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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1974-03, Collections de BAnQ.

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[" relatons ¦nnBB MONTRÉAL\tMARS 1974 BMM VOL.34, NO 391\tPRIX : 750 L\u2019AVENIR DE L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI NUMÉRO SPÉCIAL sommaire L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI : entre deux saisons ?\u2014 éditorial (66).\u2014 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL : rétrospective \u2014 Guy Bourgeault (68).\u2014 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL : diagnostic et prospective \u2014 par Julien Harvey (72).\u2014 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL : le financement de la pastorale \u2014 par Irénée Desrochers (78).\u2014 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL, ÉGLISE MÉTROPOLITAINE : un évêque libre \u2014 par Jacques Chênevert (82).\u2014 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL et son séminaire : les prêtres de demain \u2014 par Michel Dussault (85).\u2014 L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI : le spectre du néocléricalisme \u2014 par Gabriel Dussault (89).\u2014 L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI : avenir ouvert ou fermé ?\u2014 par Pierre Lucier (92). L\u2019EGLISE D\u2019ICI: entre deux saisons?éditorial L\u2019AVENIR DU QUÉBEC \u2014 IV En septembre 1971, nous entreprenions de redéfinir, à l\u2019intention de nos lecteurs, les objectifs de RELATIONS.Nous déclarions alors partager avec bien d\u2019autres groupes de Québécois le souci de certaines valeurs et de certains projets collectifs.Avec ces groupes, nous disions vouloir travailler à l\u2019implantation chez nous d\u2019un type de société démocratique apte à maintenir et à promouvoir la liberté en faisant droit et place aux aspirations les plus légitimes et les plus profondes de l\u2019homme.C\u2019est dans le prolongement de cette option que, en octobre 1973, nous tentions de préciser quelque peu notre rêve ou notre utopie en présentant, à grands traits rapidement esquissés, le type d\u2019homme et de société que nous comptions promouvoir pour assurer « l\u2019avenir du Québec ».Notre « option \u2014 liberté », nous l\u2019avons alors personnellement mise en rapport avec notre option de croyants en Jésus-Christ.Par delà cette option chrétienne fondamentale, nous étions conscients du fait que, croyants membres d\u2019une Eglise, nous avions « des devoirs particuliers à l\u2019intérieur même de notre Eglise: nous n\u2019avons pas le droit, disions-nous, de réclamer et de promouvoir à l\u2019échelle de la société globale la liberté, l\u2019équité et la participation que nous n\u2019aurions pas le courage d\u2019exiger et de pratiquer dans l\u2019Eglise elle-même ».Un même goût de vivre libres Le dossier sur l\u2019avenir de l\u2019Eglise d\u2019ici, publié dans le présent numéro de RELATIONS, est donc l\u2019accomplissement d\u2019une promesse.Une exigence de fidélité à nous-mêmes et à nos lecteurs.Il a été préparé par les rédacteurs de la revue sous la poussée du même goût de vivre qui nous avait amenés à promouvoir au Québec un type de société qui rende possible l\u2019épanouissement de la vie pour l\u2019ensemble de la collectivité d\u2019ici.Dans cette perspective, nous croyons que la portée du présent dossier n\u2019est pas exclusivement ecclésiale.Sans doute les études qu\u2019il contient intéresseront-elles plus particulièrement, avec les pasteurs et autres agents qui œuvrent directement dans le champ ecclésial, tous les chrétiens de l\u2019Eglise du Québec.Mais il ne faut pas oublier que l\u2019Eglise fut chez nous le lieu privilégié de la confection de nos attitudes collectives et de nos traditions, et que le poids de cet héritage se fait encore sentir, malgré toutes les baisses de la pratique religieuse traditionnelle, dans la conscience individuelle et collective de l\u2019homme québécois.Un passé encore récent marque profondément le présent dans lequel s\u2019élaborent nos projets.Il importe d\u2019en être conscient: pour y puiser inspiration ou pour consommer lucidement les ruptures nécessaires.L\u2019orientation fondamentale du présent dossier est résolument tournée vers l\u2019avenir.Même si le rêve d\u2019Eglise qui nous habite y apparaît peut-être plus en creux, dans les aspirations et les attentes d\u2019un désir ouvert, qu\u2019en plein, dans la clarté d\u2019un blue print nettement dessiné.Dans la perspective historique ici adoptée, une réflexion critique est partie de l\u2019œuvre d\u2019édification d\u2019une Eglise que l\u2019on espère et que l\u2019on travaille à réaliser.Une option transparaît dans tous les textes qui suivent, et les réunit dans une commune vision de l\u2019Eglise d\u2019ici et de son avenir.Une option à la fois ecclésiologique et, si l\u2019on peut dire, socio-culturelle et politique.Un parti pris en faveur de la liberté vécue dans l\u2019assomption responsable des solidarités hors desquelles la liberté n\u2019est qu\u2019un leurre, un mirage.Un parti pris et une option en faveur de la vie qu\u2019il faut toujours libérer des obstacles qui empêchent son éclosion, qui retardent son épanouissement.Un parti pris et une option, en même temps et par conséquent, en faveur du risque assumé dans la foi chrétienne et dans l\u2019espérance.Notre Eglise, nous la voulons habitée par cette espérance; à la fois animée et parfois bousculée par elle.Lieu de vie, lieu de liberté.Lieu, aussi, où l\u2019on prendrait le goût de la vie et de la liberté; l\u2019obéissance n\u2019y serait pas vécue comme soumission passive et conformité servile à un ordre préétabli, mais comme l\u2019exigence d\u2019une solidarité libre et responsable.L\u2019idolâtrie de l\u2019argent, du pouvoir et du prestige y serait dénoncée et combattue, au dedans comme au dehors.Les pauvres de Yahvé n\u2019auraient pas à crier pour se faire entendre; leur voix y trouverait même un écho privilégié.Cette Eglise, elle se désisterait de ses structures trop lourdes et, au besoin, de ses pierres, pour retrouver le goût de sa vocation nomade d\u2019errance et de quête qui fut, dès sa lointaine et exemplaire origine, celle d\u2019Abraham, le père des croyants.Elle serait ainsi moins un lieu qu\u2019une mission et comme une caravane en marche.Mouvement de conversion et appel, convocation.Interpellante en même temps que consentante aux interpellations, elle serait ouverture et tension.Elle serait pauvre comme les oratoires silencieux des déserts et, en même temps, riche comme les cathédrales où peut prier tout un peuple.Vaste place pour le rêve aussi bien que pour la fête bruyante.Intériorité et rayonnement, silence et service effectif, Marie et Marthe tout à la fois.Et présente aux questionnements, aux aspirations et RELATIONS aux luttes des hommes.Décléricalisée, puisque ce n\u2019est pas quelque pouvoir de juridiction qui fait l\u2019Eglise, mais bien la convocation de la foi espérante et active, elle serait aussi dans le cœur et les actes de tous ces « distants » qui s\u2019interrogent, qui désirent, qui luttent.Cette Eglise, le Rapport Dumont en a déjà évoqué à sa façon quelques traits, en la présentant comme projet de service, de fraternité, de signification.Contestée et contredite, elle serait signifiante, prophétique.Signe et sacrement de l\u2019impossible devenu possible, à l\u2019encontre de tous les calculs et par delà toutes les planifications.Lieu et signe d\u2019espérance.Et elle-même espérance.Utopie ?C\u2019est précisément le rôle de l\u2019utopie que de fournir des points de repère pour la critique et pour l\u2019action, en faisant apparaître un ailleurs inaccessible qui tire pourtant résolument en avant et commande ainsi l\u2019élaboration des projets.Du projet à sa réalisation, les chemins sont longs et difficiles, certes.Mais nous sommes convaincus que l\u2019Eglise dont nous formons ici le rêve et le projet est plus réelle que la réalité qui la contredit.La critique comme fonction ecclésiale En présentant les études qui suivent, nous voulons simplement, pour aider à articuler un projet d\u2019Eglise qui puisse mobiliser les chrétiens d\u2019ici, assumer les responsabilités ecclésiales et sociales qui sont celles des rédacteurs d\u2019une revue d\u2019inspiration explicitement chrétienne et dont le rattachement à l\u2019Eglise est lui-même très explicite.Nous sommes nous-mêmes directement concernés et touchés par les analyses ici publiées: la vitalité de la Compagnie de Jésus au Canada français, à laquelle nous appartenons, n\u2019est certes pas plus assurée que celle de l\u2019Eglise du Québec.Mais nous n\u2019avons pas cru que cela nous imposait le silence.Nous avons cru, au contraire, que, pour avoir vécu à un autre niveau les crises que nous évoquons au sein de l\u2019Eglise de Montréal et du Québec, nous pouvions et devions parler avec clarté et, si possible, avec courage.Et avec espérance, malgré tout.La publication du présent dossier, selon l\u2019intention qui a présidé à son élaboration, veut être un service rendu à l\u2019Eglise d\u2019ici.Un service bien limité, nous en convenons: la réflexion ne peut qu\u2019aider à mieux percevoir les enjeux; reste ensuite à relever les défis posés.Ce qui nous convie tous \u2014 et nous aussi \u2014 à retrousser nos manches: la tâche ne sera certes pas aisée, qui consiste à édifier dans l\u2019espérance active la communion ecclésiale donnée par Dieu même et dont la réalité plénière se situe au delà de l\u2019Eglise elle-même et de l\u2019histoire des hommes.Mais la difficulté de ia tâche n\u2019invite pas au désistement.Critiques et projets d\u2019Eglise, d\u2019ailleurs, n\u2019épuisent pas les aspirations de l\u2019attente religieuse, de l\u2019aspiration à l\u2019Autre qui semble fuir sans cesse pour n\u2019être accessible que dans le renoncement, finalement, à toute possession.Mais l\u2019Eglise, en vertu même de sa mission propre d\u2019évangélisation dont elle prend aujourd\u2019hui une nouvelle conscience, doit être précisément, par delà tous ses projets qui seront toujours remis en cause, le lieu privilégié de cette attente et de cette aspiration.RELATIONS.22.2.74.Les premiers articles du dossier ici présenté sont davantage centrés sur l\u2019Eglise de Montréal.Ceux qui suivent, tout en s\u2019y rattachant, ont une visée plus large.Notre insertion plus immédiate dans l\u2019Eglise de Montréal nous a amenés à nous intéresser de plus près à sa vie et à son avenir.Nous croyons cependant que les critiques faites et les pistes de recherche suggérées pour l\u2019Eglise de Montréal peuvent donner à penser ailleurs et qu\u2019elles interpellent toute l\u2019Eglise d\u2019ici, l\u2019Eglise du Québec et même d\u2019outre-frontières.revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Pierre Lucier, Marcel Marcotte, André Myre, Yves Vaillancourt.Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $8 par année.Le numéro: 751.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.ADMINISTRATION : Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION et ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal \u2014 H2P 2L9 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ: Liliane Saddk, 3110, rue Malo, Ville Brossard.Téléphone: 678-1209.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.MARS 1974 67 L'EGLISE DE MONTREAL: rétrospective \u2014 images, perceptions et interprétations par Guy Bourgeault Les soubresauts de la post-révolution tranquille «Montréal, ô ma ville, comme tu t\u2019es faite belle pour accueillir ton prince ! » Les « vieux » Montréalais se souviendront sans doute de cette parole entendue, en 1953, de la bouche du nouveau cardinal de Montréal.Celui-ci devait, par la suite, tenir des propos plus réalistes et plus modestes.Il demeure que le cardinal Paul-Emile Léger fut, jusqu\u2019à la fin de son mandat comme archevêque de Montréal, un homme prestigieux.Son départ pour l\u2019Afrique eut d\u2019ailleurs quelque chose de dramatique; il fut perçu comme un geste héroïque.Quinze années plus tard, en 1968, lorsque l\u2019évêque auxiliaire de Montréal et assistant du cardinal Léger durant six années entières devint le nouvel archevêque de Montréal1, on fut frappé par sa simplicité.« Mgr Grégoire, un évêque qui a le sens de l\u2019humain », titrait la Presse (25 octobre 1968, p.8) \u2014 en ajoutant, en bas de vignette: « L\u2019évêque que l\u2019on peut rencontrer au casse-croûte ».« N\u2019importe qui peut rencontrer le nouvel archevêque de Montréal, Mgr Paul Grégoire, affirmait Jean-Paul de Lagrave.C\u2019est peut-être cet homme assis en face de vous dans le métro ou cet autre en train de dîner dans un modeste restaurant du centre-ville.» Le Devoir, pour sa part, présentait le nouveau pasteur de l\u2019Eglise de Montréal comme l\u2019homme « de la cordialité, du service, de l\u2019humilité, de la bonté, de la compréhension », comme « l\u2019homme du dialogue et du service discret, de la fraternité et de l\u2019amour » : il était d\u2019ailleurs entré dans sa nouvelle fonction, lors de la cérémonie d\u2019investiture, « à la manière d\u2019un frère circulant parmi ses frères » (Claude Ryan, éditorial du 23 mai 1968).Deux images.Mais aussi deux Eglises.Et deux villes, deux Québec, deux mondes.1.Mgr Paul Grégoire fut évêque auxiliaire de Montréal du 27 décembre 1961 au 11 décembre 1967, date à laquelle il fut nommé administrateur apostolique pour assurer l\u2019intérim.Il fut nommé archevêque de Montréal le 22 mai 1968.En 1968, Montréal sortait, avec tout le Québec, de la période de désenchantement qui avait suivi les trop brèves années d\u2019une révolution tranquille vite essoufflée.De 1960 à 1964, le Québec avait tout à coup émergé d\u2019un séculaire silence de résistance passive et de « mémoire » pour entrer dans les luttes d\u2019un monde soudain découvert: celui de la technologie, de la planification, de la « modernité ».Ces années furent marquées, avec la prise en charge par l\u2019Etat du Québec de l\u2019éducation et de l\u2019assistance sociale \u2014 avec l\u2019accord des organisations d\u2019étudiants et des syndicats \u2014, par la confiance des citoyens dans leur gouvernement et dans les politiques élaborées et mises en œuvre par lui.De 1965 à 1968, le désenchantement allait cependant croître peu à peu pour aboutir, par delà la perte de confiance, à un point de rupture que la crise d\u2019octobre 1970 allait révéler bien plus que provoquer.Le Québec s\u2019était donné des outils, des leviers, comme on répétait alors: Hydro-Québec, Sidbec, Ministère de l\u2019Education, cegeps, etc.Mais pour faire quoi au juste ?Les rêves de la Manie et de l\u2019Expo une fois réalisés, la fête finie, restaient le chômage, la récession économique consécutive à l\u2019Expo, les malaises divers dans le monde du travail engendrant conflits et grèves.Le goût du Québec avait été éveillé; c\u2019est lui qui, désormais, faisait passer les artisans les plus dynamiques de l\u2019animation sociale au militantisme politique.Avec quelque retard, l\u2019Eglise d\u2019ici, stimulée d\u2019ailleurs par le souffle de Vatican II, s\u2019est assez bien adaptée aux changements provoqués dans la société québécoise par ce que l\u2019on a appelé la révolution tranquille.Accédant à l\u2019univers de la technologie, le Québec entrait du même coup dans la sécularité.L\u2019Eglise d\u2019ici a bien réagi, peut-être dans l\u2019inconscience au moins relative de ce qui se passait et des questions nouvelles qui lui étaient posées, à cette évolution: les décon- fessionnalisations se sont succédé les unes aux autres, dans le monde du travail, à l\u2019école, dans le domaine des services sociaux et de santé, etc., sans heurts violents.A l\u2019heure des réformes de la révolution tranquille, les réformes de la liturgie et de la catéchèse, issues de la révolution tranquille de Vatican II, se sont opérées chez nous en douce, presque sans heurts, mais le désenchantement a vite suivi.L\u2019a manifesté, à sa façon, l\u2019impuissance des messes rythmées et autres gadgets à enrayer, par delà la baisse des pratiques religieuses traditionnelles chez nous, l\u2019hémorragie des croyants quittant l\u2019Eglise et, avec elle parfois, une foi qui « tombait » d\u2019elle-même comme un vêtement trop usé, déchiré, en lambeaux.Le malaise était cruellement ressenti par plusieurs chrétiens d\u2019ici, comme en fait foi, entre bien d\u2019autres documents, le compte rendu d\u2019une réunion des responsables de zones pastorales du diocèse de Montréal (23 novembre 1967), où l\u2019on avait tenté de dégager certaines « priorités » à signaler au futur pasteur de Montréal, en même temps que les « qualifications » qu\u2019on souhaitait trouver chez lui.En fait foi, également, le « vœu prioritaire », formulé au terme d\u2019une session d\u2019étude du clergé catholique de Montréal, en février 1968, de la tenue d\u2019un concile diocésain: l\u2019expression de ce vœu était liée à la prise de conscience, par les quelque 500 prêtres réunis pour cette session d\u2019étude, « que leur mentalité et leur comportement ne collent pas à la nouvelle culture qui a déjà pris naissance dans la société montréalaise pluraliste et sécularisée », ce qui les amenait à s\u2019interroger sur « leur rôle d\u2019éveilleurs de la foi dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui » (Claude Gendron, dans la Presse du 15 février 1968).C\u2019est « très conscient de la dimension de l\u2019Eglise de Montréal et de l\u2019envergure des problèmes qu\u2019elle pose à l\u2019évêque qui en est le pasteur » que 68 RELATIONS Mgr Grégoire, dès sa nomination comme archevêque de Montréal, faisait appel à la créativité et à la collaboration de tous les membres de l\u2019Eglise diocésaine (voir « L\u2019Eglise de Montréal aujourd\u2019hui », homélie prononcée lors de la cérémonie d\u2019investiture, le 22\tavril 1968, et le texte de la conférence de presse du 23 avril 1968 \u2014 textes reproduits dans le Devoir, les 23\tet 25 avril 1968).Il affirmait sa nette volonté de gouverner collégialement l\u2019Eglise de Montréal.Il se déclarait favorable, en principe, à la tenue d\u2019un concile diocésain, qu\u2019il préférait appeler, quant à lui, « synode ».De fait, à relire ces premières interventions publiques du nouvel archevêque de Montréal, on est frappé par la netteté de certaines visions pastorales, en même temps que par la sérénité avec laquelle les défis posés sont envisagés.Si l\u2019Eglise de Montréal n\u2019eut peut-être pas toujours droit, à cette époque, dans les journaux et dans les autres média, à la « juste image », on peut noter qu\u2019elle fut alors servie par une « bonne image ».Demi-succès, échecs, tensions et conflits L\u2019Eglise de Montréal, comme assez largement celle de tout le Québec, a voulu implanter les programmes de sa révolution tranquille au moment même où, dans la société québécoise, on contestait ceux de la révolution tranquille mise en œuvre par l\u2019ancienne équipe du tonnerre.C\u2019est ce que montre bien, à mon sens, le programme pastoral 1970-1971 de l\u2019Eglise de Montréal, défini par l\u2019archevêque de Montréal le 24 septembre 1970 \u2014 quelques semaines, donc, avant la désormais célèbre crise d\u2019octobre.L\u2019objectif général \u2014 « Chrétiens rassemblés, chrétiens présents » \u2014 y était monnayé en une série d\u2019objectifs particuliers visant à assurer le « progrès de l\u2019Eglise diocésaine ».Ces objectifs proposent des structures surtout: Conseil diocésain de pastorale, Service pour l\u2019éducation de la foi des adultes, Développement de la pastorale des assemblées chrétiennes (messe dominicale, baptême et confirmation, mariage), Service des communications sociales, Conseil diocésain des religieux, Comité diocésain de pastorale missionnaire, Action coordonnée des parents et des maîtres pour l\u2019éducation religieuse des jeunes, Introduction accentuée des laïcs, des sœurs et des frères dans les conseils de zones et de régions, Mise en œuvre de procédés plus adéquats pour la préparation des nominations, la définition des conditions de travail et la formation des prêtres, Etude sur le sacerdoce ministériel, Etude sur le renouvellement de la paroisse, Regroupement des paroisses, Promotion des finances paroissiales et diocésaines.Ces objectifs, avant d\u2019être présentés à l\u2019ensemble des diocésains, avaient été proposés à l\u2019appréciation du Conseil presbytéral.La simple énumération qui précède montre bien que l\u2019Eglise de Montréal, comme quelques années plus tôt l\u2019Etat du Québec, avait planifié sa réforme sur papier.et rêvait de se donner les outils \u2014 les leviers ! \u2014 d\u2019un grand œuvre.A la base, on avait pourtant exprimé d\u2019autres vœux, par exemple lors des enquêtes faites par la Commission Dumont.On voulait déjà des « communautés vivantes » où la participation serait réelle et concrète, et non pas simplement écrite sur le papier (cf.le Devoir, 1er février 1969).On avait déjà dénoncé une bureaucratie qui empêchait la vie (cf.le Devoir, 4 octobre 1969 \u2014 une enquête-vérité chez les jeunes prêtres: « L\u2019Eglise de Montréal, c\u2019est comme le gouvernement du Québec: un fouillis »).L\u2019Eglise de Montréal s\u2019est mise à l\u2019heure de la planification et des grandes réformes structurelles au moment où un nombre croissant d\u2019individus et de groupes, à travers le Québec, affirmaient leur aspiration à la participation, puis s\u2019engageaient dans la lutte.De sorte que les mesures proposées n\u2019obtinrent, au mieux, que des demi-succès; et connurent souvent l\u2019échec.De là les tensions et les conflits multiples des dernières années.Les zones pastorales étaient à peine implantées dans tout le diocèse et quelque peu organisées, que certaines d\u2019entre elles ne réussissaient plus à se trouver de président (même si on continuait d\u2019inscrire les noms sur les listes officielles, y compris dans les signatures des « vœux à l\u2019archevêque » pour la nouvelle année ! ).Le Conseil diocésain de pastorale n\u2019eut que le temps de démarrer avant qu\u2019on ne conteste et sa composition (trop d\u2019« officiels ») et ses orientations et ses modes de procédure (le huis-clos).Etc.Par des structures diverses, on cherche à consolider une maison de plus en plus désertée.On change les responsables diocésains des vocations; mais celles-ci ne se font pas plus nombreuses pour autant, comme en témoignent les statistiques récentes.L\u2019abbé Hurteau succède à l\u2019abbé Leclerc à la direction de l\u2019Office des paroisses; mais les paroisses continuent de s\u2019effriter.Et on discute de contrats de services pour la pastorale scolaire avec la CECM, en vue d\u2019assurer l\u2019intégration des jeunes à la vie paroissiale, alors que les enfants et les adolescents ne réussissent pas à se sentir chez eux dans la communauté paroissiale.Etc.De plus en plus, la vie quitte les structures désormais vides comme nos temples.Mais on s\u2019y attache quand même, tout comme aux églises désertes.De retour du synode de 1971, l\u2019archevêque de Montréal, avec d\u2019ailleurs bon nombre de ses collègues de l\u2019épiscopat canadien, donne à plusieurs l\u2019impression qu\u2019il oriente désormais ses efforts dans le sens d\u2019un retour aux certitudes pré-conciliaires et d\u2019une consolidation des assises séculaires de l\u2019édifice.Malgré lui, d\u2019ailleurs, l\u2019« évêque que l\u2019on peut rencontrer au casse-croûte » est devenu difficilement accessible: il rencontre collaborateurs et diocésains retranché derrière l\u2019imposante table d\u2019un non moins imposant salon ! Le « 2000 » (2000 ouest, rue Sherbrooke \u2014 où logent les bureaux de l\u2019administration diocésaine de Montréal) est perçu par plusieurs comme la place-forte inentamable de l\u2019état-major: la vraie vie est ailleurs, à l\u2019air libre.La division de la société québécoise, rendue plus visible par la militance plus large et plus hardie d\u2019un nombre croissant de citoyens politisés, se retrouve dans l\u2019Eglise.Il y a dans l\u2019Eglise aussi des divisions et des conflits: entre une « gauche » et une « droite » dont il faudrait loyalement reconnaître l\u2019existence, entre les « pauvres » et les « riches », entre les audacieux et les timides, entre les « prophètes » et les « scribes » (prêtres et autres clercs), etc.Tandis que certains réclament plus de liberté, d\u2019autres adoptent résolument la « ligne du parti » et alignent leur pensée et leurs comportements sur l\u2019idéologie du « 2000 », idéologie elle-même dépendante de celle des curies et secrétariats de Rome.Les premiers se las- MARS 1974 69 sent de réclamer; ils émigrent.En vertu parfois du dynamisme même de leur foi et de ses exigences.Car ils ont besoin d\u2019air: la respiration est nécessaire à la vie, avec les risques que peut seule porter l\u2019audace du vivant.Certains d\u2019entre eux ont longtemps œuvré à diverses réformes, parfois même au sein des organismes ecclésiastiques diocésains les plus officiels.Désenchantés, il se retirent sous leur tente.Ou se lancent, hors des structures d\u2019Eglise, dans des quêtes religieuses à la mesure de leurs aspirations.Ou bien ils passent à la clandestinité.Retraités ou rebelles ?Quelques conflits récents C\u2019est ce qu\u2019ont révélé, à leur façon, certains conflits récents: à la paroisse Saint-Jean-Baptiste (l\u2019affaire Gad-bois), à la Pointe-Saint-Charles (l\u2019affaire des Fils de la Charité), à la paroisse Saint-Jacques (le remplacement de l\u2019équipe sacerdotale), et à la paroisse Saint-Germain d\u2019Outremont (l\u2019affaire de la communauté « Saint-Germain-hors-les-murs » émigrant à Brébeuf).La revue Prêtres et laies a analysé quelques-uns de ces conflits, dans son numéro de décembre 1973, sous le titre Rupture et continuité dans l\u2019Eglise.La publication de ce dossier est devenue elle-même, avec les démarches faites par un représentant de l\u2019archevêché auprès du directeur de la revue, ainsi qu\u2019auprès des supérieurs provinciaux des Oblats et des Rédemp-toristes, un nouvel affrontement, un nouveau conflit.Pas encore, cependant, une nouvelle « affaire » : «l\u2019affaire Prêtres et laies ».