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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1968-06, Collections de BAnQ.

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[" L'inquiétude de Puul VI k Les options nécessaires du syndicalisme Les expériences sexuelles précoces Le Québec et les relations internationales L'enseignement de lu religion k k k k k k k k.k k k.k A A A A A A A À SOMMAIRE Juin 1968 Éditorial.173 Le Québec, le fédéralisme et les relations internationales.\u2014 Les comités de citoyens et la conférence sur la pauvreté.\u2014 \u201cL\u2019âge de la foi coûteuse commence.\u201d \u2014 Terre des Hommes.Articles L\u2019inquiétude de Paul VI.Luigi d\u2019Apollonia 176 Les expériences sexuelles précoces .Marcel Marcotte 178 Les options nécessaires du syndicalisme .Gérard Hébert 181 Une étape à bien conduire, entre la première enfance et l\u2019adolescence.Claire Campbell 186 Une expérience d\u2019enseignement de la religion en douzième année.Raymond Bourgault 188 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur: Arthur Riendeau.Chroniques Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil 190 Partage de Midi.\u2014 Les Grands Soleils.\u2014 Le Chemin du Roy.\u2014 Docile.La radio : Un chrétien, Miville Couture .\t.Emile Gervais 192 Au fil du mois.193 Juifs de langue française au Québec.\u2014 L\u2019héritier de Martin Luther King.\u2014 Hommage franco-canadien à Jeanne Mance.\u2014 La présence des journalistes aux négociations des enseignants.Méditation : Le cinquantième jour.Paul Fortin 195 Les livres .195 Notes bibliographiques.201 Ouvrages reçus.201 CONSERVEZ RELATIONS Cartable en similicuir rouge avec titres or.Jeu de 12 cordes.au comptoir $2.50 par la poste $2.65 Reliure de votre collection 1967.Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Ajouter $0.25 pour frais d'expédition Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11\t387-2541 Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.| |I CIGARETTES EXPORT BOUT UNI OU FILTRE montréal juin 1968 numéro 328 relations £ditotlaux Le Québec, le fédéralisme et les relations internationales Amorcées par l\u2019ancien gouvernement Lesage, reprises et développées par le présent gouvernement de ^ l\u2019Union Nationale, les incursions du Québec dans le champ des relations internationales mettent actuellement à l\u2019épreuve le fédéralisme canadien.Depuis la conférence du Gabon, Ottawa ne cesse de durcir ses positions, il parle, agit et se débat comme si son existence même était en jeu.Après Fédéralisme et relations internationales, publié en février dernier, voici que, pour préciser encore davantage ses vues, il revient à la charge en mai avec Fédéralisme et conférences internationales sur l\u2019éducation.Bien plus, le premier ministre, M.Trudeau, laisse entendre que ce sera là l\u2019un des thèmes de la présente campagne électorale et que les Canadiens auront par leur vote à juger de la conduite du Québec en ce domaine.Lui-même, d\u2019ailleurs, donne l\u2019exemple et en fait le sujet principal de sa conférence du 14 avril devant les membres de la Chambre de Commerce de Montréal.C\u2019est vraiment accorder beaucoup d\u2019importance à un problème mineur.La chose est d\u2019autant plus étonnante que le combat est mené par ces mêmes gens qui, jusqu\u2019à ces dernier mois, se refusaient à discuter de la question constitutionnelle, sous prétexte qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un problème de troisième ou de quatrième ordre, sous prétexte aussi que la Constitution actuelle suffisait amplement aux besoins du pays et qu\u2019il n\u2019y avait ni nécessité ni urgence d\u2019en entreprendre la réforme.Maintenant tout est changé et les activités internationales du Québec sont en train de devenir le principal thème de la campagne électorale.De quoi s\u2019agit-il et pourquoi le problème se pose-t-il ?Toute réponse, pour être quelque peu complète, doit tenir compte d\u2019au moins trois éléments constitutifs ou, si l\u2019on veut, des trois aspects suivants du problème: juridique, politique et culturel.L\u2019aspect juridique L\u2019aspect juridique provient du fait que la Constitution de 1867 est muette, ou presque, en la matière.Elle se contente, en effet, de reconnaître au Parlement et au gouvernement du Canada les pouvoirs nécessaires pour remplir les obligations naissant de traités conclus entre l\u2019Empire et les pays étrangers (article 132).D\u2019un autre côté, elle attribue aux provinces des pouvoirs exclusifs en certaines catégories de matières, comme, par exemple, l\u2019éducation.Nulle part il n\u2019est question, soit pour l\u2019attribuer soit pour la nier à l\u2019un ou à l\u2019autre ordre de gouvernement, de la conduite de la politique étrangère et des relations internationales.Du texte même de la Constitution on ne peut donc rien tirer de directement probant.Pas plus d\u2019ailleurs, comme certains s\u2019y emploient, des manuels de droit international et de leurs considérations abstraites sur le fédéralisme, car il s\u2019agit précisément de savoir, puisque la Constitution n\u2019en dit rien, quelle sorte de fédéralisme sera instauré au Canada sur le plan des relations internationales; un fédéralisme totalitaire, concentrant tout entre les mains du seul gouvernement central, ou un fédéralisme coopératif, faisant place non seulement à la collaboration des provinces, mais encore à leur initiative et à leur liberté d\u2019action dans les domaines de leur compétence ?La réponse en conséquence à cette question ne peut être de nature juridique, mais bien d\u2019ordre politique.JUIN 1968 173 L\u2019aspect politique Dans le champ constitutionnellement non réglementé des relations internationales, le gouvernement central est, certes, entré le premier et n\u2019a pas tardé à occuper toute la place, mais ç\u2019a été pour constater son impuissance dès qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une question relevant de la juridiction des provinces.Comment, par exemple, dans les rencontres internationales, aurait-il pu parler avec quelque autorité en éducation, alors qu\u2019il ne possède aucune compétence en ce domaine ?Or, pour le Québec, qui réforme tout son système d\u2019enseignement et veut accentuer son caractère français, il est devenu d\u2019une nécessité vitale d\u2019accroître ses relations avec la France.C\u2019est ce qu\u2019il a commencé à faire en ouvrant une Maison à Paris, en signant quelques ententes avec le gouvernement français et en assistant à des conférences sur l\u2019éducation.Aucun texte de la présente Constitution canadienne ne le lui interdit, seule actuellement la volonté du gouvernement central s\u2019y oppose.Tel est l\u2019aspect politique du problème.Le conflit des volontés étant d\u2019ordre politique, il s\u2019ensuit que la solution au problème ne peut être que de même nature.Il s\u2019agit, en somme, d\u2019élaborer un régime qui permette aux citoyens et aux divers groupes canadiens de vivre ensemble dans la paix et la concorde, un régime qui permette en particulier aux deux communautés linguistiques et culturelles composant le Canada de se réaliser le plus pleinement possible.Plus précisément, le régime en question doit être à la fois assez souple et assez ferme pour, comme le demande la Commission Laurendeau-Dunton, \u201cintégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, sans restreindre l\u2019élan québécois mais aussi sans risquer l\u2019éclatement du pays\u201d.Ce qui nous amène à considérer le troisième aspect du problème: l\u2019aspect culturel.L\u2019aspect culturel En réalité, tout ce qui précède n\u2019est que littérature et débat superficiel; c\u2019est maintenant que nous allons au fond des choses et du problème.De par son histoire, sa facture linguistique et son régime politique, le Canada est un pays anglo-français.Or, depuis qu\u2019il est entré dans le champ des relations internationales, Ottawa, la plupart du temps, n\u2019a présenté du Canada que le visage anglais et s\u2019est comporté comme si seul le Commonwealth l\u2019intéressait.Il a fallu les initiatives du Québec pour lui rappeler que la Francophonie existait aussi et qu\u2019avec elle des relations s\u2019imposaient pour le bien même d\u2019au moins 30 p.cent des citoyens canadiens.En agissant, le Québec a simplement suppléé aux déficiences et à l\u2019inertie du gouvernement central, il a précisément montré ce que ce dernier s\u2019obstinait à cacher, il a fait savoir au monde que le Canada est aussi un pays de langue française.Ottawa, maintenant, s\u2019indigne et se dit attaqué dans son autorité.Mais, que ne s\u2019est-il indigné plus tôt devant la honteuse situation faite au français dans les relations du Canada avec l\u2019étranger ?Comment, d\u2019un autre côté, peut-il prétendre qu\u2019est menacée son autorité sur la conduite de la politique étrangère, alors que le Québec est resté strictement dans le domaine de sa compétence en éducation et qu\u2019il n\u2019a jamais exprimé la volonté de supplanter le gouvernement central dans les domaines où celui-ci possède une claire et pleine juridiction ?Qu\u2019on relise le Mémoire du Québec à la Conférence constitutionnelle de février dernier à Ottawa, on y trouvera ce que la province revendique à propos des relations avec l\u2019étranger.Nous tenons à rappeler que le Québec n\u2019a jamais remis en question la compétence du gouvernement fédéral en matière de politique étrangère.Notre intérêt se situe au niveau de la coopération et des échanges culturels et techniques.C\u2019est pourquoi nous croyons qu\u2019à l\u2019intérieur de la politique étrangère canadienne, la faculté devrait être reconnue au Québec de négocier et de signer lui-même avec les gouvernements étrangers des ententes sur des matières relevant de sa compétence interne .De même, il devrait être habilité à assister à des conférences internationales d\u2019intérêt provincial auxquelles le Canada ne participe pas .Ainsi donc, le Québec ne remet pas en question la compétence du gouvernement fédéral en matière de politique étrangère, il demande simplement qu\u2019on le laisse libre de faire des échanges culturels et techniques, de signer des ententes et d\u2019assister à des conférences d\u2019intérêt provincial, tout cela \u201cà l\u2019intérieur de la politique étrangère canadienne\u201d.Il faut vraiment s\u2019effaroucher de son ombre pour s\u2019inquiéter de ces modestes revendications et soutenir qu\u2019y satisfaire ruinerait l\u2019autorité du gouvernement central et conduirait à \u201cla désintégration du Canada\u201d ! Aussi est-il regrettable et malheureux que le parti au pouvoir ait jeté pareil sujet dans l\u2019arène électorale.Ce n\u2019est pas là que le problème peut se régler, car le principal interlocuteur en la matière, c\u2019est-à-dire le gouvernement québécois, en est absent.Que le parti libéral, au soir du 25 juin, remporte 60 sièges au Québec, en quoi cela tranchera-t-il le débat, puisque, de son côté, l\u2019Union Nationale peut fort bien, demain, déclencher des élections provinciales sur le même thème et remporter autant sinon plus de sièges ?Le geste est d\u2019autant plus regrettable et malheureux qu\u2019il contribue déjà à diviser davantage le pays, à monter le Canada anglais contre le Québec français.Déjà les journaux de langue anglaise des autres provinces sonnent la charge, soufflent sur le feu des passions de races et dénoncent toute concession au Québec.Déjà certains de nos députés québécois, s\u2019attirent au Canada anglais des applaudissements et obtiennent des succès faciles en fustigeant le nationalisme québécois et en vilipendant le gouvernement de la province.Est-ce bien ainsi qu\u2019on va renforcer cette unité nationale dont on parle tant et qui doit être, dit-on, l\u2019objectif premier de la présente campagne électorale ?Est-ce bien en menant cette campagne sur le dos du Québec qu\u2019on va faire un Canada uni et fort ?Si Ottawa maintient son attitude intransigeante et totalitaire en ce domaine des relations internationales, il ne fera qu\u2019aggraver une situation déjà explosive et il apparaîtra, une fois de plus, aux yeux de plusieurs, comme le grand obstacle qui barre la route à la réalisation des aspirations les plus naturelles et à la satisfaction des besoins les plus pressants du Québec français.77 mai 1968 174 RELATIONS Les comités de citoyens et et la conférence sur la pauvreté Des comités de citoyens se sont formés, depuis un an ou deux, dans plusieurs villes de la province, sous l\u2019impulsion d\u2019animateurs sociaux.Près de vingt-cinq d\u2019entre eux se sont réunis, à Montréal, le 19 mai, et, par l\u2019entremise de leurs 175 représentants, ont jeté les bases d\u2019une fédération de ces groupes nouveaux.Institués pour faire participer les citoyens eux-mêmes à la réalisation de projets modestes mais importants \u2014 ou à l\u2019opposition à d\u2019autres projets jugés inacceptables \u2014 ces comités ont accompli une excellente besogne.Sans avoir réussi dans toutes leurs entreprises, ils ont, à leur crédit, d\u2019importantes réalisations, comme la construction d\u2019écoles, la disparition d\u2019amoncellements de rebuts, la réouverture de cliniques, etc.Ils veulent aujourd\u2019hui \u2014 ils l\u2019ont dit le 19 mai \u2014 monter à un palier supérieur et contribuer à des décisions politiques de plus grande envergure.Cela est normal et nécessaire.Citoyens, ils ont le droit et le devoir de participer à l\u2019élaboration des décisions les plus importantes de toute la communauté.Ils ne voudront sûrement pas, cependant, négliger de poursuivre des travaux qui ont fait leur succès, l\u2019éveil et la participation des citoyens aux problèmes qui les touchent de plus près, ceux de leur propre vie dans le quartier et dans la ville.Le succès d\u2019un tel mouvement constitue présentement l\u2019un des événements les plus encourageants et les plus prometteurs.Conçu à taille humaine, il a réalisé une participation remarquable, toujours difficile, à des objectifs communautaires.Il représente ainsi une forme particulièrement valable de démocratie.S\u2019étant développé jusqu\u2019à maintenant en milieux défavorisés, il a donné une voix et un moyen d\u2019action relativement efficace à ceux-là mêmes qui n\u2019avaient jamais réussi à se faire entendre.Dans un mouvement qui débute, aux prises avec des difficultés souvent disproportionnées à ses forces et à ses ressources, faut-il s\u2019étonner qu\u2019il se glisse, dans ses déclarations, du moins d\u2019après certains observateurs, quelques excès de langage ?Dans l\u2019ensemble, d\u2019ailleurs, les prises de position ont été modérées, malgré des situations et des oppositions qui auraient expliqué, sinon justifié, des attitudes bien plus catégoriques.Faut-il attribuer à cet état d\u2019esprit quelques paroles dures à l\u2019endroit de la conférence que les Églises chrétiennes doivent tenir sur les problèmes de la pauvreté ?Si la conférence est bien menée, elle pourra, en définitive, rapporter bien davantage aux milieux défavorisés que ce qu\u2019elle coûtera.Le reproche sur la représentativité est peut-être plus valable; d\u2019autre part, on peut supposer qu\u2019aucun des membres de la conférence n\u2019imaginera pouvoir se substituer aux intéressés.Ce que recherchent les représentants des Églises, dans cet effort de réflexion, c\u2019est de trouver, dans un esprit chrétien, les moyens les mieux adaptés de travailler avec tous pour que tous aient leur juste part de biens matériels.L\u2019appui que peut appor- ter une conférence de cette nature à la lutte contre la pauvreté n\u2019est pas négligeable et, moyennant les précautions requises, il peut se concilier avec le plus grand respect de la dignité humaine et manifester un amour fraternel véritable.L\u2019aspect le plus positif et le plus encourageant des comités de citoyens est justement d\u2019offrir enfin à un grand nombre de ceux qui en étaient privés de participer à leur propre épanouissement, de prendre en main leurs intérêts et de travailler, avec tous les autres, à bâtir une société plus fraternelle et plus humaine.21 mai 1968.\"L'âge de la foi coûteuse commence\" Cette phrase du P.Julien Harvey, S.J., en sa conférence du 6 mai sur \u201cL\u2019appel de Dieu à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui\u201d (texte intégral dans le Devoir du 11 mai), exprime bien la situation du chrétien qui aujourd\u2019hui aspire à garder sa foi.Autour de lui, tout n\u2019est que tourbillon d\u2019idées, confusion de pensées, débats et contestations, remises en question et controverses; les opinions les plus contradictoires s\u2019affrontent, produisant plus de bruit que de bien, et surtout ne livrent aucune vérité; des prêtres, non seulement abandonnent leur sacerdoce, mais dénoncent aujourd\u2019hui ce qu\u2019ils confessaient hier, attaquent l\u2019Église et prêchent le nouvel évangile de la mort de Dieu, de la religion séculière et du christianisme sans Dieu.Les grandes victimes de ce cliquetis d\u2019opinions, où souvent l\u2019on cherche en vain l\u2019humilité et la charité, sont les jeunes.La religion et surtout la pratique religieuse les intéressent de moins en moins.Le confirment les sondages et enquêtes menées sur le sujet (voir, en particulier et tout récemment, l\u2019enquête sur la foi au diocèse de Rimouski et les réponses au questionnaire de la revue Témoignages, janvier-février et avril, du diocèse de Chicoutimi).De plus en plus, un peu partout, ils se détournent de la vocation sacerdotale (ou religieuse) et réservent leurs énergies à la poursuite d\u2019objectifs purement humains, à la promotion de l\u2019homme par l\u2019homme.La foi en Dieu, au Christ, à l\u2019Église, surtout la foi à l\u2019Église, est aujourd\u2019hui devenue coûteuse.Tant pour l\u2019acquérir que pour la conserver, il faudra désormais payer le prix.Le prix en connaissances et en convictions personnelles, en sacrifices et en amour agissant.Aujourd\u2019hui, ne pas connaître à fond son christianisme et surtout Celui qui en est toujours l\u2019Assise vivante, c\u2019est exposer sa foi au naufrage; d\u2019autre part, refuser, pour servir Dieu et le prochain, de sacrifier quoi que ce soit de son bien-être personnel, c\u2019est condamner sa foi à dépérir et à péricliter.Une foi vivante doit s\u2019alimenter et agir, ce qui ne se fait pas sans en payer le prix.Le christianisme n\u2019a jamais été une religion facile; ceux qui l\u2019ont cru étaient dans une situation exceptionnelle ou ne s\u2019en faisaient qu\u2019une idée fausse ou incomplète.JUIN 1968 175 Désormais, chez nous comme ailleurs, on ne sera et on ne demeurera pas chrétien sans qu\u2019il en coûte, sans qu\u2019on accepte de se marquer davantage soi-même et toute sa vie du signe de la Croix.Terre des Hommes IL paraissait impossible, à première vue, de garder et de maintenir cette merveille qu\u2019avait été Expo 67.Il suffit d\u2019une visite à Terre des Hommes pour constater que ce défi, la ville de Montréal et son maire l\u2019ont relevé avec succès.Le site demeure ce qu\u2019il était: unique, enchanteur, balayé par les eaux et le vent, pimpant de verdure, d\u2019arbustes et de fleurs, un aimant fascinant pour les foules.Les pavillons, presque aussi nombreux, même s\u2019ils ont beaucoup perdu de leur caractère international, suscitent toujours l\u2019intérêt.Les grands trapèzes thématiques demeurent, écoles merveilleuses de savoir aguichantes pour tous les âges.A l\u2019ancien Pavillon du Téléphone, vous pouvez revoir et admirer le très beau film de Walt Disney, Canada 67.L\u2019énorme globe des États-Unis loge une volière qui attire déjà de longues files.À l\u2019ancien pavillon de la Grande-Bretagne, se sont donné rendez-vous Les Belles d\u2019Autrefois, entendez les automobiles dont nos pères, voire nos grand\u2019pères étaient tout fiers ! Le Pavillon chrétien a complètement renouvelé son intérieur pour vous accueillir dans la joie, les chants, les rencontres, le dialogue.Quant à la Ronde, elle paraît encore plus populaire que l\u2019an dernier avec ses nouveaux manèges et ses Montagnes russes.Toute la jeunesse de Montréal et des environs semble s\u2019y donner rendez-vous.En tout cas, les jeunes y prédominent et s\u2019y amusent follement.Ainsi Terre des Hommes joint l\u2019agréable à l\u2019utile, à l\u2019instruction le jeu, aux vastes espaces les lieux retirés et silencieux.Sans les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame, elle ne serait qu\u2019un parc d\u2019amusements, mais sans la Ronde, elle serait une école qui n\u2019a point de cour de récréation.Toutes les trois ensemble méritent encore son nom à la Terre des Hommes.L\u2019inquiétude de Paul VI Luigi d\u2019Apollonia Est-ce bien inquiétude qu\u2019il faut dire quand Paul VI, dans l\u2019intimité, confie à des évêques \u201cson amertume, sa détresse, sa douleur\u201d, qu\u2019il en pleure même, et qu\u2019il lui arrive dans des audiences spéciales, d\u2019avouer à des juristes, \u201csa souffrance et sa peine\u201d?Devant les pèlerins, aux audiences générales, il est clair qu\u2019il faut s\u2019attendre à plus de réserve; mais encore là .En ce jeudi, 25 avril, les pèlerins étaient si nombreux que le Saint-Père dut se présenter à divers groupes, toute la matinée, dans la cour Saint-Damase, dans la salle des Bénédictions, dans la basilique Saint-Pierre et, de nouveau, dans la cour Saint-Damase.Dans la basilique, ils étaient 30,000, fils venus de loin, filles surgies de tous côtés, non pas pour faire du tourisme, ce matin-là, mais pour faire un acte de foi et un acte d\u2019adhésion à la sainte Église de Dieu: \u201cEt c\u2019est là, de dire le Pape, que réside notre espérance à votre sujet.\u201d Puis il ajouta immédiatement: Car, vous le savez, le moment historique et spirituel que l\u2019Eglise traverse, spécialement en certains pays, n\u2019a rien de serein; et c\u2019est pour les pasteurs de l\u2019Eglise et pour Nous un motif de vive appréhension, parfois même de grande amertume.Pourquoi cette appréhension et pourquoi cette grande amertume?À cause d\u2019une mentalité soi-disant \u201cpost-conciliaire\u201d, mensongèrement liée à l\u2019esprit du Concile ou à l\u2019esprit de Jean XXIII, et qui, de son vrai nom, est peur d\u2019être dépassé, prurit de la nouveauté et de l\u2019agitation, contestation universelle, critique intempérante, sous prétexte d\u2019ouverture au monde, d\u2019adaptation, d\u2019œcuménisme, d\u2019esprit de dialogue, de foi adulte, de prophétisme, de langage charismatique \u2014 d'aggiornamento! À qui n\u2019est-il pas arrivé de lire ou d\u2019entendre sur la résurrection du Christ, la Présence réelle, l\u2019Église, la virginité de Marie, l\u2019institution sacrée du mariage, les anges, Satan, l\u2019enfer, de vieilles erreurs dans un vocabulaire moderne?(Tout cela parfois accompagné de portes claquées, de désertions, de publications qui n\u2019ont même pas le mérite d\u2019être le fruit d\u2019une réflexion personnelle, même si elles risquent d\u2019ébranler des consciences chrétiennes trop peu averties.) \u201cDémission de l\u2019intelligence chrétienne\u201d, de dire le Père de Lubac.\u201cAvachissement\u201d, de dire Gilson.