral, dans les Cahiers Lumen Gentium (no 31, 18 pp.), au Secrétariat, 49 rue des Petites-Ecuries, 75010 Paris (5 Fr.; règlement par CCP.au nom du Fr.Pierre-Marie Laurent, o.p.).laquelle le sacerdoce s\u2019inscrit comme élément dans un tout hiérarchique.La démocratie y apparaît comme l\u2019objet d\u2019une revendication absolue de l\u2019homme et comme la forme constitutive de l\u2019existence sociale de l\u2019homme et de ses institutions; ce qui n\u2019est pas démocratique n\u2019a pas de signification réelle pour lui.Cette revendication pénètre toutes les sphères de l\u2019existence.Par delà une distinction artificielle entre le sacré et le profane, elle pénètre aussi la sphère ecclésiale; elle y bouscule les structures qui ont négligé cette aspiration.A sa lumière et sous la force de son entraînement, les structures hiérarchiques apparaissent révolues, réactionnaires, déphasées.Elles doivent être détruites comme forme d\u2019un monde périmé.Supposant cette structure hiérarchique de l\u2019existence et de la société, le sacerdoce serait donc lui-même dépassé comme les structures dont il est le reflet.La critique socio-politique de l\u2019Eglise présente, elle, une explication négative de cette néo-genèse qu\u2019est l\u2019Eglise par rapport au Christ: elle est le reflet lamentable d'un temps.Maintenant que les temps ont changé, on voit clairement que cette production \u201chistorique\u201d est à détruire.Nous avons à nous remettre devant le Christ et à en trouver la signification possible pour notre temps.On le voit: ce courant de critiques se présente sous le signe du marxisme.Ceux qui font cette critique du prêtre seraient ainsi les \u201cKarl Marx\u201d de l\u2019aliénation sacerdotale: ils en auraient trouvé les raisons so- RELATIONS cio-politiques et socio-économiques! Ainsi apparaît le défi, qui n\u2019est pas de spiritualité seulement, mais de christologie.B.\tLe défi d\u2019aujourd\u2019hui: défi christologique.Le problème est de savoir si les racines du sacerdoce sont d\u2019ordre culturel et socio-politique, de telle sorte que plus de fidélité aux Apôtres, comme le disent les protestants, ou plus de fidélité à l\u2019homme, nous libérerait du sacerdoce.Ou au contraire les racines du sacerdoce sont-elles si profondément enfouies dans le terreau christologique qu\u2019il est impossible d\u2019arracher le sacerdoce sans détruire le Christ lui-même et conséquemment l\u2019Eglise et l\u2019homme qui, à des titres divers, ne sont plus rien sans lui?Ou encore sommes-nous devant des structures sociologiques de l\u2019Eglise ou devant des structures christologiques du Royaume, de telle sorte que l\u2019évolution incontestable des figures socio-politiques de l\u2019histoire entraîne irrémédiablement la suppression du sacerdoce, pour autant qu\u2019il serait un reflet de ces structures?Voilà, je crois, un des aspects essentiels du défi actuel lancé au sacerdoce.Ce défi est proprement christologique, et non pas simplement ecclésiologique, moins encore ecclésiastique.Or devant ce défi, VATICAN II nous laisse en partie démunis.C.\tVatican II: sa lacune sur l\u2019apostolicité.La vraie lacune conciliaire sur le sacerdoce est dans une analyse insuffisante de l\u2019apostolicité.En effet si le sacerdoce, par l\u2019épiscopat, se JUIN 1977 rattache vraiment à l\u2019apostolicité de l\u2019Eglise, un des problèmes essentiels est de voir quelle est la profondeur du rapport qui unit le Christ et les Apôtres, puisque les évêques et les prêtres font corps avec les Apôtres comme leurs successeurs différenciés.Si l\u2019on doit fonder le sacerdoce sur l\u2019apostolicité, il faut montrer le caractère constitutif des Apôtres par rapport au mystère du Christ.Car, à supposer que les Apôtres ne soient pas constitutifs du mystère du Christ, et qu\u2019ils soient en Jésus comme un reflet du temps, le temps ayant changé, le reflet disparaît.On doit pouvoir montrer au niveau du Christ lui-même que les Apôtres n\u2019ont pas un rôle purement sociologique, fondant de la sorte un rapport Christ-Apôtres qui n\u2019a plus à jouer maintenant, et qui peut donc tomber.Or le Concile s\u2019est donné ce rapport, mais ne l\u2019a pas vraiment pensé et sans doute n\u2019avait pas à le faire.Qu\u2019on en juge en relisant deux textes.Le premier se trouve dans la Constitution \u201cLUMEN GENTIUM\u201d: Le Concile s\u2019engageant sur les traces du premier Concile du VATICAN, enseigne et déclare avec lui que Jésus-Christ, Pasteur éternel, a édifié la sainte Eglise en envoyant ses Apôtres comme Lui-même avait été envoyé par le Père.Le Christ a voulu que les successeurs de ses Apôtres, c\u2019est-à-dire les évêques, soient dans l\u2019Eglise pasteurs jusqu\u2019à la consommation des siècles (1).Donc le Christ a voulu les Apôtres, et il a voulu les Apôtres à qui les évêques succèdent.Le second texte se situe au début du 2ème chapitre de la Constitution \u201cDEI VERBUM\u201d: Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit les dispositions pour qu\u2019elle demeurât toujours dans son intégrité et qu\u2019elle s\u2019étendît à toutes les générations.C\u2019est pourquoi le Christ Seigneur, en qui s\u2019achève toute la Révélation du Dieu Très-Haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l\u2019Evangile, d\u2019abord promis par les prophètes, ordonna à ses Apôtres de le prêcher à tous, comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale, en leur communiquant les dons du Saint-Esprit (2).Ces deux textes disent deux choses capitales: la première, qu\u2019il y a une maîtrise radicale de Dieu sur l\u2019économie de la Révélation; et la deuxième, que l\u2019objet de cette maîtrise de Dieu sur l\u2019économie de la Révélation porte sur le ministère des Apôtres.Mais l\u2019insistance sur le seul vouloir divin par rapport à la disposition apostolique implique en fait une triple rupture: o une rupture au niveau de Dieu, si j\u2019ose dire; o une rupture au niveau du Christ; o une rupture au niveau des Apôtres eux-mêmes.Rupture au niveau de Dieu d\u2019abord.Certes, le mystère des Apôtres dans leur rapport au Christ fait partie du vouloir divin, mais pas au titre d\u2019une discontinuité, comme si Dieu dans un premier temps avait décidé de faire une Révélation, et dans un second seulement, de vouloir qu\u2019elle se transmette.Cette première rupture au niveau 179 de Dieu commande les autres ruptures, au niveau du Christ et au niveau des Apôtres.Au niveau du Christ, tout se passe comme si la Révélation pourrait être considérée comme achevée par le fait que le Christ révèle, indépendamment de tout témoin pour recevoir cette Révélation.Les Apôtres ne sont introduits qu\u2019après l\u2019achèvement de la Révélation par le Christ, pour que ce \u201crévélé\u201d soit \u201ctransmis\u201d.Les Apôtres ne paraissent nécessaires qu\u2019en aval du Christ et non pas en amont.A coup sûr, les Apôtres ne \u201csont\u201d pas la Révélation, mais ils sont essentiels à cette Révélation dans la mesure où le mystère du Christ est pris dans la limite temporelle de notre humanité.Le Christ ne peut pas atteindre comme homme l\u2019universalité qu\u2019implique le mystère de son Incarnation, s\u2019il n\u2019y a pas de témoins qui assurent la diffusion universelle de sa Révélation.Donc les Apôtres font partie intégrante du mystère du Christ, dans l\u2019amont où la Révélation est donnée par le Christ, et pas seulement dans l\u2019aval où les Apôtres le transmettent.L\u2019amont commande ici aussi l\u2019aval: ils sont inséparables l\u2019un de l\u2019autre en Jésus-Christ comme partout ailleurs.L\u2019oublier relève d\u2019une sorte d\u2019impuissance à sortir des analyses purement conceptuelles pour saisir réellement l\u2019existentiel et ses intégrations simples et complexes tout à la fois.La rupture au niveau du Christ permet de comprendre la rupture au niveau des Apôtres.Le rapport du Christ aux Apôtres est pris uniquement du point de vue de la mission sous un aspect volontariste: il a voulu, il a ordonné.Tout est pensé au niveau Christ-Apôtres sous la seule forme du \u201cmandatum\u201d.L\u2019aspect du \u201cmandatum\u201d, du commandement est capital.Dans les périodes de tiédeur - nous sommes dans une de ces périodes -, le \u201cmandatum\u201d, même si on ne voit plus très clairement le \u201cmysterium\u201d, nous maintient attachés au devoir de faire ce que le Christ a dit de faire.Le \u201cmandatum\u201d est donc nécessaire et vital, mais il ne doit pas dévorer le \u201cmysterium\u201d, c\u2019est-à-dire ce qui découle de soi de l\u2019existence de Jésus-Christ: s\u2019il existe, il faut à tout prix l\u2019annoncer.\u201cMalheur à moi si je ne prêchais pas l\u2019Evangile!\u201d dit Paul (1 Cor 9, 16).De soi le \u201cmysterium\u201d devrait suffire.Le Christ nous donne cependant le \u201cman datum\u201d pour faire émerger aux regards d\u2019une conscience qui peut toujours se voiler, les exigences irrécusables du \u201cmysterium\u201d.Plus profond que le \u201cmandatum\u201d demeure donc le \u201cmysterium\u201d.Le malheur de nos ecclésiologies est qu\u2019elles reposent en général presque uniquement sur le \u201cmandatum\u201d et laissent bien souvent de côté le \u201cmysterium\u201d.Il faut faire réémerger le \u201cmysterium\u201d.Or le \u201cmysterium\u201d ici, c\u2019est que le Christ ne peut pas être pleinement Révélateur s\u2019il n\u2019a pas, avec lui, ceux qui assureront à sa Révélation l\u2019extension universelle à laquelle il a droit au titre du Royaume, mais que dans sa singularité propre le Christ ne peut pas assurer par lui-même.Ce qui se passe dans un temps doit pouvoir passer à tous les temps.Le dispositif qui assure la diffusion universelle de la singularité de son mystère dans l\u2019histoire, fait donc partie intrinsèque de l\u2019existentialité révélatrice de Jésus-Christ.C\u2019est là le \u201cmysterium\u201d que le \u201cmandatum\u201d manifeste, mais ce \u201cmandatum\u201d n\u2019est pas un fondement du \u201cmysterium\u201d.L\u2019insuffisance du Concile est de ne l\u2019avoir pas vraiment dit.Insuffisance d\u2019autant plus grave qu\u2019elle marque aussi une ligne de rupture dans le rapport, cependant organique et nécessaire, entre le Christ et les Apôtres.Si on ne montre pas de nos jours que le rapport des Apôtres au Christ est constitutif du mystère du Christ, on pourra toujours dire que le ministère apostolique, donc celui des évêques comme successeurs d\u2019Apôtres et celui des prêtres comme coopérateurs consacrés des successeurs d\u2019Apôtres, est un ministère sociologiquement introduit, et non pas christolo-giquement fondé.Le problème actuel revient donc à cela.Peut-on montrer que le ministère des Apôtres repose sur le mystère de leur rapport au mystère du Christ?Une fois vu le problème, la solution n\u2019est pas tellement difficile.La difficulté, c\u2019est de voir le problème.Quand le problème est vu, on retrouve des intuitions assez élémentaires.II \u2014 Esquisse sur la nature du mystère des Apôtres Je pense pouvoir développer ce que j\u2019ai à vous dire en sept temps.1.