Relations, 1 décembre 1976, Décembre
[" PRIX:75C MONTRÉAL QUEBEC et son AVENIR Le Québec veut-il vivre?par Irénée Desrochers A la suite de l\u2019élection du 15 novembre par Jean-Guy Pagé La crise de l\u2019Église en France, en Italie \u2014 Jean-Paul Labelle - Jacques Chênevert Les Catholiques américains élisent leur Président par Raymond Bourgault Romans québécois féminins La femme et le pays toujours futurs par Gabrielle Poulin \u201crelations- revue du mois publiée sous la responsabilité d'un groupe de membres de la Compagnie de Jésus Directeur: Irénée Desrochers Conseil de Direction: Bernard Carrière, -Jean-Louis D'Ara gon.-Jean-Guy Saint-Arnaud, -Jacques Saint-Aubin.Comité de Rédaction: -Jacques Chènevert, Irénée Desrochers, Marcel Marcotte, secrétaire Administration: Maurice Ruest Rédaction, Administration et Abonnements: 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal - H2P 2L9 tél.: 387-2541.Publicité: Liliane Saddik.1700.rue Allard.Ville Brossard.Téléphone 678-1209.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.numéro 421 décembre 1976 SOMMAIRE Québec après les élections Le Québec veut-il vivre?\tIrénée Desrochers 323 Commentaires à la suite de l\u2019élection du 15 novembre\t-Jean-Guy Pagé 328 France, Italie, U.S.A.: vie de l\u2019Eglise La crise de l\u2019Eglise en France\t-Jean-Paul Labelle 330 L\u2019Eglise d\u2019Italie en congrès\tJacques Chènevert 333 Les catholiques américains élisent leur Président\tRaymond Bourgault 335 Réflexions La pensée d\u2019un homme exceptionnel : André Malraux, 1901-1976\tL.-B.Raymond\t339 Impact de l\u2019Incarnation sur la vie du chrétien\tRoland Lachance 340 Lectures du mois Pour se retrouver dans les dédales de la pensée marxiste\tRichard Arès 341 Peut-on parler de névrose chrétienne?Maurice Ruest 342 Chroniques CINÉMA : Face à .quoi?-\t-Jean-René Ethier 343 Sur le dernier film d\u2019Ingmar Bergman THEATRE:\tGeorges-Henri d\u2019Auteuil\t345 Le bon, le pire et le meilleur LITTERATURE : Romans québécois Gabrielle Poulin 347 féminins des années \u201870 Tables de l\u2019année 1976\t350 Ouvrages reçus\t351 Relations est une publication des Editions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75C Les articles de Relations sont répertoriés dans le Répertoire analytique d\u2019articles de revue du Québec (RADAR) de la Bibliothèque nationale du Québec, dans l\u2019Index analytique de périodiques de langue française (PERIODEX), dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0034-3781 Courrier de la deuxième classe - Enregistrement no 0143.Les élites politiques les bas salariés et la politique du logement à Hull par Caroline Andrew, André Blais et Rachel Des Rosiers 15 x 23 cm., 280 pages.- Prix: $6.75 * * * Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique de David Easton par Denis Monière 15 x 23 cm., 254 pages.- Prix: $9.00 * * * La syntaxe narrative des tragédies de Corneille 15 x 23 cm., 172 pages.Prix: $6.00 * * * Jurivoc Lexicographie, bilinguisme juridique et ordinateur par Viateur Bergeron et David C.Burke 15 x 23 cm., 352 pages.- Prix: $12.50 En vente chez votre librairie et aux: Editions de l\u2019Université d\u2019Ottawa 65, avenue Hastey Ottawa, Ont.K1N 6N5 Une lecture choisie pour personnes cultivées Les Abénaquis, Habitat et Migrations (17e et 18e siècles) par P.-André Sévigny 249 pages; $9 (par la poste $9.50) Aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P2L9 Tél.: (514) 387-2541 322 RELATIONS LE QUEBEC VEUT-IL VIVRE?par Irénée Desrochers Il est difficile de mesurer l\u2019amplitude de la secousse qui continue d\u2019ébranler le Québec depuis les élections provinciales.Les réactions d\u2019un journal comme le Toronto Star indiquent que la secousse a été assez forte pour susciter de l\u2019énervement jusque chez nos amis anglophones, censés si calmes et si froids.Au-delà de l\u2019ébranlement initial, un dynamisme a été déclenché, qui va évoluant et se développant.Cela ne fait tout de même que commencer.Quelle qu\u2019en soit l\u2019issue, un changement très important est en préparation.Au plan de la psychologie sociale, le climat est déjà transformé.Reste à voir quelles en seront les conséquences réelles au plan de la vie politique et les ultimes résultats au plan juridique.Entre les appels au peuple qui marquent notre vie électorale, l\u2019activité politique avait auparavant tendance à se calmer.Plus de temps morts, désormais, plus de répit: on dirait que la prochaine campagne électorale est déjà commencée.Une fois tournée cette page dans le livre de notre histoire, c\u2019en est fait pour longtemps du train-train de la vie politique d\u2019antan.Il semble bien s\u2019être produit quelque chose d\u2019irréversible.A peu près tout le monde a été surpris le soir du 15 novembre; on est en droit de se demander quelles surprises nous réserve maintenant l\u2019avenir.Quelques grands problèmes se sont entremêlés, ou plutôt rejoints.Le problème de l\u2019indépendance politique du Québec avec son aspect national et constitutionnel, le problème du progrès social et de l\u2019affirmation culturelle propres au Québec, et le problème de la volonté d\u2019un peuple qui a, dans un geste historique, à prendre une grande décision.Nous en avons pris subitement conscience: dorénavant, il est plus net que tout notre avenir est en jeu.I\u2014 Le problème de P auto-détermination Il faut d\u2019abord chercher à bien poser le problème.Comment est-ce que chacun se situe face au statu quo dans la fédération canadienne actuelle?M.Trudeau lui-même, dans son discours à la conférence fédérale-provinciale des premiers ministres du 14 décembre, disait que nous entrons dans une période où il s\u2019agit de \u201créexaminer\u201d et de \u201cmettre à l\u2019épreuve\u201d nos structures, nos institutions, nos liens et nos rapports \u201cet même nos convictions\u201d.Nous sommes, dit-il, devant un défi qui ouvre de \u201cnouvelles\u201d possibilités et la tâche n\u2019est pas de maintenir à tout prix le statu quo, mais plutôt de bâtir un fédéralisme encore plus fécond.C\u2019est déjà, au moins implicitement, faire l\u2019aveu que certaines réponses du passé ne suffiront plus.Quelques premiers ministres d\u2019autres provinces ont déjà dit, à l\u2019occasion de cette conférence, que la position du premier ministre du Québec était claire et qu\u2019il restait aux autres premiers ministres à clarifier la leur.Le gouvernement du Québec, lui, veut une redéfinition collective dont l\u2019aboutissement serait la souveraineté politique du Québec dans une association économique avec le reste du Canada.De son côté, le premier ministre de l\u2019Ontario, M.Davis, affirme qu\u2019il songe non pas à défendre le statu quo, mais à concevoir un Canada nouveau, dans une nouvelle fédération, sans davantage préciser pour l\u2019instant.Dans le Québec, les autres partis provinciaux, face au Parti Québécois, auront à préciser aussi leur position.On peut prévoir qu\u2019ils seront tous opposés au statu quo.Position négative qui, même indirectement, représente un certain appui à celle du nouveau gouvernement.Ils ont, évidemment, l\u2019obligation de pousser plus loin et de définir comment ils conçoivent positivement leur nouveau fédéralisme.Car, eux aussi, en toute franchise, doivent admettre qu\u2019ils sont sans doute en recherche.Ils ne peuvent, à leur tour, nous laisser trop longtemps dans l\u2019incertitude.Et il reste à voir comment, en cela, face à d\u2019autres provinces moins avancées, ils se trouveront forcément, même si c\u2019est indirectement encore, à appuyer le gouvernement du Québec, en faisant avec lui un bout de chemin peut-être plus long qu\u2019ils ne veulent en ce moment le laisser croire.C\u2019est dire que les électeurs québécois auront à distinguer le plus clairement possible en quoi nos divers partis provinciaux du Québec se rapprocheront, du moins quand on les comparera à des partis fédéraux ou à des partis provinciaux d\u2019autres provinces, et en quoi précisément ils voudront se distinguer.Car à travers le réseau des slogans et sous le vernis des apparences, il y aura les divergences réelles parmi lesquelles, finalement, le véritable choix se posera.Mais quel sera-t-il exactement lors de la dernière étape?Si le Toronto Star a pu parler d\u2019avance d\u2019une espèce de gouvernement national de coalition à préparer du côté des anglophones, à quelle solidarité et à quels rapprochements pouvons-nous songer du côté du Québec?DECEMBRE 1976 323 Seul, un vrai débat, ouvert et franc, vigoureux cependant dans toute son honnêteté, permettra de projeter la lumière nécessaire, non pas sur les intérêts purement partisans des partis politiques, mais sur le bien véritable de l\u2019ensemble du peuple québécois.Il faudra dissiper certaines ambiguïtés.Il y en a d\u2019abord une, et de taille, concernant l\u2019usage des mots \u201cséparation\u201d et \u201cséparatisme\u201d.A l\u2019étape présente, le mot \u201cséparatisme\u201d sert encore à embrouiller les choses.Il est très difficile d\u2019essayer de discuter sérieusement, si on fausse en partant la position de l\u2019autre.C\u2019est ainsi que, par un simple mot, le \u201cséparatisme\u201d des Péquistes, on croit, sans plus d\u2019arguments, pouvoir balayer la position du gouvernement actuel du Québec.Ce gouvernement insiste pour dire qu\u2019il ne vient ni détruire, ni isoler, mais bâtir.Il ne parle pas de \u201csouveraineté politique\u201d séparément, c\u2019est-à-dire sans joindre cette donnée à son pendant, \u201cun nouveau mode de relations\u201d, \u201cun nouveau partnership\u201d, un type d\u2019association économique avec le reste du Canada.Reconnaissant avec réalisme l\u2019interdépendance qui existe entre le Québec et le Canada, adoptant une attitude positive et une volonté de coopération, le gouvernement du Québec recherche une nouvelle association, qui permettrait au peuple du Québec de mieux s\u2019épanouir, et conséquemment à tous les autres membres canadiens de cette association de mieux s\u2019entendre avec lui.Il ne faut pas oublier que bâtir ensemble une nouvelle association économique suppose, dans cet ordre de réalités, des accords qui, de leur nature, ne peuvent être uniquement économiques, au sens restreint du terme, mais sont, eux aussi, \u201cpolitiques\u201d et font partie d\u2019accords \u201cpolitiques\u201d fondés sur le vouloir-coopé-rer-ensemble de deux peuples.C\u2019est donc une caricature, une façon de bloquer la discussion, même un refus pratique du dialogue, que d\u2019attribuer au gouvernement actuel du Québec un \u201cséparatisme\u201d qui n\u2019est pas le sien.Ce ne peut être autre chose, en fait, qu\u2019un obstacle dressé avec une certaine petitesse par l\u2019adversaire, quand il n\u2019a pas encore trouvé le courage d\u2019envisager de front, un par un, les grands problèmes eux-mêmes.Le fédéraliste qui s\u2019obstine à uti- liser cette tactique en accolant au gouvernement du Québec une étiquet te aussi simpliste devrait prendre conscience qu\u2019il fait le jeu de ces autres fédéralistes qui lancent avec dépit, sinon avec mépris, leur \u201cThe hell with Quebec\u201d, et qui deviennent effectivement, eux, les vrais séparatistes.Le gouvernement du Québec ne propose jamais la souveraineté comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un pays qui n\u2019a pas l\u2019intention de se ré-unir dans un nouveau type d\u2019association.Il n\u2019est pas \u201cséparatiste\u201d.Dans la poursuite de son objectif de souveraineté-association, il doit même lutter contre le séparatisme.Le parti au pouvoir aura sans doute à étaler plus amplement le dossier qui lui permettra de démontrer comment le fédéralisme actuel, que l\u2019on a prétendu si \u201crentable\u201d, offre des handicaps dont le peuple québécois ne veut plus; comment, plus en détail, un nouveau mode de relations entre les deux grands peuples du Canada leur serait mutuellement profitable, en étant plus stimulant et plus productif, en créant des liens plus féconds, de sorte que s\u2019améliorerait leur \u201cconvivialité\u201d.Entre autres, les implications plus directement financières et économiques de cette nouvelle \u201cassociation\u201d pourront, au moment opportun, mais devront, au moment critique, être présentées et expliquées.Cet éclairage suppose une recherche à laquelle on devra accorder le temps nécessaire.De plus, par la voie de l\u2019information et du débat, il faut permettre au processus assez long par lequel passe l\u2019éducation de L\u2019indépendance ne doit pas se révéler purement formelle, un cadre plus ou moins attirant, mais sans contenu suffisant.La réalité humaine et sociale vécue importe plus qu\u2019une transition purement juridique prise en elle-même, comme si l\u2019indépendance politique pouvait être simplement une fin en soi, et non pas d\u2019abord un moyen en vue d\u2019un objectif valable.Un moyen de confirmer un type de vie plus libre, plus juste et plus fraternelle, un moyen de mieux favoriser notre développement économique, social et culturel, et de con- l\u2019opinion publique, de prendre tout le temps requis pour qu\u2019il ne soit pas escamoté.Se défier des tactiques de droite, qui aboutiraient à un dialogue de sourds, et des tactiques de gauche qui, à force de demander tout de suite la lune, rendraient impossible un déblocage en direction du meilleur progrès pratiquement réalisable, tel est le défi qu\u2019ont à relever les hommes de bonne volonté, quelle que soit l\u2019option qu\u2019ils appuient présentement.Une seconde ambiguïté découlerait du fait d\u2019une possible confusion entre l\u2019option fondamentale de la souveraineté-association et d\u2019autres types de problèmes, secondaires par rapport à cette option de base, tels des décisions ou des projets de lois concernant la répartition de la dette des jeux olympiques, des modalités de l\u2019aide à l\u2019entreprise, des formules d\u2019aide au logement, ou quelque autre législation ponctuelle.On n\u2019aimerait pas certaines décisions du gouvernement dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces domaines; par une sorte de transfert dû au dépit, et perdant le sens des proportions, oubliant même un peu qu\u2019aucun gouvernement ne peut être parfait, on trouverait là prétexte à bloquer, sur un autre terrain, infiniment plu important, la considération impartiale d\u2019une décision qui touche la destinée même de tout un peuple.Confusion malheureuse, parce qu\u2019on n\u2019aura pas suffisamment distingué les diverses questions en jeu, ni accordé à chacune le poids proportionnel qu\u2019elle mérite.solider ainsi les assises d\u2019une indépendance réelle.Indépendance politique et qualité de la vie collective sont des données assez interdépendantes: si tout le progrès social rêvé n\u2019est peut-être pas finalement réalisable sans le parachèvement de l\u2019indépendance politique, l\u2019indépendance, elle, est peut-être plus sûrement réalisable en acceptant une certaine logique interne qui veut que la recherche du progrès social et du développement culturel entraîne, à son tour, le mouvement vers l\u2019indépendance.Cette interaction II\u2014 Le progrès social et l\u2019affirmation culturelle propres au Québec 324 RELATIONS fait partie d\u2019un dynamisme que les réalistes voudront respecter.On doit se défier d\u2019un certain attentisme qui ferait reporter à la période qui suivrait l\u2019obtention de la souveraineté des mesures de progrès social qui peuvent être exigées précisément pour y conduire.Maîtres chez nous, c\u2019est pour quoi faire?Et, de l\u2019autre côté, dans le but de faire ce que nous voulons, est-il nécessaire de devenir pour cela vraiment maîtres chez nous?Ce sont les deux côtés de la médaille.Autant un programme échevelé peut effaroucher les uns au moment du référendum, autant un programme trop maigre et des réalisations insuffisantes peuvent enlever à d\u2019autres, toujours vulnérables aux \u201cpromesses\u201d de l\u2019ancien régime, le stimulant nécessaire pour les amener à désirer cette indépendance.Un enthousiasme nouveau et surprenant d\u2019une bonne partie du peuple s\u2019est manifesté à l\u2019occasion de la victoire du 15 novembre.Il ne faudrait pas laisser tomber cet enthousiasme dans une action trop lente et dans la déception qui s\u2019ensuit, mais le nourrir par une série de démarches significatives, correspondant aux attentes de plusieurs.Nous sommes à la recherche d\u2019un nouveau contrat social.La formule n\u2019est pas donnée magiquement d\u2019avance.Il serait malhonnête d\u2019attribuer au nouveau gouvernement, pour plus facilement la rejeter, une position qui n\u2019est pas vraiment la sienne.Le gouvernement actuel du Québec se propose de développer progressivement un nouveau type de société.Il parle d\u2019un type de social-démocratie.Il est clair que, dans la poursuite d\u2019une formule qui soit de chez nous, il cherche à éviter des extrêmes.Le premier extrême, de type capitaliste, a contribué à trop bloquer jusqu\u2019ici notre société.Le second, celui d\u2019un chambardement trop radical, en manquant de réalisme, contribue à ralentir de fait le progrès social, quand il ne le bloque pas effectivement, à cause des craintes qu\u2019il suscite chez nombre d\u2019électeurs, ou de la passivité un peu trop facile qui découle de la contemplation d\u2019une utopie rigide et lointaine, ou à cause des prétextes qu\u2019il peut ainsi fournir au pouvoir pour ne pas engager des réformes importantes qui sont en soi réalisables.Pour faire la lutte à l\u2019action d\u2019un gouvernement en recherche et en né- DÉCEMBRE 1976 cessaire expérimentation, rien de plus simple que de lui coller injustement des étiquettes simplistes.Les trucs démagogiques ont tellement été utilisés chez nous qu\u2019on peut croire, à la lumière des dernières élections, que le peuple ne s\u2019y laissera pas toujours prendre aussi facilement qu\u2019autrefois.Concilier, d\u2019une part, la réalisation d\u2019un consensus dans un climat de vraie liberté et, d\u2019autre part, la poursuite du bien commun d\u2019au moins la majorité de la population n\u2019est pas toujours si simple.Car les puissances cachées, même si elles sont minoritaires, cherchent par des moyens à leur mesure à cacher leurs abus et à \u201crationaliser\u201d leurs privilèges pour essayer de les justifier.Pas plus que tous les autres peuples, nous n\u2019éviterons les difficultés de cet enfantement.Seront à dénoncer tous les dogmatistes qui, pour mieux l\u2019attaquer, déformeront la pensée du parti au pouvoir.Les structures de cette société plus démocratique et plus juste se révéleront graduellement à mesure que seront vécues les exigences d\u2019une série de mesures nouvelles qu\u2019on aura mises en place.Les problèmes du logement, de la sécurité du revenu, de l\u2019aide sociale adéquate, de l\u2019aide aux familles, des garderies populaires, de la protection efficace du consommateur, sont autant d\u2019exemples de points d\u2019insertion dans le tissu social qui favoriseront le développement d\u2019une société nouvelle fondée sur l\u2019homme et offrant de meilleures conditions de vie à une partie importante du peuple.De plus, c\u2019est en s\u2019attelant sérieusement à améliorer les conditions de travail que l\u2019on contribuera à la promotion d\u2019un nouveau climat.De meilleures réponses aux problèmes de l\u2019emploi, de la santé et de la sécurité au travail, du droit syndical et de la participation à la vie de l\u2019entreprise, ainsi que du revenu des petits salariés, serviront à bâtir une société nouvelle.Le développement de nos entreprises et de nos coopératives, l\u2019expansion beaucoup plus prononcée du mouvement populaire de nos caisses d\u2019épargne jusque dans le secteur de l\u2019investissement, les contrôles nécessaires de notre économie et les impératifs d\u2019une meilleure planification, auront des répercussions dont la portée, pour la conquête de notre indépendance réelle, pourra se révéler des plus fondamentales.Dans le grand dialogue mondial du Dans des groupes ou des peuples une prise de conscience s\u2019éveille qui, faisant reculer la résignation ou le fatalisme, les entraîne à leur libération et à la prise en charge de leur destin.Pour réaliser le droit au développement: a)\tQue les peuples ne soient pas empêchés de se développer selon leurs propres caractéristiques culturelles; b)\tQue dans la collaboration mutuelle chaque peuple puisse être lui-même le principal artisan de son progrès économique et social; c)\tQue chaque peuple puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine, à un plan d\u2019égalité avec les autres peuples.(\u201cLa justice dans le monde\u201d, Synode des Evêques, Rome, 1971.) Nord et du Sud, que vaudra la gloriole d\u2019une \u201cindépendance politique\u201d si nous devenons une dépendance ou quasi-colonie du Nord?Enfin, pour la conquête d\u2019une indépendance qui en vaut le coup, sont également d\u2019une importance capitale les implications d\u2019un développement culturel sérieux, - dans le sens de notre héritage historique et de notre identité nationale, - et d\u2019une maîtrise raisonnable de nos communications sociales.Les mises au point d\u2019une politique linguistique et d\u2019une politique scolaire ne sauraient être équitables si elles ne respectent pas les intérêts majeurs, impératifs et pressants, du groupe francophone.Le type d\u2019intégration des non-francophones dans la société québécoise doit favoriser l\u2019espoir de gagner leur appui à un grand projet auquel nous, de la majorité, nous n\u2019avons pas le droit de renoncer: celui d\u2019abord de bâtir un Québec qui devienne, au sens plein du terme, une patrie pour notre peuple.En ce sens, il ne peut pas y avoir deux Québecs.Voilà des défis réels à commencer à relever, sans trop tarder, avant que ne se déroulent les étapes immédiates du scénario qui nous acheminera au référendum.Les efforts de notre recherche collective doivent porter autant sur ces réali- 325 sations que sur les conditions explicites d\u2019un référendum qui risquerait autrement d\u2019être prématuré.Il faut sans doute éviter la na'iveté qui ne tiendrait pas compte des obstacles que suscite une situation présente difficile.Mais une opinion publique vigilante ne doit pas permettre au gouvernement à Québec de prendre Il ne suffit pas d\u2019esquisser des projets et d\u2019accumuler de l\u2019information, même dans une avalanche de statistiques.On peut ne plus voir la forêt à cause des arbres.Le risque est d\u2019en rester là, sans avoir fait suffisamment l\u2019analyse qui permette de soupeser le poids respectif des données, de façon à en tirer les vraies conclusions, qui souvent ne peuvent être que des conclusions courageuses devant lesquelles on est porté à hésiter.Il y a un type d\u2019intellectualisme qui peut servir de prétexte à la passivité, donc à la cristallisation du statu quo.Mais le statu quo est devenu impossible, irréversiblement.Il ne suffit pas d\u2019avoir le coeur bien placé, d\u2019exprimer les velléités qui découlent d\u2019un certain sentimentalisme.Il faut vraiment vouloir.Des spécialistes d\u2019études prospectives, qui ont voulu pousser leur réflexion de la façon la plus scientifique possible, ont dégagé du Québec actuel la projection d\u2019une image globale assez pessimiste; d\u2019où leur qualificatif de \u201csociété refroidie\u201d pour décrire le Québec de demain, celui de l\u2019an 2001, s\u2019il continue à évoluer comme il l\u2019a fait depuis vingt ans.Mais ce scénario peu optimiste, pas du tout impossible, disent-ils, devrait être considéré comme un scénario de l\u2019inacceptable.Si les Québécois veulent se libérer des tendances démographiques, économiques et socio-culturelles qui, actuellement, les poussent de plus en plus dans un état insidieux d\u2019hibernation (ce sera plus que jamais le \u201cmon pays, c\u2019est l\u2019hiver\u201d, mais sur un air assez triste), d\u2019autres voies demeurent ouvertes.\u201cMais ça, c\u2019est aux Québécois de le décider.\u201d \u201cLa partie est loin d\u2019être jouée, et pour peu que les Québécois décideront de devenir des acteurs dynamiques et volontaires dans la construction de leur avenir, il peut y avoir prétexte de ces difficultés immédiates pour ne pas tenter pour ainsi dire l\u2019impossible.S\u2019il est juste de dire que nous sommes vraiment à un tournant dramatique de notre histoire, où il est difficile de concevoir qu\u2019on puisse risquer des enjeux plus importants, il est temps de donner un grand coup.des lendemains qui chanteront vrai-ment(l)!