Relations, 1 janvier 1968, Janvier
[" NV ER Le divorce Le Frère enseignant Québec ou Canada français ?LES COMMISSIONS SCOLAIRES L\u2019UNITE CHRETIENNE SOMMAIRE Janvier 1968 Éditoriaux.1 \u2018\u2018Cette certitude que Dieu existe\u201d.\u2014 Foi et théologie.Articles Vers une nouvelle loi du divorce .\t.Marcel Marcotte\t2 Les raisons de vivre profondes du Frère enseignant André Parenteau\t3 Les unités de négociations et le C.C.R.O.Gérard Hébert\t7 Québec ou Canada français ?.Richard Arès 8 Le regroupement de nos commissions scolaires Albert Plante\t11 Message à l\u2019Afrique.Jean Bouchard\t13 L\u2019avilissement de la\tfemme .\tClaire Campbell\t14 Les Églises du Canada en quête d\u2019unité chrétienne Stéphane Valiquette\t16 Chroniques \u201cPersona\u201d : Quand le visage supplée à la parole André Bouchard\t18 Le théâtre.Georges-Henri d\u2019Auteuil\t19 Le Malentendu.-\u2014- La Promenade du Dimanche.\u2014 L\u2019Equation à deux Inconnus.\u2014 Sacrés Fantômes.\u2014 Anatole.Au fil du mois : Une enquête auprès des jeunes.\u2014 Un congrès de pastorale.22 Avec ou sans commentaires : Les Eglises et le divorce.\u2014 La foi et les mythes.23 Méditation : Avant la prochaine année .\t.Paul Fortin\t24 Les livres .25 Notes bibliographiques.III Ouvrages reçus.III RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur: Richard Arès.Rédacteurs: Luigi d\u2019Apollonia, Gérard Hébert, Marcel Marcotte.Collaborateurs: Joseph d\u2019Anjou, Georges-Henri d\u2019Auteuil, Robert Bernier, Jacques Cousineau, René Dionne, Fernand Potvin, Jean-Paul Rouleau.Secrétaire de la rédaction: Georges Robitaille.Administrateur.Arthur Riendeau.Rédaction et abonnements : 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal-11.Tél.: 387-2541 Publicité : Cie des Publications Provinciales Limitée 110, Place Crémazie (Suite 719), Montréal-11.Tél.: 384-6800 M.Jean-Robert Gendron est autorisé à solliciter des abonnements pour la revue.Relations est une publication des Editions Bellarmin, 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-11.Téléphone: 387-2541.Prix de l\u2019abonnement: $5 par année.Le numéro: $0.50.Relations est membre de Y Audit Bureau of Circulations.Ses articles sont répertoriés dans le Canadian Periodical Index, publication de l\u2019Association canadienne des Bibliothèques, et dans le Répertoire canadien sur l\u2019éducation.Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l\u2019affranchissement en numéraire et l\u2019envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.UN CADEAU \"PAS COMME LES AUTRES\u201d dont vous parlerez longuement, chaque mois, avec l'ami qui le recevra .Abonnement-cadeau à RELATIONS.Prix spécial de janvier :\tUN AN :\t$3.00 Ce geste plaira à vos amis et aidera RELATIONS à grandir.UNE CARTE SERA ENVOYÉE EN VOTRE NOM À VOS BÉNÉFICIAIRES.ADRESSEZ VOTRE CHÈQUE À RELATIONS - sioo, boulevard saint-laurent - montréal-ii Le succès obtenu en décembre nous invite à répéter cette offre montréal janvier 1968 numéro 323 relations S-JLitotîaux \"Cette certitude que Dieu existe\" Depuis le jour où il annonça sa démission comme archevêque de Montréal jusqu\u2019au moment de son départ pour l\u2019Afrique, le cardinal Léger n\u2019a cessé de rappeler le sens surnaturel de son geste.La foi, avait-il dit, est avant tout un témoignage de vie, elle doit inspirer la conduite, se manifester par des actes; or le Seigneur exige de moi des actes, en plus des paroles: voilà pourquoi je pars.Dans l\u2019homélie qu\u2019il prononçait à Notre-Dame, le 10 décembre, en ses adieux à la population de Montréal, le cardinal est revenu sur le sujet.Il a exprimé sa foi en Dieu en termes si émouvants que nous estimons devoir les reproduire ici en guise d\u2019éditorial et d\u2019hommage à celui qui nous a quittés.Commentant saint Paul, le cardinal déclarait: \u201cLes nations entendront résonner au cœur de leur vie cette certitude que Dieu existe.Il est venu parmi nous.Et n\u2019est-ce pas ce dont nous avons un grand besoin en ce moment, alors que les esprits sont tellement inquiets ?Alors qu\u2019il y a tellement de confusion sur cette terre ?(.) Et vous qui êtes ici, vous savez que ce que je fais repose sur la vérité la plus ferme, la plus diamantine qui soit.Je ne vais pas là-bas pour rendre un témoignage de ma personne, mais je vais là-bas pour dire à ceux qui sont nos frères que Dieu existe.Et n\u2019est-ce pas pour cela que vous êtes préoccupés en ce moment, alors qu\u2019une génération semble rejeter la foi, semble dire que Dieu est dépassé, semble insinuer que les progrès de la science et de la technique remplaceront les certitudes de la foi ?.Ô mes frères, c\u2019est si beau de penser que tout ça, c\u2019est vrai ! Jusqu\u2019à maintenant, je l\u2019ai prêché, et quelques- uns avaient l\u2019impression que je ne faisais que mon métier.Maintenant, je leur prouve que c\u2019était plus que mon métier, c\u2019était une conviction, c\u2019était la vérité, toute simple, toute belle.Ô mes frères, c\u2019est si beau d\u2019être sûr que Dieu est là ! On n\u2019a qu\u2019à Lui donner la main, qu\u2019à Lui ouvrir notre cœur pour qu\u2019il vienne nous prendre par la main et nous conduise là où II veut.Comme il fait bon de penser qu\u2019il est toujours dans notre cœur !\u201d Jamais peut-être l\u2019éloquence du cardinal Léger n\u2019avait été plus simple et plus juste, ni captivé à ce point ses auditeurs.\u201cJe ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger\u201d, a dit un jour Pascal.Nous pouvons croire le cardinal quand il témoigne de sa foi en Dieu, quand il témoigne que Dieu existe, que Dieu est là et qu\u2019on n\u2019a qu\u2019à Lui donner la main pour qu\u2019il nous conduise là où II veut, nous pouvons le croire précisément parce qu\u2019il est un témoin qui, pour démontrer la vérité de son témoignage, va jusqu\u2019au don total de sa vie.Foi et théologie Lannée de la foi: le 22 février dernier, le Saint Père demandait aux évêques du monde entier de célébrer * avec lui le XIXe centenaire du martyre des saints Apôtres Pierre et Paul par une année de la foi qui irait du 29 juin 1967 au 29 juin 1968.C\u2019était là, disait-il, \u201cun besoin pressant de l\u2019heure actuelle\u201d.Ce que depuis il n\u2019a cessé de répéter.De voir l\u2019Église contestée de l\u2019extérieur, persécutée même, rien là qui doive surprendre ou décourager le chrétien, averti qu\u2019il en est par le Seigneur.Il est infiniment plus douloureux de voir l\u2019Église contestée de l\u2019intérieur, par ses propres enfants.JANVIER 1968 1 Or c\u2019est ce qui arrive.Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas le voir.Contestée l\u2019autorité de la Hiérarchie, même après la proclamation de la doctrine de la collégialité, contestée la discipline du célibat ecclésiastique même après l\u2019encyclique du Saint Père, contestée la morale du mariage, contestées les institutions chrétiennes, même l\u2019école, contestée la nécessité de la mission et de l\u2019Évangile pour le salut, contesté le péché originel, contestée l\u2019existence des anges .Inutile de continuer: les faits sont là, et le \u201ctroisième homme\u201d est là, c\u2019est-à-dire celui qui en prend et en laisse parmi les enseignements de l\u2019Église, au nom, prétendent-ils, des droits de la conscience, d\u2019un christianisme adulte, de la personnalité, de ce que Paul VI a osé appeler le \u201cculte de sa propre personnalité\u201d.De sorte que les catholiques sont divisés profondément comme rarement ils le furent.Dans cette confusion des esprits et cette division des catholiques, sans doute le comportement pragmatique de l\u2019intelligence contemporaine, émerveillée par ses découvertes, impatiente de tout contrôle, est pour beaucoup.Mais les théologiens n\u2019y seraient-ils pas aussi pour quelque chose, fût-ce à leur insu ?Il faut nous expliquer.Grâce au Concile, les théologiens sont devenus de populaires conférenciers, écrivains, vedettes de la radio et du petit écran.Quelques uns ont leur chapelle d\u2019admirateurs.À leur nom des disciples tressaillent ! Des fans, clercs et laïcs, sollicitant leur pensée, risquent des imprudences, lâchent parfois des énormités (omnis homo men-dax) se flattent de marcher à l\u2019avant-garde, bien en avant d\u2019un magistère, condamné à la défiance par sa fonction même, mais qui finira, croient-ils, par les suivre .En cet esprit de \u201cpré-obéissance\u201d, ils se voient humblement comme les chrétiens de l\u2019an deux mille.L\u2019Église ne leur en demande pas tant.Moins que jamais nous ne pouvons nous passer de théologie.\u201cJ\u2019ai la foi du charbonnier, et je m\u2019en vante !\u201d Cette attitude ne suffit plus, si jadis elle a pu suffire.Il faut, cependant, que nos bonnes gens et nos nouveaux intellectuels, car c\u2019est d\u2019eux surtout qu\u2019il s\u2019agit, se convainquent que tous les théologiens ensemble ne constituent pas le magistère, quelle que soit l\u2019importance de leur rôle au service de ce même magistère, et que toutes les spéculations théologiques, si puissante, riche et harmonieuse que soit leur ordonnance, ne vaudront jamais, à elles seules, le moindre acte de foi.Don du ciel reçu en nous, principe de vie surnaturelle, royaume des choses invisibles et, pour tout dire, rencontre avec une Personne qui est la Vérité et l\u2019Amour même, en la Parole de qui le chrétien se fie totalement et qui le rend libre et éternellement vivant, la foi est d\u2019un autre ordre, c\u2019est-à-dire surnaturel.Aussi, pour reprendre un vœu de la lettre par laquelle le Saint Père instituait l\u2019Année de la Foi, comment ne pas souhaiter à tous nos lecteurs, en cette aube d\u2019un nouvel an, d\u2019en arriver à une conscience plus nette de leur foi, de \u201cla raviver, la purifier, la confirmer et la proclamer\u201d afin qu\u2019ils en vivent.Vers une nouvelle loi du divorce Marcel Marcotte, S.J.v Ottawa, les jeux sont faits, ou presque.Quand, le A 4 décembre, le Ministre de la justice a déposé devant ^ la Chambre des Communes, pour première lecture, le bill No C-187 sur le divorce, le sentiment s\u2019est fait jour que le nouveau projet de loi ne rencontrerait guère de résistances, tant dans la députation ministérielle que dans l\u2019Opposition.Bien que, le lendemain, quelques députés de langue française, pour n\u2019être pas bousculés, aient obtenu que la seconde lecture du bill fût reportée à une date ultérieure, il est clair que le gouvernement, à cette étape, ne fera encore face à aucune opposition organisée.Tout le monde a compris, semble-t-il, qu\u2019une loi fédérale qui, forcément, doit tenir compte le mieux possible de l\u2019extrême diversité des consciences et de l\u2019extrême complexité de la réalité canadienne, ne représenterait toujours qu\u2019un compromis et que, si le compromis était réussi, il devrait, normalement, rallier la majorité des suffrages.Or, réussi, nous croyons qu\u2019il l\u2019est, en substance, dans ce sens que la nouvelle loi, dans son esprit, ses intentions et ses dispositions essentielles, conserve une valeur pédagogique et reste apte, en théorie comme en pratique, à revaloriser, aux yeux de la population canadienne, l\u2019institution du mariage plutôt qu\u2019à en accélérer la dégradation.Un pis-aller, en somme, mais raisonnable, et qui vaut mieux que la dissolution quasi totale à laquelle une foule d\u2019étourdis et d\u2019irresponsables eussent applaudi joyeusement.Quand, déjà, la maison brûle et que tant de gens ne songent qu\u2019à jeter de l\u2019huile sur le feu, le gouvernement s\u2019arrange, tant bien que mal, pour sauver le mobilier.C\u2019est peu, mais c\u2019est beaucoup.Nul ne doute \u2014 et les Églises moins que personne \u2014 que l\u2019actuelle loi canadienne du divorce soit gravement en retard sur la mentalité générale et les mœurs du pays.Quand pareil écart se perpétue, vient un moment où, la loi devenue inopérante, c\u2019est le désordre qui s\u2019installe et l\u2019anarchie.Un peuple, hélas ! finit toujours par avoir les lois qu\u2019il mérite, et le législateur qui se rend compte qu\u2019il n\u2019est pas ou qu\u2019il est mal obéi, se voit forcé, trop souvent, d\u2019abaisser le seuil de ses exigences pour, en dedans de nouvelles frontières clairement définies et fermement défendues, faire sentir son autorité de manière efficace.Le mal est là, quoi qu\u2019il fasse; faute de pouvoir l\u2019enrayer, il tâche de le circonscrire.À quoi bon lui en demander davantage ?Certes, nous n\u2019avons pas la naïveté de croire que les 500,000 Canadiens qui, d\u2019après l\u2019Association du barreau canadien, vivent actuellement, au regard de la loi, en pur concubinage, ont, dans la plupart des cas, été acculés à ce choix, de mauvais cœur, par suite des contraintes et des étroitesses de la présente législation.Nous croyons encore moins que la majorité de ces couples irréguliers 2 RELATIONS se prévaudront, même le pouvant, de la législation nouvelle pour faire entériner par la loi les mariages de droit commun dont beaucoup, autant qu\u2019on sache, se sont, jusqu\u2019ici, fort bien accommodés.La licence a ses charmes, la discipline ses désagréments; on aura beau agrandir les mailles de la nasse, il se trouvera toujours nombre d\u2019irrécupérables pour refuser d\u2019entrer dedans.Mais beaucoup d\u2019autres, parmi les meilleurs, sans doute, et les plus malheureux, s\u2019y laisseront enfermer avec joie parce que, au départ même, c\u2019est à leur corps défendant qu\u2019ils se sont installés dans cette existence marginale, et qu\u2019ils soupirent ardemment, pour eux-mêmes et pour ceux qu\u2019ils aiment, après l\u2019ordre, la sécurité et l\u2019honorabilité que, seule, la sanction légale de leur état est apte à leur procurer.C\u2019est pour ceux-là, nul n\u2019en doute, que la nouvelle législation a été patiemment élaborée, tout d\u2019abord par le Comité mixte du Sénat et de la Chambre des communes, puis par le gouvernement, pour, finalement, après d\u2019heureuses retouches, faire l\u2019objet de l\u2019approbation de la Chambre.Le Ministre de la justice a prévu un délai de trois mois entre la seconde lecture du bill, qui aura lieu incessamment, et son adoption définitive après troisième lecture.Dans l\u2019intervalle, il entend être à l\u2019écoute des réactions des provinces et, particulièrement, des autorités québécoises, pour inclure d\u2019avance, si possible, dans son projet de loi les ouvertures et les rajustements désirables.A l\u2019heure présente, le Québec n\u2019a ni loi ni tribunaux de divorce.Tout le monde sait, néanmoins, qu\u2019une forte équipe de juristes y travaillent depuis longtemps à une refonte complète des articles du Code civil concernant le mariage et la famille.À ce stade de leurs recherches, le gouvernement québécois est-il déjà en mesure de prévoir avec assez de précision les orientations essentielles de la législation en devenir ?Compte tenu de l\u2019opinion publique de la Province avec laquelle il doit composer, des problèmes constitutionnels qu\u2019il resterait peut-être à résoudre, peut-il déjà prudemment fournir au gouvernement central les claires indications dont celui-ci aurait besoin pour aboucher, par anticipation, la loi fédérale à la loi provinciale ?Nous en doutons fort.La mariée n\u2019est pas prête; il ne faut pas la bousculer.Une chose, cependant, nous apparaît déjà avec clarté: tôt ou tard, il faudra bien que la loi du divorce régissant les Québécois, d\u2019où qu\u2019elle vienne, soit appliquée chez-nous, pour nous et par nous, en conformité avec nos traditions juridiques et nos habitudes de vie.Que ce rapatriement soit nécessaire, nous venons d\u2019en avoir la preuve.L\u2019Épiscopat canadien, dans son mémoire au Comité mixte sur le divorce, avait proposé, à l\u2019instar d\u2019autres groupements religieux d\u2019envergure nationale, une réorganisation complète des tribunaux de divorce visant à en faire, le mieux possible, des organes de réconciliation entre les époux désunis.Mais le législateur fédéral n\u2019a pas cru bon de donner suite à ce projet sous prétexte que les tribunaux n\u2019étaient pas mandatés ni équipés pour remplir des tâches aussi complexes et difficiles.Or, il se trouve qu\u2019un comité spécial du Barreau de Québec a, précisément, mis de l\u2019avant un projet de création de tribunaux familiaux qui recoupe en tous points le dessein des Évêques et, sans exclure le divorce, assume parfaitement leurs intentions.Ce qui prouverait, s\u2019il en était encore besoin, que le Québec n\u2019est pas une province comme les autres et que, notamment, en matière de mariage et de famille, c\u2019est-à-dire dans un domaine où l\u2019âme et la conscience mêmes d\u2019un peuple sont le plus profondément engagées, il serait dangereux d\u2019abandonner, peu ou prou, entre des mains respectueuses mais en partie étrangères, le sort d\u2019une institution qui fut, aux jours de détresse, et qui continue d\u2019être, à notre époque tourmentée, la meilleure gardienne et le plus fier témoin de nos fidélités.On n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.Il ferait bon de s\u2019en souvenir au cours des mois qui vont suivre.Les raisons de vivre profondes du Frère enseignant Frère André Parenteau, I.C.1 Dans l\u2019allocution prononcée le 29 octobre dernier lors de la canonisation du bienheureux Bénilde, premier Frère enseignant à monter sur les autels, le Saint Père disait ces paroles remarquables2: Réjouissez-vous, très chers Frères des Ecoles Chrétiennes, d\u2019être, comme votre confrère, maîtres des enfants du peuple, voués à cette si haute mission, à cet apostolat si digne, et à rien d\u2019autre que cela; tout absorbés par cette tâche noble et dé icate entre toutes; tout persuadés que l\u2019Ecole catholique mérite votre sacrifice total.1.Le F.Parenteau est actuellement supérieur du scolasticat des Frères de l\u2019Instruction Chrétienne à La Prairie, P.Q.2.Osservatore Romano, 30-31 octobre 1967, p.2.Sans doute faut-il entendre par ces mots que les Frères enseignants, prévenus par un appel de Dieu, ont raison de renoncer aux avantages d\u2019une vie indépendante dans le siècle pour s\u2019adonner tout entiers à leur tâche d\u2019enseignants et d\u2019éducateurs chrétiens.Mais il est bien permis aussi d\u2019y voir une nouvelle sanction donnée par Paul VI au caractère laïc, c\u2019est-à-dire non clérical, de la plupart des congrégations des Frères enseignants.Deux ans auparavant, Vatican II avait aussi, dans le Décret sur la Vie Religieuse, fermement maintenu le caractère laïc de ces instituts, même advenant le cas où leurs JANVIER 1968 3 Chapitres généraux jugeraient à propos de faire accéder au sacerdoce quelques Frères \u201cpour subvenir aux besoins du ministère sacerdotal de leurs maisons\u201d 3 Il ne manque pas de gens, voire de membres du clergé, pour qui cette insistance de l\u2019Église à respecter et promouvoir le caractère laïc des instituts de Frères enseignants prend figure d\u2019énigme, à l\u2019heure où l\u2019on s\u2019inquiète de la rareté du recrutement sacerdotal et où l\u2019on cherche à peupler les rangs d\u2019un ordre diaconal restauré.Ceux-là croiront volontiers, par exemple, que, si les Frères enseignants ne sont pas prêtres, c\u2019est ou bien par ignorance de la pénurie du clergé, ou tout bonnement par incapacité de réussir les études nécessaires.Convenons que la première de ces deux hypothèses manque étrangement de plausibilité à une époque gavée d\u2019information comme la nôtre.Quant à la seconde, disons que c\u2019est se montrer bien mal informé de la nature des études faites par les Frères enseignants que de penser que ceux-ci puissent être empêchés d\u2019accéder au sacerdoce pour la seule raison de leur impréparation intellectuelle.En réalité, ce n\u2019est aucunement pour des raisons négatives, mais pour un motif solidement positif que le Frère enseignant est ce qu\u2019il est et se voit encouragé par l\u2019Église hiérarchique à demeurer dans l\u2019état original de vie et à continuer le mode spécifique d\u2019activité qui sont les siens par disposition providentielle.Comme, toutefois, la question est inlassablement posée aux Frères: \u201cPourquoi vous contentez-vous d\u2019être seulement religieux enseignants ?Pourquoi ne vous êtes-vous pas faits prêtres: ne trouvez-vous pas que c\u2019est bien plus beau et surtout beaucoup plus complet ?\u201d, il devient urgent de répondre enfin un peu longuement à ce besoin d\u2019information, même si ce dernier ne s\u2019exprime pas toujours avec un tact consommé.Il faudra, pour cela, reconnaître dès le départ que le problème envisagé se pose à un double plan: au plan de la conscience personnelle et à celui de la communauté ecclésiale.A) Au plan de la conscience professionnelle Ici, la question est en dénitive toute simple: les Frères n\u2019ont pas le sentiment d\u2019avoir reçu personnellement la vocation sacerdotale (associée ou non à la vie religieuse).Ils estiment n\u2019avoir pas reçu de Dieu un appel spécial au sacerdoce, qui se fût manifesté par un attrait surnaturel intime.Ils n\u2019ont pas d\u2019autre part été l\u2019objet de l\u2019appel canonique de l\u2019évêque diocésain.Tout simplement, \u201cils n\u2019ont pas la vocation\u201d, \u2014 entendons : cette vocation-là, la vocation au sacerdoce, \u2014 et ils se souviennent de l\u2019avertissement de l\u2019épître aux Hébreux: \u201cNul ne s\u2019arroge à soi-même cet honneur: on y est appelé par Dieu, absolument comme Aaron\u201d {He 5, 4), 3.Perfectœ Caritatis, n° 10.B) Au plan de la communauté ecclésiale Quelqu\u2019un pourra toujours objecter à ce moment: \u201cSoit: chaque Frère a conscience d\u2019avoir reçu un appel vers telle ou telle congrégation religieuse laïque.Mais est-il prouvé que les instituts de Frères enseignants ont, ou du moins ont encore, leur raison d\u2019être dans l\u2019Église postconciliaire ?\u201d A quoi l\u2019on peut répondre en se plaçant successivement à un point de vue soit moral et juridique, soit théologique et pastoral.Au point de vue moral et juridique, il faut noter que l\u2019Église, qui a approuvé canoniquement ces congrégations et leurs constitutions, non seulement n\u2019a jamais révoqué cette approbation, mais l\u2019a constamment, et tout récemment encore, réaffirmée et renforcée.On n\u2019a, pour s\u2019en convaincre, qu\u2019à relire deux passages aussi explicites que possible des documents conciliaires.Tout d\u2019abord, le numéro 46 de la Constitution Lumen Gentium sur l\u2019Église: \u201cLe Concile approuve et loue .les Frères .qui, dans les écoles .ou dans les missions, honorent l\u2019Épouse du Christ par la constante et humble fidélité à leur consécration religieuse et rendent .les services généreux les plus divers.\u201d Ensuite, le numéro 10 du Décret sur le Renouveau et l\u2019Adaptation de la Vie religieuse: La vie religieuse laïque, tant pour les hommes que pour les femmes, constitue un état complet en soi de la profession des conseils évangéliques.Cette vie si utile à la charge pastorale de l\u2019Eglise dans l\u2019éducation de la jeunesse ., le Concile la tient en grande considération et confirme ses membres dans leur vocation.Et qu\u2019on ne dise pas qu\u2019il s\u2019agit là de vagues paroles rassurantes prodiguées machinalement par les Pères conciliaires.La vérité est que la version définitive du second texte qu\u2019on vient de lire sur la vie religieuse laïque est le résultat de 658 amendements des Pères du Concile, c\u2019est-à-dire, sauf erreur, du plus grand nombre d\u2019amendements jamais proposés sur un texte particulier au cours de Vatican II ! 