Relations, 1 février 1973, Février
[" NUMÉRO 379 FÉVRIER 1973 MONTRÉAL LA PEINE DE MORT \u2014\tle prix de la vie \u2014 la criminalité et les désordres socioéconomiques \u2014 la recherche du bouc émissaire \u2014 plaidoyer pour l\u2019abolition de la peine de mort, par Guy Bourgeault LA CRISE DES VOCATIONS \u2014\tla baisse des « vocations » sacerdotales : 158 nouveaux prêtres en 1965, 50 en 1971 \u2014 questions, hypothèses, plan d\u2019action \u2014 une analyse prospective, par Julien Harvey LES CHRÉTIENS et le socialisme \u2014\tla « première étape d\u2019une réflexion » dans l\u2019Église de France \u2014 le refus du capitalisme et l\u2019orientation vers le socialisme \u2014 document présenté par Irénée Desrochers \u201cQUELQUES ARPENTS DE NEIGE \u2014\tl\u2019oeuvre d\u2019un cinéaste sans talent ?\u2014 l\u2019histoire et ses héros \u2014\tune démystification démobilisatrice \u2014 critique de Yves Lever \u2014relations________________________________________________ revue du mois publiée par un groupe de membres de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION : Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, Albert Beaudry, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Michel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vail-lancourt.ADMINISTRATION: Albert PLANTE RÉDACTION, ADMINISTRATION «t ABONNEMENTS : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 tél.: 387-2541.PUBLICITÉ et RELATIONS PUBLIQUES : Pauline HOULE, C.P.565, Station «H», Montréal 107.Tél.: 387-2541.numéro 379 février 1973 SOMMAIRE La peine de mort Pendre.ou suspendre ?\u2014 pour l\u2019abolition de la peine de mort au Canada.Guy Bourgeault 35 Recensement 1971 La montée de l\u2019urbanisation au Québec .\t.Richard Arès 39 Le chrétien et la prière Quand tu n\u2019étais pas là.Paul Fortin 40 Vie de l'Église Vocation et vocations.Julien Harvey 41 Foi et politique Le socialisme et les chrétiens de France Irénée Desrochers 45 Vasectomie (2) La vasectomie et la morale.Marcel Marcotte 51 RELATIONS et ses lecteurs.54 Chroniques Littérature : L\u2019enfance, terre de contradictions \u2014 le roman québécois en 1972 .Gabrielle Poulin 55 Les livres : Une vie au service de l\u2019unité chrétienne \u2014 A.Bea, Ma vie pour mes frères .Georges Robitaille 57 Cinéma Quelques arpents de neige » \u2014 un films de Denis Héroux.Yves Lever 58 Théâtre : Le ridicule ne tue pas toujours ! Georges-Henri d\u2019Auteuil 60 Télévision : Une soirée de téléducation .\t.Guy Bourgeault 62 Ouvrages reçus.62 Relations est une publication des Éditions Bellarmin.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 75g.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Viennent de paraître DIMITRI KITSIKIS Le Rôle des Experts à la Conférence de la Paix de 1919 (Cahiers d\u2019Histoire, n° 4) 15 x 21 cm., 229 pages.\u2014 Prix: $4.50 ARTHUR GODBOUT L\u2019origine des écoles françaises dans l\u2019Ontario 15 x 23 cm., 183 pages, 16 illustrations.Prix: $5.75 O.J.FIRESTONE, ed.Economie Growth Reassessed 15 x 23 cm., XX, 250 pages.Prix: $6.75 En vente chez votre libraire et aux : Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa Université d\u2019Ottawa Ottawa, Ontario, K1N 6N5 un peu plus par-ci.\tça donne unpeupluspar-là.\tbeauCOUpplus avec la BCN IEEE Banque Canadienne Nationale Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 0143. Pendre.ou suspendre?\u2014 une question \u201ccapitale\u201d \u2014 pour l\u2019abolition de la peine de mort au Canada par Guy Bourgeault Le 11 janvier dernier, le solliciteur général du Canada, M.Warren All-mand, déposait à la Chambre des communes le projet de loi C-2 visant à prolonger jusqu\u2019au 31 décembre 1977 l\u2019expérience de la suspension de la peine de mort.Le projet de loi prévoit les mêmes exceptions qu\u2019il y a cinq ans, lorsqu\u2019un moratoire expérimental fut voté: demeurent passibles de la peine capitale les personnes reconnues coupables du meurtre d\u2019un policier ou d\u2019un officier ou gardien de prison.Le vote qui sera pris à ce sujet, à Ottawa, sera ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler un « vote libre » : les députés pourront abandonner la ligne de leur parti pour se prononcer selon leur conscience.Mais je n\u2019ai pas spontanément confiance en la conscience de tous nos députés.et certaines déclarations démagogiques de M.Réal Caouette ou de M.Claude Wagner inquiètent ma propre conscience ! 1.\tCf.le Devoir, 16 décembre 1972.2.\tCf.le Devoir, 12 janvier 1973, p.1.3.\tCf.le Devoir, 21 décembre 1972.4.\tCf.le Devoir, 11 mars 1971, p.5.5.\tLes résultats de cette étude ont été publiés dans Crime and Delinquency, en 1969.6.\tLa peine de mort (Rapport Ancel), 1962.7.\tCf.Ed.H.Sutherland and D.R.Cressey, Principles of Criminology, Chicago, J.B.Lippincott Co., 1955 (éd.antérieures en 1924, 1934, 1939 et 1947), pp.292-297 ( « The death penalty as a deterrent » ) ; et André Richard, Le crime, Paris, Flammarion, 1961, III, 2, pp.178 ss.(«La peine de mort » ).8.\tLe 29 juin 1972, la Cour suprême des USA déclarait que la peine de mort telle qu\u2019appliquée aux USA était contraire à la constitution américaine et contredisait sa reconnaissance des droits fondamentaux des citoyens.Quand les chiffres ne plaisent pas.Quand les chiffres plaisent, on les utilise; quand ils ne plaisent pas, on met en doute la validité de l\u2019enquête qui les a fournis: les statistiques, comme chacun sait, sont chose particulièrement délicate à interpréter ! On aimerait que les chefs de partis et tous les députés ou candidats aux élections manifestent avec équité le même sens critique face aux sondages pré-électoraux, aux analyses d\u2019opinions, aux rapports de rentabilité des investissements étrangers ou des projets gouvernementaux, etc.Le 14 décembre 1972, étaient rendus publics les résultats d\u2019une « étude de l\u2019effet préventif de la peine capitale et de la situation dans ce domaine au Canada » faite par M.Ezzat Abdel Fattah, criminologue (Université de Montréal).Cette étude concluait à la non-corrélation entre l'augmentation des meurtres et l'abolition de la peine capitale chez nous 1.Le premier ministre du Canada, M.P.E.Trudeau, connaissant la division de l\u2019opinion publique à ce sujet et se souvenant des résultats encore frais du dernier scrutin fédéral, ne semble pas satisfait encore, ni convaincu.Aussi préfère-t-il la prolongation du moratoire à l\u2019abolition définitive de la peine de mort: ses connaissances sur le problème sont encore trop limitées 2.Pour sa part, M.Réal Caouette juge que, « payé par les libéraux », le Dr Fattah « avait à prouver que le maintien de la peine de mort ne contribuerait pas à réduire la criminalité au Canada » 3: voilà qui invalide l\u2019étude et ses résultats dès le départ.et dispense d\u2019avoir à en tenir compte pour voter « selon sa conscience ».Pourtant, les résultats de la récente étude de M.Fattah ne sauraient étonner: ils concordent en tous points avec ceux d\u2019études antérieures faites par M.Fattah lui-même pour le Canada ( 1971 )4, par le professeur Reckless pour les USA (1969) 5, par le conseiller à la Cour de France, M.Marc Ancel, pour le compte de l\u2019Assemblée générale des Nations unies, à l\u2019échelle mondiale (1962) 6.Remontant plus haut encore dans le passé, on pourrait citer \u2014 pour le bénéfice de nos députés bilingues \u2014 diverses études en langues anglaise ou française qui aboutissent aux mêmes conclusions 7.Il ressort de toutes ces études que l'abolition de la peine de mort est sans effet notable sur la criminalité.Les études menées aux USA ont en outre ceci de particulièrement intéressant qu\u2019elles permettent la nette constatation d\u2019une corrélation entre le taux de criminalité et la situation socio-économique dans des états qui ont aboli ou conservé la menace de la peine capitale.Mais il ne faudrait pas « importer » ces conclusions chez nous et céder ainsi, une fois encore, à la force de l\u2019impérialisme américain 8 .Le dossier sur la question est considérable.Les quelques indications données ici voudraient simplement inciter nos députés à lire et à s\u2019informer.afin de pouvoir se prononcer ensuite « selon leur conscience ».Le mouvement abolitionniste est né, au 18e siècle, sous l\u2019influence de divers courants de philosophie humaniste.Si l\u2019on excepte l\u2019abolition de fait de la peine capitale au Liechtenstein en 1798, il faut cependant attendre la fin du 19e siècle avant que le mouvement abolitionniste prenne une ampleur quelque peu significative: la peine capitale sera alors abolie de droit au Venezuela (1863), dans la République du Saint-Marin (1865), au Portugal (1867), en Belgique (1867 \u2014 de fait), aux Pays-Bas (1870), à Costa Rica (1882), au Brésil (1889), en Equateur (1897), aux USA dans les états du Wisconsin FÉVRIER 1973 35 (1853) et du Maine (1887).Puis, au cours du 20e siècle, en Norvège (1905), en Uruguay (1907), en Colombie (1910), en Suède (1921), en Argentine ( 1922 ), dans la République dominicaine (1924), au Danemark (1930), au Mexique (c.1931, \u2014 pour la majorité des états), en Suisse (1937), en Islande (1940), en Italie (1944), en Australie (1945 \u2014partiellement), en Autriche (1945 \u2014 sauf quand il y a proclamation d\u2019état d\u2019ur- Malgré les progrès du mouvement abolitionniste et en dépit de toutes les études faites sur le sujet, les tenants du maintien de la peine capitale sont encore nombreux.Ils y voient d\u2019abord un moyen d'intimidation ou de dissuasion et, par là, de protection de la société contre les criminels.Mais, précisément, l\u2019expérience faite en de nombreux pays manifeste que la peine de mort n\u2019a pas l\u2019effet intimidant qu\u2019on lui attribue spontanément et que sa suppression n\u2019entraîne pas l\u2019augmentation de la criminalité.Cela, plusieurs enquêtes et études l\u2019ont montré; et bien avant celles de Marc Ancel ou de Ezzat Abdel Fattah.Ainsi, par exemple, une enquête menée aux USA de 1948 à 1953: On ne peut déduire qu\u2019une seule conclusion de l\u2019étude.: que la peine de mort soit en usage ou non, qu\u2019elle soit fréquemment appliquée ou non, aussi bien les Etats où elle existe encore que ceux où elle a été abolie montrent des taux de criminalité qui prouvent que ces taux sont conditionnés par d\u2019autres facteurs que la peine de mort.En dépit de différences entre le niveau de ces taux, qui est déterminé par les conditions économiques et sociales de chaque pays [états] et par la composition de leur population, la courbe est la même partout:\taugmentation générale des taux durant les vingt premières années du siècle, et tendance générale à la diminution depuis lors.10 Si la société veut se protéger, il lui faudra prévenir la criminalité en opérant les redressements socio-économiques nécessaires.Voudrait-elle en faire l\u2019économie qu\u2019elle ne le pourrait pas tout en s\u2019assurant une protection efficace: ses sanctions et ses peines n\u2019ont pas l\u2019effet intimidant qu\u2019elle pourrait souhaiter.(Ceci vaut, en un sens, pour toutes les peines infligées, et non seulement pour la peine capitale.De sorte que nous sommes conviés à faire preuve d\u2019imagination créatrice si nous voulons lutter efficacement contre la criminalité; et à secouer nos habitudes de penser et d\u2019agir face à ceux que nous gence), en Finlande (1949), dans la République fédérale d\u2019Allemagne (1949), au Groënland (1954), dans les Antilles néerlandaises (1957), en Nouvelle-Zélande (1961), etc.; et, au fil des ans, dans la majorité des états des USA 9.C\u2019est sur l\u2019expérience de ces pays que reposent les conclusions \u2014 mal assurées, évidemment ! \u2014 de l\u2019étude faite pour l\u2019ONU par M.Marc Ancel.considérons comme des criminels.Mais c\u2019est là une autre question, et trop vaste pour que nous en puissions traiter ici.) Il est un peu humiliant pour l\u2019homme d\u2019avoir à se faire enseigner par les statistiques que la force ne peut pas faire la justice, ni surtout la remplacer.Et que, pour lutter contre le meurtre, il faut sortir de la morale des meurtriers.Mais, pour légitimer la peine de mort, on va parfois bien au delà des exigences de protection de la société par voie d\u2019intimidation de l\u2019éventuel meurtrier.On en fait une sorte de devoir de justice: celui qui tuera sera puni de mort, disait jadis la Bible (Ex 21:12 ou Nb 35:16, par exemple); et saint Paul considérait le prince portant le glaive contre le meurtrier comme « le ministre de Dieu exerçant vengeance contre celui qui fait le mal » (Rm 13:4).«Tuer des pécheurs n\u2019est pas seulement permis, mais nécessaire, s\u2019ils sont nuisibles à la communauté ou dangereux », dira à son tour Thomas d\u2019Aquin (S.Th., 2a2ae, q.64, art.2): il faut sacrifier la partie pour assurer la santé du tout* 11 ! Sur la base de quoi certains théologiens contemporains \u2014 et bien des hommes politiques \u2014 considèrent comme incontestable en principe le droit de l\u2019Etat à prononcer en certains cas la peine de mort12.Dans semblable vision, c\u2019est donc le bien commun à préserver qui confère à l\u2019Etat le droit de prononcer la peine de mort (et non pas quelque « délégation », de Dieu à l\u2019autorité civile, du « droit sur la vie » ).Et sans doute fut-il un temps où le bien commun exigeait le recours à la peine capitale pour préserver la société des ravages meurtriers, la société n\u2019ayant alors pas les capacités de réhabilitation ouvertes depuis quelques années ni même la possibilité de « contenir » efficacement les débordements criminels par la prison (dans une tribu nomade, par exemple).Le recours à la peine capitale était alors légitime, selon moi, comme le furent aussi jadis certaines guerres « justes » qui voulaient sauver une collectivité face à l\u2019ennemi envahisseur.Mais l\u2019Etat moderne dispose aujourd\u2019hui d\u2019autres moyens .Aussi, pour ne pas donner à l\u2019Etat une sorte de droit arbitraire sur la vie humaine, fût-elle celle du meurtrier, on a enrichi l\u2019argumentation de quelques subtilités.Je n\u2019évoquerai pas ici l\u2019argument parfois avancé, à savoir qu\u2019il en coûte moins cher à la société de pendre que d\u2019emprisonner et de réhabiliter: l\u2019argument est par trop mesquin et, en outre, incite à ne pas reconnaître les responsabilités sociales et collectives \u2014 toujours coûteuses: il suffit d\u2019évoquer ici l\u2019aventure médicale et son « prix » \u2014 face au respect et à la promotion de la vie humaine.J\u2019y reviendrai.Pour le moment, je voudrais plutôt me référer à un autre argument: celui qui tient le meurtrier comme ayant renoncé, par l\u2019acte même de son meurtre, à son droit à la vie.Je ne trouve personnellement aucun fondement valable à cette position.Si, d\u2019ailleurs, on l\u2019adoptait, il faudrait logiquement dénier le droit de possession à tous les voleurs, le droit à la vie conjugale à tous les adultères, etc.! Et il y a aussi les erreurs judiciaires, toujours possibles et parfois réelles.Conscients de la fragilité d\u2019une justice humaine toujours sujette à l\u2019erreur, conscients de ses risques d\u2019injustice, les tenants de la justice de la peine de mort éventuellement prononcée par des représentants de l\u2019Etat se rassurent en 9.\tListe complète, en 1961, dans le Rapport Ancel.\u2014 Certains pays ont aboli, puis restauré la peine capitale.C\u2019est le cas, par exemple, de l\u2019URSS.Il importe toutefois de noter que toutes ces « restaurations » ont été faites en contexte de crises politiques \u2014 crises politiques elles-mêmes engendrées par des crises socio-économiques qu\u2019on ne réussissait pas à solutionner.Et le plus souvent dans des pays gouvernés par une dictature.10.\tCité par Raymond Boyer, dans Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle, Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, pp.148-149.11.\tCf.Roger Merle, « Les aspects théologiques de la peine de mort », dans les Actes du Colloque sur la peine de mort, Athènes, avril 1960, pp.76 ss.12.\tVoir, par exemple, Bernard Haring, La loi du Christ, Tournai, Desclée et Cie, 1959, III, p.679.Des légitimations qui ne tiennent pas 36 RELATIONS pensant que, de toute façon, le jugement réel et définitif n\u2019est jamais rendu en ce monde et que, dans l\u2019autre, les erreurs seront réparées.Certains vont même jusqu\u2019à voir dans l\u2019exécution capitale une sorte de lieu privilégié de « rachat » du criminel ! Comme l\u2019a fait observer Albert Camus, le châtiment de la peine capitale « n\u2019est alors justifié que dans la mesure où il n\u2019est pas suprême ».Paradoxalement, c\u2019est la croyance en la vie éternelle qui légitime le châtiment suprême en empêchant qu\u2019il soit définitif et irréparable 13 ! Le chrétien ne peut pas ne pas se sentir ici mal à l\u2019aise.Le prix de la vie : la vie du meurtrier vaut la mienne Car le chrétien a ici des points de repère évangéliques qu\u2019il ne peut pas facilement effacer et qui lui disent le prix, au regard de Dieu, de toute vie humaine.Ce prix que Dieu attache à la vie de l\u2019homme, ü a été signifié à l\u2019homme en Jésus-Christ: en sa vie et en sa mort.Et en sa résurrection.Dans une vision chrétienne de l\u2019homme et du monde, la vie humaine apparaît comme cette valeur primordiale et radicale qui fonde l\u2019inaliénabilité du droit à la vie.Valeur radicale, la vie humaine l\u2019est en ce qu\u2019elle échappe, en sa racine même ou en sa source, à l\u2019emprise de l\u2019homme: la vie humaine est reçue avant que d\u2019être assumée par l\u2019homme en vue de son épanouissement.Valeur radicale, la vie humaine l\u2019est encore en ce qu\u2019elle est condition nécessaire de l\u2019obtention de toutes les autres valeurs qui assureront son épanouissement.D\u2019où le caractère absolu du droit, pour chaque homme, au respect de sa vie; d\u2019où également le caractère absolu qui incombe à chaque homme et à la collectivité entière de promouvoir la vie, c\u2019est-à-dire de la rendre toujours plus humaine.Enfin, pour le chrétien, la vie humaine a été directement assumée par Dieu en Jésus-Christ; et ouverte par Dieu, dans le même Jésus-Christ et grâce à la puissance transformante de l\u2019Esprit vivifi-cateur, à la divinisation et à l\u2019éternité.Echappant à l\u2019emprise de l\u2019homme en sa racine ou en sa source, la vie humaine échappe encore à cette emprise en son terme.Elle est valeur fondamentale et droit inaliénable.Aussi le commandement divin ne souffre-t-il pas d\u2019exception, qui explicite pour l\u2019homme sa responsabilité solidaire face à la vie humaine.« Tu ne tueras pas » : cela a été dit au peu- 13.\tA.Camus, Réflexions sur la guillotine, Paris, Calmann-Lévy, 1958, pp.169-170.14.\tEt j\u2019en passe .et des meilleures ! Ce musée des horreurs a souvent été évoqué.Voir, par exemple, Albert Naud, Tu ne tueras pas, Paris, la Table ronde, 1963 2; ou Kurt Rossa, La peine de mort, Paris, Plon, 1968.pie d\u2019Israël tout autant qu\u2019à chacun des membres de ce peuple, à l\u2019humanité (et à l\u2019Etat) tout autant qu\u2019à chaque homme.(Et c\u2019est pourquoi les seuls cas où le sacrifice de la vie devient légitime sont ceux où il y va de la vie à sauver: nous sommes ici renvoyés, au sujet de la légitimité de la peine capitale, à l\u2019argument de bien commun évoqué plus haut et qui a pu légitimer le recours de l\u2019Etat à la peine capitale lorsque celui-ci n\u2019avait pas d\u2019autre moyen réellement efficace de préserver la vie des autres citoyens contre les atteintes des criminels.) Par delà sa formulation négative, ce commandement ouvre devant l\u2019homme une tâche positive aux multiples facettes et qui ne sera jamais terminée: il y aura toujours quelque chose à faire pour que la vie des hommes soit, sur notre terre, plus humaine.Paradoxalement, l\u2019homme contemporain est peut-être plus conscient que jamais de la valeur de la vie humaine et des exigences de respect et de promotion de la vie qui découlent de cette reconnaissance, et en même temps plus enclin que jamais à porter atteinte, de diverses manières, à la vie humaine et à sa « qualité » (the quality of life !).L\u2019effort médical des dernières décennies témoigne surabondamment d\u2019un respect affermi de la vie humaine ainsi que d\u2019un souci accru de sa protection et de sa promotion: lutte contre le cancer, greffes cardiaques, recherches gynécologiques, banques de sang, etc.Mais il est une autre face de la réalité, que le quotidien nous révèle avec autant de force: guerres, pollution de l\u2019environnement, exploitation irrationnelle et sauvage des ressources de la planète, avortement, etc.Dans un même hôpital montréalais, une équipe médicale s\u2019acharne à devancer le seuil de viabilité du fœtus, tandis que, dans une aile voisine, on pratique l\u2019avortement.Au cœur même de ce paradoxe vécu au niveau collectif \u2014 et au niveau personnel ou interpersonnel également \u2014 une conscience affinée de la valeur de la vie et de sa dignité humaine me paraît s\u2019affirmer de plus en plus nettement, même si elle est souvent brutalement contredite par des comportements divergents.C\u2019est ainsi que, après avoir longtemps parlé de guerres saintes, puis de guerres justes, on en vient aujourd\u2019hui à reconnaître l\u2019immoralité de la guerre \u2014 de toute guerre.Il n\u2019est pas d\u2019avenir pour l\u2019humanité dans la guerre.Le malheur est qu\u2019on continue néanmoins de se battre.De même, l\u2019humanité a expérimenté la cruelle vengeance des supplices et de leur « raffinement » progressif: la Grèce antique a utilisé l\u2019épée (pour les exécutions honorables), le lacet (pour la pendaison des esclaves) et le poison (la ciguë, pour la douce mort des philosophes ! ) ; Israël, la lapidation et la crucifixion; la Rome impériale, la pâture des lions; l\u2019Europe médiévale, la Condoléances anticipées Londres, le 12 juillet 1955.Cher monsieur, Je suis au regret de vous informer que votre exécution, en vertu du jugement passé en date du 24 juin 1955, aura lieu demain matin à huit heures.Puisse Dieu avoir pitié de votre âme.Par la grâce de Dieu, je suis, monsieur, votre dévoué serviteur (your obedient servant).Le Gouverneur.Fierté nationale On sait aussi bien pendre en ce pays-ci qu\u2019ailleurs, et on l\u2019a fait voir à quelques-uns qui n\u2019ont pas été sages.