(Notons en passant que la revue a changé de nom et s\u2019appelle maintenant Dossiers de vie ouvrière.) On a contesté l\u2019objectivité de la présentation des faits rapportés dans le dossier de Prêtres et laies, accusant même la revue ou les auteurs des articles publiés d\u2019avoir, en colorant les événements rapportés, fait « entorse sérieuse à l\u2019éthique de l\u2019information » (cf.Jean-Marie Lafontaine, « Commentaires sur un dossier », dans Dossiers de vie ouvrière, février 1974).Certains faits demeurent, cependant, et qui sont plus importants que ceux qui ont été contestés: a \u2014 Dans tous les conflits ci-dessus énumérés, ce sont les forces de changement qui ont été marginalisées et sacrifiées au maintien d\u2019un certain ordre ou au retour à un certain ordre.Dans les faits, et quelle qu\u2019ait été l\u2019intention qui, selon les cas, a présidé à la prise des décisions.b \u2014 Dans tous les conflits ci-dessus énumérés, les communications entre l\u2019archevêque et l\u2019archevéché, d\u2019une part, et les groupes de chrétiens impli- qués, d\u2019autre part, n\u2019ont pas fonctionné à la satisfaction des parties en cause.Une fois encore, dans les faits, et sans vouloir faire quelque procès d\u2019intention que ce soit, il faut noter des carences graves dans les processus de dialogue et de communication, ainsi que dans les processus de prise de décision.c \u2014 Dans tous les conflits ci-dessus énumérés, une certaine politique de discrétion a, dans les faits, fait planer le soupçon sur des personnes qui y étaient impliquées.S\u2019il n\u2019est pas donné de motif valable et public pour justifier le non-renouvellement de la mission d\u2019un vicaire dans une paroisse pour un travail public, on ouvre la porte au soupçon.sur son orthodoxie ?ou ses mœurs ?ou.?Le respect dû aux personnes, que voulait pourtant assurer cette discrétion, n\u2019a pas été sauvegardé dans les faits.Même sans avoir « les deux versions » de la chronique de chacun de ces conflits, on pourrait ainsi allonger la liste de certains faits importants et incontestables.Par exemple, l\u2019évêque de Montréal a été le plus souvent absent des discussions et affrontements auxquels ces conflits ont donné lieu.Sans doute le diocèse de Montréal est-il trop grand pour que l\u2019évêque de Montréal puisse participer à toutes les activités, même importantes.Mais le fait demeure.Et il pose une question importante.Plus profondément, il faut reconnaître ici que les déclarations d\u2019intentions ne sauraient suppléer aux faits ni enlever leur portée et leur signification objective aux gestes posés.Le projet pastoral proposé récemment par l\u2019autorité diocésaine, Bâtir des communautés vivantes (texte publié dans Eglise de Montréal, en septembre 1973), s\u2019il déclare des intentions pastorales qui peuvent rallier les chrétiens les plus convaincus et les plus agissants, est objectivement contredit par des gestes qui renvoient dans la mar- ginalité ou dans la clandestinité des communautés qui essayaient de vivre, qui prenaient même goût à la vie.Dans tous ces conflits \u2014 il ne faut pas craindre d\u2019utiliser les mots usuels qui savent généralement bien dire ce qu\u2019ils veulent désigner \u2014, la « droite », grâce à l\u2019appui de l\u2019autorité diocésaine, l\u2019a emporté sur la « gauche ».L\u2019ordre y a été objectivement préféré aux risques et aux imprévus: on a écarté ou marginalisé ceux qui « dérangeaient », ceux qui troublaient l\u2019ordre établi et sanctionné comme devant demeurer au moins provisoirement.Les structures y ont eu le pas sur la vie.Toutes les déclarations d\u2019intentions en sens contraire et tous les projets ou programmes pastoraux sur papier ne peuvent rien changer à cette objectivité des faits.Et on peut légitimement douter de la validité d\u2019intentions trop souvent ou trop longtemps contredites par les faits.Images seulement, et impressions, et interprétentions.J\u2019en conviens volontiers.Mais je voudrais qu\u2019on convienne aussi et qu\u2019on admette qu\u2019elles font réellement partie de la réalité de l\u2019Eglise d\u2019ici et de sa vie réelle concrète.Autoritarisme vs permissivité Dans son « Commentaire sur un dossier », le coordonnateur général du diocèse de Montréal parle d\u2019autoritarisme et de permissivité: on affirme que « les instances diocésaines pratiquent un autoritarisme étouffant », écrit-il, « alors qu\u2019un danger qui nous menace est bien plutôt celui de la permissivité ».Il semblerait qu\u2019il s\u2019agit là de dangers en quelque sorte opposés.Et qu\u2019il n\u2019y aurait, en outre, pas de troisième voie.Les deux dangers signalés m\u2019apparaissent, quant à moi, profondément reliés l\u2019un à l\u2019autre.L\u2019absence du leadership dans l\u2019exercice de l\u2019autorité, en effet, rend cet exercice tantôt permissif, tantôt répressif.Si l\u2019autorité ne réussit pas à présenter un projet qui peut rallier le groupe concerné, par delà une entente générale au niveau du projet lui-même et de ses intentions, dans sa réalisation même, elle est condamnée à la permissivité qui laisse faire.jusqu\u2019à ce que, à ses yeux, des abus exigent une intervention répressive dite « d\u2019autorité ».70 RELATIONS Nous touchons là, à mon sens, à une composante capitale de la situation présente dans l\u2019Eglise de Montréal.Le « 2000 > ne sait pas \u2014 et semble parfois ne pas vouloir savoir \u2014 ce qui se vit vraiment dans l\u2019Eglise d\u2019ici, où peu de choses, finalement, se font \u2014 et surtout se vivent \u2014 en conformité avec les directives officielles.Les curés des paroisses ont appris à s\u2019en accommoder: ils « composent > avec les directives reçues pour faire place et droit à la vie.et ils remplissent ensuite bien fidèlement les formulaires, si besoin est.Il n\u2019est probablement pas une seule « fraternité » ou « communauté de base >, à Montréal, où l\u2019on célèbre l\u2019eucharistie en utilisant l\u2019un des quatre canons officiels ! Les prêtres ont le sentiment d\u2019être prêtres quand ils travaillent avec les chrétiens de leur communauté, et fonctionnaires quand ils ont affaire au « 2000 >.où ils se présentent souvent avec un col romain sorti de la commode pour l\u2019occasion ! Et se multiplient ainsi les ruptures, tandis que croît la clandestinité.qui n\u2019a même pas besoin de se cacher.Un exécutif coupé de la base ne saura jamais articuler et mettre en œuvre un projet commun.Encore moins un projet communautaire comme celui de bâtir des communautés vivantes ! Un exécutif diocésain peut administrer une Eglise sans avoir part à sa vie concrète; mais il ne pourra jamais, ainsi, animer la communauté croyante qu\u2019est cette église, y exercer le leadership souhaitable et souhaité.Je ne donnerai ici qu\u2019un exemple: l\u2019archevêque de Montréal aura beau avoir autorité, comme modérateur, sur la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal et vouloir l\u2019exercer en conformité avec des accords dûment signés, il ne le pourra vraiment que s\u2019il a lui-même à cœur la théologie elle-: même et le projet réel de la faculté concernée.Sans quoi il devra se contenter d\u2019une autorité sur papier, non exercée; ou encore exercer son autorité tantôt sur le mode de la permissivité, tantôt sur celui de la répression \u2014 laissant faire, puis intervenant pour réprimer ce qui lui aura paru, de l\u2019extérieur, constituer un abus flagrant ou un risque trop grand.On peut aisément transposer ce qui est dit ici en fonction d\u2019autres situations de la vie ecclésiale.Il est évident qu\u2019un évêque n\u2019aura pas la même sensibilité face à la pratique de l\u2019absolution collective MARS 1974 et face aux normes romaines qui la régissent, selon qu\u2019il aura participé ou non lui-même, comme pénitent, à une célébration pénitentielle communautaire clôturée par l\u2019absolution collective.Cela vaut également pour la vie paroissiale et la nomination des curés, pour le travail de préparation au mariage et l\u2019animation responsable de ce travail (par une équipe de laïcs ou par un prêtre nommé par l\u2019évêque ?), pour la pastorale des sacrements, etc.Dans un diocèse trop grand, l\u2019évêque risque malheureusement d\u2019être coupé malgré lui de la vie pastorale réelle et très concrète.Et il doit pourtant assurer dans ce diocèse un leadership proprement pastoral ! Vivre ou survivre ?Administration ou leadership ?Il faut choisir.Car qui ne choisit pas, ici comme ailleurs, choisit quand même.Et, dans le cas présent, opte pratiquement pour l\u2019administration et la bureaucratie.A cette alternative au niveau de la direction diocésaine, correspond l\u2019alternative à laquelle fait face toute l\u2019Eglise de Montréal: survivre.ou vivre ?Si l\u2019important est de simplement survivre, alors comptent surtout les garanties, les structures, l\u2019ordre.Et l\u2019Eglise doit alors tenir à ce qu\u2019elle a: à ses structures paroissiales, à ses ententes de services, etc.Avec les bingos à l\u2019appui, si nécessaire.Grâce à quoi l\u2019Eglise d\u2019ici pourra survivre, c\u2019est-à dire durer encore au moins quelque temps.jusqu\u2019à ce que l\u2019hémorragie en cours ait achevé son œuvre.Si l\u2019on choisit plutôt de vivre, il faut au contraire assumer les risques, les désistements, l\u2019imprévu.Et, sans s\u2019amuser à démolir les églises, commencer à mettre en place les structures plus souples qui permettront à la vie de garder sa cohésion lorsque les structures paroissiales seront, éventuellement, complètement désertées.Et, sans faire sortir la catéchèse de l\u2019école, commencer à établir et à vivre des modalités neuves d\u2019initiation chrétienne pour les jeunes.de sorte que nous ne soyons pas pris au dépourvu lorsque viendra la bise.Et accepter inlassablement de quitter Ur en Chal-dée pour une terre inconnue, puis l\u2019Egypte et ses marmites.C\u2019est fondamentalement affaire d\u2019audace et de goût de la vie.Ainsi que de foi et d\u2019espérance.Concrètement, la vie invite les responsables diocésains, avec toute l\u2019Eglise d\u2019ici, à reconnaître d\u2019abord les conflits et les divisions qui, dans les faits, départagent les membres de cette Eglise en clans opposés et en classes.Puis à appuyer fermement, sans réticence, les minoritaires, ceux qui « dérangent » et interpellent et contestent, mais qui ont aussi des rêves et des projets.Et de la créativité.Cela, au prix des déchirements inévitables, au prix des oppositions éventuelles et des conflits qui seront sans doute plus violents demain que ceux que nous avons connus jusqu\u2019à maintenant.L\u2019unité donnée à l\u2019Eglise est à faire; et elle ne se fera pas dans le camouflage des divisions.Il y va vraiment de la vie de l\u2019Eglise d\u2019ici.Non seulement de l\u2019Eglise de Montréal, mais de l\u2019Eglise du Québec tout entière.Même si certains diocèses voisins de Montréal ont présentement plus grande vitalité que celui de la métropole, celui-ci a encore le nombre et le poids.Plus profondément, les enjeux qui sont présentement ceux de l\u2019Eglise de Montréal seront demain ceux de toute l\u2019Eglise du Québec: ce qui se passe à Montréal n\u2019est que l\u2019émergence de l\u2019iceberg.Par delà les conflits apparents et les crises d\u2019identité et d\u2019appartenance qui créent présentement la difficulté de vivre de l\u2019Eglise de Montréal, sous-jacentes à ces conflits et à ces crises, des interrogations fondamentales se dessinent concernant la foi elle-même et ses « chances > pour demain.Ces interrogations sourdent déjà partout dans le monde.Elles poussent à explorer de nouveaux chemins, à les frayer même parfois.Les ruptures de notre monde sont radicales.Culturelles, sociales, politiques.A quoi bon les masquer ?A quoi bon se les cacher peureusement à soi-même ?Puisque la foi ne pourra pas être vécue demain comme hier.Il nous faut accepter les ruptures; il nous faudra même les consommer.Dans la confiance en l\u2019Esprit qui assure lui-même la continuité de la vie en Jésus-Christ, hors de laquelle il ne saurait y avoir d\u2019Eglise de Jésus-Christ.12.2.74.\tBBfli 71 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL: diagnostic et prospective \u2014 conditions d\u2019une présence épiscopale à Montréal -par Julien Harvey_____________ Montréal ne va pas si mal à l\u2019heure actuelle.Quand la construction va, tout va.On creuse le métro, les sorties s\u2019entourent de grands édifices résidentiels, des entreprises géantes changent le visage du centre ville: Place Desjardins, Place Radio-Canada, Place Dupuis .Et le CO JO construit.On développe des espaces verts dans les îles, pour compenser le vieillissement de l\u2019Expo.Nous sommes bien en marche vers l\u2019an 2000.Sous cette surface brillante, cependant, beaucoup de misères grouillent.En dix ans, nous avons déplacé plusieurs de nos îlots de pauvreté, mais nous n\u2019avons pas su les réduire.Les pauvres de la province viennent trop souvent prolonger à Montréal leur misère.L\u2019assistance sociale risque de devenir héréditaire et de créer pour la première fois le climat de « pauvreté totale » avec lequel les urbanologues américains sont aux prises.La criminalité ouverte, la « jungle urbaine », n\u2019a jamais atteint ici les proportion qu\u2019elle a prises dans plusieurs villes américaines; mais elle n\u2019est pas en décroissance non plus.Le problème du logement persiste, malgré des constructions de HLM.Et notre parti civique a toujours l\u2019inconvénient majeur d\u2019être en même temps parti unique.Dans l\u2019ensemble, une métropole qui va modérément bien.Une ville qui grandit démesurément, qui change, souvent de façon chaotique, mais où des dynamismes sont à l\u2019œuvre.Quels moteurs charrient Montréal ?il est difficile de le dire.Lutte des classes, rivalité avec Toronto, intérêts étrangers, sans doute.Mais aussi une certaine solidarité, une certaine fierté, un effort de la culture française d\u2019ici.Cette ville qui change, c\u2019est une ville traditionnellement chrétienne, et surtout catholique.Les statistiques de l\u2019an dernier comptent 1,695,000 catholiques dans le diocèse, répartis en 258 paroisses.Des chrétiens en milieu changé Il y a dix ans encore, la vie chrétienne montréalaise se vivait apparemment sans heurts, dans un cadre préconciliaire paisible.Dans la mesure où la pratique religieuse dominicale est un indice de la vitalité du christianisme, elle était assez forte.L\u2019enquête dirigée par l\u2019abbé Norbert Lacoste, en 1961, l\u2019établissait à 65% pour l\u2019ensemble de la population.La présence de l\u2019Eglise était très visible, et cette visibilité était assurée en particulier par son évêque.Le cardinal Léger s\u2019était imposé, avec un style que nous jugeons aujourd\u2019hui paternaliste, mais qui pouvait aller à l\u2019époque, comme leader d\u2019Eglise et de projets d\u2019Eglise.Les paroisses se multipliaient, on construisait des églises, le séminaire accueillait régulièrement assez de candidats pour assurer le ministère.Mais ici encore, sous la surface brillante, des problèmes s\u2019accumulaient.Le changement culturel, tranquille, rejoignait les chrétiens.La chute de l\u2019Action catholique s\u2019était faite ici plus rapidement qu\u2019ailleurs, sans qu\u2019un remplacement soit trouvé.La leçon donnée par le départ forcé de Mgr Charbon-neau, en 1950, avait enlevé à plusieurs le goût de se compromettre dans des débats sur la confessionnalité scolaire ou sur des problèmes sociaux.L\u2019année de l\u2019Expo, 1967, semble avoir marqué un virage important, symbolisé par la démission du cardinal Léger, qui quitta Montréal pour se consacrer à un apostolat missionnaire.En 1968, le recrutement ministériel commença à baisser rapidement.Des projets commencés demeurèrent sans suite : Année de la foi (1967-68), projet d\u2019un synode diocésain (pourtant demandé par plus de 500 prêtres, bien vu par l\u2019archevêque et déjà préparé par un livre blanc élaboré), Opération Jonas pour le recyclage du clergé.La difficile situation de la foi à Montréal se révèle maintenant de façon plus visible.L\u2019enquête Duchesne, en 1971, a montré qu\u2019en dix ans la pratique religieuse dominicale, un indice partiel mais significatif, est tombée de 65% à 30%; et que, chez les catholiques jeunes, entre 15 ans et 35 ans, elle est réduite à 12%.Bien des pasteurs quittent le ministère.En même temps, le recrutement ministériel atteint un minimum: 3 nouveaux séminaristes cette année.Les interventions épiscopales sont rares et n\u2019atteignent en général que des publics spécialisés.Les conflits, même si on ne veut pas en exagérer l\u2019importance, sont souvent les seuls moments où l\u2019activité ecclésiale de la hiérarchie rejoint la presse.Des renouveaux se font jour: mouvements de prière, regroupement de politisés chrétiens; mais ils ne se développent que marginalement.En somme, un diocèse qui va modérément mal.Et ce n\u2019est pas le pessimisme qui m\u2019amène à modifier la formule que j\u2019employais plus haut pour évaluer l\u2019état de la métropole: c\u2019est que les dynamismes qui portent Montréal ne semblent pas avoir leur équivalent dans l\u2019Eglise de Montréal.Le moteur semble étouffé, la motivation forte émigre ailleurs.Un essai d\u2019explication Une première observation s\u2019impose: pour être juste et pour voir clair, il faut départager les responsabilités.Une baisse de la vitalité du christianisme se fait sentir dans l\u2019ensemble du monde occidental.Malgré le concile et les renouveaux qu\u2019il a suscités, tous les pays d\u2019Europe et d\u2019Amérique voient leurs effectifs chrétiens diminuer par rapport à la croissance de la population.Chez nous, au Canada, le recensement révèle qu\u2019en dix ans le nombre des incroyants est passé de quelque 100,000 à environ un million.Les vocations ministérielles et religieuses se font partout très rares.Les interventions socio-politiques perdent partout de leur impact, surtout dans les pays 72 RELATIONS développés.En particulier, le christianisme urbain semble affecté par l\u2019évolution de la ville elle-même; parce que l\u2019homme y perd de l\u2019espérance et des liens humains, et donc de l\u2019aptitude à croire et à vivre solidairement le christianisme.Par conséquent, il faut considérer que la responsabilité de l\u2019évêché dans le malaise actuel de l\u2019Eghse d\u2019ici est partielle.Mais, comme chrétiens solidaires dans cette Eglise, nous ne pouvons pas feindre de l\u2019ignorer.Comme essai d\u2019explication, posons d\u2019abord une série d\u2019hypothèses de travail.Si le leadership épiscopal et l\u2019unanimité de la foi deviennent de plus en plus difficiles à Montréal, depuis quelques années, ne serait-ce pas parce que: 1.\tDans une situation qui est de plus en plus une situation d\u2019évangélisation, la direction du diocèse mettrait l\u2019essentiel de ses efforts sur la structure et le personnel d\u2019entretien, qui rejoignent les seuls pratiquants, en comptant sur une évangélisation occasionnelle par cette structure et ce personnel.2.\tDans une évolution historique irréversible, où la collégialité et la responsabilité de la base sont devenues indispensables, l\u2019autorité diocésaine maintiendrait en parallèle un exécutif traditionnel, dont le pouvoir marginalise l\u2019action et la co-responsabilité des organismes post-conciliaires, en particulier du Conseil presbytéral et du Conseil de pastorale.3.\tDans une croissance démesurée de la ville, la direction diocésaine accepterait comme une fatalité la centralisation absolue des offices et des services, telle qu\u2019elle a été vécue depuis les débuts du diocèse.4.\tDans un milieu pluraliste, où la principale forme de leadership devient l\u2019animation, l\u2019autorité diocésaine, en raison des deux énoncés précédents, serait contrainte à maintenir une attitude trop autoritaire, où les motifs de décisions sont passés sous silence ou ne sont révélés qu\u2019à l\u2019occasion de conflits.5.\tDans une situation de tensions entre groupes, parfois de lutte des classes à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise, la direction diocésaine appuierait trop régulièrement le parti le plus fort.6.\tDans un temps de difficultés fréquentes entre Rome et les Eglises locales, la direction diocésaine aurait adopté comme politique la soumission diplomatique plutôt que le dialogue ferme, en s\u2019appuyant au besoin sur l\u2019en- semble de l\u2019Eglise nationale, lorsque des décisions romaines disciplinaires ne correspondent pas aux besoins et aux aspirations des chrétiens d\u2019ici.Une voie particulièrement éclairante pour procéder à une vérification de ces hypothèses de travail consiste à partir de la septième et à se demander ce qu\u2019on a fait, à Montréal, de Vatican II et, en particulier, du décret sur « la charge pastorale des évêques » (décret Christus Dominus, oct.1965, auquel s\u2019ajoutent deux motu proprio pour son application: De Episcoporum muneri-bus, août 1966, et Ecclesiae sanctae, oct.1966).Rappelons que le décret conciliaire traite les points suivants: relations des évêques avec Rome (nn.1-10), image de l\u2019évêque et fonctions dans le diocèse (nn.11-18), liberté envers les pouvoirs publics (nn.19-20), démission (n.21), révision des dimensions des diocèses (nn.22-24), fonction des évêques auxiliaires (nn.25-26), curie épiscopale (n.27), clergé diocésain (nn.28-32), religieux et apostolat diocésain (nn.33-35), synodes diocésains (n.36), conférences épiscopales (nn.37-38), problèmes techniques de frontières de diocèses (nn.39-43), application (n.44).1.Si nous observons l\u2019application du décret à Montréal, nous devons d\u2019abord constater des retards, auxquels s\u2019ajoutent des applications minimales.Relevons ici trois points: la mise en marche du Conseil presbytéral et du Conseil de pastorale, l\u2019institution de vicaires épiscopaux, la liaison des religieux à l\u2019apostolat diocésain.A.