Relations, 1 janvier 1975, Janvier
[" ¦ .V MONTRÉAL FAMILLE ( NUMÉRO SPÉCIAL \u201crelations- revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire\t^ Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, jésuites, et Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ: Liliane Saddik, 1700, rue Allard, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.numéro 400 janvier 1975 SOMMAIRE CHANTIER \u201875: FAMILLE ET SOCIETE numéro spécial Quelle famille?.Dans quelle société (liminaire) 3 La famille et la société.Bernard M.Dalv 5 Le développement de l\u2019amour par le couple Maurice Champagne 8 Notre société est-elle anti-familiale une interview de Léo Cormier 13 La famille et l\u2019école: un contrat pédagogique à redéfinir.Emile Robichaud 16 Une certaine éthique familiale: richesses et ambigüités.Guv Bourgeault 18 L\u2019Arche de Jean Vanier : une \u201cnouvelle\u201d famille Juliette Chabot 23 Recommandations à étudier (documents).24 Chroniques Théâtre: Gens d\u2019en bas et gens d\u2019en haut Georges-Henri d\u2019Auteuil 25 Littérature: Une \u201combre enchanteresse\u201d, la poésie de Rémi-Paul Forgues.Gabrielle Poulin 26 Relations et ses lecteurs (lettres) .29 Les livres: Une réflexion et une prière.30 Ouvrages reçus.31 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 75 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.Lithographié par Journal Offset Inc.TSf'l 254 Benjamin-Hudon, Ville St-Laurent Vgy m BIBLIOGRAPHIE DESCRIPTIVE ET CRITIQUE D\u2019ÉMILE NELLIGAN par PAUL WYCZYNSKI 15 x 23 cm., 319 pages\tPrix: $12.00 \u2022\t\u2022\t* LA THÉOLOGIE KANTIENNE PRÉCRITIQUE par PIERRE LABERGE 15 x 23 cm., 192 pages\tPrix: $4.50 \u2022\t*\t* LA PHILOSOPHIE SOCIALE DE BERGSON par GUY LAFRANCE 15 x 23 cm., 148 pages\tPrix: $4.50 \u2022\t*\t* LES FORCES VIVES DU DÉVELOPPEMENT 1er Colloque de coopération internationale 15 x 23 cm., 72 pages\tPrix: $2.25 En vente chez votre libraire et aux : ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA 65, avenue Hastey, Ottawa, Ont , K1N 6N5 eucharisties André Myre Eucharisties est un livre qui cherche à traduire en prières simples la vie chrétienne de l\u2019homme ordinaire qui se sait appelé par son Dieu.Ces prières ont ceci de particulier qu\u2019un bibliste est leur auteur, un homme dont le métier est de le mettre quotidiennement en contact avec le Dieu que la Bible révèle.L\u2019habitué de l\u2019Ecriture reconnaîtra son influence profonde sur ces prières, non pas tant au niveau de citations ou de réminiscences de textes qu\u2019à celui de la relation que décrit la Bible entre l\u2019homme et son Dieu et à celui du visage de Dieu.A une époque où le chrétien éprouve le besoin de réapprendre à prier de façon créatrice et en continuité avec la large tradition de l\u2019Eglise, Eucharistie offre un ensemble de prières souples, qui peuvent être utilisées avec profit en de multiples occasions-.5V2\u201dx 8\u201d.164 pages.$4.50., Éditions Bellarmin 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal H2P2L9 Tél.: 387-2541 2 RELATIONS CHANTIER 75 I\t>\t QUELLE FAMILLE?.\u2022 ¦ ¦*\t\\\tj \\\t' \"S < \u2022 DANS QUELLE SOCIÉTÉ?liminaire LA FAMILLE, en tant que lieu des premières solidarités assurant la croissance de l\u2019individu et son accès à un statut personnel en même temps que son insertion sociale, apparaît à l\u2019observateur attentif, historien ou sociologue, comme une institution humaine en quelque sorte permanente et pourtant toujours menacée.Ses formes, à travers le temps et à travers l\u2019espace, sont étonnamment diverses: l\u2019historien et l\u2019ethnologue peuvent en témoigner, ou même, plus simplement, le vieillard et le touriste.Pourtant, une secrète continuité relie ces diverses formes entre elles et fait apparaître ce qui semble bien être la nécessité d\u2019un lieu spécifique pour l\u2019accueil de la vie humaine naissante et pour son épanouissement.Le fils d\u2019homme, a-t-on souvent fait observer, est l\u2019animal le plus faible et le plus dépendant qui soit à sa naissance: il a besoin de la tendresse nourricière qui lui offre le sol de sa croissance et l\u2019enracinement de son ultérieure autonomie.L\u2019expérience du psychologue et du clinicien l\u2019atteste surabondamment: la vie adulte demeure marquée par les insécurités de l\u2019enfance, par ses échecs et ses frustrations: un sevrage trop rudement imposé, une identification parentale mal assurée, etc.LA SOCIETE a besoin de ce lieu d\u2019insertion de l\u2019homme dès sa naissance.Mais elle en a besoin différemment, selon les époques et les régions.Un type d\u2019organisation socio-économique, pratiquement révolu chez nous, et où l\u2019agriculture ^occupait une place prépondérante, a longtemps eu recours à la famille comme à une cellule sociale de production tout autant que comme mécanisme de transmission des héritages et, plus largement, des traditions propres à une collectivité donnée.La société industrielle et capitaliste qui est aujourd\u2019hui la nôtre, parce qu\u2019elle repose sur un autre mode de production, tend à faire des familles des unités sociales de consommation.D\u2019âge en âge, la société cherche ainsi à façonner la famille dont elle a besoin ./ Enjeux culturels et politiques Famille et société: tel est justement le thème de Chantier \u201975.En invitant cette année les chrétiens du Québec à une réflexion sur les enjeux culturels et socio-politiques de la dialectique famille et sociétéi 1), l\u2019Office de Catéchèse du Québec ______b_______ 1.Cf.Famille et société, Montréal, Fides, 1974, 80 pp.; Famille \u201975, Montréal, Fides, 1974, 47 pp.; Chantier \u201875: Dossier d\u2019animation, Montréal, Fides, 1975.maintient les orientations de la jeune tradition créée par les \u201cchantiers\u201d précédents.Dans une société qui faisait large place à la famille comme milieu de travail et de production tout autant que comme milieu de vie, on a pu comprendre une certaine structure familiale comme \u201cnaturelle\u201d et comme antérieure à tout conditionnement socio-culturel.La famille apparaissait alors comme la cellule de base - au sens fort et propre du terme - de la société, comme son fondement.Dans l\u2019organisation sociale qui est aujourd\u2019hui la nôtre, il n\u2019en va plus ainsi.L\u2019économie des sociétés modernes, tout en ayant besoin encore des familles comme unités sociales de reproduction de la main-d\u2019oeuvre, a moins besoin d\u2019elles comme unités stables de vie et de production que d\u2019unités souples et mobiles de consommation.Ce n\u2019est pas par un effet du hasard que la fidélité conjugale et la stabilité matrimoniale sont aujourd\u2019hui moins à la mode qu\u2019autrefois.Les intérêts d\u2019un certain système économique axé sur la consommation vont dans le sens de la mobilité et du changement.Cela n\u2019est pas sans impact sur la réévaluation du divorce, des \u201cunions libres\u201d (comme si le mariage n\u2019en était pas!) et de formes dissidentes de vie commune .Par ailleurs, la société industrielle des années 40 et 50 avait déjà commencé à miner l\u2019autorité paternelle en organisant l\u2019école en fonction du rendement au travail plus JANVIER 1975 3 qu\u2019en fonction de la transmission, à titre d\u2019institution complémentaire de la famille, d\u2019un héritage culturel et des valeurs communément reconnues comme telles.La vie dite familiale apparaît ainsi elle-même de plus en plus conditionnée et façonnée même par la société et par les impératifs qu\u2019elle reconnaît comme importants.Au point que l\u2019on peut dire de la famille, comme on l\u2019a dit de l\u2019école et de la justice par exemple, qu\u2019elle est devenue un rouage de la société.Avec la société, la famille a donc évolué.Une certaine continuité par delà les ruptures permet néanmoins de parler encore de la famille.Sous des formes nouvelles - la famille dite nucléaire de la société urbaine post-industrielle est fort différente des anciennes tribus d\u2019Israël ou même de la grande famille rurale du Canada français -, persiste le besoin d\u2019un lieu des premières solidarités, des liens de la chair et du sang, des enracinements gui rendent possibles l\u2019identité individuelle.La famille ne réussit pas toujours à être cela: qu\u2019elle puisse être étouffante et délétère, les témoignages n\u2019en manquent pas.Quand elle \u201créussit\u201d, cependant, et souvent malgré ses échecs relatifs, la famille demeure le lieu des ultimes affections et des ultimes recours.Le lieu, aussi, du repli en temps de crise.La préservation de ce \u201clieu\u201d ne va pas sans de grandes exigences, que l\u2019on explicite traditionnellement en termes de sacrifice, de fidélité, de persévérance dans l\u2019amour.C\u2019est pourquoi la famille fut toujours menacée, et menacée de l\u2019intérieur d\u2019abord, à cause même des exigences qu\u2019elle impose à ses membres.Ce qui est aujourd\u2019hui nouveau, -c\u2019est qu\u2019elle apparaît menacée par le conditionnement idéologique massif d\u2019un certain libéralisme et par l\u2019infrastructure économique qui lui donne 2.Cf.Jacques Grand\u2019Maison, \u201cLe monde du travail et l\u2019Eglise\u201d, dans Relations 398 (novembre 1974), 298-299 (à propos de la transposition des attitudes et comportements du monde du travail dans la vie familiale et dans tous les secteurs de la vie collective).naissance.Dans une société qui tend à robotiser l\u2019homme pour fabriquer des travailleurs en série, il n\u2019est plus de place pour l\u2019homme, pour ses rêves, pour ses aspirations, pour ses affections.Le repli familial apparaît lui-même fragile et menacé: on y transpose les comportements appris à l\u2019école ou au travail, dans les secteurs de l\u2019activité sociale où la liberté et la créativité n\u2019ont le plus souvent pas leur part (2), A Il y va ici de l\u2019homme lui-même, comme individu et dans ses rapports avec les autres.C\u2019est pourquoi les enjeux sont à la fois culturels et politiques.Quelle famille voulons-nous?Dans quelle société?Pour quel homme?Telles sont les questions fondamentales que Chantier \u201875 pose à tous et à chacun, en nous invitant à tenter d\u2019y répondre ensemble.Risques et promesses Il importe de prendre ici conscience qu\u2019il n\u2019est pas possible de séparer les questions posées plus haut.L\u2019idéologie libérale, en présentant par ailleurs la famille comme le lieu de la liberté, de l\u2019amour, des relations interpersonnelles, cherche à dissocier les enjeux individuels et familiaux des enjeux économiques, sociaux et politiques globaux.Elle permet ainsi de reléguer dans l\u2019intimité des consciences et de la vie familiale des questions importantes pour l\u2019avenir même de l\u2019homme et auxquelles une certaine \u201crationalité économique\u201d est en train de répondre elle-même .sans consulter les hommes directement intéressés.Une certaine vision de la famille, qui a d\u2019ailleurs profondément conditionné une spiritualité et une éthique de la vie familiale, apparaît dès lors comme entraînant des risques très graves.Dans la mesure, en effet, où cette vision favorise un repli des forces personnalisantes dans les étroites limites de la famille, elle laisse libre cours aux forces économiques qui, peu à peu, et en revanche, rendent moins réellement possible le ressourcement dans un milieu familial vivant et vivifiant.On pourrait ici multiplier les exemples.Que reste-t-il de la famille comme milieu de vie et comme lieu des solidarités premières lorsque les horaires de travail du père et de la mère et les horaires scolaires des enfants limitent forcément leurs rapports à la cohabitation nocturne?Que reste-t-il de la famille comme lieu de ressourcement personnalisant quand les conditions de logement condamnent à une étouffante promiscuité?Que reste-t-il de la famille comme lieu d\u2019échange et de partage quand le crédit et l\u2019endettement enferment la vie de tous ses membres dans un travail asservissant dont on ne peut s\u2019échapper que grâce aux mirages d\u2019une publicité multipliant inlassablement les'images d\u2019un bonheur hors d\u2019atteinte?Etc.On ne saurait répondre de façon réaliste à ces questions - et à bien d\u2019autres de même veine que chacun pourra formuler pour son compte -sans sortir de l\u2019univers familial pour engager résolument la lutte dans l\u2019ordre proprement socio-économique et politique.Dans la mesure où la société façonne la famille qui convient à ses besoins, il est illusoire de penser qu\u2019on pourra changer la famille et l\u2019humani-ser sans changer en même temps l\u2019ordre économique, social et politique existant.Par ailleurs, la famille peut jouer un rôle précisément dans cette entreprise de révolution sociale.Si, en effet, on y prend le goût de la liberté créatrice et de la solidarité résolue, et non pas l\u2019habitude de la servitude et de l\u2019égoisme, on sera enclin à réclamer partout, dans tous les secteurs de la vie collective, la même liberté, la même créativité, la même solidarité dans le partage effectif.Dans la mesure, donc, où la famille se perçoit elle-même et se , vit comme un milieu ouvert, elle peut être promesse et gage d\u2019une société plus humaine.La famille peut être considérée, à ce titre, comme un \u201cchantier\u201d de la société de demain.Le secrétaire de la rédaction 4 RELATIONS I\t'\t( Dans le bombardement des idées La famille et la société AXES PRIORITAIRES DE LA PASTORALE FAMILIALE: \u2022\tLe foyer est le lieu privilégié de l\u2019amour \u2022\tLe foyer est le lieu d\u2019accueil à la vie \u2022\tLe foyer est aussi le premier lieu de l\u2019éducation \u2022\tLe foyer est encore un lieu d\u2019ouverture à toutes les autres communautés \u2022\tLe foyer est par-dessus tout le lieu où se déploie la grâce du Seigneur \u2022\tUn tel foyer se prépa- re.Les moeurs sont tributaires de la noblesse de coeur ou de la faiblesse des hommes; elles le sont aussi de leurs conditions sociales et des lois qu\u2019ils , se donnent.Sur ce dernier point, les chrétiens ne sauraient abdiquer leurs responsabilités.PAUL VI (au Comité pontifical pour la famille, 13 mars 1974, extraits) Depuis quelque temps, on pose souvent les questions suivantes: qu\u2019est-ce au juste, une famille?Pour en constituer une, suffit-il d\u2019inclure avec les enfants un seul des parents?Faut-il un couple?Et alors, existe-t-il une famille sans enfants?Sans mariage religieux ou civil?Ou 'sans aucune formalité ou légalité?D\u2019autres demandent: Qu\u2019est devenue la famille telle que nous avions corn-tume de la connaître?Qu\u2019est-ce que la famille va devenir?Dans cette réflexion avec vous, je vais considérer \u201cla vie familiale\u201d comme un certain comportement ou style de vie (plutôt qu\u2019une \u201cchose\u201d ou un \u201cfait\u201d) et, spécifiquement, comme le comportement humain qu\u2019on appelle ordinairement une activité \u201cfamiliale\u201d.En sorte que je considérerai le mot \u201cfamille\u201d comme un adjectif plutôt que comme un nom substantif.Ainsi, les gens disent que ce qui se passe entre époux, entre parents et enfants, entre frères et soeurs, entre cousins, oncles, tantes, etc., etc., fait partie de la vie \u201cfamiliale\u201d, alors que d\u2019autres comportements ou activités n\u2019en font pas partie.On qualifie de \u201cfamiliale\u201d telle espèce de réunion, alors que tel autre type de réunion est considéré comme une réunion \u201cd\u2019affaires\u201d.