(Pierre Boucher, gouverneur des Trois-Rivières, en 1663.) roue et le bûcher; la France d\u2019après la révolution, l\u2019instrument pratique du philanthrope Guillotin14.Plus récemment, les nations « civilisées » ont opté pour l\u2019efficace rapidité des moyens « propres » : la pendaison en Angleterre, le peloton d\u2019exécution sous les régimes militaires, la chaise électrique et la chambre à gaz aux USA.Ce sera bientôt la piqûre et son injection instantanément mortelle: on aura pris soin de la stériliser avant usage ! Le malheur est qu\u2019on exécute encore .Et le choix de l\u2019instrument que laisse au condamné le code pénal de l\u2019Utah (USA), depuis 1851, n\u2019arrange pas les choses: pour libérale qu\u2019elle soit, la mesure ne rend pas l\u2019exécution plus humaine.Car, si la responsabilité de la vie \u2014 de sa préservation et de son épanouissement \u2014 a été confiée à l\u2019homme, ce n\u2019est pas pour que celui-ci apprenne à FÉVRIER 1973 37 la supprimer « proprement », mais pour qu\u2019il poursuive et achève l\u2019œuvre divine de la création et de la rédemption.A l\u2019intérieur du dessein de Dieu et face à la croix de Jésus, la vie du Si la responsabilité humaine face à la vie \u2014 face à sa préservation et à son épanouissement \u2014 est une responsabilité collective de l\u2019humanité solidaire, c\u2019est dire que chacun se trouve « concerné » personnellement, et que le respect de la vie et sa promotion sont aussi des responsabilités personnelles C\u2019est pourquoi il ne s\u2019agit pas de donner une médaille au meurtrier, ni, comme on disait jadis, de « lui donner le bon Dieu sans confession » : les abolitionnistes ne veulent aucunement, en réclamant la suppression de la peine de mort, dénier au criminel les responsabilités personnelles de son crime.Mais il importe aussi de reconnaître les responsabilités collectives face à la déshumanisation de la vie qui pousse certains à tuer; et, partant, la part de responsabilité des autres citoyens dans le meurtre commis.Ce fardeau est lourd pour nous tous, et chacun désire secrètement s\u2019en décharger.Je m\u2019explique.Les enquêtes et les études dont il a été question plus haut ne concluent pas à la non-responsabilité des criminels.Mais elles aboutissent-toutes à la constatation suivante: les conditions socio-économiques infra-humaines sont un facteur important de la criminalité.C\u2019est dire que le criminel est souvent \u2014 toujours peut-être \u2014 à la fois victime du désordre social existant et cause d\u2019un nouveau désordre social.C\u2019est dire également, pour reprendre le titre d\u2019un film jadis célèbre, que nous sommes tous des assassins.Car les responsabilités collectives ne sont pas qu\u2019infra \u2014 ou supra-personnelles; elles sont aussi responsabilités personnelles.Nous sommes tous solidairement \u2014 ce qui ne veut pas dire impersonnellement, mais comme anonymement et le plus souvent sans option personnelle claire et ferme \u2014 responsables du maintien de structures sociales injustes qui empêchent l\u2019épanouissement de certaines personnes.Si ces personnes en arrivent à tuer, aurons-nous l\u2019audace de les juger et de les condamner sans plus ?Si oui, certaines paroles des anciens prophètes d\u2019Israël nous condamnent à notre tour; et certaines paroles de Jésus aussi, à l\u2019adresse des « purs » pharisiens de l\u2019évangile.C\u2019est pour nous décharger de nos péchés que nous tenons à condamner meurtrier a autant de prix que la mienne ou que celle de quiconque; et elle exige de tous et chacun \u2014 et de la collectivité et de l\u2019Etat \u2014 un absolu respect.et à pendre.Comme on faisait jadis en chassant au désert le bouc sur le dos duquel on avait d\u2019abord déposé les péchés du peuple.Mais le péché ne se chasse pas si facilement, et la pendaison n\u2019empêche pas le crime de se répandre.Il n\u2019est pas de solution simple et facile aux multiples problèmes de la criminalité dans nos sociétés modernes.La prison coûte cher à la collectivité, c\u2019est-à-dire aux citoyens; et la réhabilitation plus encore.Il nous faut néanmoins assumer loyalement nos responsabilités et, sans tomber dans de nouvelles formes de justice vindicative \u2014 en réclamant, par exemple, qu\u2019on enferme à perpétuité tous les meurtriers, si on ne les exécute pas, \u2014 faire œuvre de justice éducative.En acquittant les frais d\u2019une coûteuse réhabilitation des criminels, nous consentons simplement à payer après le crime ce que nous avons trop souvent refusé de payer plus tôt: le prix de transformations sociales radicales et urgentes pour que la vie soit plus humaine pour un plus grand nombre d\u2019hommes.L\u2019abolition \u2014 et non simplement la suspension \u2014 de la peine de mort me paraît s\u2019imposer comme la conséquence de cette responsabilité collective qu\u2019il nous faut assumer solidairement face aux exigences fondamentales de respect et de promotion de la vie humaine.Cela, nos députés auront sans doute peur de le dire, « selon leur conscience », devant une opinion publique divisée; face surtout à certains policiers qui nous renvoient trop bien l\u2019image de notre société qu\u2019ils ont pour mission de protéger et qui réclament que la peine de mort soit maintenue à tout le moins pour punir \u2014 et non pour prévenir, puisque la preuve est faite que le maintien de la peine de mort n\u2019a pas la force de dissuasion qu\u2019on lui suppose spontanément \u2014 l\u2019éventuel meurtre de l\u2019un des leurs.Mais les représentants officiels des églises, eux, n\u2019ont pas le droit de se taire: outre qu\u2019ils n\u2019auront pas à se présenter sous peu devant leurs électeurs, ils ont pour mission d\u2019éclairer les consciences pour aider les communautés chrétiennes à proclamer l\u2019évangile.13.01.73.\tiMHi CONSERVEZ RELATIONS CARTABLE en similicuir rouge avec titres or Jeu de 11 cordes au comptoir $3.00 par la poste $3.25 RELIURE de votre collection 1971 Le lecteur fournissant sa collection : $4.00 Si nous fournissons la collection : $11.00 Ajouter $0.35 pour frais d'expédition 8100, boul.Saint-Laurent Montréal 351\t387-2541 Le besoin d\u2019un bouc émissaire 38 RELATIONS La montée de l\u2019urbanisation au Québec \u2014 recensement 1971 Richard Arès\tRenversement de la situation Québec Ontario Canada TABLEAU 1 Évolution de la population urbaine, de 1941 à 1971 1941 61.2% 67.5 55.7 1951 66.8% 72.5 62.4 1961 74.3% 77.3 69.7 1971 80.6% 82.3 76.1 Statistique Canada vient de rendre publics les chiffres concernant la répartition de la population canadienne entre les milieux urbains et les régions rurales, chiffres recueillis lors du recensement de 1971.Pour le Québec un double phénomène se constate: la population urbaine a encore augmenté, alors qu\u2019a décru la population rurale 1.En comparaison avec l\u2019ensemble du Canada, plus particulièrement avec l\u2019Ontario, voici tout d\u2019abord comment se présente l\u2019évolution de la population urbaine au Québec.1.\tNote explicative accompagnant le Bulletin de Statistique Canada: « La population urbaine comprend toutes les personnes demeurant dans: 1) les cités, villes et villages constitués de 1,000 habitants et plus; 2) les localités non constituées de 1,000 habitants et plus et ayant une densité de population d\u2019au moins 1,000 habitants au mille carré; 3) les banlieues bâties de 1) et 2) ayant une population minimum de 1,000 habitants et une densité d\u2019au moins 1,000 habitants au mille carré.Tout le reste de la population est considéré comme rural.» 2.\tCe tableau est tiré de VAnnuaire du Québec, 1964-1965, p.155, sauf pour l\u2019année 1971.Malheureusement, les pourcentages qui s\u2019y trouvent ne concordent pas toujours exactement avec ceux que donne l'Annuaire du Canada de 1969, p.168 sur le même sujet.3.\tBulletin de Statistique Canada.Le texte se continue ainsi: « Aux fins du recensement, une ferme est une exploitation agricole, d\u2019un acre ou plus ayant vendu pour au moins $50 de produits agricoles au cours de l\u2019année précédente.Toutes les personnes demeurant dans ces exploitations dans les régions rurales sont classées dans la population « rurale agricole ».La population agricole comprend donc certaines personnes qui ne travaillent pas dans l\u2019agriculture; de même, elle exclut les exploitants agricoles qui habitent une cité, une ville ou un village avoisinant.» Dans les deux provinces comme dans le pays, la progression est constante.L\u2019Ontario demeure la province la plus urbanisée de tout le Canada, mais le Québec n\u2019est pas loin en arrière.Entre les deux la marge n\u2019a cessé de diminuer depuis 1941: de 6.3 qu\u2019elle était alors, elle est tombée en 1971 à seulement 1.7.On notera que le Québec, pour la première fois de son histoire, présente une population urbaine dépassant le cap de 80%.C\u2019est dire qu\u2019en un siècle la proportion ru-rale-urbaine s\u2019est complètement renversée, ainsi que le montre le tableau suivant.TABLEAU 2 Évolution de la population rurale et urbaine au Québec, 1871-1971 2 3 \tUrbaine\tRurale 1871\t22.82%\t77.18% 1881\t27.85\t72.15 1891\t33.57\t66.43 1901\t39.67\t60.33 1911\t48.20\t51.80 1921\t56.01\t43.99 1931\t63.10\t39.90 1941\t63.32\t36.68 1951\t66.95\t33.05 1961\t74.27\t25.73 1971\t80.64\t19.36 Comme on le voit, l\u2019évolution a été constante de 1871 à 1971.Mis à part le bref arrêt causé par la crise \u2014 de 1931 à 1941, les proportions sont restées à peu près les mêmes \u2014, le pourcentage de la population urbaine n\u2019a cessé d\u2019augmenter et celui de la population rurale de décroître, de dix ans en dix ans.Bien plus, pour la première fois en un siècle, les ruraux ont diminué en nombre au lieu d\u2019augmenter durant la décennie 1961-1971: de 1,352,807 qu\u2019ils étaient en 1961, ils sont tombés en 1971 à 1,166,520, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils ont subi une diminution de 186, 287, alors que les urbains augmentaient leur nombre de 954,836 durant le même espace de temps.En 1971, la population du Québec s\u2019élève à 6,027,765 habitants, dont 4,861,240 résident dans les régions dites « urbaines » et 1,166,250 dans les régions dites « rurales ».Mais ces chiffres très généraux ne nous donnent qu\u2019un premier aperçu de la situation.Il faut aller plus loin et entrer dans les détails, ainsi que le fait le Bulletin de Statistique Canada.TABLEAU 3 Répartition de la population dans les régions urbaines du Québec par groupe de taille 500,000 et plus\t\t2,664,785\t54.8% 100,000 à\t499,999\t522,105\t10.7 30,000 à\t99,999\t490,265\t10.1 10,000 à\t29,999\t479,170\t9.9 5,000 à\t9,999\t198,275\t4.1 1,000 à\t4,999\t506,645\t10.4 \t\t4,861,240\t100.0% De ce tableau il découle que, sur les 4,861,240 habitants des régions urbaines au Québec, 2,664,785, soit 54.8%, résident dans des régions de 500,000 habitants et plus.En réalité, la région montréalaise est la seule de cette envergure, l\u2019Ile de Montréal et Pile Jésus fournissant à elles seules 2,161,155 individus, soit plus de 81% de ce total.Les cinq autres régions, si l\u2019on excepte celle qui renferme de 5,000 à 9,999 habitants, se partagent à peu près éga- FÉVRIER 1973 39 lement le reste de cette population urbaine, chacune en comptant environ 10%.De leur côté, les régions dites rurales se subdivisent en deux catégories: les « non agricoles » et les « agrico- les >.Aux fins du recensement, « la population agricole comprend toutes les personnes vivant dans un logement situé dans une ferme » 3.Voici quels sont les chiffres qui expriment cette subdivision de la population rurale, tant pour 1961 que pour 1971.1961 1971 TABLEAU 4 Répartition de la population rurale au Québec Non agricole 787,981\t15.0% 861,215\t14.3 Agricole 564,826\t10.7% 305,300\t5.1 Après « la fin d'un règne » De 1961 à 1971, la population « non agricole » du Québec a à peu près maintenu ses positions; si elle a légèrement augmenté en nombre (l\u2019augmentation se chiffre à 73,234), elle n\u2019a pu, cependant, conserver entièrement son pourcentage par rapport à l\u2019ensemble de la population (la diminution a été de 0.7).La population dite « agricole », par contre, a subi une dégringolade, à la fois dans son nombre: moins de 259,526, et dans son pourcentage: moins de 5.6.Si l\u2019on ajoute que, de 1966 à 1971, le nombre des fermes au Québec est tombé de 80,294 à 61,257, subissant ainsi une diminution de l\u2019ordre de 23.7%, on ne peut que constater le rétrécissement graduel de la base proprement agricole de la population québécoise, base réduite maintenant à seulement 5% de cette population.Le Québec est aujourd\u2019hui urbanisé à plus de 80%; seul l\u2019Ontario, de toutes les provinces canadiennes, le dépasse, mais de très peu, sur ce point.C\u2019est là un signe des temps auquel les Canadiens français doivent de plus en plus prêter attention.Deux remarques à ce sujet.Ce n\u2019est pas verser dans l\u2019agriculturisme que de demander aux pouvoirs publics de se soucier de rendre tout particulièrement justice à ce petit reste de 5% qui continue au Québec l\u2019une des occupations les plus saines, les plus méritantes et les plus nécessaires qui soient.Le professeur Gérald Fortin, dans son ouvrage La fin d\u2019un règne (Montréal, 1971), a bien décrit l\u2019évolution du milieu agricole ainsi que les problèmes qui s\u2019y posent, à mesure que ce milieu se mécanise et s\u2019organise.Ces pages éclairantes sont à lire.D\u2019un autre côté, s\u2019ils veulent édifier une civilisation urbaine originale, il est plus que temps que les Canadiens français impriment leur marque propre sur la vie, la culture et la langue, non seulement des petites et moyennes villes de la province, mais encore et surtout de la métropole montréalaise.C\u2019est là qu\u2019habitent et se concentrent à plus de 80% ceux qu\u2019on désigne sous le nom de Néo-Québécois et qui, pour la plupart, contribuent à donner à la région montréalaise son visage anglais.Les francophones, eux, même s\u2019ils y forment la majorité, n\u2019y sont concentrés qu\u2019à environ 37%, exactement 1,819,-635 sur les 4,867,250 qu\u2019ils sont dans toute la province.S\u2019il y a une chose dont ils doivent se convaincre, c\u2019est bien celle-ci: là, et là surtout, se joue actuellement et va se jouer encore plus demain l\u2019avenir de leur langue et de leur culture.18.01.73 Quand tu n\u2019étais pas là Comment, selon vous, Dieu répondrait-il à cette prière de son enfant ?« Si tu es venu chez nous, Seigneur, tu peux m\u2019apprendre comment aller chez toi ! A défaut de t\u2019entendre me le dire, il suffira, si tu l\u2019as écrit, de le lire; il me deviendrait possible alors de retourner chez toi par la même voie ! Si tu tiens à me revoir, à me garder pour toujours avec toi, fais-le moi découvrir ! As-tu laissé par écrit quelques preuves de ton amour de moi ?Quelques indications de tes conditions pour me recevoir ?Parle, Seigneur, j\u2019écoute ! » Pour ma part, j\u2019ai cherché dans la Révélation les éléments de sa réponse, j\u2019ai tendu l\u2019oreille à la Parole divine.Qui m\u2019a dit: « Fais comme moi ! Occupe-toi de moi qui suis là.Moi, je l\u2019ai fait quand tu n\u2019y étais pas.» « Quand tu n\u2019y étais pas, il a suffi, pour te faire venir, d\u2019une première pensée d\u2019Amour, et d\u2019un oui exprimé à mon désir de ta présence.Et pour te recevoir magnifiquement je n\u2019ai rien négligé, j\u2019ai tout fait: j\u2019ai créé, j\u2019ai créé, j\u2019ai créé sept fois les merveilles du monde.J\u2019ai créé le temps pour les soutenir jusqu\u2019à la fin.Le temps, c\u2019est mon chemin qui marche pour faire venir ce qui ne marche pas encore; le temps, c\u2019est le chemin prévu pour t\u2019amener et te ramener; le temps, c\u2019est un peu de rien dont je me sers pour multiplier des éternités de bonheur.Le temps, c\u2019est comme ton hiver, une préparation de terre avant l\u2019éclosion d\u2019un nouveau printemps.Voilà ce que j\u2019ai fait quand tu n\u2019y étais pas encore.» « Je pourrais retourner chez toi par la même voie, m\u2019as-tu déclaré tout à l\u2019heure dans ta prière.Oh, comme tu rencontres mes plans ! Mes plans dévoilés d\u2019ailleurs, il y a longtemps, par un autre moi, en employant le même mot: Je suis la voie ! Tu veux réellement faire comme moi ?C\u2019est bien ! Exprime d\u2019abord ton désir d\u2019aimer par un oui de confiance à l\u2019endroit de Celui qui t\u2019a aimé le premier, et le premier l\u2019a prouvé.Il a suffi d\u2019une pensée d\u2019amour, la mienne, pour convoquer ta présence dans le temps; un petit oui, le tien, t\u2019éveillera à la mienne, toujours vigilante près de toi ! Après quoi, ensemble, nous créerons des merveilles en ton âme avec cet un peu de rien qui s\u2019appelle le temps, et ce beaucoup de soutien qui s\u2019appelle ton amour et le mien.» « Ensemble, nous créerons des merveilles; ensemble, oui, même si tu as souvent l\u2019impression d\u2019être seul ! Ne l\u2019oublie jamais, je me suis toujours occupé de toi, même quand tu n\u2019étais pas là, et ce n\u2019était pas une impression ! Rien ne t\u2019arrivera, rien ne se présentera sans moi.Tu ne me verras pas, tu ne m\u2019entendras pas, peu importe, persiste à me croire là ! Redis sans cesse ton oui du commencement à toutes mes exigences, si étranges te paraissent-elles ! Je t\u2019en assure, tous ces oui répétés feront naître ta présence à la mienne.J\u2019ai dit ta présence à la mienne ! La mienne, en effet est toujours là; tu le sais bien, je me suis occupé de toi, même quand tu n\u2019y étais pas .pour t\u2019abandonner quand tu serais là ! Réfléchis un peu sur cette amorce de réponse à ta prière.Nous y reviendrons.Paul Fortin.40 RELATIONS Vocation et vocations \u2014 pour l\u2019avenir de l\u2019Église par Julien Harvey La question de la vocation au ministère et à la vie religieuse est sans doute une de celles qui traumatisent le plus, actuellement, ceux d\u2019entre nous qui sont sensibles à l\u2019accélération des mouvements historiques et au choc du futur.Il y a sept ans, le Concile nous rappelait les données principales du problème (Sur le ministère et la vie des prêtres, n.11): le Christ garantit qu\u2019il y aura des prêtres jusqu\u2019à la fin du monde, « afin que les chrétiens ne soient jamais comme des brebis qui n\u2019ont pas de berger ».C\u2019est par conséquent la responsabilité de tous les chrétiens, et non seulement de la hiérarchie, d\u2019assurer qu\u2019il y ait toujours assez de ministres.C\u2019est également le devoir de tous de discerner les vocations, en eux-mêmes et chez les autres, de les soutenir et de les faire arriver à maturité.Il y a sept ans, on pouvait encore écrire avec une certaine sérénité sur la question.Le conseil paulinien de confier le ministère à des hommes sûrs qui seront capables d\u2019en instruire d\u2019autres (2 Tim.2,2) avait raisonnablement bien réussi.Un mouvement lent de diminution relative des effectifs était sans doute amorcé, mais il n\u2019y avait rien d\u2019alarmant.La situation mondiale, au moment du Concile.et depuis.Le meilleur document officiel que nous possédons a été publié par le Cardinal Garrone et la Congrégation pour l\u2019enseignement catholique, le 10 mars 1971.Il nous décrit la situation de l\u2019occident: 1276 diocèses d\u2019Europe et des deux Amériques, auxquels s\u2019ajoutent 57 diocèses d\u2019Afrique du Nord et des Philippines.Pour le Canada, nous avons les rapports annuels de l\u2019Episcopat.En 1958-59, le clergé diocésain occidental compte 228,653 prêtres, dont 5,475 nouveaux ordonnés.Ils sont au service de 418,196,350 baptisés catholiques, soit un prêtre pour 1829 fidèles.Les étudiants séminaristes en théologie sont 25,687.En 1965-66, l\u2019année du document conciliaire sur le ministère, le nombre des prêtres occidentaux est passé à 236,881, dont 5,523 nouveaux ordonnés.Les séminaristes théologiens sont 25,173.Le nombre des catholiques occidentaux est passé à 485,181,540.Il y a donc maintenant un prêtre pour 2,048 catholiques.Nous pouvons constater une décroissance lente du nombre de prêtres et de séminaristes par rapport à la population catholique.Par ailleurs, le nombre FÉVRIER 1973 absolu de prêtres et de séminaristes continue de croître.Il n\u2019y a donc rien de très alarmant.En 1966-67, la courbe décroissante continue de s\u2019accélérer: 237,497 prêtres, dont 5,107 nouveaux ordonnés; 24,003 séminaristes théologiens.Et la population catholique monte à 493,632,180, soit un prêtre pour 2,078 fidèles.En 1970, le nombre des prêtres diocésains est de 236,167, dont 4,063 nouveaux ordonnés.Le nombre de séminaristes théologiens est de 19,252.La population catholique a atteint 526,-604,110.Donc, un prêtre pour 2,229 catholiques.Et il faut signaler que, pendant cette dernière période de cinq ans, le nombre absolu des prêtres a commencé à décroître; si on compare le nombre des prêtres décédés et celui des nouveaux ordonnés, le résultat est positif en 1966-67 (plus 895), mais négatif en 1970 (moins 289).Et pendant ce même temps la population catholique occidentale que nous considérons a augmenté de 33 millions.Ajoutons que, surtout depuis le décret de 1964, qui permet la laïcisation à condition d\u2019abandonner tout ministère sacerdotal, un nouveau fac- teur s\u2019est ajouté.Sur ce point, les statistiques officielles sont difficiles à obtenir.On a souvent avancé le chiffre de 20,000 abandons du ministère depuis 1964; cependant, la Congrégation elle-même fournit, en 1969, le chiffre cumulatif de 4,483 prêtres diocésains dispensés, sans dire par ailleurs que ce chiffre comprend tous les cas d\u2019abandon du ministère.De toute façon, ce chiffre s\u2019ajoute à ce que nous avons observé, mais il est peu important au regard de la baisse des vocations.Au Canada Si on adopte les mêmes points de repère que précédemment, la situation occidentale se reflète bien chez nous.En 1959, le nombre des nouveaux prêtres était de 172; en 1965, il est de 158.L\u2019année suivante, il descend à 144, puis à 124 en 1967.En 1968, à 93; en 1969, à 77; en 1970, à 50; et finalement à 50 en 1971.Pendant les années post-conciliaires, le nombre des nouveaux grands séminaristes passe de 149 en 1967, à 156 en 1968, à 101 en 1969, à 95 en 1970, et enfin à 77 en 1971.Il faut cependant ajouter quelques remarques.D\u2019abord, l\u2019épiscopat canadien fait remarquer que les chiffres sont moins significatifs pour les années 1970 et 1971; en effet, depuis lors, plusieurs séminaristes font des stages à la fin de leurs études théologiques et demeurent par conséquent des candidats normaux à l\u2019ordination dans les prochaines années.De plus, la proportion de prêtres par rapport à la population catholique demeure encore bonne: un prêtre diocésain pour 970 catholiques au Canada, en 1970, alors que la moyenne pour l\u2019occident est de un pour 2,229; l\u2019Amérique latine explique en grande partie ce dernier chiffre; pour l\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord, la proportion est aux environs de un prêtre pour 1,200 fidèles.41 Des conséquences importantes La première conséquence à souligner est, je crois, le déplacement de la courbe d\u2019âges.Puisque jusqu\u2019ici la presque totalité des vocations venaient de l\u2019adolescence, la baisse des vocations fait qu\u2019il n\u2019y a plus que très peu de jeunes prêtres; en plusieurs diocèses, la moyenne est déjà en haut de 50 ans.Or, en beaucoup de cas, la rencontre pastorale, le leadership, s\u2019exercent entre jeunes et jeunes prêtres; si bien qu\u2019il y a actuellement de moins en moins de prêtres pour les jeunes, qui sont ceux qui en ont souvent le plus besoin.Une deuxième conséquence importante est que, actuellement, nous devons utiliser pour la pastorale directe les ressources supplémentaires en hommes qui nous sont venues de l\u2019abandon, par les prêtres et les religieux, de secteurs subsidiaires, surtout l\u2019enseignement.Ces ressources ne se renouvelant pas, vu la présence réduite de prêtres dans le monde des jeunes, nous ne pourrons pas compter longtemps sur elles.Une troisième conséquence est que les institutions qui servaient jusqu\u2019ici à la formation des prêtres seront de plus en plus en crise.Nous en sommes actuellement à la phase des regroupements, surtout autour des centres universitaires.Mais si la courbe continue de descendre pendant quatre ou cinq années encore, les facultés de théologie seront partout en difficulté, même si leur population étudiante n\u2019est pas formée exclusivement de futurs prêtres.Si on veut prendre un peu de recul par rapport à la situation actuelle, il est utile de rappeler quelques données fondamentales.D\u2019abord, le Christ a exprimé clairement sa volonté d\u2019être représenté dans la communauté chrétienne par des ministres ordonnés, et cela jusqu\u2019à la fin de l\u2019histoire.Par conséquent, nous n\u2019aurons pas « une Eglise sans prêtres «.Nous pouvons donc présumer qu\u2019il invite un nombre adéquat de chrétiens à accepter ce service comme la forme propre que prend pour eux leur vocation baptismale.La pastorale des vocations n\u2019a donc rien de la propagande: elle ne crée pas les vocations, elle ne cherche pas à battre des records, elle décèle les vocations que l\u2019Esprit suscite et les aide.Tout en reconnaissant que le barème actuel de 15 étudiants pour un professeur au premier cycle n\u2019est pas absolu, il demeure pratiquement réaliste.Comme la théologie a évidemment d\u2019autres fonctions universitaires que celle de former des prêtres, nous devons développer ces autres fonctions pour éviter de voir se réduire trop fortement la qualité des équipes et des programmes.Mais la conséquence la plus fondamentale est que bientôt nous devrons envisager de manquer du service élémentaire d\u2019un prêtre par communauté chrétienne, paroisse ou autre regroupement d\u2019envergure.Evidemment, certains penseront tout de suite ici que la baisse de la pratique religieuse et même de la foi chrétienne chez nous est plus rapide encore que la baisse des vocations au ministère.Et que, par conséquent, il n\u2019y aura pas de problème.Mais ceci me semble une perspective partielle.Nul doute que, dans les grandes villes, nous devrons repenser la division des paroisses, mais ce sera en perpétuant une difficulté que nous déplorons : les paroisses trop grandes où règne l\u2019anonymat.Et en dehors des villes, la question de la distance entre les paroisses demeurera toujours, malgré le transport plus