Relations, 1 juillet 1971, Juillet - Août
[" NUMÉRO 362 JUILLET-AOÛT 1971 MONTRÉAL LES CHRÉTIENS ET L\u2019ENGAGEMENT POLITIQUE \u2014 dossier du mois LA CONSCIENCE CHRÉTIENNE INTERPELEE \u2014 une lettre de Paul VI ¦ L\u2019ÉGLISE ET LA LIBERTÉ DE L\u2019INFORMATION \u2014 doctrine et comportements L\u2019UNIVERSITÉ NOUVELLE: MILIEU D\u2019ACCULTURATION OU CENTRE DE CONTESTATION ?\\ ,_________relations- revue du mois publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus COMITÉ DE RÉDACTION Irénée Desrochers, directeur Guy Bourgeault, secrétaire Richard Arès, René Champagne, Jacques Chênevert, Gabriel Dussault, Julien Harvey, Marcel Marcotte, Yves Vaillancourt.ADMINISTRATION : Albert PLANTE PUBLICITÉ : Jean Laurin et associés, représentants pour la publicité nationale et locale: 1411, rue Crescent, suite 406.Tél.: 845-6243.numéro 362 juillet-août 1971 SOMMAIRE Dossier : les chrétiens et l'engagement socio-politique \u2014 à l\u2019occasion de la lettre de Paul VI sur l\u2019Église et les nouveaux problèmes sociaux Liminaire.195 De Rome au Québec: la lettre de Paul VI trouve-t-elle application au Québec ?.Richard Arès 196 Intervention de l\u2019Église.Jacques Chênevert 200 L\u2019Église et les pauvres.Julien Harvey 203 Absentéisme politique: la peur de l\u2019Assemblée nationale chez les chrétiens du Québec .\t.\t.René Champagne 205 Les média : au service du progrès de l'homme ?Notes critiques sur l\u2019instruction pastorale Les moyens de communication sociale.Yves Lever 208 Documents/informations Demain, une Église médiévale ?\u2014 un projet de nouvelle constitution pour l\u2019Église .\t.\t.Jacques Chênevert 201 La participation des chrétiens dans la construction du socialisme \u2014 déclaration de 80 prêtres chiliens .\t207 Articles L\u2019université: milieu d\u2019acculturation ou centre de contestation ?.Hervé Carrier 216 Jésus-Christ et Piaget \u2014 réflexions sur Identité et Foi Julien Harvey 221 Chroniques Télévision: La télévision et son langage (II) François Jobin 211 Théâtre: Fin de saison .Georges-Henri d\u2019Auteuil 213 Littérature: Les revues littéraires de nos professeurs René Dionne 218 Ouvrages reçus.222 Relations est une publication des Éditions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal 351.Tél.: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $7 par année.Le numéro: 750.Relations publiques: Pauline Houle, 1396 ouest, rue Sainte-Catherine.M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur F éducation.Dépôt légal, Bibliothèque nationale du Québec.Courrier de la deuxième classe \u2014 Enregistrement no 0143.NOUVEAUTÉS Enseignement religieux Le Prophète de Nazareth et nos 7 sacrements Pour classes de catéchèse, homélies, cercles d\u2019étude, bibliothèques.1971.350 pages.Couverture simili-toile.$5.75.Histoire Frédéric Romanet du Caillaud, « comte » de Sudbury, par Lorenzo Cadieux, S.J.Préface de Jean Ethier-Blais.Histoire d\u2019un industriel français intimement associé au développement de Sudbury.1971.143 pages.Quatre photos.$3.00.Littérature Larmes de silence, par Jean Vanier.Réflexions denses et poétiques sur la souffrance.1971.100 pages, dont 46 photos.$3.00.Philosophie Durée pure et temporalité, Bergson et Heidegger, par Laurent Giroux.Coédition Bellarmin et Desclée et Cie.1971.156 pages.$3.50.Structure et sens du symbole.L\u2019imaginaire chez Gaston Bachelard, par Julien Naud, S.J.Coédition Bellarmin et Desclée et Cie.1971.240 pages.$4.50.Une poétique de l\u2019homme.Essai sur l\u2019imagination d\u2019après l\u2019œuvre de Gaston Bachelard, par Madeleine Préclaire.Coédition Bellarmin et Desclée et Cie.1971.165 pages.$3.00.Théologie Le Christ et l\u2019Église, signes du salut, par René Latourelle, S.J.Coédition Bellarmin et Desclée et Cie.1971.291 pages.$5.50.Le Témoignage chrétien, par René Latourelle, S.J.Coédition Bellarmin et Desclée et Cie.1971.91 pages.$1.50.Vie religieuse Chrétiens consacrés.Thèmes et documents, par Michel Olphe-Galliard, S.J.Coédition Lethiel-leux et Bellarmin.1971.352 pages.$5.75.LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent Montréal-351 (387-2541) 194 RELATIONS Les chrétiens et l\u2019engagement socio-politique \u2014 dossier préparé à l\u2019occasion de la parution de la lettre apostolique de Paul VI au cardinal Maurice Roy sur l\u2019Église et les nouveaux problèmes sociaux * Le 14 mai dernier, Paul VI adressait au cardinal Maurice Roy une lettre apostolique sur l\u2019Église et les nouveaux problèmes sociaux.Dans son numéro de juin, RELATIONS donnait un premier écho à cette lettre: se plaçant dans la perspective des chrétiens révolutionnaires, Yves Vaillancourt posait quelques questions fondamentales au sujet, notamment, de la rencontre de l\u2019Évangile, de l\u2019Église et des idéologies actuelles.Se trouvait alors annoncée une série d\u2019études complémentaires; ces études constituent notre dossier de juillet-août.\u2014\tIl est toujours possible de déclarer, porté par le secret désir de n\u2019être pas « dérangé », que cette lettre, comme tant d\u2019autres documents romains, ne trouve pas d\u2019application dans notre société: le Pape écrit pour les pays plus riches ou pour les pays plus pauvres, mais pas pour nous.\u2014 L\u2019étude de Richard Arès montre que les perspectives générales de la lettre de Paul VI permettent de bien situer l\u2019effort de réflexion critique et l\u2019action socio-politique exigés chez nous par la situation qui nous est propre.\u2014\tMais est-ce bien l\u2019affaire de l\u2019Église d\u2019intervenir dans les débats d\u2019ordre socio-politique ?« Rendez à César ce qui est à César .» \u2014 L\u2019étude de Jacques Chênevert tente de préciser le pourquoi de telles interventions et, surtout, les conditions de leur validité et de leur efficacité comme interventions de l\u2019Église.\u2014\tUne fois de plus, Paul VI prend le parti des « plus pauvres ».Par recherche inavouée d\u2019un nouveau prestige ou par souci de fidélité aux exigences évangéliques ?\u2014 L\u2019étude de Julien Harvey montre le lien réel qui, selon l\u2019Évangile, attache l\u2019Église aux « plus pauvres » et lui fait un devoir de travailler à leur promotion sociale.\u2014\tL\u2019engagement politique est donné par Paul VI, dans un énergique appel à l\u2019action, comme une exigence de l\u2019engagement chrétien.Or la conscience chrétienne québécoise n\u2019est guère portée à s\u2019interroger à ce sujet et a longtemps considéré le monde de la politique comme un monde de nécessaire perversité.Pourquoi ?\u2014 L\u2019étude de René Champagne tente de répondre à cette question et d\u2019expliciter le lien qui unit intrinsèquement l\u2019engagement chrétien et l\u2019engagement politique.\u2014\tFaisant écho aux brefs paragraphes de la lettre de Paul VI sur les moyens de communication sociale, une instruction pastorale vient d\u2019expliciter les grandes orientations du décret conciliaire de Vatican II.\u2014 Yves Lever présente, comme en appendice au présent dossier, diverses « notes critiques » ; il pose quelques questions de particulière importance sur la neutralité des média, sur les rapports entre les pouvoirs et les média; il explicite les conditions requises pour que les média servent véritablement, selon les perspectives de l\u2019instruction pastorale, le progrès de l\u2019homme.La lettre de Paul VI fut donc l\u2019occasion, pour quelques rédacteurs de RELATIONS, d\u2019analyser quelques problèmes d\u2019ordre socio-politique qui, chez nous, interrogent la conscience chrétienne et appellent un engagement réaliste et efficace.C\u2019est dans cette optique générale que fut élaboré le dossier présenté dans les pages qui suivent.* On peut se procurer le texte français de cette lettre chez Fides et aux Editions Bellarmin.Une fois de plus, l\u2019Église a tenté de témoigner de l\u2019Évangile sans en édulcorer les exigences \u2014 dans la conscience qu\u2019elle devient ainsi témoin à charge contre elle-même: la lutte contre l\u2019injustice, contre la discrimination, contre l\u2019oppression sous toutes ses formes, de même que l\u2019engagement positif et efficace pour la libération de l\u2019homme, implique une exigence de conversion permanente dans l\u2019Église elle-même comme dans toutes les autres sociétés qui forment cette « famille à rassembler ».Le secrétaire.JUILLET-AOÛT 1971 195 De Rome au Québec \u2014 la lettre de Paul VI trouve-t-elle application au Québec ?par ¦Richard Arès- Après le refus même d\u2019en prendre connaissance, le pire sort qu\u2019on pourrait réserver à la Lettre apostolique adressée par le pape Paul VI au cardinal Maurice Roy serait d\u2019y jeter un coup d\u2019œil rapide, puis de la mettre de côté en se disant qu\u2019elle ne s\u2019applique pas au Québec et n\u2019apporte rien de nouveau aux catholiques québécois.Agir ainsi serait faire preuve d\u2019irresponsabilité, en un moment où tant d\u2019hommes cherchent désespérément à voir clair et à trouver les justes solutions aux problèmes qui nous assaillent.Sans doute, la Lettre s\u2019adresse-t-elle au monde entier et se borne-t-elle souvent à des généralités, mais il se trouve que Il est inutile de repasser un à un tous les problèmes que mentionne le document pontifical dans le but de montrer comment chacun se pose aujourd\u2019hui au Québec.S\u2019il est un coin de terre qui a subi, en ces dernières années, des transformations radicales, c\u2019est bien le nôtre.De société traditionnelle et stable qu\u2019il était jusqu\u2019ici, le Québec est devenu une société en marche, fluide, ouverte à tous les vents et à tous les courants d\u2019idées, où tout est remis en question et où tous les problèmes se posent à la fois, où, en conséquence, tout est recherche et tâtonnement, même dans le domaine religieux.Problèmes nés de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation; problèmes surgis à propos de la place à assurer dans la société aux jeunes, aux femmes, aux immigrants et aux travailleurs, en particulier aux unions ouvrières et aux syndicats; problèmes causés par les nouveaux moyens de communication sociale et par la pollution de l\u2019environnement; etc.ce qu\u2019elle dit s\u2019applique facilement au Québec, et peut nous aider à résoudre plus efficacement nos propres problèmes.En bref, et en suivant l\u2019ordre des divisions établies dans la Lettre elle-même, celle-ci nous offre trois choses dont nous avons un pressant besoin et qui pourraient s\u2019énoncer ainsi: 1° face aux nouveaux problèmes sociaux, une vision en largeur et en profondeur, 2° face aux nouvelles idéologies, une habilité accrue à discerner le vrai de l\u2019homme, 3° face à l\u2019action à entreprendre, une conscience plus vive des responsabilités.Problèmes déjà connus et déjà longuement analysés chez nous, dira-t-on, (voir, par exemple, le numéro double de Recherches sociographiques sur « L\u2019urbanisation de la société cana-dienne-française », vol.IX, nos 1-2, 1968).Oui, mais problèmes que le document pontifical présente dans une perspective universelle et humaniste, à partir d\u2019une vision à la fois large et profonde.Une vision en largeur, d\u2019abord.Le Pape dit qu\u2019au cours de ses récents voyages lui sont apparus avec un nouveau relief « les graves problèmes de notre temps., comme particuliers certes à chaque région, mais pourtant communs à une humanité qui s\u2019interroge sur son avenir, sur l\u2019orientation et la signification des mutations en cours» (no 2).Nous avons, certes, des problèmes au Québec, mais il ne faudrait pas croire que nous sommes les seuls à en avoir: par exemple, qu\u2019il n\u2019y a que chez nous qu\u2019il y a exode rural, concentration dans les grandes villes, déplacement ou fermeture d\u2019entreprises, chômage, naissance de nouveaux prolétariats, « conditions de vie déshumanisantes, dégradantes pour les consciences et nuisibles à l\u2019institution de la famille » (no 11), manque de logements décents, contestation des jeunes et des femmes, interrogation sur la puissance des syndicats et des moyens de communication sociale, pollution de l\u2019environnement, etc.Ces problèmes, la plupart des autres pays les partagent avec nous, quelques-uns même les endurent avec beaucoup plus de rigueur.Le document pontifical nous aide ainsi à prendre conscience de notre communauté de destin, de notre solidarité avec les autres peuples et, de ce fait, il peut contribuer grandement à élargir nos vues, à nous prémunir contre la tentation d\u2019un narcissisme morose, centré uniquement sur nous-mêmes, sur nos propres malheurs et misères.Une vision en profondeur, ensuite.Le Pape va au fond des choses quand, devant l\u2019ampleur des mutations actuelles, il affirme qu\u2019 « il faut situer les problèmes sociaux posés par l\u2019économie moderne.dans un contexte plus large de civilisation nouvelle », dans la vision d\u2019un homme nouveau en train de naître (no 7).Aussi, ce qui l\u2019intéresse d\u2019abord et surtout, dans ces nouveaux problèmes sociaux qu\u2019il décrit, c\u2019est le sort qui y est fait à l\u2019homme, c\u2019est la qualité humaine de la civilisation qu\u2019ils laissent présager.Voilà bien les deux questions fondamentales qu\u2019à la suite du pape il importe de se poser pour le Québec: 1) nos grandes villes, en particulier Montréal, nos industries, nos syndicats, nos gouvernements assurent-ils une I \u2014Face aux nouveaux problèmes sociaux, une vision en largeur et en profondeur 196 RELATIONS condition vraiment humaine à l\u2019homme québécois, en particulier aux plus pauvres et aux plus démunis ?2) la civilisation nouvelle qui se prépare au Québec, dans les agglomérations urbaines, les usines, les CEGEP et les universités, avec la participation accrue des sciences sociales, de la presse, de la radio, de la télévision et du cinéma, cette civilisation aura-t-elle au moins le même degré de qualité humaine que celle qu\u2019elle remplace ?Pour citer des cas concrets, tirés du document pontifical lui-même, croit-on vraiment que le pape ne parle pas pour le Québec, quand il dénonce « la condition économique inférieure et parfois misérable » faite aux ruraux ainsi que l\u2019inattention aux pauvres « dans une société durcie par la compétition et l\u2019attrait de la réussite » ?quand il signale que, derrière les façades des grandes villes, se cachent beaucoup de misères et s\u2019en étalent d\u2019autres « où sombre la dignité de l\u2019homme: délinquance, criminalité, drogue, érotisme » ?quand il se demande si le conflit des générations ne cause pas aujourd\u2019hui un tort En l\u2019espace de quelques années, nous sommes passés, au Québec, d\u2019une situation où nous attendions tout de l\u2019Eglise à une autre où nous n\u2019attendons plus rien \u2014 ou presque plus rien \u2014 d\u2019elle; d\u2019une situation où, dans le domaine social, nous lui demandions de nous fournir une idéologie et tout un système à une autre où nous lui demandons maintenant de se fondre entièrement dans les idéologies et les systèmes existants afin d\u2019aider à leur réussite.A cet égard la Lettre de Paul VI, par les applications qu\u2019on peut en faire au Québec, aidera à dissiper bien des confusions.Et tout d\u2019abord, même si elle reconnaît que les aspirations fondamentales des hommes d\u2019aujourd\u2019hui à l\u2019égalité et à la participation les invitent « à promouvoir un type de société démocratique » (no 24), même si elle parle de « certains modèles sociaux » que « la morale sociale chrétienne » pourrait être amenée à proposer (no 40), la Lettre apostolique avoue explicitement qu\u2019elle ne propose pas de « solution qui ait valeur universelle » grave à la famille et ne remet pas en question « les modes d\u2019autorité, l\u2019éducation de sa liberté, la transmission des valeurs et des croyances, qui touche aux racines profondes de la société » ?quand il met en garde les syndicats contre la tentation « de profiter d\u2019une position de force pour imposer notamment par la grève.des conditions trop lourdes pour l\u2019ensemble de l\u2019économie ou du corps social » ?quand il affirme que le nombre grandit « de ceux qui n\u2019arrivent pas à trouver du travail et sont contraints à la misère ou au parasitisme » ?quand il pose la question de savoir si l\u2019homme n\u2019est pas en train de retourner contre lui les fruits de son activité et de devenir l\u2019esclave même « des objets qu\u2019il fabrique » ?Voir clair jusqu\u2019au fond dans nos propres problèmes sociaux, tout en les reliant à ceux de la famille humaine, voilà d\u2019abord à quoi peut contribuer la Lettre de Paul VI, à condition, évidemment, que nous nous donnions la peine de la lire.(no 4) et que l\u2019enseignement social de l\u2019Eglise « n\u2019intervient pas pour authentifier une structure donnée ou pour proposer un modèle préfabriqué » (no 42).Il faudrait, en conséquence, que l\u2019on cesse, s\u2019il en est çncore chez nous, de demander à l\u2019Eglise une idéologie complète, un système concret et des solutions techniques en vue de résoudre nos problèmes sociaux.Ce n\u2019est pas sur ce plan que se situe sa mission spécifique.Le pape le dit clairement: la fonction de l\u2019Eglise dans le domaine social est d\u2019abord d\u2019« éclairer les esprits pour les aider à découvrir la vérité et discerner la voie à suivre au milieu des doctrines diverses qui sollicitent le chrétien » (no 48).Si elle a cette prétention, c\u2019est qu\u2019elle est convaincue de puiser dans l\u2019Evangile la vérité de l\u2019homme, de pouvoir offrir en propre «une vision globale de l\u2019homme et de l\u2019humanité» (no 40), «une conception plénière de la vocation de l\u2019homme » (no 25), un humanisme plénier, c\u2019est-à-dire, visant, parce relations REVUE D\u2019INTÉRÊT GÉNÉRAL, RELATIONS présente, chaque mois, des études sur divers problèmes : \u2022\tÉducation \u2022\tFamille \u2022\tQuestions nationales et constitutionnelles \u2022\tPolitique Internationale \u2022\tQuestions religieuses et vie de l\u2019Église \u2022\tTravail et problèmes économiques \u2022\tAffaires sociales \u2022\tArts et littérature \u2022\tEtc.Depuis queques mois, RELATIONS a publié diverses études sur l\u2019engagement politique des chrétiens.Mentionnons, entre autres : \u2022\tLes chrétiens et l\u2019engagement politique \u2014 par Jacques Grand\u2019Maison (avril 1970) \u2022\tEthique et politique \u2014 Efficacité et participation : deux éthiques ?\u2014 par André Manaranche (avril 1970) \u2022\tL\u2019animation sociale au Québec \u2014 numéro spécial (mai 1970) \u2022\tEfficacité administrative et participation démocratique \u2014 par Michel Dussault (juin 1970) \u2022\tOù va le nationalisme canadien-français ?\u2014 par Richard Arès (juillet-août 1970) \u2022\tActivité œcuménique et situation politique québécoise \u2014 par Gilles Langevin (septembre 1970) \u2022\tLe Québec entre deux saisons \u2014 Après le terrorisme d\u2019octobre \u2014 éditorial (novembre 1970) \u2022\tL\u2019Eglise et l\u2019avenir du Québec \u2014 par Jean-R.Milot et Jean-P.Audet (janvier 1971) \u2022\tJustice judiciaire, justice sociale et justice politique \u2014 par Irénée Desrochers (avril 1971) \u2022\tLes chrétiens révolutionnaires en Amérique latine \u2014 par Yves Vail-lancourt (mai 1971) \u2022\tEchantillons de théologie politique et révolutionnaire \u2014 par Gabriel Dussault (mai 1971) Périodiquement, RELATIONS publie des dossiers plus élaborés sur divers problèmes d\u2019ordre socio-culturel ou politique qui interrogent la conscience chrétienne.Plusieurs de ces dossiers sont utilisés par les professeurs et les étudiants pour la préparation de séminaires et de travaux de recherche.Abonnement: $7 par année (11 numéros) \u2014 le numéro : 750 Formule d\u2019abonnement au verso \u2014 pour vous-même ou pour quelqu\u2019un de vos amis.Il \u2014Face aux nouvelles idéologies, une habilité accrue à discerner le vrai de l\u2019homme JUILLET-AOUT 1971 197 qu\u2019ouvert au spirituel et à l\u2019Absolu, au développememnt intégral de tout l\u2019homme.Les chrétiens sont bien dans le monde et, à ce titre, il est de leur devoir de participer à l\u2019édification de la cité et de contribuer à la solution des problèmes sociaux; mais \u2014 et c\u2019est ici que grandit chez nous le danger de confusion \u2014, ils ne sont pas du monde, du moins pas entièrement, pas définitivement, puisque leur vocation est de partager un jour un Royaume qui n\u2019est pas de ce monde.Aussi, leur faut-il se garder constamment contre la tentation de se laisser totalement dominer et absorber par les idéologies, les systèmes et les utopies que leur offre le monde, surtout quand de pareilles idéologies « s\u2019opposent radicalement ou sur des points substantiels à leur foi et à leur conception de l\u2019homme » (no 26); contre la tentation aussi de se faire d\u2019un système concret une idole à laquelle on est prêt à tout sacrifier, même la dignité et la liberté de la personne humaine.Toujours et à l\u2019égard de toutes les idéologies et de tous les systèmes, s\u2019impose le discernement chrétien, discernement que l\u2019Eglise aide à opérer, précisément parce qu\u2019elle enseigne la -vérité de l\u2019homme.Dans cette approche renouvelée des diverses idéologies, le chrétien puisera aux sources de sa foi et dans l\u2019enseignement de l\u2019Eghse les principes et les critères opportuns pour éviter de se laisser séduire, puis enfermer, dans un système dont les limites et le totalitarisme risquent de lui apparaître trop tard s\u2019il ne les perçoit pas dans leurs racines.Dépassant tout système, sans pour autant omettre l\u2019engagement concret au service de ses frères, il affirmera, au sein même de ses options, la spécificité de l\u2019apport chrétien pour une transformation positive de la société.(No 36.) Pareil discernement chrétien nous est d\u2019autant, plus nécessaire aujourd\u2019hui que le Québec est devenu une société ouverte à toutes les idéologies et à tous les systèmes, voire à toutes les utopies 1.Sur le terrain social, après avoir 1.Voir: c Idéologies au Canada français », dans Recherches sociographiques, 1969, n° 2.\u2014 Fernand Dumont: « Notes sur l\u2019analyse des idéologies », dans Recherches sociographiques, 1963, n° 2.