* Permanent de la Conférence catholique canadienne, l\u2019auteur est membre de l\u2019Equipe nationale de pastorale de la CCC.Traduction RELATIONS.par Bernard M.Daly* Les gens ont, en général, des idées très nettes au sujet des différences entre, disons, une opération \u201ccommerciale\u201d et une affaire \u201cfamiliale\u201d; Nous utilisons le terme \u201cfamilial\u201d pour décrire seulement un certain nombre d\u2019activités.Mais ces observations de tous les jours conduisent à d\u2019importantes questions: comment apprenons-nous à utiliser l\u2019adjectif \u201cfamilial\u201d?D\u2019où nous viennent nos idées sur ce qui est \u201cfamilial\u201d et sur ce qui ne l\u2019est pas?Dans le milieu socio-culturel, économique et politique actuel, qui définit le mot \u201cfamille\u201d?Qui nous dit comment nous comporter comme couple, parents, enfants.comme une \u201cfamille\u201d?A la suite de ces prèmières questions, d\u2019autres questions, différentes mais très importantes aussi, nous viennent à l\u2019esprit: dans quel contexte social, économique et politique devrions-nous poursuivre nos activités familiales?Les conditions environnantes dans lesquelles nous sommes plongés sont-elles pour nous une aide ou un obstacle, quand nous essayons d\u2019avoir les activités familiales que nous pensons nécessaires ou croyons désirables?Ces deux séries de questions me semblent placées au centre de nos réflexions.L\u2019une d\u2019elles porte sur les sources de nos idées concernant la vie de famille; l\u2019autre explore le milieu dans lequel nous essayons de poursuivre nos activités familiales.JANVIER 1975 5 1.Le milieu des idées Notre mode de vie nord-américain est caractérisé par une société dans laquelle circulent rapidement des idées qui proviennent de n\u2019importe quelle direction.Les idées qui concernent la vie de famille sont parmi celles-là; elles virevoltent dans le milieu et bombardent tout le monde.Il y a une liberté quasi totale de vente ou d\u2019achat dans les endroits où sont accessibles les journaux, les magazines, les livres de poche; une liberté quasi totale au cinéma; une liberté à peine plus limitée à la radio, à la télévision et dans les écoles, et apparemment aucune limite d\u2019aucune sorte à ce qu\u2019une personne peut raconter directement à une autre; étant donné ces libertés, y a-t-il, où que ce soit, quelqu\u2019un qui, tôt ou tard, n\u2019apprendra pas n\u2019importe quoi au sujet de la vie de famille, telle qu\u2019elle se passe autour de nous ou telle qu\u2019elle existe dans des régions lointaines, ou telle qu\u2019elle a existé à travers toutes les époques de l\u2019histoire?¦ ^\tI L\u2019information et les idées, les faits et les fantasmes proviennent de toutes les religions, grandes et petites, de la recherche scientifique, d\u2019imaginations débridées, de mythes, du folklore et des voisins d\u2019à côté.Autrefois, on pouvait dire que certaines choses étaient impensables, en ce sens qu\u2019oq ne pouvait pas sérieusement se demander si on allait faire ces choses que personne dans son milieu social n\u2019aurait tolérées.Les tabous étaient réels; il était inconcevable qu\u2019on fasse de telles choses.Les gens s\u2019habituaient plutôt à faire les choses de telle ou telle façon, et à ne jamais voir ces façons d\u2019agir mises en question.Les 'comportements traditionnels étaient considérés comme allant de soi; ils étaient répétés quasiment sans réflexion, comme si c\u2019étaient des réflexes conditionnés.La circulation des idées dont nous avons parlé plus haut change tout ceci.Aucune sorte de comportement, ou presque, n\u2019est inconcevable, et presque rien ne reste incontesté.Et les tabous et les comportements traditionnels - les choses qu\u2019on ne fait jamais, et celles qu\u2019on fait toujours - ont presque tous disparu.Prenons comme exemple la façon d\u2019élever les enfants.Les parents peuvent bien se proposer d\u2019être sévères ou \u201cpermissifs\u201d; mais quelle que soit la façon dont ils essayeront d\u2019élever leurs enfants, ils seront bombardés par toutes sortes d\u2019idées sur les manières différentes de le faire.Les temps sont révolus où tout le monde dans la tribu (ou la société) agissait de la même manière, sans qu\u2019aucune autre manière ne fût jamais suggérée.Cette nouvelle situation sociale touche tous les aspects de la vie de famille.Il devient de plus en plus important d\u2019être capable de discerner le point de vue ou la perspective de ceux qui mettent en pratique dans leur vie un comportement familial particulier, ou qui s\u2019en font les promoteurs de quelque façon.Nous devons examiner avec soin les certificats ou titres de compétence de même que les motifs de chacun de ceux qui encouragent tel ou tel type de vie familiale.Tous ceux qui écrivent sur la vie de famille ou qui en parlent devraient avoir à répondre aux questions suivantes: quel est votre principe de base?quels sont vos présupposés sous-jacents?qu\u2019est-ce que vous essayez de promouvoir?C\u2019est seulement de cette façon que le chrétien d\u2019aujourd\u2019hui peut choisir ce qui fait partie réellement de la \u201cBonne nouvelle\u201d au sujet du type de vie familiale que le Seigneur essaie de nous faire voir clairement comme un ^modèle pour nos vies.Je crois donc qu\u2019il y a, au sujet de la vie de famille, une perspective chrétienne, caractérisée et valide à la fois.Même si elle est contestée et paraît obscurcie dans le tourbil-' Ion des différentes manières de voir qui s\u2019affrontent, elle peut être discernée; on peut donc la choisir pour y vivre sa vie familiale.\\ Cependant, si cela doit se produire - si des gens doivent conformer leurs activités familiales à un modèle chrétien \u2014 il est nécessaire de fournir des efforts conscients et délibérés pour apprendre, enseigner et encourager un comportement familial chrétien.\tV Un exemple peut suffire: il semble évident que l\u2019idéal enseigné par le Christ appelle les couples à vivre leur mariage comme une union permanente, fidèle et exclusive.Il a comparé cette union de l\u2019épouse et de l\u2019époux à son union avec l\u2019Eglise, une relation qui ne connaît ni infidélité ni fin.Les couples qui veulent, par obéissance au Christ, vivre un tel idéal aujourd\u2019hui ne peuvent pas compter qu\u2019ils n\u2019entendront pas parler d\u2019autres modèles de vie conjugale; ou qu\u2019ils ne recevront pas de conseils en faveur de ces autres modèles; et même, ils ne peuvent espérer qu\u2019i}s ne subiront pas de pressions pour qu\u2019ils les vivent.S\u2019ils veulent, alors, que leur mariage en soit un qui reste fidèle et durable, ils devront le vivre sans pouvoir s\u2019isoler complètement d\u2019une société pluraliste.Mais, en même temps, les couples qui veulent éviter l\u2019effondrement de leur mariage, la vie \u201censemble\u201d comme des étrangers, la séparation et le divorce devront travailler à créer un contexte social autour d\u2019eu* qui les aidera à rendre possible un mariage durable, et pour eux-mêmes et pour d\u2019autres.2.Le milieu social Ces considérations nous conduisent à la seconde série de questions au sujet du milieu social, culturel, économique et politique dans lequel nous essayons de poursuivre nos activités de famille.Beaucoup de gens estiment qu\u2019ils ne possèdent aucun contrôle, ou très peu, sur ce qui se passe autour d\u2019eux.C\u2019est un trait particulier de notre société.On a appelé ce sentiment une aliénation sociale, en ce sens que votre monde est façonné par quelqu\u2019un d\u2019autre, mais certainement pas par vous-même.T Pour se défendre contre ces sentiments d\u2019impuissance dans la so-_ ciété, on peut choisir de se retirer des affaires sociales.En se retirant ainsi dans un monde de vie personnelle ou de vie privée, on recherche l\u2019impression qu\u2019on est soi-même le 6 i RELATIONS meneur de ses activités.Pendant ce temps, évidemment, quelqu\u2019un d\u2019autre est en train de prendre effectivement les décisions au sujet des prix, des politiques, de l\u2019opinion publique, efc.\t,\t* Cette façon de se retirer n\u2019est pas vraiment un remède pour apaiser les sentiments d\u2019aliénation sociale.Une meilleure tactique consiste à se débarrasser d\u2019un certain nombre de mythes, ou de fausses définitions de la situation sociale.L\u2019un de ces mythes est de croire que le changement culturel, économique ou politique est le résultat de forces d\u2019évolution, de pressions ou de tendances qui sont vagues et impersonnelles.En fait, l\u2019ordre social est le résultat d\u2019activités humaines.Ce sont des personnes réelles qui prennent des décisions au sujet de phénomènes comme les augmentations de prix, les changements dans les lois, le mouvement des modes en vogue, les grandes manchettes dans les nouvelles, la cote ou \u201crating\u201d des programmes de la radio et ae la télévision, et le rang des chansons qui atteignent le sommet de la popularité.Le premier pas à faire pour échapper à l\u2019impression que le changement social est mystérieux et incontrôlable est de voir clairement que ce sont bien des personnes qui sont les causes du changement social.On n\u2019a plus qu\u2019à chercher à repérer les personnes assez puissantes pour être la cause de tel changement particulier.Cela nous conduit à un deuxième mythe: à savoir que les gens ordinaires ne sont pas réellement capables de comprendre ni de maîtriser les détails qui composent la vie complexe de la société d\u2019aujourd\u2019hui.Ce mythe particulier est répandu et perpétué par un moyen bien simple; c\u2019est de définir les choses comme étant de nature technique.Dès qu\u2019une chose est définie comme technique, elle est par le fait même définie comme réservée à un expert ou à un spécialiste; par définition, elle n\u2019est plus à la portée des gens ordinaires.Les gens qui ont des connaissances techniques spéciales ont sans doute un rôle à jouer; mais il est clair aujourd\u2019hui que les gens ordi- naires ont besoin de réaffirmer leur droit d\u2019être engagés et de développer leur capacité d\u2019aider à façonner et à diriger le monde dans lequel ils vivent.On fait un pas dans cette direction quand on réaffirme tout simplement que des problèmes tels que le niveau des prix, l\u2019orientation des politiques et l\u2019état de l\u2019opinion publique sont des affaires humaines et non pas des matières techniques.En ce qui concerne la vie de famille, cette attitude pousse à résister à tous ceux qui exagèrent le côté technique des choses, que ce soit dans le domaine de l\u2019éducation des enfants, de l\u2019enseignement, des loisirs, de la religion, du mariage en général ou de la sexualité en particulier.Quand on définit les choses par leur aspect technique, les experts se font certes un revenu supérieur à la moyenne, mais les gens ordinaires perdent l\u2019assurance de maîtriser eux-mêmes leur propre mode de vie.Un troisième mythe d\u2019importance majeure est l\u2019idée même de changement social.Il y a des gens qui cherchent même à nous faire croire que nous souffrons d\u2019un \u201cchoc du futur\u201d provoqué par des changements sociaux rapides.En fait, seulement certaines choses sont en train de changer.Plusieurs traits très fondamentaux de la société actuelle ne changent pas du tout, alors qu\u2019ils le devraient.Il s\u2019est produit des changements dans des domaines tels que les télécommunications, les prix et les salaires, les styles et les modes, et quelques lois qui ont reçu beaucoup de publicité (comme celles qui concernent le divorce et l\u2019avortement).Certaines découvertes scientifiques ont trouvé leur application, de façon spectaculaire, dans la télévision en couleurs, la greffe des organes, les voyages à la lune.Mais il n\u2019y a eu absolument aucun changement dans plusieurs réalités fondamentales qui affectent la vie de famille.Il n\u2019existe aucun changement dans le fait que, au Canada, une famille sur quatre vit en bas du seuil officiel de la pauvreté, pendant que, à l\u2019échelle du monde, le nombre des pauvres va en augmentant, à la fois en chiffres absolus et en pourcentage.Il n\u2019y a aucun changement dans le fait que les parents pauvres et leurs enfants, par leur pauvreté même, sont pénalisés.Il n\u2019y a aucun changement dans le fait que les pauvres paient proportionnellement plus pour des choses de première nécessité, comme la nourriture et le logement.IJ n\u2019est pas nécessaire d\u2019allonger la liste; je veux simplement faire ressortir que la notion même de changement social doit être analysée soigneusement.Dans plusieurs domaines d\u2019importance capitale pour la vie de famille, il n\u2019existe absolument aucun changement, en sorte que les inégalités et les injustices continuent.Certains changements sociaux paraissent impressionnants et reçoivent beaucoup de publicité.Le public est fasciné par un certain nombre de changements, - dans le domaine du comportement sexuel, par exemple.Cette fascination du public peut fort bien aveugler les gens devant le besoin de changements fondamentaux dans d\u2019autres domaines, tels que ceux de la spéculation sur les propriétés foncières, de la fixation des prix, des bénéfices excessifs dans les secteurs du logement et de l\u2019alimentation.Revenant à un exemple donné plus haut, je crois qu\u2019un style chrétien de vie familiale est distinct et valable: il a de l\u2019avenir.Mais si ce genre de vie doit pouvoir persister comme fait social, il faut qu\u2019il soit l\u2019aboutissement d\u2019efforts humains: d\u2019une part, d\u2019efforts humains pour apprendre ce genre de vie, pour l\u2019enseigner et pour le vivre; et, d\u2019autre part, d\u2019efforts pour constituer en même temps le milieu social, économique et politique dans lequel ce style de vie familiale peut être appris, enseigné et vécu.Dans ces circonstances, si votre milieu social, économique ou politique n\u2019en est pas un qui vous aide particulièrement à poursuivre les activités familiales de votre choix, la chose à faire, c\u2019est de changer ce milieu.Cette tâche exige seulement que vous possédiez, ensemble avec d\u2019autres personnes, trois qualités: de la vision, de la stratégie et de l\u2019effort.On peut résumer ainsi: chrétiens, quelqu\u2019un est en train de façonner votre vie de famille et de construire votre monde; pourquoi ne pas vous en charger vous-mêmes?JANVIER 1975 7 Le développement de l\u2019amour par le COUPLE par Maurice Champagne* Depuis une quinzaine d\u2019années je m\u2019intéresse à l\u2019étude de la famille et en particulier au développement du couple, sous les trois entités généralement impliquées: savoir, les individus formant le couple, en tant que personnes, le couple en lui-même et le couple dans sa relation aux enfants.Du sous-développement au développement de la famille Le couple m\u2019apparaît comme la réalité humaine la plus sacrée, celle qu\u2019il faudrait entourer des meilleures conditions de vie possible, du point de vue de son influence sur le développement tant des personnes que de l\u2019ensemble de la société.Mais hélas il est voué à des conditions de sous-développement, aussi bien par l\u2019organisation de la société que par les mentalités.Notre société, comme tant d\u2019autres dans le monde, est inconséquente, inconsciente, voire même peut-être, hypocrite.Elle prétend toujours valoriser la famille et protéger les parents et les enfants, mais en fait elle les place dans des conditions d\u2019asphyxie.