Relations, 1 mai 1977, Mai
[" PRIX: 75c MAI 1977 MONTREAL Le Tiers Monde et nous par Rogert Garry Les problèmes du Liban par Robert Clément Alcoolisme et relèvement par Rolland Boyle La fête des Tentes par Paul Laporte Chroniques \u2022\tLittérature québécoise \u2022\tCinéma \u2022\tThéâtre revue du mois publiée sous la responsabilité d\u2019un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Robert Toupin.Conseil de Direction: Bernard Carrière, Jean-Louis D\u2019Aragon, Jean-Guy Saint-Arnaud, Jacques Saint-Aubin Comité de Rédaction: Albert Beaudry, Jacques Chênevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, Robert Toupin Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal H2P 2L9 tél.387-2541 Publicité: Liliane Saddik, 1700 rue Allard, Ville Brossard tél.678-1209 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.SOMMAIRE mai 1977\tvol.37\tno 426 Robert GARRY, Le Tiers Monde et nous\t131 Rolland BOYLE, Alcoolisme III- Une méthode de relèvement\t136 Paul LAPORTE, La fête des Tentes: pour une spiritualité de l\u2019aventure\t140 Robert CLEMENT, Liban: les problèmes restent entiers\t142 Prof.Simon DAVIS et David J.ROY, Politique des hôpitaux et éthique des situations médicales extrêmes.Compte rendu d\u2019un symposium\t145 Pedro ARRUPE, La faim de pain et d\u2019évangélisation: III-Conversion radicale\t147 Gabrielle POULIN, Matthieu, Maître-chasseur Un dieu chasseur, de Jean-Yves Soucy\t151 Benoît LACROIX, Annoncer Jésus-Christ (Extraits)\t154 Yves LEVER, La saison 1977: Pour mettre la mémoire en fête\t154 Jean-René ETHIER, Un cinéma de dérision\t156 Georges-Henri D\u2019AUTEUIL, Trois divertissements au théâtre\t158 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Nouveautés Stratégies éducatives dans le Tiers-Monde: innovations et perspectives d\u2019action 7e Colloque international de l\u2019Institut de Coopération internationale 15x23 cm, 196 pages - Prix: $6.00 * * * Actes du Congrès d\u2019Ottawa sur Kant dans les traditions Anglo-Américaine et continentale tenu du 10 au 14 octobre 1974 15,5 x 23,5 cm., 560 pages.- Prix: $15.00 * * * Jurivoc Lexicographie Bilinguisme Juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15,5 x 23,5 cm., 350 pages.- Prix: $12.50 * * * The Sexual Language An Essay in Moral Theology par André Guindon 14 x 22 cm., 486 pages.- Prix: $15.00 En vente chez votre libraire et aux Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey, Ottawa Ontario K1N 6N5 \u201cLe Saint Suaire\u201d Apprenez à connaître le Christ dans sa passion et sa mort au moyen des merveilleuses photos de son linceul.Les nombreux détails sont d\u2019une aide précieuse durant le Carême, pour le Vendredi-Saint, la Méditation du Mystère Douloureux, vos Homélies, les Retraites, la Catéchèse, l\u2019étude scientifique, etc.Montage audio-visuel comprenant 36 diapositives colorées ou un film fixe, une cassette et guide de projection en français ou en anglais.\u2014 $19.50 Un livret contenant plus de détails et des photos par un éminent sindologiste: \u201cIt is the Lord\u2019\u2019.- $1.50 \u201cLe Saint Suaire\u201d Séminaire Salésien Rue Don Bosco Sherbrooke, Qué.J1L1E5 130 RELATIONS Le Tiers Monde et nous par Robert Garry* MAI 1977 Pays sous-développés, pays en voie de développement, pays du Tiers Monde, autant d\u2019expressions qui recouvrent une même et triste réalité.Aujourd\u2019hui, les trois quarts de la population mondiale - dont la moitié a moins de vingt ans - habitant les deux tiers des terres émergées sont en proie à la faim, à la misère, au chômage, à la malnutrition et à de nombreuses déficiences de santé.Il y a là un grave sujet de méditation, non seulement pour les gouvernements, mais aussi pour chacun de nous, car notre destin personnel est étroitement lié au développement harmonieux et progressif des pays du Tiers Monde.* Professeur titulaire au département de géographie de l\u2019Université de Montréal.Qu\u2019est-ce que le Tiers Monde?L\u2019expression \u201cTiers Monde\u201d, couramment employée pour désigner les pays en voie de développement, fut, au départ, une formule commode et sans prétention,\"^utilisée par le démographe français Alfred Sauvy; il voulait par là évoquer les problèmes des pays pauvres, par analogie avec ceux que connut le Tiers-Etat, à la veille de la Révolution Française de 1789.Cette expression est aujourd\u2019hui quelque peu ambiguë; elle sert à désigner, tantôt les pays, que l\u2019économiste Pierre Moussa appelait dans un ouvrage bien connu \u201cLes Nations Prolétaires\u201d (1), tantôt les pays neutralistes, non alignés, opposés à la fois aux pays capitalistes et aux pays socialistes; tantôt, enfin, les pays où régnent la misère, la faim, le chômage, les calamités naturelles, et où les hommes mènent, dans des taudis innommables, une existence subhumaine! Le Tiers Monde, c\u2019est cependant bien autre chose et beaucoup plus que ces vieux clichés, plus ou moins 131 usés, auxquels nous ont accoutumés les mass media.Ce sont les pays qui ont en commun certaines caractéristiques que l\u2019on pourrait ainsi grossièrement résumer: forte croissance démographique, niveaux de consommation très bas, risques constants de disette, voire de famine, très grande vulnérabilité aux calamités naturelles, production agricole irrégulière et manque de produits essentiels, sous-emploi généralisé et parfois chômage chronique et enfin, très faible pouvoir d\u2019achat de la quasi totalité de la population.En un mot, les pays du Tiers Monde sont les pays en proie au sous-développement.Qu\u2019est-ce que le sous-développement?Le sous-développement est un phénomène complexe où s\u2019enchevêtrent des aspects économiques, sociaux, politiques, culturels et démographiques, lesquels cachent une exploitation des pays pauvres par des pays riches, des pays dominés par des pays dominants.On cherche aujourd\u2019hui à dissimuler ce fait sous des expressions en apparence anodines; on parlera, par exemple, de pays de la périphérie, par opposition aux pays du centre qui sont économiquement développés; on parlera de pays de l\u2019hémisphère Sud, pauvres et sous-développés, par opposition aux pays de l\u2019hémisphère Nord, industrialisés et hautement développés, aujourd\u2019hui engagés dans le dialogue Nord-Sud.Ces classifications sont grossières et ne tiennent qu\u2019un compte imparfait de la localisation géographique de ces divers pays.Il n\u2019y a pas si longtemps, on avait adopté, pour identifier les pays sous-développés, un certain nombre de critères que l\u2019on trouvait présents chez la plupart d\u2019entre eux: insuffisances alimentaires, analphabétisme, mauvais état sanitaire, forte mortalité infantile, gaspillage des ressources, faible productivité agricole, faible urbanisation, absence de classes moyennes, faible industrialisation, hypertrophie et pa- rasitisme du secteur tertiaire, faible produit national per capita, ampleur du chômage et du sous-emploi, subordination économique envers les pays industrialisés ou les compagnies trans-nationales, très fortes inégalités sociales, dislocation des structures traditionnelles, forte croissance démographique.et d\u2019autres encore.Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais ce n\u2019est que récemment que les pays du Tiers Monde en ont pris conscience et qu\u2019ils se sont sentis en état de sous-développement.Un certain nombre de ces critères ont aujourd\u2019hui perdu de leur rigueur et de leur valeur; ils n\u2019existent pas tous dans les pays sous-développés, et en tout cas, ne sauraient être considérés comme des causes du sous-développement; ils en sont, tout au contraire, les lamentables résultats.Alors que, dans les pays industrialisés, le développement de l\u2019économie capitaliste a amené l\u2019accumulation progressive d\u2019une énorme quantité de moyens de production, d\u2019infrastructures industrielles, de voies de communication et de moyens de transport, pareille accumulation ne s\u2019est pas produite dans les pays du Tiers Monde.La minorité privilégiée, autochtone ou étrangère, qui fut la première bénéficiaire des profits réalisés lors de l\u2019amorce des processus de développement, loin de les consacrer à des investissements productifs, préféra les gaspiller, les thésauriser sous forme de terres ou de métal précieux ou les déposer dans les banques des pays industrialisés.Le développement des forces productives fut ainsi tué dans l\u2019oeuf et les pays du Tiers Monde demeurèrent sous-développés.Naissance et évolution du sous-développement Le sous-développement a commencé à apparaître dès après les grandes découvertes de la fin du XVe siècle, lorsque les puissances de l\u2019Ouest de l\u2019Europe entreprirent la colonisation des territoires d\u2019ou-tre-mer.Les colonisateurs se trouvèrent en présence d\u2019économies de subsistance, où régnait un certain équilibre, mais où les structures économiques et sociales héritées d\u2019un passé souvent prestigieux étaient devenues statiques.A cette époque, les niveaux techniques, scientifiques et culturels du Moyen Orient, de 1 Inde ou de la Chine, pour ne parler que de ceux-là, étaient incontestablement plus élevés que ceux des pays de l\u2019Europe occidentale.La supériorité matérielle de l\u2019Europe ne se manifestera que beaucoup plus tard, au XVIII-ème siècle, avec l\u2019avènement de la Révolution Industrielle.Les premiers contacts entre ces différentes civilisations firent surgir dans les pays colonisés nombre de difficultés qui ne peuvent être imputées, ni à leur position en zone tropicale ou subtropicale, ni à leurs caractéristiques raciales, ni même à leurs religions orientées vers l\u2019indifférence, sinon le mépris, envers les biens matériels.Sciemment ou inconsciemment, la colonisation a provoqué la destruction des structures traditionnelles de la société colonisée, la ruine de l\u2019artisanat et l\u2019apparition d\u2019échanges inégaux imposés par la domination politique directe ou indirecte du colonisateur.Ces échanges répondaient aux préoccupations du Pacte Colonial qui n\u2019a pas disparu aujourd\u2019hui dans les faits.Mais l\u2019atout majeur des colonisateurs fut la Révolution Industrielle qui s\u2019est produite à la fin du XVIII-ème siècle en Europe Occidentale et au courant du XIXème en Amérique du Nord.Pour des raisons internes, propres à chaque pays colonisé, cette révolution industrielle n\u2019a pas affecté le Tiers Monde qui avait cependant, dans beaucoup de cas, une avance technique considérable sur l\u2019Occident.Toutefois, le succès des colonisateurs européens a moins dépendu de leur puissance matérielle que de la faiblesse interne des sociétés avec lesquelles ils sont entrés en contact et surtout de la collaboration que leur apportèrent un certain nombre de membres de l\u2019aristocratie locale.Dans toutes leurs possessions, les colonisateurs ont trouvé, sur place, des notables autochtones, qui se sont, d\u2019emblée, ralliés à leur cause, pour pouvoir 132 RELATIONS bénéficier des changements apportés dans les rapports sociaux par la colonisation:\tappropriation indivi- duelle de la terre, subordination et asservissement du pays aux grands propriétaires fonciers.Les minorités privilégiées, que l\u2019on rencontre aujourd\u2019hui dans la quasi totalité des pays du Tiers Monde, sont les descendants directs des collaborateurs de la période coloniale; elles ont renforcé leur puissance en ajoutant à leurs pouvoirs féodaux la possession d\u2019importants capitaux.Ce sont elles qui produisent les denrées d\u2019exportation et qui se sont arrogées le monopole fructueux de la distribution des produits importés.Les pouvoirs exorbitants de ces minorités leur permettent d\u2019opérer un énorme prélèvement sur les richesses du pays, s\u2019opposant ainsi au développement d\u2019une économie nationale, moderne et hautement productive.La disparition de ces minorités privilégiées est la condition sine qua non de tout développement; seule elle permettra la mise en application de réformes internes et la disparition de l\u2019impérialisme économique étranger, libérant ainsi les forces vives des pays sous-développés.La situation présente dans le Tiers Monde 11 convient tout d\u2019abord d\u2019exclure du Tiers Monde les pays qui se sont libérés de la tutelle économique étrangère et de ses contradictions économiques, sociales et culturelles.Dans ces pays, les travailleurs, qui n\u2019avaient à monnayer que la force de leurs bras, mais qui subissaient les contraintes et les risques inhérents à une économie de subsistance, se sont révoltés et ont pris en main leur destinée.On a vu ainsi naître, et vaincre, des mouvements révolutionnaires qui ont fait passer au socialisme un nombre grandissant de pays sous-développés.Ce passage s\u2019est opéré dans la plupart des cas par la révolte ouverte, la guerre civile ou à la faveur d\u2019une guerre internationale.Ce fut un combat pour plus de justice, pour plus de liberté et une lutte contre l\u2019exploitation économique.Les pays socialistes du Tiers Monde ne sont plus aujourd\u2019hui stricto sensu des pays sous-développés; ils se sont débarrassés de la tutelle étrangère et ont pris le contrôle de la plupart des processus qui caractérisaient leur sous-développement: état sanitaire, éducation, emploi, croissance démographique, industrialisation, etc.Par contre, les autres pays du Tiers Monde, ceux qui n\u2019ont pas réussi à se libérer des contradictions de l\u2019économie capitaliste, sont restés dépendants.L\u2019Inde, avec ses grandes propriétés foncières, la Malaysia, avec ses plantations capitalistes, et l\u2019Amérique Latine, avec ses grandes exploitations agro-patronales, en sont des exemples.Ces contradictions, qui se sont développées lentement, ont amené une intervention croissante de l\u2019Etat national, puis des institutions internationales, et enfin, stade ultime et actuel, des grandes firmes transnationales.Ces interventions ont introduit une stricte économie de marché, des politiques de planification et se sont accompagnées, le plus souvent, d\u2019une sévère répression policière visant au maintien de l\u2019ordre et à la sauvegarde des intérêts de la minorité privilégiée et du capitalisme international.Dans son ouvrage récent sur \u201cLa Géographie du Sous-développement\u201d, le géographe Yves Lacoste (2) a montré, avec beaucoup de clarté, le déroulement de cette évolution.Il a souligné que ces politiques ont été mises en application dans les grandes villes et leurs abords immédiats, dans les zones portuaires, les régions de plantation ou d\u2019agriculture intensive et dans les périmètres miniers.Il s\u2019est ainsi créé, au sein des pays sous-développés, un dualisme économique confrontant un secteur moderne, sorte d\u2019excroissance étrangère se nourrissant des ressources du pays, et un secteur traditionnel à faible productivité et dépourvu de tout dynamisme.Les liens de subordination qui unissaient autrefois les pays colonisés aux pays colonisateurs n\u2019ont pas disparu; ils se sont simplement transformés.Par l\u2019intermédiaire de gouvernants corrompus, monnayant leur autorité, et de classes dirigean- tes avides, les grandes puissances manoeuvrent pour s\u2019assurer des bases et des points d\u2019appui stratégiques sur toute la surface du globe, (Diego Garcia, Masirah, Socotora pour ne citer que les plus récents), pour s\u2019approvisionner en produits énergétiques et en matières premières indispensables à leur économie et pour susciter l\u2019accession au pouvoir de régimes politiques à leur dévotion.Une telle politique permet, tant aux Etats-Unis qu\u2019à l\u2019Union Soviétique de maintenir \u201cl\u2019équilibre de la terreur\u201d sur lequel est basée une coexistence que l\u2019on dit, non sans quelque sinistre ironie, pacifique.Jusqu\u2019à une date récente, la politique hégémonique des deux grandes puissances s\u2019exerçait par la violence; la guerre du Vietnam semble en devoir être le dernier exemple.Cette politique est poursuivie aujourd\u2019hui d\u2019une façon beaucoup plus subtile par le truchement des firmes transnationales.Philippe Laurent, S.J.soulignait dans un article récent (3) que l\u2019action politique de ces sociétés est une question brûlante.Il écrivait: \u201cle code sur les S.T.(en élaboration) comportera plusieurs paragraphes à ce sujet, entrant dans des précisions concernant la corruption des fonctionnaires ou d\u2019hommes politiques pour obtenir des marchés, le financement de groupes politiques au moment de campagnes électorales, l\u2019introduction d\u2019anciens hommes politiques dans les conseils d\u2019administration.\u201d Pour certains, la volonté d\u2019action politique des sociétés transnationales ne fait pas de doute et ils la dénoncent avec vigueur.Dans une déclaration faite en France, en mars 1975, par Dom Helder Camara, archevêque de Recife, l\u2019éminent prélat déclarait: Il n\u2019est pas contestable, à mon sens, que dans le Tiers Monde, les sociétés multinationales n\u2019hésitent pas à aider, par tous les moyens possibles et imaginables, au maintien des dictatures qui les accueillent, les comprennent et les appuient.Elles n\u2019hésitent pas non plus à agir pour empêcher l\u2019investiture de gouvernements qui pourraient leur créer des problèmes.Lorsque des gouvernements qui leur sont hostiles sont au pouvoir, elles font MAI 1977\t133 tout pour les renverser.Mais, évidemment, leur action s\u2019abrite sous les grands mots intouchables de sécurité nationale, de paix mondiale, et, dans les pays chrétiens, de sauvegarde des principes chrétiens.Les nouvelles classes sociales Le Président de la République du Sénégal, Léopold Senghor, faisait remarquer, il y a quelques années, que la lutte des classes n\u2019existait plus seulement dans les structures internes d\u2019un Etat, mais qu\u2019elles s\u2019étaient transposées, à l\u2019échelle planétaire, entre les nations.Nous voyons en effet aujourd\u2019hui des Etats hégémoniques qui imposent leurs décisions politiques, économiques, sociales et culturelles, au reste du monde, soit directement, soit par l\u2019intermédiaire des firmes transnationales agissant sous leur égide.Ces puissances, en l\u2019espèce les Etats-Unis et l\u2019Union Soviétique, sont responsables du bipolarisme politique qui régit désormais les relations internationales.Immédiatement au-dessous, se trouvent les états \u201cvassaux\u201d, développés écono-niquement, mais devenus dépendants des puissances hégémoniques.Ce sont, en particulier, les états de l\u2019Europe Occidentale que les Chinois désignent sous le nom de \u201cSecond Monde\u201d.Enfin, la troisième classe est constituée par les pays sous-développés gravitant dans l\u2019orbite capitaliste et se trouvant aujourd\u2019hui dans une situation socioéconomique de misère; ce sont les premières victimes de la crise économique.Dans un petit ouvrage au nom évocateur, Le Pillage du Tiers Monde (4), l\u2019économiste Pierre Jalée a montré par quels mécanismes le Tiers Monde est aujourd\u2019hui exploité par les pays développés.C\u2019est tout d\u2019abord la pratique de l\u2019échange inégal qui permet aux pays développés, dans le cadre du commerce international, de se procurer à bas prix les ressources énergétiques et les matières premières dont leur économie a un pressant besoin et de vendre, à prix élevé, les produits de leur industrie.C\u2019est aussi grâce à l\u2019inégalité des niveaux de salaire que les firmes transnationales peuvent bénéficier de coûts de production très bas et réaliser des superbénéfices dans les usines qu\u2019elles ont installées dans les pays du Tiers Monde; bénéfices qui ne sont pas investis dans les pays de production mais transférés à l\u2019étranger.Cette exploitation se pratique également sous le couvert de l\u2019aide internationale accordée sous forme de prêts, ou de dons, d\u2019accords commerciaux, plus ou moins léonins, et de conditions privilégiées d\u2019investissement.Nous signalerons en passant le scandale de la fourniture d\u2019armements ayant pour but de renforcer la puissance militaire des régimes dictatoriaux et de constituer en même temps un précieux débouché pour les industries des pays fournisseurs.Il suffira de remarquer que les fabrications d\u2019armement se sont élevées, en 1976, à 340 milliards de dollars, alors que les L de l\u2019humanité sont dans un état avancé de sous-alimentation, de malnutrition et de misère physiologique.Il y a là un véritable crime contre l\u2019humanité! La persistance du sous-développement est grosse de dangers; l\u2019injustice profonde qu\u2019elle constitue est génératrice d\u2019une situation explosive qui menace la paix.Sa Sainteté le pape Paul VI n\u2019a pas hésité à le proclamer à la face du monde lorsqu\u2019il a dit, à la tribune des Nations Unies, il y a quelques années: \u201cLe développement est le nouveau nom de la paix.