\tIdentité entre Révélation et Tradition La Révélation apparaît essentiellement comme l\u2019acte théologal, et non pas seulement sociologique, par lequel Dieu se livre à l\u2019humanité dans le Christ.L\u2019acte fondamental de la Révélation, c\u2019est la croix du Christ.Délivrée du sens sociologique qu\u2019elle a encore pour BARTH dans l\u2019Eglise catholique, la Tradition est d\u2019abord pour lui l\u2019acte même de Dieu.Cet approfondissement, partiellement polémique chez BARTH, va nous permettre de creuser encore la notion de Tradition dont nous avons besoin pour comprendre dans l\u2019Eglise le sens apostolique du ministère donné.2.\tTradition vivante Il faut poursuivre la réflexion de BARTH.Cette intuition nous aide à dépasser ce qu\u2019il y a parfois de trop sociologique dans la notion catholique de Tradition, mais aussi qui risque de s\u2019arrêter en route dans la perspective protestante.BARTH dit à juste titre d\u2019abord que la Tradition n\u2019est pas productive, mais reproductive; c\u2019est vrai.Mais il y voit un pur écho.Certes, la Tradition n\u2019est pas productive au sens où nous sommes liés par l\u2019événement fondateur, mais elle n\u2019est pas simplement reproductive au sens où la Tradition ne ferait que répéter, comme un écho qui redit toujours la même chose.Car la Tradition est vivante: elle n\u2019est pas purement répétitive, même si elle n\u2019invente pas.On risque d\u2019exagérer de nos jours, en disant que lire un texte, c\u2019est le produire ou le re-produire, si on entend par là qu\u2019il n\u2019y a pas de texte réellement primordial et fondateur.Mais il est vrai pourtant que la lecture n\u2019est pas une pure répétition.A fortiori quand il s\u2019agit de la genèse du Nouveau Testament.Les Apôtres ont fait quelque chose que le Christ 180 RELATIONS n\u2019avait pas fait.Ils ne sont pas de purs \u201céchos\u201d, au sens un peu inerte de ce mot.Il y a un développement apostolique de la Révélation dans la Tradition des Apôtres.Mais loin d\u2019altérer le mystère du Christ, ce développement l\u2019expose tel qu\u2019il est dans toute sa profondeur.Par où l\u2019on voit la responsabilité des Apôtres.L\u2019autre lacune revient à ce que Von BALTHASAR a appelé Y actualisme de BARTH: la Révélation comme Tradition de Dieu par soi serait un peu comme un coup de tonnerre: le typhon de la croix! L\u2019homme a péché, et Dieu a détruit le péché dans le Christ, pour que nous devenions en lui justice de Dieu (2 Cor 5, 20-21).Ce serait l\u2019acte foudroyant de Dieu qui détruit le corps du péché et qui fait apparaître le corps de la Résurrection en vue de notre justification.C\u2019est profond, mais il y a encore autre chose.Pour le Nouveau Testament, la Révélation n\u2019est pas un acte foudroyant et comme instantané, qui se répercuterait dans la puissance de l\u2019Esprit où chacun tomberait sous la puissance du typhon! Le Nouveau Testament nous montre dans la Révélation je ne sais quelle élongation existentielle.Le Concile a remis en lumière de façon magnifique cet aspect, à savoir que la Révélation, selon le mot de S.Jean, est un acte historique qui dure et dans lequel le Christ révèle Dieu de l\u2019intérieur de la chair.\u201cLe Verbe s\u2019est fait chair et II a habité parmi nous\u201d, dit Jean (1, 14).Et c\u2019est cet \u201chabiter parmi nous\u201d qui est la Révélation même.Celle-ci, comme le dit le début de l\u2019épître de Jean, repris par le Concile dans le Prologue de la Constitution \u201cDEI VERBUM\u201d, est inséparable de \u201cce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché, ce que nos oreilles ont entendu\u201d (1 Jn 1, 1).La Révélation passe par l\u2019existen-tialité sensorielle - pas sensuelle, mais sensorielle - de l\u2019homme.Elle passe donc par la durée.La Révélation de Dieu dans la chair du Christ ne se produit pas seulement à l\u2019instant de la croix, qui est évidemment capital, mais elle implique toute l\u2019ex-istentialité de Jésus, qui nous fut perceptible à travers la sensorialité même de la chair des hommes.JUIN 1977 3.Caractère existentiel de la Révélation du Christ Or ceci constitue un paradoxe extraordinaire.La Révélation, comme Tradition de soi de Dieu dans le Christ, ne peut pas être pensée indépendamment de la chaîne et de la trame du tissu existentiel de notre humanité.On voit, on entend, on touche le Christ; je dirais même qu\u2019on le \u201csent\u201d; \u201cnous sommes la bonne odeur du Christ\u201d, dit S.Paul (2 Cor 2, 15): il fait partie intégrante d\u2019un paysage et d\u2019un moment.Tout ceci est d\u2019une humanité extraordinaire et permet à Jésus de dire qu\u2019il a révélé ses mystères \u201caux petits et aux humbles, et non pas aux sages et aux savants\u201d (Mat 11, 25).De fait, le chemin par lequel il passe n\u2019est pas un chemin conceptuel, mais sensoriel: un chemin existentiel à coup sûr.Jésus a révélé en plein champ, parlé en plein air, et, comme le disait l\u2019image du Larousse de notre enfance, il a semé à tout vent.Il va et il vient, il parle et il se tait, il répond, il interroge, il soupire, il réagit tout haut, il guérit, il gourmande, il s\u2019émeut, il appelle, il se repose, il prie la nuit, il mange à table, il parle à un homme, il parle à une femme, il bénit les enfants, enseigne parfois de façon magistrale, mais la plupart du temps \u201cbat les buissons\u201d.C\u2019est en battant les buissons de Galilée qu\u2019il se manifeste au hasard de la vie et conformément à la fugacité contingente de l\u2019existence.Ce caractère existentiel est capital si l\u2019on veut désintellectualiser la Révélation et prendre au sérieux le témoignage évangélique sur le Révélateur.Contre toutes les conceptions abstraites et conceptualisantes auxquelles, pour faire face au \u201cmodernisme\u201d, disait-on, on a parfois réduit la Révélation, celle-ci a au contraire un caractère expérientiel fondamental.Le caractère conceptuel est second, non pas secondaire, mais second.Ce qui est premier dans le Christ, c\u2019est la manifestation existentielle du Révélateur dans le tissu humain de notre contingence.L\u2019humanité de Jésus, admirable dans sa simplicité, fait de la Révélation de Dieu une réalité étonnamment déchiffrable du point de vue humain.Mais, c\u2019est là son paradoxe: infiniment déchiffrable du point de vue humain, elle devient inquiétante par sa fragilité.En effet, comme dit Isa'ie, \u201cl\u2019homme est comme l\u2019herbe: toute sa consistance est celle de la fleur des champs\u201d (Is 40, 6).La lisibilité existentielle de Jésus est inséparable de la fragilité existentielle qui fait sa lisibilité même.Il va payer pour ainsi dire le prix de la chair par laquelle il passe.On peut reprendre à propos de Jésus ce que la Sagesse dit de l\u2019homme, et de l\u2019homme pécheur: l\u2019homme est comme la trace de la flèche dans l\u2019air, des pas sur le sable, du sillage d\u2019un bateau sur la mer (cf Sg 5, 10, 12).\u201cJe sème à tout vent\u201d: c\u2019est le côté merveilleux de l\u2019existentialité de Jésus qui se livre! Mais il faut ajouter: \u201cautant en emporte le vent\u201d! Que va-t-il rester d\u2019une existence qui n\u2019a aucun contrepoids à sa fugacité?Or il est pourtant vrai que la Révélation qui se déroule ainsi dans une telle fragilité existentielle, c\u2019est toute la Tradition de Dieu par soi.Il n\u2019y aura rien d\u2019autre.Par sa valeur humaine, la Révélation risque de compromettre sa solidité.Comment va-t-elle résoudre un tel paradoxe?Il faut qu\u2019elle le résolve en restant dans l\u2019ordre de l\u2019existentialité, et non pas en passant dans celui de la conceptualité: ce qui serait une pure trahison! Il faut donc qu\u2019elle reste dans l\u2019ordre existentiel et qu\u2019en cet ordre-là, elle trouve un remède à la fugacité de l\u2019existence même.Vous l\u2019avez deviné: le remède existentiel à ce qu\u2019a de fugitif l\u2019existen-tialité de la Révélation est de l\u2019ordre du témoignage.4.Le témoignage apostolique Si le Christ est livré à tout vent et s\u2019il bat les buissons, il y a avec lui des gens qui sont pris dans ce vent et qui battent avec lui les mêmes buissons.Il y a des gens qui s\u2019imprègnent du caractère incomparable de cette existentialité dont le rayonnement quotidien constitue la Révélation elle-même.a) Témoins occasionnels La Révélation de Jésus tombe d\u2019abord comme sa propre existence 181 dans le coeur émerveillé de ceux et celles qui deviennent les témoins occasionnels de ce que Jésus fait, ou dit, ou est.Bénéficiaires d\u2019un contact personnel avec Jésus, comme la Samaritaine, Marie-Madeleine, Ja'ire, Zachée, ils ne peuvent pas oublier ce qui s\u2019est passé.Fugace pour les autres, l\u2019événement est pour eux définitivement inscrit.Donc, le peuple qui regarde Jésus va être infiniment sensible à la perception de l\u2019existentialité dont se nourrit le témoignage.Cependant ceci ne suffit pas.De tels témoins demeurent transitoires.Or c\u2019est constamment que Jésus comme révélateur existentiel, vit, marche, parle, agit.Donc, il faut que tout cela soit retenu.b) Témoins permanents Les Douze seront donc ceux qui vont représenter autour de Jésus la couronne d\u2019imprégnation existentielle permanente.Jésus les choisit: il est tellement inséparable d\u2019eux que, pour pouvoir arracher le Christ et le soumettre aux autorités romaines afin de le crucifier, il faudra faire sauter un élément de la couronne.Ce qui suggère que les Douze constituent un dispositif permanent de l\u2019ex-istentialité de Jésus.Jésus, existentiellement considéré dans l\u2019acte public de sa Révélation, c\u2019est Jésus et les Douze.