\u201cAgenouillement devant le monde\u201d, de dire Maritain.Situation d\u2019une \u201cgravité sanglante\u201d, de dire Urs von Balthasar que le P.de Lubac estime l\u2019homme \u201cpeut-être le plus cultivé de notre temps\u201d.Mais laissons la parole à Paul VI.A l\u2019audience générale du 3 avril, les étudiants de tous pays étaient particulièrement nombreux.Il leur parla de la mentalité moderne.La révolution de la culture est si rapide que la réalité et la permanence des connaissances objectives en paraissent ébranlées.On affirme volontiers, même dans les milieux scientifiques, que la vérité n\u2019est ni immuable, ni définitive, ni sûre.Le mouvement caractérise la pensée 176 RELATIONS moderne, le processus historique, l\u2019historicisme érigé en système, \u201cau point de faire du temps le générateur et le dévorateur des vérités au fur et à mesure que l\u2019école les enseigne\u201d.Empruntant au Paysan de la Garonne 1 un mot savant mais si exact, \u201cla chronolâtrie, dit le Saint-Père, domine la culture\u201d.Puis, il ajouta: \u201cCe phénomène envahit même le domaine religieux que certains voudraient soumettre à une révision radicale, en tentant de le dépouiller de ses dogmes, c\u2019est-à-dire de ses enseignements qui semblent vieillis et dépassés par le progrès scientifique et qui sont incompréhensibles à la pensée moderne.Dans la tentative de donner à la religion catholique une expression plus conforme au langage d\u2019aujourd\u2019hui et à la mentalité courante, c\u2019est-à-dire de mettre à jour l\u2019enseignement religieux, on en pervertit souvent la réalité intime et on cherche à le rendre \u201ccompréhensible\u201d en changeant d\u2019abord les formules dont l\u2019Eglise-maîtresse l\u2019a revêtu et comme marqué d\u2019un sceau pour lui faire passer les siècles en lui conservant jalousement l'identité.On altère ainsi le contenu même de la doctrine traditionnelle en la soumettant à la loi dominante de l\u2019historicisme transformateur.La parole du Christ n\u2019est plus la Vérité qui ne change pas et qui demeure toujours identique et égale à elle-même, toujours vivante, toujours lumineuse, toujours féconde, même si souvent elle dépasse notre compréhension rationnelle.On la réduit à une vérité partielle comme les autres, une vérité que l\u2019esprit mesure et modèle selon ses propres limites, prêt, à la génération suivante, à lui donner une autre expression selon un libre examen qui la dépouille de toute objectivité et de toute autorité transcendante.Tout ceci, de noter le Pape, pour être fidèle à l\u2019esprit du Concile et à l\u2019esprit de Jean XXIII! Or \u201crien n\u2019est plus faux\u201d.Et c\u2019est ainsi que des clercs, oublieux des conditions spirituelles d\u2019une réflexion sur leur foi, repensent la religion d\u2019après leurs idées, non d\u2019après ce que l\u2019Église dit d\u2019elle-même; et c\u2019est ainsi également que les plus fervents, oublieux de la tradition continue et de l\u2019autorité vivante, finissent par trahir l\u2019Église qu\u2019ils entendaient servir, car, on ne peut le nier, il existe aujourd\u2019hui un problème du langage théologique: la constitution Gaudium et spes le redit à plusieurs reprises; et il est évident aussi que le lie concile du Vatican n\u2019a pas été convoqué, sous la motion de l\u2019Esprit Saint, pour répéter le concile de Trente qui avait déjà eu lieu, mais pour parer à une crise par le rajeunissement de l\u2019Église et le renouvellement intérieur des chrétiens.Le 25 avril, même avertissement, même enseignement, cette fois devant 30,000 pèlerins: des propagandes et des interprétations sont des trahisons du Concile.L\u2019idée de changement supplante chez certains l\u2019idée d\u2019adaptation voulue par le pape Jean à qui on attribue, \u201ccontre l'évidence et contre la justice .des principes non plus innovateurs, mais parfois destructeurs de l\u2019enseignement et de la discipline de l\u2019Église même\u201d.Deux choses, en effet, ne peuvent être remises en question: les vérités de la foi, ratifiées de manière autorisée par la tradition de l\u2019Église; les lois constitutionnelles de l\u2019Église ainsi aue l\u2019obéissance qui en découle, obéissance au ministère du gouvernement pastoral que le Christ a établi et que la sagesse de l\u2019Église a développé.1.Titre d\u2019un livre de Jacques Maritain qui est en même temps un acte de foi et un grand acte de courage.Que si l\u2019on cherche, dans la confusion actuelle, à préserver ou à prémunir l\u2019intégrité de la foi contre les périls à droite comme à gauche, et, sans perdre son élan, à se tracer une voie contre les raidissements de ceux qui ne veulent donner aux décisions du Concile et au développement de la doctrine chrétienne une adhésion cordiale, et ceux qui, dans l\u2019exaltation, recherchent des adaptations superficielles, proposent de faux renouvellements, répandent ce que saint Paul appellent des \u201cfables\u201d, eh bien, on n\u2019a qu\u2019à relire souvent ces paroles du Saint Père qui dissipent de leur lumière toutes les équivoques \u2014 à moins qu\u2019on ne soit, d\u2019aventure, de ceux-là qui croient que s\u2019accorder avec l\u2019Esprit c\u2019est discerner les chemins où le Pape refuse d\u2019avancer .Dès lors, dit le Saint-Père, renouvellement, oui; changement arbitraire, non; \u2014\thistoire toujours vivante et nouvelle de l\u2019Eglise, oui; historicisme qui dissout le rôle dogmatique traditionnel, non; \u2014\tintégration théologique selon les enseignements du Concile, oui; théologie conformée à de libres théories subjectives, souvent empruntées à des sources adverses, non; \u2014 Eglise ouverte à la charité œcuménique, au dialogue consciencieux, et à la reconnaissance des valeurs chrétiennes chez les frères séparés, oui; irénisme qui renonce aux vérités de la foi, ou encore est enclin à s\u2019aligner sur certains principes négatifs qui ont favorisé le mouvement de tant de frères chrétiens, les détachant du centre d\u2019unité de la communion catholique, non; \u2014\tliberté religieuse pour tous dans le domaine de la société civile, oui, comme aussi liberté d\u2019adhésion personnelle à la religion selon le choix médité de la conscience elle-même, oui; liberté de conscience, comme principe de jugement de la vérité religieuse, vérité qui n\u2019est pas appuyée par l\u2019authenticité d\u2019un enseignement sérieux et autorisé, non.Et ainsi de suite.Oui: et ainsi de suite .Nous n\u2019avons cité que deux discours de Paul VI entre tous ceux qu\u2019il ne cesse d\u2019adresser aux pèlerins sur le thème de la foi.S\u2019il fallait en dresser un résumé en quelques points, le plus sûr serait encore de citer l\u2019exhortation apostolique Petrum et Paulum (22 février 1967) adressée à tous les évêques à l\u2019occasion du 19e centenaire du martyre des apôtres Pierre et Paul et par laquelle il proclamait Y Année de la Foi.Peu auparavant, il avait demandé aux conférences épiscopales nationales de le renseigner sur l\u2019état de la foi en leur pays et sur les causes des difficultés doctrinales actuelles.Ici, il semble en faire la synthèse: Sous prétexte d\u2019adapter la pensée religieuse à la mentalité moderne \u2014\ton ne tient pas compte de la direction du magistère ecclésiastique, \u2014\ton imprime à la spéculation théologique une orientation radicalement historiciste (i.e., veut dire le Pape, on explique les vérités de la foi par les conditions historiques de l\u2019époque où ces vérités apparaissent) \u2014\ton va jusqu\u2019à dépouiller le témoignage de l'Ecriture sainte de son caractère historique et sacré (i.e.démythisation: les interventions de Dieu dans l\u2019histoire seraient des symboles, les anges aussi, l\u2019enfer aussi.Cela simplifie bien des choses, y compris le mystère de la foi .) \u2014\tet on s\u2019efforce d\u2019introduire dans le peuple de Dieu une mentalité soi-disant \u201cpost-conciliaire\u201d.qui méconnaît l\u2019accord très ferme qui règne entre les amples et magnifiques développements du Concile en matière doctrinale et législative et le patrimoine de l\u2019Eglise en fait d\u2019enseignement et de discipline.JUIN 1968 177 Pas plus dans cette exhortation apostolique que dans les deux discours cités, le Pape n\u2019a nommé personne \u2014 aucun théologien, aucun prêtre égaré, aucun chrétien généreux qui refuse de voir.Il n\u2019a pas publié de syllabus, et il n\u2019a pas fulminé.Il enseigne, insiste, supplie, conseille, espère, souffre, parfois même pleure.Et il prend une décision sans précédent: il proclame une année de la foi.À y songer, quoi de plus simple?C\u2019était nous engager à exercer notre foi, à la méditer, à la dire publiquement du fond du cœur, car la foi est une vie.C\u2019était nous demander de ne pas regarder l\u2019Église avec les yeux du monde, car son magistère est divinement assisté.C\u2019était nous rappeler que l\u2019Église est notre mère, car c\u2019est à ses genoux que nous entendons la Parole de Dieu et apprenons les certitudes éternelles.Les expériences sexuelles précoces Marcel Marcotte, S.J.POUR détourner la jeunesse des jeux érotiques, en général, et des expériences pré-maritales, en particulier, éducateurs et moralistes utilisaient naguère, eu support et en explication des interdits courants, une série d\u2019arguments quasi classiques qui se fondaient tous, plus ou moins, sur des considérations d\u2019intérêt individuel ou public: risque de grossesse accidentelle, danger de maladie vénérienne, menace à la stabilité des mariages futurs, condamnation et rejet par l\u2019entourage, avec leurs séquelles physiques, psychologiques ou sociales.Objectivement.ces arguments sont loin d\u2019être périmés et, bien présentés, sans étroitesse ni exagération, restent capables de fortement impressionner les jeunes, de les éloigner du moins de certains excès, certains débordements dont ni les pilules anovulantes, ni les antibiotiques, ni l\u2019indulgence du milieu ne réussiront jamais à conjurer les redoutables conséquences.Néanmoins, c\u2019est à un second type d\u2019arguments, d\u2019allure plus positive, que nous nous proposons, ici, d\u2019avoir recours, dans la confiance que les meilleurs de nos jeunes \u2014 ceux-là, précisément, qu\u2019il importe davantage de secourir \u2014 y seront plus sensibles et moins rebelles qu\u2019aux autres.Il ne sera question, dans le présent article, que des expériences sexuelles des jeunes étrangères à l\u2019amour véritable, à l\u2019amour qui se prépare, de près ou de loin, à déboucher sur le mariage.Non pas que l\u2019amour, à lui seul, appelle et justifie, comme on le prétend trop volontiers, toutes les intimités charnelles: nous montrerons, dans un prochain article, qu\u2019il n\u2019en est rien.Mais tout le monde sent bien que l\u2019usage de la sexualité relève de considérations fort différentes suivant qu\u2019il s\u2019inspire, ou non, de l\u2019amour.Dans les situations que nous envisageons présentement, l\u2019amour est absent, ou il n\u2019est présent, comme c\u2019est souvent le cas chez les jeunes, qu\u2019à l\u2019état inchoatif et à titre tout à fait provisoire.Les expériences sexuelles y sont motivées avant tout par l\u2019attrait du plaisir sensible, la curiosité, le besoin d\u2019affirmation personnelle, le désir inconscient de compenser pour le vide ou les échecs de l\u2019existence; les échanges y sont placés sous le signe de l\u2019égoïsme avec, dans le meilleur des cas, un accompagnement de tendresse superficielle que, seuls, des êtres inexpérimentés peuvent confondre avec un don mutuel authentique; les corps s\u2019y rencontrent, pour la première ou pour la centième fois, sans que les âmes, au delà de l\u2019extase brève, communient jamais l\u2019une à l\u2019autre, se nourrissent vraiment l\u2019une de l\u2019autre.Amours sans amour, liaisons sans engagement, rencontres sans intimité, plaisirs sans joie: c\u2019est contre cela, d\u2019abord, qu\u2019il faut prévenir et prémunir les jeunes, en leur faisant comprendre que les expériences de ce genre, loin de les enrichir et de contribuer à leur progrès, les appauvrissent, au contraire, et risquent de compromettre gravement la réussite de leur vie.La vie sexuelle, dissociée de l\u2019amour, dégrade les personnes, nuit à leur progrès humain et compromet d\u2019avance la réussite de leur vie conjugale.Les jeunes sont passionnément intéressés à leur épanouissement personnel; c\u2019est lui qu\u2019ils cherchent, au fond, dans l\u2019expérience de l\u2019amour, même quand cet amour s\u2019égare et revêt des formes aberrantes.Mais l\u2019épanouissement d\u2019un être humain a d\u2019autres exigences que celui d\u2019un simple animal.Car l\u2019homme est tout ensemble chair et esprit, et si les convoitises de la chair, en quelque domaine que ce soit, en arrivent à étouffer les aspirations de l\u2019esprit, ce déséquilibre, sur un point, se répercute en d\u2019autres points et fait obstacle au progrès total de la personne.La vie sexuelle, dans cette perspective, ne doit pas être isolée de l\u2019ensemble des valeurs qu\u2019un être humain cultive; elle ne doit pas, surtout, être dissociée de l\u2019amour au sens fort qui, au regard de l\u2019esprit, est sa première raison d\u2019être et sa seule justification.Les bêtes s\u2019accouplent, sous l\u2019impulsion de l\u2019instinct, en vue de la propagation de l\u2019espèce, mais les humains s\u2019unissent, sous l\u2019influence de l\u2019amour, pour exprimer et renforcer la communion totale des personnes.\u201cDans l\u2019amour véritable, dit Nietzsche, c\u2019est l\u2019âme qui enveloppe le corps.\u201d Et dans les gestes que l\u2019amour inspire, ce sont deux âmes qui cherchent à se donner l\u2019une à l\u2019autre à travers les corps, à se connaître (suivant le mot de l\u2019Écriture) l\u2019une l\u2019autre par l\u2019entremise des sens.Quand l\u2019amour vrai est absent, toute communication spirituelle est rompue entre les êtres, 178 RELATIONS la tyrannie sensuelle s\u2019exerce et s\u2019assouvit sans mélange, la délectation est recherchée avec avidité, dans l\u2019égoïsme réciproque.Sous couleur d\u2019amour, quelle caricature de l\u2019amour! L\u2019exploitation érotique d\u2019une autre personne, même consentante, en vue de sa propre satisfaction, n\u2019est pas seulement un mal pour l\u2019autre, mais un mal pour soi; elle dégrade l\u2019humanité dans l\u2019exploiteur comme dans l\u2019exploité; elle oblitère et risque, à la longue, de détruire la capacité d\u2019aimer qui, chez tout être humain, est la mesure et le moyen par excellence de son progrès; elle compromet, du même coup, la réussite future du mariage.Voilà ce qu\u2019on ne sait pas assez dans le monde des jeunes.L\u2019un d\u2019eux disait dans son langage brutal: \u201cA l\u2019heure présente, je suis à la recherche d\u2019une partenaire complaisante qui n\u2019exigera pas de nos rapports autre chose qu\u2019un plaisir réciproque.Quand viendra l\u2019heure du mariage, je changerai les conditions.\u201d Il est rare que les choses soient dites aussi crûment et que l\u2019amour soit mis hors de cause de façon délibérée et explicite.Les jeunes filles, en règle générale, ne le toléreraient pas; même les plus émancipées ont besoin d\u2019entretenir l\u2019illusion que les jeux érotiques n\u2019excluent pas la tendresse, qu\u2019ils sont peut-être un raccourci vers l\u2019amour.Mais là n\u2019est pas, pour l\u2019instant, la question.Ce qui est impliqué dans les propos désinvoltes que nous avons cités, c\u2019est qu\u2019il est possible de dissocier, dans la jeunesse, la sexualité de l\u2019amour sans en subir aucun dommage durable; c\u2019est que les aventures sexuelles vécues au seul niveau de la chair ne risquent pas d\u2019interférer, plus tard, avec la naissance et le développement de l\u2019amour conjugal.On aime aujourd\u2019hui avec son corps, on aimera demain avec son cœur et son âme.Du moins, on le prétend.Mais l\u2019expérience humaine s\u2019inscrit en faux contre cet optimisme naïf.Nos actes nous suivent.L\u2019habitude de traiter les réalités de l\u2019amour physique exclusivement ou avant tout comme des manifestations d\u2019ordre biologique, de chercher dans l\u2019exercice de la sexualité la satisfaction d\u2019un besoin instinctif et l\u2019occasion d\u2019une jouissance égoïste, laisse des traces profondes dans le psychisme.11 sera beaucoup plus difficile, voire impossible, le temps venu, de rétablir la sexualité dans son vrai rôle, de rendre à l\u2019amour charnel sa signification et sa valeur dans la vie totale des époux, de le mettre, comme il se doit, au service de l\u2019amour tout court, d\u2019en faire, véritablement, un geste de don confiant et de communion profonde, plutôt qu\u2019un acte de possession vulgaire ou de morne abandon.Tolstoï a écrit un roman célèbre, La Sonate à Kreutzer, pour illustrer les conséquences dramatiques, dans la vie d\u2019un couple, d\u2019une conception trop grossière de l\u2019amour chez un ancien libertin.La leçon, que tant de faits confirment, est à retenir.Ce n\u2019est pas en multipliant les expériences sexuelles qu\u2019on se prépare à connaître et à savourer l\u2019amour.Le mariage ressemble à une maison vide où l\u2019on est sûr de ne rien trouver d\u2019autre que ce qu\u2019on y aura apporté.Le plus sûr moyen d\u2019y entrer les mains pleines, c\u2019est de ne pas gaspiller, au hasard des rencontres ou des liaisons médiocres, ce trésor de tendresse et de générosité qui fait le fond d\u2019un jeune cœur, de le réserver et de l\u2019accroître, au contraire \u2014 comme on attend que l\u2019autre l\u2019accroisse et le réserve \u2014, pour le bénéfice et la joie d\u2019un seul être aimé pour toujours.Les expériences sexuelles précoces, en aggravant le sentiment de culpabilité instinctive, menacent l\u2019équilibre psychique des jeunes.Mais il faut descendre plus creux dans le problème.La meilleure preuve que les activités sexuelles précoces sont moins innocentes qu\u2019on le prétend, c\u2019est qu\u2019elles engendrent régulièrement chez les jeunes des sentiments, à la fois conscients et inconscients, de culpabilité, dont l\u2019acuité, dans certains cas, est extrême et dont l\u2019influence sur le développement ultérieur de la vie affective est toujours à redouter.Que les interdits religieux et sociaux aient quelque chose à voir avec la naissance de la culpabilité sexuelle, qu\u2019ils contribuent du moins à l'aggraver, nous ne le disputons pas.Mais les tabous, comme on dit, n\u2019expliquent pas tout, et leur suppression, croyons-nous, n\u2019arrangerait pas grand\u2019chose.La psychologie moderne, à la suite de Freud, discerne dans la genèse du sentiment de culpabilité une double composante.La première est liée à l\u2019homicide, c\u2019est-à-dire au sentiment, tout à fait inconscient, d\u2019avoir détruit, en pensée et en désir, un être humain, en le dépouillant de toutes les valeurs qu\u2019il incarnait au regard de l\u2019instinct.C\u2019est ce qui arrive, par exemple, au cours d\u2019un conflit de jalousie, quand un des amants acquiert la certitude, fondée ou non, que l\u2019autre l\u2019a trompé.Il y a, sur le plan affectif, une chute brusque de l\u2019être aimé de la valeur extrême que l\u2019amour lui avait conférée à la valeur infime à laquelle l\u2019agressivité le réduit.Ce passage du maximum au minimum équivaut à un homicide, à une véritable destruction de l\u2019autre qui, dans l\u2019esprit du jaloux, tombe, pour ainsi dire, de l\u2019être au néant.Si l\u2019on a affaire à un névropathe, dominé par l\u2019instinct, cet homicide, purement intérieur et symbolique, pourra s\u2019exprimer dans les faits par un crime.L\u2019homicide réel ne fait alors que traduire au dehors ce qui reste enfermé, pour les autres, au dedans.Mais l\u2019homicide, en pareil cas, est inséparable du suicide, comme la psychologie l\u2019enseigne et comme les faits le démontrent très souvent.On tue, puis on se tue.Car, en détruisant l\u2019être aimé dans son esprit et dans son cœur, on s\u2019est détruit soi-même, on a détruit la portion de son être qu\u2019on avait mise dans l\u2019autre, on a détruit des valeurs en soi, des valeurs pour soi, des valeurs siennes.\u201cTu es toute ma vie\u201d, dit volontiers celui qui aime.En supprimant, intentionnellement ou réellement, la vie de l\u2019autre, on supprime sa propre vie.C\u2019est, pareillement, sous la forme du couple homicide-suicide que se manifeste le sentiment de culpabilité sexuelle, en marge de tout canon religieux, de toute règle morale ou sociale précise.Voici ce qui paraît se passer, en l\u2019occurrence, dans les couches obscures de l\u2019instinct, dans les ténèbres de JUIN 1968 179 l\u2019inconscient.L\u2019amour charnel, en tant que tel, est essentiellement dévalorisant.Au lieu de voir dans le partenaire une personne humaine, dans sa totalité de personne, de s\u2019attacher avant tout à ses qualités d\u2019esprit et de cœur, on ne voit en lui qu\u2019un être de chair et de sang, un corps, une machine à plaisir.Le phénomène est sensible quand il s\u2019agit de rencontres fortuites, où l\u2019amour se fait au débotté, chacun pour soi, et davantage encore dans le cas des rapports avec les prostituées.Mais il se reproduit, à quelques nuances près, chaque fois que l\u2019amour charnel joue pour lui-même, en deçà de l\u2019amour véritable.Non seulement le faux amant néglige la personne dans l\u2019autre, mais elle le gêne, comme un témoin et un juge de la déchéance à laquelle on consent quand on se laisse dominer par l\u2019animalité.Le seul moyen d\u2019éliminer le témoin gênant, c\u2019est de nier son être moral, de faire litière de ses sentiments, ses aspirations et ses besoins de personne humaine, de le traiter comme un objet inerte, aveugle et sourd, un simple instrument de plaisir, une chose.Cette dévalorisation radicale d\u2019un être humain équivaut à un homicide.Par ailleurs, il est impossible de faire abstraction de la personne de l\u2019autre sans faire abstraction de sa propre personne.Pour rencontrer l\u2019autre exclusivement sur le terrain de la chair, il faut s\u2019enfermer soi-même tout entier dans la chair.Il ne s\u2019agit plus alors d\u2019une activité proprement humaine, mais d\u2019une simple fonction biologique d\u2019excrétion et de reproduction.Dans ce sens, l\u2019amour charnel est une sorte de suicide.La double composante du sentiment de culpabilité se trouve donc réalisée.Ce sentiment, par lui-même, n\u2019a aucune valeur morale et ne doit pas être confondu avec le repentir chrétien, ni même avec le remords naturel, consécutif à la faute, qui s\u2019inspirent l\u2019un et l\u2019autre de tout autres motifs.En pratique, il disparaît rapidement du champ de la conscience, à mesure que le psychisme et le système nerveux, passé la volupté, retrouvent leur équilibre.Mais, en attendant, il nourrit et aggrave le sentiment général de culpabilité que tout être humain, au dire des psychologues, porte en soi, dès l\u2019enfance, à l\u2019état larvé.Chez des êtres jeunes, naturellement plus fragiles, qui accumulent les fautes sexuelles, la culpabilité peut devenir obsédante et conduire jusqu\u2019à l\u2019angoisse et la névrose.Les aventures pré-maritales, loin d\u2019être un prélude à l\u2019amour, l\u2019empêchent de naître, freinent sa croissance ou, souvent, le détruisent.On comprend mieux, à la lumière de ces observations, comment l\u2019amour charnel, qui n\u2019est que charnel, est l\u2019ennemi de l\u2019amour véritable; en vertu de quels mécanismes non seulement il l\u2019empêche de naître, mais le détruit presque à coup sûr, déjà né, ou l\u2019empêche du moins d\u2019évoluer jusqu\u2019à sa forme parfaite.C\u2019est un fait d\u2019observation courante: quand le commerce érotique met régulièrement en présence les mêmes partenaires, la culpabilité sexuelle finit presque toujours par susciter chez eux l\u2019indifférence, le mépris, la rancune, même la haine.Pourquoi?La Bible, croyons-nous, donne la clef de la réponse.Après la chute, Dieu demande à Adam: \u201cPourquoi as-tu mangé du fruit de l\u2019arbre dont je t\u2019avais défendu de manger?\u201d \u201cC\u2019est la femme que tu as mise auprès de moi qui m\u2019en a donné\u201d, répond Adam.Cette réaction fait partie de la nature humaine; elle joue un rôle important dans l\u2019évolution des amours coupables.Les complices s\u2019attribuent plus ou moins consciemment l\u2019un à l\u2019autre la responsabilité de leurs fautes communes.Cela reste d\u2019abord enfermé au dedans, puis cela éclate au dehors, en reproches, en injures, en fureurs qui, chez les déséquilibrés, s\u2019exaspèrent parfois jusqu\u2019au crime.Quand le farouche héros du roman de Julien Greene, Moira, étouffe entre deux oreillers sa compagne d\u2019une nuit de débauche, il ne fait que pousser à son paroxysme une tendance commune à tous les humains.Ce jeune homme austère et timide, épris d\u2019un grand idéal, en un clin d\u2019œil, coule à pic entre les bras d\u2019une coquette.Sitôt la faute consommée, il est saisi d\u2019un désespoir sans bornes.Il a tout perdu d\u2019un seul coup: le passé, le présent, l\u2019avenir.Du moins, c\u2019est ce qu\u2019il pense, ou plutôt ce qu\u2019il sent.Pour échapper à l\u2019angoisse qui le tourmente, il n\u2019y a qu\u2019un moyen: c\u2019est de reporter sur sa complice la responsabilité de la faute, de la rendre coupable à sa place de leur double avilissement.Et après qu\u2019il l\u2019a ainsi chargée de son péché et détruite en esprit, il ne lui reste plus qu\u2019à la détruire en réalité: il la tue.Le psychologue et sociologue Baruch, sous le symbole transparent du \u201cbouc émissaire\u201d, a longuement étudié, à l\u2019échelle des individus et des collectivités, le même phénomène étrange: pour éluder leurs responsabilités et se défendre contre leurs sentiments de culpabilité, les humains ont tendance à en accabler les autres.Dans le domaine de la sexualité, où la culpabilité instinctive, pour les raisons que nous avons dites, est particulièrement forte, on devine aisément ce qui peut se passer, même chez les plus normaux des humains.Au niveau de l\u2019inconscient, les échanges charnels, à moins d\u2019être profondément intégrés à l\u2019amour vrai, sont ressentis comme une humiliation.Lors même qu\u2019ils continuent de s\u2019aimer, comme ils disent, les complices s\u2019en veulent mutuellement de leur commune déchéance.Pour échapper au sentiment de culpabilité qui les travaille, ils rejettent, sans le dire, sans même en prendre une conscience bien nette, la responsabilité de la faute sur leur partenaire.Un processus de dévalorisation affective est ainsi amorcé, qui mène tôt ou tard à la rupture.Un jour, la rupture éclate, à la surprise, parfois, des deux amants, qui ne s\u2019étaient pas toujours rendu compte du lent travail de désengagement qui se poursuivait, depuis longtemps, au fond d\u2019eux-mêmes.Hier encore, on croyait aimer, parce que la passion et le désir, en revalorisant un moment le complice, rendaient encore l\u2019illusion possible.Mais, brusquement, le masque tombe, l\u2019égoïsme apparaît au grand jour, et l\u2019on s\u2019aperçoit tout à coup que ce qu\u2019on avait pris longtemps pour de l\u2019amour, en soi-même et dans l\u2019autre, n\u2019était qu\u2019un visage trompeur de la convoitise et de l\u2019aversion.180 RELATIONS Conclusion Ceux qui pensent que la mise au point et la diffusion des techniques modernes de contraception ont réglé entièrement, ou presque, les problèmes de sexualité chez les jeunes font songer au médecin de Molière qui, pris en flagrant délit d\u2019ignorance en matière d\u2019anatomie, répondait avec assurance: \u201cNous avons changé tout cela.