Relations, 1 mars 1969, Mars
[" REVUE DU MOI NUMÉRO 336 MONTRÉA.MARS 1969 PRIX 600 ¦ É Demain, le Saint-Siège?La conférence constitutionnelle Fiançailles et intimités charnelles Comportement linguistique des groupes ethniques à Montréal La femme et la société À A Am H A SOMMAIRE Mars 1969 Méditation : En regardant passer Jésus .\t.\t.Paul Fortin 66 Éditoriaux.67 La conférence constitutionnelle de février.\u2014 Ma foi est celle de l\u2019Église.Articles Les laïcs, la foi et l\u2019Église .S.Exc.Mgr Paul Grégoire 69 Fiançailles et intimités charnelles .Marcel Marcotte 70 Demain, le Saint-Siège ?.Luigi d\u2019Apollonia 75 Comportement linguistique des groupes ethniques à Montréal.Richard Arès\t77 La femme doit humaniser la société .Claire Campbell 80 Chroniques Littérature : \u201cPaul Éluard par lui-même\u2019\u2019 .\tGabrielle Poulin\t83 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 86 Le Jeu de l\u2019amour et du hasard.\u2014 La Jalousie.\u2014 Témoignage irrecevable.\u2014 Double jeu.\u2014 BabababeLLLLLL.Au service du français : Ponctuation-3 .\t.\tJoseph d\u2019Anjou\t89 Avec ou sans commentaires : \u201cLes catholiques pratiquants et l\u2019Église de Montréal\u201d.90 Les livres.91 Notes bibliographiques.94 Ouvrages reçus.95 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Irénée Desrochers, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Albert Plante Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-351.Tél.: 387-2541 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $6 par année.Le numéro: $0.60.Relations est membre de l'Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.MÉDITATION EN REGARDANT PASSER JÉSUS -j \u2019ai demandé au croyant, dont la logique J est l\u2019unique appui, de me renseigner sur la nature de sa foi.Dieu, me semble-t-il, se présente à son esprit comme la conclusion d\u2019une dissertation sur l\u2019organisation du monde: Cause des causes, Moteur universel, Ordonnateur éternel, l\u2019Etre suprême ! Tous ces attributs divins, à la vérité, satisfont la raison, mais sans le complément de la connaissance divine, apportée à la foi par la Révélation, ils nous laissent en face d\u2019un Dieu imposant, éloigné, inaccessible, sans attirance pour le cœur.Dieu contestable puisque, suivant les Ecritures \u201cDieu est Amour\u201d (I Jean, IV, 16) et pour le prouver, \u201cen ces derniers temps, il nous a parlé par le Fils.\u201d (Hébr.1, 1-2) J\u2019ai posé la même question au croyant selon la Révélation, et ce dernier m\u2019a répondu de façon plus éclairée: je crois en Dieu, dit-il, en ce Dieu du Sauveur, dont je suis devenu par Jésus l\u2019enfant et le fils; fils invité par l\u2019Aîné, au nom du Père, à partager la vie divine; invité à vivre avec lui comme avec un ami, librement: \u201cVous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.\u201d (Jean xv, 14) Invité à vivre avec lui comme avec un ami, et davantage encore comme avec un confident, dont je partagerais les secrets: \u201cTout ce que j\u2019ai appris de mon Père, je vous l\u2019ai fait connaître.\u201d (Jean, xv, 15).Invité à vivre avec lui comme avec un confident, et davantage encore à titre de privilégié, admis aux révélations de choix: \u201c(le Christ) n\u2019a pas été manifesté aux hommes dans les âges antérieurs, comme il a été révélé de nos jours par l'Esprit.\u201d (Eph.III, 5) Je crois en ce Dieu de Jésus; je crois en ses désirs d\u2019intimité.Et moi, l\u2019invité de toujours, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, j\u2019ai voulu me renseigner sur les façons de répondre à ses avances.Je me suis donc approché des Evangiles, afin de mieux connaître Dieu et devenir ainsi son familier; je l\u2019ai fait en regardant passer Jésus sur sa route publique, en l'écoutant parler comme un intime, choisi pour la confidence.J\u2019ai contemplé les mêmes scènes, entendu les mêmes paroles, simplement, sans l\u2019esprit critique des pharisiens de son temps et sans désir malin de le prendre en défaut; simplement, dans le but d\u2019en savoir davantage sur le Père, manifesté par le Fils \u201crévélé de nos jours par l\u2019Esprit.\u201d Et mon cœur, présent à ses témoignages, a espéré apprendre à aimer de celui qui, le premier, m\u2019a aimé.(I Jean IV, 19) En regardant passer Jésus, j\u2019ai tenté l\u2019impossible; j\u2019ai tenté de peser cet amour divin qui l'a poussé à expérimenter toutes les limites de la condition humaine; j\u2019ai tenté de m\u2019approcher de ce cœur d\u2019un Dieu dans un corps d\u2019homme, de ce Dieu fait de chair, non pas en apparence, mais en réalité, semblable à la mienne.Et j\u2019ai pensé que le Christ, en son humanité, a connu librement les souffrances de mon âme jusqu\u2019à l\u2019agonie, et celle de mon corps jusqu\u2019à la mort.Le Christ, en sa divinité, en fut assurément le témoin vivant, le témoin actif, mais l\u2019âme et la chair de l\u2019homme, seules, les ont endurées.Et ce serait un blasphème de prétendre à l\u2019imposture du Christ, protégé par la divinité, faisant semblant de souffrir et semblant d\u2019aimer.En regardant passer Jésus, j\u2019ai pensé à l\u2019accomplissement de la volonté du Père par le Fils, signe d\u2019Amour et gage de Résurrection.Paul Fortin.LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.\"Où le travail devient oeuvre.chef-d\u2019œuvre\u2019\u2019 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL mm CHAUFFAGE * PLOMBERIE montréal mars 1969 numéro 336 CENTRE DE DOCUMENTATION .\tHoc oncAÎffnanfcs du QUébOi relations £ditotiau.x.La conférence constitutionnelle de février Grâce à la télévision, les Canadiens d\u2019un bout à l\u2019autre du pays ont pu y assister, et beaucoup en ont profité.De la multitude des exposés, déclarations, interventions et échanges de vues, au moins deux conclusions principales se dégagent, qu\u2019il faut souligner: la révision de la constitution canadienne sera globale, le \u201cCanada à deux\u201d que le Québec réclame n\u2019est pas pour demain.1.La révision constitutionnelle sera globale C\u2019est le Québec qui, depuis des années, insiste pour obtenir une constitution nouvelle, \u201cune constitution entièrement canadienne, faite au Canada pour tous les Canadiens\u201d.Jusqu\u2019à la conférence de février, le Québec demeurait à peu près seul de son avis, mais voici qu\u2019après de longues hésitations Ottawa vient de se convertir à l\u2019idée.Il y a même, selon lui, urgence à en engager l\u2019exécution; d\u2019où, dans les exposés préliminaires comme dans l\u2019ordre du jour de la conférence, ses propositions précises qui tendaient toutes à un remaniement complet de la constitution canadienne.La conférence n\u2019a adopté aucune des propositions fédérales; elle a accepté cependant de les discuter, et même de les étudier à fond en des comités formés dans ce but.C\u2019est dire que le mécanisme de la révision constitutionnelle est maintenant en place et qu\u2019il sera bientôt en mouvement.Nous sortons des généralités et nous nous acheminons vers des résultats concrets.Combien de temps prendra cette révision globale ?Tout dépend du sentiment d\u2019urgence que reconnaissent les divers gouvernements.Une constitution nouvelle, surtout dans un État fédératif, est un travail tellement difficile et gigantesque qu\u2019il faut, pour l\u2019entreprendre, des raisons extrêmement sérieuses et, pour le réussir, la conscience aiguë, chez tous les participants, d\u2019une nécessité vitale.Or, ces raisons et cette conscience, seul le Québec, à venir jusqu\u2019à ces derniers temps, les avait; grâce à la Commission Laurendeau-Dunton, Ottawa vient tout juste de les reconnaître; on peut se demander si les autres gouvernements ont cette conscience d\u2019une crise et d\u2019une urgence.Le premier ministre de la Colombie-Britannique, M.Bennett, ne l\u2019a sûrement pas, du moins en ce qui concerne la question des droits linguistiques.Et combien d\u2019autres pensent comme lui ! Les pressions qui stimuleraient une révision globale ne peuvent donc, présentement, venir que de Québec et d\u2019Ottawa.Elles seraient irrésistibles, si elles s\u2019exerçaient dans le même sens et visaient les mêmes objectifs.Or, tel n\u2019est pas le cas, comme l\u2019a amplement démontré la conférence de février.2.Le \u201cCanada à deux\u201d réclamé par le Québec n\u2019est pas pour demain Si le Québec veut une nouvelle constitution canadienne, c\u2019est sans doute qu\u2019il espère, comme les autres provinces d\u2019ailleurs, obtenir une meilleure répartition de pouvoirs lui permettant de s\u2019acquitter efficacement de ses responsabilités présentes, mais c\u2019est d\u2019abord et surtout qu\u2019il désire que soit reconnue en droit sa condition de principal responsable, de centre politique premier, de tête du Canada français.Bref, en plus d\u2019un Canada à dix, le Québec réclame un \u201cCanada à deux\u201d.D\u2019où les deux propositions de son mémoire: \u201cLe Canada devra être conçu et organisé à la fois comme une fédération d\u2019États et une association de deux nations.\u201d \u201cLa constitution canadienne doit tenir compte du fait que le Québec a un MARS 1969 67 rôle spécial à jouer dans la réalisation de l\u2019égalité culturelle.\u201d Ne voir dans le problème constitutionnel canadien qu\u2019une question de droits personnels ou de droits linguistiques, a déclaré M.Bertrand, c\u2019est rester à la surface des choses.S\u2019il y a crise au Canada, c\u2019est parce qu\u2019il s\u2019y trouve deux collectivités, deux peuples, deux nations dont il faut harmoniser les rapports : L\u2019important pour les Canadiens français du Québec, ce n\u2019est pas de pouvoir individuellement parler leur langue même dans les régions du pays où elle a très peu de chances d\u2019être comprise; c\u2019est de pouvoir collectivement vivre en français, travailler en français, se construire une société qui leur ressemble; c\u2019est de pouvoir organiser leur vie communautaire en fonction de leur culture.Et cela n\u2019est vraiment possible que si le gouvernement du Québec possède des pouvoirs proportionnés aux tâches que sa population attend de lui.Sans îe Québec, il pourrait encore y avoir des minorités françaises, mais il n\u2019y aurait plus vraiment de Canada français.A cette demande, que le rapport de la Commission Laurendeau-Dunton appuie du moins en principe, les autres provinces, lors de la conférence de février 1969, ont répondu par le silence et par l\u2019indifférence, Ottawa, lui, par le refus.Aux yeux des dirigeants fédéraux actuels, il n\u2019y a qu\u2019un Canada, comprenant dix provinces juridiquement égales entre elles, il n\u2019y a qu\u2019une nation canadienne, formée d\u2019individus ayant des droits égaux, dont celui de parler l\u2019une ou l\u2019autre des deux langues officielles.Ottawa est prêt à garantir les droits de ces individus, en particulier \u201cle droit de l\u2019individu à être éduqué en anglais ou en français dans les écoles publiques\u201d, mais il se refuse à reconnaître l\u2019existence de deux nations, et surtout l\u2019existence officielle d\u2019une nation canadienne-française dont le Québec serait le principal point d\u2019appui et le centre politique premier.s!s\tsjc\tÏ*C Tout indique, en conséquence, que si le gouvernement central parvient à faire triompher ses vues, surtout à faire adopter intégralement sa charte des droits de l\u2019homme, le Québec ne retirera pas grand\u2019chose de la présente révision constitutionnelle.Il obtiendra peut-être, comme les autres provinces, le droit de participer à la nomination des futurs sénateurs, mais rien qui juridiquement le confirme dans sa fonction de tête et de centre politique premier du Canada français.Tel est, pour les Canadiens français, l\u2019enjeu foncier de ce très important débat: qui d\u2019Ottawa ou de Québec doit assumer la principale responsabilité du destin du Canada français, et par quels moyens ?De plus en plus, Ottawa prétend se charger de ce rôle et le remplir en garantissant aux individus le droit de parler français partout au Canada.Québec riposte et soutient, au contraire, que ce qu\u2019il faut d\u2019abord et surtout garantir, c\u2019est le droit de la nation canadienne-française de vivre et de s\u2019épanouir là où elle existe déjà en tant que société organisée, c\u2019est-à-dire au Québec.Entre les tenants de ces deux thèses, une longue et dure rivalité s\u2019annonce; néanmoins, le Québec ne peut céder, car alors il ne tarderait guère à devenir une province tout à fait comme les autres: il y aurait encore sur son territoire, tout comme sur celui des autres provinces, des individus parlant français, il n\u2019y aurait plus de nation canadienne-française.Ma foi est celle de l'Église Dans son allocution du 11 février aux membres de la Chambre de commerce de Montréal, S.Exc.Mgr Paul Grégoire, archevêque de Montréal, a traité un sujet d\u2019une extrême importance dans la vie de l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui.A ces hommes d\u2019affaires qui l\u2019écoutaient et dont la plupart, sans doute, étaient catholiques, l\u2019archevêque a tracé un portrait idéal du laïc et déclaré explicitement: J\u2019attends des laïcs qu\u2019ils se reconnaissent comme membres de l\u2019Église et qu\u2019ils n\u2019aient pas peur de s\u2019engager dans la construction de la communauté chrétienne.Nous assistons, a-t-il poursuivi, à un phénomène nouveau dans l\u2019Église de chez nous: on commence à dissocier foi et Église, on se dit croyant, mais on ne voit plus la nécessité de se rattacher à l\u2019Église, \u201con se prétend du Christ, sans être de l\u2019Église\u201d.Quels que soient les motifs invoqués pour expliquer pareille attitude, il n\u2019en reste pas moins que cette tendance à séparer foi et Église constitue un très grave danger: \u201cL\u2019Église est dans la foi, la foi est dans l\u2019Église .La foi que je confesse en Jésus n\u2019est pas la mienne, mais celle de l\u2019Église.\u201d Cette dernière affirmation est d\u2019une importance décisive, car elle touche au point névralgique des difficultés que rencontrent bien des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui dans la conservation et l\u2019épanouissement de leur foi.Ils se disent fidèles au Christ, mais semblent fort peu s\u2019inquiéter d\u2019être fidèles aussi à l\u2019Église; ils se disent croyants, mais à leur manière, laquelle n\u2019admet pas de réglementation de la part de l\u2019Église; la foi pour eux est \u201caffaire\u201d personnelle, et non pas aussi dépôt reçu, partagé et transmis au sein d\u2019une communauté qui, depuis deux mille ans, a la garde de ce dépôt, et cela par la volonté même du Christ.Pour le catholique authentique, seul le témoignage de l\u2019Église, appuyé de l\u2019indéfectibilité que le Christ lui a promise, nous garantit de l\u2019erreur dans la foi.L\u2019histoire de ceux qui ont quitté l\u2019Église et de leurs variations doctrinales l\u2019a établi depuis longtemps.Avec l\u2019archevêque de Montréal, nous pensons donc que cette séparation de la foi et de l\u2019Église ne peut, à long terme, aboutir qu\u2019à la ruine complète de la foi: \u201cA la deuxième ou troisième génération, il ne restera qu\u2019un pâle souvenir sans contenu véritable.\u201d Et alors ce sera le peuple lui-même qui peu à peu versera dans l\u2019incroyance.Il faut donc, si nous avons à cœur de garder notre foi et d\u2019aider nos frères, nos jeunes en particulier, à la garder intacte, prendre très au sérieux cette parole de l\u2019archevêque de Montréal.Par l\u2019étude, par la réflexion, par la prière, chacun, pour sa part, doit redonner à sa foi l\u2019assise inébranlable qui la sauvera (voir, à la page suivante, le texte complet de la première partie de cette allocution).68 RELATIONS Les laïcs, la foi et l'Église D\u2019abord devons-nous être membres de l\u2019Église ?Depuis peu de temps, dans notre milieu surgit cette question.Notre foi a-t-elle vraiment besoin de l\u2019Église?Jusqu\u2019à tout récemment, foi et Église allaient de pair.Si quelqu\u2019un quittait l\u2019Église c\u2019est qu\u2019il avait perdu la foi, s\u2019il se prétendait croyant il affirmait son lien à l\u2019Église (sans toutefois nécessairement pratiquer sa religion).Or voici que depuis quelque temps, on assiste à la dissociation de ces deux réalités et qu\u2019on trouve de plus en plus de gens qui se disent croyants mais sans rattachement à l\u2019Eglise catholique, ni même parfois à quelque Église.On se prétend du Christ, sans être de l\u2019Église.On marque une distance entre les valeurs chrétiennes d\u2019un côté et la réalité ecclésiale de l\u2019autre.On se veut de l\u2019Évangile et de Jésus, mais en dehors d\u2019une insertion dans une confession ecclésiale reconnue.On a comme peur de se voir compromettre dans les rangs d\u2019une Église donnée, on voudrait une adhésion toute pure, tout intérieure, tout abstraite: l\u2019Évangile hors de toute médiation humaine visible et repérable.Que veut dire ce phénomène nouveau ?La principale raison de la dissociation entre la foi en Jésus-Christ et l\u2019appartenance à l\u2019Église me semble venir d\u2019une méfiance toute contemporaine envers toute institution, jointe à une réduction de l\u2019Église à son seul aspect institutionnel.Devant l\u2019accélération foudroyante de l\u2019histoire et des changements de tous ordres que nous connaissons, toute structure semble avoir toujours un pas en arrière sur la vie elle-même.Les structures comme les mentalités sont lentes à changer.Certains individus peuvent bien affirmer leur foi au Christ sans rattachement à une Église mais il faut dire qu\u2019à la longue et pour un ensemble, la foi n\u2019y survivrait pas.D\u2019abord, parce qu\u2019avec le temps, le contenu de la foi, s\u2019effriterait progressivement pour ne plus rien signifier.La foi que je confesse en Jésus n\u2019est pas la mienne mais celle de l\u2019Église.Elle s\u2019ori-gine à plus haut et plus loin que moi-même, elle dépasse de beaucoup ce que je puis en comprendre et même ce que j\u2019en vis.Au fond, il est essentiel à la foi que je ne sois pas son seul et premier juge mais que je la reçoive d\u2019ailleurs, de l\u2019Église et de Dieu.Faute de quoi, je risque de l\u2019enfermer en mon caprice et de rendre sa transmission impossible.A la deuxième ou troisième génération, il ne restera qu\u2019un pâle souvenir sans contenu véritable.La tendance actuelle à séparer foi et Église nous paraît donc un grave danger.L\u2019Église est dans la foi, la foi est dans l\u2019Église.Elle essaie de servir la foi et de la protéger, elle veut la conserver, la méditer amoureusement; elle cherche à en donner le goût aux hommes, à les initier, à les introduire.Inverse- Allocution à la Chambre de Commerce du district de Montréal, le 11 février 1969.ment la foi mène à l\u2019Église, car la foi parle de l\u2019Église comme du milieu où le Seigneur réside.La foi n\u2019est bien vivante qu\u2019en Église, car l\u2019Église se veut d\u2019abord et avant tout la communauté des croyants.Si le laïc doit demeurer membre de l\u2019Église, on peut se demander quelle doit être la qualité de son appartenance.Souvent on parle de l\u2019Église comme si on parlait des autres.On dit \u201cils, eux\u201d, c\u2019est presque toujours les autres.Ce qui manque souvent, c\u2019est la conscience d\u2019appartenance.On ne se sent pas partie prenante.D\u2019un côté, parce que l\u2019Église semble trop vaste, trop lourde.On n\u2019arrive pas à la saisir dans sa totalité ou à s\u2019y reconnaître.De l\u2019autre, parce que tout cela semble anonyme.On ne parvient pas à découvrir le point d\u2019insertion.Que s\u2019est-il passé pour que des distances nous éloignent encore ?Pourquoi ces distances ?Je sais bien que nous traînons un passé qui avait l\u2019habitude des distances.Je pense aussi que l\u2019évolution rapide nous a pris de court.Le monde de Montréal a besoin de laïcs qui se reconnaissent comme membres de l\u2019Église, qui soient fiers d\u2019être de l\u2019Église, des hommes libres, clairvoyants, capables de parler, familiers avec l\u2019Évangile.Des hommes du dedans qui se sentent eux-mêmes impliqués quand on parle de l\u2019Église de Montréal.Pour atteindre ces objectifs, il nous faut inventer l\u2019Église comme communauté, comme famille, comme milieu de rencontre.Il faut cultiver le dialogue, se bâtir une âme fraternelle.S\u2019il appartient à l\u2019Évêque de poser un geste de main tendue, il faudrait bien aussi en retour que d\u2019autres tendent la leur.Vatican II nous offre une vision exceptionnellement riche et féconde qui intègre enfin, de manière harmonieuse, les valeurs et la tâche du laïcat.La doctrine conciliaire met un nouvel accent sur la définition de l\u2019Église.L\u2019Église c\u2019est une communauté de foi, d\u2019espérance et de charité.L\u2019Église comme peuple de Dieu est un mystère d\u2019unité et de communion dans lequel le Seigneur nous rassemble et fait de nous tous, qui n\u2019étions pas un peuple, ses enfants bien-aimés.Au sein de l\u2019Église, c\u2019est anormal de se considérer comme des étrangers.Nous sommes des membres de la même famille, des frères et des sœurs.Le laïc est membre de l\u2019Église, de plein droit et pleinement.Il a en propre ce que tous ont en commun.Il ne lui manque rien.Il n\u2019est pas un sous-chrétien comme parfois, hélas, on l\u2019a laissé croire ou supposer.Nous n\u2019avons pas d\u2019autre dignité dernière que celle d\u2019être enfants de Dieu et, de ce point de vue, le membre le plus authentique de l\u2019Église n\u2019est pas le plus haut situé dans la hiérarchie, mais le plus saint, celui qui dans sa vie comprend davantage sa situation de fils et y répond le plus généreusement.t Paul Grégoire, archevêque de Montréal MARS 1969 69 Fiançailles et intimités charnelles Marcel Marcotte, S.J.^npvouRQUOi parler d\u2019amour à un moment pareil?\u201d demande le vert galant d\u2019une caricature de Play-F- boy à la fillette naïve et court-vêtue qu\u2019il serre passionnément entre ses bras.Question affreuse, où s\u2019étalent en clair et sans vergogne l\u2019hypocrisie, la bassesse, le cynisme et la tragique vacuité de tant de jeux érotiques d\u2019où l\u2019amour est absent.Cette question, par bonheur, la majorité de nos jeunes ne la posent jamais.Us savent d\u2019instinct \u2014 surtout les filles \u2014 ou reconnaissent sans peine \u2014 même les garçons \u2014 que, dissociées de l\u2019amour, les expériences sexuelles précoces dégradent les personnes, nuisent à leur progrès humain, menacent leur équilibre psychique, oblitèrent leur capacité d\u2019aimer et compromettent d\u2019avance la réussite de leur vie conjugale.1 Les jeunes ne se trompent pas non plus quand ils professent, garçons et filles, beaucoup plus d\u2019indulgence à l\u2019égard des expériences érotiques qui s\u2019inspirent d\u2019un amour authentique et durable.Car la rencontre, alors, ne se situe plus seulement au niveau de la chair, mais au niveau de l\u2019esprit; elle ne met pas simplement en présence deux corps qui se joignent et s\u2019exploitent dans l\u2019égoïsme et la duplicité, mais deux personnes humaines \u2014 deux âmes, en vérité \u2014 qui, à travers les gestes ancestraux, cherchent à se donner et à communier l\u2019une à l\u2019autre, en toute clarté et générosité.Nonobstant ces différences, la morale traditionnelle, pourtant, n\u2019a pas tort d\u2019opposer aux relations prémaritales, même associées à l\u2019amour, une fin de non-recevoir.L\u2019expérience enseigne à se méfier des grands sentiments qui, chez les jeunes, sont fort loin d\u2019avoir toujours la densité, la profondeur et la stabilité qu\u2019ils leur prêtent.L\u2019amour, que le mariage n\u2019a pas encore institué et consacré, est-il à la mesure d\u2019un don total que chacun rêve, normalement, de réserver à un seul être, aimé pour toujours ?Surtout, à vouloir trop tôt s\u2019exprimer et se réaliser dans la chair, ne risque-t-il pas de s\u2019y enliser ?2 Mais, il faut aller plus loin.Nombre de jeunes sont convaincus que les expériences prémaritales, en tant que telles, sont utiles et même quasi indispensables aux futurs époux, qu\u2019elles font partie, pour ainsi dire, de la préparation au mariage qu\u2019ils doivent se donner pour entrer de plain-pied et les yeux bien ouverts dans la grande aventure conjugale.En réservant pour le jour des noces les intimités charnelles, la morale traditionnelle, au nom d\u2019un tabou suranné, prive les fiancés d\u2019un moyen de com- 1.