\u201cIl les fit douze\u201d, comme dit Marc (Mc 3, 16) dans un ara-méisme impressionnant et que JE-REMIAS estime à raison tout à fait primitif.5.\tLa mémoire apostolique La mémoire apostolique a \u201cfonctionné\u201d - si l\u2019on ose ainsi s\u2019exprimer - en des situations existentielles convergentes avec celles où Jésus s\u2019est d\u2019abord trouvé: situations de prédication, de prière, d\u2019évangélisation, d\u2019exorcisme, etc.Devant la situation vivante, ou mieux à l\u2019intérieur d\u2019elle, on revit ce qu\u2019a été Jésus.On ne le revit pas selon la fantaisie d\u2019une intelligence qui projette ce dont elle a besoin, mais selon la fidélité d\u2019une mémoire concrète qui retrouve ce qu\u2019elle a vécu: c\u2019est bien ainsi qu\u2019il disait que.qu\u2019il faisait.Les Apôtres, constituant ou contrôlant le témoignage évangélique, nous redonnent de Jésus l\u2019image existen- tielle de celui sans lequel le christianisme serait une idéologie, alors qu\u2019il est une expérience qui se transmet jusqu\u2019à la fin des temps.La contradiction a été surmontée: la Révélation reste totalement existentielle, c\u2019est une affaire d\u2019expérience, et cependant elle est arrachée d\u2019une part à l\u2019évaporation qui la menaçait et d\u2019autre part à la limitation spatio-temporelle qui risquait de l\u2019enclore.En pouvant acquérir l\u2019universalité qui lui revient, elle a gardé toute la simplicité existentielle qui lui est propre et qui la définit pour toujours comme Tradition de Dieu par soi dans la chair des hommes.Les Apôtres constituent pour ainsi dire l\u2019anamnèse fondatrice de la Révélation dans l\u2019existentialité de l\u2019histoire.6.\tLes Apôtres, \u201cpartie\u201d du mystère Nous demandions tout à l\u2019heure si les Apôtres faisaient vraiment partie du mystère du Christ; je pense que de la sorte on peut voir à quel point les Apôtres font réellement partie du mystère du Christ.Ne résumons pas le résultat de notre analyse d\u2019une façon unilatérale et déformante: il est très vrai, et c\u2019est ce que le Concile a voulu rappeler à juste titre, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019Apôtres sans le Christ.Mais il faut ajouter aussitôt que, du point de vue de la Révélation, il n\u2019y a pas de Christ sans Apôtres, pourvu que les Apôtres n\u2019excluent pas d\u2019autres témoins, mais intègrent eux-mêmes leur existence: en tout premier lieu, les saintes femmes qui seront les premières à découvrir les indices de la Résurrection.Ils restent néanmoins ces témoins absolument privilégiés, qui vont assurer le discernement de la mémoire et la solidité du souvenir dont l\u2019Evangile se nourrit et nous-mêmes par lui.Donc, pas de Christ sans Apôtres.Comme nous sommes en France, dans un pays où l\u2019on est toujours un peu ébloui par Chartres, j\u2019oserai dire en identifiant du point de vue architectural les ébrasements du portail avec les voussoirs: pas de Christ au trumeau sans Apôtres aux voussoirs.La Révélation, c\u2019est inséparablement le Christ et les Apôtres.Les Apôtres font partie intrinsèque de la Ré- vélation, en tant qu\u2019elle doit être livrée dans le monde jusqu\u2019à la fin des temps.Les Apôtres ne font pas partie sociologiquement du fait du Christ; ils font partie christologiquement du mystère de la Révélation.7.\tLa transmission Evidemment, ceci se transmet, bien que ce soit un problème que de montrer comment.C\u2019est la grosse difficulté à laquelle s\u2019est heurté CULLMANN et à laquelle a répondu le Père DANIELOU.Il a montré après CULLMANN sur ce point, qu\u2019il était impensable de voir le Christ de la Résurrection assumer la tâche du témoignage apostolique.Mais il a montré au surplus que la Tradition dans son ensemble, c\u2019était la continuité du Christ de la Résurrection au coeur de son Eglise jusqu\u2019à la fin des temps, dans la Puissance de l\u2019Esprit, sous le signe de Y institution apostolique tout entière.Pour répondre à la difficulté de CULLMANN disant: \u201cles témoins oculaires représentent une situation qui ne se transmet pas\u201d, je dirai: d\u2019accord, on ne transmet pas le fait qu\u2019on est témoin oculaire; on l\u2019est, ou on ne l\u2019est pas! Mais la fonction apostolique ne se définit pas uniquement par le fait d\u2019être témoin oculaire; elle comporte aussi la tâche d\u2019apprendre à garder ce que le Christ a enseigné.Cela, les Apôtres le font en tant que témoins oculaires, mais il n\u2019est pas nécessaire d\u2019avoir été témoin oculaire pour le faire.La tâche apostolique contient comme un double feuillet dont l\u2019un est intransmissible et l\u2019autre ne l\u2019est pas.C\u2019est par l\u2019aspect des tâches transmissibles que la fonction d\u2019A-pôtre est successorale.La succession, c\u2019est l\u2019épiscopat; et avec l\u2019épiscopat, le presbytérat.En ce sens-là, je crois que l\u2019on peut dire quelque chose de valable qui renouvelle le sacerdoce, en le situant dans une vision globale de l\u2019Apostolicité propre à l\u2019Eglise.(1)\tCf Const.\u201cLUMEN GENTIUM\u201d, no 18.(2)\tCf Const.\u201cDEI VERBUM\u201d, no 7.182 RELATIONS Fondements et limites d\u2019un dialogue Juif-Chrétien-Musulman Par Sr Marie Noëlle, n.d.s.* Depuis quelques années s\u2019est éveillé en plusieurs pays un intérêt pour un dialogue entre les adeptes des trois religions \u201cabrahamiques\u201d: Judaïsme, Christianisme et Islam.Dernièrement s\u2019est tenu à Ben-dorf, près Coblence (Rép.Fédérale d\u2019Allemagne) un dialogue de ce type entre trente-cinq étudiants et jeunes théologiens, catholiques et protestants de plusieurs pays d\u2019Europe, Juifs du Léo Baeck College de Londres, et musulmans originaires d\u2019Europe et du Moyen Orient, qui étudient ou travaillent en Angleterre.L\u2019automne prochain, du 16 au 18 octobre, doit se tenir à Vienne (Autriche) un important colloque sur le thème \u201cTrois croyances - une société\u201d.Le Cardinal Konig, archevêque de Vienne, doit y prendre la parole, vraisemblablement sur la tâche des \u201cCroyants au sein de l\u2019Incroyance\u201d.Les 3 et 4 mai derniers, une expérience similaire s\u2019est tenue près de New York, organisée par Y Institut Oecuménique des Frères Franciscains de Graymoor.Le thème en était: FONDEMENTS ET LIMITES D\u2019UN DIALOGUE ENTRE CHRETIENS, JUIFS et MUSULMANS.Environ soixante-dix personnes, chrétiens de plusieurs Eglises, Juifs de tendances diverses et quelques Musulmans pakistanais, passèrent ensemble près de deux jours, à explorer les perspectives d\u2019un dialogue valable.Trois conférenciers, un de chacune des confessions, exposèrent le point de vue, successivement d\u2019un Juif, d\u2019un Musulman et d\u2019un Chré- * Centre MI-CA-EL, Montréal.JUIN 1977 tien, se gardant bien de parler au nom de tous leurs frères dans la foi, chaque croyance étant loin de constituer un bloc homogène.I \u2014 Un point de vue juif Professeur Zalman Schachter, du Département de Religion de Temple University, Philadelphie.Le problème de la foi: préambule nécessaire pour bien situer le dialogue.Toute foi religieuse s\u2019appuie sur des données vraies, mais d\u2019une vérité qui n\u2019est pas celle des sciences exactes.De plus, enracinée dans un événement éloigné dans le temps, elle nous parvient enrichie des broderies d\u2019une interprétation développée au long des âges par une réflexion \u201cmidrashique\u201d, chère aux adeptes de cette tradition et vitale pour eux, mais qui ne s\u2019impose pas à ceux qui y sont étrangers.Autre difficulté: le fossé qui existe entre la vision intérieure et l\u2019expression verbale qui en est donnée, laquelle est nécessairement tributaire d\u2019une époque et d\u2019un contexte culturel.Enfin, troisième handicap au dialogue, les lectures différentes des mêmes Ecritures dans les trois traditions.En sorte qu\u2019au \u201cdialogue de la foi\u201d devrait s\u2019ajouter le \u201cdialogue de l\u2019herméneutique\u201d.Une \u201cthéologie du gcii\u201d Si l\u2019élaboration d\u2019une \u201cthéologie du judaïsme\u201d a commencé aujourd\u2019hui en milieux chrétiens, une \u201cthéologie du non-juif\u2019 (en hébreu: go'i) paraît également nécessaire dans le juda'isme.Sans doute la tradition rabbinique a-t-elle élaboré la doctrine dite des 7 commandements \u201cnoachiques\u201d (ou de Noé), dont l\u2019observance suffit pour plaire à Dieu et assurer son salut à quiconque n\u2019est pas juif; l\u2019observance des préceptes de la Torah de Moïse étant l\u2019apanage onéreux du seul \u201cpeuple de l\u2019Alliance du Sinâi\u201d.Le chrétien et le musulman cependant ne sauraient se contenter d\u2019être assimilés à un quelconque non-juif, car eux aussi se réclament d\u2019Abraham.Maimonide, le grand théologien-philosophe du Moyen Age, et quelques autres penseurs illustres du judaïsme, l\u2019ont bien perçu et ont assigné un rôle positif au christianisme et à l\u2019Islam qui pavent la voie au monothéisme et préparent l\u2019avènement de l\u2019ère