facile.Enfin, dans une telle perspective, la dimension missionnaire du ministère sacerdotal sera fatalement compromise, le temps entier étant consacré au souci pastoral de chrétiens nombreux et isolés les uns des autres.Cette pastorale est d\u2019abord le devoir de toute la communauté chrétienne, en plus d\u2019être la responsabilité personnelle de ceux qui sont invités.La famille, l\u2019école, la paroisse doivent s\u2019y intéresser activement.Et nous avons chez nous assez d\u2019enquêtes soignées pour savoir que les influences dominantes sont celles des parents et des prêtres de paroisse (Enquête sur le « Profil du séminariste québécois », Rapport Stryck-man, Rapport Rouleau).Ceci doit orienter la pastorale des organismes d\u2019Eglise (Centre national des vocations, Centres diocésains, Centre de Vocations de la C.R.C., A.F.D.P.V., etc.).Et il est bon d\u2019ajouter que ni l\u2019Evangile ni la tradition ancienne ne nous encouragent à stimuler des vocations unique- ment chez des enfants ou des adolescents.Et également que la dimension baptismale de la vocation au ministère doit aujourd\u2019hui se rattacher à la dimension charismatique de cette vocation: les besoins nouveaux et les difficultés nouvelles de l\u2019Eglise peuvent éveiller, et cela à tout âge, des vocations jusque là non perçues.Si c\u2019est une des grâces propres à la hiérarchie de discerner de façon ultime les charismes (Décret conciliaire sur la vie et le ministère des prêtres, n.11 ; Décret sur la formation des prêtres, n.2 ), il faut aussi nous rappeler que c\u2019est le devoir de la hiérarchie de déterminer, dans chaque temps de l\u2019histoire, les conditions concrètes de l\u2019entrée dans le ministère et de son exercice et par conséquent de ne rendre ce ministère ni trop difficile, ni inadapté.Un point de repère fondamental Dans le vocabulaire et la perception ordinaires chez nous, le mot « vocation » désigne presque exclusivement la vocation religieuse ou sacerdotale.Tous les autres peuvent avoir des professions, ils n\u2019ont pas de vocation.Et pourtant, tout cela est bien loin de la perception et du vocabulaire du Seigneur et du reste de la Bible.La Bible a deux séries de mots pour désigner, en hébreu comme en grec ou en latin, l\u2019invitation à un service : la série « appeler » et la série « choisir ».La première série, « appeler », est la plus importante et c\u2019est elle qui désigne la vocation de tous les chrétiens et celle de chaque chrétien (par ex.1 Cor.7,17-24; Eph.4,1; Gai.1,6); elle désigne également la vocation personnelle dans l\u2019Ancien Testament, en particulier pour les prophètes (sauf quelques cas dans le Deuxième Isaïe).La seconde, « choisir », désigne une sélection en vue d\u2019un service, et non pas une préférence; elle désigne le choix du Peuple de Dieu, de Jérusalem comme ville sainte, du roi comme médiateur; dans le Nouveau Testament, elle désigne souvent, à côté de « appeler », la sélection des Apôtres et autres ministres de l\u2019Eglise.En conséquence, il semble important de se demander si une pastorale des vocations est possible ailleurs qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019une pastorale de la vocation de chaque chrétien.Et cela, en évitant toute allusion à une prédilection de Dieu au-delà du baptême, en évitant également tout accaparement de Quelques points de repère 42 RELATIONS valeurs qui ferait qu\u2019un laïc se perçoive comme un sans-grade, comme un sans-vocation ! Il est bon de se rappeler, à ce propos, que la grâce de la hiérarchie est de discerner tous les charismes, toutes les vocations, et non pas seulement les vocations religieuses ou sacerdotales (voir par ex.Décret sur la vie et le ministère des prêtres, n.11, rattaché à Rom.12,4-7 ou 1 Cor.12, 4-30).A ce moment, celui qui aspire au ministère pourra avoir conscience d\u2019aspirer à « une noble fonction » (1 Tim.3,1) sans par ailleurs être perçu comme quelqu\u2019un qui a reçu un « superbaptême », pour reprendre une formule du Père de Lubac.Et par ailleurs il deviendra important pour chaque chrétien de rechercher quelle est concrètement sa vocation, comme chrétien.Des questions posées par la situation Devant la situation que j\u2019ai brièvement exposée, une situation aux dimensions mondiales et dont la situation canadienne n\u2019est que l\u2019expression locale, on peut faire au moins quatre hypothèses de réflexion: le Seigneur appelle actuellement autant de chrétiens au ministère, mais ils ne veulent pas répondre; il en appelle autant, mais ils ne peuvent pas répondre; il en appelle toujours, mais moins que nous ne croyons; il en appelle toujours, mais nous ne les cherchons pas au bon endroit et ne rendons pas possible leur réponse.Chacune de ces quatre hypothèses doit contenir une partie de vérité.Depuis longtemps, la première a été l\u2019objet préféré des prédicateurs et auteurs spirituels, parfois comme appel chrétien à la conversion, parfois aussi sous les traits menaçants de la propagande.Bien des renoncements au ministère, depuis le décret pontifical de 1964, doivent s\u2019expliquer par le fait que la vocation était fausse au départ, conditionnée par la pression excessive de la famille, du collège, des bienfaiteurs.Mais il demeure que cette « noble fonction » est exigeante, qu\u2019elle contredit la société de consommation de bien des manières, qu\u2019elle requiert une conception très altruiste du bonheur humain.Et ceci, surtout maintenant que le prestige sociologique du ministère a été considérablement réduit par l\u2019évolution normale de la société: le prêtre n\u2019est plus l\u2019homme le plus instruit de la communauté, il n\u2019est plus le seul définisseur des valeurs, il n\u2019est un notable que par la qualité du service qu\u2019il rend.Il est devenu un peu comme Jésus-Christ ! La deuxième hypothèse, selon laquelle beaucoup sont appelés, mais peu sont capables de répondre, est plus nouvelle.Car elle est liée au changement rapide dans la culture: critique de l\u2019institution comme obstacle au développement personnel normal, inquiétude de la foi, scepticisme causé par FÉVRIER 1973 les abandons assez nombreux du ministère, mise en cause du type de vie sacerdotal concret (formation au séminaire, célibat pour tous, style de vie sociale, économique et politique), difficulté actuelle de la pastorale, de la catéchèse, de la prédication, de la liturgie.On comprend facilement que tous ceux qui, auparavant, étaient attirés vers le ministère parce qu\u2019ils étaient des hommes de l\u2019ordre, de la régularité et de la sagesse paisible, soient actuellement incapables de répondre à un appel qui fait d\u2019eux des hommes du risque, de la disponibilité hors des cadres, de l\u2019innovation.La troisième possibilité, à savoir que moins de chrétiens que nous ne croyons soient appelés, continue d\u2019en séduire plusieurs et mérite qu\u2019on la souligne.Devant l\u2019invitation pressante du Concile pour que les chrétiens laïcs prennent en mains leurs responsabilités, devant l\u2019institution récente de ministères laïcs, devant l\u2019abandon progressif des tâches subsidiaires des prêtres dans l\u2019administration, l\u2019enseignement, il serait normal que les effectifs requis pour le ministère se réduisent.Et tout cela serait sans doute vrai, si les insistances conciliaires avaient raisonnablement bien réussi.Jusqu\u2019à présent, cette volonté de prise en charge de leur Eglise par les laïcs n\u2019a été réalisée que par un petit nombre.Pour bien des raisons, sans doute: manque de préparation, résistance plus ou moins consciente de certains prêtres, mais aussi besoin de s\u2019en remettre à des permanents, qui ont fait du service de l\u2019Eglise le centre de leur vie.Malgré tous les risques impliqués, je ne crois pas que l\u2019Eglise puisse se passer d\u2019un solide noyau de permanents, dont la plupart seront concrètement des prêtres.Et il est difficile de concevoir comment ce service serait efficace si la proportion est beaucoup moindre que un par mille.Reste la quatrième hypothèse, à savoir que nous cherchons les vocations au mauvais endroit.Jusqu\u2019à présent, notre effort de recrutement a porté presque en entier sur les enfants et les adolescents; il faut signaler cependant un effort marginal, mais significatif, concernant ce qu\u2019on a appelé les « vocations tardives », un terme qu\u2019il faudrait modifier, à mon avis, en faveur de « vocations d\u2019âge mûr ».Une vocation d\u2019adulte, provoquée par les signes des temps, n\u2019est pas une vocation tardive.\u2014 De plus, les exigences traditionnelles du rite latin nous ont fait limiter notre recherche des vocations ministérielles à ceux qui pouvaient en même temps accepter la vocation au célibat.Enfin, nous avons cherché uniquement ceux qui pouvaient suivre le chemin des études collégiales, puis de la formation universitaire en théologie.Et faut-il enfin ajouter que nous n\u2019avons porté attention qu\u2019à des candidats du sexe masculin ! La question qui nous est posée par la situation et par les points de repère évangéliques me semble donc être la suivante: si nous ne voulons pas être rejoints trop brutalement par la situation déjà créée, n\u2019est-il pas temps d\u2019examiner attentivement les quatre hypothèses ?Et cela, en conformité avec une longue tradition spirituelle dans l\u2019Eglise, qui nous dit que les vocations se préparent de loin, requièrent une lente maturation personnelle et communautaire.Pour un plan d\u2019action 1° La plus importante démarche pastorale à entreprendre me semble être la suivante: il faut trouver les moyens de faire prendre conscience à tous les chrétiens de la réalité d\u2019une vocation personnelle.Dans la situation de chrétienté, il pouvait être facile de considérer qu\u2019on était chrétien pour soi seul, pour sauver son âme.Ce qui était déjà un appauvrissement sérieux du message chrétien.Mais dans une situation où l\u2019unanimité croyante est perdue, le caractère missionnaire et sacramentel de son appel personnel à la foi doit devenir très vif: on est appelé par le Christ comme « signe parmi les nations », on est appelé pour un témoignage, un service et une mission.A l\u2019intérieur d\u2019une telle conscience, réelle pour tous, un appel au ministère peut normalement se développer, sans que renaisse le risque de vocations purement sociologiques, engendrées par le 43 besoin de prestige, de sécurité ou de formation intellectuelle désengagée.C\u2019est au-delà de telles motivations qu\u2019on peut se comprendre comme « appelé » beaucoup plus que « élu ».Dans cette perspective, il serait important à l\u2019heure actuelle qu\u2019un théologien nous offre une bonne étude accessible sur la vocation chrétienne, par exemple chez saint Paul.2° Une deuxième démarche pastorale essentielle me semble être de nous former davantage à discerner et à respecter tous les charismes, et non pas seulement les vocations sacerdotales ou religieuses.Je songe en particulier à la facilité avec laquelle la quasi-disparition de l\u2019Action Catholique a été acceptée en beaucoup de milieux; des charismes correspondants doivent pourtant continuer d\u2019exister.Je pense également à un certain mépris dont certains chrétiens entourent les catéchètes, à un certain soupçon qu\u2019ils exercent à l\u2019égard des chrétiens politiquement engagés, à une certaine indifférence à l\u2019égard des chrétiens soucieux des pauvres, à un certain amusement qu\u2019ils manifestent à l\u2019égard des efforts de renouveau artistique dans la liturgie.Cela ne signifie certainement pas protéger des vocations ni les aider à arriver à maturité.3° Les prêtres actuels doivent retrouver un nouveau courage pastoral pour parler de la vocation sacerdotale.En particulier, les prêtres des équipes paroissiales et les catéchètes.Et nous devons le faire sans retomber dans la pure publicité, encore moins dans la propagande.C\u2019est vers le témoignage que nous devons aller.Le temps des recruteurs qui risquaient inconsciemment de déraciner un jeune en pleine crise d\u2019adolescence, en décidant ses parents à le confier à un séminaire où sa vocation serait protégée, est heureusement fini.La décision de protéger sa vocation doit être personnelle, non d\u2019abord institutionnelle, et cela suppose qu\u2019un candidat en soit d\u2019abord pleinement conscient.4° Les institutions plus particulièrement soucieuses de formation au ministère conservent encore leur valeur.Le dernier rapport de l\u2019épiscopat canadien énumère les institutions où ont étudié auparavant les grands séminaristes; or, encore en 1971, il est significatif de constater que près des deux-tiers proviennent de ce qu\u2019on peut appeler des « petits séminaires » (par ex.Séminaire Saint-Jean-Vianney à Montréal, Séminaire Saint-Augustin à Cap-Rouge, Collège de Légis, etc.).On ne cite que trois candidats qui proviennent de CEGEPs publics.Il serait injuste d\u2019en conclure que les institutions d\u2019état sont de « mauvais lieux » où une vocation au ministère ne peut pas se développer.Mais il faut poser quelques questions aux équipes pastorales des CEGEPs: à côté de bien d\u2019autres services qu\u2019ils rendent, se soucient-ils assez de pastorale des vocations au ministère ?ont-ils le souci de s\u2019assurer une relève, si le service qu\u2019ils rendent leur apparaît motivant et valable ?\u2014 Par ailleurs, j\u2019en conclue que les institutions existantes qui continuent d\u2019avoir une « option ministère » méritent d\u2019être soutenues par toute l\u2019Eglise du Québec, pour qu\u2019elles puissent survivre matériellement, demeurer de bonne qualité et d\u2019esprit ouvert.A côté d\u2019institutions accessibles à tous, où des vocations ministérielles se forment au grand vent, elles gardent leur signification.5° Ceci dit, je ne crois pas, cependant, que nous ayons répondu aux exigences de la situation.Pour une raison très simple: c\u2019est qu\u2019zï est déjà trop tard pour que le recours aux sources habituelles de vocations suffise à compenser la baisse radicale des dernières années et à répondre aux besoins nouveaux.Même si la pratique religieuse baisse rapidement chez nous, la population baptisée augmente sans cesse.Et, comme le définissaient nos évêques en septembre dernier, les marginaux continuent d\u2019être des hommes qui se réclament de Jésus-Christ et qui ont droit par conséquent au service de l\u2019Eglise.En conséquence, il faut continuer de considérer sérieusement la recommandation très majoritaire (61 voix contre 12) transmise au Synode romain de 1971 par l\u2019épiscopat canadien, favorisant l\u2019ordination d\u2019adultes mariés.Nous savons maintenant, après la discussion et le suffrage du Synode, que cette recommandation n\u2019est pas également valable à l\u2019heure actuelle pour toute l\u2019Eglise.Mais le jugement de nos évêques sur sa validité pour notre pays demeure.Et des voix autorisées l\u2019appuient ailleurs; récemment, YOsservatore romano publiait un texte du P.Congar en ce sens, à la suite d\u2019une conférence qu\u2019il avait présentée à Rome.En conséquence, il est temps, je crois, que des adultes mariés pensent sérieusement à leur vocation ministérielle pour l\u2019avenir.Et que tous ceux qui se soucient de discerner et de préparer des vocations ministérielles portent également leur attention sur des adultes mariés, lorsqu\u2019ils songent à la relève.On voit très mal, en effet, surtout dans les diocèses plus petits, comment des prêtres de 55 ou 60 ans chercheraient de façon réaliste leurs successeurs dans le ministère chez des adolescents de 16 ou 18 ans.La question ne se poserait pas ainsi, si le nombre des ordinations n\u2019était pas tombé à 33% de ce qu\u2019il était il y a cinq ans, et à 50% le nombre des nouveaux grands séminaristes.S\u2019il est vrai qu\u2019une vocation ministérielle se prépare de loin, à la fois par la prière, l\u2019étude et l\u2019expérience, il faut y penser tout de suite, même si la réalisation ne vient que dans quelques années.C\u2019est là, à mon avis, une question importante sur laquelle devraient se pencher dès maintenant le Centre national des vocations et le nouveau conseil chrétien des laïcs au Québec, conseil dont l\u2019organisation est en cours.23 janvier 1973.Nouveautés La première mission des Jésuites en Nouvelle-France (1611-1613) et Les commencements du Collège de Québec (1626-1670) Par LUCIEN CAMPEAU, S.J.Collection \u201cCahiers d\u2019histoire des Jésuites\u201d, no 1 \u2014 $3.00 Les Jongleurs du billochet Conteurs et contes franco-ontariens par GERMAIN LEMIEUX, S.J.Directeur de l\u2019Institut de Folklore de l\u2019Université de Sudbury \u2014 $3.00 Mgr Bourget et son temps Tome III: L\u2019Évêque de Montréal, deuxième partie, La marche en avant du diocèse (1846-1876) par LÉON POULIOT, S.J.$5.00 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal 351 \u2014 Tél.: 387-2541 44 RELATIONS Le socialisme et les chrétiens de France \u2014 la « première étape d\u2019une réflexion » par Irénée Desrochers Après la grande secousse de mai 1968, qui avait mis en branle les gauches et les extrêmes-gauches, et mis en transe le reste des Français, la France a connu une accalmie.Les Français eurent le temps de publier quantité de livres sur le phénomène social et politique qui les avait eux-mêmes surpris.Des groupements de la gauche \u2014 plusieurs restent convaincus que mai \u201868 fut une « occasion manquée » \u2014 n\u2019ont cependant jamais lâché.Voilà que les Français voient maintenant venir la longue préparation aux élections législatives générales qui auront lieu au printemps 1973.Le Parti socialiste et le Parti communiste se sont mis d\u2019accord sur un « Programme commun de gouvernement » en vue de la prise du pouvoir qu\u2019ils espèrent ensemble obtenir dans une union de la gauche.Les deux plus grandes centrales syndicales ouvrières, la CGT, contrôlée par les communiste, et la CFDT, officiellement socialiste, poursuivent de leur côté un long débat public sur le type de socialisme qu\u2019elles veulent appuyer.C\u2019est dans ce contexte et dans celui des rapports historiques entre l\u2019Eglise et le monde ouvrier que quelques évêques, membres d\u2019une Commission épiscopale du monde ouvrier (la CEMO), ont décidé de publier un document qui se voulait le reflet des entretiens qu\u2019ils avaient eus avec des militants ouvriers 1.\t«Première étape d\u2019une réflexion de la Commission épiscopale du monde ouvrier dans son dialogue avec des militants chrétiens ayant fait l\u2019option socialiste », communication de la Commission épiscopale du monde ouvrier aux évêques de la Conférence épiscopale française, le 1er mai 1972.On trouvera le texte intégral dans La Documentation catholique, n.1609 (21 mai 1972), pp.471-477.Le texte intégral, numéroté cette fois et accompagné de commentaires, se trouve aussi dans les Cahiers de l\u2019actualité religieuse et sociale, n.38 (1er juin 1972).2.\tLettre de Paul VI au cardinal Maurice Roy, 14 mai 1971, n.4.3.\tLe Conseil du Patronat du Québec, Détruire le système actuel ?C\u2019est à y penser, Montréal, Publications Les Affaires Inc., octobre 1972, p.50.chrétiens « ayant fait l\u2019option socialiste » 1.Cette publication a créé en France toute une commotion.Le texte de ce document a beaucoup d\u2019intérêt pour nous.Les communautés chrétiennes, en chaque pays, doivent elles-mêmes « discerner .les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre » 2.La France n\u2019est pas le Canada.Mais les problèmes posés par la gauche française, celui du socialisme et du marxisme en particulier, nous sont aussi posés à nous, dans notre contexte propre.Les manifestes de nos trois grandes centrales syndicales au Québec véhiculant une forme ou l\u2019autre d\u2019analyse marxiste, la scission et certaines désaffiliations de la CSN largement dues à un problème d\u2019orientation idéologique, le débat qui s\u2019est amorcé à l\u2019intérieur de la FTQ avec la prise de position de son vice-président, Jean Gérin-Lajoie, s\u2019opposant à une certaine façon de vouloir « casser le régime », sont autant de signes qui ne peuvent laisser le public québécois indifférent.Les patrons, de leur- côté, ont tenté, avec un mani- A cause de la nature bien particulière du document de cette Commission épiscopale, le texte de la communication est précédé d\u2019une « Lettre de présentation ».C\u2019est une lettre d\u2019introduction qu\u2019il ne faut jamais oublier, au moment où l\u2019on enregistre ses réactions personnelles à la lecture du document et où l\u2019on mesure le choc qu\u2019il a produit en France.Dans cette présentation, on explique la nature du document en insistant sur le fait qu\u2019il n\u2019engage pas politiquement l\u2019Eglise, que ce n\u2019est pas même un document doctrinal, mais une réflexion apostolique, faisant suite à une démarche pastorale de la CEMO.Ce n\u2019est feste du Conseil du Patronat du Québec, de répondre à la position radicale des centrales syndicales, en défendant « notre régime d\u2019entreprise privée » auquel s\u2019en prennent « bon nombre de penseurs marxistes québécois » 3.Les chrétiens du Canada peuvent donc, tout en prenant connaissance de ce texte de la CEMO et des réactions qu\u2019il a provoquées, percevoir, comme en filigrane, une réflexion qui s\u2019applique assez bien à nos propres problèmes.Combien de Canadiens, cependant, ne veulent même pas, en pratique quand ce n\u2019est pas a priori, se poser de questions.Combien d\u2019autres donnent l\u2019impression d\u2019être prêts à accepter n\u2019importe lequel socialisme, comme s\u2019il n\u2019y avait pas vraiment de questions à se poser.D\u2019un côté comme de l\u2019autre, disons-nous parfois, « y veul\u2019 rien savoir ».Dans ces conditions, on peut se demander où en est le vrai dialogue, chez nous, entre les chrétiens et les citoyens « ayant fait l\u2019option socialiste » et ceux qui ne la font pas.Le problème, réel et aigu, est pourtant là.Au Québec, il couve un feu sous la cendre.Ne faut-il pas accepter d\u2019examiner toutes les facettes du problème ?pas une réflexion définitive, ni un document exhaustif, sur le vaste et complexe problème de la foi et des socialismes, mais simplement une première écoute de militants ouvriers « ayant fait l\u2019option socialiste », une « première étape » d\u2019une réflexion, comme le dit le titre même.Le document n\u2019est adressé ni aux travailleurs ni à l\u2019ensemble de l\u2019Eglise.Il est envoyé aux évêques de l\u2019Assemblée plénière de l\u2019épiscopat de France.N\u2019étant pas destiné à une information d\u2019ordre public, il a cependant été publié, « étant donné l\u2019utilisation qui en sera faite », pour mieux poursuivre, avec l\u2019aide de tous, le travail amorcé.La Lettre de présentation FÉVRIER 1973 45 La démarche pastorale des évêques de la Commission a été de partir non pas de livres ou d\u2019articles de revues, mais d\u2019un dialogue avec des militants qui s\u2019efforcent de vivre leur foi en Jésus-Christ dans une option socialiste.Daté du 1er mai, date de la Fête du travail en France, le document est très marqué par le souci de respecter le langage ouvrier; en grande partie, il est effectivement comme un tissu de citations sans guillemets, exprimant le point de vue, non pas nécessairement des évêques eux-mêmes, mais des militants ouvriers avec qui ils ont eu des entretiens, avec qui ils ont cheminé en les écoutant.Le rôle qu\u2019ont voulu tenir les évêques eux-mêmes ne fut pas celui de « prendre position », mais de poser de nombreuses questions dans un effort d\u2019approfondissement avec ces militants.Dans une attitude d\u2019accueil des aspirations profondes et légitimes qui s\u2019expriment dans le monde et le mouvement ouvriers, ces évêques ont accepté en même temps de s\u2019interroger eux-mêmes.Sans rien sacrifier des exigences de la vérité, ils ont voulu les découvrir de l\u2019intérieur avec ceux qui la cherchent.« La première étape d\u2019une réflexion » i Résumé du document En essayant de résumer le document le plus fidèlement possible, on peut suivre les trois parties qu\u2019il contient: une brève histoire du mouvement ouvrier dans ses rapports avec l\u2019Eglise, le refus du capitalisme et l\u2019orientation vers le socialisme, une réflexion sur la façon de vivre de Jésus-Christ en Eglise.1.