4 Au point de vue théologique et pastoral, il faut dire que l\u2019existence des congrégations de Frères enseignants reste aussi fermement justifiée aujourd\u2019hui qu\u2019au matin même de leur fondation.Cela, pour une double raison.D\u2019abord, parce que la vie religieuse laïque n\u2019a rien perdu de sa signification, de son efficacité sanctificatrice et de sa valeur de témoignage propres.Ensuite, parce que le rôle de maîtres chrétiens exercé par les Frères enseignants, pour différer par bien des modalités de celui qui fut le leur à l\u2019origine, ne s\u2019impose pas avec une moindre urgence aujourd\u2019hui qu\u2019autrefois, si l\u2019on veut bien mesurer l\u2019ampleur de la tâche éducatrice que l\u2019Église s\u2019est reconnue au dernier concile.1 ) Prenant pour acquise l\u2019efficacité sanctificatrice de la vie religieuse laïque, nous insisterons ici sur sa signification spécifique et sa valeur propre de témoignage.4.Cf.l\u2019ouvrage collectif, L\u2019Adaptation et la Rénovation de la Vie religieuse (Unam Sanctam / 62), Paris, Ed.du Cerf, 1967, p.312.4 RELATIONS Les diverses formes de profession des conseils évangéliques ne représentent pas autre chose ici-bas que le sacerdoce baptismal lui-même porté à son suprême degré de perfection dans l\u2019ordre spirituel et institutionnel, si bien qu\u2019on peut et doit affirmer que ces états de vie sont l\u2019expression sociale la plus élevée et favorisent l\u2019expression intime la plus exquise de l\u2019exercice du sacerdoce des fidèles, au bénéfice duquel le sacerdoce ministériel est totalement ordonné pour la gloire de Dieu.Mais, comparé au religieux prêtre, le religieux laïc offre ceci de particulier que, chez lui, la vie religieuse est en quelque sorte \u201cchimiquement pure\u201d.Il sait à quoi s\u2019en tenir de sa condition et des ressources qu\u2019elle lui procure par son cheminement par les voies de l\u2019Évangile et l\u2019édification du Royaume.Ainsi se trouvent non seulement mises à profit, mais encore manifestées avec éclat, au double plan de l\u2019être et de l\u2019agir, les exigences et les richesses du sacerdoce commun des fidèles, à l\u2019exclusion, \u2014 mais non au mépris, \u2014 de celles qui surviennent au religieux clerc du fait de l\u2019onction sacerdotale.Bref, il ne viendrait sûrement à l\u2019esprit d\u2019aucun chrétien de mettre en doute la nécessité d\u2019un nombre suffisant de prêtres (séculiers ou réguliers) pour la pastoration et la sacramentalisation des fidèles.Mais il faut ajouter, du même souffle, qu\u2019il est mille fois heureux qu\u2019il y ait aussi des religieux laïcs dont la vie, toute tendue vers les ultimes fructifications de la grâce baptismale et chrismale dans l\u2019ordre personnel et social atteste avec une insistance délibérément exclusive la merveilleuse réussite de la greffe de la vie divine en l\u2019homme par \u201cle bain d\u2019eau qu\u2019une parole accompagne\u201d (Ep 5, 26).Telle est la signification profonde de la vie religieuse laïque en elle-même et par rapport au sacerdoce.Il nous faut maintenant ajouter qu\u2019elle porte un double témoignage, dont l\u2019un s\u2019adresse au prêtre, l\u2019autre au laïc engagé dans le monde.La vie religieuse vécue par des laïcs rappelle aux prêtres une vérité capitale, à savoir que ceux-ci, pour avoir été ordonnés, n\u2019en continuent pas moins de participer au sacerdoce commun de l\u2019Église, plus fondamental et plus vital que leur propre sacerdoce ministériel.Travaillant sans relâche à structurer et à nourrir l\u2019Église, ici-bas, par la dispensation de la Parole et des sacrements, les prêtres ne sauraient se croire exemptés de grandir sans arrêt en charité dans leur vie et dans leur action, puis-qu\u2019eux aussi, quel qu\u2019aura été leur degré dans la hiérarchie, seront, \u201cau soir de la vie, jugés sur l\u2019amour\u201d, c\u2019est-à-dire sur la manière dont ils auront exercé leur sacerdoce baptismal, tout aussi bien que leur sacerdoce ministériel, à la fois sacramentel et pastoral.Si important que soit le sacerdoce hiérarchique, il ne doit pas moins s\u2019exercer, selon l\u2019économie provisoire des signes rédempteurs, que dans l\u2019entre-deux qui sépare la radieuse Ascension du Seigneur de son Retour glorieux.Un jour, ce ministère prendra fin, parce qu\u2019il aura atteint son but.Et alors se déploiera, plus resplendissant que jamais, l\u2019unique Sacerdoce du Christ Total, c\u2019est-à-dire du Christ enfin en possession de sa pleine stature mystique-réelle, que concernait en définitive la prophétie si souvent citée: \u201cTu es prêtre pour l\u2019éternité selon l\u2019ordre de Mel-chisédech\u201d (P s 110).Aux chrétiens du temporel la vie religieuse laïque rappellera qu\u2019ils participent eux aussi au sacerdoce commun des baptisés et qu\u2019autant vaut le faire avec lucidité et générosité.D\u2019où nécessité d\u2019une participation intelligente et active à la sainte Liturgie, mais, par-dessus tout, d\u2019une vie toute livrée à Dieu, filiale au Père, conforme au Fils et fraternelle aux hommes dans l\u2019oubli et le don magnanime de soi.De cette exigence la vie religieuse laïque est, sans fracas de paroles, un rappel permanent, sinon toujours assez manifeste et efficace.2) La vocation du Frère enseignant comporte un second aspect qui, souvent, est le seul à retenir l\u2019attention des observateurs superficiels: la fonction de maître chrétien.Ici encore, il ne faut pas hésiter à déclarer que l\u2019apostolat des congrégations de Frères conserve aujourd\u2019hui une incandescente actualité, vu la nécessité pressante des ressources spirituelles et du témoignage propres du Frère enseignant dans le monde scolaire d\u2019aujourd\u2019hui.Certes, des milliers de maîtres séculiers catholiques partagent avec les congrégations enseignantes, à des degrés divers, l\u2019idéal de l\u2019enseignement chrétien.Les Frères enseignants estiment cependant que la cause à servir est si excellente, si vitale et si absorbante qu\u2019on ne s\u2019en acquittera jamais mieux qu\u2019en y vouant définitivement sa vie au titre d\u2019un service du prochain exercé à temps complet et en y appliquant toutes les ressources spirituelles de leur vie religieuse, y compris l\u2019avantage de travailler en équipes déjà constituées.Aussi se croient-ils largement justifiés de reconnaître l\u2019éducation chrétienne de la jeunesse comme une fin essentielle de leur état de vie, et proprement comme une œuvre de choix qui prouvera au Seigneur la profondeur de leur adhésion à son plan créateur et rédempteur.Ce n\u2019est pas assez dire.Il nous faut encore montrer que le témoignage propre du Frère enseignant est d\u2019un caractère tel que celui qui le porte aura toujours sa place à côté des meilleurs enseignants laïcs chrétiens.On sait en effet qu\u2019à la différence du chrétien du temporel ou même du membre d\u2019un institut séculier, le Frère enseignant s\u2019est engagé à vivre sa consécration à Dieu dans un certain retrait du monde.Or cette condition, dans la mesure où elle est vécue avec authenticité, ne peut manquer de conférer un certain accent eschatolo-gique au labeur professionnel du religieux actif.Constamment, le style de vie du Frère enseignant atteste \u201cque, suivant l\u2019expression du Frère Michel Sauvage, l\u2019Église est distince du monde, que le Royaume de Dieu ne se construit pas à partir des valeurs mondaines, lesquelles demeurent ambiguës, que le monde qui vient, et qui est déjà là, est transcendant et supérieur au monde qui passe et, par conséquent, qu\u2019on ne doit pas limiter ses horizons à la terre\u201d 5.5.Ibid., p.336-337.JANVIER 1968 5 Certes, ce témoignage est porté, et avec beaucoup d\u2019éloquence, par les moines dont la vie est construite de toutes pièces sur le refus aussi radical que possible du monde.Mais peut-être un tel témoignage paraîtra-t-il plus saisissant, \u2014 parce que plus inattendu et plus paradoxal, \u2014 s\u2019il est porté par un religieux laïcs engagé sérieusement et loyalement dans le monde par l\u2019exercice d\u2019une profession aussi exigeante que l\u2019est la profession enseignante.Ces éléments de retrait que sont les vœux religieux, la vie commune et une \u201cclôture\u201d relative ne rappellent-ils pas avec force \u201cque l\u2019homme et le monde pécheurs ont besoin d\u2019être sauvés, et que ce salut, qui est vie, épanouissement et réussite, ne s\u2019accomplit pas sans mort, renoncement, douleur\u201d ?6 Le témoignage qui est demandé au maître séculier chrétien, c\u2019est celui d\u2019une incarnation progressive de l\u2019esprit du Christ dans les réalités profanes; celui de la conquête chrétienne du monde; celui de l\u2019usage saint de la terre et de toutes les valeurs naturelles.Le témoignage attendu du Frère enseignant est celui de la capacité de dégagement au moment même où l\u2019on est engagé, d\u2019arrachement au moment même où l\u2019on adhère, de sacrifice au moment même où l\u2019on accueille, de dépassement au moment même où l\u2019on assume, de mort féconde au moment même où l\u2019on s\u2019incarne.La réalité eschatologique du royaume de Dieu ne recevrait pas un témoignage assez percutant et efficace dans le monde de l\u2019enseignement et de l\u2019éducation si le Frère enseignant était absent de celui-ci ou infidèle aux exigences de sa mission.* * * Il n\u2019est pas téméraire de l\u2019affirmer: la vocation du Frère enseignant est aujourd\u2019hui plus actuelle que jamais, d\u2019une part parce que notre siècle redécouvre enfin le vrai sens de la vie religieuse, d\u2019autre part parce que l\u2019époque de 1\u2019 \u201cexplosion scolaire\u201d et de la démocratisation de l\u2019enseignement ne peut que sonner l\u2019heure par excellence des groupements d\u2019hommes voués à temps complet, et même par profession religieuse, à la direction de la croissance humaine et chrétienne de la jeunesse.Songeons 6.Ibid., p.337.notamment que 46% des enfants du monde ne reçoivent encore aucun enseignement scolaire.Aux frères enseignants il est demandé de relever aujourd\u2019hui un défi singulièrement exaltant: vivre avec plus de radicalisme leur consécration au Christ et s\u2019engager avec intelligence et audace dans les nouvelles formes que revêt désormais leur mission éducatrice en ce dernier tiers du XXe siècle.Ils ne peuvent pas ne pas se rappeler que le Concile, au lieu de recommander tout uniment les congrégations religieuses à la sollicitude des évêques et à la sympathie des chrétiens, \u2014 comme il en avait d\u2019abord eu l\u2019intention, \u2014 a préféré renvoyer les congrégations elles-mêmes à leurs responsabilités touchant leur propre rénovation spirituelle et leur adaptation aux saines exigences de ce temps 7.Deux mauvaises solutions s\u2019offriraient ici.Ce serait que les Frères enseignants pensent pouvoir tirer leur aggior-namento comme automatiquement soit de l\u2019adoption de tâches tout à fait différentes de celles dont ils s\u2019acquittaient jusqu\u2019à maintenant, soit de l\u2019adoption d\u2019un genre de vie tout autre, par exemple clérical au Heu de laïc.Or, observe avec raison le F.Michel Sauvage, \u201cla confirmation conciliaire rappelle aux instituts et aux religieux laïcs que le salut n\u2019est pas à chercher dans la voie des comparaisons et des mutations d\u2019être, mais dans celle de la valorisation qualitative et adaptée, conformément à leur être propre, en communion de vie et d\u2019action avec les autres membres de l\u2019Église\u201d 8.Est-il besoin de dire ici que cette \u201cvalorisation qualitative et adaptée\u201d recherchée dans l\u2019axe du charisme des Fondateurs, les Frères enseignants n\u2019ont pas attendu le Concile pour y travailler.Il suffit, pour s\u2019en convaincre, de les avoir vus à l\u2019œuvre depuis surtout six ou sept ans.Il y a chez eux une soif ardente d\u2019approfondissement biblique et théologique, de vie évangélique et de participation liturgique; une volonté résolue d'aggiornamento des institutions sans publicité fanfaronne: qualité sans cesse plus exigeante du recrutement; profondeur croissante de la formation; style de vie commune plus marqué d\u2019esprit fraternel, de spontanéité et de maturité affective; relations supérieurs-subordonnés plus imprégnées de liberté spirituelle; sain élargissement de l\u2019information; création d\u2019une légitime opinion publique au sein de la communauté; renouveau pédagogique et catéchétique; etc.C\u2019est un fait que le passé des Frères enseignants, chez nous, n\u2019est pas connu.L\u2019histoire de leurs longs et méritoires états de service reste au fond toujours à écrire.Aussi faut-il souhaiter qu\u2019elle soit entreprise au plus tôt et menée selon des normes rigoureusement scientifiques.On est toutefois fondé, semble-t-il, à affirmer dès maintenant qu\u2019en tout ce qui touche les Frères enseignants, \u2014 et quoi qu\u2019il en soit de la beauté réelle, mais profondément cachée de l\u2019œuvre qu\u2019ils ont déjà accomplie, \u2014 \u201cl\u2019avenir, selon le mot de Teilhard de Chardin, est plus beau que tous les passés.\u201d 7.\tIbid., p.315.8.\tIbid., p.340.\u2018¦JÇe temple de la lu mi exe Pour vos ampoules tubes fluorescents et fournitures électriques JEAN BÉLAND, Ing.P., président et directeur général 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal - 274-2465* 6 RELATIONS LES UNITES DE NEGOCIATION ET LE C.C.R.O.Gérard Hébert, S.J.Le 4 décembre dernier, la Chambre des Communes adoptait, en première lecture, un projet de loi visant à amender la Loi fédérale sur les relations industrielles.Ce bill C-186 prévoit que le Conseil canadien des relations ouvrières, ou C.C.R.O., pourra déterminer des unités de négociation régionales en plus des unités nationales.Il prévoit aussi divers changements à la composition du Conseil en même temps que l\u2019institution d\u2019une section d\u2019appel de ce même Conseil, devant laquelle on pourra réclamer une révision de toute décision relative au problème des unités régionales ou nationales.D\u2019autres aspects, moins fondamentaux, ne manquent cependant pas d\u2019intérêt.Le projet de loi comporte la nomination d\u2019un second vice-président, dont le ministre du Travail a dit qu\u2019il serait de langue française.La possibilité de constituer plusieurs bancs et, pour ceux-ci, de siéger en n\u2019importe quel endroit du pays, assurera, dans les opérations, une souplesse profitable à tous les Canadiens, mais davantage aux Canadiens français.L\u2019amendement principal aura d\u2019ailleurs le même effet, en permettant aux travailleurs du Québec, en tout ou en partie, de se regrouper dans des unités distinctes de la grande unité canadienne où ils risquent d\u2019être noyés.Pourquoi ce projet d\u2019amendement ?Rien dans la loi n\u2019oblige actuellement le Conseil à n\u2019accepter que des unités nationales.Mais le Conseil lui-même a peu à peu établi une jurisprudence en ce sens.L\u2019amendement que l\u2019on propose en ce moment viserait à annuler l\u2019effet de cette jurisprudence.Il n\u2019obligerait pas le Conseil à fractionner les unités mais il lui en donnerait explicitement le pouvoir et l\u2019autorisation.La seule présence d\u2019une telle disposition dans une loi pèserait beaucoup dans les décisions du Conseil quand de tels problèmes lui seraient soumis.La loi ne résoudrait pas complètement le problème puisque le Conseil devrait décider si l\u2019unité de négociation, régionale ou nationale, réclamée par la partie syndicale, est propre à assurer une négociation collective bien ordonnée.Les cas différeraient: les avantages et les inconvénients de la négociation sur une base régionale plutôt que nationale ne sont pas les mêmes s\u2019il s\u2019agit, disons, d\u2019un service de transport aérien, d\u2019une entreprise de camionnage, d\u2019une banque ou d\u2019un organisme de radiodiffusion.Divers aspects importants du problème n\u2019ont rien à voir avec le bilinguisme et le biculturalisme.La parité des salaires, qui se retrouve habituellement dans l\u2019ensemble d\u2019une même unité de négociation, pose toute la question des zones économiques.Celles-ci pourraient favoriser un certain fractionnement.Un autre critère doit entrer en ligne de compte, l\u2019efficacité administrative: les entreprises ne souhaitent guère voir se multiplier les unités de négo- ciation, parce que cela multipüe habituellement, dans la même mesure, les conventions collectives distinctes et les négociations séparées, avec tous les problèmes qu\u2019elles entraînent.Par contre, un principe de base de notre législation du travail est la liberté des travailleurs dans le choix de leur association.L\u2019influence des facteurs ethnique et linguistique jouera ici fortement.Malgré les difficultés que cela peut comporter, il faut respecter, jusqu\u2019à la limite du possible, ce principe du libre choix.Certaines exigences, d\u2019un autre côté, peuvent, jusqu\u2019à un certain point, en limiter l\u2019exercice, comme dans le cas d\u2019une entreprise qui requerrait une structure très intégrée.Le problème consiste alors à n\u2019utiliser les privilèges qu\u2019accorde la loi que pour défendre ses droits, non pour promouvoir des intérêts mesquins.L\u2019employeur ne devra pas couvrir son inertie d\u2019exigences administratives imaginaires, pas plus que le syndicat ne devra utiliser le fractionnement des unités pour pratiquer l\u2019escalade des salaires.Nous retrouvons ici un problème fondamental de la vie en société, l\u2019inévitable équilibre toujours à poursuivre entre la plus grande liberté possible et la plus grande efficacité administrative, puisque celle-ci également est capitale pour toute la population et pour chacun de ses membres.La recherche de l\u2019équité et de la justice sociale est toujours difficile.Il n\u2019y a pas de solution magique.Quant à ce qui touche au Conseil lui-même, c\u2019est l\u2019institution d\u2019une section d\u2019appel qui poserait la plus grande difficulté.L\u2019introduction d\u2019une telle clause étonne.La tendance, pour tous les conseils ou commissions de ce genre, est que leurs décisions soient finales et sans appel, parce qu\u2019il s\u2019agit toujours de conditions d\u2019emploi et de travail, et que les intéressés ont besoin d\u2019une réponse nette et définitive dans le plus bref délai possible.À partir du moment où l\u2019on peut en appeler de telles décisions, l\u2019incertitude règne, et les retards liés aux procédures d\u2019appel peuvent être gravement préjudiciables aux employés en cause.Pourquoi le projet de loi a-t-il introduit cette possibilité d\u2019appel dans le cas d\u2019unités de négociation fractionnées ?S\u2019agirait-il d\u2019un compromis ?Une des centrales syndicales, la Confédération des syndicats nationaux, a souvent souligné sa position difficile dans les cas de conflits intersyndicaux, vu que trois des représentants ouvriers du Conseil viennent du Congrès du travail du Canada et un seul de la C.S.N.Le législateur aurait-il voulu donner satisfaction à la C.S.N.sans toucher à la structure actuelle du Conseil, puisqu\u2019en accordant droit d\u2019appel devant un banc du Conseil où siégeraient deux personnes représentant le public, il pourrait rétablir ainsi l\u2019équilibre entre les deux centrales ?Était-ce la meilleure solution ?Plu- JANVIER 1968 7 sieurs semblent en douter.C\u2019est au fond la nature même du Conseil qui est mise en cause.Les différentes lois canadiennes, tant fédérale que provinciales, ont opté pour des Conseils ou Commissions de relations de travail composés de représentants des parties, sous la présidence d\u2019un juge qui remplit la fonction d\u2019arbitre impartial.Nous pouvons très bien concevoir, comme aux États-Unis, un conseil complètement indépendant, dont les membres ne représenteraient proprement aucune des parties.Il paraît douteux, cependant, qu\u2019un Conseil puisse fonctionner d\u2019une manière harmonieuse en voulant réunir les deux points de vue.Quoi qu\u2019il en soit des modifications que le Parlement pourra apporter au projet de loi, il sera intéressant d\u2019observer comment, à propos d\u2019un problème complexe impliquant des entreprises et des travailleurs répartis d\u2019un océan à l\u2019autre, on tentera de résoudre le difficile problème d\u2019un immense pays vraiment bilingue et biculturel.13 décembre 1967.Quatre événements récents presque simultanés: les États Généraux, les propos du général de Gaulle, la conférence de Toronto et le Rapport Laurendeau-Dunton, posent la question cruciale: Québec ou Canada français?Richard Arès, S.J.Fin novembre et début de décembre, nous avons vécu des événements mémorables dont l\u2019influence n\u2019a pas fini de se faire sentir parmi nous.Tour à tour et presque coup sur coup, sont venus nous secouer et nous obliger à réfléchir sur l\u2019avenir tant du Québec que du Canada les États Généraux du Canada français, les propos du général de Gaulle, la conférence de Toronto et le Rapport sur le bilinguisme et le biculturalisme.Chacun de ces événements mériterait un long commentaire, voire un article.Il me faut, cependant, me borner à les considérer sous un seul aspect, l\u2019aspect où ces événements posent aux Canadiens français la plus grave question qu\u2019ils aient actuellement à résoudre: doivent-ils choisir entre le Québec et le Canada français ?Jusqu\u2019ici nous avons vécu sur cette idée que le Québec ne constituait pas tout le Canada français, même s\u2019il en était la tête, le centre premier, le foyer principal et le point d\u2019appui.Mais il faut bien le constater: certains milieux québécois acceptent de plus en plus difficilement cette idée; pour eux, il est vain et chimérique de tenter de perpétuer en Amérique du Nord un Canada français, seul un Québec français est possible et possède quelques chances d\u2019avenir.S\u2019il en est ainsi, les Canadiens français doivent donc regrouper leurs efforts en vue de se bâtir au Québec une patrie bien à eux, une patrie aussi forte que possible d\u2019où ils pourront ensuite venir en aide à leurs frères de la dispersion.En d\u2019autres termes, mis en face de l\u2019alternative, un nombre de plus en plus imposant de Franco-Québécois répondent : Québec.Pareille option, on peut s\u2019en douter, provoque chez les Franco-Canadiens étonnement et chagrin; ils se sentent du Canada français plus que du Québec et, pour eux, l\u2019existence d\u2019un Canada français est primordiale : c\u2019est la vérité première sur laquelle s\u2019appuie la foi en leur propre survivance.Ils ne conçoivent le Québec que dans le 8 Canada français \u2014 et donc dans le Canada tout court \u2014 et l\u2019idée que le premier pourrait se retirer du second leur apparaît comme une démission et une trahison.Tels sont les sentiments et les états psychologiques qui, de part et d\u2019autre, vont en grande partie déterminer les réactions aux quatre grands événements qui viennent de se produire et qui ont trait à l\u2019avenir du Québec, du Canada français et du Canada tout court.Les États Généraux du Canada français Cette question cruciale : Québec ou Canada français ?aucun événement ne l\u2019a posée d\u2019une façon aussi dramatique que les États Généraux qui se sont tenus à Montréal à la fin de novembre 1967.Les organisateurs avaient voulu \u2014 contre le gré d\u2019un certain nombre \u2014 qu\u2019ils soient vraiment les États Généraux du CANADA français et non pas seulement ceux du QUÉBEC français.S\u2019appuyant sur les données du recensement de 1961 (5,123,151 Canadiens s\u2019y étaient déclarés de langue maternelle française, dont 4,269,689, soit 83.34 p.cent, vivant au Québec, et 863,462, soit 16.66 p.cent, habitant hors du Québec), ils avaient fixé à 17 p.cent la part des représentants des minorités françaises, ce qui donnait à ces dernières droit à 425 délégués et au Québec à environ 2,000.De plus, les auteurs des documents de travail avaient reçu la directive de centrer ces documents, non sur une option particulière, mais sur les besoins et les aspirations de la nation canadienne-française dans son ensemble, en faisant évidemment une place spéciale au Québec.Au point de départ, nulle option, sauf celle de l\u2019assimilation, n\u2019était exclue; même l\u2019option fédéraliste pouvait y être défendue, voire y triompher ., à condition de trouver des défenseurs en assez grand nombre pour la soutenir et l\u2019imposer.Certains documents, enfin, posaient directe- RELATIONS ment la question des rapports entre Canadiens français ou comportaient une partie consacrée exclusivement aux problèmes propres aux Franco-Canadiens des autres provinces.La tendance qui s\u2019est dégagée au cours des États Généraux est maintenant fait public.Entre le Québec et le Canada français, les délégués, à une immense majorité, ont opté pour le Québec, et pour un Québec doté d\u2019une souveraineté aussi vaste et aussi haute que possible.Selon eux, le Québec doit en tout avoir priorité, car c\u2019est par lui que passe le salut des minorités françaises; aussi ne faut-il pas, si le Canada français veut survivre, qu\u2019il entrave le libre épanouissement de l\u2019État du Québec.On comprend que cette prise de position ait été plus ou moins bien reçue par les représentants franco-canadiens des autres provinces.Elle leur est apparue à la fois trop centrée sur un Québec à fortifier et pas assez soucieuse d\u2019un Canada français à maintenir.