\tA Montréal, il a fallu deux ans pour mettre en marche un Conseil presbytéral, quatre pour le Conseil de pastorale.Ils fonctionnent actuellement.Mais avec peu de créativité et d\u2019enthousiasme.Pourquoi ?Ne serait-ce pas, tout d\u2019abord, parce qu\u2019on applique trop rigoureusement la lettre du décret concernant leur caractère consultatif (Ecclesiae sanctae, n.15, par.3) ?Dès la troisième rencontre du Conseil de pastorale, un débat s\u2019est engagé sur le caractère non-démocratique de l\u2019Eglise ! Cette insistance sur le caractère consultatif, sur le contrôle de l\u2019ordre du jour par l\u2019exécutif, ne provient-elle pas d\u2019abord du fait que l\u2019exécutif traditionnel peut tout faire fonctionner même en l\u2019absence des organismes nouveaux ?Sans doute, ce fait 7.\tEnfin, et surtout, la structure actuelle et les dimensions du diocèse rendraient inapplicable à Montréal le renouveau réclamé par Vatican II.avait été prévu comme transition: on peut conserver la structure classique de la curie diocésaine même jusqu\u2019à la révision de l\u2019actuel droit canonique (ibid., n.17, par.2).Mais le retard ne devient-il pas chronique ?Une deuxième raison de la difficulté signalée peut être formulée ainsi: il n\u2019est pratiquement pas possible de constituer des conseils représentatifs, de type pastoral, dans un diocèse qui a les dimensions de celui de Montréal (cf.Christus Dominus, u.27, pour la responsabilité pastorale des conseils).Malgré la qualité des membres nommés et élus (30 dans le Conseil presbytéral, 45 dans le Conseil de pastorale), comment trouver des personnes qui peuvent penser au niveau d\u2019une communauté de plus d\u2019un million et demi ?et représenter auprès de l\u2019évêque le presbyterium et le peuple de Dieu ?et « examiner tout ce qui concerne l\u2019action pastorale et formuler des conclusions pratiques »?B.\tLe concile a créé un nouveau type de collaborateur immédiat de l\u2019évêque, le vicaire épiscopal.Il possède autant de responsabilités que le vicaire général, est attaché à une région du diocèse et est nommé pour un terme déterminé.Actuellement, sauf erreur, il n\u2019y en a qu\u2019un à Montréal, Mgr Crowley, et il est évêque auxiliaire.Par ailleurs, on a divisé le diocèse en six régions, il y a quelques années.Or, au moins une d\u2019entre elles est sans président depuis deux ans (Région F), une autre semble inactive à ce niveau (Région D); seule la région centre-sud (Région C) manifeste plus de dynamisme comme région.La raison fondamentale de cette situation n\u2019est-elle pas l\u2019absence de véritable responsabilité et de réelle possibilité d\u2019initiative au niveau de la région, et finalement l\u2019absence de vicaires épiscopaux ?C.\tVatican II a insisté sur la coresponsabilité des deux clergés, séculier et régulier, et des religieux et religieuses non-prêtres dans le projet pastoral diocésain.A l\u2019époque, certains groupes religieux ont même protesté, trouvant que la liberté des religieux n\u2019était pas assez respectée.Ici même, à Montréal, la réaction a malheureusement été assez vive.Actuellement, le diocèse s\u2019est donné un Office des religieux.Peut-on vérifier ces explications ?MARS 1974 73 Mais son action est limitée aux religieux et religieuses non-prêtres.Cela pose certainement des problèmes d\u2019utilisation des ressources en personnel, dans un diocèse qui compte plus de religieux prêtres que de prêtres diocésains (1350 comp.à 868).N\u2019aurait-il pas fallu plus d\u2019insistance pour dépasser le système actuel des « petites annonces » dans la revue diocésaine L\u2019Eglise de Montréal ?Et, à défaut d\u2019un organisme analogue à la Mission de France pour les tâches croissantes d\u2019évangélisation, une meilleure liaison du diocèse et des groupes religieux ne pourrait-elle pas répondre à des besoins urgents ?2.Après les retards et les applications minimales, nous devons constater la permanence de certaines carences auxquelles le Concile voulait apporter remède.Les plus importantes touchent la notion même de l\u2019épiscopat et ont une portée théologique.L\u2019évêque, dit le décret conciliaire, dirige les fidèles d\u2019un diocèse « à titre de pasteur propre, ordinaire et immédiat, exerçant à leur égard la charge d\u2019enseigner, de sanctifier et de gouverner » (n.11).Lorsqu\u2019on précise ensuite sa tâche caté-chétique, on écrit que « c\u2019est au premier chef la tâche des évêques d\u2019abord d\u2019aller aux hommes et de demander et promouvoir le dialogue avec eux » (n.13).On remarquera que le concile parle d\u2019aller « aux hommes » et pas seulement aux croyants ni aux pratiquants.Quand on précise plus loin les exigences de sa tâche de sanctification et de gouvernement, on dit que « l\u2019évêque, même s\u2019il est aidé par d\u2019autres, doit pouvoir en personne accomplir les cérémonies pontificales, faire commodément les visites pastorales, diriger et coordonner comme il faut toutes les œuvres d\u2019apostolat dans le diocèse, et surtout connaître ses prêtres ainsi que les religieux et les laïcs qui sont engagés dans les œuvres diocésaines » (n.23).Derrière ces exigences du Concile, il y a l\u2019Evangile et la plus ancienne tradition de l\u2019épiscopat dans l\u2019Eglise: l\u2019évêque n\u2019est pas seulement le centre sociologique d\u2019une Eglise, il est le centre spirituel de l\u2019unité.Pour Ignace d\u2019Antioche, par exemple, il continue de rendre possible et concrète l\u2019unité de Dieu et des hommes dans le Christ, prolongée dans .son corps qui est l\u2019Eglise.Or comment cela est-il humainement possible à un évêque, dans un diocèse qui compte 1,695,000 fidèles, 258 paroisses, 2,218 prêtres?Surtout lors- 74 ARCHEVÊCHÉ DE MONTRÉAL \u2014 organigramme consultation\texécution organisation pastorale\toffices et services (administration) |secr.î J privé ! auxiliaires 1 t religieux [chapitre 2j i organismes [ divers FINANCES chancellerie exécutif de l\u2019évêque 3 ARCHEVÊQUE 258 PAROISSES coordonnateur général 4____ ZONES et RÉGIONS pastorales 8 CONSEILS \u2014 \u2014\tpresbytéral \u2014\tde pastorale 7 ~ 1.\tLes évêques auxiliaires sont des conseillers de l\u2019évêque.Celui-ci peut leur confier diverses tâches.Mgr Crowley, par exemple, est directeur de l\u2019Office for English Language Affairs.2.\tLe chapitre est un organisme canonique, consultatif.Il a une responsabilité propre et spéciale en ce qui a trait aux finances diocésaines.3.\tL\u2019exécutif de l\u2019évêque comprend, outre deux évêques auxiliaires (Mgr Bélanger et Mgr Crowley), le coordonnateur général (Mgr Lafontaine), le chancelier, les directeurs de l\u2019Office du clergé et de l\u2019Office des paroisses (MM.Poirier et Hurteau), le directeur du Tribunal ecclésiastique de Montréal et un des responsables du Service de presse (M.Rivet).4.\tLe coordonnateur général, Mgr Jean-Marie Lafontaine, occupe un poste-cié dans cet organigramme.Il est en rapport direct et constant avec les divers offices et services de l\u2019archevêché, ainsi qu\u2019avec les conseils presbytéral et de pastorale, avec les zones et régions pastorales, etc.5.\tLa chancellerie, organisme canonique, est le secrétariat officiel de l\u2019archevêché.Les actes officiels y sont préparés et signés.La chancellerie est, en outre, un service de consultation pastorale .auquel on réfère cas et situations juridiquement difficiles.6.\tLes directeurs des offices et services diocésains relèvent directement de l\u2019évêque; ils exercent toutefois leurs fonctions propres en liaison étroite avec le coordonnateur général.Ils constituent avec lui une sorte d\u2019équipe polyvalente pour discuter des politiques pastorales globales et voir à leur mise en œuvre.Les rapports de certains directeurs d\u2019offices ou de services avec l\u2019évêque sont particulièrement importants; tel est le cas, par exemple, pour le directeur de l\u2019Office du clergé et pour le directeur de l\u2019Office des paroisses.7.\tLes conseils presbytéral et de pastorale sont composés de membres nommés par l\u2019évêque (certains directeurs d\u2019offices ou de services, par exemple) et de membres élus par les prêtres diocésains et les religieux, par des conseils régionaux de pastorale, etc.Ces organismes sont relativement nouveaux; leur fonctionnement est encore difficile souvent.8.\tLes 258 paroisses du diocèse de Montréal sont regroupées en 20 zones pastorales.Celles-ci sont à leur tour regroupées en 6 régions pastorales: est, centre-sud, centre-nord, centre-ouest, ouest, Ville de Laval.Ce sont là les structures les plus démocratiques du diocèse.Les présidents des régions pastorales (au moins une région est actuellement sans président) se réunissent régulièrement avec le coordonnateur général et le directeur de l\u2019Office des paroisses pour l\u2019élaboration de projets pastoraux concrets.Mais l\u2019absence de pouvoir réel à ce niveau de regroupement dans l\u2019ordre directement pastoral paralyse la créativité possible et attendue par plusieurs.N.B.L\u2019organigramme ci-dessus a été dressé par la rédaction de RELATIONS, avec la collaboration d\u2019un responsable du Service de presse de l\u2019archevêché.RELATIONS qu\u2019on observe que deux des quatre évêques auxiliaires ont 70 ans et plus, tandis que, des deux autres qui sont à l\u2019âge de la pleine activité, l\u2019un est curé de la cathédrale (Mgr Cimichella) et l\u2019autre, responsable plus particulier de la communauté anglophone (Mgr Crowley).Si on prend le décret conciliaire pour ce qu\u2019il est, un document théologique, « mystérique », plus qu\u2019un texte administratif, il faut conclure que les tâches épiscopales d\u2019enseigner, sanctifier et gouverner ne se délèguent pas au-delà d\u2019une certaine mesure.Sans quoi c\u2019est le tissu réel lui-même de l\u2019Eglise qui s\u2019amincit et se déchire, même si les services et offices sont bien organisés.Le nœud du problème Cette réflexion sur Vatican II et la tâche épiscopale nous amène à ce qui doit être la clé du problème: dans un diocèse où tout est devenu trop considérable (population chrétienne, paroisses, clergé, religieux), à moins d\u2019accepter des structures intermédiaires vraiment responsables et, éventuellement, la division du diocèse, on est nécessairement ramené à une seule solution, celle de donner tout le pouvoir à un exécutif.Et elle n\u2019est pas la bonne.Tout simplement parce qu\u2019aucun exécutif ne peut remplacer l\u2019évêque.Car cet exécutif est nécessairement plus administratif que pastoral.Des changements de personnel n\u2019y feraient rien.Même les personnes les plus sincères et les plus compétentes, même les personnes douées de la meilleure volonté pastorale, lorsqu\u2019elles fonctionnent à l\u2019intérieur d\u2019une structure dépassée par les événements, ne peuvent assurer la fonction épiscopale.Même la présence autour de l\u2019évêque de ce qu\u2019Ignace d\u2019Antioche appelait déjà « le sénat de Dieu », soit le conseil de pastorale et le conseil pres-bytéral, est vite menacée: on ne peut, en pratique, que superposer les conseils, tout en maintenant en parallèle et en position de force l\u2019exécutif classique.Il devient nécessaire, de plus, d\u2019introduire dans les conseils tous les membres, ou presque, de l\u2019exécutif, car seuls des permanents de longue expérience peuvent maîtriser les données de problèmes à si vaste échelle.Et ces membres de l\u2019exécutif, une fois introduits, ne peuvent que dominer les conseils.A.\tUne première conséquence de la situation actuelle est déjà latente dans ce que nous avons dit jusqu\u2019ici: la direction d\u2019une communauté devenue trop vaste par des services devenus trop centralisés s\u2019éloigne fatalement de la base et arrive sans cesse à des difficultés avec les personnes.Les bureaux doivent nécessairement filtrer la communication, risquant toujours de privilégier une seule tendance, celle du groupe le mieux organisé et le plus fort.Tous les bureaux doivent normaliser.Seul le contact direct, soit avec l\u2019évêque, soit avec des intermédiaires régionalement responsables, peut permettre d\u2019appuyer positivement des minoritaires, lorsqu\u2019on perçoit qu\u2019ils portent l\u2019avenir et l\u2019espérance.En particulier, un gouvernement trop centralisé a l\u2019inconvénient de favoriser, sans s\u2019en rendre compte, une lutte sourde, et parfois ouverte, entre les permanents, d\u2019une part, et les témoins, de l\u2019autre.Les permanents sont à la fois les prêtres et une partie, souvent importante, des laïcs satisfaits de l\u2019état actuel de l\u2019Eglise.J\u2019appelle « témoins » ce groupe, plus difficile à cerner, que Mgr Camara appelle les « minorités abrahamiques »: prophètes, martyrs, lecteurs acharnés des signes des temps, mais aussi activistes dont la base idéologique est variée: chrétiens charismatiques, chrétiens politisés, chrétiens soucieux de la défense des minorités opprimées.A chaque sous-groupe, se mêlent fatalement quelques contestataires maladifs et quelque exploiteurs de l\u2019Eglise.Mais il est absolument regrettable que la présence de ces derniers, dans une situation comme celle dont il s\u2019agit ici, serve trop souvent à donner bonne conscience aux pou- voirs en place et à justifier l\u2019inertie de la majorité désengagée.Il est aussi regrettable que ces témoins, généralement très minoritaires, doivent sans cesse se heurter à une administration centrale méfiante, alors que manquent les instances intermédiaires où on se connaît mieux et où la confiance peut davantage régner.B.\tUne deuxième conséquence malheureuse d\u2019une centralisation excessive est que les interventions et les non-interventions sont décidées, si les conseils n\u2019interviennent pas, dans un cercle trop restreint de personnes; et s\u2019ils interviennent, dans un cercle trop nombreux et trop diversifié pour que des décisions fermes puissent se former.D\u2019où de longs silences suivis d\u2019interventions qui viennent trop tard, en réponse à des problèmes qui se sont aggravés pendant longtemps et qui atteignent soudain l\u2019opinion publique.C.\tLa même réflexion doit être faite à propos des investissements.Dans une organisation trop centralisée, l\u2019argent est généralement employé surtout à conserver et entretenir le passé, pas assez pour promouvoir l\u2019avenir.On a vu quelques exceptions à cette attitude au cours des dernières années; par exemple, une contribution remarquée à l\u2019animation sociale chez les défavorisés de la région sud-ouest de la ville (projet POPIR).Mais il en faudrait davantage, en particulier dans la direction de l\u2019évangélisation de ceux qui se sont éloignés.L\u2019installation récente d\u2019un studio de production de documents-TV pour le circuit fermé peut, en ce sens, être une initiative de pointe; mais à condition qu\u2019elle ne soit pas un réseau de plus de communication à sens unique.L\u2019archevêché comme corps intermédiaire Dans le climat préconciliaire, lorsque la direction d\u2019un diocèse ressentait des tensions avec les fidèles, la réponse était souvent: nous devons suivre les directives de Rome.Et tout était fini.La situation a changé, et le concile en est largement la cause.L\u2019autorité romaine, lorsqu\u2019elle intervient au niveau disciplinaire, où l\u2019Evangile n\u2019est en général impliqué que de façon marginale ou sapientiale, n\u2019est plus placée dans une situation où elle doive être suivie sans donner de raisons.Par ailleurs, l\u2019église des plus jeunes, que nous le voulions ou non, n\u2019accepte plus d\u2019identifier unité de l\u2019Eglise et uniformité de la discipline.Ce qui ne nie pas, par ailleurs, qu\u2019il faille des règlements dans l\u2019Eglise, comme déjà saint Paul nous le rappelle, tout en refusant de leur donner la rigidité de la loi.Des tensions se sont fait jour plusieurs fois, ces dernières années, à propos de directives de Rome: au sujet de l\u2019absolution collective, du baptême par étapes, de la confession avant la première communion, de diverses initiatives liturgiques, de la réconciliation de divorcés remariés.Sur bon nombre de ces points, l\u2019attitude de diocèses voisins, appartenant au même « inter », a été plus bienveillante que celle de Montréal.Il faut reconnaître que la situation de ces diocèses est souvent meilleure, la communication entre pas- MARS 1974 75 faculté de théologie université de montréal 1974-1975 ÉTUDES BIBLIQUES INTENSIVES groupe de douze professeurs spécialisés programmes de premier cycle choix de cours, un ou deux ans programmes des cycles supérieurs \u2022\tstudio de recherche et séminaires d\u2019appoint la liberté chrétienne \u2022\tatelier de lecture biblique pour la liturgie dominicale \u2022\tstage en Israël ÉTUDES THÉOLOGIQUES programmes de premier cycle large choix, un, deux ou trois ans programmes des cyles supérieurs \u2022\tdossier foi chrétienne: opium ou ferment ?\u2022\tséminaires communautés de base et service d\u2019autorité dynamique de l\u2019expérience chrétienne foi chrétienne et enjeux politiques au Québec formation de la conscience: la responsabilité \u2022\trecherche interdisciplinaire le sport et l\u2019éducation physique ÉTUDES PASTORALES année de réflexion en études pastorales (AREP) \u2022\tconnaissance de l\u2019homme religieux et approfondissement du projet évangélique \u2022\tobservation et interprétation du champ pastoral \u2022\tprospective d\u2019intervention pastorale \u2022\tateliers d\u2019intégration et supervision individuelle programmes des cycles supérieurs \u2022\tobservation de l\u2019action chrétienne et ecclésiale \u2022\tinterprétation critique du champ pastoral \u2022\télaboration de la pratique pastorale \u2022\tstage de formation appliquée \u2022\tdossier « recherche-action » \u2022\tnouvelle concentration en pastorale scolaire SCIENCES DE LA RELIGION programmes de premier cycle refondus, un ou deux ans C.P.6128 Montréal 101 té!.: (514) 343-7080 teurs et fidèles y étant plus facile.Mais la lutte de la métropole contre la permissivité est-elle assez bien conduite pour amener plus que la clandestinité dans la base ?Ne considère-t-on pas de façon trop simple les relations avec Rome ?L\u2019« obéissance royale », qui prend sur soi l\u2019odieux d\u2019un ordre à exécuter, est une belle chose, mais elle ne peut pas constituer un programme ni même un principe spirituel d\u2019action qui permettrait de court-circuiter le dialogue pastoral en réclamant abruptement l\u2019obéissance.Un échange officiel de correspondance peut être éclairant dans ce contexte.Il s\u2019agit d\u2019une lettre de M.le cardinal Maurice Roy à Mgr Helder Camara, et de la réponse de ce dernier.Après avoir dit que certains points de pensée et d\u2019action doivent être communs dans l\u2019Eghse et que le pape doit alors intervenir, le point central de la lettre du cardinal est celui-ci: Si le pape nous disait à l\u2019avance tout ce que nous devons faire, nous perdrions une part inaliénable de notre liberté; si d\u2019autre Des décisions critiques à prendre part nous lui demandions après coup d\u2019approuver tout ce que nous faisons, nous exigerions de lui qu\u2019il prenne notre place et qu\u2019il assume jusque dans le détail l\u2019administration de toutes les Eglises locales.G\u2019est ce que nous devons nous rappeler quand il nous parle ou quand il garde le silence, et quand nous parlons de lui.Sa responsabilité est immense, mais elle ne supprime pas la nôtre.(Rome, 7 décembre 1971.) Mgr Camara montre qu\u2019il a bien saisi l\u2019importance de cette lettre lorsqu\u2019il reconnaît, dans sa réponse, qu\u2019il y a, dans le message reçu, des leçons inoubliables sur la coresponsabilité dans l\u2019Eglise, le rôle du Saint Père, la responsabilité de l\u2019évêque local, la manière exacte d\u2019interpréter les déclarations et les silences du pape.(Recife, 25 janvier 1973; cf.Le Devoir, 5 juin 1972.) Quand on songe au poids qu\u2019exerce, sur l\u2019ensemble de l\u2019Eglise du Canada, un diocèse comme Montréal, on souhaite que l\u2019esprit d\u2019une telle lettre anime davantage notre diocèse.L\u2019évolution de la discipline ecclésiale ne pourrait qu\u2019en profiter; bien des difficultés et des tempêtes dans les journaux seraient en même temps évitées.L\u2019analyse que je viens de tenter est sans doute incomplète.Mais je ne crois pas qu\u2019elle soit partiale.Elle se résume à ceci: étant donné les dimensions de plus en plus considérables de l\u2019archi-diocèse de Montréal, étant donné également la centralisation traditionnelle de sa chancellerie, le seul résultat possible, actuellement, est la prépondérance croissante du pouvoir des administrateurs, aux dépens de tous les autres pouvoirs (évêque, auxiliaires, presbyterium, peuple de Dieu).Or, sans aucunement nier que ces administrateurs soient animés de sentiments de pasteurs, cette situation rend impossibles l\u2019application de la constitution de Vatican II sur « la charge pastorale des évêques » et, au-delà de Vatican II, l\u2019exercice évangélique du service épiscopal.Devant cette situation, on peut opter pour laisser la difficulté se développer jusqu\u2019au point de rupture.L\u2019autre solution est de prendre des « décisions critiques », c\u2019est-à-dire des décisions d\u2019importance secondaire, au moment où on les prend, mais qui entraîneront par une sorte de réaction en chaîne, une succession de changements plus importants.Vatican II, dans le décret cité, suggère au moins quatre décisions critiques possibles dans ce contexte: démission de l\u2019évêque (n.21), changement de la curie (n.27b), régionalisation avec vicaires épiscopaux (n.27a), division du diocèse (n.23).A.\tSi l\u2019analyse que nous avons faite jusqu\u2019ici est juste, les solutions par changements de personnes ne régleraient rien: aucun évêque ne pourrait exercer vraiment sa triple fonction d\u2019« enseigner, sanctifier et gouverner » dans un tel cadre.Aucun exécutif curial ne pourrait assurer la présence et l\u2019initiative pastorale adaptées, en plus de l\u2019administration, dans ce même cadre.B.