\u2014 L\u2019histoire du mouvement ouvrier dans ses rapports avec l\u2019Église.La brève description de cette histoire correspond à celle qui reste dans la « mémoire ouvrière ».C\u2019est l\u2019histoire telle qu\u2019elle est vue par les militants interrogés (qui en font ressortir des aspects très justes), et pas nécessairement celle qui découlerait de travaux historiques qui se voudraient complets.Très tôt, le monde ouvrier s\u2019est orienté, selon des démarches diverses et parfois opposées, vers le socialisme.Refusant de se résigner à l\u2019exploitation, il a voulu opposer au capitalisme une véritable alternative.Mais l\u2019Eglise, par ses pasteurs, a-t-elle pris au sérieux cet idéal de libération et ce projet humain ?Le silence des pasteurs de l\u2019Eglise est difficile à comprendre.Pendant longtemps, on a dit qu\u2019il y avait incompatibilité entre la foi et une orientation socialiste.On a sans doute jugé sévèrement le marxisme matérialiste et persécuteur, et les socialismes qui semblaient renfermer l\u2019homme dans des perspectives purement terrestres.Mais pourquoi n\u2019y a-t-il que des critiques rares et nuancées du libéralisme économique ?L\u2019Eglise n\u2019a pas su saisir de l\u2019intérieur le projet de libération humaine des travailleurs.Et ses condamnations du socialisme ont été utilisées plus d\u2019une fois aux fins d\u2019une politique réaction- naire et antisociale.A cause d\u2019elles, certains ouvriers chrétiens n\u2019ont pas osé s\u2019engager véritablement dans l\u2019action ouvrière.D\u2019autres ont quitté l\u2019Eglise parce qu\u2019ils voulaient être socialistes.D\u2019ailleurs, les socialismes ont évolué.Il y a des socialismes qui n\u2019imposent pas à leurs membres une pensée philosophique déterminée; il y a de nouvelles formes de socialisme qui ne prétendent pas répondre à la totalité du devenir de l\u2019homme; il y en a d\u2019autres, enfin, qui s\u2019appuient sur une idéologie humaniste ouverte au spirituel.Les militants chrétiens peuvent vivre leur foi dans le combat pour construire le socialisme.L\u2019Eglise aussi a évolué vis-à-vis de la propriété privée des moyens de production.Les conclusions suivantes sont donc tirées : Actuellement, ce qui subsiste, c\u2019est l\u2019incompatibilité entre la philosophie matérialiste et athée du marxisme et la foi chrétienne; ce qui subsiste aussi, c\u2019est la contradiction entre certaines formes d\u2019action révolutionnaire et les exigences évangéliques de l\u2019amour.Mais on commence à se rendre compte aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019incompatibilité entre l\u2019Evangile et un système économique et politique de type socialiste, pourvu que soient observés les droits fondamentaux de la personne et les exigences d\u2019une véritable promotion collective de toute l\u2019humanité, pourvu donc aussi que puisse s\u2019exprimer la vocation surnaturelle de l\u2019homme.2.\u2014 Le refus du capitalisme et l\u2019orientation vers le socialisme Le fait que ces militants rejettent le capitalisme et s\u2019orientent vers le socialisme interpelle vigoureusement l\u2019Eglise.Elle ne peut être étrangère aux aspirations et aux luttes de cette classe ouvrière.Elle est appelée à y découvrir les signes de l\u2019action de l\u2019Esprit et à faire œuvre de discernement, même si ce ne sont pas tous les travailleurs, pour diverses raisons, qui acceptent l\u2019orientation socialiste.Rejus du capitalisme.\u2014 On constate des disparités énormes, l\u2019asservissement de l\u2019homme à une économie dévoyée, l\u2019absence d\u2019une véritable égalité de chances, le refus d\u2019associer les travailleurs aux décisions, le monopole des grandes entreprises internationales, etc.Au plan de l\u2019analyse des causes, ces injustices sont attribuées au système socio-économique qui réserve le pouvoir aux détenteurs du capital.Les militants consultés trouvent la condamnation portée par l\u2019Eglise contre le capitalisme libéral insuffisante: Pour eux, il ne suffit pas de condamner les abus du capitalisme, mais il faut le condamner en lui-même, car il est irrémédiablement source d\u2019injustice.En effet, disent-ils, si l\u2019on admet qu\u2019une minorité représentant la classe privilégiée possède les moyens de production et d\u2019échange, en vue du seul profit, on est conduit aux conséquences que l\u2019on sait, quelle que soit la bonne volonté des dirigeants.Ici, les évêques se posent à eux-mêmes une série de questions: Nous sommes-nous suffisamment interrogés sur la valeur de cette analyse ?Ne l\u2019avons-nous pas rejetée a priori ?Le capitalisme peut-il vraiment assurer les droits de la personne et la promotion collective de toute l\u2019humanité ?Mettons-nous en valeur ce que nous dit l\u2019Ancien Testament sur la vraie signification et la destination 46 RELATIONS des richesses dans la Création ?Rappelons-nous suffisamment la doctrine du Christ et de ses apôtres sur l\u2019argent ?En abordant leur réflexion sur l\u2019option socialiste, les évêques, comme Paul VI, distinguent très nettement les trois « niveaux d\u2019expression du socialisme » : les aspirations, les idéologies, les projets économiques et politiques concrets 4, même si, dans leurs entretiens avec les militants ouvriers, ces derniers ne parurent pas toujours faire ces distinctions clairement, tellement il est vrai que ces trois niveaux sont interreliés.Aspirations socialistes.\u2014 Ces militants expriment leurs aspirations socialistes.Il s\u2019agit d\u2019organiser la vie économique et sociale au service du développement intégral de tout homme et de tous les hommes.Ils veulent une société fondée sur le respect des aspirations à la culture, à la liberté et à la responsabilité.Le but de la société socialiste, c\u2019est l\u2019homme solidaire, tant dans le partage des biens que dans celui des responsabilités, l\u2019homme capable d\u2019assumer ces responsabilités dans un esprit démocratique.Aussi comme pasteurs nous nous posons quelques questions: \u2014 Nous sommes-nous suffisamment interrogés sur les richesses humaines de telles aspirations ?\u2014 Comment réfléchissons-nous avec les chrétiens qui ont fait une option socialiste ?\u2014 Nos réactions pastorales ne sont-elles pas marquées par une culture et des options différentes ?Idéologies socialistes.\u2014 Evidemment, aucun des militants chrétiens n\u2019avait adopté le marxisme dans son intégralité, en devenant athée.Mais certains d\u2019entre eux avaient assimilé des éléments importants du marxisme qui ne leur semblent pas incompatibles avec leur foi.D\u2019autres ont plutôt adopté, en accord avec certains courants socialistes contemporains, un humanisme qui, sans se référer à la foi, est porteur d\u2019une conception de l\u2019homme et de la société fondamentalement différente de celle du marxisme.A partir de là, les évêques posent quelques questions: Avons-nous suffisamment découvert les idéologies comme fait universel et leur mode d\u2019action spécifique ?La foi, en effet, n\u2019est pas une idéologie, mais le choix d\u2019une idéologie n\u2019est pas indifférent à la foi.Sommes-nous soucieux de découvrir, en lien avec d\u2019autres, l\u2019influence des idéologies jusque dans les analyses dites scienti- 4.Paul VI, Lettre au cardinal Roy, 14 mai 1971, n.31.fiques et jusque dans l\u2019action elle-même ?Il ne suffit pas de dire que telle idéologie est compatible ou non avec la foi: il convient aussi de percevoir son influence concrète.Pour accomplir notre tâche de discernement, avons-nous cherché avec des chrétiens les critères de passage de l\u2019idéologie à un absolu, c\u2019est-à-dire à une idole ?Ce danger de transformer les idéologies en idoles ne vaut pas seulement pour le marxisme ou l\u2019idéologie libérale; cela vaut aussi pour toute idéologie qui risque de devenir la « religion » de l\u2019homme.Alors, on n\u2019a plus besoin de croire au salut en Jésus-Christ.Projets économiques et politiques concrets.\u2014 Des militants chrétiens constatent le « flou > qui existe encore dans leurs projets et ils sentent la nécessité d\u2019acquérir une véritable compétence politique.Ils affirment que le passage au socialisme doit finalement se réaliser par une rupture, spécialement en ce qui concerne la propriété des moyens de production.Ils désirent que ce passage puisse se faire d\u2019une façon pacifique, mais ils craignent d\u2019être amenés, malgré eux et par la résistance des tenants du pouvoir, à utiliser la violence.Pour construire le socialisme en évitant un régime dictatorial et totalitaire, ils donnent une place très importante à l\u2019éducation politique des masses.Les évêques s\u2019interrogent sur une contradiction qui, dans le monde actuel, bloque les aspirations des travailleurs.D\u2019une part, ils se voient refuser l\u2019accès aux responsabilités économiques ou politiques sous prétexte qu\u2019ils n\u2019ont pas la compétence suffisante; d\u2019autre part, les conditions actuelles de la vie ouvrière leur rendent difficile l\u2019acquisition des compétences requises pour promouvoir les projets qui serviraient efficacement la réalisation de leurs aspirations socialistes.Est-ce que les chrétiens qui ne sont pas ouvriers ont vraiment accepté, en faveur des ouvriers, l\u2019enseignement de Paul VT sur « la participation à l\u2019élaboration des décisions, comme aux choix eux-mêmes et à leur mise en application » ?Socialisme pluraliste.\u2014 Il y a des projets socialistes différents.Des travailleurs militent dans des centrales syndicales différentes.Il y a plusieurs partis politiques différents qui correspondent à l\u2019orientation socialiste.La diversité se change plus d\u2019une fois en opposition.Chaque organisation syndicale ou politique pense posséder la vérité et ne veut pas démordre de sa théorie, de sa thèse, de ses conceptions et de son orientation.Et ces militants soufflent de cette situation de division entre les travailleurs.Référence au marxisme.\u2014 Dans ces entretiens qu\u2019ont tenus les évêques de France, la référence au marxisme a été évidemment faite en fonction de la situation concrète de ce pays.Elle s\u2019est exprimée de deux façons.D\u2019une part, les militants ont noté que toute analyse dite socialiste tend à se faire dans une perspective marxiste, où l\u2019on trouve, disent-ils, une rigueur dans l\u2019analyse et un souci du bien commun.D\u2019autre part, beaucoup reconnaissent qu\u2019un passage au socialisme ne peut se réaliser en France sans le parti communiste.Et certains ont dit que l\u2019inscription à un parti ou à une organisation syndicale ne signifiait pas nécessairement pour eux l\u2019adhésion totale à l\u2019idéologie sous-jacente à ce parti ou à cette organisation.Constatant ces faits et ces convictions, les évêques se sentent interrogés : Sommes-nous capables de distinguer dans la réalité des événements le projet politique du parti communiste et son support philosophique ?Comme nous y invite Paul VI, savons-nous discerner ce qui, dans la lutte de classes, est l\u2019expression du matérialisme dialectique et ce qui est simplement un constat de l\u2019oppression des travailleurs et un légitime combat pour obtenir la justice ?Surtout, nous efforçons-nous d\u2019aider vraiment et comme du dedans des travailleurs engagés dans des situations humainement et chrétiennement très difficiles ?Nous sommes-nous demandé pourquoi nous nous posons rarement des questions du même ordre vis-à-vis des dirigeants ou vis-à-vis de certains responsables politiques engagés dans l\u2019armement atomique et dans la vente des armes françaises à des pays du tiers monde ?3.\u2014 Vivre de Jésus-Christ en Église Jésus-Christ est toujours vivant et, par son Esprit, il ne cesse de multiplier les signes de sa présence au cœur d\u2019un monde qui se construit et se transforme.L\u2019Eglise chemine avec l\u2019humanité.Les évêques de la CEMO entendent donc poursuivre une recherche en Eglise avec des militants ouvriers chrétiens.Evêques et prêtres, nous sommes parfois déroutés, car ils n\u2019emploient pas les mêmes formules théologiques que nous.Aussi, nous devons être attentifs plus à ce qu\u2019ils vivent qu\u2019aux déficiences apparentes de certaines de leurs expressions.Là encore, nous devons nous laisser interroger.FÉVRIER 1973 47 Sommes-nous aonscients des richesses de leur langage ?Savons-nous l\u2019accueillir et partager avec eux notre foi de telle manière qu\u2019ils puissent nous comprendre ?Ces militants dénoncent eux-mêmes le danger d\u2019un « blocage », d\u2019une confusion entre leur projet humain et le salut apporté en Jésus-Christ, car il ne faut pas identifier société socialiste et Royaume de Dieu.Il s\u2019agit, disent-ils, de se laisser contester par la foi, car Jésus-Christ « dépasse nos efficacités, bouleverse notre sens de la responsabilité et peut aller parfois à contre-courant de la logique du socialisme.» Les militants reconnaissent donc l\u2019originalité de la foi, mais, en même temps, ils ne veulent pas séparer leur foi et leur vie.Ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est vivre Jésus-Christ dans toute leur vie ouvrière, y compris dans leurs engagements familiaux, syndicaux et politiques.Ces militants veulent découvrir la présence de Jésus-Christ dans le dynamisme du Mouvement ouvrier, déchiffrer le sens des événements dans la lumière de la Parole de Dieu et des sacrements.Tout en refusant de canoniser l\u2019option socialiste et en reconnaissant les déviations de certaines réalisations, bien des militants chrétiens pensent qu\u2019il y a une cohérence profonde entre la vision de l\u2019homme selon les béatitudes évangéliques et celle qui inspire leur projet politique.Les évêques se font la réflexion suivante : Dans nos dialogues avec les militants, nous découvrons là une forme réelle de contemplation et de vie missionnaire.Peut-être n\u2019y avons-nous pas suffisamment été préparés par la formation que nous avons reçue; mais de vrais contacts avec des ouvriers chrétiens, et l\u2019accueil de leur expérience de foi, nous permettent aussi d\u2019avancer dans cette voie.Il importe pour ces militants chrétiens de révéler Jésus-Christ dans le dynamisme du Mouvement ouvrier.Il s\u2019agit de vivre de telle façon que le mystère du Christ se manifeste à travers leur vie et leur action, sous forme d\u2019un témoignage qui fait mystère et qui amène un jour une interrogation: « Qui est Jésus-Christ pour toi ?Qu\u2019est-ce que cela signifie dans ta vie ?» De la part de l\u2019Eglise, ils ne peuvent se satisfaire de déclarations; c\u2019est le comportement même de l\u2019Eglise qu\u2019ils veulent voir renouvelé.Dans le sens de la justice sociale.Tout paternalisme est à leurs yeux un contre-témoignage.Le monde ouvrier désire que l\u2019Eglise donne le signe d\u2019une vraie simplicité de vie et d\u2019attention aux plus défavorisés; qu\u2019elle montre son indépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques et politiques; qu\u2019elle dénonce vigoureusement toutes les formes de l\u2019oppression de l\u2019homme.En conclusion, les évêques de la Commission constatent une fois encore combien, malgré leur bonne volonté, ils Les membres de la Commission épiscopale avaient tenu à faire savoir qu\u2019ils accueilleraient avec reconnaissance « toutes les observations au sujet de ce premier effort » (Lettre de présentation, n.20).S\u2019attendaient-ils à des réactions aussi vigoureuses et nombreux ses que celles qu\u2019ils ont récoltées ?Mgr Maziers, archevêque de Bordeaux, président de la CEMO, avait lui-même livré le texte aux journalistes, lors d\u2019une conférence de presse spéciale.Les moyens de communication, presse, radio, télévision, s\u2019en étaient emparé et avaient stimulé le débat.Cela en a fait un « événement ».Non seulement des militants ouvriers et des syndicalistes, mais des dirigeants d\u2019entreprise, des hommes politiques, des intellectuels, des partis politiques, des journaux de toute tendance ont participé à la mêlée 5 6.En général, on était d\u2019accord pour dire qu\u2019il ne fallait pas minimiser cette intervention sur une question de brûlante actualité.Une variété de sentiments s\u2019expriment, car la question du socialisme provoque des réactions « affectives ».Les uns sont satisfaits et félicitent ces évêques; beaucoup sont inquiets, troublés, surpris presque jusqu\u2019à l\u2019ahurissement.C\u2019est une « bombe », un document « passionnant ».Pour certains, c\u2019est la hiérarchie qui donne le feu vert au socialisme, la première étape d\u2019une « escalade » de la part des évêques dans leur appui au socialisme; c\u2019est un grand « virage à gauche » de l\u2019Eglise.C\u2019est parfois la stupéfaction devant ce « vertige » des clercs, ce « néo-cléricalisme de gauche » qui se révèle finalement un « pas de clerc », ne servant véritablement qu\u2019à torturer les consciences de ceux qui avaient cru pouvoir se fier à leurs chefs religieux.Qu\u2019en est-il au juste ?Seule une lecture très attentive du document de la sont « loin du monde ouvrier, de son langage, de sa culture, de ses réactions et de ses aspirations fondamentales ».Ils avouent n\u2019avoir pas fini de « rencontrer des questions, des vraies », et décident donc, pour l\u2019avenir, de poursuivre ce type de recherche.CEMO peut permettre de juger si ces réactions sont oui ou non fondées, plus ou moins justifiées.Mais bien des points de discussion ont été abordés.En voici quelques-uns.Echantillonnage.\u2014 D\u2019abord, la méthode même de travail des évêques de la CEMO fut mise en cause.Pour traiter d\u2019un problème d\u2019intérêt général, le socialisme, l\u2019échantillonnage, qu\u2019ils ont fait en décidant de s\u2019entretenir seulement avec des militants « ayant fait l\u2019option socialiste », fut jugé beaucoup trop étroit.Le « monde ouvrier », a-t-on dit, n\u2019était pas bien représenté dans ces entretiens, car les militants qui n\u2019avaient pas fait l\u2019option socialiste n\u2019avaient pas été convoqués.Une 5.Voici d\u2019abord quelques sources générales offrant des extraits ou des résumés de textes parus dans de nombreux journaux ou revues.Paul Maire, « Revue de Presse: 1er mai 1972, des évêques parlent aux évêques », Masses ouvrières, n.292 (août-sept.1972), 59-68.« La presse et le document épiscopal », Cahiers de l\u2019actualité religieuse et sociale, n.38 (1 juin 1972), 27-30.« Revue de Presse: Foi et socialisme », L\u2019Homme nouveau, 21 mai 1972, p.12; 4 juin, p.12; 18 juin, p.12; 2 juillet, p.6.« Les chrétiens français deviennent-ils socialistes ?», Informations catholiques internationales, n.409 (1 juin 1972), 9-12.Evidemment, un bon nombre de commentaires ont paru dans le quotidien La Croix, s\u2019échelonnant de mai à juillet.\u2014 Quelques articles sont à signaler.Roger Heckel, « Contribution à une recherche », Cahiers de l\u2019actualité religieuse et sociale, n.38 (1er juin 1972), 31-48.Marcel Clément a deux articles, « Des évêques s\u2019interrogent sur le socialisme », L\u2019Homme nouveau, 21 mai et 4 juin 1972.« M.Alessan-drini commente le Document de la CEMO dans l\u2019Osservatore della Domenica », La Documentation catholique, n.1615 (3 sept.1972), 798-800.Pierre de Calan, « Les chrétiens et le socialisme: une question surprenante », La Croix, 13 juillet 1972, p.2.Jacques Tessier, « Contrastes », La Croix, 30 mai 1972, p.2.Lucien Guissard, « Les chrétiens et le courant socialiste », La Croix, 8 mai 1972, p.24.La discussion s\u2019engage .2 Les réactions du grand public 48 RELATIONS enquête (IFOP) en France a pourtant révélé que 66 pour cent des travailleurs salariés français et pas loin de la moitié des ouvriers n\u2019ont pas fait l\u2019option socialiste.Les militants socialistes deviennent donc un « groupe de pression > à l\u2019intérieur de l\u2019Eglise.Et que fait-on de tous les catholiques qui ne sont pas du milieu ouvrier mais qui se sentent aussi vitalement intéressés 6 7 ?Nature du dialogue.\u2014 L\u2019attitude intellectuelle des évêques de la CEMO a aussi été l\u2019objet de critiques nombreuses.Le fait, pour ces évêques, d\u2019écouter les militants socialistes sans rappeler l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise, sans s\u2019opposer aux erreurs, aux inexactitudes, sans critiquer, a été perçu comme un monologue.Ces évêques, dit-on, n\u2019ont pas respecté la loi d\u2019un vrai dialogue, qui veut que l\u2019on respecte les exigences de la vérité en la défendant; n\u2019ayant pas rempli leur fonction d\u2019enseignement, ils n\u2019ont pas fait l\u2019œuvre de ce « discernement attentif » que Paul VI a plusieurs fois demandé.On ajoute que la définition du « monde ouvrier > et de la relation entre le « mouvement ouvrier » et le socialisme est inexacte, que la connaissance des questions abordées reste superficielle et ne tient pas compte de l\u2019auto-critique que font bien des socialistes eux-mêmes au sujet du pouvoir et de la propriété, de la liberté, de la violence, bref, des problèmes qui subsistent en tout régime socialiste.Ce qu\u2019on dit de la violence paraît naïf, puisque, à ce compte, ceux qui se défendraient contre la violence socialiste, quelle qu\u2019elle soit, seraient nécessairement coupables, et ceux qui défendent leur patrie contre l\u2019envahisseur socialiste (comme les Tchèques contre les Russes) le sont nécessairement aussi.Jugements injustes à Végard de l\u2019Eglise.\u2014 On rappelle que les nombreuses attaques vigoureuses et claires des Papes contre le libéralisme économique prouvent qu\u2019il n\u2019est pas vrai de dire que l\u2019Eglise n\u2019a fait « que des critiques rares et nuancées vis-à-vis du 6.\tUn autre sondage, celui que fit la SOFRES, auprès de citoyens, croyants ou incroyants, éclaire l\u2019attitude des Français.Voici la question n.2: L\u2019atîitude actuelle de l\u2019Eglise favorise-t-elle plutôt la majorité ou plutôt l\u2019opposition 7 \u2014 Elle favorise plutôt la majorité: 37%; elle favorise plutôt l\u2019opposition: 17%; sans opinion: '46%.Question n.4: Peut-on, à votre avis, être chrétien et partisan d\u2019une société socialiste?\u2014 Oui: 77%; non: 11%; sans opinion: 12%.Voir La Documentation catholique, n.1621, 3 déc.1972, p.1091; L\u2019Express, n.1110, 16-22 oct.1972, 20-23.7.\tLa Croix, 17 juin 1972, p.8.libéralisme économique ».Il n\u2019est pas vrai non plus de dire qu\u2019avec Gaudium et Spes l\u2019Eglise a changé d\u2019idée au sujet de la propriété privée des moyens de production.On a tort aussi de ne pas rappeler ce que Paul VI, dans sa lettre au cardinal Roy, a dit au sujet de la violence: qu\u2019il « serait illusoire et dangereux .d\u2019entrer dans la pratique de la lutte des classes et de son interprétation marxiste en négligeant de percevoir le type de société totalitaire et violente à laquelle conduit ce processus ».Voilà pour la pensée de l\u2019Eglise.Quant à son action, il n\u2019est pas juste de parler de façon à laisser croire que les chrétiens n\u2019ont pas lutté en faveur de la justice sociale pour les travailleurs, et que seuls les socialistes l\u2019ont fait.Confusion et politique.\u2014 L\u2019objection enchaîne.A cause de toutes les faiblesses jusqu\u2019ici signalées, le document en arrive à une confusion entre la foi à l\u2019Evangile et le projet socialiste, entre le salut en Jésus-Christ et la lutte socialiste.On en arrive donc en fait à ce fameux « blocage » entre foi et projet politique que les militants prétendent précisément éviter.C\u2019est dire au reste du peuple chrétien, à qui Paul VI a parlé de pluralisme, que le socialisme, autorisé comme l\u2019une des options libres, est nécessaire et « s\u2019impose ».Il n\u2019est pas étonnant que le journal communiste l\u2019Humanité n\u2019ait pas manqué de relever cette affirmation que le socialisme « s\u2019impose ».Dans des questions qui sont bel et bien « doctrinales », les évêques, en s\u2019en tenant à une attitude pastorale, ont créé une grave confusion, un « blocage » du pastoral et du doctrinal, et contribué ainsi, en fait, à exercer sur le public chrétien une pression conduisant à une obligation de conscience d\u2019appuyer le socialisme.Ces évêques ont alors, en pratique, fait d\u2019abord de la politique, la politique des socialistes.Et invoquer la bonne intention « d\u2019évangéliser » le monde ouvrier, c\u2019était tomber dans une pastorale d\u2019opportunisme.Décidément, le public français a la peau sensible, .et la langue déliée.Une lecture très attentive du document fait voir dans quelle mesure toutes ces accusations contre les évêques de la CEMO sont peu fondées.Réponse des évêques.