À leurs yeux, le Québec est incapable, à lui seul, d\u2019assurer leur survivance, et donc le maintien d\u2019un Canada français; c\u2019est là une œuvre qui doit être entreprise et menée en collaboration avec les divers gouvernements provinciaux et surtout avec le gouvernement central d\u2019Ottawa.Encore faut-il que le Québec lui-même consente à collaborer, et donc à s\u2019insérer à l\u2019intérieur d\u2019un Canada français dont il accepterait de n\u2019être qu\u2019une partie, fût-elle la plus importante et la plus vivante.Ces deux attitudes se sont rencontrées et heurtées aux États Généraux.En vertu de la loi du nombre, il suffisait que les délégués québécois fassent bloc d\u2019un côté ou de l\u2019autre pour qu\u2019aussitôt on obtienne une majorité.C\u2019est ce qui s\u2019est produit : en masse ils ont accordé leur préférence et leur vote au Québec.Certains, pour cela, les ont vertement critiqués, ont mis en doute leur caractère représentatif ainsi que la qualité des débats tenus à Montréal.Pour avoir assisté à ces débats quatre jours durant, je ne puis, pour ma part, que souscrire au jugement de M.Robert Stanfield, chef de l\u2019opposition conservatrice à Ottawa : Quelles que soient les réserves que l\u2019on puisse formuler sur le caractère représentatif de la délégation qui y assistait, ou encore sur la formule de travail employée, il n\u2019en reste pas moins que les délégués m\u2019apparaissent avoir été des gens sérieux, qui ont voulu faire un travail sérieux.Dans les circonstances, je crois qu\u2019il serait trop facile, et qu\u2019il pourrait être même dangereux, de refuser de tenir compte des tendances qu\u2019ils ont révélées, sous prétexte qu\u2019elles ne rencontrent pas notre approbation.Je crois que nous avons dépassé le stage où nous pouvons espérer enrayer le progrès de ceux qui s\u2019acheminent vers un Québec séparé en se contentant d\u2019ignorer leur existence.De tous les jugements portés par les hommes politiques sur les États Généraux, c\u2019est sans contredit le plus intelligent en même temps que le plus objectif.Les propos du général de Gaulle Les États Généraux étaient à peine terminés à Montréal qu\u2019à Paris, dans sa conférence de presse, le général de Gaulle reprenait la même question cruciale : Québec ou Canada français ?et lui donnait une réponse analogue.Après avoir expliqué les raisons de son cri à Montréal de \u201cVive le Québec libre .\u201d, le Général a insisté sur la JANVIER 1968 nécessité de régler au plus tôt le problème des Français du Canada.À une solution acceptable, deux conditions sont requises : La première implique un changement complet quant à la structure canadienne telle qu\u2019elle résulte actuellement de l\u2019Acte octroyé il y a cent ans par la reine d\u2019Angleterre et qui créa la fédération.Cela aboutira, à mon avis, forcément à l\u2019avènement du Québec au rang d\u2019un Etat souverain et maître de son existence nationale comme le sont, de par le monde, tant et tant d\u2019autres peuples, tant et tant d\u2019autres Etats qui ne sont pas si valables, ni même si peuplés que le Québec.Bien entendu, cet Etat du Québec aura librement et en égal à régler avec le reste du Canada les modalités de leur coopération pour maîtriser et pour exploiter une nature très difficile dans d\u2019immenses étendues et aussi pour faire face à l\u2019envahissement des Etats-Unis.De ce texte il découle que, pour le général de Gaulle, la solution du problème canadien passe par trois étapes: 1.celle d\u2019une refonte complète de la constitution canadienne, 2.celle de l\u2019avènement du Québec au rang d\u2019État souverain, 3.et celle d\u2019une coopération à déterminer avec le reste du Canada sur le plan économique et dans le but de résister à l\u2019influence américaine.Ainsi, dans ce paragraphe, le général de Gaulle met l\u2019accent tellement sur le Québec, et sur un Québec souverain, qu\u2019il semble ignorer l\u2019existence ou la possibilité d\u2019un Canada français.Il va cependant se reprendre un peu plus loin, car, à la suite de son voyage au Québec, des Acadiens lui ont écrit pour lui rappeler qu\u2019ils existent et qu\u2019eux aussi sont d\u2019origine et de culture françaises.D\u2019où le passage qui suit: A cette œuvre (de solidarité française) devront d\u2019ailleurs participer, dans des conditions qui seront à déterminer tous les Français du Canada qui ne résident pas au Québec et qui sont un million et demi.Je pense en particulier à ces deux cent cinquante mille Acadiens qui sont implantés au Nouveau-Brunswick et qui ont gardé eux aussi à la France, à sa langue, à son âme, une émouvante fidélité.Si ces paroles n\u2019excluent pas l\u2019existence d\u2019un Canada français, elles sont loin, cependant, d\u2019en être la reconnaissance officielle.Le principal point d\u2019intérêt du général de Gaulle, c\u2019est le Québec, et, à cet égard, son attitude ressemble fort à celle que venaient d\u2019adopter les États Généraux à Montréal.La conférence de Toronto Le jour même où le général de Gaulle tenait ces propos en faveur d\u2019un Québec souverain, s\u2019ouvrait à Toronto la conférence sur la Confédération de demain.De caractère interprovincial, formée de délégués venus des dix provinces canadiennes, elle fut dominée par le problème de l\u2019avenir du Canada, ce qui l\u2019amena à considérer avec une certaine sympathie la survivance d\u2019un Canada français, mais elle n\u2019osa s\u2019attaquer directement au problème de l\u2019avenir même du Québec.En d\u2019autres termes, entre le Canada français et le Québec, elle a opté carrément pour le premier, et cela d\u2019abord et surtout par désir de préserver l\u2019unité canadienne.Même M.Daniel Johnson, premier ministre du Québec, a cru bon de faire porter le gros de ses revendications en faveur du Canada français plutôt qu\u2019en faveur du Québec.Il s\u2019est déclaré Canadien et s\u2019est prononcé pour un Canada qui soit officiellement composé non seulement de dix provinces mais aussi de deux communautés linguistiques et culturelles, c\u2019est-à-dire \u201cde deux nations au sens sociologique du terme\u201d.Le Canada à dix, a-t-il 9 déclaré, existe et doit demeurer, mais le Canada à deux est encore à inventer.Les Canadiens français, a-t-il poursuivi, veulent être eux-mêmes et se développer comme peuple au Québec et dans les autres régions du Canada; obtenir pour les Canadiens français un statut d\u2019égalité au sein de la fédération canadienne, voilà le mandat que son gouvernement a reçu aux dernières élections.Quant au Québec lui-même, a continué M.Johnson, il se trouve dans une situation tout à fait particulière comme principal foyer et point d\u2019appui du Canada français .(mais il) n\u2019est pas à lui seul tout le Canada français.Il n\u2019a pas juridiquement la charge des groupes français établis en dehors de son territoire.Pourtant, son gouvernement est seul à pouvoir par er au nom d\u2019une majorité française.Car c\u2019est seulement au Québec que les Canadiens français ont la force politique que confère la prépondérance numérique .Il y a donc un rôle que seul le Québec peut jouer pour assurer l\u2019éga ité de la nation canadienne-française.C\u2019est pourquoi il a besoin de pouvoirs accrus .\u201d En somme, M.Johnson présente le cas du Québec non pas tant en lui-même que dans ses rapports avec celui du Canada français; c\u2019est parce qu\u2019il est le principal foyer et le point d\u2019appui du Canada français, parce que son gouvernement est le seul à pouvoir parler au nom d\u2019une majorité française, parce qu\u2019il a un rôle unique à jouer pour assurer l\u2019égalité de la nation canadienne-française, c\u2019est pour toutes ces raisons que le Québec a besoin de pouvoirs accrus.Le Québec apparaît ainsi comme étant non seulement à l\u2019intérieur mais au service du Canada français, et en définitive du Canada.C\u2019est là exactement la position que la plupart des délégués des minorités françaises sont venus défendre aux États Généraux de Montréal.Le rapport Laurendeau-Dunton On retrouve aussi la même position dans le premier volume du rapport de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme.Organisme fédéral, instituée pour répondre aux plaintes croissantes des Canadiens français et ayant reçu pour mandat principal de \u201crecommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d\u2019après le principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui l\u2019ont fondée\u201d, cette Commission, à l\u2019alternative: Québec ou Canada français?ne pouvait évidemment pas répondre autre chose que Canada français.Non pas qu\u2019elle miniminise le rôle du Québec, mais ce rôle, elle le conçoit, à l\u2019instar de M.Johnson à Toronto, au service du Canada français, et donc du Canada en général.Voici ce qu\u2019elle dit à ce propos: Le rôle des Québécois dans la vie française au Canada devra être reconnu bien plus qu\u2019il ne l\u2019est dans la pratique, aujourd\u2019hui .Ils peuvent d\u2019abord exercer chez eux une influence prépondérante; il leur est en outre possible de se faire entendre par le reste du pays, notamment au Parlement fédéral, et ainsi de participer avec vigueur à la vie du Canada .Le problème peut donc se formuler ainsi: comment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, sans restreindre l\u2019élan québécois mais aussi sans risquer l\u2019éclatement du pays.Il résulte de cet ensemble de faits un leadership québécois pour la promotion de la langue et de la culture françaises au Canada, quelle que soit la solution politique qui l\u2019emporte en définitive.Cela résulte non des idéologies ou d\u2019un quelconque messianisme, mais de la nature des choses.Dans ce sens, il est évident et indiscutable que Québec n\u2019est pas \u201cune province comme les autres\u201d (nos 89-90).Il n\u2019en reste pas moins que la solution proposée par la commission Laurendeau-Dunton vise à renforcer plus le Canada français que le Québec et qu\u2019elle tend même à rendre quasi impossible à l\u2019avenir une identification complète du Québec au Canada français.Partant du fait que 95 p.cent de tous les Canadiens de langue française résident dans le Québec, l\u2019Ontario et le Nouveau-Brunswick, la Commission propose que ces trois provinces deviennent officiellement bilingues (le Québec l\u2019est déjà) et forment désormais le noyau central d\u2019un grand Canada français à constituer, ce qui, aux yeux des commissaires, aura pour résultat de sortir la province de Québec de sa solitude en associant davantage sa vie française à celle de ses deux voisines et, du même coup, d\u2019assurer à l\u2019unité canadienne une base plus large et plus solide.Le projet est grandiose et certainement à l\u2019avantage du Canada français et du Canada tout court, d\u2019autant plus que le renforce la recommandation visant à créer des districts bilingues par tout le pays là où la minorité officielle est assez nombreuse pour justifier une telle création.Présenté il y a vingt ans, voire il y a dix ans, pareil projet aurait au Québec suscité de l\u2019enthousiasme et probablement empêché la naissance du mouvement indépendantiste.Maintenant que ce mouvement existe, qu\u2019il a pris de l\u2019élan et de l\u2019ampleur, il serait surprenant qu\u2019il se laisse distraire de ses objectifs purement québécois par le mirage ou par l\u2019idéal d\u2019un grand Canada français à construire.Bon gré mal gré, il faut désormais se rendre à l\u2019évidence et admettre que l\u2019on est en face de deux problèmes distincts: celui du Canada français et celui du Québec, et qu\u2019une solution satisfaisante au premier n\u2019en est pas nécessairement une applicable au second.Celle que la commission Laurendeau-Dunton vient de présenter peut encore, à condition d\u2019être au plus tôt mise en pratique, sauver le Canada français et le Canada, elle ne saurait suffire à faire tomber les fiévreuses aspirations à plus de liberté qui secouent actuellement le Québec.À ce second problème la Commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme devra offrir aussi une solution dans ses prochains volumes.* Québec ou Canada français ?Encore une fois, c\u2019est la question cruciale, celle qui se pose actuellement et va se poser avec une acuité croissante aux Canadiens français.Déjà elle les oblige à prendre parti, déjà elle les divise: les États Généraux et le général de Gaulle ont donné leur préférence au Québec, Daniel Johnson à Toronto et la Commission Laurendeau-Dunton dans son premier volume ont opté pour le Canada français.Une synthèse Québec-Canada français est-elle encore possible ?Avant de répondre par la négative, il faut attendre la publication des prochains volumes de la Commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.En termes très justes, elle a défini le problème: \u201cComment intégrer le Québec nouveau dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, sans restreindre l\u2019élan québécois, mais aussi sans risquer l\u2019éclatement du pays.\u201d Reste à lui donner une solution acceptable à la fois au Québec et au Canada français; si elle y parvient, elle aura répondu à ce qui est devenu pour les Canadiens français la question du siècle.10 RELATIONS Le regroupement de nos commissions scolaires Albert Plante, S.J.La Fédération des Commissions SCOLAIRES CATHOLIQUES DU QUÉBEC a tenu son congrès annuel à Montréal, du 22 au 25 novembre.C\u2019était le congrès du vingtième anniversaire.Pour plusieurs raisons, un thème s\u2019imposait avec une force particulière: \u201cLe regroupement scolaire\u201d.Le nombre des inscriptions a battu tous les records: 2,100.Dès l\u2019ouverture, il fut facile de prévoir, par certaines expressions, que ces trois jours allaient être extrêmement importants pour l\u2019avenir des commissions scolaires.Minute de vérité, Nous sommes à un carrefour, Le présent congrès fera époque dans l\u2019histoire de notre système d\u2019éducation et même de toute la population du Québec, autant d\u2019affirmations qui manifestaient à la fois de l\u2019inquiétude et du dynamisme.De l\u2019inquiétude, à cause de certaines déclarations, extérieures au groupe, sur la nécessité des commissions scolaires; du dynamisme, par suite d\u2019une volonté bien arrêtée, chez elles, de continuer à servir la population.M.Maurice Lavallée.président de la Fédération, affirmait dans sa déclaration d\u2019ouverture: \u201cNous ne serons jamais de simples témoins, nous devrons être très actifs dans l\u2019organisation scolaire de nos territoires respectifs et très vigilants quant à révolution des choses dans notre monde de l\u2019éducation\u201d.Un peu plus tôt, il avait manifesté aux délégués son espérance de les voir s\u2019entendre pour donner à leur Fédération le mandat, sinon unanime du moins fortement maioritaire, de continuer avec fermeté l\u2019opération-re^rouneme^t mise en marche depuis le congrès de 1966.Le climat actuel Le thème fut présenté par M.Gil\u2019es Tremblay, président du Comité provincial du regroupement, formé par la Fédération.D\u2019après lui, une série d\u2019évé- nements ont fait naître un climat qui a suscité le désir d\u2019une étude et d\u2019une action sur le statut des commissions scolaires.Voici ces événements: les recommandations du Rapport Parent sur le remplacement, par des comités scolaires, des commissions scolaires locales de niveau élémentaire; l\u2019attitude de la Corporation des Enseignants du Québec, à l\u2019occasion du conflit qui aboutit au bill 25; les déclarations des présidents de l\u2019Association des Directeurs généraux des écoles et de la Fédération des Principaux du Québec, se déclarant tous deux en faveur de la disparition des commissions scolaires; la façon d\u2019agir de plusieurs commissions scolaires, qui, en attendant une loi pour le regroupement, font appel de plus en plus, entre-temps, aux services des commissions scolaires régionales; le récent rapport du Conseil supérieur de l\u2019Éducation, reprenant à son compte les recommandations du Rapport Parent; le comportement des fonctionnaires, et même de certains sous-ministres, du ministère de l\u2019Éducation qui, \u201cdepuis longtemps, considèrent les commissions scolaires comme disparues du champ de l\u2019éducation .\u201d; les déclarations de l\u2019Union des Municipalités et celles de Ministres relativement au champ de l\u2019impôt foncier; le caractère de plus en plus directif des normes administratives du ministère de l\u2019Éducation; enfin, l\u2019évolution du monde de l\u2019éducation \u201cavec la pédagogie nouvelle, le Règlement no 1 et la participation des parents et des enseignants à l\u2019atelier pédagogique .\u201d Le pari à gagner Comme on le voit, les commissions scolaires ont un véritable pari à gagner.Ou elles fournissent, par un regroupement simplement mineur des 1300 commissions sco'aires élémentaires, des arguments à ceux qui sont convaincus que des commissions scolaires trop nombreuses sont incapables de collaborer efficacement à la solution des nombreux problèmes d\u2019éducation, administratifs et pédagogiques; ou, prenant vigoureusement en mains leur propre destinée, elles procèdent, avec maîtrise et célérité, à un regroupement majeur pour que les commissions scolaires, sensiblement réduites, soient dirigées par des commissaires vraiment qualifiés, capables d\u2019assurer le triple rôle d\u2019animation, de consultation et de représentation.C\u2019est bien là le désir profond de la Fédération.On n\u2019aurait pas une juste idée de la réalité si on croyait que le lancement de l\u2019opération-regroupement est due uniquement, chez elle, aux prises de positions et aux pressions venues de l\u2019extérieur.Il y a un phénomène beaucoup plus vital: la vue nette, par la Fédération et par tous les commissaires sérieux, que le fractionnement actuel est clairement opposé au progrès de l\u2019éducation, donc au bien de l\u2019enfant.À cette conviction s\u2019ajoute cette autre que la commission scolaire a encore un rôle important à jouer au Québec.Ce rôle, le président de la Fédération le décrit ainsi: Lieu de rencontre par excellence, la commission scolaire devra refléter véritablement l\u2019esprit et les besoins du milieu qui la mandate.Elle saura mettre en place, pour le plus grand bien de la population de son territoire, les nouvel'es formules créées pour l\u2019ensemble de la province.Elle réclamera, pour son coin de pays, les applications spéciales qui conviennent dans sa col ectivité.Elle assumera la représentation efficace de la mentalité et des aspira.ions des citoyens dont elle est le chargé d\u2019affaires.(La Revue scolaire, novembre 1967, P-5.) La Fédération reçoit un mandat clair Au cours de la journée du 23 novembre, les participants se réunirent en ate'iers de travail selon les dix-sept zones des diverses Associations de Commissions scolaires.Avant leurs échanges de vues, ils avaient entendu deux exposés: \u201cAspects pédagogiques JANVIER 1968 11 du regroupement\u201d, par M.Richard Joly, président de la commission scolaire de North Hatley depuis plusieurs années et secrétaire général de l\u2019Université de Sherbrooke; \u201cAspects administratifs du regroupement\u201d, par M.André Gagnon, président de la Commission des Écoles catholiques de Montréal.La synthèse des travaux fut présentée le lendemain.Après la lecture du texte résumant les délibérations, on proposa aux délégués une résolution en quatre points qui accordait le feu vert à la Fédération.Cette résolution constituait vraiment le point tournant du congrès.La Fédération souhaitait la voir adopter à une forte majorité afin de recevoir un mandat explicite qui ne laisserait de doute à personne.On aimera connaître cette résolution.Elle demandait que: 1\t\u2014 La Fédération des Commissions sco- laires catholiques intensifie la phase-action et réalise le regroupement des commissions scolaires; 2\t\u2014 que la Fédération mette à la dis- position des Associations de Commissions scolaires les outils nécessaires favorisant la réalisation d\u2019un regroupement rationnel dans chacune des zones de la Fédération; 3\t\u2014 que la Fédération des Commissions scolaires catholiques continue le dialogue avec le ministère de l\u2019Education pour permettre l\u2019acceptation des demandes de regroupement; 4\t\u2014 que cette résolution constitue un mandat précis d\u2019action pour la Fédération.Les interventions des délégués furent nombreuses.Chacune d\u2019elles faisait voir un aspect du problème et saisir le pouls de l\u2019assemblée.Les interventions allaient bon train et la réunion durait depuis déjà plus de deux heures quand un délégué dérida et stimula une assistance déjà substantiellement favorable à la proposition en déclarant avec fermeté: \u201cTout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir.Si nous ne voulons pas subir le même sort que les commissions scolaires de l\u2019Ontario, il nous faut forger nous-mêmes notre arme en nous regroupant.Je propose donc que la résolution soit adoptée et qu\u2019on fasse pleine confiance à la Fédération.\u201d Sa proposition fut aussitôt appuyée et votée à une très forte majorité.C\u2019était presque l\u2019unanimité, car il n\u2019y eut que onze dissensions sur un total de quelque 900 délégués officiels.Tout au long de l\u2019après-midi, les représentants de la Fédération avaient pris soin de souligner qu\u2019on éviterait les formules rigides en procédant au regroupement.M.Richard Joly, invité à parler, approuva entièrement cette souplesse.\u201cPas plus que le Règlement no 1, le regroupement n\u2019a valeur de sacrement.Il importe de faire appel à l\u2019imagination et à l\u2019initiative\u201d.Observation dans la même veine que son exposé qui avait manifesté un grand souci des valeurs fondamentales.Retenons-en deux passages.Le premier, sur le but principal de la souplesse: \u201cCet esprit de souplesse doit nous inspirer dans la recherche des solutions qui, chacun selon nos milieux respectifs, doivent nous conduire sans doute à la plus grande efficacité administrative, mais d\u2019abord au plus parfait épanouissement de chacun des enfants dont nous avons la responsabilité.\u201d Le second, sur l\u2019importance de respecter le milieu : \u201cPermettez-moi d\u2019espérer que les artisans du regroupement, qu\u2019on les trouve du côté des commissions ou du côté du Ministère, auront toujours comme premier souci d\u2019établir une coordination qui soit avant tout l\u2019épanouissement des caractéristiques locales ou individuelles.\u201d De 1,300 à 300 ou 400 Il y aura sûrement, chez les commissions scolaires, grande activité durant les prochains mois et d\u2019ici deux à trois ans.On estime que les deux tiers au moins des 1,300 commissions scolaires élémentaires sont appelées à disparaître dans l\u2019opération-regroupement.Il en resterait de 300 à 400.Et ce nombre pourrait encore diminuer.Au cours de la réunion plénière consacrée à la synthèse des travaux, un commissaire insista sur le fait que les commissaires étaient eux-mêmes des parents.D\u2019où son désir qu\u2019on emploie largement l\u2019expression : commissaires-parents.\u201cCette expression aurait dû être utilisée une vingtaine de fois au banquet, en présence du ministre de l\u2019Éducation.\u201d Le discours du ministre de l\u2019Éducation Le traditionnel banquet, auquel sont invités régulièrement des représentants de tous les groupes consacrés à l\u2019édu- cation, ne manquait pas d\u2019avoir, cette année, un cachet particulier, le nouveau ministre de l\u2019Éducation, M.Jean-Guy Cardinal, y faisant sa première apparition publique.Ceux qui auraient pu croire que M.Cardinal se prononcerait catégoriquement sur le thème du congrès furent désappointés.Ils nourrissaient une illusion.Il était à prévoir, comme le remarqua modestement M.Cardinal, que le nouveau ministre, en fonction depuis seulement un peu plus de trois semaines, se contenterait, à l\u2019occasion d\u2019un premier contact avec les commissaires d\u2019écoles, de déclarations plutôt générales.Ces déclarations n\u2019en demeurèrent pas moins susceptibles de déterminer des orientations valables.Retenons trois de ses affirmations: \u201cune formule moins parfaite peut être plus réaliste; il importe d\u2019arriver à une unité convenable dans un délai raisonnable, c\u2019est-à-dire court; la sagesse et la prudence ne consistent pas à ne rien faire, mais bien à agir en prenant toutes les précautions nécessaires.