\u2014 Jacques Grand-Maison: Stratégies sociales et nouvelles idéologies, 1970, et Nationalisme et religion, 1970, t.II, « Religion et idéologies politiques », en particulier les pages 189-206: « L\u2019Eglise et les idéologies au Québec ».longtemps occupé toute la place, l\u2019idéologie libérale et son dérivé concret, le capitalisme, se voient de plus en plus concurrencés par le socialisme et le marxisme, de sorte que le chrétien québécois fait face maintenant à un pluralisme d\u2019options.La Lettre indique les grands principes à respecter, les dangers à éviter et les distinctions à faire, par exemple entre les idéologies et les mouvements historiques concrets qui en sont issus, entre les formes différentes de socialisme, entre les divers niveaux de marxisme; elle laisse ensuite à la conscience éclairée du chrétien sa -liberté de choix: « Dans les situations concrètes et compte tenu des solidarités vécues par chacun, il faut reconnaître une légitime variété d\u2019options possibles.Une même foi chrétienne peut conduire à des engagements différents » (No 50.) Et, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un choix collectif, d\u2019un choix qui engage la communauté chrétienne, c\u2019est à celle-ci qu\u2019il revient « de discerner.les options et les engagements qu\u2019il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s\u2019avèrent nécessaires » (no 4).Pour prendre un cas précis, il est évident que la communauté chrétienne québécoise ne considère plus aujourd\u2019hui le socialisme comme elle le considérait il y a vingt ou trente ans.Non seulement la mise en garde épiscopale portée autrefois contre un parti politique à ce sujet a été retirée, mais le nombre grandit, chez nous, des chrétiens qui se disent et se veulent « socialistes »2.Le numéro 31 de la Lettre leur entr\u2019ouvre prudemment la porte, tout en leur recommandant de faire preuve de perspicacité pour bien déterminer « le degré d\u2019engagement possible dans cette voie, étant sauves les valeurs, notamment de liberté, de responsabilité et d\u2019ouverture au spirituel, qui garantissent l\u2019épanouissement intégral de l\u2019homme ».En deux mots, à l\u2019égard du socialisme comme à l\u2019égard des autres idéologies et systèmes, qu\u2019ils usent de discernement chrétien: ils seront d\u2019autant plus aptes à percevoir la concordance de ces idéologies et de ces systèmes avec le vrai de l\u2019homme, avec la conception plénière de la vocation de l\u2019homme.2.Voir, en particulier, les revues Socialisme-Socialisme québécois, Maintenant, et Jacques Grand\u2019Maison: Nationalisme et religion, ainsi que Fernand Dumont: La vigile du Québec, chapitre 3, « Du côté d\u2019un socialisme d\u2019ici » : 3.« Le socialisme est une utopie », 4.« Un socialisme pour le Québec ».198 RELATIONS Ill \u2014 Face à Faction à entreprendre, une conscience plus vive des responsabilités Creuset bouillonnant de tous nos problèmes sociaux, le Québec d\u2019aujourd\u2019hui est en mal d\u2019une civilisation nouvelle.Jamais, en conséquence, n\u2019a été si grande pour les chrétiens la nécessité d\u2019être présents à pareil moment historique.Or on dirait que c\u2019est le contraire qui se produit: autrefois partout, en particulier dans le domaine social, les catholiques semblent aujourd\u2019hui nulle part, du moins comme tels, avec une pensée propre et une action efficace.Les uns ne voient rien à changer, les autres veulent tout changer, mais cherchent ailleurs que dans leur Eglise les moyens de le faire.Comme dit Paul VI: « Tandis que d\u2019aucuns, inconscients des injustices présentes, s\u2019efforcent de prolonger la situation existante, d\u2019autres se laissent séduire par des idéologies révolutionnaires qui leur promettent, non sans illusion, un monde définitivement meilleur.» (No 3.) Aux uns comme aux autres, le Pape rappelle leur responsabilité, leur devoir de passer à l\u2019action, action à la fois commune et spécifique.Action commune, c\u2019est-à-dire action que les chrétiens partagent et soutiennent avec les autres citoyens dans le but de résoudre le plus justement possible les nouveaux problèmes sociaux qu\u2019ont fait surgir rurbanisation et l\u2019industrialisation du Québec.En menant cette action, ils devront prêter une attention particulière aux plus pauvres et aux plus faibles et viser à faire disparaître ces conditions de vie dégradantes et déshumanisantes que trop souvent la société réserve à ces derniers.Action spécifique aussi, c\u2019est-à-dire propre à l\u2019Eglise et aux chrétiens.Dans sa Lettre, Paul VI insiste beaucoup sur le caractère particulier et original de cette action.Il affirme que l\u2019Eglise a « un message spécifique » à offrir aux hommes (no 5), qu\u2019elle présente un « apport spécifique aux civilisations » (no 40); il parle de « la spécificité de l\u2019apport chrétien pour une transformation positive de la société » (no 36) et des conditions à observer si le chrétien, dans la société, « veut jouer un rôle spécifique, comme chrétien en accord avec sa foi \u2014 rôle que les incroyants eux-mêmes attendent de lui » (no 49).Si le pape ne développe pas davantage ce point, c\u2019est que la constitution pastorale Gaudium et Spes, « L\u2019Eglise dans le monde de ce temps », l\u2019a déjà fait avec ampleur.Il se contente ici de rappeler que la mission première de l\u2019Eglise est d\u2019apporter aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui comme à ceux d\u2019hier le message et les énergies de l\u2019Evangile, c\u2019est-à-dire « la Bonne Nouvelle de l\u2019amour de Dieu et du salut dans le Christ» (no 1).Et cela, il demande aux chrétiens engagés dans l\u2019action de ne jamais l\u2019oublier et de ne pas se laisser absorber par des idéologies à fins purement utilitaires et terrestres, qui enferment l\u2019homme complètement en lui-même et finissent, même sous des dehors généraux, par l\u2019asservir.Ainsi, par exemple, au Québec, une société nouvelle est à se construire, résolument tournée vers l\u2019avenir.De concert avec les autres, les chrétiens ont le devoir de travailler à y faire disparaître les injustices et les inégalités, mais, à supposer que cela se réalise un jour, pourra-t-on dire que leur travail est devenu sans objet et leur présence inutile ?En d\u2019autres termes, à supposer que se produise dans la société québécoise de demain cette libération du besoin et de la dépendance dont parle la Lettre (no 45), pourra-t-on prétendre que le christianisme n\u2019aura plus rien à dire ni rien à faire ?Oui, si ceux qui le professent alors en ont fait une idéologie, un système comme les autres; non, s\u2019ils lui ont conservé son caractère spécifique et transcendant de religion qui, tout en manifestant « le mystère de Dieu, de ce Dieu qui est la fin ultime de l\u2019homme, révèle en même temps à l\u2019homme le sens de sa propre existence, c\u2019est-à-dire sa vérité essentielle » (Gaudium et Spes, no 41), et, du même coup, « l\u2019aide à correspondre au dessein d\u2019amour de Dieu et à réaliser la plénitude de ses aspirations » (no 1).S\u2019il fut un temps où, au Québec, l\u2019Eglise se chargeait de présenter un modèle tout fait d\u2019organisation de la société et même se permettait de voir à sa réalisation, ce temps, aujourd\u2019hui, est bien passé.Dans le domaine social, l\u2019Eglise, au Québec comme ailleurs, devra de plus en plus centrer ses efforts sur la double fonction que mentionne la Lettre de Paul VI: « éclairer les esprits pour les aider à découvrir la vérité et discerner la voie à suivre au milieu des doctrines diverses qui les sollicitent; entrer dans l\u2019action et diffuser avec un souci réel du service et de l\u2019efficacité, les énergies de l\u2019Evangile » (no 48).Pour cela, il faudra: a) qu\u2019elle se garde entièrement libre face aux systèmes et aux pouvoirs, tant économiques que politiques, tant de droite que de gauche, afin d\u2019être mieux en mesure de les critiquer au besoin, selon qu\u2019ils favorisent ou non l\u2019accomplissement de la vocation intégrale de l\u2019homme; b) que ses membres \u2014 tous ses membres, mais en particulier les laïcs, \u2014 jouent pleinement leur rôle d'animateurs spirituels de la société et s\u2019efforcent « de pénétrer d\u2019esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de leur communauté de vie » (no 48).Aux chrétiens du Québec qui veulent agir et changer le système, la Lettre pontificale du 14 mai dernier dit, en somme: Allez-y, prenez vos responsabilités, mais usez de discernement; ne vous laissez pas séduire par des idéologies qui proposent certaines voies de libération pour l\u2019homme, mais aboutissent finalement à l\u2019asservir; ne vous contentez pas de dénoncer les injustices, entrez dans l\u2019action, engagez-vous concrètement au service de vos frères et, quelle que soit l\u2019option, économique, sociale ou politique que vous preniez, n\u2019oubliez jamais que, comme chrétiens, vous avez non seulement à donner « un témoignage, personnel et collectif, du sérieux de votre foi par un service efficace et désintéressé des hommes » (no 46), mais encore à jouer un rôle spécifique dans l\u2019élaboration et la construction de la nouvelle société québécoise.La qualité humaine de cette société dépendra, pour une large part, de votre présence, de votre témoignage et de votre action.On peut trouver ce programme trop conservateur ou trop réformiste et pas assez révolutionnaire, mais il a au moins le triple mérite de ne pas verser dans l\u2019utopie, de chercher à promouvoir le bien intégral de l\u2019homme et de stimuler chez les chrétiens le sens de leurs vraies responsabilités.Qu\u2019on commence par l\u2019appliquer, et l\u2019on verra qu\u2019il va beaucoup plus loin et beaucoup plus en profondeur qu\u2019une simple lecture pourrait le laisser croire.JUILLET-AOUT 1971 199 Intervention de l\u2019Eglise \u2014 modalités, limites, conditions de validité et d\u2019efficacité par .Jacques Chênevert On entend souvent parler, dans certains milieux chrétiens, de la nécessité ou du devoir, pour l\u2019Eglise, d\u2019intervenir: on déplore que l\u2019Eglise n\u2019intervienne plus assez ou, quand elle intervient, qu\u2019elle ne le fasse pas de façon pertinente.La lettre de Paul VI au cardinal Roy est vue comme une intervention de l\u2019Eglise et comme un appel à des interventions de plus en plus profondes et actives des églises locales.A quoi songe-t-on en parlant d\u2019intervention de l\u2019Eglise ?H ne me semble Qu\u2019est-ce qu\u2019intervenir pour l\u2019Eglise ?Le premier sens du mot intervention, d\u2019après le Petit Robert, est le suivant: « Acte par lequel un tiers, qui n\u2019était pas originairement partie dans une contestation judiciaire, s\u2019y présente pour y prendre part » (p.927).Au mot intervenir, on lit: « Prendre part à une action, à une affaire en cours, dans l\u2019intention d\u2019influer sur son déroulement» (ibid.).La notion d\u2019intervention de l\u2019Eglise respecte ce sens fondamental du terme.Dans le langage chrétien actuel, on dit que l\u2019Eglise intervient lorsqu\u2019elle pose une action, ordinairement non sollicitée, en vue d\u2019influencer, voire de transformer le cours de l\u2019histoire, soit au plan de la vie des personnes (orientation et sens de l\u2019existence humaine), soit au plan des collectivités comme telles (ordre politique, social, économique, culturel).Pourquoi intervenir?De telles interventions de l\u2019Eglise n\u2019ont pas pour but de défendre ou d\u2019accroître les intérêts qui seraient les pas toujours facile de le discerner.Il me semble même percevoir certaines équivoques, plus ou moins liées à des « reliques » d\u2019ecclésiologie cléricale, à la nostalgie des époques triomphales où les actes publics de l\u2019Eglise attiraient sur elle l\u2019attention, la crainte, le prestige.Sans autre prétention que de chercher à éclairer un peu, ne serait-ce que ma propre lanterne, voici donc quelques propos à ce sujet.siens, dans la mesure où l\u2019Eglise peut être considérée ou perçue comme une société parallèle aux autres sociétés, de même type que celles-ci, éventuellement en conflit ou en compétition avec elles : ces interventions ne sont pas de l\u2019ordre de la diplomatie, du droit, des affaires.L\u2019Eglise n\u2019intervient pas non plus au nom d\u2019une autorité (politique, législative, judiciaire) qu\u2019elle aurait sur les personnes ou sur les sociétés civiles et leurs institutions.L\u2019Eglise est poussée à intervenir en vertu même de ce qui la crée et la constitue, sa mission.Celle-ci est, foncièrement, d\u2019annoncer le Christ, intervention radicale de Dieu dans l\u2019histoire des hommes et de leurs projets politiques; d\u2019annoncer le Christ dans sa totalité: sa parole, son action, sa personne, le sens et la portée de cet événement capital; par conséquent, et dans le sillage de cette lumière, de promouvoir la libération et le développement de l\u2019homme selon tous les axes personnels et sociaux de sa condition, de lui communiquer l\u2019espérance absolue, celle qui intègre tout échec, y compris la mort avec son emprise sur les individus comme sur les œuvres humaines.Limites de cette intervention La principale limite rencontrée par l\u2019Eglise, dans ses interventions, est celle qui en restreint le succès, l\u2019efficacité, du fait que le domaine dans lequel l\u2019Eglise intervient est toujours celui de la liberté inviolable.L\u2019Eglise ne peut rien imposer: elle ne peut que proposer son témoignage et chercher à le faire venir à la rencontre des désirs et des aspirations de l\u2019homme en quête de sens, d\u2019amour, de paix, de vie.L\u2019intervention propre de l\u2019Eglise se situe au niveau des valeurs qui suscitent et orientent l\u2019activité humaine en tout ordre de réalité, qui inspirent la création du comportement personnel au-delà des conditionnements inéluctables, qui donnent à l\u2019histoire son mouvement, sa physionomie, qui définissent les divers projets dont celle-ci cherche, même à travers la rupture des révolutions, à opérer l\u2019intégration dynamique.A ce plan des valeurs, la pertinence de l\u2019intervention de l\u2019Eglise est, encore là, fortement conditionnée.Car cette pertinence est liée à la justesse d\u2019un langage, lui-même dépendant d\u2019une perception vécue de l\u2019homme et de la réalité socio-culturelle d\u2019un temps donné.Or l\u2019Eglise ne jouit d\u2019aucune acuité particulière dans l\u2019ordre de cette perception; le plus souvent, au contraire, elle s\u2019y est montrée en retard sur ceux qui ne partagent pas sa foi.Dans le prolongement de cette même limite, d\u2019autres facteurs restreignent la possibilité d\u2019intervention de l\u2019Eglise ou, en tout cas, son impact.Comme telle, en effet, l\u2019Eglise ne possède aucune compétence privilégiée dans l\u2019ordre politique, social, économique, financier, scientifique, technique ou esthétique auquel peut être reliée telle de ses in- Intervenir : pourquoi ?comment ?200 RELATIONS terventions.L\u2019Eglise ne détient aucune capacité particulière pour inventorier et analyser les problèmes de ces divers ordres; elle en a encore moins, s\u2019il s\u2019agit d\u2019imaginer et d\u2019élaborer des solutions qui soient praticables et efficaces.Pourtant, l\u2019objectif visé par les interventions de l\u2019Eglise ne peut être atteint ni vécu si de telles solutions ne sont pas d\u2019abord inventées et réalisées.Modes d\u2019intervention L\u2019intervention de l\u2019Eglise, dans la pensée de plusieurs, consiste d\u2019abord et avant tout à parler.La parole représente indéniablement pour l\u2019Eglise l\u2019une des manières les plus importantes d\u2019intervenir.Certains seront tentés de dire que c\u2019est là un mode d\u2019intervention bien facile et sans conséquence.Oui, si l\u2019on sait d\u2019avance que cette parole ne sera qu\u2019une parole de plus dans l\u2019océan verbal des ondes quotidiennes.Non, si cette parole est telle, en elle-même et à cause de qui la prononce, qu\u2019elle ait toute chance d\u2019être entendue, écoutée.Car le courage d\u2019une parole libre est rare.Il est le propre du prophète.Quand la parole de l\u2019Eglise prend cet accent prophétique et libérateur, sous forme de dénonciation critique ou de révélation d\u2019espérance, elle constitue un mode d\u2019intervention valide et fécond.Mais le prophète ne fait pas que parler : il agit aussi et souvent en même temps qu\u2019il parle.A cet égard, ce qu\u2019est le prophète lui-même, dans son vécu constant, pose déjà l\u2019acte fondamental qui authentifie sa parole et en démontre la cohérence entière.En plus, le prophète prend l\u2019initiative d\u2019actions qui, tout en déployant ce même acte fondamental, manifestent d\u2019autres formes de courage et d\u2019attention concrète aux hommes, aux femmes, aux enfants avec lesquels il vit.L\u2019intervention de l\u2019Eglise doit donc, elle aussi, passer à l\u2019action.Sa parole doit pouvoir en arriver à se monnayer dans une action qui rejoigne des personnes concrètes, dans une action par laquelle l\u2019Eglise « se mouille » et rend sa parole « croyable », une action risquée, hasardée, parce qu\u2019elle peut être erronée, parce qu\u2019elle peut échouer, parce qu\u2019elle peut être tout simplement battue, vaincue, bref une véritable ac- Demain, une Église médiévale?* par Jacques Chênevert Le 10 février dernier, tous les évêques recevaient le texte d\u2019un projet de loi fondamentale ou de constitution de l\u2019Eglise catholique.Ce texte, qui concerne tout le peuple chrétien, a été élaboré en secret; il est soumis à la consultation des seuls évêques; cette consultation est individuelle et faite par correspondance.Les évêques doivent en effet répondre avant le 1er septembre, donc avant le prochain synode des évêques.Le résultat de cette consultation sera communiqué au synode.Le procédé est tel que l\u2019approbation risque d\u2019être massive et de placer le synode devant un fait accompli.Pourtant, le contenu de ce projet est tout à fait inacceptable et nous ramène à un modèle médiéval de l\u2019Eglise.Heureusement, le secret a, encore une fois, filtré et, en Europe, surtout en Allemagne et en Italie, de vives réactions éclatent.Intention de ce projet Selon l\u2019intention déclarée, le projet viserait à mettre au clair ce qu\u2019il y a de commun entre les chrétiens d\u2019Orient et d\u2019Occident, et à traduire au plan des lois la doctrine de Vatican II sur l\u2019Eglise et sur les rapports de celle-ci au monde.Oecuménistes et canonistes y sont donc fortement intéressés.Mais ni les uns ni les autres, pour ne mentionner que ceux-là, n\u2019y trouvent satisfaction.Défauts du projet Malgré le vernis concilaire dont il cherche à se couvrir en multipliant les citations de Vatican II, le projet trahit l\u2019esprit authentique de ce dernier.L\u2019Eglise s\u2019y trouve structurée, non par l\u2019Evangile, les sacrements ou la charité, mais par la hiérarchie pyramidale des dignités et des pouvoirs.En fait, le * N.D.L.R.Pour l\u2019information des lecteurs de Relations, voici le résumé d\u2019un article paru dans la sélection hebdomadaire du Figaro (n° 903, mercredi 9 juin 1971, p.6) sous le titre « Nouvelle constitution de l\u2019Eglise: oppositions de plus en plus vives au projet » et signé par l\u2019abbé René Laurentin.Le projet;, fait judicieusement remarquer l\u2019A., pose tout le problème de la place du droit dans l\u2019Eglise.principe majeur de la structure que l\u2019on veut y donner à l\u2019Eglise, c\u2019est le pouvoir suprême du pape.Il est posé seul, avant le collège épiscopal, il n\u2019a que des droits, pas de devoirs comme en ont beaucoup tous les autres; il a le contrôle absolu des évêques; il est maître et seigneur du concile œcuménique.Le synode épiscopal n\u2019est rien de plus qu\u2019un conseil marginal, placé au-dessous du collège des cardinaux (lequel n\u2019est pourtant qu\u2019une institution humaine, contrairement au collège des évêques) et de la curie romaine, identifiée au pape.Ce même type de rapports entre pouvoir et absence de pouvoir se réfléchit à tous les autres niveaux de l\u2019Eglise : entre les évêques et le peuple de Dieu, entre les.clercs et les laïcs.Les rapports entre l\u2019Eglise et le monde sont ensuite présentés en termes de fonction, d\u2019autorité, de puissance qui reprennent, en somme, la théorie médiévale de la suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel (sauf que, faute de rois, on ne réclame plus le droit de les déposer !).Réactions En Allemagne, une pétition a été lancée parmi les théologiens et a déjà recueilli de très grands noms.Des colloques ont été tenus à Florence, Ariccia et Bologne.Plusieurs articles ont également paru, dont la position se ramène aux deux points suivants : l\u2019Eglise n\u2019a pas besoin d\u2019une loi fondamentale, vouloir traduire la théologie de Vatican II en termes de loi constitutionnelle de l\u2019Eglise, après dix-neuf siècles, est une prétention exorbitante, vouée à l\u2019échec.La conclusion est unanime : les évêques doivent rejeter purement et simplement ce projet.