\tVoir là-dessus un précédent article de Relations, mai 1968: Les expériences sexuelles précoces.2.\tCfr Relations, juillet-août 1968: Les expériences prémaritales face à l\u2019amour.70 munication et de connaissance réciproque irremplaçable; elle retarde la croissance et la maturation de leur amour; elle les force à s\u2019embarquer dans le mariage dans une ignorance profonde et dangereuse des réalités sexuelles et, notamment, de leur ajustement mutuel dans ce domaine important de la vie à deux.Éviter les intimités charnelles, et même tous les gestes capables d\u2019y conduire, avant le mariage, est-ce la meilleure manière de s\u2019y préparer ?Les expériences prémaritaies des fiancés ne sont pas conformes à la raison ni à la foi chrétienne.Dans l\u2019optique un peu abstraite de la philosophie et de la théologie chrétiennes, la réponse à cette question est facile et péremptoire: œuvre de chair ne désireras qu\u2019en mariage seulement.Au regard de la raison, l\u2019homme est un composé de chair et d\u2019esprit.La chair en lui n\u2019est pas maîtresse mais servante de l\u2019esprit, soit qu\u2019elle contribue, par le truchement de la connaissance sensible, à l\u2019enrichir et le faire croître au dedans, soit qu\u2019elle lui permette, à travers l\u2019extrême variété des langages, de s\u2019exprimer et de s\u2019affirmer au dehors.3 Dans les rapports ordinaires entre humains, le corps a pour rôle d\u2019établir par des signes appropriés: paroles et cris, rires et pleurs, étreintes et caresses, gestes d\u2019accueil ou de refus, \u2014 une communication entre les âmes qui, sans lui, resteraient muettes, opaques, étrangères les unes aux autres.Dans les rapports d\u2019amour conjugal, cette mission du corps prend tout son sens.Ce que le corps, alors, a charge de manifester au dehors et d\u2019approfondir au dedans, c\u2019est le don réciproque et parfait de deux personnes humaines qui, l\u2019espace d\u2019un instant, se fondent si complètement l\u2019une dans l\u2019autre qu\u2019elles ne se possèdent plus, mais sont entièrement données l\u2019une à l\u2019autre: ils seront deux dans une seule chair, dit l\u2019Écriture.L\u2019intimité charnelle, en l\u2019occurrence, n\u2019est que l\u2019expression et l\u2019instrument privilégié d\u2019une autre intimité, celle-là toute spirituelle, au ras des âmes.C\u2019est pourquoi, elle est inconcevable hors de l\u2019amour le plus total et le plus stable, c\u2019est-à-dire \u2014 compte tenu de la fragilité de toutes les amours humaines \u2014 hors du mariage lui-même, qu\u2019elle est appelée, dans le langage juridique, à consommer, en le rendant rigoureusement indissoluble.3.\tCfr Jean Mouroux: Sens chrétien de l\u2019homme, chapitre III.RELATIONS Au regard de la foi, le don charnel a une signification encore plus haute.Pour les époux chrétiens, il est inséparable de la fonction procréatrice par laquelle ils participent mystérieusement à la puissance divine et contribuent à la croissance du Corps du Christ, à l\u2019expansion du Royaume de Dieu, en peuplant la terre d\u2019adorateurs et le ciel d\u2019élus.Or, l\u2019amour prémarital, comme tel, exclut la procréation et se trouve amputé, par cela même, de sa vraie dimension naturelle et surnaturelle.Peut-on poser sans tricherie, sous le regard de Dieu, un geste aussi plein d\u2019intentions et de conséquences divines, alors qu\u2019on lui interdit, forcément, de déployer toute sa richesse ?Le don charnel, au surplus, est, à l\u2019intérieur du mariage chrétien, le symbole le plus expressif de la parfaite intimité du Christ et de l\u2019Église.En s\u2019unissant à notre humanité par l\u2019Incarnation, en l\u2019épousant, pour ainsi dire, le Christ a contracté avec son Église une union infiniment étroite, dont le mariage de l\u2019homme et de la femme, achevé dans leur chair, est le signe sensible et efficace.L\u2019intimité du Christ et de l\u2019Église a culminé sur la Croix, quand le Christ a livré son corps par amour pour l\u2019Église, comme les époux chrétiens, par amour, se livrent mutuellement leurs corps pour rendre leur union parfaite et irrévocable.Mais, comment les fiancés participeraient-ils, en figure et en réalité, à ce grand mystère d\u2019amour, puisqu\u2019ils ne sont pas encore conjoints par ces liens sacrés, surnaturels que, seul, le sacrement de mariage noue entre les époux ?Pour le Christ et l\u2019humanité, avant l\u2019Incarnation rédemptrice, la longue \u201cattente des nations\u201d fut une phase préparatoire, mais non point vide et stérile, à l\u2019union définitive que, venue la \u201cplénitude des temps\u201d, ils devaient contracter devant Dieu.Les fiançailles, de même, sont une période d\u2019attente anxieuse et féconde où les fiancés se préparent, dans la patience et le sacrifice \u2014 c\u2019est-à-dire dans l\u2019amour vrai \u2014 à participer pleinement, un jour prochain, au grand mystère qui, d\u2019avance, leur fait battre le cœur.Mais, dans l\u2019intervalle, pour respecter leur vocation surnaturelle, ils n\u2019ont pas le droit, n\u2019en ayant pas encore reçu la grâce, de consommer leur union, ni de rien faire, délibérément, qui les y achemine.Ces considérations, évidemment, restent bien théoriques; on doute que les fiancés, aux prises avec des impulsions redoutables, puissent s\u2019en contenter.Ce qu\u2019ils veulent savoir \u2014 parce que cela seul, en pratique, est important à leurs yeux \u2014, c\u2019est si la présence ou l\u2019absence d\u2019activités prémaritales sont un bien ou un mal pour leur amour, si elles déboucheront, pour eux, sur une réussite ou un échec.Or, face à un couple donné, avec ses habitudes, son sens des valeurs, ses réactions particulières, l\u2019état présent de son amour, le pronostic n\u2019est pas facile à établir.On peut citer des témoignages valables allant dans les deux sens.Dans certains cas, l\u2019abstention des rapports sexuels au cours des fiançailles, surtout quand elle est subie par l\u2019un et imposée par l\u2019autre, résulte chez le couple en tensions douloureuses, en incompréhensions, en conflits répétés, où il arrive que l\u2019amour périsse.Mais un amour si vulnérable méritait-il vraiment de vivre et l\u2019abandon charnel l\u2019eût-il sauvé ?Dans d\u2019autres cas, au contraire, il apparaît clairement que l\u2019effort consenti de bon cœur et d'un commun accord par les fiancés, pour ne pas se laisser prendre au piège de la chair, a permis à leur amour de MARS 1969 grandir plus vite et de monter plus haut.Pareillement, parmi les couples qui ne se sont point abstenus, les uns s\u2019en félicitent, les autres le regrettent amèrement.Qui donc a tort, et qui donc a raison ?La morale chrétienne porte contre les expériences prémaritales un jugement sévère et sans appel; pour tout croyant, son jugement fait loi.Mais cette sévérité de la morale, parfaitement justifiée au plan de la doctrine, a-t-elle des appuis dans les faits, dans l\u2019expérience vécue des fiancés et des époux ?Elle en a, et dans un fait majeur, primordial et aisément vérifiable, car il crève les yeux: les inconvénients et les dangers des expériences prémaritales, dans l\u2019ordre des valeurs, l\u2019emportent largement sur leurs avantages; les fiancés ont, comparativement, bien plus à y perdre qu\u2019à y gagner.La virginité physique et surtout affective est une des conditions de réussite de la vie conjugale.Le premier risque est lié à la possibilité, toujours présente, d\u2019une rupture.Il est, ici, d\u2019autant plus redoutable que l\u2019intimité charnelle, chez les fiancés, a une signification plus riche et laisse dans l\u2019âme des traces plus profondes.La virginité physique est une chose, la virginité affective en est une autre.Qu\u2019on attache moins d\u2019importance à la première, trop compromise avec un pharisaïsme inhumain, à la bonne heure.4 Mais reste à traiter avec la seconde qui est, à notre sentiment, de bien plus grave conséquence.C\u2019est par amour que les fiancés se donnent l\u2019un à l\u2019autre.Ce don est à leurs yeux une consécration et une promesse; il scelle un engagement qui équivaut, au plan des intentions conscientes et des motivations inconscientes, à un mariage véritable, à ce \u201cmariage selon la loi de la nature\u201d qui, en cas d\u2019extrême nécessité, est valide devant Dieu et devant l\u2019Église.Ni l\u2019État ni l\u2019Église ne font le mariage; ils en sont les témoins et non point les ministres.Simple contrat civil ou sacrement chrétien, le mariage n\u2019existe que par le consentement mutuel des époux.D\u2019où l\u2019importance du geste qui, dans la tradition humaine et chrétienne, exprime ce consentement avec le plus de force et pose sur l\u2019amour humain le signe indélébile.5 4.\tNous ne sommes pas loin, sur ce point, de partager l\u2019avis de Harvey Cox: \u201cQuand on le réduit à un précepte, l\u2019idéal de chasteté prémaritale met sur le même pied les relations entre fiancés et la froide exploitation des collégiennes aux soirées de \u201cfraternités\u201d.Dans les deux cas, on transgresse la Loi et il n\u2019y a pas de moyen terme entre la virginité et la non-virginité.Par conséquent, à côté de la vierge technique, nous voyons marcher son ombre maléfique, la fille perdue technique, celle qui, ayant une fois consenti à des relations, se trouve pour toujours parmi les réprouvés.Elle a franchi le Styx sexuel et il n\u2019y a pas de chemin de retour.Elle ne peut plus se présenter pure à sa nuit de noces.\u201d (La Cité séculière, p.233).Par malheur, le jugement des hommes ne coïncide pas toujours avec celui de Dieu.5.\tLes jeunes chrétiens recourent volontiers à un argument de cette veine pour justifier leur conduite.Ce sont les époux, disent-ils, qui se confèrent le sacrement de mariage; ils en sont les ministres; le prêtre n\u2019est là que comme témoin.Quand donc deux fiancés sont fermement résolus à se prendre pour mari et femme, ils sont mariés automatiquement et possèdent par le fait même tous les droits des époux.Outre que l\u2019argument méconnaît l\u2019essentielle dimension sociale et juridique du mariage, il est possible, comme on voit, de le retourner.71 Pure théorie, dira-t-on.Ce n\u2019est pas notre avis.Hommes et femmes savent d\u2019instinct et continuent, malgré les sexologues, à réagir comme si le don charnel, dans l\u2019histoire des couples, était une affaire capitale et constituait, sitôt accordé, un obstacle et une menace à tout amour subséquent.Les hommes, là-dessus \u2014 comme en matière de virginité physique \u2014, se montrent, injustement, beaucoup plus exigeants que les femmes.Il suffit d\u2019ordinaire à la femme de savoir qu\u2019elle est le dernier amour de son mari, mais le mari rêve d\u2019apprendre qu\u2019il est le premier amour de sa femme.À bien y réfléchir, cette virile prétention n\u2019a rien de ridicule ni d\u2019insolite, du moins quand elle n\u2019exclut que l\u2019aspect charnel de l\u2019amour disparu.A l\u2019ingénue qui, d\u2019un cœur loyal, lui confiait d\u2019anciennes complaisances pour son premier fiancé, le second répondit, profondément troublé: \u201cTu ne pourras plus jamais être entièrement à moi, désormais.Tu as appartenu, tu appartiens encore à l\u2019Autre.Car il est écrit dans l\u2019Evangile: Ce que Dieu a uni, que l\u2019homme ne le sépare pas.\u201d Vue profonde, contestable en exégèse et en droit, mais si proche des réactions spontanées, des comportements historiques de l\u2019âme humaine, qu\u2019elle doit y avoir de solides racines.Aussi bien, la preuve est faite que les amours défuntes, souvent, reviennent hanter les amours neuves, qu\u2019elles y allument, chez l\u2019un des nostalgies, des regrets, chez l\u2019autre des inquiétudes, des jalousies, capables d\u2019empoisonner à jamais le climat du foyer.L\u2019innocence de la chair et du cœur n\u2019est pas, comme certains l\u2019ont cru, la pierre d\u2019angle du bonheur conjugal, mais elle en reste une condition importante.Ceux-là mêmes, parmi les fiancés, qui se croient le mieux émancipés des vieux interdits risquent de découvrir trop tard que ces interdits expriment, à leur manière, une loi de nature à ne point transgresser.Si sûrs qu\u2019ils se sentent de leur constance et de la constance de l\u2019autre, ils feraient bien d\u2019y réfléchir, avant d\u2019inscrire \u201cdans le ciel\u201d le geste irréparable.Les intimités charnelles précoces nuisent au dialogue qui doit, au cours des fiançailles, souder la communauté conjugale.Le second risque des expériences maritales intéresse l\u2019évolution et l\u2019épanouissement de l\u2019amour à l\u2019intérieur du couple en formation.Les fiançailles ont pour but de souder en profondeur, dans tous les ordres de l\u2019existence, la communauté de l\u2019homme et de la femme que le mariage, plus tard, avec les devoirs, les droits, les responsabilités nouvelles qu\u2019il confère, consacrera et épanouira sur le plan juridique et social.Or, cette communauté totale ne peut s\u2019établir, suivant la loi même des rapports entre humains, que sur la base d\u2019une unité spirituelle poussée à sa limite extrême.Beaucoup de fiancés et même, dans les débuts de leur vie conjugal, beaucoup d\u2019époux, n\u2019ont pas une idée juste de cette nécessité, ou s\u2019ils l\u2019ont, elle reste un peu abstraite et lointaine, tant la poussée des sens et du cœur 72 est ardente, enveloppant l\u2019amour d\u2019une atmosphère de rêve et d\u2019éternité.Ce n\u2019est que peu à peu que la conscience réussit à percer cette brume rose, quand chacun se heurte aux habitudes journalières, aux préjugés, aux caprices, aux lacunes de l\u2019autre.S\u2019il accepte, à cet instant, son conjoint tel qu\u2019il est, malgré sa déception; s\u2019il consent à porter avec lui, et si tous deux portent ensemble, les joies et les peines de la vie quotidienne, alors naît et grandit un second amour, qui mérite seul, à vrai dire, le nom d\u2019amour conjugal.Il dépasse le premier, comme le fruit dépasse la fleur, comme l\u2019accomplissement dépasse la promesse, comme le cœur qui sait renoncer dépasse le cœur qui ne fait que s\u2019ouvrir et se répandre.C\u2019est à ce second amour, apte à remplir et féconder l\u2019existence, que les fiançailles doivent préparer les époux de demain.Tâche immense et difficile entre toutes.Il s\u2019agit d\u2019harmoniser, d\u2019apprivoiser l\u2019un à l\u2019autre, deux êtres \u2014 deux étrangers \u2014 que tout rapproche et que tout sépare; deux êtres qui brûlent de tout mettre en commun, de tout partager, et qui en sont empêchés, à chaque instant, par leur éducation, leur histoire, leur tempérament, leurs opinions et leurs goûts spontanés, par toutes leurs différences et, notamment, par l\u2019insurmontable différence des sexes, qui fait leur joie et leur tourment.La réussite de cet effort de convergence repose sur la qualité du dialogue que les fiancés parviennent à établir et à maintenir à propos des principaux objets de leur commun projet: enfants, travail, loisirs, amitiés, famille, religion, etc.Ce dialogue n\u2019exclut pas, loin de là, les questions sexuelles, qui constituent une des dimensions essentielles de l\u2019amour conjugal.Ceux qui, par un excès de pudeur, arrivent au mariage entièrement ignorants l\u2019un de l\u2019autre sous ce rapport, ont bien des chances d\u2019être maladroits et déçus.Les occasions d\u2019échanges, de confidences, de découvertes en ce domaine un peu scabreux naissent, d\u2019ordinaire, d\u2019elles-mêmes, à partir, simplement, des témoignages sensibles d\u2019affection que les fiancés sont amenés, sur la lancée de leur amour, à se prodiguer.C\u2019est là qu\u2019il leur importe d\u2019être attentifs pour savoir comprendre et accepter le désir de l\u2019un, le refus de l\u2019autre, pour n\u2019en pas faire des drames, pour réfléchir ensemble, dans le calme, aux aspects quasi contradictoires, en apparence, du don mutuel dans les deux sexes.Pour le fiancé, la découverte fondamentale est celle de la primauté du cœur chez la femme.Ce qui, en elle, l\u2019emporte d\u2019emblée, ce n\u2019est pas l\u2019instinct charnel, ni le goût du plaisir, c\u2019est le besoin d\u2019aimer et d\u2019être aimée, c\u2019est la joie de son cœur.La tâche du fiancé consiste donc à enregistrer et à interpréter correctement les paroles et les gestes de sa compagne qui lui révèlent cette primauté que, à l\u2019intérieur même de l\u2019amour physique, elle accorde et ne cessera jamais d\u2019accorder aux aspects affectifs de la vie à deux.Pour la jeune fille, la découverte majeure est celle qu\u2019elle fait, simultanément, de la puissance du désir dans l\u2019homme et de la confiance qu\u2019elle doit quand même lui accorder dès que l\u2019amour a fait naître chez lui l\u2019instinct de protection.Cette confiance, le respect et la tendresse dont elle se voit enveloppée, lui procurent un sentiment RELATIONS de sécurité qui se traduira plus tard dans cette attitude d\u2019abandon par laquelle s\u2019exprime en plénitude le don féminin.En attendant, la tâche de la fiancée consiste à excuser de bon cœur chez son compagnon certaines façons de concevoir et de vivre l\u2019amour, qui tiennent à sa nature masculine et sont, de prime abord, fort éloignées des inclinations féminines.La preuve est faite que la femme aimante, petit à petit, s\u2019en accommode et qu\u2019elle en tire bénéfice à proportion de la confiance que l\u2019homme lui inspire.Tels sont les principaux objets de l\u2019irremplaçable dialogue que les fiançailles inaugurent entre les futurs époux.Or, si l\u2019on s\u2019engage tout de suite au plus épais des échanges charnels, le danger est extrême de se laisser complètement absorber par cet aspect capiteux des rapports entre les sexes.Comment parler d\u2019amour à des moment pareils ?Et, si ces moments se multiplient, où trouvera-t-on le temps, le goût et les moyens de tisser et resserrer d\u2019avance, comme il se doit, les liens de cette communauté de vie totale par laquelle le mariage se définit ?G On objectera peut-être que ce qui est, comme l\u2019expérience le prouve, un facteur de rapprochement pour les époux ne peut pas être un facteur d\u2019éloignement pour les fiancés.Tout discrédit jeté sur l\u2019amour prémarital ne rejaillit-il pas, en fin de compte, sur l\u2019amour marital lui-même ?L\u2019objection mérite qu\u2019on s\u2019y arrête, car elle contient une goutte de vérité dont les époux, au besoin, pourraient faire leur miel.Aussi bien, la génitalité occupe dans la vie quotidienne de certains ménages tant de place, elle est tellement hypertrophiée, surtout dans les commencements de la vie à deux, que la poursuite obsédante de l\u2019intimité en ce domaine joue au détriment de celle, plus importante, qui doit normalement s\u2019établir entre les époux sur tous les autres plans de leurs personnalités et de leur vie.D\u2019où le besoin, fortement ressenti par les meilleurs et les plus lucides, de s\u2019employer, comme la nature elle-même les y convie, à une spiritualisation progressive de leur amour conjugal qui, sans jamais éteindre les notes de la chair, les fait sonner moins haut.Les époux, en règle générale, tirent de cet effort \u2014 quand effort il y a \u2014 les mêmes avantages que les fiancés.Néanmoins, la vie sexuelle des époux s\u2019exerce dans un climat fort différent de celui des fiançailles.La multiplicité des intérêts communs, le partage constant des joies et des peines, l\u2019urgence du quotidien, la sécurité dans la tendresse, surtout l\u2019amour des enfants contribuent à maintenir, chez les époux, cet équilibre entre la chair et l\u2019esprit dont la rupture, sous des auspices moins favorables, risque d\u2019être fatale aux fiancés; ils n\u2019empêchent pas l\u2019amour conjugal de s\u2019exprimer dans la chair, mais ils l\u2019empêchent de s\u2019y absorber, s\u2019y dégrader et, comme il arrive à l\u2019amour des fiançailles, d\u2019y périr lentement d\u2019asphyxie.6.Nous avons, dans un contexte différent, développé le même thème dans un précédent article.Voir Relations, juillet-août 1968: Les expériences maritales face à l\u2019amour.Échecs ou réussites, les expériences prémaritales ne sont pas des critères valables de compatibilité sexuelle ni conjugale.Le troisième risque est inhérent aux expériences prémaritales comme telles, à partir du moment où elles sont considérées, sans plus, comme des critères de compatibilité sexuelle, ou même de compatibilité conjugale tout court.La sexologie moderne, à l\u2019encontre d\u2019anciens partis pris, à mis si fort l\u2019accent sur l\u2019importance de la vie sexuelle dans le mariage, elle a insisté si lourdement, en particulier, sur la nécessité et les bienfaits de l\u2019harmonie charnelle, au sens technique du mot, que nombre de fiancés s\u2019inquiètent de leurs affinités sur ce point et brûlent d\u2019impatience de les vérifier de facto, comme si tout leur bonheur futur en dépendait.Qu\u2019il se mêle parfois à l\u2019expression de ce souci trop commode une part d\u2019artifice, tout le monde en convient.Mais n\u2019y entre-t-il pas surtout une grande part d\u2019illusion ?Sur le plan proprement sexuel, les faits démontrent que les expériences prémaritales apportent régulièrement aux fiancés plus de tribulations, de déboires, d\u2019amertume que d\u2019apaisement, de gratitude et de vraie satisfaction.Au total, elles déçoivent, et pour plusieurs raisons qui tiennent à leur nature même et aux conditions particulières dans lesquelles elles se déroulent.Ces expériences déçoivent, en premier lieu, parce qu\u2019elles sont, de soi, prématurées.Nous l\u2019avons vu: l\u2019intimité charnelle n\u2019a pas sa signification par elle-même; elle n\u2019est et ne peut être que le symbole expressif d\u2019une réalité beaucoup plus profonde, qui lui est préexistante et qu\u2019elle est impuissante à créer toute seule.C\u2019est pourquoi, même chez les époux, l\u2019harmonie sexuelle ne s\u2019établit que lentement et, d\u2019ordinaire, au même rythme que l\u2019harmonie générale des esprits et des cœurs.Chez les fiancés, le décalage entre le symbole signifiant et la réalité signifiée peut être tel qu\u2019il perturbe les mécanismes physiques et psychologiques extrêmement délicats que la nature a mis en place pour faire, normalement, de l\u2019union des corps le temps le plus fort et le plus rassasiant de l\u2019amour.Pour l\u2019un ou pour l\u2019autre des partenaires, souvent pour les deux, la rencontre, dont ils attendaient des merveilles, aura saveur d\u2019échec, et cet échec, multiplié, fait peser sur leurs relations actuelles et futures une menace très lourde.Une deuxième source d\u2019insatisfaction réside dans le caractère irrégulier et clandestin d\u2019expériences pareilles.Nombre de fiancés ne voient dans leur amour qu\u2019une affaire privée et perdent de vue son importance sociale: \u201cLes amoureux sont seuls au monde\u201d, dit la chanson.Ce n\u2019est pas vrai.