\u201d Clinique scolaire Le dernier avant-midi fut consacré à une clinique scolaire, avec la participation des sous-ministres et de plusieurs autres hauts fonctionnaires du ministère de l\u2019Éducation.Cette rencontre est devenue une coutume à la fin des congrès de la Fédération.Coutume bienfaisante, et pour les fonctionnaires et pour les commissaires, les échanges de vues étant à la fois concrets et francs.Conclusion On a souligné plus haut que certaines expressions frappantes avaient annoncé, dès le début, l\u2019importance inaccoutumée de ce vingtième congrès.Cette importance lui vint-elle uniquement du thème ?Ne jaillit-elle pas aussi du cœur même du vaste domaine de l\u2019éducation, qui a connu chez nous des transformations profondes au cours des dernières années ?On ne peut s\u2019empêcher d\u2019éprouver intensément l\u2019importance et la complexité des problèmes de l\u2019éducation en assistant à la projection du film en couleurs \u201cl\u2019École nouvelle\u201d sur le Règlement no 1.Ce film bien réussi, produit par la Fédération, fut montré deux fois pendant le congrès, le soir de l\u2019ouver- 12 RELATIONS ture et le samedi avant-midi, juste avant la clinique scolaire à laquelle il servit en quelque sorte de toile de fond.Le film a quelque chose de fascinant, car il met nettement en lumière la valeur de l\u2019école pour l\u2019enfant et les moyens multiples que tous les responsables de l\u2019éducation entendent prendre pour donner tout son sens à cette valeur.Cependant, on ne peut s\u2019empêcher aussi de penser, au fond de soi-même, qu\u2019il y a en cause tant de facteurs que l\u2019idéal proposé ne sera pas facile à atteindre dans tous les milieux.C\u2019est la réflexion que me faisaient, après la première, un commissaire et sa femme, parents de sept enfants; une dame commissaire d\u2019expérience corroborait leur témoigna-ge.Affirmer que l\u2019idéal est difficile à atteindre, ce n\u2019est pas démissionner.C\u2019est simplement reconnaître que le souci d\u2019efficacité et de productivité doit s\u2019allier à un continuel souci de l'humain, selon la remarque d\u2019un commissaire au cours de la clinique scolaire.C\u2019est aussi rappeler que seul un effort concerté rendra possible de relever l\u2019indiscutable défi d\u2019une éducation vraiment adaptée aux besoins de tous.Les commissaires, regroupés, entendent faire leur part.Peut-on les en blâmer ?Message à l'Afrique À la demande des délégués africains au synode des évêques, Paul VI adressait, le 31 octobre, un message à l\u2019Afrique, \u201cun message d\u2019optimisme et d\u2019espoir\u201d, selon l\u2019expression même d\u2019un grand journal de Dakar.On y trouve une sorte de prolongement de l\u2019encyclique sur \u201cle développement des peuples\u201d (26 mars 1967), des applications aux pays africains, un vibrant appel à la coopération de tous aux tâches présentes.Impossible de résumer en quelques lignes un document si riche, où il est tour à tour question des antiques gloires chrétiennes, du respect des autres églises chrétiennes et de l\u2019Islam, des valeurs traditionnelles, de la discrimination raciale, des problèmes multiples posés par l\u2019indépendance et le développement des divers pays, des responsabilités qui incombent aux diverses catégories de personnes .Contentons-nous de souligner quelques caractéristiques de ce message: son réalisme, son harmonie entre la tradition et le progrès, son sens des responsabilités.Paul VI fait preuve d\u2019une remarquable connaissance de l\u2019Afrique et d\u2019un sens pratique non moins grand.Sans taire les violences et les désordres qui ont lieu en certaines régions, le Pape reconnaît le fait de l\u2019indépendance politique.Tous les problèmes ne sont pas réglés pour autant.L\u2019Afrique en pleine évolution reste fragile.Il s\u2019agit maintenant d\u2019organiser, de consolider, de faire participer tout le monde au développement économique et social.Tous les chrétiens, tous les croyants, toutes les bonnes volontés, sans aucune distinction, doivent coopérer dans la recherche du bien commun.Le Pape n\u2019ignore pas les troubles qui déchirent certains États.Il a conscience des dangers que peut comporter l\u2019aide extérieure.Raison de plus pour travailler ensemble dans le respect mutuel, le dialogue, la collaboration fraternelle.Si \u201cle développement est un problème urgent et de dimension mondiale\u201d, il faut les moyens voulus et les compétences techniques pour le réaliser.En Afrique, deux objectifs fondamentaux sont l\u2019alphabétisation et la modernisation de l\u2019agriculture.On peut souhaiter \u201cla création du Fonds mondial, qui serait l\u2019expression et l\u2019instrument de la collaboration mondiale\u201d, mais les peuples doivent \u201cdevenir eux-mêmes les artisans de leur destin\u201d.L\u2019Afrique a ses valeurs traditionnelles: vision spirituelle de la vie, sens de la personne, de la famille, de la vie communautaire .L\u2019Église y voit \u201cla base providentielle pour la transmission du Message évangélique et pour la construction de la nouvelle société dans le Christ\u201d; encore faut-il que la signification et l\u2019expression en soient renouvelées au contact du christianisme et de la civilisation moderne.La fidélité aux traditions ne signifie pas stagnation et refus du progrès, mais choix des vraies valeurs et poursuite des vrais biens.Ainsi les nouvelles formes de vie jailliront de tout ce que l\u2019ancien et le nouveau offrent de bon et les jeunes générations auront \u201cun patrimoine d\u2019une valeur approuvée et toujours actuelle\u201d.Il y a tant à faire dans la construction de l\u2019Afrique nouvelle, que toutes les forces sont requises, aussi bien celles des instituts missionnaires et des étrangers que celle des autochtones .Aux responsables de prendre conscience de leurs obligations, chacun dans sa sphère d\u2019action.L\u2019Église et l\u2019Afrique lancent un appel pressant à l\u2019unité, à la coopération, à l\u2019amour fraternel.Le salut du Christ retentit toujours, comme une bénédiction: \u201cQue la paix soit au milieu de vous !\u201d Que ce message d\u2019optimisme et d\u2019espoir aille droit au cœur des Africains, qu\u2019ils y découvrent les encouragements providentiels, cela va de soi.Les Canadiens, eux, y verront-ils une invitation du Seigneur à pousser au large, vers ce continent africain où tant de belles tâches les attendent ?Comment ne pas le souhaiter ?Jean Bouchard, S.J.Directeur du Centre d\u2019Étude et de Coopération Internationale 1961 est, rue Rachel, Montréal 34.JANVIER 1968 13 L\u2019AVILISSEMENT DE Claire Campbell * LA FEMME \u201cNous sommes attristé à la pensée de toutes ces manifestations de la vie moderne où la femme apparaît comme déchue de la noblesse spirituelle et morale que lui avaient value l\u2019amélioration des mœurs et son élévation à la vocation chrétienne, comme rabaissée au niveau de l\u2019indifférence morale et, souvent même, de la licence païenne.\u201d PAUL VI Les journaux nous apprenaient récemment que le cinéaste suédois Vilgot Sjoeman, élève du célèbre Ingmar Bergman, avait réussi un film dans lequel l\u2019acte sexuel était exhibé et que ce film avait été autorisé par la censure de Suède.Cette nouvelle m\u2019a complètement chavirée ! A travers les mots banals je percevais un esclavage totalement avilissant pour la femme.Je fus plongée dans un abîme indescriptible.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019on est à faire au corps et à l\u2019âme de la femme ?N\u2019est-il pas pitoyable et tragique de la voir devenue esclave de l\u2019exploitation capitaliste de l\u2019érotisme ?Où allons-nous ?Est-ce le commencement de la désintégration de la femme ?Est-ce la décadence de notre humanité ?\u201cIl n\u2019y a plus désormais ni bien ni mal et personne ne m\u2019en impose, puisque je suis un homme\u201d.Cette vanterie d\u2019Oreste en face de Jupiter, dans les Mouches de Jean-Paul Sartre, résume l\u2019émancipation de l\u2019homme moderne.Dostoievsky a écrit que les hommes, un jour, diraient qu\u2019il n\u2019y a point de crime, point de péché, point de faute, qu\u2019il n\u2019y a que la faim; ils viendraient crier et quémander à nos pieds: \u201cdonnez-nous du pain\u201d.Plus rien ne comptera que l\u2019économique.Un moment je fus perdue dans le labyrinthe d\u2019idées que suscitaient en moi tant de belles choses que j\u2019avais lues sur la femme, l\u2019attribution à leurs auteurs me semblant peu importante.\u201cLa femme n\u2019a-t-elle pas sa manière à elle de vivre, de réfléchir, de sentir et d\u2019aimer ?Parce qu\u2019elle donne la vie, parce qu\u2019elle participe aux grands cycles de la nature, son être est fragile.De cette fragilité qui rend la femme intuitive, réceptive.Et si.fidèle à elle-même, à sa nature profonde, elle intensifie son attention au monde, si elle est libre de toute mesqui- * Mère de famille.nerie, de toute vulgarité, si elle vit et n\u2019est pas \u201cvécue\u201d, elle atteint une infinie profondeur.Elle donne alors au monde la tendresse, elle donne à l\u2019homme des racines et la fidélité.La féminité n\u2019est décidément pas un jeu.Elle n\u2019est pas féline.Elle est délicatesse, grâce, profondeur; elle est charme et tendresse; elle est force et abandon.\u201d \u201cLa vocation de la femme est enracinée dans son être et dans sa nature.Elle est faite pour recevoir l\u2019amour et donner la vie, dans sa chair, dans son cœur, dans son esprit, dans son âme même où tout s\u2019unifie\u201d.\u201cPlus une femme est femme plus elle est sainte\u201d.\u201cLa femme vit par son cœur et dans son cœur, portant ses tendresses avec el e partout où elle se trouve\u201d.\u201cTu es comme une lampe allumée et là où tu es, il fait clair\u201d.\u201cTout ce qu\u2019elle accueil'e au plus profond d\u2019elle-même, dans l\u2019amour, l\u2019amitié, l\u2019affection, elle le fait mûrir, elle lui donne le meilleur de sa vie.Et c\u2019est ainsi qu\u2019elle est la mère des vivants\u201d.\u201cLes bouleversements des mœurs et des conditions d\u2019existence n\u2019y font rien; pour le meilleur et pour le pire, vous restez filles d\u2019Eve.Eve adorable et terrible, capable d\u2019arracher l\u2019homme à sa solitude, de lui donner un centre, un amour, une famille, mais aussi de l\u2019arracher à lui-même, de le projeter tour à tour dans la lumière du grand amour ou dans la nuit du vice et de la tentation.Ce n\u2019est pas la femme qui mène le monde; à tous les postes de commande on trouve des hommes.Mais ce sont les femmes qui mènent les hommes et qui, en dernier ressort, font de la terre, à leur gré, une maison ou un taudis\u201d.\u201cCette âme dont le monde a besoin pour s\u2019équilibrer, tirer partie de ses merveilleuses richesses, c\u2019est la vôtre, c\u2019est la mienne, c\u2019est celle de toutes les femmes.Vous le savez bien, c\u2019est à nous aussi que Dieu a donné le monde à construire, en lui apportant notre \u201cgénie personnel\u201d, le sens de l\u2019humain, du spirituel, de la valeur individuelle de chaque être\u201d.\u201cDans le grand drame du monde actuel, écartelé semble-t-il entre le matériel et le spirituel, peut-être est-ce l\u2019heure de la femme qui sonne à la grande horloge du destin.Elle doit maintenir l\u2019idéal, la foi dans les valeurs spirituelles, la bonté, l\u2019amour; entretenir en el'e et par elle cette grande faim de l\u2019espérance chrétienne et du secours rédempteur de Dieu\u201d.\u201cSi les femmes ont produit si peu d\u2019œuvres valables tout au long des siècles, n\u2019est-ce pas simplement parce que toutes leurs facu'tés créatrices ont été requises par l\u2019élaboration de cette œuvre obscure: un homme ?\u201d Revenant à cette nouvelle de Suède, je me suis demandée si cette belle créature de Dieu retournait dans les ténèbres.Est-ce le néant qui désormais la guettera puisqu\u2019elle semble avoir perdu toute dignité féminine ?Nul ne peut renoncer à sa dignité de personne comme nul ne peut s\u2019enlever la vie.Quelle ironie ! Jamais dans notre histoire n\u2019a-t-on autant parlé de la liberté de la femme, et la voici, sur un écran de cinéma, esclave dans la plus grande force du mot ! Simone de Beauvoir affirmait qu\u2019il y a dix mille façons de vivre sa condition de femme.Le cinéaste Sjoeman y aide-t-il la femme, peut-on se demander avec angoisse ?La romancière de renom Han Suyin disait cette année que l\u2019émancipation de la femme était loin d\u2019être accomplie.Corollairement, le philosophe hédoniste de renom \u201cPlayboy\u201d, Hugh Hefner, disait avoir beaucoup contribué à l\u2019émancipation de la femme en Amérique.Or, on n\u2019a qu\u2019à faire une étude très superficielle de certaines revues féminines à grand tirage et de nombreux films pour s\u2019apercevoir des conséquences désastreuses de cette émancipation devenue quasi incontrôlable.Quelle douloureuse constatation pour ceux qui, comme Baudelaire, croient encore que \u201cla femme projette la lumière\u201d ! La femme, source mystérieuse de la vie, génie de l\u2019amour, est faite pour aimer, pour recevoir l\u2019amour.Et la voici sur un écran de cinéma, victime de sa hantise pour la liberté, se dégradant aux yeux du monde.Un autre brouillard s\u2019est abaissé sur elle; le 14 RELATIONS temps s\u2019assombrit davantage.Quel drame pour l\u2019humanité ! Un des censeurs suédois a osé dire: \u201cCe film est profondément moral et je le crois plein de sens.Il démontre à nos jeunes l\u2019importance de la protestation.C\u2019est aussi un film qui allie l\u2019unité de l\u2019art à l\u2019engagement moral\u201d.Quels propos ! Quels étranges désirs ! Et quel climat de sensualité et de cynisme ! Tout l\u2019étalage de la pure sensualité.La fusion des corps sur un écran de cinéma ! Comment y reconnaître le sens sublime de cet acte qui doit être la communion de deux personnes, corps et âme, chair et esprit, communication de tout soi-même à l\u2019autre dans le respect de la personne et de l\u2019amour qu\u2019il exprime ?L\u2019intimité est une composante essentielle de l\u2019amour.Comment ne pas être profondément bouleversé lorsqu\u2019on sait que cet acte doit transcender tout ce qu\u2019il y a d\u2019érotique et devenir un renouvellement, une transformation des personnes ?Et que devient alors le secret le plus intime de notre humanité, cette force créatrice où elle découvre sa grandeur, quand deux corps impudemment se fusionnent sur un écran?Thomas Merton écrit: \u201cLe malheur de l\u2019homme semble avoir grandi dans la mesure même où il domine le monde\u201d.La femme moderne est-elle donc devenue la victime d\u2019une illusion ?En est-elle à tuer l\u2019amour comme le fit Jean-Paul Sartre dans ses relations aberrantes avec Simone de Beauvoir?Celle-ci a écrit: \u201cUne femme qui se dépense, qui a des responsabilités, qui connaît l\u2019âpreté de la lutte contre les résistances du monde, a besoin, comme le mâle, non seulement d\u2019assouvir ses désirs physiques mais de connaître la détente, la diversion qu\u2019apportent d\u2019heureuses aventures sexuelles\u201d.{\u201cLe deuxième Sexe\u201d).N\u2019est-il pas paradoxal qu\u2019on prétende travailler à la promotion de la femme quand on travaille à la détruire ?Comment parler de la liberté de la femme et non de son avilissement quand on l\u2019exhibe sur un écran complètement dénuée de sa dignité féminine et qu\u2019en certains pays \u201cavancés\u201d, au Japon, par exemple, on fait réclame à l\u2019avortement thérapeutique dans les gares, aux arrêts d\u2019autobus et même sur les poteaux du téléphone (Scarboro Missions, Nov.1967).Simone de Beauvoir dit de l\u2019avortement: \u201cC\u2019est un phénomène si répandu qu\u2019il faut le considérer comme un des risques normaux impliqués par la condition féminine\u201d.{Ibid).\u201cLe principe du mariage est obscène parce qu\u2019il transforme en droits et en devoirs un échange qui doit être fondé sur un élan spontané.Réclamer de deux époux liés par des intérêts pratiques, sociaux et moraux, que, tout au long de leur vie, ils se dispensent la volup.é est une pure absurdité\u201d.Quel être grotesque deviendrait la femme et quel portrait haineux elle projetterait d\u2019elle-même si les idées de Simone de Beauvoir prenaient forme ! On s\u2019amuse à relever certaines paroles de saint Thomas d\u2019Aquin sur la femme.Eh bien, Simone de Beauvoir et des femmes écrivains (même de notre milieu) nous étalent de la femme une image affreuse, pour ne pas dire terrifiante .! Le docteur Karl Stern, psychiatre et écrivain de renom, écrit dans son livre Flight from Woman : \u201cAucun des vieux textes les plus myso-gynes n\u2019impliquent un aussi complet avilissement de la femme que Le deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, (\u201cnotre bible\u201d pourtant, nous ont dit des femmes de chez-nous dans Châtelaine, avril 1964).Ce qui commença dans le féminisme par un mouvement de libération finira forcément par un esclavage pire que le premier\u201d.Ce nouvel esclavage n\u2019a-t-il pas commencé ?La femme aujourd\u2019hui semble vivre dans un état qui frise l\u2019hystérie.Elle se laisse engouffrer dans le tourbillon des fausses idées préconisées par les revues populaires et autres \u201cmedia\u201d.Elle montre de toute manière qu\u2019elle est dépassée par les réalités de l\u2019existence.La mode, par exemple, reflète son inquiétude très profonde.Si vraiment la mode a des rapports avec la vie physique, morale et sociale de chaque époque, on peut aujourd\u2019hui se poser bien des questions.La femme \u201cmoderne\u201d suit scrupuleusement la mode laquelle, dit-on, est un indice de la nouvelle liberté de la femme ! Or, de Rudi Gernreich et Geoffrey Beene des États-Unis à Michel de Lacour de France, une gamme infinie de variations frénétiques dénotent chez un grand nombre de couturiers l\u2019absence totale de respect pour la dignité de la femme.A voir leurs créations, on peut se demander où est l\u2019art dans le vêtement ! On s\u2019amuse à l\u2019habiller ou à la déshabiller, à la pré- senter comme une petite fille toute naïve ou une gamine ou une femme fatale.Des bottes de hussard à la minijupe ! La mode devient de plus en plus ridicule; par moments on peut se demander si le goût propre à la femme dans la façon de se vêtir va s\u2019éteindre.Geoffrey Beene disait récemment: \u201cÇa m\u2019est bien égal, mes clientes.Tout ce que je veux c\u2019est de m\u2019amuser\u201d {Time Magazine, Dec.1/ 67).Et que dire de la réclame qui exhibe le corps de la femme pour des annonces stupides.Pas la peine d\u2019en dresser la liste; les enfants de l\u2019école primaire la connaissent mieux que les dates importantes de l\u2019histoire du Canada.Des revues et des journaux à tendances pornographiques sont là-dessus en concurrence.Ce corps, qui a inspiré Rubens, Renoir et tant d\u2019autres, sert de thèmes malsains et toujours de mauvais goût à des \u201cprofessionnels\u201d sans scrupules.Leurs photos provoquantes font les délices pernicieuses de jeunes et de moins jeunes.La vague montante d\u2019imprimés malsains nous inonde.Les cinéastes à leur tour emploient leurs talents de plus en plus à des films qui déshumanisent.Des scènes d\u2019exhibitionnisme, une exploitation sordide d\u2019effets suggestifs, des manifestations d\u2019érotisme souvent vulgaire ravagent la dignité de la femme.L\u2019indice le plus frappant de l\u2019avilissement de la femme en Amérique du Nord me paraît être dans ces poupées de malheur, \u201cbunnies\u201d, qui se répandent.Dans un costume qui ridiculise la femme au suprême degré, elles nourrissent la sensualité, la passion, le malheur.Les voyeurs qui s\u2019en repaissent sont tourmentés, torturés par une étrange volupté.L\u2019affligeant spectacle: la femme, l\u2019inspiratrice de l\u2019amour et de l\u2019idéal, devenue ensorceleuse dans l\u2019abandon de tout ce qui faisait sa noblesse ! À ces formes que prend l\u2019exploitation de la femme l\u2019on pourrait ajouter \u201cla pilule\u201d.En effet, en Allemagne, un propriétaire de cabarets \u201cstrip-tease\u201d se plaint que les affaires vont mal à cause de la \u201cpilule\u201d.Les femmes maintenant, dit-il, se donnent tel'ement librement que les hommes n\u2019ont pas besoin de spectacles.Quel commentaire sur notre beau monde ! JANVIER 1968 15 Un journaliste américain soulignait récemment que notre société sera dorénavant une société du plaisir (The Pleasure Society).Il s\u2019inquiète à la pensée qu\u2019il pourrait s\u2019ensuivre une ère de violence puisqu\u2019il n\u2019y aura plus de maîtrise de soi.Est-il trop tard pour nous demander quelle vision projettera la femme dans cette nouvelle société ?Et quelle sera sa destinée dans ce nouveau contexte du plaisir ?Nous assistons à l\u2019abandon total des valeurs morales.Lorsqu\u2019on voit sur la page-couverture d\u2019une revue ayant un des plus grands tirages en Amérique, ESQUIRE, février 1967, la figure désabusée d\u2019une belle jeune fille dont le corps est dans une poubelle avec cette légende: \u201cFinie à 21 ans\u201d, on peut se demander comment cette femme pourra plus tard faire valoir ses droits.La femme qui renonce à sa dignité mérite-t-elle d\u2019être prise au sérieux ?Il est déconcertant que la femme qui a travaillé si fort à son émancipation socio-économique n\u2019ait pas, aujourd\u2019hui, la fierté et le courage de travailler aussi fort à sauver l\u2019image de sa vraie féminité.\u201cCe n\u2019est pas à l\u2019homme, c\u2019est à la femme qu\u2019il appartient de sauver l\u2019image menacée de la féminité\u201d (Gertrude von LeFort).Personnellement, je trouve absolument pathétique la figure que projette la femme \u201cmoderne\u201d de notre continent.A part son avilissement, elle devient prisonnière de l\u2019économique.En effet, on ne considère plus qu\u2019elle a une âme et un cœur.Feu Théo Chentrier, psychologue bien connu en notre milieu, raconta un jour, sur les ondes de Radio-Canada, qu\u2019à sa question: \u201cQuelle est la qualité que vous admirez le plus chez votre fiancée ?\u201d, un jeune homme lui avait répondu avec une spontanéité renversante: \u201cLes 85 dollars par semaine qu\u2019elle contribuera au budget\u201d.Voilà pour la femme une forme d\u2019esclavage ! Et son âme et son cœur ?Est-il bien vrai que \u201cplus rien ne comptera que l\u2019économique\u201d (Dostoievsky)?Bien des problèmes qui assaillent maintenant la femme en Amérique sont des réalités profondes qu\u2019on ne peut nier.Il n\u2019est pas de ma compétence de discourir sur le nouveau contexte social qui a donné naissance à ces problèmes.Cependant, lorsqu\u2019on regarde les dessins de Thurber, on ne peut s\u2019empêcher de parler de non-sens: avec une exagération comique, il exprime la terreur de l\u2019homme devant la femme en Amérique.11 me semble tragique pour la femme qu\u2019en travaillant à s\u2019insérer dans un univers masculin elle ait fait violence à tout ce que représentent la sexualité et la dignité féminines, et, de plus, qu\u2019elle semble inconsciente des griffes de l\u2019économique qui la guettent constamment.A quand donc la protestation vigoureuse et la lutte acharnée contre tout ce qui l\u2019avilit et la réduit à l\u2019état d\u2019un simple pouvoir d\u2019achat ?Cela me paraît tout aussi urgent que de vouloir expurger certains mots sur la femme d\u2019anciens textes religieux ! T anvier ramène chaque année la Semaine de prière universelle pour * l\u2019unité chrétienne.Du 18 au 25, à travers le monde, montera vers Dieu la pressante supplication \u201cpour l\u2019Unité des Chrétiens, telle que Tu la veux, par les moyens que Tu veux\u201d.Mystérieuses sont les voies du Seigneur: l\u2019Esprit souffle où il veut.Nous avons eu nettement l\u2019impression d\u2019être dans la mouvance de cet Esprit en participant, du 4 au 6 décembre 1967, à la première consultation nationale du Conseil Canadien des Églises avec la Conférence Catholique Canadienne.Un bond en avant Depuis nombre d\u2019années des Chrétiens de toutes dénominations prient occasionnellement ensemble au Canada et, en maints endroits, poursuivent un dialogue fraternel.L\u2019unité réalisée au- * Membre du Secrétariat national d\u2019œcuménisme, section française.Écoutons plutôt Jean Bancal: Le Chemin des Hommes : \u201cMon Dieu, protégez-moi du laissez-aller, Du laissez-faire, du laissez-taire, Du laissez-vivre, du laissez-tuer, Et de cette passivité qui reste passive Par peur d\u2019agir et de souffrir.\u201cC\u2019est tellement facile de laisser tout couler, De laisser s\u2019écouler la vie comme du sable, Et d\u2019accuser les circonstances, Et de maudire les faits, Et de charger les êtres.\u201cC\u2019est tellement plus simple de se ressentir las, Las de tout, las de rien, Fatigué de sa propre fatigue, Et vidé de son vrai néant.\u201d 5389, rue Earnscliffe, Montréal.tour du Pavillon Chrétien de l\u2019Exposition Universelle de 1967 fut le fruit de ces prières et de ce dialogue.Mais cette première consultation au plan national qui vient d\u2019avoir lieu marque sans contredit un immense pas en avant.Le Conseil Canadien des Églises, en effet, groupe la presque totalité des Chrétiens de notre pays qui ne relèvent pas de l\u2019Église catholique romaine, y compris nos frères Orthodoxes.Une trentaine de délégués représentaient le Conseil dont le Rév.R.S.Dunn, de Toronto, qui présida la consultation.Les Catholiques romains avaient confié à leur Secrétariat national d\u2019œcuménisme de choisir une vingtaine de délégués.Ce Secrétariat national a une section d\u2019expression anglaise à Toronto et une d\u2019expression française à Montréal.Les Pères John Keating, C.Sp.et Irénée Beaubien, S.J.en sont les directeurs et eurent leur large part dans la préparation de la consultation nationale.LES ÉGLISES DU CANADA EN QUÊTE D'UNITÉ CHRÉTIENNE Stéphane Valiquette, S.J.