messianique.Rabbi Schachter se ferait volontiers l\u2019avocat d\u2019un pas de plus pour établir un lien entre le judaïsme et les deux religions \u201cabrahamiques\u201d.Il propose le développement du concept de \u201cGer toshav\u201d (un peu analogue à notre \u201cimmigrant reçu\u201d) qui signifierait une union avec le peuple juif dans la prière.Titre qui avait été décerné au début du siècle en France à un catholique, Aimé Pal-lières, fortement attiré vers le judaïsme.Où les jeunes nous mènent-ils?Le Professeur Schachter remarque que la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui estime plus important ce qui est commun que ce qui sépare.Or, au long des âges, il est notoire que certaines conceptions, certains intérêts ont été l\u2019apanage commun de penseurs chrétiens et juifs d\u2019une même époque.Ainsi des périodes, ou âges, se succèdent où des intérêts communs sont décelables, indépendamment de la tradition dont 183 on se réclame.Aujourd\u2019hui le mouvement va de l\u2019ésotérisme vers l\u2019exotérisme, mais ce dernier est freiné par la tendance inverse, et un besoin se fait sentir chez beaucoup, de jeunes aussi, pour un retour aux pratiques traditionnelles où chacun retrouve avec son identité profonde, une sécurité que l\u2019on sentait compromise.Limites du dialogue - Avec les chrétiens: la personne de Jésus de Nazareth, sur laquelle s\u2019est opéré le clivage, est un sujet difficile à aborder pour un Juif.A la différence de ses coreligionnaires qui depuis un siècle se sont à nouveau penchés sur la personne de Jésus, à partir des évangiles synoptiques, le Professeur Schachter estime que le réel point de départ d\u2019un dialogue juif-chrétien sur ce sujet est l\u2019évangile de Jean.Le LOGOS, Parole, Verbe, du Prologue de Jean a pour équivalent l\u2019araméen MEMRA, qui a fait l\u2019objet de spéculations théologiques dans le judaïsme ancien.Or ce concept, assez analogue à celui du LOGOS, se retrouve dans certains enseignements de la Kabbale.Il relève encore que la Torah (enseignement des 5 livres de Mo'ise) joue dans la tradition juive un rôle comparable à celui du Christ dans la tradition chrétienne.-Avec les Musulmans: Il semble qu\u2019un dialogue puisse s\u2019établir à plusieurs niveaux.Notamment à partir de l\u2019accord sur le Dieu Un et transcendant, ainsi que sur un certain nombre de pensées et comportements; en revanche chacun des partenaires doit se cantonner dans la fidélité à sa sphère propre au niveau où s\u2019opère la différence des traditions, d\u2019un côté Isaac, de l\u2019autre Ismaël.II \u2014 Un point de vue chrétien Professeur Monika Hellwig, département de Religion de Georgetown University, Washington D.C.(catholique) Après avoir endossé la position du Professeur Schachter relativement au problème de la foi, Madame Hellwig expose sa propre conception du dialogue: dialoguer c\u2019est d\u2019abord témoigner de ce que l\u2019on est, de ce qui fait la spécificité de la croyance que l\u2019on représente, et écouter avec respect les autres partenaires, desquels on attend la même franchise.C\u2019est à partir de la proclamation du salut universel en Jésus de Nazareth, centre du message chrétien, qu\u2019elle entend aborder le dialogue.Se référant à l\u2019encyclique \u201cEc-clesiam Suam\u201d, elle note que le dialogue n\u2019est pas une discussion de vérités en conflit, mais un échange sur la nature du salut.Le chrétien doit donc proclamer sa conception du salut, mais en termes qui soient compréhensibles à ses interlocuteurs.Si les Juifs et les Musulmans sont les premiers partenaires du dialogue, il est désirable que celui-ci s\u2019étende aux adeptes des autres religions, ainsi qu\u2019aux non-croyants.Son point de vue exposé, le chrétien demandera, au Juif en quoi son espérance du salut n\u2019a pas été réalisée en Jésus de Nazareth, au Musulman, pourquoi il refuse l\u2019universalité du message chrétien.Par ailleurs une attitude d\u2019humilité est requise du chrétien engagé dans le dialogue, avec la conscience aiguë que la communauté chrétienne est dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui une faible minorité.Eléments et conditions d\u2019un dialogue avec les Juifs et les Musulmans A partir de la notion du DIEU-UN qui s\u2019est révélé, mais demeure totalement inaccessible à nos intelligences créées, une prière commune est concevable, précisément parce qu\u2019aucune de nos trois traditions ne saurait prétendre être en possession de la Révélation totale et exhaustive.En revanche si l\u2019expression doctrinale d\u2019une foi est tenue pour immuable, il n\u2019y a pas de place pour le dialogue.L\u2019histoire a un but, une destinée, une tâche doit y être accomplie, celle du salut du monde par le Maître de l\u2019univers, à qui tous les peuples appartiennent.Cela mène directement aux problèmes de la justice sociale, des droits de l\u2019homme et de la femme, à tous les sujets d\u2019actualité, si divers qu\u2019ils soient, comme le droit à l\u2019existence d\u2019Is- raël par exemple.Car des bases religieuses existent à partir desquelles il convient de les aborder.Nos trois traditions se réclament d\u2019Abraham, et possèdent en commun tout un florilège d\u2019histoires bibliques.Chacune cependant s\u2019estime le peuple choisi par Dieu pour le salut au monde.Il est bon pour chaque communauté d\u2019apprendre comment les autres se définissent, s\u2019entendent elles-mêmes.Jésus-Sauveur La perception chrétienne de Jésus de Nazareth comme plénitude de la Rédemption semble faire obstacle au dialogue.Si l\u2019on se donne la peine de l\u2019exposer en termes intelligibles, évitant un langage trop philosophique et théologique qui rebute, le dialogue peut cependant s\u2019engager.Mais si nous sommes incapables de trouver le language requis, n\u2019est-ce pas que nous serions devenus plus ou moins étrangers à notre propre tradition?D\u2019autres barrières s\u2019élèvent encore: -\tL\u2019histoire douloureuse des rapports judéo-chrétiens, l\u2019antisémitisme et la discrimination, les persécutions séculaires rendent difficile un échange avec les Juifs, spontanément appréhensifs du prosélytisme, ou encore, dans le contexte actuel, de la mise en question du droit de l\u2019Etat d\u2019Israël à l\u2019existence.-\tLe dialogue avec les Musul- mans se heurte aux obstacles suivants: souvenir des croisades, colonialisme des \u201cnations chrétiennes\u201d, impérialisme économique, pèsent sur le partenaire musulman.Le chrétien pour sa part tend à regarder l\u2019Islam à travers les situations qu\u2019il croit discerner dans les pays musulmans:\tviolence, terrorisme, condition inférieure de la femme, absence de démocratie, etc.L\u2019Eglise Une première difficulté provient de la division des Eglises.Une autre de l\u2019image, prévalente chez beaucoup, de l\u2019Eglise-chrétienté, encore vivace quoique archaïque; de même on parle des \u201cnations chrétiennes de l\u2019Occident\u201d, négligeant l\u2019aspect universel de l\u2019Eglise.Un dialogue avec des non-chrétiens exi- 184 RELATIONS ge que le concept de l\u2019Eglise soit clarifié.La meilleure présentation à en faire semble être celle de \u201cl\u2019assemblée de ceux qui sont re-nés du Christ\u201d, qui en conséquence regardent d\u2019abord vers les pauvres, les démunis, dont le Crucifié est le symbole.La Trinité Autre point critique dans le dialogue avec Juifs et Musulmans.Certains théologiens d\u2019aujourd\u2019hui cherchent d\u2019ailleurs une expression du mystère en langage moderne, à substituer au vocabulaire moyenâgeux qui n\u2019est plus compris.L\u2019Alliance Ne pourrait-elle jouer un rôle important dans le dialogue?De même l\u2019image de la semence et de l\u2019arbre d\u2019où sont issues deux branches, proposée par le théologien juif du moyen âge espagnol, Yehouda Halevy?III \u2014 Un point de vue musulman Professeur Zafar Ansari, de l\u2019Institut Islamique de Recherche de l\u2019université McGill.L\u2019Islam, partenaire \u201cspécial\u201d dans le dialogue Dès le début, le Professeur An-sari tient à le souligner, et précise qu\u2019il commencera par donner un aperçu de la doctrine de l\u2019Islam.Notre monde pluraliste, en effet, a besoin de dialogue, mais comment entendre celui-ci dans le contexte de la tradition islamique en sa rigueur?L\u2019homme: sommet de la création de Dieu, est tourné spontanément vers le bien, cherche à connaître son créateur et à vivre avec lui en relation étroite.Etranger à la notion de péché originel, le Musulman n\u2019a pas besoin de Rédemption.La Révélation procure à l\u2019homme la connaissance de la volonté de Dieu et dirige sa conduite, mais ne fait pas connaître l\u2019essence divine.Tous les prophètes, d\u2019Abraham à Jésus compris, ont été musulmans et ont enseigné l\u2019Islam, c\u2019est-à-dire la soumission à Dieu.Mohammed, JUIN 1977 le dernier d\u2019entre eux, a consigné son message dans le Coran.Ce message s\u2019adresse à l\u2019humanité entière.L\u2019abrogation.Les autres traditions religieuses ont toutes eu des commencements sains, et le Coran confirme les messages du judaïsme et du christianisme, mais met en question la fidélité de ces traditions à leur origine.C\u2019est cela qu\u2019on appelle la doctrine de \u201cl\u2019abrogation\u201d.Quand bien même elles seraient restées authentiquement préservées, ces traditions doivent être abandonnées car elles ont altéré, à leur insu, le concept même du Dieu-Un.L\u2019approche musulmane du dialogue avec Juifs et chrétiens Selon l\u2019Islam, le pluralisme religieux est permis par Dieu comme favorisant la liberté humaine.L\u2019héritage commun, parfois invoqué, est ambigu, car il a subi des distorsions dans les traditions juive et chrétienne.Tu aimeras ton prochain, ce commandement est commun aux trois traditions et peut servir de base au dialogue.Le Musulman, en effet, doit non seulement témoigner du message révélé, mais encore le vivre, d\u2019où les possibilités ouvertes pour un dialogue.Il serait naïf cependant de trop en attendre.