\u201d Eh bien, non! Les nouveaux contraceptifs offrent à la jeune fille une sécurité accrue, ils la libèrent des anciennes craintes et des servitudes iniques qui, du fait de la pression sociale, ont toujours pesé plus lourd sur elle que sur son compagnon; à celui-ci, ils contribuent à donner meilleure conscience quand, suivant sa pente, il cherche à s\u2019amuser sans se commettre ni se compromettre.Mais, tous les Diafoirus du monde ont beau dire: le cœur de l\u2019homme, dans son corps, bat toujours au même endroit, et dans son âme, l\u2019amour reste soumis aux mêmes lois.Quand ces lois sont violées, la nature se venge, et l\u2019amour ne peut plus remplir dans la vie son rôle créateur.\u201cMon amour, c\u2019est mon poids\u201d, dit saint Augustin.Quand son amour est pur et léger comme la flamme, l\u2019homme s\u2019élève; quand il est opaque et lourd comme la pierre, l\u2019homme s\u2019abîme.Dis-moi ce que tu aimes, je te dirai ce que tu es.L\u2019homme vaut ce que vaut son amour.L\u2019amour est donc sérieux et grave, il ne faut pas en faire un jeu, il ne faut pas aimer pour rire.Bien des jeunes gens, en se livrant à de frivoles ébats, croient simplifier leur vie morale; en réalité, ils la compliquent.Ils se débarrassent à bon compte des présentes contraintes, mais ils se préparent pour l\u2019avenir des chaînes encore plus lourdes.Pour la dignité même de leurs engagements futurs, il faut qu\u2019ils en soient avertis, qu\u2019ils apprennent, en particulier, que le mariage est une voie montante, et que la pente est rude et qu\u2019il n\u2019est jamais trop tôt pour s\u2019entraîner à la gravir.LES OPTIONS NECESSAIRES DU SYNDICALISME Gérard Hébert, S.J.Après avoir retenu l\u2019attention du public, au cours des dernières années, par des grèves spectaculaires, le syndicalisme a fait l\u2019objet, ces mois-ci, de plusieurs réunions d\u2019étude de grande importance.Pour n\u2019en mentionner que deux, le congrès des relations industrielles de l\u2019Université McGill, au début du mois d\u2019avril, a fixé son attention sur le développement du syndicalisme dans des secteurs nouveaux, particulièrement ceux des cols blancs et des professionnels.Plus récemment, le Département des relations industrielles de l\u2019Université Laval convoquait les habitués de son congrès annuel à une réévaluation globale du syndicalisme canadien.Les pourparlers relatifs à une éventuelle réglementation du maraudage entre les centrales syndicales québécoises F.T.Q.-C.S.N.-C.E.Q.ont avivé l\u2019espoir d\u2019un règlement de ce problème difficile.Ces pourparlers ont provoqué, avant et surtout pendant le récent congrès du C.T.C., un affrontement spectaculaire entre la Fédération des travailleurs du Québec et le Congrès du travail du Canada.Nous voudrions prendre occasion de ces événements pour faire le point sur certains aspects de la situation du syndicalisme chez nous, en particulier sur les options qui s\u2019imposent à lui par suite de problèmes internes et externes, de transformations qui s\u2019opèrent en lui et dans la société.Face aux tensions internes Les tensions internes naissent de causes multiples.L\u2019entrée dans les rangs du syndicalisme de cols blancs et d\u2019homme de professions en est une.Le problème ne se pose pas de la même manière dans les différentes centrales; il reflète la diversité de leurs structures.L\u2019affiliation de syndicats d\u2019hommes de profession, de cadres professionnels ou administratifs et d\u2019autres cols blancs à la Confédération des syndicats nationaux ne pose pas, au départ, de difficultés particulières.C\u2019est à la longue que celles-ci se feront sentir.Les syndiqués de vieille souche, surtout des cols bleus, en ressentent déjà les premières conséquences.Ils l\u2019expriment en termes énergiques: \u201cTous ces gens-là vont occuper les postes de direction; c\u2019est inévitable, ils sont plus instruits que nous.Pourtant, c\u2019est nous qui avons construit ce mouvement.Nous sommes en train de nous le faire voler.\u201d A ce sentiment d\u2019une éviction chez les vieux syndiqués s\u2019ajoute que les intérêts, les points de vue, les exigences ne sont pas les mêmes.Tous ces syndiqués sont salariés, mais leur genre de travail et leur niveau social les séparent profondément; aucun changement de système ne parviendra à les rapprocher complètement.Ou bien des regroupements s\u2019effectueront à l\u2019intérieur du cadre général de la JUIN 1968 181 centrale, selon les catégories de membres, ou bien la centrale elle-même risque, à plus ou moins brève échéance, d\u2019éclater.La menace ne paraît pas imminente: le nombre des groupes nouveaux demeurant restreint, les disparités ne sont pas encore trop vivement ressenties.Mais déjà, les sources des difficultés sont présentes et elles se manifestent sous différentes formes.Il faudra un jour choisir.L\u2019option s\u2019imposera sous peine de conséquences qui pourraient être graves.Dans les unions affiliées à la F.T.Q.et au C.T.C., le problème se présente différemment.L\u2019autonomie et la juridiction exclusive des différentes unions, canadiennes ou internationales, tout autant que leur attitude traditionnelle vis-à-vis des groupes d\u2019intellectuels, retardent chez elles la syndicalisation des cols blancs et des professionnels.Sauf peut-être chez les fonctionnaires fédéraux, le mouvement n\u2019a pas, dans les autres provinces canadiennes, l\u2019ampleur qu\u2019on lui connaît au Québec.On recherche plutôt encore la façon de les organiser que celle de les intégrer.L\u2019option la plus urgente du C.T.C., dans l\u2019organisation syndicale, semble celle qui touche ses propres structures, spécialement en ce qui a trait au rôle des fédérations provinciales.Il s\u2019agit, au fond, du problème qui se pose aussi dans le domaine politique et constitutionnel.Le C.T.C.constitue l\u2019organisme de représentation syndicale au plan fédéral, tandis que les fédérations provinciales jouent le même rôle dans les provinces.Par suite de dispositions que l\u2019on trouve dans la plupart des constitutions des unions canadiennes et internationales, le C.T.C.est beaucoup plus fort, financièrement et moralement, que les fédérations provinciales.Par contre, les responsabilités de celles-ci sont plus grandes, puisque plus de 90% des travailleurs relèvent de la juridiction des provinces et moins de 10% de l\u2019autorité fédérale.Le problème comporte plusieurs genres de difficultés.La F.T.Q., comme les autres fédérations provinciales, reçoit du C.T.C.sa charte, et donc son existence.Elle n\u2019a sur ses affiliés \u2014 comme le C.T.C.lui-même, en ce point \u2014 qu\u2019un pouvoir moral; en ses affaires, pourvu qu\u2019elle respecte les statuts du C.T.C.qui déterminent ses attributions et ses pouvoirs, elle a pleine liberté.En cas de divergences ou de conflit avec le C.T.C., elle dépend, en définitive, de la décision du congrès général du C.T.C.Ainsi, celui-ci, à ses assises du début de mai, a rejeté une résolution de la F.T.Q.demandant que soient réparties autrement les fonctions de l\u2019organisme central et de ses fédérations: les délégués, par une large majorité, n\u2019ont pas voulu donner plus de pouvoir aux fédérations provinciales; ils sont satisfaits de la représentation et des services que leur fournit le C.T.C.Malgré ce vote, le problème demeure.La F.T.Q.considère qu\u2019elle est l\u2019organisme approprié pour parler au nom des syndiqués des unions canadiennes et internationales dans le Québec et qu\u2019elle a besoin, pour satisfaire adéquatement à cette obligation, de pouvoirs plus vastes que ceux que lui accorde la présente constitution du 182 C.T.C.Même si tous ses affiliés du Québec ne sont point là-dessus unanimes, ce qui crée une grave difficulté, la F.T.Q.semble bien décidée à reprendre, en temps et lieu, ses revendications; elle a d\u2019ailleurs obtenu une victoire importante, celle de poursuivre ses pourparlers avec la C.S.N., malgré les déclarations contraires du président suppléant du C.T.C.avant le congés; le C.T.C.y déléguera simplement un observateur.Les syndiqués des autres provinces canadiennes accepteront-ils de reconnaître que, dans le domaine syndical comme dans le domaine politique et social, le Québec n\u2019est pas une province comme les autres ?Là comme ailleurs, le Québec réclame un statut particulier, parce qu\u2019il considère que ce statut est nécessaire à son développement comme groupe d\u2019expression française.Le C.T.C.voudra-t-il tenter l\u2019expérience ou bien les tendances conservatrices et centralisatrices, très fortes dans ses rangs, imposeront-elles le maintien du statu quo ?C\u2019est une option que le mouvement syndical canadien ne pourra écarter dans les années à venir.Comme tous les organismes qui groupent des membres de toutes catégories d\u2019âges, le mouvement syndical fait face, ici comme ailleurs, au problème des générations: les revendications intransigeantes de la part des jeunes, le rejet des recommandations des dirigeants, les grèves sauvages en sont diverses manifestations.Le problème est d\u2019autant plus aigu que la poussée démographique, ajoutée à leur intense participation à la vie syndicale, donne aux jeunes un poids considérable dans les votes décisifs.Au chapitre des revendications, les jeunes expriment des demandes que leurs collègues d\u2019âge plus avancé jugent souvent exagérées.Ceux-ci ont connu l\u2019époque où leurs salaires n\u2019atteignaient peut-être pas la moitié de ce qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui; quelques-uns se souviennent même de la grande dépression des années \u201930; relativement satisfaits de leur situation présente, ils n\u2019osent guère appuyer les revendications considérables de leurs jeunes compagnons de travail.Ceux-ci, faute d\u2019avoir éprouvé, depuis leur entrée au travail, les effets d\u2019une véritable récession économique, ne voient pas de limite à leurs réclamations.Les officiers de leur syndicat, tout autant que leurs conseillers techniques, peuvent bien leur parler de conditions raisonnables, de risque de faillite et de fermeture de l\u2019entreprise, ils croient que c\u2019est là de la pusillanimité, et n\u2019ayant été ni victimes ni témoins de telles conséquences, ils ne veulent accepter aucune entente inférieure à ce que leur ambition leur a fait demander.C\u2019est ainsi que nous avons vu plusieurs assemblées syndicales renverser la recommandation des dirigeants qui avaient, en leur nom, accepté une entente collective.Les nombreuses grèves sauvages s\u2019expliquent par le même phénomène.Avec les années, le problème se résorbera peut-être de lui-même.D\u2019ici là, il continuera de créer des tensions dans le mouvement syndical et des difficultés dans l\u2019ensemble de la société.Les syndiqués trouveront-ils l\u2019équilibre nécessaire entre la poussée des jeunes et l\u2019expérience RELATIONS des plus âgés ?question difficile, à laquelle il leur faudra, cependant, répondre.Face aux structures nouvelles Le syndicalisme se sentirait sans doute bien partagé s\u2019il n\u2019avait que des problèmes internes liés à ses propres structures.En face des transformations des entreprises et de la société dans son ensemble, il doit lui-même constamment s\u2019adapter au monde qui l\u2019entoure pour continuer à remplir ses fonctions propres, elles-mêmes sujettes au changement.En simplifiant les choses, on pourrait dire de la société économique et industrielle d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019elle est une société où le pouvoir se concentre de plus en plus.Horizontalement et verticalement, les compagnies se fusionnent et s\u2019intégrent, donnant des entreprises nouvelles dont la taille et la puissance sont parfois terrifiantes.Parallèlement à cette concentration des entreprises privées, l\u2019État employeur accroît son rôle et son emprise, de façon prodigieuse, dans tous les grands services publics comme l\u2019éducation, la santé, l\u2019électricité, les communications, etc.En regard de ces transformations chez les employeurs, privés et publics, le syndicalisme doit lui aussi adapter ses structures.Plusieurs unions nord-américaines, surtout les plus anciennes, qui se rattachent souvent à des métiers, ont peine à le faire.A cela, rien d\u2019étonnant, puisque, dans certains cas, adaptation signifie disparition.D\u2019autres unions ont réussi une concentration analogue à celle des entreprises, soit dans leur organisation interne, soit en réalisant des cartels ou des ententes avec des unions, amies ou rivales, en vue d\u2019objectifs communs, surtout en rapport avec les questions fondamentales de la négociation collective.Sur ce point, l\u2019intégration s\u2019est faite, parfois, à un rythme effarant, avec toutes les difficultés qui s\u2019ensuivent.Pensons, chez nous, aux hôpitaux et aux commissions scolaires où, en quatre ou cinq ans, l\u2019on est passé d\u2019une négociation presque exclusivement locale à une négociation provinciale, brûlant, dans bien des cas, l\u2019étape de la négociation régionale.L\u2019organisme syndical qui doit affronter des compagnies complètement intégrées ou un État tout-puissant doit lui-même posséder une structure bien articulée, appuyée sur des services techniques considérables et particulièrement compétents.La présence, nécessaire mais envahissante, de ces technocrates pose le difficile problème de la participation des syndiqués à la vie et à l\u2019orientation du syndicat.Quelle part peuvent bien prendre les syndiqués de chaque institution, de chaque établissement, à l\u2019élaboration de la pensée syndicale, au plan des revendications et des tactiques, et même aux décisions les plus fondamentales, lorsqu\u2019il s\u2019agit de problèmes embrassant des ensembles qui les dépassent d\u2019emblée et dont les données leur échappent presque totalement ?Que peut, dans ces circonstances, chaque syndiqué, sinon voter selon la recommandation des technocrates et des dirigeants ?D\u2019autre part, telle participation qui ne dépasse pas le stade où, dans un vote massif, les membres fournissent l\u2019appui requis par leurs représentants syndicaux, ne paraît pas vraiment démocratique et adulte.Comment le syndicalisme va-t-il, malgré toutes les difficultés psychologiques et purement pratiques, assurer une véritable participation de tous ses membres, dans des structures aussi vastes et aussi complexes que celles qui sont déjà en place ou qui se dessinent pour l\u2019avenir ?La tentation sera forte de sacrifier la liberté de l\u2019individu à l\u2019efficacité du groupe.L\u2019option entre ces deux valeurs sera grave mais inévitable.Face à la loi et à l\u2019ordre public Même supposant résolu ce problème de la participation, le mouvement syndical demeure en face d\u2019options à effectuer dans le choix des instruments qu\u2019il voudra utiliser dans la poursuite de ses objectifs.Pour nous limiter à un aspect que les événements des dernières années ont mis en lumière, nous ne mentionnerons que le problème du respect des lois et du recours à la violence.Le mouvement syndical a toujours affronté, depuis ses débuts, des contraintes légales dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elles ne le favorisaient pas.Au siècle dernier, la loi et les cours lui faisaient carrément la guerre.Il en a gardé de la méfiance et même de l\u2019hostilité pour tout ce qui s\u2019appelle législation, tribunaux, arrêts de cours.Sans doute, plusieurs unions ont-elles appris, par le truchement de leurs conseillers juridiques, à utiliser les instruments juridiques à leur propre avantage.Elles ne se sont pas départies pour autant d\u2019une tendance à défier la loi, chaque fois qu\u2019elles croyaient leurs intérêts menacés par elle.On en a une claire manifestation dans leur attitude vis-à-vis de l\u2019injonction.Cette attitude peut-elle encore se justifier?Dans certains cas, il le semble bien; il se trouve encore des magistrats pour décerner des injonctions que l\u2019on a de la difficulté à expliquer.Par contre, plusieurs observateurs considèrent que les circonstances ont changé et que le mouvement syndical possède aujourd\u2019hui, dans la loi, des appuis et des garanties non équivoques qui ne l\u2019autorisent plus à prendre, en toute question légale, une attitude négative ou de provocation.D\u2019aucuns ont blâmé avec une sévérité rare et significative des déclarations inconsidérées faites, lors de certains conflits d\u2019ordre public, par des dirigeants syndicaux chez qui la position aurait exigé plus de mesure et plus de sens de leurs responsabilités.Le législateur a prévu, dans le Code du travail, le recours à l\u2019injonction comme le moyen de dernier ressort, selon la loi courante, pour protéger la santé et la sécurité publiques.Outrepasser une telle injonction, prise avec les garanties normales d\u2019objectivité, à plus forte raison défier une loi spéciale de l\u2019Assemblée législative ou du Parlement, constituent des gestes proprement anarchiques.Personne, ni groupe, ni individu, n\u2019a le droit de se faire justice à lui-même lorsque, ce faisant, JUIN 1968 183 il lèse le droit d\u2019autrui et que des recours raisonnablement efficaces lui demeurent ouverts.Dans le feu de l\u2019action et la chaleur d\u2019un conflit, on oublie facilement ces principes de base.Pour enflammer l\u2019enthousiasme des syndiqués et s\u2019assurer la force de pression requise dans la négociation, on force la note, on décrit l\u2019employeur \u2014 même si c\u2019est le gouvernement \u2014 comme un être illogique, sans cœur, souvent même mal intentionné; on se soulève les uns les autres contre \u201cl\u2019ennemi\u201d dont il faut absolument triompher.On se sent ensuite prisonnier de ses outrances.Comment obéir alors à une décision de la cour qu\u2019obtiendra un représentant de ce même gouvernement ?Comment respecter la distinction, ennuyeuse mais nécessaire, entre l\u2019État employeur et l\u2019État gardien du bien public, peut-être même entre l\u2019État employeur et l\u2019État législateur ?Devant la multiplication des conflits qui, par leur ampleur et leurs répercussions, risquent d\u2019amener l\u2019intervention de l\u2019autorité, le mouvement syndical devra opter clairement en regard de la loi.Le mouvement syndical représente une proportion considérable de la population, mais il ne la représente pas toute, ni dans tous ses aspects; comme tout autre groupe, il a le droit de réclamer justice et de le faire avec vigueur, par tous les instruments légitimes dont il peut disposer, mais il ne peut se constituer juge et arbitre dernier des exigences du bien commun.Face à la violence Une seconde option nécessaire par rapport à l\u2019ordre public se rattache à l\u2019usage de la violence.Il ne faut pas aborder cette question avec l\u2019impression que la violence accompagne tous les conflits syndicaux ou toutes les grèves.Les techniques de sélection des grands moyens de diffusion font que nous entendons parler presque infailliblement de la plupart des cas de violence, tandis que nous sommes beaucoup moins renseignés sur l\u2019ensemble des conflits qui se règlent pacifiquement.De plus, il faut distinguer entre la violence qui naît spontanément d\u2019une situation explosive et celle qui est calculée, préméditée, savamment organisée.Sans être excusable, la première est compréhensible; la seconde, dans une société dite civilisée, est inadmissible: c\u2019est un retour à la loi de la jungle.Même en tâchant de la réduire à ses dimensions réelles, et en admettant qu\u2019elle a été le fruit spontané de situations dangereuses, la violence manifestée en certains conflits ouvriers, au cours des dernières années, ne laisse pas d'inquiéter.L\u2019observateur de l\u2019extérieur a l\u2019impression que, dans la plupart des cas, elle a éclaté là où des groupes, politiques ou autres, prétendaient appuyer les revendications des travailleurs.Pour des groupements en mal de manifestations et de publicité, dont les membres n\u2019ont pas d\u2019intérêts en jeu au lieu même du conflit, comment ne pas se laisser aller à la violence: ils n\u2019auront pas à retrouver sur place leur gagne-pain le plus tôt possible après le règlement.On ne peut, non plus, écarter totalement \u2014 sans l\u2019accréditer pour autant \u2014 l\u2019hypothèse de la présence d\u2019agitateurs à la poursuite progressive d\u2019objectifs révolutionnaires.Dans des situations tendues qui se prolongent indûment, la tentation peut être grande de recourir, d\u2019abord, à un peu de violence, puis de s\u2019engager dans une escalade de la force, d\u2019autant plus qu\u2019en courte période, la violence ne manque pas d\u2019efficacité.Comment alors y résister ?Ici, comme dans les autres grands problèmes qu\u2019il affronte, le mouvement syndical ne peut refuser de prendre une option claire.Il l\u2019a d\u2019ailleurs fait à diverses reprises.C\u2019était nécessaire pour que nous sachions à quelle enseigne il se situe.A côté de la violence ouverte, il y a la menace de violence, qui peut s\u2019exercer tant contre l\u2019employeur que contre ses propres confrères syndicaux, lorsque ceux-ci ne partagent pas l\u2019enthousiasme des plus fervents.Quand des adversaires du syndicalisme répandent l\u2019accusation selon laquelle des menaces graves pèseraient sur ceux qui ne voteraient pas \u201cde la bonne façon\u201d, on ne peut qu\u2019écarter de telles rumeurs; mais quand des travailleurs paisibles reprennent les mêmes affirmations, en conversation privée, avec mention de circonstances bien précises, on se pose de graves questions.Qu\u2019en est-il au juste ?Si de telles menaces existent, sont-elles fréquentes ?Quelle attitude prennent les dirigeants syndicaux lorsque la chose se produit ?Si cette opinion acquiert un jour un véritable crédit, elle causera au mouvement syndical des préjudices sérieux.Sur ce point également, celui-ci doit opter, et clairement.Face aux disparités économiques En face des grands problèmes de la société économique, les options du mouvement syndical, même si elles sont plus difficiles à préciser, n\u2019en sont pas moins urgentes.Le problème des disparités économiques n\u2019est sûrement pas un des moindres.Mentionnons d\u2019abord celui des disparités géographiques.S\u2019il était vrai que la parité des salaires avec l\u2019Ontario ou avec les États-Unis allait entraîner l\u2019émigration des industries en cause, l\u2019option deviendrait cruciale entre l\u2019acceptation de salaires inférieurs et le risque d\u2019un appauvrissement général de la société.Le même problème se repose pour les diverses régions de la province entre elles.Même en supposant résolue la controverse sur les effets d\u2019une parité de salaire généralisée, la solution dépasse d\u2019emblée la compétence et la responsabilité du seul mouvement syndical: c\u2019est avec toute la société économique qu\u2019il doit ici opter.Plus près du syndicalisme lui-même, à l\u2019intérieur de ses rangs, on retrouve des disparités qu\u2019on pourrait appeler intrasyndicales.Des travailleurs ayant des qualifications comparables, ou même inférieures, peuvent obtenir de 184 RELATIONS meilleures conditions de travail parce qu\u2019ils jouissent, dans l\u2019industrie ou le service qui les emploie, d\u2019une situation de monopole, alors que d\u2019autres ne parviennent pas à obtenir les mêmes avantages, parce que le produit qu\u2019ils fabriquent doit subir la concurrence internationale.Quelles seront les conséquences et les implications d\u2019une telle situation ?11 n\u2019est pas sûr, par exemple, que les travailleurs du textile ou de la chaussure soient disposés à appuyer les revendications considérables d\u2019employés publics qui gagnent déjà plus qu\u2019eux, alors qu\u2019eux-mêmes ne réussiront pas à décrocher la moitié de ces augmentations.La tension qui en peut naître serait susceptible d\u2019amener, éventuellement, l\u2019éclatement d\u2019une centrale.Quelle position celle-ci va-t-elle prendre ?Peut-elle refuser son appui à tels de ses affiliés ou même exiger d\u2019eux qu\u2019ils ne profitent pas de leur position avantageuse ?Mais alors, comment se justifiera-t-elle auprès des défavorisés qui se retrouvent aussi dans ses rangs ?L\u2019option pourra être déchirante.Moins sensible dans l\u2019immédiat, bien que peut-être plus grave encore en longue période, est l\u2019option des centrales et du mouvement syndical en regard des non-syndiqués.Sans doute, tous les non-syndiqués ne sont pas défavorisés: bien des techniciens et des travailleurs professionnels non syndiqués jouissent d\u2019excellentes conditions de travail.Mais tel n\u2019est sûrement pas le cas de la majorité des 60% de travailleurs non syndiqués, qui n\u2019ont d\u2019autre protection légale que celle du salaire minimum, dérisoire par rapport aux exigences de la vie actuelle, et dont le sort dépend totalement de la situation du marché du travail.A l\u2019occasion de leurs congrès, ou en d\u2019autres circonstances, les syndicats proclament leurs préoccupations vis-à-vis des défavorisés du monde du travail.Habituellement, cependant, leurs déclarations ne dépassent guère la recommandation, même véhémente, au gouvernement, de hausser le niveau du salaire minimum.Puis, chaque centrale se retrouve dans l\u2019obligation quotidienne de défendre, d\u2019abord et avant tout, ses propres membres, puisque ce sont eux, par leurs cotisations, qui font vivre le mouvement.Dans leur désir de dépasser ce stage des belles paroles, des dirigeants syndicaux ont mis de l\u2019avant