* Auteur notamment de Lettres d\u2019amour et de La violence au pouvoir, parus aux Editions du Jour en 1972 et 1971, Maurice Champagne travaille présentement à la rédaction d\u2019un livre sur le couple et la famille, dans lequel il décrit un ensemble de conditions sociales et individuelles de développement du couple et de la famille.On fait à la famille un sort analogue à celui qui a été fait à la femme.On l\u2019a idéalisée au niveau des principes, mais dans la réalité concrète on l\u2019a laissée à elle-même et on l\u2019a isolée.D\u2019ailleurs je pensé que si la famille a tenu le coup dans maintes sociétés, c\u2019est que la femme, en général, a renoncé à sa liberté de personne pour accepter d\u2019être transformée par l\u2019homme en une institution.Cette institution, c\u2019est le mariage tel que vécu dans notre tradition.Dans la plupart des cas, étant donné le fonctionnement de notre société et le partage des rôles entre l\u2019homme et la femme, la femme a été le support physique, social, affectif et spirituel du mariage et de la famille.Tandis que l\u2019homme, le plus souvent transformé en chose productive et rentable, économiquement parlant, est devenu le robot des castes de mâles qui déterminent l\u2019organisation de la société et ses régimes politiques.Il n\u2019y a pas à s\u2019étonner de ce que tant de couples, vivant le mariage traditionnel ou d\u2019autres types d\u2019unions, soient en proie à l\u2019échec, à la rupture, au mensonge, aux liens de maître à esclave, de dominant à dominé, à l\u2019asphyxie et à la violence.Et méfions-nous des explications sommaires sur l\u2019augmentation du taux de divorces et sur les prédictions de faillite de la famille dite mononucléaire.Je crois qu\u2019au-delà même de l\u2019examen de nombreux facteurs, tels que le passage brusque de la vie rurale à la vie urbaine, la diminution de l\u2019influence religieuse, la lutte pour la libération de la femme, la naissance de nouvelles conceptions existentielles chez les jeunes, l\u2019augmentation du taux de conscience par rapport à un régime de morale mécaniste, il faut se rendre compte que cela fait des siècles que la famille et le couple sont placés dans des conditions de sous-développement humain.Au Québec, ces dernières années, au lieu d\u2019améliorer le sort de la famille, on l\u2019a ignoré, au profit \u201cd\u2019affaires sociales\u201d de type technocratique.Mes études et mes observations sur le couple et la famille m\u2019ont amené en particulier à retenir l\u2019hypothèse suivante: le couple, comme cellule fondamentale de la société, peut, à travers la famille, féconder le développement des êtres et de la société, dans la violence, ou dans l\u2019amour.J\u2019entends ici par violence la violence fondamentale, celle qui fait que les êtres, face à eux-mêmes et dans l\u2019ensemble de leurs relations aux autres, ne se respectent pas et sont dominés par des attitudes de dépendance, d\u2019insécurité réactionnaire, de jalousie, de contrôle, de possessivité, de repliement sur soi et de mesquinerie.L\u2019amour, il me semble, vit des attitudes contraires, soit d\u2019autonomie et de sécurité personnelles, du sens de la liberté des autres, de créativité, d\u2019initiative, de responsabilité, de goût de la complémentarité au sein des contraires et, par-dessus tout, du refus de la possessivité et du contrôle des actes d\u2019autrui.L\u2019amour, au sein du couple et de la famille en particulier, exige des 8 RELATIONS conditions rigoureuses de développement humain, d\u2019hygiène social et mental.Esquissons seulement quelques-unes de ces conditions.1.Le goût de la personne et la passion de l\u2019être humain en soi Dans la mesure même où l\u2019on veut vivre en permanence avec une autre personne, cette permanence pouvant signifier plus de la moitié d\u2019une viê et au-delà, ne doit-on pas, avant même d\u2019avoir considéré telle personne en particulier, être imbu du goût de la personne, avoir la passion de l\u2019être humain.D\u2019une façon qui semble poétique mais qui est tellement concrète et pratique, je recours toujours à la même expression pour signifier cela, en parlant des \u201cêtres-soleil\u201d.Je crois que tout être humain est beau et dynamique et qu\u2019il y a une obligation pour le milieu dit social de permettre à chacun de faire passer sa lumière propre, c\u2019est-à-dire ses moyens d\u2019expression à lui: façon de parler, de regarder, de marcher, de penser; sensualité particulière, générosité, ivresse qui se manifeste en telle ou telle circonstance, talent pour ceci ou cela, goût pour l\u2019art ou telle autre forme d\u2019expression, souci de tendresse, besoin du travail bien fait, etc.Rilke a une formule merveilleuse quand il dit que pour être humain \u201cil faut voir chaque homme chaque jour comme s\u2019il était le premier\u201d.Si cette formule est poétique, elle fournit aussi un principe de justice sociale, une norme d\u2019amour, un moyen de lutter contre la destruction lente des êtres par les préjugés, la routine et les conventions.Elle peut surtout être le premier souffle sur la vie quotidienne d\u2019un homme et d\u2019une femme, comme de travailleurs qui se retrouvent chaque jour côte à côte.Mais la société est plus préoccupée d\u2019objets et de systèmes que d\u2019êtres humains, et toujours, depuis des millénaires, on a sacrifié ceux-ci à ceux-là.Et cela commence dans la famille, alors que les individus sont réduits à des institutions, comme l\u2019Eglise de jadis ou l\u2019école d\u2019au- jourd\u2019hui, à des schèmes d\u2019autorité parentale, à des rôles sociaux imposés à l\u2019homme et à la femme, à des pressions comme celles qu\u2019exercent la consommation à outrance et la vie à crédit, la société du confort à l\u2019américaine, etc.Si l\u2019on croit à la personne et à la famille, il faudrait leur reconnaître des droits et organiser la société en conséquence.C\u2019est loin d\u2019être fait.En attendant, le couple peut se débattre en eaux mortes.On peut crier à la mort de la famille, à la surface de ces eaux mortes.L 2.L\u2019apprentissage des relations humaines L\u2019expérience de couple et de vie de famille est avant tout une expérience de relations humaines.Or dans notre société on peut tout apprendre sauf à vivre ensemble.L\u2019école, les milieux de travail, la famille même, amènent des individus à vivre ensemble leur quotidien pendant des années, mais les laissent à l\u2019état d\u2019étrangers et d\u2019automates les uns vis-à-vis des autres.Quand surviennent des conflits, on feint de les ignorer ou on les résout à partir de la loi du plus fort.On ne prend jamais le temps de négocier, de chercher à comprendre pourquoi quelqu\u2019un agit de telle façon en telle circonstance.La tendresse n\u2019a pas droit de cité, surtout dans l\u2019univers des mâles.Penser aux autres, se demander si l\u2019on a employé les bons mots avec cette personne, fait le gegte approprié, fusse-t-elle un employé, un collègue, un parent, un a-mi, ça ne fait pas encore partie des moeurs humaines.Les mâles, qui continuent de jouer à la virilité, comme dans leur enfaifce, prétendent même souvent avec une triste ironie que tout cela est du féminin.Pendant des générations à l\u2019école, et cela continue, on nous a en effet appris et mis dans des situations propres à ignorer les personnes, à mépriser la tendresse.Et ça continue partout, à tout âge, dans tous les milieux, pour venir pourrir dans l\u2019administration publique et la chose politique que régissent nos assemblées mâles.Le défi humain numéro un de notre société me paraît relever de la vo- lonté de concilier les objectifs d\u2019organisation et de production avec des objectifs de communication humaine centrés sur l\u2019attention aux personnes et aux rapports qu\u2019elles entretiennent entre elles, dans tous les milieux, dans tous les métiers, à tous les âges.On s\u2019inquiète avec raison des séparations et des divorces de plus en plus nombreux dans notre société comme dans tant d\u2019autres du monde.Et l\u2019on devrait s\u2019inquiéter autant, sinon davantage, des familles qui se déchirent et où des couples persistent à vivre ensemble dans le mensonge et l\u2019auto-destruction morale.Mais pour comprendre ce qui m\u2019apparaît comme la raison principale de ces échecs, je me demande s\u2019il ne faut pas considérer d\u2019abord le sous-développement de notre société dans le domaine des relations humaines en général.Lorsqu\u2019on demande, par exemple, aux gens d\u2019indiquer le degré ou la part de réussite de leurs relations humaines dans les affaires, au travail, etc., on en vient à la conclusion que, toutes proportions gardées, la famille, comme expérience de relations humaines, est loin d\u2019être plus maltraitée que le milieu des affaires, que la vie professionnelle, que l\u2019école, que le milieu de travail, que l\u2019amitié même.Une même incapacité de relations humaines apparaît partout.La famille échoue surtout là où la société échoue le plus lamentablement, quels que soient les systèmes politiques et économiques qui nous régissent: le plan des relations interpersonnelles est sous-développé, on n\u2019y a ni le respect ni le goût des personnes.La personne humaine n\u2019est pas devenue, après toutes les années d\u2019existence de notre espèce, un être de séduction qui soit l\u2019objet quotidien des forces de l\u2019amour et des investissements sociaux, économiques, politiques et culturels.3.La connaissance des psychologies propres à l\u2019homme et à la femme L\u2019une des causes principales de difficultés entre couples est l\u2019ignorance des psychologies propres à l\u2019homme et à la femme.On vit de JANVIER 1975 9 fausses représentations nourries d\u2019âge en âge de clichés, de préjugés et de mythes.Les hommes sont comme ceci, les femmes sont comme cela! On en est encore à associer sentiment, émotivité, possessivité, aux femmes, par exemple; force physique, raisonnement, autorité, créativité, aux hommes.L\u2019homme en fait n\u2019est pas plus fort que la femme physiquement, leur force est différente; il n\u2019est pas moins sentimental que la femme et elle n\u2019est pas plus sensible que lui et elle n\u2019est pas moins créatrice.Une bonne partie de l\u2019économie du Québec jusqu\u2019à l\u2019ère industrielle a été acquise grâce à l\u2019ingéniosité, à la créativité, à la force et au sens pratique des femmes.C\u2019est une énormité que d\u2019affirmer que les femmes ne sont pas faites pour l\u2019administration, par exemple.Elles possèdent des qualités qui au contraire peuvent en faire d\u2019aussi bons sinon de meilleurs administrateurs que les hommes; je pense en particulier à leur sens aigu du concret par opposition à la manie de l\u2019abstraction qui rend les hommes esclaves de leurs systèmes théoriques.S\u2019il fallait caractériser par un trait global l\u2019action de l\u2019homme dans l\u2019histoire, je crois qu\u2019on pourrait sans hésitation choisir l\u2019esprit de système.Pour la femme, au contraire, c\u2019est l\u2019action concrète auprès de \u2022la personne qui a toujours dominé et qui domine encore.La recherche sur les rôles nous amène, par exemple, à considérer, en parallèle à la présence de la femme-mère, l\u2019action de l\u2019homme-mâle, c\u2019est-à-dire avant tout l\u2019homme qui engendre et féconde, solitairement par rapport à la femme, et non avec la femme.Il développe ses créatures à lui laissant à la femme le soin de s\u2019occuper des enfants \u201cêtres humains\u201d, et mettant la femme à l\u2019écart de ses créatures à lui: systèmes politiques, idéologies, institutions militaires, judiciaires, religieuses, oeuvres d\u2019art, etc.Ceci est d\u2019une importance capitale pour distinguer ce qui peut relever de la culture et de la nature, dans les reL cherches sur l\u2019homme et la femme.Il importe de démolir clichés et préjugés pour les remplacer par une véritable connaissance.C\u2019est ce que l\u2019école et la famille devraient faire spontanément.Tous les jeunes à partir du primaire devraient être initiés à la connaissance de l\u2019homme et de la femme.On éviterait ainsi aux uns et aux autres d\u2019épouser le double de leur mère ou de leur père.On faciliterait surtout la