À cet amour, toute la communauté est intéressée au plus haut point.La preuve en est que l\u2019État et l\u2019Église tiennent l\u2019un et l\u2019autre à être présents au mariage, qui ne peut être ni contracté ni dissous sans leur MARS 1969\t73 consentement.C\u2019est eux qui, en s\u2019emparant de l\u2019amour humain que viennent leur présenter les fiancés, lui donnent une valeur, une signification, une stabilité qui dépassent de beaucoup les conjoints eux-mêmes.Les fiancés, bon gré mal gré, sont forcés de tenir compte de cette réalité, avec laquelle leurs deux familles et tout leur entourage, d\u2019habitude, sont accordés.D\u2019où le climat d\u2019insécurité dans lequel, forcément, les expériences prémaritales sont vécues.Cette insécurité ne tient pas seulement à la crainte habituelle de la grossesse, que les contraceptifs modernes n\u2019ont qu\u2019en partie éliminée.Elle tient aussi, et davantage, à cette sorte d\u2019anxiété diffuse qu\u2019engendre, chez tout humain normal, la conscience d\u2019être en rupture ou en conflit avec la tradition, les valeurs, les règles du milieu, si complaisant qu\u2019il s\u2019affiche; d\u2019aller partout portant un masque pour que personne \u2014 surtout pas les parents \u2014 ne devine le \u201cdélicieux et criminel\u201d secret qu\u2019on cache dans son cœur.Brochant sur cette insécurité première, les fiancés en éprouvent une seconde, qui est d\u2019ordre affectif.A travers l\u2019acte d\u2019amour conjugal, l\u2019époux et l\u2019épouse se disent et se redisent l\u2019un à l\u2019autre: \u201cJe te choisis une fois pour toutes, parmi et par-dessus tous les autres.Je te choisis et je te rechoisis.Mon choix d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019était celui d\u2019hier, ce sera celui de demain et de tous les jours de notre vie.Je suis à toi comme tu es à moi, pour toujours, quoi qu\u2019il advienne.\u201d L\u2019acte d\u2019amour prémarital, sans doute, veut exprimer cela aussi, mais il ne le peut pas avec la même force.C\u2019est seulement dans le mariage indissoluble que l\u2019homme et la femme se font le don mutuel, irrévocable, qui leur permet de savourer en paix, au delà du plaisir, la joie sans mélange de la communion parfaite.Un troisième facteur d\u2019échec sexuel gît dans l\u2019égoïsme dont les relations prémaritales, osons le dire, sont souvent entachées.Cet égoïsme peut revêtir des formes bénignes, presque naïves: manque de pudeur et de respect, manque de prévoyance pour les désirs ou les besoins de l\u2019autre, manque de maîtrise de soi, de compréhension et de patience devant des résistances ou des scrupules inattendus.Il peut revêtir aussi des formes virulentes dont la pire consiste à forcer la liberté du partenaire.Certains voient dans les intimités précoces un moyen de lier l\u2019autre, qui pourrait, après coup, se croire engagé sans retour.Cette pression morale, qu\u2019elle soit le fait du fiancé ou de la fiancée, est parfaitement indue puisqu\u2019elle joue à un moment où chacun garde encore \u2014 et tient parfois à garder \u2014 le droit de décider de sa vie en toute liberté.Sans aller jusqu\u2019à cet excès, d\u2019autres ne craignent pas d\u2019exercer sur leur partenaire récalcitrant une espèce de chantage à la tendresse, dont ils sont les seuls à sous-estimer le caractère répugnant, et qui n\u2019est certes pas fait pour faciliter l\u2019accord charnel.Quoi qu\u2019il en soit de ces périls, le vrai problème n\u2019est pas de savoir si les expériences prémaritales seront des réussites ou des échecs, mais de savoir quelles conclusions pratiques les fiancés en peuvent tirer pour le présent et l\u2019avenir.Que l\u2019accord charnel soit réalisé à leur satisfaction, en déduiront-ils tout bonnement qu\u2019ils sont faits l\u2019un pour l\u2019autre ?Qu\u2019il ne le soit pas, envisageront-ils automatiquement la rupture ?On parle d\u2019expériences utiles ou même nécessaires, mais leur signification \u2014 c\u2019est bien le moins qu\u2019on puisse dire \u2014 est extrêmement ambiguë.Les fiancés s\u2019aiment vraiment ou ils ne s\u2019aiment pas.S\u2019ils s\u2019aiment, ils savent que leur harmonie actuelle et future se fonde sur une communion totale de vie dont l\u2019accord physique n\u2019est qu\u2019un élément parmi bien d\u2019autres, aussi ou même plus importants que lui.S\u2019ils ne s\u2019aiment pas réellement d\u2019un amour de cœur et d\u2019esprit, il serait stupide de croire que l\u2019harmonie charnelle, à elle seule, suffira à faire naître ou à remplacer tout le reste.Qu\u2019est-ce qu\u2019une expérience dont il est impossible de tenir compte sans culbuter dans l\u2019absurde ?Les fiancés peuvent et doivent s'accorder mutuellement des témoignages progressifs d'affection sensible, mais en s\u2019aidant à rester dans les limites prescrites.La morale chrétienne enseigne que les fiancés, parce qu\u2019ils n\u2019en sont encore qu\u2019au stade préparatoire de leur engagement définitif, n\u2019ont pas le droit, dans le domaine de l\u2019amour physique, de poser des gestes qui sont, dans l\u2019intention de la nature, le signe d\u2019un amour total, dans sa double dimension personnelle et sociale.Elle condamne pareillement toute espèce de baisers, d\u2019étreintes, de caresses aptes, de soi, ou destinés, dans l\u2019intention des fiancés, à susciter de ces émotions violentes, incontrôlables qui constituent, d\u2019ordinaire, le prélude à l\u2019intimité charnelle proprement dite.L\u2019amour physique a une courbe, variable pour chaque couple, qui tend normalement au don complet dans lequel elle s\u2019achève.Le long de cette courbe, il y a, pour les fiancés, un point de non-retour que, attentifs à l\u2019expérience qu\u2019ils ont l\u2019un de l\u2019autre, ils ne doivent pas dépasser.S\u2019ils le dépassent, \u201cde cœur et de consentement\u201d, ils pèchent, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils trichent avec la loi même qui régit leur amour; s\u2019ils demeurent en deçà, non seulement ils ne pèchent pas, mais ils suivent l\u2019itinéraire le mieux fait pour mener leur amour, d\u2019étape en étape, jusqu\u2019aux frontières du don parfait.Il est donc bon, juste et louable que les fiancés se témoignent leur affection mutuelle par des gestes qui, progressivement, se font plus tendres et plus intimes et que, par ces échanges circonspects, ils apprennent à mieux se connaître, jusque dans leurs corps, et à mieux s\u2019aimer, jusque dans les rites patients et délicats de l\u2019amour physique.La vraie morale est prudente, elle n\u2019est pas pudibonde.Cette marche à l\u2019amour ne peut s\u2019accomplir qu\u2019à deux, chacun se sentant responsable de l\u2019autre et partageant avec lui ses impressions et ses difficultés.Un homme est un homme, va-t-on répétant, une femme est une femme.Dans l\u2019esprit d\u2019un grand nombre, cela veut dire que, chacun des deux sexes restant dans son rôle, celui de l\u2019homme est de réclamer à cor et à cris ce que le rôle de la femme est de lui refuser avec persévérance.La femme seule, en somme, 74 RELATIONS serait chargée de maintenir, contre les poussées brutales de l\u2019instinct, les hautes exigences de l\u2019amour humain.Ce n\u2019est vrai qu\u2019à moitié.Au proverbe qui dit: \u201cL\u2019homme est de feu et la femme est d\u2019étoupe\u201d, La Bruyère répond: \u201cLes femmes sont extrêmes: elles sont meilleures ou pires que les hommes.\u201d Sur le terrain de l\u2019amour, elles sont meilleures, sans doute, et plus expertes.Mais on a tort d\u2019en conclure que leur pureté soit toujours sans combat, ni même sans défaite.Leurs langueurs, leurs émois, leurs élans, leurs fougues sont là pour attester qu\u2019elles sont aussi, par bonheur, des êtres passionnés.Et, pour peu que la vie les expose, pour peu, surtout, que l\u2019amour les remue, elles deviennent, à leur tour, faibles et vulnérables.C\u2019est pourquoi, chez les fiancés, tout comme plus tard chez les époux, l\u2019entr\u2019aide est nécessaire s\u2019ils veulent garder cette maîtrise essentielle qui fait \u2014 et qui fera \u2014 que toute leur vie sexuelle soit inspirée et polarisée par l\u2019amour authentique.Dans cette perspective, la lettre suivante, reçue d\u2019une jeune fille, nous paraît fort éclairante: Il faut d\u2019abord que je vous avoue que, au cours des derniers six mois, nous avons eu, mon fiancé et moi, beaucoup de reproches à nous adresser au sujet des marques d\u2019affection que nous nous accordions.Mais, à la suite d\u2019une expérience désastreuse, qui aurait pu très mal finir, nous avons décidé de nous reprendre.Mon fiancé s\u2019est montré extrêmement compréhensif.J\u2019ai découvert en lui, à ce moment et depuis lors, des richesses intérieures et des convictions religieuses qui ne s\u2019étaient pas encore manifestées.Ensemble, nous en remercions Dieu.Dans nos rencontres, dorénavant, nous demeurons sur la réserve, retenus que nous sommes par le souvenir de nos faiblesses passées.Croyez-le ou non, de nous deux, c\u2019est mon fiancé qui est encore le plus craintif.\u201cJe m\u2019en rapporte à toi, m\u2019a-t-il dit, pour que ces choses-là ne se reproduisent plus entre nous.\u201d En l\u2019entendant parler ainsi, j\u2019ai compris combien j\u2019avais pu le décevoir en ne résistant pas plus fermement aux avances qu\u2019il était porté à me faire.Jusqu\u2019à notre mariage tout proche, je tiens donc à prendre toutes mes responsabilités, en aidant mon fiancé à prendre aussi les siennes.Je suis prête à consentir à tous les sacrifices et même à affronter quelques minutes de mauvaise humeur pour que notre amour, jusqu\u2019à la fin, reste pur et grandisse.Si les fiancés veulent donner au oui du jour de leurs noces sa pleine valeur, il faut que ce oui leur ouvre la porte d\u2019un \u201cvert paradis\u201d, d\u2019une terre vierge et inexplorée.Faute de quoi le mariage n\u2019instaurera plus, au regard de l\u2019instinct et des sentiments profonds, cette coupure radicale entre le passé et l\u2019avenir qui rend, pour les nouveaux époux, la \u201clune de miel\u201d tellement enivrante.Celui qui veut goûter à fond la joie des épousailles ne doit pas la gâter d\u2019avance \u2014 la déflorer, si j\u2019ose dire \u2014 par des expériences hâtives.Pourquoi manger son blé en herbe ?L\u2019enfant fureteur qui, la veille du grand jour, découvre ses cadeaux au pied du sapin de Noël, s\u2019attristera le lendemain.Une tristesse encore pire guette les fiancés qui célèbrent, à la sauvette, la fête de l\u2019amour avant le carillon des noces.Que leur restera-t-il, le jour venu, à découvrir et savourer ensemble de mystérieux et de délectable ?Et cette déception initiale, avec les regrets tardifs qui l\u2019accompagnent, ne risque-t-elle pas d\u2019avoir des répercussions douloureuses à travers toute leur vie d\u2019époux ?MARS 1969 DEMAIN, LE SAINT-SIÈGE?Luigi d\u2019Apollonia, S J.Alors qu\u2019il était encore ambassadeur à Paris, le général Georges Vanier, appelé à devenir un jour - gouverneur général du Canada, avouait à des intimes que d\u2019être nommé premier ambassadeur du Canada auprès du Saint-Siège comblerait ses vœux et couronnerait sa carrière.Il y a de cela une vingtaine d\u2019années.M.Saint-Laurent était premier ministre.Chose étrange, alors comme aujourd\u2019hui, on se proposait de nouer des relations diplomatiques à la fois avec le Saint-Siège et la République populaire de Chine, moins par hardiesse que par un calcul politique, une sorte de do ut des plus habile que libéral.L\u2019événement n\u2019eut pas lieu F De vieilles peurs jouaient encore et, même chez des personnes d\u2019intelligence supérieure, d\u2019anciens préjugés.On disait que, dans un pays aux diversités, voire aux oppositions structurelles, ethniques, culturelles, religieuses, seul un premier ministre protestant pourrait se faire pardonner politiquement cette audace.Il faut dire que nous sortions à peine de notre Haut Moyen Âge, que le pays \u2014 par crainte toujours de pénibles discordes intestines \u2014 n\u2019osait même se donner un drapeau canadien .Ce qui n\u2019empêcha pas le Gouvernement de Québec \u2014 impatient des empiètements d\u2019Ottawa et qui n\u2019avait rien à perdre, bien au contraire ! \u2014 de se faire représenter officiellement à l\u2019ouverture de l\u2019Année Sainte en 1950, tandis que le premier ministre du Canada, pour se tirer d\u2019affaire, s\u2019y faisait représenter personnellement.M.Saint-Laurent manifestait certes une grande bonne volonté, mais non sans recourir, comme malgré lui, à un compromis fondé sur une équivoque.La chose ne passa pas inaperçue.Depuis, beaucoup d\u2019eau a coulé sous les ponts du Tibre et de l\u2019Outaouais.Le Concile a été convoqué et mené à terme, nous laissant la déclaration sur la liberté religieuse en face de n\u2019importe quel pouvoir temporel, et la constitution pastorale Gaudium et spes sur la présence de l\u2019Église au monde; le mouvement œcuménique a pris de l\u2019ampleur, après avoir reçu du Concile ses lettres de noblesse; adressée \u201caux hommes de bonne volonté\u201d, l\u2019encyclique Pacem in terris de Jean XXIII a été applaudie par le monde entier, y inclus l\u2019U.R.S.S.; adressée également \u201caux hommes de bonne volonté\u201d, l\u2019encyclique Populorum progressio de 1.Malgré l\u2019adhésion unanime de la presse française canadienne et celle de plusieurs journaux de langue anglaise, tels que la Gazette de Montréal, le Globe & Mail de Toronto, le Toronto Telegram, le Regina Leader-Post, le Vancouver Sun et surtout The Ensign, vaillant hebdomadaire, hélas ! disparu.Il est vrai aussi que ces journaux étaient presque tous (?) conservateurs.75 Paul VI a reçu aussi un accueil très chaleureux; et puis le pape est sorti des murs du Vatican, il a visité la Terre Sainte, les pays au-delà des mers et, à l\u2019invitation du secrétaire général de l\u2019O.N.U., est venu, à New York, adresser la parole devant l\u2019Assemblée des Nations.Et partout ce fut le piétinement de foules immenses .Avec beaucoup de raison, on peut dire que l\u2019atmosphère a changé.Nous vivons désormais dans un autre climat historique, et ce qui, hier, aurait risqué d\u2019allumer une querelle ne devrait, aujourd\u2019hui, que soulever quelques remous, ici et là peut-être quelques frissons d\u2019horreur .C\u2019est sans doute ce dont a pris acte M.Trudeau.Demain, le Saint-Siège ?L\u2019avenir le dira.Le problème du grand public reste primordial en démocratie; il conditionne en partie, quand il ne dicte pas, les gestes politiques.Quels seraient les avantages d\u2019une ambassade canadienne auprès du Saint-Siège et d\u2019une nonciature auprès de Rideau Hall ?Pour les catholiques, bien sûr, une certaine satisfaction.Rien de plus, toutefois.Sur les points essentiels de caractère proprement religieux et qui touchent à la constitution même de l\u2019Église: création de diocèses, nomination d\u2019évêques, communication avec les évêques du pays et le Saint-Père, la délégation apostolique au Canada jouit d\u2019une pleine et parfaite liberté que peuvent lui envier beaucoup de nonciatures, et que, de fait, elles envient.De plus, soit dit en passant, une délégation apostolique est à peu près affranchie des servitudes sociales, de la ronde diplomatique de réceptions, banquets, coquetels, ce qui n\u2019est pas peu de chose .C\u2019est en vue de certains objectifs qui importent au bien simplement humain et qui ne sont pas d\u2019ordre strictement religieux que des relations normales entre le Canada et le Saint-Siège peuvent s\u2019avérer fructueuses.Car, bien que l\u2019Église n\u2019ait rien à voir avec les structures temporelles du monde, elle ne cesse de travailler sur celles-ci, à sa manière, par son enseignement et ses voies secrètes dans les âmes.En particulier, l\u2019Église offre sa coopération aux nations pour le labeur historique d\u2019édifier la paix sur terre (Pacem in terris) et de favoriser le progrès des peuples (Populorum progressio), puisque ni le bien commun temporel ni le bien commun surnaturel n\u2019ont rien à retirer de la folie de la guerre et de la misère humaine.L\u2019immense nostalgie du monde pour la paix ! Car le monde sait qu\u2019il est un désormais, pour la vie et pour la mort.En même temps \u2014 et c\u2019est là une contradiction qui révèle l\u2019infirmité de la condition humaine \u2014 le monde reste étrangement passif devant ce qu\u2019on est en droit d\u2019appeler l\u2019anarchie internationale.Sans doute, les nations rendent hommage à l\u2019Organisation des Nations Unies \u2014 et encore, quand ça fait leur affaire ! Mais celle-ci n\u2019est qu\u2019une vague et lointaine ébauche d\u2019un ordre organique et juridique vraiment supranational, et ne dispose d\u2019ailleurs d\u2019aucun moyen d\u2019action quand les nationalismes s\u2019exaspèrent et que les égoïsmes économiques, les passions idéologiques mettent en branle leurs appareils d\u2019oppression et de mensonge.Inutile de donner des exemples: il n\u2019est que d\u2019ouvrir le journal pour voir ce que les nations, membres de l\u2019O.N.U., font de la poursuite de la paix et de leur déclaration historique des Droits de l\u2019homme.D\u2019une part, le monde prend conscience de sa totalité et de sa fraternité; d\u2019autre part, il reste désastreusement divisé et dangereusement armé.Or, c\u2019est là une situation dont l\u2019Église ne prendra jamais son parti pour le bien même de ce qu\u2019elle appelle avec tendresse \u201cla famille des nations\u201d.En même temps, monte tout autour de nous, apportée par les merveilles électroniques de notre âge, la longue plainte de la souffrance humaine.De ceci non plus l\u2019Église ne prendra jamais son parti, bien qu\u2019elle sache, qu\u2019en dépit de tous les progrès de la science et ceux de la justice, l\u2019homme n\u2019en aura jamais fini avec la souffrance, le long de son histoire sur terre.L\u2019Église se rend compte qu\u2019en ce moment les nations dites chrétiennes sont les nations privilégiées, que les autres ou commencent leur crise de croissance industrielle où tous les abus sont possibles, ou moisissent encore dans de vieilles structures économiques et sociales.Elle s\u2019offre alors non seulement à éveiller les consciences à leurs responsabilités de citoyen, \u2014 ce dont l\u2019État qui a charge des choses terrestres ne saurait que se féliciter \u2014, mais à mettre au service des organismes d\u2019entr\u2019aide internationale à la fois ses effectifs en hommes (qui vivent sur place), sa connaissance du milieu, les ferments de l\u2019Évangile et le génie de sa charité.Elle est prête à travailler avec tous ceux qui s\u2019appliquent avec intelligence et cœur à combattre la pauvreté, la maladie, mais surtout l\u2019ignorance, afin de rendre notre terre plus habitable et plus douces nos pauvres vies.Ces deux choses, toutefois, paix et développement des peuples, ne sont, en réalité, qu\u2019une seule et même chose, s\u2019il est vrai que le développement, comme l\u2019affirme l\u2019encyclique Populorum progressio, est \u201cle nouveau nom de la paix\u201d.Telle est l\u2019œuvre pour le bien et l\u2019honneur de la personne humaine, l\u2019œuvre de civilisation que l\u2019Église, dans cet âge nouveau, au service de la paix et du progrès des peuples, cherche à faire, de concert avec les pouvoirs temporels, bien que ce ne soit pas son œuvre première mais son œuvre de surcroît.Demain, le Saint-Siège ?dans Le Paysan de la Garonne, Jacques Maritain rend grâces pour le \u201cgrand renversement\u201d accompli par le Concile et en vertu duquel \u201cce ne sont plus les choses humaines qui prennent charge de défendre les choses divines, mais les choses divines qui s\u2019offrent à défendre les choses humaines\u201d.Et il ajoute entre parenthèses: \u201csi celles-ci ne refusent pas l\u2019aide offerte\u201d.Et pourquoi le Canada refuserait-il l\u2019aide offerte et la force même du spirituel et de son action, au service de la paix et du progrès des peuples ?76 RELATIONS AUTOUR DU BILL 85 COMPORTEMENT LINGUISTIQUE DES GROUPES ETHNIQUES À MONTRÉAL Richard Arès, S.J.Le problème des langues au Québec existait bien avant le bill 85, mais la présentation de ce dernier à l\u2019Assemblée nationale et les réactions qu\u2019elle a suscitées un peu partout ont permis à plusieurs de prendre conscience de l\u2019acuité, de l\u2019ampleur et de l\u2019immense difficulté de ce problème.Nous n\u2019en sommes encore, d\u2019ailleurs, qu\u2019au commencement et tout ce qui peut en éclairer les données et en préparer la solution doit être bienvenu.Il y a problème, et problème aigu actuellement, affirme-t-on, parce que ceux qu\u2019on appelle les Néo-Québécois \u2014 ceux qui ne sont ni d\u2019origine britannique ni d\u2019origine française \u2014 s\u2019assimilent massivement à la communauté de langue anglaise.Ce fait se produit à Montréal où ces Néo-Québécois se concentrent pour la plupart.Si cette tendance se maintient, ajoute-t-on, si l\u2019État québécois continue à laisser faire, la communauté de langue française, qui ne peut plus maintenant, compter sur sa traditionnelle fécondité, deviendra bientôt une minorité, à Montréal d\u2019abord et dans la province ensuite.D\u2019où, conclut-on, la nécessité de mesures protectrices beaucoup plus urgentes en faveur du français qu\u2019en faveur de l\u2019anglais.Qu\u2019en est-il, cependant, de l\u2019affirmation de base de la prétendue assimilation massive des Néo-Québécois à la communauté de langue anglaise ?Me fondant sur les statistiques fournies par le recensement de 1961, j\u2019ai déjà répondu en partie à cette question dans deux articles de cette revue: en avril 1963, \u201cLe fait français à Montréal\u201d, et en mars 1964, \u201cLangues parlées chez les groupes ethniques à Montréal\u201d.Les événements récents, en particulier la présentation du bill 85, le geste de la commission scolaire de Saint-Léonard et la création d\u2019une commission d\u2019enquête sur ce sujet des langues au Québec m\u2019incitent à reprendre cette étude et à la développer davantage.Ma source d\u2019information en est toujours la même: les données fournies par le recensement fédéral de 1961.Qu\u2019entendre d\u2019abord par Montréal, puisque c\u2019est de Montréal surtout qu\u2019il s\u2019agit ?Aux yeux du Bureau fédéral de la Statistique, Montréal, c\u2019est trois choses: une zone métropolitaine, une île, une ville.Ici, faute d\u2019espace, il faut choisir.Se borner à la seule ville me paraît insuffisant et insatisfaisant: les causes d\u2019anglicisation sont à l\u2019œuvre sans doute dans la ville de Montréal proprement dite, mais aussi et peut-être surtout dans les villes environnantes de Westmount, Montréal-Ouest, Mont-Royal, Hampstead, Roxboro, etc.Il importe donc d\u2019étendre à toute l\u2019île nos recherches; malheureusement, concernant l\u2019île de Montréal, les statistiques fédérales ne descendent pas suffisamment dans les détails, comme elles le font MARS 1969 pour la zone métropolitaine.C\u2019est donc cette dernière qu\u2019il faut choisir.Elle comprend non seulement toute l\u2019île de Montréal mais encore l\u2019île Jésus et certaines parties des comtés environnants (Chambly, Châteauguay, Deux-Montagnes, Laprairie, L\u2019Assomption, Terrebonne et Vaudreuil).Ce premier article se borne à donner une vue d\u2019ensemble de la situation ethnique et linguistique dans la zone métropolitaine, cette zone qui renferme environ 40 p.cent de toute la population du Québec et où se concentrent les plus grandes entreprises économiques de la province.Voici, tout d\u2019abord, un tableau des forces ethniques en présence tant au Québec que dans la zone métropolitaine de Montréal.Tableau 1 Importance numérique des groupes ethniques au Québec et à Montréal Groupe ethnique\tAu Québec\t\tDans la zone\tmontréalaise Français Britannique Néo-Québécois\t4,241,354 567,057 450,800\t(80.6%) (10.8%) ( 9.6%)\t1,353,480 377,625 378,404\t(64.2%) (17.9%) (17.9%) Total:\t5,259,211\t(100.0 )\t2,109,509\t(100.0 ) Ce premier tableau nous invite déjà à deux grandes constatations: 1.