\u201d On a beau parler d\u2019auto-détermination dans des envolées ou des thèses où il est question de \u201cmaître chez nous\u201d et de la prise en main de nos destinées, le peuple ne doit jamais oublier que l\u2019auto-détermina-tion suppose d\u2019abord non seulement de \u201cl\u2019auto\u201d, de quelque autonomie que ce soit, mais, comme le mot le dit, de la détermination dans l\u2019autodétermination.Un esprit de décision dans l\u2019auto-décision.De l\u2019énergie.Une vigueur.Il s\u2019agit de mettre plus de sérieux à mieux définir nos valeurs de base.Quelles sont nos valeurs, à nous, en ce sens que nous les assumons vraiment, qui puissent constituer le fondement de notre force, parce que, attachés que nous sommes à ces valeurs, elles deviennent la source où nous puisons notre détermination bien résolue?Ou préférons-nous glisser dans un colonialisme culturel qui nous condamne comme nation à vivoter avant de disparaître?La véritable liberté est l\u2019une de ces valeurs primordiales.C\u2019est le fruit d\u2019une conquête incessante.La liberté est le fruit d\u2019une libération.Pas uniquement la libération de tous les jougs inacceptables qui nous viennent des \u201cétrangers\u201d.Mais d\u2019abord et avant tout la libération de nos propres complexes, de nos peurs aveugles, irraisonnées et déraisonnables.La libération de nos propres lâchetés, de ces mollesses qui nous permettent, dans notre passivité, d\u2019accepter servilement les aliénations qui nous viennent d\u2019ailleurs, mais qui n\u2019ont finalement de puissance que parce qu\u2019elles peuvent l.P.A.Julien, P.Lamonde, D.Latouche, Québec 2001, une société refroidie, Québec, Ed.du Boréal Express, 1976, pp.10, 178 et 191 (les soulignés sont ajoutés).compter sur une connivence avec les aliénations qui ont leur source en nous-mêmes.Si les diverses aliénations communiquent par osmose, de leur côté, les libérations, elles aussi, se rejoignent pour finalement donner le coup d\u2019envoi à la libération.A condition de nous lbérer nous-mêmes des hésitations et des peurs qui nous font reculer devant le coup de barre à donner pour ne pas trahir ce que nous sommes profondément.La \u201créalité\u201d québécoise a ses exigences.La réponse à ces impératifs exige non seulement lucidité, mais dynamisme.Certains parlent même de discipline.C\u2019est que tout ce qui a vraiment de la valeur a d\u2019habitude un prix.Ou nous ne voulons pas, et alors l\u2019immaturité nous fera croire qu\u2019il n\u2019y a pas là de prix à payer, tout simplement parce que le défi n\u2019aura pas été relevé; mais l\u2019inconscience durera-t-elle longtemps?Elle ne peut que préparer d\u2019amers réveils.Ou bien nous voulons, et alors il y a, bien sûr, un prix à payer; mais cette acceptation lucide et courageuse, seule source de la fierté, est le signe d\u2019une fécondité.D\u2019une maturité.La fête devient possible.Sans fête, le peuple finit par mourir.Où peut être la fierté?Où peut loger l\u2019espoir?Il y a un domaine particulièrement sensible aux répercussions concrètes de ces valeurs.C\u2019est le secteur économique.Il est d\u2019ailleurs inséparable, pratiquement, des autres domaines, politique, social, familial, culturel.Il ne suffit pas que, dans sa participation à la vie politique, le peuple acquière assez de maturité pour refuser qu\u2019on le méprise en le traînant dans les faux sentiers de la démagogie et de la petite mesquinerie partisane.Il ne suffit pas que, dans leurs aspirations à une vie collective plus humaine et plus équitable, nos gens vibrent à la passion du bien général de leur peuple, et s\u2019habituent à la discipline requise pour qu\u2019un contrat social soit possible qui respecte le bien de la majorité.Il faut de plus, et peut-être faudrait-il le signaler très tôt dans le raisonnement, assurer une vie économique saine, forte et prospère pour la collectivité.Il ne suffit pas de constater la contradiction dans laquelle notre évolution démographique nous place: de vouloir sauver notre identité nationale en survivant et de nous éteindre comme peuple en maintenant un taux de natalité tout à fait insuffisant.Il III\u2014 La volonté de vivre 326 RELATIONS faut, à la base d\u2019une législation sociale donnant aide et appui à nos familles, à la base d\u2019une politique généreuse de logement familial, qui manifestent que la collectivité veut vraiment prendre les moyens efficaces, une économie assez solide et productive pour fournir ces moyens.Une économie saine et prospère qui soit à nous est plus qu\u2019une donnée intimement reliée au sens à donner à l\u2019indépendance politique; sa construction et son espoir sont, en partie, une condition même de l\u2019obtention de cette indépendance.Mais alors, le succès d\u2019une telle entreprise d\u2019envergure suppose de notre part une détermination consciente et bien tenace.Si l\u2019insuffisance trop prononcée des capitaux, leur fuite et leur hésitation sont invoquées contre nous, si le degré de notre épargne est en jeu, alors il nous faudra vouloir assez nos objectifs fondamentaux pour nous décider à épargner davantage, s\u2019il le faut, et à résister à la consommation mal orientée à laquelle la publicité alléchante d\u2019une société de consommation nous convie.Cette société de consommation n\u2019est pas logiquement orientée à lutter pour la survie de notre peuple.Nous décider aussi à épargner dans nos propres institutions et celles parmi elles qui orientent nos épargnes là où le demande notre avantage collectif.Le rapatriement de nos épargnes exige de la vision.Si l\u2019on invoque, comme une objection, l\u2019importance des investissements, la nécessité d\u2019une dose énorme d\u2019investissements étrangers, alors, - puisque des économistes sérieux nous disent que, tout en tenant compte du mouvement d\u2019ensemble des capitaux qui entrent et qui sortent du Québec, nous nous payons le luxe d\u2019une exportation nette de nos propres épargnes, - il faudra songer, dans la mesure où ce sera nécessaire, à investir davantage nos épargnes chez nous au lieu de permettre à d\u2019autres de s\u2019en emparer pour les investir à l\u2019étranger.C\u2019est donc qu\u2019il vaudrait mieux nous réorienter et que l\u2019Etat québécois, tout en encadrant et en contrôlant suffisamment les investissements étrangers, incite nos propres investisseurs à investir ici.Ceci devrait progressivement affecter notre structure économique, le niveau de chômage, le rythme des innovations technologiques, notre productivité et notre situation con- DÉCEMBRE 1976 currentielle.Nous serions plus responsables de notre développement, de notre développement économique global et régional.Si l\u2019Etat du Québec, dans une économie qui a l\u2019ambition de toute sa modernité possible, est l\u2019outil indispensable, il faut que cet Etat soit bien à nous.Nous devons donc prendre davantage conscience que si nous tenons à notre identité historique, nationale et culturelle, il nous faut, en toute logique et sans aucun chauvinisme, vouloir nous donner, par nos épargnes et nos investissements, ce substratum nécessaire qu\u2019est notre \u201cidentité\u201d économique.Vouloir aussi protéger et développer nos terres, créer et développer nos entreprises, nos affaires, nos institutions financières, nos coopératives et nos caisses d\u2019épargne et, dans toute la mesure nécessaire et désirable, la puissance économique de notre Etat, avec les cadres francophones compétents que toutes ces institutions appellent.Il n\u2019est guère conséquent de vouloir être \u201cQuébécois\u201d et de ne pas chercher suffisamment, pour être soi-même, à se distinguer de la société américaine.Le \u201claisser aller, laisser faire\u201d du plus mauvais libéralisme est autant à condamner au plan économique qu\u2019au plan culturel.Notre terre, au sens large du terme, nos capitaux sont la première ligne du front où se joue notre identité nationale.C\u2019est l\u2019assise de la patrie.Vaut-il tellement la peine de se battre pour les oripeaux d\u2019une indépendance politique plus ou moins formelle, pour devenir un territoire en dépendance économique telle qu\u2019il ne soit guère plus qu\u2019une quasi-colonie, à la dérive comme une banquise au nord d\u2019une Amérique libre?On ne peut croire, comme dans un infantilisme béat, qu\u2019on ait vraiment le choix entre le monde des réalités où le risque, tout raisonné qu\u2019il soit, est une nécessité et un monde imaginaire où le risque n\u2019existerait pas.Ce monde où on voudrait bien se bercer plus confortablement des illusions qu\u2019engendre la passivité ne peut que mener au désastre.Si l\u2019on n\u2019opte pas pour la vie réelle, pour ce monde des réalités dans lequel la vie elle-même commande certains risques, on court certainement le plus grand de tous les risques, celui de ne même pas survivre.L\u2019esprit de décision, l\u2019initiative d\u2019envergure, un sain goût du risque nécessaire au dynamisme s\u2019opposent à un dilettantisme malsain.Ce type de risque est à la base de l\u2019assurance qu\u2019on va survivre et, même plus, s\u2019épanouir.L\u2019attentisme joue, au contraire, et lâchement après tout, à la roulette avec la vie du peuple.Mais le Québec veut-il vraiment vivre?Il a commencé, il est vrai, à se ressaisir.Il est appelé maintenant à pousser plus loin cet effort de se reprendre en main.Il y a des pessimistes, qui, sans trop s\u2019en rendre compte, minent les énergies du peuple, en lui faisant sentir, parce qu\u2019ils le croient malheureusement, qu\u2019il est incapable de plus d\u2019intelligence et de plus d\u2019énergie.Cette façon de le sous-estimer est une forme voilée de paternalisme; c\u2019est même objectivement un genre de mépris.En projetant tout l\u2019éclairage nécessaire pour éviter les na'ivetés, il faut, au contraire, éviter de dégonfler nos gens.Sous prétexte de les rendre faussement \u201créalistes\u201d en leur instillant une peur excessive, on leur enlèverait la dignité de pouvoir avoir confiance en eux-mêmes.Que les citoyens et les animateurs de toute sorte bousculent les petits politiciens qui chantent au peuple qu\u2019il ne doit pas penser qu\u2019il peut au besoin se \u201cserrer la ceinture\u201d pour le bien général des siens.Les vrais chefs de la nation, les hommes d\u2019état dont un peuple a besoin, quand il passe, comme le nôtre en ce moment, par le détroit où une grande politique est à choisir, inspirent le peuple et lui insufflent un élan.C\u2019est un appui extrêmement important dans la lutte effective pour vaindre les obstacles.Il ne suffit pas de savoir que dans ce détroit le courant est plus fort, il faut effectivement ramer plus fort et forger la détermination de le vaincre.Il y a, sans contredit, avec l\u2019élection du 15 novembre, quelque chose de neuf dans l\u2019air.Un véritable espoir est né.Reconnaissons tous ouvertement que le statu quo est impossible.Puis, quelle que soit l\u2019option que chacun choisisse pour l\u2019instant, soyons tous d\u2019accord pour que cet espoir donne naissance à quelque chose de grand.Ce n\u2019est pas une aventure ordinaire que nous allons vivre.Ce n\u2019est pas une chance que nous pouvons manquer.327 Commentaires à la suite de l\u2019élection du 15 novembre par Jean-Guy Pagé * Le terme \u201ccommentaires\u201d, qui coiffe cet article, indique que ce dernier exprime une pensée assez spontanée, qui n\u2019est pas parvenue à sa forme définitive; chose d\u2019ailleurs quasiment impossible dans une matière comme celle qui en fait l\u2019objet.Mais cette pensée se veut en chemin vers un état plus élaboré.Je grouperai mes propos sous deux thèmes:\tje commenterai d\u2019abord quelques phénomènes plus secondaires de la dernière élection provinciale au Québec, pour m\u2019arrêter finalement sur son phénomène principal:\tl\u2019accession au pouvoir du Parti québécois.Quelques phénomènes plus secondaires En qualifiant de \u201cplus secondaires\u201d les phénomènes dont il sera question dans la première partie de cet article, je n\u2019entends pas affirmer leur absolue marginalité, loin de là, mais simplement leur moindre importance par rapport à l\u2019événement central de cette élection.Si on relie la dernière élection à d\u2019autres élections qui se sont déroulées au Québec depuis une vingtaine d\u2019années, tant au niveau fédéral qu\u2019au niveau provincial, on doit se réjouir de ce qu\u2019un nombre de plus en plus grand de Québécois soient libérés de cet attachement invétéré et atavique à un parti donné, quels qu\u2019en fussent les candidats ou le programme.Dans les années \u201850, le Parti conservateur fédéral, dirigé alors par M.Diefenbaker, rafla une soixantaine de sièges au Québec * Jean-Guy Pagé est prêtre et professeur titulaire à la Faculté de théologie de l\u2019Université Laval.Il s\u2019intéresse particulièrement à l'ecclésio-logie et à la théologie pastorale.Il vient de publier Réflexions sur l\u2019Eglise du Québec (Bellarmin, 1976).328 dans une première élection; mais, dans l\u2019élection subséquente, il ne lui en resta que quelques-uns.Le Parti libéral de M.Lesage renversa en 1960 l\u2019Union nationale encore toute-puissante quelques mois auparavant.Le même parti de M.Lesage, qui en six années de pouvoir avait changé la figure du Québec en opérant ce qu\u2019on a qualifié de \u201crévolution tranquille\u201d même si elle ne fut pas si tranquille que cela, fut défait en 1966.M.Bourassa connaissait en 1970 et 1973 deux victoires sûres, dont l\u2019une apparemment ar-chi-éclatante: il vient de subir une défaite écrasante.Les Québécois ne sont donc pas attachés irréductiblement à un seul parti et ils peuvent signifier de façon indubitable leur mécontentement et leur désapprobation à ceux qu\u2019ils avaient auparavant portés au pouvoir.Cela est sûrement positif au point de vue démocratique.Mais cela traduit peut-être aussi de l\u2019inconstance, de la versatilité, et peut manifester davantage le mécontentement à l\u2019égard d\u2019une administration qu\u2019une confiance absolue à un programme nouveau et à un autre parti.Le pourcentage des voix accumulées par chaque parti à la dernière élection indique, me semble-t-il, le peu de crédibilité accordée au Crédit social et au Parti national populaire ainsi que le rejet de la politique de M.Bourassa, mais est assez loin de signifier un appui inconditionnel au Parti québécois et à son option séparatiste.Les Québécois ont plutôt pris une chance par rapport à une équipe bien organisée, dirigée par un chef qui a des options claires et qui les exprime dans un langage où le peuple se retrouve, équipe qui compte aussi plusieurs noms assez prestigieux.Mais nous reviendrons sur cela plus loin.La remontée de l\u2019Union nationale sous la direction de son nouveau chef, M.Rodrigue Biron, en a pris plusieurs par surprise.Il faut reconnaître à M.Biron un talent d\u2019organisateur; d\u2019ailleurs, la machine électorale de l\u2019Union nationale est loin d\u2019être disloquée, semble-t-il.De plus, M.Biron projette chez l\u2019homme du peuple l\u2019image du chef qui voit clair en tout et qui a des solutions simples à tous les problèmes.Mais c\u2019est justement là ce qu\u2019on doit craindre le plus: tout est trop simple, trop clair, trop facile, pour qu\u2019on puisse reconnaître là une approche réfléchie des problèmes et des solutions qui tiennent compte de leur complexité.M.Biron m\u2019est aussi apparu comme faisant la cour à l\u2019élément anglophone du Québec d\u2019une façon qui manquait de fierté nationale.De plus, tout en étant loin de m\u2019opposer à ce que les Québécois possèdent la langue anglaise - parler plusieurs langues est toujours une richesse et une force, à plus forte raison parler l\u2019anglais sur un continent quasi entièrement anglophone -, je crois qu\u2019il faut s\u2019interroger plus longuement sur l\u2019âge auquel on peut enseigner une langue seconde à des enfants.Finalement, le phénomène Biron fait créditiste, du moins le créditisme à la Samson et, un peu aussi, à la Caouette.Pourtant l\u2019avenir du Crédit social ne semble pas rose au Québec.mais qui sait?Quant au Parti national populaire, nonobstant la droiture et la sincérité de son chef, il ne pouvait aller qu\u2019à un échec, si peu préparé et organisé qu\u2019il était.On ne peut plus faire des élections au Québec avec des promesses vagues, même si elles sont généreuses et nobles.Il faut un programme précis et une organisation rodée.Et c\u2019est heureux.Cela n\u2019élimine pas toute \u201cutopie\u201d, entendue dans le sens moderne du mot, mais exige une utopie qui sait se donner une praxis.Un phénomène réellement marginal, mais par lequel je me sens plus concerné comme prêtre, c\u2019est celui de l\u2019engagement politique, jusqu\u2019à la candidature électorale de certains de mes confrères.Ils étaient peu nombreux, mais cela pose quand nême question.Les enjeux de la dernière campagne et le climat politique actuel du Québec ne m\u2019ont pas paru si lourds de conséquences sur RELATIONS le plan de la foi qu\u2019ils auraient exigé l\u2019engagement politique du clergé d\u2019une façon électoraliste.D\u2019ailleurs, s\u2019ils avaient été tels ou s\u2019ils le devenaient, il faut croire que nos évêques en premier lieu seraient intervenus ou interviendraient.Il est bien évident que le prêtre demeure un citoyen à part entière et que son statut clérical ne prohibe pas, de soi, son engagement politique; il peut même, en certains cas, l\u2019exiger, du moins jusqu\u2019à un certain point.Mais il me semble que notre Eglise québécoise a davantage besoin actuellement de prêtres qui exercent à son égard un véritable leadership à l\u2019intérieur même de leurs fonctions proprement sacerdotales que de prêtres-députés.Le cléricalisme est loin d\u2019être mort, même (et on serait parfois porté à dire \u201csurtout\u201d) chez les plus progressistes: c\u2019est à croire que nous n\u2019avons pas une très grande confiance dans les laies chrétiens.Il peut tout de même arriver qu\u2019un prêtre juge, au nom de principes importants qui sont siens, devoir s\u2019engager dans une action politique jusqu\u2019au plus concret.Le phénomène central Le phénomène principal de la dernière élection est évidemment la prise du pouvoir par le Parti québécois.Lui-même, au dire de son chef au lendemain de l\u2019élection, en a été surpris.Il faut d\u2019abord reconnaître que ce phénomène ne signifie pas que le peuple québécois est acquis à l\u2019idée de l\u2019indépendance.Il est probable qu\u2019un assez bon pourcentage de ceux qui ont voté pour un candidat péquis-te le sont, mais il y a aussi, parmi eux, un pourcentage de méconten-tents de l\u2019administration Bourassa, qui désiraient faire l\u2019essai d\u2019une nouvelle équipe.D\u2019autant plus que le Parti québécois alignait un nombre assez impressionnant d\u2019hommes prestigieux et qu\u2019il a fait porter la campagne sur la nécessité d\u2019instaurer une meilleure administration au Québec beaucoup plus que sur la question de l\u2019indépendance, renvoyée, elle, à un référendum; cette tactique lui a porté chance.Il y a aussi le phénomène de la remontée de l\u2019Union nationale qui a joué ici.Les candidats de l\u2019Union nationale sont allés chercher des voix qui, 'aupara- vant, auraient été accordées soit aux libéraux, soit aux créditistes, et le candidat péquiste a passé entre tout ce monde-là.Cette fois-ci, la configuration de la carte électorale et la distribution inégale de la population dans les divers comtés ont joué en faveur du Parti québécois alors qu\u2019en 1973, elles avaient joué en faveur du Parti libéral; avec 40% des suffrages, le Parti québécois fait élire 69 députés, alors qu\u2019avec 34%, le Parti libéral n\u2019en fait élire que 29.Il faut reconnaître la disproportion flagrante et la nécessité d\u2019une réforme de la carte électorale, sinon du système électoral lui-même, qui permette une proportion plus juste entre le pourcentage des suffrages recueillis par chaque parti et le nombre des députés qu\u2019il réussit à faire élire.M.Lévesque inspire confiance aux gens; il s\u2019attire même le respect de ses adversaires et des milieux anglophones.Il parle un langage simple, qui rejoint le citoyen ordinaire, sans être simpliste.Il fait montre de plus en plus d\u2019un calme et d\u2019une modestie de bon aloi, nécessaires à un chef politique.L\u2019arrogance ne paie pas: d\u2019autres chefs politiques l\u2019ont appris ou l\u2019apprendront.Tout ce qu\u2019on peut souhaiter, c\u2019est que la santé dont il semble doté se maintienne et qu\u2019il ne soit pas débordé par les éléments radicaux de son parti.Car, si le Parti québécois, chez ses grands leaders de l\u2019heure et probablement dans la majeure partie de sa députation, ne fait pas figure d\u2019un parti radical - la question de l\u2019indépendance mise à part, - il n\u2019en comporte pas moins, parmi ses membres de la base, une certaine proportion de radicaux.Il est à souhaiter que M.Lévesque conserve le contrôle de ces éléments radicaux.On ne peut non plus être tout à fait rassuré par certains articles du programme officiel du Parti ou certains voeux exprimés lors des assises de son conseil général: - Quel est le sort réservé aux écoles privées?Si on se fie au programme et aux idées de certains membres, on ne peut s\u2019attendre à un traitement favorable; par ailleurs, pendant la campagne électorale, le chef lui-même a parlé plutôt d\u2019amélioration du système public que d\u2019abolition des subventions aux écoles privées.Le système privé, s\u2019il n\u2019est pas purement au service des bien nantis (ce qui arrive malheureusement trop souvent dans les faits), constitue une liberté démocratique à ne pas perdre, en particulier devant un système public hâtivement construit et qui montre tant de lézardes.-\tLe programme du Parti québécois favorise une sociale-démocra-tie, mais celle-ci implique-t-elle une ingérence de l\u2019Etat partout et la perte de libertés individuelles importantes ou simplement un système social où il y aurait plus de justice et d\u2019égalité pour tous?Quelle sera l\u2019attitude du Parti à l\u2019égard de la haute finance?Nous maintiendra-t-il dans ce système, qu\u2019on dit trop facilement inchangeable, où le profit et non le service est le seul impératif et le seul ressort de l\u2019économie?Il y a sûrement au sein du Parti québécois, comme au sein d\u2019autres partis politiques et d\u2019autres mouvements séculiers, des aspirations qui vont dans un sens chrétien, évangélique (1); mais la pratique de la politique conduit parfois à rabattre de son idéal.Il est arrivé souvent, ici et ailleurs, que les grands de la finance n\u2019aient pas tellement eu à souffrir des promesses électorales les plus menaçantes; et quand leur réalisation les a effectivement atteints, ils en ont été assez bien dédommagés.-\tA au moins une réunion du grand conseil du parti, on a émis un voeu favorable à la légalisation de l\u2019avortement:\tles catholiques, membres du Parti, auront-ils suffisamment le courage de leurs convictions pour s\u2019opposer à une telle libéralisation, d\u2019autant plus qu\u2019au-jourd\u2019hui être catholique s\u2019accommode souvent d\u2019attitudes qui sont en contradiction flagrante avec l\u2019enseignement officiel de l\u2019Eglise?Enfin, il ne faut pas oublier que l\u2019article premier du programme du Parti québécois demeure l\u2019indépendance du Québec.La chose, en soi, est possible et peut être souhaitable.Après 109 ans de pratique, le pacte confédératif, même s\u2019il n\u2019a pas produit que des monstruosités, apparaît toujours aux yeux des Canadiens-français comme un marché de dupes: nos compatriotes anglophones sont parvenus à nous diviser en au moins deux grands partis fédéralistes où les intérêts de la nation canadienne-française sont souvent passés bien loin derrière d\u2019autres problèmes, sinon des querelles 1.Je pense entre autres aux considérations faites par Guy Joron dans Salaire minimum, un million de dollars.DÉCEMBRE 1976 329 LA CRISE DE L'EGLISE EN FRANCE mesquines.Malgré certaines réalisations, attribuables notamment à M.Diefenbaker (aussi étonnant que cela puisse paraître) et surtout à M.Trudeau, le fait français demeure encore au Canada un parent pauvre, une réalité que nos compatriotes anglophones acceptent avec peu d\u2019enthousiasme.L\u2019affaire des gens de l\u2019air, entre autres, nous l\u2019a rappelé récemment.Le Parti québécois réveille une fierté nationale qu\u2019une crainte peu virile a souvent tenue endormie.Mais, pour bâtir une nation, il faut autre chose qu\u2019un enthousiasme passager et que le patriotisme verbal du 24 juin.Il faut croire dans les valeurs françaises qui nous caractérisent en face de plus de 200,000,000 d\u2019anglophones en Amérique.Il faut croire aussi aux valeurs chrétiennes et catholiques qui, elles aussi, constituent notre patrimoine, sans qu\u2019il faille retomber dans les confusions simplistes entre la langue et la foi.Il faut finalement croire à des valeurs typiquement québécoises que certains de nos chansonniers, de nos artistes, de nos penseurs et de nos hommes de valeur en divers domaines ont contribué à conserver et à développer.Mais, pour promouvoir toutes ces valeurs, il faudra changer nos critères d\u2019appréciation des choses et nous discipliner.Depuis une trentaine d\u2019années, du peuple pauvre que nous étions auparavant, nous sommes devenus un peuple de nouveaux riches, qui s\u2019endettent pour satisfaire les désirs effrénés et les faux besqins que la publicité fait miroiter à ses yeux (2).Aurons-nous le courage d\u2019accepter les sacrifices que l\u2019indépendance exigera de nous, même si elle n\u2019implique pas et ne doit pas impliquer que les capitaux étrangers cessent d\u2019investir ici?On n\u2019édifie pas une nation avec la frénésie du sexe, l\u2019engouement pour le sport commercialisé et les gadgets pour adultes demeurés enfants qui nous caractérisent actuellement.Voilà les questions que je me pose après cette élection où le Québec a certainement tourné une page de son histoire, comme le disait M.Lévesque au soir de la victoire.Il dépend de nous que la nouvelle page que nous allons écrire soit une épopée et non un recul.2.Cf.le chapitre 1 de mon petit volume Réflexions sur l\u2019Eglise du Québec.330 par Jean-Paul Labelle * L\u2019assemblée plénière de la Conférence épiscopale de France, dont les assises se sont tenues à Lourdes à la fin d\u2019octobre, était une assemblée régulière.Mais, à cause de circonstances particulières, elle revêtait une importance spéciale.Il y avait d\u2019abord l\u2019affaire Mgr Lefebvre, dont a si bien écrit le P.Yves Congar dans un petit livre lumineux U).On attendait avec impatience la réaction de l\u2019épiscopat français.Celui-ci n\u2019a pas fulminé d\u2019anathème, mais il a réaffirmé la nécessité de la communion avec Paul VI, chef de la chrétienté.Il fallait aussi compter avec les pressions de la droite et leurs réactions possibles.Les Silencieux de l\u2019Eglise, sous l\u2019influence de Pierre Debray, veulent préparer des \u201cAssises nationales\u201d, une espèce de Concile national du \u201cpetit peuple de Dieu\u201d.Michel de Saint-Pierre et son groupe traditionaliste Credo sont en équilibre instable entre Mgr Lefebvre et l\u2019Eglise catholique romaine.Viendra bien le moment où il faudra choisir.Il y eut des manifestations de la droite à Lourdes, en même temps que l\u2019assemblée des évêques, mais L\u2019A., jésuite, est directeur de ministères.1.Yves Congar, La crise dans l\u2019Eglise et Mgr Lefebvre, Paris, Ed.du Cerf, 1976, 107 pp.rien de disgracieux ne se produisit, sauf un incident mineur, rapporté dans Paris-Match.Un fanatique de Mgr Lefebvre apostropha le cardinal Marty: \u201cJe représente le peuple de Dieu.Qu\u2019as-tu à dire?\u201d - Le cardinal répondit: \u201cJe vais prier pour toi.