« Puissent les responsables de l\u2019Eglise, écrit en terminant M.Laurentin, aller au-delà des apparences conciliaires de la loi fondamentale.» Souhaitons-le tout particulièrement de la part des évêques canadiens, au nom de leurs églises diocésaines et avec elles.14.6.71.JUILLET-AOUT 1971 201 tion d\u2019hommes, toujours criticable, tile, toujours passagère.On ne change toujours laborieuse au cœur de forces pas le cours de l\u2019histoire rien que par contraires, toujours partiellement inu- la parole des lèvres.Intervention de l\u2019Église Jusqu\u2019ici, j\u2019ai parlé de l\u2019intervention de l\u2019Eglise, sans préciser davantage.Mais qui est cette Eglise qui doit intervenir ?Qui doit parler, qui doit agir pour que l\u2019on soit témoin d\u2019une intervention de l\u2019Eglise ?Là est le point le plus difficile à éclairer, le plus important aussi.Je n\u2019en traiterai pas en détail et me contenterai d\u2019indiquer quelques pistes de réflexion.Le pape, le collège épiscopal, les évêques d\u2019un pays, l\u2019évêque local, le pasteur d\u2019une paroisse sont-ils, à un titre privilégié, les agents d\u2019une intervention de l\u2019Eglise ?Une communauté chrétienne, un groupe particulier de chrétiens, tel chrétien ne le sont-ils pas davantage ?On ne peut répondre à cette question en faveur des uns et en excluant les autres.D\u2019une part, il me semble assuré que certaines interventions (mise à part leur qualité intrinsèque, qui est supposée) ont du poids parce que c\u2019est^ le pape qui en a l\u2019initiative ou le collège des évêques, par exemple réuni en concile, ou tel évêque, etc.Donc, parce que le prestige réel d\u2019une autorité ajoute à sa portée.En outre, certains types d\u2019intervention ne sont possibles ou utiles qu\u2019à ce degré de l\u2019autorité où une plus grande indépendance et une plus grande force institutionnelle se trouvent garanties.Mais une telle situation joue souvent en sens inverse et lie plus qu\u2019elle ne libère.D\u2019autre part, comment une intervention faite par une autorité peut-elle avoir une signification réelle et produire un effet observable, télévisible, comment peut-elle en outre être qualifiée une intervention de l\u2019Eglise, si ce geste de l\u2019autorité en question ne s\u2019appuie pas sur l\u2019accord et la solidarité de la communauté dont cette autorité paraît le porte-parole ?A défaut de cet appui communautaire, il me semble que l\u2019intervention de l\u2019autorité n\u2019est pas encore une véritable intervention de l\u2019Eglise, mais qu\u2019elle est un acte d\u2019ani- 202 mation pastorale en vue de susciter, en un second temps, une intervention qui, elle, sera devenue une véritable intervention d\u2019Eglise.Un acte d\u2019animation pastorale, ce peut être aussi, de la part de l\u2019autorité, une manière de dénoncer l\u2019apathie évangélique des chrétiens ainsi interpellés ou encore, en d\u2019autres cas, de redonner sa liberté de parole et d\u2019action à une communauté que certaines circonstances ou certaines pressions, internes ou externes, auraient muselée.N\u2019est-ce pas ainsi qu\u2019il faut comprendre l\u2019encyclique de Paul VI sur le développement des peuples, rendue publique le jour de Pâques 1967?Rôle des communautés de base Dans cette perspective, je crois que plusieurs types de communautés de base constituent le lieu par excellence dans lequel de telles interventions d\u2019Eglise peuvent naître.Selon la nature de l\u2019intervention envisagée, plusieurs communautés particulières auront peut-être à se regrouper dans cette tâche, mais chacune d\u2019elles demeure quand même une source originelle.Car, outre la perception et l\u2019analyse du milieu, du problème, etc.en fonction duquel on veut intervenir, la communauté de base constitue le lieu où les motivations évangéliques qui poussent à le faire, où ce au nom de quoi, où Celui à cause de qui on se convainc qu\u2019il faut intervenir comme Eglise, deviennent des réalités vécues, incorporées, à la fois au plan personnel et collectif.Je ne pense ni ne souhaite que l\u2019Eglise devienne un jour entièrement composée de communautés de base.Mais si l\u2019on considère celles-ci dans ce qu\u2019elles ont de plus typique et de plus positif, il faut y reconnaître une signification prophétique, en ce sens qu\u2019elles contribuent à reconstituer un tissu ecclésial authentique, fait de personnes qui partagent vraiment une même foi, qui communient à une même vie de Une intervention de l\u2019Eglise, pour être vraiment telle, doit avoir une dimension communautaire.Sinon, elle ne sera pas perçue comme une intervention de l\u2019Eglise, le témoignage qu\u2019elle devait en même temps communiquer aux hommes ne passera pas et l\u2019effet immédiat qu\u2019elle visait à produire, par exemple dans l\u2019ordre de la justice sociale, ne sera pas atteint.L\u2019intervention de l\u2019Eglise doit être communautaire pour une autre raison encore: pour qu\u2019elle soit pleinement pertinente, concrète, localisée, incarnée, pour qu\u2019elle soit exactement ajustée à telle situation donnée et trouve, par conséquent, un point d\u2019insertion active dans le tissu vivant de la personne, du groupe social réel vers lequel l\u2019intervention est dirigée.Pareille intervention ne peut être conçue, élaborée, exécutée qu\u2019à partir de l\u2019expérience immédiate d\u2018un milieu particulier par une communauté immergée dans ce milieu.Jésus-Christ et qui développent ensemble une prise de conscience commune, à la fois des problèmes socio-politiques du monde actuel et de l\u2019impact de l\u2019évangile sur l\u2019histoire humaine, impact que l\u2019Eglise des chrétiens a pour mission de communiquer et de transformer en événements.Ces foyers de foi et d\u2019action chrétiennes renouvelées que sont les communautés de base peuvent, si on les favorise, avoir une influence bénéfique sur l\u2019ensemble de l\u2019Eglise avec laquelle elles se veulent en communion.A mesure que cet effet se réalisera et se fera sentir, de véritables interventions des églises comme de l\u2019Eglise deviendront davantage possibles, probables et efficaces.Même lorsque ce sera un pasteur qui se portera publiquement responsable d\u2019une intervention, celui-ci saura alors qu\u2019il parle au nom des frères qu\u2019il sert, qu\u2019eux-mêmes parlent et agissent avec lui.Dès lors, cette intervention, ne fût-ce que sous la forme d\u2019une parole, aura plus grande chance d\u2019être entendue, écoutée.Là est le point essentiel: sous quelque forme qu\u2019elle se réalise, toute communauté chrétienne véritable et vi- RELATIONS vante représente par et en elle-même une interpellation politique, une contestation sociale, une puissance critique.Car là où l\u2019on voit réunies et solidaires des personnes qui diffèrent profondément quant à l\u2019âge, le talent, le degré d\u2019instruction, le milieu social, voire la race et la langue, une société divisée, stratifiée, inégale, centrée sur la puissance et la richesse comme l\u2019est la nôtre, se trouve, par le fait même, mise en question et sollicitée à réflé- chir.Cette société a alors sous les yeux la démonstration que la liberté et la paix ne sont pas une utopie.L\u2019existence de communautés chrétiennes, non pas nominales, mais réelles, audibles, visibles et touchables (1 Jn 1:1), voilà pour l\u2019Eglise la forme fondamentale d\u2019intervention, la première qu\u2019elle a exercée dans l\u2019histoire, celle aussi qui accrédite toutes les autres.L\u2019Église et les pauvres \u2014 l\u2019option évangélique en faveur des « plus pauvres » par Julien Harvey\u2014\u2014- Ceux qui lisent les documents de l\u2019Eglise officielle depuis le concile et en particulier les derniers messages de nos évêques ainsi que la lettre de Paul VI au cardinal Maurice Roy, sur l\u2019Eglise et les nouveaux problèmes sociaux, n\u2019ont pu manquer d\u2019être frappés par l\u2019insistance renouvelée sur le souci de l\u2019Eglise pour les plus pauvres.Si on se réfère à notre sondage de l\u2019année dernière, les lecteurs de Relations sont surtout d\u2019une classe assez aisée, parfois très aisée.Le fait que ces documents ne parlent guère d\u2019eux, sinon à travers les plus pauvres, doit les inquiéter et, sans doute, nous inquiéter également nous-mêmes, à Relations ! L\u2019Évangile et les pauvres Tout chrétien sait que l\u2019Eglise est la « maison du Père »,que chacun y est chez soi.Et depuis Vatican II encore plus: la constitution sur l\u2019Eglise a élargi les frontières, en montrant que l\u2019unité du peuple de Dieu est analogique et s\u2019étend au-delà de l\u2019Eglise catholique; la constitution sur l\u2019Eglise dans le monde de ce temps, pour sa part, a tourné l\u2019Eglise vers le monde, vers l\u2019ensemble de l\u2019humanité.Mais, paradoxalement, surtout depuis le Concile, mais déjà dans les documents conciliaires, une partie du peuple de Dieu semble être plus spécialement chez elle dans cette maison paternelle, au point que beaucoup d\u2019autres y deviennent plus oubliés.Ces privilégiés sont les pauvres.Cette situation privilégiée des pauvres est-elle évangéliquement fondée ?Ou est-elle tout simplement le reflux de la contestation actuelle sur l\u2019Eglise ?Bien persuadé de l\u2019influence croissante de Lénine et de Mao sur l\u2019Eglise, quelqu\u2019un me disait récemment: « Quand va-t-on cesser cette histoire de pauvres ?Les riches aussi ont une âme.Et, d\u2019ailleurs, tous sont pauvres devant Dieu ! » Ces questions et réactions, avivées par la renaissance de la théologie politique, m\u2019incitent à poser ici quelques jalons de réflexion évangélique.Foi et argent.\u2014 Trois grandes puissances intra-mondaines mènent le monde: le pouvoir, le désir sexuel et l\u2019argent.C\u2019est saint Jean qui nous le rappelle.Et, dans les sociétés modernes, on peut ajouter que l\u2019argent domine les deux autres.Ces grandes puissances ne sont, de soi, ni bonnes ni mauvaises, mais ambiguës.Elles sont partie essentielle de la création; mais elles sont vécues dans l\u2019histoire par des personnes et des groupes libres.Il est normal, par conséquent, qu\u2018une foi sérieuse soit empruntée à ces trois puissances, et particulièrement à cette clé de voûte qu\u2019est l\u2019argent, si elle prétend être la force extra-mondaine et incarnée qui mène ultimement le monde et lui donne un sens.Si elle ne le fait pas, elle est vraiment, pour reprendre une expression-clé de Léan-dre Bergeron, « le roi-nègre de l\u2019establishment », le mécanisme complémentaire requis pour que les trois grandes forces de ce monde puissent fonctionner en paix.La Bible et l'argent \u2014 La Bible a maintes fois abordée de front le problème de l\u2019argent.Avant de dégager brièvement les grands axes de sa démarche, notons que la Bible parle peu de la richesse et de la pauvreté: elle parle presque toujours du pauvre et du riche.1° Pour l\u2019homme de l\u2019Ancien Testament, la richesse est d\u2019abord une bénédiction: l\u2019homme est trop pauvre pour ne pas avoir besoin de posséder (vers 950 av.J.-C).La richesse est donc bonne, mais elle est aussi dangereuse \u2014 et ce, pour deux raisons: a) parce qu\u2019elle permet de mettre en soi-même toute sa confiance et sa sécurité, b) parce qu\u2019elle fait qu\u2019on n\u2019a plus besoin des autres et qu\u2019on devient ainsi peu fraternel (vers 850 av.J.-C.).2° L\u2019A.T.cherche ensuite, de diverses façons, à exorciser l\u2019argent: a) d\u2019abord, par la charité (vers 750 av.J.-C.), b) puis, par la générosité pour le culte (vers 450 av.J.-C.), c) mais JUILLET-AOÛT 1971\t203 surtout \u2014 et c\u2019est la pensée commune des Prophètes \u2014 par le partage et le souci réel de la justice (de 750 à 150 av.J.-C).3° Enfin, se développe tout au long de l\u2019A.T.un courant spirituel plus profond: Dieu aime le pauvre, parce qu\u2019il est capable de s\u2019ouvrir, d\u2019accueillir l\u2019amour, de prier; il est donc désirable d\u2019être pauvre, pour demeurer proche de Dieu.C\u2019est le fond de la prière des Psaumes (depuis 630 av.J.-C.).Des progrès ont déjà été accomplis pour introduire, au sein des rapports humains, plus de justice et de participation aux responsabilités.Mais, en cet immense domaine, il reste encore beaucoup à faire.L\u2019égoïsme et la domination sont chez les hommes des tentations permanentes.Aussi un discernement toujours plus affiné est-il nécessaire pour saisir, à leur racine, les situations naissantes d\u2019injustice et instaurer progressivement une justice mois imparfaite.Dans la mutation industrielle, qui réclame une adaptation rapide et constante, ceux qui vont se trouver lésés seront plus nombreux et plus défavorisés pour faire entendre leurs voix.Vers ces nouveaux « pauvres », l\u2019attention de l\u2019Eglise se porte pour les reconnaître, les aider, défendre leur place et leur dignité dans une société durcie par la compétition et l\u2019attrait de la réussite.L\u2019enseignement social de l\u2019Eglise se développe par une réflexion menée au contact des situations changeantes de ce monde, sous l\u2019impulsion de l\u2019Evangile comme source de renouveau.Il se développe aussi avec la sensibilité propre de l\u2019Eglise, marquée par une volonté désintéressée de service et une attention aux plus pauvres.Paul VI, Lettre apostolique du 14 mai 1971, nn.15 et 42.4° Tout cela passe dans l\u2019Evangile.Déjà, Jésus reprend le prophète Isaïe en disant que la Bonne nouvelle est annoncée d\u2019abord aux pauvres.Et il fait de la pauvreté la clé des béatitudes, celle qui englobe toutes les autres.Un évangéliste en particulier, Luc, a senti le besoin de nous enlever toutes nos échappatoires, au point que certains ont voulu en faire le père du socialisme : il nous dit que la seule pauvreté sûre et efficace est la pauvreté de fait, pas seulement la pauvreté de cœur, ni le seul détachement de la richesse qu\u2019on possède.Enfin, Paul revient au point de départ de la Bible en nous disant que nous avons besoin de richesse, Dans une enquête faite chez nous à l\u2019occasion d\u2019une grande mission, il y a quatre ans, on a demandé à des pauvres pourquoi ils étaient pauvres.Réponse: parce que les riches sont exploiteurs.La même question fut posée à des gens de la classe aisée.Réponse: parce que les pauvres sont paresseux et vicieux.Les deux réponses sont déjà abondamment développées dans la Bible: la première, par les Prophètes et dans les Psaumes; la seconde, dans les Proverbes.Mais il faut dire que les Prophètes et le livre de Job ont déjà absorbé la deuxième réponse dans la première: l\u2019exploitation rend paresseux et méchant.Ces quelques notes bibliques aident à comprendre, je crois, la légitime priorité reconnue aux pauvres dans l\u2019Eglise.Il faudrait maintenant traverser l\u2019histoire de l\u2019Eglise pour voir comment le projet évangélique a été vécu.On y trouverait bien des faiblesses, bien des connivences avec « les puissances de ce monde », et même des trahisons des pauvres.Mais on y verrait également un vrai et efficace souci des plus pauvres chez les plus authentiques témoins de Jésus.C\u2019est que l\u2019Eglise est faite d\u2019hommes.Max Weber a écrit un livre encore fameux sur l\u2019éthique protestante, base de l\u2019essor capitaliste; il est difficile de ne pas lui donner raison.Le devoir de progrès, de domination du cosmos, est inscrit dans les récits de la Genèse, et les troupeaux d\u2019Abraham ont été considérés comme une bénédiction par les plus anciens théologiens de la Bible.Seule une lecture unilatérale, même dans une société moderne où la pensée biblique doit être sans cesse adaptée, permet cependant de faire de l\u2019Eglise autre chose que l\u2019Eglise des pauvres, une Eglise où eux d\u2019abord sont chez eux.Que l\u2019Eglise actuelle s\u2019occupe vivement des nouveaux pauvres avec les moyens nouveaux qui peuvent les aider est le signe le plus évident d\u2019une vitalité réelle.mais que la seule vraie richesse est la richesse de Dieu, le don de lui-même que nous fait Dieu en Jésus-Christ, un don qui, de fait, n\u2019est accessible qu\u2019aux pauvres.Il faut remarquer, par ailleurs, que la notion de pauvreté dans la Bible est vaste: la vieillesse, la maladie, l\u2019esclavage, l\u2019ignorance, le souci sont des formes de pauvreté.Mais la pauvreté économique vient s\u2019ajouter à toutes les autres formes, qui sont communes aux économiquement riches et aux pauvres.Et c\u2019est elle qui fait déborder le vase de la misère humaine.Comme dit Yvon Deschamps, « mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade » ! Même si, ainsi, elle doit « passer pour une Eglise à gauche ».Et même si les plus prospères s\u2019y sentent occasionnellement bousculés.C\u2019est pour notre conversion et notre liberté, nous disaient nos évêques dans leur lettre de la Fête du Travail de l\u2019an dernier.Et le Pape, dans sa récente lettre au cardinal Maurice Roy, nous fait un devoir de passer à l\u2019action.Si nous sommes parmi les plus prospères dans notre société, nous devons en venir à considérer la richesse comme un corps étranger dans l\u2019organisme.Un corps étranger qui peut être un levier de service, mais qui peut être aussi un poison mortel.Bossuet, qui s\u2019y connaissait en fait de prospérité, a eu le courage évangélique de dire et d\u2019écrire que « les riches sont tolérés par les pauvres dans l\u2019Eglise ».Si nous le sommes, il faut remercier les pauvres de nous y tolérer, mériter par le souci de partage d\u2019y être tolérés.Et surtout ne pas tenter de faire de l\u2019Eglise une institution qui réussit cette acrobatie de faire vivre momentanément en frères, le dimanche matin, l\u2019exploiteur et l\u2019exploité, l\u2019oppresseur et l\u2019opprimé de la semaine qui va suivre.Qui est pauvre ?Église d\u2019aujourd\u2019hui et pauvreté 204 RELATIONS Absentéisme politique \u2014 la peur de l\u2019Assemblée nationale chez les chrétiens du Québec par .René Champagne- Christianisme québécois et politicophobie Dans sa récente lettre apostolique sur l\u2019Eglise et les nouveaux problèmes sociaux, le pape Paul VI demande avec instance aux chrétiens de prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux, local, régional et mondial; il voit dans la politique « une manière exigeante », même si elle n\u2019est pas la seule, « de vivre l\u2019engagement chrétien au service des autres »1.Cette invitation du pape revêt une singulière importance pour les chrétiens du Québec; elle en revêt une également, et non moindre, comme on le verra, pour l\u2019activité politique qui se déploie chez nous.On serait tenté, à partir d\u2019elle, \u2014 cette invitation, \u2014 d\u2019évoquer l\u2019histoire sinusoïdale que tracèrent au Québec les relations entre le spirituel et le profane, le pouvoir religieux et le pouvoir séculier.Mais laissons à Léandre Bergeron qui s\u2019y connaît bien, cette histoire passionnante.Il sera question ici de deux points précis, étroitement liés l\u2019un à l\u2019autre: 1° il y a très peu d\u2019hommes, au Québec, qui s\u2019engagent activement dans la sphère politique au nom de leur foi chrétienne; 2° le non-engagement politique des chrétiens entrave la présence et l\u2019efficacité du message chrétien au sein du monde socio-politique qui est le nôtre.1.\tPaul VI: L\u2019Eglise et les nouveaux problèmes sociaux, Fides, 1971, p.26 (n.46).2.\tDans les paragraphes qui suivent, je m\u2019inspire de l\u2019excellent chapitre de J.B.Metz sur L\u2019Eglise et le monde à la lumière d\u2019une « théologie politique », dans Pour une théologie du monde, Ed.du Cerf, 1971, pp.125-145.Les propos de Metz visent directement la théologie, mais leur champ d\u2019application la déborde.Si quelque étudiant en sociologie de l\u2019Université Laval s\u2019avisait un jour de faire une enquête auprès des membres actuels de l\u2019Assemblée nationale, les interrogeant sur les vrais motifs qui les ont poussés vers la politique, on peut prévoir qu\u2019il en trouverait très peu chez qui la foi chrétienne a joué un certain rôle.Ne parlons pas de rôle certain ! On peut également prévoir que la même enquête, poursuivie à la Chambre des Communes, aboutirait aux mêmes résultats, exception faite de quelques colombes de choix.Les motifs apportés s\u2019étageraient, selon différents niveaux de dignité, si l\u2019on peut dire, à partir du désir de servir la communauté nationale jusqu\u2019à celui de voir la couleur de l\u2019argent.L\u2019engagement politique à partir de motifs chrétiens apparaîtrait, pour sa part, exceptionnel.Qu\u2019un tel engagement soit actuellement très rare au Québec, cela ne peut qu\u2019étonner.Car la génération qui se Il est grave que les chrétiens québécois n\u2019accordent pas à la réalité politique l\u2019attention qu\u2019elle réclame.Le domaine politique en demeure étranger au message chrétien et, par répercussion, les domaines social et économique.La vitalité du christianisme québécois se trouve elle-même compromise par cette distanciation à l\u2019égard du politique.Il faut diagnostiquer sans hésiter cette faiblesse; un tel diagnostic est bénéfique, il est le début de la maturation 2.trouve en âge de prendre une part active à la politique a été élevée, à une époque où les institutions chrétiennes connaissaient encore chez nous une certaine prospérité, devenue depuis lors incertaine.Cette génération a fréquenté nos anciens collèges classiques dont le caractère confessionnel ne faisait pas de doute.Que s\u2019est-il passé ?Que se passe-t-il ?Comment expliquer que si peu d\u2019hommes, parmi cette génération, songent à se consacrer au service de la cité sous l\u2019impulsion de leur foi ?Peut-être voient-ils dans la politique un monde ambigu, corrompu, dont il faut se préserver ?Je crois qu\u2019il faut chercher ailleurs les raisons de cette indifférence.Ou bien le christianisme de cette génération n\u2019est qu\u2019épidermique; ou bien, et c\u2019est à cet aspect que je m\u2019arrêterai, ce christianisme ne voit pas que le message chrétien, de par son dynamisme interne, ne peut pas être isolé de la réalité socio-politique où vivent ceux qui ont reçu ce message.Le christianisme québécois n\u2019est pas friand de la place publique.Il est apo-litisé.L\u2019espace de son irradiation, c\u2019est l\u2019intimité de la vie privée et tout ce qui s\u2019y rattache, comme la vie intérieure, la liberté subjective, la rencontre interpersonnelle, le mariage, la famille, etc.De forts courants personnalistes et existentialistes l\u2019imprègnent.Un regard programmatique porté sur ce christianisme ne pourra qu\u2019y déceler l\u2019urgence de sa « déprivatisation » et de son ouverture au monde socio- Le message chrétien et le monde .JUILLET-AOÛT 1971\t205 / 51 APPEL À L\u2019ACTION Dans le domaine social, l\u2019Eglise a toujours voulu s\u2019acquitter d\u2019une double fonction : éclairer les esprits pour les aider à découvrir la vérité et discerner la voie à suivre au milieu des doctrines diverses qui les sollicitent; entrer dans l\u2019action et diffuser, avec un souci réel du service et de l\u2019efficacité, les énergies de l\u2019Evangile.C\u2019est à tous les chrétiens que Nous adressons à nouveau et de façon pressante, un appel à l\u2019action.Dans notre encyclique sur le Développement des Peuples, Nous insistions pour que tous se mettent à l\u2019œuvre : « Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l\u2019ordre temporel; si le rôle de la hiérarchie est d\u2019enseigner et d\u2019interpréter authentiquement les principes moraux à suivre en ce domaine, il leur appartient, par leurs libres initiatives et sans attendre passivement consignes et directives, de pénétrer d\u2019esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de leur communauté de vie.» Que chacun s\u2019examine pour voir ce qu\u2019il a fait jusqu\u2019ici et ce qu\u2019il devrait faire.Il ne suffit pas de rappeler des principes, d\u2019affirmer des intentions, de souligner des iniustices criantes et de proférer des dénonciations proohétioues : ces paroles n\u2019auront de poids réel que si elles s\u2019accompagnent pour chacun d\u2019une Drise de conscience plus vive de sa oronre responsabilisé et d\u2019une action effective.Il est trop facile de rejeter sur les autres la responsabilité des iniustices, si on ne perçoit nas en même temos comment on v participe soi-même et comment la conversion personnelle est d\u2019abord nécessaire.Cette humilité fondamentale enlèvera à l\u2019action tente raideur et tout sectarisme: elle évitera aussi le découraaement en face d\u2019une tâche oui aonaraît démesurée.L\u2019espérance du chrétien lui vient d\u2019abord de ce qu\u2019il sait que le Seigneur est à l\u2019œuvre avec nous dans le monde, continuant en son corps qui est l\u2019Eglise \u2014 et par elle dans l\u2019humanité entière \u2014 la Rédemption qui s\u2019est accomplie sur la Croix et qui a éclaté en victoire au matin de la Résurrection.Elle vient aussi de ce qu\u2019il sait que d\u2019autres hommes sont à l\u2019œuvre pour entreprendre des actions convergentes de justice et de paix; car sous une apparente indifférence, il y a au cœur de chaque homme une volonté de vie fraternelle et une soif de justice et de paix, qu\u2019il s\u2019agit d\u2019épanouir.Ainsi, dans la diversité des situations, des fonctions, des organisations, chacun doit situer sa responsabilité et discerner, en conscience, les actions auxquelles il est appelé à participer.Paul VI, Lettre apostolique du 14 mai 1971, nn.48-49.politique.Il n\u2019est pas question de jeter l\u2019anathème sur les valeurs subjectives et personnelles.Mais le christianisme n\u2019est pas qu\u2019une religion de la subjectivité, quoi qu\u2019en ait pensé le danois Kierkegaard.Nul homme n\u2019est une île, nul homme n\u2019est Robinson, le chrétien moins que quiconque.Le subjectif est d\u2019ailleurs de nos jours si mêlé au socio-politique que c\u2019est verser dans la fiction et le rêve que de vouloir l\u2019isoler.Il suffit d\u2019un changement dans des structures politique pour rendre précaire la poursuite de valeurs subjectives.Qu\u2019on songe, par exemple, à la montée du nazisme en Allemagne.Mais il y a plus que cettt écologie.Et il faut y insister.Le JE chrétien lui-même, sur lequel un certain christianisme s\u2019est penché et se penche avec une excessive tendresse, ne peut précisément se construire, se réaliser au- On ne peut entrer avec légèreté dans ces réflexions sur les relations de la foi et de la « praxis », car elles réclament un engagement dont personne ne peut promettre qu\u2019il pourra l\u2019assumer jusqu\u2019au bout.Il faudra les poursuivre malgré tout et voir quels critères doivent diriger cette critique libératrice que les chrétiens ont à mener, quel contenu doit revêtir cette critique dans le Québec.Le pape souligne avec bonheur dans sa lettre qu\u2019il « revient aux communautés chrétiennes d\u2019analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l\u2019éclairer par la lumière des paroles inaltérables de l\u2019Evangile, de puiser les principes de réflexion, des normes thentiquement que s\u2019il fait sien l\u2019impératif critique et libérateur que comporte le message du Christ à l\u2019égard de la réalité socio-politique.Le chrétien doit comprendre qu\u2019il est le porteur d\u2019une responsabilité socio-politique; il est le porteur d\u2019un ferment critique à l\u2019égard du monde historique concret dans lequel il vit pour son bonheur ou son malheur.Sa foi commande une « praxie ».De sa nature même, le message chrétien porte un jugement sur tous les régimes sociaux-politiques.Il n\u2019est lié à aucun régime politique précis; il est lié à une conception de l\u2019homme et de l\u2019histoire de l\u2019homme.Les grands thèmes bibliques de paix, justice, liberté, égalité, sont appelés à disparaître progressivement en tant que thèmes pour entrer dans la réalité, encore que, pour le chrétien, leur réalisation plénière ne peut être qu\u2019eschatologique.de jugement, et des directives d\u2019action dans l\u2019enseignement sociale de l\u2019Eglise »3.Tout un programme nous est ici tracé.Certains diront: peut-être.Avant d\u2019inviter les chrétiens québécois à s\u2019engager dans l\u2019action politique, à dominer leur peur de l\u2019Assemblée nationale, ne vaudrait-il pas mieux d\u2019abord les inviter à devenir ou à rester chrétiens ?Je répondrai par le biais: il est beaucoup d\u2019hommes qui attendent pour s\u2019ouvrir au christianisme que celui-ci s\u2019ouvre à la place publique.Québec, 10.6.71.Pour conclure 206 RELATIONS La participation des chrétiens dans la construction du socialisme \u2014 déclaration de 80 prêtres chiliens En avril dernier, 80 prêtres chiliens se réunissaient à Santiago pour une session de trois jours sur le thème de « la participation des chrétiens dans la construction du socialisme ».Le document reproduit ici est le fruit de ces journées de travail.Il a eu beaucoup de retentissement au Chili et pose de bonnes questions aux chrétiens d\u2019ailleurs: de là sa présentation par Relations à ses lecteurs.