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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1956-12, Collections de BAnQ.

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[" \u2022o.N.U.et la paix du monde ¦ Les leçons de la Hongrie tasia», notre comédie des erreurs ¦ Chronique de bon voisinage Décembre 1956 MONTREAL Les octrois Fédéraux aux universités Richard ARÈS Le sens d'une grève: une interprétation controuvée Jacques COUSINEAU La situation de la jeunesse travailleuse hongroise Laszlo KÂROLYI Le problème racial aux États-Unis John La FARCE REVUE DU MOIS DUFRESNE-DELISLE INC Entrepreneurs généraux Réparations de tous genres TRAVAUX GARANTIS Spécialité : BÉTON ARMÉ 515, RUE VIGER, suite 308\tHA.4618 MONTRÉAL Pour cadeaux de distinction et d\u2019exclusivité ST-JEAN, ENR.Spécialité : Importation et diamant 324 est, rue Sainte-Catherine 1374 est, rue Mont-Royal HA.8963\tLA.1-6364 Tel.: 4-5181 ZJetteau & (Racine, Jtyêe DISTRIBUTEURS 8t GROSSISTES 196, rue Saint-Paul\tQuébec (2) Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ha ê>aubeprt>e COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social i Montréal achète ¦\t-¦ -.\u2014- bien qui -.achète\t.^dupuisj^ ~- MONTREAL Lussier & Bélanger avocats Montréal UN DES NÔTRES ÉPICERIE VAN-HORNE L.FRÉCHETTE, propr.\u2022 Service \u2022 Qualité \u2022 Choix 1210, avenue Van-Home - CR.2-8251\t- Outremonl RI.4-4941 Armand-A.Lalonde, Ltée Courtier en assurances depuis 34 ans Armand-A.Lalonde, C.D.A.A., C.C.S., PRÉSIDENT 5809 ouest, boulevard GOUIN - CARTIERVILLE Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. SOMMAIRE DÉCEMBRE 1956 Éditoriaux.338 L\u2019O.N.U.ET LA PAIX DU MONDE.\u2014 LES LEÇONS DE LA Hongrie.\u2014 L\u2019étrange M.Nehrou.Articles LES OCTROIS FÉDÉRAUX AUX UNIVERSITÉS.Richard Arès 340 LE SENS D\u2019UNE GRÈVE : UNE INTERPRÉTATION CON- TROUVÉE.Jacques Cousineau 343 REPRISES DE SPECTACLES À LA TÉLÉVISION.Émile Gervais 346 LA SITUATION DE LA JEUNESSE TRAVAILLEUSE HONGROISE.Laszlo Kârolyi 347 LE PROBLÈME RACIAL AUX ÉTATS-UNIS \u2014 II.John La Farge 350 Commentaires.352 Le Pape nous parle.\u2014 Étienne Gilson et le monopole d\u2019Etat dans l\u2019enseignement.\u2014 En trois mots.Au fil du mois.354 Le centenaire des « Etudes ».\u2014 Un athlète du Christ.\u2014 A quand le cidre ?Articles CHRONIQUE DE BON VOISINAGE.Alexandre Dugré 354 LA NAISSANCE DU VERBE.Lucien Roy 356 « ANASTASIA », NOTRE COMÉDIE DES ERREURS .Georges-Henri d\u2019Auteuil 357 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 358 Les livres.360 Religion.\u2014École biblique de Jérusalem: La Bible.-T.Hénusse: Entretien sur Jésus-Christ.-J.Galot: Le Cœur de Marie (J.d\u2019Anjou).- E.Vandeur: Magnificat (W.Girouard).- L.de Wohl: Saint François Xavier (B.Clément).360 Philosophie, Sociologie, Sciences.\u2014 G.VANN: La nuit sera ma lumière.- Centre catholique des Intellectuels français: Civilisation du travail?Civilisation du loisir ?- Justice et Procès criminels.- C.Tresmontant: Introduction à la pensée de Teilhard de Chardin (J.d\u2019Anjou) .361 Monographies.\u2014 R.d\u2019Harcourt, H.Hellwege, D.de Rougemont, J.Tessier: Dix Ans d'efforts pour unir l'Europe, 1945-1955.- de Lévis-Mirepoix: La Tragédie des Templiers (W.Girouard).- C.Lessard: Le Pèlerinage de la grande misère.- D.Day: La Grande Solitude (L.Telmosse).363 Etrennes pour enfants.