\tRestent les solutions de régionalisation et de division.Comme nous l\u2019avons vu, une double régionalisation existe déjà (6 régions, 20 zones), mais, sauf exceptions, elle ne réussit pas à motiver une relance ni à créer une solidarité chez les pasteurs ou chez les fidèles.Ceci indique qu\u2019une véritable délégation des pouvoirs doit devenir le souci principal.Car elle seule permettra en même temps un changement de l\u2019équilibre des pouvoirs.Si le conseil presbytéral et le conseil de pastorale doivent vraiment représenter auprès de l\u2019évêque le presbyterium et le peuple de Dieu (Christus Dominus, n.27; 76 RELATIONS Presbyterorum Ordinis, n.7), ils ne pourront effectivement le faire que s\u2019ils deviennent d\u2019abord des conseils presby-téraux et pastoraux de régions.Et les actuels présidents de régions ne deviendront des relais valables de la présence épiscopale que s\u2019ils deviennent des vicaires épiscopaux, ayant autour d\u2019eux le double conseil institué par Vatican II, avec autant de responsabilité que possible.Ce qui n\u2019empêche pas qu\u2019une centralisation administrative demeure, pour les services pratiques dénués de pouvoir.Ces régions, si on accepte les six régions actuelles, demeureront encore de grands blocs, comptant environ 250,000 fidèles et de 250 à 300 prêtres, religieux et religieuses engagés dans le service paroissial, et entre 35 et 50 paroisses.Cela suppose, si on veut ainsi sortir de l\u2019anonymat et des tâches à horizon démesuré, que les vicaires épiscopaux soient assez libérés pour pouvoir connaître personnellement le presbyterium et les laïcs plus engagés et pour pouvoir créer des solidarités dans les projets.C.Après quelque temps d\u2019expérience, on pourra alors songer à la division du diocèse.Il faut se demander, en effet, quelles raisons ont toujours fait écarter ou différer cette division.Une étude a été faite par la CCC, après Vatican II, pour l\u2019application de ce point du décret sur la charge des évêques (Rapport Reding-Proulx), mais elle n\u2019a eu aucune suite en ce qui re- garde Montréal.Par ailleurs, il me semblerait dommage d\u2019apporter ici le parallèle à la CUM, qui agrandit les dimensions de la ville unique au heu de la diviser ! C\u2019est que la CUM fait de l\u2019administration, pas de la pastorale ni de l\u2019évangélisation.Un diocèse comme Paris s\u2019est subdivisé en huit A l\u2019automne dernier, notre évêque, Mgr Grégoire, intitulait ainsi le bilan des cinq années écoulées:\t« Notre responsabilité collective dans l\u2019édification de l\u2019Eglise » (L\u2019Eglise de Montréal 91, octobre 1973, pp.635-639).Bilan optimiste et courageux, mais qui se terminait par une assez vive réclamation de la « juste image » de l\u2019administration diocésaine et du leadership dans le diocèse.On ne peut manquer d\u2019être touché par cette exigence de justice.On ne peut non plus, toutefois, éluder ce rappel de notre responsabilité collective, qui doit nous faire rechercher activement ce qui peut assurer une présence épiscopale et rendre ainsi plus juste encore l\u2019image de « l\u2019Eglise de Dieu qui est à Montréal », pour reprendre, en nous l\u2019appliquant, une expression de saint Paul.Jusqu\u2019au jour où l\u2019Esprit et l\u2019institution seront assez bien harmonisés l\u2019un à l\u2019autre pour que nous puissions faire nôtre une admirable lettre pastorale publiée récemment par Mgr Hains, évêque d\u2019Amos (cf.U Eglise canadienne, 7, janvier 1974, pp.13-15).Dans un dio- diocèses et a assuré en même temps la coordination de la constellation de diocèses ainsi formée.Malgré quelques difficultés, la communauté chrétienne de Paris a ainsi retrouvé une taille plus humaine et on a même souhaité que la division ait été faite en diocèses plus petits encore.cèse à taille humaine (100,000 fidèles, 148 prêtres, 81 paroisses), le leadership épiscopal peut arriver à proposer des traits concrets et précis de cette responsabilité collective, Et, paradoxalement, Amos, en plus du vicaire général, s\u2019est déjà donné trois vicaires épiscopaux ! Avec un passé de près d\u2019un siècle et demi comme Eglise locale (Mgr Lartigue est devenu évêque de Montréal en 1836), après avoir traversé des crises comme la longue période d\u2019incapacité de Mgr Bruchési (de 1921 à 1939), une Eglise qui compte plus d\u2019un million et demi de baptisés, même si plus des deux tiers ont décroché de la pratique régulière, a toujours de la vitalité.Jésus-Christ y est toujours présent et actif.Il est capable de vivre dans la crise de croissance de notre métropole et de lui donner le supplément d\u2019espérance que la foi offre.Cela doit nous donner le courage d\u2019ajuster nos structures et de rattraper nos retards.22.02.74 Conclusion Conservez RELATIONS\t\tCOLLÈGE JEAN-DE-BRÉBEUF (COURS COLLÉGIAL) \u2022 CARTABLE en similicuir rouge avec titres or \u2014\tau comptoir :\t$ 3.00 \u2014\tpar la poste :\t$3.25\t\t\u2022\tCollège reconnu d\u2019intérêt public.\u2022\tCollège mixte - résidence pour étudiants seulement.PROGRAMME : \u2022\tLe cours collégial (diplôme d\u2019études collégiales).\u2022 RELIURE de votre collection 1973 \u2014\tle lecteur fournissant sa collection :\t$4.00 \u2014\tsi nous fournissons la collection:\t$11.00\t\tCOURS PRÉPARANT À TOUS LES PROGRAMMES UNIVERSITAIRES : 1\t\u2014 Sciences de la santé\t4 \u2014 Sciences de l\u2019adminstration 2\t\u2014 Sciences pures et appliquées\t5 \u2014 Arts plastiques 3\t\u2014 Sciences humaines\t6 \u2014 Lettres, langues modernes, théâtre ADMISSION POUR SEPTEMBRE 1974 Date limite : 1er mai 1974 Ajouter $0.35 pour frais d\u2019expédition.\t\t(Préférence accordée aux demandes d\u2019admission entrées avant le 1er mars 1974) \t\tRENSEIGNEMENTS : RELATIONS 8100, boul.Saint-Laurent\t\tBUREAU DES ADMISSIONS Cours collégial 3200, chemin Sainte-Catherine Montréal H3T 1C1 Tél.: 342-1320 poste 255 Montréal H2P 2L9\t\u2014\t387-2541\t\t(Le collège offre aussi un cours secondaire complet de cinq ans) MARS 1974 77 L\u2019EGLISE DE MONTREAL: le financement de la pastorale \u2014 quelques éléments de réflexion par Irénée Desrochers___________________ L\u2019évolution de la pratique religieuse et les efforts d\u2019adaptation de la pastorale occasionnent une nouvelle situation financière, au niveau des paroisses comme à celui des diocèses.Ce ne sera ni par des financiers oublieux du sens de la pastorale et de l\u2019évangélisation, ni par des esprits trop exposés aux tentations de l\u2019angélisme, que les nouveaux problèmes financiers seront résolus.Le rapport financement-pastorale suppose évidemment qu\u2019il y a et pastorale et financement.L\u2019Eglise n\u2019est pas une entreprise ordinaire dans le monde « des affaires ».Mystère, en sa réalité intime et profonde, elle doit vivre pourtant « dans le monde ».Comme le chrétien ne cesse pas d\u2019être homme parce qu\u2019il devient chrétien, la communauté chrétienne dont il fait partie ne peut éviter d\u2019avoir certains problèmes « humains ».Le problème n\u2019est peut-être pas tellement d\u2019avoir des moyens de financement que de savoir mieux les partager.Le mystère économique du rapport entre la production et la répartition, c\u2019est qu\u2019un meilleur partage peut en retour faire croître les moyens.Parler de pareil « mystère » financier, surtout dans le domaine des affaires religieuses, c\u2019est soulever un problème d\u2019ordre spirituel.Les chrétiens sont membres de communautés chrétiennes qui se relient entre elles, horizontalement et verticalement.La forme historique de la pyramide que ces communautés se sont donnée peut en partie être changée, beaucoup plus peut-être qu\u2019on ne croit.Il est difficile, cependant, de concevoir que, dans cette « entreprise », où se poseront toujours des problèmes de centralisation et de décentralisation, il n\u2019y ait aucune structure administrative et financière.Dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, certaines réalités bien concrètes expliquent pourquoi le droit civil a encore son mot à dire: il y a, au plan paroissial, des « Fabriques », des corporations spéciales régies par la « Loi des Fabriques », et, au plan diocésain, la « Corporation archiépiscopale ca- tholique romaine de Montréal ».Que cela n\u2019empêche ni les prophètes ni les anges du ciel de se promener parmi nous et de s\u2019intéresser aux « pierres vivantes » de l\u2019Eghse.Dans le présent article, j\u2019essaie de présenter quelques éléments de réflexion sur le financement de la pastorale au niveau de cette Corporation diocésaine; la matière étant plutôt ample et complexe, je pourrai tenter, dans un article subséquent, de pénétrer dans le réseau de la situation financière de l\u2019ensemble des Fabriques Cette Corporation diocésaine a connu, en huit ans, de 1960 à 1967 inclusivement, des surplus accumulés de $1,012,055.Les années suivantes, des déficits se sont produits régulièrement chaque année; à partir du 1er janvier 1968 jusqu\u2019au 30 juin 1973, les déficits accumulés ont atteint la somme globale de $609,816.Pour donner une idée de la dimension des déficits annuels, avec des variations assez fortes d\u2019une année à l\u2019autre, \u2014 variations probablement dues à plusieurs facteurs, v.g.à des dons extraordinaires reçus de façon assez irrégulière et à des efforts, comportant des réussites et des insuccès, pour mieux équilibrer les revenus et les dépenses, \u2014 disons que le déficit annuel de l\u2019exercice financier 1971-72 fut de $161,500; celui de l\u2019année précédente, de $128, 136; et celui de 1972-73, de $86,900.Depuis trois ans, le déficit, en moyenne, est de l\u2019ordre de $125,000 par année.Etant donné qu\u2019un redressement magique est peu probable en une seule année, il est bien possible (le budget de cette année n\u2019a pas été publié) que l\u2019exercice en cours accuse un déficit assez important.Le sens de ces déficits ne pourrait être vraiment compris que grâce à une étude assez poussée de l\u2019ensemble des du diocèse, sans oublier la nature du lien particulier qui relie les Fabriques et la Corporation diocésaine.Avant d\u2019aborder plus loin le bilan de la Corporation, c\u2019est-à-dire le tableau de l\u2019actif et du passif de ses divers « fonds » à la fin d\u2019une année financière, jetons un regard sur ses opérations courantes telles que révélées dans « l\u2019Etat de revenus et de dépenses » tout au long de l\u2019exercice d\u2019une année financière.Nous verrons d\u2019abord les déficits annuels; puis les dépenses et les revenus; enfin, quelques problèmes que cette situation soulève et quelques éléments de solution possible.nombreux postes aux revenus et aux dépenses.L\u2019état des revenus et dépenses pour l\u2019exercice financier se terminant le 30 juin 1973 (l\u2019année financière, depuis 1970, va maintenant du 1er juillet au 30 juin, au lieu du 1er janvier au 31 décembre comme auparavant) indique des revenus de $1,736,700 et des dépenses de $1,823,600.a.Les dépenses Du côté des dépenses, il y a une grande variété de postes prévus pour le financement d\u2019organismes généraux, d\u2019offices et de services diocésains, de tribunaux ecclésiastiques, de services financiers et administratifs, de ministères spécialisés et de mouvements apostoliques, d\u2019œuvres diverses, de caisse de retraite, de contributions aux conférences épiscopales supérieures ($14,400 à l\u2019Assemblée des évêques du Québec, et $95,200 à la Conférence catholique canadienne); il y a enfin des intérêts à payer sur des emprunts et un remboursement de dettes, ces deux éléments exigeant des déboursés de $194,000.La somme de toutes ces dépenses s\u2019élevait donc, pour 1972-73, à $1,823,600.Les déficits de la Corporation 78 RELATIONS Vu le déficit, chacun pourrait avoir son avis personnel sur la façon de diminuer ou d\u2019augmenter telle ou telle dépense en particulier.Mais l\u2019évolution de la situation religieuse depuis une dizaine d\u2019années semble impliquer que le montant global des dépenses devrait, si possible, non pas diminuer, mais augmenter.Il y a, avec cette baisse de la pratique religieuse, une augmentation de la population et une plus grande responsabilité devant l\u2019effort « missionnaire > à fournir à l\u2019intérieur même de notre propre société.Plusieurs types de services pastoraux ont diminué de beaucoup ou sont même disparus au niveau des paroisses, de sorte qu\u2019il y a comme un transfert de responsabilité à l\u2019Eglise diocésaine comme telle, qui rend la charge de cette dernière plus lourde encore.Le diocèse doit de plus fournir lui aussi un effort de « modernisation » de la pastorale, qui ne va pas sans coûts.Or, si les dépenses totales ont probablement augmenté pendant quelques années, antérieurement à 1972, elles se sont ensuite stabilisées et ont même légèrement baissé, même en chiffres absolus, passant de $1,828,700, en 1972, à $1,823,600, en 1973, alors que les prix montaient, ici comme ailleurs, et que les besoins réels en services à rendre augmentaient.Il semble donc que l\u2019on soit à traverser une période de transition, qui peut être diversement appréciée: soit comme un état de « crise », soit comme une période extraordinaire dans l\u2019histoire de cette Eglise, pendant laquelle des dépenses « spéciales » seraient justifiées, quitte à « manger » une partie de son capital.Dans cette perspective, la vraie solution consisterait à essayer plutôt d\u2019augmenter substantiellement les revenus.De fait, le total des revenus a continué à augmenter ces dernières années, mais pas assez rapidement; il est passé de $1,667,200, en 1971-72, à $1,736,700, en 1972-73.b.Les revenus Les cinq sources de revenus peuvent être examinées rapidement.En l\u2019année 1972-73, environ 30% des revenus sont tirés de deux sources, abordées ici ensemble parce qu\u2019elles soulèvent un problème dont il sera question plus loin: celui du jugement à porter sur l\u2019importance relative des capitaux et de la « capitalisation ».H MARS 1974 s\u2019agit des revenus de placements et d\u2019immeubles ($338,000), et du « profit sur la vente de placements et autres revenus» ($178,400).Si l\u2019on s\u2019en tient pour l\u2019instant à l\u2019aspect purement financier du problème, on peut se demander comment augmenter ce type particulier de revenus (puisque l\u2019une des manières de résoudre un déficit, c\u2019est d\u2019augmenter les revenus), quand on constate que, au bilan, sous le coup des déficits d\u2019opération, le fonds de réserve pour éventualités et l\u2019actif au fonds des opérations courantes diminuent ?De fait, les revenus courants tirés des placements et des immeubles ont baissé de 1972 à 1973: de $363, 300, en 1971-72, à $338,000, en 1972-73.Il reste donc trois autres sources de revenus.Elles ne sont pas faciles à augmenter, semble-t-il.Dans une troisième source de revenus, il y a les revenus provenant des opérations de tous les divers organismes diocésains.En 1972-73, ces organismes, offices, etc., ont rapporté $559,700 et dépensé $1,823,600.Les services pastoraux qu\u2019ils offrent ne se vendent pas comme le pétrole.Ils sont offerts à titre plus ou moins gratuit, alors que l\u2019évangélisation ne va pas sans frais.Le déficit particulier provenant des opérations de tous ces organismes s\u2019est donc monté à $1,263,900.Ce déficit des organismes doit être compensé, en partie du moins, par les quatre autres sources de revenus.Les deux premières dont nous avons parlé font leur part en apportant les revenus de placements et d\u2019immeubles et le profit sur vente de placements.Viennent donc à la rescousse les deux autres sources de revenus dont il reste à parler.La quatrième source de revenus est intitulée les revenus des « autres contributions » au diocèse.Ce sont les aumônes du carême (elles ont diminué pour la Corporation elle-même, parce que « Paix et Développement » fait alors sa propre cueillette dans les paroisses); la contribution des communautés religieuses (elle a augmenté); et les honoraires de messes dominicales dites dans les paroisses mais au profit du diocèse.L\u2019ensemble de ces trois postes est passé de $101.600 en 1971-72, à $108,400 en 1972-73.Ces sommes sont toutes absorbées par le déficit particulier des organismes.Enfin, la cinquième source de revenus du diocèse est constituée par une taxe sur les Fabriques.Bien qu\u2019elle soit ici mentionnée en dernier lieu, cette source est vitale à plus d\u2019un point de vue.Son importance est capitale parce que les 256 Fabriques représentent la masse des fidèles du diocèse.Ces revenus sont un des signes révélateurs du climat spirituel; ils représentent une part importante des revenus courants de la Corporation ($552,200, en 1972-73); ils sont la source historique d\u2019une certaine capitalisation qui a eu lieu à l\u2019époque où des revenus de ce genre ont été transformés en placements, parce qu\u2019il y avait des surplus d\u2019opération, surtout dans les années \u201950 et au début des années \u201960.Ces revenus au montant de $552,200 sont absorbés, eux aussi, par le déficit particulier des organismes, et l\u2019exercice financier complet se terminera finalement, en 1972-73, par un déficit net de $86,900.Les paroisses paient chacune une contribution au diocèse sous la forme d\u2019une taxe de 5 % sur leur revenu brut.L\u2019histoire du rendement de cette taxe doit être assez éloquente, tellement elle est le reflet d\u2019un grand nombre de facteurs.On sait que, il y a une vingtaine d\u2019années, en 1953, elle rapportait $550,000.Pendant nombre d\u2019années, malgré l\u2019inflation, l\u2019augmentation de la population et la fondation de nouvelles paroisses, le rendement de la taxe a baissé, même en chiffres absolus.En 1970, elle ne rapportait plus que $415,000.On assiste, depuis 1970, à une remontée (à $475,700, en 1972; à $552,200, en 1973), mais elle n\u2019est pas proportionnelle à l\u2019augmentation des besoins.Relativement aux prix qui montent et à l\u2019effort missionnaire désiré, cette taxe fondamentale reste insuffisante.Il est logique de la hausser un peu; dans d\u2019autres diocèses, elle est de 6%.Une hausse de un pour cent seulement devrait donner, théoriquement, quelque $110,440 de plus par année.Mais, en pratique, on sait que certaines paroisses vraiment déficitaires ne sont guère en mesure de payer toute la taxe.Une hausse de la taxe voudrait donc dire que les paroisses riches et celles qui sont moyennement à l\u2019aise se trouveraient, par ce biais, à faire face au problème proprement social de solidarité, de partage fraternel, de péréquation, à l\u2019intérieur même de l\u2019Eglise.79 La péréquation La hausse de la taxe de 5% pourrait avoir un double objectif.Elle pourrait aider à régler les déficits de la Corporation diocésaine.Elle pourrait aussi servir à améliorer l\u2019une des voies d\u2019entr\u2019aide entre les paroisses.Déjà, certaines paroisses s\u2019aident directement les unes les autres, par des prêts à des taux d\u2019intérêt plus bas que ceux du marché.Mais, cette fois, par l\u2019intermédiaire du diocèse, pourrait être instituée une politique officielle de péréquation, beaucoup plus forte que celle qui existe; car, déjà, le diocèse, lui aussi, aide des Fabriques en leur prêtant à des taux favorables (en 1972-73, le diocèse prêtait aux Fabriques la somme de $1,007,400).Des paroisses pauvres, dont le problème fondamental aurait d\u2019abord été sérieusement étudié (devrait-on vendre ou garder les immeubles ?dans le cas d\u2019un réaménagement radical, a-t-on besoin, oui ou non, d\u2019une aide du diocèse?), pourraient recevoir du diocèse, en plus grand nombre, des prêts sans intérêt ou à des taux très favorables, et même des dons relativement importants, provenant d\u2019un fonds spécial auquel une partie du rendement de la taxe ainsi relevée serait consacrée.Ce fonds commun pourrait être distinct et administré en collaboration étroite avec des délégués des Fabriques du diocèse.A cause de ses multiples facettes, cette question de la péréquation entre paroisses plus à l\u2019aise et paroisses plus Non moins « test de vérité » est cette autre attitude découlant du même esprit évangélique: celle que des chrétiens manifestent à l\u2019égard des pauvres en général, du petit peuple, et de tout aspect de ses droits à la justice.H s\u2019agit de ces interventions sociales de l\u2019Eglise qui représentent des déboursés; d\u2019un engagement en faveur des plus démunis, non pas uniquement au plan des œuvres dites « de charité », mais surtout au plan de l\u2019action pour la justice.Le Rapport Dumont a consacré plusieurs pages remarquables au problème de « mission et développement », soulignant que les exigences actuelles du développement « appellent un déplacement de nos pôles de sensibilité morale »; il affirme le primat des plus pauvres, demande l\u2019interpellation des chrétiens moyens et le pauvres, directement entre elles et par l\u2019intermédiaire du diocèse, va au cœur du problème du financement de la pastorale.Des chrétiens qui, par « esprit de clocher », ne savent pas assez pratiquer entre eux le partage fraternel, en vue d\u2019un meilleur effort missionnaire, peuvent s\u2019interroger sérieusement sur la valeur spirituelle de leur esprit évangélique et sur la validité de leur effort d\u2019évangélisation.De nouveau, on constate que le problème du financement est fondamentalement une question d\u2019ordre spirituel, destinée aux « pastoraux ».Abandonner le plein processus de la péréquation, celui qu\u2019exige vraiment la situation d\u2019ensemble, à la pure spontanéité des contacts directs entre les paroisses, c\u2019est s\u2019illusionner.Penser que l\u2019installation d\u2019une solide politique officielle de péréquation, par l\u2019in-termédiaire du diocèse, est possible, apparaît plus réaliste.Surtout, pourquoi ne pas hausser la taxe de 5% pour les fins générales de la pastorale dans et par le diocèse, puisque la pastorale du diocèse s\u2019exerce au bénéfice des paroisses et de ceux qu\u2019elles veulent elles-mêmes atteindre ?Quitte à voir si une péréquation officielle plus ferme ne se révélerait pas finalement possible.Le Rapport Dumont considérait que le partage des ressources constitue un « test de vérité » pour des chrétiens qui confessent leur appartenance à la communauté fraternelle de l\u2019Eglise.soutien effectif des engagés temporels, pour une « nouvelle fécondité sociale de l\u2019Evangile ».Où en est ce type de pastorale sociale ?Après le Synode des Evêques de 1971, les Evêques du Canada ont publié, le 21 avril 1972, un texte percutant sur « La justice sociale dans la vie interne de l\u2019Eglise ».Si l\u2019on prend au sérieux les réflexions et les suggestions qui y sont faites, sur « le témoignage de justice sociale plus vigoureux » que l\u2019Eglise doit donner, on peut s\u2019interroger devant les budgets des diocèses.Nos évêques ont demandé aux chrétiens, prêtres et laïcs, « de vivre un certain radicalisme dans leurs expériences de solidarité, de simplicité et de partage ».Les évêques se sont dit, à eux-mêmes, qu\u2019ils « doivent apporter leur collaboration pour que les démunis puissent retrouver leur voix et travailler à leur propre libération ».Il y a un coût financier à ce coup d\u2019épaule.Qu\u2019en est-il de cet appui ?Les investissements réels sont-ils proportionnés aux besoins des milieux populaires \\ et à la présence que l\u2019Eglise désire y développer ?L\u2019examen des dépenses de la Corporation du diocèse révélera qu\u2019il y a un effort.En voici quelques exemples: en 1972-73, l\u2019Office des œuvres dépensa $23,500; un service de catéchèse aux handicapés a dépensé $15,800; des ministères spécialisés ont coûté $11,400; le Mouvement des travailleurs chrétiens a reçu $1,200 et la JOC de Montréal, $31,800; des «projets spéciaux », nouveau poste qui commence à se développer, ont coûté $6,200.On peut cependant, devant un budget total de $1,823,600 en dépenses, s\u2019interroger sérieusement sur l\u2019absence de projets, plus importants encore, qui seraient dans la ligne de l\u2019action sociale pour la justice.Il ne s\u2019agit pas de réévaluer un projet comme le « Popir » (Projet d\u2019organisation populaire, d\u2019information et de regroupement) dans le Sud-Ouest de Montréal, que l\u2019archevêque de Montréal a subventionné; il a ajouté, aux $45,000 venant de diverses sources (de communautés religieuses, de prêtres et de laïcs), environ $65,000 provenant de la « Corporation de l\u2019archevêque catholique romain de Montréal », corporation qui s\u2019alimente de dons faits à l\u2019archevêque et qui est distincte de la « Corporation archiépiscopale » du diocèse de Montréal que nous sommes en train d\u2019étudier.Les raisons que l\u2019archevêque a invoquées pour appuyer financièremeent ce projet2, le fait de cette expérience et les besoins toujours existants des milieux populaires posent une immense interrogation à l\u2019ensemble des chrétiens de l\u2019Eglise de Montréal comme à ceux qui bâtissent les budgets de la Corporation du diocèse lui-même.Capitaux et revenus de capitaux Une autre facette de la vie de pauvreté de l\u2019Eglise est révélée dans le rapport qu\u2019il y a, dans la totalité de ses revenus, entre, d\u2019une part, les revenus qui viennent présentement des dons et de ce qu\u2019offrent les fidèles à l\u2019occasion du culte et pour les services pastoraux, et, d\u2019autre part, les revenus qui proviennent de placements.Ces L\u2019engagement social 80 RELATIONS capitaux ont leur source dans des dons et des legs testamentaires antérieurs, de même que dans une part du produit de la taxe de 5% à une époque où le diocèse