reconnaissance de la singularité des personnes.Rien _n\u2019est aussi destructeur pour un individu que de se voir réduit bêtement aux clichés qui définissent son sexe.Connaissant la psychologie propre à la femme ou à l\u2019homme, chaque individu serait plus en mesure de connaître telle femme ou tel homme et de conquérir l\u2019unique en apprivoisant chaque jour de nouvelles facettes de sa singularité d\u2019individu.Et avant de prétendre, par réaction extrême au passé, comme c\u2019est le cas en certains milieux, qu\u2019il n\u2019existe pas de différences entre l\u2019homme et la femme, investissons dans la recherche pour faire les études et les enquêtes pertinentes.4.Egalité et libération des rôles Rien n\u2019a plus empêché l\u2019égalité entre l\u2019homme et la femme, rien n\u2019a été plus destructeur peut-être de la connaissance réelle de l\u2019homme et de la femme, que les rôles qu\u2019on leur a imposés pendant des générations et qui tiennent encore nos sociétés dans le déséquilibre et l\u2019anormal.Aussi longtemps que nos gouvernements seront mâles, que les fonctions publiques et les emplois dits supérieurs seront le fief des hommes, que l\u2019éducation des enfants sera laissée quasi en exclusivité à la mère, nos sociétés multiplieront l\u2019anormal et le déséquilibre.Souvent, plutôt que de parler de libération de la femme, on devrait parler de libération des rôles.Quand on y regarde de près on se rend compte que le statut humain et social de l\u2019homme, pour la majorité des individus, est loin d\u2019être tellement plus enviable que celui de la femme.L\u2019homme, par exemple, n\u2019a pas plus le choix de vivre sa vie au sein du couple, d\u2019être présent comme père, d\u2019assumer les tâches du milieu familial, que la femme a le choix de travailler à l\u2019extérieur du foyer, d\u2019assumer des fonctions publiques.Ce sont des faux couples, savoir des femmes-mères avec des hommes-enfants (au plan affectif surtout), des femmes-objets avec des hommes-systèmes, ou encore, des femme.L\u2019homme, par exemple, n\u2019a à leurs enfants et des hommes mariés à leur travail, qui ont empêché jusqu\u2019ici que l\u2019homme et la femme ne se rencontrent pour vrai.Voilà bien l\u2019absurdité de notre système qui fait qu\u2019il est extrêmement difficile à l\u2019homme et à la femme d\u2019être ensemble, de vivre une vraie vie de couple, alors qu\u2019on fait reposer sur eux la vie de famille et sans s\u2019en rendre compte, la formation des citoyens au plan de leur développement personnel.On devrait chercher à assurer l\u2019équilibre du développement des personnes et de l\u2019organisation de la société en mettant à profit la richesse extraordinaire qui provient de la complémentarité des ressources masculines et féminines dans leur totalité.On a le choix: simplifier à l\u2019extrême l\u2019organisation de 1§ société et de la famille, en séparant l\u2019homme de la femme et en leur donnant à chacun un royaume-ghetto où ils détruiront la richesse de leur personne par la simplification des rôles, ou bien, accepter de compliquer l\u2019organisation de la société et de la famille de telle sorte que l\u2019homme et la femme puissent se partager les tâches dans les deux ordres et y conjuguer leurs compétences respectives en développant au maximum leur personnalité propre, ce qui aurait pour effet premier de compenser les difficultés de l\u2019organisation matérielle par une meilleure intelligence et une pondération de la vie intellectuelle par la vie affective et inversement.Je pense entre autres à une organisation du travail et des responsabilités familiales, où l\u2019homme et la femme puissent faire une demi-semaine chacun dans les deux ordres plutôt que de se vider l\u2019un et l\u2019autre une semaine entière dans un seul ordre.5.Resituer la sexualité et la fidélité Nous touchons ici l\u2019un des faits les plus graves de notre société: la survalorisation traditionnelle de la 10 RELATIONS sexualité.On a basé la fidélité sur l\u2019exclusivité sexuelle et par le fait même on a donné à la sexualité une place disproportionnée dans l\u2019ensemble des modes d\u2019expression et de relation de la personne.La sexualité est un langage parmi d\u2019autres, avec la parole, le geste, la sensualité prise dans son ensemble, les silences du couple, la contemplation de l\u2019un par l\u2019autre à travers tous les langages humains.Il convient aussi de séparer sexualité et fécondité.La fécondité n\u2019est qu\u2019une fonction de la sexualité (ou plus précisément de la génitalité) qui ne devrait s\u2019exercer qu\u2019à des moments privilégiés, où la procréation devienne un acte de la conscience qui prend chair dans un nouvel être.Cette fonction se situe à l\u2019intérieur de la communication et de l\u2019expression de soi qui caractérise l\u2019essentiel de la sexualité.Autant la sexualité est vitale dans la vie d\u2019un couple, autant par ailleurs elle a ses limites et ses pourtours spirituels, comme tous les autres langages.Il y a une comparaison que j\u2019aime bien faire à cet égard avec la situation de maternité.Il me parait que dans une certaine mesure la maternité est une sorte de piège pour l\u2019esprit, dans ce sens que l\u2019enfant qui est porté physiquement par la mère doit devenir un être autonome et qu\u2019il devrait aussi être porté à deux, l\u2019homme pouvant jouer un rôle majeur pendant et après la grossesse.Si tant de femmes sont trop mères et trop possessives, c\u2019est qu\u2019elles mettent au monde et éduquent seules les enfanta.H y a dans la sexualité, pour l\u2019homme, un piège semblable pour l\u2019esprit.Quand on est profondément lié à une femme et qu\u2019on atteint au plus intense de la relation sexuelle, il arrive qu\u2019on éprouve les limites de cette relation et qu\u2019on veuille précisément être dans l\u2019autre, voyager en elle, au-delà de la position char^ nelle.On se rend compte alors que c\u2019est seulement par la totalité \u201ccosmique\u201d de la relation à l\u2019autre qu\u2019on peut vraiment le pénétrer, cherchant l\u2019esprit avec la tendresse aux contours de la chair.C\u2019est un mystère extraordinaire d\u2019avidité amoureuse qui procure l\u2019ivresse de l\u2019infinitude, du jamais atteint avec quelqu\u2019un que l\u2019on aime passionnément.Je dirais surtout qu\u2019être fidèle dans le mariage, ce n\u2019est pas ne pas avoir de relations avec d\u2019autres que son conjoint; mais, c\u2019est vivre de l\u2019amour passion avec quelqu\u2019un de longues années qui nous emporteront jusque dans la vieillesse, pour emporter la vieillesse avec nous deux au lieu d\u2019être pris par elle.I La fidélité a ses règles: elle touche la totalité de la personne et n\u2019est pas caractérisée par l\u2019exclusivité sexuelle ou autre; elle est active et non passive, reposant davantage sur l\u2019admiration qui construit que sur le souvenir qui conserve; elle vise la confiance en la personne plutôt que l\u2019obligation envers une institution.(De toute façon le mariage comme institution sera vrai, qu\u2019il y ait contrat ou pas, s\u2019il repose sur la confiance passionnée des personnes.) Enfin, la fidélité est autant tournée vers l\u2019avenir que centrée sur le présent, que vécue en regard du passé.On est fidèle à quelqu\u2019un avec qui l\u2019on se développe.'6.L\u2019admiration pour un être qu\u2019on trouve beau et unique Je me demande si au départ la source la plus vitale et la plus durable pour un couple n\u2019est pas l\u2019admiration réciproque.Trouver l\u2019autre beau et vrai.Etre séduit par Léclat de tel être, par sa façon à elle ou à lui de briller, ce qui ne peut êfre visible que pour celui ou celle qui a appris à connaître l\u2019autre de l\u2019intérieur.Je trouve Nicole extraordinaire depuis bientôt dix ans et je la trouve beaucoup plus extraordinaire qu\u2019au départ.Cela tient à tant de choses maintenant.Mais dès le départ je l\u2019ai vue comme un soleil de tendresse, de calme, de sécurité et d\u2019autonomie personnelle, de sensualité.Cela s\u2019est multiplié au cours des années, dans toutes sortes de moments très concrets, qui ont comme balisé notre chemin parcouru ensemble et avec les enfants.Ma femme est véritablemént le sujet de ma contemplation humaine, attitude tout à fait active qui se traduit par des gestes d\u2019amour de toutes sortes et le besoin de plus en plus passionné et total d\u2019être avec elle, de me développer avec elle, dans son environnement.Il me semble qu\u2019il faut être un peu \u201cpâmé\u201d de l\u2019autre au moment où l\u2019on commence en même temps à être conscient que l\u2019on peut former un couple, c\u2019est-à-dire qu\u2019un \u201cnous deux\u201d prend forme avec nous et qu\u2019il nous devient aussi nécessaire que nous-même, que notre moi.Et je pense que plus on admire quelqu\u2019un, plus on l\u2019amène à s\u2019aimer lui-même et à se développer** dans sa singularité, dans ses ressources particulières.L\u2019admiration est mul-tiplicatrice d\u2019être chez celui qui admire et chez celui qui est admiré.C\u2019est comme au travail d\u2019ailleurs, ou plutôt comme ce \u201cdevrait\u201d être; si vous ne dites pas régulièrement à quelqu\u2019un qu\u2019il fait bien ce qu\u2019il fait, vous risquez qu\u2019il ne fasse jamais très bien les choses et qu\u2019il ne soit jamais un travailleur heureux.Mais là encore ça n\u2019est pas dans nos mentalités d\u2019apprécier les êtres pour ce qu\u2019ils sont et ce qu\u2019ils font.On sait toujours dire aux gens ce qu\u2019ils ne font pas bien, mais on les ignore quand ils font bien.Il faut croire que tous nos sentiments sont timidement cachés dans les signes de piastres et dans les salaires minimum.7.L\u2019autonomie des individus comme condition d\u2019authenticité du couple et de l\u2019amour L\u2019autonomie et la sécurité de chacun des deux individus formant le couple sont aussi nécessaires que l\u2019admiration, qu\u2019elles fondent d\u2019ailleurs.On peut en effet se demander s\u2019il est possible d\u2019admirer la dépendance et de vouloir engager sa vie avec quelqu\u2019un qui n\u2019a pas un minimum de confiance en lui-même et qu\u2019on ne sent pas \u201cbien dans sa peau\u201d.Car c\u2019est surtout ce que j\u2019entends par autonomie et sécurité personnelle: être bien dans sa peau, pouvoir fonctionner positivement par soi-même sans toujours avoir besoin des autres comme de béquilles.Dè ce point de vue les chances d\u2019authenticité dans les rapports d\u2019un couple sont directement reliées aux conditions sociales dans lesquelles JANVIER 1975 / 11 les deux individus se sont développés.Le milieu a-t-il ou non favorisé l\u2019expression personnelle et la confiance en soi?L\u2019éducation donnée à l\u2019école a-t-elle comme premier objectif de susciter l\u2019autonomie personnelle et la créativité?Si des comportements d\u2019autonomie sont cultivés au sein du couple, on arrivera sans doute à susciter la communication et l\u2019échange entre les deux par l\u2019expression de chacun des individus.C\u2019est comme dans l\u2019ensemble des rapports sociaux.Il me semble que la capacité dé chacun au social est directement proportionnelle au pouvoir d\u2019expression personnelle et d\u2019autonomie atteint par chacun.Mon leitmotiv dans ma recherche sur l\u2019amour et la paix, c\u2019est \u201csois bien dans ta peau et tu respecteras celle des autres\u201d.Quand les gens ont une voiture neuve ils ont moins d\u2019intérêt à heurter les autres.Personnellement, je doute beaucoup de la valeur des échanges, à long terme surtout, qui ne sont pas d\u2019abord le résultat de l\u2019expression spontanée et dynamique des individus en situation d\u2019échange.La base du dialogue d\u2019un couple, je la sens dans l\u2019intensité de l\u2019expression propre des deux individus.C\u2019est le principe des vases communicants par le haut; on rejoint l\u2019autre à déborder de soi-même.On peut déborder de soi-même, par un mets qu\u2019on a préparé, par une intervention sociale dans un milieu donné, par une caresse qu\u2019on a faite dans un grand élan, par un regard doucement profond qui va chercher l\u2019autre avec le désir de lui faire sentir qu\u2019on est bien en soi avec lui ou ¦avec elle, par toute chose qu\u2019on a faite et pour laquelle on se fait dire des paroles délicates, ainsi de suite.C\u2019est dans la mesure ou l\u2019on croit à l\u2019importance, dans l\u2019amour et les rapports sociaux en général, de l\u2019expression personnelle, que l\u2019on peut réclamer des conditions sociales appropriées, et en particulier des chances égales d\u2019accès pour la femme et pour l\u2019homme aux divers modes d\u2019expression d\u2019une personne se développant en société.C\u2019est pourquoi surtout une des manifestations les plus importantes de l\u2019amour me paraît être l\u2019éveil constant à l\u2019expression de l\u2019au- tre.Presque chaque jour on peut se demander si l\u2019on a été soi-même obstacle ou avantage à l\u2019expression de l\u2019autre.Et que l\u2019on ait été obstacle ou avantage, il faut se le dire.Là se construit la connaissance lucide de l\u2019amour.Le langage de l\u2019autonomie répugne à ces formules traditionnelles si communes entre amoureux, telles que \u201cje suis à toi\u201d, \u201csans toi, je suis rien\u201d, \u201ctu es ma vie\u201d.De telles formules expriment un romantisme artificiel ou masquent souvent l\u2019exploitation de l\u2019autre, sous l\u2019apparence trompeuse du don et du sacrifice.On se donne à l\u2019autre pour pouvoir exister par lui ou par elle.On se sert de l\u2019autre comme valeur de rachat à l\u2019insuffisance de son propre développement.La possessivité en est une manifestation et les amoureux possessifs recourent effectivement aux formules citées.Le langage de l\u2019autonomie dirait plutôt: \u201cAvec toi, je suis davantage\u201d, signifiant au fond: \u201cj\u2019étais quelqu\u2019un avant toi, mais avec toi j\u2019ai senti que je pouvais être davantage encore, que je pouvais aller plus loin en moi, et qu\u2019à deux on devenait l\u2019un pour l\u2019autre un multiplicateur d\u2019être.