\tle groupe français, qui compte 80 p.cent de la population québécoise, ne maintient dans la zone métropolitaine qu\u2019un pourcentage de 64.2; de leur côté, les groupes britanniques et néo-québécois doublent presque leur importance proportionnelle dans la zone de Montréal: du premier le pourcentage passe de 10.8 à 17.9, celui du second passe de 9.6 à également 17.9.Les deux ensemble comptent 20.4 p.cent de la population du Québec et 35.8 p.cent de la zone montréalaise.2.\tLa région de Montréal renferme presque exactement autant de Néo-Québécois que de Britanniques, un peu plus même des premiers : 378,404 contre 377,625.Que ces Néo-Québécois adoptent l\u2019anglais pour langue d\u2019usage et langue maternelle, et nous voilà en face d\u2019un bloc de plus de 750,000 citoyens de langue anglaise à Montréal ! Le danger d\u2019une pareille éventualité est d\u2019autant plus grand que la très grande majorité de ces groupes ethniques concentrent leurs effectifs dans la région métropolitaine.Ce fait est d\u2019une extrême importance pour l\u2019avenir des langues au Québec.Aussi convient-il de prendre bien connaissance de la situation.77 Tableau 2 Degré de concentration des groupes ethniques dans la zone montréalaise Groupe ethnique\tDegré de concentration Province\tZone métropolitaine à Montréal\t\t Juif\t74,677\t73.062\t97.4% Italien\t108,552\t101,466\t93.4 Russe\t13,694\t12,371\t90.3 Ukrainien\t16,588\t14,519\t87.5 Autres Européens 96,112\t\t82,012\t85.3 Asiatiques\t14,801\t11,849\t80.0 Allemand\t39,457\t27,873\t70.6 Néerlandais\t10,442\t7,138\t68.3 Britannique\t567,057\t377,625\t66.5 Scandinave\t11,295\t7,294\t64.6 Autres\t34,392\t14,473\t42.8 Français\t4,241,354\t1,353,480\t31.9 C\u2019est le groupe français qui est le moins concentré dans la région métropolitaine: à peine un peu plus de 30 p.cent, alors que le groupe juif l\u2019est à 97.4 p.cent, le groupe italien à 93.4 p.cent, le groupe russe à 90.3 p.cent, etc.Un seul autre groupe, désigné ici sous le titre \u201cAutres\u201d, a moins de la moitié de ses effectifs à Montréal, ce qui n\u2019est guère surprenant quand on sait que ce groupe compte dans la province 21,343 Indiens et Esquimaux, gens qui d\u2019ordinaire vivent plutôt à l\u2019extérieur des villes.Il n\u2019en reste pas moins que ceux qu\u2019on appelle les Néo-Québécois et au nombre desquels il faut malheureusement, faute de statistiques précises sur leur présence dans la région métropolitaine, inclure Indiens et Esquimaux, concentrent à Montréal et autour de Montréal 83.9 p.cent de leurs effectifs au Québec, fait qui ne peut pas ne pas avoir de graves conséquences pour l\u2019avenir du français.Les 72,396 Néo-Québécois qui vivent en dehors de la région métropolitaine ont beaucoup plus de chances d\u2019adhérer à la communauté de langue française que les 378,404 qui habitent cette région de Montréal.Avant d\u2019en venir aux statistiques montrant à quelle communauté de langue s\u2019intégrent les Néo-Québécois, voyons quel est le bilan linguistique des habitants de la région métropolitaine.Tableau 3 Bilan linguistique des habitants de la zone métropolitaine \ten\t1961\t \tNombre\tPourcentage\tDegré de concentration Population totale\t2,109,509\t100.0%\t40.1% Sachant le français\t1,602,936\t75.9\t34.9 De langue\t\t\t matern.française 1,366,357\t\t64.8\t32.0 Sachant l\u2019anglais\t1,238,863\t58.7\t63.6 Sachant le français\t\t\t seulement\t826,333\t39.1\t25.4 Bilingues\t776,603\t36.9\t58.0 De langue\t\t\t matern.anglaise\t494,667\t23.4\t70.9 Sachant l\u2019anglais\t\t\t seulement\t462,260\t21.9\t72.6 Autres langues\t\t\t maternelles\t248,485\t11.8\t85.1 Ni l\u2019anglais ni\t\t\t le français\t44,313\t2.1\t77.9 Deux constatations s\u2019imposent: 1.\tla communauté de langue maternelle française est à peine plus considérable que la communauté d\u2019origine française: 1,366,357 contre 1,353,480, soit un faible surplus de 12,877; de leur côté, les Britanniques, qui ne sont que 377,625, peuvent se réjouir du triple fait que l\u2019anglais est devenu: a) la seule langue que connaissent 462,260 citoyens de la zone métropolitaine, soit un gain de 84,635 pour l\u2019unilinguisme anglais; b) la langue maternelle de 494,667 habitants de cette même zone, soit un gain de 117,042; c) la langue comprise par 1,238,863 de \u201cMontréalais\u201d, soit un gain de 861,238, alors que le gain réalisé par la langue française ne s\u2019élève qu\u2019à 249,456, c\u2019est-à-dire à plus de trois fois moins.2.\tC\u2019est dans la zone métropolitaine, qui ne renferme que 40.1 p.cent de la population du Québec, que se concentrent 85.1 p.cent des Québécois qui n\u2019ont pour langue maternelle ni l\u2019anglais ni le français, 77.9 p.cent de ceux qui ne savent ni l\u2019anglais ni le français, 72.6 p.cent de ceux qui ne savent que l\u2019anglais, 70.9 p.cent de ceux qui ont l\u2019anglais pour langue maternelle, 58 p.cent des bilingues québécois, et seulement 32 p.cent de ceux dont la langue maternelle est le français.On voit dès lors la complexité de cette zone, l\u2019attirance qu\u2019elle exerce sur tous les parlants anglais et la faiblesse de la communauté de langue maternel1e française qui n\u2019y concentre même pas le tiers de ses effectifs au Québec.Après ces généralités, il est temps d\u2019aborder dans le détail le comportement linguistique des groupes ethniques qui composent la population de la zone métropolitaine.Voici d\u2019abord le comportement du groupe français.Tableau 4 Bilan linguistique du groupe d\u2019origine française dans la zone métropolitaine \tNombre\tPourcentage D\u2019origine française\t1,353,480\t100.0% Sachant le français\t1,352,861\t98.5 De langue maternelle française\t1,312,650\t97.0 Sachant le français seulement\t777,932\t57.5 Sachant l\u2019anglais\t573,433\t42.3 Bilingues\t554,929\t41.0 De langue maternelle anglaise\t36,717\t2.7 Sachant l\u2019anglais seulement\t18,504\t1.3 Ce tableau nous révèle une situation tout de même encourageante: dans son ensemble le groupe français demeure fidèle \u2014 à 97 p.cent \u2014 à sa langue maternelle.Sans doute, le groupe compte-t-il 36,717 de ses membres qui ont adopté l\u2019anglais pour langue maternelle, et 18,504 qui ne savent plus que l\u2019anglais, mais ce n\u2019est là qu\u2019une part minime de la totalité des effectifs français, soit 2.7 et 1.3 p.cent seulement.Le groupe d\u2019origine française, quoique le plus nombreux, n\u2019est pas celui qui fournit le plus de convertis à la langue anglaise.78 RELATIONS Le deuxième groupe, dont il importe d\u2019analyser le comportement linguistique, est le groupe d\u2019origine britannique.Le tableau suivant nous le révèle.Tableau 5 Bilan linguistique du groupe d\u2019origine britannique dans la zone métropolitaine \tNombre\tPourcentage D\u2019origine britannique\t377,625\t100.0% Sachant l\u2019anglais\t368,858\t97.6 De langue maternelle anglaise\t354,704\t93.9 Sachant l\u2019anglais seulement\t267,091\t70.7 Sachant le français\t109,908\t29.1 Bilingues\t101,767\t27.0 De langue maternelle française\t21,222\t5.6 Sachant le français seulement\t8,141\t2.1 Quelques constatations rapides: 1.la proportion des Britanniques à ne savoir que l\u2019anglais est plus élevée que celle des Français qui ne savent que le français: 70.7 p.cent d\u2019une part, et 57.5 p.cent d\u2019autre part; 2.proportionnellement, les Français savent plus l\u2019anglais que les Britanniques le français: 42.3 p.cent d\u2019une part, et 29.1 p.cent d\u2019autre part; 3.de même, la proportion des bilingues est plus forte du côté français, soit 41 p.cent, que du côté britannique, soit 27 p.cent; 4.le groupe britannique, qui est quatre fois moins nombreux que le groupe français dans la zone métropolitaine, convertit à sa langue plus de Français que le groupe français lui-même ne convertit de Britanniques à la sienne: d\u2019une part, 36,717 citoyens d\u2019origine française ont maintenant l\u2019anglais pour langue maternelle, alors que seulement 21,222 citoyens d\u2019origine britannique ont adopté le français; d\u2019autre part, 18,504 Français ne savent plus que l\u2019anglais, alors qu\u2019il n\u2019existe que 8,141 Britanniques à ne savoir que le français, soit plus de deux fois moins.Si le problème des langues au Québec se bornait à cette confrontation, dans la zone métropolitaine, de ces deux groupes: le français et le britannique, il ne serait ni grave, ni aigu, puisque, des deux côtés, l\u2019assimilation est plutôt faible.Mais le problème comporte une troisième donnée, qui a nom les Néo-Québécois.Leur présence équivaut à une troisième force qui, en s\u2019alliant à l\u2019une ou à l\u2019autre des deux précédentes, est en mesure de rompre le délicat équilibre qui existe depuis cent ans.Voici ce que nous révèlent à ce sujet les statistiques fédérales de 1961.Du tableau 6 découlent les constatations suivantes : 1.\tprès de 80 p.cent des Néo-Québécois savent l\u2019anglais, mais seulement 42.3 p.cent d\u2019entre eux connaissent le français; 2.\tles Néo-Québécois dans la région métropolitaine pratiquent l\u2019unilinguisme anglais dans la proportion de 46.6 p.cent, et l\u2019unilinguisme français dans la proportion de 10.6 p.cent seulement; MARS 1969 Tableau 6 Bilan linguistique des Néo-Québécois dans la région métropolitaine \tNombre\tPourcentage Néo-Québécois\t378,404\t100.0% Sachant l\u2019anglais\t296,572\t78.4 Sachant l\u2019anglais seulement\t176,665\t46.6 Sachant le français\t160,167\t42.3 Autres langues maternelles\t156,199\t41.2 Sachant l\u2019anglais et le français\t119,907\t31.7 De langue maternelle anglaise\t103,246\t27.2 Ni l\u2019anglais ni le français\t41,572\t10.9 Sachant le français seulement\t40,260\t10.6 De langue maternelle française\t32,485\t8.6 3.\ten tant que langue maternelle, le français a attiré à lui chez les Néo-Québécois trois fois moins d\u2019adhérents que l\u2019anglais, soit 32,485 contre 103,246, et pourtant les Canadiens français sont, dans la région métropolitaine, presque quatre fois plus nombreux que les Canadiens britanniques, ce qui revient à dire que l\u2019attraction qu\u2019exerce sur les Néo-Québécois la langue anglaise à Montréal et dans les environs est, proportionnellement à l\u2019importance numérique des deux groupes en présence, sept fois plus forte que l\u2019attraction exercée sur ces mêmes Néo-Québécois par la langue française; 4.\til reste encore 156,199 Néo-Québécois, soit 41.2 p.cent d\u2019entre eux, qui n\u2019ont adopté pour leur langue maternelle ni l\u2019anglais ni le français, mais conservent encore leur propre langue d\u2019origine.De quel côté finiront-ils par se ranger, eux ou leurs enfants ?Pour l\u2019avenir du français, la réponse donnée à cette question est d\u2019importance capitale.* * * Voilà une première vue d\u2019ensemble du comportement linguistique des groupes ethniques dans la région métropolitaine.Elle nous indique déjà clairement que c\u2019est là que se livre la lutte pour l\u2019assimilation des Néo-Québécois, lesquels se concentrent à 83.9 p.cent dans cette région.Elle nous apprend aussi que ces Néo-Québécois adoptent pour leur langue maternelle trois fois plus l\u2019anglais que le français et qu\u2019ils ont ainsi fourni à la communauté de langue anglaise 103,246 nouveaux adhérents, alors qu\u2019ils n\u2019en apportaient que 32,485 à la communauté de langue française.Reste à savoir maintenant en détail le comportement linguistique de chacun de ces groupes ethniques: italien, allemand, polonais, ukrainien, russe, etc.que l\u2019on range sous l\u2019étiquette de Néo-Québécois.C\u2019est ce que montrera un prochain article.79 LA FEMME DOIT HUMANISER LA SOCIÉTÉ Claire Campbell Un employé de grand magasin me confiait récemment: \u201cJe fais un bon salaire.Je ne suis jamais en chômage, et, malgré tout, je suis inquiet.Quelque chose me pèse.Les types que je rencontre, à la taverne où je vais prendre une bière, me disent la même chose.Heureusement, moi, j\u2019ai une bonne femme.Elle est toujours de bonne humeur.Elle est heureuse dans sa cuisine.Elle me compend, elle élève bien nos enfants et n\u2019est pas dépensière.Dans le fond, je me compte bien chanceux !\u201d Cet homme d\u2019une trentaine d\u2019années exprimait admirablement l\u2019inquiétude de l\u2019être humain qui se sent écrasé dans une société technologique déshumanisante.Cela se comprend, on opprime tellement l\u2019homme aujourd\u2019hui ! Par contre, comme il le dit si bien, cet homme a de la chance puisqu\u2019il a une femme qui humanise sa vie.Voilà la vocation de la femme.Elle demande de l\u2019amour et l\u2019amour est exigeant.Aussi, de nos jours, on cherche de plus en plus à changer cette vocation.Et nous en connaissons les perturbations.À la base de l\u2019inquiétude de cet employé se trouve notre société de consommation en pleine révolution sociale.Nous sommes devenus prisonniers non seulement de fausses valeurs mais aussi des objectifs économiques de cette société dite d\u2019abondance.Nous sommes submergés par le matérialisme.Le désir de confort, d\u2019aisance, de possession nous avilit lentement.Il y a des signes de déséquilibre dans notre beau monde et c\u2019est ce qu\u2019il ressent, ce monsieur.Dans sa simplicité, il m\u2019avouait ce qui l\u2019aidait à tenir le coup: une vraie femme.Lorsque je pense à toutes les femmes, j\u2019aime à les comparer aux millions d\u2019étoiles du firmament.Ces planètes apparaissent sous des formes multiples, les unes plus brillantes que les autres, mais toutes jetant des rayons de lumière.Il devrait en être ainsi de toutes les femmes.Les valeurs féminines, telles que l\u2019amour, l\u2019empathie, la sensibilité, l\u2019intuition, etc.devraient rayonner dans le monde en l\u2019humanisant.La femme de lettres et apôtre sociale Mlle Jacqueline Dupuy affirmait que \u201cDieu a confié à l\u2019homme la maîtrise de l\u2019univers et à la femme, de veiller sur l\u2019humanité\u201d (Idéal Féminin, janvier 1968).Chaque femme sans doute accomplira cette tâche à sa manière personnelle.Chacun de nous, écrivait le cardinal Newman, a un travail à faire pour Dieu.Pour l\u2019accomplir, tout en veillant sur l\u2019humanité, il faut que chaque femme ait confiance en elle-même.Elle doit avoir un sens inné de sa valeur personnelle.Elle doit avoir un idéal.Il sera diffé- 80 rent chez chacune, il va sans dire, car il n\u2019y a pas UN idéal féminin.Notre tempérament, nos talents, notre formation, notre culture, nos aspirations sont à la base de notre idéal.\u201cOn ne peut changer ni les foyers ni les écoles qui nous ont faits ce que nous sommes, ni le sang qui coule dans nos veines\u201d, écrit le célèbre docteur Wilder Penfield dans son livre Second Career.Ensuite, les idéaux des femmes d\u2019aujourd\u2019hui ne ressemblent pas toujours à ceux d\u2019autrefois, chaque époque étant différente.(Les parents d\u2019adolescents et les éducateurs d\u2019un certain âge en savent quelque chose ! ).Le genre de vie modifie non seulement les besoins de chaque individu mais aussi son idéal.Regardons-nous aujourd\u2019hui.Bien sûr, nous sommes plus émancipées.Mais avons-nous, parallèlement à notre émancipation, fait du progrès aux paliers de l\u2019âme et du cœur ?On nous répète que la femme doit avoir une \u201cbonne instruction\u201d afin qu\u2019elle puisse occuper la place qui lui revient.D\u2019accord.Cependant, n\u2019allons pas admettre une scission entre son intelligence, son âme et son cœur.On appauvrira la femme (et la société) si l\u2019on ne s\u2019occupe que de son intelligence.En outre, si la qualité de notre vie doit dépendre de l\u2019instruction que nous recevons, il me semble qu\u2019il faudrait absolument donner à notre instruction la vraie culture qui assurait autrefois une formation intégrale, qui permettait de voir en profondeur et d\u2019avoir l\u2019assurance dans la pensée.À entendre les propos de certaines de nos femmes instruites (sociologues, psychologues, professeurs de philosophie ou autres), on a nettement l\u2019impression qu\u2019il manque quelque chose de fondamental dans l\u2019instruction de nos femmes.Parfois, on les croirait devenues dénaturées.Plus de sentiments, plus de sublime, plus de mystère, plus de clarté ! Seulement de l\u2019intelligence, dans la froideur et la sécheresse ! Ce qui suit n\u2019est pas une expertise (ce genre me dépasse), mais un regard de femme contemporaine sur le monde féminin qui l\u2019entoure.Un tableau tout à fait personnel, bien sûr, qui ne sera peut-être pas concordant avec celui du sociologue, du démographe ou du psychologue.Cependant, je me suis efforcée de ne pas regarder autour de moi à travers un prisme.Pour tracer ce tableau plus facilement, j\u2019ai pensé répartir les femmes dans des catégories bien distinctes (c\u2019est comme ça que je les vois) : ( 1 ) la femme \u201ccontemporaine\u201d, (2) la femme moderne, (3) la femme ultra moderne, (4) la féministe et (5) la femme dans les limbes.RELATIONS J\u2019écrivais dans un article intitulé \u201cL\u2019évolution de la femme\u201d (Relations, octobre 1967): \u201c11 ne semble pas exister d\u2019unité d\u2019esprit entre les femmes d\u2019aujourd\u2019hui.Il y a, au contraire, des forces disjointes.À mon sens, ces forces produisent des camps différents et il en résu\u2019te un manque de cohésion.\u201d C\u2019est à ces divergences que je pensais.Les femmes sont divisées entre elles par des aspirations et des valeurs différentes ou par le manque d\u2019aspirations et de valeurs.La tragédie c\u2019est qu\u2019elles n\u2019essaient pas de se comprendre davantage.La femme \u201ccontemporaine\u201d C\u2019est la femme qui vit au rythme de son cœur et qui sait créer dans l\u2019amour.Elle fait face aux réalités du monde moderne mais en restant fixée aux vraies valeurs (féminines et autres).Devant les théories \u201cnouvelle vague\u201d, elle ne change pas sa conception de la vie, de l\u2019amour et de la famille.Elle demeure ainsi en paix avec elle-même et garde l\u2019équilibre.Elle est convaincue que pour avoir une perspective exacte des évènements il faut avoir des valeurs fixes.Elle reste calme devant ces gens qui sont devenus des \u201cyoyos\u201d aux mains des avant-gardistes.Il n\u2019y a chez elle aucune ambivalence (nous y reviendrons dans un autre article).Elle ne jette pas les traditions au vent et ne nie pas le passé.\u201cCeux qui oublient le passé sont condamnés à le répéter, écrivait le philosophe américain San-tanaya.C\u2019est donc une femme animée d\u2019un esprit à la fois nouveau et ancien.On retrouve ces femmes \u201ccontemporaines\u201d dans tous les milieux, aisés ou pauvres, instruits ou non.Elles occupent des professions, ont des métiers ou font des travaux plus ou moins éclatants.Elles ont de 20 ans à 80 ans et plus.Elles sont célibataires, mariées ou religieuses.Mariées, elles aiment avec tout leur être, sachant bien que donner entièrement de soi-même n\u2019est pas du tout synonyme de \u201csoumission\u201d, cette grande inquiétude de la femme moderne.En outre, elles établissent des priorités dans leurs activités et n\u2019oublient jamais que maris et enfants ont des droits qu\u2019elles doivent respecter.Toutes ont en commun ceci: elles réalisent que la femme est profondément différente de l\u2019homme.Quand la femme \u201ccontemporaine\u201d poursuit des études supérieures, la vie de l\u2019esprit, du cœur et de l\u2019âme se nourrit chez elle simultanément.Pas de hiatus dans le développement des uns ou de l\u2019autre.Ce sera sa force.Plus tard, dans les cadres professionnels, il sera facile de la retrouver.Elle aura un véritable sens de l\u2019humain parce qu\u2019elle aura développé sa sensibilité.Il n\u2019y a pas que la clarté de l\u2019intelligence qui compte, il y a bien la sensibilité de l\u2019âme et la chaleur du cœur.Voilà, n\u2019est-ce pas ?ce qui assure l\u2019ETARMONIE dans l\u2019être humain, la sécurité émotive lui sera un atout dans son monde professionnel.Elle n\u2019aura pas besoin de devenir futée pour prouver qu\u2019elle est capable.Il n\u2019y aura pas non plus chez elle de snobisme.Et surtout, pas d\u2019agressivité: sa force intérieure lui donnera le calme extérieur, elle sera sereine et forte.MARS 1969 La nouvelle présidente de l\u2019Institut Vanier de la famille, madame A.F.W.Plumptre, est une femme \u201ccon-* temporaine\u201d.Elle est économiste de profession.Elle a toujours considéré ses tâches de mère et de ménagère comme sa carrière principale.\u201cJe pense que l\u2019éducation des enfants, disait-elle récemment, est la plus créatrice des occupations.