connaissait encore des surplus: ces argents ont été transformés en placements et en immeubles appartenant à la Corporation du diocèse.La part des revenus de placements et d\u2019immeubles, par rapport à la totalité des revenus de la Corporation, était de 21,7% en 1971-72, et de 19,5% en 1972-73.Ces revenus devraient-ils servir davantage à appuyer certains projets de pastorale plus modernes ou des projets d\u2019engagement social dans les milieux populaires ?Quels capitaux eux-mêmes devraient être « donnés » ?Quitte à essayer de faire vivre le diocèse \u2014 déjà sérieusement déficitaire \u2014 de dons plus généreux venant présentement et directement des fidèles d\u2019aujourd\u2019hui.Le bilan de la Corporation du diocèse comprend cinq « fonds ».Le fonds de « fidéicommis » ($533,600 en 1973) ne lui appartient pas et doit être administré selon des intentions bien précises.Le fonds de « dotations » ($888,500) lui appartient, mais doit être administré selon les intentions des donateurs.Le fonds des « immobilisations » ($4,155,600) comprend, presque entièrement, la Cathédrale, un terrain adjacent et des édifices diocésains; ces valeurs ne peuvent raisonnablement être toutes transformées en disponibilités.En pratique, il reste surtout le fonds « d\u2019administration » ou des opérations courantes, qui, après déductions des comptes à payer et des divers emprunts à rembourser (en tout, $2,932,100), ne comporte qu\u2019un surplus de $1,250,500.A ce surplus, on ne peut ajouter que le cinquième et dernier fonds, celui « pour éventualités » ($1,187,900).Pour un diocèse de 1,700,000 catholiques, et pour un budget annuel de $1,823,600 en dépenses, où est la « grande richesse » de la Corporation du diocèse ?Ce diocèse a des responsabilités très lourdes, à long terme; il ne peut administrer pour les prochains six mois seulement.En tenant compte du nombre de paroisses déficitaires et de la dimension globale de leurs déficits (même si les Fabriques sont légalement distinctes, il reste un lien moral), en considérant les six derniers déficits accumulés de la Corporation ($609,816) et le déficit de l\u2019année en cours, il est difficile de trouver une intention de « capitaliser > 3.MARS 1974 Participation et appartenance Tout en demandant une Eglise plus en recherche, plus détachée et plus souple, il ne faut pas oublier les exigences concrètes d\u2019opération de même que les éventualités et risques à rencontrer.Encore quelques déficits importants, et il ne restera peut-être plus tellement de « réserves ».Un bon moyen de susciter de l\u2019intérêt et un meilleur appui, c\u2019est de développer la participation à l\u2019étude et à l\u2019élaboration du budget et de la politique financière.Il est certain que le « Comité du Budget », tout en n\u2019étant lui-même que consultatif, joue un rôle important.Prenons-le donc comme exemple.Les marguilliers et les curés des Fabriques qui contribuent une taxe ont-ils le sentiment de participer au travail de ce Comité ?Il y a, présents à ce Comité du Budget, trois laïcs, anciens marguilliers, qui sont des experts et des hommes expérimentés.Mais l\u2019ensemble des marguilliers et curés, invités à se réunir au niveau d\u2019une zone ou même du diocèse, n\u2019ont pas de contacts suivis avec le Comité, ni des délégués ayant des rencontres régulières avec lui.Le Conseil presbytéral pourrait un jour aborder le problème d\u2019ensemble du financement de la pastorale.Surtout, le Conseil de pastorale, jeune organisme encore, mais dans lequel la représentation des laïcs doit être assez forte, devrait considérer que s\u2019intéresser au financement de la pastorale fait normalement partie de sa juridiction.Cela exigera, avec toute une pédagogie, une communication régulière entre les Conseils et le Comité du Budget.Cette participation exercerait, sur les centres nerveux de décision, une pression susceptible d\u2019obtenir certains bons effets: les états financiers du diocèse seraient publiés plus régulièrement; le budget le serait aussi; et peut-être la collaboration pour obtenir un meilleur équilibre budgétaire serait-elle facilitée.La publication du budget et des états financiers pourrait être accompagnée de certaines analyses et explications, de quelques chiffres des années antérieures pouvant aider à dégager des tendances.Un tel instrument de travail aiderait à comprendre ce qui est impliqué dans la participation offerte et dans la collaboration désirée.A part la hausse de la taxe de 5% et les effets d\u2019une bonne participation, on a songé à des souscriptions spéciales et à un système de cotisations régulières.Les souscriptions spéciales en faveur du diocèse sont fructueuses, si elles comportent de l\u2019information et une forme d\u2019éducation.Une forte organisation demande du personnel, du temps, de la publicité, de l\u2019animation.Il y a le risque que l\u2019effort « spécial » soit difficile à soutenir à la longue.C\u2019est pourquoi on pense naturellement à un système de cotisations régulières; après tout, les gens en paient une pour être membre d\u2019une association professionnelle ou d\u2019un syndicat de travailleurs.Une façon moderne d\u2019atteindre une partie du public, même des non-pratiquants, des non-chrétiens ou des non-croyants, c\u2019est de chercher des appuis, non pas pour des fins générales, qui peuvent apparaître un peu vagues au grand public, mais pour des projets très précis pour lesquels il y a moyen de faire une publicité nette et valable.Mais il faut surtout travailler à fortifier le sentiment d\u2019appartenance des diocésains.C\u2019est là une des tâches des « pastoraux », dont les « financiers » profiteront.Peut-être y aurait-il une certaine interaction ?Au plan de la conscience morale, cette appartenance est très forte.La Commission Dumont rappelait que « la participation au financement de l\u2019Eglise ne relève pas uniquement de l\u2019aumône; il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une question de justice ».Le mythe que « l\u2019Eglise, c\u2019est l\u2019archevêché » doit céder au développement de la forte conviction d\u2019appartenir à une réalité mystérieuse qui est toujours en construction: l\u2019Eglise, à tous les niveaux, c\u2019est nous tous.1.\tRichard Wallot, «L\u2019Eglise et les milieux populaires.Session des Cadres de l\u2019Archevêché », Eglise de Montréal, 29 mars 1973, pp.203-211.2.\tMgr Paul Grégoire, « L\u2019Eglise et notre société », Conférence au Club Richelieu, L\u2019Eglise de Montréal, 29 janvier 1970, pp.53-56.3.11 existe d\u2019ailleurs une politique de placements, limitant la possession d\u2019actions et favorisant celle des obligations, d\u2019obligations surtout dans des corps publics et dans des entreprises à but non lucratif, comme des commissions scolaires, des hôpitaux, des municipalités, des gouvernements, et évidemment des Fabriques.81 L'ÉGLISE D\u2019ICI: église locale et église métropolitaine UN ÉVÊQUE LIBRE par Jacques Chênevert_________________ Autrefois \u2014 parlons du passé \u2014 quand des prêtres se retrouvaient ensemble, ils en venaient souvent à se demander qui pourrait être le prochain évêque.C\u2019était là tout ce qui restait de l\u2019ancienne coutume d\u2019élire son évêque ! Peu à peu, tout le clergé du diocèse y passait et, au terme, on avait dressé la liste complète des épiscopables, en même temps que la liste noire.Ce faisant, on décrivait, en réalité, non pas tant l\u2019évêque désiré que le personnage-évêque, tel que l\u2019expérience ecclésiastique en avait formé l\u2019image dans les esprits.Qui déclarait-on épiscopable ?Un bon prêtre, évidemment.Un prêtre, en outre, reconnu plus intelligent que la moyenne, équilibré, de jugement.Un homme qui avait du prestige, dans le clergé, dans la société.Il avait la parole aisée, éloquente même, la pensée claire et pratique.Sa théologie était solide: il savait répondre par un oui ou un non, aussi franc qu\u2019assuré, quand on lui demandait s\u2019il était permis de dire ceci, de faire cela.Au fait, le plus souvent, il avait fait des études spéciales, après son grand séminaire.On l\u2019avait probablement envoyé à Rome, d\u2019où il était revenu avec un diplôme en droit canon.C\u2019était donc un homme sûr, qui aimait la Sainte Eglise Catholique Romaine, le Pape.C\u2019était enfin un homme mûr, d\u2019une cinquantaine d\u2019années au moins.Et l\u2019autre, celui qu\u2019on écartait des rangs de l\u2019autorité ?On en trouvait de deux sortes: le trop insignifiant et le trop original.Dans le trop insignifiant (pour être évêque), on comptait le gros de la troupe, soi-même compris, humblement et non sans soulagement: le redoutable honneur de l\u2019épiscopat ne menaçait pas la tranquillité de son avenir personnel.L\u2019original est plus intéressant à considérer.Ce spécimen a toujours réussi à s\u2019infiltrer, même dans le clergé.Les meilleurs troupeaux, comme les meilleures familles, finissent immanquablement par voir arriver le mouton noir.Ce sont les hasards de la génétique ! L\u2019original, s\u2019il l\u2019est vraiment, a eu l\u2019existence difficile au grand séminaire.Il a eu peine à en sortir par la bonne porte.Son évêque a hésité à l\u2019ordonner, peut-être l\u2019a-t-il retardé aux ordres, voire à la tonsure.Son obéissance est lente: sa première réaction est infailliblement un pourquoi ?Il discute énormément, même les idées reçues et les usages courants.Il ne trouve pas toujours important ce qui, de toute évidence, l\u2019est.Par contre, il accorde beaucoup d\u2019attention à des détails auxquels personne ne s\u2019attarde.Pourtant, il est intelligent, TRES intelligent même.Et un bon cœur, au fond.Mais il est paradoxal.Pas banal, non, sûrement pas, mais tellement paradoxal: on se demande souvent ce qu\u2019il peut bien vouloir dire.Mais surtout, quelle indépendance ! Quand il a quelque chose dans la tête, il n\u2019en démord pas.On en convenait, il aurait pu, malgré tout, faire un bon évêque.Mais un original de son espèce, un indépendant comme lui, c\u2019est bien dommage, il n\u2019avait aucune chance à Rome.Cet original passait donc sur la liste noire.L\u2019épiscopable, en somme, c\u2019était le prêtre fidèle au système établi, produit par lui et capable de le promouvoir.Le non-épiscopable qui-eût-pu-l\u2019être (i.e.l\u2019original, pas l\u2019insignifiant), c\u2019était au contraire l\u2019homme qu\u2019on ne pouvait se représenter dans ce système et qui semblait avoir échappé à son influence.Prise dans sa totalité, en effet, l\u2019église constitue une réalité complexe.Il y a en elle, simultanément, divers niveaux de profondeur, qui n\u2019ont pas tous la même densité, la même valeur ni la même garantie de permanence.Au fondement de l\u2019église, il y a le Christ et, en lui, la communion des hommes avec le Père, par le don de l\u2019Esprit.C\u2019est l\u2019église dans son mystère le plus profond, ce en quoi elle Aujourd\u2019hui, quand ces chrétiens, prêtres compris, réfléchissent au type d\u2019évêque qu\u2019ils souhaitent, ils songent au contraire à un homme qui, pour paraphraser saint Paul (1 Co 7:29ss), serait dans le système comme n\u2019y étant pas, à un homme indépendant vis-à-vis du système, disons mieux, à un homme libre, même à l\u2019égard du système ecclésiastique actuel.L\u2019église n\u2019est pas faite pour une poignée de parfaits, mais pour la multitude: «Ceci est mon sang.versé pour la multitude » (Mc 14:24; cf.10:45).En raison de cette dimension sociale, l\u2019église a besoin d\u2019une organisation, d\u2019institutions, d'un système.Un système demeure toutefois, même dans l\u2019église, une chose humaine.Comme tout ce qui est humain, il a part au péché de l\u2019homme, il a tendance à faire l\u2019important, à se faire passer pour dieu, à se faire adorer.Il devient vite comme un faux sabbat, non plus fait pour aider le croyant, mais pour l\u2019asservir (Mc 2:27 s).Le Christ a protesté contre le sabbat, il l\u2019a dénoncé.Son vicaire, l\u2019évêque, doit avoir la même liberté.Il est maître du système comme du sabbat, il ne doit pas, pour ainsi dire, se laisser avaler par le système.L\u2019épiscopat est, de soi, au-dessus du système; dans l\u2019église, il se situe plus près du cœur que le système.est éternelle et inaugure le royaume, ce par quoi tout le reste, dans l\u2019église, tient sa raison d\u2019être.A ce niveau, les frontières ne coïncident pas avec celles du visible: on ne peut guère en faire une exploration précise, cartographique, pour ainsi dire, car ces frontières sont en pulsation continuelle et passent par le secret des cœurs, du seul fait que Dieu appelle tous les hommes (cf.1 Tm 2:4), lui, le créateur de tous.Trois niveaux d\u2019église 82 RELATIONS Ce mystère de communion se manifeste par toutes les formes dans lesquelles la charité s\u2019exprime (cf.Jn 13:34-35).Mais il se manifeste aussi, comme en creux, dans tous ces mouvements de l\u2019histoire, dans toutes ces recherches de l\u2019homme, toutes ces souffrances, ces inquiétudes, ces rejets plus ou moins violents de ce qui l\u2019oppresse, dans tous ces essais et ces efforts de construction du monde, à travers desquels l\u2019homme crie son inusable désir et au fond desquels se font entendre les gémissements inexprimables de l\u2019Esprit (cf.Rm 8:26).C\u2019est à cette profondeur seulement qu\u2019une parole de salut prend un sens.A un second niveau, mais tout près du précédent et qui met en contact avec lui, il y a le plan de l\u2019institution, au sens premier du terme.Jésus en a lui-même posé les assises.On y trouve, à la place centrale, la Parole de Dieu, confiée à l\u2019église pour que, en la communiquant au monde, elle lui fasse découvrir le pays qu\u2019il cherche et qu\u2019elle l\u2019introduise au mystère de sa communion avec le Père.On trouve encore à ce niveau, mais reliés organiquement à ce service de la parole, à cette mission fondamentale, le ministère apostolique, dans lequel s\u2019enracine l\u2019épiscopat, ainsi que le baptême et l\u2019eucharistie.A un troisième niveau, enfin, il y a cette couche, moins dense mais pour nous plus visible, des multiples institutions que l\u2019église elle-même a mises en place.Elles sont les formes que prennent, en s\u2019incarnant, les réalités du second niveau.Ces réalités ne pourraient, sans de tels aménagements, rejoindre physiquement les hommes.Formes, aménagements, institutions qui peuvent varier, qui ont effectivement changé, selon la diversité des sociétés et des cultures.C\u2019est à ce dernier niveau qu\u2019apparaît le système: il est ce qui supporte, ce qui structure et ce qui régit l\u2019ensemble des institutions propres à ce niveau.Une certaine idéologie l\u2019inspire.Le système peut néanmoins changer lui aussi, mais en raison de sa fonction, il résiste au changement avec plus de ténacité que les éléments qu\u2019il gouverne.C\u2019est pourquoi il faut, à certains moments, augmenter la poussée, afin d\u2019accélérer le rythme de sa transformation.On aime que les évêques, les premiers, se sentent libres en face d\u2019un système, fût-ce celui de la curie romaine et, qu\u2019au besoin, ils augmentent eux aussi la poussée.L\u2019évêque, en effet, comme premier responsable de la mission de l\u2019église et comme leader de tous ceux qui participent à cette mission, doit maintenir les yeux fixés sur le premier niveau, celui du mystère, qui est l\u2019œuvre et le don de Dieu par excellence.C\u2019est là et là seul, en définitive, que brille la lumière sur laquelle se guide sa liberté, sa conscience.Tout le reste est relatif à ce mystère et relativisé par lui.Tout ce Dans l\u2019église locale qu\u2019est un diocèse, on retrouve la même superposition, les mêmes couches de réalité, inégales en densité, en valeur, en permanence.Car il s\u2019agit toujours de la même église de Dieu, rassemblée là visiblement autour du vicaire du Christ qu\u2019est l\u2019évêque.L\u2019église locale n\u2019est pas un morceau d\u2019église, incomplet, elle n\u2019est ni la pièce d\u2019un tout plus grand, ni la succursale d\u2019un siège social.Elle est une église entière, dès lors qu\u2019elle vit en communion de foi et de charité avec les autres églises de Dieu, disséminées sur la terre, en communion principalement avec l\u2019église de Rome, foyer de l\u2019unité totale.Dans un diocèse, par conséquent, se trouve là aussi le niveau du système.Le cerveau de ce système, ce sont les bureaux de l\u2019évêché, de la curie épiscopale.A l\u2019origine, la curie est établie pour servir l\u2019évêque, l\u2019église, sa mission.Mais comme tous les systèmes et toutes les bureaucraties contemporaines, les curies ecclésiastiques, d\u2019abord modestes, cèdent à la tentation de l\u2019expansion indéfinie, surtout dans les grands diocèses.Avec la taille change la psychologie: l\u2019évêché envahit peu à peu tout le diocèse, il cherche à en imposer à tous, à faire peur, même à l\u2019évêque.Il pousse parfois l\u2019habileté jusqu\u2019à faire croire qu\u2019il est le seul à savoir, à prévoir, à planifier, à définir les secrets de l\u2019art.L\u2019évêque libre est celui qui ne se laisse pas avoir par ce système ni impressionner par ces prétentions de sous-officiers.Il ne leur abandonne pas le gouvernail, il conserve le regard obstinément fixé sur un phare plus sûr.Il pense constamment aux personnes qu\u2019il connaît bien, dans les rues et dans les maisons de la ville, et qui attendent le ravitaillement d\u2019une parole libératrice et féconde.qui, dans le domaine ecclésiastique comme dans le domaine séculier, fait obstacle à la révélation et à la communication de ce mystère, tout ce qui compromet l\u2019épanouissement, dans le cœur des hommes, du désir qui les porte à la rencontre de ce mystère, tout cela doit être impitoyablement dénoncé, combattu et, si possible, abattu par le chef de la mission, par l\u2019évêque.Telle est sa dramatique liberté ! Mais tiendra-t-il longtemps, si la plus grande part de son temps, et la meilleure, passe en travail d\u2019administrateur, en lecture de rapports officiels, en assemblées de bureaucrates ?L\u2019évêque restera-t-il libre, si sa parole et ses gestes cessent peu à peu de l\u2019être, s\u2019il livre progressivement aux agents du système la censure de son discours et de ses interventions, mais surtout celle de son information ?Le processus est souvent imperceptible, jusqu\u2019au jour où l\u2019évêque a été si bien investi par le système qu\u2019il s\u2019est parfaitement assimilé aux façons de voir, aux solidarités et aux priorités de ce dernier.Le système n\u2019a plus alors besoin d\u2019exercer sur lui son contrôle, il ne craint plus la déviation ni la trahison, car l\u2019évêque est désormais converti au système, il en a épousé la cause et adopté le langage.Il peut bien avoir alors le sentiment d\u2019agir librement: en réalité, ce n\u2019est plus un homme libre.Par la nature même de leur travail et par le fait du pouvoir dont ils disposent, les permanents des administrations ecclésiastiques en viennent, presque fatalement, à voir les problèmes d\u2019ordre religieux de la manière dont leurs congénères, dans le domaine civil, abordent et jugent les problèmes humains et sociaux.Fréquemment, le traitement des affaires ecclesiastiques met en contact avec les citoyens des classes sociales supérieures.Des liens se nouent, peu à peu on accède à celles-ci et on vit de plus en plus dans ce milieu socio-culturel.La manière de penser, la problématique deviennent communes.Plus profondément, des solidarités inconscientes sont établies avec les intérêts de ces classes et de leur milieu.Ces solidarités refluent naturellement sur les options en matière politique, sociale, économique, mais aussi et de manière quasi inévitable, sur la perception et sur l\u2019interprétation des problèmes pastoraux.L'église locale \u2014 les risques de l\u2019administration MARS 1974\t83 C\u2019est alors qu\u2019un tel ensemble de conseillers ecclésiastiques, en dépit de leur dévouement et de leur compétence, commencent à tisser, autour d\u2019un évêque, un filet dangereux.C\u2019est pourquoi un évêque doit demeurer libre, au milieu de cet entourage.Il doit savoir s\u2019en dégager, ne pas tomber dans le même piège, lui qui court les mêmes risques.Il doit maintenir le contact direct avec des hommes, des femmes, des chrétiens de tous les milieux, il doit écouter d\u2019autres voix, moins articulées peut-être, mais plus proches de celles que les foules gali-léennes faisaient retentir aux oreilles de Jésus.Il développera ainsi ses propres solidarités, indépendantes et différentes, souvent, de celles que partagent ses plus proches collaborateurs.Libre et fort du don d\u2019Esprit, reçu dans sa consécration, cet évêque pourra prononcer, à la manière du prophète, des paroles qui partent d\u2019un autre point de vue que celui qu\u2019on lui présente, sur sa table d\u2019administrateur, et qui visent de tout autres valeurs.H se persuadera également de la nécessité de poser et de soutenir certains gestes, peu coutumiers, mais tels qu\u2019il apparaisse clairement, aux yeux des gens, où va son cœur de pasteur et qu\u2019il soit évident que son cœur se porte plus loin que les soucis pointilleux d\u2019un système.Par ces paroles, par ces gestes libres, l\u2019évêque peut ainsi couper le pouvoir à ceux qui, souvent à leur propre insu, le distordent et en abusent.Il le fera avec courage, au risque de succomber prématurément dans une obscure révolution de palais.Ne vaut-il pas mieux qu\u2019un seul homme meure (Jn 11:49 s)?L\u2019ecclésiologie d'un système Dans le système ecclésiastique actuel, celui de la curie romaine et celui des curies épiscopales, qui sont les décalques obéissants du premier, une certaine ecclésiologie se trouve entretenue et appliquée.Selon celle-ci, les églises locales tiennent leur existence de Rome, du pape; elles en dépendent totalement, elles en reçoivent toute leur autorité, tous leurs droits; elles vivent sous sa sur- veillance constante et sous la menace continuelle d\u2019un reproche, d\u2019une sanction; elles ont le sentiment que, si elles n\u2019observent pas toutes ses directives, Rome peut, en tout moment, leur retirer tout.Cette ecclésiologie ne s\u2019exprime jamais telle quelle: elle est trop ouvertement fausse pour oser le faire.Dans les faits, cependant, le type de relation entretenu par le système actuel, entre Rome et les églises locales, postule cette ecclésiologie-là.L\u2019organisation métropolitaine \u2014 un projet ecclésiologique à promouvoir L\u2019une des structures ecclésiologiques les plus anciennes, ainsi que l\u2019histoire de l\u2019église le fait voir, est l\u2019organisation métropolitaine:\tun groupe d\u2019églises locales, comprenant chacune son évêque, réunies sous l\u2019autorité supérieure de l\u2019un de ces évêques.Ce dernier est ordinairement celui dont le diocèse a pour centre la principale ville de la région, la métropole.D\u2019où son nom de métropolite.Chacun de ces évêques et chacun de ces métropolites est en communion avec l\u2019évêque de Rome et reconnaît à ce dernier le droit de trancher, en dernier ressort, certaines questions majeures.Les autres questions, cependant, se règlent de manière habituelle au plan métropolitain, y compris le choix des évêques et du métropolite lui-même.Le synode métropolitain, qui se réunit régulièrement, joue à cet effet un rôle déterminant.L\u2019église, en Orient et en Occident, a vécu sous ce régime pendant plusieurs siècles.Au cours du Moyen Age, en Occident, la féodalité a compromis sérieusement cette organisation ecclésiastique et a fini par asservir les églises locales aux puissances terrestres.Pour libérer les églises locales de cette emprise, la réforme de Grégoire VII, au XIe siècle, a mis en place une nouvelle structure ecclésiastique, centrée sur l\u2019autorité et le pouvoir de Rome.Cette mesure, à l\u2019époque, fut salutaire.En conséquence, toutefois, l\u2019organisation métropolitaine a pratiquement disparu, dans la majeure partie de l\u2019Europe occidentale, c\u2019est-à-dire dans l\u2019église latine.Pourtant, cette organisation représente probablement la meilleure façon, pour les églises, de réaliser leur communion mutuelle et leur unité avec Rome, à cause de l\u2019équi- libre qu\u2019elle favorise, à tous les niveaux, dans la répartition du pouvoir spirituel et de la responsabilité correspondante.Il y aurait heu de travailler très sérieusement à rétablir cette organisation décentralisée, en l\u2019adaptant selon les lieux aux conditions actuelles.Les provinces ecclésiastiques ou archidio-cèses, tels que nous les connaissons aujourd\u2019hui, ne sont plus guère que de pâles vestiges de l\u2019organisation métropolitaine.Ne conviendrait-il pas de les revivifier ?Les conférences épiscopales, le synode des évêques sont des organismes nouveaux, qui essaient de retrouver les bienfaits de la structure métropolitaine.Il faut veiller à leur affermissement, en les orientant de plus en plus énergiquement vers l\u2019acquisition d\u2019un pouvoir ecclésiastique réel et beaucoup plus autonome.Mais ces organismes de grande taille ne peuvent pas supplanter, purement et simplement, la province métropolitaine, qui restera toujours plus proche des problèmes et des besoins concrets.Cette réforme de l\u2019organisation ecclésiologique, dans l\u2019église catholique romaine, tardera à venir, aussi longtemps que les évêques ne démontreront pas une plus grande liberté à l\u2019égard de l\u2019ecclésiologie excessivement centralisatrice, que préconise et qu\u2019applique la curie romaine, avec l\u2019appui de son propre système.Cette ecclésiologie se répercute, d\u2019ailleurs, dans les relations entre l\u2019évêché et les paroisses.Elle entraîne en outre de graves conséquences, relativement à la rapidité et à la pertinence des décisions pastorales locales.Voilà donc un domaine, très vaste et de grande importance, dans lequel plusieurs chrétiens souhaitent voir apparaître des évêques libres, capables d\u2019agir, non pas dans le système, mais sur le système lui-même.Aux yeux de plusieurs, ce domaine apparaîtra comme celui des problèmes purement internes de l\u2019église-institution, domaine par conséquent qu\u2019un évêque qui se veut pasteur ne devrait pas perdre son temps, une fois de plus, à soigner.En fait, cependant, la réforme ecclésiologique suggérée ici n\u2019a pas pour simple but de remonter le visage de l\u2019église, comme on dirait en chirurgie esthétique.L\u2019enjeu est autrement profond: il se situe au niveau pastoral lui-même, au niveau premier de la mission.Car il y a des ecclésiologies qui, à certains moments et en certaines conjonctures, 84 RELATIONS rendent impraticables certaines pastorales et qui compromettent ainsi l\u2019accomplissement d\u2019une mission.Finalement, c\u2019est donc la révélation du mystère qui se trouve concernée.Tel est, me semble-t-il, le type d\u2019évêque que désirent aujourd\u2019hui un grand nombre de chrétiens.Telle est la liber- té, tel est le goût du mystère, telle est la passion pour le salut de l\u2019homme qu\u2019on lui souhaite.A cet appel, qui répondra: Présent ! Quel est celui qui se sent à ce point indépendant, libre ?Où est cet original, cet épiscopable ?