\u2014 Traduction: Y.Vaillancourt et Y.Lever.Comme groupe de 80 prêtres vivant avec les classes laborieuses, nous nous sommes réunis pour analyser ensemble la situation réelle dans laquelle se trouve le Chili au moment où il commence à construire le socialisme.La classe ouvrière se trouve encore dans une condition d\u2019exploitation.Ceci implique la malnutrition, le chômage, le manque de logements et peu de chance de participer aux fruits de la culture.Cette situation a une cause claire et précise : le système capitaliste, produit par la domination impérialiste étrangère et maintenu par les classes dominantes du pays.Ce système, caractérisé par la propriété privée des moyens de production et l\u2019inégalité croissante dans la distribution des revenus, transforme le travailleur en un simple pion dans le système de production, encourage une distribution irrationnelle des ressources économiques et un transfert irresponsable des richesses à l\u2019extérieur du pays.Ceci cause une stagnation économique qui empêche le pays de sortir de son sous-développement.Une telle situation ne peut pas être tolérée plus longtemps.Nous affirmons que l\u2019arrivée au pouvoir du Gouvernement Populaire et son action décisive en faveur de la construction du socialisme représentent l\u2019espoir des masses populaires.Et cette intuition du peuple n\u2019est pas erronée.Nous ne nions pas les difficultés et les mésententes mutuelles causées par les circonstances historiques du passé.Ces situations ne sont plus, en grande partie, des facteurs importants dans le Chili d\u2019aujourd\u2019hui.Il y a encore beaucoup à faire, mais l\u2019évolution du dialogue entre chrétiens et marxistes permet aujourd\u2019hui une participation commune au projet historique dans lequel notre pays s\u2019est engagé.Cette collaboration sera facilitée par deux facteurs.D\u2019une part, parce que le marxisme est présenté de plus en plus comme un instrument d\u2019analyse et de transformation de la société.D\u2019autre part, nous, chrétiens, continuons à purifier notre foi de tout ce qui nous empêche de nous engager réellement et effectivement.En effet, le socialisme, caractérisé par l\u2019appropriation des moyens de production par la société, ouvre la voie à une nouvelle économie qui procure un développement autonome et rapide, puisqu\u2019il permet le dépassement de la division de la société en classes antagonistes.Cependant, le socialisme n\u2019est pas seulement une nouvelle économie.Il doit aussi susciter de nouvelles valeurs qui rendent possible l\u2019émergence d\u2019une société plus unie et plus fraternelle, au sein de laquelle le travailleur trouve la dignité à laquelle il a droit.Nous nous sentons impliqués dans ce processus et nous voulons contribuer à son succès.La raison profonde de notre engagement est notre foi en Jésus-Christ qui s\u2019est incarné dans les situations historiques de l\u2019homme.Etre chrétiens, pour nous, signifie être solidaires.Etre solidaires, au Chili, en ce moment, cela signifie collaborer au projet collectif que notre peuple s\u2019est donné.En tant que chrétien, nous ne voyons aucune incompatibilité entre le christianisme et le marxisme.Bien au contraire, comme le disait, en novembre dernier, l\u2019archevêque de Santiago, « il y a plus de valeurs évangéliques dans le socialisme que dans le capitalisme ».En effet, le socialisme nous ouvre à l\u2019espoir que l\u2019homme puisse devenir plus complet et, par là même, plus évangélisé.C\u2019est-à-dire plus en conformité avec Jésus-Christ qui est venu pour libérer les hommes de tous les esclavages.En ce sens, il est nécessaire de détruire tout préjugé et toute méfiance pouvant exister entre chrétiens et marxistes.Aux marxistes, nous disons que la religion authentique n\u2019est pas un opium du peuple.Au contraire, elle est un moteur de libération pour une rénovation continuelle du monde.Aux chrétiens, nous rappelons le fait que notre Dieu s\u2019est impliqué lui-même dans l\u2019histoire des hommes et que, de notre temps, aimer son prochain signifie fondamentalement combattre pour que ce monde ressemble le plus possible au monde futur que nous espérons voir et que nous avons déjà commencé à créer.C\u2019est pourquoi nous donnons notre appui aux mesures qui conduisent à l\u2019appropriation, par la société, des moyens de production, comme la na- tionalisation des ressources minières, des banques et des monopoles industriels, l\u2019accélération et l\u2019intensification de la réforme agraire, etc.Nous croyons que le socialisme se construit à travers beaucoup de sacrifices individuels et implique un effort unifié et constructif pour combattre le sous-développement et bâtir une nouvelle société.Ceci, immanquablement, provoque de fortes résistances de la part de ceux qui sont appelés à perdre leurs privilèges.Pour cette raison, la mobilisation du peuple est absolument nécessaire.Nous exprimons une certaine préoccupation de ce que ceci n\u2019a pas encore été mené à terme au degré souhaité.Nous croyons qu\u2019il est nécessaire, aussi, de poser les bases pour la construction d\u2019une nouvelle culture qui ne réflétera plus les intérêts capitalistes, mais bien les valeurs réelles du peuple.Cela seulement permettra à l\u2019Homme nouveau de surgir, celui qui sera créateur d\u2019une communauté vraiment solidaire.Il est évident qu\u2019il y a des groupes significatifs de travailleurs qui, tout en étant bien disposés et en faveur des changements, ne se trouvent pas encore activement engagés dans le processus actuel de transformation.L\u2019unité de tous les travailleurs, quelle que soit leur affiliation partisane, importe de façon décisive à la réalisation de cette chance unique qu\u2019a notre pays de faire disparaître l\u2019actuel système capitaliste de dépendance et de promouvoir la cause de tous les travailleurs d\u2019Amérique latine.Le manque de conscience de classe est fomenté par les groupes dominants, spécialement à travers les mass media et les partis politiques qui propagent la méfiance, la peur et, finalement, la résistance et la passivité.Il est nécessaire de reconnaître que tout ce qui arrive n\u2019est pas nécessairement positif et valable.Mais, en même temps, nous affirmons que la critique doit prendre place à l\u2019intérieur, et non pas à l\u2019extérieur du processus révolutionnaire.En ce moment, conscients des risques, mais remplis d\u2019espérance, il nous paraît nécessaire, en tant que prêtres \u2014 et ce devrait être le cas pour tous les chrétiens \u2014 d\u2019offrir modestement notre collaboration.C\u2019est pour cette raison que nous avons voulu réfléchir et nous préparer nous-mêmes en participant à ces sessions de travail sur « la participation des chrétiens dans la construction du socialisme ».JUILLET-AOÛT 1971 207 Média et développement de l\u2019homme Les média: au service du \u2014 notes critiques sur l\u2019instruction pastorale Les moyens de communication sociale * par Yves Lever * Texte français édité chez Fides.Rendue publique depuis environ trois semaines, l\u2019instruction pastorale sur les moyens de communication sociale a suscité peu de commentaires comparativement à la lettre de Paul VI sur les changements sociaux.Pourtant, c\u2019est sans doute la première fois qu\u2019un document romain marque une telle ouverture face à un phénomène social important.Finies les réticences du passé pour ce qui concerne les mass media1 (ces « oui, mais.» où le « mais » occupe la plus grande place), on ne donne maintenant que des direc- tives positives.Mais peut-être, cette fois-ci, se montre-t-on trop « positif ».On ne peut que souscrire entièrement à l\u2019orientation fondamentale choisie par les auteurs, celle du développement de l\u2019homme, qui est à la fois le but des mass media et le critère de jugement de leur efficacité.Cette orientation s\u2019articule en quelques principes directeurs clairement explicités ou qu\u2019on peut dégager de l\u2019ensemble du document; voyons-en les principaux: \u2014 Les média doivent servir au progrès de l\u2019homme en instituant un dialogue qui provoquera les hommes à plus de fraternité et de collaboration.\u2014 Pour que les média servent réellement au progrès de l\u2019homme, il faut que producteurs comme usagers aient constamment en vue le bien commun à développer et à toujours mieux assurer.\u2014 Pour que les média puissent instaurer le dialogue entre tous, il faut que les usagers apprennent à se servir efficacement d\u2019eux et qu\u2019ils aient la possibilité de les « lire » pour ce qu\u2019ils sont; d\u2019où la nécessité, pour tous les systèmes d\u2019éducation, de donner une formation pratique et théorique sur le fonctionnement des systèmes de communication.Pour les prêtres et religieux, cet apprentissage devra faire « partie intégrante de leur formation » (avis à nos facultés de théologie! !).1.J\u2019emploie le terme mass media plutôt que « moyens de communication sociale » parce que c\u2019est le terme couramment accepté aujourd\u2019hui.Je me demande d\u2019ailleurs pourquoi le document ne l\u2019emploie pas.progrès de l\u2019homme?\u2014 Les gouvernements doivent confirmer par des législations le droit pour tous à une information honnête et éclairée, et garantir la liberté d\u2019expression.\u2014; Les pouvoirs (politique et religieux) doivent être à l\u2019écoute de l\u2019opinion publique et en tenir fidèlement compte dans tous les projets collectifs.C\u2019est la première fois que ce thème reçoit tant d\u2019importance dans un document romain et c\u2019est sans doute le point marquant du document.Pour que cette opinion publique se forme, il faut que tous les usagers des média sortent de leur passivité et réagissent.Rappelons que c\u2019est sur ce thème que s\u2019achevait le rapport Davey.\u2014 Pour ses communications internes et externes, l\u2019Eglise doit se servir à fond de toutes les techniques mises au point jusqu\u2019ici.\u2014 Beaucoup de parents s\u2019inquiètent de l\u2019influence des média sur les enfants; l\u2019Eglise les invite à faire confiance à la nouvelle génération: les parents doivent cependant leur faire confiance, convaincus que ces enfants, grandis et éduqués dans une société autre, sont autrement équipés pour réagir contre les influences multiples et variées qu\u2019ils subissent» (70).Certaines de nos organisations catholiques et les « curés » qui aiment la publicité devraient méditer ce texte ! \u2014 Enfin, tout au long du texte, il est rappelé aux catholiques que toute leur religion est centrée sur la « communication » de Dieu aux hommes et que c\u2019est leur tâche première et fondamentale de concrétiser cette communication par tous les moyens possibles et sous tous les aspects de la vie.Voilà des directives générales et théoriques avec lesquelles tout le monde est parfaitement d\u2019accord.Au niveau de l\u2019idéal, on se dit que les média devraient être exactement cela.Mais au niveau pratique ?La situation actuelle des média permet-elle d\u2019espérer la réalisation de cet idéal ?Les présupposés sociologiques sur lesquels s\u2019appuie le document sont souvent vagues et ambigus; certaines données courantes dans les études sur les communications en sont même complètement absentes.208 RELATIONS Les média sont-ils neutres?La neutralité des mass media est affirmée à plusieurs reprises (9, 13, 21): ils «reçoivent finalement leur valeur de l\u2018us age qu\u2019en fait la liberté humaine » (13).Selon cette conception, les média ne sont que des canaux indifférents à tous les contenus que, selon sa bonne ou mauvaise volonté, on veut y faire passer, en d\u2019autres mots, une sorte de mécanique à tout usage.McLuhan s\u2019est déjà moqué abondamment de cette neutralité; pour lui, elle est à peu près équivalente à celle d\u2019un fusil dans les mains d\u2019un enfant, ou bien à celle de la bombe H possédée par les Américains ! Idéalement, on peut affirmer que les média pourraient tout aussi bien être un instrument de choix pour la libération de l\u2019homme ou pour son asservissement.Mais, en situation, ils sont toujours pour l\u2019un ou pour l\u2019autre, souvent pour les deux à la fois, car ils sont toujours possédés et contrôlés par quelqu\u2019un, leur mode d\u2019opération propre transforme tous les contenus qu\u2019on veut y faire passer, leur utilisation, indépendamment de ce qui y est dit ou montré, a aussi une influence déterminante, leur présence ou leur absence dans un milieu donné est signe de son développement (ce dernier point est reconnu dans le document au numéro 92).Par leur simple existence dans un milieu, ils en transforment le mode de vie et les structures et lui imposent un nouveau système de valeurs.Cette neutralité des média est encore présupposée quand il est question de l\u2019éducation et de la culture (48-53), des genres artistiques (54-58), de la culture religieuse et de l\u2019annonce de l\u2019Evangile (117-134)).Tout au long de ces paragraphes, on sent que les média, outils neutres, serviront à transmettre aujourd\u2019hui à un plus grand nombre l\u2019art et la culture du passé ou, pour ce qui regarde l\u2019Evangile, un message fixé pour toujours.Or la so-ciodynamique de la culture des mass media consiste précisément en la création d\u2019œuvres toujours nouvelles, en une relativisation poussée de toutes les œuvres du passé, quand ce n\u2019est pas en leur abandon pur et simple, en des regroupements et recoupements d\u2019éléments culturels toujours provisoires, en une invention continuelle de nouveaux styles d\u2019« ameublement du cerveau des individus » (Moles).Ceci vient précisément du traitement et de la transformation que les mass media font subir à leurs contenus.Dans son petit livre récent, Mass media: pour ou contre Dieu (Beauchemin, 1971), Jean-Guy Dubuc fait remarquer comment la télédiffusion de la messe est inconciliable avec toutes les règles liturgiques qu\u2019on avait pu élaborer dans le passé et que c\u2019est à un tout nouveau type de participation qu\u2019elle convoque.Il en est ainsi pour toutes les dimensions de la culture, tant religieuse que profane.Je pense qu\u2019il est grand temps pour l\u2019Eglise de se donner une théologie de la révélation permanente ! Le progrès est-il dans un changement des mentalités?Les média doivent être ordonnés au progrès de l\u2019homme, avons-nous déjà souligné.Tout le monde est bien d\u2019accord sur cette proposition; mais, quand on porte attention à la notion que les auteurs du rapport ont du progrès de l\u2019homme, on ne peut que rester sceptique.Pour eux, le progrès semble consister uniquement en un changement des mentalités.Cette conception, parfois explicite, est sous-jacente à tout le document.On pourrait discuter longuement de cette notion du progrès.Très peu de sociologues ou de politicologues seraient d\u2019accord avec les auteurs: pour eux, le progrès ne peut venir que d\u2019un changement de structures ou d\u2019institutions sociales.Considérant les systèmes politiques et idéologiques, comme l\u2019a fait la récente lettre de Paul VI, je pense qu\u2019on peut au moins dire que le progrès viendra surtout d\u2019un changement de structures et de systèmes, celui-ci étant accompagné d\u2019un changement des mentalités.Les média participent-ils réellement à ce progrès ?Il est sûr que les média ont déjà effectué, ou du moins préparé, un changement de mentalité.Mais la question importante est: vers quoi ce changement est-il orienté ?Pour certains groupes minoritaires, les communications modernes ont certes apporté une « nouvelle sensibilité » et une conscientisation plus grande (voir les études de McLuhan, Marcuse, Edgar Morin).Pour eux, le changement de mentalité a débouché sur des changements structurels importants au niveau du petit groupe, qu\u2019il soit la famille, la commune ou le collège.Mais, pour ce qui touche les masses, il faut reconnaître que, aujourd\u2019hui, les changements de mentalité vont toujours dans le sens de l\u2019intégration à un système de valeurs (sens sociologique du terme) fixé pour la masse par la classe dominante et possédante.La célèbre annonce de la bière O\u2019Keefe, « .c\u2019est ce qui fait que les gars sont satisfaits », en est un triste exemple.Les média et les pouvoirs Il est très peu question des média face aux pouvoirs politiques et économiques dans ce document.On s\u2019étonne surtout de ne trouver aucune mention de la sujétion presque complète de tous les média aux pouvoirs politiques.C\u2019est pourtant un fait bien connu que, partout à travers le monde, les gouvernements contrôlent l\u2019usage et les contenus des média et les mettent à leur service.Avec eux, ils ont une arme privilégiée pour maintenir le pays dans l\u2019« ordre » et la « paix ».La violence et la répression culturelles, moins voyantes et moins dramatiques que la présence des armées, n\u2019en sont que plus efficaces surtout dans les pays en voie de développement.L\u2019Heure des brasiers nous en montrait récemment un bel exemple.Libres, les mass media pourraient rapidement mettre à jour l\u2019idéologie du pouvoir, en préciser le fonctionnement « souterrain » et montrer les vrais résultats de ses politiques, obtenant par là une conscientisation des masses.Ils pourraient même devenir un troisième pouvoir, obligeant les autres à composer avec lui; on a pu voir ça, pendant quelques jours, au plus fort de la crise d\u2019octobre.On comprend alors qu\u2019aucun gouvernement ne saurait tolérer une telle liberté 2.Par une censure plus ou moins subtile ou plus ou moins voyante (filtrage savant des nouvelles et embargo sur certaines, gel de certaines émissions de télévision ou de certains films \u2014 Radio-Canada et l\u2019O.N.F.nous fournissent chaque année des di- 2.Le 13 juin, le New York Times commençait à publier une série de documents secrets sur la politique « souterraine » de Washington concernant la guerre au Vietnam.Le 15 juin, le gouvernement américain ordonnait de cesser cette publication et le département de la Justice intentait des poursuites contre 21 des membres de la direction du journal.JUILLET-AOÛT 1971 209 zaines d\u2019exemples \u2014, programmations subtilement montées \u2014 « les images montrent, mais le montage démontre » (A.Bazin) \u2014, liste de personnages « non grata », etc.), est éliminé tout ce qui va à l\u2019encontre de l\u2019idéologie officielle.Puis, par des campagnes de presse « positives » qu\u2019il peut se payer puisqu\u2019il a à sa disposition les richesses nationales, le pouvoir donne « sa » vérité sur lui-même, répand une image que presque personne ne peut contester.Il est d\u2019ailleurs assisté en cela par les pouvoirs financiers.Quant aux pouvoirs économiques, le document les mentionne à quelques reprises.Soit pour faire appel à leur générosité désintéressée (naïveté?) en faveur du bien commun et des pays en voie de développement (80, 95).Soit au chapitre sur la publicité (59-62).A cet égard, les auteurs sont assez timides : L\u2019importance croissante des investissements publicitaires risque de dénaturer les media eux-mêmes.Le public peut en effet croire que les moyens de communication n\u2019existent que pour stimuler les besoins de l\u2019homme et le pousser à la consommation.Bien plus, ces moyens ne subsistant en partie 3 que grâce à la publicité, la porte se trouve ouverte aux monopoles et à leur pression.De ce fait, le dialogue social se trouverait limité et le droit à l\u2019information contrarié.(62.) Ce qui est dit ici comme possible, et que « le public peut croire », était affirmé comme situation actuelle par le rapport Davey: Ce que les media vendent, dans une société capitaliste, c\u2019est une clientèle, un auditoire, et l\u2019instrument qui permet à un message publicitaire d\u2019atteindre cette clientèle.Donc, le contenu \u2014 excellent ou médiocre, faible ou énergique, fade ou brillant, ennuyeux^ ou amusant \u2014 n\u2019est en réalité qu\u2019un appât.Inutile de se leurrer, c\u2019est un fait que les articles ou les émissions offerts par les media jouent sur le plan des affaires précisément le même rôle que la danseuse à l\u2019orientale qui aguiche les passants pour que le marchand ambulant leur vende sa camelote.Cette idée contredit peut-être les sentiments auréolés qu\u2019éprouvent la majorité des propriétaires de media au sujet de leurs responsabilités, mais plus on ^ y songe, plus on trouve l\u2019analogie fondée.