\u201cAidez-vous les uns les autres à faire le bien.Ne commettez pas de péché\u201d, voilà semble-t-il la base du dialogue possible entre les trois religions qui se réclament d\u2019Abraham.A noter d\u2019ailleurs que l\u2019Islam, qui mentionne les Juifs et les chrétiens, et leur accorde le statut de \u201cminorités protégées\u201d dans les pays où il est religion d\u2019Etat, ne parle jamais du judaïsme ni du christianisme, ne considérant pas les traditions religieuses en soi, mais les communautés de foi.Responsabilité devant Dieu: Le poids de la responsabilité qui pèse sur le Musulman réclame une continuelle évaluation de sa fidélité à Dieu, car il vit, non pour se glorifier lui-même, mais pour exalter la parole de Dieu.CONCLUSION La richesse et la densité des exposés ne permet que d\u2019en relever les traits essentiels, on a essayé de le faire, mais il y manque bien des nuances et la relation des réactions auxquelles chacun d\u2019eux a donné l\u2019occasion.Le Professeur Schachter, déçu par la présentation du Dr Ansari, dans laquelle il discerne un certain fondamentalisme, a surtout des questions à poser.N\u2019avons-nous vraiment rien à partager nous qui, tous, nous réclamons d\u2019Abraham?Et pourquoi s\u2019en être tenu au seul Coran sans noter l\u2019évolution de la pensée de son auteur sur plusieurs points, en particulier concernant les Juifs?Pourquoi encore avoir oublié des développements historiques de l\u2019Islam après Mahomet?, etc.En revanche il se déclare enchanté de la présentation-choc du Dr Hellwig.Celle-ci précise que la Rédemption peut s\u2019entendre même sans la doctrine du péché originel.De récentes théologies chrétiennes, comme celles de l\u2019Espérance ou de la Libération, situent le besoin de rédemption à partir de la condition présente de l\u2019humanité.Pour ce qui est d\u2019une prière commune, volontiers envisagée par le Professeur Schachter, elle se montre réservée, rejoignant en cela le Professeur Ansari.Tous deux appréhendent un risque de superficialité et de syncrétisme.Quant au Dr Ansari, il exclut du dialogue tout contenu spécifiquement religieux, refusant toutefois à un dialogue centré sur les besoins de l\u2019homme le caractère d\u2019 \u201chumaniste\u201d, car il y voit un soubassement et des incidences religieuses.Il note aussi que le christianisme semble mettre l\u2019accent sur la nouveauté, tandis que l\u2019Islam répète sans cesse que rien n\u2019est nouveau, que c\u2019est toujours le même message que donne la Révélation, celle-ci ne connaissant de développement qu\u2019au sens \u201csubjectif\u2019, selon qu\u2019elle atteint chacun de nous au fil des jours.La question a été posée de savoir combien, même officiellement délégué par sa communauté de foi, un participant au dialogue est réellement représentatif de celle-ci.185 Jonas dans notre baleine par Jean-René Ethier* Comment parler de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui à l\u2019homme d\u2019aujoud\u2019hui?Tous les langages s'y épuisent avec, comme corollaire, la rumeur inénarrable d\u2019une cacophonie qui embrouille plus le propos qu\u2019elle ne l\u2019éclaire.Puis, c\u2019est en passant de la science-fiction à la futurologie (plus ou moins scientifique) que la mode semble aller.Prenons-nous assez conscience, par exemple, qu\u2019une grande partie de la littérature pour jeunes (qu\u2019elle soit cinématographique ou littéraire) renie la poésie des contes passés, sous prétexte de réalisme scientifique, pour verser dans la construction d\u2019un futur aléatoire, rempli de monstres verts, d\u2019hommes-robots, d\u2019animaux étranges, laids et menaçants, de violences omniprésentes?Tout cela à l\u2019image toutefois \u2014 et c\u2019est là sa contradiction intime \u2014 de notre propre monde dont on copie, en le propulsant dans un avenir arbitrairement \u201cévolué\u201d, l\u2019éventail de ses vicissitudes actuelles! Les contes anciens avaient, au moins, le profit de faire rêver en douceur: ceux des temps actuels ne sentent que l\u2019horreur et le béton d\u2019acier.Et cela est devenu le monde poétique de nos jeunes, alternant avec la pseudo-poésie des troubadours \u201cpop\u201d (1).Quel substrat de toute cette idéologie demeurera dans le subconscient de notre jeunesse qui la poursuivra le reste de sa vie! Noyé dans cette futurologie de mauvais goût, que dire du cinéma lui aussi, quand il ne cesse de tourner en rond au- * L\u2019a., prêtre, est animateur culturel, critique cinématographique et professeur de littérature française au Séminaire du Verbe Divin à Granby.tour des mêmes mensonges, qu\u2019il bafouille des histoires à dormir debout, farouille dans les poubelles et les alcôves, dénonce toute les valeurs sans chercher à critiquer sa propre dénonciation et sans lui opposer ses valeurs neuves ou compétitives?C'est alors qu\u2019avec soulagement on reçoit un film qui nous réveille.Jonas qui aura 25 ans en l\u2019an 2000 fait figure de prophétisme inquiétant.Une fresque de marginaux Le titre dit exactement la chose: ce n\u2019est pas un film futurologique sur l\u2019an 2000: c\u2019est un film sur notre temps.Le temps où nous sommes, monstrueux comme une baleine.La baleine de nos contradictions, de notre mode de vie impossible, assommant.La baleine qui dévore nos petits Jonas et qui risque de les assassiner comme l\u2019enfant Mozart qui dort en chacun de nous.A moins que cette baleine ne s\u2019organise pour vomir nos Jonas engloutis! Mais pour cela, il faut que des gens y voient clair.Qu\u2019ils agissent comme des marginaux de cette vie.Qu\u2019ils nous donnent la leçon du possible et de l\u2019espoir.C\u2019est cela le dernier film d\u2019Alain Tanner.Il est d\u2019abord réconfortant de constater qu\u2019Alain Tanner semble, pour son 5ème film (après Charles, mort ou vif, La Salamandre, Le Retour d\u2019Afrique et Le Milieu du monde), couper radicalement avec le groupe des Cinq (2) et revenir à ses premières préoccupations: une recherche existentielle.Il retrouve, ici, ses joyeux drilles de La Salamandre dont il va tisser, comme un maître-horloger invisible, un nouveau destin rempli d\u2019entrecroisements subtils.Or, tout ce beau monde s\u2019agite sous sa fraîche baguette magique.186 RELATIONS Parmi tout ce beau monde \u2014 car il y a beaucoup de monde en ce film \u2014 c\u2019est d\u2019abord Max (remarquez comme tous les noms commencent par un M), un journaliste de gauche, trublion solennel, déçu du grand mai 68, et qui va se consoler dans les bras de Madeleine, secrétaire intérimaire, revenue des Indes et entichée de tantrisme.Puis Marco, (Jean-Luc Bibeau) instituteur lunaire à la pédagogie inquiétante (il n\u2019en finit pas d\u2019acheter, sur ses maigres gages, des produits alimentaires pour illustrer ses cours d\u2019histoire: ainsi, des mètres de boudin qu\u2019il sort d\u2019une valise pour démontrer, dans une débauche de non-sens les replis du Temps! Puis, Mathieu, en rupture de ban avec son syndicat illusionné et trop gourmand, et sa femme Malthide (elle ne cherche qu\u2019à faire des enfants \u2014 allez comprendre cela quand tout le monde court après la pilule!) qui viennent chercher un emploi, après avoir quitté leur HLM (3) et leur banlieue-dortoir toute bétonnée, chez les maraîchers Marcel et Marguerite.Marcel est un doux-dingue qui s'enferme dans son grenier pour dessiner des animaux; Marguerite distribue ses faveurs aux déshérités turcs et portugais d\u2019un bidonville voisin.Mathieu s\u2019occupera moins de son fumier à transporter que de réunir les gamins du patelin et de leur faire un cours d\u2019économie politique, dans une serre, les dressant à dessiner, grandeur nature, les grandes personnes sur un mur, le nouveau mur des Réformés! (4).Puis Marie (Miou-Miou), caissière dans une chaîne d\u2019alimentation qui s\u2019obstine à couper les prix sur les denrées de ses clients et à apporter, chaque soir, un panier de provisions à son vieux copain (Raymond Buissière: admirable Raymond Buissière!), lequel lui raconte ses souvenirs de conducteur de locomotives.Tous, en quelque sorte, marginaux.Qui sont là pour prendre notre place.Ils vont se réunir, huit, pour conjuguer leurs frustrations et tenter d\u2019enfanter un petit qui aura 25 ans en l\u2019an 2000! Une activité marginale Voilà les personnages; voilà le décor.Voici la seule action du film: des gens, en mal de retrouver les vraies valeurs fondamentales:\tl\u2019amitié, la causette, l\u2019entr\u2019aide, le rire! C\u2019est leur façon de contester un monde où il devient de plus en plus difficile de vivre, puisque tout y est chambardé.Le salut est dans la simplicité retrouvée.\"L\u2019argent, dira Max citant Freud, c'est de la merde.J\u2019ai un ami médecin qui voulait faire une thèse sur la constipation de Calvin.