\u201d Dans un document récent le Directeur de l\u2019Agence Canadienne pour le Développement International donnait cet avertissement: Il reste peu de choix possibles, ou bien l\u2019ordre international sera l\u2019objet d\u2019une restructuration qui réduira l\u2019écart entre pays industrialisés et pays en voie de développement, ou bien l\u2019humanité s\u2019engage dans une voie où il deviendra de plus en plus difficile d\u2019éviter les confrontations violentes.L\u2019opinion publique doit se rendre compte des réalités tragiques du Tiers Monde et de l\u2019impérieuse nécessité de mettre un terme aux maux chroniques dont il souffre et dont les pays développés sont, dans une large mesure, responsables.Il ne s\u2019agit plus aujourd\u2019hui de charité; il ne s\u2019agit pas davantage de justifier, aux yeux de l\u2019opinion publique, l\u2019attribution à l\u2019aide internationale d\u2019une fraction non négligeable des ressources de l'Etat qui s\u2019élève annuellement, en ce qui concerne le Canada, à près d\u2019un milliard de dollars; il s\u2019agit de réparer une injustice, de faire disparaître d\u2019injustifiables inégalités.La voie pour y parvenir est des plus malaisées; on pourrait envisager, comme premières mesures, de réorganiser le marché des matières premières, procéder à des réformes agraires, améliorer les termes de l\u2019échange et procéder à de profondes transformations sociales, afin de développer l\u2019économie nationale des pays sous-développés.A notre avis, l\u2019approche des problèmes des pays du Tiers Monde doit être, avant tout, humaine avant que d\u2019être matérielle; la formation et l\u2019action des hommes sont plus importantes que l\u2019aide monétaire ou le transfert de technologie; en tout cas, elles devraient les précéder, afin que ces dernières puissent porter tous leurs fruits.Nous devons tout d\u2019abord nous convaincre que les peuples du Tiers Monde ne nous sont nullement inférieurs; ayant confondu progrès matériel et civilisation, nous n\u2019avons pas pris conscience que dans tous les domaines - et les exemples abondent - la plupart des peuples soi-disant sous-développés furent, jusqu\u2019au XVIII-ème siècle, aussi ou plus avancés que nous.Par ailleurs, les peuples du Tiers Monde sont nos frères au plein sens du terme, car ils sont, comme disait le Mahatma Gandhi des intouchables, comme nous des créatures de Dieu.Comme nous, ils naissent, vivent, meurent, travaillent, aiment, souffrent, mais traduisent simplement leurs joies et leurs souffrances d\u2019une manière différente.Comme nous, ils sont aux prises avec les multiples problèmes de la vie quotidienne et sont en droit de pouvoir les résoudre dans la justice et la dignité.Il n\u2019y a aucune raison valable pour qu\u2019ils soient victimes des plus criantes injustices et qu\u2019ils paient de leur misère notre haut niveau de vie.Nos 134\tRELATIONS rapports avec eux doivent être basés sur un échange, juste et équilibré, non seulement de marchandises et de produits, mais aussi d\u2019idées et de sentiments.Sur le plan moral et spirituel, les peuples du Tiers Monde ont beaucoup à nous apporter; ils peuvent nous réapprendre certains comportements que notre société de consommation nous a fait oublier; amour du prochain, tolérance, respect des idées d\u2019autrui, amour et respect de la nature, sens de la communauté, respect de l\u2019âge et de l\u2019autorité, modestie dans nos besoins, politesse, dignité, maîtrise de soi.En un mot ils peuvent nous apprendre un certain humanisme et une certaine sagesse de la vie.La fin de notre civilisation Après la première guerre mondiale, Paul Valéry, effrayé des horreurs dont il avait été le témoin, prononçait cette parole célèbre, sonnant comme un glas: \u201cNous autres civilisations, nous savons que nous sommes mortelles.\u201d La dernière guerre mondiale, avec la sinistre apothéose de la bombe atomique, n\u2019a pas entraîné la disparition de notre civilisation, toutefois les dangers qui la menacent aujourd\u2019hui ne sauraient être sous-estimés.Pour la première fois dans l\u2019histoire, les plus intelligents et les plus clairvoyants des représentants de notre système capitaliste avouent publiquement qu\u2019ils nous conduisent à la catastrophe, car jamais une société humaine n\u2019a perdu, comme la nôtre, le contrôle de sa démographie, de sa technologie et de son système de consommation.Pour arrêter ce processus de dégradation, il faut harmoniser le développement de toutes les sociétés humaines.Nous ne pourrons y parvenir qu\u2019en nous imposant une série de contraintes et de privations.Il est indispensable, et ce dans le moindre délai, d\u2019arrêter l\u2019explosion démographique qui accentue la misère, les maladies de carence économique, le gaspillage et la pollution; il faut freiner la croissance économique, ralentir une production industrielle effrénée, dévoreuse de ressources et mettre un terme à la fabrication des arme- MAI 1977 ments inutiles et dangereux; il faut diminuer la consommation d\u2019énergie et de matières premières non renouvelables et recycler les ressources rares; il faut arrêter le gaspillage des richesses minérales, la dégradation des sols, lutter contre la pollution de l\u2019air, de la terre et des eaux et protéger ce qui nous reste d\u2019espaces naturels avec leur flore et leur faune et notamment les océans, dont l\u2019océanographe Pierre Cousteau disait récemment, qu\u2019ils n\u2019ont plus que pour vingt-cinq ans de vie! Si nous ne nous exécutons pas de bonne grâce, nous y serons contraints par les pays du Tiers Monde qui seront un jour acculés à la révolte par suite de notre égo'isme de peuples nantis et repus.Les pays dominés ont commencé à s\u2019associer entre eux afin de constituer un front commun en vue de revaloriser leurs ressources (quadruplement du prix du pétrole), de rechercher, sinon l\u2019annulation, du moins l\u2019aménagement de leurs dettes, qui s\u2019élevaient déjà en 1971 à 79.218 millions de dollars et qui n\u2019ont fait que s\u2019accroître depuis (elles atteindraient aujourd\u2019hui 200 milliards) et enfin de nationaliser leurs ressources naturelles et les entreprises qui les exploitent.Pour que l\u2019humanité puisse faire face à ce défi, il est indispensable de changer les mentalités, de créer un homme nouveau, en lui inculquant une autre morale, une nouvelle foi en l\u2019homme et en la nature dont dépend sa survie.Le temps presse car les maux dont souffre notre société empirent chaque jour par suite de l\u2019accroissement de la population, du chômage et de l\u2019inflation qui en sont la conséquence.Les évaluations les plus conservatrices des démographes des Nations Unies nous disent que la population mondiale doublera en moins de 35 ans et atteindra 8 milliards en l\u2019an 2010; les U appartiendront au Tiers Monde.Il nous faudra donc, d\u2019ici là, doubler la production agricole et industrielle, l\u2019énergie disponible, le nombre de logements, d\u2019écoles, d\u2019hôpitaux, des moyens de transport.cela paraît impossible, quelle que soit l\u2019ampleur du progrès scientifique.Il est donc impérieux de susciter dès maintenant chez les hommes et les femmes de ce monde l\u2019acceptation volontaire des sacrifices nécessaires à une nouvelle conception de la vie.Il faut changer notre mode d\u2019existence, nous débarrasser de l\u2019immonde tyrannie de l\u2019argent et du profit et conférer à notre vie une nouvelle dimension basée sur des valeurs morales et spirituelles.Il nous faut bâtir une société nouvelle, plus modeste, en harmonie avec la nature, où les inégalités entre les hommes seront atténuées, où la fraternité et la solidarité ne seront pas de vains mots; il nous faut réduire volontairement notre consommation pour éviter le gaspillage et l\u2019épuisement des ressources et répartir celles qui seront ainsi rendues disponibles entre les \u201cDamnés de la Terre\u201d comme les appelait Frantz Fanon (5).Enfin, il faut mettre un terme à la domination des pays pauvres par les pays riches et leurs alliés, les minorités privilégiées qui, par la corruption et les pots-de-vin, prélèvent une part démesurée des ressources nationales des pays dominés.Nous sommes parfaitement conscient que les solutions préconisées ci-dessus pour résoudre les problèmes du sous-développement, paraîtront utopiques à beaucoup d\u2019esprits; il n\u2019y a pas d\u2019autre alternative si nous voulons éviter la disparition de notre civilisation.Aussi bien acquiesçons-nous sans réserves à ce solennel avertissement lancé par l\u2019agronome français René Dumont: \u201cDésormais c\u2019est l\u2019utopie ou la mort\u201d (6).(1)\t.Pierre Moussa, Les Nations Prolétaires, Presses Universitaires de France, Paris, 1959.(2)\t.Yves Lacoste, Géographie du Sous-développement, Presses Universitaires de France, Paris, 1976.(3)\t.Philippe Laurent S.J., Le rôle des firmes transnationales, Le Monde Diplomatique, Mars 1977.(4)\t.Pierre Jàlée, Le pillage du Tiers Monde, Petite Collection Maspéro, Paris, 1975.(5)\t.Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, Cahiers Libres, François Maspéro, Paris, 1967.(6)\t.René Dumont, L\u2019utopie ou la Mort, Le Seuil, Paris, 1973.135 Alcoolisme III- Une méthode de relèvement par Rolland Boyle Présentement, une seule organisation, celle des Alcooliques anonymes, peut proclamer une réussite massive dans le relèvement et la rééducation des alcooliques proprement dits au moyen de ce qu\u2019ils appellent les douze étapes: 50rr des alcooliques qui entrent dans le mouvement des Alcooliques anonymes persévèrent et ne retouchent plus à l\u2019alcool.Parmi les autres, encore la moitié cessent définitivement de boire après une ou quelques rechutes, rechutes d\u2019une heure ou de quelques mois, parfois même de quelques années; donc 75r0 ne boivent plus jamais.Le dernier quart est constitué soit de malades mentaux, soit de gens qui n\u2019ont pas saisi le sens du programme proposé et ne l\u2019ont pas assimilé.Ces résultats sont confirmés par ceux obtenus dans les cliniques pour alcooliques où l\u2019on joint au traitement médical la thérapie des douze étapes.Soixante-quinze pour cent de succès au lieu de deux ou trois pour cent obtenus par d\u2019autres cures! Résultat impressionnant si l\u2019on considère que tous les membres des Alcooliques anonymes furent des al- 136 cooliques très actifs, experts dans leur genre et récidivistes indomptés.Cette méthode n\u2019est ni infaillible, ni unique: bien d\u2019autres modes de traitement existent et produisent des fruits excellents, et les Alcooliques anonymes eux-mêmes ne prétendent pas atteindre tous les alcooliques.\u201cNous avons rarement vu faillir à la tâche celui qui s\u2019est engagé à fond dans la même voie que nous.Ceux qui ne se réhabilitent pas sont les gens qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s\u2019adonner complètement à ce simple programme; ce sont, d\u2019habitude, des hommes et des femmes qui, par leur constitution, sont incapables d\u2019être honnêtes envers eux-mêmes.Il y en a de ces malheureux.Ce n\u2019est pas leur faute: ils semblent nés ainsi.Ils sont naturellement incapables de saisir et de développer une façon de vivre qui demande une rigoureuse honnêteté.Leur chance de réussir est mince.Il y a aussi ceux qui souffrent de graves désordres émotifs ou mentaux; mais plusieurs d\u2019entre eux se rétablissent s\u2019ils ont de l\u2019honnêteté.\u201d (Alcooliques anonymes, p.78) Le succès indéniable que remportent les Alcooliques anonymes oblige à réfléchir.Chez eux, ni remède magique ou charlatanisme, ni réclame tapageuse ou cure spectaculaire.Selon leur onzième tradition, leur propagande repose sur l\u2019attrait qu\u2019exerce leur action individuelle.Ils gardent l\u2019anonymat quand ils se servent de la presse ou de la radio, du cinéma ou de la télévision.Aucun mystère dans leur doctrine, qui tient en moins de cinquante lignes, sous forme de suggestions divisées en douze étapes et douze traditions.Les douze étapes orientent le relèvement progressif de l\u2019alcoolique; les douze traditions maintiennent le fonctionnement des groupes.Le tout s\u2019achève dans une prière, le Notre Père, et une devise: \u201cMon Dieu, accordez-moi la grâce d\u2019accepter avec sérénité les choses inévitables, le courage d\u2019agir sur celles que je peux changer et la sagesse de distinguer les unes et les autres.\u201d Quelques slogans rappellent les vertus nécessaires pour rester sobre: sincérité, honnêteté, humilité et tolérance; on se répète: \u201cPetit train va loin\u201d, ou \u201cPenser et réfléchir\u201d, ou \u201cVivre et laisser vivre\u201d.RELATIONS Pour devenir membre d\u2019un groupe, peu de conditions requises: être alcoolique et avoir le désir sincère de ne plus boire.Ni frais d\u2019initiation, ni cotisation: ça ne coûte rien pour devenir sobre et le demeurer.Pour acquitter les dépenses ordinaires de location, d\u2019écriture et d\u2019entretien d\u2019un secrétariat, nulle contribution n\u2019est acceptée des étrangers.A chaque assemblée, on passe le chapeau: donne qui veut et ce qu\u2019il veut.Comment, alors, expliquer leur succès?Le secret du succès: une méthode Toute la méthode de relèvement des Alcooliques anonymes repose sur un fait scientifiquement établi: l\u2019alcoolisme est une maladie, progressive et incurable, qui atteint l\u2019homme tout entier.C\u2019est une allergie de l\u2019organisme, doublée d\u2019une obsession de l\u2019esprit.Pour l\u2019alcoolique, le problème n\u2019est pas de renoncer à boire, mais de renoncer pour de bon et de se maintenir sobre avec sérénité.Les Alcooliques anonymes font L\u2019obsession ne mine pas seulement la victime, mais, par réaction et par répulsion, étreint progressivement tous les membres de la famille: elle fait l\u2019unité invisible de leur vie: chez l\u2019alcoolique, obsession par attrait et par besoin; chez les membres de la famille, obsession par peur et par répulsion.L\u2019on comprend, dès lors, que le programme des Alcooliques anonymes par la thérapie de groupe, efficace pour libérer l\u2019alcoolique de son obsession, puisse aussi libérer les épouses et les enfants d\u2019alcooliques de leur obsession par répulsion et par peur.C\u2019est pour cette raison que le programme des douze étapes peut s\u2019appliquer avec le même rendement aux trois groupes d\u2019obsédés: les alcooliques par les Alcooliques anonymes; les conjoints et parents d\u2019alcooliques par les groupes familiaux Al-Anon; les enfants d\u2019alcooliques par les Al-Ateens.La méthode des douze étapes puise son efficacité pour les trois groupes dans le fait qu\u2019elle est un programme spirituel uniquement cen tré sur la destruction de l\u2019obsession.Une personne spirituelle accomplit tout simplement son devoir d'état à temps, de son mieux; elle puise sa lumière et son énergie en Dieu par la prière humble et la méditation; elle attend de Dieu le succès.porter tout leur effort sur la maîtrise de la soif.Dans l\u2019état actuel de la science, ils savent que si l\u2019on est allergique à l\u2019alcool, on est alcoolique pour la vie.Les Alcooliques anonymes ne guérissent pas l\u2019alcoolique de son allergie.Ils ne-cherchent même pas à se libérer de l\u2019allergie, à rendre la modération possible - cette modération constituerait la guérison; mais elle n\u2019est pas possible dans le moment -; ils s\u2019appliquent par leur thérapie de groupe à libérer l\u2019alcoolique de l\u2019obsession qui le porte à boire.Le but visé est la sobriété sereine; c\u2019est elle qui inspire leur programme de thérapie collective, programme vraiment spirituel dont nous allons voir les grandes lignes.Les douze étapes Voici les étapes du relèvement progressif de l\u2019alcoolique qui ont été suivies par les alcooliques rétablis et qui sont suggérées comme programme de rétablissement: 1-\tNous avons admis que nous étions impuissants devant l\u2019alcool, - que nous avions perdu la maîtrise de nos vies.2-\tNous en sommes venus à croire qu\u2019une Puissance supérieure à nous-mêmes pourrait nous rendre la raison.3-\tNous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous Le concevions.4-\tNous avons courageusement procédé à un inventaire moral, minutieux de nous-mêmes.5-\tNous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts.6-\tNous avons pleinement consenti à ce que Dieu éliminât tous ces défauts de caractère.7-\tNous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos déficiences.8-\tNous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons résolu de leur faire amende honorable.9-\tNous avons réparé nos torts directement envers ces personnes, partout où c\u2019était possible, sauf lors-qu\u2019en ce faisant nous pouvions leur nuire ou faire tort à d\u2019autres.10-\tNous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus.11-\tNous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu tel que nous Le concevions, Le priant seulement pour connaître Sa volonté à notre égard et pour obtenir la force de l\u2019exécuter.12-\tComme résultat de ces étapes, nous avons connu un réveil spirituel, nous avons alors essayé de transmettre ce message aux alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.Le spirituel Pour bien comprendre le programme des Alcooliques anonymes, il faut à tout prix connaître la véritable nature de la spiritualité.Un grand nombre de membres éprouvent beaucoup de difficultés avec ce qu\u2019ils appellent le \u201ccôté spirituel\u201d, \u201cl\u2019angle spirituel\u201d du programme des douze étapes parce qu\u2019ils se font de la spiritualité une image étriquée et contrefaite.Chez un grand nombre, ce mot \u201cspirituel\u201d évoque et signifie dans leur esprit interminables prières, MAI 1977 137 faces longues, isolement, austérité inhumaine, démarche affectée et fuyante, critiques aigres-douces, tristesse, pessimisme, etc.Rien n\u2019est plus opposé à la vérité.Au contraire, un homme vraiment spirituel est un saint, et un saint est un être très humain, parce qu\u2019il bâtit sa vie entière et établit chacune de ses actions selon la volonté de Dieu et non d\u2019après les aberrations de son esprit et les caprices de sa fantaisie.Les femmes et les hommes spirituels sont heureux - ils n\u2019éprouvent aucun conflit - parce que leur volonté est entraînée à se soumettre toujours à la volonté de Dieu.\u201cUn saint triste est un triste saint!\u201d \u201cSeigneur, délivrez-nous des saints tristes!\u201d disait sainte Thérèse d\u2019A-vila.Les personnes spirituelles sont des personnes normales, tandis que les traits grotesques des personnages évoqués plus haut tiennent tout simplement de la singerie et de la caricature de la spiritualité.Une personne spirituelle accomplit tout simplement son devoir d\u2019état à temps, de son mieux; elle puise sa lumière et son énergie en Dieu par la prière humble et la méditation; elle attend de Dieu le succès.Qu\u2019elle prie, mange, travaille, joue ou dorme, elle fait tout pour l\u2019honneur et la gloire de Dieu et ainsi loue Dieu en accomplissant Sa volonté.D\u2019autres tirent leur fausse représentation de la spiritualité et de la sainteté des images et des statues des saints.Pour signifier leur sainteté, ils sont d\u2019ordinaire dépeints dans une attitude qui symbolise leur vocation.Mais il ne faut pas conclure de là qu\u2019ils ont passé toute leur vie dans cette pose.Imagine-t-on saint Joseph passer sa vie entière avec un lys dans une main et l\u2019En-fant-Jésus dans l\u2019autre bras.Le lys signifie tout simplement sa chasteté perpétuelle comme l\u2019Enfant-Jésus désigne son rôle de protecteur du Fils de Dieu.Saint Joseph était un charpentier, et comme tel il avait à travailler chaque jour pour subvenir aux besoins de Marie et de Jésus.Il avait à faire face à toutes les difficultés de la vie, comme tous les autres hommes.Il a ri, pleuré, mangé, dormi, causé avec ses amis, souffert et est mort, comme tout le monde.Mais il a accompli chacun de ses actes comme Dieu les voulait, et c\u2019est ce qui a fait de lui un saint.Le \u201ccôté spirituel\u201d! Avec cette idée de la spiritualité et de la sainteté dans l\u2019esprit, nous pouvons facilement comprendre que cette expression si souvent employée par certains membres: \u201cangle spirituel\u201d ou \u201ccôté spirituel\u201d est fausse: il y a maldonne.