\u201d Pour elle, les mères devraient demeurer au foyer avec leurs bébés, si c\u2019est économiquement possible.Elle ajoutait que ses amies qualifient de réactionnaire son point de vue.La petite femme de l\u2019employé dont je parlais au début est, elle aussi, une femme \u201ccontemporaine\u201d.Elle ne brille pas dans la société comme madame Plumptre, mais elle brille dans la vie de son homme.Et sa contribution à la société est un foyer serein et équilibré où, sans le savoir, elle est une force humanisante.Elle l\u2019est d\u2019instinct.Si sa contribution n\u2019a pas l\u2019éclat et l\u2019envergure de celle de madame Plumptre, néanmoins elle humanise pour sa part la société selon sa formation, ses talents et ses aspirations.Il faut la respecter.C\u2019est une femme simple mais de valeur.Comme on néglige de chanter les louanges de toutes les petites femmes \u201ccontemporaines\u201d comme elle ! Ne travaillent-elles pas courageusement à donner le meilleur d\u2019elles-mêmes aux responsabilités qui leur incombent ?On a bien tort de minimiser leur contribution à la société.On a bien tort aussi de ne pas les encourager ou stimuler.Ce n\u2019est pas en leur présentant en exemples des femmes bourgeoises ou professionnelles, éclatantes de succès, ou des comédiennes de vie dite \u201csophistiquée\u201d, que l\u2019on y arrivera.J\u2019ai un attachement tout particulier pour ces femmes simples.Dans bien des cas, elles n\u2019ont pas reçu beaucoup, et cependant comme elles sont capables d\u2019amour, de tendresse, de courage, de générosité, de loyauté et de fraternité ! Plusieurs d\u2019entre elles deviennent philosophes sans le savoir et dépassent souvent, en sagesse et en jugement, nos grandes intellectuelles modernes ! Les jeunes femmes de milieux plus favorisés qui font \u201cune carrière\u201d de prendre soin de leur mari et de ' leurs enfants sont des \u201ccontemporaines\u201d, d\u2019après mon tableau.Elles ne mènent pas une vie en vase clos.Je me suis efforcée dans mes articles (Relations mai, juin et décembre 1968) de montrer ce que pouvait être cette carrière unique.Nombreuses sont celles qui font au foyer une vie très enrichissante.Auprès de leurs enfants elles ne perdent pas leur temps.Elles leur donnent une image du monde.Très tôt, ils deviennent le reflet de cet enseignement.La jeune femme qui, revenant de conduire son fils de six ans, le premier jour de l\u2019école, peut se dire: \u201cJe l\u2019ai bien préparé pour le professeur\u201d me semble avoir fait un travail formidable, où l\u2019on doit reconnaître une véritable contribution à la société.Son enfant ne sera pas du groupe malheureux qui fait dire au professeur de première année: \u201cChaque année il me semble que j\u2019ai de plus en plus d\u2019enfants-problèmes\u201d.Ces femmes \u201ccontemporaines\u201d rayonnent de dynamisme non seulement parmi les leurs mais jusque dans la société.On les ren- 81 contre dans les cercles littéraires, les centres d\u2019art, les mouvements d\u2019animation sociale où elles participent activement, dans les associations parents-maîtres; on les reconnaît à leur facilité de s\u2019exprimer et à leurs idées constructives.Un exemple: dans une banlieue de Montréal, des femmes \u201ccontemporaines\u201d ont fait preuve de prouesses mentales au niveau communautaire.Avec grande habileté et extrême ténacité, elles ont fait naître un centre communautaire (avec l\u2019aide de leur municipalité, bien entendu).Dans ce centre se trouve une maternelle qui pourrait bien servir de modèle.Non seulement elles participent aux programmes mais elles ont même \u201cun mot à dire\u201d dans l\u2019embauchage des jardinières d\u2019enfants.Celles-ci, au contact régulier des mamans, apprennent à mieux connaître les besoins de chaque enfant.Voilà de l\u2019éducation ! L\u2019instruction de ces jeunes femmes est donc un acquis qu\u2019elles font rayonner partout où elles vont.Et cette expérience les aide à devenir peu à peu des piliers de la société.Ce n\u2019est certes pas du temps perdu, comme le croient nos femmes modernes.Les revues féminines à grand tirage s\u2019attaquent farouchement à ces femmes \u201ccontemporaines\u201d.Elles les incitent à aller au dehors travailler pour aider la société (n\u2019est-ce pas plutôt pour convertir en écus leur instruction ?).Nos femmes modernes aiment beaucoup nous proposer l\u2019exemple de la Suède.Une de leurs revues prétendait que, si toutes les femmes suédoises allaient travailler, le revenu national du pays augmenterait de 25%.Évidemment, on en vient ensuite au Canada.Les femmes \u201cmodernes\u201d (j\u2019en parlerai dans un prochain article) sont écrasées par les besoins économiques de notre pays ! Leurs longues dissertations sur le sujet sont très amusantes.Elles essaient constamment, à leur insu, de se justifier.Mais dites-moi, les objectifs économiques doivent-ils donc nous submerger ?Devons-nous nous laisser dominer par l\u2019économique ?Si nous songions à ce que font pour le pays, tout en élevant leur famille, des femmes \u201ccontemporaines\u201d qui ne travaillent pas hors du foyer pour l\u2019accroissement de l\u2019économie ! On leur reproche amèrement de perdre leur temps.Mais perd-elle son temps, la bibliothécaire qui, pendant que ses enfants sont à l\u2019école, bénévolement organise, dans un gros foyer de gens à leur retraite, une petite bibliothèque ?Et le réseau de femmes qui l\u2019aident à trouver des livres, à recueillir l\u2019argent pour en acheter de nouveaux, perdent-elles aussi leur temps ?Et toutes ces femmes qui font du service bénévole dans les hôpitaux, les cliniques, etc ?Toutes celles qui organisent de ces réunions sociales (parties de cartes, danses, encans, etc.) pour recueillir des fonds au bénéfice de causes humanitaires ?Les dames auxiliaires d\u2019un hôpital de 250 lits (à Montréal) ont recueilli $10,000 l\u2019an dernier; elles ont ainsi acheté des chaises-roulantes, distribué des bourses d\u2019études et donné un montant intéressant au centre de recherche de l\u2019hôpital.Elles ne sont pas des coureuses de bingo; elles travaillent ! Et la femme qui, tout en élevant sa famille, a établi un vaste réseau de compagnes, ayant 82 des moments libres qu\u2019elles donnent en fraternité dans un hôpital de vétérans: à jouer aux dominos avec les malades, à écrire leurs lettres, à les aider dans leurs casse-têtes, ou leurs mots-croisés, etc.Demandez aux malades, que la société oublie si facilement, si elles perdent leur temps.Il faut un grand désir d\u2019aider les autres pour passer des heures dans une telle atmosphère.Et la femme qui par téléphone dirige un vaste service de dépannage pour les pauvres, perd-elle son temps quand elle cherche une paire de patins pour un petit pauvre ?ou un lit, style d\u2019hôpital, pour un grand malade pauvre revenant chez-lui ?Perd-elle son temps quand, des heures durant, elle sollicite au téléphone pour ci et pour ça des marchands généreux ?Et toutes celles qui régulièrement, pendant des années, voi-turent aux cliniques, pour des traitements spéciaux, des malades et des infirmes ?Et celles qui, une après-midi par semaine, par une partie de cartes où elles se cotisent, assurent au vieillard les médicaments qui lui sont inabordables ou qui paient à un déficient mental les frais de scolarité ou, à un enfant pauvre rempli de talents, des cours d\u2019art ?On leur reproche de jouer aux cartes ! Et toutes celles qui visitent les malades, qui tricotent pour les pauvres, qui bénévolement prennent soin des enfants de mamans obligées d\u2019aller travailler, qui, avec sérénité et bon cœur, donnent leur temps libre à ceux qui sont dans le besoin ?Perdent-elles leur temps, elles aussi ?Non, la fraternité, le degré de contribution à la société ne se mesurent pas à l\u2019éprouvette et, surtout, ça ne se mesure pas en \u201cargent\u201d.On ne louera jamais assez toutes ces femmes inconnues, de tous les niveaux sociaux et de tous les degrés d\u2019instruction, qui aident les malheureux et les défavorisés, sans se demander si l\u2019on écrira jamais à leur sujet dans les pages féminines ou dans les revues à grand tirage.Tous les services bénévoles, dit-on, deviendront travail de spécialistes.Au point de vue des rapports humains, on peut se poser ici bien des questions.Et puis, des spécialistes, ça se fait payer ! On prétend même, en milieux snobs, que ces occupations bénévoles n\u2019offrent pas assez de défis à la femme intelligente ! Je commence à me demander ce qu\u2019est l\u2019intelligence et ce qu\u2019on fait du sens de l\u2019humain.J\u2019ai l\u2019impression que le vingtième siècle l\u2019aura vu mourir lentement.Les êtres humains deviendront des statistiques dans les rapports volumineux du démographe.Ils ne représenteront bientôt plus que des pouvoirs d\u2019achat ou des numéros dans les longues listes des agences sociales.Quel brillant avenir ! On retrouve de même, dans le domaine de l\u2019animation sociale, un grand nombre de femmes dévouées, instruites et moins instruites, de milieux aisés ou moins aisés.Je ne donnerai qu\u2019un exemple: l\u2019Association des Parents catholiques du Québec.Environ un millier de femmes ont dans les sections, à tous les paliers, une part d\u2019activité.Elles se dévouent bénévolement pour le mouvement dans trois cents associations paroissiales de la province.Au secrétariat, des femmes donnent tout leur temps libre.Les objectifs et les activités de ce mouvement sont bien connus.On peut en constater l\u2019ampleur dans leur journal mensuel \u201cPlein Jour\u201d.RELATIONS Deux modèles de femme \u201ccontemporaine\" En terminant, j\u2019aimerais rendre hommage à deux femmes canadiennes-françaises qui sont des modèles de femme \u201ccontemporaine\u201d.À 87 ans, l\u2019honorable sénatrice Mariana Jodoin donne l\u2019exemple de ce qu\u2019est une vie bien remplie, une vie animée par l\u2019amour pour sa famille et pour la société.Au premier plan, épouse et mère; ensuite, une contribution gigantesque dans les domaines politique, social et celui des œuvres de charité.En 1945, madame Jodoin fut décorée par le roi George VI pour son immense travail à la Commission des prix et du Commerce durant les années de guerre.Quarante mille bénévoles travaillaient en cet organisme dans tout le pays.Madame Jodoin présidait le groupe de la province de Québec.La décoration M.B.E.couronna ses efforts inoubliables.En 1953, elle fut nommée sénatrice par le premier ministre Louis Saint-Laurent.Son travail dans le domaine politique est bien connu.Dans les œuvres de charité, les religieuses de Jésus-Marie et de la Providence pourraient écrire un volume sur son dévouement inlassable.Aujourd\u2019hui, à l\u2019âge d\u2019or, choyée par sa famille, elle continue à encourager celles qui ont pris la relève.On se souviendra d\u2019elle comme d\u2019une épouse et d\u2019une mère de famille qui a su poursuivre sa culture tout en prenant soin de sa famille et qui ensuite s\u2019est donnée à l\u2019action bénévole, à l\u2019animation sociale et à la politique.Non, Mariana Jodoin n\u2019a pas perdu son temps.Par une force de caractère extraordinaire elle garda toujours dans ses activités des priorités.Ce fut son secret ! Madame Adeline Mathieu, de Saint-Basile-le-Grand (comté de Verchères), mère de 5 enfants de 12 à 22 ans, poursuit aujourd\u2019hui, elle aussi, une expérience unique.Elle doit posséder le secret de la Sénatrice ! Diplômée de l\u2019École normale, de la Faculté des lettres de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Institut Pie XI, en sciences sociales et religieuses, elle ne paraît pas avoir perdu son temps en élevant sa famille.Son foyer est un reflet de sa formation et de sa culture.En 1946, elle et son mari fondèrent un mouvement de foyers qui s\u2019associa par la suite aux Équipes Notre-Dame.En 1961, elle fonda un centre d\u2019art plastique pour les jeunes.Ce centre est affilié à l\u2019École des Beaux-Arts.En 1966, elle fonda un centre d\u2019art musical.Depuis deux ans, elle est vice-présidente de Y Association des Parents catholiques du Québec et membre-directeur du Conseil d\u2019administration du Collège de Montréal.Les activités de madame Mathieu dans le domaine de l\u2019éducation sont bien connues.Sa participation à la fondation d\u2019associations de parents n\u2019est qu\u2019une des activités de cette femme énergique.Elle, non plus, ne perd pas son temps.Ces deux exemples devraient inspirer nos jeunes femmes instruites.On peut fonder un foyer et faire fructifier ses talents à la maison et ensuite dans la société.Il s\u2019agit d\u2019avoir du courage, de la volonté, de l\u2019imagination et de ne pas souffrir de PRESBYTIE.Avoir de l\u2019instruction peut signifier autre chose que \u201cgagner de l\u2019argent\u201d.Je lisais dans un de nos quotidiens les propos suivants: \u201cLa dépression \u2014 une maladie féminine, croit-on \u2014 est une conséquence normale de l\u2019ennui des femmes dans une société qui ne leur fournit pas suffisamment de responsabilités\u201d.Messieurs les psychiatres devraient citer à leurs malades les exemples de mes femmes \u201ccontemporaines\u201d.Elles n\u2019attendent pas que la société vienne les chercher par la main, elles savent très bien que la société, c\u2019est NOUS.jfdaul (Eluard par (ai -même Gabrielle Poulin La critique moderne a reconnu d\u2019emblée la richesse de la poésie J éluardienne et ses principaux représentants n\u2019ont pas craint de faire l\u2019épreuve de leurs méthodes d\u2019analyse sur cette œuvre dont ils pressentaient de prime abord la fécondité.Aussi existe-t-il déjà une multitude de voies d\u2019accès qui permettent de pénétrer au cœur de l\u2019univers poétique de Paul Éluard.Georges Poulet, Gaston Bachelard, Jean-Pierre Richard, Michel Carrouges, Henri Meschonic, \u2014 pour ne citer que quelques-uns des plus connus parmi les critiques actuels, \u2014 ont projeté sur cette œuvre aux infinis reflets l\u2019éclairage d\u2019une lecture créa- MARS 1969 trice.De ces confrontations avec une poésie authentique, la critique moderne devait sortir plus forte et plus rayonnante tandis que l\u2019œuvre d\u2019Éluard, intacte, brille encore plus vivement de cet éclat mystérieux qui est le sien propre mais que la critique, fascinée, lui renvoie comme un miroir 1.L\u2019unanimité de la critique moderne était déjà un signe non équivoque de la puissance unificatrice de la parole d\u2019Éluard; la maison Gallimard vient 1.L\u2019auteur du présent article fera bientôt paraître chez Desclée De Brouwer, une étude sur le miroir dans l\u2019œuvre poétique de Paul Eluard.d\u2019apposer elle aussi sur cette œuvre le signe de sa propre consécration en recueillant en deux tomes volumineux les œuvres complètes de Paul Éluard dans la célèbre \u201cBibliothèque de la Pléiade\u201d, tandis que les Éditions du Seuil faisaient entrer Éluard chez \u201cles Écrivains de toujours\u201d.Nous nous proposons de rendre compte ultérieurement des deux volumes de la Pléiade; aujourd\u2019hui, nous voudrions présenter le Paul Éluard par lui-même de Raymond Jean 2.2.Raymond Jean, Paul Eluard par lui-même (Paris, Editions du Seuil, coll.\u201cEcrivains de toujours\u201d, 79, 1968, 189 pp.).83 Une certaine critique moderne Il semble que ce soit par le biais du monde des images que Raymond Jean soit venu au poète, \u201cécrivain de toujours\u201d, et cela n\u2019a rien de surprenant quand il s\u2019agit de Paul Éluard, lui qui a écrit un jour que \u201ctout commence par des images\u201d3.La première fois, en effet, que l\u2019on rencontre le nom de Raymond Jean dans la bibliographie des études consacrées à Paul Éluard, c\u2019est en 1962.11 s\u2019agit d\u2019un numéro spécial de la revue Europe 4 qui contient d\u2019importantes études critiques sur certains aspects de l\u2019œuvre et du langage poétique de Paul Éluard.Dans ce numéro, Raymond Jean publie une étude sur \u201cles images vivantes dans la poésie d\u2019Éluard\u201d.Il reprendra cet article intégralement dans son recueil La Littérature et le réel5, paru chez Albin Michel en 1965.Or voici qu\u2019après plusieurs années, loin de renier les résultats de cette ancienne étude, il n\u2019hésite pas à faire d\u2019elle le centre même de l\u2019essai qu\u2019il écrit pour les Éditions du Seuil.Sans doute, la manière bien particulière d\u2019aborder un auteur qui est celle d\u2019une certaine critique moderne sauve-t-elle bien des textes d\u2019un vieillissement souvent inévitable.Et c\u2019est le privilège de la critique de Raymond Jean, car elle \u201cne cherche pas à analyser l\u2019œuvre, à l\u2019expliquer, à la situer ou à la comprendre (mais) .à la couvrir, à entrer en contact intime avec elle\u201d °.Voilà pourquoi, loin de rejeter les résultats d\u2019une première appréhension de la poésie de Paul Éluard, le critique reprend les pages enthousiastes où il avait noté ses premières intuitions.De telles pages ne paraissent pas dépassées aujourd\u2019hui; mais, à la lumière des études éluardiennes qui ont paru depuis, elles s\u2019éclairent comme si chacun était venu puiser là un sujet de recherche.La traditionnelle querelle des Anciens et des Modernes, qui au XXe siècle a trouvé un nouveau terrain et un nouvel aliment dans le monde de la critique, s\u2019apaisera peut-être un moment devant une œuvre critique comme celle de Raymond Jean.3.\tPaul Eluard, Poésie ininterrompue (Paris, Gallimard, 1946), 69.4.\tLes Editeurs français réunis, Europe, 403-404 (nov.-déc.1962).5.\tRaymond Jean, La Littérature et le réel (Paris, Editions Albin Michel, 1965).6.\tRaymond Jean, La Littérature et le réel, 15.84 \u201cIl n\u2019y a pas d\u2019un côté, dit ce dernier, la chose écrite et de l\u2019autre la chose réelle: il y a un constant dépassement dialectique de cette opposition dans l\u2019acte d\u2019écrire comme dans l\u2019acte de lire et ce dépassement est une création continuelle qui enrichit l\u2019art et la culture, mais aussi modifie et fait \u2018avancer\u2019 la réalité.\u201d 7 En confiant son Paul Éluard par lui-même à Raymond Jean, la maison du Seuil reconnaissait implicitement la valeur d\u2019une certaine critique moderne douée d\u2019un pouvoir de fidélité créatrice et, du même coup, la grandeur du poète Éluard.Il faut en effet être très vigoureux et très personnel pour que sa voix demeure pure et audible quand elle est prise en charge par une critique qui est presque une poésie.Tout commence par des images Au centre de son essai, Raymond Jean place donc, comme dans un foyer d\u2019où tout converge et où tout va converger, le chapitre sur les images dans la poésie éluardienne.Il nous acheminera vers ce centre en nous présentant d\u2019abord l\u2019image réelle du poète, celle que nous ont léguée les biographes de Paul Éluard et dont Raymond Jean compose les deux premiers chapitres de son essai.Dans une seconde démarche, il nous fera voir l\u2019image virtuelle, celle qui est reflétée dans la parole du poète: sa parole poétique et sa parole politique.Instinctivement, Raymond Jean a donc repris pour son compte l\u2019itinéraire des peintres et des poètes surréalistes.Devant son œuvre achevée, nous pouvons emprunter le jugement qu\u2019Éluard portait sur son ami Picasso: \u201cIl est devant un poème, comme le poète devant un tableau.Il rêve, il imagine, il crée.Et soudain, voici que l\u2019objet virtuel naît de l\u2019objet réel, qu\u2019il devient réel à son tour, voici qu\u2019ils font image, du réel au réel, comme un mot avec tous les autres.\u201d 8 L\u2019image du miroir surgit spontanément d\u2019ailleurs quand on parle de l\u2019auteur de l\u2019Amour la poésie: un Paul Éluard par lui-même, n\u2019est-ce pas déjà un Paul Éluard devant son miroir ?Il est, de plus, assez significatif que Raymond Jean ait encore choisi pour la photo-couverture de son livre, qui fait pourtant partie d\u2019une collection à l\u2019uniformité sévère, la fameuse photographie exécutée par Izis, celle d\u2019un Éluard face à son double lumineux.7.\tIbid., 17.8.\tPaul Eluard, Donner à voir (Paris, Gallimard, 1939), 76.La France et le Québec devant Paul Éluard L\u2019image du poète, débarrassée de toutes les contingences qui ont pu l\u2019obscurcir au cours des quelque vingt-cinq années de l\u2019après-guerre, Raymond Jean tente donc de la mettre en pleine lumière.Dès l\u2019introduction, il tâche à faire le point sur l\u2019état actuel de la présence éluardienne en nous assurant que \u201cle centre de gravité de l\u2019histoire de la poésie éluardienne se déplace\u201d 9.Cette mise au point, certes nécessaire en France, nous paraît à nous du Québec pure précaution oratoire.Ce n\u2019est pas en effet la Résistance qui nous a fait connaître Paul Éluard ni non plus le célèbre poème \u201cLiberté\u201d.Non, ici Éluard est entré par la porte étroite, celle de la poésie.Jamais chez nous Éluard n\u2019a été un poète national; il n\u2019a donc jamais eu de vaste audience mais, par contre, ceux qui, au Québec, ont entendu sa voix, s\u2019ils sont relativement peu nombreux, sont de ceux qui ne laissent pas perdre une parole authentique.Pendant cju\u2019on s\u2019efforce en France de replacer Éluard parmi les poètes issus du surréalisme 10, ici, plusieurs de nos poètes actuels, \u2014 je pense en particulier à Roland Giguère et aux poètes de l\u2019Hexagone, \u2014 comptent depuis longtemps Paul Éluard et son ami René Char, sinon comme des maîtres, du moins comme des initiateurs.\u201cLa poésie d\u2019Éluard, dit Raymond Jean, a connu plusieurs moments, mais elle a toujours rendu un même son\u201d u.Le retard qu\u2019accuse souvent le Québec face aux \u201cévénements\u201d littéraires français, retard qu\u2019il doit en partie à l\u2019éloignement dans le temps et dans l\u2019espace, lui a servi pour cette fois en lui permettant de ne connaître de la voix du poète français que \u201cce qui en fait l\u2019originalité la plus profonde .une vibration du diapason .restée la même dans tous les livres: prolongée, juste, jamais éteinte\u201d.12 La Poésie, le lieu de l\u2019amour Dans les deux premiers chapitres de son essai, Raymond Jean retrace la biographie d\u2019Éluard.S\u2019il n\u2019apporte 9.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 7.10.\tIbid., 1.11.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 9.12.\tIbid., 9.RELATIONS aucun élément qui ne soit déjà contenu dans le livre de Luc Decaunes 13, il a le mérite, du moins, de marquer clairement les principales étapes de la vie du poète et de souligner l\u2019unité fondamentale de cette vie dont tous les éléments furent organisés en fonction de l\u2019amour:\t\u201cL\u2019amour éluar- dien .est.d\u2019abord un amour qui s\u2019exprime: s\u2019il a la force obscure, la puissance onirique de l\u2019amour fou de Breton, il cherche tout de même sans cesse un principe de raison, une forme qui le tempère et lui impose un ordre, dans la parole qui le porte.\u201d 14 Raymond Jean reconnaît avec beaucoup de justesse que le lieu de cet amour pour Éluard, c\u2019est la poésie.C\u2019est tellement vrai que quiconque entreprend l\u2019étude d\u2019un thème ou d\u2019une image de la poésie d\u2019Éluard voit très vite que ce thème ou cette image sont liés presque organiquement à l\u2019amour.Et l\u2019amour pour Éluard a toujours eu un visage bien précis, un visage concret, le visage de telle femme qu\u2019on voit briller à travers les poèmes des diverses périodes: visage de Gala, fascinant et énigmatique, à l\u2019éclat presque aussi insoutenable que celui du soleil, visage doux et fragile du Nusch, visage fort et austère de Dominique, la dernière épouse.\u201cL\u2019amour la poésie\u201d sont pour Éluard deux réalités indissociables: le phénix renaît sans cesse dans une poésie ininterrompue.Toutes ces femmes réelles, nous les retrouvons donc au cœur de l\u2019œuvre comme dans un miroir qu\u2019Éluard se serait appliqué à polir pour garder de chacune d\u2019elles la précision des traits et la chaleur de la présence.\u201cD\u2019une seule caresse je te fais briller de tout ton éclat\u201d 15, avait écrit le poète sur les trois volets d\u2019un miroir.Les visages des femmes aimées se sont estompés aujourd\u2019hui, mais tous ceux qui lisent les poèmes d\u2019Éluard retrouvent cet éclat et cette pureté que la parole du poète a rendus inaltérables.Le poète de l\u2019image Dans le chapitre central de son essai, Raymond Jean refait l\u2019inventaire des principales images éluardiennes vivant \u201cde leur vie autonome qui n\u2019est que 13.\tLuc Decaunes, Paul Eluard (Rodez, Editions Subervie, 1964).14.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 42.15.\tEluard, livre d\u2019identité.