\u201d L\u2019AMOUR, MOYEN de développement ,En guise de conclusion à ce résumé, je veux insister sur une chose: la vie du couple ne peut être qu\u2019une vie d\u2019amour.La vie de famille ne peut être qu\u2019une vie d\u2019amour.Or l\u2019amour n\u2019est pas affaire de pur instinct, d\u2019habitude, de routine.Ce n\u2019est ni un rêve, ni un idéal, ni même un sentiment.C\u2019est quelque chose d\u2019organique qui commande un certain ordre, individuel et collectif, de DEVELOPPEMENT HUMAIN.C\u2019est une source d\u2019énergie de la nature qui agit comme force de rassemblement des éléments de la vie, en utilisant des ressources comme l\u2019autonomie personnelle, l\u2019égalité de fait entre les personnes, l\u2019apprentissage des relations humaines, le goût de la personne, l\u2019action complémentaire de l\u2019homme et de la femme en toutes choses.Bien d\u2019autres moyens de l\u2019amour encore sont inscrits dans la nature humaine: la tendresse, la capacité de dire oui à la vie, l\u2019utilisation positive des différences, voire même de ce qui est contraire, entre les êtres et au sein de la vie, comme le Noir et le Blanc, l\u2019Occident et l\u2019Orient, le jour et la nuit, l\u2019ordre et le désordre, les liquides et les solides, etc.L\u2019homme et la femme sont au coeur d\u2019un univers fécondé par l\u2019ambivalence, qui est l\u2019une des expressions les plus tangibles de la vie organique de l\u2019amour.La famille est un lieu idéal pour le développement de l\u2019amour, à cause surtout de la permanence et de la quotidienneté des rapports de développement entre les membres de la famille et à condition d\u2019y croire et d\u2019y investir les ressources sociales requises.Pour ce faire, il y a une véritable révolution des mentalités et de l\u2019ordre établi à opérer dans notre société.Mais je ne me fais pas d\u2019illusion sur l\u2019avènement prochain de cette révolution, car le nouvel ordre social qu\u2019elle suppose n\u2019est pas pour demain.Ce que je redoute le plus pour l\u2019avenir, c\u2019est que des mâles narcissiques continuent d\u2019organiser la société.en dépersonnalisant de plus en plus les individus et en refusant de s\u2019appuyer sur la complémentarité de l\u2019homme et de la femme.Il y a même lieu de penser qu\u2019ils tenteront de remplacer la femme au plan de la fécondité, par des éprouvettes, comme on le fait depuis des siècles, à d\u2019autres plans, par des systèmes mâles de toutes sortes.Cela ne serait qu\u2019un pas de plus dans une démarche vieille comme l\u2019histoire, celle du Narcisse-homosexuel, latent ou manifeste, qui se sert de la vie humaine pour se contempler à travers des objets, plutôt que de se reconnaître comme personne et de partager la vie d\u2019égal à égal entre les personnes, entre l\u2019homme et la femme surtout.C\u2019est peut-être cela la forme la plus pernicieuse de ce que l\u2019on a appelé la faute originelle et qui semble s\u2019être incarnée dans l\u2019histoire à demeure, pourrissant la vie par la mort de l\u2019autre.L\u2019autre, c\u2019est peut-être avant tout la femme, la personne et avec elle tous ceux qui ne veulent pas être réduits à l\u2019état d\u2019objets par des mâles au pouvoir! 12 RELATIONS f NOTRE SOCIÉTÉ EST-ELLE ANTI-FAMILIALE?_ une interview de Léo Cormier* RELATIONS: Quels seraient, pour vous, actuellement, les problèmes majeurs de la famille?L.Cormier: D\u2019abord, on peut dire, je pense, que notre société, probablement sans s\u2019en rendre compte, est en train de devenir anti-familiale.On accuse les familles, parce qu\u2019elles n\u2019ont plus d\u2019enfants, parce que les époux se séparent etc.Mais ce ne sont pas les familles qui veulent que ce soit comme ça.Tout semble jouer contre la famille.Par exemple, c\u2019est beaucoup plus facile aujourd\u2019hui de se séparer que de se raccorder.Un couple qui veut se séparer a de nombreux professionnels à son service; un couple qui veut se raccorder n\u2019en a pas ou presque pas.La famille ne possède plus les outils pour se bâtir.On se tourne vers les gouvernements.Or les gouvernements n\u2019ont pas de politique familiale.^Depuis onze ans, Monsieur Léo Cormier, ex-débardeur, est conseiller social dans la zone grise de Mçntréal.Prochainement, il entrera au CSSMM (Centre de Services Sociaux du Montréal Métropolitain) comme agent des relations extérieures.Président de la Ligue des Droits de l\u2019homme, membre de l\u2019exécutif du Centre communautaire juridique de Montréal, de l\u2019Office municipal d\u2019habitation de Montréal, du Conseil de pastorale du diocèse de Montréal, du Conseil des affaires sociales et de la famille, d\u2019une commission du Conseil supérieur de l\u2019éducation, il est aussi - et par-dessus tout,* aime-t-il dire - père de famille.RELATIONS: Auriez-vous des exemples qui prouvent ce dernier point?L.Cormier: On n\u2019a qu\u2019à repasser tous les ministères, les uns après les autres.Les structures n\u2019admettent aucune participation.Un malade, aujourd\u2019hui, appartient aux professionnels de la santé.Ni lui ni sa famille n\u2019ont un mot à dire, alors que la responsabilité leur revient à eux d\u2019abord.Les vieillards sont mis sur la voie d\u2019évitement, alors qu\u2019ils sont souvent encore capables de rendre service à la société.L\u2019habitation est anti-familiale.On construit des \u201cbachelors\u201d: Montréal est une ville pour individus seulement.Aucune politique d\u2019habitation pour les jeunes ménages: on devrait les aider à se loger sans qu\u2019ils soient obligés de s\u2019endetter.La rénovation urbaine se fait sans consulter les principaux intéressés: ceux qui auront à vivre dans ces logis rénovés.On leur fait de petites cuisines, alors que les Canadiens français, pour la plupart, aiment les grandes cuisines.Et on reloge les gens sans les préparer à ce changement qui bouleverse leur vie.C\u2019est ce qui est arrivé à Mirabel.On ne tient pas compte de l\u2019élément humain.J\u2019ai parlé de la santé et du bien-être.Je pourrais dire la même chose du travail et des loisirs.Aucune préoccupation de la famille dans notre politique du travail.Une enquête a montré que 80% à 85% des travailleurs ne trouvent pas à s\u2019épanouir dans leur travail.Il faudrait alors que leur épanouissement ils le trouvent au foyer, dans leurs temps de loisirs.Mais, là encore, on ne se préoccupe pas de faire coïncider les vacances des divers membres de la famille.Jusqu\u2019à ces derniers temps, on ne s\u2019occupait que des vacances des enfants, qu\u2019on envoyait dans des colonies de vacances, séparés du reste de la famille.Les camps familiaux ne viennent que de commencer et sont l\u2019oeuvre d\u2019entreprises privées.S\u2019ils est yn endroit où l\u2019on devrait trouver une préoccupation familiale, ce devrait être au Ministère des affaires sociales, l\u2019ancien Ministère du bien-être et de la famille.Or, il n\u2019en est rien.On a des préoccupations sociales, oui; familiales, non.On a tout fusionné dans un même super-ministère en prétendant que la famille y gagnerait.C\u2019est le contraire qui est arrivé.Il faudrait que tous les ministères aient une préoccupation familiale.Et encore! Il faudrait un Ministère de la famille, ou, au moins, un ministre d\u2019Etat chargé de la famille.N RELATIONS: Vous seriez favorable à ce retour en arrière?L.Cormier: Le Ministère des affaires sociales en a trop: la santé, le bien-être et le service social.S\u2019occuper de la famille devient pour lui un luxe.En fait, sa seule préoccupation de ce côté-là, ce sont les allocations familiales.Et ça n\u2019implique aucune participation des citoyens.C\u2019est comme le Ministère de l\u2019éducation: on veut faire partici- JANVIER 1975 13 per les parents, mais c\u2019est trop gros, trop compliqué.Les gens ordinaires ne se retrouvent pas là-dedans.A la cour, c\u2019est la même chose.On parle d\u2019instituer un tribunal de la famille.Reste à voir ce que seront les juges et les avocats, quel genre de préoccupation familiale ils auront.Actuellement, à la cour, c\u2019est affreux.De 25 à 30 causes de divorce passent chaque jour au palais de justice de Montréal.Les personnes sont des numéros.Au Québec, on a presque autant d\u2019enfants placés en foyer nourricier que dans tout le reste du Canada ensemble.Pourquoi cela?Et tout ça coûte des fortunes! Le budget du Québec est d\u2019environ 5 milliards.Là-dessus, 30%' vont à l\u2019éducation et 42%.à la santé et au bien-être; soit presque les trois-quarts pour deux ministères qui ne sont pas rentables à court terme.RELATIONS: Vous venez de faire un peu le procès des différents ministères et de démontrer l\u2019absence généralisée de politique familiale.Mais, à votre avis, que devrait faire le gouvernement?L.Cormier: Deux choses surtout.Avoir, au niveau de chaque ministère, des responsables qui ont le souci d\u2019aider la famille et qui sont prêts, en plus, à travailler ensemble et avec les gens.Ensuite, coordonner les services des différents ministères, décloisonner les professions.Parfois on a des professionnels de deux ou trois ministères qui travaillent' auprès d\u2019une même famille et qui n\u2019ont, entre eux, aucun contact, l\u2019un ignorant complètement ce que fait l\u2019autre.Pourtant, dans une situation concrète, tout se tient.La santé, par exemple, est une conséquence.Pour s\u2019en occuper efficar cernent, il faudrait aller aux causes.Les causes, ça peut être les conditions de travail, ou de logement, ou d\u2019alimentation.RELATIONS: A plusieurs reprises, vous avez déploré le manque de participation des familles aux politiques qui les concernent.Quelles seraient les possibilités concrètes, pour les parents, de participer?A quelles conditions pourraient-ils le faire?L.Cormier: A la condition d\u2019être revalorisés dans leur rôle de père et de mère.Pour participer, il faut avoir conscience d\u2019être quelqu\u2019un.Or, aujourd'hui, le rôle tant du père que de la mère est déconsidéré.Le père est traditionnellement chez nous le pourvoyeur.C\u2019est son rôle quasi unique.Quand il ne travaille pas, qu\u2019il ne peut plus être le pourvoyeur, il n\u2019est plus rien.Quand, en plus, il n\u2019a pas d\u2019instruction, que tous ses enfants en savent plus long que lui et que - comme cela arrive - le chèque du bien-être est fait au nom de sa femme, que lui reste-t-il de dignité, de conscience d\u2019être quelqu\u2019un?Rien.Le seul endroit où un tel homme peut se sentir valorisé, c\u2019est à la taverne.Là il commande au garçon, là on l\u2019éGOute sans lui poser de questions indiscrètes.Pour la mère, on cherche maintenant à lui faire croire qu\u2019elle doit sortir du foyer pour s\u2019épanouir.C\u2019est grave.Je ne prétends pas qu\u2019une femme doive rester enfermée tout le temps à la maison, comme une esclave; mais il lui faudrait trouver quand même l\u2019essentiel de son épanouissement au foyer.-Mais c\u2019est toute la société actuelle qui est dévalorisante pour la personne.Car tout est trop gros.En cour, un accusé ou un témoin ne peut pas parler au juge; il n\u2019a pas le langage qu\u2019il faut.Je suis moi-même allé en cour comme témoin.Je croyais rendre service à la justice.Or j\u2019ai été traité avec le dernier mépris.J\u2019arrive là, personne pour me recevoir, pour me dire où aller, qqoi faire.Je suis perdu au milieu d\u2019un tas de monde.Quand, enfin, après une heure d\u2019attente, mon tour vient de comparaître, le juge et les avocats se mettent ensemble sur mon dos pour me \u201cfourrer\u201d! Est-ce comme ça qu\u2019on devrait traiter quelqu\u2019un qui vient rendre service à la société?RELATIONS: Est-ce que les conseillers sociaux et les autres spécialistes dans le domaine social peuvent aider les familles à participer?L.Cormier: Ils devraient pouvoir le\u2019 faire.C\u2019est leur rôle.Mais, encore ici, les politiques sont décidées en haut et appliquées en bas.En haut, on a bonne volonté, on veut bien faire, mais on est trop loin de la réalité.Les politiques devraient être pensées en bas, portées en haut, puis ramenées on bas.Avant d\u2019établir une politique, on devrait consulter non seulement les conseillers sociaux, mais les autres professionnels et toutes les personnes concer- nées.Aux membres des Conseils officiels (Conseil des affaires sociales, du bien-être, etc.) on pose des questions, mais des questions d\u2019ordre très général et qui présupposeraient d\u2019abord des études poussées.RELATIONS: Entre la famille, à la base, et les services gouvernementaux, au sommet, il y a les organismes familiaux.Quel est leur rôle?L.Cormier: Les organismes familiaux font face à deux problèmes principaux: la collaboration entre eux et le financement.Chacun de ces Mouvements est une sorte de petit royaume qui tient mordicus à son autonomie.Cette attitude empêche certains fusionnements qui pourraient être rentables.D\u2019un autre côté, tous ont de la misère à vivre.Le gouvernement devrait leur octroyer certaines subventions, soit directement, soit par l\u2019intermédiaire des agences.Mais, là encore, il y a des préjugés de part et d\u2019autre.Les Mouvements familiaux se méfient des agences de service social et vice-versa.Il faudrait surmonter ces préjugés.Qui va commencer?Peut-être le Ministère des affaires sociales pourrait-il faire quelque chose.Mais il est trop pris par l\u2019immédiat.RELATIONS: Au Conseil des affaires sociales et de la famille, est-ce que les Mouvements familiaux sont représentés?S\u2019ils le sont, est-ce que cette représentation les satisfait?