(1, p.43-44.) 3.\tL\u2019autre partie est généralement fournie par les gouvernements, ce qui nous renvoie au paragraphe précédent.4.\tPour l\u2019explication de ce thème dans le rapport Davey, voir ma critique de ce rapport dans Relations, 357 (février 1971).5.\tPropagande est pris ici dans son sens péjoratif.Par ailleurs, il faut reconnaître que tout médium, par son existence même, est déjà propagande pour quelque chose ou quelque idée.Le rapport Davey montrait aussi très bien comment l\u2019influence des publicitaires va se faire sentir subtilement, de sorte que tous les contenus des mass media ne deviendront finalement qu\u2019une invitation à entrer davantage dans la société de consommation 3 4.Ces restrictions, par les pouvoirs, du droit à l\u2019information et à la liberté d\u2019expression se font toujours, on s\u2019en doute bien, au nom du bien commun.C\u2019est cependant un alibi un peu trop facile, et le document lui-même tombe un peu dans le piège.L\u2019expression « bien commun » revient dans au moins une douzaine de contextes; en général, il faut la prendre pour ce qu\u2019elle signifie réellement: « la totalité des conditions de vie sociale par lesquelles les hommes peuvent atteindre un développement plus complet et plus digne » (16- cit.de Mater et magistra).Mais le document reconnaît aussi que le bien commun peut être une limite à la liberté d\u2019expression (26) et au droit à l\u2019information (42), qu\u2019il peut justifier la propagande 5 dans certains cas (29); dans l\u2019Eglise, il peut limiter la communication des recherches théologiques aux autres chercheurs (dans des revues spécialisées) pour protéger la masse des fidèles (118).C\u2019est, il me semble, justifier un système actuel qui non seulement donne lieu à tous les Lorsqu\u2019on connaît le fonctionnement interne des systèmes de communication, on ne se fait plus d\u2019illusion sur leurs possibilités de se transformer de l\u2019intérieur.C\u2019est donc de l\u2019extérieur que peuvent être imposés des changements.Mais, pour que cela arrive, il faut que le public apprenne à réagir.Comme le disait bien le rapport Davey, Si les moyens d\u2019information vous ennuient ou vous agacent, ne restez pas là à ne rien faire.Réagissez.Comment ?Ne vous contentez pas de faire ce que font quatre Canadiens sur dix, qui s\u2019adressent à voix haute à leur récepteur de télévision.Le pauvre appareil est sourd.Téléphonez au propriétaire du journal ou du poste.Ecrivez au rédacteur en chef.Composez le numéro du hot line de l\u2019heure.Adressez-vous à l\u2019annonceur.Faites l\u2019éloge de l\u2019artiste ou tirez sur le pianiste.(1, p.295.) L\u2019instruction pastorale va encore plus loin.Après avoir insisté sur la nécessité d\u2019être actif devant les média abus possibles, mais est vicié en lui-même.Que reste-t-il alors de la « liberté d\u2019expression » dont le document parle si souvent et qu\u2019il prend trop facilement pour un droit acquis ?Existe-t-elle parce qu\u2019il existe des hot Unes à la radio ou parce que n\u2019importe qui peut écrire une lettre ouverte à son journal?Pour le rapport Davey, ce qu\u2019on entend habituellement par liberté d\u2019expression n\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019un mythe, séduisant certes, mais facilement dégonflable: C\u2019est ainsi qu\u2019un éminent éditeur nous a déclaré que sa définition de la liberté de presse reconnaissait à chacun « le droit d\u2019acheter un journal chaque jour, d\u2019écrire au directeur de ce journal ou de lancer son propre journal s\u2019il n\u2019aime pas celui qu\u2019on lui offre ».Ce qui, dans notre esprit, évoque le droit inaliénable de tout Britannique à s\u2019installer à Londres dans la suite royale du Savoy Hotel.si ses moyens le lui permettent.(1, p.10.) Cette situation est-elle sans issue ?Certains média et groupes marginaux nous montrent que non (presse underground, circuits parallèles de distribution de films, visionnements dans des cuisines, antennes communautaires, etc.).Malgré son manque d\u2019analyse pratique, le document met cependant le doigt sur ce qui pourrait apporter une solution: l\u2019invitation à réagir en masse.(81), ce qui devrait découler de la formation des usagers (65-70), elle fait un pas de plus : Si l\u2019on objecte que, pris à part et isolés, les individus qui composent le public ont peu de pouvoir, il ne faut pas oublier que l\u2019association leur confère une puissance certaine.Comme les professionnels de la communication sociale, les usagers gagneront à se grouper en associations ou à utiliser les services d\u2019autres organisations à buts plus larges.(83.) Ces associations, équivalentes aux associations pour la protection des consommateurs, auraient peut-être une chance d\u2019amener certains changements dans les média eux-mêmes et dans leur attitude face aux pouvoirs.Même si ce but ne se réalisait pas, elles serviraient à sensibiliser leurs membres à toutes les facettes du monde des communications.C\u2019est le premier pas à faire pour que les média servent au progrès de l\u2019homme.Vaincre son apathie et réagir 210 RELATIONS La télévision et son langage (II) par François Jobin * Il est assez rare que l\u2019on considère la télévision en elle-même et pour elle-même.Généralement, on se contente de la comparer au cinéma, à la radio ou à quelque autre médium, sans prendre la peine de pousser plus avant l\u2019analyse.C\u2019est la démarche que nous avions adoptée, le mois dernier, en entamant la discussion sur le langage de la télévision.Nous avons tôt fait de nous rendre compte de la vanité d\u2019une telle entreprise si l\u2019on persiste à fouler les sentiers battus et rebattus de la comparaison.Lorsqu\u2019un linguiste désire établir la structure d\u2019une langue donnée, il ne va pas puiser son matériel au sein d\u2019une langue voisine, à moins, bien sûr, qu\u2019il n\u2019ait choisi l\u2019approche diachronique.En matière de télévision, ce point de vue nous est interdit, car enfin, ce médium est encore bien trop récent pour que l\u2019on puisse sérieusement songer à étudier son évolution avec profit.Force nous est donc d\u2019adopter une attitude synchronique, pour continuer de parler en linguiste.Or la principale difficulté à laquelle nous nous heurtons, outre l\u2019extrême jeunesse de notre objet d\u2019étude, est l\u2019absence d\u2019un vocabulaire théorique adéquat.En effet, si les mots ne manquent pas, qui nomment l\u2019immense appareil technique qu\u2019utilise la télévision, ils se font curieusement rares lorsqu\u2019il s\u2019agit de conceptualiser son « essence » ou encore son langage.Nous devons alors nous replier sur des termes appartenant à d\u2019autres médias, tout en nous efforçant de leur donner des significations nouvelles.Ce n\u2019est là qu\u2019un pis-aller, une concession qui ne laisse pas d\u2019être ambiguë.Il faut donc, à mon avis, affronter la difficulté de plein fouet et créer de toutes pièces un vocabulaire neuf qui rende compte de façon satisfaisante des phénomènes inédits que nous voulons décrire.Fort de ce postulat, je me suis efforcé de formaliser l\u2019image que la télévision donne d\u2019elle-même en un système de concepts que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019originaux.Ce n\u2019est, bien entendu, qu\u2019une tentative d\u2019interprétation et, à ce titre, elle n\u2019offre aucun caractère définitif ou permanent.Diffusèmes, sonèmes et vidéèmes La description formelle du langage de la télévision se fonde essentiellement sur deux axiomes dont nous avions souligné l\u2019importance dans ces pages, le mois dernier.En premier lieu, l\u2019image est le véhicule porteur d\u2019information; c\u2019est elle qui doit être interprétée par le téléspectateur.L\u2019élément sonore n\u2019est qu\u2019une simple clé qui permet de déchiffrer avec plus de facilité et de précision le message visuel.En second lieu, la télévision offre un unique caractère d\u2019intimité.C\u2019est-à-dire qu\u2019elle s\u2019adresse illusoirement à l\u2019individu alors que, dans les faits, elle transmet indifféremment une même information à la collectivité.Ces deux * Réalisateur T.V.\u2014 L\u2019A.a publié un premier texte sur ce sujet, dans Relations, en février 1971.hypothèses de départ étant établies, nous pouvons nous intéresser plus particulièrement à la structure du langage de la télévision.Toutes les images ou groupes d\u2019images qui apparaissent au petit écran peuvent se regrouper en un certain nombre de catégories que j\u2019appellerais diffusèmes.Je nomme diffusème une unité de diffusion, composée d\u2019un élément sonore et d\u2019un élément visuel, qui détermine une aire sémantique plus ou moins étendue et perceptible de multiples points de vues.Ces éléments sonores et visuels s\u2019appellent respectivement sorième et vidéème.Ce dernier se définit comme l\u2019unité visuelle du diffusème, sur laquelle repose la presque totale responsabilité du message dif- fusé.Le sonème, pour sa part, est alors l\u2019unité sonore du diffusème et a pour fonction de préciser le vidéème et d\u2019orienter le spectateur vers une plus entière compréhension du diffusème.Certaines remarques complémentaires s\u2019imposent ici.Un diffusème peut-il, d\u2019abord, se priver d\u2019un de ses éléments constitutifs sans pour autant altérer sa valeur sémantique ou son intelligibilité ?À cela, je réponds oui, mais à condition que l\u2019élément absent soit le sonème.Il se peut que le vidéème soit à ce point éloquent qu\u2019une précision sonore devienne superflue ou relève en quelque sorte du pléonasme.Dans ce cas, le vidéème sera identifié au diffusème 1.Notons toutefois que le sonème répétitif en rapport au vidéème peut avoir, dans sa redondance même, un effet appréciable sur l\u2019intelligibilité du diffusème.Non seulement ce dernier sera-t-il alors parfaitement saisi par le spectateur, mais il s\u2019inscrira du même coup, indélébile et permanent, dans son esprit.Pour des raisons évidentes, par contre, et en vertu du premier axiome énoncé plus haut, le diffusème ne peut exister sans un vidéème.Deuxième remarque: l\u2019aire sémantique déterminée par le diffusème, et dont nous avons dit qu\u2019elle était perceptible de multiples points de vue, est étroitement liée à la richesse de l\u2019information émanant du vidéème et de son pendant sonore, le sonème.Grosso modo, on pourrait dire que son étendue est inversement proportionnelle à la somme des renseignements transmis par la dichotomie vidéème-sonème.Plus le vidéème sera clair et plus le sonème sera précis, plus le champ sémantique sera univoque et la multiplicité des points de vue diminuée d\u2019autant.Dans le cas contraire, \u2014 un vidéème pauvre accompagné d\u2019un sonème équivoque, \u2014 les frontières de l\u2019aire sémantique s\u2019éloignent à ce point les unes des autres que le diffusème 1.En linguistique, il arrive qu\u2019un phonème soit identifié à un sémantème.Et, ou, où, eh, ah, ch, té, sont des exemples de ce cas marginal.JUILLET-AOUT 1971 211 devient non seulement ambigu, mais virtuellement indéchiffrable.Autrement dit, le diffusème se révèle insignifiant dès que le téléspectateur doit porter une attention particulière au so-nème.L\u2019entreprise de déchiffrement ne peut pas se situer sur ce plan secondaire, mais plutôt au niveau du vi-déème.De deux choses l\u2019une: ou bien ce dernier se déroule par trop rapidement pour que le spectateur puisse s\u2019y arrêter, alors que toute son attention est dirigée vers le sonème; ou bien, le vi-déème est réduit à sa plus simple expression, possédant une charge sémantique relativement faible, alors que le sonème véhicule la plus grande partie de l\u2019information.Dans ce dernier cas, \u2014 fréquent à la télévision, \u2014 les rôles sont renversés.Le vidéème appuie ou ponctue le sonème, ce qui est, encore une fois, contraire à notre premier axiome.Les conséquences de cette erreur sont généralement peu brillantes et l\u2019on dit que « le message ne passe pas.» Didactique, information, divertissement et persuasion En se fondant sur l\u2019importance respective du vidéème et du sonème ainsi que sur le coefficient d\u2019intimité des dif-fusèmes 2, il est possible de classer ces derniers en familles.Pour ma part, j\u2019en distingue quatre.Cette distinction s\u2019opère au niveau formel, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle tente d\u2019identifier, par les techniques utilisées, certains types d\u2019unités de diffusion 3.A.J\u2019identifie d\u2019abord deux sortes de diffusâmes très proches l\u2019un de l\u2019autre sur le plan formel, mais parfois étrangers quant à leur contenu: le diffusème didactique et le diffusème d\u2019information.Tous deux ont en commun un vidéème primitif, le plus souvent l\u2019image d\u2019une personne qui parle.Par contre, le sonème est, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, d\u2019une importance capitale: c\u2019est lui qui est le message.1 ° Dans le diffusème didactique, l\u2019attention est concentrée sur un message élaboré, présenté froidement \u2014 2.\tIl est bien évident que la télévision possède une intimité du seul fait que l\u2019appareil récepteur se trouve dans le salon ou la chambre à coucher de l\u2019individu.Mais le coefficient d\u2019intimité désigne la capacité que possède un diffusème d\u2019accroître cette intimité inhérente au médium.3.\tIl est important de noter que le diffusème ne peut être identifié à une émission, bien que le cas puisse se présenter.La notion de diffusème est indépendante de celle de programme.C\u2019est ainsi que trois ou quatre émissions peuvent, si on les regarde à la suite, n\u2019utiliser qu\u2019un seul type de diffusème.A la limite, la programmation tout entière d\u2019une journée pourrait relever sans problème d\u2019un seul diffusème.Inversement.Une des demi-heures de télévision peut émettre les auatre types de diffusèmes alternativement.C\u2019est généralement ce qui se produit, mais on ne peut absolument pas en tirer une loi générale.un vidéème statique et un sonème emprunté au langage articulé.Le degré d\u2019intimité de ce diffusème peut être très élevé, en ce sens que le message sera très facilement personnalisé.Mais, règle générale, l\u2019unité didactique se prive délibérément de ce qui pourrait lui servir de planche de salut et le diffusème apparaît marqué au coin de la plus stricte et impersonnelle neutralité.2° Pour sa part, le diffusème d\u2019information est caractérisé par un vidéème unique et continu, accompagné par un sonème fragmenté.Le contenu de celui-ci, essentiellement littéraire par sa forme, puisqu\u2019il s\u2019agit la plupart du temps d\u2019un texte lu, n\u2019a que très rarement un rapport direct avec son vidéème.Le coefficient d\u2019intimité est alors nul, ou à peu près.Il semble que le diffusème ne s\u2019adresse à personne en particulier, ce qui a pour effet de le dépersonnaliser entièrement et de décourager, chez le téléspectateur, toute participation autre que celle de l\u2019auditeur plus ou moins attentif.On peut soutenir que diffusème didactique et diffusème d\u2019information offrent une nette différence quant au contenu sémantique du sonème, leur vidéème étant, à peu de chose près, identique.B.Les deux autres types de diffusèmes se situent aux antipodes des précédents et, par leur nature même, possèdent une plus grande efficacité.Il s\u2019agit du diffusème de divertissement et du diffusème de persuasion.3° Le premier se signale par un vidéème extrêmement riche et varié.Il contient une multiplicité d\u2019images en mouvement presque perpétuel.À la fois enlevant, choquant, bouleversant ou apaisant, il entraîne le téléspectateur dans un monde qui se veut indifféremment réel ou imaginaire.Le sonème, riche lui aussi, mais discret, tient tour à tour du langage articulé, de la musique ou de l\u2019univers infini des bruits électroniques.Il accompagne le vidéème sans toutefois lui nuire.Or, malgré cette double fécondité, ce diffusème demeure difficile d\u2019interprétation univoque.Il s\u2019adresse avant tout à l\u2019imagination du téléspectateur qui y voit ce qu\u2019il veut bien y voir.' De ce fait, son coefficient d\u2019intimité est ambigu.On peut le considérer comme très puissant si l\u2019on soutient que chacun y prend ce qu\u2019il veut.Mais la même raison pourrait justifier l\u2019affirmation contraire.Pour ma part, je serais toutefois tenté d\u2019appuyer la première hypothèse.4° Le diffusème de persuation est en quelque sorte un agrégat des éléments de ceux qui ont précédé.Il appartient, selon le moment, à n\u2019importe laquelle des catégories déjà décrites.Sa principale caractéristique est toutefois la brièveté.Si l\u2019on peut imaginer un diffusème de divertissement ou d\u2019information s\u2019étendant sur plusieurs heures, il n\u2019en va pas de même pour le diffusème de persuation.Bien au contraire, celui-ci se limite habituellement à quelques secondes.Fait à remarquer, le sonème se présente ici comme élémentaire, même s\u2019il relève du langage articulé.Dans la plupart des cas, il est redondant: il répète inlassablement les mêmes informations, de sorte que le spectateur finit éventuellement par s\u2019en désintéresser, du moins consciemment.C\u2019est de loin le plus efficace des diffusèmes.Il ne fait appel à aucune espèce de participation de la part du téléspectateur, mais il ne la décourage pas non plus.Il se contente de livrer un message ultra-clair qui ne requiert à peu près pas d\u2019interprétation.Il s\u2019ensuit une réaction chez le téléspectateur que l\u2019on pourrait comparer à une sorte de conditionnement psychologique.De plus, le coefficient d\u2019intimité est extrêmement élevé puisque le diffusème s\u2019adresse à l\u2019individu au plus profond de sa personne.212 RELATIONS Interaction et permutabilité Les quatre types de diffusâmes n\u2019ont rien de rigide.Les frontières les séparant sont particulièrement souples et il n\u2019est pas rare de constater que l\u2019une ou l\u2019autre de ces unités utilise les techniques appartenant au type voisin.Notons, de plus, que ces diffusèmes peuvent s\u2019influencer réciproquement, selon leur position l\u2019un par rapport à l\u2019autre.C\u2019est ainsi qu\u2019un diffusème de persuasion, encadré par deux diffusèmes didactiques ou d\u2019information, perd singulièrement de son efficacité.Le téléspectateur le perçoit alors comme une détente attendue et relâche automatiquement son attention, quand il ne se détourne pas carrément du petit écran.Par contre, le même diffusème de persuasion, accouplé à un diffusème de divertissement, accroît de façon impressionnante son efficacité, parce que le spectateur est préparé à le recevoir: il est déjà parfaitement détendu et disponible.Par ailleurs, il arrive qu\u2019un diffusème se déguise; c\u2019est-à-dire qu\u2019il adopte les caractéristiques d\u2019un autre diffusème.Prenons, par exemple, le cas d\u2019un diffusème didactique qui, en utilisant un vidéème riche et un sonème faible ou redondant, ressemblerait à s\u2019y méprendre au diffusème de divertissement ou de persuasion.Le message a toutes les chances du monde de « passer la rampe ».La qualité en souffrira peut-être \u2014 on ne pourra pas tout dire \u2014, mais le diffusème ainsi modifié n\u2019en rejoindra pas moins le public qui l\u2019enregistrera tout en se méprenant sur sa fonction.Une fois établi, dans ses grandes lignes, le système des diffusèmes, les permutabilités sont pratiquement illimitées.On peut, en s\u2019y référant, mesurer l\u2019impact ou l\u2019influence d\u2019une émission, soit en l\u2019établissant selon les lois d\u2019un diffusème choisi, soit en dosant les quatre types d\u2019unités en proportions variables.Il faut évidemment garder en mémoire que ce système se fonde surtout sur l\u2019aspect extérieur de la télévision.Il ne peut pas rendre entièrement compte des subtiles variations du contenu.Pour cela, il faudrait établir une autre échelle.Mais, à toute fin pratique, cela ne concerne plus le langage de la télévision.Cela relève plutôt du langage, au sens le plus étendu du terme.THÉÂTRE: Fin de saison par Georges-Henri d\u2019Auteuil Moumou C\u2019est toujours un risque dangereux de présenter sur scène, seulement à deux ou trois semaines d\u2019intervalle, une œuvre dramatique que plusieurs milliers de personnes ont pu voir à la télévision.Pour la revoir, et jouée par les mêmes acteurs ou presque, se dérangera-t-on jusqu\u2019à se rendre à La Poudrière dans File Sainte-Hélène ?Pour un pur chef-d\u2019œuvre, rarement interprété, peut-être, afin de participer plus directement avec les comédiens et vivre par eux les passions des personnages.Mais pour un bon vieux boulevard, léger à souhait et même alerte et très gai.?Malgré tous les handicaps, le défi a été relevé par Madame Jeanine Beau-bien, directrice du Théâtre international de Montréal.Elle a pu se dire, avec raison, que ce Moumou de Jean de Létraz, plusieurs, quand même, l\u2019avaient manqué lors de la soirée de Théâtre Alcan, et vouloir aussi \u2014 pourquoi pas ?