\u201cCôté spi- rituel\u201d!! mais tout le programme est spirituel! Aussi, ceux qui dénigrent le \u201cspirituel\u201d ou qui avouent si naïvement tout accepter du programme, sauf le \u201ccôté spirituel\u201d, ignorent d\u2019une façon déplorable et pitoyable, très dommageable pour eux-mêmes et souvent pour un bon nombre de leurs auditeurs, la signification même du mot spiritualité et son application dans le programme des Alcooliques anonymes.Leur affirmation est une contradiction dans les termes: il suffit de relire attentivement les douze étapes pour s\u2019en rendre compte à l\u2019évidence.Que reste-t-il du programme si nous éliminons toutes les étapes où il est question de spirituel?A la rigueur, il ne reste que la première étape: \u201cNous avons admis que nous étions impuissants devant l\u2019alcool - que nous avions perdu la maîtrise de nos vies\u201d.Il n\u2019y a rien de bien spirituel dans cet aveu arraché à n\u2019importe quel soûlon au lendemain d\u2019une cuite, quand il se retrouve dans un pétrin qui fait son désespoir.Spiritualité et religion Ce refus du \u201ccôté spirituel\u201d d\u2019ordinaire prend sa source dans la con- fusion entre spiritualité et l\u2019appartenance active à une confession religieuse déterminée: catholique, protestante, juive ou autre.Fait indéniable, le programme des Alcooliques anonymes contient des éléments de religion.Le mouvement encourage ses membres à se tourner vers Dieu tel qu\u2019ils Le conçoivent et à compter sur son aide.Voilà, certes, des éléments de religion naturelle, éléments que les catholiques interpréteront en termes de grâce et de vie surnaturelle.La dépendance de Dieu constitue l\u2019essence même de toute religion.Cette dépendance est aussi le fondement même du programme des Alcooliques anonymes et les notions spirituelles qu\u2019on y trouve trahissent de toute évidence les origines chrétiennes du mouvement.Mais, par contre, dans l\u2019élaboration de leur programme, ils évitent toute trace de religion organisée ou confessionnelle.Pour éviter toute confusion avec une confession religieuse déterminée, les membres ne parlent jamais du \u201ccôté religieux\u2019\u2019 du programme ou de \u201cses éléments religieux\u2019\u2019; ils emploient plutôt l\u2019expression: le \u201ccôté spirituel\u2019\u2019 du programme.Ils ne proposent aucune théologie officielle et ne défendent aucun système de pensée, mais offrent aux alcooliques désireux de cesser de boire le traitement d\u2019une maladie.L\u2019alcoolisme, de sa nature, n\u2019est pas confessionnel et le traitement non plus: il n\u2019y a pas d\u2019alcoolisme catholique, protestant ou juif, mais de l\u2019alcoolisme tout court.La seule proposition théologique que l\u2019on retrouve dans la littérature plus ou moins officielle des Alcooliques anonymes se réduit à ceci: les alcooliques devraient se confier à Dieu tel qu\u2019ils Le conçoivent, accepter Son aide et faire Sa volonté.Cet infime contenu théolo- Le meilleur raccourci pour atteindre l\u2019humilité, c\u2019est l\u2019humiliation.Nous nous rapprochons le plus de Dieu, non par nos exploits glorieux, mais par nos échecs les plus humiliants.138 RELATIONS gique constitue l\u2019essence même de toute religion et la hase même du traitement proposé par les Alcooliques anonymes.Programme d\u2019action Les douze étapes constituent un programme d\u2019exercices spirituels éminemment pratiques basés sur ce minimum de théologie: les Alcooliques anonymes, loin de pousser à l\u2019indifférence religieuse - comme c\u2019est le cas pour les sociétés neutres - encouragent leurs membres à pratiquer leur religion le mieux possible; le programme est le moyen utilisé pour enlever l\u2019obstacle à la pratique religieuse.l\u2019alcool.De fait, des milliers de catholiques sont revenus à la pratique religieuse grâce aux Alcooliques anonymes.Parfois, certains membres remplaceront la pratique de leur religion par le programme des douze étapes: ils font alors fausse route: le programme des Alcooliques anonymes est le traitement d'une maladie et non une religion ou une forme de pratique religieuse.Un bon nombre de membres, à cause de situations matrimoniales malheureuses, ne pratiquent plus et ne peuvent s\u2019approcher des sacrements.Plusieurs d\u2019entre eux trouvent alors certaines consolations de la religion par leur appartenance au mouvement.Mais c\u2019est leur mariage gâché et non les Alcooliques anonymes qui les empêche de vivre selon leur foi.D\u2019autres, au cours de leurs années de beuveries, ont perdu la foi et sont devenus incroyants et agnostiques.La plupart d\u2019entre eux, l\u2019immense majorité de fait, grâce à leur sobriété recouvrée, reviennent à une vie de foi.Mais, .ils ne reviennent pas tous.Même dans ce dernier cas, il vaut encore mieux traiter avec un incroyant ou agnostique sobre.Les chances de conversion sont plus grandes qu\u2019avec un agnostique ivre.Le dynamisme de l\u2019humilité L\u2019explication la plus profonde du dynamisme des Alcooliques anonymes, c\u2019est la puissance de Dieu que MAI 1977 l\u2019Ecriture Sainte promet aux humbles.L\u2019humilité est une vue juste de l\u2019esprit et une attitude de la volonté en ce qui me concerne: c\u2019est, avec le secours de la grâce divine, remplir mon rôle; mais ne pas chercher à remplir celui de Dieu: cet ordre est facile à retenir par le mot anglais \u201cHUMILITY\u201d! Les deux premières syllabes \u201cyou\u201d - \u201cme\u201d indiquent clairement la hiérarchie; \u201cyou\u201d - Dieu; \u201cme\u201d moi: \u201cyou\u201d est avant \u201cme\u201d.L\u2019orgueil intervertit l\u2019ordre et ça devient \u201cMe-yow\u201d! Pas étonnant que tout grince! Le meilleur raccourci pour atteindre l\u2019humilité, c\u2019est l\u2019humiliation.Nous nous rapprochons le plus de Dieu, non par nos exploits glorieux, mais par nos échecs les plus humiliants.Cette découverte des Alcooliques anonymes est un écho de l\u2019enseignement chrétien traditionnel.Nous nous rapprochons le plus de Dieu, là où Lui-même se rapproche le plus de nous.Le chrétien sent bien que le contact direct avec Dieu le plus palpable n\u2019est pas par l\u2019indivisible et invisible Trinité, mais par l\u2019Homme-Dieu, le Christ visible et aimable.Non pas le Christ triomphant, mais le Christ humilié, bafoué; le Christ angoissé, se sentant bien seul, découragé, instable, le Christ de l\u2019agonie et de la Passion; le Christ qui a soif, le Christ de la messe, mémorial de sa Passion.Dieu ne pouvait descendre plus bas; Il ne pouvait se rapprocher plus de nous: Il s\u2019est fait pécheur à ma place et, par l\u2019Eucharistie, ma nourriture! Entre les humiliations de l\u2019Hom-me-Dieu et les nôtres, saint Paul établit un lien.\u201cJ\u2019achève, dit-il, par mes souffrances ce qui manque à la Passion du Christ.\u201d Cette participation aux souffrances motivées de l\u2019Homme-Dieu donne leur raison d\u2019être aux étapes 6 et 7 des Alcooliques anonymes.Etapes qui font le partage entre les novices et ceux qui deviennent adultes dans le mouvement et qui sont probablement les expériences spirituelles les plus profondes de tout le programme.La sixième étape va bien au-delà d\u2019une acceptation partielle de l\u2019humiliation.Elle comporte un plein consentement: \u201cNous avons pleinement consenti.\u201d La septième étape dépasse de beaucoup l\u2019accepta- tion purement passive de la souffrance humiliante: elle comporte la demande active pour les souffrances impliquées dans la disparition de nos déficiences.Ces étapes sont d\u2019une austérité décourageante, à moins que le Dieu de la troisième étape n\u2019ait aussi souffert et n\u2019ait donné une valeur rédemptrice aux étapes 6, 7, 8 et 9.Si la troisième étape me conduit vraiment au Christ souffrant, dès lors, le motif et la méthode de sa souffrance deviennent miens.La sixième et la septième étapes vont bien au-delà de la prière de sérénité.Ces étapes se prieraient ainsi: \u201cDieu, donnez-moi la grâce d\u2019aimer avec sérénité (non seulement d\u2019accepter) les choses que je ne puis changer\u201d! Les deux agonies Les quatre cavaliers de l\u2019apocalypse alcoolique: désillusion, dépit, dégoût et désespoir, se retrouvent dans l\u2019agonie du Christ au jardin des Oliviers et sur la croix du Golgotha.Comme le Christ à l\u2019agonie et sur la croix, l\u2019alcoolique et sa famille retrouveront la paix et la force dans l\u2019attitude même du Christ: l\u2019acceptation de la volonté de Dieu dans l\u2019épreuve avec la prière même du Christ: \u201cQue votre volonté soit faite et non la mienne!\u201d \u201cJe remets mon âme entre vos mains!\u201d Admettre et accepter son impuissance devant l\u2019alcool, voilà le premier pas sur la voie du rétablissement pour l\u2019alcoolique.Admettre et accepter son impuissance à guérir son conjoint ou son parent alcoolique, voilà le premier pas vers le bonheur familial.C\u2019est à la suite de son acceptation au jardin des Oliviers que le Christ est réconforté par un ange.Sans l\u2019acceptation de son impuissance à guérir, il est impossible de relever ni l\u2019alcoolique ni sa famille.Ce premier pas fait, les méthodes de thérapie de groupe peuvent alors enlever l\u2019obstacle qui empêche la grâce de faire son oeuvre salutaire et remettre l\u2019alcoolique et sa famille sur la route de la paix et du bonheur! 139 La fête des Tentes: pour une spiritualité de l\u2019aventure par Paul Laporte* \u201cQui sait si la destruction du temple et le retour à la tente ne se profilent pas à l\u2019horizon.\u2019\u2019 Jacques Grand\u2019Maison La fête des tentes, un camp à caractère spirituel, patronné par VAssociation pour la Spiritualité des Jeunes du Québec, a connu ses premières manifestations entre le 21 juin et le 22 août 1976 à la Grotte de Lachute, sous les auspices et avec la collaboration d\u2019une fraternité franciscaine.Une équipe de jeunes adultes en a assuré la réalisation et l\u2019animation.Une communauté provisoire allait ainsi prendre racine sur trois valeurs fondamentales: communauté, prière et accueil.La vie au camp était scandée par trois temps de prière et diverses activités.L\u2019avant-midi était généralement réservé à la réflexion en atelier tandis que l\u2019après-midi donnait à chacun l\u2019occasion de s\u2019exprimer dans certains travaux pratiques et artistiques.Les soirées étaient retenues assez souvent pour un partage spontané avec une personne-ressource, ou encore, pour laisser libre cours à la fête.La participation pour une première année a été relativement bonne, compte tenu d\u2019une publicité tardive et du mauvais temps.Il nous fut possible de dénombrer quelque 150 campeurs et pas moins de 600 personnes ayant participé à une rencontre ou une autre.et l\u2019expérience se continue! * Paul Laporte est étudiant en maîtrise à l\u2019université de Montréal et animateur pour la fête des Tentes.La fête des tentes est apparue dans une conjoncture sociale et religieuse en profonde mutation: une société perturbée, une église relativement croyante mais \u201cincroyable\u201d, une quête de sens fondamentale, un désir profond de \u201cspirituel.\u201d De plus, une clientèle de jeunes adultes (18-35 ans) pour qui il est pratiquement impossible de trouver un lieu de rassemblement, n\u2019est pas étrangère à la mise en marche d\u2019un tel projet.De l\u2019audience à l\u2019accompagnement La fête des tentes a jailli d\u2019une intuition apparentée aux traditions vé-téro et néo-testamentaires.\u201cPar la foi Abraham obéit à l\u2019appel de partir vers un pays qu\u2019il devait recevoir en héritage et il partit ne sachant où il allait.Par la foi il vint séjourner en Terre Promise comme en un pays étranger, y vivant sous des tentes.\u201d (He.11, 8-9) \u201cJe n\u2019ai jamais habité de maison depuis le jour où j\u2019ai fait monter d\u2019Egypte les Israélites jusqu\u2019aujourd\u2019hui, mais j\u2019étais en camp volant sous une tente et un abri.\u201d (2 S.7, 6) La longue marche du peuple juif au désert indique avec emphase la nécessité de retrouver et de décaper les valeurs sous-jacentes à l\u2019itinérance, au nomadisme, voire même au \u201cvagabondage\u201d dans l\u2019Ancien Testament.Aujourd\u2019hui encore les Juifs se souviennent de cette marche mémorable.La célébration de 140 RELATIONS la fête des Tabernacles, aussi appelée fête des Huttes ou fête des Tentes (Dt.16,13), nous rappelle qu\u2019Is-raël habitait pendant huit jours sous la tente afin de garder vivant en sa mémoire le souvenir des quarante années de pérégrination de son peuple au désert.Cette fête commémore notre état d\u2019homme en traisit, de pèlerin.Le Nouveau Testament n\u2019est pas moins étranger à ce que l\u2019on pourrait appeler une spiritualité de l\u2019aventure.Jésus fut inlassablement en mouvement; il est par excellence l\u2019homme du cheminement.Une relecture de l\u2019Evangile avec l\u2019idée d\u2019aventure en tête nous fera découvrir à quel point Jésus est bel et bien cet homme.Le code pénal est éloquent à ce chapitre.Jésus, un individu sans métier avouable, sans domicile fixe, serait considéré comme un hors-la-loi.Or, ce Passionné n\u2019a habituellement pas de \u201cpierre où reposer sa tête\u201d.Il ne s\u2019arrête généralement que pour prier son Père.La route est sa compagne.Impossible de le mettre au pas.Un incurable, un irrécupérable nous appelle sur les sentiers qu\u2019il a déjà battus.Jésus n\u2019était pas un homme de bureau, il ne recevait jamais en AUDIENCE; il accompagnait tout simplement.Et notre église?.Une ecclésiologie et une théologie se dessinent peut-être à l\u2019horizon.Une porte est entrouverte.Retrouverons-nous le sens profond de l\u2019AVENTURE?Toujours est-il que le camp spirituel (fête des tentes) est surgi de la conviction, une spiritualité s\u2019en dégageant lentement, que l\u2019homme est \u201cun étranger et un voyageur sur la terre\u201d.De la maison à la tente La tente est l\u2019habitat du nomade.C\u2019est pourquoi, avec le désir de marquer notre condition d\u2019errant, la vie au camp se déroulera sous la tente.La tente épouse la terre et se fond à nos joies et à nos angoisses.Elle est soumise aux intempéries et aux rigueurs de la vie.Elle est l\u2019expression tangible de la fragilité de nos existences.Mais, elle peut devenir le lieu de réconfort du sans-abri.La tente, contrairement à la maison qui peut être habitée ou inhabitée, est inéluctablement le signe de la vie.Quand il y a une tente plantée à quelque part, il y a nécessairement un homme ou une femme à l\u2019intérieur ou dans les parages.Le voyageur qui part se déplace toujours avec sa tente.La maison reste à tout jamais dans un espace déterminé, et ce, de la construction jusqu\u2019aux fouilles archéologiques et longtemps après.Impossible après un certain temps de retrouver la trace d\u2019un campeur.Le vent est passé par là, emportant le souvenir, effaçant l\u2019histoire.La tente est au déplacement et à l\u2019aventure ce que la maison est à l\u2019emplacement et à la stagnation.Refus et désir La fête des tentes convie à sa table et à sa recherche, le passant, l\u2019itinérant.L\u2019histoire de la dernière décennie et de l\u2019aujourd\u2019hui de nos sociétés nous montrera peut-être qu\u2019elle fut celle des néo-nomades.Il suffit d\u2019apprécier l\u2019ampleur du mouvement hippie en Amérique du Nord ainsi que l\u2019exode de nombreux jeunes occidentaux vers l\u2019orient pour constater l\u2019importance du fait migratoire.Une nouvelle race de pèlerins, d\u2019aventuriers?Et pourquoi pas.! Toujours est-il que ce que l\u2019on appelle communément la FUITE d\u2019une certaine réalité, lève le voile sur un profond REFUS, tandis que la QUETE DE SENS traduite par un DEPART laisse transparaître un profond DESIR.Les aventuriers \u201cdes temps qui courent\u201d appartiennent simultanément à cette génération des hommes du REFUS et du DESIR.Ils portent sur eux la cicatrice de ceux qui cherchent la vérité.Des instables chroniques peut-être., mais ils appartiennent à la FIDELITE! L\u2019Homme du refus rejette cette société et cette église assises et tranquilles dont le but ultime est la maximisation d\u2019un profit ou d\u2019un autre, tandis que l\u2019homme du désir aspire à l\u2019authenticité et à la liberté qui ne peuvent se traduire que dans la dynamique de l\u2019aventure.Une quête spirituelle se fait sentir, une aventure s\u2019amorce.Une expérience à poursuivre L\u2019évaluation du premier camp a été profondément marquée par le désir de poursuivre et de prolonger l\u2019expérience.C\u2019est pourquoi, considérant que le besoin d\u2019un tel camp apparaît évident, le projet de la fête des tentes 1977 dont la préparation est commencée depuis l\u2019automne, se tiendra entre le 24 juin et le 14 août.Une invitation toute spéciale est lancée aux jeunes adultes.Ensemble, nous explorerons les thèmes suivants: Expérience et vie spirituelle (24-26 juin) Foi et religion (27 juin - 3 juillet) Politique et foi (4-10 juillet) Valeurs humaines et évangéliques (11-17 juillet) (18-21 juillet: fermeture du camp) Vie en communion (22-24 juillet) Le Christ (25-31 juillet) Prière et intériorité (1-7 août) Souffrance, joie, miséricorde, espérance (8-14 août) Les valeurs de communauté, de prière et d\u2019accueil ont été retenues comme devant façonner l\u2019esprit du camp.Offrir un lieu de ressourcement, favoriser le dialogue, entreprendre une recherche soutenue quant aux modalités et aux possibilités de vie contemplative aujourd\u2019hui, chercher ensemble un style de vie, contribuer à l\u2019épanouissement personnel de celui qui passe sur notre route, célébrer la mémoire du PASSIONNE, tels sont les buts de notre démarche.MAI 1977 141 Liban: les problèmes restent entiers par Robert Clément* Si le problème du Liban paraît sans issue, c\u2019est que les Libanais n\u2019ont jamais pu répondre, ensemble, à la question primordiale, qui conditionne toutes les autres: Quelle est la spécificité du Liban?Le Liban a toujours été TERRE D\u2019ACCUEIL, TERRE DE REFUGE.Sur son territoire bien exigu, il rassemble non seulement des chrétiens de confessions diverses (depuis les maronites, presque \u2018autochtones\u2019 puisque venus au 5ème siècle de la plaine de Homs, jusqu\u2019aux réfugiés du 20ème siècle, les arméniens de Cilicie et les chaldéens de Mésopotamie), mais aussi des musulmans, sunnites et chiites, des druzes, tout dernièrement des kurdes; de plus il est ouvert à toute la méditerranée (les \u201clevantins\u201d sont d\u2019origine grecque, italienne, française.).Enfin ce petit pays se trouve englobé dans un ensemble plus vaste dont il partage la langue et, en partie, la culture: le monde arabe.N\u2019oublions pas que la civilisation arabe des Ommayades et des Abbassides doit beaucoup de sa splendeur aux chrétiens (syriens, arméniens, coptes) et aux juifs au milieu desquels elle s\u2019est développée depuis la conquête arabe.Le Liban est toujours resté, surtout par sa population chrétienne, en relation avec le monde médi- * L\u2019auteur, jésuite de la province du Proche-Orient, est professeur au collège de Jamhour (Liban).terranéen, donc avec l\u2019Occident grec et latin (les \u201croumis\u201d, les \u201cfran- gis\u201d).Sous la domination turque, un équilibre s\u2019était peu à peu réalisé entre les diverses populations et les tendances différentes car tous, musulmans \u201carabes\u201d et chrétiens \u201carabes\u201d étaient \u201ccolonisés par les Turcs\u201d.Les étapes de cette coexistence sont jalonnées par les noms d\u2019émirs, les Fakreddine, les Bé-chir.En 1943, à la fin du Mandat français, l\u2019indépendance a marqué une nouvelle étape consignée dans le PACTE NATIONAL, accord purement verbal entre