\" Trop heureux alors, si Jonas, Nouvel Emile issu de mai 68 et qui aura 25 ans en l\u2019an 2000, peut apprendre ces valeurs qui lui JUIN 1977 permettront, peut-être, de survivre dans une civilisation qui va grandissant en pourrissant.A son image, il nous faut, nous aussi, retrouver ce plaisir de l\u2019enfance et jouer avec la \u201cbande à Bibeau\u201d! Car, ce mur grossier où dessinent les enfants, c\u2019est l\u2019écran.Le mur où la vraie réforme sociale va s'accomplir.Le cinéma a, lui aussi, quelque chose à dire sur cette transformation de notre société.Pourquoi sa voix ne serait-elle pas mieux écoutée que celle, essoufflée, de tous les prophètes de malheur que sécrète notre société malade?Jonas qui aura 25 ans en l\u2019an 2000, chronique insolente de doux marginaux pittoresques qui reprennent, pour leur compte, la révolution avortée des Hippies des années 60, nous en avertit: ce n\u2019est que dans les seules valeurs naturelles que l\u2019homme retrouvera son bon sens.Drôles de parrains que ces gens blessés (comme nous), déçus, battus mais non vaincus, sincères, généreux, lucides, amers mais non désespérés, et qui s\u2019entêtent à croire au miracle de l\u2019homme, lequel ressortira indemne du ventre de notre civilisation monstrueuse, baleine engloutissant même les meilleurs.Farce ou conte de fées?Au fond, tous les personnages de Tanner sont des poètes, et c\u2019est peut-être ce dont nous manquons le plus actuellement: de la poésie au fond de nos existences sombres! Car, on aura remarqué tout de suite que ces gens sont, malgré tout, trop heureux entre eux.Qu\u2019ils sourient trop.Qu\u2019ils s\u2019aiment trop.Or, trop d\u2019amour devient suspect.Ce nouveau \u201cmilieu du monde\u201d est trop beau.Trop insolite.Nous en rêvons trop, tous.comme d\u2019un retour utopique d\u2019Afrique, pour croire un instant qu\u2019il est vrai.Qu\u2019il est même possible.C\u2019est ici que le film rejoint la fable.Alain Tanner aime les symboles: La Salamandre le disait bien.Or, le spectre de la baleine hante continuellement le film.Cette référence biblique à Jonas n'est pas sans profondeur.Car, ce qui nous menace actuellement, c\u2019est toujours la baleine: entendez, cette nature qu\u2019on croyait avoir maîtrisée et qui se venge en se retournant contre nous.La pêche industrielle n\u2019est-elle pas en train de tuer les baleines?Et les phoques?Et le progrès scientifique, tout notre environnement?A un moment du film, on voit apparaître des banquises de crevettes: plus de baleines pour les manger.Désordre écologique qui menace de renverser tout l\u2019ordre des choses.Nous sommes des prédateurs, des as- sassins: nous sommes mangés par le monstre que nous voulions mettre à notre service.Or, le génie de Tanner, c\u2019est de nous le dire dans cette petite histoire qui sert de référence et de parabole à la fiction entière.Ce film tout simple qui nous fait penser à un conte de fées, n\u2019est pas aussi joyeux qu\u2019on pourrait le croire.C\u2019est une implacable dénonciation tragique du tragique de nos existences.Et le rire, ici, est bien jaune, sous le biais d\u2019une méditation qui nous demande de réfléchir sur nos certitudes.On y dit la détérioration des rapports humains, la destruction de la nature.Mieux qu\u2019un traité, mieux encore qu\u2019un essai pompeux à la manière des statisticiens, mieux qu\u2019une théorie économiste, le fillm, avec adresse, sensibilité, intelligence, se contente de faire vivre devant nous des êtres de chair et d\u2019os qui jouent pour nous la thèse universelle d\u2019une société en état de mutation telle que la pensée ne peut y être stagnante ou figée.Ou satisfaite de ses élucubrations.Malgré ses faiblesses \u2014 car le film n\u2019évite pas certaine lourdeur, certains lieux communs, certains maniérisme propre à Tanner et à un certain cinéma revendicateur actuel \u2014 il nous dit encore, férocement, que tout changement commence aussi par le rêve.Bien sûr: tout cela, on le savait déjà! Et sur ce point, Tanner ne nous apprend pas grand-chose.Mais c\u2019est assez qu\u2019il nous le redise sur un certain ton.Le ton qui lui est propre: un peu de mélancolie bon-enfant sous les éclats de rire, des blagues et du charme indéfinissable de son cinéma.Qu\u2019il nous le redise par un conte de fées qui \u2014 comme ceux d\u2019autrefois \u2014 recèle la plus amère leçon de vie.(1)\tNe trouvons-nous pas tous les prétextes pour ne point déranger le goût de nos adolescents avec leur musique \u201cpop\u201d, prétextant peut-être qu\u2019il n\u2019y a là, chez eux, qu\u2019un goût de passade et pensant que la musique n\u2019est pas dangereuse?Si seulement on portait attention à cette \u201cpoésie\u201d qui sous-tend cette musique, faite d\u2019appels au monde de la drogue, de l\u2019affranchissement total, de la destruction des valeurs et qui modèle, à leur insu, l\u2019inconscient de nos jeunes! (2)\tDont Claude Goretta et Michel Soutter.(3)\tHabitation à loyer modique: la France devient sursaturée de ces immenses pigeonniers esthétiquement disgracieux et qui ne sont pas sans poser des sérieux problèmes humains.(4)\tL\u2019action se passe dans la campagne, à quelques mètres de la banlieue de Genève, en Suisse! 187 Finita la commedia! par Georges-Henri d\u2019Auteuil Un autre Goldoni.Au Rideau Vert, cette fois.Mais l\u2019Imprésario de Smyrne est moins exubérant que Arlequin, valet de deux Maîtres, parce que moins marqué par la Commedia deil\u2019Arte.Par contre, plus satyrique, aux personnages plus nuancées et plus profonds.En fait, Goldoni dramaturge connaissait bien le milieu des artistes, spécialement celui des comédiens.Dans sa longue carrière, il avait dû avoir à se plaindre de leurs caprices, de leur vanité, hypocrisie et cupidité.Il est bien clair aussi que c\u2019est un monde où fleurit souvent une féroce jalousie.Pour un moraliste et psychologue, il y a là matière à peinture de caractères fort intéressante et toujours actuelle.Goldoni a profité de l\u2019aubaine.Oui, l\u2019Imprésario de Smyrne étale avec complaisance les mesquineries et manigances qui habitent les artistes, surtout du théâtre lyrique, où se manifestent volontiers intrigues et combines \u2014 d\u2019un mot italien \u201ccombinazione\u201d, que Goldoni devait bien connaître.Parmi ces dames, qui sera la prima donna?Et le ténor Pasqualino sera-t-il préféré à ce vaniteux sopraniste, Carluccio?Le Comte Lasca, grand protecteur des arts (en attendant que, plus tard, des ministres ou des barons de la finance le remplacent), réussira-t-il à pousser sa \u201cpetite amie\u201d aux premiers rangs?Pour avoir déniché quelques anciennes vedettes usées à la corde, l\u2019affairiste véreux, Nibio, recevra-t-il le juste salaire de ses efforts?Quoique Turc un peu égaré à Venise, Ali, avisé et prudent imprésario de Smyrne, se dégage, par la fuite, du pétrin où il allait s\u2019empêtrer, abandonnant les malheureux artistes sur le débarcadère avec leur saint-frusquin et leurs illusions avortées.Pas de triomphale tournée à Smyrne pour eux.Même si on se doute bien qu\u2019il se passe parfois, dans le monde des artistes, des choses pas toujours très catholiques (et oecuméniques!), l\u2019amateur de théâtre ignore ordinairement les jeux derrière les coulisses, l\u2019\u201cenvers du décor\u201d selon l\u2019expression chère au T.N.M., où l\u2019on quitte ses masques et oripeaux de scène pour devenir tout simplement des humains habillés, à toutes les époques, de qualités et de défauts comme tous les humains.Et comme il y a près de trois siècles, Goldoni se retrouverait vite très à l\u2019aise au milieu de notre talentueuse faune de comédiens et chanteurs qui hantent nos diverses scènes et studios de télévision ou radio.Y trouverait-il une humanité véritablement en progrès?En attendant sa réponse, attardons-nous un peu à dénombrer les comédiens de chez nous qui ont consenti à se moquer d\u2019eux-mêmès en exprimant les sentiments très ambigus des personnages de Goldoni.Robert Prévost, le metteur en scène, a assez bien fait les choses en rassemblant comme prétendantes au titre de prima donna, la jeune, jolie et sans voix (comme bien de nos chanteuses de TV!) mais patronnée par le comte Lasca, Elizabeth Le Sieur; la chanteuse d'expérience passablement fanée de Janine Sutto; la corpulente polonaise de Lénie Scoffié capable bien sûr de lancer un retentissant Ut de poitrine, si on en juge par sa manière d\u2019enguirlander ses compagnes.Jacques Zouvi se prétendait un ténor bien présentable, au contraire d\u2019André Montmorency dont le sexe et la voix prêtait à discussion.Quant au poète André Cailloux, il se promettait de rafistoler n\u2019importe quel scénario et de l\u2019adapter à toutes les voix, selon les besoins du démarcheur de vedettes, Louis de Santis, ou les amours du compte Lasca, Hubert Noël.Ses talents toutefois ne seront pas nécessaires vu le départ impromptu de Ronald France, imprésario turc entiché de jolies dames mais peu désireux de passer pour une poire.Dans le décor bien imaginé de Prévost, les costumes aux allures orientales, spécialement pour les femmes, éclataient de couleurs et de faste.Il ajoutait du brio au texte de Goldoni et au jeu des acteurs, et du plaisir pour l\u2019oeil.188 RELATIONS Giraudoux Les potaches de nos collèges classiques d\u2019hier savent que la guerre de Troie a bien eu lieu.Ils l\u2019ont appris en piochant les quelques centaines de vers admirables de Vlliade d\u2019Homère que leurs professeurs essayaient de leur faire goûter.Aussi restent-ils sceptiques et incrédules quand Jean Giraudoux affirme dans le titre d\u2019une de ses pièces que la Guerre de Troie n'aura pas lieu.Titre qui surprend, étonne et sûrement pique la curiosité.En effet, en dépit des efforts d\u2019Hector, de sa femme Andromaque, de sa mère Hécube et même du grec Ulysse, la guerre de Troie aura lieu.D\u2019imbéciles vieillards fanatiques, butés et paillards par dessus le marché, de fumeux intellectuels exaltés de la gloire des autres dont ils chanteront, en beaux examètres, la mort héroïque, la désirent follement, eux, qui ne la feront pas, mais en jouiront comme d'un spectacle.Sous la direction de Jean Mercure, le Théâtre de la Ville (Paris) vient de nous présenter, au théâtre Maisonneuve, cette pièce de Jean Giraudoux qui vitupère les sentiments irréfléchis des hommes qui sottement s\u2019affrontent en des guerres de plus en plus cruelles au mépris de millions de morts mais, au fond, ne règlent jamais rien.Ecrite il y a quarante ans, la Guerre de Troie n\u2019aura pas lieu annonçait pour le diplomate Giraudoux, l\u2019horrible hécatombe de 1940.En vain, comme toujours.Que se soit il y a quatre mille ans ou quarante, l\u2019esprit de domination et de puissance règne toujours au coeur de l\u2019homme et régnera longtemps encore \u2014 même après le cri pathétique de Paul VI: \u201cPlus jamais de guerre!