- \\ L.Cormier: Les organismes comme tels ne sont pas représentés.Ceux qui sont nommés au Conseil des affaires socialeà le sont, après consultation sans doute, mais à titre individuel.Sur quinze membres, deux personnes, deux femmes représentent la famille.Les autres représentent le milieu syndical, le milieu professionnel, le milieu agricole etc.A ce compte, les organismes, bien sûr, s\u2019estiment insuffisamment représentés.Cependant, le Conseil tout entier peut être saisi parfois de questions se rapportant directement à la famille.Présentement, sur trois questions qu\u2019on nous demande d\u2019étudier, la première porte précisément sur les organismes familiaux: que sont-ils, comment 14 RELATIONS pourrait-on les aider?Les deux autres questions portent sur les comités de citoyens et le revenu minimum garanti.Pour faire des recommandations au ministre - le Conseil a un rôle purement consultatif - il nous a fallu rencontrer les Mouvements familiaux.Ces Mouvements, nous avons pu le constater, sont trop divisés pour être forts.Dans le milieu défavorisé, leur impact est nul.Ils rejoignent une certaine classe moyenne.A ce niveau, ils pourraient s\u2019organiser pour définir, par exemple, ce que serait une famille idéale qui se prend en charge et faire de la publicité autour de ça.Mais la plupart n\u2019en ont pas les moyens: ils doivent passer la moitié de leur temps à équilibrer leur budget et à se demander comment survivre au plan financier.RELATIONS:\tCroyez-vous que l\u2019Eglise a encore un rôle à jouer auprès de la famille?L.Cormier: Sans aucun doute.Les Mouvements familiaux ont été, pour la plupart, des initiatives de l\u2019Eglise: le Service de préparation au mariage, le Service d\u2019orientation des foyers, les Foyers Notre-Dame etc.Je reproche à l\u2019Eglise d\u2019avoir lâché.L\u2019Eglise devrait embarquer de nouveau.On a besoin d\u2019elle.On pourrait avoir des prêtres de famille, comme on a des médecins de famille; c\u2019est-à-dire des prêtres qui sont à la disposition des familles, qui rencontrent les parents et les enfants, ensemble et séparément, dans le but de les aider à solutionner leurs problèmes de famille.C\u2019est l\u2019Eglise qui lance \u201cChantiers \u201975\u201d, et, comme catholique, j\u2019en suis doublement heureux: d\u2019abord parce que ça porte sur la famille, ensuite parce que c\u2019est l\u2019Eglise qui en a l\u2019initiative.RELATIONS:\tComment\tvoyez- vous les rapports entre la famille, l\u2019organisation des familles et la politique?L.Cormier: Il faut d\u2019abord amener les gens à prendre conscience que la politique intervient partout dans leur vie, jusque dans les détails de leur quotidien; que, par conséquent, la politique, c\u2019est leur affaire; que la politique, aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas un problème de structures, mais de personnes; que, enfin, par leur participation, ils peuvent assainir la politique.Mais il \\ faut bien avouer que ces idées-là sont loin d\u2019être vendues à nos gens.Car notre société est une société de gens assis, individualistes, surtout chez la classe moyenne qui est la majorité.Leur seul souci, c\u2019est de garder ce qu\u2019ils ont.Les intérêts de la collectivité ne les intéressent pas.S\u2019ils se réveillaient, ces gens-là, le gouvernement marcherait; car ce serait important du point de vue électoral.Actuellement, le gouvernement trouve son profit à les garder comme ils sont.RELATIONS: Dans les rapports du Conseil économique du Canada, la famille, jusqu\u2019ici, tient peu de place.Existerait-il quelque chose d\u2019équivalent au Québec, mais qui tiendrait compte de la famille comme facteur de l\u2019économie?L.Cormier: Là-dessus mon raisonnement est bien simple.J\u2019ai dit tantôt que 72% du budget du Québec allait à l\u2019éducation et âux affaires sociales; il y a peut-être seulement 4 ou 5% qui est vraiment consacré à l\u2019économie.Si, par les moyens que j\u2019ai suggérés, on pouvait prélever 10% sur le 72%Net l\u2019attribuer à l\u2019économie, cela ferait 14 ou 15%: de quoi prévenir et changer un tas de choses surtout en période de grand chômage.Avec la hausse constante du coût de la vie, les gens ordinaires n\u2019ont qu\u2019un souci: s\u2019assurer à court terme de quoi vivre.Dans des conditions comme celles-là, toute politisation est impossible.Il faut d\u2019abord trouver des solutions à court terme avant de proposer quoi que ce soit d\u2019autre.RELATIONS: Quelle idée les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui se font-ils de la famille?L.Cormier: Les jeunes, évidemment, subissent l\u2019influence de ce qu\u2019ils voient.S\u2019ils se marient, ils ont peu d\u2019enfants.Au point de vue connaissance des problèmes de la vie familiale, ils n\u2019en ont pas plus que nous et ils feront les mêmes erreurs que nous.Ils parlent beaucoup de sexualité, mais la psychologie du couple, ils n\u2019en savent pas grand-chose.Quand un gars traite une fille comme si elle était un garçon, je me pose des questions.Il va falloir enseigner plus que le sexe.Tant qu\u2019on n\u2019aura pas de politique familiale, les jeunes ménages vont loger dans des \u201cbachelors\u201d: ce qui veut dire qu\u2019ils n\u2019auront pas d\u2019enfants pendant un certain nombre d\u2019années.En auront-ils ensuite?Quand on à pris l\u2019habitude de n\u2019en pas avoir, l\u2019enfant apparaît de plus en plus comme un embarras.Souvent, aussi, les jeunes mariés n\u2019ont pas d\u2019enfants parce qu\u2019ils commencent leur vie conjugale criblés de dettes: dettes d\u2019études, de maison, de ménage.Ce qui les oblige à travailler tous les deux.Mais il y a des faits encourageants.La nouvelle génération, je pense, sera moins exigeante que nous au plan matériel; cela me frappe de voir le grand nombre de jeunes couples qui veulent s\u2019en aller vivre à la campagne, sur une petite terre, pour fuir la vie folle de la ville.Il y a quelque chose de sain là-dedans! RELATIONS: Pour finir, parlons un peu de la dénatalité.L.Cormier: Il paraît qu\u2019on a fini de descendre la côte et même qu\u2019on commence à la remonter.Le problème se réglera, je pense, dans la mesure où la famille se trouvera dans des conditions qui la favorisent.Et, parmi ces conditions, il n\u2019y a| pas seulement l\u2019argent.Le lodgement y est pour beaucoup.A mesure que la société change, les quartiers défavorisés se déplacent.La pauvreté suit l\u2019âge des maisons.A Montréal, ce sont nos villes-dortoirs actuelles qui seront demain nos quartiers défavorisés, tandis que le centre-ville, que l\u2019on aura entre-temps rénové, redeviendra un quartier riche.Il faut prévoir ces déplacements et assurer aux .gens les services qui leur conviennent à \u2022eux, et non pas à la classe de gens qui se trouvait là avant eux.Moi, j\u2019ai bon espoir qu\u2019on va s\u2019en sortir.Je compte sur les jeunes.Et sur tous ceux que préoccupe le problème de la famille.Il y en a beaucoup.Mais ils ne se connaissent pas.Si un organisme pouvait donc prendre le leadership et amener tous ces gens à allumer leur allumette ensemble! Moi, j\u2019allume la mienne ce matin.Mais je suis tout seul.Au départ, il suffirait que nous soyons quelques-uns.Avec du dynamisme et un peu d\u2019imagination, nous pourrions faire énormément.De toute façon j\u2019ai confiance! JANVIER 1975 15 La famille et l\u2019école: un contrat pédagogique à redéfinir \u201cC\u2019est le tissu vivant qu\u2019il faut recréer.\u201d Gabriel Marcel Le mythe du \u201cpolitico-social\u201d a sapé les assises mêmes de la société québécoise qui, de rurale qu\u2019elle était, s\u2019est urbanisée à un rythme tellement rapide qu\u2019elle n\u2019a pas pu transposer dans son nouveau contexte les valeurs fondamentales qui avaient assuré sa survie.Démunie, abasourdie, la famille québécoise a subi les assauts des idéologies contemporaines qui l\u2019ont fortement ébranlée.La révolution tranquille, elle aussi \u201cannexée\u201d par les courants idéologiques, a administré à la famille quelques bons coups de boutoir, si bien que les Québécois en sont arrivés à trouver \u201cbizarre\u201d le comportement des néo-québécois chez qui ils observent des modes de vie familiale qui furent pourtant leurs il y a à peine une décennie! Le mythe du \u201cpolitico-social\u201d A lire et à écouter les Québécois qui parlent et écrivent, le citoyen moyen en arrive à croire que toutes les solutions à tous les problèmes résident dans \u201cle politique\u201d et \"le social\u201d.Cette obsession, qui menace la notion même de culture à laquelle elle tend à substituer celle d\u2019actualité, sous-tend presque toutes les \u2018Directeur, Ecole secondaire Louis-Riel, Montréal.par Emile ROBICHAUD* démarches collectives de la société québécoise.A preuve, l\u2019idéologie de la Centrale des enseignants du Québec (CEQ) qui voit, dans les écoles, une terre d\u2019élection pour les luttes politico-sociales des \u201ctravailleurs de l\u2019enseignement\u201d.A cette conception étroite de la société et de l\u2019Homme, il faut opposer les témoignages de deux hommes qui ont bien connu les régimes politiques qu\u2019engendre l\u2019obsession du politico-social.Le premier, Alexandre Soljénitsyne écrit, dans Août 14: \u201cMais, dites-moi, pensez-vous qu\u2019un ordre social idéal soit possible?Vasonofiev jeta à Isaac un regard plein de douceur.Oui, ce regard fixe, inflexible, détaché, pouvait être aussi plein de douceur, comme sa voix.Parlant bas, avec des pauses, il dit: \u201cIl y a quelque chose de plus important et de plus fondamental que l\u2019ordre social, c\u2019est l\u2019ordre intérieur.Il n\u2019y a rien, mais rien qui soit plus précieux pour l\u2019homme que son ordre intérieur.Pas môme le bien des générations futures.\u201d (1) Le second, Arthur Koestler, décrit dans Hiéroglyphes, ceux qu\u2019il appelle \u201cles justes\u201d: Qu\u2019est-ce que ces individus avaient en commun?Ils n\u2019étaient \u201cpas distingués par le rang ou la fonction\u201d.Ils occupaient les situations les plus variées.Ce n\u2019étaient pas des fanatiques du régime.C\u2019étaient des gens, qui lorsque je me sentais perdu et prêt à désespérer, me rendirent ma foi dans l\u2019Union soviétique.Ils créaient autour d\u2019eux de petits îlots d\u2019ordre et de dignité dans un océan absurde et chaotique.Quel que fût le domaine de leur activité, leur influence se communiquait à leur entourage.C\u2019est l\u2019ensemble de ces îlots humains éparpillés sur tout le territoire des Soviets qui maintient sa structure cohérente et l\u2019empêche de se désintégrer.Ces hommes, qu\u2019ils soient communistes ou non, sont des \u201cpatriotes\u201d soviétiques au môme titre que ceux de la Révolution française.Ce ne sont ni des héros ni des saints, et leurs vertus civiques sont toutes en contradiction avec le régime qu\u2019ils servent.Ils sont mus par un sentiment de responsabilité: ils font preuve d\u2019initiative et d\u2019indépendance de jugement, là où la norme est l\u2019obéissance aveugle; ils sont loyaux et dévoués à leurs semblables, dans un monde où la loyauté n\u2019est due qu\u2019à ses supérieurs et le dévouement qu\u2019à l\u2019Etat.Ils possèdent un honneur personnel et une inconsciente dignité de conduite, alors que ces mots sont tournés en dérision.Bien qu\u2019il en existe des milliers, ils constituent une petite minorité et sont les premières victimes de toutes les épurations.Pourtant, leur espèce ne s\u2019éteint pas.lis représentent le triomphe de la substance humaine indestructible sur un milieu déshumanisant.(2) Le lecteur me pardonnera ces longues citations mais je les crois essentielles à notre propos, d\u2019autant 1.\tSoljénitsyne, Alexandre, Août 14, (Le Seuil) p.336.2.\tArthur Koestler, Hiéroglyphes, cité par Quentin Ritzen, Les Nervures de l'Etre, pp.381-382.16 RELATIONS plus qu\u2019elles ont valeur de témoignages.Cet \u201cordre intérieur\" dont parle Soljénitsyne, ce \u201csentiment de responsabilité\u201d, cette \u201cinitiative\u201d et cette \u201cindépendance de jugement\u201d, cette loyauté et ce dévouement à ses semblables, cet \u201chonneur personnel\u201d et cette \u201cinconsciente dignité de conduite\u201d dont parle Koestler ne sont-ils pas les objectifs de l\u2019éducation que beaucoup de parents veulent donner à leurs enfants?Voilà ce dont tous les éducateurs dignes de ce nom doivent prendre conscience, et ce malgré l\u2019évidence que \u201cces mots sont tournés en dérision\u201d et que \u201cleurs vertus civiques sont toutes en contradition avec le régime qu\u2019ils servent\u201d et, ajouterais-je, avec les idéologies qu\u2019on voudrait leur faire servir.Une conception humaniste de l\u2019éducation Une certaine idéologie reproche au Rapport Parent d\u2019avoir voulu asservir les écoles à l\u2019industrie pour laquelle elles auraient préparé une main-d\u2019oeuvre soumise et compétente.C\u2019est prêter beaucoup de perspicacité à une entreprise qui en a beaucoup manqué! L\u2019école issue du Rapport Parent est victime du cancer.En effet, cette école, de par sa conception même, est vouée à \u201cl\u2019instruction\u201d des jeunes et à une instruction parcellaire, compartimentée et fragmentaire.Elle exalte le \u201crythme individuel\u201d, le choix \u201cpersonnel\u201d d\u2019options, avec le résultat que l\u2019école n\u2019est plus qu\u2019un amas de cellules individuelles, qu\u2019un tissu cancéreux.Un organisme vivant se compose de cellules qui forment des tissus, lesquels composent les organes nécessaires à la complexité et à l\u2019unité du vivant.L\u2019école \u201ccancéreuse\u201d est victime de la prolifération désordonnée et anarchique des cellules individuelles, comme la famille d\u2019ailleurs, soumise aux mêmes pressions anarchisantes.Pas plus que l\u2019école, la famille ne peut demeurer vivante si ce processus de \u201ccancérisation\u201d se poursuit.Il s\u2019agit, en fait, de \u201crecréer le tissu vivant\u201d comme l\u2019écrivait Gabriel Marcel.Pour ce faire, l\u2019école doit se donner des objectifs autres que la seule \u201cinstruction\u201d des individus.Elle doit, à mon avis, viser: 1.\tà l\u2019apprentissage du sens des responsabilités; 2.\tà l\u2019apprentissage du respect des autres; 3.\tà l\u2019éducation du goût du travail bien fait; 4.\tà l\u2019apprentissage de la rigueur dans la pensée et dans l\u2019expression; 5.