\u201d Il ne faut vraiment pas exagérer l\u2019importance de ce fait divers, car il ne traduit pas le climat général en France, à l\u2019occasion de ces assises.Il n\u2019y a pas que la droite.Il y a aussi les avant-gardistes, ou encore si l\u2019on veut, la gauche.Les évêques, à ce propos, ont senti le besoin de faire certaines mises au point, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019engagement politique, de célébration liturgique, de formation des séminaires, de catéchèse, de prêtres mariés ou de diacres.Certains, probablement selon l\u2019endroit où ils se logent eux-mêmes, ont voulu voir dans les déclarations des évêques un coup de frein, soit à droite, soit à gauche.En fait, le rappel constant de déviations des deux côtés, du côté des \u201ctraditionalistes\u201d comme de celui des \u201cprogressistes\u201d, permet aux évêques d\u2019affirmer que c\u2019est bien un réalignement dans la direction de l\u2019Evangile qu\u2019ils demandent.Le thème principal des échanges à cette Assemblée plénière de l\u2019épiscopat, \u201cAccueil et annonce de la Parole de Dieu aujourd\u2019hui\u201d, indique dans quelle perspective les évêques ont voulu aborder la crise actuelle de l\u2019Eglise en France.RELATIONS Des crevasses dans l'Eglise de France En sa qualité de président de la Conférence épiscopale française, Mgr Etchegaray a prononcé le discours d\u2019ouverture de l\u2019Assemblée.On pourrait n\u2019y voir qu\u2019une fonction de routine.Mais il convient de relever la qualité exceptionnelle de ce texte.Il y a crise dans l\u2019Eglise, dit Mgr Etchegaray.Il faut en prendre acte.Sérieusement.Car nul ne saurait nier cette crise.Et sereinement.Car on ne peut s\u2019en étonner dans un monde en pleine mutation.Comment se fait-il que l\u2019Eglise soit maintenant au carrefour de tant de contradictions, de divisions, et livrée à une opinion publique qui y perd son latin?Beaucoup ont du mal à vivre l\u2019aujourd\u2019hui de l\u2019Eglise, à le prendre tel qu\u2019il est et pas seulement comme le crépuscule d\u2019hier ou l\u2019aurore de demain.Une secousse sismique a provoqué ou élargi des crevasses dans l\u2019Eglise de France.Cela invite, non pas à changer de route, mais à s\u2019arrêter un instant pour consolider les fondations.De nombreux chrétiens qui sont loin d\u2019être de simples \u201cnostalgiques\u201d du passé expriment leur souffrance autant que leur fidélité.Il faut beaucoup d\u2019humour aux évêques devant les reproches contradictoires qui leur sont faits, qu\u2019ils gardent le silence ou qu\u2019ils interviennent.Ils sont une cible exposée aux flèches de tous horizons! La vitalité de l\u2019Eglise se manifestant par sa capacité à la fois de se distinguer du monde et de s\u2019adresser à lui, il ne faut pas se laisser enfermer dans de faux dilemmes; l\u2019Evangile, en effet, nous demande de faire coexister ce qui semble incompatible.Les problèmes ne doivent être ni escamotés ni évacués; c\u2019est à l\u2019intérieur même de ces problèmes qu\u2019il faut porter la critique de certaines solutions imparfaites, parfois inacceptables.C\u2019est donc en même temps dans un esprit d\u2019ouverture et de fidélité que le thème principal de l\u2019Assem- blée plénière des évêques était mis à l\u2019étude: \u201cAccueil et annonce de la parole de Dieu aujourd\u2019hui\u201d.Dans l\u2019étude des questions que la crise met à vif, il y a deux points capitaux que Mgr Etchegaray a voulu souligner: la solidarité chrétienne et l\u2019identité chrétienne.Solidarité chrétienne.Des liens fraternels doivent unir tous les chrétiens, à quelque pôle qu\u2019ils se sentent attirés, à droite ou à gauche.Car dans l\u2019Eglise de France, il y a des groupes de chrétiens, parce que trop sélectifs ou homogènes, qui ne font que se juxtaposer, au point de s\u2019ignorer ou même de s\u2019excommunier mutuellement.Les appels au dialogue et à la communion ont été, hélas, trop peu entendus par ceux qui en auraient eu le plus besoin.Disputes, querelles, suspicions ou dénonciations fratricides; beaucoup de chrétiens ont perdu la tendresse.Or l\u2019Eglise appelle à l\u2019union des contraires, à un dépassement par en haut.Il faut tout mettre en oeuvre pour assurer des liens de solidarité qui rendent habitable par tous la maison de Dieu.Identité chrétienne.Une crise d\u2019identité est inconfortable, intolérable.Les fidèles de tous horizons, comme dans une opération de survie, doivent sauvegarder les deux droits fondamentaux du chrétien: la référence au Symbole de la foi et la référence à l\u2019Eucharistie.Le Symbole de la foi, le Credo, doit s\u2019exprimer en Eglise, car c\u2019est de l\u2019Eglise que le chrétien reçoit la foi.Et pour sauver la foi, il faut exprimer ce Credo tout entier, avec un inaltérable courage.L\u2019eucharistie, elle, est le grand test de la santé de l\u2019Eglise.C\u2019est le moment privilégié, le grand signe par lequel le chrétien s\u2019identifie en s\u2019identifiant au Christ lui-même.C\u2019est là que le chrétien puise son identité.Ce rite n\u2019est pas manipulate à la guise des célébrants.Il peut encore moins être le fruit de leur invention.De plus, l\u2019Eucharistie ne saurait être confisquée au profit d\u2019engagements humains, si légitimes soient-ils.Au moment où les chrétiens investissent de plus en plus en politique, il y a la tentation de sacraliser leurs choix; on comprend alors l\u2019irritation de ceux qui voient des célébrations eucharistiques occulter leur propre identité chrétienne, en ne signifiant plus une Eglise qui soit vraiment Eglise, présente sans doute dans le monde, mais différente de lui.L\u2019Eglise requiert sans doute nos fidélités, car elle est un don qui nous précède.Mais elle requiert aussi nos énergies, car elle est promesse qui mobilise.Il faut continuer à ouvrir des voies nouvelles à l\u2019Evangile, car le Maître nous envoie au grand large.Mais c\u2019est le successeur de Pierre qui nous y conduira.Loin de se replier dans un angle mort de l\u2019histoire passée, les chrétiens doivent écouter l\u2019exhortation de Paul VI sur L Evangélisât ion, où il nous engage à l\u2019audace apostolique.Cet élan missionnaire exige un enracinement d\u2019obéissance toujours plus fort.Dans le champ de l\u2019Eglise, il faut donc creuser plus profond le sillon conciliaire de Vatican IL II faut passer de la parole aux actes et en prendre les moyens.Lettre aux catholiques de France Après deux jours d\u2019étude à huis clos, les Evêques de France ont publié, et les media lui ont donné grand écho, une lettre intitulée \u201cLettre aux catholiques de France: 10 ans après le Concile\u201d.\u201cNous voulons, disent-ils, indiquer la route à suivre en communion avec le Pape.\u201d La tâche des chrétiens est bien d\u2019annoncer l\u2019Evangile, mais en respectant les véritables exigences de cette annonce.Pour annoncer l\u2019Evangile, il faut témoigner de l\u2019absolu de Dieu.Le monde actuel étant écartelé, comment l\u2019Eglise serait-elle tranquille?Le chrétien doit faire preuve de sa solidarité avec les hommes, par une présence au coeur du monde, \u201cmais pas n\u2019importe comment\u201d.Pas en sacrifiant l\u2019annonce vraie de l\u2019Evangile lui-même, pas en s\u2019abstenant de témoigner de l\u2019absolu de Dieu.Car il y a danger d\u2019absolutiser un engagement dans des organisations sociales et politiques, au point de s\u2019accommoder de l\u2019adhésion à des idéo- DECEMBRE 1976 331 logies dans lesquelles la foi est contredite sur des points essentiels.Il ne faut pas confondre la mission Des chrétiens acceptent courageusement de s'engager dans des organisations sociales et politiques.Pour eux, cet engagement est étroitement lié à l\u2019annonce de l\u2019Evangile.Ils participent aux efforts et aux combats pour la libération et la justice.Ce qui implique des analyses, des projets et des choix de sociétés.En refusant de les absolutiser, ces militants peuvent témoigner de l\u2019absolu de Dieu.L\u2019Evangile doit les garder libres et critiques.Il est aussi dénonciation du péché, parfois rupture, toujours dépassement.Il peut y avoir, dans certaines circonstances, une rencontre des efforts et des actions, en vue d\u2019une plus grande justice, avec des partis et des organisations dont l\u2019idéologie nie certaines réalités fondamentales de notre foi.Mais la reconnaissance d\u2019un Dieu personnel, créateur et sauveur, qui commande le sens de l\u2019homme et de sa destinée, ne peut s\u2019accommoder de l\u2019adhésion à des idéologies dans lesquelles la foi est contredite sur des points essentiels.(Extrait, Lettre des évêques aux catholiques de France, Lourdes, 25 octobre 1976.) spécifique d\u2019annoncer l\u2019Evangile avec un projet politique.Annoncer l\u2019Evangile est l\u2019appel prioritaire adressé au peuple de Dieu.Les évêques, disent-ils dans leur Lettre, ne reviendront pas en arrière; au contraire, ils poursuivront la tâche, en maintenant ce cap.Mais en rappelant fermement qu\u2019il faut en accepter les exigences.Les exigences qu\u2019ils rappellent sont évidemment les mêmes que celles présentées par Mgr Etche-garay.D\u2019abord, la foi au Credo.La foi est vie.Croire au Dieu vivant (soit dit pour la gauche), ce n\u2019est pas facile dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est tout autre chose (soit dit pour la droite), que la simple répétition de formules! Il ne faut pas, par ailleurs, décourager le peuple par le doute systématique, ni le déconcerter par des hypothèses risquées en matière de doctrine ou de morale.Le peuple des croyants doit être un peuple solidaire et confiant.Plus la recherche est nécessaire, plus indispensables sont les repères.332 Deuxièmement, l\u2019évangélisation s\u2019achève en l\u2019Eucharistie.La messe n\u2019est donc pas tellement une obligation, mais un besoin vital.Il y a ici une double exigence: d\u2019une part, mettre en oeuvre toutes les possibilités offertes par le missel promulgué par Paul VI (allusion aux fervents de Mgr Lefebvre), en assurant un meilleur lien entre la liturgie et la vie; d\u2019autre part, développer le sens de ce mystère tel que Dieu lui-même l\u2019a révélé en Jésus-Christ (allusion à une gauche aventurière).Celui qui préside l\u2019Eucharistie n\u2019en est pas propriétaire, mais serviteur fidèle, en communion avec l\u2019Eglise universelle.Il faut réagir contre les abus; les règles des prières encha-ristiques sont données à toute l\u2019Eglise comme expression authentique de sa foi et signe visible de son unité et de son universalité.Troisièmement, on ne saurait se résigner à des divisions dans l\u2019Eglise qui défigurent le visage du Christ.Ce serait pécher gravement contre l\u2019esprit.Au contraire, c\u2019est dans la communion fraternelle, ensemble, qu\u2019il faut construire l\u2019Eglise et annoncer l\u2019Evangile.Il ne s\u2019agit pas de rechercher une uniformité, peu respectueuse des diversités.Il s\u2019agit de vivre, au coeur de nos différences et parfois de nos conflits, cette fraternité nouvelle qui jaillit de la croix du Christ.Il n\u2019y a pas d\u2019Eglise sans communion avec l\u2019évêque, sans communion entre évêques et avec le pasteur universel qui est à Rome.Cette unité de l\u2019Eglise \u201cpasse avant tout le reste\u201d.Refuser cette communion, c\u2019est s\u2019exclure.(Voilà qui vaut et pour la droite et pour la gauche.) Réaction aux réactions Rapidement, les media avaient permis des réactions à travers tout le pays.Dans son allocution à la fin de cette session des évêques, le Président, Mgr Etchegaray, y fait allusion.Nul n\u2019a le droit, dit-il, d\u2019étiqueter la Lettre des évêques aux catholiques en termes sociopolitiques.Nul n\u2019a le droit d\u2019accuser les évêques de faire osciller le pendule d\u2019un côté ou de l\u2019autre.Il y aura toujours une tension entre l\u2019exigence de la fidélité au dépôt de la foi et l\u2019exigence d\u2019une présence chrétienne inventive au contact de ce monde inquiet de son avenir.Ce que les évêques ont voulu, c\u2019est montrer aux chrétiens que cette tension pouvait conduire à des approfondissements qui sont dans le droit fil du Concile.Cette lettre est un appel à aller plus loin dans l\u2019engagement et la fidélité.Il n\u2019y a dans cet appel aucune caution à la nostalgie ni aucune prime à la surenchère.Faisant allusion au Livre blanc que Michel de Saint-Pierre prépare sur la \u201cfumée de Satan\u201d qui s\u2019insinue par la fissure des \u201cprogressistes\u201d dans l\u2019Eglise, Mgr Etchegaray finit son allocution en invitant tous les chrétiens à lire non pas un livre blanc ou rouge, mais un livre vivant aux couleurs de l\u2019arc-en-ciel, que Saint Paul recommande d\u2019écrire \u201cnon avec de l\u2019encre, mais avec l\u2019Esprit du Dieu vivant\u201d.C\u2019est un livre qui doit être écrit par tous.Car personne ne doit se trouver marginalisé, ni celui qui entre difficilement dans le renouveau conciliaire, ni celui qui cherche de nouveaux espaces à la mission.Tous sont placés devant une interrogation centrale: comment accueillir et annoncer la Parole de Dieu à l\u2019homme, à tous les hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Voilà l\u2019essentiel .o O\tO Il passe un grand souffle évangélique dans ces documents (2).C\u2019est une invitation à rejoindre l\u2019essentiel, par-delà les différences et les décisions qui ne devraient pas entamer l\u2019unité interne de l\u2019Église, ni arrêter son élan missionnaire.Vatican II poursuit son oeuvre, comme une semence plantée en terre et qui prend du temps à germer.Mais l\u2019Esprit est là, pour aider à \u201caccueillir et à annoncer la Parole de Dieu aujourd\u2019hui\u201d.Il y a un temps pour agrandir une maison et un temps pour vérifier ses fondations.Voici venu le temps, disent les évêques de France, de consolider les fondations.2.\u201cL\u2019Assemblée plénière de l\u2019Episcopat français\u201d (Lourdes, 23-30 octobre 1976), La Documentation catholique, n.1708, 21 nov.1976, 956-971.RELATIONS L Eglise d Italie en congrès par Jacques Chênevert* Du samedi 30 octobre au jeudi 4 novembre derniers, à Rome, s\u2019est tenu un congrès national de l\u2019église d\u2019Italie.D\u2019après certains échos recueillis dans quelques journaux européens, il semble bien que, depuis lors, on ne pourra plus conserver, au sujet de l\u2019église italienne, les mêmes impressions globales ni porter les mêmes jugements superficiels qu\u2019autrefois.A l\u2019étranger, en effet, on voit généralement l\u2019église italienne comme une masse indifférenciée, mal distinguée du Vatican et de ses politiques, dominée par une innombrable troupe d\u2019évêques, de prélats et autres clercs, tous plus conservateurs les uns que les autres; on la voit encore comme une église statistiquement gonflée de baptisés \u201cdes trois cloches\u201d, mais ne connaissant en fait que la pratique de fidèles âgés, surtout des femmes, à la piété folklorique et superstitieuse.Sans doute, ceux qui suivaient de plus près le catholicisme italien savaient déjà que cette image était inexacte; désormais, un plus grand nombre d\u2019étrangers, voire d\u2019italiens eux-mêmes - y compris, espérons-le, quelques cinéastes, - soupçonneront mieux la vitalité chrétienne qui se manifeste au sein de cette église.Depuis la clôture du deuxième concile oecuménique du Vatican, en 1965, peu d\u2019églises nationales, en somme, ont réussi à tenir des assises générales ou, comme on l\u2019a dit, des \u201cEtats généraux\u201d, ainsi que vient de le faire l\u2019église d\u2019Italie.Un tel événement comporte en lui-même une signification ecclésiologique: convoquer un tel congrès ex- * L\u2019A., jésuite, est professeur d\u2019ecclé-siologie et d\u2019histoire de l\u2019église au département de théologie de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.prime, de la part de cette église et de ses principaux leaders, une manière de se concevoir elle-même, de se projeter dans l\u2019avenir et de se représenter son rôle dans la culture et dans l\u2019histoire du monde présent.L\u2019événement est d\u2019autant plus remarquable que, pour tenir cette réunion, l\u2019église d\u2019Italie a eu à surmonter des obstacles peut-être plus considérables qu\u2019ailleurs, tant du fait des fortes tensions internes qui l\u2019agitent que de la situation politique, sociale et économique particulièrement complexe que connaît ce pays, depuis quelques années.François Bernard, dans La Croix (mardi, 26 oct.1976, p.8), avait raison d\u2019écrire que la convocation de cette assemblée constituait déjà, à elle seule, \u201cun acte d\u2019audace et de courage\u201d.Préparation L\u2019idée de ce congrès revient au secrétaire général de la conférence épiscopale italienne, le cardinal Enrico Bartoletti, décédé toutefois en mars dernier, donc avant de voir la réalisation de son projet.Le congrès avait pour thème \u201cL\u2019évangélisation et la promotion de l\u2019homme\u201d et il se voulait orienté vers une pratique pastorale renouvelée.On devine immédiatement le caractère brûlant d\u2019un tel thème dans le contexte italien actuel: d\u2019une part, une mentalité chrétienne traditionnelle, facilement spiritualisante, et une association étroite avec une conception socio-politique d\u2019inspiration libérale et bourgeoise, d\u2019autre part les mouvements chrétiens engagés dans la militance sociale et politique, la profonde évolution culturelle de l\u2019Italie, la nouvelle percée du parti communiste aux élections de juin dernier, avec la faveur croissante qu\u2019elle implique, chez les électeurs italiens et, par conséquent, chez un grand nombre de catholiques, d\u2019un modèle de société socialiste.Aussi craignait-on beaucoup, en certains milieux, que le congrès ne dégénère en une arène de discordes, de dénonciations et, finalement, n\u2019engendre que la division.Le pape lui-même, dans les allocutions prononcées à ce propos avant le début du congrès, avait cru opportun de multiplier les appels à l\u2019unité, à la charité, à la convergence, à la communion (voir l\u2019allocution du 20 octobre dans La Documentation catholique, no 1707, 7 nov.1976, pp.905-906).Plus de deux années de préparation et de consultation avaient précédé le congrès.Coordonnée par un comité central, cette opération s\u2019est faite principalement au niveau des églises locales, à partir d\u2019un document de base et de proposition d\u2019engagement, au triple plan pastoral, culturel et social.Des milliers de dossiers furent reçus, puis dépouillés et analysés, dont des rapporteurs firent état au congrès lui-même.La conférence épiscopale italienne, qui convoquait ce congrès, avait tenu à ce que celui-ci tienne à l\u2019écart les contestataires, tant de droite que de gauche, et à ce qu\u2019il n\u2019ouvre ses portes qu\u2019aux catholiques en communion réelle avec l\u2019église.Mais la voix des contestataires ainsi refoulés s\u2019est quand même fait entendre dans le congrès, grâce aux nombreux mémoires qui furent sollicités de leur part, mais peut-être davantage encore, du moins dans le cas des dissidents de la gauche, grâce à la présence dans le congrès de plusieurs militants catholiques, étroitement liés aux groupes de contestation sociale et politique (voir La Croix, citée plus haut).DECEMBRE 1976 333 Les discussions Les participants étaient au nombre d\u2019environ 1500, dont plus de 1000 laïcs.Des 312 évêques italiens, tous invités, seulement 133 ont pris part: le fait n\u2019a pas manqué d\u2019être relevé et commenté! Un peu plus de 300 prêtres et près de 50 religieuses composaient également l\u2019assemblée.Au cours des premières sessions plénières, on présenta quelques rapports d\u2019importance majeure, explicitant le thème central du congrès: l\u2019évangélisation et les populations marginales, l\u2019église face à l\u2019évolution de la culture, l\u2019église et la société italienne, les tensions et les espérances de la société italienne aujourd\u2019hui.Le congrès travailla ensuite en commissions, au nombre de 10.A cela s\u2019ajoutaient quelques communications (données de sociologie religieuse, histoire du catholicisme italien au cours des 30 dernières années, rôle de la démocratie chrétienne, etc.), des carrefours (le monde du travail, le marxisme, la femme), une table-ronde sur les exigences de l\u2019évangélisation dans les divers milieux de vie.Enfin, le congrès tenta de faire la synthèse de ses travaux.D\u2019après les divers reportages, il ressort que les discussions se sont centrées sur les sujets suivants.A la lumière des analyses qui ont porté sur la société italienne moderne, sur l\u2019évolution culturelle qu\u2019elle connaît, sur les caractéristiques sociologiques du catholicisme en Italie, on semble s\u2019être arrêté principalement, d\u2019une part, aux rapports nouveaux des catholiques italiens avec les diverses tendances politiques, notamment avec la démocratie chrétienne et le parti communiste, d\u2019autre part à la nécessité pour l\u2019église de participer aux institutions publiques et séculières, démontrant ainsi qu\u2019elle peut travailler avec les autres au bien commun, plutôt que de chercher à se replier dans des institutions bien à elle ou à restaurer son hégémonie d\u2019autrefois sur la société.Plusieurs intervenants se sont efforcés de faire prendre conscience à l\u2019église d\u2019Italie que les tendances culturelles qui sont à l\u2019oeuvre dans la vie politique et sociale du pays représentent, fondamentalement, des valeurs positives, orientées vers la promotion de l\u2019homme.On a reconnu que l\u2019état libéral-bourgeois, individualiste et égoïste, est en net déclin et que les italiens ne se sentent plus en accord avec les motivations culturelles sur lesquelles il était fondé.Un idéal de liberté, de justice, d\u2019égalité et de participation constitue désormais le ressort de la nouvelle société italienne et un chrétien éclairé ne peut renier un tel idéal.C\u2019est en s\u2019insérant dans ce mouvement historique de développement personnel et collectif que, sans perdre de vue son devoir critique et la spécificité de sa contribution, l\u2019église d\u2019Italie pourra approfondir son oeuvre d\u2019évangélisation.Ces cinq jours de discussion ont mis en relief la grande diversité des églises locales italiennes, en même temps que l\u2019importance primordiale de celles-ci: ce sont elles qui constituent, pour chacun, le lieu premier de la revitalisation de la foi et de l\u2019engagement au service de la promotion personnelle et sociale.De même, le pluralisme qui existe de fait, dans l\u2019église italienne, au plan culturel, politique et même théologique, est devenu une évidence pour tous les participants.Conclusions Parmi les grandes conclusions que le congrès de l\u2019église italienne a tirées de ses assises, on remarque particulièrement l\u2019affirmation que les catholiques italiens jouissent de la liberté de choix en politique, pourvu qu\u2019ils sachent maintenir la cohérence avec la foi, le rapport avec la communauté ecclésiale et la recherche du bien commun (voir Témoignage chrétien, jeudi 11 nov.1976, p.16).Compte tenu de la forte tendance à imposer l\u2019unitarisme politique qui se faisait sentir dans l\u2019é- .certainement la plus importante conclusion du congrès, de l\u2019avis de tous, a été à l\u2019effet de ne pas vouloir confier les résultats de ses travaux à des documents écrits, mais de réclamer l\u2019institution, par la conférence épiscopale, d\u2019un organisme de consultation permanente, fait de pasteurs et de laies.glise d\u2019Italie et, d\u2019autre part, du nombre de catholiques italiens engagés dans des partis ou des mouvements d\u2019inspiration non-chrétienne, cette prise de position était d\u2019importance.Une autre conclusion touchait à la fidélité que l\u2019église d\u2019Italie doit développer à l\u2019égard de Vatican II et de son esprit.Le congrès a dénoncé avec franchise la lenteur de l\u2019église italienne à entrer dans la mentalité nouvelle et dans le mouvement de réforme, issus du concile, voire la résistance qu\u2019on lui a opposée.Mais certainement la plus importante conclusion du congrès, de l\u2019avis de tous, a été à l\u2019effet de ne pas vouloir confier les résultats de ses travaux à des documents écrits, mais de réclamer l\u2019institution, par la conférence épiscopale, d\u2019un organisme de consultation permanente, fait de pasteurs et de laïcs.Cet organisme voudrait \u201cconstituer pour la communauté chrétienne un lieu de rencontre, de dialogue, d\u2019analyse, d\u2019initiatives qui favorise l\u2019unité d\u2019évangélisation et de promotion humaine et fasse disparaître toute séparation entre Eglise institutionnelle et Eglise réelle et supprimer ainsi le risque de constitution d\u2019une Eglise parallèle\u201d (Bartolomeo Sorge S.J., \u201cRapport de synthèse\u201d présenté à la fin du congrès: dans L\u2019Osservatore romano en langue française, 12 nov.1976, p.7).En plus d\u2019être le meilleur moyen de donner une suite efficace au congrès, un tel organisme, associé à la conférence épiscopale, contribuerait grandement à canaliser le véritable leadership, à améliorer les mécanismes de décision et à les sortir du secret ecclésiastique, à renforcer l\u2019autonomie de l\u2019Eglise d\u2019Italie, l\u2019aidant ainsi à reconquérir une personnalité que de trop lourdes tutelles, celle du Vatican comme celle d\u2019autres pouvoirs, ont depuis longtemps compromise.Mais déjà, un congrès comme celui de cet automne, même s\u2019il tardait à donner naissance à l\u2019organisme réclamé, démontre que l\u2019église d\u2019Italie est bien vivante et qu\u2019elle est entrée dans un processus apparemment irréversible.D\u2019oubliée ou de méprisée qu\u2019elle était, l\u2019église d\u2019Italie fera peut-être avant longtemps l\u2019envie de bien d\u2019autres églises plus fières d\u2019elles-mêmes.Trois-Rivières 17 décem bre 1976 334 RELATIONS LES CATHOLIQUES AMERICAINS ÉLISENT LEUR PRÉSIDENT par Raymond Bourgault* L\u2019isoloir des bureaux de votation ressemblant à s\u2019y méprendre au confessionnal de leurs églises, on s\u2019est demandé si les catholiques américains en élisant Jimmy Carter n\u2019ont pas avoué, - aux journalistes statisticiens qui se cachent derrière les grilles de lecture! -, une de leurs fautes les plus secrètes: prendre le contrepied de l\u2019avis