les communautés chrétiennes et musulmanes.Il s\u2019agissait de faire surgir une nation spécifique, qui vivrait sur ses propres valeurs, sans recourir à la protection ni des pays arabes musulmans, ni de l\u2019Occident dit chrétien.Le PARI de 1943 a-t-il été tenu?Le problème de la COEXISTENCE des deux communautés socio-religieuses (chrétienne et musulmane) qui veulent garder l\u2019une et l\u2019autre leur caractère propre, a-t-il été résolu?Certainement pas, ces mois de guerre le montrent clairement.Est-il soluble?Dans quel sens?Telle est la question qu\u2019il faut examiner.La guerre n\u2019a rien résolu, elle a seulement manifesté que le COMPROMIS de 1943 N\u2019EST PAS VIABLE.Depuis 30 ans, l\u2019immobilisme a marqué la vie politique libanaise: aucune réforme importante n\u2019a pu être envisagée sans provoquer aussitôt une levée de boucliers.Le signe le plus clair de cette situation est la persistance des lea- ders politiques (chrétiens et musulmans) du temps de l\u2019indépendance.Durant 30 ans, aucun homme vraiment nouveau n\u2019a paru sur la scène politique.Le Président Elias Sarkis est le premier avec son équipe apolitique.Est-ce un présage de changement?Comment se pose, aujourd\u2019hui, le problème de la COEXISTENCE?Les déclarations politiques qui ont accompagné la guerre peuvent nous éclairer sur ce point?Les chefs dits \u201cislamo-progressistes\u201d (c\u2019est à noter) ne se sont pas entendus sur la forme à donner à l\u2019Etat libanais, en cas de victoire de leur part.Au début, la GAUCHE (formée surtout de chrétiens et de musulmans chiites) prônait la LAÏCITE totale, c\u2019est-à-dire l\u2019abolition de l\u2019équilibre confessionnel.Les chrétiens le faisaient par conviction politique, marxiste surtout; les chiites, dont la jeunesse intellectuelle est fortement imprégnée de marxisme, probablement pour la même raison.Les sunnites semblaient voir dans cette déconfessionnalisation la possibilité d\u2019accéder directement aux charges les plus importantes de l\u2019Etat, celles que le Pacte National réservait aux chrétiens afin de soustraire la politique libanaise à l\u2019influence exclusive de l\u2019Islam.Lors-qu\u2019en novembre \u201975 la coalition sembla prête de vaincre, brusquement le monde sunnite s\u2019est réveillé, dans la crainte qu\u2019une véritable laïcité ne mette en danger la suprématie islamique.Le Secrétaire de Dar el Fatwa (le \u201cvatican\u201d sunnite), M.Kouatly, se prononça nettement contre la la'icité, pour l\u2019éta- 142 RELATIONS blissement d\u2019un POUVOIR MUSULMAN.Du côté chrétien, les Kataëb ont maintes fois rappelé que leur programme contenait, depuis un quart de siècle, la laïcité de l\u2019Etat, mais qu\u2019ils n\u2019avaient jamais pu l\u2019établir à cause de l\u2019opposition des musulmans, en particulier des chefs religieux sunnites.D\u2019ailleurs, tout au long du conflit, les chefs politiques musulmans ne se sont pas arrachés à la tutelle de leurs chefs religieux: aucun sommet musulman ne s\u2019est tenu sans la présence non seulement des Palestiniens (qui prétendaient pourtant ne pas s\u2019immiscer dans les affaires libanaises) mais aussi du Mufti sunnite, de l\u2019Imam chiite et du Cheikh druze, alors que, de leur côté, les leaders libanais se réunissaient hors de toute présence cléricale (Patriarche ou évêques, le Supérieur des Moines Libanais, en la circonstance, était un chef plus politique ou national que religieux).Pour les chefs religieux sunnites (au moins eux, le cas de l\u2019Imam chiite, S.E.Moussa Sadr, est plus difficile à préciser), le confessionnalisme semble bien nécessaire tant que le pouvoir politique ne sera pas totalement entre les mains des musulmans.Pour les leaders chrétiens, au contraire, le confessionnalisme n\u2019est acceptable que pour conserver aux chrétiens un rang d\u2019égalité politique avec les musulmans, au cas où la laïcité véritable ne pourrait pas être instaurée.Pour résumer de façon claire (et peut-être un peu simplifiée) le problème présent: au milieu d\u2019un monde essentiellement musulman, le Liban, dont une fraction importante de la population est chrétienne, pourra-t-il édifier un système politique capable d\u2019accorder aux chrétiens un rôle politique égal à celui des musulmans dans un Etat musulman?Autrement dit: le fait d\u2019être chrétien au Liban va-t-il, comme dans les autres pays arabes (Egypte, Syrie, Arabie, Libye, Jordanie) être un handicap foncier pour les citoyens de religion non-islamique?Devront-ils se contenter de commercer, de bâtir des usines, de cultiver leurs champs, sans avoir le droit de participer activement aux affaires publiques?inversement, dans un pays où le pouvoir politique n\u2019est pas nécessairement entre les mains des musulmans, l\u2019Islam se considère-t-il comme brimé, \u201cla conscience du citoyen musulman est-elle attaquée\u201d comme le proclamait, en novembre \u201975, l\u2019article de M.Kouatly?Bref, est-il possible de réaliser un Etat viable, une nation au sens moderne du terme, où le musulman soit à l\u2019aise, \u201cchez lui\u201d, sans en être nécessairement l\u2019élément politique directeur?où le non-musulman (chrétien, juif et même athée) soit citoyen à part entière sans être mis sur la touche politique pour un motif religieux?Pendant 30 ans, le Liban a cru apporter à ces questions une solution acceptable.Il s\u2019est même présenté comme le modèle de la coexistence qu\u2019il conviendrait d\u2019instaurer en Palestine.20 mois de guerre montrent qu\u2019il faut chercher autre chose, 20 mois de guerre obligent les communautés socio-religieuses -tout spécialement la communauté musulmane - à se remettre en question.Durant ces 20 mois, la COMMUNAUTE SUNNITE a été fort désemparée; elle pensait profiter du conflit pour s\u2019emparer de la Présidence (M.Karamé ne se donnait-il pas comme candidat à la Présidence de la République.?).Quand le combat est devenu ouvertement national, \u201cLibanais contre Palestiniens\u201d, elle n\u2019a pas su se dégager à temps de sa compromission avec les fed-dayins pour adopter une attitude clairement libanaise.Après ces mois d\u2019épreuve, aucun leader nouveau ne semble se dégager de ses rangs.Les déclarations officielles se maintiennent dans la ligne du confessionnalisme traditionnel et n\u2019envisagent pas une autre forme d\u2019unité libanaise que celle, périmée, du passé! Que pensent véritablement les membres actifs de cette communauté?Il est bien difficile de le dire.Les mois à venir apporteront-ils un peu de lumière sur leur opinion véritable?Un nouveau PACTE NATIONAL ne serait-il pas nécessaire pour préciser les frontières entre le religieux et le politique?Pour une mentalité islamique, pareilles frontiè- res sont-elles pensables?compatibles avec la \u201cconscience religieuse\u201d?Dans quelle mesure une laïcité à la Bourguiba ou Ata Turk est-elle vraiment admise par l\u2019Islam moderne, surtout sunnite?Là, probablement, gît le vrai drame du Proche-Orient, qu\u2019il s\u2019agisse du Liban, qu\u2019il s\u2019agisse aussi de la Palestine et de l\u2019évolution politique de tout le monde arabe! Fortement marquée par le monothéisme strict, unitaire, la mentalité musulmane (surtout sunnite) peut-elle admettre une unité, même politique, qui ne soit pas uniformité?(1) La COMMUNAUTE CHIITE a-t-elle une autre position?Une solution serait-elle plus facile avec elle?Schismatique en effet par rapport aux sunnites, le Chiisme est plus \u201clibanais\u201d en ce sens qu\u2019il trouve au Liban un sol, une patrie au milieu du monde sunnite.Dans son ensemble, cette communauté est socialement, économiquement, plus \u201carriérée\u201d, plus féodale (quelques gros propriétaires en face d\u2019une masse paysanne très pauvre) mais désireuse de s\u2019élever.Instruite dans les écoles publiques, sa jeunesse est très marquée par le marxisme.D\u2019où, chez elle, un aspect révolutionnaire certain.Si le nouveau Liban se présente comme une REPUBLIQUE SOCIALE (pour ne pas dire socialiste), il est possible que les chiites s\u2019y reconnaissent et soient capables de marcher, la main dans la main, avec les Libanais (chrétiens ou non) qui rejetteraient les tares des régimes précédents (corruption, mercantilisme et féodalisme sous toutes leurs formes.) et voudraient édifier un régime neuf.Un programme social et économique cohérent ressouderait le peuple libanais dans son ensemble: chrétiens de la montagne et de la banlieue, musulmans chiites du sud, de la Bekaa et de la banlieue, sunnites de Tripoli et du Akkar.Il deviendrait alors facile aux \u201ccombattants réels\u201d libanais de se retrouver entre eux contre les \u201cprofiteurs du régime antérieur\u201d et contre les \u201cPalestiniens qui ont épuisé leur pays\u201d; ils pourraient s\u2019unir pour construire un pays où, LOIN de MASQUER les DIFFERENCES, cha- MAI 1977 143 cun en prendrait conscience et mettrait son originalité communautaire au service de tous dans la NATION LIBANAISE.Car il ne s\u2019agit pas de \u201cgommer les différences\u2019\u2019 dans un magma informe de paroles lénifiantes.Il faut avoir le courage de se reconnaître en partie différents, mais en partie aussi désireux de construire une patrie commune; il est en effet impossible à chaque communauté de vivre séparément en vase clos et de prospérer ou de se développer sans tenir compte de l\u2019AUTRE.C\u2019est pourquoi toute partition à base confessionnelle serait un suicide pour le Liban.Par contre, entre les différentes régions du pays, les niveaux culturels sont assez diversifiés et complémentaires pour qu\u2019une différenciation administrative et politique soit souhaitable, afin de multiplier les responsabilités réelles qui activeraient le développement de chaque région selon ses caractéristiques propres.On appelle ce projet la REGIONALISATION; il s\u2019agirait d\u2019étudier le degré d\u2019autonomie à conférer à chaque mohafazat pour éviter la centralisation excessive à Beyrouth, au détriment des autres contrées et des autres villes.Le principe du PLURALISME ainsi admis, il faudrait trouver ensemble les exigences fondamentales de la vie en commun: -\tles chrétiens refusent d\u2019être \u201cjetés à la mer\u201d ou d\u2019être citoyens de second rang sous un \u201cpouvoir musulman\u201d; -\tles musulmans sont-ils prêts à participer au \u201cpouvoir libanais\u201d effectif, sans exiger systématiquement la première place (même si l\u2019équilibre démographique semble la donner) mais en acceptant que le bien commun libanais ne s\u2019aligne pas automatiquement sur la \u201cpolitique musulmane\u201d?Au fond, c\u2019est la remise en question de la DOUBLE ALLEGEANCE: un musulman libanais peut-il placer l\u2019intérêt national a i-dessus de la solidarité communautaire dans les Umma?ou bien, à chaque crise, retrouvera-t-il les réflexes politico-religieux qui perturbent la vie nationale?Quelques mois avant la crise de \u201975, des notables sunnites discu- taient entre eux de l\u2019attribution de la Présidence de la République à un maronite; ils conclurent à la nécessité de laisser un chrétien à ce poste si l\u2019on voulait qu\u2019il puisse mener à la fois une politique arabe et libanaise, c\u2019est-à-dire indépendante des réflexes ataviques vers la \u201cUmma\u201d.Pareille position est-elle admise par l\u2019ensemble de la communauté musulmane?Question préalable à bien éclaircir! Une fois ce point débattu et réglé, la reconstruction du pays deviendra posssible.Il ne s\u2019agit pourtant pas de le débattre de façon académique.Le seul moyen de le résoudre peut être de passer par l\u2019EMPIRISME d\u2019une RECONSTRUCTION PROGRESSIVE.Tel semble bien le chemin pris par la nouvelle équipe gouvernementale: pas de déclarations fracassantes; au jour le jour, apporter la preuve que la vie en commun est possible; susciter chez tous les désirs de rester ensemble.Cela exige un programme social et économique NEUF, des sacrifices de la part de chacun.Or les sacrifices ne sont jamais matière à démagogie.Il faut donc un POUVOIR FORT pour construire peu à peu, malgré tous les obstacles, la preuve que c\u2019est possible.Il faut aussi que chaque citoyen participe à cette édification en admettant les exigences nationales et civiques de la création d\u2019un Liban nouveau.Alors seulement, mais alors vraiment, les destructions et les victimes de la guerre auront servi non seulement pour le Liban lui-même mais pour toute la communauté internationale en donnant un EXEMPLE de COEXISTENCE dans le PLURALISME et l\u2019UNITE.en guise de POSTFACE: Il y a un an, le jeune GHASSIBE KAYROUZ tombait en victime au moment où il se rendait dans son village de la Bekaa, pour fêter Noël avec sa mère et ses soeurs.Sa \u201cLettre-Testament\u201d fut alors diffusée dans le monde entier.Après avoir demandé à ses parents \u201cde pardonner de tout leur coeur à ceux qui l\u2019ont tué\u201d il lançait cet appel à son pays: \u201cLes habitants de la maison peuvent avoir des avis différents, ils ne se hàissent pas; ils peuvent se fâcher en- tre eux, mais sans devenir des adversaires; se disputer mais sans s\u2019entre-tuer.Souvenez-vous des jours d\u2019entente et de charité; laissez tomber ceux du désaccord et de la colère.Ensemble nous avons mangé, bu, travaillé; ensemble nous avons élevé notre prière vers le Dieu unique; ensemble il nous faut mourir.Mon père était l\u2019associé d\u2019un chiite que j\u2019appelais \u2018oncle Hussein\u2019; j\u2019aimais bien l\u2019appeler ainsi; ils restèrent associés 75 ans durant, sans rompre leur contrat ni faire de comptes.Rappelez-vous:\til arrive souvent qu\u2019on ne puisse emprunter 100 livres à son propre frère; et il suffit d\u2019aller trouver quelqu\u2019un du village, qu\u2019il soit chiite, maronite, sunnite ou druze, il vous tire d\u2019embarras.Cela, tout le monde le sait, mais c\u2019est le péché qui nous aveugle.Chacun doit revenir à la prière selon sa croyance et sa conscience pour que Dieu supprime la colère et que les plans des grands de ce monde soient réduits en poussière sur le sol de ce pays qui n\u2019est pas obligé de payer de son sang leurs machinations.Au ciel, je ne serai pas en repos tant que durera cette situation au Liban!\u201d Un an a passé, un an de batailles, de ruines mais aussi de générosité et d\u2019efforts chez beaucoup.En adressant les réflexions ci-dessus aux amis d\u2019Europe et d\u2019Amérique, je leur demande de continuer à aider le Liban dans son effort de reconstruction en éclairant autour d\u2019eau l\u2019opinion publique sur le sens des problèmes qu\u2019il faut résoudre; en priant le Seigneur d\u2019éclairer les esprits et les coeurs pour que le travail soit entrepris et mené à bien selon l\u2019ESPRIT d\u2019AMOUR.( 1 ) Le monothéisme chrétien, au contraire, est trinitaire: l\u2019unité de la Nature divine est compatible avec la pluralité des Personnes.Un Dieu solitaire et tout-puissant engendre le totalitarisme de l\u2019unique vérité; un Dieu tri-personnel subùste dans des relations inter-personnelles qui exigent respect, amour et liberté.Les implications sociales et politiques découlent de cette conception sur Dieu.Si ces remarques sont justes, l\u2019avenir du Liban intéresse tous les pays: de la solution qui sera vécue dépendra, pour des siècles peut-être, le totalitarisme ou la liberté dans le pluralisme au Liban, dans le monde arabe et même dans le monde tout entier.Le SENS de DIEU est ainsi à la base de la CIVILISATION HUMAINE à construire, du SENS de l'HOMME.144 RELATIONS Politique des hôpitaux et éthique des situations médicales extrêmes.Compte rendu d\u2019un symposium Le 6 mai dernier, avait lieu à l\u2019Université de Sudbury, Ontario, un symposium couvrant les aspects médicaux, légaux, éthiques du problème de la mort en milieu hospitalier.Ce colloque, organisé par l\u2019Institut de Recherches Cliniques (Centre de Bioéthique) et l\u2019Université de Sudbury (Institut de Recherches sur l\u2019Interprétation Contemporaine de l\u2019Homme), se déroulait sous la présidence du Prof.Simon Davis, S.J., de l\u2019Université de Sudbury, et était surtout axé sur la réanimation et les politiques hospitalières dans ce domaine.Six conférenciers traitèrent la question tour à tour sous l\u2019angle médical, légal, philosophique ou moral.Leurs exposés furent présentés dans l\u2019ordre suivant: Me Nancy R.Rice, Aviseur Légal, Beth Israel Hospital, Boston: \u201cThe Hospital\u2019s Role in Orders Not To Resuscitate: Experiences and Expectations\u201d; Dr.J.S.Bennett, M.B.F.R.C.S.(C) F.A.C.-O.G., Directeur, Affaires Professionnelles, Association Médicale Canadienne: \u201cResuscitation and Prolonging Life in Canadian Medicine\u201d; Prof.Bernard M.Dickens, LL.B., LL.M., Ph.D., Professeur à la Recherche, Faculté de Droit, Université de Toronto: \u201cNon-Resuscitation and Canadian Law\u201d; Dr.Ina Aje-mian, M.D., Responsable du Service de Soins Palliatifs, Hôpital Royal Victoria, Montréal: \u201cResuscitation and Prolonging Life in the Light of the Experience of Palliative Care Service\u201d; présentation conjointe du Dr.George Collins, M.D., Cardiologue et Pédiatre au Montreal Children\u2019s Hospital, Professeur Associé en Pédiatrie, Université McGill, MAI 1977 Montréal et du Dr.David J.Roy, B.A.(Math), Ph.L., Dr.Theol., Directeur, Centre de Bioéthique, Institut de Recherches Cliniques de Montréal: \u201cMedical Practice and Ethics in Extreme Situations\u201d.La majeure partie de l\u2019auditoire se composait de médecins, d\u2019infirmières et d\u2019aumôniers des provinces de l\u2019Ontario et du Québec.Environ 250 personnes assistaient à ce symposium.La discussion a porté en premier lieu sur le besoin de directives quant à la réanimation dans les hôpitaux et sur les relations entre la médecine et la loi en fonction de l\u2019amélioration des soins et des traitements hospitaliers.Motifs du symposium C\u2019est à la suite de faits connus et d\u2019événements survenus dernièrement que les deux organismes, d\u2019un commun accord, organisèrent ce symposium.En août 1976, deux hôpitaux du Massachusetts, aux Etats-Unis, publiaient des directives applicables aux patients ayant atteint la phase terminale.L\u2019Hôpital Beth Israel (Boston) publiait dans le New England Journal of Medicine les directives en vigueur dans ses murs: \u201cOrders not to Resuscitate\u201d.Le même numéro du New England Journal contenait également les directives émises par le Massachusetts General Hospital (Boston): \u201cOptimum Care for Hopelessly 111 Patients.