un projet de syndicalisation obligatoire, ou au moins de formule Rand, étendue par législation à tout un secteur où l\u2019on aurait réussi à implanter un commencement d\u2019organisation.La proposition ne manque pas d\u2019intérêt.Est-elle compatible avec les structures légales et les mentalités actuelles?Elle implique une conception de la société économique passablement différente de celle qui paraît animer présentement le mouvement syndical lui-même.Avant d\u2019appuyer une formule de cette nature, la société voudra savoir quelle est l\u2019option véritable du mouvement syndical sur différents points: par rapport aux travailleurs défavorisés qu\u2019il n\u2019a pas réussi à regrouper dans ses rangs, par rapport au type de société qu\u2019il vise à réaliser et par rapport aux objectifs à long terme qu\u2019il se propose d\u2019atteindre.Conclusion: objectifs syndicaux On pose ainsi la question des objectifs du mouvement syndical.Celui-ci exprime fréquemment sa position par les termes de revendication, de contestation et de participation.Ses objectifs de revendication se rattachent au problème de la répartition des biens.Quand le mouvement syndical revendique, cherche-t-il à améliorer la situation de l\u2019ensemble de ses membres, celle du groupe restreint de ses membres en cause, ou envisage-t-il en même temps le bien général de la société ?La question est peut-être mal posée; peut-être considère-t-il tous ces groupes simultanément, mais à des degrés et avec une intensité évidemment variables.L\u2019insistance, cependant, qu\u2019il mettra sur un aspect plutôt que sur un autre fera toute la différence entre un syndicalisme bourgeois ou un syndicalisme d\u2019affaires et un syndicalisme à préoccupation sociale.La position qu\u2019il prendra dans ses objectifs de contestation est encore plus importante.Quand il conteste les situations et les structures qui entraînent l\u2019exploitation des travailleurs, il œuvre pour le bien général de la société, malgré les inconvénients immédiats que cela peut occasionner.S\u2019il allait contester, d\u2019un coup, toutes les structures présentes, au point de vouloir non pas les faire évoluer ou les remplacer progressivement mais les renverser toutes simultanément, il deviendrait alors nettement un syndicalisme révolutionnaire et il ne recueillerait que difficilement, ou pas du tout, l\u2019appui de l\u2019ensemble des travailleurs.Une secousse aussi considérable entraîne trop de risques pour que les fruits hypothétiques à en retirer compensent les souffrances immédiates certaines, occasionnées par le bouleversement révolutionnaire.L\u2019objectif de la participation à tous les niveaux paraît beaucoup mieux adapté au développement progressif de nos sociétés économiques évoluées.Harmonieusement introduit, depuis l\u2019établissement jusqu\u2019à l\u2019échelon national, il constitue la formule probablement la plus respectueuse de la dignité humaine.11 n\u2019est pas, en lui-même, une panacée et l\u2019infaillible solution à tous les problèmes; il demeure, toutefois, l\u2019avenue la plus prometteuse pour le progrès de l\u2019homme vivant en société.Entendus avec les nuances appropriées, ces trois grands objectifs \u2014 revendication, contestation et participation \u2014 ne s\u2019excluent pas nécessairement.Si chacun, cependant, était poussé à l\u2019extrême, ils deviendraient incompatibles: on ne saurait poursuivre la revendication la plus intense, encore moins la contestation globale de la société actuelle et, en même temps, la participation réelle et positive aux divers niveaux de l\u2019économie.C\u2019est là, sans doute, l\u2019option fondamentale nécessaire du mouvement syndical chez nous, celle qui conditionne toutes les autres.JUIN 1968 185 Line étape à bien conduire, entre la première enfance et ladolescence Claire Campbell F J\u2014/NTRE LA PREMIERE ENFANCE, OÙ l\u2019enfant a progressé par mutations successives, et l\u2019adolescence, que les psychologues appellent la grande mutation, se trouve un trait d\u2019union.Cette période de l\u2019éducation, à mon avis, peut être pour la mère au foyer une étape de travail formidable.Non seulement elle verra à la santé physique, spirituelle et morale de son enfant, mais elle préparera aux éducateurs un terrain tout prêt à recevoir l\u2019instruction qu\u2019eux seuls pourront donner.C\u2019est un défi sans pareil pour celle qui a compris le véritable sens de l\u2019éducation.Dans la mesure où elle fera réussir à l\u2019enfant cette étape, la grande mutation qui suivra sera un échec ou une victoire, constituera des moments douloureux ou euphoriques, deviendra un supplice, voire un cauchemar, ou une expérience heureuse.Il ne faudra jamais l\u2019oublier: \u201cDans cette mutation de l\u2019enfant en adulte, se joue souvent le destin de toute une vie.Il est rare qu\u2019un homme qui a raté son adolescence puisse vivre plus tard autrement que vipère au poing ou panique au cœur.Il est également rare que celui qui a passé le cap de l\u2019adolescence sinon sans histoire, du moins sans refus profond et excessive amertume, ne garde pas, sous-jacente aux déploiements et aux agitations de sa vie d\u2019adulte, une certaine sérénité et une certaine capacité de paix\u201d.(Jean-Pierre Deconchy dans Le développement psychologique de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent).Il faudra bien préparer l\u2019enfant à l\u2019adolescence, donc structurer sa personnalité et son caractère par des moyens à la fois souples et forts, et toujours dans le respect authentique de son individualité.Continuant à mettre en place les pièces du casse-tête, dont nous avions pour ainsi dire terminé le pourtour, nous constaterons que le travail deviendra plus facile.Nous pourrons nous 186 accorder un peu de jeu (\u201cune phase d\u2019accalmie\u201d, écrit M.Deconchy) tout en continuant l\u2019effort.Il s\u2019agit de développer l\u2019intelligence de l\u2019enfant, de fortifier son caractère, de préparer sa vie intérieure, de lui apprendre à manifester sa foi, à imprégner sa vie de spirituel, de l\u2019aider à atteindre une harmonie mentale, de lui donner de l\u2019ouverture d\u2019esprit et de lui offrir l\u2019exemple d\u2019une vie bien remplie; c\u2019est en ces tâches que la mère poursuivra la réussite de son casse-tête.Encore une fois, un véritable travail de civilisation ! c V^>ommençons donc cette deuxieme étape de notre casse-tête.Les professeurs cultiveront l\u2019enfant surtout en l\u2019instruisant, la mère, parallèlement, cultivera en lui l\u2019homme.Ce sera pour elle un travail de tête et un travail de cœur; son cerveau présidera et son cœur guidera.Cette culture en lui de l\u2019homme sera pour l\u2019enfant un capital inaliénable.La mère l\u2019aidera progressivement à travailler les points faibles et à canaliser les points forts de son caractère, à combattre son égoïsme et à donner l\u2019élan à son dynamisme intérieur.Elle développera la grande faculté qu\u2019est la VOLONTÉ, indispensable à un être d\u2019action.Elle lui apprendra à être courageux et persévérant.Elle cultivera chez lui le vrai sens des valeurs, le sens du devoir.Elle l\u2019habituera à voir le beau côté, à être positif, enthousiaste et optimiste.Elle l\u2019initiera aux sentiments de dévouement et de charité.Elle lui apprendra à toujours respecter autrui, à rayonner la joie, à devenir un foyer d\u2019influence.Elle l\u2019entraînera vers un idéal qui transfigurera sa vie.Non seulement elle lui parlera de franchise, de pureté, d\u2019obéissance, mais elle lui transmettra une foi vivante.Elle donnera une dimension religieuse à la vie de l\u2019enfant et l\u2019aidera à se former une conscience spirituelle.Comment fera-t-elle tout cela ?En comprenant elle-même le vrai sens de la vie, en aimant la vie, et en croyant à l\u2019Esprit Saint.Forte de cette confiance que l\u2019Esprit suscite en elle, la mère ne démissionne jamais.Au contraire, elle puise constamment à cette source inépuisable la lumière, la fidélité et la fermeté.Va sans dire que, dans ce travail formidable, la mère a besoin de l\u2019appui et de la collaboration de son mari.Ce travail de géant doit se faire à deux.En effet, la continuité et la cohésion dans les efforts, dans un climat de confiance et de calme, se poursuivent à DEUX.Ces quatre \u201cC\u201d rayonnent dans un foyer authentique.Si la douceur, la tendresse, la bonté, la paix et l\u2019AMOUR accompagnent la continuité et la cohésion, il en résulte une vie de famille intime, source de sécurité pour tous les membres de la famille.Tous ont un besoin insatiable de sécurité et nos éducateurs savent comment il est facile de discerner, par le comportement d\u2019un enfant, l\u2019équilibre de son milieu familial.Quel grand bien que de vivre dans un foyer accueillant ! Et ce foyer accueillant, qui le fait ?Avant tout la chaleur humaine de la mère.\u201cLa maison\u201d, c\u2019est la mère, n\u2019est-ce pas ?¦ On parle beaucoup de l\u2019apparition dans notre société contemporaine d\u2019un \u201cnouveau couple\u201d, un couple où les époux partagent étroitement les responsabilités, où le mari collabore beaucoup plus.Je suis d\u2019accord jusqu\u2019à un certain point.Car il se trouve, avouons-le, certaines responsabilités nettement liées à la mère.De par sa nature, elle est vraiment dans le foyer la force humanisante sur laquelle les enfants (et aussi le mari) se repèrent et s\u2019orientent.De par sa forme de pensée, elle devient tout naturellement le BAROMÈTRE.Aujourd\u2019hui, la femme mo- RELATIONS dcrne veut à tout prix prendre rang parmi les grands constructeurs de la société.Eh bien ! elle peut le devenir dans son foyer même.Elle ne devrait jamais oublier que la famille est une organisation naturelle et que, de par les lois de la nature c\u2019est à elle que revient la plus grande tâche dans l\u2019éducation des enfants.Quand on va contre la loi naturelle, la nature se venge et les conséquences peuvent être graves.On a qu\u2019à regarder certains problèmes sociaux de notre milieu pour observer ces conséquences.Construire la société en préparant dans un foyer authentique l\u2019élite de demain me semble requérir tout autant d\u2019intelligence et de préparation que d\u2019aller contribuer à l\u2019économique de cette société.L\u2019écrivain anglais George Elliot fait dire à un de ses personnages de The Mill on the Floss : Si vous avez un homme parfaitement cultivé, il n\u2019est embarrassé par aucune branche du savoir.Si un menuisier possède bien ses outils, il peut fabriquer une porte aussi bien qu\u2019une fenêtre.En conséquence, faire monter l\u2019humanité en lui procurant le levain, n\u2019est-ce pas une contribution de valeur ?L\u2019éducation globale de l\u2019enfant ne se fait-elle pas au foyer ?De cette éducation globale, la femme, avec l\u2019étroite collaboration de son mari, est la responsable.Des éducateurs compétents, un mari faisant sa part, une femme instruite qui comprend son rôle dans son envergure, voilà un triangle intéressant et positif ! T Xrois moments dans la journée sont à retenir où s\u2019affirme particulièrement le rôle de la mère dans le développement de l\u2019enfant: le départ pour l\u2019école, le retour de l\u2019école, l\u2019heure du coucher.La présence de la mère à ces moments est bénéfique à un point qu\u2019on ne semble pas encore apprécier suffisamment.Le départ pour l\u2019école est le moment où la mère peut transmettre à l\u2019enfant la joie de vivre, et l\u2019enthousiasme pour le savoir.Une caresse, un geste tendre, un petit secret à l\u2019oreille et l\u2019enfant s\u2019en va gaiement ! (N\u2019oublions pas l\u2019offrande à Dieu de la journée).Au retour de l\u2019école, se présenteront d\u2019autres moments précieux.C\u2019est l\u2019heure d\u2019accueillir avec joie, d\u2019écouter patiemment les peines, les doutes, les inquiétudes, de comprendre les difficultés, d\u2019encourager délicatement, de rire avec l\u2019enfant, de lui faire un compliment et de partager ses joies \u2014 nulle autre qu\u2019une mère peut bien faire tout cela auprès de son enfant.Les propos qu\u2019ils échangeront à l\u2019heure de la collation seront le \u201cfacteur x\u201d qui déterminera plus tard le succès de ce fameux dialogue dont on parle tant.Et l\u2019heure du coucher ?Comment décrire en simples mots l\u2019intimité de la mère et de son enfant à cette heure si précieuse de la journée ?C\u2019est l\u2019heure de la prière très personnelle, l\u2019heure des petits secrets et des échanges de tous ordres, le tout dans une grande chaleur humaine.A ce moment-là, la mère assise sur le bord du lit représente pour l\u2019enfant L\u2019UNIVERS.Quelle douce sécurité pour lui ! La petite croix qu\u2019elle lui trace sur le front, en l\u2019embrassant, lui apporte une richesse surnaturelle indescriptible.Je me permets de souligner ici que le fossé qui se creuse à l\u2019heure de l\u2019adolescence (ce fossé dont on parle tant dans les journaux et la TV) se mesurera au degré d\u2019intimité de ces moments que je viens de décrire.Vers la fin de cette période qui fait trait d\u2019union entre la première enfance à l\u2019adolescence, c\u2019est-à-dire vers l\u2019âge de 10 à 12 ans, j\u2019ai découvert qu\u2019un enfant peut atteindre un certain degré d\u2019équilibre tout à fait extraordinaire.C\u2019est un véritable temps d\u2019émerveillement pour les parents ! Somerset Mau-ghan, dont les métaphores m\u2019ont toujours charmée a comparé la vie à une fleur qui lentement, à chaque nouvelle expérience positive, s\u2019ouvre.A ce moment de sa vie, l\u2019enfant pourra se donner ce que j\u2019appellerai un passeport à l\u2019harmonie de tout son être, lequel assurera l\u2019éclosion de cette fleur de Maughan: le développement de son univers intérieur.Savoir réfléchir ! Quelle bouée de sauvetage dans notre société du STRESS (si répandu aujourd\u2019hui) ! Si les parents ont, à deux, à préparer l\u2019enfant à affronter la réalité et à savoir s\u2019y adapter, c\u2019est à la mère, évidemment avec l\u2019aide des éducateurs, de développer chez lui la faculté de penser.Dans notre monde factice, insatiable de nouveauté, sans parler de tous les instrus qui nous assaillent, c\u2019est un travail de géant que d\u2019habituer ses enfants à penser et à réfléchir.L\u2019auteur américain, Henry James, écrit qu\u2019il ne faut pas traverser la vie comme une enveloppe close parcourant toutes les étapes de la poste.Apprendre à un enfant à penser et à réfléchir c\u2019est lui apprendre pour plus tard à se connaître, à rentrer en lui-même, à trouver lui-même des solutions et non pas à toujours les attendre des autres, à régler ses problèmes quotidiens, à acquérir une force d\u2019où jailliront les solutions.On nous prédit qu\u2019à l\u2019avenir il n\u2019y aura plus de période de transition, tout étant perpétuellement remis en question.Raison de plus pour être fort et bien préparé.En plus de ce travail de développer chez l\u2019enfant de 10 à 12 ans la faculté de penser, la mère pourra lui inculquer alors un mot d\u2019ordre de qualité qui engendre des hommes d\u2019action.\u201cFais tout ce que tu peux, avec ce que tu as ou ce que tu es aujourd\u2019hui\u201d.L\u2019enfant entraîné par ce mot d\u2019ordre, quand il sera parvenu à l\u2019adolescence, saura employer la force puissante qui se dégagera de tout son être.Durant ces 6 ou 7 années qui font le trait d\u2019union, l\u2019enfant apprendra, au contact de ses parents, de façon intuitive, ce que sont l\u2019amour, le mariage, la vie chrétienne et les responsabilités.Il sera initié très directement au don de soi, au partage, à l\u2019engagement dans la vie familiale, sociale, économique et politique (les parents verront à l\u2019animation spirituelle de toutes ces valeurs, évidemment).Personne ne doit rester indifférent au progrès de la civilisation.Construire le monde est le devoir de tous.Construire un foyer et préparer des enfants pour la société me semble un travail tout à fait naturel pour la femme qui a COMPRIS son rôle.Quand sonnera pour l\u2019enfant l\u2019adolescence, la mère qui a si bien travaillé à tout mettre en place en son casse-tête n\u2019aura aucune appréhension.Avec calme, sérénité et confiance, elle accompagnera son enfant à travers \u201cla grande mutation\u201d.Six ou sept ans plus tard, regardant le casse-tête terminé, elle répétera avec Thomas Merton: \u201cPartout s\u2019ouvrait devant moi un monde nouveau de joies: joies spirituelles, intellectuelles, joies de l\u2019imagination et des sens, innocentes et sanctifiées par la grâce.\u201d (La nuit privée d\u2019étoiles).JUIN 1968 187 IL experience cl enseignement cl la religion en douzième année Raymond Bourgault, SJ.^ la fin de l\u2019année scolaire 1965-A 1966, le Département de Sciences Religieuses du Collège Sainte-Marie a pris un virage difficile dont il a tout lieu de se féliciter maintenant.Depuis deux ans, le nouveau cours a été donné à environ deux mille étudiants qui, en général, l\u2019ont fort bien accueilli.Il a semblé à des amis que notre expérience méritait d\u2019être connue.Sans entrer dans les détails de programme et d\u2019organisation et sans rien dire des autres cours que nous avons mis sur pied, nous raconterons brièvement comment les choses se sont passées en douzième année.Il y a seulement cinq ou six ans, les cours de religion n\u2019étaient pas contestés, les professeurs, religieux et prêtres pour la plupart, étaient acceptés des étudiants et s\u2019ingéniaient à adapter leur enseignement aux besoins et aux intérêts de leur classe.Mais on n\u2019était pas sans percevoir des craquements symptomatiques.Les grands élèves de 14e et de 15e années étaient las d\u2019une catéchèse indéfiniment répétée où Abraham et le mystère pascal revenaient plus souvent qu\u2019à leur tour.Sans beaucoup d\u2019effort, ils obtenaient beaucoup de points, car les professeurs étaient débonnaires.Mais, contrairement aux autres cours, ils apprenaient peu de choses qu\u2019ils ne sussent déjà.Le christianisme commençait à leur faire l\u2019effet d\u2019une superstructure contraignante plus que d\u2019une école de liberté spirituelle.Ils sentaient que l\u2019Église était en état de siège et que des chevaliers pleins de cœur et d\u2019inquiétude la défendaient avec des armes médiévales.Aussi, en 63-64, avons-nous jugé bon d\u2019offrir un certain éventail de cours de religion: Bible, Théologie, Morale, Psychologie religieuse, Religion et Culture, parmi lesquels les étudiants pourraient faire leur choix.Mais grande fut notre surprise de constater, deux années de suite, que l\u2019achalandage était inversement proportionnel au caractère proprement religieux des cours: ceux qui impliquaient un engagement de la foi étaient délaissés, et la masse des étudiants se résignait à s\u2019incrire à des cours dits de religion, mais où le surnaturel devait se déguiser en nature et en humanisme pour se faire accepter.L\u2019équivoque devint rapidement intolérable.C\u2019est pourquoi en février 1966 nous avons décidé d\u2019un commun accord de ne plus offrir, l\u2019année qui suivrait, et en douzième année seulement mais obligatoire pour tous à ce niveau, qu\u2019un seul cours de religion, d\u2019en faire un cours de science religieuse, et plus précisément d\u2019Histoire des Religions.Durant les derniers mois de cette même année scolaire et durant les mois d\u2019été nous avons multiplié les réunions du Département pour déterminer la matière et la manière.Il nous est apparu: premièrement, que la méthode devait être scientifique, positive, descriptive, phénoménologique ; deuxièmement, qu\u2019il fallait discuter les hypothèses explicatives et, dans la mesure du possible, tenter une théorie cohérente; troisièmement, que nous devions nous départir de toute préoccupation apologétique.Mais, même positive, la science opère à plusieurs niveaux.Un cours d\u2019Histoire des Religions proposé à l\u2019ensemble des étudiants de douzième année ne peut être qu\u2019une initiation et ne peut prétendre au type de rigueur auquel un Département habitue d\u2019ordinaire les candidats à la licence et les futurs chercheurs.L\u2019exposé d\u2019une série de monographies ou de problèmes de méthode, fruits de longues recherches sur le terrain, dans les textes ou dans l\u2019histoire de la science elle-même, aurait été vite fastidieux et aurait lassé le plus grand nombre de nos jeunes auditeurs.Nous avons donc opté pour une vue rapide de la totalité de l\u2019histoire religieuse de l\u2019humanité, basée sur les conclusions des spécialistes et sur un schème général d\u2019explication à la fois ferme et souple.En septembre, les premières esquisses étaient prêtes et nous pûmes même commencer à distribuer aux étudiants des notes de cours, qui allaient être mises au point dans les réunions hebdomadaires du Département.Pour notre jeune équipe de professeurs, l\u2019aventure avait quelque chose de passionnant.Il fallait relever un défi et nous n\u2019avions pas le sentiment d\u2019avoir des modèles.Nous devions à mesure acquérir et assimiler une somme énorme de connaissances positives, les interpréter en fonction de l\u2019histoire mondiale, éviter d\u2019infléchir l\u2019explication sous l\u2019effet de nos croyances, inventer des méthodes d\u2019exposition et de dialogue, ajuster notre enseignement aux réactions des étudiants, et d\u2019abord nous rompre nous-mêmes à la dure ascèse qu\u2019exige la science et au respect absolu des voies spirituelles autres que celle dont vivait traditionnellement notre milieu.Nous avons appris le pluralisme en nous exerçant à la sympathie pour tout ce qui est humain, et en tâchant de résoudre dans la dialectique même de notre recherche et de notre enseignement le problème de la brusque accession du Québec à la cité séculière.Si nous avons réussi, c\u2019est en grande partie au travail d\u2019équipe que nous le devons: pendant plusieurs heures chaque semaine nous nous exercions à être encore plus exigeants pour nous-mêmes que les étudiants ne pouvaient l\u2019être.Car le tournant que prenaient le monde, l\u2019Église et notre pays, et que les étudiants sentaient viscéralement, c\u2019est en notre âme et conscience d\u2019abord qu\u2019il devait accéder au langage.Ainsi, grâce aux savants qui étaient nos maîtres, grâce aux confrères et 188 RELATIONS grâce aux étudiants, nous avons essayé de dire ce qui se vivait et devait se vivre.Nous nous sommes donc attelés à la tâche de comprendre et d\u2019expliquer.Avec les phénoménologues, les préhistoriens, les ethnologues, nous avons décrit avec le plus de rigueur que nous pouvions ce qui est connu des religions de la préhistoire et des primitifs actuels.Nous avons assisté aux séances des chamanes, des guérisseurs et des sorciers, aux fêtes des paysans néolithiques, à la chasse aux têtes, aux initiations des jeunes gens, aux assemblées des associations d\u2019hommes.Et sans cesse nous demandions aux fonctionnalistes, aux structuralistes, aux sociologues et aux psychologues quelques éléments d\u2019explication.Et nous avons entendu les hommes archaïques raconter leurs récits exemplaires du Temps Primordial qui donnaient à leurs activités et aux événements leur sens et leur norme.Avec les archéologues et les philologues, nous avons ensuite exploré les villes mortes et ressuscitées des hautes civilisations du Proche Orient, visité leurs pyramides et leurs hypogées, fait l\u2019ascension de leurs pylônes et de leurs ziggourats, et nous avons entrevu la signification des vieux textes, des rituels, des chants et des mythes.Puis ce fut la ronde des civilisations classiques de la Chine, de l\u2019Asie du Sud-Est, de l\u2019Inde et de l\u2019Iran, d\u2019Israël, de la Grèce et de Rome, de leurs arts et de leurs lettres, de leurs sagesses, de leurs théologies et de leurs mystiques.Ensuite, l\u2019Orient et l\u2019Occident ont pris forme à nos yeux: expansion du bouddhisme et du christianisme dans un monde déserté par le rationalisme de l\u2019âge antérieur, puis montée de l\u2019Islam entre ces deux mondes, enfin chrétienté ardente et modernité de nos expériences.Partout nous avons cherché à saisir dans le concret des âmes et dans le concret de la vie matérielle le rôle de la religion, de ses équilibres instables, de ses aurores radieuses, de ses apogées, de ses déclins crépusculaires, de ses renaissances imprévisibles.Dans la poussière des faits, dans le labyrinthe des documents et des monuments, notre fil d\u2019Ariane fut celui de l\u2019histoire mondiale: comme il fallait choisir et qu\u2019il n\u2019était pas possible de tout rapporter, nous nous sommes évertués à discerner les événements et les mouvements qui étaient significatifs pour l\u2019histoire collective de l\u2019humanité et qui, la faisant avancer, l\u2019avaient conduite jusque là où nous voici.Nous revivions le passé comme un moment de notre histoire commune, nous nous donnions une mémoire, nous faisant une âme fraternelle pour toutes les spiritualités, tous les produits de l\u2019esprit par lesquels l\u2019Humanité travaille à se faire.Notre espèce, comme à Pascal, nous apparaissait comme un seul homme qui apprendrait toujours et qui, pour aller plus avant, devait d\u2019abord se souvenir, regretter et redresser les écarts du passé comme les siens propres, et promouvoir ses réussites.Nous récupérions une enfance bien des fois millénaire, nous revivions la crise d\u2019adolescence de l\u2019espèce toute entière, et nous nous trouvions confrontés aux tâches d\u2019une difficile maturité.Autant nous ne cachions pas que nous étions croyants, autant nous évitions d\u2019étaler notre foi ou de la laisser interférer avec la science et la philosophie.La foi en l\u2019homme et en ce qui dépasse l\u2019homme nous semblait être une condition indispensable à la compréhension des autres fois, mais notre idéal eût été de nous exprimer de telle sorte qu\u2019aucun savant ne nous prît en faute et qu\u2019aucun croyant ne se sentît incompris et mésestimé.Le cours n\u2019était pas fait pour des savants spécialisés ni pour des croyants fanatisés, mais il voulait tout autant disposer à la science universelle qu\u2019à l\u2019engagement personnel, et notre rêve était que des étudiants à qui notre cours aurait inspiré le désir de devenir savants en religiologie ne renieraient pas plus tard l\u2019initiation que nous leur aurions donnée, et que des croyants de confessions diverses auraient été encouragés chacun à demeurer fidèle à sa foi.L\u2019idéal était sans doute au delà de nos forces, mais il était beau d\u2019y prétendre.La réponse des étudiants fut, en général, plus que favorable; chez plusieurs elle fut enthousiaste et rarement avons-nous eu à affronter sérieusement des manifestations d\u2019agressivité contre la foi ou la religion en général.Au contraire.La religion leur était révélée comme ayant été dans le passé un facteur de culture de toute première importance et comme capable de jouer encore un rôle de premier plan dans notre civilisation présente.Beaucoup souscriraient aujourd\u2019hui, tout autant qu\u2019à la thèse marxiste du primat des infrastructures, à la thèse bergson-nienne du rapport causal qui relie la technique à la mystique; ils entrevoient que, pour que la technique reste humaine, il faut à l\u2019homme un supplément d\u2019âme, et que la religion authentique ne remplit pas ici une simple fonction de suppléance.Et même, connaissant avec une certainè rigueur quelque chose d\u2019un bon nombre des religions du monde, ils sont nombreux à souhaiter qu\u2019on s\u2019étende plus longuement sur un exposé critique de la religion chrétienne.Tout se passe comme si un juste équilibre des savoirs positif, philosophique et transcendant était par soi libérateur, et que, un peu plus libérés et pacifiés nous-mêmes, nous contribuions à pacifier les autres et à libérer des énergies utiles pour notre petit pays et pour le vaste monde en gésine.Il existe peu, actuellement, dans les programmes officiels, de cours qui ouvrent ainsi les horizons de la culture et de l\u2019histoire.Aussi, la poursuite de pareille expérience s\u2019impose-t-elle au niveau collégial, afin d\u2019accentuer la preuve que cet enseignement est utile et bienfaisant et peut-être moralement nécessaire, et de susciter d\u2019autres équipes, dûment formées et engagées dans des voies analogues, au service de l\u2019homme d\u2019ici.PnûcM Réparations d'automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ELECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 JUIN 1968 189 Partage de Midi IL Y A CINQ OU SIX ANS DÉJÀ, le Partage de Midi du Rideau Vert nous avait procuré un contentement de haute qualité.Nous découvrions un nouveau Claudel: tourmenté, déchiré, si humain, faible même jusqu\u2019à la chute, mais en même temps planant au dessus des mesquineries et turpitudes pour les sublimer, à la fin, dans la mort.Soleil de midi brûlant dans l'azur, passion brûlante dans les cœurs.