de leurs évêques.L\u2019hypothèse se fonde ou s\u2019infirme sur trois dates et trois chiffres: -\ten juillet 76, s\u2019appuyant sur les élections précédentes et surtout sur les sondages, Carter pouvait normalement compter sur 67% des voix catholiques; -\tà la fin d\u2019octobre, deux jours avant l\u2019élection du 2 novembre et après deux mois d\u2019intense publicité accordée aux déclarations des évêques sur l\u2019avortement et à la déception que leur causait la réticence de Carter à envisager un amendement à la Constitution, la probabilité était tombée à 46%; -\tcependant, le 2 novembre, jour de l\u2019élection, le vote des catholiques en faveur de Carter s\u2019élevait de nouveau, cette fois à 56% (1).Comment interpréter ces données?Carter a-t-il récupéré en deux jours 11% des voix qu\u2019il avait apparemment * L\u2019A., jésuite, est professeur de sciences religieuses à l\u2019Université du Québec à Montréal.perdues durant la campagne?Mais est-il si sûr qu\u2019il les avait perdues?Y a-t-il eu un \u201cproblème catholique\u201d du candidat démocrate venant de la prise de position des évêques?Ou sont-ce les media qui ont donné le change en concédant trop d\u2019importance à un problème que les fidèles avaient déjà relégué à l\u2019arrière-plan?Voyons les faits.Tendances électorales des catholiques américains Pour se faire élire aux E.U., les candidats à la présidence doivent tenir compte de l\u2019opinion catholique.Aussi, les stratèges des deux grands partis se livrent-ils au calcul.Il y a chez nos voisins quarante-neuf millions de catholiques (23% de la population), dont trente-trois millions de votants potentiels.Ils votent majoritairement démocrate: ce parti est plus populiste, plus près de ces marginaux qu\u2019ont longtemps été, face au groupe bien organisé des WASP (white anglo-saxon protestant), les (1) Ces chiffres sont tirés d\u2019un article paru dans le numéro du 3 décembre 1976 de Commonweal.L\u2019auteur, Jim Castelli, est un reporter attaché à la \u201ccolline parlementaire\u201d du Capitol à Washington et \u201ccolumnist\u201d pour la NC News Service.immigrants catholiques originaires des différentes nationalités européennes.Si la proportion des voix catholiques pour les démocrates tombe en deçà de 60%, ceux-ci risquent fort d\u2019être perdants.Quelques transformations récentes modifient, cependant, les probabilités.En premier lieu, une partie des catholiques se sont enrichis, surtout dans la zone urbaine du nord-est, et viennent grossir le rang des républicains.En deuxième lieu, en matière d\u2019éthique et de droit, les jeunes sont volontiers plus \u201clibéraux\u201d que leurs aînés et suivent moins aveuglément les directives de leurs pasteurs.En troisième lieu, on estime qu\u2019entre 1963 et 1974, environ 30% des catholiques, irrités surtout du maintien par Paul VI de l\u2019interdiction de la contraception, ont cessé de pratiquer, - de participer à la liturgie hebdomadaire, - et donc d\u2019entendre les prises de position dogmatiques ou pastorales de la hiérarchie.En quatrième lieu, le traumatisme causé par le scandale du Watergate a démobilisé beaucoup de citoyens, catholiques en particulier; on appréhendait une abstention de 50% des inscrits.En sens contraire, il faut mentionner surtout l\u2019activité des mouvements Pro-Vie, qui ne sont pas que catholiques, mais où ceux-ci sont assez nombreux, mal organisés peut-être et divisés, mais facilement agressifs, extrémistes et même fanatiques.Chez les catholiques, il semble que le mouvement vienne de la base et soit avant tout le fait des laïcs; en tout cas, ceux-ci se DECEMBRE 1976 335 félicitent d\u2019avoir enrégimenté les évêques et de les avoir amenés à faire campagne contre l\u2019avortement.Interventions de la hiérarchie Tout ceci aide à comprendre l\u2019importance de quelques orientations prises par la conférence épiscopale en date du 15 février 1976.D\u2019abord, face à la perte de confiance de beaucoup (la déclaration énumère les pauvres, les jeunes, les personnes âgées) dans le sérieux des institutions politiques américaines, les évêques encouragent les fidèles \u201cà s\u2019inscrire sur les listes électorales, à s\u2019informer des problèmes de l\u2019heure, à s\u2019engager dans un parti, à voter librement, à participer pleinement au débat essentiel de la politique où se prennent les décisions nationales\u201d.Plus loin, les évêques se défendent de vouloir former un bloc électoral religieux ou d\u2019infléchir les votes en soutenant tel ou tel candidat, et ils engagent les citoyens à juger les candidats en fonction de leurs positions sur l\u2019ensemble des problèmes et de leur conception de la vie.Enfin, ils énoncent clairement leur position sur l\u2019avortement: \u201cLe droit de vivre est un droit humain fondamental qui doit être protégé par la loi.L\u2019avortement est la destruction délibérée d\u2019un être humain non encore né et viole ce droit.Nous rejetons les décisions prises en 1973 par la Cour suprême sur l\u2019avortement, décisions qui refusent une protection légale adéquate à l\u2019enfant avant la naissance.Nous préconisons l\u2019adoption d\u2019un amendement à la Constitution visant à rendre à l\u2019enfant non encore né la protection fondamentale, garantie par la Constitution, du droit à la vie\u201d (2).On sait qu\u2019il y a plus d\u2019un million d\u2019avortements par année aux E.U.et que l\u2019Etat fédéral dépense annuellement cinquante millions de dollars en remboursement pour les frais encourus.Cette législation si permissive paraît aberrante aux évêques.Cette position on ne peut plus claire fut renforcée le 6 juin par la pu- (2) Documentation catholique, no 1694, 21 mars 1976, p.269ss.blication de la lettre de Paul VI, occasionnée par le bicentenaire de la proclamation de l\u2019indépendance des E.U.Le pape y mettait en garde les Américains contre \u201cle matérialisme et l\u2019hédonisme\u201d, et il protestait énergiquement contre la politique adoptée aux E.U.en ce qui concerne l\u2019avortement.Cependant, il n\u2019apparaît pas qu\u2019on ait accordé une grande publicité à cette intervention du Souverain Pontife.La doctrine catholique officielle étant si ferme et si nette, les \u201cplates-formes\u201d démocrate et républicaine ont dû se définir, en partie, par rapport à elle, laquelle, d\u2019ailleurs, est partagée par d\u2019autres groupes.Pour sa part, le parti démocrate déclara pleinement reconnaître les inquiétudes religieuses et éthiques de nombreux Américains sur l\u2019avortement; toutefois, il jugea qu\u2019il \u201cn\u2019était pas souhaitable d\u2019amender la Constitution dans le but de tourner la décision de la Cour suprême sur ce point\u201d.De son côté, le parti républicain fit savoir que les membres du parti avaient des tendances diverses; puis, fort habilement, il exprima le souhait que \u201cle dialogue public soit poursuivi\u201d, et il affirma qu\u2019il \u201csoutenait les efforts qui préconisent un amendement constitutionnel visant à protéger le droit à la vie des enfants avant la naissance\u201d.Les évêques ne s\u2019en tinrent pas là.Le 31 août, six d\u2019entre eux rencontrèrent Carter et réitérèrent leur position, demandant au candidat démocrate de préciser la sienne.Celui-ci fut évasif - il ne pouvait s\u2019aliéner tout le parti à cause de cette seule vexante question -, si bien qu\u2019au sortir de la rencontre les évêques déclarèrent à la presse qu\u2019ils continuaient à être déçus.La rencontre du même groupe épiscopal avec Ford le 10 septembre tourna à l\u2019avantage du président sortant, qui avait pris soin de rédiger sa réponse et qui déclara: \u201cDepuis 1973, je considère que le moyen le plus pratique de redresser la situation créée par la décision de la Cour est un amendement constitutionnel qui redonnerait à chaque Etat les pouvoirs nécessaires pour édicter sur l\u2019avortement des statuts conformes aux préoccupations et aux opinions de ses propres citoyens\u201d.Pourtant, cette réponse non plus ne parut pas entièrement satisfaisante.Aussi, le 16 septembre, les évêques firent-ils savoir aux journalistes qu\u2019ils rejetaient toute interprétation des ren- contres qui tendrait à suggérer une préférence pour tel candidat ou parti, et ils répétaient: \u201cParmi nos préoccupations figurent l\u2019avortement et le besoin d\u2019un amendement constitutionnel pour assurer la protection de l\u2019enfant avant sa naissance\u201d (3).Maturité politique des citoyens américains?On aurait pu s\u2019attendre à une levée en masse des catholiques répondant à l\u2019inquiétude manifestée par le Pape et les évêques.Pourtant, les observateurs ont de bonnes raisons pour relativiser l\u2019influence de la hiérarchie et de la morale, et de penser que les media l\u2019ont exagérée.Il est possible, en effet, d\u2019expliquer les \u201cpertes\u201d (67% à 46%) de Carter, puis ses \u201cgains\u201d (46% à 56%) autrement qu\u2019en invoquant la relation des fidèles à leurs évêques et le problème de conscience posé par l\u2019avortement.On a pu estimer à 3% le nombre des catholiques qui ont récemment déménagé dans les banlieues des grandes villes du nord-est et sont devenus républicains; à 2% ceux qui ont voté pour E.McCarthy; à 6% ceux qui, pour des raisons difficiles à préciser, ont voté pour Ford; et à 1% seulement ceux qui ont voté contre Carter à cause de sa position dilatoire sur l\u2019avortement.Si l\u2019on soustrait ces chiffres du 67% des sondages de juillet, on arrive à peu près au 56% des résultats du 2 novembre.On conclut que la question de l\u2019avortement n\u2019a joué qu\u2019un rôle infime, et que les sondages qui ont immédiatement précédé l\u2019élection et qui prévoyaient seulement 46% de voix catholiques pour le candidat démocrate n\u2019exprimaient qu\u2019une vague de surface.La majorité de ceux des catholiques qui ont voté républicain avaient déjà changé de camp avant que la question de l\u2019avortement soit portée devant l\u2019opinion.Ni le tapage entretenu par les mouvements Pro-Vie, ni la déclaration épiscopale du 15 février, ni la lettre pontificale du 6 juin, ni les entrevues de fin-août et début-septembre, ni la publicité (3) Documentation catholique, no 1706, 17 oct.1976, p.859ss.336 RELATIONS orchestrée par les média en septembre et octobre, ni les pétitions anti-avortement recueillies aux messes du 3 octobre, n\u2019ont réussi à infléchir considérablement les votes catholiques.Leur siège était fait.Cela, les évêques s\u2019en doutaient depuis déjà assez longtemps: une enquête financée par eux en 1974 avait révélé que seulement 11% des catholiques interrogés étaient prêts à appuyer une action du gouvernement central pour rendre tout avortement illégal.Les stratèges de Carter le savaient aussi: sur une liste de vingt-cinq problèmes d\u2019intérêt national qui leur était proposée, même les catholiques pointaient majoritairement l\u2019avortement au vingt-cinquième rang! Suivant en cela le conseil de leurs évêques et sans doute leur propre sens politique, les catholiques américains ont évalué les positions d\u2019ensemble des deux candidats.Même si celle de Ford sur l\u2019avortement était d\u2019abord et apparemment plus proche de celle de leurs chefs religieux, un plus grand nombre de catholiques ont quand même voté en faveur de Carter.Ils ne se sont pas laissé obséder par le problème particulier qui était agité devant l\u2019opinion.Ils ont distingué les impératifs moraux et les nécessités juridiques, l\u2019idéal et le possible.Ils ont jugé extrémistes les positions des mouvements Pro-Vie.Ils ont respecté les opinions des autres groupes, ils ont résisté à la tentation d\u2019imposer leurs propres vues.Certains analystes vont jusqu\u2019à dire qu\u2019ils ont fait preuve de \u201cbon sens\u201d et de maturité politique.On doit dire en tout cas qu\u2019un plus grand nombre a été impressionné par l\u2019image de la personnalité plus morale et plus sociale du candidat démocrate que projetaient les media.Celui-ci a été représenté comme ayant une conception du gouvernement qui en faisait un instrument pour l\u2019amélio- (4) Voir dans Le Monde Diplomatique de novembre 1976 l\u2019intéressant article de Diana Johnstone sur \u201cLes puissances économiques qui soutiennent Carter\u201d.Il y est question d\u2019une Commission trilatérale, composée de personnalités des E.U., de l\u2019Europe occidentale et du Japon, qui semble bien avoir joué un rôle important dans le choix et du parti et du candidat qui lui paraissaient les plus aptes, dans les circonstances, à conserver sa crédibilité au régime économico-politique qui prévaut actuellement.Carter en était un membre très actif.ration de la vie de ceux que la société a désavantagés; et, en effet, comme gouverneur de Géorgie, il a fait voter une importante loi sur le logement.Au contraire, on a mis en évidence le fait que Ford, au Congrès, avait voté contre le projet Medicare, contre le programme anti-pauvreté, contre l\u2019augmentation du salaire minimum, et le fait que, comme président, il a opposé son véto à quatre bills importants qui visaient à créer des emplois.Tandis que Carter préconise le maintien des contrôles du gaz naturel et le démantèlement des cartels pétroliers, Ford, a-t-on souligné, a cherché à supprimer les contrôles et s\u2019est opposé à toute tentative pour briser les grandes compagnies d\u2019huile.Au lieu que l\u2019administration Ford s\u2019est vantée du fait que les E.U.compte 240,000 millionnaires, Carter a préféré attirer l\u2019attention sur les trente millions de citoyens qui, dans la société la plus prospère de la planète, vivent encore sous le seuil de la pauvreté.On a rappelé que Ford a refusé de réduire de dix-sept à neuf milliards de dollars la vente annuelle d\u2019armes à l\u2019étranger, et on a noté que Carter se propose d\u2019investir plutôt dans l\u2019économie, l\u2019alimentation, l\u2019environnement.Il y a, certes, là-dessous beaucoup de manipulations subtiles (4), mais il reste que l\u2019image que les media ont proposée de Carter correspondait davantage à l\u2019idée que les catholiques américains se font actuellement de leur président.Les fabricateurs d\u2019images du parti démocrate avaient prévu que les catholiques attacheraient plus d\u2019importance à la physionomie religieuse du baptiste du \u201csud profond\u201d qu\u2019à sa réticence à endosser les demandes des évêques.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est qu\u2019ils avaient vu juste.Questions Cette analyse laisse en suspens plusieurs questions.Notre intention n\u2019est pas d\u2019y répondre, mais de les poser.En premier lieu, constatant que Carter, après tout, n\u2019a obtenu que 56% des voix des catholiques, on peut se demander comment il se fait qu\u2019un si grand nombre d\u2019entre eux ont voté pour Ford, alors qu\u2019ils devaient savoir qu\u2019il était moins favorable que son adversaire aux pauvres, aux classes moyennes et aux pays en voie de développement.S\u2019agit-il d\u2019un sain réalisme, les Américains dans leur ensemble ayant encore confiance que les institutions économiques et financières des sociétés industrielles avancées, malgré leurs injustices, sont toujours les plus aptes à maintenir la paix sociale et internationale?Ou assistons-nous à une érosion grave pas seulement du sens catholique mais du sens chrétien lui-même de ces immigrants d\u2019hier qui faisaient encore partie, il y a quelques décennies, de la masse des citoyens défavorisés?En deuxième lieu, il peut être utile de remarquer qu\u2019il y a toujours eu et de prévoir qu\u2019il y aura toujours une droite et une gauche chrétiennes, c\u2019est-à-dire des croyants plus portés à maintenir une situation et d\u2019autres à la changer; mais, ce faisant, on n\u2019a peut-être rien dit d\u2019essentiel.On peut ajouter que, souvent, entre les deux tendances, les différences seront minimes et que, tant que dureront nos démocraties, les majorités catholiques seront fluctuantes et malaisément prévisibles, les uns et les autres étant prompts aux compromis, portant des jugements prudentiels, choisissant leurs représentants en tenant compte de l\u2019ensemble de leurs positions, et se gardant de prendre la partie pour le tout.De ce point de vue, la bipartition des votes catholiques lors de l\u2019élection du 2 novembre n\u2019étonne pas.Mais il est nécessaire d\u2019anticiper qu\u2019il y aura toujours aussi, surtout dans les périodes de crise, des \u201cextrémistes\u201d de droite ou de gauche, qui suspendront leur engagement à une option tranchée par où ils s\u2019opposeront à leurs frères.Ce sera sans doute le fait du petit nombre; celui-ci pourra être influent ou négligeable politiquement, mais il sera le plus souvent difficile sur le coup de juger qui, du petit ou du grand nombre, a raison, c\u2019est-à-dire a l\u2019avenir pour lui.Où faut-il classer les pèlerins de l\u2019absolu, les témoins qui sont prêts à mourir pour une cause, et que l\u2019Eglise institutionnelle, quand elle se souvient, canonise ensuite comme martyrs, confesseurs, vierges ou docteurs?Bien qu\u2019on les classe, ils sont en réalité inclassables, sans quoi ils ne seraient pas des saints.DECEMBRE 1976 337 Les compromis qui, aux yeux du grand nombre, sont parfois inévitables, sont, à leurs yeux, inadmissibles, et on passera sur leur corps plutôt que de les contraindre à y consentir.Et en effet, pour un catholique conséquent (qui a une conception précise du ministère d\u2019unité) et qui connaît les déclarations officielles, l\u2019avortement est-il une si petite chose?Certains historiens sont d\u2019avis que les premiers chrétiens l\u2019ont emporté parce qu\u2019ils s\u2019interdisaient les facilités de l\u2019infanticide.Au temps de l\u2019Eglise des martyrs, l\u2019homicide était une faute ecclésiastiquement impardonnable et excommuniante, au même titre que l\u2019idolâtrie et l\u2019adultère ou l\u2019apostasie.Mais, si les \u201cderniers chrétiens\u201d ne tiennent plus à rien, comment subsisteront-ils?L\u2019Eglise est-elle de ces institutions qui durent sans que quelques-uns au moins de ses adhérents soient prêts à mourir pour les causes qui tiennent à son essence?Dans les circonstances où ils devaient voter, les catholiques américains ont peut-être fait preuve de \u201cbon sens\u201d en n\u2019attachant pas trop d\u2019importance au problème de l\u2019avortement: ils n\u2019avaient pas à se prononcer sur une alternative claire, comme ce serait le cas si l\u2019avortement faisait l\u2019objet d\u2019un référendum précis.Mais en quel sens au juste ont-ils fait preuve de sens chrétien?En respectant l\u2019opinion de la majorité et en n\u2019imposant pas la leur?En cela, comme dirait Molt-mann, ils montreraient alors qu\u2019ils sont ouverts au monde et pertinents, et que la société américaine peut reconnaître en eux des citoyens à part entière.Mais alors, l\u2019autre volet du mystère de l\u2019Eglise dans le monde serait fermé: car, comment s\u2019y prendraient-ils en ce cas pour préserver ou recouvrer leur identité?Dès lors et ensuite, en effet, cette autre question se pose de savoir où est l\u2019Eglise, surtout sous sa forme catholique, et où est la vérité qui la fait vivre?Faut-il -penser que les déclarations pontificales et épiscopales ont été conditionnées par la pression qu\u2019ont exercée les mouvements Pro-Vie, et que la hiérarchie a décidé à bon escient de marcher à contre-courant de la majorité des catholiques américains?Ou faut-il penser qu\u2019elle l\u2019a fait par acquit de conscience et sans trop de conviction?Quelle est la fonction de la superstructure cléricale, et où est la prophétie?Au centre et en haut, ou en bas et à la périphérie?D\u2019abord dans la hiérarchie ou d\u2019abord dans le peuple de Dieu?Dans la masse des baptisés de la société de consommation, ou dans les groupes de ferveur?Ou est-elle plutôt au-delà, au-dessus, au-dedans, dans l\u2019entre-deux de ces instances sociologiquement déterminables?Ne faut-il pas plutôt penser l\u2019Eglise comme un lieu dans lequel l\u2019Evangile est entendu et où chacun, petit ou grand, se laisse interpeller?Dans le cas de l\u2019élection du président des E.U., qui interpelle qui?Les catholiques ont-ils agi comme un groupe de pression ou ont-ils failli à le faire?Et devaient-ils agir comme une communauté unanime que presse la charité du Christ?A en juger d\u2019après ces événements récents arrivés à nos frères américains, comment se représenter l\u2019avenir de l\u2019Eglise?Va-t-elle encore se voir et se produire comme une tribune et un tribunal?Lui importe-ra-t-il toujours d\u2019obtenir l\u2019audience des maîtres de l\u2019heure?S\u2019applique-ra-t-elle toujours à faire des déclarations solennelles, à se prononcer catégoriquement sur les grands problèmes moraux, les examinant de haut et proposant des principes très généraux de solution à tous les hommes?De qui a-t-elle la charge?Considèrera-t-elle comme plus urgent pour elle de faire plus que de dire, et de dépenser ses énergies à susciter des communautés réellement évangéliques qui, elles aussi, témoigneront par leur vie avant de le faire par leur discours et leur vote?Les historiens de l\u2019Eglise écriront-ils que c\u2019est le Pape et les évêques, et avec eux le petit nombre de ceux qui ont utilisé leur vote pour signifier leur position sur l\u2019avortement, qui ont eu raison?L\u2019Eglise américaine de demain se glorifiera-t-elle moins de la sagesse politique de ses votants, et amorcera-t-elle un virage à partir des petits groupes qui seront prêts à obéir à l\u2019Esprit?Une autre série de questions est posée par l\u2019élection du 2 novembre.Que signifie la baisse de la \u201cpratique\u201d?Les catholiques américains cessent-ils d\u2019être catholiques et chrétiens pour autant, ou sont-ils en train de se désintéresser de la liturgie à cause de l\u2019excès de ritualisme qui caractérise leur Eglise encore engoncée dans ses structures rurales de chrétienté?Peut-être sont-ils en train de découvrir que la foi est une vie et qu\u2019elle exige l\u2019action.Et alors, vont-ils avoir à choisir entre l\u2019institution et l\u2019esprit, la loi et la foi, le rite et l\u2019engagement, la religion et l\u2019évangile, l\u2019Eglise et le Royaume?Ou ces dichotomies sont-elles manichéennes?Réussiront-ils à fonder ces extrêmes abstraits sur une volonté efficace d\u2019intériorité en communauté ardente, où peuvent être accueillies les paroles toujours neuves qui proclament la mémoire subversive de Jésus, et discernés les signes des temps, les appels à l\u2019héroïsme?En un langage plus traditionnel, je demanderai: entre la foi et l\u2019espérance, - ou entre la fidélité et la créativité, l\u2019ancien et le nouveau, le passé et le futur, la droite et la gauche -, vont-ils savoir réintroduire la charité?Car le plus ancien Paul, celui de la Première aux Thessaloniciens, la mettait entre ces extrêmes, où elle existe comme une relation vive, analogue à celle qui s\u2019étend entre la création et la rédemption finale, entre l\u2019oeuvre du Père et l\u2019oeuvre du Fils.' Il faut souhaiter que nos frères américains rechargent de sens la doctrine trinitaire, - qui, autant qu\u2019un objet d\u2019affirmation dogmatique et de contemplation mystique, est un instrument d\u2019équilibre transcendant -, et surmontent par là les tentations inverses de l\u2019infantilisme et de l\u2019adolescentisme, de l\u2019observation de la Loi et de l\u2019effectuation de la Liberté, de la Tradition et du Progrès, de la Liturgie et de l\u2019Engagement.Le freudisme a rendu le Père suspect, le marxisme s\u2019évertue à faire des anciens \u201cfils de Dieu\u201d (les hommes) des créateurs et des rédempteurs de soi, le structuralisme jette le discrédit sur l\u2019esprit.Dans ce monde qui se pense comme si Dieu était mort et comme si l\u2019Homme achevait de mourir, et qui s\u2019éprouve en même temps abandonné à une Nature à son tour totalitaire et castratrice, c\u2019est peut-être là où la plus grande démission est possible et où la tentation d\u2019y succomber a le plus de chance d\u2019être surmontée.Nous attendons beaucoup de nos frères les catholiques américains, -du petit nombre sans doute de ceux qui se laisseront interpeller par le Poème du Christ et qui croiront encore que l\u2019Esprit commun du Père et du Fils peut, par delà les décès culturels, rendre la vie aux vieux langages et aux anciennes poésies, et par là aux esprits orphelins.338 RELATIONS André Malraux: 1901-1976 La pensée d\u2019un homme exceptionnel par Louis-Bertrand Raymond* Il était trop grand pour partir discrètement: il a déferlé dans la presse et \u201ctout a été dit en huit jours sur André Malraux\u201d.Pour ne pas ajouter \u201cau tapage fait autour de ce deuil\u201d, contentons-nous de quelques réflexions sur la vision de l\u2019homme qui se dégage de son oeuvre.Pèlerin des siècles et des civilisations, il avait un goût pour les cimes: il se sentait à son aise sur les sommets, mais ses lecteurs avaient parfois peine à le suivre dans cet air raréfié.Les fulgurances de son style, ces \u201clongs faisceaux de projecteur balayant les civilisations\u201d avaient de quoi éblouir les lecteurs peu habitués à ses visions de prophète.Sa tendance à penser \u201cen majuscules\u201d, à synthétiser des réalités extrêmement complexes en des formules éclairs, lui a valu d\u2019être qualifié parfois de rhéteur.Il avait en tout cas l\u2019âme épique et il ne faut pas s\u2019étonner que des jeunes lecteurs aient trouvé \u201cqu\u2019il y a trop de grands hommes dans ses oeuvres\u201d.Il y a dans l\u2019homme malrusien un côté prométhéen: cette ambition de franchir le cercle de la condition humaine, de ravir aux dieux leur secret pour \u201cajouter une coudée à sa taille\u201d.Mais les dieux jaloux veillaient et, en châtiment de sa témérité, Prométhée a été cloué au rocher, le foie rongé par le vautour.Par une étrange analogie entre le mythe grec et la Genèse, l\u2019antique serpent présentait à Adam et Eve Yahvé comme redoutant lui aussi des rivaux.Mais la limite est là: infranchissable, invincible comme le temps, inévitable comme le vieillissement qui présage la défaite finale, la frontière de la mort.Malraux, après avoir failli franchir \u201cl\u2019ultime porte\u201d, rappelait dans son \u201cLazare\u201d \u201cqu\u2019il avait vu beaucoup mourir au cours de sa vie\u201d.L\u2019angoisse que lui inspirait la mort, * L\u2019A., jésuite, est professeur de littérature française au Collège Jean-de-Brébeuf.DÉCEMBRE 1976 était celle d\u2019un intellectuel: une angoisse métaphysique suscitée par l\u2019aspect impensable, irrationnel de la mort \u201cqui fige la vie en destin\u201d.La Mort, dès sa première oeuvre, bien modeste, était déjà là: cette obsession ne l\u2019a jamais quitté.Au niveau de sa sensibilité, il percevait la mort non plus comme un absurde, mais comme une servitude, comme la preuve évidente \u201cque l\u2019homme n\u2019est pas son maître\u201d.Le thème de l\u2019humiliation est du reste omniprésent dans son oeuvre romanesque: la mort y apparaît comme la suprême défaite, le signe irréfutable de notre impuissance.Et comme très tôt ses études et ses recherches avaient été celles d\u2019un esthète, il a cru trouver auprès de l\u2019art, un moyen de se consoler de cette impuissance, de compenser pour cette humiliation.Faute de croire en l\u2019éternel, Malraux a perçu le chef-d\u2019oeuvre en art, dans ce qu\u2019il a d\u2019intemporel, comme une victoire sur le temps: \u201cl\u2019art est un anti-destin.la seule transcendance possible aujourd\u2019hui\u201d, selon ses propres mots.