\u201d Il semble par ailleurs évident que ce sujet brûlant d\u2019actualité suscite autant d\u2019intérêt au Canada qu\u2019aux Etats-Unis.En effet, le gouvernement de l\u2019Ontario étudie actuellement un projet de loi privé portant sur l\u2019arrêt ou la suppression des soins lorsque la mort paraît iné- vitable.Cette loi (\u201cThe Natural Death Act, 1977\u201d), présentée en Chambre par le député Lome Maeck, de Perry Sound, Ontario, en est déjà à sa deuxième lecture.Les législateurs, semble-t-il, sont de plus en plus intéressés à régir les décisions médicales critiques.Ne serait-il pas plus sain que les communautés locales, leurs hôpitaux et leurs associations médicales élaborent eux-mè-mes leurs politiques en la matière, quitte à les reviser périodiquement, au lieu de s\u2019exposer aux rigidités de la loi?Telle est la situation qui fut à l\u2019origine du symposium.Points majeurs du symposium Un éventail de questions entourant le problème de la réanimation furent au coeur des conférences et des débats: 1)\tTous les patients souffrant d\u2019arrêt cardio-pulmonaire devraient-ils être réanimés?Plusieurs professionnels des soins de la santé et la société en général sont d\u2019avis que l\u2019on abuse de la technologie médicale lorsque l\u2019on réanime automatiquement tous les patients en cas de défaillance cardio-pulmonaire.2)\tSi tous les patients ne doivent pas être réanimés, sur quels critères se basera la sélection?3)\tLa question suivante revient à déterminer les circonstances oû la prudence et le respect de la dignité de l\u2019homme interdisent la réanimation d\u2019un patient en situation terminale.Doit-on se fier aux \u201cindications purement médicales\u201d ou au \u201cpronostic purement médical\u201d pour émettre un tel jugement?Des considérations telles que la qualité de la vie entrent-elles en considération lorsqu\u2019on doit prendre une telle décision?Si la qualité de la vie l\u2019em- 145 porte dans les cas de réanimation, ne sommes-nous pas sur la pente dangereuse de l\u2019euthanasie passive et éventuellement active?4)\tA supposer que, dans certains cas, la seule décision médicalement et moralement acceptable soit de ne pas réanimer le patient, la question reste de savoir comment en arriver à cette décision.Le médecin décide-t-il seul?Et, dans les situations qui ne sont pas urgentes, devrait-il même être en charge de la décision?Si le patient est conscient et sain d\u2019esprit, la décision finale ne doit-elle pas lui revenir?Par ailleurs, lorsque le patient est inconscient ou \u201cincompétent\u201d, et qu\u2019il n\u2019y a pas état d\u2019urgence, n\u2019incombe-t-il pas plutôt à la famille de décider du sort du patient?En un mot, qui détient la décision finale dans les cas de non-réanimation?5)\tDans quelles circonstances est-il légitime et moralement acceptable pour un médecin de donner par écrit des instructions explicites sur le dossier d\u2019un patient suggérant ou ordonnant au personnel hospitalier de ne pas réanimer ce patient en cas d\u2019arrêt cardio-pulmonaire?6)\tSi de telles consignes sont à certains moments justifiées pour épargner à un moribond une intrusion massive de la technologie dans sa vie finissante, l\u2019hôpital lui-même n\u2019est-il pas en droit de formuler des directives de non-réanimation dans le cas de certaines catégories de patients?Par exemple, \u201con ne réanimera aucun patient de plus de 70 ans dans notre hôpital\u201d.De telles directives ont déjà été mises à l\u2019essai dans certains hôpitaux et comme elles ont été sévèrement critiquées, on a dû renier ces stupidités administratives.7)\tToutefois, la décision de réanimer ou non doit-elle incomber simplement aux médecins pris un à un, ou devrait-on formuler des politiques hospitalières et médicales souples, sujettes à revision continuelle, afin de régler ces questions en tenant compte de l\u2019opinion du grand public?8)\tSi de telles directives sont requises, comment leur garder leur souplesse?En d\u2019autres mots comment pouvons-nous empêcher que ces directives ne dégénèrent en règlements sévères et intangibles au détriment du jugement humain?9)\tDes règlements sévères, particulièrement lorsqu\u2019ils prennent forme de lois, peuvent aisément \u201cgeler\u201d le jugement du médecin et le priver de la marge de manoeuvre dont il a besoin pour équilibrer ses décisions pratiques difficiles.La question fondamentale soulevée à ce propos demeure: en médecine, jusqu\u2019à quel point devons-nous légiférer pour protéger le patient?Avons-nous, en fait, besoin d\u2019une législation quelconque pour garantir la qualité des décisions médicales?10)\tUn des derniers points soulevés à ce symposium avait trait au cadre social entourant la pratique de la médecine aujourd\u2019hui.Si la médecine était plus interpersonnelle, et de type moins industrialisé, ne serions-nous pas à l\u2019abri de la tentation, notoire chez nos contemporains, de demander aux lois de combler le vide entre la médecine et le patient?En d\u2019autres mots, la médecine clinique demande au médecin une connaissance intime de son patient.Sans cette connaissance, les décisions concernant la mort sont vouées à devenir non seulement difficiles, mais même erronées.Cependant, cette connaissance intime du patient appelle une revision complète du système d\u2019éducation en médecine et de l\u2019organisation de la médecine contemporaine.Moins de grandes institutions impersonnelles, plus de médecine familiale: tel est le point de vue que les débats du symposium ont mis en évidence à propos des importants aspects sociaux de la pratique médicale.Conclusion Le Symposium avait pour but d\u2019élucider les questions et d\u2019identifier les facteurs à considérer lors de décisions affectant la vie et la mort, spécialement en matière de réanimation.Cependant, le Symposium devrait également inciter les hôpitaux et les communautés qui les supportent à prendre les devants pour formuler spontanément des directives pratiques et moralement saines en vue de la pratique médicale dans les situations extrêmes.Prof.Simon Davis, Dr.David J.Roy.Un problème moderne qui ne laisse personne indifférent Mort réelle ou Vie \u2018\u2018mécanique\u2019\u2019?Les réponses de la médecine de la morale de la loi dans Lo Mort, cette Inconnue par Marcel Marcotte 129 pages \u2014 $2.95 Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal, H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 146 RELATIONS La faim de pain et d\u2019évangélisation: lll-Conversion radicale par Pedro ARRUPE Loin de moi la prétention de pouvoir répondre convenablement à cette question.C\u2019est à chacun de nous d\u2019y répondre après avoir sérieusement réfléchi et prié.Dans le peu de temps qui m\u2019est alloué, je veux seulement suggérer quelques aspects de notre vie, où notre conception renouvelée de l\u2019Eucharistie appelle le changement et la conversion.Examinons ensemble nos consciences par rapport à nos attitudes, à notre genre de vie, à nos actes.Et souvenons-nous qu\u2019il faut le faire non pas seulement en tant qu\u2019individus mais en tant que membres de communautés, d\u2019églises et de nations.Changement dans nos attitudes En premier lieu, nos attitudes à l\u2019égard des choses.Jusqu\u2019à quel point sommes-nous prêts à partager nos biens \u201cdans l\u2019allégresse et la simplicité du coeur\u201d?(l) Ou, au contraire, continuerons-nous à répéter que ce qui est à moi est à moi et ne peut appartenir à personne d\u2019autre?C\u2019est une des ironies de l\u2019histoire que, malgré l\u2019exemple des premiers chrétiens, l\u2019Eglise soit accusée par quelques-uns et louée par d\u2019autres pour avoir soutenu le droit absolu à la propriété privée.Disons tout de suite sans ambages que l\u2019Eglise ne maintient pas et n\u2019a jamais maintenu que le droit à la propriété privée soit absolu et sans condition.Le seul principe absolu qu\u2019elle défend est celui du but universel de toutes les choses créées et, MAI 1977 par conséquent, celui du droit de chacun à posséder ce qui est nécessaire pour lui et sa famille.Suivant l\u2019enseignement classique de saint Thomas d\u2019Aquin (2), le Concile Vatican a réaffirmé ce principe comme suit: \u201cDieu a destiné la terre et tout ce qu\u2019elle contient à l\u2019usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité\u201d.(3) Dans sa lettre Po-pulorum Progressio, le Pape Paul ajoute ce commentaire qui nous semble extrêmement important: \u201cTous les autres droits, quels qu\u2019ils soient, y compris ceux de propriété et de libre commerce, sont subordonnés à ce principe: ils n\u2019en doivent donc pas entraver, mais bien au contraire faciliter la réalisation, et c\u2019est un devoir social grave et urgent de les ramener à leur finalité première\u201d.(4) Ces paroles doivent être scrupuleusement soupesées par chacun de nous, mais surtout par ceux qui ont la responsabilité de façonner la vie nationale, soit dans les pays riches, soit dans les pauvres.Les accepterons-nous avec toutes les conséquences qu\u2019elles comportent pour nous-mêmes, pour notre pays, pour la grande famille des nations?Accepterons-nous, par exemple, que les ressources de ce monde soient distribuées en sorte que tous les hommes puissent en profiter, nous étant persuadés que l\u2019appropriation de la plupart de ces richesses par quelques-uns aux dépens de la pauvreté des autres est aussi immorale et injuste que l\u2019opulence de quelques-uns à l\u2019intérieur d\u2019un pays où le reste de leurs compatriotes vit dans la misère?Admettrons-nous que les pauvres et les affamés de la terre ont droit, en bonne justice, à une équitable participation à sa richesse, c\u2019est-à-dire à ma richesse, à la richesse de mon pays?Admettrons-nous qu\u2019il y a quelque chose qui ne va pas dans une économie de marché qui fait que les ressources disponibles échoient en partage à ceux qui peuvent payer pour elles plutôt qu\u2019à ceux qui en ont besoin?Admettrons-nous enfin qu\u2019un ordre économique qui, au lieu de viser à satisfaire les besoins de tous, favorise la superconsommation de ceux qui sont déjà riches, est un ordre à changer?Il nous faudrait examiner ensuite nos attitudes envers les autres.Les premiers chrétiens partageaient leurs biens avec \u201cquiconque pouvait en avoir besoin\u201d (5) et saint Paul explique cela en disant que l\u2019on ne faisait aucune distinction de race, de classe ou de nationalité.(6) Sommes-nous également disposés à ouvrir nos portes à tout le monde?Ou par contre, ne nous arrive-t-il pas de dire parfois:\t\u201cPourquoi aiderais- je des gens à des milliers de kilomètres de moi?En quoi cela me concerne-t-il?\u201d C\u2019est eux les seuls responsables de leur situation.Ils ne travaillent pas.\u201d \u201cRéglons nos propres problèmes d\u2019abord.Charité bien ordonnée commence par soi-même.\u201d \u201cIl n\u2019y a rien à 147 faire en tout cas.Ils sont tous corrompus.L\u2019aide finira bien dans les poches de quelqu\u2019un ou servira à acheter des armes.\u201d Combien de fois avons-nous érpouvé ou exprimé des sentiments pareils?Pourtant l\u2019Eucharistie nous enseigne que nous sommes bien les gardiens de notre frère, que notre prochain est bien quelqu\u2019un dans le besoin, que si une partie du corps est malade tout le corps est malade.Aussi longtemps que la souffrance, l\u2019oppression, l\u2019injustice ou la faim auront leur place dans le monde, il ne nous est pas permis de fermer les yeux ou de rester indifférents.Car c\u2019est le Christ qui souffre de nouveau, ce Christ même que nous recevons.Et alors, comme je l\u2019ai déjà dit au début de cette allocution, notre célébration de l\u2019Eucharistie est incomplète partout dans le monde.Un nouveau genre de vie Ce fut l\u2019exemple vivant des premiers chrétiens, plutôt que leurs paroles, qui impressionna leurs contemporains.Voilà pourquoi nous devons, à notre tour, réexaminer non seulement nos attitudes et nos paroles, mais aussi notre façon de vivre.Les hommes d\u2019aujourd\u2019hui, spécialement les jeunes, sont excédés de déclarations, de résolutions et de promesses que l\u2019on ne tient pas.Comme le Pape Paul l\u2019a si bien exprimé: \u201cL\u2019homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s\u2019il écoute les maîtres, c\u2019est parce qu\u2019ils sont des témoins.\u201d (7) Quel est donc le témoignage de notre vie?De tons côtés, dans les pays riches comme dans les pauvres, nous nous trouvons non seulement devant l\u2019abîme existant entre ceux qui possèdent tout et ceux qui n\u2019ont rien, mais aussi devant des exemples flagrants d\u2019une consommation et d\u2019un gaspillage exagérés.Nous voyons les membres de ce qu\u2019on a appelé \u201cla société de consommation\u201d, qui semblent mettre au même rang le bonheur et la possession de biens matériels, et dont le seul souci paraît être celui d\u2019acquérir toujours plus de choses et de meilleure qualité.Nous sommes en présence d\u2019une véritable fièvre 148 de consommer qui menace de nous étouffer et, en même temps, de noyer le monde dans ses propres résidus.Il est quand même encourageant de constater qu\u2019il y a des hommes, et des jeunes parmi eux, qui commencent à réagir contre ce processus.Peu à peu ils se rendent compte, comme l\u2019ont déclaré tout récemment les évêques des Antilles, \u201cque la recherche incessante et toujours croissante des biens de consommation ne saurait que nous dégrader.Nous sommes en danger de devenir des esclaves:\tdes esclaves d\u2019une harassante publicité, surtout à la radio et à la télévision, nous incitant à éprouver de nouveaux besoins alors que nous avons déjà assez de choses; des esclaves de la cupidité, qui nous pousse à accumuler des biens, superflus au début, mais finissant bientôt par devenir indispensables; des esclaves du snobisme, qui juge l\u2019homme d\u2019après ce qu\u2019il a, et non d\u2019après ce qu\u2019il est.Le scandale d\u2019une telle situation ne tient pas uniquement à ce que quelques-uns gaspillent leur argent en objets de luxe alors que d\u2019autres manquent de l\u2019essentiel, mais aussi à ce que nous sommes en train de créer une société où le progrès est mis au même niveau que l\u2019acquisition des symboles d\u2019une certaine position sociale, par exemple des maisons luxueuses, de grandes voitures ou des appareils électroniques coûteux.\u201d (8) On a dit que le monde d\u2019aujourd\u2019hui a besoin de l\u2019exemple d\u2019un nouveau saint François d\u2019Assise.Il n\u2019y a pas de doute que nous autres, chrétiens, nous sommes très bien placés pour prêcher les vertus évangéliques de la simplicité et la véritable pauvreté d\u2019esprit.Faisons en sorte que l\u2019on puisse voir dans nos vies personnelles, dans nos institutions et nos églises, dans nos lignes de conduite, qu\u2019il existe d\u2019autres valeurs que la richesse, le pouvoir et le prestige, qui rendent la vie digne d\u2019être vécue.Ecoutons l\u2019appel de Paul VI: \u201cLe monde réclame et attend de nous simplicité de vie, esprit de prière, charité envers tous, spécialement envers les petits et les pauvres, obéissance et humilité, détachement de nous-même et renoncement.Sans cette marque de sain- teté, notre parole fera difficilement son chemin dans le coeur de l\u2019homme de ce temps.Elle risque d\u2019être vaine et inféconde.\u201d (9) C\u2019est bien là que les religieux ont un rôle très important à jouer, que leur concours peut être précieux.Nous sommes pourtant en présence d\u2019un étrange paradoxe.D\u2019un côté, il y a le triste fait de toutes ces centaines de prêtres, de frères et de soeurs, qui quittent la vie religieuse.Les causes de cet exode sont variées et complexes, et je ne voudrais nullement porter un jugement sur les vrais motifs de leur défection.Mais, d\u2019autre part, nous avons aujourd\u2019hui, plus que jamais, des preuves éclatantes que notre monde a besoin du témoignage concret et provocateur d\u2019une vie comme celle que les religieux sont appelés à vivre.Nous avons besoin d\u2019hommes et de femmes qui, s\u2019élevant au-dessus de leurs propres nécessités immédiates, sachent incarner dans leur vie les demandes radicales des béatitudes; d\u2019hommes et de femmes qui, ayant choisi librement de suivre le Christ vidé de Lui-même pour les autres, soient capables par là de continuer son oeuvre de libération.Nous avons besoin d\u2019hommes et de femmes dont la vie soit un signe, pour le monde et pour l\u2019Eglise, d\u2019une totale ouverture et disponibilité envers Dieu et leur prochain, telles que l\u2019exigent la foi et la justice.Car seuls les hommes et les femmes de cette trempe peuvent montrer au monde où se trouvent la liberté, la joie et la paix authentiques.(10) Que faire?Enfin, les pauvres et les affamés attendent notre action.Que pouvons-nous faire?Qu\u2019il nous soit d\u2019abord permis de rendre hommage à tant de personnes et organisations généreuses, dans ce pays et ailleurs, qui ont déjà apporté et apportent toujours leur aide aux déshérités.Beaucoup sont présents à ce Congrès Eucharistique.Puissent-ils en tirer l\u2019espoir et le courage nécessaires pour continuer et développer leurs tâches.Mais la bataille contre la faim réclame l\u2019engagement de nous tous.C\u2019est pourquoi j\u2019ai proposé ce matin de réintroduire un nouveau type RELATIONS de jeûne eucharistique en témoignage de notre engagement à nourrir ceux qui souffrent de la faim.Puissions-nous répondre de tout coeur à cet appel, en nous souvenant des paroles de saint -Jean: \u201cSi quelqu\u2019un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu\u2019il se ferme à toute compassion, comment l\u2019amour de Dieu demeurerait-il en lui?\u201d (11) Rappelons-nous aussi qu'aider notre frère qui a faim, ce n\u2019est pas seulement partager avec lui ce que nous avons de trop.L\u2019Eglise nous enseigne que tout ce que nous possédons sans en avoir vraiment besoin ne nous appartient pas en réalité.Cela appartient à l\u2019homme qui manque du nécessaire; c\u2019est lui le véritable propriétaire.(12) Partager notre pain avec celui qui a faim, cela veut dire que nous sommes prêts à renoncer à quelque chose dont nous avons besoin pour aider quelqu\u2019un d\u2019autre qui en a besoin plus que nous.Mais les bonnes oeuvres, si importantes et nécessaires soient-elles encore, ne suffisent plus dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Les pauvres et les affamés n\u2019attendent pas de nous seulement de petits dons inspirés par la charité, mais un appui réel et actif dans leur lutte légitime contre toutes les formes d\u2019oppression et d\u2019injustice.Notre engagement eucharistique nous appelle à un nouveau genre de solidarité, à une identification plus profonde avec les pauvres.C\u2019est là un rôle beaucoup plus exigeant, qui appelle notre action dans un grand nombre de domaines: politique, social, économique.Il faut donc éclairer et mobiliser l\u2019opinion publique, détruire les barrières des préjugés ou de l\u2019indifférence, presser les politiciens et les législateurs d\u2019agir.En grande partie, ce travail pourra paraître ennuyeux et souvent ingrat.Mais il est essentiel si nous aspirons à atteindre des résultats tangibles.Il y aura même des moments où notre engagement pour la justice dans le monde nous coûtera cher et nous demandera des sacrifices personnels ou collectifs à tel ou tel degré.Alors, pour reprendre courage, nous n\u2019aurons qu\u2019à nous rappeler les premiers chrétiens, qui souffrirent pour leur foi et se fai- saient un point d\u2019honneur d\u2019endurer leur sort au nom de Jésus.(13) Nous pouvons également penser à tous ces hommes, femmes et enfants qui.en ce même instant, souffrent, eux aussi, pour la cause de la justice.Quelques-uns sont en prison ou languissent dans des camps de concentration.accusés faussement ou sans aucune accusation du tout; d\u2019autres endurent une pénible servitude sous de durs régimes totalitaires, d\u2019autres enfin subissent la torture ou sont envoyés en exil.Beaucoup d\u2019entre eux savent que nous sommes ici aujourd\u2019hui et nous regardent avec espoir.Ne les abandonnons pas! Puissions-nous, nos Eglises et nos organisations, être connus partout comme les défenseurs impavides des droits humains et de la justice, quel que soit le prix à payer sur le plan matériel, politique ou autre.Je ne saurais conclure cet appel à l\u2019action sans un mot spécial, adressé à la grande nation qui nous offre sa généreuse hospitalité à l\u2019occasion de ce Congrès Eucharistique.Deux cents ans après leur indépendance, les Etats-Unis se trouvent dans la position unique d\u2019être non seulement la plus grande puissance industrielle du monde, mais aussi, ce qui est peut-être plus important, de produire, conjointement avec le Canada, 80C de tout le blé susceptible d\u2019être exporté dans les pays incapables de se nourrir par eux-mêmes.