\u2014 L\u2019auto-défense de la CEMO ne se fit pas attendre.Mgr Maziers, dans un article qu\u2019a reproduit la Croix de Paris (3 juin), avoue d\u2019abord que la publication du document lui a valu « un abondant relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL.RELATIONS présente, chaque mois, études et dossiers sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tPolitique nationale et internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tAffaires sociales et problèmes économiques \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.En décembre 1972, RELATIONS a publié un numéro spécial, intitulé MORALE ET CHANGEMENT, sur l\u2019évolution de la conscience morale au Québec : \u2022\tla religion de l\u2019ordre.et après ?\u2022\tmorale nouvelle, morale biblique ?\u2022\tau-delà du personnalisme et de la « conscience personnelle ».\u2022\tmorale et église en changement \u2022\tetc.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750.Prix spéciaux pour plusieurs exemplaires.Formule d\u2019abonnement au verso pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.FÉVRIER 1973 49 XJ XJ courrier » et que tous les articles parus à ce sujet constituent « un important dossier ».Résumant la variété des réactions, il rappelle la finalité profonde de la démarche des évêques, telle qu\u2019il a voulu l\u2019exprimer dans la Lettre de présentation, et qui n\u2019a pas toujours été comprise: dans une attitude d\u2019accueil et d\u2019écoute, découvrir les exigences de la vérité de l\u2019intérieur avec ceux qui la cherchent.Il souligne que cette démarche n\u2019est pas d\u2019abord une démarche politique, mais une démarche apostolique; qu\u2019il est important de dialoguer avec des militants du monde ouvrier ayant fait l\u2019option socialiste, et par eux avec les hommes dont ils se sentent solidaires, et que cette démarche apostolique ne peut que commencer par la rencontre des personnes pour découvrir ce qu\u2019elles cherchent et vivent.D\u2019ailleurs, ayant constaté avec joie que ces militants étaient conscients des risques d\u2019un blocage entre option politique et royaume de Dieu, il l\u2019avait aussi perçu, ce risque de blocage, dans beaucoup de lettres à partir d\u2019options différentes ! Les évêques qui ont eu ces rencontres vraies avec les militants en question, loin de se couper des chrétiens qui ont à vivre leur foi dans d\u2019autres milieux et d\u2019autres responsabilités, peuvent rejoindre ces derniers et les aimer « avec plus de vérité ».Mgr Maziers fait aussi allusion à une certaine convergence entre l\u2019orientation de pensée que révèle le document de la CEMO et la critique sévère du capitalisme libéral que l\u2019on retrouve chez des chrétiens du monde rural et des chrétiens des milieux indépendants.Dans le communiqué de presse du « Conseil permanent » de l\u2019épiscopat français, lors de sa réunion de juin 7, on retrace le souci d\u2019insister sur l\u2019importance de la réflexion doctrinale.Observant l\u2019impact du document de la CEMO sur l\u2019opinion publique, le Conseil déplore d\u2019avoir à constater à quel point les réactions révèlent que la Lettre de Paul VI au cardinal Roy et le texte du dernier Synode sur la justice ne sont pas connus.Dans le débat public qui a été lancé, le Conseil invite les chrétiens de toutes les options politiques à réfléchir « sereinement », en s\u2019interrogeant sur « l\u2019influence réduc- 8.Assemblée plénière de l\u2019épiscopat de France, « Pour une pratique chrétienne de la politique », La Documentation catholique, n.1620 (19 novembre 1972), 1011-1021.trice des diverses sciences humaines et d\u2019une analyse marxiste non critiquée », comme sur toutes les tendances doctrinales ruineuses pour les fondements essentiels de la foi.La poursuite du débat.\u2014 Les chrétiens n\u2019ayant pas fait l\u2019option socialiste se sont rabattus sur le fait que le document de la CEMO n\u2019était qu\u2019une « première étape »; ils pourraient compter sur une seconde étape, celle à laquelle ils estiment qu\u2019eux aussi seront accueillis et entendus.De toute façon, ils ont fini fréquemment leurs critiques en aspirant à la déclaration que ferait l\u2019Assemblée plénière de l\u2019épiscopat de France, lors de sa future réunion annuelle à Lourdes, en octobre, précisément sur le thème « Politique, Eglise et Foi ».En fait, l\u2019Assemblée plénière des évêques a publié, le 28 octobre, un document très important intitulé « Pour une pratique chrétienne de la politique ».En plus de certains problèmes généraux sur les rapports politique-Eglise-foi, elle y traite du pluralisme « inconfortable et nécessaire », du rôle des chrétiens dans les conflits et les luttes de classes, et de la réflexion sur l\u2019analyse marxiste de la lutte des classes 8.Il paraît évident que des questions restées en suspens dans le document de la CEMO sont éclairées par un texte aussi riche que celui de l\u2019Assemblée plénière de Lourdes.Le texte de la CEMO, dont nous avons pris connaissance, a joué le rôle d\u2019un révélateur.Il a révélé que le véritable pluralisme met même des évêques dans une position « inconfortable ».Mais il a révélé aussi que la raison en est peut-être la réaction de beaucoup de chrétiens et de citoyens, appelés eux aussi à entrer dans l\u2019inconfort d\u2019une écoute fraternelle, et à devoir pour cela mettre en cause leur propre façon habituelle d\u2019envisager des problèmes aussi complexes.Sommes-nous, au Canada, capables de nous « laisser interroger » suffisamment pour que le climat de notre dialogue en soit transformé ?N\u2019étant qu\u2019au début des questions, il nous faut accepter de poursuivre la recherche, dans la confrontation, pour faire ensemble un vrai « discernement attentif ».C\u2019est sans doute une épreuve, car ce type de confrontation est vigoureux.Mais le dépassement qui découle du vrai dialogue fait que l\u2019effort en vaut la peine, surtout quand il s\u2019agit de l\u2019une des tâches les plus urgentes de l\u2019heure.50 RELATIONS La vasectomie et la morale \u2014 une question à réexaminer par Marcel Marcotte Les moralistes font un métier difficile.Quand, dans un premier temps de réflexion, ils mettent en lumière les principes moraux d\u2019après lesquels, dans un champ d\u2019action donné, chacun est appelé à régler sa conduite, certains les blâment d\u2019imposer aux hommes des exigences invivables.Quand, dans un second moment, ils cherchent à expliquer comment ces principes moraux, toujours valables, s\u2019appliquent à la diversité des situations concrètes dans lesquelles se débattent les hommes d\u2019ici et d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019autres leur reprochent d\u2019exténuer la morale en la « relativisant ».Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, pourtant, ils ne font qu\u2019exercer, pour le bénéfice d\u2019autrui, le droit de la conscience éclairée à diriger la vie.La situation du moraliste chrétien est encore moins confortable.Car, en plus de réfléchir, comme ses pairs, sur les principes et leurs applications, il lui faut, en fonction de son mandat et de son auditoire particuliers, tenir compte d\u2019une tradition, c\u2019est-à-dire de l\u2019expérience accumulée, en Eglise et au contact de l\u2019Evangile, par les générations croyantes, des valeurs que cette expérience a fait émerger dans la conscience collective et des lois à travers lesquelles, tant bien que mal, ces valeurs sont défendues et promues par voie d\u2019autorité.C\u2019est bien conscient de ces difficultés que j\u2019essaierai d\u2019éclairer ici le problème complexe de la moralité de la vasectomie, en me plaçant, simultanément ou tour à tour, du point de vue des patients qui la subissent et des médecins qui l\u2019exécutent.Vasectomie et contraception Telle qu\u2019elle se pratique couramment aujourd\u2019hui, la vasectomie est à mettre au rang des techniques contraceptives et relève, au plan des fins poursuivies, des principes moraux qui régissent la contraception.Il n\u2019entre pas dans mon propos de reprendre en entier l\u2019examen d\u2019une question qui, à l\u2019entour de l\u2019encyclique Humaœ Vitœ, a fait couler tant d\u2019encre et créé tant de confusion.A l\u2019issue de ces controverses dramatiques, et sur la foi du silence prudent dont, depuis lors, la morale officielle s\u2019entoure, la majorité des chrétiens \u2014 pour ne rien dire des autres \u2014 sont convaincus que la question de la légitimité des pratiques anticonceptionnelles ne se pose plus; qu\u2019elle a été réglée, à l\u2019époque, de façon si décisive en faveur de la liberté, que chacun, désormais, peut opter, en toute tranquillité de conscience, pour n\u2019importe quelle méthode contraceptive, à charge seulement d\u2019en évaluer les avantages et les inconvénients au plan technique et conjugal.Comme si l\u2019encyclique de Paul VI n\u2019avait été qu\u2019un grand coup d\u2019épée dans l\u2019eau qui, par choc en retour, aurait eu pour effet principal \u2014 et bienfaisant \u2014 d\u2019éliminer, purement et simplement, de la sphère morale un problème épineux et, somme toute, inexistant.La vérité est tout autre.Pour des moralistes sévères, elle tient en raccourci dans ce texte de la « Note pastorale » publiée par l\u2019épiscopat de France au lendemain à\u2019Humanœ Vitœ: La contraception ne peut jamais être un bien.Elle est toujours un désordre, mais ce désordre n\u2019est pas toujours coupable.Il arrive, en effet, que des époux se considèrent en face de véritables conflits de devoirs.(No 16) Cela revient à dire que la contraception, comme telle, ne peut jamais être objectivement bonne, car elle ne respecte pas « l\u2019ouverture à la vie de tout acte conjugal », mais qu\u2019elle peut, dans certains cas, être considérée, subjectivement \u2014 et, le plus souvent, à titre provisoire \u2014 comme un « moindre mal », et donc, en réalité, comme une sorte de bien.Ces cas, soigneusement délimités, sont ceux où le devoir de transmettre la vie, en vertu des dif-, ficultés propres à un foyer donné, entre en conflit aigu avec le devoir « majeur » de conserver et de développer l\u2019amour conjugal.On est loin d\u2019un blanc-seing accordé, sans restriction, à la contraception sous toutes ses formes.L\u2019épiscopat canadien, comme chacun sait, a adopté, à la même occasion, une attitude semblable, mais plus ouverte.Sans mettre en cause l\u2019enseignement doctrinal de l\u2019Encyclique (bien qu\u2019il admette que certains puissent, pour des raisons sérieuses, le contester de bonne foi), il veut que, sur le plan pastoral, on tienne compte des convictions et des sentiments des époux qui « estiment, par suite de circonstances particulières, qu\u2019ils se trouvent en présence de ce qui leur semble être un conflit de devoirs, par exemple, accorder les impératifs de l\u2019amour conjugal avec ceux de la paternité responsable, de l\u2019éducation des enfants déjà nés ou encore de la santé de la mère ».Selon les principes reconnus de la théologie morale, dans la mesure où ces personnes auraient fait un effort sincère pour se conformer aux directives données, sans toutefois y parvenir, elles peuvent avoir la certitude qu\u2019elles ne sont pas coupées de l\u2019amour de Dieu, dès lors qu\u2019elles choisissent honnêtement la voie qui leur semble la meilleure.(No 26) Ici encore, la contraception est tolérée, elle n\u2019est pas réellement approuvée.Osons le dire: depuis quelque cinq ans que ces directives pastorales sont en vigueur, elles ne paraissent pas avoir rempli, dans la formation des consciences chrétiennes, le rôle pédagogique qui leur avait été assigné à l\u2019origine.En principe, et dans l\u2019intention des évêques, il s\u2019agissait d\u2019amortir, chez les croyants, le choc causé par l\u2019encyclique de Paul VI, en montrant comment la FÉVRIER 1973 51 doctrine officielle, en ses applications, restait respectueuse de la vraie liberté des consciences et adaptable à la diversité des situations vécues par les époux en ces temps difficiles.En pratique, et dans la vie concrète des couples, les « déclarations » épiscopales \u2014 sans parler de celles des moralistes \u2014 ont été perçues d\u2019emblée et continuent, depuis lors, à être interprétées comme un abandon pur et simple des anciennes sévérités; comme une remise inconditionnelle entre les mains des époux de toute décision concernant leur fécondité; comme l\u2019institution et la canonisation de l\u2019arbitraire en lieu et place des règles délaissées.Là où évêques et moralistes parlent, sérieusement, de conflit de devoirs, à trancher sérieusement parfois \u2014 ou même souvent \u2014 en faveur de l\u2019amour des époux et de l\u2019intérêt du foyer plutôt que de l\u2019ouverture à la vie, un grand nombre ne voient plus, à présent, qu\u2019une alternative entre la soumission à une obligation morale, plus verbale que réelle, et l\u2019ac- Toutes les techniques contraceptives ne sont pas à mettre, au regard de la morale, sur le même plan.La médecine reconnaît, par exemple, que la pilule anovulante, même sous sa forme actuelle \u2014 améliorée \u2014, n\u2019est pas sans danger pour des femmes exposées aux troubles vasculaires.L\u2019évaluation du risque encouru, selon le cas, fait partie intégrante du jugement moral à porter par la femme et par le médecin quant à l\u2019utilisation du traitement, à sa fréquence, à sa durée.De même, les spécialistes s\u2019interrogent sur le mode d\u2019action du stérilet.S\u2019il ne fait qu\u2019empêcher la fécondation de l\u2019ovule, c\u2019est un contraceptif; s\u2019il empêche plutôt la nidation (fixation sur la paroi de la matrice de l\u2019ovule fécondé), c\u2019est un abortif.(Il est probablement, par alternance, l\u2019un et l\u2019autre.) Comment ne pas tenir compte, en conscience, de pareil doute à l\u2019heure de la décision ?La vasectomie, pour sa part, est à mettre au rang des mutilations volontaires et relève, comme telle, des principes moraux qui régissent, pour le malade et pour son médecin, l\u2019exercice bien ordonné de la chirurgie.En bref, et complissement de leurs désirs légitimes.Avec le résultat que la contraception, en tant que telle, est considérée de plus en plus comme une conduite allant de soi, indifférente, anodine, normale.Comme une espèce de bien en soi plutôt que comme un mal nécessaire.A la seule condition de respecter, au plan technique, certaines normes d\u2019efficacité, médicales, psychologiques et esthétiques.En sorte que, pour être réaliste et pour partir du vécu humain et chrétien d\u2019aujourd\u2019hui, le moraliste qui se penche sur le problème précis de la vasectomie, est amené, malgré lui, à mettre plus ou moins en veilleuse la fin contraceptive de l\u2019opération, pour la considérer, avant tout, du point de vue de la moralité du moyen \u2014 la stérilisation chirurgicale du mâle \u2014 qu\u2019elle met en œuvre pour l\u2019atteindre.N\u2019empêche que, pour une conscience bien formée et délicate, la contraception, de soi, reste illicite, et qu\u2019elle ne peut jamais, à moins d\u2019être légitimée par les circonstances, servir d\u2019excuse à la vasectomie.dans leur formulation positive, ces principes tiennent dans la règle suivante: tout patient, dans la gérance légitime de sa santé et de sa vie, tout chirurgien, dûment chargé d\u2019exercer cette gérance au nom d\u2019un autre, ont le droit de sacrifier un organe et/ou une fonction du corps humain chaque fois que ce sacrifice peut être raisonnablement considéré comme nécessaire au bien de l\u2019être tout entier.Tel est le cas de l\u2019amputation d\u2019un membre gangrené, de l\u2019ablation d\u2019un utérus cancéreux, auxquelles malade et médecin conviennent de recourir pour éviter \u2014 ou pour retarder \u2014 une mort certaine.A l\u2019inverse, et dans sa formulation négative, la même règle peut s\u2019exprimer ainsi: l\u2019homme ne détenant sur les organes et les fonctions de son corps qu\u2019un droit de gérance, non de propriété, il ne peut, ni par lui-même ni par un autre, les mutiler ou les détruire s\u2019il est possible de pourvoir par d\u2019autres moyens au bien total de la personne.Ce qui condamne bien des interventions chirurgicales inutiles ou routinières contre lesquelles les médecins, tout les premiers, s\u2019élèvent avec vigueur.la médecine psychosomatique en témoigne, une personne humaine engagée, tout entière, dans un réseau serré de relations avec autrui, dont les principales, chez l\u2019adulte, se situent dans la sphère conjugale et familiale.En sorte que le bien total d\u2019un malade est inséparable, en pratique, du bien de son foyer, des conflits qui l\u2019agitent, des dangers qui le menacent.« L\u2019homme quittera son père et sa mère pour s\u2019attacher à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair »', dit la Bible.Mais si, au nom du « principe de totalité », tout individu peut disposer librement, par lui-même ou par d\u2019autres, des parties ou des fonctions de son corps, aussi souvent que le bien de sa propre « chair » \u2014 de sa propre vie \u2014 l\u2019exige, et dans la mesure où il l\u2019exige, pourquoi ne pourrait-il pas, par extension du même principe, en disposer également quand il lui est impossible \u2014 ou trop difficile \u2014 de pourvoir, autrement, au bien de cette « seule chair » \u2014 de cette seule vie \u2014 que constitue, dans son unité quasi personnelle, le couple humain ?La capacité physique et la fonction de procréation sont des valeurs importantes dans la vie des individus et des foyers; des valeurs qu\u2019il serait immoral de détruire à la légère et sans raisons proportionnées.Mais il peut arriver que, dans une situation domestique donnée, ces valeurs entrent en concurrence avec d\u2019autres valeurs considérées, à ce moment, comme plus importantes: préservation de la santé physique ou psychique de l\u2019épouse, protection efficace contre la naissance d\u2019enfants difformes ou retardés, développement de l\u2019amour conjugal par l\u2019exercice confiant d\u2019une vie sexuelle sans risque, etc.Et il peut arriver, en même temps, que la vasectomie apparaisse comme le seul ou, sans conteste, le meilleur moyen de sortir du conflit.Alors, de même que, dans l\u2019intérêt « majeur » du foyer, les époux peuvent, de bonne foi \u2014 et donc légitimement \u2014, avoir recours, en certains cas, à des formes de contraception plus courantes et moins drastiques, il semble bien qu\u2019ils puissent aussi \u2014 « si les moyens contraceptifs temporaires et usuels sont inefficaces, ou ne donnent pas une sécurité suffisante, ou sont impossibles d\u2019emploi » 1 \u2014 se sentir, à bon droit, moralement libres d\u2019avoir recours à la vasectomie.Pour une juste extension du « principe de totalité » Vasectomie et mutilation corporelle Face à son médecin, l\u2019homme n\u2019est\tment d\u2019organes et de fonctions dont il\t,, T Extrait des directives d\u2019un hôpital qué- pas \u2014 il n est jamais \u2014- qu un corps\ts agit de maintenir l\u2019integrite ou de\tbies à une stérilisation permanente, de souffrant à soigner, qu\u2019un enchevêtre-\trétablir l\u2019équilibre.C\u2019est aussi, comme\tl\u2019homme ou de la femme.52 RELATIONS L'équilibre entre les risques et les bénéfices Ceci dit, le problème de la moralité de la vasectomie se ramène à celui de l\u2019évaluation honnête et réfléchie des raisons qui, tant pour le patient que pour le chirurgien, peuvent \u2014 ou ne peuvent pas \u2014 justifier une intervention d\u2019aussi grave conséquence.L\u2019extension du « principe de totalité » au bien global de la personne, du couple, de la famille ne supprime pas \u2014 bien au contraire \u2014 l\u2019obligation, fondamentale en chirurgie, de respecter la proportion entre les dommages causés et les risques encourus par la mutilation, d\u2019une part, et le bénéfice qui en est escompté, d\u2019autre part.Or, je crois l\u2019avoir montré clairement dans mon précédent article 2, la vasectomie, quoi qu\u2019on dise, n\u2019est pas une opération de tout repos.Dans l\u2019immédiat, elle n\u2019a pas, d\u2019habitude, de conséquences trop fâcheuses, mais, à longue échéance, elle fait peser sur la santé physique et psychique de l\u2019opéré lui-même et, par contrecoup, sur l\u2019avenir du foyer, une menace très lourde.Faire fi de ces risques ou les minimiser, de parti pris, sans examen, c\u2019est, pour le candidat à la vasectomie et surtout pour son médecin, agir de façon irresponsable et, objectivement, immorale.A l\u2019heure où la vasectomie fait de plus en plus figure d\u2019opération à la mode, il y a lieu de penser que, de ce seuf chef, elle s\u2019est déjà mérité un jugement sévère.Les indications thérapeutique, eugénique, socio-économique Les bénéfices escomptés relèvent des catégories ou « indications » classiques utilisées en chirurgie génitale: thérapeutiques, eugéniques et socio-économiques.Mais cette nomenclature, si claire en apparence, est en réalité extrêmement ambiguë.En quoi consiste, par exemple, l\u2019indication thérapeutique de la vasectomie ?En toute rigueur de termes, le mot ne devrait être employé que dans les rares cas où la vasectomie est pratiquée dans le but précis d\u2019arrêter ou de ralentir l\u2019évolution d\u2019une maladie \u2014 le cancer de la prostate, par exemple \u2014 dans laquelle les canaux spermatiques sont directement impliqués \u2014 à quoi le moraliste n\u2019a rien à objecter.En pratique, cependant, les médecins appellent thérapeutique une intervention qui, d\u2019ordinaire, est immédiatement destinée à éviter, par la stérilisation de l\u2019homme, qu\u2019une grossesse aggrave une maladie physique ou psychique de la femme \u2014 ce qui, aux yeux du moraliste, suscite des problèmes délicats.Le Guide de Morale médicale de l\u2019Association des Hôpitaux catholiques du Canada, à l\u2019article 16, dit expressément: Les interventions chirurgicales ne sont moralement justifiables qu\u2019en vue d\u2019un bien proportionné à la gravité du résultat nocif prévu: ce bien ne peut être normalement que le bien même du malade.Dans la quasi totalité des cas, ce que la chirurgie a charge de préserver, c\u2019est la santé et la vie de l\u2019opéré lui-même.2.Cfr Relations, janvier 1973, « La vasectomie, cette inconnue ».Parfois aussi, par extension, la « santé » de la situation conjugale et familiale, dont la santé de la femme est une pièce importante.N\u2019empêche que, hors de pose de savoir si, en l\u2019occurrence, l\u2019équilibre entre le risque et le bénéfice n\u2019est pas mieux respecté par la stérilisation temporaire, ou même permanente, de la femme que par la vasectomie du mari.La ligature des trompes, grâce aux progrès récents de la chirurgie, est une intervention assez simple, \u2014 presque aussi simple que la vasectomie.Elle rend stérile une femme qui, d\u2019ordinaire, a tout intérêt \u2014 et est bien décidée \u2014 à le demeurer, même dans l\u2019hypothèse d\u2019un remariage.Ce qui n\u2019est pas toujours le cas pour le mari dont la fécondité, biologiquement, s\u2019étend sur une période beaucoup plus longue.Au surplus, le blocage des ovules dans les trompes ne risque pas de déclencher, comme celui des spermatozoïdes dans les canaux déférents, une réaction autoimmunologique dangereuse.La ligature des trompes, enfin, paraît moins lourde de conséquences psychologiques pour la femme que la vasectomie pour le mari.Tout compte fait, il semble donc que, au regard de la prudence morale, le « beau geste » de l\u2019homme qui, à prix fort, assume sa part du commun fardeau de la contraception, soit plus difficile à justifier que son équivalent féminin.Tout comme l\u2019indication thérapeutique, l\u2019indication eugénique souffre d\u2019un défaut de clarté.En principe, elle de- vrait être réservée aux cas tragiques où, sur la base de diagnostics et de pronostics sérieux, la vasectomie vise à prévenir la conception d\u2019enfants physiquement ou mentalement tarés \u2014 ce contre quoi la morale n\u2019a rien à redire.En pratique, l\u2019indication eugénique tend à déborder sur les cas, assurément plus nombreux, où les enfants à naître, même tout à fait normaux, seraient présu-mément placés dans des conditions psychologiques et sociologiques difficiles \u2014 ce que la morale n\u2019accepte pas sans de fortes réserves.Quant à l\u2019indication socio-économique, il est extrêmement malaisé de l\u2019évaluer avec justesse.Non seulement parce