\u201cL\u2019art est la signification que prend la présence d\u2019une éternelle réponse à l\u2019interrogation que pose à l\u2019homme sa part d\u2019éternité\u201d, écrit Malraux dans L\u2019Irréel qui fut son avant-dernier ouvrage.Bien qu\u2019il fut agnostique, et le reconnût formellement, Malraux a toute sa vie durant aspiré à la transcendance.Et pas seulement dans l\u2019art.Les sommets d\u2019humanité atteinte par ses personnages romanesques les plus héroïques étaient ceux de la fraternité humaine, d\u2019une communion qui \u201cne pouvait exister sans quelque transcendance\u201d.Il avait toutefois le don d\u2019y laisser subsister une part de solitude et d\u2019incommunicabilité, plus sensible qu\u2019il était aux manques de cette communion qu\u2019à la profondeur qu\u2019elle pouvait atteindre.C\u2019était facile pour lui de donner à ses personnages une grandeur héroïque: n\u2019avait-il pas, durant sa vie, maintes fois vécu dans le risque jus- qu\u2019à la démesure?L\u2019héro'isme était d\u2019ailleurs la seule issue qui restait à ces personnages épris du désir de s\u2019accomplir, de se dépasser \u201cdans un monde sans Dieu et sans âme\u201d.Le 20e siècle, parce qu\u2019il avait évacué la foi et l\u2019espérance, lui apparaissait d\u2019un tragique encore plus pur que celui de l\u2019antiquité grecque avec ses mythes.Le destin, ou ce qui pour Malraux se confondait avec ses forces obscures, l\u2019avait frappé avec la mort tragique de sa seconde épouse et de ses deux fils.Comment expliquer autrement cette bouche amère et ce regard où passe toute sa lucidité face à \u201cun monde où l\u2019homme est écrasé\u201d?Sans doute qu\u2019il ne faut pas s\u2019empresser d\u2019identifier l\u2019auteur à ses personnages, mais il demeure remarquable qu\u2019il n\u2019y ait pas un trait du héros des tragédies grecques que l\u2019on ne puisse vérifier chez ceux-ci: la grandeur orgueilleuse, le refus des limites, la révolte contre le destin, le courage dans l\u2019affrontement de ce même destin, une lucidité qui aggrave l\u2019impuissance et l\u2019angoisse métaphysique à faire face à sa condition d\u2019homme, la solitude comme rançon de l\u2019orgueil et le désespoir devant l\u2019absence de sens et d\u2019issue.Malraux a su donner aux personnages de ses romans une taille qui rivalise avec celle du héros tragique grec; se maintenir lui-même, grâce à son inquiète réflexion ou son action dangereuse, sur ces hauteurs vertigineuses.Parmi les éléments qui créent le climat tragique de son univers romanesque, il y en a un plus discret mais combien révélateur: le dérisoire.Malraux était trop lucide pour ne pas être sensible à la ridicule disproportion qui subsiste entre les efforts de l\u2019homme pour connaître, communiquer, aimer, et ce à quoi il peut parvenir.Il percevait comme une cuisante humiliation la disproportion entre les aspirations de l\u2019homme et ses réalisations décevantes.Il soulignait, par exemple, comment la communion parfois repose sur le mensonge, ou encore com- 339 l Impact de l\u2019Incarnation sur la vie du chrétien par Roland Lachânce* ment la chair est dérisoire dans ses efforts pour l\u2019établir, que \u201cl\u2019on reste toujours étranger à ce qu\u2019on aime\u201d.\u201cAime-t-on jamais?\u201d, se demandait-il.L\u2019érotisme dans ses romans se solde toujours par la solitude et la distance: \u201cdeux squelettes qui s\u2019étreignent\u201d.Autant d\u2019échecs qui font de l\u2019homme un être bafoué: l\u2019amertume de Malraux est celle d\u2019un être humilié, qui se voudrait démiurge et, en même temps, subit \u201cl\u2019angoisse de n\u2019ê-tre qu\u2019un homme\u201d.Son grand roman, La Condition humaine, nous montre les multiples tentatives faites par l\u2019homme pour \u201céchapper à la condition humaine\u201d: l\u2019action, le terrorisme, l\u2019alcool, l\u2019opium, l\u2019érotisme, le pouvoir financier ou politique.Ces soulagements éphémères à \u201cl\u2019angoisse de n\u2019être qu\u2019un homme\u201d aboutissent à une solitude chaque fois plus profonde, à une impossibilité toujours plus grande de communiquer pour \u201cce fou, ce monstre incomparable\u201d qu\u2019est l\u2019homme.C\u2019est pour ce héros dérisoire (\u201cO ridiculosissimo heroe\u201d) que Pascal avait écrit trois siècles plus tôt: \u201cHumiliez-vous, raison impuissante; taisez-vous, nature imbécile: apprenez que l\u2019homme passe infiniment l\u2019homme, et entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez\u201d.Et dans un autre fragment des Pensées: \u201cIl est bon d\u2019être lassé et fatigué par l\u2019inutile recherche du vrai bien, afin de tendre les bras au Libérateur\u201d.Mais pour \u201ctendre les bras\u201d, pour \u201centendre son maître\u201d, il faut toute l\u2019humilité que suppose, par delà l\u2019aveu de son impuissance, le recours à la lumière et à la force qui nous dépassent: le \u201clibertin\u201d, contemporain de Pascal, tout comme l\u2019agnostique du 20e siècle, s\u2019en reconnaît incapable.Le paganisme antique et l\u2019athéisme contemporain ont également échoué dans leur tentative de franchir le cercle de la condition humaine àTintérieur duquel l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui cherche fen vain à se retrancher, oubliant \u201cque l\u2019homme passe infiniment l\u2019homme\u201d.Alors que l\u2019évasion hors du cercle de notre condition demeure à jamais, impossible, l\u2019Amour de Dieu, par l\u2019Incarnation, a permis l\u2019invasion de notre humanité par le divin: \u201cSeigneur, tu n\u2019as pas dit que l\u2019homme croisse vers son néant.Mais tu as fait, en descendant, qu\u2019il ne se heurte pas à son impasse\u201d.\u201cAprès avoir à bien des reprises et de bien des manières parié autrefois aux pères dans les prophètes, Dieu en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en un Fils qu\u2019il a établi héritier de tout et par qui aussi il a créé les mondes.Ce Fils est resplendissant de son être et il porte l\u2019univers par la puissance de sa Parole\u201d.(Hé.1, 1-3) Dieu, le Père, nous a parlé en son Fils, ce Fils qui est sa Parole et dans lequel il se révèle.Lui, le Fils, le premier né d'entre les morts, en qui l\u2019homme recréé est appelé à une vie que seul l\u2019amour a pu nous révéler.Dans sa mort et sa résurrection nous est communiquée cette vie qui lui est propre.Nos relations avec le Père se trouvent transformées, nous devenons \u201cfils dans le Fils Unique\u2019\u2019 selon l\u2019expression de l\u2019apôtre Jean.Du fait de l\u2019Incarnation, le chrétien ne peut pas ignorer que son existence se situe sur un autre plan.L\u2019histoire revêt de nouvelles dimensions: l\u2019éternité et le temps se rejoignent, s\u2019entrecroisent pour ainsi dire, et bousculent les visées et les ambitions proprement humaines.Le regard du chrétien doit devenir celui du Christ, de même que sa façon de juger, ses relations avec les autres hommes, avec le monde qui lui est confié.A cet effet le rôle de l'Esprit qui nous a été donné est de nous transfigurer peu à peu, toujours plus vitalement à l\u2019image du Fils Unique, le Christ (2 Co.3).Transformé par l\u2019Esprit, le chrétien doit réfléchir, comme en un miroir, l\u2019image même de Jésus-Christ.C\u2019est donc au rôle de témoin que l\u2019Esprit le prépare.Cette vocation est toute gratuité, dans l\u2019amour qui est donné.Il nous a aimés le premier.Notre rôle comme celui de la Vierge est l\u2019accueil, l\u2019ouverture à l\u2019amour qui nous fait exister.Luc, dans son récit de l\u2019Annonciation, souligne de façon lumineuse cette gratuité qu\u2019il oppose au mérite de la loi.Il ne souligne pas pour Marie, comme il l\u2019a fait pour Zacharie, sa fidélité irréprochable à la loi.Marie est choisie, appelée par un amour tellement gratuit qu\u2019il ne trouve d\u2019autre explication qu\u2019en lui-même.Marie elle-même s\u2019en étonne.Tu as trouvé grâce auprès de Dieu.Le Seigneur est avec toi.Le Tout-Puissant te prendra sous son ombre.(Luc).Elle accueille cet amour qui s\u2019incarne en elle: \u201cLe Verbe s\u2019est fait chair\u201d.C\u2019est la conséquence, l\u2019implication de son \u201cfiat\u201d.\u201cQu\u2019il me soit fait selon ta Parole.\u201d Ce \u201coui\u201d, comme le dit Karl Rahner, est * Missionnaire au Brésil pendant près de vingt ans, le P.Roland Lachance, S.J., a fondé un Institut supérieur de Sciences religieuses à l\u2019Université de Pernambuco (Recife); depuis son retour au Canada, il est appliqué à l'animation des Exercices spirituels.le premier \u201coui\u201d de toute l\u2019Eglise.Marie le prononce en notre nom au nom de l\u2019Eglise, au nom de toute l\u2019humanité.Et pour le redire avec elle, il nous faut être nous aussi \u201cgratuité\u201d.Ce message de l\u2019Incarnation est dur à saisir dans un monde technique où dominent l\u2019intérêt, la consommation et l\u2019efficacité.L'homme, même le chrétien, a peine à accepter sa dépendance.C\u2019est comme s\u2019il voulait se sauver par lui-même, par sa science et sa technque.La conception virginale le ramène à la vision de foi: le salut offert et accueilli en Jésus-Christ.Il doit s\u2019ouvrir à l\u2019amour gratuit et le communiquer aux autres gratuitement, en devenir le témoin.Seul le pauvre est capable d'aimer parce que pour aimer il faut accueillir l\u2019amour et seul le pauvre en est capable.Le chrétien peut alors saisir, toujours dans la foi, la transcendance de sa vocation qui lui est donnée en Jésus-Christ.Il vit cette vocation dans le monde mais sans être ligoté par ce monde.Il est l\u2019homme libre, de la liberté que lui confère l\u2019Esprit du Christ.Libre, il peut exercer sa mission, celle de consacrer le monde comme le rappelle Vatican II.Il doit redonner au monde son sens véritable et son orientation première, mais comment le pourrait-il s\u2019il était dominé par ce monde?Là se trouve le paradoxe: engagement total à fond dans ce monde et dépassement que lui permet sa foi.Contradiction pour le non croyant.Le chrétien est alors rejeté comme le Christ le fut par les juifs et les grands de son temps.Le chrétien, si vraiment il vit sa vocation selon les Béatitudes est un perturbateur.Il dérange, fait choc, bouleverse.Les Apôtres étaient ainsi, et les premiers chrétiens tels que nous les révèlent les Actes des Apôtres.Le monde a besoin de ces hommes pour se convertir au Christ.Dans un coeur nouveau, l\u2019espérance renaîtra.A l'horizon les hommes pourront entrevoir.\u201cla terre nouvelle et les cieux nouveaux\u201d, inaugurés déjà par le Christ ressuscité.La mission du chrétien est l\u2019annonce du Christ aux hommes, à travers le message de la Révélation, mais aussi à travers ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il vit au milieu de ces hommes.Il lui faut non seulement respecter les \u201csagesses\u201d des non chrétiens et leur conception du monde, mais les engager à une véritable rupture sans laquelle la conversion demeure impossible.Sans cette rupture, pas de réforme en profondeur ni de plénitude réelle.Engagement intégral et rupture, telle est la dialectique de la vie du chrétien conscient de sa tâche.Sans rupture, l\u2019engagement reste sur le plan horizontal.Sans engagement personnel de tout son être, il ne peut y avoir de véritable Incarnation.340 1 RELATIONS Lecture du mois Pour se retrouver dans les dédales de la pensée marxiste* par Richard Arès* Il y a une trentaine d\u2019années, alors que je séjournais à Y Action populaire de Paris, un jeune Jésuite, le P.Henri Chambre, passait déjà pour l\u2019un des grands spécialistes du communisme et du marxisme, tant sur le plan de la théorie que sur celui de la mise en application concrète, en particulier en Russie soviétique.Quelques années plus tard, il publiait les résultats de ses études et de ses recherches dans un volume qui fit du bruit et ne tarda pas à être traduit en plusieurs langues: De Karl Marx à Mao Tsé-Toung, Introduction critique au marxisme-léninisme.C\u2019était en 1959.En France, de Gaulle était au pouvoir et l\u2019intérêt pour la pensée marxiste passait au second plan, subsistant quand même dans les universités, chez quelques intellectuels et certains chefs ouvriers.L\u2019ouvrage du P.Chambre n\u2019en connut pas moins le succès, si bien qu\u2019il est, depuis longtemps déjà, épuisé.L\u2019auteur a voulu reprendre son ouvrage d\u2019autrefois, le refaire, le compléter et lui donner en quelque sorte une figure nouvelle.C\u2019est que, de 1959 à 1976, l\u2019histoire a marché et des événements se sont produits; le marxisme suscite maintenant beaucoup plus d\u2019intérêt, non seulement en Europe, en Asie et en Afrique, mais aussi au pays du Québec, où on l\u2019étudie de plus en plus et on le prône ouvertement.En refaisant son livre, le P.Chambre a cru bon d\u2019en allonger le titre et d\u2019y inclure le nom d\u2019un personnage plu- * CHAMBRE, Henri: De Karl Marx à Lénine et Mao Tsé-Toung, Paris, Aubier Montaigne, 1976, 413 pp.* Le P.Arès, S.J., présente depuis longtemps, dans des cours et des écrits, la pensée sociale chrétienne.Il est président de l\u2019Académie des Sciences morales et politiques (Québec).DÉCEMBRE 1976 tôt sous-entendu que réellement mentionné dans le premier, titre qui est devenu: De Karl Marx à Lénine et à Mao Tsé-Toung.Le fond n\u2019a guère changé, les titres de chapitres sont à peu près tous les mêmes, chacun cependant comportant des ajouts sur les événements survenus en ces dernières années.Les deux derniers chapitres, cependant, sont nouveaux.L\u2019un a pour titre: \u201cLe marxisme éclaté\u201d et traite, d\u2019une part, des vues de R.Ga-raudy sur l\u2019évolution du marxisme et, d\u2019autre part, de la conception que s\u2019est faite L.Althusser sur le même sujet.L\u2019autre a pour titre: \u201cDe Karl Marx aux marxismes\u201d, chapitre qui est en quelque sorte une conclusion générale de toute l\u2019oeuvre; en d\u2019autres termes, après \u201cle marxisme éclaté\u201d, il existe maintenant des \u201cmarxismes\u201d.Je n\u2019ai ni le temps ni la compétence d\u2019analyser et de juger tous et chacun des chapitres.Je voudrais quand même m\u2019arrêter à celui qui traite de la religion, lequel comporte trois grandes divisions: \u201c1.Karl Marx et la religion\u201d.- \u201c2.Examen de la position de Karl Marx\u201d.\u201c3.De F.Engels à A.Gramsci\u201d.J\u2019aimerais que tous ceux qui traitent de cette question, qui se demandent jusqu\u2019à quel point l\u2019athéisme et le combat contre la religion sont intimement liés à la pensée marxiste, lisent ces pages éclairantes et probantes.L\u2019auteur, en effet, contrairement à certains qui s\u2019engagent sur cette route, ne se contente pas de décrire aussi objectivement que possible la pensée de Karl Marx sur la religion; il ose en faire l\u2019examen critique.Examen critique qui se développe en cinq longs paragraphes, dont voici les titres: \u201cLa religion n\u2019est pas une idéologie.La religion n\u2019est pas liée à un système économique.La conception de Marx n\u2019est pas scientifiquement fondée.Le problème de la création et de la mort.La conception de Marx enveloppe une aliénation réelle.\u201d Citant plus loin un propos de R.Garaudy sur la religion, le P.Chambre écrit: \u201cL\u2019athéisme de Marx n\u2019est pas (italiques de l\u2019auteur) du tout un athéisme méthodologique mais métaphysique.De plus, la démonstration que propose R.Garaudy de son affirmation, ne retient qu\u2019un élément de la critique de la religion effectuée par K.Marx: la religion comme protestation contre la détresse de l\u2019homme, comme \u2018projet aliéné\u2019 de l\u2019homme.La position de Marx est autrement radicale.Ajoutons qu\u2019aucun texte des mouvements marxistes conséquents avec la pensée de K.Marx n\u2019a remis en question jusqu\u2019à ce jour sa conception de la religion et celle de l\u2019athéisme qui en découle\u201d (pp.341-342).Certains diront: qu\u2019importe, si le marxisme parvient à libérer l\u2019homme?L\u2019auteur admet que telle était l\u2019intention de Marx, mais ajoute aussitôt: \u201cLe chemin qu\u2019il prend pour procéder à cette libération fait retomber l\u2019homme sous le pouvoir de la nature et de la tyrannie, car l\u2019homme se trouve, au terme, aliéné à cette Nature que.le matérialisme du XVIIIe siècle s\u2019était proposé de substituer comme Absolu au Dieu chrétien.En même temps, ces hommes sont soumis, totalement nus, au pouvoir de la Société ou de ceux qui prétendent la représenter.Marxisme et christianisme ne se situent pas sur le même plan quand il s\u2019agit de la libération des hommes.L\u2019un apporte le salut en ce monde, en privilégiant une catégorie sociale, le prolétariat, l\u2019autre apporte le salut de tous les hommes, quels qu\u2019ils soient, parce que tous sont appelés à être fils de Dieu et qu\u2019ils le sont réellement dès maintenant\u201d (p.397).Ce ne sont là que quelques extraits d\u2019un ouvrage de grande valeur, enrichissant pour ceux qui accepteront de le lire avec la volonté intérieure de voir clair et juste dans les dédales de la pensée marxiste.341 1 Peut-on parler de névrose par Maurice Ruest* Un volume que l\u2019auteur a voulu être une analyse objective d\u2019une question très actuelle vient de paraître aux Editions de Trévise (1).Il n\u2019emportera pas d\u2019emblée l\u2019approbation de tous les lecteurs.L\u2019auteur sera accusé, soyons-en assuré, d\u2019exagération, de généralisation.On dira même qu'il fausse les perspectives dans lesquelles sont placés ses patients, puisque l\u2019auteur est un psychiatre.Tout ça pour le mettre au plus tôt sur la voie d\u2019évitement.Et pourtant! Avouons que l\u2019auteur a surtout le malheur, on devrait dire le mérite, de briser certaines barrières, de parler ouvertement de situations qu\u2019on a trop tendance à tenir cachées.Il apporte le point de vue du clinicien sur des maladies psychosomatiques fréquentes chez des chrétiens que leur entourage juge fervents.Il s\u2019agit aussi bien de prêtres, de religieux, de religieuses que de laïques.Le Docteur Solignac s\u2019est aussi penché sur le cas d\u2019un bon nombre de personnes qui ont abandonné l\u2019état sacerdotal ou religieux.Retournées à l\u2019état làique, plusieurs de ces personnes ont semblé retrouver leur équilibre psychologique.D\u2019autres ne se rétabliront jamais.Le médecin constate que les troubles psychiques, les névroses qu\u2019il traite ont fort souvent leur origine dans une éducation chrétienne trop rigide, mal assimilée, pas du tout comprise.Dans la plupart des cas, le mal, dont les manifestations ne seront visibles que bien plus tard, prend racine dès la première enfance.Le régime patriarcal ou matriarcal trop autoritaire du foyer joue un rôle prépondérant.On en arrive au mépris presque total de la personne.Selon l\u2019auteur, cette attitude des parents se calque sur celle de l\u2019Eglise institutionnelle.Une conduite à peu près identique adoptée par la direction des séminaires et des noviciats aboutit à* des réactions sem- (1 ) La névrose chrétienne, par le Docteur Pierre Solignac, Paris, 1976, Editions de Trévise, 21.5cm x 13cm, 252 pages.Le P.Ruest, S.J., est directeur des Editions Bellarmin.342 blables.Le psychisme d'individus par ailleurs normaux n\u2019a pu résister aux pressions exercées sur lui.Cette éducation, dite chrétienne, n\u2019a-t-elle pas étriqué l\u2019enseignement du Christ?Un seul aspect a été retenu de tout le message de Jésus: le renoncement à soi-même.Et on l\u2019a vite étendu au rejet de toute la nature créée.Le résultat est une sorte d\u2019angélisme.Où se loge donc l\u2019amour en tout cela?Il ne reste qu\u2019une théologie vidée de l\u2019incarnation, centre de la pensée chrétienne.L\u2019éducation ainsi comprise aboutit à une relition moralisatrice peu fondée dans la foi et dans l\u2019amour.Pour combien de chrétiens la pratique religieuse n\u2019est-elle devenue qu\u2019une sorte de mécanique superstitieuse?Cue l\u2019on songe seulement à l'usage que l\u2019on fait trop souvent des sacrements, messe du dimanche ou confession, par exemple! Et puis, comment sortir de la contradiction: mépriser sa propre personne et aimer les autres comme soi-même?Des chrétiens n\u2019ont pas été préparés par leur éducation pour une véritable vie d\u2019adultes, pour rencontrer les responsabilités qu\u2019elle comporte.Ils ne sont pas prêts à faire face aux changements, aux adaptations nécessaires que réclame la vie en société.La largeur de vue fait défaut.Est-il possible de modifier l\u2019attitude éducationnelle de l\u2019Eglise face au monde moderne, de sorte qu\u2019on y retrouve le message authentique du Christ?Autrement dit, comment présenter aujourd\u2019hui une spiritualité baignée dans l\u2019amour, capable d\u2019enthousiasmer encore la jeunesse?Pour l\u2019auteur, la névrose chrétienne se réduit souvent à une névrose institutionnelle.Toute la responsabilité est reportée sur la hiérarchie.Presque toutes les interventions de cette dernière ne se réfèrent qu\u2019à la loi.De là un poids parfois insupportable pour des individus qu\u2019une éducation trop stricte a sensibilisés au constant écrasement.Mais dans cette hypothèse, quel changement l\u2019Eglise apporte-t-elle par rapport à l\u2019Ancien Testament?Le Christ est venu Il a renversé la phobie de la loi.C\u2019est même ce qui le rendit d\u2019abord suspect aux yeux des chefs religieux de son temps.Le recours constant à des normes externes révèle, de la part des autorités ecclésiastiques, un manque de confiance dans le peuple fidèle.Est-il encore possible pour l\u2019Eglise institutionnelle d\u2019exécuter le virage nécessai- 1 chrétienne?re?Les prêtres ont abandonné la soutane noire, signe de deuil, de mort et d\u2019angoisse.Sera-ce pour revivre dans la joie de la résurrection ou simplement pour se donner une image extérieure moins rébarbative?Dans la présente crise ecclésiale repose peut-être la solution.L\u2019Eglise peut et doit se redresser.Les vocations ont diminué, même disparu en certains milieux.Des prêtres et des religieux en grand nombre continuent à déserter leur poste, à retourner à l\u2019état làique plutôt que d\u2019accepter des responsabilités qu\u2019ils n\u2019ont jamais prévues.Des théologiens en nombre de plus en plus important grugent les positions de l\u2019Eglise hiérarchique.De cet apparent chaos doit émerger la lumière.Des lueurs d\u2019espoir luisent ici ou là.Les communautés de base, parfois en opposition avec l\u2019Eglise institutionnelle, et surtout les mouvements charismatiques promettent un renouveau qui devrait changer l\u2019image de l\u2019Eglise.Il serait d\u2019ailleurs normal que le salut vienne de la base.Tout au long de son livre, l\u2019auteur identifie l\u2019Eglise, surtout l\u2019éducation chrétienne, à un intégrisme sans nuance.Les exemples cités sont tous tirés de milieux bien caractérisés par cette tendance.En ce sens, on peut dire qu\u2019il manque de discernement, qu\u2019il fausse l\u2019impression d\u2019ensemble.Il s\u2019en prend beaucoup à l\u2019Eglise institutionnelle, à l\u2019Eglise hiérarchique.L'auteur semble souhaiter que les déclarations des papes, par exemple, s\u2019adaptent aussi bien aux cas individuels que les conseils donnés par le clinicien dans son bureau.Exigence qui manque de réalisme, qui frise l\u2019utopie complète! On devine même des agressivités mal contenues.C\u2019est difficile à accepter de la part d\u2019un praticien de la psychologie, surtout s\u2019il prétend juger un groupe aussi important que celui de l\u2019Eglise.Restrictions qui ne vont pas si loin qu\u2019elles puissent minimiser la valeur de l\u2019ouvrage.L\u2019auteur nous interpelle, nous force à la réflexion, exige que nous inventions des solutions aux très sérieuses questions qu\u2019il pose.L\u2019essentiel n\u2019est pas de savoir si nos réponses coïncideront avec celles du Docteur Solignac.Ayant pris conscience, d\u2019une manière peut-être brutale, de situations et d\u2019attitudes bien réelles, quelle sera notre conduite dans l\u2019immédiat?C\u2019est la vie même de l\u2019Eglise du Christ qui est en jeu.Une réaction radicale s\u2019impose et dans un temps très court.RELATIONS _________________________\u2014-cinéma FACE À.QUOI?Sur le dernier film d\u2019Ingmar Bergman par Jean-René Ethier* Dire Bergman aujourd'hui, ce n'est plus évoquer l\u2019actrice célèbre qui prend maintenant de l\u2019âge et un peu d\u2019ombre, mais l\u2019homme qui passe pour l\u2019un des plus grands cinéastes de toute l\u2019histoire du cinéma.Pour les cinéphiles, en tout cas, Bergman s\u2019impose comme un émule des Griffith, des Eisenstein et des Murneau.Ses films conquièrent tous les publics.Engoûment général d\u2019où n\u2019est peut-être pas exclus un snobisme irraisonné?Le fait est là qui intrigue en réjouissant.Bref, Bergman est maintenant un succès définitif de box-office, et cela en dépit (nous