(14) Voilà, en même temps, une terrible responsabilité et une occasion merveilleuse de travailler pour le bien de tous.Puissent les dirigeants et le peuple de ce pays être à la hauteur de leur magnifique besogne! Que leur richesse et leur pouvoir servent non seulement à promouvoir des intérêts particuliers ou à atteindre des buts politiques nationaux, mais qu\u2019ils soient surtout mis au service de l\u2019humanité tout entière.Dans un véritable esprit de générosité et de coopération, puissent-ils prendre les devants pour aider à instaurer un nouvel et meilleur ordre économique international.Ce faisant, il donneront un exemple magnifique au reste du monde et, en particulier, aux autres pays riches.Je ne peux penser à aucune manière plus pertinente et plus noble pour une grande nation de célébrer son 200ème anniversaire et de franchir un nouveau siècle de son existence! Conclusion Mes frères et mes soeurs, n\u2019oublions pas, pour finir, que la communauté eucharistique des premiers chrétiens fut avant tout une communauté d\u2019amour.Elle considérait les gens non pas comme des instruments à utiliser, mais comme des personnes à aimer pour elles-mêmes, se faisant une joie de les servir.Ce même esprit d\u2019amour devrait marquer et inspirer toutes nos actions en faveur de la justice, nos motifs, les moyens employés et les objectifs que nous poursuivons.Sans lui, nos efforts perdraient toute signification chrétienne, tout leur pouvoir de transformation, et ils pourraient très bien finir par nous asservir au lieu de nous libérer.Car l\u2019esprit d\u2019amour que nous recevons dans l\u2019Eucharistie est l\u2019Esprit de Dieu.Il ne peut être enfermé dans les étroites limites imposées par l\u2019espace ou par le temps.Il ne peut non plus être utilisé comme un instrument.Il ne saurait être réduit à telle ou telle idéologie, à tel ou tel système politique, ou tout simplement mesuré d\u2019après son utilité sociale \u201chic et nunc\u201d, dans des circonstances concrètes.Enfin, il ne pourra jamais nous conduire à la haine, à la violence ou au désespoir.Ce sont là des choses que trop de gens n\u2019arrivent pas à comprendre aujourd\u2019hui.Pleins de la sagesse de ce monde, ils s\u2019emploieront à nous persuader de choisir d\u2019autres moyens et de prendre d\u2019autres sentiers dans notre poursuite de la justice.Et quelques-uns parmi nous se laisseront peut-être séduire par ces voix de sirène, car le message évangélique de renonciation et d\u2019amour est, sans aucun doute, déconcertant, contradictoire et même incompréhensible.Nous n\u2019avons qu\u2019à nous rappeler quelques mots de Jésus, entre beaucoup d\u2019autres, pour constater combien ils vont à l\u2019encontre de tout ce que le monde moderne croit et enseigne: -\t\u201cHeureux les pauvres de coeur\u201d (15) -\t\u201cNe vous inquiétez donc pas MAI 1977 149 pour le lendemain: le lendemain s\u2019inquiétera de lui-mème\u201d (16) -\t\u201cSi quelqu\u2019un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l\u2019autre\u201d (17) -\t\u201cA qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau\u201d ( 18) -\t\u201cSi quelqu\u2019un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui\u201d (19) -\t\u201cQuand tu es invité, va te mettre à la dernière place\u201d (20) -\t\u201cHeureux êtes-vous lorsque l\u2019on vous insulte, que l\u2019on vous persécute et que l\u2019on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi\u201d (21) -\t\u201cAimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent\u201d (22) -\t\u201cQui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera\u201d (23) Est-ce là le genre de programme que l\u2019homme moderne attend?Pouvons-nous, chrétiens, offrir ces solutions au monde qui nous entoure?La réponse, mes frères et mes soeurs, est \u201coui\u201d.Oui, pour la simple raison que \u201cce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes\u201d.(24) Sans foi et sans amour la Croix n\u2019est, assurément, que folie et déraison, une pierre d\u2019achoppement.Mais pour ceux qui croient et qui aiment, elle devient source de puissance et de salut.(25) Il n\u2019y a pas de moyen facile ou commode de résoudre les problèmes du monde.Mais l\u2019amour \u201cexcuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout\u201d.(26) Sans lui, tous nos efforts pour nourrir ceux qui ont faim et bâtir un monde meilleur seront vains.Avec lui, il n\u2019y a pas de pouvoir ou d\u2019institution sur la terre qui puisse nous résister.L\u2019amour est la seule force capable de rendre l\u2019homme authentiquement libre.Il est le seul préalable essentiel à l\u2019établissement d\u2019un nouvel ordre mondial.Tout cela était, comme nous l\u2019a rappelé le concile Vatican, le noyau même de l\u2019enseignement du Christ: \u201cIl nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l\u2019amour.A ceux qui croient à la divine charité, il appor- te ainsi la certitude que la voie de l\u2019amour est ouverte à tous les hommes et que l\u2019effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n\u2019est pas vain\u201d.(27) Aujourd\u2019hui, nous avons eu un aperçu de cette fraternité universelle signifiée par l\u2019Eucharistie.Cela nous remplit d\u2019espérance et de joie.Car en dépit de nos fautes et de nos faiblesses, des injustices et des souffrances du monde, des sacrifices qui nous seront imposés, nous faisons confiance à l\u2019avenir, sachant que, par la victoire du Christ sur le péché, notre \u201caffliction tournera en joie\u201d.(28) Parce que le Christ est ressuscité, il y a de l\u2019espoir pour un monde nouveau et meilleur.Pleins donc de cette espérance et de cette joie, faisons un pas en avant, partageant notre amour les uns avec les autres.Par-tageons-le avec tous les hommes, mais surtout avec les pauvres et les affamés.Car ainsi nous aurons le bonheur d\u2019expérimenter comment Jésus lui-même s\u2019identifie avec ces pauvres et ces affamés, et de sentir que, si nous cherchons son visage dans le leur, nous arriverons vraiment à le connaître tel qu\u2019il est.2.Actes, 2, 46.2.\tCf.Summa Theologica, Ha, Ilae, q.66, art.2.3.\tGaudium et Spes, 69.4.\tPopulorum Progressio, 22.5.\tActes, 4, 35.6.\tGai.3, 28.7.\tEvangelii Nuntiandi, 41.8.\tJustice and Peace in a New Carribbean, Lettre Pastorale de la Conférence Episcopale des Antilles, Martinique, 1975, 26.9.\tEvangelii Nuntiandi, 76.10.\tCf.Evangelii Nuntiandi, 69.11.1\tJean, 3, 17.13.Cf.Populorum Progressio, 23, où l\u2019on cite St.Ambroise.13.\tActes, 5, 41-42.14.\tCf.Lester R.Brown, The Politics and Responsibility of the North American Breadbasket, Worldwatch Paper 2, U.S.A.1975, p.11.15.\tMath, 5, 3.16.\tMatth., 6, 33.11.\tIbid., 5, 39.18.\tIbid., 5, 40.19.\tIbid., 5, 41.20.\tLuc, 14, 10.21.\tMatth., 5, 11.22.\tIbid., 5, 44.23.\tLuc, 17, 32.24.1\tCor, 1, 25.25.\tIbid., 1, 23-25.26.\tIbid., 13, 6.27.\tGaudium et Spes, 38.28.\tJean, 16, 20.Matthieu Un dieu Depuis 1968, la revue Etudes françaises décerne, en principe annuellement, un prix littéraire à une oeuvre encore manuscrite et en assure la publication dans sa déjà prestigieuse collection.La première année après la création du Prix, dû à la générosité d\u2019un imprimeur montréalais, M.J.-Alex Thérien, l\u2019honneur était allé au roman d\u2019un Africain, Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances^ 1).Grâce à cette collection furent également rassemblés les poèmes de Gaston Miron dans l\u2019Homme rapaillé.Vinrent ensuite Corps de gloire, de Juan Garcia, Variables, de Michel Beaulieu et le Journal dénoué (2), de Fernand Ouellette.Un romancier africain, quatre poètes québécois.Avec le couronnement d'Un Dieu chasseur, le roman québécois accède à son tour à l\u2019honneur d\u2019être admis sur l\u2019Olympe des P.U.M.Depuis tout ce temps! Ce n\u2019est pourtant ni Major, ni Beaulieu (V.-L.), ni Ducharme, ni aucun de ceux qui créent peu à peu le pays mythique en lui donnant une forme dans la nuit remplie des lueurs conjointes, des feux croisés des regrets et des désirs.Jean-Yves Soucy est (était) un inconnu pour les lettres québécoises.Né à Causapscal, dans la merveilleuse vallée de la Matapé-dia, il a vécu un peu partout au Québec, de l\u2019Abitibi à la Côte-Nord.Il paraît qu\u2019il a connu la vie des chantiers, fréquenté des chasseurs, des trappeurs, des Indiens.Un dieu chasseuri3) est le premier roman de cet auteur qui a trente-deux ans.150 RELATIONS Maître-chasseur chasseur, de Jean-Jacques Soucy Un roman traditionnel A fréquenter le roman québécois des récentes années, on perd l\u2019habitude de lire des histoires.Quand ils ouvrent un roman nouveau d\u2019ici, les lecteurs s\u2019attendent à trouver n\u2019importe quoi, sauf une histoire chronologique.Ils entendent une voix, quelqu\u2019un qui dit \u201cje\u201d: ils savent qu\u2019ils sont des confidents, presque des confesseurs, et qu\u2019il leur faut patiemment écouter une longue complainte faite d\u2019aveux, de regrets, de visions, d\u2019espoirs déçus.Ils essaient de suivre en se suspendant comme à un fil à cette écriture qui avance, recule, s\u2019enroule, se perd, se retrouve et les entraîne dans un labyrinthe.Fil d\u2019Ariane qui ne leur garantit pas nécessairement, pas plus qu\u2019au héros ou au narrateur, une porte de sortie.Mais le labyrinthe parfois s\u2019éclaire soudainement comme si, en creusant son propre univers, chacun des romanciers québécois réussissait à ouvrir une faille dans le ventre du pays souterrain.Par ces failles l\u2019univers romanesque est en train de se préparer une échappée sur l\u2019endroit d\u2019un pays dont chacun était condamné jusqu\u2019ici à n\u2019apercevoir que l\u2019envers.Dans la nuit où il faut encore marcher à tâtons, Un dieu chasseur se présente comme une sorte de colonne lumineuse et produit dès l\u2019abord quelque chose comme un éblouissement.Est-il possible, se demande le lecteur condamné à l\u2019ascétisme et, dans certains cas, au masochisme, qu\u2019un roman écrit à la troisiè- par Gabrielle Poulin me personne, au présent de l\u2019indicatif et qui se déroule devant nos yeux avec la fidélité chronologique des jours, des semaines et des mois, dans un lieu réel soumis aux changements réels des saisons, un roman qui met en présence des hommes comme nous, remplis de nos passions, de nos désirs, de nos misères, en somme un roman qui ressemble à la vie telle que les hommes la vivent depuis que le monde est monde, soit, aujourd\u2019hui, un bon roman?Des lecteurs \u201cavertis\u201d ont dit: \u201cNon, c\u2019est un très mauvais roman.\u201d Johnny Bungalow, lui aussi, avant d\u2019avoir sa chance de traverser le mur de fer qui enclôt l\u2019enceinte littéraire, a vu s\u2019édifier autour de lui un mur de silence.La limpidité serait-elle donc incompatible avec la profondeur, la nàiveté, avec l\u2019art?Moi, dans le temps, j\u2019ai aimé Johnny Bungalow, Marguerite, sa mère, ses frères, comme on aime quelqu\u2019un de très proche.J\u2019ai lu avec passion le récit de leurs bonheurs et de leurs malheurs et parcouru avec enthousiasme, presque tout d\u2019une traite, la chronique de 400 pages dans laquelle Paul Villeneuve, avec un soin extrême, a fait revivre l\u2019époque héroïque des grandes migrations vers l\u2019Abitibi.Jean-Yves Soucy aura eu la chance d\u2019attirer l\u2019attention de la revue Etudes françaises.Dès lors, il est plus facile de s\u2019abandonner sans mauvaise conscience aux charmes d\u2019une histoire très belle et très triste, l\u2019histoire d\u2019un homme solitaire comme Adam avant que Dieu ne lui fasse une com- pagne semblable à lui.Un homme très proche de la bête, de ses instincts, qui vit comme elle au rythme des saisons, qui a besoin d\u2019espace comme de nourriture et de sommeil.En fait, si l\u2019on y regarde de très près, ce roman, c\u2019est presque en raccourci l\u2019histoire de l\u2019humanité et, en quelque sorte, l'épopée québécoise moderne d\u2019un descendant de Menaud, aux prises avec la même passion, le même instinct de liberté, le même adversaire tout-puissant et condamné comme lui à l\u2019échec, à la solitude et à la démence.Un descendant de Menaud Mathieu Bouchard peut paraître anachronique dans ce siècle où la ville, ses feux et ses plaisirs ont supplanté \u201cle bois\u201d qui attirait nos ancêtres.On allait vers la forêt, en ces jours, pour trouver sa subsistance et celle des siens pendant la saison morte, laissant à la femme le soin de la ferme et de la maison.Mais était-ce bien le seul motif de cet exode?N\u2019allait-on pas surtout vers elle, - chasseurs et pécheurs de fin de semaine d\u2019aujourd\u2019hui en savent quelque chose, - comme vers une maîtresse cachée, pleine de silence et de secrets éblouissants, austère et sensuelle, familière et toujours imprévue?La maîtriser, c\u2019était éprouver sa force, ses pouvoirs démiurgiques; quand on s\u2019abandonnait à elle, on avait l\u2019impression de se laisser couler dans l\u2019infini.\u201cRien n\u2019a changé au pays de Québec\u201d, rien ne change dans le rêve séculaire du mâle.Adam a cédé à la voix tentatrice de la femme.Il a été chassé du Paradis, qui devait ressembler à une immense forêt vierge, et condamné à s\u2019attacher à la terre comme le cheval à la charrue, à l\u2019arroser de sa sueur et à manger son pain dans les larmes pendant qu\u2019Eve enfantait dans la douleur des fils, des petits-fils et des arrière-arrière-petits-fils qui trouvaient en naissant, au fond de leur coeur, la nostalgie de la liberté, la peur de tout ce qui ressemble à une entrave: maison, clôture, bras de femme et bras d\u2019enfants.Vivre icitte, tranquilles, vivre icitte, tranquilles; ce serait plaisant, murmura Marie.(4) MAI 1977 151 Le Mathieu de Jean-Yves Soucy a vécu dans les bois depuis son adolescence, - vingt-cinq ans, - seul, dans une cabane qui lui sert seulement d\u2019abri.De temps en temps, il va vers la ville: S\u2019enfermer dans une chambre d\u2019hôtel, boire son saoul, et un peu plus.Manger plus que de raison.S\u2019empiffrer de douceurs jusqu\u2019à en vomir.Boire encore.Et jouir! Se vautrer dans un vrai lit et faire l\u2019amour jusqu\u2019à s\u2019en écoeurer.(27.) Quand il est satisfait et soulagé, il repart, seul, libre, comme un \u201carbre-sans-racine\u201d, un \u201cgrand chien à deux pattes\u201d, vers les montagnes qu\u2019il parcourt en se jouant, comme un dieu.Pourtant, un jour, il entend lui aussi la voix qui a séduit le premier homme, la même sans doute qui avait réussi temporairement à fixer Menaud et qui chantait à l\u2019oreille du Lucon pendant que Marie était là, derrière la grille des aulnes, pâles, pareille à la Mal-hurée, condamnée pour cent ans de lune à errer le long des marécages (.) \u201cJ\u2019étais venu te chercher.\u201d (Menaud maître-draveur, 146-147.) Il fallait que cette voix fût particulièrement séduisante pour que l\u2019oreille du chasseur se méprenne sur le sens de son appel.Marguerite est une maîtresse d\u2019école ordonnée, austère, qui ferait fuir n\u2019importe quel soupirant peu enclin à se soumettre comme un écolier.Mais Mathieu n\u2019est pas un soupirant: il est \u201cl\u2019homme sûr de soi\u201d, l\u2019animal toujours \u201cprêt à bondir\u201d, \u201cmaître de cette meute de muscles\u201d.\u201cDevant ce regard, Marguerite se sent traquée et acculée.\u201d Non, le langage de l\u2019institutrice ne saurait entrer dans l\u2019oreille de Mathieu.Elle doit aller chercher au plus profond d\u2019elle-même les sons familiers au chasseur, ceux qu\u2019il recherche dans la forêt et qui seuls le retiennent: Soudain une plainte déchire le voile des rêves, hérisse le poil, dresse les cheveux, fait frissonner les muscles.Un râle d\u2019animal blessé.Un souffle du nord et qui cingle.Mathieu tourne la tête.C\u2019est l\u2019institutrice qui joue d\u2019une espèce de flûte.De la musique ça?Mathieu n\u2019en a jamais entendu de pareille.Mathieu porte à nouveau ses yeux sur le rougeoiement du foyer; il essaye de retrouver ses rêves, se renfonce dans sa chaise, rentre en lui, se défend.Peine perdue, les sons l\u2019assaillent, se glissent en son corps, le délogent de lui-même.Cette musique est un grand fleuve.Elle charroie toute une forêt déracinée par surprise avec sa charge d\u2019oiseaux et d\u2019animaux qui n\u2019ont pas pu fuir.Et le fleuve entraîne l\u2019esprit dans sa course.Bientôt il se tarit.Le vent l\u2019assèche.Le vent léger et tiède, taché d\u2019odeurs, maculé de pollen.Il se tait à son tour.Tombe la pluie mélodieuse.Revient le vent.Bourrasques sifflantes, neiges muettes.(56-57).Dès lors les jeux sont faits.Marguerite a su jouer de l\u2019instrument de son corps de femme et réussi à s\u2019enrouler autour du coeur de Mathieu avant qu\u2019il n\u2019ait pu prendre conscience que les sons de la flûte ont forme et force de lianes et de racines.Elle le suit dans la forêt, accepte de partager sa vie, trouve du charme à sa cabane rude et dénudée.Jusqu\u2019au jour où le fiancé abandonné, Josime, se joint à l\u2019ennemi juré de Mathieu, la Fouine, pour reprendre la fille et surtout pour arracher au chasseur son empire.Le Délié n\u2019avait pas craint lui non plus de s\u2019allier à l\u2019ennemi de Menaud et de son peuple.Menaud s\u2019était appuyé sur le Lucon; Mathieu accepte l\u2019aide de l\u2019Indien.\u201cAlors, il se rappela ce qu\u2019il avait entendu, une nuit de printemps, au bord de la rivière: \u201cReprends le chemin de tes pères et marche!\u201d Quand Mathieu et l\u2019Indien auront eu raison de la Fouine et de Josime, ils n\u2019auront pas pour autant libéré le territoire des exploiteurs.Mathieu surtout s\u2019apercevra trop tard qu\u2019il est cerné de tous côtés.Marguerite n\u2019a pas attendu que les bûcherons et les commerçants aient attaqué la cabane.Elle l\u2019a fortifiée de l\u2019intérieur: elle a frotté, mis des rideaux aux fenêtres, tracé des lignes autour de la maison: c\u2019est un potager qu\u2019il faut enclore.Elle veut garder les jeunes chiots nouveau-nés, les élever comme on élève autour de soi des petits d\u2019homme.C\u2019en est trop! Mathieu refuse de se laisser attacher.Marguerite ne peut pas revenir en arrière; il ne veut plus d\u2019elle, ni de sa cabane métamorphosée.Vivre icitte tranquilles, vivre icitte, tranquilles; ce serait plaisant, murmura Marie.Oui! mais, il faut être raisonnable, des fois.Alors, si tu as de l\u2019amitié pour moi, tu continueras comme Joson, comme mon père!\u201d Et toute dans le refuge des bras qu\u2019il ouvrait, elle pleura contre son visage.(Menaud, maître draueur, 151.) Marguerite aussi cède.Pour que Mathieu, comme le Lucon, se sente libre, elle accepte de disparaître.Mathieu, libéré, secoue la terre de ses souliers et, avec l\u2019Indien, s\u2019en va vers le Nord, vers la montagne intacte.Quand Menaud s\u2019était mis à délirer: \u201cDes étrangers sont venus! Des étrangers sont venus!\u201d, les hommes avaient eu peur du \u201cfrôlement de cette démence\u201d et \u201cle vieil ami de la terre, Josime\u201d, -oui, celui qui reste, qui s\u2019ancre, s\u2019appelle aussi Josime dans le roman de Soucy, - prononça: C\u2019est pas une folie comme une autre.Ça me dit, à moi, que c\u2019est un avertissement! (152.) Encore-des déserteurs Le dernier refuge de Menaud, ç\u2019avait été cette folie attirante et inquiétante comme la forêt où jadis il s\u2019éloignait de la routine quotidienne, de l\u2019ennui, de la vieille \u201cmaison grise\u201d et des \u201cpauvres champs gris\u201d: Pour eux, la vie, c\u2019était le bois où l\u2019on est chez soi partout, et plus à l\u2019aise que dans les maisons où l\u2019on étouffe; c\u2019était la montagne aux mille demeures, aux innombrables chemins.C\u2019est là qu\u2019on se faisait des âmes fortes; de là qu\u2019un jour, peut-être, descendrait la liberté, terrible comme la Sinigolle au printemps.(Menaud, maître-draveur, 29-30.) Redevenir sauvage et libre comme les chiens que Mathieu laisse derrière lui! Quarante ans après celui de Félix-Antoine Savard, le roman de Jean-Yves Soucy vient confirmer la prédiction de Josime: \u201cC\u2019est pas une folie comme une autre! Ça me dit, à moi, que c\u2019est un avertissement.\u201d (Menaud., 152.) Dans toute son attitude et dans toutes ses démarches, y compris l\u2019ultime séparation d\u2019avec le \u201cpays tel- 152 RELATIONS lement connu, tellement aimé\u201d, et le départ pour ce Nord dont on ne revient pas, Mathieu prolonge l\u2019expérience de Menaud en même temps qu\u2019il la démythifie en en faisant voir le caractère ambigu.Menaud, maître-draveur était un roman poétique, presque une chanson de geste.Quoique bien vivants, les personnages faisaient également figure de types.La force et la beauté des images, tout ce qui était chuchoté, suggéré dans les espaces blancs, entre les lignes, donnait à l\u2019oeuvre de Mgr Savard un caractère presque sacré.On croit comprendre que Menaud, Joson, le Lucon aimaient la forêt d\u2019un amour presque mystique et ambitionnaient de faire d\u2019elle le haut-lieu de la reconquête de soi et du pays.Pourtant quand le Lucon accepta l\u2019offrande de Marie, n\u2019était-ce pas que la voix de ses sens avait été la plus forte?Il faut relire, dans la première édition de Menaud, - Mgr Savard a-t-il eu conscience des sous-entendus compromettants quand il a expurgé ce texte?- le passage où Marie est venue à la rencontre de son amoureux.Dans les ruptures, les silences, l\u2019imparfait de tentative du \u201cJ\u2019étais venue te chercher.