* 16 RELATIONS Mission chrétienne d'aujourd\u2019hui Il fallait d\u2019abord définir la mission de l\u2019Église dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Le Dr.T.E.F.Honey, pasteur canadien attaché au Conseil Oecuménique des Églises de New York, et M.Tony Walsh, directeur-fondateur de la Maison Benoît-Labre de Montréal, présentèrent des considérations qui amorcèrent les discussions en équipes.Ensuite le P.Gilles Langevin, S.J., professeur de théologie, et le Dr Wilfrid Butcher, ci-devant secrétaire du Conseil Canadien des Églises, indiquèrent plusieurs facteurs qui paralysent l\u2019action chrétienne commune que réclament avec insistance les laïcs engagés dans des activités où ne jouent plus les querelles religieuses et l\u2019esprit de clocher.Enfin les possibilités de rapprochement furent explorées par le P.Edmund Roche, directeur de l\u2019Office d\u2019Éducation de la Conférence Catholique Canadienne, et par Monseigneur E.S.Reed, évêque anglican d\u2019Ottawa.Ainsi, par dessus leurs divisions théologiques et structurales, les Églises chrétiennes réussissent déjà à concerter leur action.Lors de la famine de 1966 en Inde, une organisation unique de secours fut créée par les agences catholiques, protestantes et civiles.Il semble que le Canada reverra la même collaboration pour tous les fonds de secours destinés au tiers-monde.Au Malawi, les hôpitaux catholiques et protestants se sont fondus en une seule organisation avec un coordinateur médical.En notre pays, des gestes communs dans des domaines divers ont été posés: dans l\u2019action caritative, les campagnes conjointes d\u2019œuvres de bienfaisance; dans dans l\u2019action syndicale, les confédérations d\u2019unions ouvrières; dans l\u2019action sociale, les représentations faites au Parlement lors de l\u2019étude d\u2019une nouvelle loi canadienne sur le divorce, représentations qui se sont avérées efficaces puisque plusieurs des recommandations ont été incorporées dans la future législation.Il reste que beaucoup plus vaste encore est le domaine où les forces des Chrétiens demeurent dispersées et où le scandale de leurs divisions retarde l\u2019avènement du Royaume qu\u2019ils ont mission d\u2019instaurer.Ce morcellement du Peuple de Dieu risque d\u2019affaiblir sensiblement le témoignage de ce dernier dans un monde balayé par un vent de sécularisation.Les jeunes, peu sensibilisés aux valeurs institutionnelles, ne veulent point s\u2019attarder, dans leur hâte d\u2019engagement, aux distinctions théologiques qui leur paraissent surannées et à travers lesquelles ils perçoivent mal le langage prophétique de l\u2019Église.En quête d\u2019unité chrétienne Les délégués à la Consultation nationale ont donc décidé de recommander au Conseil Canadien des Églises et à la Conférence Catholique Canadienne l\u2019établissement d\u2019un groupe mixte de travail semblable à celui formé en 1965 par le Conseil œcuménique des Églises et le Secrétariat pour l\u2019Unité (il tenait sa sixième session au début de décembre 1967).Les deux organismes canadiens nommeraient chacun un co-président et six membres parmi lesquels laïcs et jeunes auraient leur juste représentation.A ce groupe mixte de travail reviendrait d\u2019examiner les formes possibles de rapprochement et d\u2019action commune.Par exemple: l\u2019opportunité d\u2019une cérémonie de culte commune en certaines occasions, un témoignage com- mun en certains grands jours chrétiens.Maintenant que les Chrétiens s\u2019entendent sur un texte commun de la Bible, n\u2019y aurait-il pas lieu qu\u2019ils proclament ensemble, par la presse, la radio et la télévision, la Parole de Dieu, qu\u2019ils l\u2019interprètent, en montrent l\u2019application à la vie quotidienne ?Les Chrétiens ne pourraient-ils pas s\u2019en-tr\u2019aider efficacement dans les services de préparation à la vie, au mariage ?En particulier dans les petites villes où chaque dénomination religieuse n\u2019a pas la clientèle et le personnel suffisants pour organiser seule de tels services ?Présentes sur les campus universitaires, les Églises chrétiennes voient souvent leur rôle mis en question et minimisé.Y aurait-il moyen de rassembler nos vues et nos forces pour christianiser cette portion de plus en plus considérable de notre population canadienne dont l\u2019influence demain sur notre société sera prépondérante ?N\u2019est-il pas temps que les Chrétiens du Canada réexaminent sérieusement leurs relations avec leurs concitoyens juifs et établissent les conditions d\u2019un dialogue véritablement fraternel ?\u201cIl y aura toujours des pauvres parmi nous\u201d (Marc 14, 7).Cette parole du Maître prend une acuité troublante à mesure que, débordant nos frontières où ne manquent pourtant pas les déshérités, nous découvrons la misère humaine à la dimension du globe.Cette portion de l\u2019humanité a reçu les prédilections du Christ qui jugera ceux qui se réclament de Lui sur leurs attitudes à l\u2019égard de leurs frères souffrants.Les délégués à cette consultation nationale entre Chrétiens devaient s\u2019interroger sur la manière dont chaque Église s\u2019acquitte de son rôle de servante des pauvres.D\u2019autant, comme le notait M.Tony Walsh, que cette communion à l\u2019inquiétude et à l\u2019insé- Ameublement et accessoires de bureau ROSAIRE DESNOYERS, PRÉS.261 est, rue Craig, Montréal \u2014 861-9879 JANVIER 1968 17 curité des démunis ramène nombre de Chrétiens au véritable esprit évangélique et les libère de l\u2019embourgeoisement dans lequel certaines structures ecclésiales les entretiennent.Unité chrétienne et unité canadienne Le Peuple de Dieu, pèlerin de l\u2019éternité, chemine sur la terre des hommes dont il doit épouser non seulement les triomphes et les joies mais aussi les anxiétés et les peines.Dans cette optique d\u2019un christianisme engagé la Consultation nationale ne pouvait éviter la brûlante question des tensions entre anglophones et francophones canadiens, tensions qui menacent l\u2019avenir même de la Confédération.Les délé- gués prêchèrent par l\u2019exemple en établissant un dialogue bilingue tout le long de leurs échanges, y inclus même les moments de prière et de dévotion.Ils convinrent que les Églises chrétiennes devaient se pencher sérieusement sur la situation critique de l\u2019unité canadienne.L\u2019Église ne peut s\u2019identifier à un parti politique ni s\u2019immiscer dans les affaires temporelles qui relèvent proprement des laïcs.Mais elle doit former ses ressortissants à la justice, au respect des personnes et des cultures.Dans la conjoncture sociale et politique de notre pays, des Chrétiens animés d\u2019un véritable esprit œcuménique avec son ouverture sur autrui, ses exigences de vérité dans la charité, pourraient jouer un rôle décisif.Le pape Jean XXIII a rappelé qu\u2019il n\u2019y aura d\u2019unité chrétienne que si elle est d\u2019abord préparée par une conversion des cœurs.Dans cet esprit les délégués participant à cette Consultation nationale ont souvent et longuement prié ensemble pour demander à Dieu pardon de leurs dissensions et l\u2019humilité qui rapproche les frères.Ils se sont rappelés à l\u2019occasion d\u2019une méditation sur la Prière sacerdotale (saint Jean, chap.17), que la grâce du Christ atteint ses fidèles dans leur unité et non dans leurs divisions.La seule unité possible entre Chrétiens est celle qui amoureusement les relie dans le Fils au Père; c\u2019est en elle seulement que peuvent se résoudre toutes nos tensions humaines.CINÉMA \u201cPERSONA\u201d: Quand le visage supplée à la parole La dernière séquence du vingt-j sixième film d\u2019Ingmar Bergman, \u201cPersona\u201d, nous confirmait dans la conviction que pour lui le dialogue est, d\u2019une part, impossible entre les hommes et, d\u2019autre part, absolument nécessaire pour leur survie physique et psychologique.Notre réalisateur a filmé la pellicule de cinéma passant dans un projecteur; l\u2019image de la pellicule brûle, et l\u2019équipe de tournage apparaît.Par cette finale, Bergman ne dialogue pas avec nous.Au contraire, il nous dit ce qu\u2019il faut penser: ce que vous avez vu n\u2019est qu\u2019un film; prenez donc vos distances par rapport à lui et ne soyez pas dupes des images, car les acteurs qui ont vécu, grâce à vous, sur l\u2019écran ne sont que des \u201cmenteurs\u201d ! Jusqu\u2019ici, \u201cPersona\u201d n\u2019ajoute rien de neuf à ce que l\u2019on connaît déjà de la vision bergmanienne du monde.Les personnages continuent d\u2019être marqués par l\u2019incommunicabilité, l\u2019impossibilité de se connaître et de comprendre les autres.Us sont inexorablement enfermés dans leur solitude et définitivement exploités par les autres.Ici encore, ce n\u2019est pas l\u2019absurde qui intéresse Bergman, mais le désespoir de l\u2019homme aux prises avec la vie.Et pourtant, ce film ne ressemble à aucun autre de Bergman.Participation au \u201cmensonge\u201d \u201cPersona\u201d nous présente deux femmes, d\u2019une véracité et d\u2019une authenticité qui, pour un moment, nous font oublier leur complicité avec Bergman.Elisabeth (Liv Ullmann) est actrice; Alma (Bibi Anderson), une jeune et jolie infirmière de vingt-cinq ans.On apprend que la première lors d\u2019une présentation d\u2019Électre, s\u2019est soudainement tue au milieu de l\u2019une de ses répliques, choisissant ainsi le silence de préférence au mensonge, au théâtre puis dans la vie, préférant la vie amorphe à l\u2019action engagée.Un court séjour à la clinique psychiatrique, où les deux femmes font connaissance, les conduit dans une maison d\u2019été de la Baltique.La convalescence d\u2019Elisabeth s\u2019y poursuivra sous l\u2019œil bienveillant de son infirmière et, grâce à cette attention soutenue d\u2019Alma, l\u2019actrice reprendra goût à l\u2019action, à la lecture, aux randonnées dans les bois et sur les plages; à tout, sauf à parler.Comme si, une fois qu\u2019on a jeté le masque, qu\u2019on a refusé de mentir, de feindre, le silence apparaissait la seule attitude possible, hormis la mort.Car si tout dialogue nécessite absolument une parole mutuelle, un échange de mots, ces deux femmes, pour Bergman, ne pourront jamais communiquer, échanger leur isolement et leur désespoir; elles exigeront toujours un complément, une explicitation, une parole supplémentaire, et celle-ci ne viendra jamais.Mais voilà, Alma ne comprend rien à un langage qui n\u2019est pas parole.Aussi, devant le silence de sa compagne, pour combler le vide de leur vie commune, l\u2019infirmière parle beaucoup trop, se raconte, confie ses pensées les plus secrètes.La patiente se tait toujours.Elisabeth réalise même la supériorité de son mutisme et se met, encouragée par la candeur d\u2019Alma, à exploiter le bavardage de son infirmière, à étudier son comportement et à révéler à d\u2019autres le fruit de ses analyses.La crise est à son comble lorsque l\u2019infirmière découvre le jeu de sa compagne et cherche une douce revanche.Elle voudra d\u2019abord l\u2019entendre crier et pleurer sous l\u2019effet d\u2019un morceau de verre brisé qu\u2019elle a laissé sous ses pas: Elisabeth crie, le sang coule, mais continue de se taire.Puis, renonçant à 18 RELATIONS la manière forte, Alma supplie instamment sa compagne de parler, de dire quelque chose, n\u2019importe quoi.Sans résultat.Les deux femmes se rudoieront de la façon la moins féminine; et seul un cri d\u2019épouvante d\u2019Elisabeth: \u201cNon, pas ça !\u201d, à la perspective de recevoir en plein visage une casserole d\u2019eau bouillante, que s\u2019apprête à lui lancer Alma, calmera l\u2019infirmière.Enfin, celle-ci n\u2019obtiendra qu\u2019un mot d\u2019Elisabeth: \u201cRien\u201d, après avoir exploité la cécité du mari de l\u2019actrice, de connivence avec cette dernière.Le jeu est fini: Elisabeth part pour retourner, sans doute, au théâtre et à son mari; Alma, pour retrouver son hôpital et son amant.Personne ne profite de cette expérience.L\u2019éloquence des visages Le piège est dissous: raconter une expérience, c\u2019est toujours dire en deçà ou au-delà de sa vérité.Mais si les mots sont si \u201cmenteurs\u201d, que reste-t-il alors à l\u2019homme pour s\u2019exprimer, une fois qu\u2019il a choisi de se taire ?Berg- Georges-Henri d\u2019Auteuil, S.J.L e t h é A a t r e JANVIER 1968 man répond encore: il reste le visage.Un frémissement physique des narines, du front, des joues; un pincement des lèvres ne peut-il pas nous en apprendre aussi long que n\u2019importe quelle tirade ?Et c\u2019est ici, pour moi, que se manifeste l\u2019art de Bergman.Plus qu\u2019une simple photographie du réel, cet art cherche à saisir le vrai dans cette comédie montée de toutes pièces.Les personnages, ces \u201cmenteurs\u201d par excellence, vont jouer devant nous, feindre des réactions et des sentiments qui sont les nôtres (la folie, l\u2019aliénation, la schizophrénie, l\u2019amour, la haine, etc.).Nous en arrivons à croire que leur jeu n\u2019est pas seulement le LEUR mais aussi le NÔTRE.Cela, sans jouer sur les mots, personne ne le peut mieux que \u201cPersona\u201d.Plus que le contenu du film sur lequel on se dispute, le montage, le découpage, la prise de vue, les gros plans des visages les uns par rapport aux autres resteront.Liv Ullmann, dans le rôle d\u2019Elisabeth la muette, n\u2019a pas besoin de parler.Son visage, tour-à-tour rieur et Le Malentendu L événement avait fait quelque tapage, il y a une dizaine d\u2019années, / lors de la présentation du Malentendu de Camus à la télévision d\u2019État.La reprise de la pièce, sur scène cette fois, au Stella, par le Rideau Vert a passé presque inaperçue, dans une quasi-indifférence.Le sort des modes est très souvent éphémère.Les modes littéraires n\u2019y échappent pas, bien au contraire.Écrite en 1943, en pleine guerre, après la débâcle de la France, le Malentendu, \u2014 l\u2019auteur l\u2019admet \u2014 est une pièce fortement localisée dans le temps, temps d\u2019humiliation, de contrainte, de découragement, temps donc aussi de grand désir de libération à n\u2019importe quel prix.Première raison qui expliquerait un certain manque d\u2019intérêt pour le sujet traité chez des spectateurs aux préoccupations éloignées de celles des personnages de la pièce.effrayé, impassible et attentif, rêveur et détendu, nous charme infiniment.C\u2019est là tout le jeu des nuances des sentiments, aussi expressif que son silence étouffant.Bibi Anderson, l\u2019infirmière, a su se projeter si loin, dans les jeux de physionomie qui correspondent à son état d\u2019âme très changeant, que jamais, peut-être, Bergman n\u2019a réussi un tel mariage de la parole et de l\u2019expression mimique, la première au service de la seconde.Il faut voir et revoir ce \u201cmensonge\u201d de Bergman, pour mieux approfondir le sien et chercher à le surmonter.En scrutant et perçant les mystères du visage, pour lui faire dire la vérité qui se cache sous le masque, \u201cPersona\u201d peut diminuer et ébranler la certitude de chacun d\u2019avoir la bonne, la seule, la vraie marchandise à vendre: la sienne.C\u2019est là que réside l\u2019espoir.Ce ne serait donc pas l\u2019absurde qui intéresse Bergman, mais sous le masque, la vérité des êtres.André Bouchard Loyola College, Montréal, 17/9/67.Une seconde s\u2019y ajoute.Nous sommes saturés de littérature dite de l\u2019absurde; autre mode, conséquence, encore, des épreuves de la dernière guerre et de l\u2019acharnement de plusieurs à essayer de chasser Dieu du monde avec, malheureusement, trop de succès parfois.Or, terriblement absurde, aux yeux de Camus, ce malentendu qui fait qu\u2019un homme, faute de dévoiler son identité, est tué, dans une auberge de village, par sa mère et sa sœur, pour lui voler son argent et ensuite aller vivre heureuses et tranquilles au bord de la mer, sur une plage ensoleillée.Motif mesquin, futile et insensé s\u2019il n\u2019est pas sublimé par Tardent désir d\u2019évasion \u201cd\u2019un pays encerclé et occupé\u201d qui animait l\u2019auteur et les Français à l\u2019époque.L\u2019état d\u2019esprit du spectateur actuel lui fait trouver peu convaincants et l\u2019attitude du fils qui se tait, en dépit du conseil très sage de sa femme de se faire connaître, et le crime sordide de la mère et de la sœur.Il ne prend pas au sérieux ce féroce documentaire.19 Est-ce pour cela que l\u2019interprétation des acteurs a paru assez froide, avec quelque chose de mécanique, de pas assez intégré, comme inséré, dans la peau et le cœur des personnages ?Nous n\u2019avons pas ressenti le frisson tragique.11 est vrai qu\u2019une banale tasse de thé est un bien dérisoire instrument de la fatalité qui se présente, en plus, par une méprise trop fabriquée de Martha! Au fait, une vraie tragédie sans Dieu est-elle possible ?Les Grecs ne le pensaient pas.Une fois de plus, il semble bien qu\u2019ils avaient raison devant l\u2019impuissance de nos négateurs de Dieu à tenir la gageure si souvent promise d\u2019y parvenir.La tâche n\u2019était donc pas facile pour Yvette Brind\u2019Amour, Marthe Thiéry, Françoise Faucher, Gérard Poirier et Loïc le Gouriadec de faire que ce Malentendu soit beaucoup plus qu\u2019un douloureux fait divers.La Promenade du Dimanche Une expérience qui aurait pu être très drôle: un bonimenteur de TV, micro en main, sous l\u2019œil impassible de la caméra, déambulant face aux magasins Dupuis, la veille de Noël et questionnant les chalands: \u201cQue pensez-vous des mythes ?\u201d À une question aussi incongrue, imaginez, un peu, la binette de Madame Une Telle de la rue Wolfe, les mains pleines de paquets enrubannés, avec ses deux ou trois marmots, joufflus et fatigués, accrochés à son manteau de peur de se perdre dans la cohue, et quelle serait la tête du microman (pour employer le français universel), si quelque passant lui répondait à peu près ceci: \u201cAh ben, moé M\u2019sieur, je vas vous dire, un mythe, pour moé, c\u2019est le Dimanche !\u201d \u2014 rencontrant ainsi, paraît-il, l\u2019opinion de Georges Michel, auteur dramatique contemporain.Déclaration surprenante que vous pourrez vérifier et apprécier à votre aise et par vous-mêmes si vous vous rendez au Théâtre de Quat\u2019sous de Paul Buissonneau, où l\u2019on joue la Promenade du Dimanche de ce même Michel.Vous ne rencontrerez peut-être pas de mythes à vous balader à la suite des personnages de l\u2019auteur, une famille ordinaire comme il y en a des centaines qui se promènent le dimanche dans les rues et les parcs de nos villes, affaire de se délasser, se distraire au spectacle des mille et une choses qui arrivent inopinément, de chasser l\u2019ennui peut-être.Il vous sera loisible toutefois de vous amuser des réflexions cocasses, souvent incohérentes et insolites, du Père, et de la Mère, des questions naïves ou stupides du Fils.Vous assisterez aussi à des drames, une sorte de grand guignol en miniature, subis par les promeneurs avec une insouciance et désinvolture étonnantes, qui, en tout cas, retardent à peine la promenade jusqu\u2019à ce qu\u2019il faille bien mettre un point final à la pièce et donc aussi à la promenade.Aucune intrigue, aucun conflit, aucun jeu de passions.Une photographie du va-et-vient des personnes et des choses, un enregistrement sur magnétophone de conversations décousues et sans importance.Du théâtre-vérité.Voilà la Promenade du Dimanche.D\u2019abord, c\u2019est curieux.Puis les mêmes trucs reviennent, c\u2019est moins drôle.L\u2019effet de surprise, ensuite, s\u2019émousse; celui du vide s\u2019accuse.Le comique grinçant, même macabre, comme dans la vie d\u2019ailleurs, gêne enfin, parce qu\u2019il est trop, précisément, à l\u2019image de la vie.Une certaine image de la vie, au reste: triste, mesquine, vulgaire, qui oublie l\u2019autre, sûrement moins porteuse d\u2019éléments dramatiques mais bien réelle toutefois, faite de bonne humeur, de générosité, de courage et d\u2019acceptation raisonnable et sereine.Celle à tout prendre de beaucoup plus d\u2019humains qu\u2019on pense.Cet espèce de film réaliste qu\u2019est la Promenade du Dimanche est particulièrement animé par Pierre Boucher, Jeanine Sutto et Jean-Louis Millette, le Père, la Mère, le Fils.Millette, peut-être un peu grand pour l\u2019âge de son personnage, en incarne cependant avec justesse l\u2019impatience juvénile, les goûts et désirs tournés vers la satisfaction des sens et une teinte de perversité latente.Selon leur habitude Jeanine Sutto et Pierre Boucher expriment avec un naturel désarmant leurs rôles farcis de propos loufoques, de principes abracadabrants, de jugements simplistes et aberrants.Il fallait en fait de solides comédiens pour faire accepter de tels fantoches.Il nous ont préservé de l\u2019ennui qu\u2019aurait pu facilement distiller la pièce de Georges Michel.Nous en avions eu une douloureuse expérience avec les Jouets.L'Équation à deux Inconnus Un autre mot à la mode dans la littérature et spécialement dans les œuvres de nos écrivains c\u2019est: incommunicabilité.Vocable peu élégant, difficile à prononcer sans bafouillement, mais indicatif, prétend-on, d\u2019une réalité fréquemment observée dans le comportement humain et surtout, peut-être, dans le mariage: la difficulté, pour ne pas dire l\u2019impuissance, de se révéler à l\u2019autre.C\u2019est autour de ce terme et de cette réalité que tourne l\u2019action dramatique d'Equation à deux Inconnus, la dernière pièce de Marcel Dubé que l\u2019Egré-gore vient de créer, dans sa version scénique, au Gesù, avec le concours de Jacques Godin et Isabelle Claude, dans une mise en scène de Robert Rivard.Comme le titre l\u2019indique, souvent ce sont des inconnus, dont la connaissance, au moins n\u2019est pas assez profonde, totale, qui s\u2019épousent.La communauté de vie et l\u2019expérience bientôt dévoilent leurs différences, leurs divergences, comme leurs défauts mutuels, donc le fond vrai de leur personnalité.D\u2019où problèmes, difficiles à résoudre.Tout peut alors éclater.Irrémédiablement parfois.Simples bourrasques souvent, apaisées heureusement par une bonne volonté compréhensive mutuelle, étayée par un amour véritable, plus lucide.De cette seconde solution Équation à deux Inconnus trace les principales données: premiers emballements, union un peu improvisée, déceptions, querelles, séparation, tristesse devant l\u2019échec, recherche objective d\u2019un accord, retrouvaille enfin dans la lumière et la paix et nouveau départ pour une vie plus consciente.Cette pièce, à mon sens, indique une évolution très importante dans l\u2019œuvre de Dubé dont les personnages d\u2019hier, sauf erreur, ne trouvaient leur accomplissement cjue dans la fuite ou la mort.Ici, dans Équation à deux Inconnus, Patrick et Sophie, fortement ébranlés sans aucun doute, ne se laissent tout de même pas écraser par les événements mais courageusement les surmontent et se haussent au dessus d\u2019eux pour éviter 20 RELATIONS leurs nouvelles atteintes, comme l\u2019avion qui perce au delà des nuages pour voler dans un azur tranquille et baigné de soleil.Grâce à une utilisation habile de la scène tournante du Gesù, les treize tableaux de la pièce se sont facilement enchaînés, sans heurts, maintenant ainsi un rythme rapide comme à la télévision et une bonne continuité des épisodes.Réel avantage, car l\u2019action démarre lentement.C\u2019est verbeux, banal, un bon quart d\u2019heure durant, puis l\u2019intrigue se corse, le conflit s\u2019annonce et l\u2019intérêt s\u2019accroît.Mais l\u2019intensité psychologique n\u2019est pas toujours égale.Les temps forts alternent avec d\u2019autres plus mous, fruit peut-être de la structure fragmentaire de l\u2019œuvre.Equation à deux Inconnus exige beaucoup des deux comédiens chargés de la résoudre.Les deux interprètes dirigés par Rivard s\u2019en sont tirés honorablement.Toutefois, à plusieurs moments, Jacques Godin ne parvenait pas à toucher la note juste.Cela sonnait faux, ou plutôt comme hésitant.Isabelle Claude, jeune comédienne qui fait semble-t-il ses premières armes, a plu par sa simplicité, sa sincérité et parfois atteignant à une belle émotion.Un début très prometteur.Sacrés Fantômes On parle beaucoup ces temps-ci de navigation hivernale sur le Saint-Laurent, de libérer même le chenal jusqu\u2019à Montréal.Dans l\u2019attente de cet heureux événement vous pouvez toujours vous donner l\u2019illusion d\u2019un beau voyage sur les eaux glauques de notre \u201cfleuve géant\u201d.Le bateau rêvé est là qui vous attend au quai McGill.Franchissez la passerelle.Montez sur le pont arrière de \u201cl\u2019Escale\u201d en partance pour \u201cle pays où fleurit l\u2019oranger\u201d.Eh oui ! c\u2019est en Italie que les comédiens de Lionel Villeneuve, bien pilotés par Yvan Canuel, nous convient à la poursuite, non pas de la célèbre mafia sicilienne, mais des Sacrés Fantômes de Eduardo de Filippo.On vous promet:\taventures, petits frissons, gaieté, suivis \u2014 si le voyage vous a creusé l\u2019estomac \u2014 d\u2019un menu spécial d' \u201caprès-théâtre\u201d dans la salle à dîner de \u201cl\u2019Escale\u201d, le tout arrosé de vins de bonnes marques.