pourrions écrire à cause.) de la haute qualité esthétique de ses films.Il faudrait sans doute, à propos du cinéma de Bergman, se pencher davantage sur ce problème, méprisé ou relégué par les anti-esthètes: le rapport inhérent, dans l\u2019oeuvre d\u2019art, entre ce qu\u2019il a toujours été convenu d\u2019appeler le contenu (ou le fond) et l'apprêt esthétique (ou la forme).Mais, dans la confusion de l\u2019art actuel, souvent en réaction contre des tendances frauduleusement esthétisantes, on comprend que certains artistes, voire certaine critique d\u2019art privilégient le contenu (surtout s\u2019il est de saveur politique!) de l\u2019oeuvre d\u2019art au mépris parfois de toute forme esthétique.Pour eux, la vérité de l\u2019art est avant tout dans l\u2019idéologie qu\u2019il véhicule.Mais, peut-il y avoir art sans la maîtrise d\u2019une matière adéquate?L\u2019art \u2014 c\u2019est du moins la conception classique \u2014 ne trouve sa raison que dans une proportion inhérente du contenuv et de la forme.Ce rappel n\u2019est pas impertinent: cet équilibre est justement un des secrets de la grande universalité du cinéma d\u2019Ingmar Bergman.Témoin de cette faveur populaire nouvelle, ces Scènes de la vie conjugale (qui prennent l\u2019affiche de notre télévision d\u2019état pour six prochains Beaux-Dimanches) (1) après la retentissante Flûte enchantée du printemps dernier et ces Cris et chuchotements de l\u2019année dernière.Bergman: 58 ans, 30 films en 30 ans si l\u2019on n\u2019oublie pas qu'il n\u2019est venu au cinéma que tardivement, à l\u2019âge de 27 ans.Son pre- * L\u2019auteur, prêtre, animateur culturel et critique cinématographique dans diverses revues depuis 20 ans, est actuellement professeur de littérature française au Séminaire du Verbe Divin, à Granby, P.Q.DÉCEMBRE 1976 mier film Crisis (Kris), d\u2019après la pièce de Leck Fischer (tiens! une pièce de théâtre.), date de 1945.Auparavant?Bergman est comédien, puis metteur en scène attitré (à 19 ans, s\u2019il vous plaît!) au Master Olofsgarden, où il faut jouer des pièces de Shakespeare, de Strinberg, son compatriote, et de Hajlmar Bergman, son homonyme.Fils de pasteur (c\u2019est important), amoureux des cathédrales et des lieux religieux dès son jeune âge (c\u2019est encore plus important), la vocation de Berman mûrit romantiquement à l\u2019ombre de l\u2019université où il \u201cmonte\u201d ses spectacles \u201cBleu et Or\u201d avec des copains enfiévrés.Il touche alors à tout.Il apprend tout.Puis, il renonce au métier d\u2019acteur pour ne se consacrer qu\u2019à la mise en scène.Ce sont alors les films de Duvivier et de Marcel Carné (Quai des Brumes.tiens! une filiation française .) qui le fascinent et l\u2019amènent au cinéma.Sans jamais quitter le théâtre toutefois: car il continue d\u2019y faire des mises en scène en même temps qu\u2019il collabore régulièrement à la télévision de son pays (Scènes de la vie conjugale ont été conçues et réalisées pour la télévision).Cet apport du théâtre ne sera pas sans conséquence sur son style cinématographique, car ses films, intimistes avant tout, n\u2019oublient jamais le dépouillement forcé de la limite théâtrale.Avec un tel palmarès où la versalité est la pierre de touche, et au lendemain des chefs-d\u2019oeuvre de sa maturité, on pouvait être en droit de s'attendre, de la part de Bergman, à un certain fléchissement, à des redites ou à travail lassé.Un homme, fût-il au comble de son génie, a droit à des limites.D\u2019autant que Bergman, terrassé depuis quelque temps par des problèmes de fisc et de justice, obligé de s\u2019exiler, aurait bien des raisons de s\u2019abandonner à la négligence et ne vivre que sous son nom.Il n\u2019en est rien.Son dernier film Face à face témoigne de la même rigueur à laquelle Bergman a habitué son public.Nul doute.Bergman est un cas d\u2019exception.Exemplaire, sans doute.Penchons-nous encore un peu plus.Ce que le cinéphile averti retient des (1)Sans compter la rétrospective des films de Bergman à ciné-club, le dimanche soir, depuis plus d'un mois.quinze premières années de production du maître, c\u2019est sa quête tâtillonne, obstinée, obsessionnelle du mystère religieux.La Source, L\u2019Heure du loup, l'Oeil du diable, A travers le miroir, Les Communiants parlaient de Dieu sans détour.Mais voici qu\u2019avec Le Silence (1962), Bergman se tait.Il n\u2019y a plus de Dieu dans son cinéma.C\u2019est, au contraire, la quête psychanalytique.Cette rupture a-t-elle été assez soulignée par les exégètes du cinéma bergma-nien?ou du moins a-t-elle été interprétée à sa juste portée?Car, c\u2019est peut-être là qu\u2019apparaîtrait la véritable clef du cinéma de Bergman.C\u2019est cette rupture soudaine qui rend mieux compte, d\u2019après nous, de l\u2019évolution de l\u2019artiste.On ne peut comprendre ses derniers films sans cette référence révélatrice.Que Bergman, d\u2019un film à l\u2019autre, se soit débarrassé de tout ce qui donnait du poids à ses films, c\u2019est évident.Le voilà maintenant pressé d\u2019aller à l\u2019essentiel.Mais quel est cet essentiel?Certains prétendent que, délaissant la métaphysique (la métaphysique, comme la psychiatrie, est toujours périlleuse au cinéma!), il se met à filmer à fleur de peau et il verse maintenant, non pas dans la facilité, mais dans la limpidité des sourires et des larmes.Témoin, Cris et chuchotements, puis cette Flûte magique, vieux projet de vingt ans, chez Bergman, enfin réalisé dans une joie bon enfant qui serait un retour aux mythes naïfs de l\u2019enfance et du théâtre.Tout le monde s\u2019est accordé pour trouver à La Flûte enchantée une transparence où le génie de Mozart retrouvait celui de Bergman, dans une synthèse lumineuse d\u2019amour et d\u2019innocence! Personne, à notre connaissance, n\u2019a cependant souligné l\u2019ambiguïté fondamentale de ce film.Film maçonnique (2), La Flûte enchantée est l\u2019itinéraire des âmes qui cherchent et trouvent la liberté triomphant des embûches symboliques.Mais, cette liberté, l\u2019a-t-on assez surprise en flagrant délit de laïcisation?Dans La Flûte enchantée, ce n\u2019est plus le propos religieux qui intéresse Bergman.Se (2) On s\u2019est beaucoup interrogé sur la franc-ma-çonnie au temps de Mozart.Il semble bien qu'elle n\u2019avait pas, à cette époque, la même idéologie qu\u2019on lui reprochera plus tard.Mozart n\u2019en demeurait pas moins un catholique convaincu et sérieux.343 É servant justement de l'initiation maçonnique à saveur anti-cléricale où les membres d\u2019une secte de caractère obscurément et ridiculeusement religieux s\u2019embusquent devant l\u2019amour de deux jeunes fiancés, il propose une quête de liberté à partir d\u2019embûches symboliques qui ne deviennent que des tabous religieux dont il faut se délivrer à tout prix.Tout l\u2019aspect théâtral de la mise en scène accusait cette sorte d\u2019illusion propre au théâtre et à la vie.La Flûte enchantée est une terrible confession, presque trop directe: c\u2019est celle de Bergman (puisque tous les films de Bergman ne sont que des confessions à peine déguisées) parvenu, après ses obsessions métaphysiques, à leur rejet, au profit d\u2019une pensée séculière complaisante, toute enfermée dans la seule dimension terrestre.Bergman faussait, en se l\u2019appropriant, la perspective de Mozart, combien plus naïve.Car, alors que chez ce dernier, l\u2019initiation maçonnique n\u2019était qu\u2019un prétexte et un code social symbolique, chez Bergman elle prend l\u2019allure' d\u2019une réquisition implacable et d\u2019une métaphysique qui n\u2019ose pas dire son nom.Etre tourmenté, plusieurs fois marié \u2014 on sait que le carnet nuptial de Bergman est aussi chargé que celui d\u2019Henri VIII et de Sacha Guitry \u2014 façonné par une reliogiosi-té plus problématique que réelle, Bergman, dans ses films, en témoignant de ses obsessions, révèle en même temps combien ses obsessions se confondent avec une situation psychologique personnelle mal élucidée.On a l\u2019impression, dans le cinéma de Bergman, que le problème de Dieu est constamment mal engagé: produit par un sur-moi étreignant, Dieu est plutôt une menace, un déchirement, un poids impossible.Or, la joie un peu factice de La Flûte enchantée, c\u2019est celle de la coupure radicale.Bergman vient de se débarrasser du Dieu terrible de son enfance et cherche, ailleurs, le mystère de son trouble.C\u2019est à la psychanalyse qu\u2019il va, derechef, comme par instinct.Cris et chuchotements en étaient le premier volet formel, sans équivoque, après les coups de sonde, donnés ici et là, à travers toute sa production.A-t-on assez épilogué, par exemple, sur cette couleur rouge du film?Bergman s\u2019en est expliqué lui-même: \u201cil doit s\u2019agir de quelque chose d\u2019interne, car, depuis mon enfance, je me suis toujours représenté l\u2019intérieur de l\u2019âme comme une membrane humide en teintes rouges\u201d (3).Son dernier film Face à face ne permet plus d\u2019en douter.L'intrigue est précisément celle d\u2019une jeune femme, psychiatre de profession, qui, à la suite d\u2019un moment de lassitude, perd momentanément la raison et frôle la limite dangereuse du néant psychique.Face à elle-même et à un monde maintenant privé de toute référence religieuse, elle perd pied et tente de se suicider.En d\u2019admirables images et dans une mise en scène constamment serrée, Bergman, cinéaste incomparable de l\u2019instant un peu à la façon de Proust, y décortique l\u2019â- (3) Etudes, t.339, 12, 753 me jusqu\u2019en ses replis profonds (quelle admirable maîtrise cinématographique, quel univers nouveau, au cinéma, et combien original et percutant!).Le film nous happe, nous plonge dans l\u2019intérieur de l\u2019héroïne et nous fait faire son douloureux chemin de croix.Or, le point névralgique est ici: l\u2019héroïne de Face à Face s\u2019en sortira, mais comment?Simplement parce qu\u2019elle a perçu, au fond de son désespoir, un lueur: celle de la prise de conscience de son existence.Il y a la vie.Vivre! n\u2019est-ce pas déjà assez?Peu importe le reste, donc.Et pas besoin, ici, d\u2019un Dieu accusateur ou responsable.La vie se justifie par elle-même.Certes, c\u2019est finir positivement en beauté, et l\u2019on verra, sans doute, dans Face à face un hymne à la vie et une leçon d\u2019optimisme.Mais, cela suffit-il?A quelles \u201cnourritures exclusivement terrestres\u201d nous convie maintenant la réflexion de Bergman?Osons une interprétation, peut-être audacieuse.Elle se résume à ceci: Bergman demeure le même et sa démarche cinématographique continue d\u2019être obscurément métaphysique: mais elle s\u2019épure en changeant de registre.Elle se place sur la véritable trajectoire, où, de fait, elle n\u2019avait jamais été.Parti d\u2019une quête mystérieuse et d\u2019une obsession religieuse plus héréditaire que véritablement assumée, Bergman se pose d\u2019abord le problème de Dieu dans une attitude plus phénoménologique que métaphysique.La théologie de son père, pasteur, le met plus en question qu\u2019elle ne le convainc.Il lutte davantage contre l\u2019idée de Dieu qu\u2019il ne la recherche vraiment.La coupure est fatale et la laïcisation de sa démarche en témoigne.Mais, au-delà de la crise qui frôle le désespoir, voici qu\u2019il retrouve \u2014 comme une exigence de santé psychologique \u2014 le goût simple de la vie, à travers son héroïne de Face à face.Pour païenne et exclusivement humaniste que soit cette attitude, elle fait triompher la vie concrète.Bergman aboutit, enfin, au point de départ d\u2019où il lui aurait fallu partir.Il y a, dans Face à face, l\u2019attitude saine d\u2019une âme qui, croyante d\u2019abord par tabous, réussit à se délivrer du tabou d\u2019une religion déformante pour parvenir à une première lumière: celle de la primauté de la vie.Véritable seuil, en vérité, de toute démarche métaphysique.Seuil périlleux, certes, mais seuil de la véritable voie.La philosophie chrétienne n'en a pas, dans le passé, trouvé de plus authentique à une saine démarche intellectuelle de la foi.Or, cette démarche, \u2014 comme tout l\u2019état de tension de Face à face, \u2014 est justement la caractéristique de la mentalité contemporaine.Comme autrefois, dans la Grèce antique, Socrate! En la ramenant à la raison humaine, il ramenait en quelque sorte une pensée théologique arbitrairement nourrie à une parade de légendes plus ou moins grotesques (on l\u2019a accusé de détruire les dieux de la cité!); ainsi, le mouvement de la pensée moderne avec Vatican II.Il s\u2019agit de détruire les \u201cfaux dieux\u201d que la civilisation s\u2019est mise à construire sur la véritable révélation évangélique.En acceptant, jusqu\u2019à sa limite logique, l\u2019incarnation de Dieu, l\u2019Eglise a justement rappelé au monde que les valeurs avaient été, au cours des siècles de christianisme, enveloppées sous des abus et des ostracismes.Or, c\u2019est le drame que vit la conscience religieuse actuelle.Sous l\u2019apparente, laïcisation du sentiment religieux, la religion n\u2019est-elle pas en train de se purifier pour retrouver ses assises fondamentales?Ce drame de la conscience moderne ne va pas sans les affres d\u2019une descente temporaire aux enfers.C\u2019est, d\u2019abord, dans le face à face avec lui-même que l\u2019homme retrouvera la possibilité de son être.Voyage douloureux, périlleux même où s\u2019accomplit sa rédemption.Si le cinéma d\u2019Ingmar Bergman a tant de crédit actuellement, c\u2019est qu\u2019il est à l\u2019image même de la conscience contemporaine qui se retrouve en lui.Témoin de cette descente aux enfers, le film Face à face, grave, sérieux, qui met l\u2019homme contemporain face à son vide, face à ses peurs, face à ses vertiges.Par le détour de la psychanalyse, Bergman revient à son interrogation essentielle, à sa métaphysique primordiale, décapée, cette fois, des phantasmes puérils où elle opérait jadis.Face à face pourrait bien être le grand film d\u2019un nouveau cinéma prophétique.Par le biais d\u2019un art absolu, dans sa pleine maîtrise, partant exceptionnel, Bergman, fraternel, témoigne de l\u2019âme moderne troublée.Où va-t-il maintenant bifurquer?C\u2019est la nouvelle espérance que nourrit le cinéma de Bergman pour son spectateur attentif, épris du mystère de nos destinées humaines.Conservez RELATIONS Reliures de votre collection 1976 \u2014\tle lecteur fournissant sa collection $8.95 \u2014\tsi nous fournissons la collection $16.95 Cartables: $5.95 (par la poste $6.50) 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 387-2541 344 RELATIONS théâtre Le bon, le pire et le meilleur par Georges-Henri d\u2019Auteuil Le Lion en Hiver Pour ouvrir sa nouvelle saison, le Théâtre du Rideau vert a eu vraiment la main heureuse.Le Lion en Hiver de James Goldman est une pièce historique qui nous reporte au Moyen-Age anglais.Elle met en scène l\u2019assassin de Thomas Becket, Henri Il Plantagenet, sa femme l\u2019astucieuse Eléonore, duchesse d\u2019Aquitaine, naguère reine de France, trois de ses fils, jeunes loups aux dents longues, avides, tous les trois, de devenir rois à leur tour le plus tôt possible, et une jeune princesse, soeur du roi de France, pour le moment, l\u2019aimable béguin d'Henri II.Nous sommes dans un lourd et sombre château du roi Henri, à Chinon, admirable lieu propre à l\u2019éclosion, au développement, aux violents éclats des passions des personnages, auxquels il faut ajouter un roi de France de passage en quête ou d\u2019un mariage (Aloïse et Henri) ou d\u2019une Province, l\u2019Aquitaine.Ce qui intéresse dans cette pièce, ce n\u2019est pas tant l\u2019imbroglio assez compliqué pour qui n\u2019est pas un expert en histoire de France et d\u2019Angleterre, que raconte l\u2019auteur, mais surtout les réactions humaines des personnages face à des situations dramatiques.Car les tempéraments sont fougueux, impulsifs, les ambitions vives et opposées, les passions frustes et violentes.Un nid de vipères qui ne cherchent qu\u2019à mordre.Dans cette lutte féroce des intérêts dont elle est l\u2019enjeu, le sort d\u2019Aloïse paraît bien inquiétant.Et nous sommes en pleines fêtes de Noël.Quoique américain et de notre époque, Goldman a su retrouver et évoquer avec vigueur l\u2019atmosphère de ces temps lointains en Angleterre.Moeurs farouches, rudes, presque primitives, sans fignolage ou raffinement et aussi possible tendresse, noblesse âpre mais non sans grandeur et idéal.Une humanité quand même attachante.Une humanité que, sous ses aspects divers, des comédiens bien choisis par Da-nièle-J.Suissa ont fait vivre devant nous avec force, éclat et sincérité dans les splendides costumes de François Barbeau et le très ingénieux décor mobile et à facettes multiples de Robert Prévost.Une réussite pour l\u2019oeil et une joie pour l'esprit.En effet, rarement voit-on une distribution aussi bien équilibrée, des rôles aussi adaptés à chacun des comédiens.En tête, magnifiques d\u2019intelligence, de souplesse, d\u2019aisance, de naturel, Guy Hoffmann, Henri II, et Yvette Brind\u2019Amour, Eléonore.Deux interprétations qui resteront vivaces dans le souvenir même des plus exigeants.A la fois gouailleur, cynique, cauteleux, fanfaron, fier, agressif, aussi tendre et amoureux, surtout passionné de la gloire et de la puissance de l\u2019Angleterre, Hoffmann a été un Henri II d\u2019une haute stature humaine.Et je ne crois pas avoir vu Yvette Brind-Amour aussi magnifiquement ajustée au caractère de la farouchement ambitieuse Eléonore, en même temps que femme et mère, lasse de lutter sans cesse pour, souvent, des ingrats.Leurs trois fils que ronge, eux aussi, l\u2019ambition: Richard, avide de guerre, Geoffroy, profiteur jusqu\u2019à la perfidie, et, le plus jeune, Jean, assez veule, ont été interprétés avec justesse par Jean Leclerc, Michel Dumont et Daniel Gadouas.Ils vivaient ardemment leurs personnages.Vincent Davy était le roi de France, essayant la ruse, l'intrigue ou la menace mais avec plus fort que lui.La jeune et jolie Louise Deschâtelets paraissait, en Aloïse, un fragile, sympathique et pitoyable otage bousculé par le tourbillon des folles ambitions des autres personnages.De tous, elle s\u2019est montrée, seule, avec grande dignité et noblesse, la figure honorable.Elle jetait une note de grâce dans l\u2019âpreté de l\u2019action.Inès Pérée et Inat Tendu Décidément, le théâtre insolite ne m\u2019emballe pas du tout.Je ne mords vraiment pas.Pas plus à celui d\u2019Ionesco ou Beckett qu'à celui de chez nous, comme cette pièce de Réjean Ducharme qu'on nous a présentée, au Gesù, sous les auspices de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, Inès Pérée et Inat Tendu.On dit beaucoup de bien des romans de Ducharme.Je ne les ai pas lus, mais j\u2019ai assisté à deux ou trois de ses pièces.D\u2019abord, je m\u2019amuserai volontiers d\u2019un bon jeu de mots, en passant.Mais quand cela devient du système, du parti pris, à répétition, non.Il est, d\u2019ailleurs, relativement facile d\u2019étonner, de faire rire, d\u2019accrocher un auditoire par des farces incongrues, de grosses galéjades, des cocasseries de langage ou d\u2019accoutrement.Cela demande plus d\u2019esprit, de finesse, d\u2019un vrai sens du comique, d\u2019arriver aux mêmes résultats par des éléments d\u2019intrigue et d\u2019action simples et naturels.Un certain théâtre de chez nous semble tout heureux de cacher son indigence d\u2019imagination créatrice sous les oripeaux vite fanés de trucs qu\u2019on qualifie d\u2019originaux et qui ne sont souvent qu\u2019im-puissance d\u2019invention.Au fait, de quoi s\u2019agit-il dans Inès Pérée et Inat Tendu?Tout simplement, semble-t-il, d\u2019un garçon et d\u2019une fille tombés d\u2019on ne sait où et qui sont à la recherche du bonheur ou de l\u2019amour ou seulement, peut-être, d\u2019un refuge paisible, accueillant, où il ferait bon de vivre dans l\u2019amitié.Quête futile.Ils ont parcouru le monde déjà, et ils n\u2019ont rien trouvé.Enfin, de façon \u201cinespérée et inattendue\u201d, ils croient avoir atteint la dernière étape de leur tour du globe.C\u2019est une clinique vétérinaire où des hurluberlus soignent chats, chiens et autres animaux.Bien sûr, Inès et Inat n\u2019y trouvent pas leur compte.Nouveau départ.Ils échouent, cette fois, à un monastère habité par nulle autre (comme disent les chroniqueurs sportifs) que Soeur Saint-New-York-des-Ronds-d\u2019Eau.Au demeurant charmante personne, bien prête à aider ses nouveaux hôtes.Mais arrive un féroce gangster qui dévalise la nonne, pendant qu\u2019lnes et Inat s\u2019esquivent en douceur pour aboutir justement (le diable s\u2019en mêle!) en plein repaire du bandit, et alors rien ne va plus, c\u2019est l\u2019effondrement.Epuisés (on le serait à moins) Inès et Inat s\u2019a-bîment dans le sommeil.Fin du voyage! Et de la belle aventure \u201cespérée et attendue\u2019\u2019.Il faut dire que nos deux chercheurs d\u2019idéal étaient loin d\u2019être commodes, surtout Inès Pérée.Celle de Louise Gamache m\u2019a agacé à mort par son ton suraigu, ses cris hurlés, ses crises presque d\u2019hystérie, son débit précipité qui nous faisait perdre une partie de ses répliques.Et elle était toujours en scène comme il convient à un premier rôle.Heureusement que son compagnon de route Inat Tendu, Paul Savoie, plus calme et pondéré, nous reposait un peu.Cela faisait drôle de voir Catherine Bégin dans son personnage de grosse lourdaude, naïve et assez bebête infirmière de chats.Quant à France Desjarlais, elle s\u2019est montrée tout autre chose qu\u2019une nonne empesée, gourmée et prude.Elle a été bien amusante.Au reste tous les comédiens incarnaient des personnages \u201cinattendus\", ce qui était bien de saison.Claude Maher et Michel Demers en étaient à leurs premières armes, l'un pour la mise en scène, l'autre, chargé des décors, costumes et éclairage.Travail d\u2019équipe intéressant et qui promet.A propos de costumes: Louise Gamache, pourquoi était-elle en maillot de bain pendant toute la pièce?Un symbole, peut-être!.Coup de Sang Une nouvelle pièce canadienne, mais d\u2019une tout autre conception et sutrcture.Jean Daigle, avec son Coup de Sang, nous plonge dans la réalité quotidienne de chez nous, dans notre milieu du terroir avec ses moeurs, coutumes, traditions du début de siècle.Moeurs austères, rigides; coutumes terriennes simples, routinières; traditions religieuses et familiales fortes et accep- DECEMBRE 1976 345 tées d'autrefois.Si nous sommes dans l\u2019insolite, c'est de constater l\u2019évolution rapide, précipitée même et parfois incohérente du Québec.La gravure burinée par Jean Daigle de la vie et de l\u2019atmosphère monotone, feutrée, étouffante d\u2019une famille de paysans qui cachent, sous le couvert du calme et de l\u2019ennui, des passions bouillonnantes qui exploseront un jour, nous rappelle des situations souvent identiques ou similaires, en d\u2019autres oeuvres de chez nous ou d\u2019ailleurs.Mais peu importe ces influences étrangères, au reste inévitables, car, c'est bien connu, \u201ctout a été dit\u201d.Il reste que vu par l\u2019oeil lucide et perspicace de l\u2019auteur, ce tableau est vrai, authentique, sans surcharge ni caricature, d\u2019une certaine époque, celle de 1900, de la mentalité, encore fortement teintée de jansénisme sur le plan religieux et de grande réserve et pudeur dans l\u2019expression de l\u2019amour, réel toutefois et même tragique, des villageois et campagnards.Et qui parlaient, au surplus, dans une langue simple, courante, populaire, mais correcte et harmonieuse: en français, quoi! Car il est faux, comme l\u2019affirme, avec raison, Jean Daigle, qu\u2019au théâtre on doive parler comme dans la rue.Une oeuvre dramatique est une oeuvre d\u2019art, donc de transposition du réel vu à travers un tempérament.C\u2019est la définition de la beauté.Coup de Sang est une réponse vivante à toutes les bêtises à la mode chez trop de nos écrivains: une belle pièce, forte, dramatique sans mélo, d\u2019une situation plausible, aux personnages bien dessinés et attachants, vivant une action serrée et progressive, sans avoir besoin, pour plaire et intéresser, d\u2019utiliser un jargon innommable.On a parlé d\u2019un peu de lenteur du déroulement de l\u2019action, dans la mise en scène d\u2019André Montmorency.Peut-être.Mais certains des silences prévus n\u2019étaient pas inutiles quand ils sous-entendaient le travail de réflexion ou de lutte au fond de l\u2019âme des personnages.Alors ils faisaient partie du jeu et de l\u2019interprétation.La distribution de Coup de Sang comprend quatre femmes et un homme.Un seul, mais qui, dans la scène majeure de la pièce, sa rencontre avec Julie, fait éclater la tragédie dans la vie paisible et terne d\u2019un foyer.Gilles Renaud a joué ce rôle d\u2019Henri avec la fougue d\u2019une jeune passion assez fruste mais agressive.La Julie d\u2019Andrée Lachapelle, qui séchait d\u2019ennui dans ce milieu fermé, n\u2019a pu y résister malgré certains efforts apparents.Je dis bien, apparents, parce que sous les refus répétés on sentait, sous-jacent, un vif désir d\u2019acquiescement.Comme d\u2019habitude ce personnage complexe et nuancé a été interprété par Andrée Lachapelle avec grande justesse.Je ne sais pas si tel est son tempérament dans la vie, mais je remarque que Béatrice Picard excelle dans les rôles de pimbêche, de caractère acide et autoritaire, comme le personnage de La Mère, dans Coup de Sang, qui exprime bien la puissance maternelle, au foyer.De son côté, Marielle Dutil fait, avec un enjouement et naturel parfaits, une exquise Marie.Un rayon de sérénité, de calme et de bon sens.Marie, en dépit de ses déboires et mal- heurs, a su s\u2019accepter ainsi que son sort et la vie.Saine philosophie qui lui a fait trouver le bonheur, humble sans doute, fragile comme tous les bonheurs, mais vrai et tout près d\u2019elle, dans le tissu bien simple de ses occupations journalières.Au contraire, la jeune Irène, interprétée par Pierrette Robitaille, la laissée pour compte, que ronge la maladie et plus encore l'amertume de l'abandon, cherchera le sien, son bonheur, dans l\u2019évasion-fatale.Après Coup de Sang, on ne peut que désirer voir Jean Daigle récidiver, pour notre plaisir.Gapi Vraiment, Antonine Maillet, beaucoup plus qu\u2019un auteur dramatique, est une experte conteuse.Mais une conteuse qui fabrique des contes parlés et mimés, ce qui les rend aptes à la représentation scénique.Ce sont des monologues.Lus dans un livre ou entendus à la radio, ils intéressent déjà et éveillent l\u2019imagination qui crée autour des mots tout un décor de son choix, où évoluent les personnages et s\u2019accomplissent les faits.Mais représentés sur le plateau, ils produisent un tout autre impact.Le personnage me parle directement.Il me sollicite non pas seulement de la voix- mais de tout son corps, de ses yeux qui brillent, de sa bouche qui sourit ou fait la moue, de ses gestes, de sa démarche, de toute son attitude.Il subit, lui aussi, mes réactions de spectateur qui l\u2019influencent.Si je ris, m\u2019esclaffe ou applaudis, il ressent un légitime contentement.Il jauge même mes silences.Sont-ils le fruit de la torpeur, de l\u2019ennui, de l\u2019émotion, de la sympathie é-prouvée au récit de sa peine, de ses tristesses?Il s\u2019établit alors un lien, entre lui et moi, d\u2019amitié, de compréhension, qui l\u2019encourage et m\u2019enrichit.C\u2019est là la victoire du théâtre: deux hommes, le comédien et le spectateur, qui se comprennent.Cette victoire, Antonine Maillet l\u2019a remportée plusieurs fois avec la Sagouine, même récemment dans sa tournée si bien accueillie en France et Belgique.Elle la gagne, une fois de plus, avec Gapi que présente le Rideau Vert, ces temps-ci.Or, ce Gapi, même dans la mise en scène vivante d\u2019Yvette Brind\u2019Amour et les décors de Robert Prévost, n\u2019a aucune intrigue ni action dramatique.C\u2019est un déroulement de souvenirs, tantôt par Gapi lui-même, dans la première partie: souvenirs à bâtons rompus de ses aventures de jeunesse, de ses pêches plus ou moins heureuses, de ses rapports avec les mouettes si nombreuses sur la dune; souvenirs aussi de sa femme, la Sagouine, maintenant décédée; souvenirs, dans la deuxième partie, en un choeur à deux voix, de Gapi encore et de son ami Sullivan, le navigueux, qui s\u2019est ballotté sur toutes les mers du monde et qui raconte ses expériences, ses découvertes, ses plaisirs, ceux de tous les matelots au long cours, assez vulgaires.Comme ces récits sont souvent amusants, pittoresques, naturels et très humains, capa- bles donc, parfois, de susciter des réflexions utiles, ils nous intéressent.D\u2019autant qu\u2019ils sont très vivement narrés par d\u2019habiles comédiens qui savent faire valoir leur texte et en souligner la finesse, ou la force, ou le sérieux, ou la joyeuse gauloiserie qui sent le varech ou 1a morue.En effet, Gilles Pelletier, en Gapi, a bien marqué la verdeur rustique et fruste de son personnage, son savoureux esprit cautique, les humeurs, aussi, variables de son tempérament.Le Sullivan de Guy Provost a chanté avec enthousiasme les merveilles du monde rencontrées dans ses pérégrinations d\u2019un port à l\u2019autre et aussi rappelé des frasques de jeunesse avec Gapi.Ces deux heures d\u2019évocation dans la langue savoureuse de la Sagouine nous ont fait oublier, par l\u2019intérêt procuré, que, tout de même, Gapi n\u2019est pas une vraie pièce de théâtre mais un beau conte.ouvrages reçus (suite de la page 351 ) Mère Michel (la): Le jardin naturel.