\u201d, on devine que Marie, dans un moment de faiblesse, ou d\u2019audace et de défi, plus encore que Marguerite, s\u2019est donnée à celui qu\u2019elle désirait retenir.Elle savait obscurément que seul ce don de son corps saurait faire oublier un moment, - juste ce qu\u2019il faut pour arracher une promesse, - le grand corps troublant de la forêt.Comme toutes les femmes du pays avant elle et comme toutes celles qui viendront, comme la Marguerite d'Un dieu chasseur, elle est prête maintenant à accepter le partage, pourvu que de temps en temps, le \u201cmari\u201d gagné de haute lutte, vienne vers elle.Elle sait également que même ce don mitigé n\u2019est que temporaire et qu\u2019il lui faudra disparaître un jour de quelque façon pour que \u201cl\u2019autre\u201d, choisie avant elle, jamais complètement sacrifiée, demeure l\u2019unique et dernière amante.La forêt n\u2019aura jamais été qu\u2019un alibi; la sauvegarde du patrimoine contre le ravisseur, un prétexte: la rivale, c\u2019est la liberté.Depuis 1937, le roman, même le MAI 1977 plus traditionnel, a subi de grandes transformations.Il est entré, ces dernières années, dans ce qu\u2019Albé-rès appelle l\u2019époque de l\u2019impudeur.Entre Menaud maître-draveur et Un dieu chasseur il n\u2019y a pas de rupture réelle, mais les vrais motifs des attirances et des combats de Menaud sont mis à jour.Ce qui était seulement suggéré est maintenant nommé, confessé.Mathieu aussi dit aimer la forêt d\u2019un amour mystique, mais il sait qu\u2019il s\u2019aime par-dessus tout, qu\u2019il est son propre dieu et il s\u2019arroge le droit de vie et le droit de mort.(Beaucoup de \u201cvocations\u201d inspirées par des objectifs aussi ambigus n\u2019ont pas tenu le coup ces dernières années: dans la vie réelle, l\u2019impudeur littéraire s\u2019est muée en recherche et souci d\u2019authenticité.) Quand il s\u2019accouple avec l\u2019ourse qu\u2019il vient de tuer, \u201csous ses reins en feu Mathieu imagine une femme au corps indéfini mais au sexe formidablement présent.C\u2019est comme s\u2019il s\u2019accouplait avec toute la nature, avec les arbres, les mousses, les animaux, la terre et l\u2019air; avec la Vie même.\u201d (13.) L\u2019ourse morte et violée préfigure l\u2019épisode de la vie avec Marguerite en qui l\u2019amant de la forêt ne cherchera qu\u2019une parcelle de cette grande paix que lui procurent ses noces avec la forêt.Une littérature féconde Le roman de Jean-Yves Soucy a une autre signification pour la littérature d\u2019ici.La filiation occulte d'Un dieu chasseur apporte une preuve de plus de l\u2019existence et de la maturité de la littérature québécoise.Jean-Yves Soucy n\u2019est pas un imitateur de Savard, mais Mathieu Bouchard, comme Momo Boulanger, le héros de Major, est un descendant de Menaud.Il fallait que Joson meure pour que cette descendance, issue, non de la femme légitime, mais de la maîtresse, non de la loi, mais de la promesse, accède à la reconnaissance et ait droit à l\u2019héritage.Comme la Marie-Rose et la Gigi de Major, comme Marie et sans doute comme l\u2019épouse morte prématurément de Menaud, Marguerite a compris instinctivement qu\u2019elle était incapable de retenir le mâle qui se prend pour un dieu en- tre les quatre murs de sa maison et de son corps.Quant à l\u2019enfant qui aurait pu naître de l\u2019union charnelle, elle sait que, comme Joson, il est condamné d\u2019avance.Seuls survivront les fils nés de l\u2019alliance de l\u2019homme avec la forêt.Le dieu chasseur est un dieu-enfant qui est incapable d\u2019être l\u2019époux d\u2019aucune femme.Il se croit mystique alors qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un insatisfait sevré trop tôt.Pour lui, faire l\u2019amour avec une bête ou avec une femme, n\u2019est \u201cqu\u2019une façon (plus satisfaisante) de se masturber\u201d.S\u2019il part, c\u2019est, comme le héros de Major, pour rentrer dans le sein de cette mère inconnue et attirante qui se confond avec les entrailles de son pays, sa flore, sa faune, ses montagnes, ses rochers, ses grottes et ses cours d\u2019eau et avec l\u2019histoire de ses origines.Le romancier actuel a besoin que l\u2019homme déchu retourne à ce limon des commencements.Un jour, il pourra prendre un peu de ce limon dans lequel le présent s\u2019est confondu avec le passé et façonner le corps de l\u2019homme nouveau.Cet homme ne sera ni un dieu, ni un dément, ni un épouvantail, seulement un homme libéré, capable d\u2019aimer avec passion et fidélité la femme et le pays qui devront renaître en même temps que lui.En attendant ce toujours \u201cprochain épisode\u201d, la littérature québécoise, qui commence à s\u2019engendrer elle-même, affirme son existence et sa fécondité.De Savard à Major et à Soucy, il n\u2019y a pas de solution de continuité, mais un grand courant de vie où la littérature actuelle plonge ses racines et trouve la vigueur qui lui permettra de continuer à grandir.1.\t\u201cLes Soleils des Indépendances\u201d, dans Relations, 28 (1968): 351-352.2.\t\u201cLe Journal dénoué de Fernand Ouellette\u201d, dans Relations, 35 (1975): 345-347.3.\tJean-Yves Soucy, Un dieu chasseur.Coll.\u201cPrix de la revue Etudes françaises\u201d.Montréal, les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1976, 203 pp., $8.75.4.\tFélix-Antoine Savard, Menaud maître-draveur.\u201cCollection du Nénuphar\u201d.Montréal, Fides, 1945, 153 pp.; la première édition a été publiée à la Librairie Garneau à Québec en 1937 et comprenait 265 pages.Le 21 avril 1977.153 Ensemble annoncer Jésus-Christ Il arrive ce qui arrive.En effet, toute la région métropolitaine est en voie de changer de mentalité, de modèles culturels, d\u2019habitudes de vivre et de penser tout, même la religion.Donner des chiffres?Les meilleurs sont ceux que nous additionnons nous-mêmes à partir de notre milieu, de notre paroisse, voire dans notre famille.Sans faire le procès de qui que ce soit, constatons que de plus en plus la région métropolitaine \u2014 les écoles par exemple \u2014 devient une terre de mission et d\u2019évangélisation.Québec, terre de mission! Nos missions à l\u2019extérieur, en Afrique, en Asie, ailleurs sont et restent notre \u201cgrande aventure\u2019\u2019.Et merveilleuse aventure, comme disait le chanoine Groulx.Mais il arrive que les \u201cpetits chinois\u201d et les beaux africains, ils sont ici: les païens à évangéliser, ils sont ici.Même, il est des malins qui prétendent qu\u2019au rythme où iront les choses dans la région métropolitaine, un jour les Africains à leur tour reviendront se faire missionnaires au Québec pour nous baptiser.Bref, Québec terre de mission! Montréal en tout cas, terre de mission! Montréal, terre d\u2019évangélisation! D'autre part, il arrive que ce Jésus de Nazareth, que l\u2019on croyait mort et enterré à jamais, ressuscite ici et là.Ni les journaux, ni surtout la télévision, ni moins encore les petits magazines n\u2019en parlent tellement.Ni \u201cAl-lo-Police\u201d tellement occupé à raconter autre nouvelle.Mais il se passe des faits, des événements importants dans la région.Partout naissent et renaissent des groupes, des individus, des initiatives.Lui que l\u2019on croyait mort, enterré au cimetière, à jamais refusé, il ressuscite.Tous les jours.Pascal disait un jour que l\u2019agonie de Jésus se continue jusqu\u2019à la fin des temps.Il serait plus juste de dire, face à tout ce qui arrive dans notre région métropolitaine, que la résurrection de Jésus continue jusqu\u2019à la fin du monde.Jésus ressuscite.Jésus est ressuscité! Des enfants le prient à ieur manière, des jeunes lui parlent à leur manière, des adultes le cherchent à leur manière: des couples le recherchent à travers ou au bout de leurs épreuves.Jésus est ressuscité! Nos meilleurs athées sont nostalgiques.Des divorcés, des remariés veulent Jésus jusqu'au bout de leur choix.Des drogués, des prisonniers lui parlent, en discutent.On discute religion dans les \u201cparties\u201d et les réunions les plus mondaines qui soient.D\u2019ailleurs, Jésus avait lui-même prédit ce qui arriverait: \u201cSi mes disciples se taisent, les pierres crieront\u201d.Il y a une équipe charismatique à Radio-Canada, une autre en Faculté de philosophie à l\u2019Université de Montréal.Ailleurs aussi.Tous les jours, toutes les nuits, il y a des vieux et des vieilles qui vivent et meurent dans leur unique foi à Jésus.Sans bruit, sans conférence de presse, sans avertir Montréal-Matin ou le Montreal Star.Tous les jours il se passe des choses merveilleuses dans des réunions de prières, des fraternités, voire fraternités d\u2019handicapés, chez des hommes, chez des femmes qui ne veulent pas qu\u2019on parle d\u2019eux.Les contemplatifs ne manquent pas tellement de vocations et ils sont toujours là, avec eux, avec nous.Le bénévolat, l\u2019anonymat, plus actifs que jamais: c\u2019est Jésus ressuscité avec nous.\"J\u2019étais nu, j\u2019étais étranger, j\u2019ai eu faim, .et tu es venu\u201d, dirait Jésus.Telle est la Bonne nouvelle que nous voudrions annoncer ensemble.\u2022 \u2022 \u2022 Nous ne parlons pas de succès ou d\u2019insuccès.Son royaume n\u2019est pas de ce monde.Parlons plutôt de chacun de nous face à Jésus et à la Mission.Pensons à toute la force d\u2019un Eglise comme celle de Montréal en état de mission.Ou Jésus à Montréal est mort.Ou il est vivant.Si Jésus est mort, considérons les églises qui se vident comme son tombeau définitif.Si Jésus est vivant, considérons tout lieu comme un lieu de résurrection, de rencontre, un lieu missionnaire, comme le rond-point de nos routes personnelles et collectives, diagonales ou transversales.Essayons ensemble \u2014 vous, moi, toi, il, elle, les petits, les grands, les adultes de tout âge.Essayons ensemble d\u2019annoncer Jésus vivant, amoureux, tout à tous, et avec le plus de monde possible.\u201cassumant ensemble un même souci de partager l\u2019évangile avec tous ceux qui nous entourent\u201d.Québec, Montréal, terre de mission! Essayons! Ça vaut la peine! Bon courage! Extrait d\u2019une réflexion présentée par le P.Benoît Lacroix, o.p., aux participants des rencontres diocésaines d\u2019appropriation du Projet pastoral du diocèse de Montréal (L\u2019Eglise de Montréal, 12 mai 1977).La saison 1977: Pour mettre la mémoire en fête Par Yves Lever En un moment d\u2019effervescence dans la vie collective et le temps venu des décisions capitales, il est important, comme dit Fernand Dansereau, de \u201cpouvoir s\u2019imaginer pour se connaître et de pouvoir s\u2019imaginer autre pour se libérer\u201d.Dans ses meilleures productions des vingt dernières années, ce fut à peu près toujours l\u2019objectif fixé au cinéma québécois par ses créateurs.Si nous regardons la saison qui vient de s\u2019achever sous cet éclairage, nous constatons une fois de plus que c'est dans le travail d\u2019inventaire de notre univers culturel (\u201cs\u2019imaginer pour se connaître\u201d) que le cinéma d\u2019ici a brillé, alors qu\u2019il est demeuré faible (sauf une exception d\u2019importance: Vingt-quatre heures ou plus) dans celui de la prospection d\u2019un à-venir.Dégageons-en les principales lignes de force.Des compléments à l\u2019album Dans l\u2019inventaire de l\u2019héritage du passé encore présent, ce sont encore nos \u201cvétérans\u201d de la production qui se sont illustrés, quantitativement et qualitativement.Avec eux, le cinéma direct, forme où notre cinéma a su créer ses oeuvres les plus originales et les plus puissantes, a été remis à l\u2019honneur après une certaine éclipse de quelques années.Poursuivant un travail honnête de films-constats, Guy-L.Côté (quatre films) et Georges Dufaux (deux films) ont apporté une contribution importante au festival L'Age et la Vie, tout en augmentant \u201cl\u2019album de famille\u201d du cinéma québécois de quelques bons portraits de grands-pères et grands-mères.Longtemps attendus, les premiers longs mé- trages de la série Abitibi-Baie James de Pierre Perrault et Bernard Gosselin sont enfin sortis (Un royaume vous attend, Le retour à la terre, Le goût de la famille).D\u2019Arthur Lamothe, nous avions pu voir la saison dernière la plus grande partie de sa série Carcajou et le péril blanc (Une chronique des Indiens du Nord-Est), série que l\u2019on a pu qualifier aussi de \u201cChronique d\u2019un génocide ou Notre racisme ordinaire\u201d (voir Relations 415, mai 1976).Après quelques incidents un peu fâcheux, elle a enfin pris place il y a quelques mois à la télévision de Radio-Canada, le medium de diffusion auquel elle était destinée.L\u2019ensemble de la série (huit films, mais rappelons ici que Radio-Canada n\u2019en a diffusé que sept sous prétexte que le huitième manque d'objectivité!) constitue une dénonciation radicale de nos attitudes de Blancs envers ces Amérindiens en même temps qu\u2019un exposé en profondeur de leur système culturel.Refusant tout anecdotis-me exotique, Lamothe y utilise surtout le plan-séquence pour laisser ses témoins prendre la parole selon leur rythme et leur façon de raconter.Quelques parties de cette série mériteront pendant longtemps de figurer parmi les meilleurs fruits de la technique du cinéma direct.Pendant l\u2019hiver, la série sera diffusée à une assez mauvaise heure (à 23 heures le lundi soir!); on nous a dit qu\u2019elle serait bientôt reprise à un meilleur moment.A ne pas manquer, car pour reprendre ce que j\u2019écrivais l\u2019an passé sur les premiers films, \u201cc'est aux retrouvailles et à l\u2019approfondissement de notre situation d\u2019homme \u2014 personnel et collectif \u2014 que les films d\u2019Arthur Lamothe, exemplairement \"anthropologiques\u201d (au sens premier du terme) nous convient\u201d.La situation des Indiens se ressemble un peu partout.Nous avons pu le constater avec Ethnocide du Mexicain Paul Leduc, premier film d'une série produite en collaboration ONF et Cine-diffusion SEP Mexico (ministère de l\u2019éducation).Il s'agit des Indiens Otomis dans la Vallée de Mezquital qui voient disparaître leur culture sous l\u2019influence du capitalisme mexicain et américain.Intéressant, ce film de solidarité peut servir à prolonger le débat ouvert par ceux de Lamothe.Une suite en musique Toujours dans cet esprit d\u2019inventaire de l\u2019héritage \u2014 et pour mettre encore plus la mémoire en fête \u2014 il faut voir La veillée des veillées de Bernard Gosselin qui nous fut présenté comme un beau cadeau pour le dernier Noël et qui fut alors lancé très originalement dans ces agoras modernes que sont les grands centres d\u2019achat (produit par l\u2019ONF et disponible gratuitement dans ses cinémathèques).Du très pur cinéma direct par l\u2019un de ses meilleurs \u201cvétérans\u201d qui nous avait déjà donné Jean Carignan violoneux (1975).La veillée des veillées, c\u2019est une extraordinaire anthologie sonore et visuelle de cette musique traditionnelle créée, comme on le dit au début du film, \u201cpar et pour le peuple des travailleurs\u201d, non seulement du Québec, mais aussi d\u2019Acadie, de Louisiane, de France, d\u2019Irlande, d\u2019Angleterre et de Bretagne.De leur côté, André Gladu et Michel Brault recueillent depuis plus d\u2019un an \u201cLe son des Français d'Amérique\u201d pour composer une excellente série de films d\u2019une demi-heure que Radio-Canada diffusera pendant l\u2019été qui vient.Nous avons déjà pu voir, au Outremont, quelques-uns de ces films pour faire connaître des représentants typiques (non seulement des virtuoses) du patrimoine sonore traditionnel (musiques, paroles) avec lequel Québécois, Acadiens et Cajuns savent vibrer, danser et giguer.C'est un rendez-vous à ne pas manquer.Fait assez remarquable, ce sont des jeunes femmes et hommes qui sont les principaux artisans de cette reprise de la musique traditionnelle.Ils y retrouvent une sensibilité et un prégnant moyen de communication.Non seulement veulent-ils assumer l\u2019héritage, ils sentent en plus l\u2019exigence de le réinterpréter et de l\u2019enrichir.On pourrait dire que pour eux, \"s\u2019imaginer autre pour se libérer\u201d veut dire regarder et écouter le passé, non pour le contempler et le répéter avec nostalgie, mais pour s\u2019inscrire dans la transmission (tradition) d\u2019une sève originelle afin de lui faire donner de nouveaux fruits.Il faudra suivre (et écouter) attentivement ce mouvement dans les prochaines années.Pour changer le système On se souvient sans doute qu\u2019à l\u2019automne de 1972, Vingt-quatre heures ou plus de Gilles Groulx (un autre \u201cvétéran\u201d important) était censuré radicalement par Sydney Newman, le grand boss de l\u2019ONF et que sa sortie en était interdite.Cinq ans et un autre commissaire plus tard, le film sortait finalement le 10 février dernier.Sauf deux détails, on ne peut dire qu\u2019il ait \u201cvieilli\u201d et que ce retard en ait amenuisé la pertinence.Film admirable s\u2019il en est, Vingt- 154 RELATIONS MAI 1977 155 quatre heures ou plus marque un sommet dans la carrière de Groulx et dans le cinéma québécois.Critique radicale du monde de l\u2019information (thème constant chez Groulx), choix judicieux d\u2019informations montées dans une structure vraiment éducative, adéquation de la forme au message recherché, implication personnelle du cinéaste, tout cela concourt à en faire un vrai film d'incitation à changer l\u2019organisation économique et politique de notre société.Rarement encore un film de l'Office gouvernemental fédéral a-t-il si bien réalisé l\u2019objectif premier de la maison qui est de \u201cfaire connaître et comprendre les Canadiens aux Canadiens et aux autres pays\u201d: si beaucoup de films font \u201cconnaître\u201d, bien peu font \u201ccomprendre\u201d avec autant de profondeur et de pertinence que celui de Groulx.Une bonne utilisation devrait en faire un film-outil pour l\u2019animation de plusieurs milieux.Jules le magnifique de cet autre vétéran (dans le film éducatif) qu\u2019est Michel Moreau devrait aussi contribuer à faire changer quelques attitudes en regard des handicapés physiques.Il y est admirable de voir comment Jules Ar-bec, paralytique cérébral, a transformé petit à petit son vécu quotidien pour se donner une vie normale.Diffusé par le \u201cNouveau Réseau\u201d (effort intéressant pour changer les conditions de distribution du cinéma d\u2019ici) avec présentation et animation par le réalisateur à chaque séance de la tournée initiale, Jules devient aussi un bel exemple de la tentative actuelle du cinéma québécois pour renouer des liens avec son public et se faire véritablement moyen de communication.D\u2019un jeune réalisateur, cette fois, L\u2019interdit de Pierre Maheu (qui nous avait donné déjà l\u2019intéressant Le Bonhomme) veut aussi ouvrir de nouvelles avenues en proposant une méthode thérapeutique (par la commune) fondamentalement opposée à la psychiatrie traditionnelle.Mais hésitant continuellement entre l\u2019esthétique du film-outil et celle du film d\u2019auteur, outre ce fait que la \u201cthèse\u201d y reste loin d\u2019être prouvée, il nous semble que L'interdit ait à peu près complètement raté son objectif.Le jeune cinéma s\u2019affirme Pour la première fois, le jeune cinéma a trouvé une place convenable, presque normale, sur les écrans commerciaux.Et cela, il faut le dire clairement, sans faire le genre de concessions à la facilité que plusieurs des aînées ont faites il y a quelques années.Jean-Guy Noël avec Ti-Cul Tougas (prix de la critique québécoise pour 1976), André For-cier avec L\u2019eau chaude, l\u2019eau frette, André Brassard avec Le soleil se lève en retard, Grigitte Sauriol avec L'absence (un premier long métrage) et Jean Beaudin avec J.A.Martin Photographe ont ainsi montré des oeuvres d\u2019inégale valeur, mais qui toutes apportent un ton neuf dans la fiction.Tous ces jeunes (sauf Beaudin) situent leurs histoires au présent, et surtout à celui des milieux populaires.Avec beaucoup de chaleureuse sympathie pour leurs personnages, ils les font agir pour révéler un univers culturel pas toujours plaisant à contempler, mais correspondant bien à un réel personnel et collectif en train de se refaçonner.Cela donne un cinéma de constatation fort juste et un excellent miroir \u201cpour se connaître\u201d démaquillé, surtout quand il s\u2019agit des milieux de jeunes.Beaudin a situé pour sa part à la fin du 19e