(Réalisé par D.Valette, Vevey, Tchou, 1967), 92.MARS 1969 le reflet, l\u2019expression directe des mouvements intimes, profonds, de la vie du poète, ceux dont la naissance, la source, l\u2019origine ne peuvent être saisies que dans une zone où il est vain de vouloir séparer l\u2019imagination du corps de celle du langage\u201d.10 On sait l\u2019importance de l\u2019image pour les surréalistes, \u201cle stupéfiant image\u201d dont parlait André Breton.Disons que l\u2019une des vertus de la poésie d\u2019Éluard tient à la qualité et à la puissance de l\u2019image sans cesse recréée, sans cesse assumée par une langue simple et envoûtante.Images de toutes sortes mais dont la profusion n\u2019engendre jamais de confusion, car elles s\u2019ordonnent d\u2019elles-mêmes un peu comme les notes d\u2019une mélodie.Si les symbolistes ont voulu reprendre à la musique les droits de la poésie, l\u2019on peut affirmer que les surréalistes, et singulièrement Paul Éluard, ont repris à la peinture leurs droits.Raymond Jean a relevé dans la poésie d\u2019Éluard certaines images qui reviennent fréquemment et il a tenté de percer le mystère de leur apparition ou de leur résurgence.Il ne donne cependant pas ses conclusions comme irrévocables.Celles-ci sont toutefois suffisamment séduisantes pour pousser le lecteur à revenir vers l\u2019œuvre du poète.Il trouvera peut-être à ce moment d\u2019autres beautés à la poésie d\u2019Éluard; alors, le critique aura rempli son rôle qui est de donner au lecteur une seconde vue.Les mots éluardiens Ce n\u2019est pas un des moindres mérites de Raymond Jean que de laisser vraiment la parole au poète tout au long de cette étude qui se trouve être, de ce fait, un véritable Paul Éluard par lui-même.Par le monde des images, le critique est amené à s\u2019interroger sur la parole poétique de Paul Éluard.Cette étude sur le langage constitue peut-être la meilleure partie de l\u2019essai.Et il le fallait; car, si Éluard fut toujours un chantre de l\u2019amour et un créateur extraordinaire d\u2019images, il fut pardessus tout un poète et donc quelqu\u2019un pour qui le langage est primordial: \u201cIl nous faut peu de mots pour exprimer l\u2019essentiel, disait Éluard, il nous faut tous les mots pour le rendre réel\u201d.17 Or, explique Raymond Jean, \u201cles mots 16.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 80.17.\tDictionnaire abrégé du surréalisme, 1938.éluardiens sont en un sens le contraire des mots sartriens: loin de prendre la densité des choses, ils lancent aux choses une constante invitation à s\u2019alléger, à se multiplier, à se recréer, ils sont une perpétuelle promesse que la vocation du poète est de tenir\u201d.18 \u201cIl s\u2019agit moins désormais de jouer du langage que de le \u2018dresser poétiquement\u2019.\u201d 19 \u201cLes jeux de hasard auxquels il soumet la parole ne sont jamais gratuits, en ce sens qu\u2019ils cherchent toujours à créer la possibilité de nouvelles lectures de la réalité\u201d 20.La partie de ce petit volume consacrée aux textes d\u2019Éluard est relativement mince, mais les poèmes sont très bien choisis.L\u2019auteur les a groupés ainsi: Le Premier Éluard (1917-1924), celui qui \u201cprend possession de son langage\u201d et dont nous retiendrons le magnifique poème intitulé \u201cLa Parole\u201d; La Période surréaliste (1924-1939), et c\u2019est l\u2019époque \u201cdu grand langage\u201d: La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent [pas .; 21 La Poésie de combat (1936-1948), où l\u2019on trouve le poème \u201cLiberté\u201d; Poésie ininterrompue (1946), \u201cpoème du temps, mais aussi de l\u2019espace, car c\u2019est bien dans un vaste espace poétique que va se tisser cette trame du langage où des fictions se mêlent aux redoutables réalités\u201d.22 Enfin, Le Dernier Éluard (1946-1952), celui \u201cqui a réconcilié tous les contraires\u201d, cet Éluard dont \u201cle Château des Pauvres\u201d porte le plus émouvant témoignage.\u201cUne fête éluardienne\u201d Dans un article qu\u2019il écrivait récemment pour la Quinzaine littéraire: \u201cÉluard, aujourd\u2019hui présent\u201d, Raymond Jean disait: \u201cUne fête éluardienne.Telle aura été l\u2019année 1968, avec ses multiples albums, livres d\u2019images, éditions, rééditions qui viennent rajeunir la gloire du poète.\u201d23 Qu\u2019il nous soit permis de reprendre cette affirmation, mais en ajoutant que Raymond Jean a beaucoup contribué au 18.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 85.19.\tIbid., 89.20.\tIbid., 91.21.\tPaul Eluard, Capitale de la Douleur (Paris, Gallimard, 1966), 153.22.\tRaymond Jean, Paul Eluard par lui-même, 164.23.\tLa Quinzaine littéraire, no 61, du 16 au 30 novembre 1968, 12-13.85 succès de cette fête éluardienne.S\u2019il est important que les œuvres d\u2019un grand auteur soient réunies et leur ensemble rendu acceptable à ses lecteurs et admirateurs, il est nécessaire aussi que les \u201clecteurs-créateurs\u201d que sont les critiques se penchent sur elles et leur permettent de livrer toute leur richesse.Le théâtre Après les Fêtes, la relance de la saison dramatique, à Montréal, a été assez remarquable.Menu varié et pour tous les goûts, allant du plus pur classique au happening à la mode, et canadien \u2014 pardon, québécois \u2014 par dessus le marché.Le Jeu de l'amour et du hasard À la Nouvelle Compagnie théâtrale l\u2019honneur de nous convier au classique, un Marivaux: le Jeu de l\u2019amour et du hasard.Jeu, à vrai dire, bien connu, du moins des critiques, mais nouveau pour les jeunes auxquels il s\u2019adressait; nouveau aussi pour Louise Marleau et Gaétan Labrèche, absents de la distribution lors des représentations de ce même Jeu par la même Compagnie, il y a deux ou trois ans.Comme la première fois encore, si je ne m\u2019abuse, Georges Groulx a signé la mise en scène dans un beau et clair décor de Claude Fortin, animé des jolis costumes de François Barbeau.J\u2019avoue ne m\u2019être pas rendu au Gesù, pour cette pièce, avec un enthousiasme délirant.Comme dans Corneille, le devoir l\u2019emportait sur le plaisir ! Mais, vite, le charme a opéré.Il faut en convenir, un beau texte \u2014 ce qui est rare \u2014 bien dit \u2014 ce qui est plus rare encore \u2014 produit ordinairement son effet de jouissance esthétique qui enchante.Comment ne pas applaudir, par exemple, la grâce, la finesse, l\u2019ingénieuse habileté de Marivaux dans cette merveilleuse scène de la première rencontre de Silvia et de Dorante, sous les déguisements de servante et de valet.Et ce n\u2019est qu\u2019un moment que Le livre de Raymond Jean constitue une excellente introduction à la lecture de Paul Éluard .Quant à ceux qui connaissent déjà le poète de Capitale de la Douleur, ils admettent, après avoir lu Raymond Jean, qu\u2019une certaine critique, quand elle touche une l\u2019auteur multipliera pour notre plaisir de l\u2019esprit.Certainement ce n\u2019est pas là le langage actuel de l\u2019amour, direct et agressif.Mais le ton de suprême raffinement de celui-là vaut bien la vulgarité de celui-ci.Car c\u2019est bien d\u2019amour qu\u2019il s\u2019agit.De bout en bout de l\u2019œuvre.On n\u2019en sort pas.Avec une dextérité étonnante, Marivaux, le magicien, en fait saillir toutes les subtilités les plus cachées, en fait reluire toutes les facettes, briller tous les feux, sous les apprêts d\u2019un langage légèrement vieillot et pas du tout de notre temps, mais d\u2019une exquise harmonie et d\u2019une lumineuse précision \u2014 ce qui ne peut qu\u2019accuser une fois de plus la pénible décadence de notre parlure d\u2019aujourd\u2019hui.Le personnage de Silvia incarne les multiples modalités de cet amour qui naît sous nos yeux, grandit, se développe, s\u2019inquiète, souffre, se désespère et triomphe enfin dans un cri de victoire bien méritée.Louise Marleau a été cette parfaite Silvia: elle a su, avec mesure et nuance, révéler les divers mouvements de son cœur passablement bousculé par les variations diverses de ce jeu étrange auquel Silvia s\u2019était, peut-être imprudemment, soumise.Et si, parfois, son jeu, surtout au début, parut trop nerveux, c\u2019est la faute à la mise en scène de Groulx.Il avait proclamé dans le programme: \u201cPlace aux Italiens !\u201d qui, comme on sait, passent pour agités, enthousiastes, démonstratifs et toujours en mouvement fébrile.Cette exubérance convenait mieux au fantasque Arlequin de Jacques Zouvi dont le personnage doit, en effet, con- œuvre, peut redire sans prétention le vers du poète: D\u2019une seule caresse je te fais briller de tout ton éclat.Et cet éclat rejaillit sur elle et contribue encore à affiner son regard pour de prochaines rencontres.Georges-Henri d\u2019Auteuil, S.J.traster fortement avec celui de Dorante, tout confit en noble dignité et réserve que François Tassé a bien fait ressortir dans son interprétation.Françoise Graton est agréablement mutine en Lisette, très assurée de son pouvoir de séduction.Il faut dire que le brave Arlequin n\u2019a pas le droit d\u2019être trop fine bouche en ce domaine.François Rozet joue avec élégance les pères nobles, sans oublier ses coutumiers petits tics qui pouvaient agacer hier mais qui lui paraissent tellement naturels aujourd\u2019hui qu\u2019on n\u2019y fait plus attention.Mario, le frère taquin de Silvia, a été interprété avec une touche de préciosité et de pédantisme fort amusante par Gaétan Labrèche qui a donné, ainsi, à son personnage une couleur qu\u2019on ne lui trouve pas toujours.La Jalousie Certains n\u2019aiment pas Sacha Guitry.Ils le trouvent affecté, prétentieux, même poussé à l\u2019exhibitionnisme.Ils n\u2019étaient pas, à la première de la Jalousie, que présentait le Rideau Vert, en janvier, au Stella, si l\u2019on en juge par la façon plutôt favorable dont l\u2019assistance a réagi dès les premières répliques, avec un plaisir manifeste.Le cas Guitry peut prêter, en fait, à diverses interprétations.Selon qu\u2019on considère l\u2019homme d\u2019abord, foncièrement égoïste: à travers les nombreuses femmes qu\u2019il dit avoir aimées c\u2019est lui et lui seul qu\u2019il cherchait, sa satisfaction, sa jouissance, son bonheur à lui; 86 RELATIONS comme acteur ensuite, très souvent cabotin, avide comme un enfant d\u2019applaudissements, d\u2019adulation, aussi toutes ses pièces ne sont que prétexte à le faire valoir dans des premiers rôles avantageux; ou encore dans sa conception amorale de la vie tout entière tournée vers les plaisirs terrestres et charnels et sans aucune visée spirituelle.Mais sur le plan de l\u2019art, il est sans conteste, comme Marivaux, un virtuose de la langue et un maître du dialogue, de l\u2019intrigue et de la composition théâtrale.Par là il survivra, à moins que la barbarie des esprits et des mœurs actuelle ne l\u2019emporte sur la civilisation humaniste si péniblement obtenue par des siècles d\u2019efforts.En attendant ces sombres jours, les spectateurs du Stella ont admiré, sans réticence, les nombreuses qualités artistiques de Sacha Guitry qu\u2019ils découvraient, à nouveau, dans la Jalousie que d\u2019ailleurs, l\u2019équipe du Rideau Vert, admirablement habillée par François Barbeau, a interprétée avec beaucoup de goût, sous la direction de Guy Hoffman.Je veux souligner tout de suite que cette comédie \u2014 comme la plupart des autres de Guitry \u2014 est courte, qualité de plus en plus rare dans le théâtre contemporain qu\u2019envahit un détestable bavardage, signe ordinaire de la pauvreté de pensée des auteurs ou de leur impuissance à choisir l\u2019essentiel.Un premier acte, un peu plus élaboré, de mise en train de l\u2019intrigue et de présentation du couple, cause du conflit, que deux actes rapides entraînent au pas de course, avec à peine un ou deux instants d\u2019arrêt, vers le dénouement: voilà la Jalousie.On n\u2019a aucunement l\u2019idée de regarder l\u2019heure, ni de crier aux personnages, comme Bossuet, \u201cMarche ! Marche !\u201d.La jalousie est un vice assez fréquent mais jugé ordinairement méprisable même si elle n\u2019est pas sans fondement.Celle du ridicule mari imaginé par Guitry, à l\u2019égard de son épouse est d\u2019abord absolument injustifiée mais devenue odieusement tracassière, elle suscitera justement chez son épouse la faute redoutée.C\u2019est sur ce simple canevas que l\u2019imagination de l\u2019auteur tracera ses arabesques aux chatoyantes couleurs pour en faire un tissu de grand prix.Sujet qui pourrait engen- MARS 1969 drer un sombre drame mais que Guitry habille de la grâce légère d\u2019un divertissement presque anodin qui camoufle à merveille la perversité de l\u2019œuvre.Gilles Pelletier est un acteur intelligent et plein de ressources.Mais ses gestes anguleux, son jeu saccadé et brusque m\u2019ont semblé peu adaptés à son personnage d\u2019Albert Blondel, le mari.Au contraire, Yvette Brin-d\u2019Amour, dans le rôle de l\u2019épouse, tout à fait détendue, dégagée, naturelle, a joué avec une aisance parfaite.Une nouvelle acquisition, fraîchement arrivée de France, Hubert Noël, a fait bonne impression par son jeu facile et naturel dans le personnage de l\u2019homme de lettres.La scène d\u2019André Cailloux, en détective privé, a été un bon moment de la soirée avec la composition savoureuse de la jeune Michèle Magny, qui avait déjà fait ses preuves à l\u2019École nationale de théâtre, en pétillante dactylo pas très forte en orthographe mais douée à coup sûr pour la scène.Avec bonhomie et dignité, Marthe Thiéry a été une mère complaisante et avisée, tâchant d\u2019apaiser les inquiétudes de sa fille et les turbulences de son gendre.Témoignage irrecevable Au dire de plusieurs, la production théâtrale française souffre d\u2019anémie.C\u2019est, semble-t-il, le repos du guerrier.Mais il y a danger d\u2019invasion.Elle est déjà commencée.Les jeunes auteurs, fringants et audacieux, de Londres et de New York s\u2019installent sur les boulevards.Nous qui sommes plus pauvres encore que nos cousins, enfin retrouvés, de là-bas, nous les imitons pour être \u2014 c\u2019est la mode \u2014 à l\u2019heure de Paris.Ainsi, le Théâtre du Nouveau Monde vient de nous révéler un produit caractéristique de cette génération des jeunes hommes en colère que la respectable Angleterre connaît et subit, John Osborne, dont il a interprété Témoignage irrecevable.Osborne passe pour un des parangons de la dramaturgie anglaise moderne.Il est en effet un bel échantillon de l\u2019esprit de révolte et de contestation qui fleurit un peu partout dans le monde: son théâtre en est le porte-voix.Assez tonitruant d\u2019ailleurs.Mais comme tout théâtre engagé, il est parti- san, sectaire et agressif.On trouvait abusif, hier, le \u201cCrois ou meurs\u201d des musulmans.C\u2019est pourtant l\u2019attitude de ces Messieurs de la contestation.Vous pensez comme eux ou vous perdez votre droit à l\u2019existence.On comprend que cette attitude paraisse agaçante et.contestable .De plus, du moins dans Témoignage irrecevable, Osborne est trop long et fastidieux.L\u2019éprouvante seconde partie, surtout, est difficilement supportable, spécialement à cause de cette interminable succession de téléphones.Au cours de l\u2019acte, le principal protagoniste de la pièce téléphone à en avoir le bras fourbu, à sa femme, deux ou trois fois, à sa maîtresse, de même, à sa fille, à ses collègues du Barreau, sans oublier sa réceptionniste.Tout à fait harassant et pour le comédien et pour nous; cela fixe, en plus, abusivement, la mise en scène au pupitre et à l\u2019appareil téléphonique, à moins d\u2019utiliser cent ou deux cents pieds de fil pour permettre des évolutions dans la pièce.Surtout dans Osborne il y a du doctrinaire, qui juge et condamne: sa virulente déclamation contre la jeunesse de ce temps en est un exemple typique, dans Témoignage irrecevable.Mais quand le témoignage devient précisément irrecevable parce qu\u2019il ne répond plus aux idées courantes, manque de coller au réel, il est vite alors dépassé et abandonné.C\u2019est le danger du théâtre qui se veut trop actuel.Heureusement, le vrai drame de Témoignage irrecevable, \u2014 et cela a la chance de durer \u2014 se joue dans la conscience de Bill Maitland face à sa vie ratée, au définitif échec surtout de sa quête forcenée de l\u2019amour.Là, nous touchons enfin le vrai théâtre.Quand Maitland sent le vide se faire autour de lui, que l\u2019un après l\u2019autre, amis, collègues, femme, enfant, maîtresse, tous l\u2019abandonnent, qu\u2019il s\u2019enfonce dans l\u2019inéluctable solitude comme dans sa tombe, il nous intéresse alors parce qu\u2019il nous touche, parce qu\u2019il est un homme, un pauvre homme qui souffre et non plus un bavard contempteur du monde.Il y a donc du bon grain dans cette œuvre, beaucoup trop de paille aussi qu\u2019il aurait fallu brûler.On ne le dira jamais assez: choisir est la première 87 fonction de l\u2019artiste véritable.Osborne aurait intérêt à l\u2019apprendre.Son témoignage de trois heures est rendu par Bill Maitland.En effet, ce personnage porte douloureusement la pièce sur ses épaules; la demi-douzaine d\u2019autres personnages, simples comparses, passent quelques instants dans le drame de Maitland pour disparaître aussitôt.Rôle écrasant, tendu, basculant du réel au rêve ou vice versa, sans répit, harcelant.Rôle qui à cause de ses difficultés mêmes peut tenter un comédien désireux de se surpasser, de s\u2019égaler aux plus grands peut-être.Jean-Louis Roux s\u2019y est essayé avec un succès très honnête.On a pu louer, surtout, une intensité soutenue de jeu remarquable qu\u2019exige le personnage excessif de Maitland.Le trop long récit de Jones Maples a été sauvé du naufrage par la chaude et vibrante interprétation de Jean Per-rau et Gisèle Schmidt a réussi presque un petit tour de force en incarnant, à tour de rôle, avec variété et émotion, trois dames en instance de divorce.Le plateau du Port-Royal \u2014 j\u2019y reviens \u2014 est trop large pour une pièce comme Témoignage irrecevable qui requiert non pas de l\u2019espace mais de l\u2019intimité.La mise en scène en souffre et l\u2019impression dégagée y perd de sa force.Double jeu Il a été difficile, semble-t-il, de définir le vrai sujet de Double jeu que madame Françoise Loranger a présenté à la Comédie Canadienne.Dans le programme, l\u2019auteur fait état de liberté et de bonheur, à la suite d\u2019Aragon.D\u2019autres ont parlé de recherche de l\u2019amour et de la vie, pour justifier, sans doute le double jeu.En fait cette quête de bonheur, d\u2019amour, de vie devrait, affirme-t-on, aboutir à Dieu, unique source parfaite du bonheur, de l\u2019amour, de la vie comme de la vraie liberté.Mais si on tient à la pièce elle-même, telle que représentée, l\u2019amour m\u2019en paraît le seul thème fondamental.Amour idéal, sans doute, presque irréel, dont l\u2019objet perçu au loin, de l\u2019autre versant d\u2019une large rivière, n\u2019est peut-être qu\u2019illusion, mais amour humain tout de même sous les traits d\u2019un jeune homme bien en chair qui refuse d\u2019ailleurs de jouer le jeu.S\u2019il y a autre chose, ce n\u2019est pas apparent; il faudrait l\u2019expliciter.Au reste, l\u2019intérêt de Double jeu se dégage beaucoup moins de la nouveauté du thème que de l\u2019insistance sur l\u2019originalité de la présentation.D\u2019emblée le spectacle l\u2019emporte sur le texte qui devient presque accessoire.Effectivement il n\u2019a rien de remarquable.On peut alors se poser la question: où va le théâtre ?Restera-t-il un art distinct et autonome ou sera-t-il absorbé par une sorte de fête scénique genre happening ?Produira-t-il encore des pièces de littérature fortement composées dans un style clair, précis et soigné ou simplement des scénarios succincts, sujets à une constante revision et ajustement selon les exigences du spectacle ?Double jeu essaie d\u2019har-moniser ces divers éléments mais avec un bonheur partagé.A l\u2019occasion de Double jeu on a fait état de la participation du public, prévue entre les deux parties de la pièce.Les personnes de la salle sont invitées à venir interpréter, à l\u2019impromptu, et donc improviser, quelques scènes de l\u2019œuvre.Lors de la représentation à laquelle j\u2019ai assisté, cette participation a été assez pitoyable.Des trois couples de jeunes qui se sont risqués, seule, une jeune fille a marqué un joli talent, les autres, surtout les garçons: presque inexistants.Expérience qui relève plutôt, à mon sens, du théâtre d\u2019essai que du théâtre professionnel.De la distribution de ce Double jeu, je relève l\u2019interprétation surtout de Dyne Mousso en chercheuse d\u2019amour même à prix fort, de Jacques Galipeau et Lionel Villeneuve spécialement ce dernier, tout à fait à son aise dans le brouhaha de la mise en scène d\u2019André Brassard.Le groupe des Alexandrins était chargé de la musique et des chansons.Mais pourquoi, grand dieu, cette guitare électrique et ces hauts parleurs tonitruants ?BabababeLLLLLL \u201cIl (Raoul Duguay) effectue un retour à l\u2019élémentaire, à la source de l\u2019oralité et découvre la charge de potentiel psychique contenue dans l\u2019émission de la parole.\u201d Vraiment, \u201ccomme en termes élégants ces choses-là sont dites\u201d ! Or, ce \u201cretour à l\u2019élémentaire\u201d consiste en bruits fracassants, cris, hurlements, vociférations, farces idiotes, bouffonneries scatalogiques ou sacrilèges, odieux blasphèmes, pour le spectacle, intelligemment appelé BabababeLLLLLL, du premier des Lundis du TNM, hélas ! Par cette initiative, on veut \u201cprésenter au public en général ainsi qu\u2019aux abonnés du TNM (je n\u2019en ai pas vu cinq dans l\u2019assistance!) des auteurs nouveaux ainsi que leurs expériences dans le domaine des présentations scéniques\u201d.Initiative heureuse, soit.Réussite nulle, même si les musiciens ont du talent (les seuls à recevoir des applaudissements) mais, bien mal utilisé.De ce Lundi, le Théâtre du Nouveau Monde ne sort pas grandi.i)\tO \u2022\t /votmôin \u2014>v22.cu\tiLuei, Une./ ROSAIRE DESNOYERS,\tPRÉS.Ameublement et accessoires de bureau\t261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 88 RELATIONS AU SERVICE DU FRANÇAIS Le point d\u2019exclamation.