\u2014 Sur la liste noire ?21.02.74 L\u2019ÉGLISE DE MONTRÉAL et son séminaire: les prêtres de demain par Michel Dussault_____________ Quand on porte intérêt à l\u2019avenir d\u2019une Eglise, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019on se demande de quoi ont l\u2019air ses pasteurs de demain.Ces pasteurs de demain, ils s\u2019appellent aujourd\u2019hui séminaristes.A la différence de leurs aînés, ils ne vivent plus presqu\u2019exclusi-vement au séminaire: vous pouvez les rencontrer en paroisse (où la plupart travaillent, de façon régulière, durant le week-end), à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal (où ils poursuivent leurs études de théologie) et \u2014 pourquoi pas ?\u2014 au casse-croûte ! Pour ma part, étudiant à la Faculté de théologie de l\u2019Université de Montréal depuis trois ans, j\u2019y côtoie régulièrement des confrères qui se destinent au sacerdoce dans le clergé diocésain.J\u2019ai eu l\u2019occasion de causer un peu plus longuement avec tel ou tel sur leur formation, leur avenir etc.; surtout, j\u2019ai pu voir, entendre, sentir des réactions, Le séminariste que je côtoie a une vingtaine d\u2019années.Il a fait ses études dans un collège privé avant d\u2019entrer au séminaire.Ce qui frappe au premier abord, quand on le rencontre, c\u2019est son apparence extérieure.Le séminariste n\u2019a pas l\u2019air « débraillé ».Il porte les cheveux plutôt courts et connaît l\u2019existence du rasoir.Il n\u2019a pas troqué ses pantalons à plis pour les « jeans » bleus inusables et unisexes qui font l\u2019orgueil de sa génération.Il ne dédaigne pas porter un veston et une cravate.Au plan du vêtement et à celui du maintien extérieur, des attitudes qui me sont apparues peu à peu typiques.Dans les lignes qui suivent, je voudrais présenter une image du séminariste, image dans laquelle tous les futurs prêtres ne se reconnaîtront pas (d\u2019autant plus, d\u2019ailleurs, que certains la mettent en cause), mais qui correspond à une perception tenace et dominante que, d\u2019ailleurs, je ne suis pas le seul à partager.S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019allucination collective, l\u2019image présentée ici devrait poser question aux responsables de la formation des prêtres et, finalement, à toute la communauté chrétienne.L\u2019interrogation de fond qui court dans ce texte et qui, jusqu\u2019à un certain point, peut seule le justifier serait celle-ci: face aux enjeux de l\u2019Eglise de Montréal, le type d\u2019homme dominant au Séminaire sera-t-il une force créatrice ou un témoin plus ou moins impuissant ?il tranche vraiment sur l\u2019ensemble de la population étudiante de l\u2019Université.Le séminariste que je connais, par ailleurs, est un homme aimable et même chaleureux dans ses contacts personnels.Encore faut-il prendre souvent les devants pour pouvoir le constater: le candidat au sacerdoce ne se mêle pas facilement aux autres et tend plutôt à faire bande à part avec ses confrères séminaristes.En classe, notre confrère est bon étudiant, quoique plutôt tranquille: il écoute attentivement, prend des notes, se soucie de ses résultats académiques et interrompt rarement le professeur pour lui poser une question.Cependant, à travers les quelques questions qu\u2019il pose, on devine un peu son type de préoccupations.Le séminariste n\u2019est pas un « intellectuel » :\tles développements trop théoriques le lassent vite et il ne donnerait pas sa peau dans une querelle sur l\u2019épistémologie de la foi.Cependant, il apparaît préoccupé par 1\u2019 « orthodoxie » de renseignement: si son intérêt pour Bultmann est plutôt mitigé, en revanche, il tient à une doctrine solide et sûre, qui exprime aussi clairement que simplement ce que pense l\u2019Eglise catholique romaine.Il veut savoir quoi penser pour savoir quoi dire aux gens qu\u2019il rencontre: gens qui ne sont pas « compliqués » et que, dans le désarroi actuel, il ne faut pas « mêler davantage ».Aussi, les problématiques nouvelles qui interrogent des modèles de pensée traditionnels (e.g.sur l\u2019Eglise, sur le ministère) n\u2019obtiennent pas facilement sa faveur et appellent même, de sa part, de sérieuses réserves.Notre confrère n\u2019est pas un contestataire et il n\u2019entretient pas de sympathie particulière pour cette race de monde.De manière générale, au reste, la désinvolture, l\u2019ironie, l\u2019esprit frondeur, en particulier à l\u2019égard de ce qui évoque l\u2019autorité et l\u2019institution, l\u2019agacent.Un professeur qui présente l\u2019un ou l\u2019autre de ces traits ne sera pas vu par lui d\u2019un très bon œil: il lui préférera un homme plus nuancé dans ses jugements, plus modéré dans ses paroles, plus déférent à l\u2019égard de l\u2019autorité.La « manière », d\u2019ailleurs, compte beaucoup pour lui.Cette attitude faite de réserve, de circonspection, de prudence que le séminariste attend de son professeur, Petite phénoménologie MARS 1974 85 il la manifeste lui-même.Surtout quand l\u2019autorité est en cause.Je me souviens encore d\u2019une brève conversation avec un confrère séminariste durant ce qu\u2019on peut appeler « l\u2019affaire Gadbois ».Moi: « Au Séminaire, vous devez parler de ce qui se passe à Saint-Jean-Baptiste ?» Lui: « Avec le peu qu\u2019on sait, on ne peut que souffrir et prier.» Notre confrère, par ailleurs, ne pourra pas être suspecté de vouloir inféoder l\u2019Eglise à parti politique ou de favoriser la lutte des classes: si telle est son intention, en tout cas, elle est fort bien dissimulée, car on ne l\u2019entend jamais parler des problèmes sociaux ou politiques qui peuvent agiter notre collectivité.D\u2019ailleurs, les deux conflits qui ont quelque peu remué l\u2019Université depuis trois ans (l\u2019arrêt de travail des employés de soutien, en 1969, et la contestation étudiante relative au règlement des frais de scolarité, l\u2019an dernier) l\u2019ont plutôt indisposé: ne risquait-on pas de perdre ainsi des heures précieuses de cours ?Et puis, dans toutes ces histoires de politique, comment savoir qui a raison et qui a tort, qui dit vrai et qui dit faux ?Le prêtre, en outre, ne doit-il pas être au-dessus des conflits ?Le candidat au sacerdoce que je connais est entré au séminaire pour servir la communauté chrétienne.Ce service, pour lui, passe d\u2019abord et avant tout par le ministère paroissial.Il a d\u2019ailleurs, sauf exception, l\u2019occasion de commencer à s\u2019initier à la vie de pasteur de paroisse, en particulier durant les fins de semaines.Il ne m\u2019a pas été donné de constater par moi-même le travali que le séminariste fait en paroisse.A ce qu\u2019on me dit, l\u2019activité de ce dernier ne se limite pas à la sacristie et au sanctuaire.Il essaie d\u2019être présent à l\u2019une ou l\u2019autre des activités qui s\u2019organisent autour de la paroisse: v.g.services de préparation au baptême ou au mariage, catéchèse des adultes, etc.Au terme de son séjour en paroisse, des paroissiens auront à évaluer la qualité de la présence et du travail du candidat au sacerdoce.Par là, on veut permettre à la communauté chrétienne \u2014 plus exactement à la communauté paroissiale \u2014 de participer au discernement des aptitudes réelles du candidat.Que représente pour le futur prêtre ce séjour en paroisse ?Beaucoup plus, semble-t-il, que la Faculté de théologie et le Grand Séminaire.La paroisse, en effet, c\u2019est, je le répète, le champ à l\u2019intérieur duquel, sauf exception, le futur prêtre prévoit travailler dans l\u2019avenir: le stage marque donc, d\u2019une certaine manière, le début d\u2019une carrière.C\u2019est là, d\u2019ailleurs, dans la paroisse, que le séminariste semble trouver le centre de gravité de sa formation et le heu où sa vie trouve sa cohérence et son unité.Quelques réflexions.et quelques interrogations Voilà donc, présentée à grands traits, l\u2019image dominante du séminariste d\u2019aujourd\u2019hui qui sera prêtre demain.De cette image, quelques traits majeurs retiennent notre attention et suscitent notre questionnement.1° Le futur prêtre, dans l\u2019ensemble, fait figure de « conservateur ».Les valeurs qu\u2019il met de l\u2019avant ne peuvent que faire le bonheur de toutes les autorités, qu\u2019elles soient religieuses ou politiques: souci poussé d\u2019« orthodoxie », de soumission, de nuance (la « gauche » manque toujours de nuance et d\u2019objectivité), de sécurité («faut pas troubler le monde » ) et d\u2019ordre.La recherche, l\u2019initiative, l\u2019audace, la créativité, la force ne ressortent pas de notre tableau.2° Par ailleurs, le futur prêtre apparaît comme un « séparé ».D\u2019une part, il ne s\u2019intégre pas à la vie universitaire de la Faculté de théologie, qui constitue pourtant un milieu de religieux, d\u2019ecclé- 86 siastiques et de gens probablement aussi soucieux que lui de la vie de l\u2019Eglise et de la foi.D\u2019autre part, il apparaît nettement détaché vis-à-vis des enjeux sociaux, politiques et culturels de l\u2019homme québécois : ses préoccupations et ses interrogations sont, de toute évidence, « ecclésiastiques ».Devant ce tableau, sur le détail duquel on n\u2019insistera pas davantage (je reparlerai plus loin de la paroisse), il y a lieu, je crois, de s\u2019interroger.La question fondamentale que je veux poser ici est la suivante: dans quelle mesure ce type de prêtre \u2014 qui ne manque pas, au reste, de générosité et de bonne volonté \u2014 pourra-t-il être une force vive d\u2019inspiration et de renouvellement de l\u2019Eghse et de la société québécoises ?Que ce type de prêtre ait un public et qu\u2019il puisse répondre à des « besoins », on n\u2019en disconviendra pas.D\u2019ailleurs, beaucoup de ses aînés vivent sans doute d\u2019un modèle qui s\u2019apparente au sien.Mais, ceci dit, qui sa parole et son geste rejoindront-ils ?Qui interpellera-t-il ?Question douloureuse quand, au reste, les églises se vident et que la relève se fait plus rare.Dans une Eglise appelée à être missionnaire, où l\u2019audace et la créativité paraissent devoir s\u2019imposer, on regrette que les exceptions à ce modèles ne soient pas plus nombreuses.Image décevante.On ressent bien plutôt le besoin de prêtres qui ne fassent pas bande à part dans la communauté des hommes, qui soient engagés sur le terrain concret de l\u2019histoire et assument les luttes, les souffrances et les questions des leurs.De prêtres dont la première préoccupation soit, non pas de répondre, mais d\u2019interroger; non pas de rassurer, mais d\u2019inquiéter; non pas de conserver, mais de créer; non pas de défendre le passé, mais de promouvoir l\u2019avenir.Si ce modèle lui-même pose question, il amène aussi à s\u2019interroger sur les « moyens de formation » du séminariste et, en particulier, sur le Grand Séminaire lui-même.Ce n\u2019est peut-être pas un hasard, après tout, si cet homme se trouve présentement au séminaire et s\u2019il incarne aussi typiquement, pour le meilleur et le pire, l\u2019image du groupe.Je n\u2019ai pas vécu moi-même au Séminaire, mais j\u2019ai pu causer de cette institution avec des séminaristes; j\u2019ai également parcouru un certain nombre de textes émanant des autorités du Grand Séminaire.Voici des réflexions et des questions que me suggère ces témoignages: 1° La formation, au séminaire, veut être la plus « personnalisée » possible.On y insiste beaucoup sur le respect du cheminement de chacun dans le travail d\u2019unification de sa vie pastorale, spirituelle, intellectuelle et affective.On souhaite des hommes équilibrés, qui sachent prendre en main leur vie et leur formation elle-même.Mais l\u2019animateur, le prêtre responsable des divers groupes de séminaristes, répond-il au portrait qu\u2019il se fait du candidat au sacerdoce ?N\u2019apparaît-il pas trop, au séminariste lui- RELATIONS même d\u2019abord, comme un « homme du système », effacé derrière la fonction qu\u2019il a pour mission de remplir ?Des séminaristes m\u2019ont confié qu\u2019ils aimeraient le sentir et le voir davantage avec eux, moins distant et moins accaparé par des besognes « administratives » : lui aussi, en somme, ferait figure de « séparé ».On veut former des adultes au Séminaire.Mais, dans un monde de déchirements, de luttes et d\u2019incertitudes, monde qui appelle le courage, l\u2019audace, l\u2019initiative, ne favorise-t-on pas plutôt la prudence, la sécurité, une soumission craintive et plutôt passive à l\u2019endroit de l\u2019autorité, la peur de l\u2019affrontement ?On éprouve un certain malaise, d\u2019autre part, quand on ht dans des documents du Séminaire que le séminariste devrait se considérer comme un privilégié parce qu\u2019il a la chance de côtoyer tous les jours autant de prêtres qui soient à son service, ou encore quand on entend dire que l\u2019enseignement théologique à l\u2019Université devrait chercher à ne pas « troubler » les séminaristes: cela ne respire-t-il pas la « surprotection maternelle » ?Surprotection qui risque, finalement, de devenir « castratrice ».2 ° L\u2019évêque semble être un personnage très important au Séminaire: personnage à la fois omniprésent et absent.Qu\u2019il soit un personnage important, cela ne devrait pas trop surprendre: le prêtre n\u2019est-il pas collaborateur de l\u2019évêque dont il partage le ministère ?De même, qu\u2019il y ait un souci constant d\u2019unité avec l\u2019évêque, cela se comprend sans trop de peine.On peut cependant se demander si on est suffisamment soucieux de développer le sens d\u2019une obéissance éclairée et « active ».Est-il normal, par exemple, que les séminaristes ne se soient pas plus activement intéressés aux tensions qui, depuis quelque temps, travaillent la communauté ecclésiale (je pense en particulier aux conflits dont Prêtres et Laies a fait état) ?Et, si l\u2019on en parle, n\u2019est-on pas trop souvent porté à moraliser sur ces situations plutôt que d\u2019essayer de voir si, au-delà de ce qui peut être bonne ou mauvaise volonté, il n\u2019y aurait pas en cause des ecclésio-logies différentes qu\u2019il faudrait sereinement considérer ?3° Uni à l\u2019évêque, le futur prêtre est appelé à travailler avec d\u2019autres prêtres: on insiste d\u2019ailleurs, au Séminaire, sur l\u2019« intégration harmonieuse » au presbytérat.Ce collège presbytéral MARS 1974 n\u2019est pas là pour lui-même: il est au service de la communauté chrétienne.Dans la perspective du séminaire, le prêtre intervenant dans la communauté ne doit pas se comporter en despote: il doit savoir analyser, écouter, etc.Malgré tout, la communauté (entendons les « laïcs » ) n\u2019y fait-elle pas un peu figure de parent pauvre ?n\u2019est-elle pas toujours celle qui en dernière instance ne peut que recevoir ?L\u2019insistance mise sur les rapports du prêtre à l\u2019évêque et aux autres prêtres ne relègue-t-elle pas dans l\u2019ombre l\u2019enracinement, la solidarité et la dépendance de l\u2019évêque et du prêtre par rapport à la communauté chrétienne sans laquelle ils n\u2019existeraient pas et hors de laquelle ils perdent leur signification ?On est décidément bien « clérical ».4° Au Séminaire, on prépare le futur prêtre d\u2019abord et avant tout au ministère paroissial.H semble bien, d\u2019ailleurs, que cette perspective d\u2019action pastorale soit acceptée par les séminaristes.Par ailleurs, on doit dire que, au cours même de sa formation, un candidat peut, exceptionnellement, travailler ailleurs qu\u2019en paroisse.Malgré tout, il faudrait relativiser bien davantage le modèle d\u2019intervention pastorale que constitue la paroisse.La paroisse montréalaise, on le sait, n\u2019est plus le lieu de rassemblement de la communauté: 30% de pratiquants.Ne serait-il pas opportun, au Séminaire, je ne dis pas de tolérer, mais de favoriser l\u2019audace et l\u2019imagination quant à d\u2019autres modèles possibles d\u2019intervention (et non pas uniquement en milieu ecclésiastique) ?Si le prêtre est vraiment l\u2019homme de tous, il faudrait sans doute penser davantage en termes missionnaires le service presbytéral: on semble encore trop concevoir le prêtre comme celui à qui vont les hommes plutôt que celui qui va vers eux.L\u2019avenir du séminaire Il est entré, cette année, au Grand Séminaire, trois nouveaux candidats pour le diocèse de Montréal.Cela n\u2019a rien de surprenant dans le contexte de ce qu\u2019on appelle la « crise des vocations ».On doit tout de même se demander si les perspectives ecclésiologiques et sacerdotales dans lesquelles on semble encore vivre au Séminaire ne risquent pas d\u2019écarter du sacerdoce des hommes qui, d\u2019une part, voudraient servir la communauté en plein cœur de la vie (même si c\u2019est plein de risques) et qui, d\u2019autre part, se refusent à penser et à agir selon des schèmes qui leur apparaissent trop marqués d\u2019autoritarisme et, surtout, de paternalisme.(Qu\u2019on ne dise pas trop vite que la solution, pour eux, c\u2019est d\u2019entrer dans la vie religieuse.) S\u2019il y avait un souhait à faire à l\u2019endroit des animateurs, ce serait celui d\u2019avoir bien plus d\u2019audace de vues et d\u2019initiative:\ton cherche décidément trop la sécurité au Grand Séminaire, et on risque d\u2019y former des timorés.Plus radicalement, en ce qui concerne les « moyens de formation », l\u2019avenir de l\u2019Eglise ne recommande-t-il pas une beaucoup plus grande souplesse que celle permise par les présents cadres ?Habitués, par exemple, à voir le séminaire comme lieu de formation, ne devrions-nous pas le penser en termes de temps de formation ?Ce temps de formation varierait, en contenu et en durée, selon le type de vocation personnelle de chacun.On y permettrait le plus possible à chaque candidat au sacerdoce de tracer lui-même son programme de formation en fonction de son passé et de son avenir.Par ailleurs, conscient des limites de l\u2019intervention paroissiale, on y serait largement ouvert et franchement audacieux par rapport à d\u2019autres types d\u2019intervention et à d\u2019autres modèles d\u2019insertion, qui ne seraient pas à la « périphérie du quotidien des hommes » (le monde du travail, par exemple).Dans tous les cas, il apparaît important que, tout au long de sa formation, le candidat au sacerdoce soit vraiment enraciné dans une communauté qui le perçoive comme membre à part entière (non pas comme observateur ou même « serviteur » à temps partiel) et témoin signifiant de sa foi (et non pas simplement « envoyé » de l\u2019évêque).D\u2019ailleurs, n\u2019est-ce pas dans et avec ce milieu d\u2019appartenance que le candidat au sacerdoce pourrait inventer et développer une « spiritualité » qui ne serait ni monastique, ni cléricale et qui, pourtant, serait la spiritualité d\u2019un prêtre en qui on pourrait reconnaître quelque chose de l\u2019espérance démesurée, folle et imprudente qui a conduit à la mort Celui qui nous l\u2019a apprise ?87 ¦ KP -¦ \u2022 L'UNIVERS CONTEMPORAIN DES OUVRAGES INDISPENSABLES DES ILLUSTRATIONS EXCEPTIONNELLES \u2014 chaque volume peut être vendu séparément Pour la première fois, les évènements internationaux de notre temps (5 volumes parus, 5 à paraître) \u2022\tLA POÉSIE CONTEMPORAINE DE LA LANGUE FRANÇAISE DEPUIS 1945 La nouvelle poésie francophone de 31 pays \u2022\tCOSMOS ENCYCLOPÉDIE Une collection consacrée à l'aventure spatiale; tournée vers l'avenir, elle annonce les prochaines années de l'astronautique \u2014 (9 volumes parus, 3 à paraître) \u2022\tBORDAS ENCYCLOPÉDIE L'une des plus importantes réalisations de l'édition contemporaine, une encyclopédie universelle en 23 volumes \u2014 (18 volumes parus, 5 à paraître) \u2022\tLA GRANDE ENCYCLOPÉDIE DE L'HISTOIRE Depuis l'âge de la pierre jusqu'à nos jours! Cette collection constitue un incomparable instrument de découverte - (11 volumes parus, 1 à paraître) \u2022\tLE GRAND DICTIONNAIRE DES ANIMAUX Une découverte captivante de tous les animaux de la nature et de leurs territoires \u2014 (12 numéros parus, 14 à paraître) \u2022 LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE DE LA NATURE Une collection scientifique, une collection d'art - (21 volumes parus) BORDAS-DUNOD MONTRÉAL INC.8011 EST, RUE JARRY, VILLE D'ANJOU, MONTRÉAL, QUÉBEC H1J 1H6 88 RELATIONS BUSINESS REPLY MAIL \u2014 CORRESPONDANCE-RÉPONSE D\u2019AFFAIRES No postage stamp necessary if mailed in Canada Se poste sans timbre au Canada bordas'dunod Montreal inc.8011 est jarry?ville d\u2019anjou, montrêal, p.q[., canada HU 1H6 bordas-dunod montréal inc.Veuillez me faire parvenir sans obligation de ma part votre prospectus en couleur donnant les détails des ouvrages suivants: ?\tUNIVERS CONTEMPORAIN\t?G R AN DE ENCYCLOPÉDIE DE L\u2019H ISTOI RE ?\tPOÉSIE CONTEMPORAINE\t?GRAN D DICTIONN Al RE DES ANIMAUX ?\tCOSMOS ENCYCLOPÉDIE\t?GRANDE ENCYCLOPÉDIE DE LA NATURE ?