\u2014 M.DE SAlNT-PlERRE: Sainte Bernadette (J.d\u2019Anjou).- Livres des coll.« Farandole Monique, Belle humeur, Le rameau vert » et autres (R.A.).365 Tables de l'année 1956\t-\t365 La boulangerie familiale la plus moderne en ville offre à tous ses clients et amis lin {joy eux Js/oèl et line (Bonne et J4euteu*e c4nnée BOULANGERIE VIAU J.-René Viau, président 2609, rue Orléans, Montréal - CL.5-3911 Aux amateurs de belle musique Nous vous invitons à visiter notre studio de haute fidélité où des techniciens sont à votre service pour démonstration et installation d'appareils de haute fidélité.Distributeur des fameux appareils fyru b NATIONAL PALAIS DU COMMERCE 1700, RUE BERRI\tPL.1417 lIMITtf \u2022 until c/ Gaaaq fôète lIMITtf » until Spécialité : Construction d'édifices religieux Collèges - Couvents - Séminaires - Hôpitaux - Etc.6900, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal\tTel.: RE.7-3651 LES VOYAGES HONE préparent actuellement, pour le début de 1957 les voyages accompagnés suivants : Janvier - MEXIQUE - Deux semaines Février - AMÉRIQUE DU SUD-Un mois Février - AUTOUR DU MONDE - Deux mois Mars-SKI DANS LES ALPES-Deux semaines Mars, avril et mai - EUROPE - Deux mois Renseignement sur demande 1460, Avenue UNION, Montréal 2 - HA.8222 DÉCEMBRE 1956 337 XVIe année, N° 192 Montréal Décembre 1956 EDITORIAUX J?o.M.U.et la paix du monde DENDANT LA CRISE dont a été saisie l\u2019O.N.U., il était impossible de ne pas se reporter aux jours de la réoccupation de la Rhénanie et de la conquête de l\u2019Éthiopie.Les événements allèrent-ils sonner le glas de l\u2019O.N.U.comme ils avaient sonné le glas de l\u2019ancienne Société des Nations?Ou l\u2019O.N.U.allait-elle être réduite à une société d\u2019organismes subsidiaires et techniques, utiles sans doute, mais sans influence sur le cours de l\u2019histoire et incapables d\u2019assurer la paix du monde ?Il faut reconnaître le travail accompli par l\u2019O.N.U.Elle a posé devant la conscience de l\u2019humanité les problèmes de l\u2019invasion de l\u2019Égypte par Israël, de l\u2019attaque franco-britannique, ainsi que les crimes des soviétiques en Hongrie.Quand le droit de veto obstrua l\u2019action du Conseil de Sécurité, l\u2019O.N.U.se réunit en assemblée générale d\u2019urgence et exprima par des votes écrasants le jugement des nations.Il est vrai que l\u2019Assemblée générale ne pouvait que voter des résolutions.Mais, en demandant le retrait des troupes de l\u2019Égypte, en acceptant la proposition de notre ministre des Affaires extérieures au sujet de l\u2019envoi d\u2019une police internationale dans la zone de Suez, en dénonçant le massacre du peuple hongrois, en demandant que des observateurs de l\u2019O.N.U.puissent pénétrer en Hongrie, en rassemblant presque à l\u2019unanimité la pensée de la famille des nations, elle jetait un poids très grand dans la balance de la paix et de la justice.Israël, la France et la Grande-Bretagne y furent sensibles.Il reste que l\u2019O.N.U.n\u2019a pu museler le gouvernement monstrueux de l\u2019U.R.S.S.et assista, impuissante, à l\u2019écrasement du noble peuple hongrois.La lenteur des procédures, alors même que l\u2019Assemblée générale siégeait de nuit, et surtout le pouvoir de veto, tel qu\u2019accepté maintenant, sont des obstacles à la paix du monde, objectif premier de l\u2019O.N.U.Nasser