\u2014 offrir aux comédiens l\u2019aubaine de jouer leur pièce, non seulement un soir, mais vingt ou trente: avantage qu\u2019ils n\u2019ont pas dû mépriser.Après le dur labeur de la préparation d\u2019une pièce, un comédien aime bien jouir le plus longtemps possible du plaisir de la jouer.La comédienne Jeanine Beaubien le sait.Et sur la scène de La Poudrière, dans le décor ingénieux de Nicolas Sollo-goub, sous les traits de Benoît Marleau, Moumou, alias Léonard Jolijoli, poète un peu fofol, s\u2019est empêtré à son goût, avec ses comparses, dans les aventures saugrenues inventées par un spécialiste du genre, Jean de Létraz.Rien à expliquer.Il faut voir et se laisser emporter dans le tourbillon de l\u2019intrigue, sans vouloir trop réfléchir, apprécier la valeur psychologique des personnages, juger la vraisemblance des situations, peser le sens des mots.Non, une seule chose à faire: rigoler ou s\u2019en aller.Ce soir-là, tous sont restés, intéressés peut-être par les minauderies de Louise Turcot, les classiques étonnements de Janine Sutto, la belle voix chaude et dramatique de Catherine Bégin ou encore les impossibles imbroglios amoureux de Gérard Poirier, Benoît Marleau et Jacques Lorain.Une soirée d\u2019effervescence printanière ! Désir sous les Ormes Comme son titre le laisse soupçonner, Désir sous les Ormes d\u2019Eugène O\u2019Neill exalte plutôt l\u2019ardeur de l\u2019été et la chaleur des passions, violentes jusqu\u2019à la mort.Pour des paysans, passion simple, primitive, de la possession de la terre qu\u2019on a travaillée, enrichie de son labeur, arrosée de ses sueurs, mais aussi passion plus trouble, plus secrète, mais non moins forte, obsédante, pour un beau mâle, jeune et fringant comme une cavale sauvage qu\u2019il serait glorieux de dompter.Effluves capiteux qu\u2019exhalent les bêtes et les hommes de la ferme d\u2019Ephraïm Cabot, sous les ombrages impassibles des grands ormes verts.Calme torpeur, sérénité apaisante du paysage; lutte, tumulte, orage des âmes.Cette pièce sombre et puissante terminait la saison du Théâtre du Nouveau Monde, au Port-Royal, avant la nouvelle tournée européenne de la troupe.Si l\u2019on omet les deux fils Cabot, Siméon et Peter, chargés spécialement de l\u2019exposition, la pièce repose sur trois personnages: le vieil Ephraïm Cabot, qui vient de convoler en troisième noces avec Abbie Putnam, beaucoup plus jeune que lui et qui, nouvelle Phèdre, tombe amoureuse d\u2019Eben Cabot, issu du second mariage d\u2019Ephraïm.JUILLET-AOUT 1971 213 Tous trois unis par la même passion de posséder la ferme, l\u2019amour les divisera et les perdra irrémédiablement.C\u2019est cette pitoyable histoire que raconte l\u2019intrigue.Après un départ un peu lent, le vieil Ephraïm de Yves Létourneau s\u2019est affirmé une force de la nature, fruste et rocailleuse comme ses champs qu\u2019il avait durement béchés, éventrés du soc de sa charrue, pendant tant d\u2019années, pour les forcer à produire de riches récoltes.Sa jeune épouse Abbie, Dyne Mousso en a exprimé la cupidité et la farouche sensualité dans une progression des sentiments naturelle et bien ajustée à son personnage.Le jeune Jean-René Ouellet a joué son rôle d\u2019Eben avec une fougue bien de son âge, mais trop continue et sans assez de nuances et variétés.La langue utilisée par Sauvageau dans sa traduction nous reportait à la parlure de nos « habitants » du milieu du siècle dernier.Langage un peu archaïque, mais savoureux, bien différent de notre jouai farci d\u2019anglicismes et de sacres.L\u2019unique décor de Robert Prévost rappelait assez bien les bâtiments et maisons de nos fermes.Couleur locale bien appropriée au réalisme voulu d\u2019O\u2019Neill.Tchao ! Parlez-vous le martien ?Madame Martinay en vante l\u2019utilité pour comprendre son fils Vincent, on ne peut plus « dans l\u2019vent ».Au contraire, le riche Monsieur Couficel, grand spécialiste de la langue des affaires mais qui ne sait absolument pas le martien, ne parvient pas du tout à s\u2019entendre avec sa fille de dix-huit ans, Sophie, qui se permet folie sur folie, entr\u2019autres de laisser tomber son fiancé, un richissime pétrolier, pour s\u2019amouracher justement de ce Vincent Martinay, deux fois collé au baccalauréat, directeur d\u2019un petit orchestre de musique « cho-sale » et fils désœuvré d\u2019Antoine Martinay, qu\u2019on vient de remplacer à la firme Coucifel par un ordinateur et donc inscrit à la liste des retraités.Ces problèmes de famille Coucifel-Martinay et de confusion des langues, Marc-Gilbert Sauvajon essaie de les résoudre dans sa comédie de mœurs, comme on disait naguère, Tchao ! que vous avez peut-être manquée, les représentations prévues ayant été décommandées lors de la brusque maladie de Pierre Brasseur, le personnage principal de la pièce.Problèmes à l\u2019ordre du jour et dont nous entendons tellement parler, que Sauvajon traite avec humour, esprit et une sagesse un peu bien naturelle, incarnée en la mère Martinay dont les principes d\u2019accommodement sont à ce point nuancés, souples, compréhensifs qu\u2019on peut se demander si, à ses yeux, les expériences sexuelles prémaritales ne sont pas, à tout prendre, une excellente affaire et même à recommander.Il faudra peut-être un troisième Concile du Vatican pour en débattre, mais, en attendant, les jeunes, Sophie Couficel et Vincent Martinay, sont très « pressés ».Les pères le sont moins.Mais les pères, c\u2019est bien connu, sont toujours en retard d\u2019une génération.Alors.Pleine de répliques savoureuses et de mots qui font balle, la pièce de Tchao! est animée d\u2019un rythme très alerte, que Mario Casavecchi en Vincent et Martine Gauthier en Sophie ont rendu parfois trépidant, heureusement plus mesuré et retenu chez les adultes, surtout chez Pierre Brasseur que le mal tenaillait douloureusement.Antoine Vilbert a composé une belle personnalité à son personnage d\u2019Antoine Martinay et l\u2019accommodante et fine Madame Martinay a trouvé une délicieuse interprète en France Delahalle.Très épisodique le personnage de Minouchon a été confié à Carole Grove.La Nuit Avec le substantiel appui de Robert Rivard, en bonne forme, le sympathique comédien François Tassé a porté sur ses épaules la pièce cauchemardesque, La Nuit, d\u2019Yvan Turcotte, vainqueur, cette année, de l\u2019annuel concours de productions dramatiques offert aux étudiants des CEGEP, institué par la Nouvelle Compagnie Théâtrale.Après La Nuit, on peut s\u2019interroger.Est-ce que, dans les collèges et CEGEP, on enseigne encore l\u2019art de composer, de développer une idée avec une certaine progression et selon une certaine logique ?Ou encore, est-ce qu\u2019on montre aux étudiants, par une analyse attentive, comment c\u2019est fait, un chef-d\u2019œuvre ?Est-ce qu\u2019on leur dit qu\u2019une série de trois ou quatre sketchs, bout à bout, ne constitue pas nécessairement une œuvre dramatique, si aucun lien intérieur et perceptible ne les unit?On pourrait poser d\u2019autres questions, par exemple quant à ce prurit de défoulement infantile, chez les écrivains actuels de chez nous qui pratiquent le truc si facile de ridiculiser les traditions religieuses de notre peuple.Mais il y avait François Tassé dont le talent de comédien s\u2019affirme de plus en plus, dont la qualité majeure, me semble-t-il, consiste en une parfaite adaptation au caractère du personnage qu\u2019il incarne.Ce n\u2019est pas si fréquent.Le Jardin des délices L\u2019espagnol Fernando Arrabal est une des figures marquantes du théâtre dit vivant, actuel.Pour plusieurs, il est un chef de file.Il dirige des Cahiers sur le théâtre, sorte de carrefour des idées, projets et réalisations les plus à la page sur la production dramatique dans le monde.Il n\u2019est donc pas étonnant que le dernier exercice de notre Ecole nationale de Théâtre lui soit consacré.Le Jardin des délices, pièce représentée par les élèves de troisième année, n\u2019est pas tout à fait celui qu\u2019aurait pu imaginer la Comtesse de Ségur.L\u2019insolite, l\u2019absurde, la cruauté, voilà les compagnons ordinaires d\u2019Arrabal.Même l\u2019amour, chez lui, est monstrueux: la grande actrice, Laïs, adulée des foules, acculée à une union avec un homme-singe ! Le jardin imaginé par Arrabal comprend plus de cactus et de ronces que de fleurs authentiques.Beaucoup d\u2019excentricités et originalités cocasses et même franchement vulgaires.214 RELATIONS Se coudoient ou alternent, avec un mouvement de métronome, tendresse et cruauté, piété et blasphème, amour et haine, tristesse et folle joie et tout se déroule dans un furieux rythme de flamenco bien espagnol dont les danseurs sortent épuisés, en particulier le personnage de Laïs qui tient la scène et anime le spectacle pendant toute la pièce.La jeune interprète de ce rôle, Han Masson, manifeste déjà des talents de comédienne qui lui promettent une belle carrière dans nos équipes professionnelles.Très ingénieusement, avec des matériaux disparates, Guy Neveu a bâti pour ce spectacle un décor fantaisiste bien apte à faire valoir à la fois le réalisme et le fantastique d\u2019Arrabal et la mise en scène de Jean-Pierre Ron-fard.Mais pourquoi faut-il souligner encore une fois une articulation par moment vraiment insuffisante ?Les Belles Sœurs et Ben-Ur Québec et Montréal.Alliance heureuse.Et rare.Le théâtre a accompli ce petit miracle.Deux hommes y ont concouru: le montréalais Michel Tremblay, le québécois Jean Barbeau.Leurs œuvres se ressemblent comme des sœurs.Même thème général: l\u2019aliénation, comme on aime à dire, des cana-diens-français; même vision misérable de la vie; même mode d\u2019expression: la langue quotidienne, pauvre, incorrecte, parfois triviale, du peuple.Et c\u2019est les Belles Sœurs, de Tremblay, au Rideau Vert pour la troisième année, et Ben-Ur, de Barbeau, création choisie, après sa tournée provinciale sous les auspices du Théâtre populaire du Québec, pour inaugurer la nouvelle saison de la Terre des Hommes.La distribution des Belles Sœurs est nouvelle, et renouvelée aussi la mise en scène d\u2019André Brassard, qui appuie davantage sur les aspects spectaculaires de la pièce.Non sans besoin.En effet, les Belles Sœurs, c\u2019est du théâtre statistique, sans véritable action dramatique.Le sujet \u2014 la corvée de collage de timbres \u2014 n\u2019est qu\u2019un prétexte au défoulement, pendant deux heures, d\u2019une quinzaine de pauvres femmes qui déballent, chacune à son tour, leurs rancœurs, leurs déceptions, leurs misères, sur une même note sombre et découragée.Quinze récits de malheurs identiques, débités avec talent et sincérité tant qu\u2019on voudra, peuvent lasser à la longue.Pour obvier à la monotonie et au factice du genre, du mouvement est bien de mise, ainsi que des déplacements, un peu de tapage, quelques bousculades.Le public, qui a ri ou pleuré aux bons endroits, qui a cru, peut-être, reconnaître en tel ou tel personnage une connaissance ou une voisine et trouve donc le tableau collé sur la réalité, n\u2019en demande pas davantage.Il est content de sa soirée.Un semblable plaisir accompagne l\u2019amateur de théâtre à sa sortie du Théâtre du Canada de la Terre des Hommes, où il a vu de fort bons jeunes comédiens interpréter les rêves de Benoît-Urbain Théberge, un jeune, médiocre, faible, impuissant, qui cherche à s\u2019évader de sa vie mesquine de raté dans les fabuleuses aventures des héros fictifs qu\u2019immortalisent les bandes dessinées des journaux.Il a pu rigoler des scrupules et des naïvetés de la mère Théberge, des facéties du curé défroqué, des parodies bien réussies des « comics » à la mode.Il a pu encore déblatérer, une fois de plus, contre les maudits américains qui nous « colonisent », comme l\u2019affirme l\u2019auteur, et nous exploitent, et oublier, en même temps, les légions de Ben-Ur Théberge bien consentantes à se laisser coloniser et exploiter, par incapacité notoire à vivre une vie personnelle, autonome.L\u2019indépendance est une monumentale farce quand elle n\u2019est pas inscrite dans le cœur et dans la volonté; elle n\u2019est alors que sot bavardage, que rêverie chimérique à la Ben-Ur Théberge.Dans cette perspective et vue avec un œil réaliste, la pièce de Jean Barbeau est saine et revigorante.Elle nous révèle en blanc et en noir certaines déficiences de notre communauté nationale, qu\u2019il est courageux de regarder en face, non pas pour nous lamenter comme des enfants, mais pour résolument et lucidement essayer de les surmonter.Et ici, Barbeau s\u2019oppose au désespoir défaitiste et déprimant de Tremblay.Le Gardien Lequel est le plus déséquilibré des trois: Davies avec ses marottes, ses phobies, ses manies inquiétantes ?Aston, avec son indolente et douce folie ?ou Mick, maniaque de projets illusoires ?Telle est la question qu\u2019on se pose à la sortie du Gardien, de Harold Pinter, que Jacques Dufilho, Charles Milot et Claude Giraud sont venus jouer au Théâtre Maisonneuve, à la fin de mai.En fait, il est de tradition chez Pinter de nous laisser dans l\u2019ambiguïté.Le Gardien ne déroge pas à cette tradition.Notre télévision, l\u2019an dernier, je crois, nous avait déjà fait connaître cette œuvre, toute en nuances et sous-entendus et beaucoup trop longue.C\u2019est d\u2019ailleurs une des manies de plusieurs dramaturges modernes: ils sont désespérément verbeux, ils n\u2019en finissent plus de nous dire leurs propos, souvent les plus ordinaires du monde.Aussi, je le dis sans arrière-pensée de dénigrement, plusieurs de mes voisins dans la salle semblaient travaillés d\u2019un vif désir d\u2019en finir, malgré le talent indiscutable des comédiens, spécialement de Jacques Dufilho, interprète du gardien, Davies.Personnage, en fait, difficile à « varier » pendant les deux heures qu\u2019il tient la scène, à la recherche, en particulier, d\u2019une paire de chaussures à son pied.Il y a des situations dramatiques plus passionnantes.L\u2019intérêt de la pièce, c\u2019est clair, ne réside pas dans les événements insignifiants qui s\u2019y passent, mais dans l\u2019étude psychologique des personnages, très curieux, à vrai dire.D\u2019où la lenteur et la subtilité du jeu dans l\u2019interprétation des comédiens.(I960) L\u2019atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES - STUDIO D'ART 8125, BOUL.SAINT-LAURENT MONTREAL (351-), QUEBEC 388-5781 JUILLET-AOÛT 1971 215 L\u2019université: milieu d\u2019acculturation ou centre de contestation?par HERVÉ CARRIER * C\u2019est un étrange paradoxe de notre temps que l\u2019université, institution civilisatrice par excellence, soit en train de devenir l\u2019agent même de la contestation et de la révolte culturelles.Du point de vue psycho-sociologique, demandons-nous quel est le sens de 1\u2019évolution qui se déroule sous nos yeux.Nous avons hérité de la Grèce antique nos traditions pédagogiques.Comme l\u2019indique l\u2019étymologie même du mot, le Pédagogue était celui qui, au nom de la société, conduisait le jeune aux sources de la culture en lui révélant les trésors de la tradition, le Tradition et acculturation secret des beaux-arts, le noble savoir et les manières policées qui feraient de lui l\u2019homme civilisé, pleinement intégré à sa patrie et communiant à ses idéaux.La fonction civilisatrice de l\u2019école s\u2019est exercée jusqu\u2019à nos jours par mode d'acculturation.Qu\u2019on songe, par exemple, à l\u2019influence culturelle des grandes écoles ou universités de l\u2019Orient, du monde arabe, du Moyen-Age ou des temps modernes.Ce rôle traditionnel de l\u2019université a profondément marqué nos sociétés et nos institutions.Il fallait peut-être la crise contemporaine de l\u2019école et la transformation de l\u2019université en centre de contestation pour nous le rappeler.sur un consensus foncier autour d\u2019un faisceau de valeurs suprêmes et centrales, valeurs qui furent longtemps d\u2019ordre religieux, métaphysique, spirituel; et qu\u2019elle privilégia longtemps les arts libéraux par rapport aux autres savoirs et enseignements.Cette rapide évocation de quelques traits socio-culturels qui marquaient le milieu universitaire traditionnel suffira pour notre propos actuel.Elle nous permettra de saisir, par contraste, les lignes maîtresses de l\u2019évolution en cours dans le rapport université-société.Révolution et contestation On entend par acculturation ce processus social par lequel les valeurs, les manières de penser, de sentir, de juger et de vivre communes dans une civilisation donnée sont transmises d\u2019une génération à une autre.Cherchant à faire passer l\u2019enfant de son état inculte à la maturité culturelle de l\u2019adulte qui, en toute liberté, adhère aux valeurs supérieures, aux grandes institutions, au sens de l\u2019histoire de sa collectivité naturelle, le processus d\u2019acculturation des jeunes générations dépend largement, dans nos sociétés, de la famille et de l\u2019école, puis, à une étape ultérieure, de l\u2019université, qui se voit dès lors confier une mission socialisatrice ou acculturante.Ce sont les grandes universités de France, d\u2019Allemagne et d\u2019Angleterre, puis celles des U.S.A.et de l\u2019U.R.S.S., qui ont doté l\u2019Occident d\u2019hommes capables d\u2019assumer les plus hautes responsabilités, de faire avancer la recherche, l\u2019art, la technique, la civilisation.Tout cela est bien connu, mais cette évidence coutumière com- * Hervé Carrier, S.J., est recteur de l\u2019Université Grégorienne de Rome et président de la Fédération internationale des universités catholiques.\u2014 L\u2019A.a déjà publié deux études, dans Relations, sur les problèmes de l\u2019université moderne: « L\u2019université dans une société nouvelle » (février 1970), «L\u2019université dans uri monde à développer» (novembre 1970).mence à nous étonner dès lors que se trouve contesté le rôle traditionnel de l\u2019université dans la société.La tâche d\u2019acculturation de l\u2019université s\u2019inspirait elle-même d\u2019une certaine façon de concevoir la fonction universitaire dans les sociétés de l\u2019Occident.Fondamentalement, \u2014 et selon une conception du rôle de l\u2019université qui n\u2019était pas toujours explicitée, ¦\u2014 l\u2019université était perçue comme une institution dédiée à la transmission des plus hautes valeurs de la culture et de la civilisation, selon qu\u2019elles étaient reçues comme telles, et que le milieu tenait dès lors à promouvoir.Recherche, créativité et innovation étaient conçues, dans ce contexte, moins comme mises en question de la culture nationale et de ses valeurs collectives que comme possibilités d\u2019un enrichissement continu de l\u2019acquis traditionnel.Aussi l\u2019université du passé s\u2019adressait-elle d\u2019abord aux individus, aux personnes, axant principalement son action sur le rapport maître-disciple et présupposant une sélection sociale des étudiants, une limitation de leurs effectifs et, conséquemment, une aristocratie du savoir.Ajoutons que l\u2019université traditionnelle reposait, malgré la divergence des opinions et des doctrines, Malgré sa permanence juridique, tout porte à croire que, sociologiquement, l\u2019université classique est morte.Car elle a subi de telles mutations qu\u2019elle s\u2019en trouve radicalement transformée, ainsi que diverses observations permettent de le constater./ Et d\u2019abord la contestation de l\u2019université par les étudiants qui la fréquentent.Ne nous méprenons point, les étudiants de toutes les époques ont toujours critiqué leurs maîtres, les programmes, la discipline universitaire.Cela, les professeurs d\u2019aujourd\u2019hui ont trop facilement tendance à l\u2019oublier.Mais la critique va aujourd\u2019hui beaucoup plus loin, parfois même jusqu\u2019au refus global.Ce fait radicalement nouveau a été amené par la révolution sociale qui a créé la jeunesse.Expliquons-nous:\tla jeunesse n\u2019est plus une abstraction (par opposition aux jeunes); elle est devenue un fait social nouveau.Depuis l\u2019avènement des mass media et la démocratisation de l\u2019enseignement, la jeunesse prend conscience d\u2019elle-même et du poids collectif qu\u2019elle représente dans la société.Elle constitue un nouveau pouvoir.Cette « conscientisation » de la jeunesse, comme on dit parfois aujourd\u2019hui, implique une profonde transformation psycho-sociale, comparable à celle qui fut liée, à la fin du 19e siècle, à la massification du 216 RELATIONS monde ouvrier.Comme on a parlé alors de la révolution prolétarienne, on pourrait parler aujourd\u2019hui de révolution générationnelle.Dans ces conditions nouvelles, l\u2019université n\u2019a plus à traiter avec des individus isolés; elle doit compter avec une génération qui, en elle comme hors d\u2019elle-même, a pris soudain conscience de son identité et de sa force d\u2019impact sur l\u2019institution universitaire comme sur la société en général.La fonction traditionnelle d\u2019acculturation de l\u2019université se trouve donc mise en question par la prise de conscience des générations nouvelles et par leur contestation collective de l\u2019université elle-même comme du système établi.En fait, sont radicalement mises en questions les structures industrielles, économiques, politiques, juridiques, morales, de ce que Michel Crozier appelle la « société bloquée ».Ces observations demanderaient évidemment d\u2019être nuancées: les jeunes sont très divisés quant aux objectifs et surtout quant aux moyens de leur contestation.Il demeure qu\u2019une évolution tend à se généraliser, qui se manifeste sous diverses formes dans la plupart des pays.Et elle est tendance à l\u2019instauration de ce que l\u2019on a appelé la contre-culture.Theodore Roszak a bien analysé ce phénomène dans son essai, The Making of a Counter-Culture : Reflections on the Technocratic Society and Its Youthful Opposition (New York, 1969).La primauté des valeurs classiques, les fonctions socio-économiques de l\u2019université, les présupposés culturels de la société moderne sont radicalement contestés et rejetés.Pour remplacer les valeurs d\u2019une société qu\u2019on estime condamnée, on revendique la spontanéité individuelle, on rêve d\u2019un éthos plus humain et plus fraternel qui supplanterait la fausse rationalité de la société technologique.Fondamentalement, ce sont les présupposés culturels de la société industrielle ainsi que les valeurs primordiales sur lesquels celle-ci repose, qui sont mis en question dans une contestation qui, au fond, apparaît surtout d\u2019ordre moral.Car le conflit générationnel, qui est fait de rupture, de rejet et d\u2019incompréhension réciproques, ne porte pas tellement sur des intérêts opposés; la coupure entre générations repose sur une vue divergente des valeurs suprêmes elles-mêmes.C\u2019est le pourquoi des institutions traditionnelles, en un mot, ce sont les raisons fondamentales de vivre ensemble qui creusent le fossé entre générations.JUILLET-AOÛT 1971 Dès lors, l\u2019imiversité n\u2019apparaît plus comme ce moyen privilégié d\u2019acculturation que les sociétés s\u2019étaient données pour introduire les jeunes dans les communautés culturelles relativement stables d\u2019autrefois.L\u2019université ne peut plus être, pour les jeunes, le lieu de la conservation et de la transmission culturelle; elle doit devenir, selon eux, l\u2019instrument privilégié et vraiment efficace de la transformation socio-culturelle désirée par et pour toute la société.Il n\u2019est pas sans signification que, dans toutes les universités du monde, les étudiants fassent pression pour que l\u2019enseignement serve plus explicitement et plus directement à lutter contre l\u2019oppression, le racisme, la guerre, la pauvreté, le sous-développement : malgré l\u2019ambiguïté des attitudes ici impliquées, il importe, avant de porter jugement, d\u2019enregistrer le fait.L\u2019encombrement des universités vient aggraver la crise.Par abstraction ou par excès de rationalité, les sociétés modernes semblent avoir surestimé l\u2019importance de la formation univer- sitaire : on a fait des diplômes la condition sine qua non de l\u2019accession aux postes d\u2019importance dans l\u2019industrie, dans le commerce, la finance, l\u2019administration.Cette surenchère a entraîné de graves malentendus sur le caractère propre de la fonction universitaire dans la société.D\u2019autant que l\u2019expansion universitaire a entraîné un gigantisme administratif souvent paralysant.L\u2019université semble donc être devenue le champ de luttes sans merci entre ses composantes essentielles.Et la crise, par-delà les problèmes proprement académiques ou administratifs, tient fondamentalement au fait que l\u2019université a perdu l\u2019idéal commun qui l\u2019inspirait et qui soudait ensemble ses composantes.Si l\u2019université ne réussit pas à définir sa raison d\u2019être morale, de manière à créer un consensus des esprits et des consciences, il semble bien fatal qu\u2019elle se désagrège de l\u2019intérieur et qu\u2019elle devienne une institution où l\u2019administration l\u2019emportera sur les valeurs et où l\u2019égoïsme des groupes paralysera la possibilité de servir ensemble la société.Son déclin semblerait alors inévitable.L'université à la recherche d\u2019une âme Comme nous l\u2019avons suggéré plus haut, la crise actuelle de l\u2019université est fondamentalement morale et spirituelle.Les jeunes s\u2019interrogent avec anxiété sur le sens de leur formation et sur la sagesse qui prétend guider les responsables de la société moderne.Rappelons que c\u2019est une minorité infime qui s\u2019emprisonne dans un négativisme radical et stérile.Dans l\u2019ensemble, les étudiants cherchent une nouvelle sagesse.Et de nouveaux maîtres de vie.Dans les protestations bruyantes et les contestations multiformes, ce sont les présupposés moraux sur lesquels s\u2019appuient l\u2019institution universitaire et les institutions de la société globale qui sont mis en cause et radicalement contestés, voire rejetés.La confiance est atteinte, non cependant l\u2019espérance d\u2019un monde plus humain.Dans cette crise, l\u2019espoir peut encore trouver appui dans l\u2019université elle-même, si celle-ci, comme communauté, consent à se mettre à la recherche d\u2019une âme.L\u2019université, heureusement, est redevenue un agent d\u2019expression libre dans la communauté nationale; elle est même l\u2019un des éléments les plus efficaces de l\u2019opinion publique.Sa fonction critique s\u2019en trouve raffermie.Mais, pour exercer avec honnêteté et efficacité sa fonction critique, il faudra qu\u2019elle s\u2019attaque d\u2019abord à une révision totale des rapports de force à l\u2019intérieur de la communauté universitaire, c\u2019est-à-dire entre les autorités traditionnelles, les professeurs, les étudiants, en vue d\u2019instaurer une réelle participation \u2014 par-delà le chaos de la confusion.Il faudra, en outre, que l\u2019université opère avec lucidité des options sociales conscientes, les confrontant librement et courageusement avec les objectifs prioritaires de la société qu\u2019elle entend servir.Il ne faut pas oublier que l\u2019université fait constamment des choix sociaux \u2014 explicites ou implicites \u2014 dans l\u2019élaboration de ses programmes de recherche et d\u2019enseignement.Des choix conscients et socialement responsables s\u2019imposeront désormais.L\u2019université moderne dépendra de plus en plus des fonds publics pour survivre.Elle réussira à conserver sa liberté interne seulement si elle parvient à redéfinir elle-même ses responsabilités nouvelles dans la société.