\tà la formation du jugement pratique; tous ces apprentissages devant contribuer à l\u2019édification de \u201cl\u2019ordre intérieur\u201d dont parlait Soljénitsyne.C\u2019est une conception de l\u2019éducation et de l\u2019école: ce n\u2019est pas la seule.Une école vivante dans un système pluraliste Cette conception humaniste de l\u2019école et les objectifs que nous lui fixons appellent u,n mode d\u2019organisation autre que l\u2019actuelle \u201cindividualisation\u201d.Il faudra recréer, à l\u2019école, des groupes d\u2019appartenance, sacrifier, s\u2019il le faut, \u201cl\u2019éventail des options\u201d à la vie de groupe et redéfinir la philosophie des maisons d\u2019éducation en tenant compte des désirs des parents, ce qu\u2019on n\u2019a pas fait souvent depuis dix ans! Nous l\u2019avons fait, chez nous, à Louis-Riel et n\u2019avons eu qu\u2019à nous féliciter de l\u2019appui et de l\u2019intérêt des parents.Cette notion de \u201cpluralisme\u201d des écoles me semble la clé de voûte de toute réforme respectueuse du droit des gens.Il est en effet regrettable que la notion \u201cd\u2019école privée\u201d corresponde au Québec à celle de \u201cliberté de choix\u201d.En effet les parents qui n\u2019acceptent pas la conception de l\u2019éducation retenue par les écoles publiques doivent en retirer leurs enfants.Pourtant une conception vraiment démocratique de l\u2019organisation devrait susciter l\u2019avènement d\u2019un authentique pluralisme des maisons d\u2019enseignement au sein même du réseau public.Pourquoi, surtout dans les grandes villes, n\u2019en arriverait-on pas à offrir aux parents \u2022 un véritable choix, en vertu duquel, les écoles offriraient diverses philosophies de l\u2019éducation, et les modes d\u2019organisation pertinents?Il s\u2019agit là d\u2019un droit élémentaire des parents, qu\u2019ils devraient pouvoir exercer du sein du secteur public, avec tous les aménagements que cela implique.Au trement, toutes les belles déclarations portant sur la collaboration famille-école resteront des voeux pieux.Cette collaboration suppose, à la base, une entente fondamentale quant à la conception que se font les parents et les maîtres de l\u2019éducation à donner aux enfants.Les parents doivent exiger que l\u2019école respecte l\u2019éducation donnée à la maison et ne contredise pas l\u2019échelle des valeurs .qu\u2019ils ont voulu transmettre à leurs enfants.Dans une société pluraliste comme la nôtre, les échelles de valeurs sont plus variées, d\u2019où la nécessité urgente de créer un réseau d\u2019écoles publiques qui respecte ce pluralisme.Autrement, les parents et les maîtres continueront de s\u2019affronter, ou-de s\u2019ignorer, au détriment des enfants et de leur éducation.En effet, si des parents acceptent les objectifs que nous avons, précédemment, voulu fixer à l\u2019école, ils se heurteront bien sûr aux enseignants qui valorisent la créativité et la libre expression plutôt que l\u2019éducation du goût du travail bien fait et l\u2019apprentissage de la rigueur dans la pensée et dans l\u2019expression.L\u2019école qui met l\u2019accent sur l\u2019apprentissage du sens des responsabilités et du respect des autres s\u2019organisera autrement que celle qui met l\u2019accent sur la spontanéité.Un contrat pédagogique à redéfinir Il existe un \u201ccontrat pédagogique\u201d comme il existe un contrat social.Faute de l\u2019avoir compris et d\u2019en avoir respecté les termes, beaucoup de nos écoles sont devenues le lieu de batailles idéologiques.D\u2019une part des familles, regroupées en associations, attaquent souvent les écoles \u201cen général\u201d et les associations d\u2019enseignants, à leur tour, répliquent \u201cen général\u201d.Le temps est JANVIER 1975 17 venu, me semble-t-il, de respecter ce fameux pluralisme dont on a tant parlé.Avant de songer à engager les parents dans la \"cogestion\u201d des écoles, il faudrait, d\u2019abord, leur donner la chance de dire quel type d\u2019école ils désirent et respecter ces désirs en acceptant que le réseau public soit vraiment pluraliste et que les parents puissent y exercer un-véritable choix.- Une fois ce droit fondamental acquis, les parents pourront dialoguer avec des éducateurs qui partageront leur philosophie de l\u2019éducation, quelle qu\u2019elle soit.Ainsi cesseront les querelles qui opposent, au sein d\u2019une même école, les tenants de philosophies de l\u2019éducation souvent opposées.Quand les parents sentiront que l\u2019école poursuit vraiment l\u2019oeuvre d\u2019éducation amorcée à la maison, m\u2019est avis qu\u2019ils s\u2019engageront plus à fond dans une collaboration continue avec l\u2019école.Mais tant et aussi longtemps que des éducateurs pourront se permettre de défaire à l\u2019école ce qui se construit à la maison, les parents se méfieront de l\u2019école et craindront d\u2019y venir ou, qui plus est, inscriront leurs enfants à l\u2019école privée.Ceux qui reprochent aux parents de vouloir transmettre à leurs enfants les valeurs qu\u2019ils respectent, ne sont pas des éducateurs.Ce sont des idéologues.Les vrais éducateurs agissent autrement: ils acceptent de discuter avec les parents des valeurs à transmettre.En ce faisant, ils font preuve de respect: c\u2019est ce qui distingue les éducateurs des idéologues.Ce sont les éducateurs, parents et maîtres, qui doivent redéfinir le \"contrat pédagogique\u201d, dans le respect du pluralisme et des enfants.Autrement tout dialogue en sera un de sourds, comme l\u2019attestent tant de réunions où s\u2019affrontent des gens qui devraient pourtant collaborer.Une société adulte doit accepter le pluralisme de ses institutions.C\u2019est le critère premier de la maturité sociale.UNE CERTAINE ETHIQUE FAMILIALE: richesses et ambiguïtés Dans le livre, publié par l\u2019Office de catéchèse du Québec pour Chantier \u201975, j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019exposer sommairement l\u2019histoire de la théologie de la famille dans ses rapports avec la société (1).Ce détour historique sur le thème Famille et société à la lumière de l\u2019évangile me permettait alors de faire apparaître certains enracinements particulièrement importants de la théologie de la famille encore enseignée, et de la morale qui en découle; de manifester également l\u2019étonnante omission de certaines références évangéliques pourtant capitales; de poser, finalement, en fonction de l\u2019aujourd\u2019hui de la vie chrétienne en Eglise, \u201cquelques questions souvent escamotées\u201d concernant le rôle idéologique que peut jouer et que joue, de fait, une certaine théologie de la famille et de la société.Sans reprendre ici cette démarche, je voudrais en reprendre certains éléments dans une analyse un peu plus serrée de l\u2019éthique familiale traditionnelle, puis tenter de commencer au moins de répondre à certaines questions formulées dans ' l\u2019essai mentionné.Enracinements et conditionnements On parle souvent, surtout dans les cercles ecclésiastiques, de la 1.Famille et société, Montréal, Fides, 1974, \u201cFamille et société à la lumière de l\u2019évangile: quelques questions souvent escamotées\u201d, pp.54-69.par Guy Bourgeault morale conjugale, de la morale familiale, de la morale sociale.comme s\u2019il n\u2019y avait pas, dans les divers aspects et domaines de la vie humaine ainsi évoqués, un réel pluralisme tant au niveau des conceptions ou des visions et des systématisations qu\u2019à celui des comportements.Ou comme s\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une systématisation valable et, partant, universellement valable pour tous les temps.Je préfère, quant à moi, parler d\u2019une certaine éthique familiale: celle, concrètement, qui nous fut enseignée et qui demeure le référent habituel des discours ecclésiastiques, des encycliques pontificales et des décrets conciliaires aux homélies dominicales en passant par les livres de théologie morale et les cours de préparation au mariage.Les enracinements bibliques de cette éthique sont évidents.Encore qu\u2019il faille faire la part des relectures de la Bible qui ont été faites au cours des siècles, dans des situations socio-culturelles particulières et nouvelles d\u2019âge en âge.On peut grouper sous quatre chefs les références bibliques privilégiées par cette éthique familiale \u2014 et, me semble-t-il, dans l\u2019ordre suivant: 1° La relation parents-enfants exprimée en termes surtout d\u2019autorité et d\u2019obéissance.- La référence première \u2014 celle qui nous vient spontanément à l\u2019esprit parce qu\u2019elle a profondément marqué la catéchèse de notre enfance et les démarches pénitentielles qui lui étaient liées \u2014 est certes le \u201cHonore 18 RELATIONS ton père et ta mère\u201d du déca-logue (Ex 20, 12, Dt 5, 16).Puis le \u201cet il leur était soumis\u201d, qui suit le récit de ce que l\u2019on présentait parfois comme l\u2019escapade ou la fugue de Jésus au temple (Le 2, 51 \u2014 on a insisté plus sur ce verset et sur le suivant; \u201cEt Jésus grandissait en sagesse, et en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes\u201d, que sur l\u2019épisode rapporté en Le 2, 41-50 et sur sa signification, donnée au verset 49 lorsque Jésus déclare être d\u2019abord consacré à son Père.verset auquel on ne référait guère que pour légitimer la séparation de la famille par l\u2019entrée en religion ou dans les ordres!).Enfin, le commentaire paulinien du commandement décalogal: \u201cEnfants, obéissez à vos parents.\u201d (Eph 6, 1 - mais sans même évoquer Eph 5, 21 qui donne pourtant le sens de l\u2019ensemble de la parénèse de Paul concernant la vie familiale et les rapports interpersonnels: \u201cSoyez soumis les uns aux autres dans l\u2019amour du Christ\u201d; et le plus souvent sans., rappeler Eph 6, 4: \u201cEt vous parents, ne poussez pas vos enfants à bout.\u201d).2e La fécondité matrimoniale comme signe de la bénédiction divine.- Ce thème permettait de valoriser les familles nombreuses; les vocations sacerdotales ou religieuses dans ces familles étaient vues comme manifestant la bénédiction divine et sa.grâce spéciale.La référence fondamentale est ici le \u201cSoyez féconds et multipliez./\u2019 qui accompagne la bénédiction donnée par Dieu à l\u2019homme et à la femme dans le récit biblique de la création (Gn 1, 28).3e La stabilité matrimoniale assurée par la fidélité conjugale.-En vue d\u2019une éducation la meilleure possible des enfants, fils de l\u2019Eglise.et aussi fils de la Patrie.La référence la plus constante, ici, est celle de Mt 19, 6 (qui renvoie d\u2019ailleurs à Gn 2, 24): \u201cCe que Dieu a uni, que l\u2019homme ne le sépare pas\u201d (cf.aussi Mt 5, 31-32 et 19, 3-12).Egalement - et heureusement - Eph 5, 31-32, sur l\u2019union conjugale entre l\u2019homme et la femme comme signe (sacrement) du mystère de l\u2019union du Christ et de l\u2019Eglise.Et, plus récemment peut-être,' certains textes des prophètes de l\u2019Ancien Testament utilisant l\u2019allégorie conjugale pour faire entrer dans l\u2019intelligence du mystère de l\u2019alliance entre Yahvé et son épouse Israël appelée à se convertir, à se détourner de son infidélité adultère pour vivre elle-même de la fidélité de son Dieu.4e\tL\u2019éducation chrétienne et la tradition de la foi.Ce thème de la famille comme lieu de l\u2019éducation première et de la tradition de la foi aurait pu se , référer à quelques beaux tex-tex de l\u2019Ancien Testament (voir, par exemple, Dt 6, 20 et ss ).Son explicitation fut toute; Femmes des soirs d\u2019ivresses J\u2019ai connu vos folies éblouissantes (19).Le poète qui écrit cet aveu a 16 ans.Il l\u2019écrit donc dans le même temps qu\u2019il se laisse enivrer et éblouir par les images du songe et de la poésie.Tout au long de cette seconde partie, il dénonce \u201cla ville chimérique -(20)\u201d et proclame la victoire prochaine de l\u2019aube et du soleil.Dans le dernier poème qui porte l\u2019indication 1943-1955, l\u2019aube s\u2019est levée qu\u2019avait annoncée le crépuscule.Ce ne sont plus les cadavres déchiquetés du réel que les flots ont emportés mais bien les épaves des \"songes morts (21)\u201d.Au-dessus du vent et des ombres,^ le soleil victorieux s\u2019est levé: Et par-delà l\u2019éternelle ondulation bleue Des marées immenses du château des vents Le soleil apparut dans un rayonnement De plumes d\u2019or et de feu Est-ce possible que l\u2019aventure poétique de Rémi-Paul Forgues se soit achevée avec cette boucle refermée sur l\u2019univers des reflets, des songes et de la musique, avec ce sceau d\u2019or apposé sur le monde de l'adolescence?La démarche du recueil contient cette rupture, sinon cet échec.Le réel aurait eu raison de l\u2019imaginaire, le jour de la nuit?Le poète qui a ordonné les poèmes de ce recueil invite à le croire.Si, pourtant, la poésie, en même temps que l\u2019adolescence, avait tout simplement pris le maquis.Si Rémi-Paul Forgues avait continué d\u2019écrire dans l\u2019ombre et le silence.si ce recueil n\u2019était que le premier envoyé comme en éclaireur sur une route enfin libérée.La poésie, qui a si parfaitement coincidé avec l\u2019adolescence, peut-elle revivre, une fois l\u2019adolescence surmontée?L\u2019on pense au \"Bateau ivre\u201d, au \u201cVaisseau d\u2019or\u201d.Mais la \"Cathédrale de la mer\u201d a-t-elle été réellement engloutie?Réveillés dans la musique agreste du vent Que roule le réveil Les choeurs des adolescentes du bateau blanc Entonnent des airs dans les jets d\u2019eau vermeils (22).Ottawa, te 15 novembre 1974 1.\tRémi-Paul Forgues, Poèmes du vent et des ombres, Montréal, les Editions de l\u2019Hexagone, 1974, 81 pp.2.\tClaude Gauvreau, \"L'Epopée automatiste vue par u,n cyclope\u201d, dans la Barre du jour, \u201cLes Automatistes\u201d, janvier-août 1969, p.60.3.\tRémi-Paul Forgues, Poèmes du vent et des ombres, p.58.4.\tIbid., p.59.5.\tClaude Gauvreau, \u201cL\u2019Epopée automatiste vue .par un cyclope\u201d, dans la Barre du jour, \u201cLes Automatistes\u201d, janvier-août 1969, p.54.6.\tRémi-Paul Forgues, Poèmes du vent et des ombres, p.55.7.\tIbid., p.66.8.\tIbid., p.17.9.\tIbid., p.18.10.\tIbid., p.19.11.\tIbid., p.17.12.\tIbid., p.18.13.\tIbid., p.19.14.\tIbid., p.21.15.\tIbid., p.31.16.\tIbid., p.32.17.\tIbid., p.32.18.\tIbid., p.34.19.\tIbid., p.37.20.\tIbid., p.43.21.\tIbid., p.50.22.\tIbid., p.50.28 RELATIONS relations et ses lecteurs Lecteurs: intelligents, fraternels.J\u2019ai trouvé le numéro de Relations, Octobre \u201974, excellent! J\u2019ai bien hâte de dévorer celui de novembre que je viens de recevoir.Merci.Il est intéressant de vous lire et de méditer sur la pertinence et la rigueur de vos réflexions.Vous rejoignez quelque peu l\u2019équipe de Christus, où la témérité d\u2019un Père Joseph Thomas, Directeur de la Revue, écrit dans le numéro 78, page 172: \u201cIl faudra que passe et que meure la figure présente de l\u2019Eglise pour que renaisse une Eglise plus digne de son appel\u201d.Voilà qui est audacieux, mais peut-être nous acheminons-nous vers cette nouvelle Eglise.J\u2019en connais qui vous lisent et sont vivement agacés de votre présence dans le milieu.Voilà qui est sain.J\u2019en connais d\u2019autres qui ne vous aiment pas du tout, et ne sont pas d\u2019accord, mais qui vous lisent avec avidité, question de savoir ce que vous écrivez.Voilà qui est intelligent.Enfin un travailleur social, prêtre dans la soixantaine, avec qui je commentais Relations cette semaine me répliquait: \u201cCe sont des penseurs, des \u201cespèces\u201d de prophètes, dix ans en avant de leur temps, pour qui j\u2019ai du respect\u201d.C\u2019est fraternel.Bravo pour vous fous! Bravo pour le Père Marcotte, homme de grande foi, qui compte davantage sur l\u2019imprévisible.Moi aussi, je compte beaucoup sur l\u2019Esprit Saint dont la présence est manifeste au sein de votre équipe.Continuez, vous êtes de valeureux témoins! Mme S.P.