À la reprise de ce drame, présenté en commémoration de la naissance de Claudel il y a cent ans, le charme premier a manqué le rendez-vous, au Stella.Et pas seulement faute du choc de la nouveauté, de la découverte.Non, mais faute d\u2019assister \u201cà la transfiguration du combat de la chair contre l\u2019esprit\u201d, dont parle Barrault.L\u2019interprète de Mésa, cette année, Jean Doyon, \u2014 belle prestance, voix chaude et grave, parfois rauque dans les effets de force \u2014 ne semblait vraiment pas habité par son conflit intérieur, la lutte, dans son cœur, entre Dieu et la chair.Son jeu nonchalant, même gauche \u2014 il ne savait que faire de ses bras \u2014 jurait avec les sentiments de feu que le texte lui faisait exprimer.Or, c\u2019est en Mésa que réside le vrai drame de Partage de Midi.Déjà Ysé est détachée de son mari qu\u2019elle n\u2019aime plus et qui ne fait rien pour la reprendre.La passion toute charnelle et vulgaire, un peu sauvage, de l\u2019aventurier Amalric ne peut pourtant l\u2019emporter, aux yeux d\u2019Ysé, sur la noblesse, l\u2019élévation des sentiments de Mésa.À lui de choisir.Choix dont dépendra le sort de tous.Choix tragique, car il y va de leur bonheur et surtout de leur salut, mais dont Doyon n\u2019a pu réussir à nous faire sentir toute l\u2019importance, toute la grandeur.LE THÉÂTRE Georges-Henri d\u2019AuTEUiL, S.J.Et l\u2019équilibre de la pièce en a été faussé, car le pivot sur lequel elle tourne manquait de solidité, de fermeté, de précision.Pourtant le jeu d\u2019Yvette Brind\u2019A-mour, en Ysé, moins ardent qu\u2019il aurait fallu parfois, portait juste.L\u2019exubérance de Gilles Pelletier s\u2019ajustait bien également au caractère d\u2019Amalric, et la plate suffisance de De Ciz n\u2019a pas été desservie par la discrétion de Ronald Lrance.Des décors de Wuetrich, le premier était franchement mauvais; le dernier, au troisième acte, avec son petit air de réalisme exotique, plaisait.Mise à part la courte lutte entre Amalric et Mésa à la fin de la pièce (touche mélodramatique étrangement observée dans presque toutes les œuvres du théâtre de Claudel), les deux ou trois monologues et les longs dialogues qui constituent Partage de Midi ne favorisent pas la mise en scène et Jean Laucher ne pouvait faire de miracle.* * * Nous avons quelques bonnes écoles d\u2019art dramatique où peuvent se former les comédiens, metteurs en scène, décorateurs de demain.Déjà de bons fruits en sont sortis.Je suggère comme urgente la fondation d\u2019une institution de ce genre, pour les auteurs cette fois.C\u2019est de toute nécessité si nous prétendons créer \u2014 comme on le proclame \u2014 une dramaturgie canadienne autonome et de qualité.Là nos écrivains apprendront d\u2019abord que le théâtre est un genre littéraire difficile, le plus difficile de tous par les dons d\u2019invention, de composition, de style, de psychologie qu\u2019il requiert.On leur dira aussi que d\u2019avoir commis un assez joli conte, un roman passable ou même un sketch de sept ou huit minutes à la radio les autorise nullement à se sacrer tout à coup dramaturges.On leur enseignera encore, j\u2019espère, qu\u2019une pièce n\u2019est pas un fourre-tout, une sorte de bric-à-brac ou marché aux puces dont les éventaires fourmillent d\u2019objets hétéroclites et incongrus.Dans sa préface de Bérénice, Racine rappelle ce mot d\u2019Horace: \u201cQue ce que vous ferez soit toujours simple .\u201d Simplicité dont justement Bérénice est un parfait exemple, mais qui suppose profondeur de pensée et puissance d\u2019expression, plus un sûr métier pour bien ordonner les divers éléments de l\u2019œuvre.Certains pour obvier à la carence, chez eux, de ces qualités recourent à l\u2019insolite, au baroque, au saugrenu, toutes choses très à la mode, aujourd\u2019hui, dans tous les arts sur la pente accélérée de la décadence.On sourit peut-être un moment, mais on bâille plus longtemps à de tels spectacles.Les Grands Soleils Voilà ce qui m\u2019est arrivé, par exemple, aux Grands Soleils de Jacques Ler-ron, présentés aux abonnés du Théâtre du Nouveau Monde, au Port-Royal.La première partie de cette pièce qui nous reporte à la rébellion de 1837, à Saint-Eustache, nous offre quelques moments intéressants enveloppés d\u2019une certaine fantaisie assez agréable; la seconde est mortellement ennuyeuse.Les jappements du \u201crobineux\u201d L\u2019Ecuyer et les cris hystériques de Jean Perraud, \u201cmercenaire\u201d, selon Perron, de la guerre de Corée, n\u2019y peuvent rien: ce bla-bla fastidieux de fanatiques de \u201chustings\u201d n\u2019a rien à faire avec l\u2019art dramatique.On a vanté l\u2019ingénieuse utilisation de la confusion des époques: 1837-1967.Confusion des époques mais surtout des esprits; en effet, tout était, parfois, tellement emmêlé que nous nous sentions 190 RELATIONS plutôt dans l\u2019intemporel.On dira: l\u2019imagination des spectateurs supplée.Oui, mais avec l\u2019aide de l\u2019imagination des auteurs et des metteurs en scène dont c\u2019est la profession d\u2019en avoir et de la montrer.À propos de la mise en scène, justement, si les acteurs ne parlent pas franchement face à la large salle du Port-Royal mais de côté ou vers le fond de la scène, les spectateurs non logés au centre, perdent souvent plusieurs répliques, fait très fréquent dans les Grands Soleils.On écrit: \u201cVisibilité parfaite de tous les fauteuils\u201d; pas audition parfaite, à moins que le metteur en scène et les comédiens s\u2019en avisent.En vérité, les interprètes des Grands Soleils ont apporté beaucoup de bonne volonté à animer les personnages plutôt disparates de Ferron.Autour du sympathique Docteur Chénier, incarné avec mesure et belle simplicité par Jean-Marie Lemieux, s\u2019assemblent d\u2019abord une petite anglaise tournée patriote, seul personnage féminin et de médiocre importance, tenu avec chaleur par Marthe Mercure; deux \u201chabitants\u201d de Saint-Eustache: Félix Poutré, opportuniste louvoyant entre les \u201cEnglish\u201d et les partisans de Chénier, et son fils, François, ballotté au gré du vent des circonstances, campés par Jean Lajeunesse, pittoresque et roublard, et Jean Perraud, tout feu tout flamme; aussi, bien sûr, un Curé, celui de Saint-Eustache, ami de Chénier, mais \u201cmagis arnica veritas\u201d ., rendu avec assez de bonhomie par Bernard Lapierre; enfin et surtout un représentant des premiers indigènes du pays, Sauvageau (une des marottes de Ferron: le \u201cbon sauvage\u201d, spolié et opprimé par les blancs!), confié à un Miliaire souple et supérieur, et Mithridate, habitué du Parc Viger, à l\u2019ombre du monument du Dr Chénier, d\u2019où il mène rondement le jeu tout en vaticinant au nom de l\u2019auteur et que représente, avec une fougue et une cocasserie remarquable, Guy L\u2019Ecuyer.Une distribution somme toute assez heureuse de bons comédiens qui semblaient, au surplus, convaincus de leurs propos.Le Chemin du Roy Après l\u2019évocation plus ou moins réussie d\u2019un vague passé, un rappel de la proche actualité: le Chemin du Roy, reconstitution, sur la scène du Gesù, sous les auspices de l\u2019Egrégore, du prestigieux voyage du \u201croi du Québec\u201d, l\u2019été dernier, par le tandem Françoise Loranger-Claude Levac.Mais n\u2019allez pas vous méprendre.Nulle part sur le programme vous pourrez lire des mots comme pièce, comédie, drame, tragédie.On parle en note d\u2019un \u201cprojet\u201d, qui a pu être réalisé grâce aux octrois du Conseil des Arts de Montréal et d\u2019Ottawa (oui, d\u2019Ottawa, pour un \u201cprojet\u201d antifédéraliste !) mais rien de Québec.Aucune autre indication.Avec raison d\u2019ailleurs.En effet, le Chemin du Roy est tout ce que vous voudrez, sauf une pièce de théâtre.Une admirable performance de mise en scène, digne de Paul Buisson-neau et de son inépuisable imagination créatrice, d\u2019un Jeu scénique à la mode de Chancerel; rien d\u2019autre.Comme les couvre-lits de nos grands-mères, confectionnés avec des carreaux d\u2019étoffe de diverses couleurs et cousus dans un ordre fantaisiste, le texte de ce jeu enfile avec habileté bout à bout \u2014 ce qui donne parfois des effets assez saisissants \u2014 des déclarations qui ont tenu la une de nos journaux, lors de la \u201cgrande visite\u201d, en anglais et en français.Du bilinguisme intégral, quoi ! Donc, un reportage qui raconte un événement connu, enjolivé de trucs visuels ingénieux, colorés, vivants mais souvent très artificiels, avec, vous pensez bien, accompagnement de la voix de fer-blanc des hauts parleurs.En effet, les dramaturges utilisent beaucoup, aujourd\u2019hui, des techniques empruntées au cinéma et à la télévision.Manière originale sans doute de renouveler le théâtre et de cacher leur impuissance.Aucune restriction, cependant, pour l\u2019interprétation des comédiens.Tous excellents.Us ont exécuté les mille inventions scéniques de Buissonneau avec une précision, une rigueur et une justesse de ton en tout point remarquables.L\u2019œuvre \u2014 la très faible seconde partie surtout \u2014 a été sauvée par cette équipe magnifiquement pilotée par l\u2019Instructeur Paul Buissonneau.Pour ma part, je me permets de leur accorder un \u201caccessit\u201d particulier pour leur séquence mimée des Bérets blancs.Elle valait le prix de la soirée.Une trouvaille, et du grand comique.Docile Docile.Enfin, une pièce sans message.Pas de de Gaulle, de Lévesque, de R1N, de Trudeau, de bombes et autres ingrédients qui assaisonnent le menu quotidien de l\u2019actualité.Non.Une pièce avec une intrigue simple, qui se déroule normalement, avec des personnages, simples eux aussi, et bien vivants, de chez nous, qui nous parlent et qu\u2019on écoutent volontiers parce que leurs caractères, leurs comportements, les situations particulières qu\u2019ils affrontent nous intéressent, nous touchent.Et qui plus est, une pièce drôle: fait rarissisme dans notre production littéraire actuelle, nos écrivains ayant plutôt la bonne habitude de déballer dans leurs ouvrages leurs complexes de refoulés, hargne, révolte, haine, frustration ., toutes choses pas précisément gaies et divertissantes.Ameublement et accessoires de bureau ROSAIRE DESNOYERS, PRES.261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 JUIN 1968 191 NOTRE RADIO EN DEUIL Un chrétien, nui (Uonture La comédie de Guy Dufresne est donc reposante, d\u2019un comique sain, sans amertume, où l\u2019on peut rire sans contrainte de péripéties cocasses dont la méchanceté est exclue.Autre motif d\u2019intérêt: les personnages, habitants d\u2019une petite ville de la province, encore à l\u2019abri des mœurs sophistiquées des faubourgs de la Métropole, sont spontanés et naturels, au langage familier, savoureux comme du bon pain de campagne, qui ferait tiquer, sans doute, les parisiens pincés mais que goûteraient, comme nous, les paysans du Perche et de Normandie.Docile n\u2019est pas du \u201cgrand théâtre\u201d, comme disent les esthètes prétentieux.Pas plus que les farces de Molière d\u2019où la langue châtiée de Rambouillet et des Précieuses sort passablement éraflée, mais qu\u2019on joue et applaudit encore à la Comédie Française.Mise en scène par Gratien Gélinas, tout en jouant le rôle de Magnus, sorte de devin de village qui prétend prédire l\u2019avenir des gens simplement en leur tâtant les orteils, la pièce de Dufresne est bien défendue par une brochetée de bons comédiens.Lise Lasalle, d\u2019abord, une Docile qui porte assez mal son nom, puisque, prétend-on, elle tire à hue et à dia avec une désinvolture déconcertante, ce qui convient très bien à notre mutine comédienne.Roland Bédard qui ne s\u2019impatiente jamais, même s\u2019il est Edmour, le père de Docile et l\u2019époux assez malmené de Fleur-Ange, sempiternelle \u201cbourrasseuse\u201d que campe Janine Sutto avec l\u2019aplomb qu\u2019on lui connaît.Et il y a Pichou, l\u2019amoureux tout en chaleur de Docile et qui \u201cest rendu au boutte\u201d d\u2019attendre qu\u2019elle se décide.Réjean joue ce personnage avec une fougue presque exagérée et dans un mouvement emporté qui vient à fatiguer.De plus, sa diction est déplorable, plus il crie moins on le comprend.Mais \u201cil a du chien\u201d, comme dirait Edmour.Comme il convenait, Claude Fortin a imaginé pour Docile un décor réaliste approprié et plaisant, au goût de Gélinas qui peut s\u2019en donner à l\u2019aise dans les investigations, chez ses clients, du \u201csang qui chenaille de la veine-mère à la palette du genou, du gras de jambe à la grosse orteille.\u201d IL Y A QUELQUES SEMAINES, décédait un des grands chez nous de la radio et du monde artistique, Miville Couture.Il semble bien qu\u2019on ne puisse rien ajouter aux nombreux témoignages de regret et d\u2019admiration que sa mort a provoqués.Nous tenons quand même à lui rendre un tardif hommage, en montrant un aspect de sa personnalité, à peine souligné dans les éloges qu\u2019on lui a rendus.Miville Couture fut un grand chrétien.Sa vie intérieure, fondée sur des convictions éclairées et solides, témoignait d\u2019une vaillante collaboration à la grâce, acquise de haute lutte.Cette vitalité spirituelle s\u2019exprimait dans sa conduite.Il ne faisait pas montre de ses convictions, il ne les cachait pas non plus.Il les vivait.Au bénéfice de plusieurs qui furent l\u2019objet de sa charité discrète et pleine d\u2019humour.En premier lieu, les nombreux dépannés, dans le monde des artistes notamment, qui lui doivent la joie de vivre aujourd\u2019hui vainqueurs de l\u2019obsession de la boisson.Cet esprit chrétien, Miville Couture le manifesta dans le domaine de l\u2019humour, dont il fut un maître.Pour lui, dérider les gens, leur remonter le moral, c\u2019était faire une bonne action.Pourvu que cela se fît dans le respect et sans méchanceté.Le plus bel exemple de son apostolat par le rire est l\u2019émission Chez Miville dont il fut le créateur et le principal artisan.Il eut le bonheur de rencontrer en Paul Legendre un réalisateur épris du même idéal.Ensemble, ils ont recruté et formé une équipe de collaborateurs de choix qui entrèrent dans le jeu, à fond.Une des principales qualités dont témoignait l\u2019émission fut un esprit de travail constant, jamais satisfait, sans cesse en quête de renouvellement et de progrès.C\u2019est ce qui explique la popularité croissante de Chez Miville, depuis ses onze années d\u2019existence.C\u2019est un exemple de conscience professionnelle qui caractérise tout artiste authentique.Dans le cas de Miville, et de Legendre également, cette conscience s\u2019inspirait sans aucun doute de vues spirituelles sur le devoir d\u2019état, expression de la volonté de Dieu.Il faut citer surtout la propreté morale de l\u2019émission et son absence complète de méchanceté.La tentation constante qui guette les auteurs et les artistes comiques est de s\u2019assurer un succès facile par des propos faisandés ou des satires qui font rire sauf la victime, blessée dans sa réputation ou sa légitime fierté.Rien de tel à l\u2019émission Chez Miville.C\u2019était le fruit d\u2019une délicatesse de conscience et d\u2019une charité soucieuse non seulement du bon renom mais des sentiments des autres.Miville fut probablement aidé en cela par l\u2019expérience de ses tours, devenus légendaires, qui, à son grand regret, avaient blessé quelques-unes des victimes.Genre de plaisanterie qu\u2019il abandonnera par la suite.L\u2019émission Chez Miville devait être, dans la pensée de Couture, un témoignage quotidien à sa conception de l\u2019humour: bonne action inspirée par la charité.En cela aussi, il était en plein accord avec Paul Legendre.Pour bien montrer que la religion, la vraie, a sa place dans nos joies et nos amusements, ils tinrent à mettre au programme un moment d\u2019inspiration spirituelle.Un billet quotidien, écrit le plus souvent par l\u2019abbé Ambroise Lafortune, rappelait une vérité, provoquait une réflexion religieuse, suggérait une attitude chrétienne à propos des menus faits de la vie de chaque jour.Les auditeurs accueillaient avec joie le mot du Père Ambroise et l\u2019écoutait dans le silence et le recueillement, pour passer ensuite, tout naturellement et presque sans transition, aux blagues et aux facéties coutumières.Si malheureusement, on a ces derniers temps supprimé le mot du Père Ambroise, ce fut contre la volonté expresse de Legendre et de Miville.La mort fauche aveuglément.Notre unique consolation réside en la Providence qui sait compenser les pertes les plus cruelles: la disparition de Miville Couture creuse un vide difficile à combler.Émile Gervais.192 RELATIONS AU FIL DU MOIS Juifs de langue française au Québec A tous les points de vue, ce fut une émission des plus intéressantes que celle de \u201cTirez au clair\u201d, le 1er mai dernier, sur les Juifs de langue française au Québec.En organisant cette rencontre et en permettant à un groupe ethnique de se faire ainsi connaître à toute la communauté québécoise de langue française, Radio-Canada a joué parfaitement son rôle d\u2019instrument par excellence de communication et de dialogue entre tous les groupes ethniques du pays.Tant chez les Juifs rassemblés en studio que chez les Canadiens français interrogés au hasard de la rue, l\u2019émission a révélé non seulement l\u2019absence d\u2019agressivité, mais de la bonne volonté, de la compréhension mutuelle, voire une certaine sympathie.Nous n\u2019en étions plus au stade du simple contact ou de la coexistence pacifique, mais à celui d\u2019une solidarité qui s\u2019amorçait pour la défense de la langue et de la culture françaises au Québec.N\u2019eût été l\u2019attaque inopportunément renouvelée de l\u2019une des participantes en studio contre les écoles confessionnelles \u2014 aussi bien juives que protestantes et catholiques, \u2014 rien n\u2019aurait brouillé l\u2019expression de cette solidarité.Il faut souhaiter que ce début ait une suite.Les Québécois d\u2019origine juive, au nombre d\u2019environ 75,000, lors du recensement de 1961, viennent immédiatement après les Britanniques et les Italiens par leur importance numérique.Ils se concentrent à plus de 97 p.cent dans la zone montréalaise, où ils pratiquent le bilinguisme dans la proportion de 35.8 p.cent, se classant ainsi au troisième rang en ce domaine, après les Français (41 p.cent) et les Russes (37.9 p.cent).Au moment où l\u2019anglicisation progressive des immigrants et la baisse constante de la natalité menacent plus que jamais la vie française à Montréal, les Canadiens français ne peuvent se permettre le luxe de refuser l\u2019alliance d\u2019autres groupes intéressés au maintien et au progrès de cette vie française.Encore moins celle du groupe juif.Même s\u2019ils posent un peu partout un problème particulier (voir à ce sujet: \u201cJuifs, en France, aujourd\u2019hui\u201d, dans Esprit, avril 1968), les Juifs comptent partout une proportion exceptionnellement élevée d\u2019hommes intelligents, travailleurs et dynamiques.Si ceux du Québec venaient à se joindre en grand nombre à la communauté de langue française, ce serait pour elle un apport précieux ainsi qu\u2019une plus sûre garantie d\u2019avenir.Richard Arès.L\u2019héritier de Martin Luther King Ralph Abernathy: il faudra s\u2019habituer à reconnaître cet homme \u2014 son visage, son nom.D\u2019ailleurs la presse et le petit écran ne cesseront dorénavant de nous les renvoyer, le pasteur Abernathy ayant hérité de l\u2019œuvre de Martin Luther King.C\u2019était son ami, le familier de ses pensées, son compagnon d\u2019armes à Montgomery dans 1\u2019Alabama, à Albany en Géorgie, à Ste-Augustine en Floride, à Birmingham dans le Missis-sipi, à Selma dans l\u2019Alabama et, enfin, à Memphis, ville du drame.Ensemble, ils avaient fondé, en 1957, la Southern Christian Leadership Conférence qui fédérait divers mouvements d\u2019intégration.Ils avaient prié ensemble, jeûné ensemble (imaginez !) connu ensemble la prison, mûs qu\u2019ils étaient par un même esprit.