que la pauvreté est une notion relative, mais parce qu\u2019elle est \u2014 au contraire de la vasectomie \u2014 une condition modifiable.Modifiable par les individus eux-mêmes qui, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, finissent assez souvent par « s\u2019en sortir »; et modifiable aussi par l\u2019intervention, encore trop maladroite et trop courte, des pouvoirs publics.En règle générale, la responsabilité sociale du médecin s\u2019exerce et s\u2019arrête au niveau de l\u2019intérêt actuel des personnes; la guérison des maux collectifs n\u2019est pas de son ressort.Certes, il peut arriver que la misère chronique et actuellement irrémédiable d\u2019un foyer, compte tenu des répercussions qu\u2019elle a presque toujours sur la santé des parents et des enfants, rende la vasectomie légitime.Mais de telles situations, en nos pays, sont rares.De fait, aux Etats-Unis, l\u2019Association for Voluntary Sterilization a eu beau s\u2019évertuer: ce ne sont pas les vrais pauvres, encore moins les noirs des ghettos, que sa propagande a séduits, ce sont, en grande majorité, les petits-bourgeois, les gens des classes moyennes, soucieux de préserver leur statut à l\u2019intérieur d\u2019une vie amoureuse sans histoire.Le phénomène est éclairant.Il donne prise au soupçon que, dans bien des cas, l\u2019indication socio-économique de la vasectomie n\u2019est pas traitée avec sérieux et, à rebours des vraies exigences de la morale, se confond avec de pures raisons de commodité.FÉVRIER 1973 53 Des critères à réexaminer De toutes ces ambiguïtés, il ressort qu\u2019il n\u2019est pas facile d\u2019établir, à l\u2019usage des médecins, une liste de critères précis, capables d\u2019éclairer, de façon presque automatique, leur conscience d\u2019homme et/ou de chrétien, à l\u2019heure de la décision.D\u2019autant moins facile que, dans la pratique, les trois ordres d\u2019indications susdits interfèrent constamment pour accroître la complexité de la plupart des cas concrets.Même à s\u2019en tenir à des critères proprement médicaux (ceux du Yale University Hospital, par exemple), je ne crois pas qu\u2019on puisse satisfaire, à tout coup, aux requêtes de la morale.D\u2019une morale préoccupée du bien total de l\u2019homme.Soit que ces critères, vis-à-vis d\u2019un cas donné, restent trop sévères, soit que, vis-à-vis d\u2019un autre cas, il deviennent trop lâches.Je ne crois surtout pas à la validité, en pareil domaine, des critères mathématiques: vasectomie (ou salpingectomie) « automatique » après deux ou trois césariennes, ou après tel nombre de naissances, chez des femmes de tel ou tel âge, etc.A titre indicatif, ces règles chiffrées sont utiles: elles justifient, au départ, l\u2019étude du cas proposé et aident, par la suite, à son évaluation.Mais, sauf exception, elles n\u2019ont pas, à elles seules, de valeur normative et doivent, pour prendre leur sens, être intégrées dans une considération d\u2019ensemble de la situation existentielle et vécue de la personne, du couple, de la famille.Considération qui, d\u2019habitude, relève d\u2019expériences et de compétences multiples et qui, de ce fait, n\u2019est pas à la portée du seul chirurgien.Dans cette optique, l\u2019Association des Bureaux médicaux des Hôpitaux de la Province de Québec a demandé, en février 1971, que les cas de stérilisation permanente, chez l\u2019homme comme chez la femme, soient régulièrement soumis, avant exécution, à un « comité ad hoc » dont la composition corresponde, par delà les aspects médicaux des opérations projetées, à la complexité des situations concrètes où les patients sont plongés.Le texte suivant exprime bien l\u2019esprit dont cette suggestion s\u2019inspire.Nous recommandons aux médecins d\u2019étudier chaque cas individuellement quant aux motifs invoqués.De plus, une enquête sociale faite par des travailleurs sociaux pourrait identifier réellement la situation sociale qui est souvent invoquée comme motif à une stérilisation à but contraceptif.Nous attirons de plus votre attention sur les réactions psychiatriques qui sont à craindre.Une consultation en psychiatrie, si jugée nécessaire, ou une autorisation par le médecin de famille, est souvent très utile.Dans les cas douteux, une consultation est recommandée et une période d\u2019attente peut être utilisée afin de vérifier le sérieux de la demande.Reste à savoir quelle écoute ces recommandations ont effectivement obtenue et dans quelle mesure les médecins du Québec, pris un à un ou en groupe, s\u2019y conforment présentement.A voir grandir le nombre des vasecto-misés « sans cause », à écouter les relations et ses lecteurs Ottawa, le 20 décembre 1972 Cher Père Desrochers, Permettez-moi d\u2019attirer votre attention sur le caractère vraiment trop absolu d\u2019un paragraphe publié par le R.P.Guy Bourgeault dans le dernier numéro de RELATIONS (décembre 1972, p.325) au sujet du rôle de la conscience chrétienne.En effet, le Père Bourgeault écrit: [Le personnalisme] peut nous aider, dans notre recherche d\u2019un nouvel équilibre, à maintenir fermement le primat de la conscience personnelle chrétienne sur toute loi et sur tout code et sur toute autorité extérieure dans la conduite de la vie et dans l\u2019établissement même des critères de décision et d\u2019évaluation de nos actions.S\u2019il est vrai que dans le passé, on a simplifié en accordant à la loi le primat sur la conscience, j\u2019ai l\u2019impression que l\u2019auteur passe trop facilement à l\u2019extrême opposé, tout en souhaitant la « recherche d\u2019un nouvel équilibre ».Car, lorsque le chrétien cherche des critères de « décision et d\u2019évaluation de ses actes », il doit précisément faire appel à un éclairage évangélique, à l\u2019enseignement de l\u2019Eglise.Bien sûr, cette « autorité extérieure » ne devrait jamais dispenser le chrétien d\u2019un acte personnel pour l\u2019accomplissement d\u2019un acte totalement libre.Serait-il alors opportun de rappeler à vos lecteurs les paroles suivantes de l\u2019épiscopat canadien: Nous réaffirmons donc qu\u2019un catholique n\u2019est pas libre de former sa conscience sans tenir compte de l\u2019enseignement du magistère.Tout autre enseignement donné en vertu de leur autorité par le Pape ou l\u2019ensemble des évêques, le catho- 54 « confidences » que certains d\u2019entre eux lancent à la cantonade pour ébahir la galerie, on a le sentiment que la médecine québécoise, sur ce point névralgique, est en train de craquer; que le seuil de tolérance, tant médical que moral, a déjà été franchi dans bien des cas; que la vasectomie, sous le couvert d\u2019indications thérapeutiques sans consistance, tend à devenir une intervention de routine, une pure technique contraceptive entre bien d\u2019autres.Peut-être le temps est-il venu, avant que les abus s\u2019installent ou deviennent trop criants, que les organismes professionnels compétents se concertent pour aider, ici, la médecine à fixer ses normes et à découvrir sa voie.lique doit le recevoir et l\u2019accueillir avec respect, fermement convaincu que son opinion personnelle ou celle de plusieurs théologiens est d\u2019un ordre bien inférieur à celui d\u2019un tel enseignement, (avril 1969.) En résumé, ce qui me paraît déplorable dans le texte du Père Bourgeault, c\u2019est que, pour supprimer un abus: le primat de la loi sur la conscience, il tombe dans un autre abus: le primat d\u2019une conscience sans éclairage de l\u2019extérieur.Recevez, Révérend Père, l\u2019expression de mes sentiments les meilleurs.Guy Poisson, p.s.s., Service des Relations Publiques, Conférence Catholique Canadienne, Ottawa, Ont.C\u2019est précisément parce que la reconnaissance du primat de la conscience ne doit pas exclure le recours à ce que vous appelez « l\u2019éclairage de l\u2019extérieur » que, dans le texte dont vous citez un extrait, j\u2019ai explicitement situé la conscience chrétienne, à deux reprises, « en Eglise ».Dans un autre langage, la doctrine traditionnelle tient la conscience comme « la norme subjective ultime » de l\u2019agir moral, au point que l\u2019homme doit toujours suivre sa conscience, et même erronée, a-t-on constamment soutenu, bien qu\u2019il doive toujours chercher à éclairer sa conscience.D\u2019ailleurs, parler de primat ou de primauté de la conscience, c\u2019est déjà laisser entendre que d\u2019autres facteurs doivent être aussi considérés.J\u2019ai déjà, à propos du précepte dominical, exposé brièvement le rôle et la place de la loi et des préceptes ou directives de l\u2019Eglise face à l\u2019évangile et à la liberté du chrétien {Relations, 372, juin 1972, pp.184-185).Je compte y revenir dans les prochains mois.G.B.RELATIONS L\u2019enfance, ferre de contradictions \u2014 le roman québécois en 1972 * par Gabrielle Poulin Dans sa toute nouvelle chronique hebdomadaire au journal Le Devoir, Victor-Lévy Beaulieu a dressé de la production romanesque de 1972 un bilan audacieux * 1 qui a été fort contesté, soit par des romanciers (André Langevin2), soit par des militants radicaux (Madame Feretti 3 4 5) et, sans doute, par maints critiques universitaires.Il avait pourtant écrit, sur Victor Hugo et sur Jack Kérouac, des essais qui auraient dû préparer les lecteurs à tout attendre de l\u2019auteur de Jos Connaissant.De ce bilan personnel il ressort que Victor-Léry Beaulieu met à l\u2019actif les romans à tendances sociales et au passif ceux où l\u2019on dénote un individualisme secret, une certaine complaisance envers soi-même qui fait que l\u2019auteur soigne son livre comme on soigne sa tenue vestimentaire.Pour d\u2019autres critiques, le classement sera inverse.Si bien qu\u2019il s\u2019établit, d\u2019un bilan à l\u2019autre, un équilibre* et une certaine * Un premier article sur le roman québécois en 1972 a été publié dans Relations, en décembre 1972.1.\tLe Devoir, 30.12.72:13.2.\tIbid., 6.1.73:4.3.Ibid., 6.1.73:13.4.\tGilbert Lerocque: Après la boue.Coll.« Les Romanciers du Jour », R-84.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972, 208 pp., 20 cm.5.\tYvette Naubert:\tLes Pierrefendre.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1972, 316 pp., 19.5 cm.6.\tGabrielle Roy: Cet été qui chantait.Québec-Montréal, Les Editions françaises, 1972, 207 pp., 23 cm.7.\tPierre Billon: L\u2019Ogre de barbarie.Coll., « Les Romanciers du jour » R-89.\u2014 Montréal, Editions du Jour; Paris Robert Laffont, 1972, 223 pp., 20 cm.8.\tJacques Poulin, Jimmy.Coll.« Les Romanciers du our », R-39.\u2014 Montréal, les Editions du our, 1969, 158 pp., 20 cm.FÉVRIER 1973 commune mesure.Ainsi personne ne risque de sortir de l\u2019épreuve trop puissant ni trop arrogant comme personne n\u2019est complètement écrasé.Quant aux critiques, ils sont eux-mêmes très critiqués et apprennent à leurs propres dépens qu\u2019ils, peuvent eux aussi se retrouver au passif dans le bilan des romanciers, quand ceux-ci s\u2019avisent \u2014 et ils le font de plus en plus \u2014 de troquer le feu créateur pour la balance du juge, voire le glaive du justicier.Des quatre romans dont nous parlerons ici, aucun n\u2019a mérité l\u2019admiration absolue et unanime des critiques, \u2014 quel roman a réussi ce tour de force ?\u2014 bien qu\u2019ils aient réussi à retenir l\u2019attention.Ils ont en commun une certaine fraîcheur et une nostalgie lumineuse, la nostalgie du monde de l\u2019enfance qui est évoqué en de nombreuses pages.C\u2019est en effet vers son enfance que revient constamment Gabrielle, l\u2019héroïne d\u2019Après la boue 4 de Gilbert Larocque, pour pouvoir retrouver la lumière et la force qui lui permettraient de briser le nœud des contradictions qui l\u2019enserre et l\u2019étouffe.Françoise Pierrefendre 6 et son jumeau François, si étroitement liés l\u2019un à l\u2019autre, sont-ils jamais sortis du monde fantaisiste dont la vie adulte refuse de tenir les promesses ?Dans Cet été qui chantait6, Gabrielle Roy confie avec un ton émerveillé et une grande simplicité, que d\u2019aucuns ont appelés de la mièvrerie, la grande intimité qui a toujours existé entre elle et la nature, tandis que Cathy, la petite narratrice de l\u2019Ogre de Barbarie 7, se hâte de raconter les événements de son enfance avant qu\u2019ils ne s\u2019effacent totalement de sa mémoire.Mais ne voir ces romans que sous l\u2019angle d\u2019une recherche de l\u2019enfance équivaudrait à les réduire arbitrairement.C\u2019est avec toute sa richesse d\u2019homme et de créateur que le romancier recrée les illusions ou les rêves de l\u2019enfant, voire tente de faire revivre l\u2019enfant qu\u2019il a été.Un pays aux frontières fragiles Le pays de l\u2019enfance n\u2019est qu\u2019en apparence « officiellement » pour ainsi dire le pays de la neutralité.En réalité, qu\u2019ils s\u2019appellent Jimmy8, comme le gamin québécois dont Jacques Poulin a tracé le portrait inoubliable, ou Cathy, comme la petite Juive des Cour-tils, un village suisse situé sur le coteau de Malombré, les enfants habitent un espace aux frontières fragiles, limitrophe de pays en guerre dont ils ressentent tous les désordres.L\u2019espace du rêve, du jeu et de la tendresse est menacé de tous côtés par l\u2019univers des adultes.Il rétrécit chaque jour un peu plus, si bien que, à un moment donné, Jimmy, Cathy, Augustin Meaulnes, chacun de nous en vient à se demander s\u2019il a vraiment existé.Mais quelque chose, une odeur, un goût (celui d\u2019une Madeleine trempée dans une tasse de thé) suffit parfois pour que se lèvent des êtres oubliés, des paysages presque effacés, des émotions anciennes qui recomposent un fragment du pays de l\u2019enfance.C\u2019est peut-être pourquoi, pour peu qu\u2019ils soient bien écrits, les livres dans lesquels des enfants se racontent et, du même coup, décrivent l\u2019ombre que projette sur leur univers le passage des adultes, trouvent chez le lecteur adulte une attention sympathique et presque une complicité.Car alors, un peu de lumière se répand autour de lui, venue des profondeurs de sa propre enfance en allée.Dans l\u2019Ogre de barbarie, Pierre Billon situe précisément dans un pays « neutre », la Suisse (son pays d\u2019origine), et pendant la guerre de 1939 les événements qui marquent l\u2019enfance de son héroïne Catherine Wariyn-sky.Cathy décrit le village qu\u2019elle habite, les villageois dont les figures lui sont familières, sa tante Rachel et M.Perruchet, ses tuteurs, sa mère qui travaille dans un asile et surtout François, l\u2019émigré dont le passage va démasquer le petit village « neutre » et « pacifique » en même temps que réveiller chez elle, Cathy, des désirs et des forces qui la conduiront du pays de l\u2019enfance aux frontières dangereuses où se joue le sort des hommes.Nous ne saurons rien d\u2019autre des événements, des passions qui agitent ces êtres et de leur conduite, que ce que Cathy peut percevoir et qu\u2019elle raconte ingénument mais sans mièvrerie.Heureusement pour nous, la fillette est très délurée tout en étant très discrète.Nous pouvons nous introduire avec elle partout où son audace et son innocence la conduisent.Le romancier-narrateur, omniprésent et omniscient, a cédé ses droits à cette enfant et, par le fait même, à son lecteur qui se contente de la science de , Cathy et ressent ses émotions.Quand Cathy relira sa propre histoire, elle verra se dessiner, elle aussi, le lien qu\u2019elle ne pouvait voir à mesure qu\u2019elle transcrivait les événements.C\u2019est par-dessus l\u2019épaule de Cathy que nous avons l\u2019impression de lire en parcourant les pages de ce roman et, si nous en savons alors autant qu\u2019elle, nous ne pouvons nous piquer d\u2019en savoir plus long.Pierre Billon a réussi ce tour de force de nous amener pour quelques heures à regarder un monde de misères et d\u2019ombres à travers les yeux d\u2019une enfant dont la clarté seule pouvait les éclairer et les dissiper.Cette saison pour l\u2019espérance L\u2019automne est venu pour l\u2019auteur de Bonheur d\u2019occasion; l\u2019hiver sans doute ne tardera plus.Avant qu\u2019elle ne fige ses doigts et sa plume, Gabrielle Roy jette un regard 55 4 romans 1972- \u2022\tPierre Billon: L\u2019Ogre de barbarie.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972.\u2022\tGabrielle Roy: Cet été qui chantait.\u2014 Québec/Montréal, les Editions françaises, 1972.\u2022\tGilbert Larocque: Après la boue.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1972.\u2022\tYvette Naubert: Les Pierrefendre.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1972. sur les longs jours où le soleil semblerait ne devoir jamais disparaître, les beaux jours de Cet été qui chantait.Dans Rue Deschambault, nous avions appris à connaître l\u2019enfance et l\u2019adolescence de la petite fille: c\u2019était le printemps qui rêvait.Voici maintenant qu\u2019une autre saison s\u2019est achevée, qui fut tout entière sous le signe de la douceur et de l\u2019amitié.Et c\u2019est le miracle de ce livre de nous faire pénétrer dans l\u2019âme de la romancière, de nous raconter quelle fut sa vie de tous les jours pendant que, au milieux des oiseaux, des fleurs, des animaux domestiques, elle écrivait.Peut-on s\u2019étonner de la profonde tendresse quelle a toujours montrée pour les déshérités de toutes sortes, les solitaires, les pauvres, les malades, maintenant que nous savons à quel point elle savait être attentive au moindre signal du vent dans les branches, à l\u2019appel de la grenouille et du ouaouaron, comment elle savait causer avec corneilles, hirondelles, pinsons, jaseurs des cèdres, etc.?Cet été qui chantait, c\u2019est plus qu\u2019un recueil de nouvelles; c\u2019est comme une tapisserie dont chacun des points, exécutés avec finesse et art, contribue à la beauté et à l\u2019harmonie de l\u2019ensemble.Il y a des oiseaux, bien sûr, aux coloris magnifiques et chatoyants, des fleurs: kalmias roses, iris bleus, boutons d\u2019or, solidages et asters à longues feuilles, mais aussi des animaux familiers: chiens, chats, vaches, dont les formes animées traversent le paysage unique de la Grande-Pointe, face au fleuve, aux îles perdues et à la Rive-Sud.Mais ce qui ressort surtout de ce livre aux résonances franciscaines (qui ne se souvient du Capucin de la Petite Poule d\u2019eau ?) c\u2019est la douceur et la joie de vivre cueillies chaque jour avec le bouquet de fleurs simples et fraîches, écoutées dans le chant des oiseaux et le souffle du vent.Et l\u2019espérance aussi.Car l\u2019été qui chantait, c\u2019était la promesse de l\u2019automne et de ses fruits à profusion, le gage du bon feu au cœur de l\u2019hiver et, au-delà des saisons terrestres, le signe d\u2019une Saison future où les oiseaux et les hommes seront heureux toujours, partout car, comme le chantent les pluviers: \u2014 Tous ne sont pas heureux au même moment.Un jour c\u2019est l\u2019un, le lendemain l\u2019autre .Quelques-uns jamais, hélas ! Ils s\u2019éloignèrent sur le fleuve, tous les trois tenant les mêmes propos d\u2019une même voix un peu affaiblie par la distance, en sorte que l\u2019on croyait entendre une seule voix: \u2014 Ici on est heureux .Là-bas non .Quand on sera heureux ensemble, ce sera le paradis.le paradis.le paradis .9 La nuit de Gabrieile Déjà dans son premier roman: Le Nombril, 10 Gilbert Larocque avait trouvé sa voix, une voix extraordinairement juste, tout intérieure mais capable de nous entraîner, par ses seules intonations, dans un univers qu\u2019elle semblait créer en l\u2019exprimant.Nous avions retrouvé avec plaisir la même voix dans les Corridors^u, bien que ce deuxième roman nous parût plus faible que le premier, moins nécessaire pour ainsi dire.Il est vrai que le sujet en était très hasardeux: un romancier rompu à son métier s\u2019y serait probablement cassé les reins.La révolution, l\u2019action mystérieuse des felquistes, ne pouvait qu\u2019attirer un jeune écrivain.Jacques Poulin n\u2019avait pu résister à la tentation dans son premier roman: Mon cheval pour un royaume, qui est sans contredit le plus faible des trois qu\u2019il a écrits.En voici que tout récemment, Yvette Naubert dans les Pierrefendre ose elle aussi s\u2019approcher, mais combien prudemment, du monde fascinant des anarchistes.Heureusement, avec son troisième roman qu\u2019il intitule Après la boue, Gilbert Larocque retrouve le chemin intérieur de la nécessité et du même coup, sa voix s\u2019enrichit de nouvelles harmoniques.L\u2019héroïne, cette fois, est une femme, une femme malheureuse, divisée contre elle-même, qui dit tour à tour « elle » et « je » comme si elle ne savait pas vraiment qui elle est.Après la boue, c\u2019est la longue confession d\u2019une malade qui a grandi dans la peur, la honte et le dégoût et qui doit traverser maintenant une longue nuit entrecoupée d\u2019éclairs, d\u2019apparitions de fantômes, à la recherche de l\u2019enfant qu\u2019elle a été et qui seule peut lui rendre son vrai visage, le visage d\u2019avant la peur, d\u2019avant la boue, le visage originel de l\u2019innocence.Gabrieile se raconte tout au long de ce roman, comme se racontent sans doute inlassablement ceux qui sont sous les soins des psychanalystes.Elle dit les événements de son enfance, sa peur de l\u2019ombre et des spectres de la nuit, son horreur devant l\u2019infernale tante Eva a qui elle a toujours craint de ressembler et surtout le mépris et la haine qu\u2019elle a voués à son père parce qu\u2019il n a pas su ou pas voulu la défendre contre des ennemis bien réels.Elle confesse son angoisse, le refuge qu\u2019elle a trouvé dans son propre corps, le sentiment de culpabilité qui l\u2019a toujours maintenue dans la solitude et 1 écœurement, la haine de son mari, la haine du fœtus dont elle s\u2019est débarrassée comme d\u2019un poison.Mais parce que Gabrieile a commencé de guérir, la longue confession où sont repris souvent les mêmes événements, comme s\u2019il fallait bien les cerner sur toutes leurs faces, n\u2019enferme pas la patiente dans son univers.Au contraire, à mesure que nous avançons dans la lecture du roman, nous avons l\u2019impression que quelque chose se relâche, que tous ces fils noués et salis, mystérieusement se dénouent et que la boue sechee qui les tenait ensemble tombe par plaques laissant apparaître un univers lumineux avec des odeurs de glaïeuls et de capucines, un univers où il fera bon de commencer à vivre.Une fugue pour des sourds Ceux qui ont lu l\u2019Eté de la Cigale12 avaient sans doute hâte de retrouver la romancière talentueuse qui s\u2019était mérité le Prix de la Province après celui du Cercle du Livre de France.Les Pierrefendre en aura déçu quelques-uns.Non pas qu\u2019Yvette Naubert ait perdu ses qualités de narratrice, sa verve intarissable, la poésie de ses descriptions ni la finesse de ses observations psychologiques.Les Pierrefendre, comme l\u2019Eté de la Cigale, témoignent encore de la richesse d\u2019un tempérament d\u2019artiste que l\u2019attention aux moindres détails ne distrait pas de l\u2019équilibre et de la force nécessaires aux grands ensembles.Mais déjà dans l\u2019Eté de la Cigale, le lecteur avait ressenti un léger agacement devant le parallélisme un peu trop appuyé du drame d\u2019une famille et de celui qui pèse sur les cigales dont la présence s\u2019imposait à travers tout le volume.L\u2019insistance de l\u2019auteur finissait par jouer sur les nerfs presque autant que le cri strident des Cigales périodiques.Mais cette réserve étant faite, l\u2019Eté de la Cigale restait un roman prometteur.Les Pierrefendre, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une famille montréalaise qui n\u2019est pas sans nous rappeler la famille Barré du Cycle.Dans le roman de Gérard Bessette, en effet, chaque chapitre était consacré à l\u2019un des membres de la famille qui racontait son enfance, ses obsessions, ses échecs, ses relations avec père, mère, mari, frères et sœurs.Au fur et à mesure que comparaissaient devant leur propre tribunal intérieur les héros du Cycle, se dessinait le destin d\u2019une famille exemplaire et s\u2019écrivait la pitoyable geste d\u2019un peuple humilié et condamné à s\u2019épuiser dans tous ses efforts de libération.La composition du Cycle était rigoureuse, la structure clairement dégagée tandis que presque chacune des pages avait la perfection d\u2019une miniature.Et pourtant ce livre éclatait de vie et de vérité humaine.Yvette Naubert présente dans son roman les mêmes caractéristiques de rigueur et de netteté; son style est travaillé comme une pièce d\u2019orfèvrerie.Pourtant la fugue qu\u2019elle a voulu exécuter, nous réussissons à la déchiffrer, soit ! nous ne parvenons pas à l\u2019entendre.Nous avons l\u2019impression d\u2019assister à sa composition mais ce travail, dont nous ignorons la technique, (les lecteurs de romans ne sont pas forcément des musiciens) nous lasse.' L\u2019histoire des Pierrefendre, elle, est passionnante.Quand le roman commence, Françoise est réveillée par l\u2019agitation de l\u2019enfant qu\u2019elle est sur le point de mettre au monde.Deux jours vont s\u2019écouler avant que son fils ne naisse: deux jours qui vont s\u2019étendre tout 9.