\tBORDAS ENCYCLOPÉDIE Nom_____________________________________Prénom_____________________________ Adresse L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI et le spectre du néo-cléricalisme \u2014 un fantôme à exorciser par Gabriel Dussault________________________ C\u2019est parce que les sujets ne savent pas, à proprement parler, ce qu\u2019ils font, que ce qu\u2019ils font a plus de sens qu\u2019ils ne le savent (P.Bourdieu).Croyez-le ou non: aux yeux de certains clercs québécois, le cléricalisme, esprit qui leur était jadis familier, bienveillant et bienfaisant, réveillé des oubliettes où on l\u2019avait effectivement oublié, revient \u2014 mais après une mystérieuse métamorphose en spectre menaçant \u2014 hanter nos murs et forcer nos portes ! Le texte publié ici n\u2019a pas été préparé en vue du présent dossier, mais nous avons cru qu\u2019il pouvait y prendre place comme contribution à l\u2019évaluation de la situation actuelle de l\u2019Eglise d\u2019ici.En septembre dernier, le sociologue Jean-Guy Vaillancourt engage les œcu-ménistes à reconnaître les conflits socio-économico-politiques structurels qui déchirent aujourd\u2019hui davantage l\u2019œcoumène que les barrières confessionnelles, et à prendre une part active dans la lutte contre les structures qui empêchent l\u2019instauration réelle des idéaux qu\u2019ils professent: on lui rétorque dans un « atelier » qu\u2019il ne faudrait quand même pas faire de cléricalisme.En octobre, quelques prêtres se prononcent ouvertement en faveur du P.Q., tandis que 31 autres, de la région de Québec, condamnent moralement certaines pratiques électorales dont, entre autres, certaines accusations injustes portées à l\u2019endroit de ce parti: une équipe de 11 théologiens-prêtres de Laval éprouve le besoin de mettre la collectivité en garde contre le « danger > de « confondre l\u2019Eglise avec le clergé >, car « cela signifierait un retour à une forme de cléricalisme si fortement décrié en ces dernières décennies ».Relations publie un éditorial sur l\u2019« Avenir du Québec » et un dossier sur « Foi chrétienne, Eglise et poli tique », assortis de toutes les réserves possibles sur le sens et la portée à donner à cette intervention: des voix très proches se font entendre pour en déduire que nous prônons un retour au cléricalisme.L\u2019observateur attentif de l\u2019actualité « religieuse » pourra assez facilement allonger par lui-même la liste de ces mises en garde dénonciatrices.En l\u2019espace de quelques mois, comme une traînée de poudre, les étiquettes interchangeables de cléricalisme, néo-cléricalisme, cléricalisme de gauche se sont répandues dans certains secteurs du clergé québécois pour être accolées à un certain type d\u2019intervention sociale et politique d\u2019hommes d\u2019Eglise.L\u2019évocation du retour de Dracula a pris la forme d\u2019un réflexe, d\u2019une réponse-riposte stéréotypée.Sa récurrence commence à lui donner la consistance d\u2019un fait social digne d\u2019intérêt.Le Petit Robert définit le cléricalisme: «l\u2019opinion des partisans d\u2019une immixtion du clergé dans la politique.» Il s\u2019agit donc d\u2019abord d\u2019une idéologie politique.Comme il n\u2019y a personne au Québec, que je sache, qui ait énoncé pareille position de principe au cours des dernières années, ce n\u2019est évidemment pas cette idéologie qui suscite les craintes, mais un cléricalisme pratiqué, une « immixtion » de fait du « clergé dans la politique ».Du clergé, et non de quelques clercs isolés ou de quelques personnalités religieuses: c\u2019est là un point capital de la définition dont on oublie trop souvent les implications.Du clergé, c\u2019est-à-dire, en effet: comme corps organisé, doté d\u2019intérêts particuliers et surtout jouissant, de par sa fonction, son statut et sa position sociale, d\u2019un pouvoir capable de faire effectivement pencher la « balance » de l\u2019Etat en sa faveur ou, éventuellement, d\u2019avoir barre sur l\u2019Etat lui-même.Sans ce pouvoir, pas de cléricalisme possible, parce que pas d'existence politique possible d\u2019un clergé.En clair, et à Je n\u2019ai nullement l\u2019intention ici de jeter le moindre doute sur la bonne foi de ceux qui lancent semblables cris d\u2019alarme.Mais une chose est la bonne foi, autre chose la lucidité.Dans les lignes qui suivent, je voudrais simplement essayer de montrer, en effet, que ces craintes alléguées d\u2019un néo-cléricalisme, sous les dehors d\u2019une poussée subite de libéralisme qui pourrait nous attendrir par sa générosité, recèlent en fait une triple mystification: en étant d\u2019abord naïves, ensuite illusoires (sans fondement objectif), et enfin perverses (en ce qu\u2019elles constituent la distorsion idéologique d\u2019un thème libéral et libéralisateur de la Révolution tranquille à des fins conservatrices).prendre leurs craintes au pied de la lettre, ce que redoutent donc certains de nos clercs, c\u2019est de retrouver un pouvoir jadis possédé ! Il faut donc être bien naïf, même si on enseigne dans une université, pour croire et laisser entendre que la présence ou l\u2019absence du cléricalisme tient à ce que les clercs disent ou ne disent pas ceci ou cela, prennent ou ne prennent pas publiquement position sur telle ou telle question, prêtent ou ne prêtent pas à telle ou telle confusion perceptuelle avec l\u2019Eglise, et pour ramener ainsi à un problème de discours (et donc finalement de bonne volonté) ce qui est un problème de pouvoir, à un problème d\u2019éthique (le cas n\u2019est pas nouveau) ce qui est un problème de structure sociale.Car, inversement, l\u2019existence de ce pouvoir implique nécessairement une « immixtion dans la politique », et il n\u2019est pas de clergé possible qui en jouisse sans, en même temps et ipso facto, pratiquer ouvertement ou clandestinement cette « ingérence ».Tout groupe, en effet, même 1.Une peur naïve MARS 1974\t89 religieux, s\u2019organise au moins implicitement autour d\u2019un certain projet de société et cherche à en promouvoir la réalisation par toutes les tribunes dont il dispose, et par tous les moyens que permet ou qu\u2019offre la conjoncture.Est-il doté d\u2019un certain pouvoir: tôt ou tard, la politique devient pour lui un des moyens de cette réalisation, ou du moins un des moyens d\u2019écarter les obstacles qui se dressent sur sa route.Les corporations professionnelles, les associations patronales, les groupes financiers, les syndicats deviennent autant de groupes de pression.Dans les mêmes conditions, un clergé n\u2019échappe pas à cette règle: il sécrète le cléricalisme comme le foie, la bile.Ainsi, par exemple, si l\u2019Eglise québécoise du 19e siècle, au niveau de ses clercs, s\u2019est tellement mêlée de politique, ce n\u2019est pas parce qu\u2019elle était moins vertueuse qu\u2019aujourd\u2019hui ou que sa conscience des rapports et de la distinction entre le spirituel et le temporel était moins aiguisée que la nôtre; mais parce que son interlocuteur au pouvoir étatique lui importait au moment où elle devait négocier avec lui maintes dispositions de son statut légal, qu\u2019elle ne pouvait dans cette perspective être indifférente, par exemple, à un parti (conservateur) qui, s\u2019opposant à la représentation par population au temps de l\u2019Union, la mettait à l\u2019abri d\u2019une situation minoritaire dans un Etat à majorité protestante, pas plus qu\u2019elle ne pouvait être indifférente aux Rouges qui prônaient l\u2019abolition de la dîme, \u2014 et parce qu\u2019elle avait le pouvoir de faire valoir et prévaloir ses propres intérêts.Ce qui, sous l\u2019étiquette de cléricalisme, a été « si fortement décrié en ces dernières décennies », ce n\u2019est pas telle ou telle intervention du clergé dans la vie publique, mais le pouvoir général de domination qu\u2019avait exercé un groupe particulier (le groupe des clercs) sur l\u2019ensemble de la collectivité québécoise.Il suit de ces réflexions une autre conséquence importante.Il est bien évident que, pour un clerc d\u2019aujourd\u2019hui, présenter une lecture politique de l\u2019Evangile, tenir des discours de théologie politique contestataire qui descendent dans des détails concrets, donc parler enfin un langage actuel, compréhensible et pertinent pour au moins un grand nombre des hommes qui l\u2019entourent quand fuse de partout la protestation, peut constituer un bon moyen de se faire entendre et de se faire écouter (dans les deux sens du mot), et peut donc avoir pour consé- quence, fût-ce à son corps défendant, de lui conférer une autorité nouvelle: une autorité, en tout cas, que ne sauraient lui procurer les platitudes, les niaiseries et les insignifiances qui, sous le titre usurpé d'homélies, courent malheureusement aujourd\u2019hui les chaires, \u2014 ni même, à un niveau évidemment beaucoup plus relevé, la simple répétition rituelle des dernières lettres épiscopales, généreuses, mais « sans mains », de la « Fête du Travail », dont le discours récupérateur flirte avec le lexique de la « gauche» sans Crier à la menace d\u2019un nouveau cléricalisme devant les prises de position de quelques voix encore faibles, isolées, marginales et fréquemment marginalisées, c\u2019est doubler d\u2019une étrange illusion la naïveté dont il vient d\u2019être question.Quand j\u2019entends des gens essayer de nous faire croire à une res-surgence possible du cléricalisme d\u2019autrefois au Québec (car c\u2019est toujours à cette forme de cléricalisme qu\u2019il est fait référence), l\u2019envie me prend de leur demander: « Mais dormez-vous ?» Car sur quoi donc voudrait-on asseoir, à brève ou moyenne échéance, un pouvoir clérical « comme autrefois » chez nous ?Sans doute ne faut-il pas minimiser le pouvoir (au moins potentiel) du clergé sur des couches encore importantes de notre population.Mais enfin.pour une reprise de pouvoir comme celle qui a eu lieu au milieu du siècle dernier, on n\u2019en est plus au temps où le budget de l\u2019Eglise québécoise dépassait celui de l\u2019Etat, où elle détenait le contrôle de 1\u2019enseignement du primaire à l\u2019université, et où la chaire \u2014 ou du moins les portes \u2014 de l\u2019église paroissiale constituaient le seul moyen de « communication de masse » rejoignant effectivement l\u2019ensemble de la population et dont le monopole était aux mains du curé ! Ce n\u2019est quand même pas avec un clergé et des communautés décimés par les « sorties », avec une pratique dominicale qui tombe à Montréal aux environs de 30% (comme le révèle une enquête qu\u2019on n\u2019ose même pas publier sans l\u2019accompagner d\u2019un guide pastoral par crainte des effets de contagion et d\u2019entraînement), avec une jeunesse qui déserte massivement, des budgets diocésains déficitaires et des églises à vendre, qu\u2019on a lieu d\u2019anticiper pour demain un retour du « cléricalisme si fortement décrié en ces dernières décennies » ! assumer les risques de ses concepts, de ses intentions et de ses pratiques.Fort bien.Mais s\u2019assurer l\u2019autorité, ce n\u2019est pas encore détenir le pouvoir, sans lequel le cléricalisme n\u2019est pas possible.Un cléricalisme sans pouvoir, un cléricalisme d\u2019opposition, un cléricalisme de « gauche » n\u2019est pas un cléricalisme, et il ne saurait le devenir qu\u2019au moment où la « gauche » et lui-même auraient pris le pouvoir.c\u2019est-à-dire ne seraient plus « de gauche » ! Mais ce « péril » nous guette-t-il vraiment ?D\u2019ailleurs, ces derniers facteurs n\u2019existeraient-ils pas, ceux qu\u2019on a appelés les nouveaux clercs du Québec \u2014 économistes, sociologues, politicologues, journalistes \u2014 n\u2019en continueraient pas moins à jouer leur rôle de « définisseurs de situation » en concurrence avec le clergé, et n\u2019auraient pas une voix moins déterminante que la sienne dans un avenir prévisible.Les groupes qui ont vraiment milité contre le cléricalisme au début de la Révolution tranquille ont si bien compris tout cela qu\u2019ils se sont dissous et ne paraissent pas pressés de se reconstituer.De ce qui est une conséquence inéluctable des transformations sociales, des clercs peuvent bien tenter aujourd\u2019hui \u2014 c\u2019est-à-dire bien tard ! \u2014 de faire un « théologoumène » (c\u2019est une manière comme une autre de faire valoir son utilité sociale et de gagner sa vie) : il n\u2019en reste pas moins que, en se posant contre le cléricalisme, ils font simplement (comme pour le pluralisme) de nécessité vertu, une vertu qui ne coûte rien, mais qu\u2019il est de bon ton d\u2019afficher dans la « bonne société ».Nos clercs « anti-cléricaux » peuvent bien dormir tranquilles: le retour de Dracula n\u2019est pas pour bientôt ! Mais, se dira-t-on, si ces menaces sont aussi illusoires et dépourvues de fondement objectif, comment expliquer une telle cécité et le succès de pareille illusion ?Quel sens peuvent bien avoir ces gestes de mise en garde qui en sont apparemment dépourvus ?Comme pour toute illusion vivace, ce qui confère une apparence de réalité à celle-ci et lui tient lieu de fondement, c\u2019est qu\u2019elle a une fonction et une utilité pour ceux qui la manipulent.Et cette fonction et cette utilité nous sont révélées par l\u2019analyse des conditions de sa production.2.Une peur illusoire 90 RELATIONS 3.Une peur perverse Quand des membres d\u2019un groupe, si pur d\u2019intention ou si moribond soit-il, viennent nous dire qu\u2019ils craignent que leur groupe accroisse ou récupère son pouvoir, le bon sens nous avertit qu\u2019il doit bien y avoir anguille sous roche.Surtout lorsque cette éventualité apparaît peu probable.Encore plus quand on se trouve en face d\u2019individus qui ne se sont pas gênés, aussi longtemps qu\u2019ils ont eu le pouvoir de le faire (tenu le « gros bout du bâton », pour mener des campagnes politiques contre le « communisme », bloquer la social-démocratie, maintenir un ordre théocratique et autoritaire, inculquer aux masses des attitudes de soumission aveugle aux pouvoirs, et qui voudraient maintenant, au nom de prétendus progrès de la conscience accompagnés de repentances tardives, interdire l\u2019intervention dans le champ politique.Pour une fois, l\u2019analyse vient corroborer les vues du bon sens.Très significativement, le danger du néo-cléricalisme est toujours perçu et proclamé par des membres de Y establishment ecclésiastique, et dans des positions prises (ou des invitations à prendre position) contre l\u2019un ou l\u2019autre aspect de l\u2019ordre établi et du système socio-économico-politique existant.Il est régulièrement invoqué à propos d\u2019un type spécifique de propositions: propositions d\u2019opposition et de contestation, et donc propositions qui, bien loin d\u2019être caractéristiques des interventions clérico-sacerdotales des « fonctionnaires du culte » de toutes les religions qui disposent d\u2019un tel corps, se rattachent typologiquement à la fonction « prophétique » opposée.Corrélativement, tout se passe comme si, aux yeux de nos censeurs du cléricalisme, faire une politique conservatrice \u2014 voire réactionnaire \u2014, politique typique d\u2019un pouvoir clérical comme de tout pouvoir en général, n\u2019était pas faire de la politique et ouvrir la porte à un nouveau cléricalisme.Ainsi, par exemple, quand, au cours des dernières élections scolaires, Mgr Grégoire a pris publiquement position en faveur du maintien des structures confessionnelles (ce qui, en l\u2019occurrence, était une intervention politique, un parti faisant de ce point un article de son programme), ou quand, dans les mêmes circonstances, certains curés se sont servi de leur chaire ou des tableaux d\u2019affichage sur le terrain de leur église pour « mousser » un candidat de ce parti, on a pu « déplorer » certains aspects de la déclaration de l\u2019évêque ou sourire devant le comportement des curés comme devant un plus ou moins aimable anachronisme; on n\u2019a pas agité chez nos clercs anti-cléricaux l\u2019épouvantail du cléricalisme, alors qu\u2019il y aurait pourtant eu lieu d\u2019avoir le courage de le faire.Ce n\u2019est donc pas le cléricalisme de la « gauche » qu\u2019ils redoutent vraiment, mais la « gauche » du clergé, dont les initiatives pourraient rendre les positions ecclésiastiques moins confortables, moins « respectables » et moins établies.Il s\u2019ensuit donc que l\u2019évocation du néo-cléricalisme, dépourvue de fondement empirique, trouve tout son sens et toute sa valeur dans son utilité: comme rationalisation idéologique du refus (typiquement clérical) d\u2019attitudes contestataires, et comme arme idéologico-politique (comme chacun le sait, dans la lutte politique, tous les arguments sont bons !) visant à discréditer et à disqualifier les adversaires qui prônent ou assument ces attitudes.Rien ne peut autant faire peur au « bon monde » que d\u2019associer tranquillement des positions nouvelles à l\u2019affreux macchabée qu\u2019on avait oublié dans le placard: au Québec, il est particulièrement de bonne guerre d\u2019identifier une chose dont on ne veut pas à un « retour à un passé » honni, et surtout à l\u2019ingrédient de ce passé que fut le cléricalisme.Le sens pratique ultime de l\u2019argument est de servir les intérêts du statu quo.Réutilisation perverse et pervertie d\u2019un thème libéralisateur de la Révolution tranquille, détournant aussi l\u2019attention des problèmes réels, il est le stratagème d\u2019une politique conservatrice d\u2019un système social, qui laisse quand même au clergé les lambeaux d\u2019un pouvoir, pourvu qu\u2019il ne soit pas trop dérangeant: pouvoir de plus en plus illusoire, d\u2019ailleurs, et qui ressemble chaque jour un peu davantage à celui d\u2019une mort très douce, mais qui, pour plusieurs, est encore préférable à l\u2019opposition.Redouter le cléricalisme devient ainsi paradoxalement la dernière redoute du cléricalisme.Ce sont parfois les mêmes hommes ou les mêmes cercles qui soutiennent, en d\u2019autres circonstances, que les protestataires, où ils subodoraient tantôt le néo-cléricalisme, ne veulent au fond que conscrire et instrumentaliser l\u2019Eglise pour la réalisation de leur projet politique.En bonne logique, il faudrait bien qu\u2019ils s\u2019entendent une bonne fois avec eux-mêmes pour décider qui utilise quoi au profit de qui ou de quoi.Car, ou bien on est en train de manipuler la politique à des fins de pouvoir ecclésiastique, ou bien on utilise l\u2019Eglise à des fins de pouvoir politique: « nul ne peut servir deux maîtres ».Mais ces deux arguments contradictoires peuvent aussi bien servir suivant les circonstances, puisqu\u2019ils n\u2019ont d\u2019autre finalité que de discréditer l\u2019adversaire: le premier sera plus rentable devant le grand public, tandis que le second impressionnera davantage les milieux ecclésiastiques eux-mêmes.Aussi, nos tenants du statu quo n\u2019ont-ils cure de ces contradictions ni de ce qui ce passe vraiment.Ils ne tiennent qu\u2019à la tranquillité de leur ordre religieux, culturel, politique, social, économique.12.01.74 MARS 1974 91 L\u2019ÉGLISE D\u2019ICI: avenir ouvert ou fermé?\u2014 essai de discernement prospectif par Pierre Lucier____________________________ Les essais de prospective ne sont jamais aisés, encore moins dans les périodes de profondes mutations culturelles comme celle que nous vivons.La détection des impasses est toujours plus facile à opérer.Mais cela ne doit pas nous arrêter.Les grands rêves naissent souvent au cœur des grands agacements: le «goût» de quelque chose d\u2019autre est souvent stimulé par le sentiment d\u2019« en avoir assez » d\u2019une situation qui ne débouche pas.C\u2019est ainsi qu\u2019il faut savoir lire les grands projets qui se dessinent, comme en creux, derrière beaucoup de diagnostics apparemment sombres et qui en stimulent la confection même.Il y a des façons de jauger les chances d\u2019avenir d\u2019un groupe ou d\u2019une institution qui consistent à se demander si ce groupe ou cette institution peut maintenir ou accroître ses succès, sa popularité, son importance, son influence, etc.Ce n\u2019est pas le sens de notre question.Quand je parle d\u2019avenir ouvert, je ne pense pas en termes de durabilité, de développement florissant ou de rentabilité.Je pense plutôt à la possibilité historique concrète de signifier quelque chose: c\u2019est une question de sens et de pertinence.En effet, un groupe pourrait bien avoir un avenir ouvert tout en éprouvant des affaiblissements en nombre ou en puissance, ou de graves difficultés de fonctionnement: dans la mesure où, même dans sa faiblesse, il serait porteur d\u2019un pouvoir réel d\u2019interpellation, son avenir serait ouvert.L\u2019inverse est aussi vrai: il y a des groupements bien nantis dont l\u2019avenir se ferme, faute de signification.Parfois aussi, l\u2019affaiblissement va de pair avec la perte de signification: il n\u2019en est alors que le symptôme et la sonnerie d\u2019alarme.Cette manière de poser la question de l\u2019avenir est particulièrement appropriée quand il s\u2019agit de l\u2019Eglise.Celle-ci, en effet, n\u2019a-t-elle pas comme mission fondamentale de signifier l\u2019ouverture même de l\u2019Espérance chrétienne ?La construction d\u2019un monde se nourrit ainsi de la pensée négative \u2014 i.e.d\u2019une pensée qui nie que le monde que nous avons construit soit le meilleur et le seul possible \u2014 et de la conscience malheureuse.C\u2019est bien conscient de ces difficultés que je propose cette esquisse prospective sur notre Eglise.J\u2019essaierai d\u2019abord de préciser le sens même de la question posée.Ensuite, j\u2019évoquerai les chemins qui, à mes yeux, ouvriraient l\u2019avenir.Enfin, il faudra se demander si notre Eglise peut concrètement s\u2019engager sur ces chemins.N\u2019existe-t-elle pas pour signifier, comme par anticipation, que l\u2019aventure humaine peut, en empruntant les voies indiquées par Jésus-Christ ressuscité, déboucher au-delà de ce qui pourrait fermer son horizon: l\u2019aliénation, la haine, l\u2019esclavage, la mort même ?N\u2019est-elle pas censée être le « sacrement » de l\u2019Humanité nouvelle ?En la voyant vivre dans le monde, ne devrait-on pas avoir quelque idée du Salut et de l\u2019Avenir proclamés par l\u2019Espérance chrétienne ?Parler d\u2019avenir ouvert, dans le cas d\u2019une Eglise, c\u2019est donc rejoindre sa nature même, ce qui la définit dans sa radicalité.Une Eglise dont l\u2019avenir serait fermé ne serait plus vraiment une Eglise: elle serait in-signifiante.Notre question se situe donc au niveau fondamental de la prospective.Loin d\u2019être le seul déploiement chronologique d\u2019une stratégie ou, encore moins, la seule planification ou prévision mesurable des tâches à accomplir, la prospective est le lieu de la perspective, le lieu du sens.C\u2019est là que la prévision éclate en vision, que le projet rejoint l\u2019aspiration, voire le rêve \u2014 ici: Espérance.Le meilleur ana-logué biblique de la nature profonde de la prospective est peut-être le prophétisme.Avant d\u2019être quelqu\u2019un qui prédit des événements à venir, le pro- phète est celui qui affirme un sens, une perspective; même quand il parle au futur, sa prédiction est d\u2019abord une prédication.Mais, dira-t-on, il y a Eglise et Eglise.Les réflexions ecclésiologiques nous ont, en effet, habitués à distinguer l\u2019Eglise-institution et l\u2019Eglise-communauté, nous invitant à accorder la priorité à cette dernière.Ainsi, bon nombre de croyants engagés travaillent-ils à construire des lieux d\u2019Eglise axés sur la communion dans la foi ou dans l\u2019action chrétienne, quittes à se constituer en cellules parallèles qui, à toutes fins utiles, ignorent progressivement les orientations de l\u2019Eglise-institution.Si elle permet une réflexion articulée sur des pôles complémentaires de l\u2019expérience ecclésiale, cette distinction n\u2019est pas sans entraîner souvent des diagnostics fallacieux et des