\u201cMartin\u201d avait fait élire \u201cRalph\u201d vice-président de la S.C.L.C.parce qu\u2019il ne voulait pas d'un autre à la tête du mouvement, si lui-même venait à disparaître.Abernathy n\u2019est donc pas le premier venu.On lui reconnaît de très grands dons d\u2019organisateur, une étonnante puissance de travail, cette éloquence passionnée qui va au cœur des Noirs \u2014 sorte d\u2019incantation remplie d\u2019images tirées de l\u2019Exode, scandée par les alleluias et les amen de l\u2019assistance et par la reprise haletante, surtout à la péroraison, des derniers mots de chaque phrase où l\u2019on peut discerner le rythme des spirituals.Cela suffira-t-il ?On se le demande.Abernathy ne domine pas la scène.Même s\u2019il a résisté à toutes les pressions pour annuler la marche des pauvres sur Washington, il n\u2019est pas le chef incontesté et incontestable.D\u2019autres hommes existent \u2014 et ils sont nombreux \u2014 qui partagent les vues et l\u2019esprit de Martin Luther King, et qui sont aujourd\u2019hui à des postes de commande.Par contre beaucoup d\u2019autres refusent les méthodes de King, contestent ses idées: racistes noirs, activistes marxistes, jeunes gens en colère qui lisent Mao, Debray, Fanchon, Che, qui maudissent les Blancs, parlent de guérilla, de décolonisation et de sécession, rêvent d\u2019étés brûlants, et qui ne marcheront pas longtemps derrière une charrette de paysan traînée par deux mules .Abernathy déjouera-t-il les plans de leur colère ?Pourra-t-il mettre un frein à la violence croissante, saura-t-il éviter la terrible tentation des surenchères, ou les émeutes éclateront-elles, à son insu, comme elles éclatèrent à Watts, Détroit, Newark, à l\u2019insu de King qui ne put qu\u2019avec tristesse les constater, au milieu des insultes des siens ?L\u2019été nous dira si Abernathy a hérité du manteau du prophète.Et nous saurons aussi si la tactique de la non-violence, qui fait de la force d\u2019âme un instrument extraordinaire de revendication temporelle, n\u2019a pas été supplantée à la mort du pasteur King.Luigi d\u2019Apollonia.Hommage franco-canadien à Jeanne-Mance Le 5 mai dernier, on dévoilait à y Langres, en France, une statue à Jeanne Mance.Une nombreuse délégation canadienne, dirigée par les membres du Comité Montréal-Langres et plusieurs religieuses de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, représentait notre ville aux fêtes organisées par un comité lan-grois, animé par le docteur Husson et l\u2019abbé Hughes, responsable de la cause de Jeanne Mance dans le diocèse.La JUIN 1968 193 cérémonie fut présidée par le maire de Langres, M.Jean Favre.Le monument, œuvre du sculpteur parisien, Cardot, s\u2019élève dans le parc, sis en face de la cathédrale, qui porte le nom de notre héroïne.Cette statue en bronze, grandeur naturelle, représente Jeanne à l\u2019âge de vingt-cinq ans: une robuste jeune fille, aux bras musclés habitués au travail, dont la figure, intelligente et volontaire, légèrement tournée vers la gauche, regarde droit dans les yeux un interlocuteur invisible.Le socle, en granit noir, porte trois inscriptions: sur le devant, Jeanne Mance, 1606-1673, fondatrice de VHôtel-Dieu de Montréal; sur les côtés, les noms des villes, Langres et Montréal, avec leurs armoiries.Ce monument a grande allure; il est le fruit d\u2019une longue et féconde collaboration entre la France et le Canada, plus précisément, entre des citoyens de Langres, réunis dans le Comité Langres-Montréal, et un groupe montréalais de dames attachées au Centre Jeanne-Mance, qui se dévouèrent sous le nom de Comité Montréal-Langres, au côté de leur présidente, Madame René Gagnon, et de la révérende Mère Allard, responsable du centre.L\u2019apport canadien à cet effort commun est considérable.Le Comité Montréal-Langres a recueilli la plus grosse part de la somme nécessaire.Et si les gens de Langres ont lancé le projet et provoqué la collaboration canadienne, le comité de Montréal a le mérite de l\u2019avoir soutenu et maintenu vivace, à travers bien des péripéties.Cette collaboration a créé des liens étroits entre les populations et les autorités des deux cités.Des amitiés solides ont été nouées, à la faveur de visites mutuelles de représentants des deux villes.Cela ne peut que servir la cause de Jeanne Mance, et le bon renom de Montréal et du Canada.Comme tous les saints personnages qui ont fondé l\u2019Église et la civilisation en notre pays, Jeanne est avant tout canadienne par sa vocation particulière et sa vie de dévouement.Elle appartient aussi à la France, son pays d\u2019origine.Les deux patries ont donc raison de s\u2019unir pour célébrer leur gloire commune, comme elles viennent de le faire au dévoilement du monument de Jeanne Mance, à Langres.Émile Gervais.La présence des journalistes aux négociations des enseignants Un geste important a été posé, sans bruit, au cours du mois de mai, lorsque des journalistes, à l\u2019invitation de la partie syndicale et sans protestation de la partie patronale, ont assisté à une séance régulière des négociations qui se poursuivent entre le gouvernement provincial et les commissions scolaires, d\u2019une part, et les représentants des enseignants, d\u2019autre part.L\u2019événement est nouveau.Jusqu\u2019ici les négociations, qu\u2019elles fussent d\u2019ordre public ou privé, d\u2019envergure étendue ou restreinte, se sont toujours poursuivies à huis clos.On considérait que la discrétion complète dans les entretiens représentait une condition nécessaire pour un dialogue franc et efficace.Avec la présence des journalistes et, éventuellement, du public dans la salle de négociation, l\u2019atmosphère va changer inévitablement.Pour le mieux ou pour le pire ?Nul ne saurait le dire avec certitude.Les risques, en effet, sont grands.À cause de l\u2019importance croissante de l\u2019opinion publique dans le règlement des grands conflits \u2014 de ceux auxquels le public s\u2019intéresse \u2014 les parties, au lieu de discuter entre elles, de négocier vraiment, s\u2019adresseront peut-être, par dessus la table de négociation, aux représentants du public, pour tâcher de le gagner chacun à sa cause et d\u2019infléchir ainsi en sa faveur le poids de son opinion.Si tel était le cas, la véritable négociation quitterait la salle des délibérations et se réfugierait dans les coulisses et les chambres d\u2019hôtel, avec tout le risque et les inconvénients que comporte une telle façon de procéder.La présence des journalistes et du public aurait manqué le but qu\u2019elle vise et les avantages qu\u2019on est en droit d\u2019en attendre.Car de sérieuses raisons militent en faveur d\u2019une tentative loyale de négociations publiques.La principale de ces raisons vient de ce que le public est déjà profondément engagé dans tous les grands conflits.Même s\u2019il n\u2019est que partiellement et mal renseigné, son opinion exerce un poids considérable.À cause de son influence, il est essentiel qu\u2019il puisse se faire, dans toute la mesure du possible, une opinion im- partiale, basée sur les renseignements les plus objectifs et les plus complets.Les méthodes utilisées jusqu\u2019ici ne paraissent guère satisfaisantes.Les communiqués qu\u2019émettent respectivement les parties en cause ne fournissent pas l\u2019information adéquate et intelligible qui s\u2019impose.Apparemment exacts de part et d\u2019autre, ils sont, la plupart du temps, irréconciliables entre eux.La présence des journalistes aux séances de négociation permettrait peut-être au public d\u2019être mieux informé que par la \u201cguerre des communiqués\u201d, telle qu\u2019elle se pratique souvent actuellement, à condition, évidemment, que les parties ne cherchent pas systématiquement à utiliser cette présence à leurs propres fins et que les journalistes transmettent l\u2019information la plus objective possible.La responsabilité des journalistes sera considérable dans cette expérience.Même avec la meilleure volonté et les meilleures intentions du monde, on rapporte souvent les événements selon ses propres préoccupations et ses sympathies personnelles.Pourtant, l\u2019objectivité la plus stricte et la plus complète est capitale.Si les reporters, consciemment ou non, par le choix des données ou même de leur vocabulaire, allaient mêler l\u2019éditorial à la nouvelle et faire pencher ainsi l\u2019opinion publique \u2014 sans préjudice du rôle des éditorialistes \u2014 ils fausseraient le jeu de la négociation, s\u2019établissant eux-mêmes juges et arbitres du conflit en cause.Mais il faut faire confiance à la conscience professionnelle des journalistes.Le succès de l\u2019expérience dépend d\u2019eux, tout autant que des parties elles-mêmes.Le risque est grand, mais il vaut la peine, d\u2019être tenté.C\u2019est le risque de la démocratie de participation.Gérard EIébert.22 mai 1968.L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction Imprimeurs Lithographes Studio d'Art 388 ¦ 5781\t8125, rue Saint - Laurent Montréal 11, Qué.194 RELATIONS MÉDITA TION Les livres LE CINQUANTIÈME JOUR Il est venu l\u2019Intercesseur, promis par le Fils, pour le temps de l\u2019agir, alléluia ! Au matin de la Pentecôte, l\u2019Esprit de Dieu pénètre dans la maison de la petite Eglise, malgré les portes closes, malgré les verrous sur les portes closes, malgré la peur renfermée des Douze.Il est là, maintenant, le Consolateur et le Conseiller, Mémoire éternelle des enseignements du Christ, devenue active à l\u2019attention de tous; il est là l\u2019Envoyé du Père et du Fils, Amour de l\u2019Un et de l\u2019Autre, présent au commencement de l\u2019Eglise, comme autrefois à celui du monde, non plus sous la seule force du vent, mais sous la forme aussi de langue, et plus précisément, de sept langues de feu.Mais de quelle autorité, en écrivant sept, en ai-je limité le nombre ?C\u2019est par distraction, sans doute; c\u2019est par habitude de penser aux sept dons, apportés par lui, pour la respiration quotidienne de l\u2019âme; c\u2019est par habitude de penser aux sept sacrements, par lesquels il se glisse à l\u2019intérieur de l\u2019être pour y monter sa demeure, en compagnie des deux autres; c\u2019est par habitude de penser aux sept sacrements, comme à la source inépuisable à laquelle s\u2019abreuvera ma force et ma forme d'aimer, suivant chaque nouveau devoir de chaque nouvelle étape, à chaque âge de ma vie.Si j\u2019ai dit sept, c\u2019est par habitude de croire à la Pentecôte d\u2019hier et d\u2019autrefois, comme à l\u2019événement renouvelé à chacun des sept aujourd\u2019hui, au cours desquels il me faut souvent dire: Veni, Sancte Spiritus ! Il est venu le Guide, promis par le Fils, pour le temps de l\u2019agir, alléluia ! Au matin de la Pentecôte, il descend afin de parler à la conscience engourdie des Apôtres, plus ou moins conscients de leur mission.Il vient, sous forme de glaive étincelant ou de parole aiguisée de Dieu, pour vaincre les résistances; sous forme de langue ou de feu renversé de bougies allumées, sans en compter le nombre, pour illuminer, en se divisant, toutes les intelligences.En ce jour, chacun reçoit sa part de lumière, comme chacun au cours des siècles recevra la sienne, jusqu\u2019à la fin de la mission temporelle de l\u2019Esprit, jusqu\u2019à la fin de l\u2019Eglise visible, en laquelle par l\u2019Esprit, je puis aspirer à ma plénitude, éternellement réalisée en celle du Christ.Veni, Sancte Spiritus ! Au matin de la Pentecôte, le Souffle de Dieu fait irruption sous forme de \u201cvent violent, remplissant la maison\u201d.Il vient donc sous forme d\u2019enthousiasme ou de secousse au cœur de la maison de l\u2019âme, dont il veut s\u2019emparer pour la convertir au Christ, en l\u2019inondant de ferveur.Il vient sous forme de facilités soudaines à comprendre et d\u2019aptitudes à rendre intelligible, en soi et hors de soi, le témoignage jadis exprimé par le Verbe divin pour la glorification continue du Père.Il éclaire la foi, il égaye l\u2019espérance, il est le puits sans fond de la charité d\u2019où jaillit l\u2019Amour.Parfois, souvent même, je puis avoir l'impression accablante de manquer à l\u2019invitation d\u2019aimer, mais je le sais et c\u2019est ma consolation, l\u2019Esprit aime toujours en moi.pour moi, quand je prends soin de sa demeure en moi.Veni, Sancte Spiritus, alléluia ! Paul Fortin.JUIN 1968 Théologie Ingo Hermann: Initiation à l\u2019exégèse moderne.Traduit de l\u2019allemand par Jean Le Moyne, bénédictin de Ligugé.\u2014 Paris, Editions du Cerf, 1967, 192 pp., 18.5 cm.Notre époque n\u2019a pas la foi tranquille; de gré ou de force, nous avons à justifier notre foi et à la refonder rationnellement.Ce qui suppose que nous pouvons retracer le rapport qui l\u2019unit à la foi de l\u2019Eglise apostolique.Pour témoins de cette foi nous avons les textes du Nouveau Testament.Ils attestent l\u2019Evangile oral et vivant qui exista avant l\u2019Evangile écrit qu\u2019ils constituent.Quel rapport de celui-ci à celui-là ?Comment expliquer les variantes dans la forme donnée par deux synoptiques au récit d\u2019un même événement ?L\u2019exégèse moderne a fait là-dessus des recherches poussées dont l\u2019Eglise nous dit que nous pouvons souvent tirer profit pour comprendre la Parole de Dieu (Doc.cathol.1964, col.711-718).Ce petit ouvrage veut initier à cette \u201chistoire des formes\u201d spécialement dans le Nouveau Testament.Dom Le Moyne l\u2019appelle \u201cl\u2019abécédaire parfait du petit exégète moderne\u201d.C\u2019est dire que nous sommes seulement initiés à ce monde extrêmement complexe mais que nous le sommes bien; ainsi beaucoup de lumière nous est donnée sur des notions aujourd\u2019hui fort ambiguës: le mythe, la pensée mythique, le langage mythique.S\u2019il arrive au lecteur de souhaiter d\u2019importantes précisions, par exemple, sur l\u2019enracinement historique de tel épisode ou sur le rôle des Apôtres, presque toujours elles nous sont fournies par la préface et les notes de Dom Le Moyne, ce qui rend cette préface extrêmement utile, voire indispensable.Prêtres et laïcs cultivés ont ici l\u2019ouvrage indiqué pour se mettre ou se remettre au courant des problèmes de l\u2019exégèse du Nouveau Testament.Georges Robitaille.Michèle Aumont: L\u2019Eglise écoute.Réflexion de laïc.\u2014 Paris (6, rue Casimir Dela-vigne), Librairie Arthème Fayard, 1967, 308 pp.19.5 cm.es propos contenus dans cet ouvrage se déroulent sur trois plans:\tcelui d\u2019un monde en pleine transformation, celui d\u2019une Eglise soucieuse de s\u2019adapter à son temps et celui d\u2019une humanité en quête d\u2019une réponse à ses problèmes fondamentaux.L\u2019auteur voit très bien les difficultés de l'heure et les expose en un langage accessible à tous.Elle écrit: \u201cMa tentative prend réellement sa source dans tout ce que j\u2019ai vécu et en tout ce que je suis, comme laïc et comme femme.La dimension spirituelle des faits et des problèmes, des événements et des situations a toujours été pour moi un axe essentiel de réflexion .\u201d Tous les problèmes religieux, particulièrement catholiques, du temps présent sont abordés avec franchise dans cet ouvrage.On n\u2019y trouvera pas la profondeur d\u2019un Karl Rahner ou l\u2019érudition d\u2019un Hans Kung, mais, par contre, beaucoup de simplicité et de clarté.Richard Arès.P.Schoonenberg: Le monde de Dieu en devenir.Coll.\u201cL\u2019Eglise en son temps\u201d.\u2014 Paris, Editions du Centurion, 1967, 240 pages.21.5 cm.OEUVRE D\u2019UN PROFESSEUR DE THEOLOGIE, ce volume aborde des sujets difficiles et fort discutés de nos jours, tels que, par exemple, l\u2019évolution, l\u2019origine de l\u2019homme, l\u2019histoire du salut, le mariage, le monde du travail.Lorsqu\u2019il traite des deux premiers sujets, l\u2019A.s\u2019inspire volontiers de Teilhard de Chardin, qu\u2019il appelle \u201cle prophète de la nouvelle vision des choses\u201d.Tout en croyant à la possibilité pour l\u2019homme d\u2019améliorer sa postérité, il ne va pas cependant jusqu\u2019à prédire l\u2019avènement du Surhomme: \u201cPersonne, pratiquement, n\u2019attend le \u201cSurhomme\u201d, si on l\u2019entend d\u2019un homme de genre supérieur.On ne voit pas du tout sa place dans une perspective chrétienne.\u201d Les considérations sur le travail sont à lire et il faut approuver l\u2019appel que lance l\u2019A.en faveur d\u2019une nouvelle théologie du travail.Le travail, dit-il, met la terre au service de l\u2019homme, par le fait même il libère l\u2019homme de l\u2019emprise de la nature; il est la liberté d\u2019être soi-même, il est maîtrise, bref il \u201cest humanisation de l\u2019homme par l\u2019humanisation du monde\u201d.La théologie que l\u2019Eglise doit élaborer à ce sujet doit être autre chose \u201cqu\u2019un certain nombre de remarques théologiques abstraites sur l\u2019activité spécifique qui s\u2019appelle le travail\u201d.Aux hommes comme aux chrétiens d\u2019aujourd\u2019hui, il faut rappeler que \u201cle travail n\u2019est pas un passe-temps, mais une tâche de vie, et même une construction de la vie, même par rapport à l\u2019achèvement final\u201d, car \u201cdès aujourd\u2019hui, ici-bas, nous participons, par notre activité, à la construction de la communauté d\u2019amour à venir\u201d et \u201calors nous verrons ce qu\u2019ici nous construisons maintenant.\u201d Richard Arès.Gustave Thils: Syncrétisme ou catholicité ?\u2014 Tournai et Paris, Casterman, 1967, 196 pp., 19 cm.Cet ouvrage a été suscité par le décret de Vatican II sur l\u2019activité missionnaire de l\u2019Eglise, en particulier, qui invitait les chrétiens à rechercher \u201cpar quelles voies la \u2018foi\u2019, compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut \u2018chercher l\u2019intelligence\u2019, et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie, l\u2019ordre social peuvent s\u2019accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation divine\u201d (no 22).Tout en demandant d\u2019ajuster la vie chrétienne \u201cau génie et au caractère de chaque culture\u201d, le décret condamnait \u201ctoute apparence de syncrétisme et de faux particularisme\u201d.L\u2019A.prend encore pour point de départ de ses réflexions un ouvrage de M.Visser \u2019t Hooft sur la \u201ctentation\u201d du syncrétisme.L\u2019A.suit une démarche aisée à discerner.Une fois défini le syncrétisme comme un 195 \u201cmélange plus ou moins heureux entre des religions\u201d, il s\u2019attache à montrer comment le syncrétisme met en danger des éléments essentiels du christianisme, telle l\u2019unicité du sauveur, de l\u2019Evangile et de l\u2019Eglise (ch.1).Il élabore ensuite (ch.2) la notion de catholicité sous les aspects essentiels de l\u2019identité et de la diversité des éléments qui la constituent.L\u2019A.veut ainsi orienter le travail d\u2019adaptation qui, d\u2019une part, préserverait les données qui identifient l\u2019Eglise et, d\u2019autre part, accueillerait les valeurs authentiques de tous ordres.Enfin (ch.3), l\u2019A.étudie trois formes de syncrétisme qui, selon certains, menaceraient l\u2019Eglise d\u2019aujourd\u2019hui: la présentation de l\u2019Evangile à travers une image du monde maintenant périmée, la naissance d\u2019un \u201ccatholicisme crypto-protestant\u201d, les compromis de l\u2019Eglise avec des institutions politiques ou des conditions économiques qui gênent sa liberté spirituelle.Le sujet était délicat à traiter.Il exigeait que fussent nettement distingués les valeurs permanentes de la foi et ses modes d\u2019expression liées à telle ou telle civilisation qui passe.L\u2019A.aurait pu traiter la question d\u2019une manière négative, se limitant à signaler des erreurs ou des menaces.Sans omettre les mises en garde, l\u2019A.s\u2019attache surtout à montrer comment et avec quel fruit l\u2019Eglise \u2014 surtout les jeunes Eglises qui prennent forme \u2014 devrait accueillir les valeurs religieuses ou culturelles que possèdent les peuples à évangéliser.L\u2019A.va avec une grande sympathie à la rencontre du monde présent.L\u2019ouvrage se lit aisément.La pensée est nette, et la langue très correcte.Il y aurait encore place, sans doute, pour un ouvrage plus dense, plus neuf et plus documenté qui traiterait du même sujet.Mais l\u2019ouvrage de Mgr Thils représente déjà une contribution enrichissante à l\u2019étude d\u2019un problème complexe, jamais résolu une fois pour toutes.L\u2019A.a le mérite de décrire avec bonheur les menaces qui pèsent sur toute tentative d\u2019œcuménisme ou d\u2019adaptation, et surtout d\u2019indiquer d'une manière lucide \u2014 parfois trop rapide \u2014* les orientations que devrait prendre, selon Vatican II, une pensée chrétienne soucieuse d\u2019assumer toutes les vraies valeurs humaines, où qu\u2019elles se trouvent.Paul-Emile Langevin.Faculté de Théologie S.J., 1855 est, rue Rachel, Montréal (34e).Jacques Durandeaux: Question vivante à un Dieu mort.Y a-t-il un problème de Dieu?\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1967, 160 pp., 18.5 cm.Par la réponse de sa foi, le croyant aiguillonne le philosophe soucieux de questions plus que de réponses.L\u2019A.pense que le philosophe surtout inquiète le croyant, en le forçant à épurer le sens des images, des thèmes, des catégories et des gestes par lesquels s\u2019exprime la foi.Or, la théologie n\u2019a pas attendu Marx ou Freud pour tendre à purifier l\u2019idée qu\u2019on doit se faire de Dieu et de ses attributs, grâce aux trois voies (négation, affirmation, éminence) classiques au moins depuis saint Thomas.On tiendra compte des attaques de Marx et de Freud; mais on a tort de s\u2019imaginer qu\u2019elles touchent le fond des choses.De plus, n\u2019en déplaise à l\u2019A., le philosophe qui va jusqu\u2019au bout de son enquête métaphysique ne peut éviter le problème de Dieu.Car l\u2019affirmation de l\u2019existence de Dieu ne relève 196 pas d\u2019une expérience consécutive à une irruption conçue à la manière de l\u2019A.L\u2019irruption est là depuis la création, qui provoque le philosophe et le dispose à croire à l\u2019épiphanie de Dieu, préparée par ses merveilles en faveur d\u2019Israël, réalisée en Jésus-Christ, continuée dans l\u2019Eglise.Bref, la question de l\u2019A., vivante certes, parce qu\u2019actuelle et présentée avec autant de force que de subtilité, mais dans une langue incorrecte, ne peut s\u2019adresser à un Dieu mort (contradiction dans les termes).Aucune critique, si radicale qu\u2019on la suppose, n\u2019atteint ni le Dieu de la Bible, ni celui de la théologie, ni celui du peuple fidèle: le seul et même Dieu, Père, Fils, Esprit, créateur, sauveur, sanctificateur.L\u2019Eglise des pauvres, dont parle admirablement le Père Daniélou, n\u2019a rien à gagner aux tarabiscotages d\u2019une épistémologie obsessive: la connaissance simple que Bernadette et le Curé d\u2019Ars eurent de Dieu par leur foi et leur amour a rejoint l\u2019Eternel plus sûrement que par tous les raffinements (au sens chimique du mot, si l\u2019on veut) d\u2019une certaine \u201chonnêteté\u201d.Possédant la Vérité, ou plutôt possédé par Elle, le croyant sait qu\u2019il a toujours à connaître davantage pour adorer sans illusion, et surtout à aimer mieux par un service indéfiniment meilleur.Il n\u2019a cure d\u2019une recherche qui s\u2019hypostasie elle-même en dehors de la saisie de Dieu.Toujours en sécurité et toujours en progrès, dirait Blondel, voilà l\u2019attitude du chrétien.Oiseuse alors lui apparaît la question, même vivante, de l\u2019A.à un Dieu qui ne saurait mourir.\tJoseph d\u2019Anjou.J.AUGEREAU : La Chance suprême de l'homme.Ontologie chrétienne.\u2014 Paris (10, rue Cassette), Lethielleux, 1964, 288 pp., 19 cm.Prix : 17 F.Un auteur choisit son sujet, son plan, ses développements, le titre de son essai.Le lecteur peut souhaiter autre chose.Ici, le sous-titre, discutable, peut se défendre.Mais je cherche la justification du titre.Déductif, l\u2019ordre suivi par l\u2019A.part de Dieu va à Jésus-Christ et à son Eglise, en passant par le contingent et l\u2019au-delà.Inductif (ce qui semble préférable), le plan aurait mené du contingent à Dieu, puis à l\u2019au-delà, après l\u2019étude de Jésus et de l\u2019Eglise.D\u2019autant que l\u2019A.traite mieux sa deuxième partie que la première, et la quatrième mieux que la précédente.Théologien, l\u2019A.raille souvent ses pairs, que son livre ne satisfera point.L\u2019incroyant instruit n\u2019y trouvera guère son compte, non plus.Le catholique de bonne tradition et d\u2019honnête compagnie le lira volontiers, y puisera un aliment sain pour sa pensée, sa prière, et un juste stimulant pour son action.L\u2019homme, écrit pertinemment LA., n\u2019a pas raison de tirer de sa grandeur un argument contre Dieu : une grandeur donnée dans son essence et toujours finie dans ses réalisations n\u2019a de sens que par Dieu et ne s\u2019achève qu\u2019en Lui.Ce que l\u2019A.appelle le \u201créel absolu\u201d (l\u2019être thomiste), et qui demeure, quant à son exister, mystère pour l\u2019esprit, invite à la quête du Réel absolu.La physique moderne rend plus acceptable que jamais la transsubstantiation eucharistique et n\u2019a pas le moindre motif d\u2019écarter le miracle.On peut critiquer, ici et là, tel manque de nuance ou de précision; mais, vigoureusement théocentrique et humaniste à la fois, comme on le voit dans les pages consacrées à Jésus-Christ, l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage montre bien que, pour profiter concrètement à l\u2019homme, la charité doit s\u2019inspirer de Dieu et retourner à Lui.Joseph d\u2019Anjou.A.PATFOORT, O.P.: L'Unité d'être dans le Christ d'après saint Thomas.\u201cBibliothèque de théologie\u201d.\u2014 Tournai, Desclée & Cie, 1964, 326 pp., 22 cm.SELON LA DOCTRINE CLASSIQUE, il n\u2019y a dans le Christ qu\u2019un esse (acte d\u2019être), celui du Verbe, dont la communication à la nature humaine élimine et supplée l\u2019esse de celle-ci, sans attenter ni à la transcendance divine ni à la réalité de l\u2019humanité du Fils de Marie.Des théologiens ont attaqué récemment cette doctrine, l\u2019estimant contraire à la métaphysique thomiste, empreinte de panthéisme et d\u2019ailleurs rejetée par son auteur dans un ouvrage consacré à cette question.L\u2019A.traite le problème à fond, avec rigueur dans la méthode et audace dans la pensée.Il établit d\u2019abord l\u2019enseignement de saint Thomas, tel qu\u2019on le trouve dans trois ouvrages antérieurs au De Unione Verbi, ce qui le force à démêler la chronologie de maintes oeuvres du grand docteur.Puis, il étudie la difficulté que pose la solution risquée dans le De Unione Verbi : intégration dans le Christ d\u2019un esse secundum quid, propre à la nature humaine, par Y esse simpliciter du Verbe.Enfin, il suggère que saint Thomas rétracte, dans la dernière partie de la Somme théologique, l\u2019opinion exprimée dans le De Unione Verbi.Non seulement il justifie sa défense de la doctrine classique, mais il explique pourquoi, après un moment de distraction, saint Thomas eut raison de subordonner un principe métaphysique (à chaque forme correspond son propre me) à un autre (un suppôt n\u2019a qu\u2019un esse substantiel).Il lui faut, pour cela, déterminer les sens de Y esse thomiste et montrer comment l\u2019esse du Verbe peut être la forme de la nature humaine dans le Christ.La discussion engage toute la métaphysique originale de saint Thomas, que l\u2019A.possède parfaitement.A mon avis, il tient magistralement son propos.Sans résoudre le mystère, évidemment, sa thèse permet de le formuler en termes acceptables, grâce à une métaphysique sans faiblesse ni lacune, la seule utile ici, celle de saint Thomas d\u2019Aquin.Joseph d\u2019Anjou.Suzanne BillaULT : Du signe au synthème, du symbole au sacrement.