\u201d Devant une petite salle (il a fallu descendre les spectateurs des balcons pour mieux gonfler l\u2019orchestre) mais sympathique et intelligente, les comédiens français de Jean Mercure nous ont présenté, dans un sobre décor, lumineux et suggestif, un spectacle de belle venue.Le pilier de l\u2019oeuvre est le troyen Hector.Il commande et anime toute l\u2019action.Interprété avec assurance et sincérité par José-Maria Flotats, il garde la tête froide et lucide devant les élucubrations de l\u2019hurluberlu poète Demokos, que Maurice Chevit a rendu avec l\u2019exaltation voulue du va-t-en-guerre effréné.Hélène, la belle grecque enlevée par Pâris et qui se balade dans les rues de Troie sous les regards admiratifs du peuple, est l\u2019enjeu de la guerre.Elle retournera volontairement chez elle, et c\u2019est la paix; elle restera à Troie, épouse du frère d\u2019Hector, et c'est la guerre.Anny Duperey incarne cette beauté du diable avec beaucoup d\u2019élégance, de charme et de raffinement et, comme une vraie grecque, elle sait mentir avec une grâce souveraine.Les autres comédiens jouent leurs personnages pour ou contre la guerre avec naturel, conviction et justesse de ton, et l\u2019Andromaque de Dominique Jayr est particulièrement émouvante et chaleureuse, mais sa voix étouffée ne passe pas toujours la rampe et certains mots et finales nous échappent.Jean-Pierre Aumont-aidé de Giraudoux \u2014 a réussi à nous donner une image assez sympathique et apparemment sincère du rusé Ulysse.Jean Genet Génie est un mot à la mode.On ne sait pas trop ce qu\u2019il veut dire, mais qu\u2019importe! La chose est pourtant moins courante qu\u2019on pense, même si plusieurs s\u2019en croient possesseurs à des degrés divers, sans doute.Jusqu\u2019à des truands, les Mesrine, Carlos, Rivard, Lemay, qui s\u2019attribuent volontiers du génie.Et s\u2019en vantent.Comment refuser alors de l\u2019attribuer à cet autre docteur-ès-incarcé-ration, Jean Genet.Pour lui, du moins, ce n'est pas un titre de vaine bravade, de jactance prétentieuse; ses oeuvres \u2014 romans et pièces de théâtre \u2014 prouvent son authentique valeur.Tel est le verdict de la renommée: Jean Genet est peut-être le dramaturge le plus important de notre époque.Toutefois on le joue rarement.D\u2019abord, il n\u2019est pas très orthodoxe.Il est aussi très contesté.De plus, on le dit \u201cauteur difficile\u201d, précaution de langage qui cache son manque de clarté.Preuve: les efforts de réflexions alambiquées, abstruses, d\u2019André Brassard pour essayer de nous expliquer Genet et le Balcon, oeuvre qu\u2019il a potassée pendant des mois, comme metteur en scène et pendant les répétitions journalières.Preuve encore: les réactions entendues autour de moi, dans la salle, et à la sortie, qu'on peut concrétiser par la réflexion de ce monsieur: \u201cTout ce que je comprends, c\u2019est que cela se passe dans un bordel.\u201d Eh oui, le Balcon, que nous offre, en fin de saison, le Théâtre du Nouveau Monde, c\u2019est le lupanar de luxe de Madame Irma, la tenancière.Genet nous convie à visiter la maison close qu\u2019il a imaginée.Pourquoi?Comme une étude socio-psychologique du genre de vie et d\u2019activités des résidentes du lieu, de leur comportement entre elles et avec la patronne?Pour présenter une satire amère des institutions qui appuient le Pouvoir: l\u2019Eglise, la Magistrature, l\u2019Armée?Au contraire, chanter la révolution libératrice du bon peuple et de l\u2019amour?Ou plutôt, par un cérémonial (un autre mot à la mode) hautement baroque et dérisoire, en montrer le pourrissement dans les officines du vice?A moins de vouloir fustiger l\u2019odieuse \u2014 et habituelle \u2014 collaboration fructueuse de la police et du bordel?Un peu de tout cela, en fait, et autres choses encore.De quoi dérouter un honnête amateur de théâtre qui ne se nourrit pas de symboles ou d\u2019allégories, mais qui voit se dérouler la procession de vulgaires fantoches qui se prennent pour d\u2019autres.Spectacle assez pitoyable et dont on se passerait volontiers.Mais le décor (qui a dû coûter des sous, et plusieurs!) de Guy Neveu avec ses somptueuses portes et son jeu de miroirs qui magnifiaient les costumes de François Barbeau et les attitudes et gestes des personnages, était certes très ingénieux et suggestif.Et les comédiens recueillis par André Brassard ont certainement fait tout leur possible pour rendre claires et accrochantes les nombreuses intentions de l\u2019auteur.En premier lieu \u2014 à tout seigneur tout honneur! \u2014 Monique Mercure, récemment proclamée la meilleure actrice de cinéma de l'année au Festival de Cannes, et qui, sur la scène du T.N.M., faisait la tenancière du Balcon, Madame Irma.En début de carrière, elle avait interprété une jeune et émouvante carmélite, dans le fameux Dialogue des Carmélites de Bernanos.Preuve qu\u2019elle est douée d\u2019un talent varié et souple que l\u2019on peut maintenant reconnaître.Pourtant, avec Michèle Rossignol, sa compagne dans une longue scène assez ennuyeuse du Balcon et collègue en enseignement d\u2019art dramatique, elle pourrait réapprendre à projeter sa voix dans la salle et ainsi mieux nous faire entendre tous les mots et syllabes surtout les finales de son texte.Du reste de l\u2019abondante distribution de la pièce, je veux dégager la savoureuse performance ecclésiastique de Gérard Poirier qui, drapé dans son majestueux costume d\u2019Evêque, mériterait une place quelque part au fronton de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, mais pas trop loin de quelque gargouille grimaçante, et celle, désopilante, de Jean-Louis Rioux, en vieux Général extravagant, ridicule et poussif, dont la folichonne sortie a mérité les applaudissements de la salle.Il y a bien encore le toujours intéressant François Tassé qui, d\u2019abord amoureux d\u2019une putain \u2018libérée\u201d, devint par la suite une symbolique et affolante identification d\u2019un chef de police.Là-dessus, Madame Irma pense \u2014 avec nous \u2014 que finita la commedia et flanque dehors tous les clients de son Balcon.D\u2019ailleurs, la soirée était fort avancée.Pour tout le monde, il était temps de faire dodo.JUIN 1977 189 L'envers des choses en robe \u201cdemi-deuil\u201d: La poésie de Michel Lemaire Elle passa, mauve et noire, Close au murmure des maisons vieilles.Violet, gris, mauve, blanc et noir, telles sont les couleurs qu\u2019avaient coutume de porter les femmes, il n\u2019y a pas encore si longtemps, pendant les derniers mois de la période obligatoire de leur deuil.Ayant peu à peu dissipé les ombres trop lourdes, atténué la douleur et les regrets, le temps, ce grand guérisseur, ouvrait une échappée discrète vers la vie et vers l\u2019espoir.Les veuves, alors, quittaient insensiblement leur robe de grand deuil: le noir s\u2019atténuait, se dispersait pour faire place à des demi-teintes troublantes, tel ce mauve triste et tendre, au sourire mouillé, équivoque, comme l\u2019ennui quand il est éclairé par l\u2019attente.La poésie de Michel Lemaire s\u2019enveloppe dans ces teintes de demi-tristesse.Elle ne pleure pas, elle ne rit pas.Elle raconte à voix feutrée, sur le ton de la confidence, \u2014 elle ne dit toutefois que ce qu\u2019elle veut dire: Mais vous ne saurez pas Les blancs de mes histoires.(P.40) \u2014 les morts successives, entourées de silence, qui ont précédé, provoqué la sortie lointaine sur les chemins de la parole.Je m\u2019appelle Novembre presque en toute saison Parti de nord et d\u2019ennui.(7.) Novembre ramène les vivants au royaume des morts.Il est le mois des évocations, des couronnes posées sur les tombes, sur les feuilles sèches et les pelouses fanées.Le regard s\u2019arrête un moment sur les images mortuaires; la main tourne les pages noires des albums anciens.Sous l\u2019action du temps, les photos en noir et blanc virent aussi au mauve, les mèches dorées retenues par une faveur pâle perdent leur éclat, deviennent grises comme si les morts eux-mêmes pouvaient encore vieillir: Pour ces mortes qui dorment Au versant de ma mémoire, (.) Je vous parle parfois.(19.) La poésie de Michel Lemaire est toute simple, modeste sous des vers qui la drapent d\u2019un voile de dignité un peu ancienne, voire de noblesse.Des rythmes doux, presque mélodieux, l'enveloppent de froissements, tandis que les espaces blancs réservés aux silences lui font des ajours éblouissants de dentelle et que les signes de ponctuation, comme les mouches que les femmes posaient autrefois sur leur visage et sur leur gorge, lui donnent une apparence d\u2019innocence et de candeur.Séduisants dans leurs parures, ces poèmes rendent pourtant un son de gravité: ils portent les traces d\u2019une blessure très grave.L\u2019on sent que le poète, étonnamment pudique dans la douleur, n\u2019avait qu\u2019une alternative: se taire ou bien transformer sa plainte en beauté dans la \u201cmarge du néant\u201d.Cette marge qui ressemble à un gouffre, le poète s\u2019en sert comme d\u2019une feuille blanche.De \u201csoi\u201d à \u201csoi\u201d, de \u201cmoi\u201d à \u201cje\u201d, il entreprend d\u2019établir une passerelle.Le vertige guette celui qui s\u2019attarde à contempler les strates du temps où se sont déchirés les souvenirs de l\u2019homme et ceux de l\u2019humanité.Les mots, les images, les vers et les poèmes, dans leur entrecroisement harmonieux, formeront-ils un tissu assez résistant pour permettre à l\u2019homme de passer indemne à travers la solitude, les regrets, les pièges du rêve et de la folie?Fasciné par \u201cl\u2019envers des choses\u201d, le poète, comme par miracle, \u2014 le miracle d\u2019une parole efficace, \u2014 reste debout et, qui plus est, réussit à avancer.