\u2014 Comme son nom l\u2019indique, le point d\u2019exclamation \u2014 ! \u2014 ne devrait embarrasser personne.On l\u2019emploie normalement après une .exclamation: cri d\u2019alarme, de douleur ou d\u2019effroi, vocifération de rage, gémissement, interjection de lassitude, de surprise, de délivrance, ardent souhait.Hélas ! \u2014 Quelle folie ! \u2014 Au feu ! André ! Je t\u2019en prie, ne pars pas ! \u2014 Effronté ! Tu mens ! \u2014 Tout ce drame pour une potiche brisée ! \u2014 Bah ! une malchance de plus ou de moins ! \u2014 Enfin ! respirons en paix ! \u2014 Puisses-tu réussir ! On le voit par ces quelques exemples: il y a plusieurs formes d\u2019exclamation, quant à la pensée et quant à l\u2019expression.Libre à l\u2019écrivain, comme à l\u2019orateur, de se servir d\u2019un mot, d\u2019une proposition ou d\u2019une phrase.De plus, l\u2019exclamation (l\u2019interrogation aussi) peut tenir uniquement à la signification affective ou émotive que sous-entendent les termes, sans comporter un seul vocable qualifié d\u2019exclamatif.Enfin, il y a lieu de mentionner l\u2019exclamation indirecte qui ne justifie pas l\u2019usage du point d\u2019exclamation.La même remarque vaudra pour l\u2019interrogation.Rien là de compliqué, semble-t-il.Mais le caprice des uns les pousse à prodiguer inutilement les points d\u2019exclamation; par la négligence des autres, le point d\u2019exclamation qu\u2019exige le sens de la phrase manque à l\u2019appel.Dans un récit, l\u2019auteur note, je suppose, la stupéfaction des témoins d\u2019un incident.11 écrit: Etonnement général.Constat, sans plus.A quoi bon le ponctuer d\u2019une exclamation ?Mais s\u2019il désire rendre sensible l\u2019émoi d\u2019un personnage, il ajoutera un point d\u2019exclamation à une phrase qui a l\u2019apparence MARS 1969 Ponctuation \u2014 3 Joseph d\u2019Anjou, S.J.d\u2019un énoncé banal.Françoise annonce à son amie Pauline: \u2014 J\u2019ai quitté mes parents.Je vis^seule dans un petit appartement, rue Berri.L\u2019autre, estomaquée, s\u2019écrie: \u2014 Tu as fait ça ! La phrase a l\u2019air d\u2019une affirmation commune.Mais le point d\u2019exclamation marque le saisissement que l\u2019auteur prête à Pauline.Subtile ou ténue, la nuance excla-mative que l\u2019écrivain veut exprimer sans recourir aux mots habituels doit paraître à première lecture.L\u2019ironie, l\u2019étonnement feint, on leur donne parfois du relief par le point d\u2019exclamation placé ou bout d\u2019une phrase ou de quelques mots.Après le récit d\u2019injustices révoltantes, le chroniqueur ou l\u2019historien se contentera d\u2019une réflexion cynique ou désabusée.Justice humaine ! Ou bien: On n\u2019a pas en vain proclamé une Déclaration des droits de l\u2019homme ! Sans le point d\u2019exclamation, le lecteur risquerait de se méprendre sur le sentiment de l\u2019auteur.L\u2019apprenti se reconnaît à l\u2019abus qu\u2019il fait du point d\u2019exclamation (et des points de suspension).Comme pour les épithètes sentimentales, la multiplicité émousse l\u2019impression.La vraie force évite l\u2019artifice ou la surcharge.Pour vérifier cette observation, il suffit de parcourir une revue populaire dont les collaborateurs et collaboratrices ont peu de culture ou d\u2019expérience.Dans les premières œuvres d\u2019un romancier vraiment novice, pullulent les points d\u2019exclamation (ou de suspension) superflus.Parfois dans les essais d\u2019écrivains chevronnés.Exemples.Il est bon que les lois viennent au secours des volontés défaillantes ! L\u2019homme ne voyait pas l\u2019enfant.La femme, qui le porte, le nourrit, l\u2019élève, elle, l\u2019aurait vu ! (On parle du rôle de la femme dans l\u2019élaboration de lois protectrices de l\u2019enfance.) Il s\u2019agissait d\u2019organiser une campagne pour obtenir une loi favorable à l\u2019avortement ! Rien que ça ! Le dernier point d\u2019exclamation a sa raison d\u2019être; les autres, non.D\u2019autre part, faible ou forte, si l\u2019exclamation est traduite par un mot ou un tour nettement exclamatif dans la phrase (longue ou brève), on doit terminer celle-ci par un point d\u2019exclamation.L\u2019oubli de cette règle élémentaire dépare presque tous les livres écrits en français de nos jours.Voici quelques spécimens choisis entre mille.Comme les mots sont difficiles à manier lorsqu\u2019on veut bien se faire comprendre.Puissent tous les chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui recevoir ce suprême avertissement que le Père Teilhard de Chardin leur adresse.Tant mieux si les portes ouvertes le sont pour accueillir les autres et partager avec eux les richesses qu\u2019on possède et multiplier ces richesses en les donnant comme le Christ multiplia les pains pour nourrir la foule qui avait faim.Il faut évidemment un point d\u2019exclamation à la fin de chacun des exemples cités; la longueur de la dernière phrase n\u2019excuse pas l\u2019écrivain de l\u2019avoir omis.A lire certains ouvrages, on croirait que, pour leurs auteurs, le fait d\u2019avoir réussi une phrase de plusieurs lignes les dispense de ponctuer convenablement selon le sens même de leur pensée.Curieux phénomène, sur lequel le problème de la virgule nous forcera de revenir.Et comme si l\u2019on voulait compenser cette déficience, on tombe dans l\u2019excès opposé, qui consiste à terminer \u2014 fautivement \u2014 par un point d\u2019exclamation une phrase bonnement déclarative, mais contenant une exclamation indi- 89 Avec ou sans commentaires recte.À la fin de toutes les phrases semblables à la suivante, il faut mettre un point simple.Paul a montré à quels risques et à quels pièges, à combien d\u2019embûches et de traquenards il a échappé pour parvenir au but de son expédition.Reste à souligner deux détails importants.Le point d\u2019exclamation ne finit pas nécessairement une phrase de manière à commander d\u2019écrire avec une majuscule le mot qui vient après; il lui arrive de figurer à l\u2019intérieur comme au bout d\u2019une phrase.Au moins dans deux cas faciles à identifier.Après une exclamation formulée par un ou plusieurs mots, un interlocuteur poursuit sa pensée et sa phrase; celle-ci se terminera ou non par un second point d\u2019exclamation selon le sens général de la phrase entière.Exemples.Ah ! je le croyais ici.Tonnerre ! il va pleuvoir des coups ! (Don José dans Carmen.) Quelle chance ! il a, imagine, gagné son pari ! Dans le dernier exemple, un point ordinaire pourrait terminer la phrase.Par le point d\u2019exclamation, on insiste sur la joie, l\u2019exubérance de la personne qui parle.Souvent, dans le cours d\u2019une phrase, une réflexion incidente prend la forme d\u2019une exclamation, qu\u2019il importe alors de signaler par le point correspondant.La phrase, cependant, se continue, et le premier mot suivant n\u2019a pas besoin d\u2019une majuscule.Il partit sans compagnon \u2014 quelle audace ! \u2014 et ne parut aucunement inquiet du danger auquel il s\u2019exposait.Évidences, murmurera-t-on.Pour qui réfléchit.\u201cLes catholiques pratiquants et l\u2019Église de Montréal\u201d A la demande de l'Action Catholique de Montréal, le sociologue Normand Wener a entrepris une recherche scientifique auprès de 743 laies, de 15 à 64 ans, du diocèse de Montréal, laïcs qui se sont déclarés en très grande majorité \u201ccatholiques pratiquants\u201d.L\u2019Action Catholique de Montréal (1207, rue Saint-André, Montréal-132) vient de publier les résultat de cette enquête sociologique, dont les trois principales conclusions s\u2019énoncent ainsi: il y a absence de structures intermédiaires vivantes entre les laïcs et l\u2019Eglise diocésaine; les laïcs contestent le mode d\u2019exercice de l\u2019autorité dans l\u2019Eglise; les jeunes et les adultes ont des conceptions religieuses opposées.Le volume en entier mérite une lecture attentive.En voici la conclusion générale.Les laïcs interrogés perçoivent avant tout l\u2019Eglise comme une communauté spirituelle.La foi et la pratique religieuse constituent les principales conditions d\u2019appartenance à cette communauté.La dimension organisationnelle et hiérarchique de l\u2019Eglise leur apparaît moins importante et plus facilement contestable.D\u2019autre part, la foi, la messe et la coopération apparaissent comme les principaux liens qui rattachent ces laïcs à l\u2019Eglise.Peu de liens concrets et personnalisés sont valorisés.L\u2019Eglise se présente alors plutôt pour les laïcs sous une forme structurelle statistique.Leur lien d\u2019appartenance est diffus et on remarque peu de communautés intermédiaires vivantes entre eux et l\u2019Eglise universelle.Les petits groupes primaires de chrétiens se font rares même si une certaine majorité de laïcs souhaitent vivre une telle expérience de regroupement.Au niveau des organisations volontaires, environ le tiers des répondants participent actuellement à des mouvements d\u2019Eglise.Quant à la paroisse, elle semble répondre aux besoins d\u2019une certaine majorité de répondants, bien que de 40% à 50% d\u2019entre eux manifestent de l\u2019insatisfaction à son égard.Les personnes interrogées expriment également des opinions assez favorables au clergé.Ils reconnaissent l\u2019autorité religieuse du prêtre mais désirent qu'il tienne davantage compte de ce qu\u2019ils pensent et de ce qu\u2019ils sont.En ce qui regarde le culte, la pratique dominicale des répondants reste substantielle.Ils vont sur- tout à la messe pour rencontrer Dieu mais font face à certaines difficultés avec les nouveaux modes d\u2019expression liturgique.Enfin, face à l\u2019Eglise en général, plus du tiers des laïcs rejoints par l\u2019enquête ne s\u2019y sentent pas chez eux et souhaitent y participer davantage.Ils perçoivent, d\u2019autre part, une évolution dans l\u2019Eglise, évolution qu\u2019ils apprécient difficilement, et près de la moitié d\u2019entre eux se disent perturbés par les effets de changements actuels.Tels sont les éléments recueillis autour du phénomène d\u2019appartenance ecclésiale.Quant au système d\u2019attentes entre les laïcs et la hiérarchie, on peut dire, selon la perspectives des répondants, qu\u2019il y a en général compatibilité entre ces attentes mutuelles.Un point majeur fait cependant exception, celui de l\u2019autorité.Les laïcs attendent de plus grandes possibilités de participation autonome mais sentent que la hiérarchie leur demande surtout d\u2019obéir.Enfin, la religion donne un sens particulier à la vie de la grande majorité des personnes de l\u2019échantillon.Cette influence s\u2019avère cependant privée, marquant surtout leur vie affective et les réalités familiales.La foi et la charité apparaissent parmi les plus importantes valeurs de leur vie .\u201cEn termes d\u2019âge\u201d, les plus jeunes et les plus vieux s\u2019opposent assez radicalement.Les autres groupes d\u2019âge se situent par rapport à ces deux pôles, avec une brisure très nette à 35 ans.Les jeunes de 15 à 24 ans manifestent en général une identification minimale à l\u2019Eglise et une indifférence en regard de la plupart de ses aspects, sauf la foi, les petites communautés et le clergé.Ils manifestent également plus d\u2019agressivité que les autres face à la hiérarchie.Au contraire, les répondants de 55 à 64 ans acceptent en bloc toute l\u2019Eglise actuelle et toutes les améliorations dans la ligne de l\u2019orientation traditionnelle de l\u2019Eglise.Ils laissent percevoir ainsi un champ de conscience indifférencié.Les personnes de 45 à 54 ans épousent souvent les attitudes de leurs aînés alors que les répondants de 25 à 34 ans font de même envers leurs cadets.Signalons aussi que les personnes de 25 à 44 ans voient leur rôle de parents influencer leurs attitudes religieuses.Il y aurait ainsi pratiquement deux religions, ou du moins deux visions de l\u2019Eglise, l\u2019une juvénile et l\u2019autre sénile.Les points de convergence entre ces deux options nous apparaissent très peu nombreux.le meilleur choix d\u2019équipements et d'accessoires 8225, bout St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, bout Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C M.LTÉE photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-351, QUÉ., TÉL.: 389-8081 ;£Ul»kormot | s; «t>**v* 90 RELATIONS La configuration selon l\u2019occupation des répondants diffère de la précédente.On ne peut pas situer chaque groupe occupationnel sur un continuum, polarisé par deux groupes bien déterminés.Les étudiants manifestent globalement les mêmes caractéristiques que les jeunes mais d\u2019une façon plus extrémiste et plus catégorique.Les femmes au foyer ont aussi tendance à épouser souvent les traits traditionnels des personnes de 55 à 64 ans et à accepter l\u2019Eglise en bloc.Les gens de classe moyenne mettent plus que les autres l'accent sur la paroisse.Pour leur part, les ouvriers insistent davantage sur la famille, les groupes d\u2019amis et l\u2019aspect mystérieux du prêtre.Ils acceptent aussi plus facilement une certaine dépendance de la hiérarchie.Enfin, les professionnels valorisent davantage la participation aux mouvements de l\u2019Eglise, l\u2019assiduité à la messe dominicale et l\u2019influence de la religion dans leur vie de travail.Les trois phénomènes les plus importants pour l\u2019avenir A la suite de cette synthèse des principaux résultats obtenus, nous voudrions encore attirer l\u2019attention sur trois phénomènes qui nous apparaissent de la plus grande importance pour l\u2019avenir de l\u2019Eglise diocésaine.Il y a d\u2019abord cette carence de structures immédiates valables qui relieraient le fidèle à l\u2019Eglise.Ces liens diffus, entre le laïc et l\u2019Eglise, comme la foi et la pratique religieuse, nous empêchent de considérer vraiment l\u2019Eglise comme un groupe d\u2019appartenance réel pour les fidèles.Cette structure de type statistique ne favorise en rien l\u2019éclosion et le développement de communautés vivantes, si nécessaires à la vie de foi.A moins d\u2019une réorientation fondamentale, peut-être dans la ligne d\u2019une \u201cpastorale des petits regroupements affinitaires\u201d, on peut craindre une désintégration croissante de l\u2019institution ecclésiale.La paroisse ne nous semble pas pouvoir relever ce défi.Un deuxième phénomène important se polarise autour de la distribution du pouvoir dans l\u2019Eglise.Il nous apparaît évident que des citoyens d\u2019une société qui se veut démocratique, se retrouvent mal à l\u2019aise dans une institution à caractère autoritaire.L\u2019impatience rencontrée chez plusieurs laïcs nous fait estimer que le temps des concessions nominales est bien révolu.Soit que le laïc participe vraiment, à part entière, non seulement à l\u2019exécution des tâches mais aussi aux décisions importantes dans l\u2019Eglise, soit qu\u2019il aille chercher une autre institution à caractère idéologique qui respectera sa maturité personnelle.Le défi ainsi posé à l\u2019Eglise est de taille.Il constitue un test de vérité qu\u2019elle ne peut esquiver.Enfin, rappelons cette différence fondamentale entre les jeunes et les plus vieux laïcs.La religion nous apparaît la sphère de vie où s\u2019expriment le plus fortement les tensions intergénérationnelles.Comment l\u2019Eglise parviendra-t-elle à satisfaire ses deux clientèles très différenciées ?Elle ne peut sûrement pas compter sans les jeunes et ceux-ci ne se satisfont pas de messes rythmées et de modifications imperceptibles à l\u2019œil nu.Ce qui nous semble encore plus inquiétant, c\u2019est que ces jeunes ont dépassé le stade agressif pour se camper dans l\u2019indifférence.Les changements devront atteindre rapidement l\u2019orientation fondamentale de l\u2019Eglise, si on veut seulement espérer une réaction de la part des jeunes.Toute hésitation à s\u2019engager dans une telle perspective de remise en question fondamentale représente une perte de temps irrémédiable.MARS 1969 Les livres Théologie En collaboration: Avenir de la théologie.\u2014 Walter Kasper: Renouveau de la méthode théologique.\u2014 A.Ganoczy: Calvin et Vatican II.L\u2019Eglise servante.\u2014 En collaboration : A la recherche d\u2019une théologie de la violence.Coll.\u201cAvenir de la théologie\u201d.\u2014 Paris (29, bd Latour-Maubourg), 1968, 144, 68, 162 et 156 pp., 16 cm.Nouvelle collection où l\u2019on remet en cause la théologie classique et l\u2019on s\u2019efforce de la renouveler complètement.Partant du fait que l\u2019homme d'aujourd\u2019hui est en pleine crise de foi, les auteurs tentent de réinterpréter le message de l\u2019Evangile en un langage neuf et de mettre quelque chose à la portée de l\u2019homme de ce temps derrière ces notions centrales de la théologie que sont la grâce, le salut, le péché et Dieu lui-même.Le troisième volume ouvre la voie à ce que l\u2019auteur appelle \u201cune théologie vraiment œcuménique, c\u2019est-à-dire à un dialogue à la fois critique et constructif entre deux théologies\u201d: la théologie catholique et celle de Calvin.Dans le quatrième, six auteurs de discipline différente: un juriste, un marxiste, un militaire, un psychanalyste, un bibliste et un théologien, abordent le problème très actuel de la violence, dont ils tentent d\u2019élaborer la théologie.On nous avertit à la fin qu\u2019un autre ouvrage s\u2019efforcera de définir l\u2019attitude du chrétien face aux requêtes de l\u2019heure.Un bon départ pour cette collection.Richard Arès.O.Rabut: Dialogue avec Teilhard de Chardin (Editions du Cerf, 226 pp.) \u2014 D.Bonhoeffer: De la vie communautaire (Delachaux et Niestlé, 146 pp.).\u2014 S.Kierkegaard: Dans la lutte des souffrances.Discours chrétiens, tome II (Delachaux et Niestlé, 122 pp.).\u2014 G.Marcel: Etre et Avoir, tome I: Journal Métaphysique, tome II: Réflexions sur l\u2019irréligion et la foi (Aubier, Editions Montaigne, 222 et 124 pp.).\u2014 M.Menant: Paul parmi nous (Les Editions Ouvrières, 268 pp.).\u2014 R.Hostie, S.J.: Du mythe à la religion (Desclée de Brouwer, 324 pp.).\u2014Jacques Maritain: Religion et culture (Desclée de Brouwer, 176 pp.).Coll.\u201cFoi Vivante\u201d, nos 82 à 88.\u2014 Paris, 1968, 18 cm.Encore des ouvrages de première valeur dans cette collection \u201cFoi Vivante\u201d que nous avons maintes fois recommandée ici.Ceux qui auront le courage \u2014 il en faut aujourd\u2019hui pour entreprendre des lectures sérieuses, alors qu\u2019il est si facile de s\u2019installer passivement devant la télévision \u2014 le courage de lire ces livres prendront du même coup contact avec des maîtres de la pensée chrétienne : Teilhard, Bonhœffer, Kierkegaard, Gabriel Marcel, Jacques Maritain et le plus grand de tous, saint Paul, que l\u2019ouvrage de M.Menant présente tout particulièrement aux jeunes de notre temps.Il est à signaler que le volume du P.Hostie : Du mythe à ta religion est une étude de la psychologie des profondeurs telle qu'elle se retrouve chez C.G.Jung, L\u2019A.y indique comment Jung a peu à peu mis en lumière l\u2019importance du sentiment religieux dans la vie psychique.Même s\u2019il date d\u2019une trentaine d\u2019années, l\u2019ouvrage Religion et culture de Maritain garde encore sa valeur et son actualité, car il est encore vrai de dire qu\u2019 \u201caujourd\u2019hui si le chrétien oublie que le spirituel est le vrai levain de l\u2019existence temporelle, il trahit sa propre tâche et risque de laisser éteindre parmi les hommes l\u2019espoir terrestre en l\u2019Evangile\u201d.Richard Arès.John Henry Walgrave, O.P.: Parole de Dieu et Existence.Traduit du néerlandais par Emmanuel Brutsaert.\u201cCahiers de l\u2019actualité religieuse\u201d.\u2014 Tournai (Montréal, 342, terrasse Saint-Denis), Casterman, 1967, 235 pp., 21 cm.Prix: 165 f.b.Croire, vivre et justifier sa foi: autour de ces trois thèmes actuels et fondamentaux, l\u2019A, a groupé un bon nombre d\u2019articles et de conférences, de manière à fournir une théologie et une apologétique solides de l\u2019acte et de la vie de foi.Disciple fervent de Newman et théologien sensible à la mentalité de son temps, l\u2019A.assume, en les intégrant, sans compromis, à l\u2019orthodoxie, les requêtes plus ou moins aberrantes de l\u2019existentialisme et de la phénoménologie et celles, parfois ambiguës, du personnalisme immanentiste.Croire, selon la bonne tradition (pp.12, 35-42, 62, 96, 105, 116.130, 215), consiste à répondre, par un don du cœur (intelligence et volonté), à l\u2019invitation de l\u2019Amour sauveur; nécessaire et ferme adhésion à des vérités immuables en elles-mêmes, comme l\u2019Amour éternellement fidèle qui les enseigne, mais dans et par un don de personne à Personne; adhésion réfléchie, certes, mais irréductible à une simple démonstration de raison ou de raisons.Si l\u2019on peut et doit distinguer foi, espérance et charité, il ne faut jamais les séparer.Dieu, premier en tout comme créateur, a l\u2019initiative de l\u2019amour sauveur et sanctificateur par son Fils incarné, mort, ressuscité, chef de l\u2019Eglise dont les sacrements nous apportent la grâce de l\u2019Esprit.La contemplation et l\u2019amour pour Dieu, sources du renouveau de la morale (ch.9), priment et commandent l\u2019apostolat et la bienveillance pour le prochain; la liturgie, essentiellement communautaire, jaillit de la prière personnelle et l'enrichit.Sur cette synthèse éclairante, la seule qui donne sens à l\u2019existence, que de méprises ou de confusions, même dans l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui ! L\u2019A.les démasque (102-104) et les corrige magistralement dans son recueil.A quoi bon relever des passages malvenus (45), discutables (144-145) ou trop peu nuancés (65, 128, 136-137, 202) ?Ouvrage sérieux, mais assez facile à lire, apte à dissoudre des blocages psychologiques ou rationnels (toujours déraisonnables en fait) qui inhibent chez plusieurs l\u2019heureux assentiment au Dieu de la Vérité et de l\u2019Amour.Joseph d\u2019Anjou.Jacques Goldstain, O.S.B.: Création et péché.Coll.\u201cCahiers de la Pierre-qui-vire\u201d, n° 31.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer, 1968, 272 pp., 19 cm.Lauteur aborde les principaux problèmes ' historiques et théologiques que soulèvent 91 LES CATHOLIQUES AU LENDEMAIN DE L\u2019ENCYCLIQUE « HUMANÆ VITÆ » par Marcel MARCOTTE, S.J.?\tL\u2019encyclique et l\u2019obéissance catholique ?\tL\u2019encyclique et l\u2019amour conjugal ?\tL\u2019encyclique et la paternité responsable ?\tL\u2019encyclique et la liberté de conscience Prix: $1.25 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8,100 boul.Saint-Laurent Montréal-351 les onze premiers chapitres de la Genèse.L\u2019idée de création, l\u2019œuvre des six jours, la création de l\u2019homme, le péché originel, le premier meurtre, le déluge, la tour de Babel, tels sont les titres des chapitres du volume.L\u2019A.s\u2019en tient au \u201cmessage\u201d même de la Genèse, sans élaborer de \u201cthéologie\u201d sur les thèmes abordés.Plutôt qu\u2019une discussion exégétique, toutefois, ou l\u2019élaboration de points de vue personnels originaux, c\u2019est un \u201cétat de la question\u201d que l\u2019on retrouve en maintes pages de l\u2019ouvrage.Quelles opinions ont cours actuellement dans les milieux catholiques, d\u2019expression française le plus souvent ?Quelles solutions semblent les plus justes ?Telles sont les questions que l\u2019A.paraît se poser.Sans prétendre rédiger un ouvrage technique, l\u2019A.nous livre cependant une étude des plus utiles, qui permettra à plus d\u2019un, fût-il exégète de métier, de démêler plus nettement les nombreuses opinions qui ont cours au sujet de Genèse 1-11.L\u2019exposé de l\u2019A.est sobre, la langue limpide, les prises de position bien fondées, quoique manquant de hardiesse à l\u2019occasion (elles s\u2019en tiennent trop, à notre avis, aux éléments bien sûrs).Peut-être l\u2019A.a-t-il trop craint de laisser le texte scripturaire pour esquisser au moins un exposé de caractère proprement théologique au sujet des problèmes soulevés.Par contre, il sait mettre à profit l\u2019ensemble de l\u2019Ancien Testament et les principaux textes du judaïsme tardif.Il atteint vraiment son but, qui était \u201cde rendre vivant aux yeux du lecteur l\u2019un des plus vieux textes du monde, au moins par son contenu\u201d.Paul-Emile Langevin.Faculté de Théologie, Université Laval, Québec.Mgr Philippe Delhaye: Le dialogue de l\u2019Eglise et du monde d\u2019après \u201cGaudium et Spes\u201d.Coll.\u201cRéponses chrétiennes\u201d.\u2014 Paris, Editions Lethielleux, 1968, 160 pp., 18 cm.Après bien d\u2019autres, Mgr Delhaye raconte l\u2019histoire du schéma XIII et en analyse le contenu.Dans un langage simple, à la portée de tous, il décrit comment le Monde s\u2019adresse à l\u2019Eglise et comment, à son tour, l\u2019Eglise répond au Monde.L\u2019Eglise s\u2019engage pour aider l\u2019homme à se faire \u201csur la terre comme au ciel\u201d et ainsi elle collabore avec le Monde.L\u2019A.se révèle foncièrement optimiste et insiste sur le changement d\u2019optique que l\u2019enseignement conciliaire va imposer à beaucoup de chrétiens.Il ne s\u2019agit plus d être \u201canti-modernes\u201d, mais plutôt de se laisser porter par le nouveau mot d\u2019ordre: Duc in ahum \u201cque l\u2019Esprit a inspiré au Concile\u201d.Richard Ares.Bernard Haring: Dialogues sur la foi, I.En collaboration: Dialogues sur la foi, II.Coll.Le Point, 3 et 4.