\u2014 Paris (25, rue Saint-Sulpice), Editions Spes, 1965, 172 pp., 18.5 cm.Prix : 8.40 F.On doute parfois de l\u2019universalité du fait religieux dans l\u2019histoire, celle d\u2019aujourd\u2019hui en particulier.Ce doute ne prouve-t-il pas qu\u2019on a perdu l\u2019intelligence des signes et symboles par lesquels s\u2019exprime le psychisme humain ?Qu\u2019on lise l\u2019opuscule de l\u2019A.On verra que l\u2019athéisme même a ses symboles : ils traduisent l\u2019indestructible besoin d\u2019absolu qui caractérise la pensée en quête d\u2019explication, l\u2019action en quête de dépassement.Sur le plan horizontal, l\u2019homme interprète le signe naturel (fumée révélant le feu) et crée le synthème (signe conventionnel de l\u2019écriture et des mots).Sur le plan vertical, il découvre le symbole (eau qui désaltère et purifie) qui l\u2019oriente vers le sacré; il accepte ou refuse le sacrement, pour son salut ou sa perte.Le Sacrement unique, Jésus-Christ, donne aux signes choisis par lui valeur de divinisation et de bienheureuse éternité.L\u2019ouvrage de l\u2019A., simple mais documenté, fait voir ce qu\u2019apportent à l\u2019esprit du croyant la psychologie, l\u2019histoire, l\u2019anthropologie religieuse (cultes de l\u2019Asie, de l\u2019Afrique, de l\u2019Amérique) et surtout la Bible.Catéchiste depuis plus de trente ans, RELATIONS TA.offre aux éducateurs de l\u2019école et du foyer une riche mine de réflexions et d\u2019applications.Joseph d\u2019Anjou.François Bouchard, C.SS.R.: Jeunesse de l\u2019Eglise ou la grande tentation moderne.\u2014 Sherbrooke (250 nord, boulevard Saint-François), Editions Paulines, 1967, 216 pp., 20 cm.Lauteur, après avoir cité quelques témoins (Bernanos, Claudel, Péguy, Simone Weil), présente les deux visages de l\u2019Eglise: son visage humain et son visage divin, et termine ses considérations par une analyse de la situation ambiguë où se trouve l\u2019Eglise par rapport au monde.Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage populaire, c\u2019est-à-dire que tous peuvent facilement lire et comprendre.L\u2019A., en dépit de tout, demeure optimiste sur \u201cles chances humaines de l\u2019Eglise\u201d et il entend manifester \u201cun espoir lucide et courageux\u201d.Son livre fera du bien à ceux qui se donneront la peine de le lire en vue de découvrir le vrai visage de l\u2019Eglise.Dans une note, l\u2019A.laisse entendre que Claude Ryan n\u2019a pas saisi la distinction entre les modes et les champs d\u2019apostolat et qu\u2019il \u201cne voit pas de moyen terme entre le laïc laïque et le laïc clérical\u201d, d\u2019où un malentendu qui affleure péniblement (p.84).J\u2019aurais aimé, pour ma part, que cette note, puisqu\u2019elle abordait un problème d\u2019importance et d\u2019actualité, fût beaucoup plus développée.Richard Arès.S.Légasse: L'Appel du riche.Coll.\u201cVerbum Salutis\u201d.\u2014 Paris, Beauchesne, 1966, 294 pp., 18.5 cm.Le vœu de pauvreté, tel qu\u2019il se pratique aujourd\u2019hui dans l\u2019Eglise, trouve-t-il immédiatement sa source dans l\u2019Ecriture, peut-il se fonder sur l\u2019épisode du jeune homme riche et plus particulièrement sur cette parole de Notre-Seigneur: \u201cSi tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux; puis viens, suis-moi.\u201d (Mt 19, 21) C\u2019est à cette question que veut répondre le P.Légasse dans cet ouvrage; c\u2019est une contribution à l\u2019étude des fondements scripturaires de l\u2019état religieux.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un travail de vulgarisation, mais d\u2019exégèse.L\u2019A.étudie successivement l\u2019épisode, tel qu\u2019il se présente chez Marc, Luc et Matthieu; il en scrute chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot.Pour nous en tenir à saint Matthieu, c\u2019est lui qui unifie davantage l\u2019épisode et qui introduit cette idée de perfection.De quelle perfection s\u2019agit-il ?quel sens Matthieu donne-t-il à ce mot ?\u201cAu plan positif, écrit l\u2019A., tout d\u2019abord, et en général, la perfection selon Matthieu est nettement subjective et morale; elle dérive, comme telle, en droite ligne de l\u2019Ancien Testament et du judaïsme.Etre parfait, c\u2019est, d\u2019après cette pensée, vivre en rectitude sous les yeux de Dieu manifestant historiquement sa volonté.A cela devra s\u2019ajouter la note eschatologique, messianique et personnelle: Jésus est l\u2019interprète suprême et définitif de cette même volonté.De plus, une telle vie est indissociable de la connaissance du Révélateur et de son message, prélude à la foi en Jésus animant l\u2019obéissance à ses paroles.D\u2019autre part, chez Matthieu comme partout ailleurs dans le Nouveau Testament, la perfection est une valeur que tout chrétien doit ambitionner, nullement un degré supérieur d\u2019existence ré- servée à quelques-uns\u201d (p.144).Dans l\u2019épisode du jeune homme riche, Matthieu voit une leçon qui peut s\u2019appliquer à tout chrétien: pour être parfait, il faut faire la volonté de Dieu, telle qu\u2019elle a été manifestée par Jésus-Christ; il faut organiser sa vie morale en conséquences; si les richesses deviennent un obstacle à ce dessein, il ne faut pas craindre de les délaisser afin de préserver la pureté et l\u2019unité du cœur.Ainsi, malgré une tradition qui s\u2019est développée dès l\u2019époque patristique, on ne peut pas trouver directement dans l\u2019épisode du jeune homme riche le fondement du \u201cconseil\u201d ou du \u201cvœu\u201d de pauvreté.Tout chrétien doit tendre à la perfection en pratiquant la charité envers Dieu et envers le prochain, et il doit faire en sorte que les biens présents ne lui fassent pas oublier les biens futurs.Par suite d\u2019un appel particulier, les Apôtres ont tout quitté pour suivre Jésus; l\u2019homme riche a reçu également cette invitation, mais il l\u2019a déclinée.Le rattachement de la vie religieuse à cet épisode n\u2019est pas cependant tout à fait injustifié.Comme le conclut le P.Légasse: \u201cL\u2019épisode de l\u2019appel du riche et son contexte immédiat contient, dans les trois synoptiques, plus d\u2019un élément incorporé plus tard dans la théologie de l\u2019état religieux, même si on ne peut le considérer comme le fondement scripturaire direct de ce dernier\u201d (p.260).Le religieux témoigne de la valeur souveraine du Royaume des cieux; il veut partager ses biens avec ses frères pour établir une communauté de charité; il cherche en tout la volonté de Dieu, par amour; il choisit de renoncer volontairement aux richesses, afin d\u2019empêcher son cœur de s\u2019y attacher.Tous ceux qu\u2019intéressent l\u2019Ecriture, la vie religieuse, la vie chrétienne, liront avec intérêt ce volume, sachant, encore une fois, qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un ouvrage de vulgarisation, mais d\u2019exégèse.Marcel Girard.Facultés S J., Montréal.Histoire Stephen Pan, Ph.D.et Daniel Lyons, S.J.: Vietnam Crisis.\u2014 New York, Twin Circle Publishing Co.Inc., 1966, 334 pp., 18 cm.C^\u2019EST LE LIVRE À lire sur le Vietnam d\u2019au-^ jourd\u2019hui, si on veut en causer intelligemment.Le Dr Pan a connu personnellement Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek, Mao Tse-tung, Ho Chi Ming, et reçut chez lui durant six mois le président Diem.Le P.Lyons, président de l\u2019Association du Pacific Libre, a une compétence reconnue par le Gouvernement des Etats-Unis.Ils ont rassemblé une remarquable documentation, et la donnent sans passion.Leur petit livre a connu un succès de librairie (150,000 exemplaires en deux ans).A lire surtout le chapitre vu sur la crise bouddhiste de 1963, les suicides par le feu et l\u2019assassinat du président Diem.Le lecteur ordinaire, qui puise ses connaissances dans les journaux ou les magazines, y trouvera des détails sensationnels.On est mal à l\u2019aise en lisant diverses choses sur Henry Cabot Lodge.Les auteurs semblent convaincus, malgré les démentis officiels, que le coup du 1er novembre 1963 fut monté par le CIA, et leurs précisions semblent devoir exiger plus que de simples démentis.On finira peut-être par se rendre compte qu\u2019une étude objective, documentée, précise du communisme, de sa théorie, de sa stratégie et de sa tactique est plus intelligente qu\u2019une fin systématique de non-recevoir.Joseph Ledit.Charles-Olivier Carbonell: Le grand Octobre russe, 1917 : la Révolution inimitable.Coll.\u201cUn brûlant passé\u201d.\u2014 Paris, Éditions du Centurion, 1967, 287 pp., 21 cm.Trois parties: Croire, Connaître, Comprendre.Dans la première partie, l\u2019auteur rappelle les opinions les plus sensationnelles et contradictoires sur la révolution d\u2019Octobre.C\u2019était utile de tirer de l\u2019oubli ces erreurs qu\u2019on aime trop laisser dans l\u2019ombre.Dans la seconde partie, il apporte ce qu\u2019il estime avoir été les faits essentiels.Plus d\u2019un trouvera à son récit un caractère épisodique et pensera que des détails secondaires prennent la vedette, alors que d\u2019autres, comme le terrible désarroi de l\u2019Empire durant l\u2019hiver de 1916-17 à la suite de la guerre, auraient mérité une appréciation plus juste.Enfin, dans la troisième partie, il écarte l\u2019idée d\u2019un complot allemand, d\u2019un complot juif, et diverses explications qui lui paraissent insuffisantes.Le livre a de la valeur et de l\u2019intérêt.B fait revivre des détails trop oubliés, mais n\u2019explique pas, au moins à mon avis, comment et pourquoi Lénine réussit à imposer sa terrible volonté à la Russie et à l\u2019Europe.Je comprends pourquoi, après 50 ans et tous les mythes que les historiens soviétiques ont popularisés, Lénine reste seul comme force coordinatrice de cette révolution dans la pensée des Soviets.Joseph Ledit.Saul Friedlander: Kurt Gerstein ou l\u2019Ambiguité du bien.Postface de Léon Poliakov.Coll.\u201cVies et Témoignages\u201d.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1967, 208 pp., 20 cm.Oaul Friedlander est le jeune auteur juif ^ qui, malgré qu\u2019il eût été sauvé de la persécution nazie grâce aux directives charitables de Pie XII, s\u2019est fait connaître par un ouvrage très partial et très injuste envers la mémoire de ce pape: Pie XII et le IIIe Reich.René Casin a relevé, preuves à l\u2019appui, le caractère superficiel de cet ouvrage (v.Relations juillet 1967, p.218: Mensonges et silences sur Pie XII.) S.F.entreprend ici de nous faire connaître le débat intérieur qu\u2019aurait vécu Kurt Gerstein, jeune protestant d\u2019abord gagné aux idées hitlériennes puis révolté dans sa foi religieuse, qui crut devoir s\u2019engager dans les SS et collaborer aux exterminations des Juifs afin de pouvoir dénoncer avec compétence les abominations du régime.La fausseté de la situation où il s\u2019était mis fit qu\u2019il ne fut jamais cru tout à fait et qu\u2019une fois prisonnier des Français après la guerre, ses dénonciations ne réussirent pas à le disculper; ils le classèrent parmi les criminels de guerre.Il se donna la mort en prison, de désespoir, semble-t-il.L\u2019homme avait eu une enfance difficile et demeura toute sa vie déconcertant.Il a fourni à Hochluth un des personnages de sa pièce Le Vicaire.Friedlander se donne beaucoup de peine pour réhabiliter Gerstein; c\u2019est son droit.Souhaitons qu\u2019il apporte un jour le même zèle à rendre justice à la mémoire de Pie XII, figure autrement limpide et noble.Nous retiendrons le témoignage que lui rendit L.Pinhas Lapid, juif lui aussi, consul d\u2019Israël à Milan du vivant de Pie XII: \u201cJe veux affirmer que le Pape personnellement, le Saint Siège, les nonces et toute l\u2019Eglise catholique ont sauvé de 150 000 à 400 000 Juifs d\u2019une mort certaine\u201d.(Renée Casin, op.cit., p.100) C\u2019est un des nombreux témoignages de gratitude envers Pie XII dont s\u2019honore le peuple juif.Georges Robitaille.JUIN 1968 197 Canadians Simone Hudon: Au fil des côtes de Québec.Textes et gravures.\u2014 Présentation: Yves Gabias, secrétaire de la province.\u2014 Québec, Gouvernement de Québec, 1967, 36 gravures, 33 cm.De remarquables gravures, dues à la main ferme et sensible de Simone Hudon, ressuscitent de vieilles maisons de la ville de Québec, au fil des côtes familières.Les textes qui accompagnent les gravures, brefs mais parfaitement accordés aux esquisses, nous situent dans une atmosphère de poésie, d\u2019ombres et de lumière où le passé se marie au présent.Pour l\u2019étranger à la ville de Québec, l\u2019ouvrage sera une merveilleuse révélation; pour le citadin de la capitale québécoise, la plus douce réminiscence.Par le soin de la présentation et la qualité de la reproduction, cet album honore l\u2019imprimerie québécoise.En parcourant ces gravures transfigurées par l\u2019art, on n\u2019a plus qu\u2019un désir: revoir en personne ce sites imprégnés de douceur et d\u2019humanité.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Mémoires du sénateur Raoul Dandurand (Les) (1861-1942).Edités par Marcel Ha-melin.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 375 pp., 1967, 21 cm.C\u2019est à l\u2019âge de 70 ans que le sénateur Dandurand commence la rédaction de ses Mémoires.Il n\u2019a pas le temps d\u2019y mettre la dernière main; mais l\u2019éditeur a judicieusement utilisé ses notes; il a omis certaines pages qui offrent peu d\u2019intérêt au lecteur d\u2019aujourd\u2019hui, se contentant de nous en signaler le contenu.On a eu raison de livrer au public ce texte que le sénateur destinait à ses seuls petits-enfants.Bien qu\u2019il n\u2019ait pas tenu un rôle spectaculaire et de premier plan dans notre histoire politique et nationale, Dandurand mérite de passer à la postérité.Sur sa jeunesse, sur le climat intellectuel et politique de son temps, sur certains personnages, tels son cousin, le libre-penseur Joseph Doutre, et sur son chef politique Laurier, etc.il y a dans les Mémoires des pages du plus haut intérêt.Militant dans les rangs du parti libéral, Dandurand ne tarde pas à faire ses preuves comme organisateur électoral.Mais il n\u2019a que 37 ans et n\u2019a jamais été député quand il accède au Sénat en 1898.Il attribue pour une large part cette rapide ascension aux démarches intelligentes de son épouse, Joséphine Marchand, fille de Félix-Gabriel, premier ministre de la province de 1897 à 1900.De madame Dandurand, l\u2019éditeur écrit, p.4: \u201cElle a laissé un journal intime, véritable chef-d\u2019œuvre littéraire, qui couvre les années 1879-1900\u201d.A quand la publication de ce Journal ?C\u2019est avec son entrée au Sénat que commence vraiment la carrière de Dandurand.Il est en place, il a la confiance de Laurier et du parti, et il se révèle un loyal et fidèle serviteur.Il est président du Sénat de 1905 à 1909.En 1924, il est délégué du Canada à la Société des Nations, dont il devient président l\u2019année suivante.Ses interventions dans cette société internationale ont été souvent heureuses.Homme de belles manières, conciliant, mais sans faiblesse, parlant parfaitement les deux langues, mais affichant fièrement ses origines françaises, Dandurand a été un ambassadeur officieux mais efficace de notre pays à l\u2019étranger.En lisant les Mémoires, on se rend compte que pour lui, il n\u2019y a qu\u2019un Canada, celui de 198 la confédération.Cela ne l\u2019empêche pas de travailler toujours et partout à la promotion intellectuelle et sociale des Canadiens français.Et son patriotisme ardent et sincère n\u2019exclut pas la foi de ses pères:\t\u201cBien qu\u2019élevé dans un milieu anticlérical, je ne cessai jamais de remplir mes devoirs religieux, tout en évitant la pratique de certaines petites dévotions que je jugeais puériles\u201d (34).Pour une plus facile consultation du volume, l\u2019éditeur a placé en tête des notes biographiques concernant les principaux noms cités et à la fin un index onomastique détaillé.Léon Pouliot.Collège Sainte-Marie, Montréal.Jacques Brossard, André Patry et Elisabeth WeiSER: Les pouvoirs extérieurs du Québec.\u2014- Montréal (C.P.6128), Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1967, 464 pages.21.5 cm.Le comité parlementaire (québécois) de ' la Constitution n\u2019aurait-il à son crédit que la série d\u2019études juridiques rédigées à son intention par l\u2019Institut de recherche en droit public de l\u2019Université de Montréal, qu\u2019il aurait en bonne partie justifié son existence et mérité qu\u2019on le prenne au sérieux.Après L\u2019Immigration, voici Les pouvoirs extérieurs du Québec.Les auteurs y analysent, du point de vue de la science juridique, la situation actuelle, puis y vont de leurs suggestions au cas où le Québec voudrait soit améliorer cette situation, soit obtenir un statut particulier, soit s\u2019associer librement avec les autres provinces.Ainsi, par exemple, André Patry conclut son étude en affirmant que le Québec ne peut plus se satisfaire de la situation boiteuse qui prévaut actuellement: \u201cLe Québec a le devoir d\u2019obtenir, à la fois comme province et comme Etat national des Canadiens français, que la Constitution lui reconnaisse le pouvoir de traiter directement et librement avec les Etats étrangers et les organisations internationales dans les domaines relevant de sa juridiction pour le règlement des problèmes qui lui sont particuliers\u201d (p.91).De son côté, Jacques Brossard rappelle que ce n\u2019est pas l\u2019Etat fédéral qui détient la souveraineté extérieure mais la fédération (l\u2019ensemble constitué par l\u2019Etat fédéral et les Etats provinciaux) et qu\u2019en conséquence \u201cil serait normal, s\u2019il (l\u2019État fédéral) voulait respecter les principes du fédéralisme, qu\u2019il consultât les Etats provinciaux ou du moins le Québec, dont les intérêts sont souvent distincts, chaque fois que l\u2019exercice de la souveraineté extérieure serait susceptible d\u2019affecter les intérêts provinciaux et de toucher à des domaines de compétence provinciale\u201d (p.231).Ouvrage indispensable sur la question.Richard Arès.Marcel Faribault: Vers une nouvelle constitution.Coll.\u201cBibliothèque économique et sociale\u201d.\u2014 Montréal (245 est, boulevard Dorchester), Editions Fides, 1967, 252 pages.20 cm.Il y a toujours profit à prendre contact avec la pensée de Me Faribault, même s\u2019il ne s\u2019agit ici que d\u2019allocutions et de lettres de circonstances.Avec vigueur et clarté, l\u2019A.nous dit ce qu\u2019est le Canada français d\u2019aujourd\u2019hui, ce que le Québec désire et pourquoi il est devenu nécessaire de réviser la constitution canadienne.Parlant des éléments constitutifs du Québec, il écrit: \u201cUn territoire paraît de prime abord un simple fait géographique.C\u2019est pourtant beaucoup à cause de lui que le Québec doit d\u2019être une province unique, parce qu\u2019elle est au plein sens du mot une mère-patrie .C\u2019est tout cela qu\u2019exprimait le premier ministre de cette province en disant du Québec qu\u2019il est l\u2019Etat national de tous les Canadiens de langue française.11 faut voir là une affirmation bien précise du droit et du privilège du Québec d\u2019adopter des positions qui puissent ne pas paraître correspondre aux intérêts immédiatement prévisibles des éléments de langue française d\u2019autres parties du pays.Le Québec forme une entité cohérente dont c\u2019est à la fois la volonté et le rôle évident de recevoir audience et de se faire entendre, totalement, et non comme un approbateur minoritaire perpétuel ou un simple dissident intérieur\u201d (pp.13-15).Laissant de côté les options de l\u2019indépendance, du statut particulier et de l\u2019Etat associé (à l\u2019égard de cette dernière option, il se montre particulièrement sévère, pp.78-83), Me Faribault se déclare fédéraliste convaincu, mais du même coup ardent autonomiste: \u201cLa thèse autonomiste est pour tout Canadien français un donné irréductible, une exigence vitale, un caractère indispensable de la société fédérale.Son aire de développement naturel, c\u2019est la province de Québec d\u2019abord .\u201d (p.135).Un ouvrage dont la lecture s\u2019impose dans les circonstances actuelles.Richard Arès.Sœur Thérèse-du-Carmel, S.S.J., (Lucienne Blais): Bibliographie analytique de l\u2019œuvre de Félix-Antoine Savard.Préface de Luc Lacourcière.\u2014 Montréal, Fides, 1967, 229 pp., 21 cm.Excellent instrument de travail, cette bibliographie analytique facilitera l\u2019étude de l\u2019un de nos meilleurs auteurs.Elle comprend quatre parties: une notice biographique de Mgr Savard, un catalogue de ses œuvres, une liste des sources à consulter sur l\u2019écrivain et son œuvre, un index alphabétique des auteurs, titres d\u2019ouvrages, articles et principaux sujets traités.Chaque pièce du dossier porte un numéro d\u2019identité extrêmement commode pour les références.On pourrait reprocher à la notice biographique sa brièveté; mais, s\u2019agissant d\u2019un vivant, peut-être ne pouvait-il en être autrement.La liste des sources critiques vise à être aussi complète que possible.Inévitablement, toutefois, s\u2019y sont glissées certaines omissions plus ou moins importantes.Les pages 32-33 d\u2019Une littérature qui se fait (Essais critiques sur la littérature canadienne-française, coll.\u201cConstantes\u201d, 2, Montréal, HMH, 1962, 293 pp.), de Gilles Marcotte, valaient, autant que bien d\u2019autres, d\u2019être mentionnées.Sœur Thérèse-du-Carmel ne signale pas non plus le numéro spécial que la revue Lectures (Fides) a consacré à Mgr Savard (nn.6-7, février-mars 1966, pp.138-195); elle y aurait pourtant trouvé quelques renseignements additionnels.Sa bibliographie était-elle sous presse lorsque parut ce numéro de Lectures ?Nous ne le croyons pas, puisqu\u2019elle cite des articles de journaux du 19 mars 1966 (v.g.nn.583, 643).L\u2019ouvrage de Sœur Thérèse-du-Carmel n\u2019en reste pas moins un \u201cinventaire volumineux et détaillé\u201d d\u2019une œuvre très actuelle par ses thèmes et ses aspirations, les \u201cmultiples écrits\u201d de Mgr Savard \u201c(jalonnant)\u201d, comme l\u2019écrit Luc Lacourcière dans sa préface, \u201cune carrière toute vouée à la défense et illustration d\u2019une patrie RELATIONS charnelle et mystique\u201d (p.9).Notons, en terminant, que la dédicace à \u201cMonseigneur Félix-Antoine Savard, P.D., à l\u2019occasion du vingt-cinquième anniversaire de la publication de son premier ouvrage:\tMenaud, maître-draveur\u201d, en soulignerait mieux le trentième anniversaire.René Dionne.Paul WYCZINSKI et autres:\tFrançois-Xavier Garneau, aspects littéraires de son œuvre.Coll.\u201cVisage des Lettres canadiennes, vol.II.\u2014 Ottawa, Editions de l\u2019Université d'Ottawa, 1966, 207 pp., 24 cm.CE volume a été fait en collaboration par M.Wyczynski et ses disciples.Il consiste en cinq études: \u201cF.-X.Garneau, poète\u201d, par Odette Condemine; \u201cF.-X.Garneau et le journalisme\u201d, par François Gallais; \u201cF.-X.Garneau et la relation de voyage\u201d, par Paul Wyczynski; \u201cMétamorphoses de l\u2019Histoire du Canada de F.-X.Garneau\u201d, par Charles Bolduc; \u201cMétaphore et comparaison dans l\u2019Histoire de Garneau\u201d, par Sœur Paul-du-Sauveur.La perspective adoptée est uniquement littéraire.Mais ces études, les trois premières spécialement, montrent bien que l\u2019historien national, un pionnier bien sûr dans les lettres canadiennes-françaises, mérite sa place en tête du palmarès de nos écrivains.L\u2019étude de M.Bolduc, assez technique, s\u2019attache à montrer les constantes de la pensée historique de Garneau, en même temps que sa recherche d\u2019une expression plus objective et plus précise, dans les trois premières éditions de l\u2019Histoire.Celle de la Sœur Paul-du-Sauveur, plus technique encore, n\u2019est pas inutile pour saisir sur le vif les procédés de l\u2019écrivain.Ce livre, le premier à traiter ces aspects de l\u2019œuvre de Garneau, rend service à l\u2019histoire de nos lettres.Signalons en terminant les intéressantes informations que M.Gallais a recueillies sur les débuts du journalisme canadien-français.Lucien Campeau.Roger Fournier: Journal d\u2019un jeune marié.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1967, 198 pp., 20.5 cm.Mon sexe, son sexe, leur sexe.Le sexe seul m\u2019intéresse: il est la vie dans toute son intensité et son \u201cheureuséité\u201d.Un jour pourtant, d\u2019avoir longtemps et beaucoup \u201ccouraillé\u201d, je me trouvai las.Je décidai donc de me \u201cranger\u201d, et me mariai: une femme à moi serait là, tout près, à ma portée, toujours.Malheureusement, ç\u2019a mal commencé: elle n\u2019avait pas pris de pilule pour la nuit des noces: puis, ç\u2019a mal continué: elle a pris goût à l\u2019affaire, mais l\u2019impuissance m\u2019a peu à peu gagné en face de mon devoir.Plus précisément, à cause de ce devoir même, l\u2019amour n\u2019ayant d\u2019attrait qu\u2019illégal.Un soir que j\u2019avais trop bu, j\u2019ai engrossé ma femme.Un fils est venu.J\u2019ai fêté sa naissance en couchant avec ma belle-sœur; comme ce n\u2019était pas une vierge et qu\u2019elle avait des ressources, ce fut ma plus belle nuit depuis mon mariage.Avec ma femme devenue mère, la situation empira.Comme de raison, la belle-mère s\u2019en mêla.Je bus.Je m\u2019absentai de la maison, pris même une chambre à l\u2019hôtel.Vint enfin la dépression fatale.Aujourd\u2019hui, on m\u2019a conduit de force chez le médecin: je sombre dans un rêve blanc, accollé à ma belle-sœur, la \u201csexy\u201d.