mettait en danger le monde entier; il avait, à plusieurs reprises, en connivence avec l\u2019U.R.S.S., violé la trêve en Palestine; il armait les Algériens avec des fournitures de guerre venues de Tchécoslovaquie; il avait méprisé la décision de l\u2019O.N.U.au sujet du libre passage des bateaux israéliens dans le canal de Suez; il avait renié unilatéralement un contrat international, et l\u2019O.N.U.n\u2019avait pu lui enlever son auréole de guerrier libérateur.Devant cette impuissance, Israël d\u2019abord, puis la France et l\u2019Angleterre ont agi.L\u2019affaire de Hongrie était beaucoup plus claire; et la faiblesse de l\u2019O.N.U., beaucoup plus évidente.La critique la plus terrible des faiblesses de TO.N.U.devait venir du cardinal Mindszenty, de celui-là même qui fut une des plus grandes victimes du régime de Moscou et qui demeure un des plus purs symboles de la liberté humaine: « Si les Nations Unies ne viennent pas à notre secours, la Hongrie sera terriblement opprimée.Ce n\u2019est pas avec des déclarations qu\u2019on aide une personne qui se noie.La Hongrie a besoin qu\u2019on agisse beaucoup plus vite, beaucoup plus efficacement.Il faut d\u2019abord que le secrétaire général des Nations Unies vienne tout de suite à Budapest.Pas demain.Aujourd\u2019hui même.Sur la tragédie hongroise, on a beaucoup trop discuté et voté.Il est plus que temps de passer à l\u2019action ! » jÇeâ leçons de la J4ongxie IA RÉVOLTE hongroise a déchiré, comme un éclair J soudain, la nuit communiste et révélé au monde, une fois de plus, des abîmes de brutalité.Si douloureux que furent ces jours où nous assistions, impuissants, à la faiblesse de l\u2019O.N.U., ils ont gravé à jamais dans la mémoire des peuples libres des leçons que ni les études pénétrantes des universitaires, ni les savantes déductions des journalistes n\u2019auraient réussi à donner.1.Même armée de toutes les techniques d\u2019asservissement, la tyrannie d\u2019un État totalitaire moderne reste vulnérable.L\u2019homme est créé pour respirer librement.Dans sa courte encyclique du 5 novembre, le Saint 338 RELATIONS Père demandait à ceux qui étaient responsables des événements « de considérer finalement que la juste liberté des peuples ne peut pas être étouffée dans le sang ».2.\tL\u2019U.R.S.S.ne peut pas se fier à ses troupes d\u2019occupation, en pays satellites.Trop de soldats communistes ont jeté bas leurs armes.Le retrait des troupes communistes de la Hongrie s\u2019imposait; la manœuvre servit d\u2019écran pour l\u2019envoi de troupes fraîches qui n\u2019avaient pas été contaminées par les idées chrétiennes de l\u2019Occident.Un bon nombre de ces soldats, on le sait par ailleurs, croyaient marcher contre les Anglais, les Français, les Américains.3.\tOn ne peut plus en douter maintenant: dans les pays satellites, les forces vives de la résistance se trouvent chez les ouvriers et les paysans.C\u2019est eux qui, avec les étudiants, firent la rébellion.En Hongrie, comme dans l\u2019Allemagne d\u2019Hitler, trop d\u2019intellectuels ont abandonné la lutte ou trahi la nation après s\u2019être perdus dans les subtiles distinctions et sous-distinctions entre théorie et pratique.4.\tMalgré toutes les apparences qui ont trompé tant de délégués et tant de touristes (au mois de juin dernier, le président même de la banque Royale du Canada), les peuples qui vivent derrière le rideau de fer ne sont pas satisfaits de leur sort.5.