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1968, 217 et 263 pp., 18 cm.Qui n\u2019a pas souhaité, dans les mises en question qu\u2019imposent à sa foi les idées courantes, tumultueuses et contestataires, trouver réponse claire, solide et, si possible, ramassée en quelques pages ?Ces Dialogues sur la foi répondent bien à ces vœux.Le premier volume, tout entier du P.Hàring, éclaire des problèmes fondamentaux: sur la foi elle-même et ce qui la distingue de la connaissance de Dieu par la raison, sur la morale sexuelle dans le mariage et hors du mariage, sur la pauvreté, les sacrements, le salut des enfants morts sans baptême, sur l\u2019apostolat et la sainteté des laïcs, etc.La richesse et la clarté de l\u2019exposé, la flamme apostolique, le tour direct rendent ces pages captivantes.Elles sont antérieures à l'encyclique Humanœ Vitœ.Dans le second volume, le P.Hàring se retrouve parmi une quinzaine de spécialistes des sciences ecclésiastiques de France, Italie et Allemagne.Le champ des questions s\u2019est élargi: religions non chrétiennes, réformes liturgiques, péché originel, certaines pages de la Bible, questions mariales, traitées par R.Laurentin, etc.La méthode est la même.A des questions vécues, parues dans un journal hebdomadaire, sont données des réponses nettes, où sont mises à profit les enseignements de Vatican II.Voilà un bon instrument offert aux adultes qui désirent raviver leur foi et la mettre à jour.Georges Robitaille.En collaboration: Eglise et monde d\u2019aujourd\u2019hui.Dossier-jeunes.Dossier-jeunes annexe.Dossier-éducateur.\u2014 Lyon (46, rue Charité), Editions du Chalet, 1968, 15 feuillets et 128 pp., 21 cm.Nouvelle méthode de catéchèse, adaptée à la mentalité des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.Les affirmations catégoriques y sont très rares, sinon absentes; la recherche, par contre, à partir des opinions courantes, y occupe la plus grande place.Les AA.y posent avec honnêteté les questions les plus graves sur l\u2019Eglise; par exemple: \u201cL\u2019Eglise possède-t-elle la vérité ?A quoi sert l\u2019Eglise dans le monde ?Eglise, pauvreté et développement.Prier, à quoi ça sert ?Eglise, où est le Christ ?Aujourd\u2019hui, faut-il encore annoncer l'Evangile à toute créature ?\u201d Il faut souhaiter que les jeunes, à qui s'adressent ces dossiers, aient le courage de les lire et de les méditer;^ ils y trouveront non seulement grand intérêt mais beaucoup de fruits.Richard Ares.Littérature Jean Onimus: Beckett.Coll.Les chrétiens devant Dieu.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 190 pp.16.5 cm.On n\u2019a jamais tant parlé de Dieu que depuis l\u2019annonce de sa mort.Des écrivains de toute allégeance se penchent sur le phénomène Dieu pour l\u2019analyser, l\u2019expliquer, l\u2019apprécier.De cette vogue est sortie une collection nouvelle d\u2019ouvrages sur les Ecritures devant Dieu, dans laquelle Jean Onimus a justement essayé de dégager les idées de Beckett sur Dieu.Selon l\u2019esprit de la collection, Onimus tâche d\u2019expliquer Beckett et ses croyances par Beckett lui-même et ses œuvres.A partir de ses origines familiales, protestantes et puritaines, en passant par ses poèmes, ses essais, son œuvre théâtrale, l\u2019A.suit pas à pas, minutieusement, le cheminement difficile de la pensée religieuse de l\u2019auteur d'En attendant Godot.Après une étude sympathique et objective, il découvre que, chez Bec-ket, Dieu c\u2019est l\u2019absent.Non pas, donc, un être inexistant, plutôt quelqu\u2019un qu\u2019on aimerait voir ou revoir, dont la présence procurerait sûrement contentement et sécurité.Mais il ne revient pas, reste toujours lointain, inaccessible, d\u2019où, chez l\u2019homme, qui se sent comme abandonné, angoisse, désespoir, haine et opposition violente.Cela explique les monstres dégradés et avilis qui peuplent la galerie des personnages dépeints par Beckett.Le spectacle de l\u2019humanité sans 92 RELATIONS Dieu que nous présente Beckett est affreux et rebutant.En complément de cette étude dense, sérieuse et subtile d\u2019Onimus, l\u2019ouvrage comporte aussi quelques textes judicieusement choisis de Beckett lui-même, assez représentatifs de son style, souvent tourmenté, et de sa pensée religieuse.Synthèse révélatrice d\u2019une œuvre célèbre et discutée, pas toujours comprise, d\u2019un des principaux chefs de file de la littérature moderne, dite: littérature de l\u2019absurde.Georges-Henri d\u2019Auteuil.Nicole Deschamps: Louis Hémon, Lettres à sa famille.\u2014 Montréal (C.P.6128), Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1968, 220 pp., 21.5 cm.* Etrange destin que celui de Louis Hémon ! S\u2019il n\u2019était venu au Canada pour y écrire Maria Chapdelaine, quitte à y trouver la mort en juillet 1913, personne ne se serait soucié des lettres plus ou moins d\u2019affaires et plus ou moins banales qu'il a écrites à sa famille, surtout durant ses séjours à Oxford et à Londres.Mais, parce que Maria Chapdelaine a été un succès littéraire, la postérité, comme l\u2019écrit Nicole Deschamps, \u2018\"a retenu jusqu\u2019aux cartes postales du garçon de ferme de Péribonka\u201d.Voici donc, classées par ordre chronologique et soigneusement annotées, cent soixante-dix-sept lettres de Louis Hémon adressées surtout à son père, à sa mère ou à sa sœur.De ce nombre, trente-sept seulement ont été écrites du Canada, la plus personnelle portant le numéro 176: Hémon y exprime sa colère devant une indiscrétion, voire \u201cune grossière indélicatesse\u201d de son père, lequel a ouvert et lu une lettre adressée à son fils et révélant l\u2019existence d'une petite fille née durant un séjour en Angleterre.Ouvrage documentaire plutôt qu\u2019œuvre littéraire.Richard Arès.Pierre van der Meer de Walcheren: La Terre et le Royaume.Journal 1936-1962.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 367 pp., 20 cm.Cette suite au Journal d'un converti et à Dieu et les hommes (1911-1935) nous introduit dans la vie que vécurent Pierre et son épouse Christine quand, après leur courte période de noviciat, ils reprirent leur vie commune.Leur fils et leur fille étaient entrés chez les moines et les moniales.Après la mort de Christine, en 1954, Pierre entra lui aussi chez les Bénédictins; il y vit toujours, octogénaire avancé, n\u2019ayant plus de yeux que pour le monde intérieur que peuplent les grands amours de sa vie: Christine, leurs enfants.Dieu et le monde qu\u2019il aime.Ce volume a sa vraie place à côté des Grandes Amitiés, de Raissa Maritain.C\u2019est, en effet, en grande partie, le même milieu d\u2019intellectuels et d\u2019artistes, convertis pour la plupart, ayant vécu dans le sillage de Léon Bloy.La lumière spirituelle du \u201cParrain\u201d rayonne aussi de ces \u201cfilleuls\u201d.Ce journal est comme une cantate à plusieurs voix: celles de Pierre, de Christine et de leurs deux enfants.Voix toutes accordées en Dieu devenu pour chacun la lumière, la paix, la joie suprême.Les grands événements des années 1936-1962, comme ceux de leur vie personnelle, sont confrontés à cette lumière: le Front Populaire, la Guerre, le Concile, les artistes, l\u2019Eglise, les prêtres, les religieux, Teilhard, MARS 1969 etc.Une sagesse humaine et chrétienne juge hommes et choses.Ce poète converti, en effet, n\u2019a rien renié des beautés de la Terre.Son cœur s\u2019est élargi seulement et approfondi.Sa foi, sa compassion à toute misère, sa joie font de ce journal un magnifique poème spirituel.Georges Robitaille.Cahiers de l\u2019Académie canadienne-fran-çaise, II: Reconnaissances littéraires.\u2014 Montréal (535, avenue Viger), s.d., 24 cm.ON peut dire que ce dernier Cahier de notre Académie est à la fois un acte de courage en même temps qu\u2019un très opportun rappel.Au milieu de la pauvreté et de la quasi-anarchie de la production littéraire actuelle, chez nous, du courage il en fallait pour oser évoquer des noms et des œuvres si peu à la mode de nos jours et même bien dédaignés de plusieurs de nos soi-disant intellectuels.En effet, qui peut être encore assez original et vieux jeu pour s\u2019intéresser aux petits poèmes maniérés et dolents de Charles d\u2019Orléans, au poussiéreux Montaigne et pédant La Rochefoucauld, aux fables rabâchées depuis notre enfance de La Fontaine, à l\u2019ennuyeux \u201crégent des Lettres\u201d Boileau, à l\u2019irascible \u201cDuc et Pair\u201d Saint-Simon ?Peut-on, surtout, fin vingtième siècle, ressusciter Louis Veuillot, cet intégriste d\u2019hier, ou louer Victor Hugo après le mot de Gide, ou présenter comme modèle d\u2019historien, Pierre de la Gorce ?Oui, courage, et il faut d\u2019autant plus l\u2019admirer chez les auteurs de ces essais judicieux, intelligents, fruits d'une longue et amoureuse familiarité, qu\u2019ils nous font \u201creconnaître\u201d et, souvent, sous un éclairage nouveau, quelques grands noms dont les œuvres restent toujours vivantes.Grâce à ce cahier, nous savons donc qu\u2019une certaine élite, chez nous, continue à s\u2019alimenter aux sources les plus pures et les plus authentiques de cette culture française à laquelle nous aimons à proclamer à grands cris notre attachement, bien souvent dérisoire et uniquement verbal.Ouvrage important à répandre partout et surtout auprès des jeunes trop uniquement passionnés de nouveauté et d\u2019insolite.Georges-Henri d\u2019Auteuil.Ecrits du Canada Français, 23: Nouvelles, Théâtre, Poésie.\u2014 Montréal, Ecrits du Canada Français (1029, côte de Beaver Hall), 1967, 258 pp., 21 cm.Comme d\u2019habitude, ce 23ème volume des Ecrits contient une belle variété d\u2019œuvres, quelques-unes de jeunes auteurs qui ont ainsi l\u2019occasion de se voir publier et connaître : but louable de cette collection.D\u2019abord plusieurs contes et nouvelles.De l\u2019insolite et de l\u2019humour noir un peu trop apprêté, à mon goût, chez Simard et Boucher qui pourtant sait montrer une psychologie percutante et vraie dans un Matin de septembre.Un souvenir assez macabre d\u2019enfance, chez d\u2019Iberville Fortier.Dans cinq pages, d\u2019un style saccadé à l\u2019extrême, tout d\u2019une coulée, sans paragraphes, Alain Sauvion analyse les réflexions diverses de son personnage, le temps d'une bougie, pendant une panne d\u2019électricité.Le long monologue intérieur d\u2019Hélène Fecteau sur son excursion à la Vallée sacrée à Delphes m\u2019a bien paru \u2014 selon sa propre appréciation \u2014 de pures \u201cdivagations\u201d.Quant au récit de Somcynski, au Vietnam ou ailleurs, quoi- LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE DE L\u2019UNIVERSITÉ SAINT-PAUL OTTAWA NOUVEAU PROGRAMME D\u2019ÉTUDES comportant trois cycles Premier cycle: l\u2019ensemble des matières théologiques fondamentales (Écriture Sainte, Histoire, Dogme, Morale.) couronné, après trois ans, par un baccalauréat civil et canonique; Deuxième cycle : études supérieures conduisant à la licence et à la maîtrise; Troisième cycle : recherches en vue du doctorat civil et canonique (P.D., D.Th.).Bibliothèque exceptionnelle Plus de 150,000 volumes spécialisés et plus de 1,000 périodiques.Pour tous renseignements, s'adresser au Secrétariat, Faculté de théologie, UNIVERSITÉ SAINT-PAUL, 223, rue Main, Ottawa 1er, Canada.Tél.: (613) 235-1421 93 que pas mal préfabriqué, il est vraisemblable et sans outrance.Suit du théâtre d\u2019Andrée Maillet.Elle récidive en ce genre difficile avec Ici Montréalaise, qui a d\u2019ailleurs été créée à Québec.Pièce amusante et alerte mais drôlement bâtie : en autant de scènes, succession de rencontres des personnages \u2014 et une seule pour chacun \u2014 avec la Montréalaise qui tient le coup pendant les trois actes, vaillamment.Plus, une soixantaine de pages réservées à la poésie.Etant peu amateur de rébus et de galimatias, la lecture de ces poèmes m\u2019a été un pensum insupportable que je ne recommande à personne, sauf peut-être pour quelques courts passages d\u2019Alma de Chantal qui accrochent un instant l\u2019intérêt.Quand Malherbe et Boileau reviendront-ils ?Georges-Henri d\u2019Auteuil.Dictionnaires En collaboration: Dictionnaire du français contemporain.\u2014 Paris (17, rue du Montparnasse), Editions Larousse, 1966, 1,224 pp., 23.5 cm.Publier un dictionnaire sans lacune ni défaut, surtout si on le veut portatif (ou presque) et différent des autres, quelle gageure ! Les Editions Larousse, auxquelles nous devons plusieurs sortes de lexiques et d\u2019encyclopédies remarquables, n\u2019ont pas eu le même succès avec leur Dictionnaire du français contemporain.Trop peu populaire, parce qu\u2019il n\u2019a ni illustration ni documentation historique, il ne satisfait pas la curiosité de la clientèle visée (p.v), parce que les exemples, empruntés à la banalité quotidienne, n\u2019enrichissent pas comme le feraient des phrases cueillies chez les meilleurs écrivains.Il peut y avoir avantage à signaler et à expliquer dans un même article des mots parents, voisins ou antithétiques.Ce procédé, toutefois, ne facilite pas la consultation.Enfin, la mention et l\u2019omission de bien des mots paraîtront arbitraires ou défendables, selon les goûts de chacun; le parler contemporain ne conserve-t-il pas maints vocables et tours vieillots et plaisants ?On a heureusement semé dans le dictionnaire de brefs tableaux donnant relief à des oppositions de mots, à des règles de grammaire, à des principes de ponctuation; et on trouve là quelques citations choisies d\u2019auteurs plus ou moins célèbres.Au travailleur de l\u2019esprit, rarement suffira un seul dictionnaire.Joint à d\u2019autres, le Dictionnaire du français contemporain permet à l\u2019usager réfléchi d\u2019améliorer sa langue de tous les jours.Joseph d\u2019Anjou.\t \t \t \t \t \t \t 94 Louis StankÉ: Dictionnaire en 5 langues.Français.Anglais.Espagnol.Allemand.Italien.\u2014 Montréal (1130 est, rue de La Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1967, 128 pp., 20.5 cm.Prix: $2.Conçu pour rendre service aux visiteurs de l\u2019Expo 67 et à leurs hôtes, l\u2019ouvrage de l\u2019A.déçoit.Un dictionnaire sans exemples apporte plus de confusions que de secours.Il faut que les équivalences entre les mots correspondent au bon usage.Le recueil de l\u2019A.n\u2019offre aucun exemple; vérification faite par moi-même et par des connaisseurs, en ce qui concerne le français, l\u2019anglais et l\u2019espagnol (je présume que l\u2019allemand et l\u2019italien ne reçoivent pas un meilleur traitement), à quantité de mots l\u2019A.ne donne pas la juste traduction.Joseph d\u2019Anjou.Dictionnaire Beauchemin Canadien.\u2014 Montréal (450, avenue Beaumont), Librairie Beauchemin, 1968, 1,550 pp.22 cm.Prix: $7.50.CE dictionnaire comporte tous les avantages des ouvrages du même genre plus celui d\u2019être fait par et pour des Canadiens.Cela veut dire, en particulier, que chaque fois que la chose est possible, les illustrations proviennent de la géographie et de l\u2019histoire canadiennes, par exemple: Habitat 67, Château Lacombe, Place Ville-Marie, Château Champlain, autoroute des Laurentides, Place des Arts, Voie maritime du Saint-Laurent, etc.Cela veut dire surtout qu\u2019élèves et étudiants de chez nous auront enfin à leur disposition un dictionnaire centré sur leur pays et leur histoire, puisqu\u2019un supplément de près de 400 pages et d\u2019environ 11,000 mots est consacré au Canada et à l\u2019Amérique.Quand on sait le temps que les jeunes mettent à feuilleter ou à fouiller leur dictionnaire, désormais, au lieu de se plonger constamment dans la géographie et l\u2019histoire de France, ils apprendront tout naturellement celles du Canada et du Québec en particulier.Ils sauront, par exemple, où se trouvent Marieville ou Saint-Ours, et quelle en est la population; qui étaient Maurice Duplessis, le F.Marie-Victorin, le chanoine Lionel Groulx, Médéric Martin, Camilien Houde, etc.Ils auront sous les yeux les cartes géographiques tant du Canada que de chacune des dix provinces canadiennes.Une excellente initiative et une réussite méritant encouragement.Richard Arès.NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Revue de l\u2019Enseignement supérieur, \u201cLa recherche linguistique\u201d, nos 3-4 1967, Paris, 13, rue du Four.Numéro spécial sur la recherche dans le domaine des langues française, latine et grecque ainsi que sur les linguistiques romane, celtique, basque et caucasique, germanique, slave, finno-européenne, chamito-sémitique, etc.Préparer la Terre Nouvelle.Disque.\u2014 Cap-de-la-Madeleine (12, rue Saint-Denis), Studio RM, 1968.Chants destinés au Catéchisme de Cinquième année, par la Maîtrise de la cathédrale de Trois-Rivières sous la direction de M.l\u2019abbé Claude Thompson.Le but de ce disque \u201cest d\u2019aider les catéchistes et les enfants à apprendre facilement et correctement les chants utilisés au cours des catéchèses\u201d.En collaboration: La Théologie du Renouveau.2 volumes.\u2014 Montréal (245 ouest, boulevard Dorchester) et Paris (29, bd Latour-Maubourg), Editions Fides et Editions du Cerf, 1968, chacun 376 pp.Texte intégral des travaux présentés au Congrès international de Toronto du 20 au 25 août 1967.Dans son article intitulé \u201cCarnet d\u2019un congrès\u201d, publié dans Relations d\u2019octobre 1967, le P.d\u2019Apollonia a longuement analysé les travaux de ce Congrès.On n\u2019a qu\u2019à s\u2019y référer.Marshall McLuhan: Pour comprendre les média.Les prolongements techniques de l\u2019homme.Traduit de l\u2019anglais par Jean Paré.Coll.\u201cConstantes\u201d, vol.13.\u2014 Montréal (1029, Côte du Beaver Hall), Editions HMH, 1968, 390 pp.Traduction française du célèbre ouvrage de McLuhan: Understanding Media.Voir à ce sujet la présentation que le P.Paul Warren a fait de l\u2019œuvre de McLuhan dans Relations de juillet-août 1967: \u201cMarshall McLuhan: le maître à penser de l\u2019âge électronique\u201d.Courtiers cTcissurance agréés MAURICE-H.BRAULT & FILS, LIMITÉE Au service des membres du Clergé, des Communautés religieuses, Fabriques, Ecoles, Loisirs, Camps de vacances et autres 6174, chemin de la Côte-des-Neiges\t731-8224 Montréal 249, Québec\t747-6975 RELATIONS OUVRAGES REÇUS Babine: La France étrangère.Préface de Gabriel Marcel.\u2014 Paris, Editions S.O.S., Desclée de Brouwer, 1968, 299 pp.Benoit, Pierre, O.P.: Exégèse et théologie, III.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 446 pp.Bessette, Gérard: Le libraire.Roman.CLF Poche canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 153 pp.Cerfaux, Lucien: Jésus aux origines de la Tradition.Matériaux pour l\u2019histoire évangélique.Préface de Mgr A.-L.Descamps.Coll.Pour une histoire de Jésus, 3.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 301 pp.Dantin, Louis: Les enfances de Fanny.CLF Poche canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1969, 181 pp.de Certeau, Michel: La prise de parole.Pour une nouvelle culture.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 166 pp.de Ségur, comtesse: Les Mémoires d\u2019un âne.Illustrations de Josette et Suzanne Boland.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 181 pp.Dossier ASSOCIATED PRESS (Le): Histoire des Kennedy.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 253 pp.Duchêne, Roger: Mme de Sévigné.Coll.Les écrivains devant Dieu.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 144 pp.Ferron, Jacques: Théâtre I: Les Grands Soleils, Tante Elise, le Don Juan chrétien.\u2014 Montréal, Librairie Déom, 1968, 229 pp.Feuillet, A.: Le Prologue du quatrième évangile.Etude de théologie johannique.Préface de M.-J.Le Guillou, O.P.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 315 pp.Firestone, O.J.: Industry and Education.A Century of Canadian Development.Social Science Studies, Cahiers des Sciences sociales, 5.\u2014 Ottawa, University of Ottawa Press, 1969, 295 pp.Gaulmier, Jean: Michelet.Coll.Les écrivains devant Dieu.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 139 pp.Gouin, Gaston: Temps Obus.1963-1968.Poèmes.Coll.Amorces.\u2014 Sherbrooke, Librairie de la Cité universitaire, 1968, 102 pp.Guitton, Jean: Oeuvres complètes, II : Critique religieuse.Coll.Bibliothèque européenne.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 1,311 pp.Major, André: Le vent du diable.Roman.Coll.Les romanciers du jour.\u2014 Montréal, Editions du Jour, 1968, 143 pp.Mouton, Jean: Proust.Coll.Les écrivains devant Dieu.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 144 PP.Newman, John Henry: L\u2019idée d\u2019université.Traduction de Edmond Robillard et Maurice Labelle.Introduction et notes de Edmond Robillard.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 513 pp.Papineau, Louis-Joseph: Histoire de l\u2019insurrection au Canada.Introduction et commentaires par Hubert Aquin.Coll.Quebecana.\u2014 Montréal, Editions Léméac, 1968, 104 pp.Paradis, Suzanne: Les Cormorans.Roman.\u2014 Québec, Editions Garneau, 1968, 243 pp.Paul, André, P.S.S.: L\u2019évangile de l'Enfance selon saint Matthieu.Coll.Lire la Bible, 17.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1968, 191 pp.Piettre, Monique A.: Au commencement, était le mythe .Genèse et jeunesse des mythes.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 271 pp.Pilon, Jean-Guy:\tComme eau retenue.Poèmes 1954-1963.\u2014 Montréal, Editions de l\u2019Hexagone, 1969, 193 pp.Rogier, L.J.; Aubert, R.; Knowles, M.D.: Nouvelle histoire de l\u2019Eglise, II : Le Moyen Age par M.D.Knowles et D.Obolensky.Traduit de l\u2019anglais par Laurent Jézéquel, avec la collaboration d\u2019André Crépin.\u2014 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lointaines.Adaptation par André Séailles.Illustrations de Jean-Jacques Vayssières.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 143 pp.Thériault, Yves: Mahigan.Récit.\u2014 Montréal, Editions Léméac, 1968, 107 pp.Thomson, Dale C.: Louis Saint-Laurent, canadien.Traduction française:\tF.Dufau-Labeyrie.\u2014 Montréal.Le Cercle du Livre de France, 1968, 571 pp.Ware, Timothy: L\u2019Orthodoxie.L\u2019Eglise des sept conciles.Préface de I.H.Dalmais, O.P.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 480 pp.Zermatten, Maurice: Les sèves d\u2019enfance.Récits.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1968, 193 pp.Vient de paraître PLANIFICATION ÉCONOMIQUE ET FÉDÉRALISME par Roger DEHEM Cette étude spéciale faite pour la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme se situe au carrefour de la sociologie, de la science politique et de l\u2019économique.L\u2019ouvrage comporte à la fois un examen critique des expériences de planification économique et des types d\u2019organisation budgétaire des pays fédéraux.Il propose une théorie générale de l\u2019organisation et de la politique économiques dans un Etat fédératif.Il recherche des solutions optimales aux problèmes spécifiquement canadiens.L\u2019auteur remet en question les idées courantes et propose une optique nouvelle pour des problèmes de constante actualité.6 x 9, 204 pages, broché, $5.50 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, (Qué.) CONSERVEZ RELATIONS CARTABLE en similicuir rouge avec titres or Jeu de 12 cordes au comptoir $3.00 par la poste $3.25 RELIURE de votre collection 1968 Le lecteur fournissant sa collection : $4.00 Si nous fournissons la collection : $9.00 Ajouter $0.35 pour frais d'expédition Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal 351\t387-2541 hC»\th
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