- Montréal, L\u2019Aurore, 1976, 310 pp.Monière, Denis: Critique épistémologique de l\u2019analyse systémique de Davis Easton, essai sur le rapport entre théorie et idéologie, \u2014 Ottawa, Ed.Univ.d'Ottawa, 1976, 254 pp.Montpetit, Raymond: Comment parler de la littérature (coll.Philosophie).\u2014 Montréal, Cahiers du Québec/Hurtubise HMH, 1976, 196 pp.Morgentaler, Henry: un entretien avec C.Germain et S.Dupont.\u2014 Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1976, 65 pp.Ogelsby, J.C M.: Gringos from the Far North, Essays in the History of Canadian-Latin American Relations, 1866-1968.\u2014 Toronto, Macmillan of Canada, 1976, 346 pp.Ouellet, Fernand: Le Bas Canada 1791-1840, changements structuraux et crise.\u2014 Ottawa, Ed.Univ.d\u2019Ottawa, 1976, 541 pp.Pelletier, Réjean: Partis politiques au Québec (coll.sc.pol.).\u2014 Montréal, Cahiers du Québec/Hurtubise HMH, 1976, 300 pp.Pineau, Jean: Mariage, séparation, divorce, l\u2019état du droit au Québec.- Montréal, Pr.de l'Univ.de Montréal, 1976, 290 pp.Pour célébrer votre mariage en Eglise, détails pratiques.\u2014 Montréal, Service d\u2019animation à la préparation au mariage, 1976, 32 pp.Quéré, France: La femme avenir.- Paris, Seuil, 1976, 156 pp.Rousseau, Louis: La prédication à Montréal de 1800 à 1830, approche religiologique.\u2014 Montréal, Fides, 1976, 270 pp.Roy, Jean-Louis: La marche des québécois, le temps des ruptures (1945-1960).\u2014 Montréal, Leméac, 1976, 384 pp.Russell, Letty M.: Théologie féministe de la libération.\u2014 Paris, Cerf, 1976, 238 pp.Sagard, Gabriel: Le grand voyage au pays des Hu-rons.Présentation par Marcel Trudel.\u2014 Montréal, Cahiers du Québec/Hurtubise HMH, 1976, 268 pp.Seguin, Pierre: Les métamorphoses du choupardier (roman).\u2014 Montréal, l\u2019Arbre HMH, 1976, 220 pp.Séguin, Robert-Lionel: Revue d\u2019ethnologie du Québec 3, Montréal, Leméac, 1976, 118 pp.Soucy, Jean-Yves: Un dieu chasseur, (roman).\u2014 Montréal, Pr.Univ.Montréal, 1976, 204 pp.Sylvestre, Paul-François: Propos pour une libération homosexuelle.- Montréal, L\u2019Aurore, 1976, 156 pp.Thommen, Georges.: Biorythmes.\u2014 Montréal, Feu Vert, 1976, 185 pp.Taillibert, Roger: Montréal, Stade Olympique.\u2014 Montréal, Hurtubise HMH, 1976, 80 pp.346 RELATIONS littérature ROMANS QUÉBÉCOIS FÉMININS DES ANNÉES \u201970 La femme et le pays toujours futurs par Gabrielle Poulin Au lendemain de cette journée d\u2019élections désormais historique qui a porté au pouvoir le seul parti indépendantiste du Québec, l\u2019on serait peut-être tenté de se demander si les romanciers québécois modernes n\u2019ont pas désespéré un peu trop vite de voir le pays réel coïncider jamais avec le pays de pa-pier( 1 ) que leurs coups de crayon rageurs s\u2019appliquent depuis dix ans à ébaucher et à gommer sans cesse dans les livres.Quoi qu\u2019on pense, un romancier est rarement un prophète ou, s\u2019il l\u2019est, c\u2019est à la façon du prophète Osée: la vie même de son héros-narrateur et le drame qui le déchire revêtent une valeur prophétique.Dans un article paru ici même en octobre, soit un mois avant les élections, après avoir tenté de discerner les grandes tendances du roman québécois depuis dix ans, j\u2019avais mis en évidence cet aspect tragique, presque désespéré de l\u2019univers romanesque québécois actuel.Aujourd\u2019hui, je voudrais compléter ce bilan partiel en tâchant d'évaluer l\u2019apport de la romancière québécoise dans le panorama global de l\u2019imaginaire romanesque québécois.L\u2019ATTENTE SECULAIRE DE L\u2019HOMME Il existe énormément de préjugés sur la littérature féminine.Chacun va prenant à son compte de vieux clichés misogynes dont le plus tenace pourrait se résumer ainsi: la femme ne fait que se raconter quand elle écrit un roman.Dans son dernier livre, Jean Cau le répète d\u2019une façon désinvolte.Il se demande si l\u2019inspiration, qui emprunte les traits d\u2019une femme quand elle gratifie les auteurs mâles, ne serait pas \u201cun homme lorsqu\u2019elle frappe à la porte des dames écrivaines.Je comprendrais alors, poursuit-il, pourquoi nos consoeurs paraissent toujours avoir pondu leurs ouvrages vêtues d\u2019une chemise de nuit transparente.En effet, toute la littérature féminine attend l\u2019homme.Je ne la lis pas mais je le sais(2).\u201d 1.\tGabrielle Poulin, \"Le roman québécois depuis dix ans: bâtir un pays de papier\u201d, dans Relations, vol.XXXVI, no 419, octobre 1976, p.285-287.2.\tJean Cau, Lettre ouverte à tout le monde, Paris, Albin Michel, 1976, p.151.3.\tConfidences d'écrivains canadiens-français, recueillies par Adrienne Choquette.Québec, Les Presses Laurentiennes, 1976, 237 pp.Cette déclaration a beau se terminer sur une pirouette comme une boutade, il faut bien avouer que, comme beaucoup de clichés, elle repose sur un certain nombre de faits réels.Qu\u2019en est-il des grands romans féminins écrits chez nous?Il me semble apercevoir comme en rêve les fantômes solitaires de nos héroïnes romanesques, du moins celles qui ont été créées par des femmes: Angéline de Montbrun dont toutes les lettres crient la soif de l\u2019amour humain; Angélina Desmarais incapable de retenir auprès d\u2019elle son Survenant; Florentine Laçasse courant follement après la liberté qui porte le visage décevant de Jean Lévesque; Héloïse, passée sans transition du Jardin fermé à la maison close, des embrassements de l\u2019Epoux mystique aux étreintes charnelles des amants d\u2019une nuit; Laure Clouet, qui, à quarante-quatre ans, s\u2019éveille à la vie et est toute prête pour la venue de l'amour.Du moins, dira-t-on, depuis les années \u201870, le mouvement d\u2019émancipation de la femme a dû laisser ses traces dans le roman féminin?Nos héroïnes romanesques sont-elles encore à ce point axées sur la venue possible, improbable, illusoire du héros, prince charmant, qui seul peut valoriser leur existence et leur donner une impression de liberté et de domination en se laissant conquérir?Un examen attentif des plus grands romans féminins parus pendant les cinq dernières années peut permettre d\u2019apercevoir des aspects nouveaux dans l\u2019univers romanesque des femmes et nous inciter à tenter une nouvelle confrontation entre les deux partenaires: roman masculin/roman féminin.L\u2019Année 1975, on s\u2019en souvient, fut proclamée Année internationale de la femme.Les éditeurs ont-ils compris qu\u2019il y aurait avantage à tirer parti de cette conjoncture favorable?Cette année-là, plus de la moitié des romans publiés au Québec avaient été écrits par des femmes alors que pour les dix années précédentes la proportion des romans féminins n\u2019avait jamais dépassé le quart de la production générale.Coincidence?Peut-être.Pourtant un autre phénomène plus troublant s\u2019ajoute à cette première constatation: les meilleurs romans de 1975 étaient dus à une plume féminine.Quelques nouvelles-venues avaient apporté la fraîcheur de leur voix inédite dans le choeur riche mais encore trop faible des voix anciennes: Jocelyne Felx, Renée Larché, Elya-ne Roy, Marcelle Brisson, Normande Elie, autant de romancières, nées en 1975, dont il sera intéressant de surveiller l\u2019oeuvre à venir.Mais pour le moment ce sont encore leurs devancières qui s\u2019imposent et retiennent l\u2019attention: Gabrielle Roy, dont Bonheur d\u2019occasion aurait suffi à faire la renommée, donne le magnifique Jardin au bout du monde, un recueil de quatre nouvelles dans lesquelles les personnages se correspondent, s\u2019appellent et assurent au recueil l\u2019unité et le mouvement qui caractérisent les meil\u2019eurs romans.D\u2019Adrienne Choquette, dont les Presses laurentiennes viennent tout juste de rééditer Confidences d\u2019écrivains(3), une oeuvre posthume: le Temps des villages, dans la simplicité et en même temps l\u2019art subtil de sa technique, le \u201crécit\u201d prenant sans en avoir l\u2019air toute la place que les romanciers les plus modernes veulent ostensiblement lui voir accaparer dans leurs oeuvres, rappelle non seulement le souvenir mais la présence actuelle de l\u2019auteur de Laure Clouet.En cette héroïne silencieuse, discrète, presque oubliée, si elles avaient pu la rencontrer il y a dix ans, peut-être les femmes du Québec auraient-elles reconnu leur propre soif de vie et leur propre jeunesse inviolée, inviolable et toujours future.En 1975 également reviennent, dans toute la force et la maîtrise de leur talent, Anne Hébert et Marie-Claire Blais, tandis qu\u2019An-drée Maillet et Claire de Lamirande ajoutent chacune à leur oeuvre déjà considérable un roman qui témoigne de l\u2019authenticité de leur engagement littéraire et \u201cféministe\u201d.Tous ces romans de 1975 et ceux des années précédentes forment un corpus impressionnant qui, sinon par son étendue, du moins par sa qualité humaine et formelle peut être rapproché, sans danger d\u2019être éclipsé ou satellisé, de l\u2019ensemble des romans masculins de la même époque.LE PANORAMA ROMANESQUE ACTUEL Cette nouvelle génération de romanciers, nous l\u2019avons vu, est pessimiste, ce qui fait dire à plusieurs que le roman québécois est noir, désespéré et désespérant.La plupart des romanciers, à l\u2019instar des héros de Beaulieu, ne croient plus au progrès et s\u2019abandonnent au démon de la métamorphose.Le passé, le présent et l\u2019avenir, le réel et le rêve, l\u2019amante, l\u2019épouse, la fille et la mère tournent en rond dans le pays et dans les livres.Quand le roman s'achève, le romancier-narrateur-héros retombe dans le gouffre de sa solitude et de sa soif; le DECEMBRE 1976 347 pays et la femme s\u2019effacent comme des mirages que les mots vainement ont tenté d\u2019atteindre et de reconquérir.L'ensemble des romans québécois masculins ne peut plus donner du pays ni de la femme une image monolithique rassurante.Pour les romanciers, le Québec et la nation sont devenus des êtres protéiformes et inquiétants que nul ne peut se vanter de connaître vraiment et dont chaque écrivain n\u2019aperçoit jamais qu\u2019un aspect.Pour Jacques Benoit, ce Protée moderne prend l\u2019apparence, dans Jos Carbone, d\u2019une forêt mythique; tandis que Roch Carrier l\u2019enferme dans un petit village de Dorchester dans la Guerre Yes Sir, ou le confond avec une calèche frénétique dans Floralie, où es-tu?, Gérard Bessette l\u2019identifie au salon funéraire où la famille désespérée tente de s\u2019échapper du cycle fatal qui enferme le pays et la femme dans le cercle inviolable d\u2019un destin de mort.Dans l\u2019impossibilité où ils sont de reconnaître comme leur patrie le pays réel, les héros de romans sont presque tous devenus des déserteurs.Pour fuir, ils tâchent de briser les frontières pourtant inexistantes et ne trouvent de refuge, il va sans dire, que dans le no man\u2019s land de la forêt primitive, comme Momo Boulanger, le héros de Major, qui abandonne le village natal, en train de s\u2019américaniser, la femme décevante, l\u2019enfant qu\u2019il lui a donné, pour regagner l\u2019espace vacant des coureurs de bois dont il attend, comme d\u2019une mère retrouvée, la vigueur et la jeunesse d\u2019une renaissance.Les romanciers désertent également la vie adulte et ses responsabilités familiales, sociales et politiques.Ils fuient vers l\u2019arrière, vers l\u2019enfance en allée.Jamais il n\u2019y a eu peut-être autant de héros enfants que dans le roman québécois depuis dix ans.Qu\u2019on pense aux romans de Ducharme, Jacques Poulin, Pierre Châtillon, André Lan-gevin, Jean-Pierre Eugène, Marc Doré, Adrien Thério, Georges Dor, Jacques Gar-neau, etc.L\u2019humour sert également de soupape au romancier pour qu\u2019il puisse s\u2019échapper du réel et du tragique d\u2019une condition qu\u2019il refuse: les jeux de mots, les calembours, les procédés burlesques sont autant de pirouettes destinées à désamorcer la colère, le désespoir et la violence.Telles sont, il me semble, les grandes caractéristiques des principaux romans masculins québécois des récentes années.Disons pour résumer, en empruntant une image à Victor-Lévy Beaulieu, qu\u2019ils sont comme des \u201cbarques toutes chavirantes, toutes échouées\u201d.Le romancier a cherché refuge en elles pour s\u2019évader du pays réel \"équivoque\u201d.Il s\u2019aperçoit qu\u2019il ne peut rien faire pour s\u2019éloigner des rives.Le roman prend 4.\tAndrée Maillet, Lettres au Surhomme.Roman.Vol.I.Montréal, la Presse, 1976, 221 pp.5.\tClaire de Lamirande, La Pièce montée.Roman.Montréal, Editions du Jour, 1975, 149 pp.eau de toutes parts et est constamment ramené sur le sable des grèves comme une barque hallucinée.A côté du romancier, rameur ou pêcheur, se profile le fantôme, créé par son désir et par sa soif.Ce fantôme, qui chez Beaulieu peut s\u2019appeler Blanche forcée, est celui d\u2019une femme désirable et toujours refusée, inaccessible comme la patrie, fuyante comme l\u2019instant qui passe, décevante comme un mirage.En s\u2019enfermant dans le monde de sa chimère, le romancier, dans bien des cas, a coupé les amarres qui retenaient les lecteurs autour de lui; le vide s\u2019est créé insensiblement.Enchaîné dans sa solitude comme dans une camisole de force, il ne fait rien pour les retenir.Il est bien loin le temps où le romancier savait captiver le lecteur par son habilité à lui raconter une histoire plausible avec un commencement, un milieu et une fin: l\u2019histoire de Menaud, de Trente arpents, de Poussière sur la ville, d\u2019Au pied de la pente douce.Non, le romancier ne raconte plus d\u2019histoire, il fait lui-même l\u2019histoire quand il écrit un livre.Il est à la fois romancier et héros et les seuls lecteurs qu\u2019il souhaite sont ceux qui acceptent de dire \u201cje\u201d avec lui, de lui prêter leur voix, certes, mais également de prendre la sienne, d\u2019oublier en même temps que lui ce qu\u2019ils sont pour traverser à sa façon le pays-roman afin que se nouent, dans un rêve impossible, la patrie future improbable à la terre lointaine des origines, l\u2019épouse inaccessible et la mère disparue.LA CONQUÊTE DE LA VIE Pendant que les romanciers chavirent dans l\u2019imaginaire et que leurs romans viennent s\u2019échouer comme des barques chavirantes sur les rives du pays irréel, à quelle exploration et à quelle entreprise se consacrent les romancières du Québec?S\u2019acharnent-elles à suivre le sillage tourmenté des vaisseaux-fantômes ou, au contraire, ont-elles une trajectoire particulière?Fuient-elles, elles aussi le réel, le présent?Sont-elles solitaires, déçues, désespérées?Poursuivent-elles une chimère ou un objectif concret, possible, réalisable?Pour répondre à toutes ces questions et pouvoir ébaucher au moins une esquisse du panorama romanesque féminin, il faut maintenant ouvrir quelques romans récents, ceux qui m\u2019apparaissent, non seulement les meilleurs, mais également les plus représentatifs de la production féminine actuelle.Lettres au surhomme(4) Il faut noter immédiatement la désinvolture avec laquelle Andrée Maillet recourt à un procédé très ancien, presque aussi ancien que le genre romanesque lui-même, le roman par lettres.De plus, tournant apparemment le dos au présent, aux préoccupations actuelles, elle situe l\u2019action de son roman dans les années de la dernière Guerre.L\u2019héroine, Salomé Camaraire, une Montréalaise de dix-neuf ans, étudie à New York où elle a fait la rencontre d\u2019un Américain dans la trentaine.Dès la première lettre qu\u2019elle écrit, le lecteur apprend que l'aventure amoureuse des deux jeunes gens s\u2019est soldée par un échec et que c\u2019est Salomé elle-même qui a rompu.Cette correspondance reposera donc sur un paradoxe.Pendant près de deux ans, la jeune fille persistera à écrire à son amant éconduit trente-deux lettres dans lesquelles elle s\u2019acharne à livrer à celui à qui elle avait d\u2019abord abandonné son corps, ses pensées les' plus secrètes, ses convictions les plus profondes, ses goûts, ses appréhensions.Elle lui raconte tous les événements de sa vie intime, de sa vie familiale et sociale.Elle lui parle de ses maladies, de ses succès, de ses échecs.En somme, elle est aussi ouverte avec lui qu'elle le serait vraisemblablement avec un fiancé ou un époux.Dans chacune de ses lettres, elle lui dit son amour et sa haine, sa fidélité et son affranchissement le plus total.Cette correspondance ressemble à s\u2019y méprendre à un journal personnel, à une confession psychanalytique.A travers elle, Salomé, en même temps que le sens de la vie et le goût de la liberté, se découvre elle-même.Elle apprend et elle proclame qu\u2019elle est femme et fière de l'être, qu\u2019elle est attachée aux valeurs du passé, à la famille, à la patrie, qu\u2019elle veut pour sa part contribuer à sauvegarder ces valeurs.En somme, elle fait siennes, dans l\u2019échec d\u2019un amour qui reposait sur l\u2019équivoque, toutes les aspirations féminines de tendresse, de paix, de communion avec la nature.Cette fille lucide, très moderne, libre, qui sait prendre toutes les précautions nécessaires pour ne pas avoir à recourir à l\u2019avorteur, ami de son oncle, dont elle connaît l\u2019adresse, écrit: Mes amis m\u2019avertirent de ne jamais me fier aux hommes dans ce domaine, en aucun cas.Je pense au bonheur, moi (.) je te l\u2019ai dit: j\u2019ai acquis de la prudence, pas de dureté.Ma carrière?J\u2019y songe de moins en moins.Je voudrais me marier, avoir un chez-moi, des enfants, un mari qui m\u2019aimerait et me protégerait, que je pourrai aimer en retour.(P.165) Salomé est femme, presque surfemme, n\u2019a-t-elle pas appris avec stupéfaction, mais sans honte, que la nature l\u2019avait dotée de deux utérus?Elle est féminine jusqu\u2019à la pointe des cheveux et, il faut l\u2019avouer, dans ce cas-ci du moins, Jean Cau avait raison, si elle a répudié un homme, elle n\u2019en continue pas moins d\u2019attendre l\u2019homme.La Pièce montée(5) Dans la Pièce montée, Claire de Lamirande recourt à un autre procédé classique: chaque chapitre est consacré à un personnage.C\u2019est l\u2019ensemble des visions fragmentaires de chacun qui constitue l\u2019univers du roman.L\u2019histoire, elle, tourne autour d\u2019un portrait, le portrait d\u2019un homme décédé.Sophie est allée à la vente aux enchères que son neveu a organisée après la mort de sa mère.Elle a eu la stupeur d\u2019apercevoir, en se promenant autour des vieux meubles, le portrait de son frère Edmond.Devant ce qu\u2019elle considère presque comme un sacrilège de la part du fils du disparu, elle décide de se porter acquéreur du portrait et l\u2019apporte chez elle.Une fois en possession de ce talisman, il lui vient à l\u2019esprit l\u2019idée de faire une leçon à son neveu en se moquant de lui.C'est ici que le titre du roman trouve sa justification, car tous les événements 348 RELATIONS vont, partant d\u2019un artifice, d\u2019une structure fantaisiste, s\u2019échafauder les uns sur les autres comme les étages d\u2019une pièce montée.Sophie, le lecteur ne tarde pas à l\u2019apprendre, a été déshéritée au profit de ses deux frères vivants à la mort de son père.Elle a paru se résigner à cette injustice tout au long des années, mais l\u2019événement du portrait ranime son sentiment de frustration.Elle laisse donc courir dans la famille la rumeur qu\u2019elle a trouvé une somme d\u2019argent cachée sous le portrait d\u2019Edmond.Cette supposée découverte ne laissera personne indifférent, surtout pas les femmes de la famille: les filles de Sophie, sa nièce, ses belles-soeurs.Chacune prend conscience à nouveau, à la lumière de sa propre vie et de ses propres échecs, de la difficulté pour une femme d\u2019occuper, dans le monde du travail, dans la société, la place à laquelle elle croit avoir droit.Il y aurait un rapprochement intéressant à faire entre ce roman de Claire de Lamirande et les Belles-Soeurs de Michel Tremblay.Qu\u2019elles soient autour d\u2019un portrait ou d\u2019un million de timbres-primes, \u2014 peu importent les circonstances, \u2014 dans les deux cas, des femmes mettent à jour leurs désirs, leurs ambitions, la médiocrité de leur vie, la condition inférieure où elles sont maintenues.Michel Tremblay les abandonne entredéchirées et solitaires à leur désespoir; Claire de Lamirande laisse entrevoir une sorte de lueur faite de compréhension mutuelle et d\u2019entraide.Les belles-soeurs étaient comme des rapaces autour d\u2019une proie; les femmes de la Pièce montée ont préféré l\u2019ombre à la proie, parce que cette ombre bienfaisante leur est apparue brillante comme le visage de l\u2019espoir.6.\tLouise Maheux-Forcier, Paroles et musiques.Roman.Montréal, Cercle du Livre de France, 1973, 167 pp.7.\tAnne Hébert, Les Enfants du sabbat.Roman.Paris, Editions du Seuil, 1975, 187 pp.8.\t\u2018\u2018La \u2018nouvelle Héloise\u2019 québécoise: une lecture des Enfants du sabbat\u201d, dans Relations, vol XXXVI, no 413, pp.92-94.\"Qui sont les 'enfants du sabbat\u2019?\u201d, dans les Lettres québécoises, vol.I, no 1, mars 1976, pp.4-6.9.\tMichèle Mailhot, Le Portique, Roman.Montréal, Le Cercle du Livre de France 1967, 133 pp.10.\tMarie-Claire Blais, Manuscrits de Pauline Archange.Roman.Coll.\"Les Romanciers du Jour\u201d.Montréal, les Editions du Jour, 1968, 127 pp.Marie-Claire Blais, Vivre! Vivre! Roman, la suite des Manuscrits de Pauline Archange, coll.\u201cLes Romanciers du Jour\", 1969, Montréal, les Editions du Jour, 1969, 170 pp.Marie-Claire Blais, Les Apparences.Roman, 3e tome des Manuscrits de Pauline Archange.Coll.\"Les Romanciers du Jour\u201d, Montréal, les Editions du Jour, 1970, 203 pp.11 .Liberté, vol XVIII, no 4-5, (juillet-octobre 1976), \"La Femme et l'écriture\u201d.Actes de la rencontre québécoise internationale des écrivains.et les chroniques de Liberté.394 pp.Paroles et musiques(6) Dans Paroles et musiques, Louise Maheux-Forcier prête sa voix à une femme qui, sur son lit d\u2019hôpital, s\u2019apprête à subir une intervention chirurgicale.Comme ceux qui vont mourir, elle voit défiler toute sa vie une \u201cdernière fois sur l\u2019écran de ses paupières\u201d.La confession qu\u2019elle livre contient les souvenirs de l\u2019enfance où dominent les images de violence imposées par le grand frère qui étouffe les grenouilles, qui tue les oiseaux, coupe une tresse des cheveux de sa soeur; l\u2019aveu de la terreur devant les colères du père; le souvenir de la vie effacée, soumise, silencieuse de la mère aux prises avec des maladies de femme qui, après l\u2019avoir humiliée toute sa vie, l\u2019ont emportée.Elle décrit aussi sa soif d\u2019amour, ses rêves déçus, ses amours tumultueuses et destructrices et finalement sa recherche de tendresse et de compréhension auprès des femmes qui lui ont permis de goûter les seuls moments de paix et de douceur de son existence: Mon père, je m'accuse de n\u2019avoir estimé que le geste d\u2019écrire, d\u2019avoir compté les heures en mots, les jours en phrases et d\u2019avoir douté de mon existence, autant que de celle des autres, si mes manuscrits n\u2019en témoignaient pas.Ainsi, je me retirais du monde comme une novice occupée de Dieu, toute voilée cmme elles le sont autour de moi lorsque me donnant les soins les plus répugnants, elles cherchent au fond de mon regard l\u2019idée de leur propre salut en même temps que la vraie couleur de mes yeux.Ainsi, la forme du poème, la sonore dentelle qui l\u2019habille, m'ont tenu lieu de robe et de réalité.J\u2019ai désiré que le temps s\u2019arrête à mesure qu'il passait.