\tCet été qui chantait, p.203-204.10.\tGilbert Larocque: Le Nombril.Coll.« Les Romanciers du Jour », R-60.\u2014 Montréal, Les Editions du Jour, 1970, 209 pp., 20 cm.11.\tCorridors.Coll.« Les Romanciers du Jour », R-76.\u2014 Montréal, Les Editions du Jour, 1971, 214 pp., 20 cm.12.\tYvette Naubert, L\u2019Eté de la Cigale.Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 209 pp., 19.5 cm.56 RELATIONS au long de ces 316 pages où s\u2019inscrivent le présent, le passé et l\u2019avenir des Pierrefendre, de leurs amis et de quelques-unes de leurs connaissances.Le parallélisme entre les deux actions de l\u2019Eté de la Cigale se retrouve ici.Cette fois, c\u2019est la composition polyphonique de la fugue dont le thème principal se confond avec le « sujet » du roman et dont les nombreux thèmes secondaires constituent les « contre-sujets ».Tout le vocabulaire spécialisé du genre est d\u2019ailleurs exposé au moment opportun et, non seulement exposé, mais illustré.Yvette Naubert a fait des études musicales; elle a même été professeur de piano.Rien d\u2019étonnant par conséquent qu\u2019elle ait été tentée de rapprocher littérature et musique.Beaucoup de romanciers inconsciemment ont écrit des romans qui, dans leur composition, ressemblent à des fugues.Gide lui, l\u2019a fait consciemment qui fait dire à Edouard dans Les Faux-monnayeurs: \u2014 Ce que je voudrais faire, compre-nez-moi, c\u2019est quelque chose qui serait comme l\u2019Art de la fugue.Et je ne vois pas pourquoi ce qui fut possible en musique, serait impossible en littérature .13 Et Guy Michaud 14, propose de profiter de l\u2019analogie entre le roman et la fugue pour en tirer une méthode d\u2019analyse.Yvette Naubert, et en cela son roman est résolument moderne, introduit au cœur même de son récit, la méthode d\u2019analyse qui permet de dénouer tous les fils enlacés du drame, de distinguer le thème principal des thèmes secondaires, de reconnaître l\u2019antécédent et le conséquent et l\u2019intervalle qui les sépare, de noter au fur et à mesure qu\u2019elles s\u2019accomplissent les « mutations ».Cette façon de faire a exigé sans doute de la romancière beaucoup de travail et une grande virtuosité.Il me semble que le roman aurait gagné en liberté et en richesse de vie à ne pas suivre aussi rigoureusement le genre par ailleurs si libre et si imprévisible de la fugue.Les développements parallèles de l\u2019action et de la musique se nuisent mutuellement: le mouvement de la fugue est moins mélodieux d\u2019être contraint à la littérature, le roman moins prenant qui nous ramène à tout instant à la rigueur de.la composition musicale.Les personnages pourtant sont remplis de vérité; les problèmes auxquels ils sont confrontés sont ceux de notre société et de notre peuple: problèmes d\u2019un passé encore récent aux prises avec la conscription, le chômage (Bonheur d\u2019occasion), le nationalisme, problèmes du bilinguisme et de l\u2019unilinguisme et, au-delà de ces thèmes secondaires, le thème principal, celui de l\u2019incompréhension du couple, de la solitude .Yvette Naubert connaît le cœur humain: elle sait comment raconter ses drames, ses désirs, ses frustrations, ses luttes.S\u2019est-elle méfié de son propre talent en cherchant à s\u2019appuyer sur des techniques éprouvées, comme une bonne musicienne qui doit garder constamment ses doigts déliés par toutes sortes d\u2019exercices ingrats ?Le romancier a besoin de techniques, mais les meilleures sont toujours celles 13.\tAndré Gide: Les Faux Monnayeurs.Coll.« Livre de poche », 152-153.\u2014 Paris, Gallimard (cl925), p.237.14.\tGuy Michaud: L\u2019Œuvre et ses techniques.« Connaissance de la littérature ».\u2014 Paris, Wizet, 1957, p.130.FÉVRIER 1973 que lui imposent son sujet, ses personnages: il ne les prend pas toutes faites; elles naissent en même temps que l\u2019univers qu\u2019il crée.Elles sont comme cet univers, imprévisibles et toujours nouvelles.Ces quatre romans, où se reconnaît aisément la sincérité de chacun des auteurs, manifestent une profondeur de vie indéniable et l\u2019amour des choses bien faites.Dans chacun des cas il s\u2019agit du drame bien personnel d\u2019un être que la solitude pourrait écraser et couper de l\u2019univers qui l\u2019entoure.Mais parce que ces êtres savent confronter les adultes qu\u2019ils sont devenus avec l\u2019enfant qu\u2019ils ont été et qu\u2019ils restent encore dans bien des circonstances, ils prennent le véritable chemin qui conduit vers la cité et la résolution de leurs propres contradictions ouvre une brèche dans le mur qui écrase les sociétés.Ottawa, le 12 janvier 1973.57 UNE VIE AU SERVICE DE L\u2019UNITÉ CHRÉTIENNE * Aucun catholique, ayant suivi d\u2019assez près le déroulement de Vatican II, n\u2019a oublié l\u2019explosion de grâces que fut, pour le monde chrétien tout entier, l\u2019ouverture œcuménique de l\u2019Eglise catholique, perçue, dès l\u2019abord, avec la présence des « Observateurs » et leur participation discrète et très active aux échanges où l\u2019Eglise élaborait l\u2019expression actuelle de sa pensée.Personne, non plus, n\u2019a oublié que la grande figure ouvrière, inspiratrice et guide visible de cette ouverture spectaculaire fut un vieillard de quatre-vingts ans et plus: le cardinal Augustin Bea.Voici, pour le mieux connaître, un ensemble de documents inattendus, d\u2019une portée exceptionnelle.Il s\u2019agit de notes spirituelles qu\u2019il rédigea, de 1959 à 1968, en ses retraites qu\u2019il faisait chaque année, suivant les Exercices spirituels de saint Ignace, et des annotations qu\u2019il y apportait, d\u2019une retraite à l\u2019autre, en ses récollections de chaque mois.Le cardinal Bea, fort discret sur sa vie spirituelle, n\u2019avait parlé de ces notes à personne, pas même à celui qui, depuis vingt-cinq ans, vivait dans son intimité et fut, pendant les neuf dernières années, sont secrétaire particulier: le Père Stjepan Schmidt, SJ.Quelle ne fut pas la surprise et l\u2019émotion de ce dernier, chargé des legs du Cardinal, de découvrir ces notes dont son ami, toute sa vie, avait jalonné son cheminement ! Cet ami qu\u2019il connaissait et admirait, cet apôtre dont la vaillance se renouvelait pour ainsi dire chaque jour et que l\u2019on devinait tout près de Dieu, livrait ainsi le secret de sa vie de prêtre-religieux, de cardinal, de promoteur prodigieusement dynamique dans l\u2019ouverture œcuménique de l\u2019Eglise.Le P.Schmidt estima qu\u2019il fallait faire connaître le secret de cette participation œcuménique supérieure, en publiant les notes de retraites des dix dernières années.Il les présente sans aucun commentaire; il se contente de nous y introduire par des informations d\u2019ensemble biographiques ou spirituelles, puis, par un aperçu, avant les notes de chaque année, des activités œcuméniques du Cardinal à cette époque.* Augustin BEA: Ma Vie pour mes Frères.Traduit de l\u2019allemand par René Virrion.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1971,414 p.Par manière de conclusion,^ les Bénédictines de Lisieux ont dégagé le profil spirituel de celui qui, d\u2019année en année, s\u2019était remis en face de Dieu, à l\u2019école des Exercices.Ce profil a le mérite, entre autres, d\u2019avoir pour auteurs des âmes appartenant à une autre école de spiritualité; le témoignage s\u2019en trouve élargi et enrichi.Enfin et surtout, les notes spirituelles du cardinal Bea s\u2019éclairent du témoignage exceptionnel que lui rend dans la preface le cardinal Willebrands qui lui succéda à la tête du Secrétariat pour l\u2019Unité, après y avoir été son collaborateur immédiat, en rapports intimes avec lui depuis plus de quinze ans.De ce témoignage je détache ces phrases décisives: « Ce qui me frappait le plus en lui, c\u2019était un caractère d\u2019absolue authenticité dans sa personne et dans sa vie.Nous en découvrons la source dans ses notes spirituelles .» « C\u2019est l\u2019esprit de ses livres, de sa pensée, de son œuvre qui trouve ici leur expression, c\u2019est le cardinal Bea seul avec Dieu et vu pour cela de la manière la plus authentique, luttant avec Dieu comme Jacob avec l\u2019ange, imitant Jean et Paul dans leur amour pour Dieu.Cette conversion intérieure continuelle dans l\u2019homme qui était à la tête du mouvement œcuménique représente sa meilleure contribution à la cause de l\u2019unité.» Si l\u2019on s\u2019arrête enfin aux notes elles-mêmes du Cardinal reprenant sans se lasser l\u2019itinéraire des Exercices, il faut reconnaître qu\u2019on n\u2019y décèle rien de gêné, de vieilli, d\u2019étriqué ou de formaliste.C\u2019est grâce sans doute à un sens profond des Exercices que renouvelait une connaissance exceptionnelle de l\u2019Ecriture, surtout de saint Paul.Toujours il rejoignait en sa source la nappe d\u2019eau vive qui vivifie.Ces notes spirituelles d\u2019allure modeste nous introduisent ainsi au cœur d\u2019une grande vie apostolique profondément unifiée dans l\u2019amour de Dieu et de l\u2019Eglise, qui s\u2019apparente aux plus grandes de l\u2019histoire.On s\u2019explique le mot de Jean XXIII: « Quelle grande grâce le Seigneur m\u2019a accordée quand il m\u2019a fait découvrir le cardinal Bea ! » Georges Robitaille, S.J. \u201cQuelques arpents de neige\u201d \u2014 un film de Denis Héroux Il ne faut pas juste faire des films pour que beaucoup de monde aille les voir, il faut que ça signifie quelque chose .Denis Héroux par Yves Lever De son propre aveu, Denis Héroux souhaitait qu\u2019un débat s\u2019engage autour de son film et des événements qu\u2019il raconte.Le débat a lieu, mais jusqu\u2019à maintenant, le dossier se révèle d\u2019une pauvreté affligeante.Eloges absolus («le film le plus impeccable de l\u2019année » ), condamnations tout aussi absolues, déclarations fracassantes font sans doute une excellente promotion publicitaire (personne ne peut manquer un film suscitant autant de commentaires), mais n\u2019apportent rien de bien éclairant, si ce n\u2019est sur les mécanismes de la publicité dont il est toujours fascinant d\u2019observer la mise en œuvre.Dans presque tout ce qui a paru jusqu\u2019à maintenant, que ce soit en éloges ou en condamnations, un point commun ressort: le manque d\u2019analyse du film, de sa « signification ».De la pseudo-critique, oui; de la critique, non.Héroux est furieux contre ceux qui « descendent » son film; si j\u2019étais à sa place, je le serais autant contre ceux qui le louangent.Rien qu\u2019à lire la série de jugements favorables incorporés par la publicité imprimée (et ce n\u2019est guère mieux quand on connaît leur contexte), on a déjà envie de rugir.Comment prendre au sérieux une série d\u2019éloges révélant un manque quasi-total de goût et de connaissances cinématographiques chez leurs auteurs ?Il y a de ces jugements qui jugent plus leurs auteurs que les œuvres jugées ! Quand un critique condamne une œuvre et que, manifestement, il ne l\u2019a pas comprise, l\u2019auteur peut toujours garder bonne conscience: le critique n\u2019est qu\u2019un crétin parmi d\u2019autres ! Mais si, ne l\u2019ayant pas comprise non plus, il la louange et la compare avec des « chefs-d\u2019œuvre », c\u2019est encore pire : que valent les louanges d\u2019un crétin ?Héroux a-t-il un talent de cinéaste ?Dans le panorama cinématographique, il y a place pour toutes sortes de films comme il y a toutes sortes de goûts et de besoins.Par goût personnel et par tendance réfléchie, je suis toujours porté à préférer les bons « films d\u2019action », accessibles à un large public, aux films intellectualisants, de recherche formelle et faits surtout pour les copains de la profession.Ceci pour dire que je ne juge pas Quelques arpents de neige par rapport à ceux du circuit parallèle ou de la classe « Verdi », mais uniquement à l\u2019intérieur de sa propre catégorie.Dès qu\u2019on a déjà vu un ou quelques films d\u2019un auteur, on aborde toujours les suivants avec un certain nombre de préjugés, favorables ou non.Pour ce qui concerne Héroux, les miens sont de taille: d\u2019une part, je louange son sens des affaires et, comme tout le monde, je lui suis reconnaissant du déblocage de notre industrie du cinéma; d\u2019autre part, je suis convaincu qu\u2019il n\u2019a pas de talent de cinéaste.Quand ü a un minimum de talent, un réalisateur le révèle toujours; même dans de très mauvais films, on verra des « étincelles » de talent, que ce soit au niveau de la création d\u2019une atmosphère, de la narration cohérente d\u2019une anecdote, de la composition signifiante des images, de la direction des comédiens, de l\u2019orchestration des éléments symboliques.Ce talent-là, « tu l\u2019as ou tu l\u2019as pas », comme dit l\u2019annonce bien connue.Après sept ou huit films, il est clair pour moi que Héroux ne l\u2019a pas.Quelques arpents de neige n\u2019apporte aucune surprise par rapport aux films précédents.On y retrouve exactement les mêmes défauts.1° D\u2019abord, et c\u2019est le premier élément qui fait « débarquer » du film, la faiblesse du scénario et du découpage de l\u2019action.Parce que beaucoup trop de temps est perdu pour présenter les personnages et les situer dans un environnement croyable, l\u2019action proprement dite du film doit se conclure très rapidement à coups de ficelles dramatiques invraisemblables, à coups de « conversions » non préparées et trop rapides.Pendant longtemps il ne se passe rien, la caméra s\u2019attarde sans raison sur des visages ou des objets; puis tout se passe trop rapidement.2° Manque au niveau de la composition des images, aussi.Ce n\u2019est pas que les images ne sont pas belles: au contraire, il y a trop de trop belles images.Parce que Héroux ne choisit que les plus beaux paysages du Québec, parce que la caméra est chargée d\u2019une excellente pellicule, les reproductions sont parfaites.Trop parfaites.Excellentes dans le film touristique, cette sorte d\u2019images ne produisent aucun effet cinématographique parce qu\u2019elles ne sont pas organisées pour signifier ou s\u2019insérer dans un réseau de significations.Dans Quelques arpents de neige, les paysages de neige, de maisons et de forêt sont regardés par un appareil mécanique plutôt que contemplés par un œil d\u2019artiste.Images vides et sans âme.Un appareil de photo automatique va nous reproduire fidèlement un extérieur d\u2019hiver, mais une photo de Désilet ou une peinture de Lemieux vont vous le faire contempler.C\u2019est toute la différence entre celui « qui l\u2019a » et celui « qui l\u2019a pas ».30 Enfin, parce que Héroux engage généralement des comédiens professionnels, ceux-ci ne réussissent jamais à être complètement mauvais, mais on le doit plus à leur talent qu\u2019à la direction des acteurs.Ainsi, Jean Duceppe, Gérard Poirier, Frédéric de Pas-quale, Mylène Demongeot, Roland Chenail s\u2019en tirent honorablement, à cause de leur grande expérience de la scène ou des caméras.Mais un Donald Pilon, acteur de cinéma avant tout, s\u2019en tire fort mal quand il lui faut jouer théâtralement plutôt que de mettre sa gueule au service du langage cinématographique (cadrages, choix de plans, position de la caméra, effets de montage) maîtrisé par un réalisateur de talent.Au cinéma, c\u2019est plus l\u2019ensemble des techniques que les aptitudes à jouer des rôles qui créent la consistance des personnages.La « présence » sur l\u2019écran s\u2019obtient plus par les effets du montage que par les grimaces des comédiens.Cela a déjà été démontré des dizaines de fois par des réalisateurs comme Bresson ou Polanski et, chez nous, par Carie et Jutras.On a l\u2019impression que Héroux ne l\u2019a pas encore compris.Ceci dit, il n\u2019en reste pas moins que Héroux a fait des films importants pour le Québec.Importants non pas par leurs qualités internes, mais simplement parce qu\u2019ils ont été faits.Au-delà de l\u2019aspect simplement commercial (relance de l\u2019industrie), il faut reconnaître que Héroux a des antennes assez extraordinaires pour percevoir avant les autres ce qui marchera ou ne marchera pas au cinéma.Il sent avant les autres qu\u2019il est nécessaire de réaliser un film populaire sur tel ou tel sujet.Médiocres, ses films n\u2019en suscitent pas moins de chauds débats profitables.Ce fut d\u2019abord le problème étudiant, puis la révolution sexuelle avec toutes ses ambiguïtés, puis la création de vedettes dans le monde de la chanson.Aujourd\u2019hui, ce sont les Patriotes de 1837-1838 et les problèmes du film historique.Il faut s\u2019attarder sur ce dernier point.58 RELATIONS Mythes et histoire Il y a trois ans, Marcel Carrière réalisait, à l\u2019O.N.F., Saint Denis dans le temps, film parlant aussi des patriotes.Dans un montage en parallèle, il reconstituait matériellement ce qu\u2019avait pu être la victoire des Patriotes à Saint-Denis (Saint-Denis dans ce temps-là de 1837) et, à travers des personnages contemporains et des descendants de Patriotes, il dégageait la mythologie élaborée autour de cet événement (Saint-Denis transformé dans et par le temps).Il opposait ainsi la mythologie à l\u2019histoire, et tentait de les réconcilier.Film bien tourné en son genre (ciné-club), il a mal tourné en tentant une sortie commerciale.Il n\u2019en posait pas moins très bien un des problèmes fondamentaux du film historique: doit-on essayer de reconstituer fidèlement (je ne dis pas « objectivement » ), au niveau de l\u2019anecdote, ce qui s\u2019est passé à ce moment-là, ce qui n\u2019est qu\u2019en partie possible puisque des préoccupations contemporaines et les limites d\u2019un langage imposent un choix des éléments, ou bien doit-on tenir compte surtout de l\u2019histoire telle que transformée par le temps, ce qui peut fausser en partie les événements eux-mêmes ?Ainsi, dans le cas qui nous préoccupe, il est certain que les Patriotes, tels qu\u2019ils ont existé ( en autant qu\u2019on peut les connaître), et ceux qui sont affichés (posters) dans les manifestations politiques d\u2019aujourd\u2019hui ou dans le Petit manuel d\u2019histoire du Québec de Bergeron, sont deux réalités bien différentes, au moins superficiellement.Les patriotes mythiques se révèlent bien plus grands que les vrais.Peut-être sont-ils les seuls vrais, cependant.Parce qu\u2019elles mettent à jour concrètement une dimension importante de l\u2019expérience humaine (importante pour un lieu et un temps donnés, au minimum) et à condition qu\u2019elles soient authentiques, certaines personnes engagées dans un événement deviennent des personnages, des symboles d\u2019une réalité collective.Ces symboles « épaississent », amplifient la réalité des personnes.Dès lors, ils deviennent une réalité indépendante d\u2019elles.Les personnes réussissent ou échouent dans leur entreprise, elles meurent, mais ça n\u2019a plus tellement d\u2019importance: les symboles commencent à vivre, la nouvelle création est vivante, énergétique.Les failles, les « trous » des personnes réelles sont comblés par l\u2019histoire, comme autour d\u2019un défunt on a toujours tendance à mettre sur lui un tas de qualités qu\u2019il n\u2019avait pas ou à amplifier celles qu\u2019il avait.Par cette vie des symboles se construit l\u2019imaginaire dont vit une collectivité.Dans cet univers imaginaire, la collectivité exprime ce qu\u2019elle a de meilleur et de plus dynamique.Elle donne des figures concrètes à ses aspirations profondes, dessine ses utopies et affirme la possibilité de les réaliser.Jean Cocteau disait: « J\u2019ai toujours préféré la mythologie à l\u2019histoire.L\u2019histoire est faite de vérités qui deviennent des mensonges; la mythologie, de mensonges qui deviennent des vérités.» Un peuple a presque autant besoin de ces « vérités » que de son pain quotidien.Viennent d\u2019autres temps, se présentent des situations analogues, reprenne la lutte: ces « mensonges » changés en « vérités » attisent la flamme révolutionnaire, deviennent des modèles d\u2019action dans les luttes présentes.En cela réside le seul intérêt de l\u2019étude historique: le passé devenu mobilisateur dans le présent.misme désespérant: incendie accidentel de la maison, amour sans espoir entre Simon et Julie, mort de tout le groupe des Patriotes (y compris le suicide par pendaison assez invraisemblable de Laura, la fille du Breton), mort de Julie par une vulgaire grippe avec en plus sa défiguration par des oiseaux, Simon, supposé être un vrai homme de ce pays, se faisant rattraper par trois adolescents anglais jouant au soldat et se tirant une balle dans la tête, etc.Parce que désespérant, ce pessimisme devient démobilisateur (à un autre niveau) dans le présent.Explicitement, le film démystifie le visage des Patriotes, relève crûment leur échec, met en évidence leurs défauts.Clandestinement, il dénie l\u2019importance de leur lutte, cherche à convaincre de l\u2019inutilité de cette lutte en la comparant à un suicide, attaque l\u2019usage symbolique qu\u2019on en fait aujourd\u2019hui.Propagande subtile en faveur de l\u2019ordre établi et de la stabilité: on est un peuple de vaincus.on n\u2019est pas capable de se battre .nos héros ne valent rien .on ne peut jamais rien changer.etc.Je ne fais là aucun procès d\u2019intention à Denis Héroux.Bien au contraire, ses intentions, telles que formulées dans son monologue-interview (Cinéma-Québec, déc.1972), semblaient des plus intéressantes.Il n\u2019en reste pas moins que, raté, son film fait le jeu d\u2019un système idéologique intéressé à ce que rien ne change au Québec.Quelques arpents de neige : un film démobilisateur Denis Héroux a choisi la reconstitution fidèle.Je ne mets aucunement en doute la vérité des détails montrés, ni l\u2019authenticité des personnages principaux, ni les rapports sociaux articulés par eux, ni l\u2019exaltation et le comportement suicidaire des Patriotes.Encore moins le choix d\u2019une fiction dramatique (l\u2019amour entre Simon et Julie, l\u2019insertion involontaire de Simon dans la révolte, la balle qu\u2019il se tire lui-même dans la tête) pour expliciter ce comportement suicidaire.(D\u2019ailleurs, seule une fiction dramatique bien articulée peut rendre compte fidèlement, au cinéma, d\u2019un événement de cette importance; par exemple, la fiction de Les Smattes, de J.C.Labrecque, reproduit plus fidèlement ce qui s\u2019est passé en Gaspésie que le meilleur reportage.) Les images de Quelques arpents de neige montrent des vérités historiques dont seuls les Anglais ont à rougir.Mais le film ne révèle qu\u2019une partie seulement, et la moindre, de la vérité des Patriotes.Leur naïveté, leur soumission facile à des chefs peu clairvoyants et leur manque d\u2019organisation pratique en faisaient des suicidés en puissance, puis, avec l\u2019aide des Anglais, des suicidés en réalité.D\u2019accord.Mais, à l\u2019origine de toute l\u2019aventure, il y a surtout un grand refus.Refus d\u2019une domi- nation politique, d\u2019une exploitation économique, d\u2019une répression culturelle, les trois étant intimement liées.Parce que la résignation est indigne de l\u2019homme, leur révolte, même suicidaire, les met « en état de liberté », comme on dit « en état de grâce ».Ce premier pas, même s\u2019il fut en bien des cas le dernier, affirmait une nouvelle dignité ( « opération-dignité » ), une volonté de se tenir debout, car il n\u2019est pas vrai que « l\u2019homme n\u2019est grand qu\u2019à genoux ».Ce refus et cette affirmation, le meilleur des Patriotes, sont à peine évoqués par le film.Pourtant, ce sont eux qui nous sont surtout parvenus et qui ont pris valeur et efficacité dans notre symbolique collective, comme on a pu le voir à maintes reprises depuis cinq ou six ans.Il est certain que les Patriotes ne disaient pas leur révolution avec les mots que je viens de lancer.C\u2019est d\u2019instinct, au niveau des tripes et du cœur, qu\u2019ils ont vécu leur lutte des classes.Cela, à condition qu\u2019un souffle épique la traverse («tu l\u2019as ou tu l\u2019as pas » ), l\u2019image cinématographique aurait pu nous le montrer mieux que tout autre langage.Au lieu de cela, les images-clefs et les effets les plus fortement soulignés de Quelques arpents de neige charrient un pessi- IMPRIMEURS GRAVEURS LITHOGRAPHES J.EMILE ROY & FILS 265 ouest, rue Vitré, Montréal Tél.