\u201cParti de nord et d\u2019ennui\u201d, il refait le périple ténébreux du veuf et de l\u2019inconsolé, mais au bout de ce voyage immobile dans le monde des regrets, des chimères et des rêves, il sait, et il le dit, qu\u2019il atteindra, au soir, \u201cle simple pas d\u2019un enfant\u201d.Tout en étant très personnelle, la poésie de Michel Lemaire n\u2019est pas sans rappeler, par sa simplicité et sa \u201cfacilité\u201d, de même que par certains de ses par Gabrielle Poulin rythmes qui s\u2019appuient volontiers sur l\u2019énumération et la répétition, la poésie éluardienne dans ses meilleurs moments.Je songe, plutôt qu\u2019aux poèmes engagés, au merveilleux recueil de l\u2019Amour la poésie.La démarche des deux poètes, \u2014 mais peut-être en fin de compte est-ce celle de tout poète authentique, \u2014 est sensiblement la même: la fragilité de l\u2019amour, après les avoir conduits à s\u2019enfermer en eux-mêmes et à se griser de solitude et d\u2019ennui, les précipite peu à peu dans un monde de phantasmes où ils sont livrés aux sortilèges et aux éblouissements des \u201cparadis artificiels\u201d.Mais la poésie veille sur eux comme l\u2019ange qui saura les ramener, modestes et purifiés, à cette fenêtre qui donne sur un jardin: A l\u2019assaut des jardins Les saisons sont partout à la fois écrit Eluard; J\u2019attendais, debout à la fenêtre, Que le monde s\u2019ouvre (101), confie Michel Lemaire, avant que nous ne refermions le livre où il a \u201cdonné à voir\u201d quelques-unes des visions qui ont envahi les murs de sa maison.Après un poème liminaire adressé à celle qui n\u2019est pas venue, \u2014 peut-être l\u2019impossible inspiration qui eût ressemblé au rêve de l\u2019enfant, \u2014 Michel Lemaire entreprend l\u2019inventaire de son passé dans une première partie qu\u2019il intitule \u201cl\u2019Ennui des yeux de mer\u201d.Le poème dans lequel il évoque son enfance est bâti comme le rêve de l\u2019enfant dont il aura toujours la nostalgie, mais d\u2019un enfant qui sait \u201cle pervers des choses\u201d et \u201cdont la voix est feutrée\u201d, Comme celle des soirs de pluie Où le feu d\u2019artifice n\u2019aura pas lieu.(8.) Dans ce rêve à l\u2019envers, se succèdent les fragments de visions interrompues et revient, lancinant, le double refrain nostalgique: 190 RELATIONS Où s\u2019en furent mes maisons, Tous ces rêves qui furent?(16.) Non, la poésie de celui qui est sorti du monde magique de l\u2019enfance ne peut être de \u201cpavane et de coquillage\u201d.Elle est \u201ctrame de grisaille\u201d: C\u2019est comme un air de flûte éperdu, qui s\u2019éprend Du murmure qui fut.Le temps s\u2019en va navrant Le lancinant dialogue entre mon ombre et moi.Comme un foyer sans feu où la cendre se frôle.Faut-il renoncer à évoquer le passé?\u201cMon beau navire ô ma mémoire\u201d, chantait Apollinaire.Michel Lemaire, lui, se laisse enivrer, puis couler en ses navires: Et le noyé divague au sein des algues brunes, Portant, sous les paupières, Comme l\u2019extrême tension de la courbe d\u2019une anse.(25.) Déjà l\u2019on appréhende que de ce naufrage \u201cdans une onde mauvaise à boire\u201d, la poésie saura tirer sa provision d\u2019eau pure: la beauté vivante et suggestive de la dernière image contient cette promesse et cet espoir.Presque tous les poèmes de cette première partie, commencée dans la grisaille et l\u2019ennui, se terminent sur une échappée possible vers la lumière, faille, \"tache de vie\u201d ou lueur fortifiante de \u201cdeux doigts de cognac\u201d.Dans la deuxième partie, le poète entreprend ce qu\u2019il appelle des \u201cVoyages d\u2019orgueil\u201d.De même qu\u2019il a su revenir de son naufrage au pays de mémoire, reprenant l\u2019équipée folle du \u201cbateau ivre\u201d et l\u2019entreprise démiurgique d\u2019Orphée, il garde ouvert sur ses errements un oeil lucide et sage.Cette distance, prise volontairement face aux sollicitations oniriques, voire psychédéliques, ouvre un espace, sinon à l\u2019ironie amère, du moins à une sorte d\u2019humour un peu triste.Dans cet espace ouvert, le lecteur, que le sarcasme rejetterait inévitablement en face de lui-même dans sa propre solitude, trouve un lieu d\u2019accueil.Aussi s\u2019attarde-t-il à rêver à ce \u201cchemin doux entre les pins, qui mène à la plage \u2014 même si la critique le récuse\u201d, et à \u201cce vitrail vivant du feuilletage de pourpre d\u2019un amour dans le soleil que nous ne construirons pas.-C\u2019est la vie, dit Chick.-Non, dit Colin.\u201d (71.) Ainsi le poète, tout en traversant ce qu\u2019il appelle \u201cles Golfes obliques\u201d, tient JUIN 1977 les yeux fixés sur les réalités les plus simples.Le temps a beau exercer autour de lui, sur lui, ses ravages, les lieux, comme il le dit avec tant de volupté, lui \u201clèchent les mains\u201d.Dans la dernière partie intitulée \u201cCathay\u201d, Michel Lemaire, avant sans doute d\u2019entreprendre une nouvelle étape, fait le point.S\u2019il avoue que le cafard encore le \u201ctouche à l\u2019épaule\u201d, il reconnaît également qu\u2019il se laisse volontiers séduire par la lumière: Je ne sais trop, Je pose entre mes cils des brins de lumière Et les laisse jouer - entre eux.(98.) L'Envers des choses (1) est le premier recueil de poèmes de Michel Lemaire.Je n\u2019hésite pas à dire que c\u2019est aussi l'un des meilleurs parus en cette année 1976.L\u2019accompagnement pictural réalisé par François de Lucy en fait également l\u2019un des plus beaux.A ceux qui se sont éloignés insensiblement de l\u2019univers poétique québécois, ou tout au moins d\u2019une certaine poésie formaliste, volontiers hautaine et exsangue, j\u2019ose suggérer un retour, à la faveur de la démarche poétique de ce jeune poète.Invités à considérer avec lui l\u2019envers des choses, ils auront envie, tout comme lui, d\u2019en redécouvrir l\u2019endroit.Après la période de demi-deuil, l\u2019on s\u2019aperçoit avec émotion et ravissement que, même si l\u2019on a \u201cglissé à bord d\u2019une galère de cendre\u201d, \u201ccroisé des gerfauts au coeur lourd\u201d, .franchi cette rivière Dont tous les livres parlent Gardée par un sphynx qu\u2019il suffit d\u2019ignorer, (99.) la vie est toujours là qui nous redonne la parole et la parole nous gardera vivants pour que nous puissions .atteindre, au soir, Le simple pas d\u2019un enfant.(100.) 1.Michel Lemaire, L\u2019Envers des choses.Poèmes accompagnés de 10 dessins de François de Lucy.Montréal Quinze, 1976, 103 pp.Le 16 mai 1977.Ouvrages reçus Les vingt-cinq ans du TNM, son Histoire par les textes, 2.\u2014 Montréal, Léméac, 1977, 228 pages.Blais, Martin, Réinventer la morale.- Montréal, Fides, 1977, 160 pages.La Bible, Traduction officielle de la liturgie.\u2014 Centre national de pastorale liturgique, Paris, Desclée de Brouwer, Dro-guet-Ardant, 1977, 1356 pages.Bourque, Gilles:\tL\u2019Etat capitaliste et la question nationale.\u2014 Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1977, 384 pages.Desbarats, Peter: René Lévesque ou le projet inachevé.\u2014 Traduction française de Robert Guy Scully.Montréal, Fides, 1977 272 pages.Dubé, Marcel: Le réformiste ou l\u2019honneur des hommes.\u2014 Montréal, Théâtre, Léméac, 1977, 152 pages.Durand, Guy: Sexualité et foi.- Coll.Héritage et projet, no 19.\u2014 Montréal, Fides, 1977, 430 pages.Gérin-Lajoie, Antoine: Jean Rivard, le défricheur suivi de Jean Rivard, économiste.\u2014 Postface de René Dionne.\u2014 Collection Textes et documents littéraires.\u2014 Cahiers du Québec, Montréal, Hurtubise HMH, 1977, 400 pages.Grand\u2019Maison, Jacques: Une philosophie de la vie.\u2014 Montréal, Léméac, 1977, 292 pages.L\u2019Eglise et l\u2019année internationale de la femme 1975.Conseil Pontifical pour les laies, Rome.1 76 pages.Revue L\u2019Eglise aux quatre vents: Anglicans et catholiques.- Montréal, Fides, 1977, 40 pages.Bulletin national de liturgie: formation des animateurs de célébration, 2.\u2014 Vol.11, Janvier-février 1977.\u2014 96 pages.Masson, Joseph: Le Bouddhisme.- Desclée de Brouwer, 1975, 296 pages.Morin, Michel et Bertrand, Claude: Le contrat d\u2019inversion.- Montréal, éditions Hurtubise, HMH, 1977, 200 pages.Pelletier-Baillargeon, Hélène:\tContempla- tion.Le Carmel de Montréal.- Montréal, Fides, 1977, 72 pages.Revue Relations Industrielles, Volume 31, no 3.\u2014 Québec, les Presses de L\u2019Université Laval, 1977.Revue Internationale de Gestion, Vol.2, no 2, avril 1977, 92 pages.Roy, Raoul: Marxisme, mépris des peuples colonisés?.\u2014 Les Cahiers de la décolonisation du Franc-Canada, no 6.\u2014 Montréal, les éditions du Franc-Canada, 1977, 134 pages.Tremblay, Michel: Damnée Manon, sacrée Sandra.\u2014 Théâtre/Leméac, Montréal, 1977, 128 pages.191 DES LECTURES ENRICHISSANTES POUR LA PERIODE D\u2019ETE Quelques ouvrages simples qui peuvent vivifier l\u2019esprit et le coeur pendant que se refont les forces physiques Billet de commande Veuillez m\u2019adresser: .Ma faiblesse, c\u2019est ma force par Jean Vanier, illustré.92 pages, $3.00 .Larmes de silence par Jean Vanier, illustré.94 pages, $3.00 .Un pari pour la joie: l\u2019Arche de Jean Vanier par Bill Clarke, illustré.155 pages, $3.50 .Mon frère, ma soeur, inspiré de l\u2019oeuvre de Jean Vanier et Mère Térésa de Calcutta par Sue Mosteller, illustré.11 7 pages, $4.75 Eucharisties par André Myre, 2e édition.144 pages, $4.95 Valeurs du Sport Textes de Pie XII, Jean XXIII et Paul VI.123 pages, $3.50 Loisir Québec 1976 par Michel Bellefleur et Roger Levasseur.109 pages, $3.50 .Le Sport, Jeu et Enjeux?\t.Colloque Education-Sport.95 pages, $3.50 .L\u2019Eglise dans le Monde d\u2019Aujourd\u2019hui\t.par Richard Arès.357 pages, $8.50 .Recherche et Religions populaires\t.Colloque international.204 pages, $8.50 Nous assumons les frais de poste et d\u2019emballage pour toute commande payée d\u2019avance.Nom_ \u2014\u2014- Adresse .\u2014-\u2014\u2014\u2014- ___________________________________-____________________________code postal- Adresser votre commande aux: Éditions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 "]
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