(Publicité bénévole et désintéressée car j\u2019ai payé mon billet comme tout le monde !) Donc, le cadre de ce nouveau théâtre est fort original et attrayant.La salle proprement dite, logée dans la cale du vaisseau \u2014 un vrai, ingénieusement réaménagé \u2014 peut recevoir près de trois cents spectateurs confortablement accommodés.La scène, petite, semble munie des dispositifs ordinaires appropriés.Et si la crainte des présumés fantômes vous a asséché la gorge, au bar vous trouverez de quoi l\u2019humecter.A vrai dire, pas de crainte à redouter: il n\u2019y a pas de vrais fantômes, seulement des gens qui jouent au fantôme et dont profite, sans y rien comprendre, le brave Pascal que la guigne jusqu\u2019alors avait toujours poursuivi.Pièce sans haut envol ni profonde introspection du cœur humain, Sacrés Fantômes est un divertissement amusant, léger, émouvant un moment ou deux, et qui nous donne, somme toute, une image optimiste de la vie, au contraire de celle de Georges Michel.Du groupe des Comédiens de l\u2019Escale qui ont fait un sort à la comédie de Filippo, dans la version française de Jean Michaud, je détache d\u2019abord Jean Dalmain, un savoureux, sympathique et sincère Pascal et Hélène Loiselle qui, en une Amida négligée par son mari, a fait, de la scène du deuxième acte où elle paraît, le clou de la représentation.Le mouvement d\u2019ensemble de l\u2019action, en fait, manquait de cette chaleur et vivacité, de ce pétillant du tempérament italien.Interprétation trop sage, nordique, pas assez de soleil, ce soleil qui ne se contente pas de \u201cfleurir l\u2019oranger\u201d mais encore fait bouillir les esprits et les cœurs.Anatole Bonnes gens, vous surtout couples unis et heureux dans le mariage, vous vous leurrez étrangement.Anatole le proclame sur tous les tons: l\u2019amour, le grand amour c\u2019est l\u2019amour-passion qu\u2019on ne trouve sûrement pas dans le mariage, ce refuge vulgaire des désabusés, des malchanceux, des impuissants, des imbéciles.Et il connaît cela, lui, Anatole, le \u201cnoceur mélancolique\u201d comme il se nomme lui-même, un viveur prétentieux, ridicule de fatuité, un enjôleur irrésistible, prétend-il, mais que roulent à qui mieux mieux ses victimes qu\u2019il cueille un peu au hasard des plates-bandes les plus banales.Un jo- bard, au fond, qui se gargarise de propos précieux et alambiqués sur l\u2019amour et les femmes et se donne ainsi le change sur son esprit.Alors qu\u2019importe Anatole ?Débar-rassez-nous de cet Anatole.Pas moyen, car Anatole est le personnage central d\u2019une pièce du grand écrivain viennois, Arthur Schnitzler, pièce difficile à classer: satire?étude psychologique?léger vaudeville ?peut-être tout cela à la fois ?et qui s\u2019appelle Anatole.Pièce en six tableaux sans lien commun, six épisodes, (c\u2019est le nom particulier d\u2019un des tableaux) de la vie amoureuse d\u2019Anatole avec six femmes différentes, sous le regard d\u2019une lucidité impitoyable de Max, l\u2019ami d\u2019Anatole.C\u2019est cet étrange Anatole que le Théâtre du Nouveau Monde nous offre en deuxième spectacle de sa nouvelle saison au théâtre Port-Royal, dans une mise en scène de Jean-Louis Roux.Jean Coutu est Anatole.Tout en traitant d\u2019un même thème, l\u2019amour, le personnage de Schnitzler présente une personnalité complexe peu facile à cerner judicieusement dans toutes ses nuances.Coutu est certainement un habile et intelligent comédien et il a fignolé avec finesse les multiples facettes du caractère d\u2019Anatole, sans pouvoir éviter, cependant, le factice et le fabriqué ici et là.Est-ce qu\u2019on a assez dit que Paul Hébert est un grand comédien, un des plus grands de notre théâtre ?Dans le rôle de Max, rôle ingrat, sorte de doublure d\u2019Anatole, nécessaire à celui-ci pour lui permettre de préparer ses entrevues féminines, le jeu raffiné de Paul Hébert a fait merveille.Chacune de ses répliques faisaient mouche, ou presque, non pas seulement par la grâce du texte ironique, caustique ou gouailleur mais aussi par la justesse sans faille du ton chez l\u2019artiste.D\u2019emblée, avec un abattage formidable, dans le personnage de la danseuse Annie, Michelle Rossignol a brillamment emporté le morceau, au troisième tableau: le sommet de la soirée.Les cinq autres caractères féminins servis par une belle brochette de comédiennes de talents ont paru plus pâles, entraînés, semble-t-il dans le sillage agité d\u2019Anatole.C\u2019est une habitude solidement établie de louer les décors et les costumes signés Robert Prévost.Anatole en apporte une justification nouvelle.JANVIER 1968 21 AU FIL DU MOIS Une enquête auprès des jeunes A l\u2019occasion du congrès de pastorale dont nous parlons dans un autre Au fil du mois, il fut abondamment question d\u2019une enquête sociologique de M.Normand Wener.Enquête menée auprès de 849 étudiants de 15 à 21 ans (moyenne d\u2019âge 18-19 ans) en 17 institutions scolaires du diocèse de Montréal; 57% de garçons et 59% du niveau post-secondaire.L\u2019enquête dégage les traits du visage des jeunes; la religion n\u2019y est qu\u2019un des éléments explorés, ce qui permet de la situer par rapport aux autres.Les études constituent leur centre d\u2019intérêt le plus important (81.1%) et la religion apparaît loin derrière (10.9%).Au plan des valeurs, en première p ace viennent le bonheur et l\u2019amitié (90%), en dernière, la religion (30%).Résultats qui, dans l\u2019ensemble, correspondent à la connaissance que donne un contact assidu avec les jeunes.Ce qui étonne dans l\u2019analyse des détails, ce sont, par exemple, la place relativement privilégiée de la famille, l\u2019assistance assez régulière à la messe (60%), la qualité des rapports parents-jeunes, plus satisfaisants que les rapports professeurs-élèves.M.Wener n\u2019a présenté au congrès qu\u2019un rapport préliminaire; il souhaite, semble-t-il, poursuivre l\u2019analyse des données fort riches que lui ont apportées les réponses et il a été suggéré qu\u2019on lui en fournisse les moyens.En particulier, nombre de recoupements des réponses-clés s\u2019imposent qui détermineraient peut-être les modalités selon lesquelles les jeunes vivent les tendances majeures relevées dans la première analyse.Même au plan statistique, l\u2019analyse serait à poursuivre.Ainsi on a établi que les pourcentages de certaines réponses significatives venaient ou de la catégorie masculine ou de la catégorie féminine; il faudrait maintenant déterminer l\u2019influence des catégories d\u2019âges sur les résultats bruts.Une image globale de la classe des 15-21 ans est sans doute utile, mais cette classe est-elle à ce point homogène qu\u2019on n\u2019y puisse discerner des caractéristiques marquées ?La conclusion du rapport de l\u2019enquête en est peut-être la partie la plus intéressante.Un schéma global situe comme à des pôles L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction Imprimeurs Lithographes Studio d'Art 388- 5781\t8125, rue Saint - Laurent Montréal 11, Qué.(I960) lIMIrtl bien distincts et séparés par une profonde brisure, d\u2019une part, amitié et famille, d\u2019autre part, études et religion.C\u2019est dire que la brisure sépare ce qui est perçu comme étant personnalisant ou ne l\u2019étant pas.En conséquence, \u201cla religion semble actuellement placer les jeunes dans un contexte d\u2019aliéna-tion\u201d, tandis que l\u2019amitié comporte la plus grande valeur d\u2019épanouissement.Un schéma complémentaire fait voir comment le jeune, en s\u2019actualisant, tend à s\u2019intégrer dans un Monde en évolution qu\u2019il perçoit \u201ccomme positif et intéressant mais étranger à lui\u201d.Entre le Monde des jeunes, où il vit intensément, et le Monde évolutif, où il aspire à vivre intensément, le jeune rencontre le Monde actuel des Adultes, dont il sait, d\u2019une part, qu\u2019il doit passer par lui (à cause des études, par exemple), et, d\u2019autre part, que ce monde est loin de coïncider avec le Monde évolutif, quant aux valeurs de base.Nous n\u2019avons donné qu\u2019un assez pâle résumé de cette enquête; aussi suggérons-nous à tous ceux qui y seraient intéressés davantage de se procurer le cahier de l\u2019enquête et de l\u2019étudier attentivement.Mieux informés des courants divers qui agitent notre jeunesse, ils seraient plus à même de les aider dans leur recherche de la Vie et de la Vérité.Luc Delorme.Collège Sainte-Marie, Montréal.Un congrès de pastorale L\u2019archidiocèse de Montréal a eu en novembre son \u201cCongrès de Pastorale du Monde étudiant\u201d, dont le thème s\u2019exprimait par ses mots: \u201cVisages de Jeunes, regards d\u2019Eglise\u201d.Le congrès, né des inquiétudes des pasteurs, avait été fermement organisé: appel à de nombreux collaborateurs, recherches et consultations, mécanismes de mise en marche du congrès, etc.Le programme du congrès présentait deux étapes caractéristiques: le rapport d\u2019une enquête sociologique menée en bonne et due forme; elle serait le point de départ à la réflexion des participants; puis, la rencontre des pasteurs et des \u201cpastoralisés\u201d.La réponse à la convocation du congrès fut empressée : aux 300 participants qu\u2019on escomptait s\u2019ajoutèrent près de 300 autres.Cette masse devenait même un risque pour la réussite du congrès.On souhaitait par cette rencontre 1) percevoir le visage actuel du monde étudiant; 2) saisir l\u2019action pastorale telle qu\u2019elle s\u2019exerce dans ce milieu; 3) dégager certains axes pastoraux aujourd\u2019hui valables.La formule de travail était celle de carrefours couronnés par des plénières.L\u2019apport des jeunes y fut appréciable: ils traduisaient en expérience de vie les données de l\u2019enquête, corrigeaient les préjugés des adultes, défendaient l\u2019authenticité de démarches mises en questions.Tous les carrefours ne fonctionnèrent pas également bien et cela se fit sentir à la plénière du premier après-midi.La présence des jeunes désireux de s\u2019exprimer faisait problème, faute d\u2019une technique bien au point.A la reprise après la détente, on choisit de discuter deux questions précises: 1) Les jeunes vivent dans des groupes qu\u2019ils jugent importants.Que sont ces groupes ?2) Jeunes et adultes acceptent-ils qu\u2019il y ait deux mondes ?Veulent-ils, adultes, participer au monde des jeunes ?Veulent-ils, jeunes, que les adultes participent à leur monde ?Pour nous en tenir à la deuxième question, délicate et fondamentale, des réponses opposées furent données, sans qu\u2019on pût vider la question.C\u2019est dommage, elle est capital, les jeunes voient peut-être les adultes vivant parmi eux autrement qu\u2019ils ne sont.D\u2019autre part le congrès voulait déchiffrer le visage des jeunes; l\u2019enquête y aidait mais elle n\u2019a pu être fouillée par l\u2019assemb\u2019ée; les jeunes étaient là pour témoigner de leur jeunesse et apporter une contribution originale.Les adultes ont-ils pris le temps de les écouter à fond ?Malgré les bonnes intentions, les éléments thématiques en présence se sont renversés.De \u201cVisages de Jeunes, regards d\u2019Eglise\u201d, nous sommes passés à: \u201cVisages d\u2019Eglise, regards de jeunes\u201d; les adultes parlaient de la pastorale en leur langage-maison et les jeunes regardaient.Une conférence de M.l\u2019abbé Guy Bélanger clôtura cette journée; il dégagea la signification chrétienne des aspirations des jeunes.Des applaudissements prolongés marquèrent l\u2019approbation de l\u2019assemblée sans exprimer toutefois l\u2019unanimité.Il eût fallu exploiter les résultats formulés par l\u2019enquête, c\u2019était la dernière occasion pour le congrès d\u2019en approfondir le contenu.L\u2019enquête nous confronte à la réalité que voici: la religion, telle qu\u2019elle se présente actuellement aux jeunes ne leur apparaît pas une valeur de vie, elle ne jaillit pas de la vie.C\u2019est une réponse de cet ordre qu\u2019attend \u201ccette foi directe et incisive\u201d des jeunes.En deuxième journée, nous avons été informés, à partir de 18 interviews de prêtres, d\u2019essais de pastorale en milieu étudiant; ils sont nombreux et variés: la Pastorale s\u2019interroge.De la communication faite par M.l\u2019abbé Michel Buron à un panel sur les priorités de la pastorale en milieu étudiant, nous retiendrons ces mots réconfortants: \u201cdevant ces jeunes (.), il y a une option fondamentale à prendre et qui engage tout notre êire: nous devons les accepter incondition-nel'ement.\u201d Ayant précisé les écarts dont il faut nous garder, il invitait à recommencer \u201cavec les jeunes l\u2019expérience de l\u2019Incarnation, l\u2019expérience d\u2019un Seigneur qui veut se révéler à travers des formes nouvelles, dans la richesse d\u2019une humanité sans cesse naissante\u201d.L\u2019objectif du congrès était si vaste et si ardu qu\u2019il ne pouvait d\u2019emblée être atteint.Le congrès aura eu le mérite de nous éveiller et de nous stimuler au dépassement et au travail sérieux.Luc Delorme Collège Sainte-Marie, Montréal.22 RELATIONS Avec ou sans commentaires Les Églises et le divorce On sait que se prépare actuellement à Ottawa un projet de loi tendant à élargir les motifs de divorce.A ce projet déjà les évêques catholiques du Canada ont fait connaître leurs réactions (voir à ce sujet les deux articles de notre rédacteur, le P.Marcotte, dans Relations, mai et octobre 1967).Tout récemment les Eglises chrétiennes faisaient front commun et présentaient un mémoire au ministre fédéral de la Justice (une traduction française a paru dans le Devoir du 30 novembre 1967).Participaient à ce mémoire les organismes suivants: l\u2019Eglise anglicane du Canada (Christian Social Service), la Conférence catholique canadienne (Family Life Bureau), le Conseil luthérien du Canada (Division of Social Services), le Comité central menno-nite (Peace and Service Office), l\u2019Eglise presbytérienne du Canada (Board of Evangelism and Social Action), l\u2019Eglise unie du Canada (Marriage Guidance Council).L\u2019Eglise chrétienne, dit le Mémoire, s\u2019intéresse vivement au mariage ainsi qu\u2019aux relations harmonieuses au sein du foyer.Elle se préoccupe grandement de la question du divorce à cause de ses effets sociaux et des résultats néfastes qui affectent les victimes de mariages brisés.Jusqu\u2019ici la réforme de la loi du divorce a soulevé des divisions parmi les Canadiens, mais, dans le présent mémoire, nous avons réussi à nous mettre d\u2019accord.Nous sentons qu\u2019il existe actuellement au Canada un commun accord sur la nécessité d\u2019une réforme de la législation qui favorisera la mise en place d\u2019équipements sociaux plus adéquats pour régler les troubles de ménages.Ces équipements sociaux devraient aussi prévoir des cours de préparation au mariage mieux adaptés et des équipes de personnes qualifiées pour conseiller ceux qui font face à ces difficultés.Nous insisterons particulièrement pour souligner que ces équipements sociaux sont de la responsabilité directe du gouvernement fédéral et de son Parlement.Les initiatives au niveau fédéral sont primordiales aux autres mesures sociales que voudront mettre en place les gouvernements provinciaux et municipaux, les agences privées, les Eglises, etc.Toute modification de la loi du divorce par le Parlement doit se faire dans la perspective d\u2019assurer aux mariages la meilleure stabilité possible .Nous avons effectué une étude spéciale des témoignages venant des différents courants d\u2019opinion au Canada et nous constatons que cinq points majeurs s\u2019en dégagent avec évidence.1 ) Le besoin d\u2019une réforme des lois actuelles relatives au divorce et aux procédures légales des actions en divorce.2)\tLa poursuite en divorce est le dernier recours dans les cas de mariages qui selon toute apparence semblent avoir échoué.L\u2019idéal est d\u2019assurer un mariage durable, et cet idéal ne sera atteint que si la préparation commence au foyer et se continue dans les programmes d\u2019éducation scolaire ou de di- verses autres agences.Ces agences devraient bénéficier des fonds publics comme aide et stimulant à l\u2019initiative privée.3)\tParfois, même les meilleurs mariages, à certains moments, ont besoin de \u201ccounselling\u201d.Tous les Canadiens devraient pouvoir avoir accès à de tels services.Et pour que ces services soient efficaces, il est nécessaire que l\u2019Etat s\u2019en occupe et les appuie financièrement.4)\tDes procédés de réconciliation sont souvent précieux pour rétablir des mariages qui sont loin d\u2019être des modèles d\u2019harmonie et de stabilité.Des tentatives de réconciliation devraient faire partie de toute procédure légale qui a trait aux mariages chancelants ou rompus.5)\tUn point important à noter, même si l\u2019accord n\u2019est pas complet entre nous, est que dans les procédures en divorce, le concept \u201cdélits matrimoniaux\u201d devrait être remplacé par celui d\u2019 \u201ceffondrement du mariage\u201d.Le concept \u201ceffondrement\u201d, tel qu\u2019exposé au Comité mixte, répond plus adéquatement aux besoins des programmes et services qui s\u2019appliquent à consolider les mariages ou à les réhabiliter .Le mémoire des Eglises chrétiennes se poursuit en faisant observer que le projet de loi à l\u2019étude \u201cmalheureusement ne contient rien qui soit de nature à consolider ou à réhabiliter les mariages\u201d.On doit aller au-delà de ce projet et adopter des mesures aptes à lancer les mariages sur le bon pied et à les préserver de l\u2019écueil.Sans doute, y a-t-il de nombreuses difficultés, mais il faut tout faire pour sauvegarder les mariages canadiens.Voici quelques principes généraux de solution et quelques suggestions: 1.\tLa loi fédérale du divorce ne devrait pas jouer un rôle purement négatif, en ce sens qu\u2019elle servirait simplement à faciliter l\u2019enterrement de mariages déjà rompus.A l\u2019intérieur des limites de la juridiction fédérale, il faudrait trouver les moyens de donner aux mariages un appui positif, en décrétant quelques lois essentielles, en prescrivant des procédures adaptées et en accordant juridiction aux tribunaux les mieux préparés sur ces questions matrimoniales dans le but de promouvoir des mariages stables et de consolider les mariages chancelants.2.\tLe gouvernement fédéral, et tous les députés, devraient être des chefs de file dynamiques pour stimuler et aider les autorités provinciales et municipales de même que les organismes privés, à avoir une législation propre, des programmes d\u2019éducation et de bien-être particuliers qui serviraient de compléments à la politique fédérale en vue d\u2019assurer la réussite des mariages.3.\tPour en arriver à ces mariages réussis, et répondre aux exigences sociales, il faudra plus qu\u2019une seule loi, de quelque niveau gouvernemental qu\u2019elle soit.11 faudra aussi plus que des lois et des procédures démodées qu\u2019on aura quelque peu rafistolées, si l\u2019on veut assurer pour l\u2019avenir le bien-être des mariages en cette ère de transformations sociales accélérées.Si le Canada veut avoir des programmes adéquats sur le mariage, toutes les lois et tous les projets doivent faire l\u2019objet de recherches continuelles, de révision et d\u2019évaluation scientifique.Il faudrait, aussi, bien analyser le concept \u201crupture du mariage\u201d et le soumettre à une étude sérieuse en regard de cet autre concept \u201cdé its matrimoniaux\u201d.C\u2019est le devoir de l\u2019Etat de consolider le mariage et la vie familiale.Le gouvernement fédéral devrait, comme exemple et comme stimulant pour ceux qui œuvrent à d\u2019autres niveaux de responsabilité, déclarer hautement son intention d\u2019être à l\u2019avant-garde sur cette question comme sur d\u2019autres, afin d\u2019adopter des mesures sociales progressives et adaptées à notre époque concernant la législature et les politiques qui affectent le mariage et la famille.La foi et les mythes Dans un article à /\u2019Osservatore Romano, édition française du 17 novembre, le P.Jean Daniélou, S.J., étudie le problème de ta foi dans le monde contemporain, en particulier \u201cle problème de la démythisation\u201d sous les quatre formes principales que revêt ce dernier mot.Sans entrer dans les détails techniques, nous voudrions faire connaître quelques passages de ce remarquable article.Je suis tout à fait d\u2019accord que le problème qui se pose aujourd\u2019hui au chrétien est moins d\u2019affronter les idéologies hostiles que de pouvoir affirmer sérieusement sa foi en face du monde contemporain \u2014 et cela parce que d\u2019abord il est incapable de se la formuler à lui-même.Les chrétiens n\u2019osent pas parler, non par respect humain, mais parce qu\u2019ils ont l\u2019impression que ce qu\u2019ils diraient ne serait pas convaincant.Dès lors ils préfèrent s\u2019abstenir.Un jeune philosophe me disait: \u201cNous devons accepter de rentrer dans le silence pour un certain nombre d\u2019années.\u201d Ceci est inacceptable.Il ne faut pas attendre d\u2019avoir trouvé un langage parfait pour parler.Il faut accepter de parler parfois maladroitement et il y a des paro'es malhabiles qui sont souvent un véhicule plus efficace d\u2019un message authentique que des discours plus arrêtés.Aussi bien un chrétien ne peut pas ne pas parler.Mais ceci dit, le devoir de trouver le langage le plus approprié subsiste.Il ne faut pas ajouter au scandale que la Parole de Dieu constitue en elle-même, celui qui vient des écrans qu\u2019y ajoute notre négligence .Il y a l\u2019affrontement de la foi chrétienne aux sciences humaines (psychanalyse, herméneutique, structuralisme, etc.).Il est consternant de voir la manière dont certains chrétiens se laissent impressionner par les idéologies qui les prolongent.Je ne connais rien de plus prétentieusement ridicule que la réduction de l\u2019Evangile à des questions de structuralisme et de la sainteté à des questions de psychanalyse.L\u2019Eglise doit encaisser le paquet de mer des sciences humaines, mais pour se laisser ébranler il faut vraiment n\u2019être pas très malin .JANVIER 1968 23 Le problème est celui de dire cette réalité (divine) aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui.Ceci se heurte à une difficulté inhérente au message lui-même et qui n\u2019a rien de moderne, à savoir qu\u2019il est en soi scandale et folie.Mais par ailleurs ces événements ont été d\u2019abord annoncés par la Parole de Dieu à travers des formes d\u2019expressions qui étaient celles des hommes d\u2019une époque.Or ces représentations cosmologiques, sociologiques, sont devenues étrangères à l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Le problème est d\u2019exprimer le même message dans un langage nouveau, sans rien abandonner de son conteu, c\u2019est-à-dire de la réalité des événements divins qu\u2019il atteste, mais en l\u2019exprimant à travers les formes d\u2019expression qui sont celles de l\u2019homme moderne.Le P.Daniélou aborde ici le problème de la démythisation.Il y a d\u2019abord, dit-il, la question du discernement dans l\u2019Ecriture et La Tradition de ce qui est objet de foi et de ce qui est présentation de ce donné en fonction d\u2019un milieu culturel.L\u2019adhésion que nous demandons dans l\u2019acte de foi est si grave que c\u2019est un abus de confiance inadmissible de la demander pour des choses qui ne font pas partie de la substance de la Révélation.Mais le danger est grave aussi d\u2019évacuer avec la représentation la réalité elle-même.Presque toujours les deux sont mêlés .Démythisation peut être en troisième lieu pris au sens de désacralisation.Il ne s\u2019agit plus ici seulement de considérer comme des mythes les interventions de Dieu dans l\u2019histoire, mais d\u2019opposer une mentalité mythique, c\u2019est-à-dire sacrale, à une mentalité scientifique, c\u2019est-à-dire profane et séculière.C\u2019est le thème de Robinson et de Cox, le christianisme \u201careligieux\u201d.L\u2019origine de cette attitude est une mise en question de la religion, en tant que telle, considérée comme phénomène culturel préscientifique.Il faudrait libérer la Parole de Dieu de l\u2019hypothèque de la religion.Seul ce christianisme athée serait acceptable à l\u2019homme moderne.C\u2019est le thème du livre de Jeanson: \u201cLa foi d\u2019un incroyant\u201d.Je dois dire que cette attitude me paraît à la fois théoriquement et empiriquement absurde.La relation à Dieu est constitutive de la nature humaine et de la création tout entière.L\u2019approche scientifique en concerne un autre aspect .Einstein ne supprime pas plus Teilhard que Ptolémée ne supprimait Homère.Ce qui manque aujourd\u2019hui aux chrétiens est la génialité poétique et métaphysique.Ils ont des allures de chiens battus .Le problème de la Parole de Dieu n\u2019est donc pas ici d\u2019atteindre un homme désacralisé, ce qui n\u2019aurait aucun sens, mais de rejoindre le sacré de l\u2019homme moderne, de trouver les points d\u2019insertion de son expérience religieuse.Car si l\u2019expérience religieuse est constitutive d\u2019une nature humaine bien faite, ses points d\u2019insertion varient avec son expérience humaine .Reste une dernière acception du mot démythisation qui est une exaspération de la théologie négative.Pour sauvegarder la transcendance de Dieu, elle se refuse à tout discours sur lui.Tout concept lui apparaît une idole, toute image un anthropomorphisme.C\u2019est une fureur iconoclaste, qui risque de faire des ravages jusque dans l\u2019art sacré.On jette les statues au dépotoir, on ne supporte que l\u2019abstrait.C\u2019est le nettoyage par le vide.Bien sûr, on n\u2019adore Dieu que dans le silence.Bien sûr, saint Thomas l\u2019a déjà dit, dès qu\u2019on affirme quelque chose de Dieu il faut aussitôt le nier, de peur qu\u2019on ne l\u2019entende en un sens univoque.Mais enfin il faut bien parler.Et on peut en parler mal ou bien .Je ne suis pas un esprit pur.Je ne puis penser qu\u2019avec des images et des concepts.Quelques mystiques peuvent vivre dans la nuit de la foi.Mais nous, pauvres membres du peuple de Dieu, nous ne pouvons vivre dans cet air raréfié.Or la religion en général et le christianisme en particulier ne sont pas faits pour une chapelle de spirituels.Je ne me sens chez moi que dans le peuple chrétien.J\u2019ai horreur des conventicules.Et je crains que ce qui sera perdu par l\u2019icone ne soit pas gagné par la ténèbre de la foi, mais par la ténèbre de l\u2019incroyance qui n\u2019en est pas le vestibule, comme le pensent nos iconoclastes, mais la démoniaque parodie.Correspondance N.D.L.R.Un Canadien en séjour d\u2019études en Belgique y a vu un programme télévisé de deux heures sur le Québec, le 15 novembre dernier.Il nous communique ses impressions dans une lettre qui nous est parvenue avant la dernière conférence de presse du Général de Gaulle.M.le directeur, Le geste posé par le Général de Gaulle, en juillet dernier, remplit encore les esprits.Le 15 novembre, la R.T.B.