(P.46) Quand elle se croit parvenue à ses derniers moments, c\u2019est encore dans l\u2019univers des mots, dans le paradis artificiel du roman poétique que se réfugie l\u2019héroïne de Louise Maheux-Forcier.Toute sa vie, elle a voulu fuir le destin tragique des femmes de son pays, en se libérant des contraintes qui pèsent sur l\u2019épouse et sur la mère.Après avoir aimé follement et servilement un homme qui l\u2019a déçue et trahie, elle s\u2019est tournée vers des amours narcissiques pour retrouver l\u2019intégrité de son être.Quand elle reprend l\u2019usage de ses sens au sortir de la salle d\u2019opération, après cette longue descente aux enfers de sa mémoire, elle constate que cette vigile ne conduisait pas à la mort, mais au réveil brutal dans son corps de femme, un corps désormais mutilé.Face au livre-miroir qui lui renvoie sa propre image, l\u2019héroine puise cependant de nouvelles raisons de vivre: Voici le crépuscule et l\u2019heure du kérosène dans le réservoir de la lampe.J\u2019ai provision de murmures et de secrets pour les oreilles fines.J'ai à parler à ceux que j'aime.C\u2019est la brunante éclairée de mouches à feu.(167) La femme a retrouvé sa puissance dans la complicité avec les forces de la nuit.La parole féconde a surgi des paroles proférées dans une sorte d\u2019hypnose; la musique intérieure, celle qui ressemble à la paix, est née des sons de toute une vie dont l\u2019oreille attentive a pu capter, au-delà de la cacophonie d\u2019un univers de violence, l\u2019harmonie indestructible.Je ne mentionnerai les Enfants du sab-bat(7) d'Anne Hébert qu\u2019à titre de rappel puisque j\u2019ai déjà consacré quelques articles à ce roman(8).Comme Elisabeth, dans Ka-mouraska, soeur Julie combat de toutes ses forces pour sauvegarder son intégrité, sa vie et sa liberté.Mieux qu\u2019elle cependant elle réussira à miner les forces occultes qui l\u2019écrasent, car elle parviendra à réconcilier dans son être la chair, l\u2019esprit et ce coeur obscur qu\u2019est l\u2019imaginaire.L\u2019enfant qu\u2019elle met au monde au terme de ses mois d\u2019épreuve est le fruit de cette réconciliation.Bien d\u2019autres romans pourraient témoigner de cette recherche vitale de la femme romancière, recherche étroitement liée à son expérience d'écriture.Michèle Mailhot, par exemple, dès le Portique(9), laissait présager le séisme qui devait ébranler le monastère des Enfants du sabbat.Cette romancière fougueuse et tenace, patiemment, ronge maille après maille, roman après roman, le filet qui continue d\u2019emprisonner la femme québécoise même après que les barrières extérieures se sont effondrées.Pour elle, comme pour l\u2019héroine des Manuscrits de Michel Archange( 10) de Marie-Claire Blais, la conquête de la vie doit emprunter l\u2019étroit chemin de l\u2019introspection et déboucher sur l\u2019univers purifié et réinventé de l\u2019écriture.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, les romancières québécoises modernes doivent d\u2019abord régler un compte personnel avec le passé.Pour les plus grandes d\u2019entre elles, cette liquidation va de pair avec la recherche formelle et dépasse largement les préoccupations autobiographiques et féministes.D\u2019autres, cependant, soit parce qu\u2019elles sont encore inexpérimentées dans les voies de l\u2019écriture, soit parce qu\u2019elles ne possèdent pas ces dons qui font les véritables romancières, ne parviennent pas à décoller de leur petit monde qu\u2019elles traînent comme un boulet.Après ce rapide survol des principaux romans féminins récents, peut-on, sans risquer des généralisations trop hâtives, tenter de dégager certaines tendances spécifiques de l\u2019apport de la femme à la littérature québécoise moderne?J\u2019ai lu récemment le numéro que la revue Liberté( 11) vient de consacrer à la Rencontre québécoise internationale des écrivains, celle qui a eu lieu en octobre 1975 et dont le thème était précisément \u201cLa femme et l\u2019écriture\u201d.Les séances, semble-t-il, furent orageuses, le problème de l\u2019écriture passant souvent au second plan devant des plaidoyers virulents sur la condition de la femme.A la lumière de ce colloque, j'ai relu quelques romans féminins.J\u2019ai alors soudainement mieux compris que pour la romancière, même la moins engagée activement dans le mouvement d\u2019émancipation de la femme, l\u2019univers romanesque ne peut s\u2019édifier dans une sorte de no woman\u2019s land idéal, paradis de l\u2019écriture purifié de toutes les scories qu\u2019ont accumulées au cours des siècles sur l\u2019âme féminine les sociétés patriarcales, les traditions chevaleresques et les civilisations modernes de la violence.Mais écrire un roman, pour la femme, quoi qu\u2019on puisse penser, ce n\u2019est pas d\u2019abord défendre une cause: celles qui visent cet objectif, comme Madeleine Ouellette-Michalska, Michelle Guérin, Hélène Rioux, Jovette Mar- DECEMBRE 1976 349 chessault, Dominique Blondeau, etc., ne parviennent qu\u2019à réussir des plaidoyers horripilants, stériles pour la littérature, \u2014 mais c\u2019est vivre, c\u2019est récupérer chacun des instants de sa vie, rassembler les forces vives inemployées.Sur chacun des romans que nous avons parcourus aujourd\u2019hui, on pourrait apposer ce sceau de la vie.De cette soif de vie découle, il va sans dire, le besoin d\u2019affirmer son identité, de se ressaisir dans la plénitude de ses dons spécifiques, dons du corps, de l\u2019esprit et du coeur, de rejeter les puissances occultes séculaires qui ont pesé sur le destin des femmes.Pendant que les romanciers du Québec s'enferment dans la solitude, s\u2019interrogent avec angoisse et désespoir sur ce qu\u2019ils croient être l\u2019échec national, se lamentent, gémissent et jurent devant les forces de mort en germe dans tous les signes de vie, poursuivent le fantôme de l\u2019épouse décevante confondue avec celui de la patrie irréelle et cherchent, dans le refuge apaisant du souvenir de la mère et du passé, l\u2019oubli et le pis-aller des métamorphoses, les romancières, elles, sont ailleurs, aux antipodes de cet univers noir et fataliste.Peu importe que leurs romans présentent l\u2019apparence des moules anciens.Ces moules éclatent sous la puissance du ferment qu\u2019elles y enferment.Chacune de leurs oeuvres, comme une naissance, dans les manifestations confondues de la douleur et de la joie, porte les signes d\u2019une longue filiation, d\u2019une ascendance obscure, mais tenace.Les romanciers ont désespéré que la terre et le Québec leur soient jamais une patrie: ils n\u2019attendent plus la parousie; les romancières, elles, sont encore avant le chaos, dans ce monde des possibles.Elles écrivent, comme l\u2019on enfante, l\u2019univers de leur corps; elles découvrent avec ravissement ce monde neuf qui les attend et qui naîtra d\u2019elles et avec elles.Adam a vécu, il a péché, il désespère.Eve travaille dans l\u2019ombre à préparer l\u2019ère nouvelle, la patrie future, non pas une patrie de papier qui se déchire dès qu\u2019on tente d'y tracer une frontière, mais une patrie de chair et de sang, la patrie de son corps reconquis, de son identité reconnue, de sa fidélité dans la liberté.Toute la littérature québécoise féminine, oui, c\u2019est vrai, \u201cattend l\u2019homme\u201d, non pas comme un Messie, un surhomme, un prince charmant, un héros, un père ou un fils, mais comme l\u2019Epoux réel, promis à la femme nouvelle.D\u2019ici le jouf des retrouvailles et des Noces, le romancier et la romancière poursuivent leurs chemins parallèles, apparemment très éloignés l\u2019un de l\u2019autre.Leurs romans témoignent cependant de leur manque réciproque, du besoin qu\u2019ils ont l\u2019un de l\u2019autre, et, quand on les confronte, on s\u2019aperçoit que de leur complémentarité, la littérature québécoise tire sa richesse, sa fécondité et son épanouissement futur.Le 16 novembre 1976.relations - tables de l\u2019année 1976 - 36e année, numéros 411-421 I - AUTEURS ARES, R.- Les \u201ctransferts\u201d linguistiques à Montréal.III - le cas des groupes portugais, hongrois, ukrainien, chinois et espagnol: 13.-\t\u201cL\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec\u201d de Jacques Brossard: 235.-\tPour se retrouver dans les dédales de la pensée marxixte:341.AUTEUIL (d\u20191, G.-H.- chronique THEATRE (ci-dessous, IV).BOUCHARD, G.- Le.Service de Pastorale des jeux olympiques: 174.BOURGAULT, R.- Les Catholiques américains élisent leur Président:335.BOURGEAULT, G.- Chantier 1976 - Quelle famille: 80.-\tA la recherche d\u2019une nouvelle éthique: 120.BROSSARD, J.- Document: le droit du Québec à l\u2019autodétermination et à l\u2019indépendance: 238.CARRIER, H.- Une ère nouvelle de l\u2019éducation: la formation permanente: 240.CHARBONNEAU, A.- Les Béatitudes: 300.CHENEVERT, J.- Démocratiser l\u2019Eglise?: 249.Une discussion mal engagée: 271.-\tVers une expulsion de la théologie: 298.-\tL\u2019Eglise d\u2019Italie en congrès:333.CHOQUETTE, R.- La vie dans l\u2019Esprit et la méditation transcendentale: 227.COMITE CATHOLIQUE.- Reprendre en main le projet scolaire: 280.DESROCHERS, I.- Croissance économique et responsabilités sociales: 2.-\tUn évêque prophétise et en paie le prix: 264.-\tUne Eglise qui garde de moins en moins le silence: 291.-\tLe Québec veut-il vivre?: 323.DUSSAULT, M.- Martin Heidegger, Une mort qui donne à penser.: 220.ETHIER, J.-R.- Cinéma: -\tQue la fête commence!: 57.-\tLe spectacle cinématographique: 67.-\tLa Marquise d\u2019O: 315.-\tFace à.quoi?Sur le dernier film d\u2019Ingmar Bergman: 343.GRANDMAISON, J.- Une Eglise tranquille dans une société volcanique I: 131.-\tII - Les orientations profanes des catholiques québécois: 163.-\tIII - Un débat de fond et deux pistes d\u2019action: 195.-\tL'a - société et la 3e révolution (Tricofil): 259.HARVEY, J.- Le dimanche et le lundi: 135.IC ART, M.- Les pays catalans, leur histoire et leur question nationale: 17.LABELLE, J.-P.- L\u2019Arche de Jean Vanier, un message actuel: 63.-\tUn moment de réflexion sur l\u2019Eglise du Québec: 255.-\tLa crise de l\u2019Eglise en France:330.LACHANCE, R.- Impact de l\u2019Incarnation sur la vie du chrétien: 340.LAMONT, Mgr Donald R.- La situation réelle en Rho-désie: 264.-\tLettre ouverte au gouvernement de Rhodésie: 266.LEGERE, Martin - La coopération, facteur de développement économique chez les Acadiens: 268.LEGRIS, D.- Eglise et Evangile en Chine: 147.LEVER, Y.- Chronique CINEMA (ci-dessous IV).LORTIE, L.- Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens: 312.LUCIER, P.- La crise des valeurs au Québec: 70.-\tLa Pâque d\u2019une culture: 107.MARCOTTE, M.- Homosexualité et morale.I - Les données phénoménales de base: 142.-\tII - Préambules critiques et vues d\u2019ensemble: 169.-\tDétroit appelle, Répondez Chicago: 296.MENARD, G.- Entre mensonge et vérité.Approche de l\u2019idéologie, I.Présence et genèse d\u2019un concept: 21.-\tUne théologie écartée entre le Séminaire et la rue: 40.-\tEntre mensonge et vérité.Approche de l\u2019idéologie.II.La contribution marxiste: 109.-\tEntre rêve et réalité: approche de l\u2019utopie, - La réhabilitation d\u2019un concept: 178.-\tII.Dimensions de l\u2019utopie: 210.MESSIER, E.- L\u2019Unité des soins palliatifs et le département de pastorale à l\u2019hôpital Royal Victoria: 305.MYRE, A.- Il est ressuscité?Et puis après?: 103.PAGE, J.-G.- Commentaires à la suite de l\u2019élection du 15 novembre: 328.PAIEMENT, G.- Les voies d\u2019avenir des communautés de base: 98.POULIN, G.- chroniques LITTERATURE et LES LIVRES (ci-dessous, III).-\tRomans québécois féminins des années \u201970:347.RAYMOND, L.-B.- Malraux: la pensée d\u2019un homme exceptionnel: 339.ROY, D.J.- La Bioéthique, une responsabilité nouvelle pour le contrôle d\u2019un nouveau pouvoir: 308.RUEST, M.- Education: les offres patronales 2: la sécurité de l\u2019emploi: 9.-\t3.La tâche des enseignants: 51.-\tEducation: les négociations.- Qui veut un décret: 83.-\tNégociations: Pourquoi cette loi: 139.-\tMédiateurs de la dernière chance?: 207.-\tLes conditions d\u2019une éducation permanente: 246.-\tPeut-on parler de névrose chrétienne?: 342.SEGUNDO, J.L.- Libération et Evangile I: 151.-Libération et Evangile II, - L\u2019apport spécifique des chrétiens à la libération: 184.-\tIII.- Prophétisme aujourd\u2019hui et lecture de Bible: 216.SOUFFRANT, Claude - Léopold Sédar Senghor: son apport idéologique au Tiers Monde Noir: 278.VALIQUETTE, S.- Nairobi: Jésus libère et unit.5e Assemblée générale du C.O.E.: 35.-\tNairobi: Chrétiens solidaires de toute l\u2019humanité: 74.-\tAccords d\u2019Helsinki respectés ou violés en U.R.S.S.: 276.VERDIEU, E.- Le Canada et le nouvel ordre économique international: 115.-\tLe Canada et la faim dans le monde: 202.Il - MATIÈRES ACADIE - L\u2019Acadie et ses poètes, G.P.: 29.ACADIENS - La coopération, facteur de développement économique chez les Acadiens, M.L.: 268.AFRIQUE - Léopold Sédar Senghor: son apport idéologique au Tiers-Monde Noir, C.S.: 278.AUTODETERMINATION - \u201cL\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec\u201d de Jacques Brossard, R.A.: 235.BRESIL: terre des martyrs.- -Une Eglise qui garde de moins en moins le silence, I.D.: 291.- Documents: 292.CATALANS (PAYS) - Leur histoire et leur question nationale, M.I.: 17.CHANTIER \u201976 - Quelle famille!, G.B.: 80.CHINE - Eglise et Evangélisation en Chine, D.L.: 147.CINEMA - voir ci-dessous, IV.COMMUNAUTES DE BASE - Les voies d\u2019avenir des communautés de base, G.P.: 98.COOPERATION - La coopération, facteur de développement économique chez les Acadiens, M.L.: 268.ECONOMIE - Croissance économique et responsabilités sociales, I.D.: 2.-\tLe Canada et le nouvel ordre économique international (NOEI), E.V.: 115.EDUCATION - les offres patronales 2: la sécurité de l\u2019emploi, M.R.: 9.-\t3.La tâche des enseignants, M.R.: 51.-\tLes négociations.Qui veut un décret, M.R.: 83.-\tLes négociations.Pourquoi cette loi, M.R.: 139.-\tMédiateurs de la dernière chance?, M.R.: 207.-\tUne ère nouvelle de l\u2019éducation: la formation permanente, H.C.: 240.-\tLes conditions d\u2019une éducation permanente, M.R.: 246.-\tReprendre en main le projet scolaire, Comité catholique: 280.EGLISE - -\tUne Eglise tranquille dans une société volcanique, J.GM.: 131.350 RELATIONS -\tLe dimanche et le lundi, J.H.: 135.-\tEglise et Evangile en Chine, D.L.: 147.-\tUne Eglise tranquille dans une société volcanique 1, Les orientations profanes des catholiques québécois, J.GM.: 163.-\tIII.- Un débat de fond et deux pistes d\u2019action, J.GM.: 195.-\tDémocratiser l\u2019Eglise, J.C.: 249.-Un moment de réflexion sur l\u2019Eglise du Québec.J.P.L.: 255.-\tUne discussion mal engagée, J.C.: 271.Détroit appelle, Répondez Chicago!, M.M.: 296.-\tL\u2019Eglise d\u2019Italie en congrès, J.C.: 333.-\tLa crise de l\u2019Eglise en France, J.P.L.: 330.ELECTIONS - -\tLe Québec veut-il vivre?, I.D.: 323.-Commentaires à la suite de l\u2019élection du 15 novembre, J.-G.P: 328.-\tLes Catholiques américains élisent leur Président.R.B.:335.ETHIQUE - A la recherche d\u2019une nouvelle éthique, G.B.: 120.ETHIQUE SEXUELLE - -\tHomosexualité et morale.I - Les données phénoménales de base, M.M.: 142.-II.- Préambules critiques et vues d'ensemble, M.M.: 169.EXPERIENCE SOCIALE - L\u2019a-société et la troisième révolution (Tricofil), J.GM.: 259.FAIM - Le Canada et la faim dans le monde, E.V.: 202.FAMILLE - Chantier\u201976, Quelle famille, G.B : 80.HEIDEGGER - Une mort qui donne à penser, M.D.: 220.HOMOSEXUALITE - Homosexualité et morale.1 - Les données phénoménales de base, M.M.: 142.IDEOLOGIE - Entre mensonge et vérité.Approche de l\u2019idéologie 1.Présence et genèse d\u2019un concept.G.M.: 21.2.La contribution marxiste, G.M.: 109.JEUX OLYMPIQUES - SERVICE DE PASTORALE DES JEUX OLYMPIQUES - Un programme à long terme axé sur l\u2019activité sportive, G.B.: 174.LANGUE - Les \u201ctransferts\" linguistiques à Montréal, III le cas des groupes portugais, hongrois, ukrainien, chinois et espagnol, R.A.: 13.LIBERTE RELIGIEUSE - Accords d\u2019Helsinki respectés ou violés en URSS?, S.V.: 276.LITTERATURE: voir ci-dessous, III.MEDITATION TRANSCENDENTALE - La vie dans l\u2019Esprit et la méditation transcendentale, R.C.: 227.MEDECINE, VIE ET MORT - L\u2019Unité des soins palliatifs et le département de pastorale à l\u2019hôpital Royal Victoria, E.M.: 305.-\tLa Bioéthique: une responsabilité nouvelle pour le contrôle d\u2019un nouveau pouvoir, D.J.R.: 308.MONDE OUVRIER - Le Mouvement des Travailleurs Chrétiens, L.L.: 312.OECUMENISME - Nairobi: Jésus libère et unit.5e Assemblée générale du C.O.E., S.V.: 35.-\tNairobi: Chrétiens solidaires de toute l\u2019humanité, S.V.: 74.PASTORALE - Le Service de Pastorale des Jeux Olympiques, G.B.: 174.RESLIRRECTION - Il est ressucité?et puis après?A.M.: 103.-\tLa Pâque d\u2019une culture, P L.: 107.RHODESIE - Un évêque prophétise et en paie le prix, I.D.: 264.-\tLa situation réelle en Rhodésie, Mgr D.L.: 264.-Lettre ouverte au gouvernement de Rhodésie, Mgr D.L.: 266.SENGHOR - Léopold Sédar Senghor: son apport idéologique au Tiers-Monde Noir, C.S.: 278.SOCIALES (RESPONSABILITES) - Croissance économique et responsabilités sociales, I.D.: 2.THEATRE - voir ci-dessous, IV.THEOLOGIE - Une théologie écartelée entre le Séminaire et la rue, G.M.: 40.-\tDocument: La Théologie entre le Séminaire et la rue: 46.-\tVers une expulsion de la Théologie, J.C.: 298.-\tLes Béatitudes, A.C.: 300.THEOLOGIE DE LA LIBERATION - Libération et Evangile I, J.L.S.: 151.-\tII.- L\u2019apport spécifique des chrétiens à la libération, J.L.S.: 184.-\tIII.- Prophétisme aujourd\u2019hui et lecture de la Bible, J.L.S.: 216.URSS - Accords d\u2019Helsinki respectés ou violés en URSS?, S.V.: 276.U.S.A.- Détroit vous appelle, Répondez Chicago!, M.M.: 296.-\tLes Catholiques américains élisent leur Président, R.B.:335.UTOPIE - Entre rêve et réalité: Approche de l\u2019utopie I - La réhabilitation d\u2019un concept, G.M.: 178.-\tII.- Dimensions de l\u2019utopie, G.M.: 210.VALEURS NOUVELLES - Le spectacle cinématographique, J.R.E.: 67.-\tLa crise des valeurs au Québec, P.L.: 70.Ill - LES LIVRES ARSENAULT, G.- Acadie Rock (G.P.): 31.BEAULIEU, V.-L.- Blanche forcée (G.P ): 318.BRAULT, J.- L'en dessous l'admirable (G.P.): 221.BROSSARD, J.- L'accession à la souveraineté et le cas du Québec, (R.A.): 235.CHAMBRE, H.- De Karl Marx à Lénine et Mao Tsé Toung, (R.A.):341.CHIASSON, H.- Mourir à Scoudouc (G.P.): 31.CHOQUETTE, A.- Le temps des villages (G.P.): 157.CLARKE, B.- Un pari pour la joie, l\u2019Arche de Jean Va-nier (J.-P L.): 63.DENIEL, R.- Religions dans la ville (S.V.): 287.DUCHARME, R.- Les Enfantâmes (G.P.): 252.DUGUAY, C.- Les Stigmates du silence (G.P.): 31.ELIE, N.- Sanmaur (G.P.): 125.EN COLLABORATION - Les sports dans l\u2019optique chrétienne (R.A.): 87.FELX, J.- Les petits camions rouges (G.P.): 125 FOREST, L.- Saisons antérieures (G.P.): 30.GODBOUT, J.- L\u2019isle au dragon, (G.P.): 319.HEBERT, A.- Les Enfants du sabbat (G.P.): 92.LAFOND, M., c.s.c.- Confessions et réflexions (R.A.): 87.LEBLANC, R.- Cri de terre (G.P.): 29.MAJOR, A.- Les Rescapés (G.P.): 188.MAILHOT, M.- Veuillez agréer.(G.P.): 125.MAILLET, A.- A la mémoire d'un héros (G.P.): 125.MARCOTTE, G.- Le roman à l'imparfait (G.P.): 286.MAREILLE, F.- Overdose (M.R.): 94.MIRANDE.J.- Samara (M.R.): 94.MAJOR, A.\u2014 L\u2019Epidémie (G.P.): 157.MOLLO, S.- Les Muets parlent aux sourds (M.R.): 94.NEATBY, B.- La grande dépression des années 30 (M.R.): 94.PAGE, J.-G.- Réflexions sur l'Eglise du Québec (J.-P.L.): 255.RIOUX, H.- Un sens à ma vie (G.P.): 125.ROY, E.- Chatmaux (G.P.): 60.ROY, G.- Un jardin au bout du monde (G.P.): 157.S.CONGREGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI.-Déclaration sur certaines questions d\u2019éthique sexuelle (R.A.): 88.S.S.PAUL VI - L'évangélisation dans le monde moderne (R.A.): 87.SOLIGNAC, Dr.P.- La névrose chrétienne (M.R.): 342.IV - THÉÂTRE ET CINÉMA Pièces commentées par Georges-Henri d\u2019Auteuil Boussille et les Justes: 28.Chaises (Les): 190.Coup de sang: 345.Délire à deux (Le): 190.Dernier des Don Juan (Le): 158.Dreyfus: 58.Evangeline Deusse: 124.Gapi: 345.Hamlet: 158.Inès Pérée et Inat Tendu: 345.Journées entières dans les arbres (Des): 222.Lion en Hiver (Le): 345.Macbeth: 190.Marathon (Le): 222.Marche, Laura Secord: 58.Misanthrope (Le): 317.Nef des Sorcières (La): 124.Noce chez les Petits Bourgeois (La): 190.Noé: 28.Nonnes (Les): 190.Ouvre-boî te (L '): 254.Pays dont la devise est: Je m'oublie (Un): 317.Pique-nique en campagne: 90.Précieuses ridicules: 59.Rivaux (Les): 316.Soudain, L\u2019été dernier: 190.Tempest (The): 158.Tour Eiffel qui tue (La): 222.Vilains (Les): 90.films analysés par Yves Lever Ahô - Au coeur du monde primitif: 27.Amour blessé (L\u2019): 26.Carcajou et le péril blanc: 156.Chronique des années de braise: 252.Cinéma africain (Le): 27.Jean Carignan, violoneux: 27.Mustang: 26.Partis pour la gloire: 26.Pour le meilleur et pour le pire: 26.Soleil a pas de chance (Le): 27.Tête de Normande Saint-Onge (La): 26.films analysés par Jean-René Ethier All the President's Men: 187.Face à face: 343.La marquise d\u2019O: 315.Que la fête commence: 57.OUVRAGES REÇUS André, Anne: Je suis une maudite sauvagesse.\u2014 Montréal, Leméac, 1976, 240 pp.Andrew, Caroline, Blais, A., et Desrosiers, R.: Les élites politiques, les bas-salariés et la politique du logement à Hull.\u2014 Ottawa, Ed.Univ.d'Ottawa, 1976, 280 pp.Bellefleur, M.et Levasseur, Roger: Loisir Québec (Les Dossiers Beaux-Jeux 1).\u2014 Montréal, Ed.Bellarmin, 1976, 109 pp.Berger, René: La télé-fission, alerte à la télévision.- Tournai, Casterman, 210 pp.Cahiers de recherche éthique: Une nouvelle morale sexuelle?- Montréal, Fides, 1976, 150 pp.Carrière, Gaston: Dictionnaire biographique des Oblats de Marie-Immaculée au Canada (tome 1 ).\u2014 Ottawa, Ed.Univ.d'Ottawa, 1976, 350 pp.Chambre, Henri: De Karl Marx à Lénine et Mao Tsé Toung.- Paris, Aubier Montaigne, 1976, 413 pp.Charbonneau, Louis: L\u2019Embryon.\u2014 Montréal, Ed.Feu Vert, 1976, 170 pp.Chatillon, Colette: L\u2019histoire de l\u2019agriculture au Québec.\u2014 Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1976, 126 pp.Chaunu, Pierre et Suffert, Georges: La peste blanche.Comment éviter le suicide de l'occident.\u2014 Paris, Gallimard, 1976, 265 pp.Criminologie, \u201cL'emprisonnement au Québec\", \u2014 Montréal, Pr.Univ.de Montréal, 1976, 245 pp.Critère, \u2018\u2018Pour un nouveau contrat médical\".\u2014 Montréal, Collège Ahuntsic, 1976, 205 pp.Etudes françaises, \u201cJacques Ferron\u201d, \u2014 Montréal, Pr.Univ.de Montréal, oct.1976.Desgouet, Christian: Le plaisir sexuel, est-ce un droit?- Paris, Ed.du Levain, 1975, 104 pp.Geoffroy, Jean et Claude, Michel: Le nez-o-limpis-me.Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1976.Girardi, Giulio: Chrétiens pour le socialisme.-Paris, Cerf, 1976, 206 pp.Grollenberg, Lucas: Bible Study for the 21 st Century.\u2014 Wilmington, N.Carolina, Consortium Books, 1976, 180 pp.Guindon, André: The Sexual Language.An Essay in Moral Theology.\u2014 Ottawa, U.of Ottawa Press, 1976, 476 pp.Hamel, Réginald: Gaétane de Montreuil.\u2014 Montréal, L\u2019Aurore, 1976, 210 pp.Harvey, Azade: Contes et légendes des lles-de-la- Madeleine 2, \u201cAzade! \u2014 Raconte-moi tes îles!\u201d \u2014 Montréal, Ed.Intrinsèque, 1976, 128 pp.Hébert, Jacques: La terre est ronde.- Montréal, Fides, 1976, 187 pp.Kattan, Naîm: La traversée.Nouvelles.- Montréal, l\u2019Arbre, HMH, 1976, 154 pp.Israel, Lucien: Le cancer aujourd\u2019hui.\u2014 Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1976, 344 pp.Janelle, Claude: Citations québécoises modernes.-Montréal, Ed.de l\u2019Aurore, 1976, 126 pp.Julien, Jacques et Perron, Claude: De souvenir en avenir.Prière pour une liturgie personnelle et communautaire.\u2014 Montréal, Fides, 1976, 156 pp.Julien, Pierre André, Lamonde, Pierre et Latouche, Daniel: Québec 2001, une société refroidie.-Québec, Ed.du Boréal Express, 1976, 213 pp.Kusche, L.David: Le triangle des Bermudes, la solution du mystère.- Montréal, Ed.de l\u2019Etincelle, 1976, 296 pp.Leigh, Norman: 13 contre la banque.- Montréal, Ed.Feu Vert, 1976, 294 pp.Le point théologique, n.18, \u201cMélanges E.Schille-beeckx, L'Expérience de l'Esprit\u201d.Paris, Beau-chesne, 1976,254 pp.Les cahiers des dix, n.4C, 1975.\u2014 Québec, 1976, 315 pp.Lessard, Diane: L\u2019agriculture et le capitalisme au Québec.- Montréal, Ed.l\u2019Etincelle, 1976, 180 pp.Libmann, Jean: Le nouveau divorce.- Tournai, Casterman, 1976, 20?pp.Malouin, Paul: Le livre du trappeur québécois.-Montréal, Ed.de l'Aurore, 1976, 216 pp.(suite à la page 346) DECEMBRE 1976 351 DES RÉÉDITIONS A TTENDUES iagogie de fexpérience spirituelle personnelle BiBLE ET EXERCICES SPIRITUELS 8EUABMIN « QESCLÉt DE BRDUWOR Pédagogie de l\u2019expérience spirituelle personnelle Bible et Exercices spirituels par Gilles Cusson Pour mieux comprendre la démarche personnelle qu\u2019exigent les Exercices de saint Ignace.427 pages; $8 (par la poste $8.50) Conduis-moi sur le Chemin d\u2019Eternité Les Exercices dans la vie courante par Gilles Cusson Un retour à l\u2019esprit de saint Ignace: les Exercices au milieu des occupations quotidiennes.219 pages; $5 (par la poste $5.50) Des livres pleins d'actualité quand le Québec s 'interroge sur lui-même Loisir Québec 1976 par Michel Bellefleur et Roger Levasseur 109 pages; $3.50 (par la poste $4) \u2022 \u2022 Philosophie au Québec Colloque de la Société de Philosophie du Québec 263 pages; $7.50 (par la poste $8) \u2022 \u2022 Réflexions sur l\u2019Eglise du Québec par Jean-Guy Pagé 108 pages; $3.50 (par la poste $4) Chez votre libraire ou aux Editions Bellarmin 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: (514) 387-2541 352 RELATIONS "]
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