stratégies naïves.Outre qu\u2019elle fait souvent ignorer les créations institutionnelles, au moins implicites, de ces « communautés » nouvelles elles-mêmes, elle invite facilement à minimiser l\u2019importance déterminante de l\u2019Eglise-institution dans l\u2019expérience ecclésiale actuelle, tant au niveau de sa vie interne que dans ses tâches d\u2019évangélisation.Cela fait un peu penser à ces distinctions, finalement peu opérantes, entre le gouvernement, son institution ou son « régime », d\u2019une part, et le peuple et ses réalisations, d\u2019autre part.Personne n\u2019aura évidemment la tentation d\u2019identifier ces deux ordres de réalités.Mais il faudrait être bien naïf pour penser que n\u2019importe quelle réalisation est possible sous n\u2019importe quel régime ou n\u2019importe quel cadre institutionnel !.Ce serait oublier que, pour une large part, c\u2019est le régime qui crée l\u2019espace concret de la praxis et du discours, qui fixe les règles du jeu, qui favorise ou neutralise les conditions de transformation de l\u2019expérience.En privilégiant telle ou telle ligne d\u2019action, en assurant la promotion de tel ou tel genre d\u2019homme, en accordant des appuis différenciés aux groupes et aux secteurs de la vie en 1.Le sens de la question 92 RELATIONS commun, en détenant les moyens (financiers, juridiques, politiques) de contrôle et de sanction, en jouissant en exclusivité des tribunes officielles d\u2019information, de définition, de représentation et d\u2019intervention, l\u2019institution est plus qu\u2019un « aspect secondaire » par rapport à l\u2019expérience vécue: un chef d\u2019Etat ou un gouvernement peuvent tout de même déclarer la guerre!.On n\u2019a qu\u2019à voir les possibilités d\u2019action radicalement autres qu\u2019entraînent les changements (les vrais !.) de régime institutionnel.Aussi me semble-t-il essentiel, dans un effort de discernement prospectif concernant l\u2019avenir de l\u2019Eglise, d\u2019accorder une grande importance à l\u2019Eglise-institution, c\u2019est-à-dire au « régime », aux politiques officielles, aux leaders et aux permanents, aux structures organisationnelles, à l\u2019idéologie dominante, aux modalités des décisions, aux instances officielles de pouvoir et d\u2019information, aux modèles théologiques et anthropologiques effectivement promus, etc.Il y a là toute une cohérence qui conditionne les possibilités de l\u2019expérience évangélique de ceux qui sont à l\u2019intérieur comme de ceux qui sont à l\u2019extérieur.Il faudrait être aveugle pour ne pas reconnaître la place centrale du « monde » entretenu par l\u2019institution ecclésiale dans les itinéraires des croyants d\u2019ici: l\u2019Eglise-institution et son régime comptent pour beaucoup dans la « question de confiance » que posent, à l\u2019égard de l\u2019expérience ecclésiale, les croyants d\u2019ici qui ont « décroché » (les statistiques écrasantes doivent révéler plus qu\u2019une mode.) et ceux qui « militent » à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise (pourtant dite militante !.).C\u2019est donc bien légitimement que, dans une interrogation sur l\u2019avenir de l\u2019Eglise d\u2019ici, nous devons examiner la ligne institutionnelle, selon toute l\u2019amplitude concrète de ce mot.Cela n\u2019est pas pour nous détourner de la nécessité de la conversion et de la communion; c\u2019est, au contraire, pour créer les conditions objectives et historiques de la relance de la conversion et de la communion elles-mêmes.l\u2019Espérance meurt quand l\u2019horizon est fermé; ou bien, elle ouvre alors d\u2019autres chemins.2.Des chemins qui semblent ouverts.Quand je pense à notre Eglise diocésaine dans le cadre de ce questionnement prospectif, trois grandes orientations me semblent susceptibles d\u2019ouvrir l\u2019avenir et donc de construire l\u2019Espérance.Trois orientations qui, nous semble-t-il, devraient faire l\u2019objet d\u2019option résolue de la part de l\u2019Eglise-institution et qui créeraient des conditions nouvelles pour une relance de la conversion et de la communion.A.Signifier concrètement l\u2019Autre L\u2019Eglise \u2014 du moins est-ce ainsi qu\u2019on nous a appris les choses \u2014 a pour mission fondamentale d\u2019annoncer, dans des signes efficaces, cette humanité nouvelle et ce monde nouveau dont l\u2019Evénement-Jésus a semé l\u2019espérance entêtée au cœur de ceux qui croient en la Parole.Elle est destinée à être, ici et maintenant, le lieu privilégié de signification et d\u2019interpellation de l\u2019Autre.Programme immensément audacieux qui exige d\u2019elle la mise en œuvre d\u2019une société où les traits du monde nouveau sont déjà amorcés: désaliénation de la liberté, éclosion du désir sans fin, rapports humains fondés sur la limpidité, la droiture et l\u2019amour, primat accordé aux valeurs du Royaume plutôt qu\u2019aux valeurs de domination.Bref, tout cela dont la plupart des hommes portent le rêve et dont l\u2019Eglise proclame la présence déjà réalisée dans l\u2019humanité sauvée.C\u2019est dire que, comme société, l\u2019Eglise a pour tâche de signifier l\u2019Autre.Elle est ce lieu où la recherche du monde nouveau pourrait trouver appui.En la voyant ou en y vivant, on prendrait le goût d\u2019une Humanité nouvelle.C\u2019est alors qu\u2019un lieu est « religieux » : quand il incarne la possibilité de révélation d\u2019une autre dimension, quand il fait vraiment alternative avec les lieux de l\u2019homme.Or, que se passe-t-il ?Comme dans la plupart des coins du monde, d\u2019immenses désirs soulèvent le cœur des gens: désirs d\u2019un bonheur plus vrai et plus enraciné, désir de rapports humains d\u2019où seraient exclues la domination et l\u2019exploitation, nostalgie d\u2019un ailleurs dont le rêve et l\u2019éros esquissent parfois les contours, volonté de libération de toutes les aliénations, etc.On dirait même que, parallèlement à nos sociétés unidimensionnelles \u2014 et peut-être les minant peu à peu \u2014 les hommes ont bâti des lieux plus ou moins clandestins où il est possible d\u2019entretenir quelque chose de l\u2019Autre.Chez nous, alors même que l\u2019organisation sociale se rationalise de plus en plus et que l\u2019Eglise est en perte de vitesse, on n\u2019a jamais vu autant de groupes et d\u2019individus qui, dans des formes de plus en plus éclectiques allant de l\u2019astrologie au spiritisme, en passant par le revivalisme charismatique et les religions orientales, semblent chercher les traces de l\u2019Autre et ses fruits pour la qualité de la vie.Il y a là une interpellation radicale pour notre Eglise.Serait-ce que notre Eglise et son régime ne réussissent pas à créer un véritable heu de l\u2019Autre ?De fait, notre Eglise n\u2019est-elle pas tombée dans les mêmes schèmes unidimensionnels que nos sociétés postindustrialisées ?N\u2019y retrouve-t-on pas les mêmes attitudes et les mêmes réflexes de pouvoir, de contrôle, d\u2019intérêt, de maintien de l\u2019ordre établi, de rigidité idéologique et doctrinale ?L\u2019orthodoxie n\u2019y ressemble-t-elle pas à « la ligne du parti »?ne donne-t-on pas concrètement priorité à la stabilité sur la créativité, au système et au sabbat sur les personnes et leur bonheur, au droit sur la vie et sur l\u2019intelligence, aux structures sur le sens offert en Jésus-Christ.Notre Eglise propose-t-elle encore « quelque chose d\u2019autre » à ceux qui cherchent l\u2019ouverture de l\u2019Espérance ?est-elle encore « religieuse » ?Ces questions sont terribles.Et il nous faut comprendre que beaucoup ont « décroché » justement à cause de cet échec ecclésial.On ne juge guère maintenant l\u2019Eglise-institution à la corruption de ses leaders et de ses permanents: Dieu merci, nous connaissons à cet égard une période de bonne intégrité.Le problème en est plutôt un d\u2019in-signifiance: notre Eglise et son régime sont mis en question en raison de leur aplatissement et de leur réduction de F Autre.Notre Eglise n\u2019est pas cette percée de lumière et de liberté qu\u2019on avait osé espérer.; elle n\u2019inspire pas la construction d\u2019un monde où la vie serait meilleure.Pour avoir un avenir ouvert, notre Eglise devra donner un coup de barre dans son régime uni-dimensionnel; elle devra esquisser une autre image de l\u2019homme et de la société, au-delà du simple souci d\u2019une « juste image » d\u2019elle-même.MARS 1974 93 B.Libérer Jésus-Christ et son Évangile Etroitement reliée à la première, une seconde voie semble ouverte: celle qui modifierait les positions concrètes de notre Eglise par rapport à l\u2019évolution culturelle de notre milieu.Le message d\u2019Espérance, dont l\u2019Eglise est porteuse, est un message dont la portée est absolue \u2014 il ouvre lui-même un avenir absolu.Mais c\u2019est un message qui, dès son émergence originelle en Jésus-Christ, s\u2019est dit dans une cohérence culturelle particulière: la Chair du Verbe de Dieu aurait été autre si Jésus avait vécu 200 ans plus tôt ou plus tard.Sans qu\u2019il soit besoin d\u2019exposer ici toute la dynamique qu\u2019implique une telle structure de Révélation, on peut dire que le Message de Jésus-Christ est à la fois libre de toutes les cohérences culturelles et révélable dans toutes les cohérences : ce qui permet et exige toutes les audaces d\u2019acculturation de la Mission, audaces essentielles au geste même de tradition ( « to trade » ).Dans des périodes d\u2019éclatement culturel comme celle que nous vivons ici, le risque est toujours grand que la peur et l\u2019intérêt poussent l\u2019Eglise à se cramponner au monde culturel dans lequel elle était à l\u2019aise.S\u2019instaurent alors des attitudes de méfiance et de suspicion par rapport aux nouvelles cohérences en gestation.La rançon de ces raidissements est un emprisonnement de la Parole évangélique: Jésus-Christ est alors confiné à Nazareth et il n\u2019y a plus d\u2019évangélisation.Notre Eglise et son régime semblent actuellement bien tentés de se replier sur leurs cohérences d\u2019antan.Fatiguée et ébranlée par les premiers remous des années \u201960 et de Vatican II, notre Eglise donne l\u2019image d\u2019une institution qui veut consolider ses positions et reprendre son souffle (entendons: son souffle d\u2019hier).Reprise en main d\u2019expériences qui risquaient de briser l\u2019uniformité, appels subtils à la majorité silencieuse et à ses nostalgies, revalorisation des dévotions de naguère (procession de la Fête-Dieu à Notre-Dame, hommage au Christ-Roi, etc.), neutralisation de pasteurs et de théologiens encombrants, effort de récupération du mouvement charismatique (où la jeunesse et l\u2019intégrisme font paradoxalement bon ménage), appui actif et quasi inconditionnel à l\u2019école con- fessionnelle, efforts disproportionnés pour maintenir la paroisse (que ne fréquentent pourtant plus 70% des fidèles) : autant de gestes qui, au-delà de la bonne volonté des personnes, ne vont pas, objectivement et historiquement parlant, dans le sens d\u2019un déchiffrage des nouveaux signes de l\u2019homme et font identifier notre Eglise comme un lieu de conservatisme et de retard.La ligne de la prudence et de la modération n\u2019est pas toujours compatible avec l\u2019audace évangélique et la poursuite de l\u2019Autre.Il y a des façons de flairer des dangers pour l\u2019intégrité de la foi qui sont un peu simplistes.Car la nouveauté culturelle est moins dangereuse pour la pureté du Message évangélique que pour le maintien de certains pouvoirs qui se sont construits à même des ajustements culturels réussis.Mais comme on est tenté d\u2019en mettre « sur le dos de Jésus-Christ » ! lui qui avait pourtant chassé les vendeurs du temple et défié l\u2019institution religieuse d\u2019Israël.Libérer Jésus-Christ et son Evangile, ce serait justement cesser de s\u2019agripper à un code culturel en décadence et aux « bénéfices marginaux » qu\u2019il a déjà procurés.Ce serait regarder en avant plutôt qu\u2019en arrière, cultiver l\u2019audace et la création plutôt que la nostalgie et le ressentiment, s\u2019ouvrir aux nouveaux lieux du projet culturel plutôt que de se replier dans un ghetto durci et sécuritaire1, promouvoir les nouveaux types d\u2019homme plutôt que de les bouder ou de les neutraliser.L\u2019ouverture de l\u2019avenir ne passe pas par l\u2019emprisonnement de l\u2019Espérance dans le passé: l\u2019avenir est toujours en avant.C.Refaire la cohérence de la praxis Inséparable des deux premières, et exigée par elles, une troisième voie semble nécessaire à l\u2019ouverture de l\u2019avenir.Ce troisième chemin consisterait à recréer la cohérence des praxis ecclésiales, à réduire de plus en plus la contradiction des divers niveaux d\u2019intervention.Tout le monde sait que la cohérence est le fruit d\u2019une conquête plus qu\u2019une réalisation spontanée.C\u2019est souvent le programme de toute une vie que d\u2019instaurer la cohérence entre le discours et l\u2019action, entre les projets et les réalisations, entre les divers champs d\u2019action eux-mêmes.Beaucoup d\u2019en- treprises s\u2019écroulent ou avortent, minées par les contradictions internes.Cela est particulièrement vrai des entreprises qui impliquent des groupes ou des régimes: combien d\u2019organismes, de partis politiques, de groupements idéologiques, de sociétés même, n\u2019ont-ils pas payé de leur vie même d\u2019avoir entretenu trop longtemps des contradictions dans leur praxis ?.Et il faut bien voir que nous sommes ici dans des perspectives qui débordent largement la seule sincérité des personnes, leur bonne volonté ou même leur conviction d\u2019être cohérentes.Nous sommes ici dans l\u2019ordre des signes effectivement produits, historiques et objectifs en quelque sorte, qu\u2019une analyse d\u2019allure purement psychologique ne saurait détecter.Ainsi, par exemple, il y a des collusions, dans des sociétés, qui échappent très souvent à ceux-là mêmes qui les entretiennent: elles n\u2019en sont pas moins objectives et réelles.Ou encore, il y a des événements que des régimes socio-politiques rendent possibles, même si, à la limite, aucun des leaders responsables n\u2019en a une claire conscience.C\u2019est pour cela que la cohérence, en même temps qu\u2019elle est difficile à établir, sert d\u2019instance objective de jugement: on juge un arbre à ses fruits.L\u2019Eglise n\u2019échappe pas à ce genre de défi.Elle est même d\u2019autant plus concernée qu\u2019elle est précisément engagée dans une mission de signification.Un signe qui renverrait, en même temps, à une réalité et à son contraire, serait bien près de ne plus rien signifier du tout: c\u2019est la maison divisée contre elle-même.La cohérence est ici condition de signification.Une Eglise ne peut pas, en même temps, proclamer l\u2019ouverture de l\u2019Espérance et la refermer par ses praxis concrètes; proclamer la liberté et la désaliénation et donner concrètement priorité au maintien de son ordre et de son pouvoir; annoncer l\u2019audace et la confiance dans l\u2019avenir de l\u2019homme sauvé et privilégier massivement des politiques timorées et « prudentes » ; proclamer le salut des petits et des sans pouvoir et protéger ses arrières auprès des grands et des forts; se déclarer vouée au bien de l\u2019homme d\u2019ici et appliquer aveuglément les directives venues d\u2019ailleurs; prôner la construction de communautés vivantes et 1.Entendu dans une rencontre d\u2019agents pastoraux: « Maintenant que les contestataires et les « farfelus » sont presque tous partis, on va pouvoir construire l\u2019Eglise comme Dieu la veut.» Sublime ! Mais triste.94 RELATIONS accepter que les manifestations encombrantes de la vie soient objectivement neutralisées; annoncer la libération de l\u2019homme et consolider, même chez elle, les ravages d\u2019une société uni-dimensionnelle.Il nous semble que l\u2019Eglise d\u2019ici devra faire la vérité et la cohérence dans ses options concrètes.Elle devra dire et montrer plus nettement où est son cœur, de quel côté elle se range dans les actuels combats pour l\u2019homme.Elle devra montrer qu\u2019elle ne ferme pas d\u2019une main l\u2019avenir qu\u2019elle prétend ouvrir de l\u2019autre; ainsi travail-lera-t-elle concrètement à la libération de Jésus-Christ et à l\u2019évocation de l\u2019Autre.3.Des chemins qui sont possibles?.Ces chemins, qui ouvriraient l\u2019avenir de notre Eglise, sont-ils concrètement praticables ?Peuvent-ils seulement être inaugurés, dans l\u2019état actuel de notre institution ecclésiale ?C\u2019est la question, dramatique à maints égards, qu\u2019il faut poser en terminant.Bien sûr, les renouveaux ont souvent des origines inattendues et leurs développements sont souvent imprévisibles.Mais il est certain que l\u2019institution et son régime comptent pour beaucoup dans la promotion ou la neutralisation des conditions de renouveau.Aussi longtemps qu\u2019un régime imprime une direction ou s\u2019oppose à des changements, les entreprises de relance sont vouées à l\u2019échec et leurs promoteurs s\u2019épuisent dans la frustration.A moins que ces entreprises ne soient assez vigoureuses pour changer le régime lui-même.A cet égard, la situation de notre Eglise laisse songeur.Du côté institutionnel comme du côté de la « base », les conditions de relance ne sont pas vraiment en place.Au plan institutionnel d\u2019abord, on note le vieillissement massif du clergé (régulier et séculier) et des cadres; la « prudence » et le conservatisme des leaders \u2014 et cela jusqu\u2019au plus haut niveau; le départ, chez les permanents, de beaucoup de forces vives et prometteuses, départ dont on refuse toujours d\u2019enregistrer le questionnement; le poids déjà lourd d\u2019un passé, lointain et récent, marqué par des politiques de maintien de l\u2019ordre ancien; la pauvreté quantitative, et parfois qualitative, de la « relève »; le caractère de plus en plus menaçant pour une institution vieillissante de tout changement éventuel.Quant à la « base », dont on escompte souvent des dynamismes novateurs, on remarque chez elle un vieillissement et un appauvrissement analogues (beaucoup de croyants vigoureux et prometteurs ont déjà « classé » la chose ecclésiale); une fatigue et une insécurité face à l\u2019effervescence des années \u201960; un raidissement théologique et idéologique face aux voies nouvelles; la tentation de la nostalgie et du retour à l\u2019ordre ancien; un sentiment d\u2019angoisse et d\u2019insécurité face à tout ce qui menace les modèles anthropologiques d\u2019hier (que l\u2019on pense à la guerre des catéchismes et à l\u2019offensive pour la confessionnalité des écoles, crises qui sont loin d\u2019être terminées.).Tant et si bien que, ni du côté proprement institutionnel, ni du côté de la base, les conditions historiques d\u2019un changement qui ouvrirait l\u2019avenir ne semblent réalisées.Est-ce à dire qu\u2019il n\u2019y a plus rien à faire et qu\u2019il faille laisser l\u2019actuelle institution ecclésiale s\u2019écraser d\u2019elle-même sous le poids de ses propres contradictions et qu\u2019il faille ainsi attendre l\u2019émergence des conditions qui permettraient de s\u2019investir efficacement dans le défrichage des chemins d\u2019un avenir ouvert ?Encore qu\u2019il soit difficile de ne pas être tenté par de telles perspectives, je pense qu\u2019il y a encore place pour une militance chrétienne qui pourrait hâter l\u2019apparition de conditions favorables à la construction ecclésiale.Entreprises de conscientisation des aspirations et de la situation, création et développement de réseaux actifs de recherche et de solidarité, main tendue aux forces qui cherchent l\u2019Autre à l\u2019extérieur de notre Eglise, appuis accordés à tous ces dynamismes qui tentent d\u2019ouvrir l\u2019avenir: autant d\u2019éléments d\u2019une action chrétienne possible.Bien que très limitée, cette stratégie s\u2019efforcerait ainsi d\u2019aller à la rencontre de ce que nous, chrétiens, appelons les signes de l\u2019Esprit.L\u2019histoire de la foi nous enseigne que l\u2019Au-tre s\u2019est souvent inventé des médiations en dehors du « régime » ecclésial.L\u2019expérience actuelle le donne aussi à penser:\tprofondément déçu d\u2019une Eglise en perte de sens, beaucoup de chrétiens ont cherché ailleurs des chemins qui maintiendraient l\u2019ouverture de leur Espérance.Il n\u2019y a rien de théologiquement contradictoire à supposer ainsi que l\u2019authentique poursuite de l\u2019Autre puisse faire surgir des signes qui travaillent à ébranler un certain type d\u2019institution ecclésiale.A travers ces obscurités et ces luttes, qui ne sont pas sans susciter chez beaucoup de profonds drames de conscience, il nous faudra peut-être une spiritualité du Samedi-Saint.Refuser l\u2019inaction, s\u2019engager dans des militances dont on est loin d\u2019être sûr que l\u2019on verra soi-même les résultats historiques, cela suppose que l\u2019on ait accepté que la Résurrection ne vient qu\u2019au troisième jour:\t« in spem resurrec- tionis », lisons-nous sur beaucoup de tombes chrétiennes.L\u2019Espérance passe ainsi au creuset du tombeau et maintient, en dépit des apparences, qu\u2019il peut y avoir un avenir ouvert.Mais les chemins qui se profilent ainsi nous conduisent bien au-delà du souci de modifier un « régime » ecclésial: « Mon âme a soif du Dieu vivant », chantait le psalmiste.2.02.74 l.\u2019ateiie: qui donnera à vos imprimés un caractère; de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES ¦ STUDIO O AR'1 8I2b.BOUL SAINT IAURFN f.\u2019ONJRÉAL OUEBE 386-5781 relations_______________________ abonnement: $8 8100, boul.Saint-Laurent Montréal H2P2L9 - Tél.: 387-2541 MARS 1974 95 La collection de théologie HÉRITAGE ET PROJET 1 \u2014 Jacques Grand\u2019Maison LA SECONDE ÉVANGÉLISATION tome 1 : Les témoins 2 \u2014 Jacques Grand\u2019Maison LA SECONDE ÉVANGÉLISATION\t$4.00 tome 2 \u2014vol.1: Outils majeur»\t$6.00 tome 2 \u2014 vol.2.- Outils d\u2019appoint 3 \u2014André Charron LES CATHOLIQUES FACE À L\u2019ATHÉISME\t$6.00 CONTEMPORAIN 4 \u2014Rémi Parent CONDITION CHRÉTIENNE ET SERVICE\t$12.00 DE L\u2019HOMME 5 \u2014 Vincent Harvey\t$5.00 L\u2019HOMME D\u2019ESPÉRANCE 6 \u2014Société canadienne de théologie\t$5.00 LE DIVORCE 7 \u2014 En collaboration\t$6.00 L\u2019INCROYANCE AU QUÉBEC 8 \u2014François Faucher ACCULTURER L\u2019ÉVANGILE : MISSION\t$7.00 PROPHÉTIQUE DE L\u2019ÉGLISE\t$4.00 EN VENTE PARTOUT 245 est, boul.Dorchester, Montréal \u2014\t* 861-9621 VISITEZ L\u2019OUEST CANADIEN avec la Liaison française 29 juin - 13 juillet 1974 : à partir de $810.00 10-27 juillet 1974 : à partir de $910.00 Train et autobus Tous frais inclus LA LIAISON FRANÇAISE 75, rue D\u2019Auteuil Québec, P.Q.G1R 4C3 TÉL.: 522-2601 Dossier RUPTURE ET CONTINUITÉ DANS L\u2019ÉGLISE \u2022\t5 événements récents vécus dans l\u2019Église de Montréal.\u2022\tRéflexions par un groupe de travail qui s\u2019interroge sur la signification et la portée de ces événements pour l\u2019Église.\u2022\tDes ruptures sont nécessaires pour assurer la continuité d\u2019une Église animée par l\u2019Esprit.80 pages.\t$1.00 PRÊTRES ET LAÏCS 1201, rue Visitation, Montréal - *524-1188 NOUVEAUTÉS : Les Amours de Pistion et de Fortunie par Antoine Du Perrier Edition critique présentée et annotée par Roméo Arbour (Le premier roman français ayant pour cadre le Canada) 15 x 22 cm., 138 pages.Prix: $3,75 Âcoubar ou la Loyauté trahie Tragédie tirée des Amours de Pistion et Fortunie par Jacques Du Hamel Edition critique avec Introduction et Notes par Roméo Arbour (La première tragédie française ayant pour cadre le Canada) D15 x 22 cm., 84 pages.Prix: $4,80 Le terrier du Saint-Laurent en 1663 par Marcel Trudel (Ouvrage précieux pour les généalogistes et les historiens) 15 x 23 cm., xiv, 620 pages, 52 cartes géographiques.Prix.- $21,00 En vente chez votre libraire et aux : ÉDITIONS DE L\u2019UNIVERSITÉ D\u2019OTTAWA 65, avenue Hastey, Ottawa, Ont.K1N 6N5 "]
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