(Radio-Télévision Belge) consacrait deux heures d\u2019information sur l\u2019ensemble du problème québécois.Le problème politique fut assez bien présenté; nos politiciens se sont exprimés dignement et se sont efforcés de montrer que la chose n\u2019était pas simple.Seul M.Marchand a été mal servi: au lieu d\u2019entrevues, on a passé des séquences de discours populaires où les affirmations sans nuances font sourire.Le problème linguistique nous est apparu dans sa triste vérité: le français ne peut souvent être la langue du travail, le visage de la Métropole est plutôt anglais, une partie notable de la population parle une sorte de baragouin qui ressemble vaguement à du français.Le problème culturel dans son ensemble a été mal rendu; on s\u2019est attaché aux angles négatifs, un peu ridicules: le chapelet dans une famille où on ne réussissait pas à syn-toniser le poste, insistance sur un type de chanson semi-américaine, moitié cris, moitié charabia verbal, alors qu\u2019on n\u2019a fait que mentionner les noms de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault (fort heureusement, Pauline Julien venait vers la fin de l\u2019émission).On a reproduit un extrait de programme télévisé, mais pourquoi a-t-on choisi ce qu\u2019il y a de plus vulgaire à Télémétropole comme produit d\u2019exportation ?L\u2019élan économique fut également insuffisamment rendu, car il n\u2019y a pas chez nous que l\u2019industrie de pâte à papier et l\u2019Hydro-Québec.De la pittoresque ville de Québec, rien; de la Métropole, presque rien; de l\u2019art québécois, à peu près rien; à l\u2019Expo, à peine une allusion.En somme, on a cédé à l\u2019improvisation et, une fois de plus, on a sacrifié l\u2019information nuancée à la sensation, à moins que la hâte puisse excuser cette vision partiale des choses.Bruges, Belgique Lucien Charbonneau Méditation Avant la prochaine année Au moment de laisser partir les souhaits du nouvel an, c\u2019est le lot de chacun, j\u2019imagine, d\u2019éprouver le même sentiment d\u2019un certain regret; le regret, précisément, de n\u2019adresser que des souhaits.Ce serait tellement plus agréable de monter l\u2019année, à la manière d\u2019un joallier, une couronne; de la garnir, non pas de pierres choisies, mais de joyaux de joyeuses journées, avant de la présenter en son entier, toute arrangée ! Chacun, hélas, y va^ uniquement de ses mots et de sa spontanéité, mais personne ne peut faire parvenir à personne ses désirs réalisés.C\u2019est la joie de l\u2019amour, c\u2019est la joie de l\u2019amitié de souhaiter le bonheur; c\u2019est la joie de l\u2019une et de l\u2019autre d\u2019en rêver vraiment pour ses aimés; c\u2019est pourtant le sort malheureux des deux de ne pouvoir l\u2019offrir à personne en particulier.Il ne faut cependant pas, pour autant, priver les autres, ni se priver soi-même d\u2019une expression de bienveillance.A l\u2019arrivée, en effet, le message apporte toujours le témoignage vivant d\u2019encore une autre espérance formulée, et chacun apprend alors combien, par centaines de fois, il serait heureux, si c\u2019était l\u2019affaire des vœux.Quant au déplaisir de l\u2019impuissance ressentie de ne pouvoir faire davantage, il peut être un poids au départ, et c\u2019est le poids de l\u2019amour ou de l\u2019amitié paralysés; mais c\u2019est un poids rendu plus léger par l\u2019espoir, accroché à douze mois de toute une année, de découvrir les mille occasions de manifester cet amour ou cette amitié.C\u2019est ainsi quand les souhaits sont sincères.Malheureusement, ce n\u2019est pas toujours ainsi; c\u2019est pourquoi les souhaits, toujours aimables, ne sont pas toujours sincères.Il faut quelques minutes pour les écrire; on l\u2019oublie, cependant, il faut toute l\u2019année pour les exprimer.Si vous avez déjà reçu les miens, vous avez eu besoin du temps pour connaître la plus ou moins longue durée de ma sincérité; mais si je reviens aujourd\u2019hui, sans jamais depuis ne mètre préoccupé de vous, vous en savez la qualité.Le passé parle au présent, et vous avez appris par lui le sens de mes mots et celui de mes vœux ! Sont-ils là pour ME rappeler à votre souvenir, ou pour VOUS redire la permanence du mien, accompagné du désir de vous être utile dans la réalisation de votre bonne année ?Sont-ils amitié vraie ou joyeuse formalité ?Les vœux sont faciles à signer, agréables à recevoir, mais ils sont inutiles, quand ils n\u2019ont pas de suite.La main donnée, les paroles bienveillantes ne sont pas pour le Jour de l\u2019An; ils sont surtout pour demain et toute l\u2019année.Pour avoir un sens, mes souhaits doivent être un engagement de ma volonté à vous aider, vous encourager, vous soutenir et vous consoler, non pas à la minute de mon choix, mais à celle du vôtre, suivant l\u2019urgence et la nature de vos besoins, et suivant l\u2019étendue de mes capacités.Les vôtres, par ailleurs, font naître la même espérance.Seul, cet esprit de fraternité attentive fera de cette année une bonne année pour nous deux; il ferait aussi celle du monde entier, si le monde entier essayait de s\u2019aimer, et de se le prouver .avant la prochaine année.Paul Fortin 24 RELATIONS Les livres Philosophie, Esthétique Joseph DE FINANCE, S.J.:\tConnaissance de l'être.Traité d\u2019ontologie.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d, section de philosophie, n° 4.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 513 pp., 21.5 cm.Prix : 390 fr.b.Manuel d\u2019ontologie pour étudiants sérieux, le dernier ouvrage du P.de Finance aborde le vrai problème philosophique : celui de l\u2019être des choses et de l\u2019homme.Pourquoi en avoir écarté Dieu, l\u2019Etre auquel conduit la connaissance des êtres ?L\u2019A.s\u2019en excuse par son souci, discutable, de respecter l\u2019ordre scolaire des \u201ctraités\u201d, qui réserve à la \u201cthéodicée\u2019 la preuve et l\u2019étude de Dieu.Mais son ouvrage offre la lumière désirable sur les questions afférentes à la réalité existentielle de l\u2019être, saisie par l\u2019intellect dans son acte propre, le jugement.Enumérons-les : acte d\u2019existence et essence des êtres; polyvalence et analogie de l\u2019être; idée du néant; unité, vérité, bonté, beauté (catégories transcendantales) de l\u2019être; structure interne de l\u2019être, qui le montre en acte et en puissance, forme et matière, un et multiple, substance et accidents, nécessaire (une fois posé) et contingent; causes externes de l\u2019être: efficiente, finale, exemplaire; types et degrés d\u2019être : inanimés, vivants, pensants; relation entre les êtres; enfin, \u201cpoint de convergence des catégories\u201d, la personne, dont l\u2019étude entraîne la philosophie à une interrogation théologique.Abstractions ?Non pas.Les systèmes contemporains et leurs expressions, dont vit ou meurt, selon les cas, la culture des peuples et auxquelles se rattachent nos progrès, nos espoirs ou nos échecs, l\u2019A.les connaît, les explique et les apprécie avec justesse et clarté.On lira, pour le constater, ses aperçus historiques : ils s\u2019imposent par le don qu\u2019a l\u2019A.de résumer d\u2019amples analyses et discussions; et l\u2019on verra, par ses développements didactiques, l\u2019insuffisance, surtout dans l\u2019enseignement collégial, d\u2019une simple histoire de la pensée.Je regrette que l\u2019A.n\u2019ait pas utilisé ce que Florent Gaboriau a écrit sur la substance et les accidents; s\u2019il avait lu, du Père Patfoort, O.P., l\u2019Unité d\u2019être dans le Christ, il aurait corrigé la note 2^de la page 479.Il devrait aussi éviter de mêler à sa langue, remarquablement limpide et souple, des anglicismes inutiles et déplaisants.Tel, son traité constitue un des plus sûrs instruments de formation à la pensée philosophique, une des plus riches synthèses de vérité.Joseph d\u2019Anjou.Jean OnimuS :\tLa Connaissance poétique.Introduction à la lecture des poètes modernes.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 156 pp., 19.5 cm.Prix : $3.55.Moins philosophique et plus littéraire que celui de Maritain, l\u2019essai de l\u2019A.introduit vraiment à la lecture des poètes modernes.On y trouve non seulement la justification de l\u2019oeuvre poétique (réponse au besoin profond de notre temps, trop féru de sciences dites exactes et de réussites purement techniques), mais une élucidation JANVIER 1968 pénétrante et chaleureuse de la vocation du poète, de sa manière de voir, de ses sentiments et de l\u2019art avec lequel il les traduit.Pour exalter, non sans raison, l\u2019expérience poétique, l\u2019A.corse un peu \u201cla crise de la connaissance abstraite\u201d (chap, i), au moins en ce qui concerne la philosophie.Mais il traite avec nuances les analogies souvent notées entre la connaissance poétique et celles des primitifs et des enfants, toutes trois concrètes et absorbées par \u201cl\u2019imaginaire\u201d (chap.il).En elle-même, la connaissance poétique est \u201crencontre\u201d avec le réel, par le dedans, par le mystère des choses, qui seul \u201ca finalement un sens\u201d (p.224), et \u201ccontemplation\u201d de l\u2019inaccessible, dans une attention extrême à la présence du sacré (107) : état de conscience admiratif, \u201cvie qui s\u2019étonne\u201d, plongée ontologique dans \u201cl\u2019innocence retrouvée\u201d (85); l\u2019A.déplore que l\u2019agitation contemporaine, en nuisant à la contemplation, empêche la rencontre de s\u2019exprimer (chap.m).Le bénéficiaire de cette expérience cherche à la dire par des images et des symboles, dont l\u2019A., avec une très vive sympathie pour les poètes modernes, explique la nécessité, le jaillissement et la \u201clogique\u201d propre (chap.iv).Même finesse et même généreux accueil dans son étude du mot (corps et âme, valeur sonore et spirituelle) et de son rapport avec le silence (chap.v).Suit un chapitre (vi) portant sur le lien de la poésie à l\u2019existence; l\u2019A.y corrige, heureusement (209), l\u2019assimilation douteuse qu\u2019il établit entre l\u2019enthousiasme poétique et certaines \u201cfêtes\u201d orgiaques (208).Dans son dernier chapitre, après des considérations discutables (231-234), il montre bien ce qui, en poésie, peut se rapprocher de la mystique.Peu d\u2019ouvrages offrent sur le même sujet autant de réflexions personnelles et d\u2019éclai-rantes citations empruntées aux poètes et aux critiques.Celui de l\u2019A.permettra au professeur de lettres d\u2019initier ses étudiants à la \u201cmagie\u201d poétique et à son interprétation.Professeur de littérature lui-même, l\u2019A.aurait dû reviser les épreuves de son livre pour en éliminer les nombreuses fautes de vocabulaire, d\u2019orthographe et de ponctuation.Joseph d\u2019Anjou.Jacques Maritain : L'Intuition créatrice dans l'art et la poésie.\u2014 Bruges (23, quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1966, 421 pp., 23 cm.Mieux que dans Art et Scolastique, l\u2019A.élabore une psychologie de la connaissance apte à rendre compte de l\u2019expérience humaine par laquelle s\u2019amorce, se réalise et rayonne une oeuvre belle.Elaboration inductive et déductive : tirée des faits et systématisée dans une doctrine.De l\u2019Orient et de l\u2019Occident l\u2019A.étudie l\u2019art (poésie, peinture et musique en particulier) et les critiques qu\u2019on en a faites; il dégage les deux composantes essentielles de toute expression poétique : les choses (l\u2019objet) et le soi (le sujet) qui les expérimente; il signale la prépondérance relative des premières en Orient et dans l\u2019Occident antérieur à la Renaissance, et montre comment le XIXe siècle occidental, en libérant la subjectivité, a fait prendre conscience de l\u2019intuition créatrice, a délivré la \u201cpoésie\u201d des contraintes inutiles (surtout en littérature) et a suscité d\u2019authentiques chefs-d\u2019oeuvre.A ces vues d\u2019histoire et de critique, l\u2019A.ajoute une psychologie de l\u2019expérience d\u2019où jaillit la poésie : \u201cconnaissance obscure par inclination, née dans le préconscient de l\u2019esprit, dans laquelle le monde est connu dans et par la subjectivité\u201d, l\u2019un et l\u2019autre \u201csaisis ensemble et inséparablement par le moyen d\u2019une émotion devenue intentionnelle et intuitive\u201d (p.174).Alors, \u201cle sens et la sensation sont ramenés au coeur, le sang XAVIER MARMIER ET LE CANADA avec des documents inédits.Relations franco-canadienne au XIXe siècles par JEAN MÉNARD « Vie des Lettres canadiennes » No 4 «.Ce qui est évident, c\u2019est que Marmier a ressenti le coup de foudre pour le Canada français.Tout l\u2019y a charmé, choses et gens.Il a frayé dans le milieu de nos écrivains et rentré dans son pays, il n\u2019a cessé de maintenir avec nous des relations d\u2019une chaude cordialité.Avec sa Gazida, peut-être a-t-il souhaité écrire son Atala ! Il n\u2019était sûrement pas vain que M.Ménard, qui ne néglige aucune source et cite souvent des pièces encore inédites, consacrât la patience avisée de son érudition à sauver de l\u2019oubli ce Français de qualité, qui se voulut un ami sincère et bienveillant.» ROGER DUHAMEL / Revue d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française.6x9, xii-212 pages, 1967, broché $4.20, cartonné $5.20.En vente chez votre libraire ou chez l\u2019éditeur : LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL C.P.2447, Québec 2, 25 à l\u2019esprit, la passion à l\u2019intuition\u201d, et grâce à \u201cl\u2019actuation vitale quoique non conceptuelle de l\u2019intelligence, toutes les puissances de l\u2019âme sont actuées.par la racine\u201d (115).Le poète \u201cest là pour pâtir les choses d\u2019ici-bas, et tant les souffrir qu\u2019il puisse en les disant se dire\u201d (130).Disposé à cela par son préconscient intellectuel, imaginatif et automatique (ch.m), il peut, s\u2019il en a les moyens (art et technique), produire oeuvre belle, la beauté consistant dans l\u2019intégrité harmonieuse et rayonnante d\u2019une forme intelligible (150).Mais l\u2019intuition poétique tend à Yoeuvre belle, non à la beauté, \u201cfin au delà de toute fin\u201d poursuivie (ch.v), au faire, non au connaître : illusion de Rimbaud, du surréalisme et d\u2019un art qui s\u2019apparenterait à la magie et au mythe.Mais il y a, dans les arts, magie et mythe : ils coïncident avec le sens poétique (ch.vu).Après avoir exalté la peinture moderne, avec les nuances requises (ch.vi), l\u2019A.traite de la musique incluse dans l\u2019expérience poétique (ch.vm), faisant voir l\u2019effet qu\u2019en a tiré la littérature d\u2019autrefois et d\u2019aujourd\u2019hui.Le dernier chapitre illustre, par une analyse de la Divine Comédie, \u201cles trois épiphanies de l\u2019intuition créatrice\u201d : la mélodie intérieure, l\u2019action et le thème, le nombre ou l\u2019expansion harmonique (ch.ix), dont chacune respectivement a pour formule privilégiée le poème, le drame et le roman.Outre 69 reproductions de peinture, trois schémas tracés par l\u2019A.(100, 305, 306) et les citations largement semées dans le texte et dans des notes d\u2019une grande richesse de pensée, on trouve, à la suite de la plupart des chapitres, plusieurs extraits (philosophiques, poétiques, critiques), en cinq ou six langues, qui offrent un régal en même temps que la preuve de l\u2019érudition et du goût de l\u2019A.Pensé et publié d\u2019abord en anglais (1953), l\u2019ouvrage se lit avec plaisir en français, malgré l\u2019erreur qu\u2019on a commise en traduisant trop littéralement certains mots ang'ais.Mais la virtuosité avec laquelle M.Maritain actualise les principes thomistes dans l\u2019élucidation d\u2019un sujet délicat et subtil dépasse notre capacité d\u2019éloge et probablement aussi le mérite de ses autres essais.Joseph d\u2019Anjou.Arthur LoURIÉ : Profanation et Sanctification du Temps.Journal musical : 1910-1960.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1966, 216 pp., 19.5 cm.Ce journal musical nous élève et nous maintient à un très haut niveau de pensée et d\u2019humanité.L\u2019A.ne craint pas d\u2019affirmer ses convictions en matière d\u2019esthétique musicale, d\u2019exprimer sa foi et de réclamer la purification de la musique.Car, dit-il, le matérialisme contemporain a chassé de la musique toute spiritualité; il ne reste plus que technique et virtuosité.Les jugements d\u2019Arthur Laurié sur Bach, Mozart, Beethoven, Strawinski, Moussorg-ski, Wagner, Berg, etc.sont marqués par les exigences de sa mystique, de son esthétique et de son éthique.D\u2019autres pages nous le montrent sensible au paradis de la poésie et de l\u2019enfance retrouvée.Une culture exceptionnelle lui permet d\u2019établir des communications profondes entre la musique, la littérature, la peinture et la vie.Ce témoignage de qualité est de la même veine que la musique religieuse et profane de Lourié : il domine le temps pour rejoindre l\u2019éternel.Jean-Paul Labelle.Maison Bellarmin.Philippe GaRIGUE : Bibliographie du Québec 1955-1965.\u2014 Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1967, 227 pp., 25 cm.« plus de choses furent imprimées dans U ces dix dernières années que dans les cinquante années antérieures ».Par cette observation, l\u2019auteur, doyen de la Faculté des sciences sociales, économiques et politiques de l\u2019Université de Montréal, explique, en son introduction, le choix qu\u2019il a fait d\u2019une période aussi limitée pour une « Bibliographie du Québec » et sa limitation au seul Québec.Dans une bibliographie précédente, il avait inclus les autres groupes francophones du Canada (A Bibliographical Introduction to the Study of French Canada.Montreal, McGill University, 1956, 133 pp.) Il s\u2019agit cette fois d\u2019une bibliographie en sciences sociales seulement.Pour les autres domaines, l\u2019auteur s\u2019en remet aux bibliographies spécialisées et à celles qu\u2019il énumère dans le chapitre IX : « Inventaires, Bibliographies.La richesse de la documentation mise ici à notre disposition a comme fondement la quinzaine d\u2019années d\u2019étude que l\u2019auteur a consacrées au Canada français et au Québec.Les livres et les articles qu\u2019il a publiés en sont un témoignage.Il a inclus tout périodique ayant un article sur le sujet : Queen\u2019s Quarterly, l\u2019Action Nationale, Chronique sociale de France, American Sociological Review, etc., en somme les revues et même les journaux, de l\u2019Amérique comme de l\u2019Europe, de langue anglaise comme de langue française.L\u2019auteur a aussi dépouillé des encyclopédies, des collections, des oeuvres écrites en collaboration, les actes des congrès, les mémoires des associations, les publications gouvernementales, les thèses et autres travaux de recherche.Il cite les brochures et non seulement les livres mais jusqu\u2019aux chapitres de certains livres.Voilà une documentation qui a toutes les chances d\u2019être beaucoup plus que ce que l\u2019auteur modestement nous annonçait : « simplement une introduction à une connaissance du Québec actuel ».Cette bibliographie est à la portée pour ainsi dire de tout le monde.Si elle n\u2019est pas indiquée dans les bibliothèques scolaires élémentaires et les petites bibliothèques publiques, elle devrait devenir un instrument de travail hautement apprécié dans toutes les grandes bibliothèques du Canada et donc de nos étudiants et de nos travailleurs intellectuels.Edmond Desrochers.Histoire canadienne En COLLABORATION : France et Canada français du XVIe au XXe siècle.Edité par Claude Galarneau et Elzéar Lavoie.Coll.\u201cLes Cahiers de l\u2019Institut d\u2019His-toire\u201d.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1966, 1966, 322 pages.23 cm.Compte rendu d\u2019un important et très intéressant colloque franco-canadien tenu à Québec sur les problèmes d\u2019histoire économique et l\u2019histoire des mentalités en France et au Canada français, surtout au XIXe siècle.On y trouve des textes sur \u201cLe mouvement des prix agricoles dans la province de Québec : 1760-1851\u201d, sur \u201cLes rendements agricoles dans les seigneuries et les cantons du Québec\u201d, sur \u201cLa tradition orale au Canada\u201d, sur \u201cThèmes sociaux et idéologies dans quelques romans canadiens-français du XIXe siècle\u201d, ainsi que sur \u201cIdéologies et conscience historique dans la société canadienne-française du XIXe siècle\u201d, etc.Ce dernier travail, de M.Fernand Dumont, m\u2019a particulièrement intéressé.Je lui sais gré d\u2019avoir rappelé que, pour Papineau et Garneau, la religion, plus précisément la religion catholique, constituait \u201cun élément essentiel \u201cde la nation canadienne-française.J\u2019admets moins facilement la définition qu\u2019il donne du nationalisme, lequel mot, déclare-t-il, \u201crenvoie toujours à une primauté des valeurs nationales sur les autres\u201d.Beaucoup de Canadiens français sont nationalistes et, cependant, ils se refusent à accorder une primauté absolue aux valeurs nationales, par exemple, une primauté sur les valeurs proprement humaines ou encore religieuses.Ils veulent défendre leurs valeurs nationales, mais sans leur subordonner toutes les autres valeurs.Henri Bourassa et l\u2019abbé Groulx en ont témoigné éloquemment.Le nationalisme, au sens le plus général, signifie amour de la nation, pas nécessairement amour prioritaire, encore moins amour exclusif.Richard Arès.Marcel TrUDEL :\tHistoire de la Nouvelle- France, Il Le Comptoir, 1604-1627.