\t____________ 217 Les revues littéraires de nos professeurs par René Dionne La critique littéraire, lorsqu\u2019elle est faite par des professeurs, et surtout des professeurs d\u2019université, n\u2019a pas toujours bonne presse quotidienne.Veut-on la vilipender, on la traite d\u2019académique, ce qui a le don, auprès du lecteur pressé d\u2019aujourd\u2019hui, de la faire passer pour conservatrice, empesée, sophistiquée, bref pour désuète, alors que la dernière critique du dernier des journalistes de grand vent, mais de petite lecture, de tel ou tel petit journal horoscopo-sportif a le don, elle, de mettre le goût merveilleux de la plaquette la plus récente dans la bouche de tout lecteur (lecteur, s\u2019entend, non pas de la plaquette, mais du dit articulet).Nous savons, cependant, que les lecteurs de notre revue sont d\u2019une autre trempe: ils ont la lecture plus appliquée et plus exigeante, ils préfèrent la qualité au dernier cri.Aussi nous a-t-il paru bon de leur présenter rapidement les revues littéraires de nos universitaires.Revue de l\u2019Université Laurentienne En février 1968 paraissait le premier fascicule de la Revue de l\u2019Université Laurentienne, ou de la Laurentian University Review, publiée par la jeune université Laurentienne de Sudbury (Ontario).A l\u2019image de la maison, la revue est d\u2019abord bilingue, \u2014 c\u2019est-à-dire qu\u2019elle comprend, outre la partie anglaise, une partie française qui porte un titre particulier: « Les Cahiers lauren-tiens », \u2014 mais on y trouve aussi des articles en d\u2019autres langues modernes (allemand, italien.).Ses fondateurs voyaient grand et large; ils visaient « essentiellement à entretenir et à vulgariser un courant d\u2019échanges entre tous ceux qui, dans leur discipline propre, travaillent à la réalisation d\u2019une nouvelle façon de penser et même de sentir à l\u2019échelle de la communauté multinationale » (avant-propos du premier fascicule).C\u2019était une gageure que de prétendre ainsi publier à partir d\u2019un jeune et petit centre universitaire.Pourtant, la revue existe toujours, qui publie, chaque année, trois numéros d\u2019une centaine de pages.Parmi les collaborateurs des « Cahiers laurentiens », on trouve, outre les professeurs de la Laurentienne et de nombreux universitaires canadiens, Léopold Sédar Senghor, Louis Bar-jon, Jean Mayer, Françoise Moser, Thierry Maulnier, Béatrix Beck, Jacques Berque, Henri Lefebvre, etc.La présentation des premiers numéros laissait beaucoup à désirer; depuis juin 1970, elle est beaucoup meilleure, et il ne fait pas de doute que, sous l\u2019impulsion de leur nouveau et dynamique directeur, Fernand Dorais, les « Cahiers laurentiens » s\u2019amélioreront en quantité et qualité.Le numéro de novembre 1970 en faisait déjà foi, qui comprenait de très intéressants articles de Pierre Van Rutten ( « L\u2019Ordinateur et les problèmes littéraires » ), Fernand Dorais («La Poésie québécoise et ses critiques»), Michel Laguerre (« Brassages ethniques et émergence de la culture haïtienne»), Guy Bernard (« Quelques réflexions d\u2019un anthropologue sur la culture hippy » ), etc.Et l\u2019on annonçait que le prochain numéro, rédigé uniquement en anglais et « présentant la situation historique, sociale et culturelle de la population nord-ontarienne », serait suivi d\u2019un numéro, tout entier français, portant « exclusivement sur les aspects fondamentaux de la vie française dans le Nord de l\u2019Ontario » (avis aux lecteurs du numéro de novembre 1970).A ceux qui voudraient voir dans cette « régionalisation » de la revue une sorte d\u2019atteinte à la visée universaliste de ses débuts, les directeurs offriraient sans doute, entre autres réponses, celles-ci: l\u2019universalisme « n\u2019advient » bien qu\u2019à ce qui sourd d\u2019un terreau particulier; n\u2019ont d\u2019existence nécessaire que les revues qui possèdent un certain nombre de traits à nul autre pareils.Puisse, donc, la Revue de l\u2019Université Laurentienne continuer à se personnaliser ! Études littéraires C\u2019est dans une direction opposée qu\u2019a évolué la Revue de l\u2019Université Laval en devenant Etudes littéraires (Faculté des Lettres, Université Laval, Québec 10), dont le premier numéro parut en avril 1968.Les lettres françaises, d\u2019où qu\u2019elles soient, pourvu qu\u2019elles manifestent d\u2019excellentes qualités esthétiques, sont notre seul pays, auraient pu dire ses rédacteurs.La revue, en effet, se voulait, d\u2019une part, « ouverte à toutes les conceptions de la littérature, sans exclusive, et attentive aux recherches nouvelles dans le domaine de la critique », et, d\u2019autre part, « orientée principalement vers l\u2019étude des littératures d\u2019expression française et de leurs relations avec les autres littératures » (avant-propos du premier numéro).La revue entendait également « accorder une place importante aux questions d\u2019esthétique littéraire » (ibid.).Déjà, «afin d\u2019éviter l\u2019éparpillement et le disparate », le premier numéro était consacré à un thème précis: Baudelaire.Ont suivi, depuis, au rythme de trois par année, d\u2019excellents numéros sur le roman et le théâtre au XVIIIe siècle, le poète dans la société contemporaine, la France et le monde hispanique, le roman canadien (1945-1960), André Gide, les problèmes de technique romanesque, la critique littéraire et l\u2019enseignement, les relations littéraires franco-allemandes au XXe siècle, etc.Chaque numéro comprend, outre les études, une section documentaire et des comptes rendus.La présentation de chacun de ceux-ci, aussi bien que des documents et des articles, et tout autant que la qualité et la correction des uns et des autres, est extrêmement soignée.Les fondateurs de la revue ont atteint leur but: celle-ci n\u2019est plus la revue d\u2019une université, mais l\u2019une des meilleures du monde littéraire français.Tellement que l\u2019on a oublié, en cours de route, cette promesse du début: la revue « envisage en particulier de publier une chronique annuelle sur les lettres canadiennes-françaises » (ibid.).L\u2019universalisme, ici, a triomphé pour de bon; et la francophonie, la langue faisant office de pays.La revue y a certes gagné une indéniable qualité « académique », mais perdu en intérêt pour le lecteur québécois qui se sent encore d\u2019un pays avant que d\u2019être d\u2019une langue ou d\u2019une littérature française.Études françaises En 1965, les fondateurs d'Etudes françaises (Faculté des Lettres, Université de Montréal, C.P.6128, Montréal 3) avaient pareillement été séduits par un certain universalisme; eux aussi voulaient se faire entendre au-delà du Québec, rayonner au-delà des mers, mais c\u2019est à partir d\u2019ici qu\u2019ils le voulaient faire: souhaitant « contribuer au resserrement des Hens, déjà étroits, qui unissent les universités d\u2019Europe à celles du Canada français », ils ouvraient, bien sûr, les pages de leur revue aux « professeurs français ou européens d\u2019expression française », mais, « pour que les échanges se fassent dans les deux sens » et pour « initier le public d\u2019outre-mer aux problèmes si particuliers de la littérature canadienne-fran-çaise », ils réservaient à celle-ci une bonne moitié de leur revue et ils résumaient leurs intentions dans un sous-titre que l\u2019on continue d\u2019afficher: « Revue des lettres françaises et canadiennes-françaises ».On désirait tirer « tout le parti possible des avantages » que valait à la revue « son implantation géographique au centre de gravité du Québec et à proximité immédiate des Etats-Unis » : « De Terre-Neuve à Vancouver, les professeurs de littérature française et canadienne-française qui cherchent une tribune pour s\u2019exprimer pourront la trouver ici.Nous aimerions également voir s\u2019amorcer un courant d\u2019échanges entre Montréal et les universités américaines, courant qui, semble-t-il, pourrait être plus suivi.» (Avant-propos du premier numéro.) On peut dire qu\u2019Etudes françaises n\u2019a pas dévié de son orientation de départ.Elle est restée un confluent d\u2019études françaises et canadiennes-françaises.De plus en plus, cependant, la revue a subi l\u2019attraction des forces québécoises montantes et elle a accordé davantage d\u2019attention aux oeuvres d\u2019ici.Chaque année paraît un numéro spécial, exclusivement consacré aux lettres canadiennes-françaises; G.-A.Vachon, qui, dès février 1966, remplaça René de Chantal comme directeur de la revue, nous a ainsi présenté des fascicules d\u2019une excellente qualité sur Nelligan (août 1967), Chateaubriand et ses précurseurs français d\u2019Amérique (août 1969), Arthur Buies (août 1970).Depuis février 1970, réalisant la promesse, non tenue, d\u2019Etudes littéraires, Etudes françaises rend compte, en d\u2019excellentes chroniques, des meilleures pubücations canadiennes-françaises dans les différents domaines de 218 RELATIONS l\u2019essai (Robert Vigneault), du roman (André Berthiaume), de la poésie (Gilles Marcotte), du théâtre (Jean-Cléo Godin), de la critique (Laurent Mailhot), voire du cinéma (Dominique Noguez).En 1967, grâce à la générosité d\u2019un imprimeur montréalais, M.J.-Alex.Thérien, le prix de la Revue Etudes françaises était créé, « à l\u2019intention des écrivains de la francité »; il s\u2019agissait, écrit G.-A.Vachon (février 1970), « en couronnant des écrivains appartenant à des cultures autres que celles de la France », d\u2019attirer « l\u2019attention du public sur le renouvellement de la langue et de l\u2019expression littéraire qui se poursuit dans les communautés francophones du monde entier ».Si le roman du premier lauréat de ce prix: les Soleils des indépendances de M.Ahmadou Kourouma, originaire de la Côte-d\u2019Ivoire (voir Relations, déc.1968, pp.351-352), n\u2019eut guère de retentissement au Canada, il n\u2019en fut pas de même de l\u2019ouvrage du second: l\u2019Homme rapaillé de Gaston Miron, le meilleur recueil poétique de l\u2019année dernière; cette année encore, le jury a fait un excellent choix: Corps de gloire de Juan Garcia (les Editions de l\u2019Hexagone avaient déjà publié son Alchimie du corps, en 1967).En somme, Etudes françaises est une revue qui reflète assez bien les goûts, les tendances et la culture de notre milieu universitaire québécoise.On lui a parfois reproché sa présentation froide et luxueuse; mais peut-être à tort, car par sa toilette elle représente bien le milieu dont elle est issue, et il y a peu de riches dames qui paraîtraient à leur avantage dans le pourtant seyant « imprimé de coton » d\u2019une jolie midinette; le visage qu\u2019on a vaut d\u2019ailleurs mieux que tous les masques à la mode, qu\u2019ils soient de riches ou de pauvres.Les Cahiers de l\u2019Université du Québec Etudes françaises n\u2019a donné qu\u2019à moitié dans la littérature québécoise; les Cahiers de Sainte-Marie, eux (voir Relations, juillet 1966, pp.216-217), y ont donné à plein dès leur premier numéro (mai 1966), consacré entièrement à la littérature canadienne-fran-çaise; puis, ce furent Voix et images du pays I (avril 1967), II (1969), III (1970).En septembre 1969, avec la parution du dix-neuvième, les Cahiers de Sainte-Marie sont devenus les Cahiers de l\u2019Université du Québec; mais ils ont gardé leur directeur-fondateur, Robert Lahaise, et leur perspective de critique littéraire reste la même, ainsi que le précise Renald Bérubé, responsable de la collection « Voix et images du pays»: «(.) avant tout, c\u2019est cela qui importe: poursuivre toujours plus en profondeur l\u2019inventaire des forces vives de la pensée québécoise.Reconnaître, à mesure qu\u2019il se forme, le visage de l\u2019homme d\u2019ici.En ce début des années 70, après la décennie de la révolution tranquille, il est important, et plus que jamais peut-être afin d\u2019éviter tout recul qui tenterait de se manifester, de coller à la réalité d\u2019ici, d\u2019assurer sa marche souvent difficile vers l\u2019avant, de contribuer à son épanouissement.Cela nous semble nécessaire, cela nous semble vital.Nous voulons que Voix et images du pays soit un lieu de reconnaissance et de diffusion de la littérature québécoise; que les écrivains d\u2019ici y soient entendus et reconnus pour être entendus et reconnus par des lecteurs toujours plus nombreux, plus diversifiés et plus attentifs.Nous voulons que Voix et images du pays véhicule la culture québécoise \u2014 \u2014 l\u2019homme d\u2019ici et l\u2019originalité de sa perception du monde \u2014 et participe au mouvement de démocratisation de celle-ci.» (Avant-propos de Voix et images du pays III.) Chaque cahier de littérature québécoise comprend une section d\u2019études (elles portent d\u2019ordinaire sur des écrivains contemporains) et une section d\u2019inédits (contemporains eux aussi, i.e., par exemple, de H.Aquin, F.Loranger, A.Major, G.Lapointe, P.-M.Lapointe, J.Brault, etc.) On lira, entre autres, dans Voix et images du pays III (juin 1970), des études de Michelle Lavoie («Du coureur de bois au Survenant: filiation ou aliénation ?»), Noël Audet (« Structures poétiques dans l\u2019œuvre de Fernand Ouellette»), Laurent Mailhot («Contre le temps et la mort: Mémoire, de Jacques Brault»), Renald Bérubé (La Guerre, yes sir ! de Roch Carrier; humour noir et langage vert » ), Maximilien Laroche ( « Le Langage théâtral » ) et, parmi les inédits, 24 heures de trop, téléthéâtre de Hubert Aquin.Le cahier compte 336 pages, présentées bellement et simplement à la fois.Les Cahiers de l\u2019Université du Québec comptent aussi une collection de « Recherches en symbolique », dont sont responsables Pierre Pagé et Renée Le gris.Si les préoccupations de ces derniers reposent, comme il se doit, sur des bases plus larges que la simple assiette québécoise, elles n\u2019en relèvent pas moins de la même visée directoriale que l\u2019ensemble des Cahiers: œuvrer en fonction du milieu québécois et pour l\u2019homme d\u2019ici.On n\u2019aura, pour s\u2019en convaincre, qu\u2019à lire les deux numéros parus jusqu\u2019ici: Le Symbole, carrefour interdisciplinaire, et L\u2019Oeuvre littéraire et ses significations.Ellipse Avec les Cahiers de l\u2019Université du Québec, on trouve qu\u2019il fait beau et bon habiter nos auteurs, voire qu\u2019ils recèlent des valeurs de grand prix; à l\u2019Université de Sherbrooke, conscient de cette richesse propre, on pense qu\u2019il faut l\u2019engager dans un système d\u2019échanges avec le reste du Canada.Ainsi Ellipse (C.P.10, Faculté des Arts, Université de Sherbrooke), dont le premier numéro trimestriel paraissait à l\u2019automne de 1969, instaure une sorte de marché commun de la littérature canadienne; les produits de l\u2019un et l\u2019autre Canada linguistiques y sont, en effet, offerts dans l\u2019emballage l\u2019un de l\u2019autre: tout repose ici sur la traduction, qu\u2019il s\u2019agisse des œuvres ou de leur présentation.Le premier numéro comprenait, accompagnés de leur traduction anglaise, des poèmes de cinq Québécois (Miron, P.-M.Lapointe, F.Ouellette, G.Godin, P.Chamberland), que présentait un texte (traduit) de Clément Moisan:\t« The Contemporary Poetry of Quebec»; suivaient un essai (traduit) de George Bowering: « Quelques bénis parmi les maudits », et des poèmes, dans les deux langues, de cinq Canadiens anglais (F.R.Scott, Earle Birney, Irving Layton, Alden Nowlan, Leonard Cohen).A partir du deuxième numéro, les auteurs ne s\u2019affrontent plus que deux par deux: R.Giguère vs Leonard Cohen (no 2), Michèle Lalonde vs Margaret Atwood (no 3), Roch Carrier vs Dave Godfrey (nô 4), Gaston Miron vs Raymond Souster (no 5).Les rapprochements, on le voit, ne sont pas dénués de fondement; en surgit tantôt un simple parallélisme des thèmes ou des formes, tantôt une parenté certaine.Les textes de présentation sont d\u2019ordinaire excellents; je pense, par exemple, à celui de G.-V.Fournier sur Roch Carrier, à celui surtout de G.-A.Vachon sur Gaston Miron.On regrette seulement que ce dernier texte, comme bien d\u2019autres, ne soit qu\u2019une reprise d\u2019article paru ailleurs.La revue gagnerait beaucoup à ne publier que des essais critiques originaux.N\u2019y aurait-il pas avantage également à ce que l\u2019écrivain francophone soit présenté aux anglophones par l\u2019un d\u2019entre eux, et inversement dans le cas de l\u2019écrivain anglais ?Peut-être chacun pourrait-il faire mieux valoir la marchandise à ses congénères, et l\u2019on n\u2019aurait pas l\u2019agacement de lire en traduction l\u2019essai de son compatriote.Il pourrait se faire aussi que des lecteurs unilingues se laissent alors tenter par l\u2019agréable revue et l\u2019achètent pour sa moitié seulement; et puisque Ellipse ne vise pas d\u2019abord à donner des leçons de traduction, mais à faire connaître des auteurs, le but n\u2019en serait-il pas mieux atteint encore ?La réponse appartient aux rédacteurs de la revue (D.G.Jones, Joseph Bonenfant, Sheila Fischman, etc.), qu\u2019il faut féliciter pour leur courage et la beauté de l\u2019œuvre, pour son utilité manifeste aussi: à tous ceux, en effet, qui ne mettent pas, de parti pris et par préjugé, des limites à leur connaissance de l\u2019homme concret, i.e.de celui qu\u2019il voisine chaque jour, Ellipse pourra rendre quelque service; quant aux autres, ils pourront toujours continuer à prêcher la charité et hâter l\u2019avènement d\u2019un monde fraternel en aimant d\u2019autant plus, qui le vietnamien du Nord, qui celui du Sud, qu\u2019ils ne pourront souffrir d\u2019ouïr ou de voir, qui le francophone canadien, qui l\u2019anglophone québécois.Critère Plus jeune encore qu\u2019Ellipse est la revue Critère, première et, à ma connaissance, JUILLET-AOUT 1971 219 seule revue publiée par les professeurs d\u2019un collège d\u2019enseignement général et professionnel, celui d\u2019Ahuntsic en l\u2019occurrence (9155, rue Saint-Hubert, Montréal 353).Les auteurs n\u2019en sont pas moins des universitaires de par leur formation, et cela paraît: la revue, en bien de ses pages, est savante, à la fois par le contenu et sa présentation.Chaque parution porte sur un thème: la culture (février 1970, 117 pp.), désir et besoin (septembre 1970, 128 pp.), le jeu (janvier 1971, 156 pp.), le crime (à paraître); et le numéro se divise en trois sections: essais, études, chroniques.Ainsi, dans celui sur le jeu, on trouve des essais de Jacques Dufresne (« Les Règles du jeu »), Jean Proulx («Le Jeu, le rite, la fête », Michel Beaudry et André Giguère ( « Le Jeu comme modèle culturel»), Jean-Jacques Wunemberger («Ludisme, libération ou aliénation » ), Françoise Chauvin ( « La Sincérité » ) ; des études de bonne venue littéraire et critique sur « le Surréalisme et le jeu» (Gabrielle Poulin), « Valéry et le jeu » (Jeanne-Marie Gingras), «la Comédie et le jeu» (Pierre Cloutier), un poème de Miron (L.-M.Vacher) et le Chevalier au lion (P.Bélisle et C.Vinette); les chroniques, elles, nous parlent de « la crise logique ou (du) besoin du philosophe-médecin »\t(J.Proulx), de «l\u2019abstraction révoltée » (J.Dufresne), de « CJMS le poste qui vous aime» (Yvon Lalande), de la « grammacritique » (L.