\u201cMoi, moi, moi, moi.\u201d (pp.182-183).Qui je suis?Le \u201cJeune Marié de Roger Fournier\u201d.\u2014 Pas enchanté.Non.\u201cPantoutte, pantoutte !\u201d Toi non plus, JUIN 1968 d\u2019ailleurs: \u201cAlors l\u2019affreuse réalité m\u2019apparaît dans toute sa simplicité: je m\u2019emmerde profondément\u201d (67).René Dionne.Simonne Landry-Guillet: L\u2019itinéraire.Roman.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, 160 pp., 19 cm.UNE VIE CONJUGALE SANS AMOUR pousse Véronique, femme d\u2019un avocat, à une tentative de suicide.Le geste rate son but mais déclenche par contre chez cette jeune personne un lent processus de libération.Par l\u2019analyse lucide de sa vie passée, Véronique arrive à comprendre qu\u2019elle a été et demeure encore pure passivité: elle s\u2019est laissée faire par les autres sans jamais entreprendre de se faire elle-même.Cette prise de conscience progressive, à la fois résultat et source de rupture avec ceux qui vivent autour d\u2019elle, constitue son itinéraire vers la liberté.A la fin du roman, la jeune femme, qui vient de quitter définitivement son amant (un exséparatiste), se retrouve seule, mais libre, sur une plage, comme au début d\u2019un monde nouveau: \u201cLes nuages se bousculaient dans le ciel, un vent aigrelet s\u2019était levé .Le soleil perçait.\u201d Véronique est passée du monde psychologique de l\u2019enfance à celui de la vie adulte.Le style sobre, le récit à la première personne, la suppression quasi-totale de la dimension temporelle enlèvent à ce roman l\u2019allure d\u2019essai psychologique et politique qu\u2019il a tendance à prendre par moments.Jean Hardy.1855 est, rue Rachel, Montréal 34.Anne Bernard :\tLa Chèvre d'or suivi de Hécate.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, 196 pp., 20 cm.Anne Bernard : Le Soleil sur la façade.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, 158 pp., 20 cm.Ces deux livres d\u2019Anne Bernard sont un curieux mélange de genres.Ils tiennent à la fois de la poésie bucolique, du récit intimiste et de la légende dorée.Anne Bernard sait mener un récit, quand elle décide de raconter, mais l\u2019action tourne court.C\u2019est que nous sommes ramenés constamment au boudoir d\u2019une sensibilité prise avec des souvenirs où l\u2019on a peine à discerner le présent du passé, le réel de l\u2019imaginaire.« Parfois, dit l\u2019héroïne de La Chèvre d\u2019or, il me semble avoir, en guise de cerveau, un fouillis inextricable, une sorte de mycélium de pensées, d\u2019images, de désirs, d\u2019émotions dont je n\u2019arrive pas à débrouiller le fil» (p.19).En fait il apparaît évident que la narratrice de La Chèvre d\u2019or et d\u2019Hécate est la même que celle du Soleil sur la façade.Les histoires de coeur qu\u2019elle nous raconte ont la même couleur un peu tamisée des souvenirs inlassablement revécus par l\u2019imagination.Dans chaque récit la narratrice retourne dans le passé, soit pour y retrouver le monde émerveillé de son enfance, avant les tourments de l\u2019amour (La Chèvre d\u2019or), soit pour faire le point sur son mariage pour un temps menacé (Hécate), soit encore pour faire le bilan de toute une vie, de l\u2019enfant mal sevrée de sa mère jusqu\u2019à la veuve qui supporte mal sa solitude (Le Soleil sur la façade).Nul doute qu\u2019Anne Bernard sait créer l\u2019atmosphère.Elle décrit merveilleusement bien, malgré certaines complaisances, telle cet abrégé du dictionnaire des fleurs : « Je m\u2019arrête devant les saxifrages pourpres, les statices à longues feuilles jaunes et légères, les anthémis odorantes et les pastels mordorés.J\u2019aperçois, dans le fond des massifs, des balsamines, les boules azurées des échi-nopes et le velours frappé des phlox que toisent de haut de longs épis violets : les dalphiniums en début de floraison.A l\u2019écart, la mousseline des ancolies, vaporeuses » (La Chèvre d\u2019or, p.80).Ses héroïnes ont le charme un peu suranné des fleurs de boudoir.Aimantées par le soleil il leur manque de vivre au grand air.Anne Bernard réussit à nous captiver.Trop souvent, toutefois, nous nous sentons transplantés dans une Arcadie que nous pensions réservée désormais aux dieux olympiens.Denis Pion.1855 est, rue Rachel, Montréal.Jean F.Somcynsky: Les Rapides.Roman.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1966, 222 pp., 20 cm.Ce roman veut se situer en pleine actualité québécoise.On y suit pendant trois semaines un groupe de jeunes guérilleros qui sont aux prises avec la Gendarmerie royale dans le cadre un peu idyllique d\u2019une forêt et d'un village du \u201cKinogami\u201d.Ces jeunes anarchistes rêvent d\u2019un socialisme utopique; ils sont autant à la recherche de leur identité personnelle que de leur identité nationale; savent-ils bien pourquoi ils se sont engagés dans la révolution ?Le livre qui participe du genre policier en a aussi les défauts: portraits et descriptions sont conventionnels.Il raconte des faits et des rencontres diverses unis par le lien d\u2019une vague confrontation entre les idéologies révolutionnaire et pacifiste.D.Maccabée.1855 est, rue Rachel, Montréal 34.Edmond Orban: Le Conseil Législatif de Québec, 1867-1967.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d, section d\u2019histoire, n° 1.\u2014 Bruges, Desclée de Brouwer et Montréal, Editions Bellarmin, 1967, 356 pages.21.5 cm.Depuis cent ans qu\u2019il existe, notre Conseil Législatif de Québec a rarement pris la vedette de l\u2019actualité, sauf quand il a été question de le supprimer.Alors, quelque journaliste lui consacrait deux ou trois articles, lesquels se terminaient presque toujours par un rappel des obstacles constitutionnels à une telle suppression.Avec Edmond Orban, notre Conseil vient de trouver à la fois son historien et son politicologue.Rien n\u2019échappe à cette longue et minutieuse enquête, au cours de laquelle l\u2019A.examine tour à tour la genèse du Conseil Législatif, sa composition et son caractère représentatif, ses aspects quantitatifs, sa fonction législative ainsi que son comportement politique et social, de la Confédération à nos jours.Voulez-vous savoir quels partis ont été représentés au Conseil et en quelle proportion ?quelle était l\u2019expérience politique des membres du Conseil ?comment s\u2019est faite leur nomination ?leur âge ?la durée de leur mandat ?la nature de leur profession ?le pourcentage détenu par les représentants de la minorité anglo-québécoise ?le nombre de séances ?les présences 199 et les absences ?etc., etc., vous n\u2019avez qu\u2019à ouvrir ce livre, qui a réponse à toutes les questions posées au sujet du Conseil Législatif.En conclusion, l\u2019A.souligne l\u2019aspect peu représentatif de la composition du Conseil Législatif et il prédit que la position de la Chambre Haute va devenir de plus en plus précaire, \u201cparce que sa composition présente un vice de base qui lui enlève toute autorité politique\u201d.Il serait, cependant, peu sage de l\u2019abolir avant d\u2019avoir étudié très sérieusement \u201cles réformes constitutionnelles qui permettront de réaménager l\u2019ensemble des institutions politiques de la province\u201d.Richard Arès.Philosophie Jean Lacroix: Panorama de la Philosophie française contemporaine.\u2014 2e éd.augmentée.\u2014 Paris, Presses universitaires de France, 1968, 285 pp.La première édition de ce Panorama > paraissait à la fin de 1966.Bien que son auteur le jugeait lui-même arbitraire et superficiel, il a été presque tout de suite épuisé.La parution de la deuxième édition, au début de 1968, nous fournit l\u2019occasion de signaler l\u2019intérêt et l\u2019utilité de ce petit livre.Il contient une trentaine d\u2019études parues dans \u201cLe Monde\u201d et portant sur les principaux représentants de la philosophie française d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019Introduction esquisse à grands traits l\u2019évolution de cette philosophie.La première partie groupe les philosophes de la réflexion: Jean Nabert, Gabriel Madinier, Amédée Ponceau, Paul Ricœur, Louis Lavelle, Alain, Ferdinand Alquié, Pierre Lachièze-Rey, André Marc, Eric Weil, Henry Duméry.La seconde partie est consacrée aux philosophes de l\u2019existence: Nicolas Berdiaeff, Emmanuel Mounier, Maurice Nédoncelle, Emmanuel Levinas, Gabriel Marcel, Maurice Merleau-Ponty, Jean-Paul Sartre, Michel Henry, Jean Wahl, Vladimir Jenkélévitch, Alphonse de Waelhens, Althusser.La troisième s\u2019intitule Epistémologie, Anthropologie, Psychologie.Il y est question d\u2019André Lalande, Gaston Bachelard, Fran- çois Dagognet, Michel Foucault, Claude Lévi-Strauss, Jacques Derrida, Jacques Lacan, Maurice Pradines et de Georges Gur-vitch.La conclusion traite du professeur de philosophie.Chacun de ces exposés est à la fois bref, substantiel, clair et bien écrit, à la manière de Jean Lacroix.Il est suivi d\u2019une bibliographie choisie.Il s\u2019agit, on le devine, d\u2019un ouvrage de consultation et d\u2019initiation.11 est tout indiqué pour qui veut se mettre rapidement au courant de la pensée de tel ou tel des auteurs traités.Il permet également d\u2019embrasser d\u2019un coup d\u2019œil l\u2019essentiel de ce qui s\u2019est fait de philosophie, en France depuis la dernière guerre.Personnellement, nous savons gré à Jean Lacroix d\u2019avoir ajouté, dans sa seconde édition, l\u2019article qu\u2019il a consacré jadis au P.André Marc, l\u2019un des thomistes contemporains les plus profonds et les plus originaux en même temps qu\u2019un représentant éminent de la philosophie réflexive française.Faculté de Philosophie, Centre des études universitaires, Trois-Rivières.Jean Racette.Georges Mauco: Psychanalyse et Education.Coll.\u201cL\u2019enfant et l\u2019avenir\u201d.\u2014 Paris (13, quai de Conti), Fernand Aubier, 1967, 260 pp., 18.5 cm.En recourant à la psychanalyse, on a chance de faciliter la maturation affective des enfants difficiles.Les éducateurs de la famille et de l\u2019école, les médecins aussi doivent connaître les étapes et les conditions de cette maturation, afin de redresser, au besoin, leur conduite.Car les parents d\u2019abord, les instituteurs ensuite agissent profondément sur l\u2019inconscient des jeunes par le \u201cdialogue à quatre voix\u201d (p.249) qui s\u2019établit sur le double plan des désirs conscients et inconscients.L\u2019A.montre l\u2019importance et la signification des désirs inconscients qui animent notre évolution vers la maturité (chap, i et il) ; il confirme le rôle primordial, dans cette évolution, de la sexualité des parents et des enfants (chap, m; pp.222, 253-255); il éclaire la part d\u2019influence qui revient au père, à la mère, au couple, au milieu (familial, scolaire, social) dans la croissance affective; il met en lumière la nécessité, à l\u2019école, d\u2019éducateurs émotive-ment équilibrés ou avertis de leurs complexes et de l\u2019action de ceux-ci sur le psychisme des écoliers (chap, iv); il fait voir qu\u2019un traitement efficace des inadaptations caractérielles suppose la coopération des parents et l\u2019abandon de pseudo-remèdes physiques: en s\u2019attaquant aux seuls symptômes extérieurs, on néglige la cause émotive et on produit soit un déplacement, soit une aggravation du désordre chez l\u2019enfant (212-216); enfin, il énumère les moyens aptes à former et à informer psychanalytiquement éducateurs et rééducateurs des jeunes (chap, v).N\u2019a plus le droit de rester sceptique à Futilité de la psychanalyse en éducation (249-258) celui qui a lu les cas que cite et explique l\u2019A.(48, 51, surtout 87, 152, 166, 170, 239).La psychanalyse ne remplace pas l\u2019éducation, elle l\u2019oriente et la préserve de maladresses graves; loin de favoriser le laisser-faire, elle souligne les renoncements qu\u2019exige le progrès affectif (33, 90-94, 107-111, 117, 121); hostile au paternalisme (55) et au maternalisme (66), elle prône l\u2019autorité (46, 54, 58, 256), mais la fonde sur la présence adulte, calme, joyeuse d\u2019aider à l\u2019épanouissement de la liberté responsable: les écoliers ne se trompent pas là-dessus (172-196); contrairement à ce qu\u2019enseignent des incompétents, elle n\u2019encourage pas les \u201cgratifications\u201d sexuelles, même à l\u2019âge tendre (204); elle vise \u201cà résoudre les conflits qui opposent pulsions et culture\u201d (249), et elle y réussit.L\u2019A.lui-même réussit à prouver que \u201cla psychanalyse n\u2019est pas seulement une thérapeutique, mais une méthode de connaissance de soi-même\u201d (222).Ouvrage pertinent, essentiel même, que gâche un vrai massacre du français.Joseph d\u2019Anjou.Philippe Garigue: Analyse du comportement familial.\u2014 Montréal (C.P.6128), Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1967, 182 pages.21.5 cm.Cet ouvrage, savant, aux nombreux graphiques, pas toujours facile à lire, mériterait un compte rendu beaucoup plus élaboré qu\u2019il m\u2019est possible de faire ici.L\u2019A.l\u2019a entrepris, écrit-il, à la demande des étudiants de son cours de sociologie familiale, qui se plaignaient de l\u2019absence d\u2019ouvrages en français.Aussi sommes-nous en face d\u2019un cours d\u2019universitaire s\u2019adressant à de futurs spécialistes en questions familiales.Tour à tour, le cours développe les principaux fondements du comportement familial et analyse les diverses relations qui fondent la famille: la relation conjugale, la relation parents-enfants, la relation fraternelle.Après un bref aperçu historique des idées sur la famille, l\u2019A.dégage trois points de référence fondamentaux: \u201c1.Elle est une institution humaine en changement constant; 2.Elle appartient par certains de ses aspects aux conditions \u201cnaturelles\u201d de la vie; 3.Elle est la cellule-mère\u201d de la société et la source première de ses institutions\u201d (p.23).En conclusion, l\u2019A.observe que vouloir expliquer la famille, \u201cc\u2019est se référer à toutes les conditions de l\u2019existence de l\u2019homme et poser les questions les plus fondamentales de la connaissance humaine\u201d; d\u2019où l\u2019importance et la grandeur de l\u2019effort que révèle pareil ouvrage.Richard Arès.VIENT DE PARAÎTRE HENRI BREMOND et la poésie pure par CLÉMENT MOISAN Cet ouvrage replace le débat de la poésie pure dans ses justes perspectives et montre comment les œuvres de Bremond sur la poésie prolongent naturellement celles qu\u2019il a consacrées à Newman, à Fénelon et aux spirituels de YHisîoire du sentiment religieux.C\u2019est par l\u2019analyse des fondements de l\u2019analogie entre l\u2019expérience poétique et l\u2019expérience mystique que Bremond a ouvert la voie à des formes nouvelles d\u2019interprétation du phénomène de la poésie.Ses écrits marquent une étape importante et un tournant dans l\u2019histoire des théories poétiques.5\u2019/a x 8V2, xiv-248 pages, 1967, cartonné, $8.75 En vente chez votre libraire ou chez l\u2019écliteur : LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2.200 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES OUVRAGES REÇUS Georges Poulet: Benjamin Constant par lui-même.Coll.\u201cEcrivains de Toujours\u201d.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1968, 192 pages.Présentation, abondamment illustrée, de la vie et des œuvres de Benjamin Constant.Nombreux textes cités dans les quatre-vingt dernières pages de ce volume.Denis Héroux, Robert Lahaise, Noël Val-lerand: La Nouvelle-France.\u2014 Montréal (260 ouest, rue Faillon), Centre de Psychologie et de Pédagogie, 1967, 250 pages.Manuel nouveau genre d\u2019histoire du Canada.Excellente présentation des textes, des illustrations et des citations.Réalise l\u2019adage de McLuhan: \u201cLe medium est le message\u201d.Incomplet, mais comme disent les AA., \u201cl\u2019essentiel y est présenté, enrichi de nombreuses anecdotes, mais tout appelle un développement que seules les connaissances du maître, à son gré, pourront assurer\u201d.Louis Stanké: Poids et mesures.Calcul rapide.\u2014 Montréal (1130 est, rue de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 110 pages.Ouvrage utile à ceux qui ont à se retrouver rapidement dans le calcul des poids et mesures.Contient plusieurs trucs de mathématiques.Edith Serei: Soignez votre personnalité, Messieurs.\u2014 Montréal (1130 est, rue de la Gauchetière), Editions de l\u2019Homme, 1968, 84 pp.Conseils pratiques aux hommes sur la manière de soigner leur personnalité.Tout y passe: élégance, charme, savoir-vivre, soins de beauté, etc.Titre d\u2019un chapitre: \u201cMême les chiens ont leur institut de beauté .\u201d.Culture française, Paris (96, boulevard Ras-pail), 1967, no 3: \u201cColloque sur la Langue française en Afrique\u201d, 127 pages.Numéro spécial sur la situation de la langue française dans les pays de l\u2019Afrique.John RoBB:Ray l\u2019intrépide et le capitaine Shelby, tome 2 : Colonne de secours.Coll.\u201cSigne de Piste\u201d.\u2014 Gero Hyl-mar: Les chaînes sont brisées.Coll.\u201cRubans noirs\u201d.\u2014 Paris (17, rue Cassette), Editions Alsatia, 1968, 172 et 240 pages.Romans d\u2019aventures en pays américain, le premier mettant en scène des soldats et des Apaches, le second racontant quelques épisodes de la Guerre de Sécession.André Vachon: Eloquence indienne.Coll.\u201cClassiques canadiens\u201d.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1968, 96 pages.Textes très intéressants dans lesquels se révèle le type d\u2019éloquence propre aux premiers habitants du Canada: Hurons, Algonquins, Iroquois, etc.Raymond Jean: Paul Eluard, par lui-même.Coll.\u201cEcrivains de toujours\u201d.\u2014 Paris (27, rue Jacob), Editions du Seuil, 1968, 192 pages.Biographie, faite de nombreux textes et abondamment illustrée, de l\u2019auteur du poème bien connu Liberté: \u201cJ\u2019écris ton nom .J\u2019écris ton nom .\u201d Raymond Deniel: De la Savane à la Ville.Coll.\u201cTiers-Monde et développement\u201d.\u2014 Paris (13, Quai de Conti), Aubier-Montaigne, 1968, 224 pages.Ce livre porte en sous-titre: \u201cEssais sur la migration des Mossi vers Abidjan et sa région\u201d.Il est le résultat d\u2019une enquête menée principalement en Côte d\u2019ivoire et en Haute Volta auprès des migrants campagnards installés dans les villes.Joseph Alzin: Juifs et Chrétiens en dialogue.Tous leurs problèmes de A à Z.\u2014 Paris, Spes, 1966, 235 pages.Notions de base sur les principaux aspects que peut présenter la discussion entre Juifs et Chrétiens.La définition des termes, l\u2019exposé clair de la question et la connaissance des erreurs touchant le sujet sont la voie classique dont rien ne dispense.Réservé surtout à ceux que préoccupent les études bibliques, les renseignements historiques ou les affrontements des discussions publiques.Laurentin, René: Les Apparitions de Lourdes.Récit authentique, illustré de documents de l\u2019époque.\u2014 Paris, P.Lethielleux; Lourdes, Oeuvre de la Grotte, 1967, 287 pp.Malafosse, M.: Activités manuelles pour les Petits.Coll.\u201c100 idées Fleuras\u201d.\u2014 Paris, Fleuras, s.d.142 pp.Pandolfi, Vito: Histoire du théâtre, I: Origines du spectacle, Théâtre antique, Comédie médiévale et Renaissance.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 147.\u2014 Québec, J.D.Kasan Limitée, 1968, 349 pp.Thério, Adrien:\tSoliloque en hommage à une femme.Roman.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 161 pp.Thils, Gustave: Christianisme sans religion.Coll.\u201cChristianisme en mouvement\u201d, 6.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 164 pp.Thorn, J.; Lockyer, R.et Smith, D.: Histoire de l\u2019Angleterre, I: De la conquête romaine à la République de Cromwell; II: De la restauration des Stuarts à l\u2019Angleterre d\u2019aujourd\u2019hui.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 148, 149.\u2014 Québec, Kasan Limitée, 1968, 335 et 304 pp.Toupin, Paul: Souvenirs pour demain.CLF poche canadien.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 102 pp.Tuchle, Hermann; Bouman, C.A.et Le Brun, Jacques: Réforme et Contre-Réforme.Tome 3 de la Nouvelle Histoire de l\u2019Eglise publiée sous la direction de L.J.Rogier, R.Aubert, M.D.Knowles.Traduction de Maurice Barth, O.P., Raymond Barthe, André Tintant et Nelly Weinstein.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1968, 622 pp.Urs Von Balthasar, Hans: Cordula ou l\u2019épreuve décisive.Traduit de l\u2019allemand par B.Fraigneau, Julien.\u2014 Paris, Beauchesne, 1968, 125 pp.Vrancken, Isabelle: Un monastère dans la rue.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 176 pp.Varenne, Jean: Le Veda, I: Introduction, Hymnes, Charmes; II: Liturgie, Spéculations, Annexes.\u201cMarabout bibliothèque\u201d, 145, 146.\u2014 Québec, Kasan Limitée, 1967, 729 pp.Blain, Maurice:\tApproximations.Essais.Coll.\u201cConstantes\u201d, II.\u2014 Montréal, Editions HMH, 1967, 246 pp.Bolté, Paul-Emile, P.S.S.: \u201cMater et Magistra\u201d.Texte latin, nouvelle traduction, commentaire.\u2014 Montréal, Université de Montréal, Faculté de Théologie, 1968, 1600 pp.en 5 volumes.Bonnafont, Claude: Orage sur Cobrailles.Coll.\u201cAdolescent, qui es-tu ?Roman.\u2014 Paris et Tournai, Casterman, 1968, 216 pp.Brion, Marcel: L\u2019Art fantastique.Coll.\u201cMarabout Université\u201d, 152.\u2014 Québec, Kasan Ltée, 1968, 413 pp.Calmels, Norbert, Abbé général des Prémontrés: Concile et vies consacrées.Décret \u201cPerfectæ Caritatis\u201d, histoire, commentaire, textes conciliaires.Rescrit \u201cCum Admotæ\u201d, discours pontificaux, trente interventions des Pères.Préface du Cardinal Bea.\u2014 Le Jas (Haute Provence), Robert Morel, 1968, 318 pp.Chaput-Rolland, Solange: Regards 1967.Québec, année zéro.Préface de Judith Jasmin.\u2014 Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1968, 197 pp.Choffel, Jacques: Le duc Charles d\u2019Orléans (1394-1465.Chronique d\u2019un prince des Fleurs de lys.\u2014 Paris, Nouvelles Editions Debresse, 1968, 320 pp.le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires LES IMPORTATIONS C M.8225, boul.St-Laurent \u2014 tél.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 h \u2014^ LTEE Ÿ marabout actualité Ÿ wÊm ¦ H il 11 LE GUIDE DU YOGA par J.Tondriau et J.Devondel Un volume de 288 pages, illustré de 250 photos Marabout Service n° 79\t$ 2,10 Julien Tondriau, docteur en histoire et en philosophie, orientaliste correspondant du C.N.R.S.et de l\u2019UNESCO, auteur de nombreux ouvrages et reportages sur les religions et les mythes des peuples d\u2019Orient, entreprit d\u2019écrire ce livre en 1964.Malheureusement, l\u2019avion qui le ramenait d\u2019un de ses nombreux voyages en Inde s\u2019écrasa sur le Mont Blanc, le 24 janvier 1966.Joseph Devondel reprit alors les notes de Julien Tondriau et acheva la rédaction du « Guide du Yoga».N\u2019appartenant à aucune école particulière, Joseph Devondel a fait sienne la pensée de Vivekananda : «Autant d\u2019individus, autant de conceptions différentes.» Organisateur de conférences très suivies, il était particulièrement qualifié pour mener à son terme l\u2019œuvre de Julien Tondriau.« Ce qui est difficile demande des mois, parfois des années ; ce qui est impossible exjge simplement un peu plus de temps.» Telle est la devise des yogins, pratiquants du Yoga.Entendons-nous bien sur les mots : on nomme Yoga la discipline: yogin ou yoginî, celui-ou celle qui la pratique.En effet, en langue indienne on dit yogin et non yogi, encore moins yoghi avec h aspirée comme le voudraient certains qui se croient bien inspirés ! Que dit le Petit Larousse illustré?Yogi: ascète indien parvenu à la sagesse par la pratique du yoga.Yoga: système philosophique de l\u2019Inde, qui fait consister l\u2019état parfait dans la.contemplation, l\u2019immobilité absolue, l\u2019extase, les pratiques ascétiques.C\u2019est court et bon, mais insuffisant.Le Yoga est d\u2019ailleurs difficile à définir et pourtant tout le monde en parie, à tort et à travers.Nous cultivons en Occident un certain nombre d\u2019idées toutes faites sur l\u2019Orient et ses.modes de vie: l\u2019institution des geishas japonaises, les techniques secrètes du judo, le taoïsme chinois, les parias de l\u2019Inde, le Yoga ! Un groupe d\u2019éminents orientalistes français a eu beau baptiser le Yoga la science de l\u2019homme intégral, les préjugés demeurent.Pour les amateurs d\u2019occultisme, le Yoga est le remède à tous les maux, panacée d\u2019autant plus sûre qu\u2019elle nous vient de l\u2019Orient : The Wisdom of the East ! Il suffit de consulter les annonces de certains journaux: quelle moisson d\u2019offres merveilleuses nous y sont faites par de prétendus yogins ou des mages hindous.Le Yoga est une merveilleuse école de patience, de calme, de maîtrise de soi.Il développe l\u2019attention et facilite la concentration.Nous apprenons, par son aide, à mieux respirer, à mieux méditer, à mieux vivre.Sachons en faire notre profit, car les maladies issues de la vie moderne sont de.plus en plus courantes et il importe que nous mettions tout en œuvre pour recouvrer notre indépendance d\u2019esprit afin de préserver notre équilibre physique et mental.Etudions par conséquent le Yoga, puisqu\u2019il permet de retrouver et de développer cette stabilité garante de notre bonheur.Distributeur général pour les Amériques : KASAN Ltée - 226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.56 "]
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