£,61-1888 FEVRIER 1973 59 Le ridicule ne tue pas toujours! par Georges-Henri d\u2019Auteuil Au Rideau Vert : On ne sait jamais Quelle famille ! Pas celle qui fait ses « beaux dimanches » sur les ondes de notre TV d\u2019Etat, mais celle dont André Roussin nous présente les personnages passablement évaporés dans sa comédie: On ne sait jamais.A vrai dire, on ne sait jamais si on peut encore compter sur un minimum de moralité de la part des membres de la famille moderne: la grand-mère, le père, la mère, la fillette, l\u2019ami, la tante (par procuration), tout le monde se balade d\u2019un lit à l\u2019autre, sans vergogne, à la grande joie de tous, semble-t-il, même des spectateurs, par la grâce bienveillante de Roussin.Car il est drôle, ce dévergondage d\u2019amour.Elles sont drôles, ces crises hystériques de jalousie de Georges à l\u2019endroit de sa femme, Evelyne, alors qu\u2019il proclame à tous les vents ses propres infidélités.Drôles, ces ripostes gavroches, mais percutantes, de la jeune Sophie à son bonhomme de père qui veut lui faire la leçon.Drôles encore, ces attitudes ambiguës et ces louches comportements de l\u2019ami Titus, (peut-on s\u2019appeler Titus de nos jours !).Et drôle, cette cocasse intervention de la tante Puce à l\u2019adresse du prénommé Titus pour détourner sur elle les soupçons de Georges.C\u2019est drôle, assurément.Et triste aussi de nous faire, par le rire, bafouer la famille, l\u2019amour, l\u2019harmonie des rapports humains: choses graves et importantes qu\u2019on ne doit pas prendre trop à la légère.Santeu affirme bien que la comédie castigat ridendo mores.Je n\u2019en suis pas très sûr.Et je ne verserais pas mon sang pour la défense de cet axiome, sachant que, comme le ridicule, quoi qu\u2019on dise, ne tue pas toujours, le rire non plus ne corrige pas toujours les moeurs.Il peut même, au contraire, fournir une sorte d\u2019alibi à la mauvaise conscience de certains spectateurs.On ne se moque pas à satiété d\u2019institutions sacrées comme le mariage sans risquer de les dévaloriser, de diminuer \u2014 jusqu\u2019à la faire perdre \u2014 l\u2019estime légitime qu\u2019on leur doit.Le rire, alors, peut devenir une entreprise de démolition.Ce n\u2019est certes pas l\u2019intention bien arrêtée de Roussin ni des comédiens du Rideau Vert qui, sous la direction d\u2019André Cailloux, ont interprété avec brio On ne sait jamais.Ils avaient l\u2019air de bien s\u2019amuser et de ne pas se prendre trop au sérieux, insistant davantage sur le côté loufoque des situations que sur leur incongruité morale.De tous les personnages de la pièce, la jeune Claudie Verdant a bien été la plus spontanée, la plus « nature » dans son rôle de la contestataire et pourtant sympathique Sophie.En pimbêche frustrée, Yvonne La-flamme fut amusante.Le père et mari un peu trop survolté de Hubert Noël faisait contraste avec le calme et même la nonchalance quasi-ennuyée d\u2019Yvette Brind\u2019Amour, mère, épouse.et amante, on le sait maintenant.Joli décor, juste et sans prétention de Jacques Leblanc.À TENT : Le Bal des Voleurs Cela rappelle les beaux jours des Compagnons qui nous avaient fait connaître et apprécier un Jean Anouilh humoristique avec son Bal des Voleurs.En effet, c\u2019est cette comédie que les élèves de l\u2019Ecole nationale de Théâtre ont représentée au Monument National.Des voleurs farfelus, facétieux et surtout amoureux; de jeunes pucel-les romanesques ou déjà blasées, des croulants désoeuvrés mais encore pleins d\u2019astuce, des pique-assiettes véreux et folichons et, par-dessus tout, une petite musique, agaçante et espiègle, pour souligner l\u2019imbroglio assez fantasque de l\u2019intrigue, voilà en bref le Bal des Voleurs.Ici, les personnages d\u2019Anouilh ont pris le parti de se jouer la comédie, de se divertir tout simplement.C\u2018est qu\u2019en fait aucun d\u2019entre eux ne semble heureux dans sa peau.Ils s\u2019étourdissent follement pour se donner le change et parvenir ainsi, peut-être, à se libérer du cafard qui les ronge.Pourtant, il se dégage des épisodes comiques, parfois burlesques de la pièce un petit air de mélancolie au souvenir de ce qui a été et qui est maintenant disparu, de ce qui aurait pu être et qui n\u2019a pas été.D\u2019où le charme un tantinet vieillot, mais sympathique, de ce Bal manqué.De ce spectacle de l\u2019Ecole nationale, il faut souligner d\u2019abord la perfection de la mise en scène, vive, pittoresque, précise, doublée d\u2019une chorégraphie excellente.Puis le jeu des trois voleurs qui ont tiré vers eux, comme on dit, « la plus grande partie de la couverte ».Un peu, d\u2019ailleurs, au détriment de l\u2019équilibre de la pièce.Ces gaillards ont du talent.Les dames étaient plus pâles, mais la Lady Hurf de Marie-Michel Desrosiers avait de la présence et du naturel.Au TNM : Quichotte et Galipotte (8) Heureuse initiative de produire sur une scène montréalaise les Jeunes Comédiens du TNM et leur permettre de subir l\u2019appréciation et la critique d\u2019amateurs de théâtre avisés et exigeants.Le danger, en effet, chez les jeunes, c\u2019est de se croire parfois trop vite arrivés.Comme dans les Jeux olympiques, il est bon qu\u2019on leur procure des épreuves éliminatoires.Pendant le mois que l\u2019Administration du Théâtre du Nouveau Monde leur accorde à son nouveau théâtre, la Comédie canadienne, les Jeunes Comédiens affichent deux œuvres: Quichotte de Jean-Pierre Ronfard, d\u2019après le roman de Cervantès, et Galipotte (8), création collective dont le texte joué est de Robert Gravel.Don Quichotte est une œuvre célèbre.Jugée de multiples façons depuis près de quatre siècles, elle ne laisse personne indifférent.Plusieurs épisodes de ce vaste ouvrage sont très connus et font maintenant partie du patrimoine commun de tous les hommes.Ce sont ceux-là précisément que Ronfard fait interpréter par ses comédiens en leur donnant une certaine touche moderne souvent heureuse.Du Chevalier à la Triste Figure, il a surtout monté en épingle les ridicules, les fantaisies d\u2019un esprit exalté, déséquilibré.Belle occasion pour les acteurs de s\u2019en donner à cœur joie avec un allant, une verve, une effervescence de bon aloi et fort amusante.Cette partie de la soirée mérite nos applaudissements, même si elle est un peu longue.Mais peut-être, faudrait-il dire:\ttant mieux ! Il convient d\u2019encourager le souci de créativité (comme on dit si élégamment) chez les jeunes.J\u2019en suis.Et collective, c\u2019est la dernière mode.J\u2019en suis encore.Mais quand on n\u2019a rien à dire, même collectivement, on se tait.Règle d\u2019or que les Jeunes Comédiens auraient eu profit à observer.Même en s\u2019y mettant à huit, ils se seraient dispensés d\u2019éructer ce rot vulgaire et bête appelé Galipotte.Et il est affolant de penser que ce raffiné produit de notre haute culture québécoise court et continuera de courir le pays sous la bannière du TNM.Nouvelle preuve péremptoire que le ridicule ne tue pas toujours, qu\u2019il est au contraire dans le vent.Après l\u2019Otage, quelle dégringolade ! Le Shakespeare de Stratford Avec raison, Shakespeare est considéré comme un des plus grands du théâtre de tous les temps.Et même, en regard du foisonnement multiforme, l\u2019exubérance de la vie dans ses œuvres, la profondeur et la subtilité de l\u2019analyse des caractères, la magnificence éblouissante du spectacle, notre sage et raisonnable théâtre classique peut sembler étriqué, cérébral et ennuyeux.On comprend que Hugo et les Romantiques aient reconnu le William britannique comme leur modèle par excellence.60 RELATIONS Même pour nous, de l\u2019ère électronique et des voyages interplanétaires, c\u2019est une heureuse aubaine que de pouvoir assister à une pièce de Shakespeare, réalisée dans les meilleures conditions possibles.Cette chance, la Compagnie du Théâtre National de Stratford du Canada vient de l\u2019offrir aux amateurs de théâtre de Montréal.Avant d\u2019entreprendre une vaste tournée dans plusieurs pays du nord de l\u2019Europe, la Compagnie, que dirige Jean Gascon, a voulu faire escale dans notre île, pour nous faire plaisir d\u2019abord et, aussi, peut-être pour donner un dernier rodage aux deux œuvres qu\u2019elle représentera là-bas: une comédie, The Taming of the Shrew, une tragédie, King Lear.Pierre Dagenais, il y a plusieurs années, avait monté un King Lear auquel je n\u2019avais pu assister.En fait, cette pièce est très rarement jouée chez nous parce que très exigeante pour le metteur en scène et la bonne quarantaine de comédiens qu\u2019elle requiert, dont certains doivent être de valeur fortement éprouvée.Il faut donc profiter de l\u2019occasion qui passe, elle ne reviendra pas souvent.On peut dire que King Lear est la tragédie du Père.En deux exemplaires très ressemblants: la tragédie de Lear par la monstrueuse ingratitude et perfidie de ses deux filles pour qui il s\u2019était de façon déraisonnable dépouillé de son royaume; la tragédie du comte de Gloucester par les odieux effets de l\u2019ambition et de la félonie de son fils naturel, Edmund.Toutes les deux s\u2019entrelacent harmonieusement et ne produisent aucune faille dans l\u2019unité de l\u2019intrigue malgré la double action dramatique.Lutte terrible et sans merci entre les jeunes et les vieux qui se termine par une fatale hécatombe pour tous.Triste union de l\u2019innocence et du crime confondus dans un même douloureux sort.Horreur et pitié: image de la tragédie.Image aussi, trop souvent, de la vie.Dans un fourmillement habilement mené d\u2019épisodes, de péripéties, de rebondissements, tel est le sujet de King Lear.D\u2019abord une exposition extraordinaire.Dès la première scène, où leurré par l\u2019hypocrite déclaration d\u2019amour de^ ses filles, Goneril et Regan, et courroucé de la franchise de sa cadette, Cordelia, Lear déshérite et chasse cette dernière au profit de ses autres filles qui se partageront le royaume dont il veut se départir, et fixe ainsi définitivement son sort dont on verra le déroulement jusqu\u2019à la dernière scène de la pièce.A la deuxième scène, la naïveté du comte de Gloucester se laisse prendre aux machinations d\u2019Ed-mund contre son frère Edgar, fils légitime du Comte, prochaine victime, lui-même, du bâtard.Et la machine mise en marche, rien ne pourra plus l\u2019arrêter, jusqu\u2019à l\u2019ultime catastrophe.Pourtant, à ce grouillant nid de vipères acharnées à mordre leurs victimes, s\u2019opposent la loyauté, la fidélité, la pitié, le courage de quelques-uns, radieuses figures qui relèvent l\u2019honneur de l\u2019humanité: la généreuse et touchante Cordelia, le comte de Kent, fidèle indéfectible à son roi trompé, le jeune Edgar, vengeur de son père, le duc d\u2019Albany, honnête justicier des crimes de son épouse, Goneril.Ainsi, de ce tableau où se jouent ombres et lumières, se dégage une image saisissante et fortement expressive des passions très diverses qui s\u2019agitent dans le cœur des humains et, partant, la profondeur psychologique de Shakespeare.Pour faire un sort favorable et satisfaisant à une pièce aux dimensions aussi vastes et aux difficultés techniques et esthétiques si nombreuses, il faut une direction scénique et, de la part des artistes, une interprétation hors de pair.L\u2019équipe de Stratford nous l\u2019offre.Parfaitement équilibrée et toujours juste, la mise en scène de David William sait faire ressortir l\u2019essentiel de chaque épisode et l\u2019importance de chaque personnage.Alerte, précise, nerveuse, elle donne une vie intense à l\u2019action dramatique et empoigne l\u2019intérêt des spectateurs sans leur laisser de répit pendant les trois longues heures du spectacle.Et les comédiens entrent dans le jeu comme pour une chose qui les concerne.Qu\u2019ils soient princes, soldats ou manants, ils vivent réellement les états d\u2019âme divers des personnages qu\u2019ils ont mission d\u2019incarner, tels que les a créés l\u2019auteur.Ce qui produit une fresque humaine extrêmement riche, colorée et brillante.Sans doute certains rôles jettent-ils un éclat plus vif, habitant le drame avec plus de vigueur, voire même de vio- lence, mais ils s\u2019intégrent tous sans heurt et naturellement dans le grand ensemble de l\u2019action.Toutefois, il faut bien en dégager la haute stature du roi Lear, magistralement interprété par William Hutt.Le roi Lear, dont la grandeur et les étranges malheurs nous rappellent l\u2019Oedipe de Sophocle, personnage que l\u2019orgueil d\u2019abord pousse à l\u2019injustice et qui, sous les coups terribles et répétés de la fortune adverse, dévoile petit à petit des qualités humaines et \u2014 disons le mot \u2014 chrétiennes, qui l\u2019anoblissent plus encore que sa puissance et ses titres royaux d\u2019hier.C\u2019est cette lutte épuisante et sans issue de Lear contre la rage des passions humaines, contre les fumées de la folie qui l\u2019envahissent, contre même les éléments de la nature déchaînés comme complices des hommes, que Hutt a su exprimer, dans ses à-coups successifs, avec une force, une émotion, une vérité totales.Un grand moment de théâtre que les autres comédiens, selon leurs fonctions respectives, ont rendu encore plus impressionnant par la sincérité et le naturel de leur interprétation personnelle.Tcjs sauront nous faire honneur en Europe.Tournez vos regards vers le nord.vraiment le nord Là dans l\u2019Arctique.presqu\u2019enfouies sous la neige et entourées de glace et de rochers.vous apercevrez nos seize missions esquimaudes.Plus de quarante missionnaires, répandant la parole de Dieu et semant l\u2019amour et l\u2019espérance, doivent continuellement lutter contre les éléments d\u2019un pays glacial, cruel et sans pardon.Et pour rendre leur travail encore plus difficile, leur souce de revenus est pratiquement inexistante.Ne laissez pas ces missionnaires oeuvrer seuls.S.v.p., donnez-leur un coup de main.Votre support sera si précieux.MISSIONS ESQUI-OMI C.P.89, Otterburne, Manitoba ROA IGO LES MISSIONS LES PLUS AU NORD DU GLOBE TERRESTRE (Une lettre personnelle accusera réception de votre don et un reçu officiel pour fins d\u2019impôt vous sera envoyé.) FEVRIER 1973 61 UNE SOIRÉE DE TÉLÉDUCATION La télé, c\u2019est instructif ! On m\u2019avait tellement vanté la valeur de ce médium d\u2019éducation populaire qu\u2019est la télévision .J\u2019ai décidé de m\u2019y mettre.En une seule soirée, j\u2019ai appris des tas de choses que j\u2019ignorais .24 analyses d'actualité Au début de la soirée, j\u2019ai été passablement secoué: 24 problèmes \u2014 comme il y a 24 heures dans la journée \u2014 d\u2019actualité analysés en moins d\u2019une heure, c\u2019est un peu beaucoup.Heureusement, les analyses de Wilfrid Lemoine sont très claires.Et les nombreux spécialistes invités à l\u2019émission savent lui poser les bonnes questions.Notre Dominion dépasse le milliard Jusqu\u2019à tout récemment, je croyais naïvement que la chaîne Dominion brassait « des affaires ».Et encore pour le compte et le profit des actionnaires.J\u2019ai heureusement été informé que c\u2019est à notre santé et à notre budget, à chacun de nous, que profite le milliard de Dominion.Et avec quelle élégante subtilité cela nous est confessé ! Avec un délicat raffinement qui n\u2019a d\u2019égal que la délicate générosité de Dominion.dont j\u2019ai quand même l\u2019indélicat sentiment qu\u2019elle en fait manger \u2014 et gagner \u2014 certains mieux que d\u2019autres.Et ceux-là, ce n\u2019est ni vous, ni moi, ni Jean-Pierre Coallier, ni même Juliette Huot ! Une économie prospère N\u2019empêche que ça aide la santé de notre économie nationale, en même temps que celle de nos budgets familiaux.A ce chapitre, d\u2019ailleurs, le président de la Bourse de Montréal nous a fait, ce soir-là, des confidences qui devraient pacifier et déculpabiliser les chômeurs québécois: ils peuvent continuer de chômer en toute quiétude, ils peuvent même recruter de nouveaux membres pour leur organisation, l\u2019accroissement du taux de chômage n\u2019empêche pas notre économie nationale d\u2019être saine et même en net progrès.Même que le revenu moyen « per capita » continue d\u2019augmenter.C\u2019est l\u2019expansion .qui n\u2019est peut-être freinée que par notre peur du chômage.Et dire qu\u2019on a déjà voulu créer \u2014 quelle aberration ! \u2014 100,000 nouveau emplois .BCN, HFC, TD, BNE, etc.Ça va tellement bien chez nous que les banques canadiennes ouvrent maintenant leurs coffres.en même temps que l\u2019esprit de leurs équipes ! Dans les banques, désormais, comme autrefois auprès des compagnies « de finance » si injustement ainsi appelées et si malhonnêtement décriées jadis, on peut trouver « un peu plus par ci, un peu plus par là » pour acheter un manteau, une auto, un voyage, la maison de nos rêves.Et c\u2019est facile ! Car on y trouve maintenant, comme légendairement chez Speedy Muffler, « des gars aimables » ou une Marie-France parlant un si gracieux français .qui sont prêts à assumer toutes nos dettes.On se querelle pour savoir qui aura l\u2019honneur de me faire confiance en me prêtant jusqu\u2019à $5,000.00, dont il semble bien que je n\u2019aurai même pas à les rembourser, ou si peu .C\u2019est sans doute par pur manque d\u2019audace que les chômeurs, chez nous, ne deviennent pas tous millionnaires.(D\u2019autant que, répétons-le, ils peuvent profiter du milliard de Dominion, et bien manger en économisant.) Une santé bien protégée Notre santé économique, déjà bien assurée, sera encore mieux protégée à l\u2019avenir.Grâce aux forces armées canadiennes.Si vous n\u2019avez pas le goût des études, si vous désirez une discipline que vous ne réussissez pas à vous imposer à vous-même, si vous pensez que l\u2019uniforme fera de vous « quelqu\u2019un », si vous êtes canadien avant d\u2019être québécois, si vous n\u2019avez pas peur des émeutes montréalaises, vous pouvez devenir officier dans les forces armées canadiennes et y détenir bientôt un poste important, dont il vous aurait fallu sans doute des années pour obtenir l\u2019équivalent dans la vie civile ! Caricature ?C\u2019est pourtant ce que de futurs officiers nous ont confié, dans le 60 de ce même soir.C\u2019est réconfortant.20 années d\u2019éducation Et ça fait 20 ans que ça dure, soir après soir.Il fallait fêter ça.Avec un spectacle « à grand déploiement ».et des relais « à petit déploiement » louant la douceur des épidermes à préserver et des couches pour bébés.Même dans la détente, avec la téléducation, on s\u2019instruit.Et, c\u2019est bien connu, qui s\u2019instruit s\u2019enrichit.Ma première journée de téléducation m\u2019a été bien profitable; je promets assiduité pour les 20 années à venir.Mais il faut savoir doser l\u2019école et les vacances.C\u2019est pourquoi il me faut regarder demain Bou-Bou: « c\u2019est pas intellectuel pour deux sous », c\u2019est la télévision « dans toute sa simplicité » et « c\u2019est épouvantable » \u2014 dit la publicité.Soit dit en passant, on m\u2019avait dit que la publicité se faisait envahissante à la télé, mais ça ne m\u2019a pas frappé.Ceux qui disent ça ne comprennent sans doute rien à la téléducation.Guy Bourgeault.= OUVRAGES REÇUS- Achard, Eugène : Un couvent de moines en Nouvelle-Ecosse avant l\u2019an mille.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 203 pp.Angers, François-Albert: Initiation à l\u2019économie politique.2 vol.1.Initiation à la vie économique.2.Initiation à l\u2019analyse économique.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 235 et 370 pp.Audet, Maurice, Morency, Roger: Pour nne éducation totale, l\u2019école catholique.\u2014 Montréal, Service de pastorale de la CECM, une brochure illustrée de 16 pp.Bégin, Luc: Vertiges.Poésie.\u2014 Montréal, les Editions Aquila, 1972, 70 pp.Boudreau, Dr André: Connaissance de la drogue.« Marabout-service », 201.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1972, 256 pp.Brunot, Amédée: Lettres aux jeunes communautés.Les écrits de saint Paul.\u2014 Paris, le Centurion, 1972, 306 pp.Cahiers (Les) des Dix, nos 35 et 36.\u2014 Québec, PUL, 1971 et 1972, 290 et 312 pp.Charbonneau, Robert:\tRomanciers canadiens.« Vie des lettres canadiennes », 10.\u2014 Québec, PUL, 1972, 177 pp.Désilets, Guy: Un violon nu.Poésie.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 86 pp.Destang, Françoise: Les chemins du Royaume.La vie chrétienne des moins de 8 ans.\u2014 Paris, Fleurus (catéchèse), 1972, 488 pp.Ducrocq-Poirier, Madeleine: Robert Charbonneau.« Ecrivains canadiens d\u2019aujourd\u2019hui »,\t10.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 191 pp.Dufour, Roland: Le Tourisme.Le fait, les virtualités chrétiennes.Ebauche d\u2019une pastorale.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 211 pp.Evêques (Les) français prennent position.La société, la politique, le socialisme, les pouvoirs publics, la civilisation .\u2014 Paris, le Centurion, 1972, 287 pp.Germain, Jean-Claude: Diguidi, diguidi, ha ! ha ! ha ! suivi de Si les Sansoucis s\u2019en soucient, ces Sansoucis-ci s\u2019en soucieront-ils ?et Bien parler, c\u2019est se respecter ! « Théâtre canadien », 24.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 195 pp.Germain, Jean-Claude: Le Roi des mises à bas prix.« Répertoire québécois », 24.\u2014 Montréal, Leméac, 1972, 97 pp.Goodman, Paul: La contre éducation obligatoire.« Education et société », 3.\u2014 Paris, Fleurus, 1972, 191 pp.Grenon, Michel: Pour nne politique de l\u2019énergie.« Marabout-université », 229.\u2014 Québec, Kasan » Ltée, 1972, 352 pp.Groulx, Lionel: Mes mémoires.Tome 3: 1926-1939.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 412 pp.Lamonde, Yvan:\tLouis-Adolphe Paqnet.Col.« Classiques canadiens », 45.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 87 pp.L\u2019Archevêque, Paul: Teilhard de Chardin.Nouvel index analytique.\u2014 Québec, PUL, 1972, 289 pp.Merad, Ali, Abecassis, Armand, Pezeril, Daniel: N\u2019avons-nous pas le même Père ?\u2014 Lyon, le Chalet, 1972, 151 pp.Pomminville, Louise: Pitatou et le printemps.\u2014 Pitatou et les pommiers.\u2014 Montréal, Leméac, 1972 (pour les jeunes).Roux, Georges: Pari pour le bonheur.\u2014 Paris, Beauchesne, 1972, 213 pp.Rumilly, Robert: Histoire de la Province de Québec.3.Adolphe Chapleau.\u2014 Montréal, Fides, 1972, 221 pp.Salabrini, Rita: Le petit Chocola Cho.\u2014 Montréal, Leméac, 1972 (pour les jeunes).Vadeboncceur, Pierre: Indépendances.Essai.\u2014 Montréal, l\u2019Hexagone/Parti pris, 1972, 179 pp.L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS ¦ LITHOGRAPHES STUDIO D\u2019ART 8125, BOUL.SAINT-LAURENT MONTREAL (351*), QUEBEC 388-5781 62 RELATIONS ,\\QLIE L\u2019INDIQUE \u2022 UNE ENQUETE 0 S o g LL H Gilles Tittley Mouvement des caisses populaires Desjardins L'annonceur, lorsqu'il présente un message, véhicule tout un monde de pensées qui l'identifie en même temps qu'il contribue à améliorer la connaissance du consommateur.Il doit respecter celui à qui il s'adresse, tant au point de vue culturel que linguistique.Dans leurs annonces, certaines institutions pourraient peut-être s'interroger sérieusement sur la qualité de la langue et de la culture qu'elles véhiculent.Des traductions serviles ou des compositions en jouai n'aideront jamais ni la culture, ni la langue françaises que l'on dit en péril.On pourrait sûrement user d'un peu plus d'imagination pour penser et inventer chez nous des messages correctement rédigés en français, tout en utilisant à l'occasion des expressions de chez nous.La publicité, sous ce rapport,doit redorer son blason pour être prise au sérieux.Être soi-même toujours, c'est renoncer au médiocre et c'est se surpasser.m c/> o 0 c*est se m G.Sf ^aianoNa 3Nn \u2022 anoiaNin ano^ ÂMiiZOl rsr,*w*\\ Bientôt le studio 42 de la nouvelle maison de Radio-Canada sera en mesure de recevoir 650 téléspectateurs \tEKwïIt\u2019-'\t^piSPaSfBy^fiT \u2019:~2fi\t\t;: \u2022'\u2022 \u2019¦\t \tfÿÈ&M.\t\t\tWM\t''\u2022'IfflR ' ' ' J#1\";!\u201d \t\t\t\tJfc* ¦ ¦\u2019*\u2019**8\t ÆEgSggSï^n\t\t\t\taü\tfflffnTTïïHn i\tM ,X "]
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