(Sherbrooke) Entendons-nous! Nous avons décidé de ne pas nous réabonner parce que vous n\u2019êtes plus catholiques.Religieuses (Montréal-Nord) Je vous suggère de continuer dans le même sens.Il faut' des penseurs dans le siècle \u201célectrisé\u201d où nous vivons afin de nous aider à réflé- Ch,r'\tReligieuse (Amos) * A tous les membres de l\u2019Equipe, Mes félicitations bien sincères pour votre numéro \u2018second souffle\u2019.C\u2019est un encouragement extraordinaire malgré tous les motifs de désespoir.Vos analyses ont trouvé en moi une résonnance que je n\u2019osais trop afficher ouvertement même si les contradictions quotidiennes me rendaient de plus en plus mal à l\u2019aise.Vous serez sans doute plus écoutés par la gauche que par la droite (je me fie aux réactions déjà enregistrées) mais, d\u2019un côté comme de l'autre, une interpellation sera transmise par des relais de chrétiens \u2018politisés\u2019 pour amorcer le dialogue ou poursuivre le combat.VJ.(Québec) Je me réabonne.$8 par année, pour voir comment le groupe de petits pontifes veulent être Souverains! A.F.(St-Philémon, Bellechasse) Un dialogue à poursuivre.J\u2019en profite pour féliciter l\u2019équipe de son engagement de plus en plus résolu au sein de la société québécoise en devenir et de la qualité remarquable de ses articles.Le débat que vous avez ouvert sur l\u2019Eglise et sur le socialisme d\u2019ici me paraît appeler singulièrement des approfondissements.Je ne suis pas sûr que l\u2019espèce de dichotomie que vous relevez entre Eglise officielle ou Institution èt Evangile comme ferment de l\u2019Esprit en travail dans l\u2019histoire ne soit pas une facilité, n\u2019ait pas un caractère subrepticement artificiel.Il n\u2019y a pas lieu de désespérer plus de l\u2019Eglise en sa mondanisation que du monde lui-même.C\u2019est le tout qui doit être transformé constamment à grand prix, me semble-t-il, par les disciples de Jésus-Christ.Je m\u2019étonne aussi d\u2019une certaine impatience qui incline au pessimisme des hommes qui ne combattent pas toujours depuis très longtemps à visière levée pour un Québec indépendant.Reste que la lecture de vos réflexions .stimule, secoue, incite à l\u2019action.J.G.(Montréal) JANVIER 1975 29 \"relations- REVUE D\u2019INTÉRÊT GENERAL.RELATIONS présente, chaque mois, études et dossiers sur divers problèmes: \u2022\tEducation \u2022\tPolitique nationale et internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Eglise \u2022\tAffaires sociales et problèmes^ économiques \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.! Au cours des deux dernières années : \u2022\tChrist sans Église ?(dossier sur la crise de la pratique religieuse \u2014 septembre 1972) \u2022\tLes syndicats québécois et l\u2019action politique (novembre 1972) \u2022\tMorale et changement (numéro spécial sur révolution de la conscience morale au Québec \u2014 décembre 1972) \u2022v Les chrétiens et le socialisme (février 1973) \u2022\tLa guerre des catéchismes (numéro spécial \u2014 septembre 1973) \u2022 L\u2019avenir du Québec (octobre et décembre 1973) \u2022\tLes nouveaux groupes chrétiens au Québec (dossier \u2014 janvier 1974) \u2022\tLa consommation \u2014 les défis nouveaux de la société de consommation (numéro spécial, février 1974) \u2022\tL\u2019avenir de l\u2019Église d\u2019ici (numéro spécial \u2014 mars 1974) Abonnement: $8 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750.Prix spéciaux pour plusieurs exemplaires.Formule d\u2019abonnement aü verso pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.LES LIVRES-\t- Une réflexion et une prière Messages des Evêques Canadiens à l\u2019occasion de la Fête du Travail, 1956-1974.Présentation de Richard Arès, S.J.- Cahiers de l\u2019Institut social populaire, n.10.Montréal, .Les Editions Bellarmin, 1974, 193 pp.¦ grosse loupe, cernée de noir, sur le i : vert déjà couverture: tel est le symbole pressif sous lequel le maquettiste nous P' ?,ente ce7recueil.Une loupe en effet rapproche ce qui est éloigné ou que l'on distingue mal, et permet de voir et de bien voir.C ce à ce recueil, nous retrouvons, à porta main, des textes dispersés, sou-v.iti peu accessibles, dans lesquels nos Evêques, depuis près de vingt ans, ont adapté à notre situation l\u2019enseignement social de l'Eglise.Cela nous vaut un petit volume maniable,.d\u2019une belle typographie, aéré, coupé de titres et de sous-titres, enrichi d\u2019une table analytique qui fera la joie des chercheurs.Surtout, des textes d\u2019une richesse durable, qui nous surprennent, spécialement depuis l\u2019explosion du Concile, par l\u2019actuajité des sujets, la netteté des positions prises,' par le ton vigoureux parfois jusqu\u2019à l\u2019emporte-pièce.Ces textes méritaient d\u2019être tirés de l\u2019oubli, car ils abordent les sujets les plus brûlants: les immigrants, l\u2019automation, la pauvreté, la situa-v tion économique de la famille, la lutte pour la libération, la violence, les travailleurs, etc.Ces textes font honneur à l\u2019Eglise canadienne et c\u2019est dans leur prolongement que se situent les prises de positions de nos Evêques Sur la Justice, au Synode de 1971.A ce titre, en passant, ces textes mémorables de nos Evêques au Synode eussent été bienvenus, en annexe.Un autre mérite de ce recueil est que ces textes nous sont présentés par le Président des Semaines sociales, le Père Richard Arès, très familier avec ces textes qu\u2019il a déjà largement commentés.Il souligne ici, avec pénétration et nuance, leur richesse diverse.Surtôut, il ajuste notre regard et nous rappelle que, pour les bien comprendre, il faut les situer dans le moment de l\u2019histoire où ils ont paru.Or, de 1950 à nos jours, l\u2019histoire partout dans le monde, au Canada et en particulier au Québec, fut celle d\u2019années tournantes, d\u2019années-charnières où, pour ainsi dire, tout a changé, à commencer par l\u2019explosion dans l\u2019Eglise d'une liberté de pensée toute nouvelle.Une seconde dimension à retenir pour bien lire ces textes, nous rappelle le P.Arès, est leur caractère pastoral.Lorsque les Evêques se prononcent sur les problèmes sociaux, ils demeurent toujours soucieux, avant tout, du bien général, du bien moral et spirituel des chrétiens qui leur sont confiés.Ce petit recueil leur rend justice et ravive la confiance que nous leur devons.Georges Robitaille, S.J.André Myre: Eucharisties.- Montréal, Editions Bellarmin, 1974.162 pp.Qui veut prier aujourd\u2019hui se trouve en présence d'une abondante littérature.Depuis surtout Quelqu\u2019un parmi nous de H.Oosterhuis, toute une série de livrets s\u2019offre à la prière personnelle et communautaire des croyants.Un ouvrage de chez nous, Eucharisties, d\u2019André Myre, pourrait figurer avantageusement dans cette collection.J\u2019ai particulièrement apprécié, pour ma part, ces prières eucharistiques.Bibliste et pasteur, André Myre donne aux passages de l'Ecriture Sainte une actualité pertinente.Avec brièveté et profondeur, il évoque divers passages bibliques, pour les incarner à nouveau dans la prière liturgique et leur .donner ainsi leur vraie dimension: éclairer et nourrir aujourd'hui nos situations de foi.Les pages sur la tentation de «Jésus au désert et nos tergiversations modernes (pp.49-52) sont particulièrement belles et inspirantes.Un style limpide et tout proche.Une présentation de qualité.\tA Jean L\u2019ARCHEVEQUE.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.LE LANGAGE DES CHIFFRES\t 45,000\tTITRES EN STOCK PERMANENT 13,000\tPIEDS CARRÉS D\u2019ÉTALAGES 5\tLIBRAIRIES EN UNE \tH Sciences humaines J Jeunesse L Lettres, arts, loisirs M Médecine et sciences de la santé S Sciences et techniques 4\tSERVICES INTÉGRÉS \tles commandes spéciales les commandes d\u2019office les livres reliés et catalogués le service universel d'abonnements Total\t¦ 1\tQUALITÉ : LA MEILLEURE LIBRAIRIE DUSSAULT\t la grande librairie du 8955 SAINT-LAURENT - MONTREAL\t t\tTél.: 384-8760\tAutobus\tMétro: 53, 55, 98, 100\tCrémazie 30 RELATIONS OUVRAGES REÇUS BILODEAU, R., LEGER, R.: Classes sociales et pouvoir politique au Québec.Perspective historique.\u2014 Montréal; Leméac, 1974, 133 pp.CRITERE, 11: Croissance et démesure.Montréal, Collège Ahuntsic, décembre 1974, 213 pp.CUSSON, M.,: La resocialisation du jeune délinquant.\u2014 Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1974, 160 pp.DANIELOU, Jean: Les manuscrits de la mer Morte et les origines du christianisme, nouvelle éd.revue et augmentée.\u2014 Paris, Ed.de l\u2019Orante, 1974, 121 pp.DANSEREAU, D.: Causes célèbres du Québec.\u2014 Montréal, Leméac, 1974, 204 pp.DECHENE, L.: Habitants et marchands de Montréal au XVIle siècle.\u2014 Paris et Montréal, Plon, 1974, 588 pp.DORFLES, G.: Introduction à l\u2019industrial Design.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 158 pp.DUMONT, Fernand: Les idéologies.Col.SUP.- Paris, P.U.F., 1974, 183 pp.A EN COLLABORATION: Dire le salut, sauver le langage.- Paris, Chalet, 1974, 165 pp.EN COLLABORATION:\tDonnées sur le Québec.\u2014 Montréal, Pr.de l\u2019Univ.de Montréal, 1974, 270 pp.EN COLLABORATION: L\u2019aménagement des temps de travail.L\u2019horaire variable et la semaine comprimée.Département des Relations Industrielles de l\u2019Univ.Laval.\u2014 Québec, Pr.de l\u2019Univ.Laval, 1974, 337 pp.EN COLLABORATION:\tPeinture contem- poraine.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 260 pp.EN COLLABORATION: Peinture moderne.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 260 pp.GAGNON, C.: Robert Charlebois déchiré \u2014 Montréal, Leméac, 1974, 233 pp.GAGNON, L: L\u2019Evangile de l\u2019an 2000.- C.P.146, Terrebonne, Québec, Penseurs du XXe siècle, 1974, 340 pp.GUERIN, P.: Je crois en Dieu.Les mots de la foi aujourd\u2019hui.\u2014 Paris, Le Centurion, 1974, 149 pp.KROES, C.: Watergate.Série noire pour la Maison blanche.\u2014 Paris-Montréal, Ed.sociales-Leméac, 1974, 187 pp.LACHANCE, L.: La leçon des faits.Programme de formation des éducateurs d'adultes expérimenté par Sesame.\u2014 Québec, l\u2019Editeur officiel du Québec, 1974,102 pp.\t, LA HONTAN: Dialogues avec un sauvage.\u2014 Montréal, Leméac, 1974, 179 pp.LAPERRIERE, R.:\tLes systèmes juridi- ques de détermination des salaires.\u2014 Montréal, Pr.de l'Univ.de Montréal, 1974, 425 pp.POUR LESJEUNES Nouvelle série \u201cJOUONS AVEC TINTIN\u201d: Jouons avec Tintin à Moulinsart (30 pp.), Jouons avec Tintin en Syldavie (30 pp.).Tournai, Casterman, 1974.Col.Farandole: deux albums, Martine fait la cuisine, Torpillou le Manchot, \u2014 Tournai, Casterman, 1974.Col.Cadet-Rama Géant: Comment?40 questions de petit Torn.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 96 pp.Col.Cadet-Rama Géant: A.Grée et L.Camps: Le livre-jeux des saisons.\u2014 Tournai, Casterman, 1974.Col.L\u2019âge d\u2019or: A.Dumas: Le capitaine Pamphile.(32 pp.) \u2014 Deux albums-disques: Riquet à la houppe, La cabane enchantée (Chaque album a 20 pages, avec 1 disque 45 tours).\u2014 Tournai, Casterman, 1974.Col.Plaisir des contes: Erika et le prince Grognon.\u2014 Tournai, Casterman, 1974.Série L\u2019Aventure de la science: Prodigieux Cosmos.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 62 pp.Le costume et les armes des soldats de la Guerre 1939-1945 - Tome III.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 156 pp.Grandes Encyclopédies: Les mammifères (198 pp.).\u2014 Les grands travaux de l\u2019humanité (96 pp.) \u2014 Tournai, Casterman, 1974.Bandes dessinées: Série \u201cLes peaux rouges\u201d: Les compagnons du mal.\u2014 Tournai, Casterman, 1974, 48 pp.Les Cent-Associés et le peuplement de la Nouvelle-France (1633-1663) Par Lucien Campeau, s.j.L\u2019auteur écrit dans la présentation: \u201cLa colonisation des Cent-Associés, ici mise en cause, est partie intégrante du projet missionnaire conçu par les Récollets de Québec dès 1616, adopté par les Jésuites à leur arrivée en 1625 et mis en oeuvre par Richelieu en 1627, à l\u2019instigation du P.Philibert Noyrot.L'étude partielle que nous livrons aujourd\u2019hui au public ne tiendra pas lieu d\u2019histoire des Cent-Associés.Elle ne prétend, à partir d\u2019un aspect seulement, qu\u2019évoquer certaines dimensions insoupçonnées et suggérer quelques perspectives nouvelles où situer l\u2019ensemble de ce problème historique.\u201d 5 1/8\u201d x 7 3/4\u201d.175 pages.$4.50 Messages des évêques canadiens à l\u2019occasion de la fête du Travail (1956-1974) présentation de Richard Arès, S.J.Eparpillés dans les journaux et dans les revues, difficiles à trouver et à consulter, surtout les premiers, ces Messages annuels, allant de 1956 à 1974 inclusivement, sont ici recueillis et présentés en un Cahier de l\u2019Institut Social Populaire (no 10), avec l\u2019appui des Semaines sociales du Canada.L\u2019objectif fondamental de ces Messages est bien exprimé dans cet appel lancé aux chrétiens d\u2019être \u201caux premières lignes de ce front de libération qui ambitionne de bâtir une société authentiquement humaine\u201d.6 1/16\u201d x 8 3/8\u201d.193 pages.$5.00.Editions Bellarmin 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal H2P 2L9 Tél.: 387-2541 1 JANVIER 1975 31 * Enfin un code civil en FORMAT DE POCHE Edition intégrale, bilingue, broché 1974 $7.95 COLLECTION: CODES ET RECUEILS PRATIQUES CODE CIVIL QUÉBEC CIVIL CODE Edition préparée sous la direction de: Yvon Renaud et Jean-Louis Baudouin professeurs à la Faculté du droit de l\u2019Université de Montréal Les Commissions Scolaires vigilantes reconnaissent la nécessité d\u2019enseigner l\u2019histoire nationale au secondaire, mais un éditeur qui a du flair les a devancées en publiant: DE ANDRE LEFEBVRE, Université de Montréal.ET MICHEL ALLARD, Université du Québec a Montreal LIVRE DE L'ÉLÈVE $6.95 LIVRE PÉDAGOGIQUE $6.95 OUVRAGES AGRÉÉS par le ministère de l'Education.Quebec et le ministère de ( Education.Toronto HISTOIRE DU CANADA A PARTIR DU QUÉBEC ACTUEL f>«f les contrat/
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