siècle son illustration d\u2019un couple usé par quinze ans de mariage et en train de se refaire un amour.J.A.Martin part faire sa tournée annuelle de photographies-portraits de famille, mais cette fois-ci en compagnie de sa femme qui s\u2019est imposée au voyage.Leur itinéraire les porte davantage l\u2019un vers l\u2019autre qu\u2019il ne leur fait découvrir le pays, mais la reconstitution historique réussie fournit quelques notes sociologiques fort plaisantes à connaître.Ce film romantique tout en nuances et en jolies images a aussi le mérite de beaucoup faire confiance à l\u2019imagination du spectateur: c\u2019est une qualité rare ici.En résumé.La dernière saison fut assez intéressante par ces aspects que je viens de souligner: une reprise importante d\u2019un cinéma direct pertinent à une meilleure compréhension sociale et une nouvelle affirmation du jeune cinéma.Les \u201cvétérans\u201d du film de fiction, quand ils ont produit (on n\u2019a vu aucun nouveau Arcand, Lefebvre, Perron, etc.), ont été plutôt décevant: avec l\u2019Ange et la femme, Gilles Carie a signé le pire film de sa carrière; Claude Fournier, avec Je suis loin de toi mignonne, a produit une comédie à la mesure de son talent: pas fort.; Claude Jutra a surtout travaillé à la télévision anglaise de Radio-Canada: je n\u2019en suis pas désolé; le Ti-Mine, Bernie pis la gang de Marcel Carrière est enfin sorti, mais ne renouvelle rien.Signalons, pour terminer, le film officiel des derniers jeux olympiques que tout le monde a vu ou pourra voir bientôt (par la télévision).Il remporte un succès égal à la mesure de la mystification qu\u2019il entretient: les jeux olympiques ne seraient pas une affaire politique.On pourrait se demander ce que les Oscars '77, en le préférant à beaucoup d'autres plus étincelants, ont voulu couronner avec ce film inconnu dont le titre original, par ailleurs, était La Victoire en chantant (1 ).La réponse est là dès qu\u2019on a visionné le film: une certaine façon, nouvelle et percutante, d'aborder le problème de l\u2019homme éternel.Car, ce serait se tromper que de ne voir, ici, qu\u2019un réquisitoire supplémentaire contre les colo-nianismes de tous genres.Au son, donc, de ce chant suranné mais mystérieusement envoûtant qu\u2019est l\u2019hymne national français La Marseillaise, le générique s\u2019ouvre et embarque le spectateur, sans coup férir.Le film ira se densifiant, dévoilant son véritable propos, à la mesure même d'images précises, hautes en couleurs et intensément suggestives qui l\u2019incarneront.Une guerre miniature L\u2019intrigue (mais est-ce vraiment elle qui importe ici?) a été tirée d\u2019un fait divers que les scénaristes ont gommé intentionnellement.Art oblige.Nous sommes en 1915 dans un comptoir reculé (Fort Caulais) de l\u2019Afrique équatoriale, à la limite d\u2019un poste voisin tenu par quelques soldats allemands, clients habituels, d\u2019ailleurs, du comptoir.Tout va très bien (pacifiquement parlant) entre tout le monde, et le co-lonianisme, qu\u2019il soit mercantile, militaire ou religieux, s\u2019en donne à coeur-joie avec la meilleure conscience du monde.Devant le colon exploité à outrance (un noir, évidemment), c\u2019est le Sabre et le Goupillon.Jusqu'au jour où, par un journal retardataire, on apprend l\u2019état de guerre entre l\u2019Allemagne et la France.Cette fois, noblesse de la guerre oblige.Sous la direction, d\u2019abord, du sergent Bosselet, veule et alcoolique (interprété par Jean Carmet, admirable comédien méconnu), s\u2019organise une offensive en règle où les indigènes (évidemment toujours) font les frais de l\u2019enrôlement.Déroute fatale et guignolesque.Mais 156 RELATIONS par Jean-René Ethier cinéma de dérision alors, le jeune géographe en stage, Hubert Fresnoy (Jacques Spiesser, sobre et très dans la note), s\u2019impose comme le \u201csauveur de la situation\u201d.L\u2019intellectuel au secours de la racaille.Sous ses ordres, l\u2019armée nouvelle s\u2019organise: des épiciers et leurs épouses, deux missionnaires un peu naïfs aident à composer l\u2019état-major.Grâce à une discipline aussi ridicule que rigoureuse, le Français pourra retrouver sa dignité et son honneur.même si la bataille finale n\u2019est pas tout à fait gagnée: peu importe! Un aillié \u2014 les Anglais dans la circonstance \u2014 troisième larron, arrivera à temps pour prendre les choses en main, rétablir l\u2019ordre complet et s\u2019emparer du comptoir au nom de sa très gracieuse majesté d\u2019Angleterre (2) ! La fable crève les yeux Sous le rire grinçant, c\u2019est d'abord toute l\u2019histoire récente de la France que le film rattrape en dénonçant, d\u2019une façon souvent émouvante, l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme.Certaines séquences sont particulièrement significatives, faisant osciller le film entre une caricature à peine voilée de la \u201cdictature\u201d du général De Gaulle (l\u2019étranger à la \u201csituation\u201d qui, désintéressé (?), s\u2019impose et s\u2019empare du pouvoir sous prétexte de sauver ceux-là qui ne le peuvent pas eux-mêmes), et celle d\u2019un Napoléon, regardant au loin, dans sa lunette archaïque, le déploiement de cette bataille.de pygmées! Il y a, dans ce film, un parti-pris d\u2019imagerie hallucinatoire au moyen de laquelle le présent rejoint les intentions du passé.Et cette guerre de brousse n\u2019est que le microcosme d\u2019un monde qui ne peut vivre sans guerre.Qui la prépare continuellement par sa façon même de vivre, d\u2019entretenir les rapports entre humains mesquins, veules, égoïstes et calculateurs.Au bout du monde, dans un décor de rêve où ils auraient toutes les raisons d\u2019être heureux et de vivre en paix, la raison de guerre est plus forte que la raison de vi- vre.L\u2019homme est un animal guerrier.Un loup pour son frère.Petite anthologie de la bêtise que ce film où de tristes bouffons en disent long sur la condition humaine.Un rire subtil Cette anecdote, pour mince qu\u2019elle soit, prend toute sa force d\u2019impact sous le traitement cinématographique que lui donne son auteur.Car, c\u2019est par la plus efficace des dérisions que le scénariste développe son sujet.Horace avait déjà écrit que \u201cle rire corrige les pas-ons\u201d.A la condition, me semble-t-il, qu'il soit franchement irrespectueux.Car, là, la caricature devient si outrée qu\u2019elle n\u2019atteint plus personne, sinon le spectateur à qui elle renvoie, le prenant au piège de son propre rire.L\u2019outrance qui est de règle en ce film est en même temps le signe, le miroir d'un monde qui devient stéréotypé lui-même sous l\u2019éternelle multiplication des gestes stupides qu\u2019il ne cesse de poser depuis le commencement de son aventure terrestre.Un rire tout à fait jaune.Un rire très grave.Un film neuf d\u2019un auteur neuf Tourné avec des moyens réduits, le film prouve qu\u2019on peut faire du grand cinéma pourvu que l\u2019on ait quelque chose à dire.Bien sûr, le film n'est pas sans défauts: il s\u2019étire parfois, bouscule un peu ses images, use de quelques facilités, ne maîtrise pas toujours son rythme.Mais le ton demeure toujours très juste.La peinture est piquante; l\u2019humain sourd de partout.Une savoureuse trouvaille: ici, au Québec, nous n\u2019avons connu la guerre de 1914 qu\u2019à travers L\u2019Illustration, revue française vraiment partisane, d\u2019un patriotisme aujourd\u2019hui désuet, qui traînait sur le guéridon de nos grand-mères.Qui alors, parmi les générations vieillissantes d\u2019aujourd\u2019hui, n\u2019aura vu et n\u2019aura vibré à ces images de vieux \u201cpoilus\u201d guerriers, barricadés dans leurs tranchées terreuses?Il devient succulent de retrouver, en ce film, ces vieilles \u201cillustrations\u201d, aux couleurs faisandées, propulsées tout à coup en plein contexte réaliste d\u2019une guerre microscopique et symbolique?Puis, cette dernière séquence où, sous un clair de lune de carte postale, le général anglais et le jeune géographe \u201cdictateur\u201d ont un tête-à-tête digne des descriptions romanesques des années 20, stigmatisant sereinement tout pouvoir \"socialiste\u201d au profit d\u2019une dictature substitut?Le rire dérisoire se ferait-il, ici, prophète?Sous cette dérision omniprésente \u2014 qui a peut-être plus d\u2019efficacité que les grandes thèses farcies de dénonciations programmées (Z, Section spéciale, Les Hommes du Président, etc.), à travers son verre déformant même d\u2019une guerre tragique où tout grimace, ce film demeure une méditation paradoxale et sarcastique sur l\u2019arbitraire de tout pouvoir.Son auteur, après s\u2019être familiarisé avec près de 400 petits films publicitaires, Jean-Jacques Annaud, vient de créer ici son premier film.Pour un coup d\u2019essai, c\u2019est peut-être là tout simplement un coup de maître.(1)\tPourquoi ce changement de titre, sinon pour infléchir l'interprétation même du film?(2)\tEn fait, l\u2019armée d'Afrique, commandée par Lyautey lui-même, était tout entière déjà sur un pied de guerre dès le début de la guerre, et chaque chef de poste avait ses directives précises (cf.Jean Rocheleau, La Croix, Paris, 9-10-76).Preuve que le cinéaste s'intéresse à autre chose qu\u2019au fait divers lui-même.MAI 1977 157 Trois divertissements au théâtre par Georges-Henri d\u2019Auteuil Edward Albee Cette fois, au contraire de la représentation de La Poudrière, il y a quelques années, la pièce m\u2019a paru longue.En effet, ces féroces empoignades de Martha et de Georges, dans Qui a peur de Virginia Woolf?, vinrent à m\u2019agacer, me lasser.Par la persistance même de la violence, de la hargne soutenue, de l\u2019agressivité cruelle de Martha surtout.Des engueulades, des injures, des cris vulgaires pendant deux heures, en attendant les quelques secondes apaisantes de la fin, c\u2019est trop.L\u2019auteur, Edward Albee, a voulu résumer en une seule nuit les querelles constantes de plusieurs années d\u2019un malheureux couple, incapable de mettre au monde des enfants tant désirés.C\u2019est le drame de Martha, fille d\u2019un président d\u2019université, et de son mari, professeur d\u2019histoire à cette même université.C\u2019est aussi le total mépris de Martha pour Georges qu\u2019elle accuse d\u2019impuissance autant morale et intellectuelle que physique.L\u2019amour originel s\u2019est tourné en aversion, en haine même.Tout à fait selon la loi du jeu des passions.Et l\u2019on sait que la violence de la haine est toujours plus forte chez une femme que chez un homme.Martha en est une preu- 158 ve éclatante.On ne peut être plus méchant, plus ingénieusement habile à inventer des moyens nouveaux de faire souffrir, d\u2019humilier.Serait-ce que la femme, tout naturellement portée à l\u2019amour, en ressente plus que l\u2019homme les amères désillusions?Ce qui caractérise encore cette terrible scène de ménage entre Martha et Georges, c\u2019est que l\u2019un et l\u2019autre, déjà à moitié ivres après un party de professeurs, se lancent des paquets de boue à la figure, en présence d\u2019un jeune couple, un nouveau professeur et sa femme, venus les saluer, en fin de soirée, et faire connaissance.Un vrai beau pugilat.Le reste de la nuit y a passé, lamentable pour tous.Nick, frais déballé à l\u2019université comme professeur de biologie, cultive Martha, en vue, par elle, d\u2019obtenir les faveurs de son père, le Président.Sa jeune écervelée d\u2019épouse, Honey, très de son temps, ne veut absolument pas avoir d\u2019enfants et en prend les moyens.Elle leur préfère le cognac.En fait, pendant cette fatale nuit, il s\u2019est vidé un nombre imposant de bouteilles d\u2019alcool.Aucun vestige de prohibition.De cette pièce à l\u2019atmosphère étouffante, se dégage pourtant, chez le spectateur, un vif sentiment de pi- tié.Très pitoyables, en effet, paraissent cet homme et cette femme acharnés à s\u2019entredéchirer moralement, comme à plaisir, avec presque de la volupté, jusqu\u2019au complet épuisement, brisés par ce fol et atroce combat.Cela relève manifestement de la clinique médicale, même si parfois un humour féroce ou une expression bouffonne nous forcent à éclater de rire.Rire qui d\u2019ailleurs nous soulage un peu de la forte tension que produit le déroulement de l\u2019action dramatique.Sous les auspices de la Compagnie Jean-Duceppe, Qui a peur de Virginia Woolf?a été jouée sur le plateau du Port-Royal, dans le décor de Hugo Wuetrich.Louis-Georges Carrier a signé la mise en scène qui ne comporte, à vrai dire, que quelques déplacements des personnages dans un salon, plus ou moins nécessaires et donc justifiés.Sauf, pour varier un peu, la rencontre entre Georges et Nick, dehors, sur une espèce de banc devant le seuil de la maison et où, étrangement, Georges avait apporté la fatidique bouteille de scotch.Les rôles de Georges et de Martha étaient tenus par Gérard Poirier et Marjolaine Hébert, deux vieux routiers de la scène qui ont interprété leurs déplaisants personnages RELATIONS avec beaucoup de vérité.Ils ont su rendre avec naturel des situations plutôt excessives et justifier la vraisemblance de leurs caractères.Ce n\u2019était pas facile.La présence de l\u2019autre couple, Nick et Honey, était plutôt déplacée, à cause de l\u2019attitude franchement odieuse de Martha, et décemment, ils auraient dû chercher la première occasion pour s\u2019esquiver.Mais il leur fallait rester pour que la pièce continue.Nick de Gilles Cloutier est entré dans le jeu de Martha; il était venu pour cela.Quant à Dorothée Berryman, en Honey et son cognac, elle a tâché de donner un sens à son personnage plutôt factice et niaiseux et parfois hystérique.Rôle assez ingrat.Il est permis de penser qu\u2019à travers ses personnages, surtout ceux de Martha et de Georges, Albee s\u2019est défoulé lui-même, qu\u2019il s\u2019est vidé de sa rancoeur et du pessimisme ravageur qui l\u2019habitait.Sûrement Qui a peur de Virginia Woof?nous donne une image très sombre de l\u2019homme.Carlo Gozzi A Montréal, tant au sein des universités que dans les CEGEP comme dans les milieux indépendants, on remarque de belles activités théâtrales.Poussent un peu comme des champignons toutes sortes de compagnies nouvelles, sous des noms parfois cocasses et farfelus, d\u2019ailleurs.C\u2019est presque de l\u2019effervescence.Louons.Justement, j\u2019ai eu le plaisir d\u2019assister récemment à une manifestation dramatique offerte par le Module d\u2019art dramatique de l\u2019Université du Québec à Montréal.Les étudiants nous ont présenté, dans une adaptation de Charles Bertin, l\u2019Oiseau Vert, une oeuvre du grand protagoniste et défenseur de la Commedia dell\u2019Arte italienne, Carlo Gozzi.Dans une joie enthousiaste et une allégresse exubérante.Sous la direction experte du P.André Bédard, S.J.et de ses collaborateurs, malgré l\u2019exigu'ité du local - en attendant le parachèvement de la construction des immeubles universitaires de l\u2019UQAM - les jeunes comédiens et comédiennes s\u2019en sont donné à coeur joie, au grand contentement des MAI 1977 spectateurs juchés en équilibre instable, il faut le dire, sur des estrades autour des décors.Heureusement, aucun accident à déclarer.Comme il convient à la Commedia dell\u2019Arte, le spectacle a commencé par une tumultueuse entrée de comédiens harnachés de leurs costumes multicolores.Ils nous ont donné, dans une allure endiablée, un numéro de cabrioles, de sauteries et d\u2019acrobaties diverses très pittoresque mais essoufflant.Affaire de nous mettre en verve pour la pièce elle-même dont on nous a annoncé solennellement qu\u2019elle se déroulerait dans trois aires d\u2019un décor simple et rudimentaire de théâtre forain.La recherche de cet Oiseau Vert par les personnages de Gozzi nous transporte dans le monde du rêve, de l\u2019enchantement, du merveilleux, oû se multiplient les événements étranges, les prodiges miraculeux qui font marcher les statues, parler les oiseaux et se retrouver les enfants abandonnés.Ce n\u2019est peut-être pas tout à fait la vraie vie, mais celle que nous aimerions bien tous vivre - ne serait-ce que l\u2019espace d\u2019un soir - comme les comédiens que nous admirions et applaudissions.Bien stylée et efficace, toute l\u2019équipe des jeunes interprètes a accompli un travail considérable et qui promet pour plusieurs un bel avenir dans nos troupes professionnelles, demain.Bravo! Deschamps et Girerd C\u2019est vrai: il n\u2019y en a pas beaucoup qui aiment à mourir idiot.Cela se comprend.On a chacun sa petite fierté.Pendant tout le mois de mai - le mois le plus beau! - les comédiens du Théâtre du Nouveau Monde nous ont seriné ce refus: Je ne veux pas mourir idiot.Une oeuvre de l\u2019humoriste Yvon Deschamps et du caricaturiste de La Presse, Girerd; Deschamps, auteur du texte; Girerd, des dessins projetés sur un écran.D\u2019après un modèle français, une sorte de Revue d\u2019actualités bien de chez nous, découpées en courts sketchs interprétés par un groupe de deux adultes et un autre de deux adolescents, dans des accessoires strictement fonctionnels: une table de taverne, un bureau d\u2019homme d\u2019af- faires, un lit.Et l\u2019écran pour la reproduction des diapositives.Dans l\u2019ensemble, le texte ne conduit pas à l\u2019extase.Aucune surprise: on traite des sujets terre-à-terre, les plus courants et à la mode.Tout est dans le ton, qui veut être drôle mais ne l\u2019est pas toujours, ou dans les attitudes, surtout chez les jeunes, dont quelques-unes, spécialement les scènes de lit, touchent à la vulgarité, même si elles font rire beaucoup.Les sketchs alternent entre les deux couples, sans doute pour présenter les préoccupations et la mentalité des deux générations.De toute façon, rien pour fatiguer les méninges des spectateurs.Un pur divertissement, comme se plaisent à dire les esthètes et les intellectuels, avec une moue dédaigneuse.Il n\u2019est pas facile d\u2019être drôle longtemps.Surtout si la drôlerie se loge d\u2019abord dans les mots.Cette pièce, Je ne veux pas mourir Idiot, souffre de cette difficulté-là.Malgré le rapide mouvement des changements imposé par la mise en scène de Jean-Louis Roux, cela traîne souvent.On ne rigole pas toujours.Les comédiens font pourtant bien leur possible: Guy Provost de sa voix puissante et impérative qui fait le Gros, grâce à une bedaine rapportée, Le Maigre gringalet de Paul Savoie, Robert Lalonde, en Lui impétueux et entreprenant et Elle, que Marie-Louise Dion joue au pied levé, apparemment craintive et pudibonde, mais dont la conduite hardie justifierait facilement le titre d\u2019un film récent intitulé (en français): \u201cC\u2019est toujours oui quand elles disent non\u201d de Norman Panama.A cause de la disparition subite de Denise Pelletier, le T.N.M.a dû faire contre mauvaise fortune bon coeur et trouver, rapidement, une pièce de rechange qui a au moins le mérite de dérider en ces temps de chômage et d\u2019inflation, pour ne pas oublier notre crise linguistique.159 Au service du Renouveau Charismatique Quelques suggestions A l\u2019occasion du Congrès du Renouveau charismatique au Stade Olympique, dé-but juin, les Editions Bellarmin offrent quelques ouvrages choisis.Commandez aujourd\u2019hui même.Veuillez m\u2019adresser: .Reconnaître l\u2019Esprit par Jacques Custeau et Robert Michel.78 pages, $1.95 .Symphonie de louange 148 pages, $2.00 .Eucharisties par André Myre.144 pages, $4.95 .Vivre dans l\u2019Esprit: Marie de l\u2019Incarnation\t.par Robert Michel.337 pages, $11.50 .L\u2019Esprit sur le monde par Yves Raguin, 263 pages, $12.00 .Le témoignage chrétien\t.par René Latourelle, 93 pages, $1.50 .Dieu: Père, Fils, Esprit\t.par Paul Aubin, 109 pages, $3.95 .Une prière pour aujourd\u2019hui\t.par Dominique Bertrand, 131 pages, $3.95 .Comment la Bible a été écrite\t.par Michel Lestienne, 121 pages, $3.95 .Les jeunes, l\u2019Avenir et la Foi par Jean-François Six, 133 pages, $3.95 .Un pari pour la joie: L\u2019Arche de Jean Vanier\t.par Bill Clarke, 155 pages, $3.50 .Larmes de silence\t.par Jean Vanier, 100 pages, $3.00 .Le buisson ardent de la prière\t.par une soeur ermite, 230 pages, $11.95 Nous assumons les frais de poste et d\u2019emballage pour toute commande payée d\u2019avance.Nom____ Adresse code postal Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 "]
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