\t\u2014 Montréal-Paris, Fides [1966], XLIX et 554 pp., 23.5 cm.Ce second volume de YHistoire de la Nouvelle-France confirme les espoirs qu\u2019avait suscités le premier.On peut s\u2019étonner que l\u2019A.ait pu remplir quelque six cents pages d\u2019une histoire qui est à première vue si maigre.Pourtant, on nous la raconte ici dans un texte dense et sans bavures.Les problèmes y fourmillaient, en effet, auxquels les historiens du passé avaient souvent négligé de donner même une expression.L\u2019A.les affronte un par un et s\u2019efforce de les épuiser dans toute la mesure où les sources aujourd\u2019hui connues le permettent.Plusieurs de ces sources sont encore inédites.Voilà que nous avons en main une somme, organiquement structurée, de tous les efforts qu\u2019on a tentés pour éclairer cette période.C\u2019est un ouvrage désormais indispensable.Trait nouveau, auquel l\u2019historiographie canadienne-française ne nous avait pas habitués : le développement de la civilisation française en notre pays est constamment mis en parallèle avec les efforts des autres nations européennes sur notre continent, et surtout en Amérique du Nord.La contribution de la France y acquiert son juste prix, en regard de celle des nations rivales.Il faut bien admettre qu\u2019elle est hésitante et assez mesquine.Les futures faiblesses de la colonie française trouvent déjà dans ces origines un commencement d\u2019explication.Signalons l\u2019originalité de la vision historique, plus frappante encore en ce deuxième volume que dans le premier.L\u2019A.y prend courageusement position entre les témoignages contradictoires et il n\u2019hésite pas à réformer des jugements qui, pour être ceux de contemporains engagés dans l\u2019événement, paraissent intouchables et sacro-saints. titre d\u2019illustration, le cas de Nicolas de Vigr.au, interprète en algonquin au service de Champlain, auquel la déception de son maître a valu une solide réputation de menteur.L\u2019A.réexamine le dossier de Vignau et il ouvre, à son propos, des perspectives qui ont des chances d\u2019être plus justes que n\u2019a été la sentence de Champlain.Particulièrement méritoire est le visible souci de situer chaque événement dans son contexte global, celui qui lui donne son juste relief.26 RELATIONS L\u2019appareil scientifique est imposant.D\u2019abord par son étendue.On se demande quel document connu de fraîche comme d\u2019ancienne date, quelle information, même la plus particulière, quel ouvrage intéressant la période de près ou de loin a pu échapper à une si méticuleuse recherche.Les sources sont clairement et intégralement signalées; les jugements sont fortement étayés, équilibrés.Car l\u2019A.a le souci constant d\u2019être juste; et c\u2019est une très grande qualité, à la fois estimable et rassurante.Exemple de ce soin : l\u2019analyse du rôle des De Caen et le jugement porté sur eux.Ils ne perdent rien du crédit qui leur revient, sans qu\u2019on ait caché leurs défaillances.Le mérite le plus appréciable de ce livre, outre l\u2019abondance et la pénétration des analyses, est l\u2019équilibre des perspectives et des jugements.On pourra contester telle ou telle appréciation, mais on devra concéder la justesse générale des vues et l\u2019honnêteté imperturbable de l\u2019Auteur.Le service que M.Trudel aura rendu à l\u2019histoire de la Nouvelle-France est incomparable.Nous attendons avec hâte la suite promise, dont la qualité est déjà présagée et garantie par les deux volumes déjà publiés.Lucien Campeau.En COLLABORATION :\tLes valeurs chrétiennes et l'éducation.\u2014 Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1967, 292 pp., 25 cm.Cet ouvrage traite d\u2019un sujet extrêmement important dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.La préface de M.Jean-Marie Hamelin pose nettement le problème :\t« Puisque l\u2019école confessionnelle que nous avons connue a vécu, il faut chercher à assurer l\u2019institution d\u2019une école nouvelle pour permettre l\u2019intégration des valeurs chrétiennes à la personnalité humaine.» Cette école nouvelle, que sera-t-elle ?Les réponses données ici manquent de netteté.Les auteurs parlent beaucoup des valeurs humaines, mais peu des valeurs chrétiennes.Pourtant les trois parties de ce volume ont pour titres : « Les valeurs humaines et les valeurs chrétiennes », « Les valeurs chrétiennes et l\u2019école », « Les valeurs chrétiennes et la personne ».Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a de spécifiquement chrétien à donner dans l\u2019éducation et comment l\u2019assurer ?Notre passé « confessionnel » semble peser fort lourd sur la pensée de plusieurs des collaborateurs à ce colloque, si bien qu\u2019est à peine esquissée la construction de l\u2019avenir, je veux dire d\u2019un avenir où il y aurait place pour les valeurs chrétiennes.L\u2019ouvrage n\u2019en contient pas moins des textes de première valeur, notamment ceux de M.Raymond Laflamme sur « la doctrine scolaire de l\u2019Eglise », lequel allie pondération, équilibre et profondeur.Yves Prévost s\u2019y fait le défenseur de l\u2019école confessionnelle et Gérard Dion expose clairement le phénomène de « la sécularisation dans la société québécoise ».Richard Arès.Littérature canadienne Paulette COLLET : L'Hiver dans le roman ca-nadien-français.Coll.\u201cVie des lettres canadiennes\u201d, 3.\u2014 Québec, les Presses de l\u2019Université Laval, 1965, 281 pp., 23 cm.Travail minutieux et fruit d\u2019une longue patience, la thèse de doctorat de Mme Collet me paraît un relevé aussi exhaustif que possible des passages concernant l\u2019hiver dans le roman canadien-français.Ce livre, dont la valeur est avant tout statistique, sera utile aux professeurs.Il leur permettra d\u2019orienter des travaux de recherche dont les conclusions seront, je l\u2019espère, plus largement littéraires que celles de Mme Collet.Celle-ci n\u2019a pas suffisamment tâché à interpréter les résultats de son enquête ; elle nous livre une sorte de donné brut.Ni le littéraire ni le sociologue n\u2019y trouvent leur pain.Le premier s\u2019intéresse aux formes qui expriment une réalité imaginaire ou réelle, le second aux faits humains ; l\u2019un et l\u2019autre visent à dégager une façon de penser et de vivre qu\u2019ils critiquent en fonction d\u2019un monde à construire, d\u2019une vie à mener.Mme Collet, elle, a relevé des faits, elle les a classés ; elle n\u2019en juge point, elle n\u2019en cherche pas le sens.Elle déclare même que tel n\u2019était pas son but : elle a seulement voulu donner \u201cun tableau assez complet de l\u2019hiver et de ses coutumes, tels que les dépeignent les romanciers\u201d (258).Et Mme Collet de se réfugier derrière sa compilation : \u201cSi quelque spécialiste trouve des inexactitudes en ce qui concerne les coutumes dont il est fait mention dans ce livre, qu\u2019il s\u2019en prenne d\u2019abord aux auteurs des romans, et non à nous.\u201d (14.) Elle n\u2019a pas davantage tenté, évidemment, de \u201crefaire (.) le livre de Pierre Deffontaines, L\u2019homme et l\u2019hiver au Canada\u201d.Elle se trouve pourtant arriver, par une voie différente, à des constatations similaires : \u201cIl est intéressant de remarquer que, souvent, ce tableau est identique à celui qu\u2019a peint Pierre Deffontaines d\u2019après ses enquêtes et son expérience personnelle.\u201d (258).En somme, à partir de documents uniquement littéraires, Mme Collet corrobore le témoignage de Pierre Deffontaines.C\u2019est à la fois son mérite et son dam.René Dionne Paul TOUPIN :\tLes Paradoxes d'une vie et d'une oeuvre.\u2014 Préface de Marcel Valois.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1965, 139 pp., 20 cm.Sérieux, Paul Toupin avait la réputation de l\u2019être ; son livre sur Berthelot Brunet ne l\u2019est pas.S\u2019agissant d\u2019un écrivain spirituel, son biographe et critique a tenté d\u2019en reproduire le style alerte, la manière paradoxale et facétieuse.Malheureusement, M.Toupin n\u2019imite pas ; il singe.L\u2019esprit de Brunet était naturel, spontané, original ; celui de M.Toupin est artificiel, guindé, emprunté à des souvenirs de lectures.Je parodierais M.Toupin en disant que l\u2019esprit qu\u2019on veut avoir gâte souvent celui qu\u2019on a ! La matière de M.Toupin, c\u2019est le style ; il en fait, il en fait.Au gré de sa capricieuse et volage fantaisie, les mots volent et s\u2019envolent, simples fétus ; et le lecteur reste les mains vides.On le pardonne d\u2019autant moins à M.Toupin qu\u2019il présente son livre comme le \u201ccondensé\u201d (p.13) d\u2019une thèse de doctorat présentée dans une université de France ; elle y aurait même reçu, nous confie Marcel Valois dans sa préface, la mention \u201ctrès honorable\u201d.Mystères que ce diplôme et cette mention ?Peut-être, si l\u2019on ignore ce qu\u2019est, trop souvent, un \u201cdoctorat d\u2019université\u201d.Le livre, lui, n\u2019a rien de mystérieux.Sa qualité s\u2019explique facilement.Par la méthode d\u2019abord, qui ressemble étrangement à celle de Brunet : \u201cDes fiches, il n\u2019en a évidemment pas.Elles ne lui seraient d\u2019aucune utilité, d\u2019aucun profit.Il a mieux : des souvenirs de lectures.\u201d (55.) Ensuite, par le côté étonnamment \u201cbrunetien\u201d qu\u2019affiche, ici, le talent de M.Toupin : \u201cDévelopper un sujet l\u2019embarrasse.C\u2019est toujours dans l\u2019ébauche qu\u2019il triomphe.En somme, il n\u2019écrit pas ; il crayonne.Il n\u2019élabore pas ; il note.\u201d (84).Enfin, dernière explication, une excuse dont M.Toupin a lui-même éprouvé le besoin : \u201cC\u2019est parce que notre modèle bougeait trop pour poser que nous n\u2019en avons saisi que des instantanés.\u201d (135).Pauvre \u201cBerthelot Brunet, qui jamais ne posa, haïssait les mots d\u2019enflure et l\u2019esprit guindé\u201d.(129-130) ! René Dionne Jean Basile : Joli Tambour.\u2014 Montréal, les Editions du Jour, 1966, 167 pp., 20.5 cm.Joli le tambour aux blondes boucles, mais douteuse la pièce.Si jamais metteur en scène en fait un spectacle valable, c\u2019est que son génie aura gratifié le texte d\u2019un important élément : non pas le théâtral (l\u2019exceptionnel en recèle toujours), mais le dramatique.La matière de la pièce, empruntée au livre de Raymond Boyer : Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de ïaâatitoegarbe COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal PfcMt Réparations d\u2019automobiles de toutes marques Débossage Soudure électrique \u2014 Peinture Équilibrage des roues Pièces et accessoires PROVOST AUTO ÉLECTRIC, Ltée 8305, boul.St-Laurent 387-7133 JANVIER 1968 27 Les Crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle (Montréal, le Cercle du livre de France, 1966), est censément historique.M.Basile ne réclame que la part de l\u2019invention; elle est grande.Lui revient également (qui voudrait la lui enlever ?) la responsabilité d\u2019avoir voulu faire de cette macédoine à grossière sensation \u201cune pièce sur le sacrement de pénitence\u201d (p.15).Est ici sous-entendu le pénible humour du dramaturge.De grâce, M.Basile, si vous récidivez, \u201cdans l\u2019espoir d\u2019aboutir, un jour ou l\u2019autre, à quelque chose\u201d (15), que ce soit plutôt avec une \u201cjument mongole\u201d qu\u2019un \u201cjoli tambour\u201d.René Dionne.André Berthiaume : La Fugue.Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, 133 pp., 20 cm.André Berthiaume n\u2019est pas tout à fait un débutant.Il a déjà écrit quelques pièces de théâtre et maints poèmes.La Fugue, toutefois, est son premier roman.Comme ses écrits antérieurs, elle dénote un bon talent, mais laisse le lecteur insatisfait.Il manque à ce roman un je-ne-sais-quoi qui lui donnerait des ailes ou de la profondeur.Berthiaume travaille son style, on le sent malgré de multiples fautes d\u2019orthographe et de grammaire (comment les expliquer chez ce professeur de littérature française qui compte sept années d\u2019expérience et prépare, de plus, un doctorat ès lettres en France ?); pourtant, son roman ne prend pas vraiment forme : il se traîne misérablement au ras de la poisseuse faune qu\u2019il décrit.Serait-ce que, à l\u2019image de Sylvie, son personnage principal, il ne puisse s\u2019évader de la médiocrité qu\u2019en y succombant ?Peut-être.Alors, dans l\u2019un et l\u2019autre cas, il s\u2019agit d\u2019un suicide.Son épitaphe est déjà écrite : « Prix du Cercle du Livre de France, 1966 ».René DroNNE.Collège Sainte-Marie, 1180, de Bleury, Montréal (2e).Minou PETROWSKI : Le Passage.Coll.« Nou-velle-France », 14.\u2014 Montréal, le Cercle du Livre de France, 1966, 141 pp., 20 cm.Mal écrit et mal structuré, ce roman n\u2019en révèle pas moins un bon tempérament d\u2019écrivain.Les quarante premières pages sont banales, en plus d\u2019abonder en fautes de toutes sortes : Mel Strazsack roule vers une petite ville américaine; sa soeur est censée l\u2019y attendre.De vrai, personne n\u2019attend cet étudiant en mal d\u2019évasion; aussi est-ce délibérément, ou presque, qu\u2019il aboutit à l\u2019extrémité d\u2019un chemin de campagne.Là, plus de fuite possible, sauf dans l\u2019alcool et le rêve.C\u2019est la descente de Mel vers « l\u2019inconnu liquide », dans un suprême effort pour « aller jusqu\u2019au bout de lui-même » (p.47).S\u2019ensuit une certaine révélation : « le suis un entier, pensa-t-il, moi Mel Strazsack, sans passé, sans racines profondes, une identité fausse, un nom qui ne m\u2019appartient même pas.alors, le doute est partout, le mensonge est partout.» (108).Mel est seul, c\u2019est son drame : la nature n\u2019a cure de l\u2019homme, et lui, il n\u2019aime ni la nature ni les hommes (47); « la vérité était simple et il l\u2019avait toujours connue, personne ne l\u2019attendait» (129-130) au bout de sa route, mais sa destinée seule.De là un certain vertige et une angoisse qui, à force de couler de source, finissent par créer un climat et un style propres à Minou Petrow-ski : ceux d\u2019une chute à l\u2019intérieur de soi-même pendant que, en surface, le monde roule sa vie.René Dionne.Claude Iasmin : Les Coeurs empaillés.Nouvelles.Coll.\u201cParoles\u201d, 11.\u2014 Montréal, Editions Parti-Pris, 1967,\t136 pp., 16 cm.Vite il écrit une fois encore, ce Iasmin; et vite ses héros meurent et dans le livre et dans notre tête.Le temps qu\u2019ils vivent, ils s\u2019agitent et ne font rien, courent et n\u2019attrapent rien, sinon eux-mêmes, \u201ccoeurs empaillés\u201d.Tout un monde, le leur (le nôtre ?), se replie sur soi; un immense dôme de noirceur le recouvre.Est-ce la fin qui.approche ?Ses cieux nouveaux et sa terre nouvelle ?Non, seulement la nuit qui s\u2019allonge un peu.Voici qu\u2019une folle joue un air de sa jeunesse, et le soleil luit de nouveau.Mais pour avoir trop espéré, on reste déçu : ce n\u2019est que le soleil habituel, et la folle, grimaçante, ne peut que jouer de son mieux, sans plus.Ainsi va le monde de Iasmin; et son oeuvre, quotidienne comme ce jour ordinaire après une nuit de vain espoir.René Dionne.Gérald Godin : Les Cantouques.Poèmes en langue verte, populaire et quelquefois française.Coll.\u201cParoles\u201d, 10.\u2014 Montréal, Editions Parti-Pris, 1967, 55 pp., 16 cm.Il ne suffit pas, même au Québec, de sacrer et blasphémer pour écrire une oeuvre poétique; il faut savoir le faire avec art.Cet art, Gérald Godin ne le possède pas, mais simplement une collection de jurons et de mots familiers et orduriers; encore cette collection est-elle fort restreinte, et sans aucune originalité, voire sans vérité, le sais, pour les y avoir entendus, que, en forêt, sur les chantiers de construction et en d\u2019autres endroits où nos \u201cCanayens\u201d veulent \u201cfaire les hommes\u201d, les mots de notre par-lure acquièrent souvent une juste et savoureuse robustesse de ton; c\u2019est là, plutôt que dans les Cantouques, que je les irai entendre à nouveau, lorsque je voudrai goûter le langage dur et vert des gens de chez nous.Le livre de Gérald Godin n\u2019est qu\u2019un faux poème (sauf les pages 7, 46, 48-49, et la première strophe de la page 44).Faux aussi son \u201ccri du coeur\u201d : \u201cle pays que je travaille pour est un câlisse un enfant / de chienne de nous maudire icitte sans une bou-grine / sans un ancêtre / sinon le nôtre hostie d\u2019humus\u201d (p.9).C\u2019est inutilement que l\u2019Auteur nous met en garde : \u201couatche-moé chu un crisse un tabarnaque\u201d (33); car la conclusion s\u2019impose, à nous, comme à lui : \u201cle monde n\u2019est plus qu\u2019un zoo sans visiteurs / j\u2019en suis plutôt le singe / que le Petit Pringe\u201d (31).René Dionne.Yolande Chéné :\tPeur et Amour.Roman.Coll.« Nouvelle-France ».\u2014 Montréal 3300 boni.Rosemont), Le Cercle du Livre de France, 1965, 177 pp., 19.5 cm.Beaucoup de peur et peu d\u2019amour s\u2019affrontent dans l\u2019ouvrage de Mme Chéné.Le contraste volontaire du titre (l\u2019amour chasse la crainte, dit saint lean) influence tout le récit.On y voit que les peurs infligées à Marianne héroïne de l\u2019intrigue, par une mère, des religieuses, un prêtre plus ou moins sadiques, inhibent chez elle la faculté d\u2019aimer, l\u2019empêchent, à six ans (!), de croire en Dieu et préparent son malheur.Thèse banale, partiellement juste, mais traitée dans une langue souvent incorrecte, avec un vocabulaire imprégné de haine (comptez les répétitions du verbe détester) et une crudité de détails qui éprouvent la patience du lecteur.Trop visible également, l\u2019artifice de la composition agace : sorte de contrepoint en images, comme des reflets de miroirs, que joue la Marianne, écrivain adulte (d\u2019âge), obsédée par ses souvenirs d\u2019enfance, avec la Marianne de six ans, obsédée par la perte imaginaire de sa pureté.La régression psychologique engendre ici des contradictions : d\u2019une part, on suggère que l\u2019amour et le bonheur se fondent sur une liberté sans lien avec la famille, la société, l\u2019Eglise et Dieu; d\u2019autre part, la liberté, refusant le « nous » du mariage, entraîne à un concubinage épidermique, et le bonheur manque naturellement au rendez-vous : Marianne se lie civilement à un divorcé qu\u2019assassine le frère de la femme délaissée.Fiction, assure l\u2019A.Sans aucun doute.Mais qui trahit, dans les deux sens, une âme (mot qu\u2019abhorre Marianne) et un esprit.loseph d\u2019Anjou le meilleur choix d\u2019équipements et d\u2019accessoires 8225, boul.St-Laurent \u2014 tel.389-8081 5975, boul.Monk \u2014 tél.769-8815 ouvert jusqu'à 9.30 p.m.le jeudi et le vendredi LES IMPORTATIONS C M.LTÉE photographiques aux meilleurs prix.8225, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL-11, QUÉ., TÉL.: 389-8081 ?i , ïtî^ormatj Ni»**'* 28 RELATIONS NOTES BIBLIOGRAPHIQUES Félix Leclerc : Moi, mes souliers.Coll.\u201cBibliothèque canadienne-française\u201d.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1967, 214 pp.Réédition d\u2019une oeuvre célèbre de Félix Leclerc.C\u2019est en quelque sorte l\u2019histoire de sa vie, de ses débuts à ses succès en France, que l\u2019A.raconte dans ces pages.¦ M.-D.POINSENET : Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix.\u2014 Coll.« Belles Histoires et Belles Vies».Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1967, 48 pages.Vies illustrées de deux grands saints.Pour les jeunes.G.PlOQUIN et M.Racine : Clubs scientifiques.\u2014 J.BONAVENTURE :\tJeux d'intérieur.Coll.« 100 Idées ».\u2014 Paris (31, rue de Fleurus), Editions Fleurus, 1967, 144 p.Le premier ouvrage présente en quatre parties ce que les sciences peuvent offrir de plus attrayant pour l\u2019esprit d\u2019un enfant ou d\u2019un adolescent.Le second initie à des jeux utilisables en veillée classique.Roland CaUDE : Comment se documenter ou le troisième oeil.Coll.«Formation humaine».\u2014 Paris (17, rue de Babylone), Editions du Centurion, 1967, 72 pages.Petit ouvrage très utile sur l\u2019art de bien se documenter.Illustré de dessins humoristiques.Chanoine Lionel GrOULX : Constantes de vie.\u2014 Montréal, Editions Fides, 1967, 174 PP- Texte de cinq conférences prononcées par l\u2019auteur dans différentes circonstances.Deux d\u2019entre elles, pourtant fort importantes, n\u2019avaient pas encore été publiées : \u201cNotre mystique nationale\u201d, \u201cNotre mission française\u201d, ou du moins étaient devenues introuvables aujourd\u2019hui.On lira aussi avec intérêt la préface de Jean Ethier-Blais.Pierre ImBERDIS : Points de vue des jeunes.Coll.\u201cMonde et Foi\u201d.\u2014 Lyon, Editions du Chalet, 1967, 104 pp.Questionnaire à l\u2019usage des catéchistes et des éducateurs d\u2019adolescents.Les sujets mis à l\u2019étude sont les suivants : l\u2019argent, l\u2019avenir, le bonheur, le Christ, le corps, le dialogue, l\u2019Eglise, la foi, la liberté, le prêtre, les relations garçons-filles, le sacrement de Pénitence, le sens de la vie.S Canada : 1867 and 1967.The Statesman's Year-Book.\u2014 Toronto, Macmillan, 1967 264 pp.A l\u2019occasion du centenaire de la Confédération canadienne, les éditeurs du Statesman\u2019s Year-Book republient dans la présente édition les pages de l\u2019édition de 1867-1868.On trouve dans ce petit volume les principaux renseignements à connaître sur le Canada et sur chacune des dix provinces.H Laurent POTVIN :\tMini-propos sur le Rapport Parent.\u2014 Vatican II et l'Education.\u2014 Billets sur l'Education.\u2014 Coll.\u201cRepenser\u201d.\u2014 Desbiens, Lac-St-Jean, Editions Le Phare, 1967, 112, 128 et 112 pp.Chacun : $1.50.L\u2019auteur est un éducateur de carrière.Qu\u2019il écrive sur le Rapport Parent, qu\u2019il analyse la déclaration de Vatican II sur l\u2019Education ou qu\u2019il se contente de billets, il le fait toujours avec compétence et avec la conscience de ses devoirs à l\u2019égard de l\u2019Eglise et de la communauté canadienne-française.Ses textes sont à la portée de tous et suscitent une saine réflexion.B Nous avons vu le Seigneur.Disque.\u2014 Cap-de-la-Madeleine, Editions RM, 1967.Disque qui fait entendre des chants utilisés dans le \u201ccatéchisme de quatrième année\u201d rédigé par l\u2019Office catéchistique provincial.La Maîtrise de la cathédrale de Trois-Rivières exécute ces chants, et ce disque a pour but d\u2019aider les catéchistes et les enfants à apprendre les chants utilisés au cours des catéchèses.LA JOIE DE VIVRE COMMENCE AVEC JETTÉ .une installation de Jetté est une assurance de confort ! Jetté profite de 40 ans d\u2019expérience dans le domaine du chauffage et de la plomberie.ou plutôt ce sont les clients qui en profitent.'Où le travail devient œuvre.chef-d\u2019œuvre\u201d ooo ooo OOO O CHAUFFAGE-PLOMBERIE 849-4107 360 EST, RUE RACHEL - MONTRÉAL OUVRAGES REÇUS d\u2019Anval-Faure, Bernadette: Pratique de l\u2019Archéologie.\u2014 Paris, Tournai, Casterman, 1967, 248 pp.Béatrix de la Conception : Lettres choisies.Présentées par Pierre Serouet, O.C.D.Coll.\u201cPrésence du Carmel\u201d, 9.\u2014 Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 477 pp.Bernard, Charles-André, S.J.: La prière chrétienne.Coll.\u201cEssais pour notre temps\u201d, 3.\u2014 Bruges et Paris, Desclée de Brouwer, 1967, 390 pp.Blais, Marie-Claire: David Sterne.Roman.Coll.\u201cLes romanciers du jour\u201d.\u2014 Montréal, Les Editions du Jour, 1967, 127 pp.Blondel, Maurice: Dialogues avec les philosophes : Descartes, Spinoza, Malebranche, Pascal, saint Augustin.Préface d\u2019Henri Gouhier.\u2014 Paris, Aubier, Montaigne, 1966, 274 pp.Canova, François: Croissance et Éducation.Collection \u201cPsychologique\u201d.\u2014 Sherbrooke, Editions Paulines, 1967, 176 pp.Centre International de Synthèse: La Biologie.Acquisitions récentes.XXVIe Semaine de Synthèse.\u2014 Paris, Aubier, Montaigne, 1965, 305 pp.Congar, Y; Ratzinger, J.; Schweizer, E.; Pau-wels, C.F.; Winklhofer, A.: L\u2019Eglise aujourd\u2019hui.Coll.\u201cRemise en cause\u201d.\u2014 Tournai, Desclée, 1967, 128 pp.CONSERVEZ RELATIONS CARTABLE en similicuir rouge avec titres or Jeu de 12 cordes au comptoir $2.50 par la poste $2.65 RELIURE de votre collection 1967 Le lecteur fournissant sa collection : $3.00 Si nous fournissons la collection : $8.00 Écrivez ou téléphonez 8100, boul.Saint-Laurent Montréal-11 387-2541 marabout actualité Ÿ Depuis que rnomme a place l'art de tuer au premier rang de ses activités, son intelligence s\u2019est ingéniée à en perfectionner les méthodes, en même temps que se multipliaient les causes de conflits.Des premiers affrontements de la préhistoire à, la stratégie atomique et aux guerres de guérilla, le Général E.Wanty s\u2019est appliqué à retracer l'évolution des armements, de la tactique,- des systèmes de défense et des techniques de subversion, cherchant parallèlement à définir la nature même de la guerre, ses causes, ses objectifs, sa philosophie, la complexité des facteurs qui larègissent.Son mérite, selon Le Figaro littéraire, \u201cest d\u2019avoir fait de l\u2019art des batailles au cours des âges une synthèse vivante et humaine, à la fois politique, sociale et économique, dont il a tenté de dégager les lignes de force de cette pensée militaire qui a poussé les uns contre les autres, depuis que le monde est monde, des millions d\u2019hommes .on ne peut exprimer qu\u2019un vœu, c\u2019est que l\u2019auteur veuille bien poursuivre cette étude en (a conduisant jusqu\u2019à nos jours.\u201d Encouragé par le succès de son premier volume, le Général E.Wanty a donc entrepris de retracer l\u2019évolution dçs techniques et de la pensée militaire, à la lumière des guerres qui ont bouleversé le XIXe et le XXe siècle.Cette deuxième partie, de la chute de Napoléon à la veille de la Seconde Guerre mondiale, évoque magistralement la transformation radicale des conflits, avec l\u2019apparition des armées nationales, l\u2019extraordinaire extension des opérations, la prise de conscience et là participation des peuples tout entiers.Un troisième tome parachèvera l\u2019étude en abordant l\u2019après-guerre, jusqu\u2019aux événements les plus récents.TOME 1 ET 2 PARUS.L\u2019ART DELA GUERRE (3 volumes), E, Wanty Deux volumes de 384 pages plus 32 pages d\u2019illustrations en noir et en couleurs.Emile Wamy : y de l'antiquité chinoise aux guenes nafkteoi tiennes 1 marabout luaveitsiiê marabout université y Distributeur général-pour les Amériques : KASAN Ltée - 226 Est, Christophe Colomb, QUEBEC P.Q.__ F®\ti-^>\tI-® "]
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