-M.Vacher).En réunissant, sur des sujets difficiles, des textes de bonne qualité, Jacques Dufresne (directeur), Roger Sylvestre (rédacteur en chef) et les membres de leur équipe ont réussi jusqu\u2019à présent un tour de force, surtout quand l\u2019on sait combien il en coûte à un Québécois de penser et d\u2019écrire dans des cadres précis.Le collège Ahuntsic a raison d\u2019être fier de son poupon; et il est à souhaiter, pour que le petit continue à bien vivre, puis se développe et croisse, que les professeurs des autres collèges québécois, bien loin de le bouder ou copier, s\u2019empressent autour de lui pour l\u2019alimenter d\u2019articles du meilleur crû.Un souhait encore, cependant: les professeurs du collégial montrent ici qu\u2019ils sont de bonne formation et bonne vie intellectuelles; ne pourraient-ils pas, plus simplement encore, leurs lettres de noblesse étant d\u2019ores et déjà reconnues par le grand public, viser davantage, dorénavant, le public plus restreint, et naturellement le leur, qu\u2019-est celui de leurs collègues et de leurs étudiants ?Nous aimerions que la vie pédagogique quotidienne des collèges, et pas seulement les connaissances de leurs professeurs, transparaissent à travers les pages de Critère; en somme, puisque, pour survivre, sinon vivre, toute revue a besoin d\u2019un cercle précis de lecteurs, n\u2019y aurait-il pas lieu d\u2019engager et viser avec netteté le milieu collégial (professeurs et étudiants)?A cette condition seulement, Critère atteindra les objectifs que, au-delà de son « optique québécoise » et en-deçà de son « humanisme nouveau », s\u2019est fixés son comité de direction: « Nous désirons que la revue soit, pour les professeurs du Collège Ahuntsic et d\u2019ailleurs, le complément indispensable à leur enseignement.Nous voulons en effet susciter dans notre milieu, et de plus en plus, un intérêt pour l\u2019expression écrite.Nous aimerions, du même coup, provoquer et favoriser les échanges entre professeurs, ainsi que fournir aux étudiants intéressés une source de documentation.» (Liminaire du premier numéro.) Livres et auteurs québécois Une source de documentation bibliographique et critique, telle était avant tout Livres et auteurs canadiens (Editions Jumon-ville, C.P.1177, Station B, Montréal), lors de sa première parution annuelle au début de 1962.Son directeur et fondateur, Adrien Thério, aidé d\u2019une équipe aussi bénévole que lui, y rendait compte, en une centaine de pages, de la production littéraire de l\u2019année précédente: ouvrages de fiction (romans, contes, nouvelles), œuvres poétiques, essais de tous genres (littéraires, philosophiques, politiques, etc.), pièces de théâtre, littérature de jeunesse; on y trouvait également un choix (avec commentaire) des meilleurs ouvrages canadiens-anglais parus en 1961, et quelques renseignements pratiques: une liste des thèses de doctorat soutenues aux universités de Montréal et Québec, les adresses des maisons d\u2019éditions québécoises, etc.En 1962, M.Thério grossissait sa revue des « éphémérides de l\u2019année » et d\u2019un essai critique (consacré, cette année-là, à Albert Laberge); en 1965, ce n\u2019était plus un, mais trois essais critiques que publiait la revue; en 1966, elle se présentait sous un nouveau format, plus esthétique et plus commode, qu\u2019elle a gardé depuis; en 1969, on n\u2019y retrouvait plus l\u2019habituel panorama de la production littéraire canadienne-anglaise et Livres et auteurs canadiens devenait Livres et auteurs québécois (voir Relations, février 1971, p.50).Ainsi, d\u2019année en année, toujours sous la même habile et impartiale direction d\u2019Adrien Thério, Livres et auteurs n\u2019a pas cessé de croître et de s\u2019embellir.Le numéro de 1970, avec ses 313 pages, constitue une indispensable source de documentation pour quiconque veut se renseigner sur la vie littéraire du Canada français.On y lira avec attention l\u2019introduction d\u2019Adrien Thério.Faisant le point après dix ans de Livres et auteurs, le père nourricier de la revue redit sa foi en son œuvre, \u2014 et il a raison, \u2014 tout en notant avec lucidité les inévitables limites de son entreprise : « Quelques amis et quelques commentateurs nous ont laissé entendre qu\u2019ils souhaiteraient que Livres et auteurs, de revue annuelle qu\u2019elle est, devienne mensuelle et trimestrielle.C\u2019est une suggestion qui ne manque pas d\u2019intérêt.Nous n\u2019avons en effet aucune revue des lettres québécoises et il faut dire que la production littéraire actuelle justifierait l\u2019existence d\u2019une telle revue.Seulement, si d\u2019une part je vois très bien ce que pourrait et devrait apporter chez nous la publication d\u2019une véritable revue des lettres québécoises, je ne vois pas d\u2019autre part pourquoi Livres et auteurs devrait céder sa place à cette revue.Il s\u2019agit, selon moi, de deux choses tout à fait différentes.» Avec beaucoup de justesse, Adrien Thério explicite ensuite son point de vue: « Livres et auteurs fait le bilan d\u2019une année d\u2019écritures.Que devrions-nous attendre d\u2019un Journal des lettres québécoises s\u2019il existait ?C\u2019est une bonne chose de parler des livres récents et ce journal le ferait sans doute.Il devrait également faire parler les auteurs, publier des itinéraires d\u2019écrivains, recueillir des entrevues, mettre à notre portée des documents importants, présenter les saisons littéraires, s\u2019attarder aux événements littéraires importants, recueillir les opinions des lecteurs, faire une place aux chercheurs et aux critiques, inviter des écrivains étrangers à se faire entendre chez nous, aller chercher des inédits chez les créateurs, etc., etc.(.) Je ne peux m\u2019empêcher de croire que ce journal ou cette revue naîtra un jour.» Peut-être, en effet, le temps est-il venu de mettre au monde ces Lettres québécoises, qui compléteraient Livres et auteurs québécois.Il faudra, cependant, pour que vive un tel journal littéraire, que ses fondateurs, directeurs et collaborateurs soient nombreux à posséder la foi, le courage et l\u2019impartial dévouement d\u2019un Adrien Thério; l\u2019argent, en effet, ne saurait être le nerf moteur d\u2019une telle entreprise, et il faudrait que l\u2019on s\u2019y gardât, comme de la peste, de l\u2019exclusivisme littéraire, politique, idéologique ou autre.Un lieu de littérature Que naisse ou non cette revue ou ce journal que d\u2019aucuns souhaitent, il se trouve déjà que les revues littéraires de nos professeurs se portent bien et rendent d\u2019énormes services à notre collectivité québécoise.Bien sûr, elles n\u2019accordent que peu de place à la création littéraire proprement dite; mais d\u2019autres revues existent, qui remplissent ce rôle (Liberté, LaBarre du jour, Poésie, Mainmise, etc.), et il serait naïf de prétendre que nos revues de critique littéraire sont loin du monde des créateurs, même s\u2019il se trouve souvent que, avec ce dernier, elles ne communiquent pas autant qu\u2019on le souhaiterait.Il ne faut jamais oublier, en effet, que l\u2019œuvre littéraire n\u2019existe vraiment que le jour où elle est lue et critiquée: pas de littérature sans lecteurs, et pas de lecteurs vrais sans critiques.L\u2019essentiel, cependant, dans le cas des chercheurs et des professeurs, c\u2019est de bien savoir, tout comme les créateurs d\u2019ailleurs, pour qui ils écrivent, et pourquoi: « Le spécialiste des études littéraires s\u2019adresse au public international de ses pairs, par le moyen de revues dites savantes, qui par définition n\u2019ont pas de patrie; mais aussi longtemps qu\u2019il se propose de « faire avancer les connaissances » pour les transmettre à d\u2019autres chercheurs, occupés à augmenter la même masse de connaissances, il ne progresse en rien, et n\u2019aide directement personne à progresser dans la compréhension, c\u2019est-à-dire dans la connaissance des œuvres.Pour peu qu\u2019il essaie, au contraire, de retrouver le chemin de la communication, et d\u2019être pleinement accessible au public même des œuvres, le critique, le chercheur a quelque chance de saisir pleinement l\u2019objet de son étude, de le comprendre: avec le créateur, il fait la littérature, et est soumis comme lui, à l\u2019épreuve de la lecture publique.» (G.-A.Vachon, dans Etudes françaises, février 1970, p.5.) A ce moment-là, mais à ce moment-là seulement, la critique littéraire, qu\u2019elle soit élaborée oralement ou par écrit, devient « un lieu où la littérature se fait» (id., ibid., 3).Les revues littéraires de nos professeurs constituent-elles de tels lieux ?Oui, pour une part, et la plus vivante: celle qui, sans jamais s\u2019ériger en absolue, cherche humblement, obstinément, à faire que l\u2019homme d\u2019ici, qui est aussi tout simplement un homme, se trouve et se construise de plus en plus, à mesure qu\u2019il se lit, sç comprend et se saisit à travers la littérature d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Département des Lettres françaises, Université d\u2019Ottawa.220 RELATIONS Jésus-Christ et Piaget \u2014 réflexions sur IDENTITÉ ET FOI * par Julien Harvey Le théologien a toujours intérêt à suivre les congrès internationaux de catéchèse, en raison de leur lucidité sur l\u2019évolution du monde et de l\u2019action de l\u2019Eglise.Et cet intérêt devient plus Jusqu\u2019à la guerre, les congrès se concentrent sur les méthodes d'enseignement; par exemple, le congrès de Munich, en 1928, était centré sur l\u2019usage catéchétique de la méthode Montessori, l\u2019apprentissage par l\u2019agir.Après la guerre, on constate que le problème s\u2019est approfondi.L\u2019intérêt principal se porte désormais sur le contenu de la catéchèse; par exemple, le congrès de Eichstatt en Bavière, en 1960, a pour thème une catéchèse axée sur le kérygme apostolique, l\u2019interpellation directe des hommes par le message de salut en Jésus-Christ.D\u2019où une période de catéchèse biblique intense.Puis, les congrès internationaux changent radicalement de direction et se concentrent sur la préparation du terrain de l\u2019évangélisation, sur la question humaine préliminaire à la réponse de Jésus-Christ; ce sera le thème des congrès de Bangkok en 1962, de Katigondo en 1964, de Manille en 1967 et de Medellin en 1968.Ce dernier développement a été diversement accueilli.Certains n\u2019y ont vu qu\u2019une mode, née de l\u2019influence Paul Tillich; d\u2019autres y ont lu une démission: on abandonnait les bases solides et les trésors accumulés, la théologie et la Bible, pour se lancer dans l\u2019inconnu de la sociologie et de la psychologie.Pour d\u2019autres, au contraire, l\u2019échec de la catéchèse systématique, puis de la kérygmatique pure, échec prouvé par la baisse rapide de l\u2019appartenance religieuse, exigeait ce virage, malgré tous les risques qu\u2019il * Jacques de Lorimier, Roger Graveline et Aubert April: Identité et Foi.\u2014 Montréal, Fides, 1971.vif si on compare entre eux les congrès.On peut alors voir se dessiner à la fois la révolution culturelle contemporaine et la pression de celle-ci sur l\u2019évolution de la théologie.comporte.Pour d\u2019autres, enfin, cette option pour l\u2019approfondissement de la question humaine marquait un progrès théologique, qu\u2019on a exprimé ainsi: la catéchèse doit approfondir la question humaine, parce que la grâce est déjà à l\u2019œuvre dans la question humaine bien posée.Dans cette perspective, la catéchèse a comme tâche essentielle de développer dans l\u2019homme et avec lui ses expériences humaines les plus profondes, pour y discerner la continuation en lui de l\u2019histoire du salut et rendre possible la rencontre et l\u2019accueil de Jésus-Christ.C\u2019est sur cet arrière-fond que se présente Identité et Foi, un important ouvrage de Jacques de Lorimier, Roger Graveline et Aubert April (Montréal, Fides, 1971).Remarquons tout de suite qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un manuel de catéchèse, ni même directement d\u2019une méthode catéchétique, mais d\u2019une recherche sur les conditions de possibilité d\u2019une catéchèse authentique auprès des jeunes adultes (18-21 ans), chez nous, à l\u2019heure actuelle.Il faut admirer le courage des auteurs, qui osent aborder directement le milieu où l\u2019abandon de la foi, ou du moins de la pratique religieuse, s\u2019avère actuellement le plus considérable, l\u2019univers des étudiants des CEGEP et des jeunes universitaires.Le titre de l\u2019ouvrage et la préface de Jean Le Du, un éminent catéchète de l\u2019école de Paris, posent déjà tout le problème: dans quelles conditions une catéchèse de la créativité, plus que de l\u2019assimilation, où le catéchète devient animateur non-directif, peut-elle arriver à une herméneutique de l\u2019existence humaine qui permette aux jeunes adultes de trouver en la foi en Jésus-Christ la clé de leur identité ?L\u2019ouvrage est divisé en trois parties: une analyse des dimensions psychologiques et sociales de la foi, centrée sur la crise d\u2019identité des jeunes adultes du niveau collégial (entre 18 et 21 ans); une recherche du sens de l\u2019existence, amenant l\u2019exigence d\u2019un absolu personnel en Jésus-Christ; une série d\u2019expériences catéchétiques tentées à partir de cette perspective.Les trois auteurs ne nous disent pas comment ils ont collaboré; on sent parfois quelques faiblesses de liaison entre les trois parties, et je soupçonne que la trilogie d\u2019auteurs l\u2019explique un peu ! Essentiellement, l\u2019ouvrage est construit sur une image de l\u2019évolution de la personne humaine tributaire de Jean Piaget et de Erik H.Erikson.On ne peut nier que ce soit là ce que nous avons de meilleur.En effet, l\u2019Evangile ne nous dit guère comment Jésus abordait les adolescents, et cela dans une société profondément différente de la nôtre, une société où, en pratique, l\u2019âge adulte et les responsabilités familiales succédaient immédiatement à l\u2019enfance.Si bien que, pour savoir comment il se comporte aujourd\u2019hui avec eux, nous devons nous appuyer sur la psychologie en la mettant en contact avec l\u2019Evangile.En y ajoutant ce qui est propre au Québec actuel en ce qui concerne la difficulté pour un jeune adulte de trouver une identité, surtout s\u2019il refuse de s\u2019identifier à nous, les adultes moins jeunes et les parents.Ici, on remarque déjà le caractère provisoire de toute catéchèse, en songeant que le livre a été visiblement terminé avant octobre \u201970, avant donc la nouvelle situation-limite, proprement lieu de la catéchèse, qu\u2019il a suscitée chez nous.Les grands « virages » d\u2019une évolution JUILLET-AOÛT 1971\t221 Après un tel ouvrage, la réussite d\u2019une catéchèse demeure, comme auparavant, aléatoire; mais les chances sont du côté de celui qui l\u2019a maîtrisé et a su le lire dans sa foi.Surtout, les chances sont meilleures de ne pas placer la foi en porte-à-faux sur la vie, comme structure provisoire pour apaiser l\u2019angoisse de la fin de l\u2019adolescence, amenant une aliénation, une fixation dans l\u2019infantilisme ou le fanatisme, ou même de fausses vocations.Souhaitons qu\u2019aucun catéchète en contact avec les jeunes adultes ne sera rebuté par ce gros livre difficile de plus de 300 pages.Un « gros livre difficile » ! Ouvrage précieux, jalon indispensable Quelques points d\u2019interrogation, pour continuer la recherche interdisciplinaire, me demeurent toutefois à l\u2019esprit.La première, et la plus importante, est celle-ci: ne passe-t-on pas directement d\u2019une catéchèse autoritaire, de type légaliste et proche des plus récentes strates du Pentateuque, à une catéchèse sapientiale et non-directive, en faisant l\u2019économie d\u2019une catéchèse prophétique ?Selon moi, il y a trois types d\u2019évidence, en catéchèse comme ailleurs: une évidence mathématique, objective, centrée sur la présence d\u2019un sens: c\u2019est celle que le présent ouvrage utilise le plus souvent, à mon avis.11 y a aussi une évidence imposée, celle de la Loi et de la majeure partie de l\u2019ancienne catéchèse; et elle est abandonnée ici, avec raison, devant le constat très clair de son inefficacité.Mais il y a aussi l\u2019évidence charismatique, celle qui convainc par la valeur de ce qu\u2019elle apporte, par la chaleur de la foi-vécue-devant-l\u2019autre, par la rencontre de Jésus-Christ.En particulier dans les rapports d\u2019expériences (3ème partie), \u2014 sauf dans la deuxième, où l\u2019Evangile de Jean est la base, \u2014 la réponse de Jésus-Christ ne semble pas avoir la densité de la recherche de la question humaine.Un deuxième point d\u2019interrogation m\u2019est posé par l\u2019exploration des expériences humaines: ne faudrait-il pas accentuer davantage la dimension discernement, pour ne pas trop en demeurer au niveau de la création et respecter le caractère ambigu de l\u2019histoire ?[Cf.M.de Certeau, « Participation et discernement », Christus 52(1966): 518-537.] Et ceci me conduit à mon troisième point d\u2019interrogation: la dimension trinitaire de la catéchèse des jeunes adultes, et en liaison intime avec la notion d\u2019identité, ne devrait-elle pas être plus poussée ?Je souhaite qu\u2019on traduise bientôt l\u2019ouvrage de Bernhard Grom (Botschaft oder Erfahrung ?\u2014 Zurich, 1969), qui est une étude soi- gnée de toute la catéchèse récente de langue française, et qui pose précisément cette question de la réintégration urgente de la révélation trinitaire, et de façon adaptée, dans la catéchèse.Je sais bien que tout cela est plus aisé à dire qu\u2019à réaliser, vu que notre théologie trinitaire n\u2019a pas la réputation d\u2019être facilement monnayable.Mais peut-être pourrait-on passer, par exemple, par la « formule brève de la foi chrétienne » de Karl Rahner [dans Concilium 23 (1967): 65-76].Ce ne sont là que quelques questions que l\u2019invitation des auteurs me pousse à poser (p.16).Elles pourront peut-être faire avancer la recherche.Mais l\u2019ouvrage précieux de de Lorimier, Graveline et April constitue un jalon indispensable, à la fois au théologien canadien et au catéchète, s\u2019ils ont vraiment le souci de poser la vraie question avant d\u2019offrir la vraie réponse.= OUVRAGES REÇUS: Alonso-Schoekel, Luis:\tLa Parole inspirée.L\u2019Ecriture sainte à a lumière du langage et de la littérature.Col.« Lectio divina », 64.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 407 pp.Aubert de Gaspé, Philippe: Mémoires.«Bibliothèque canadienne-française ».\u2014 Montréal, Fides, 1971, 435 pp.Beaudet, Albert: Plaidoyer pour la grève et la contestation.\u2014 Montréal (955, rue Amherst, Mtl 132), les Presses libres, 1971, 126 pp.Beaulieu, Michel : Paysage.Col.« les poètes du jour».\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 103 pp.Bonenfant, Jean-Charles:\tLa Naissance de la Confédération.\u2014 Montréal, Ed.Leméac, 1971, 155 pp.Champagne, Maurice: La Violence an pouvoir.Essai sur la paix.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 255 pp.Chaput, Marcel, Le Sauteur, Tony: Dossier Pollution.\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 264 pp.Cloutier, Eugène: En Roumanie \u2014 En Suède.\u2014 Montréal, Ed.du Jour et Ici Radio-Canada, 1971, resp.202 et 233 pp.d\u2019Allaire, Micheline: L\u2019Hôpital général de Québec 1692-1764.\u2014 Montréal, Fides, 1971, 251 pp.de Lamirande, Claire: La Baguette magique.Roman.Col.« les romanciers du jour ».\u2014 Montréal, Ed.du Jour, 1971, 198 pp.Douville, Raymond: Pierre Boucher.Col.«Classiques canadiens», 42.\u2014 Montréal, Fides, 1971, 95 pp.Gagner, J.-Léopold: Un Cri d\u2019adolescent.\u2014 Montréal, Beauchemin, 1971, 188 pp.Grant, Robert M.: Le Dieu des premiers chrétiens.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1971, 157 pp.Hare, John: Contes et nouvelles du Canada français 1778-1859.Tome 1.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1971, 193 pp.Joloise, Jean-Jacques: J.-F.Perreault et les origines de l\u2019enseignement laïque au Bas-Canada.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 268 pp.Kamp, Jean: Souffrance de Dieu, vie du monde.Col.« L\u2019actualité religieuse », 32.\u2014 Tournai, Casterman, 1971, 152 pp.Lessard, Michel; Marquis, Huguette: Encyclopédie des antiquités du Québec.« Encyclopédie de l\u2019Homme», 2.\u2022\u2014_ Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1971, 526 pp.Lévesque, Raymond: Bigaouette.\u2014 Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1971, 108 p.Mac Avoy, J.: Valeurs de la vie conjugale.\u2014 Paris.Le Centurion, 1971, 174 pp.Martin-Valat, Pierre: Les Fantassins dans l\u2019Eglise.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 123 pp.Ménard, Jean: La Vie littéraire au Canada français.\u2014 Ottawa, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1971, 258 pp.Monette, Josée:\tLa Décoration intérieure.\u2014 Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1971, album de 95 pp.Mundadan, A.Mathias: Sixteenth Century Traditions of St.Thomas Christians.\u2014 Bangalore (India), Dharmaram College, 1970, 190 pp.O\u2019Connell, Hugues J.: L\u2019Equilibre chez le croyant.\u2014 Sherbrooke, Ed.Paulines, 1971, 159 pp.Perron, W.H.: Encyclopédie du jardinier horticulteur.« Encyclopédie de l\u2019Homme », 1.\u2014 Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1971, 416 pp.Raynauld, André: Le Développement économique.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 42 pp.Religiologiques.\u2014 Québec, PUQ, 1970, 172 pp.Ringuet, L\u2019Héritage et autres contes.Col.« Nénuphar».\u2014 Montréal, Fides, 1971, 181 pp.Riverin, Alphonse: L\u2019Université et le développement socio-économique.\u2014 Montréal, Publ.Les Affaires Inc., 1971, 162 pp.Robichaud, Emile : Les éducateurs sont-ils coupables ?Col.« Pensée actuelle ».\u2014 Montréal, Beauchemin, 1971, 83 pp.Rondeau, Clément-H.:\tPour une éducation de qualité au Québec.\u2014 Montréal, les Presses libres, 1971, 70 pp.Rumilly, Robert: Histoire de Montréal.Tome 2.\u2014 Montréal, Fides, 1971, 419 pp.Simon, Boris: Les Chiffonniers d\u2019Emmaiis.Col.« Livre de vie », 105.\u2014 Paris, Ed.du Seuil, 1971, 314 pp.Stokle, Norman: Le Combat d\u2019Albert Camus.\u2014 Québec, PUL, 1971, 375 pp.Thils, Gustave:\tChoisir les évêques ?Elire le pape ?\u2014 Gembloux, J.Duculot; Paris, P.Le-thielleux, 1971, 96 pp.Torelli, Maurice: L\u2019Individu et le droit de la Communauté économique européenne.\u2014 Montréal, PUM, 1971, 396 pp.Widmer, Ch.: Gabriel Marcel et le théisme existentiel.Col.« Cogitatio fidei», 55.\u2014 Paris, Ed.du Cerf, 1971, 244 pp.222 RELATIONS Dictionnaire MARABOUT DElABROÇANIf Dictionnaire MARABOUT Tout l\u2019art difficile de reconnaître le vrai du faux Que ce soit par mode, par goût ou par « standinge », vous êtes passionné comme tout le monde par ces chères vieilles choses.Vous n\u2019aimez pas pour autant être grugé ou acheter à prix d\u2019or un objet aimable, mais sans valeur.« Le dictionnaire Marabout des antiquités et de la brocante » vous épargne cette mésaventure.Et même si vous êtes connaisseur, il vous apprend mille et un détails qui vous raviront.Qu\u2019il s\u2019agisse de meubles, de tapis, de tapisseries, de porcelaines, de faïences, de céramiques, de verreries, d\u2019argenteries, de broderies, d\u2019étoffes, de bronzes, d\u2019étains, de laques, d\u2019ivoires, de jades, d\u2019horloges, de gravures, ce livre répond à toutes vos questions, il donne, en quelque 1 300 articles, « toutes les bonnes adresses du passé ».déjà parus dans marabout service T c mm _ la salle ck> N\u2019 gitirfri mco 90BBB.BC00 8 608 gratuitement 1 sur simple demande à l\u2019adresse ci-dessous, vous recevrez régulièrement le Magazine - catalogue général illustré en couleurs.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée-226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.T marabout ie mwMtmt Bmmn sü * ' \" \u2022 : : ' \\ EN VENTE PARTOUT A PRIX POPULAIRES -Sac31 DlflDD aynuuimua ¦¦finiiiiiat ^l«lIlS!lllf «iSiliilSiilll iiHiiiiiniii1 iiiiiiiiiifin \u2022'\u2019\u2022«üliiiiu ^n i'in * J^tlunnu i Esté RADIO-CANADA PLUS QUE JAMAIS AU CARREFOUR DU CANADA FRANÇAIS ! La Place de Radio-Canada ouvrira toutes grandes ses portes aux visiteurs, à l'été de 1972."]
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