\tQuelle que soit l\u2019issue du soulèvement, sonnera, un jour, l\u2019heure de la libération.La situation historique n\u2019est pas inéluctable, et il est lâche de laisser des peuples en otages à Moscou comme garanties de notre paix et de notre liberté.La libération de ces peuples captifs doit demeurer le premier article de la politique internationale de tous les pays de l\u2019Ouest.6.\tLa « coexistence pacifique », ou la « détente », est une farce tragique.La « coexistence pacifique » n\u2019est même pas une accalmie provisoire ou un répit; elle est et restera un opium pour l\u2019Occident, une ruse de la guerre froide commandée par le calcul des forces en présence ou par des difficultés internes, telles que la lutte pour le pouvoir ou les impératifs économiques.7.\tEnfin, il est un dernier point qu\u2019on ne saurait oublier, c\u2019est que Dieu visitera de sa colère ceux qui ont versé le sang des opprimés.La même courte encyclique du 5 novembre contient un paragraphe aux accents terribles pour celui qui croit que le Souverain Pontife est sur terre le vicaire de Jésus-Christ, Maître du monde et Seigneur de l\u2019histoire: Les paroles que Dieu adressa à Caïn: « La voix du sang de ton frère crie vers moi depuis la terre », ont aujourd\u2019hui aussi toute leur valeur.Par conséquent, le sang du peuple hongrois crie au Seigneur qui, comme un juge équitable, alors qu\u2019il punit souvent les péchés des hommes seulement après leur mort, frappe parfois même sur cette terre, pour leurs injustices, les gouvernements et même les nations, comme le montre l\u2019histoire.Peut-on lire ces mots sans trembler?Quel peuple n\u2019a sa part de responsabilité dans le drame qui ensanglante la Hongrie ?DÉCEMBRE 1956 cQ\u2019éttange -Al.j\\eh ï ou LE 31 OCTOBRE, le gouvernement de l\u2019Inde dénon-J çait, en termes très sévères, l\u2019invasion de l\u2019Égypte et l\u2019ultimatum de la Grande-Bretagne et de la France comme une flagrante violation de la Charte des Nations Unies et des principes de la conférence de Bandoeng (avril 1955).M.Nehrou avait applaudi, deux mois plus tôt, le coup de force de Nasser qui, par une décision unilatérale contraire aux traités, plaçait le canal de Suez sous la gestion exclusive de l\u2019Égypte.C\u2019était, il est vrai, peu après son rendez-vous à Brion avec Tito et Nasser.Nehrou n\u2019avait rien trouvé à dire non plus contre le fanatisme racial et religieux de Nasser, qui mettait en péril la paix du monde et jurait à haute voix d\u2019éliminer l\u2019État d\u2019Israël, création des Nations Unies elles-mêmes.Il y eut plus grave encore.Quand les chars d\u2019assaut et les avions de l\u2019U.R.S.S.écrasèrent la Hongrie, il ne put voir d\u2019abord dans cette sauvage agression qu\u2019une « sorte de guerre civile » qu\u2019il fallait laisser aux Hongrois le soin de régler.Le 5 novembre, cependant, dans un discours prononcé devant l\u2019U.N.E.S.C.O., réunie à la Nouvelle-Delhi, Nehrou fustigea la brutalité communiste en Hongrie comme un « outrage » à la liberté humaine et une violation des cinq points de « coexistence pacifique » auxquels les Russes avaient souscrits dans l\u2019espoir d\u2019endormir les peuples de l\u2019Asie.Mais, la veille même, lorsqu\u2019on vota, à l\u2019O.N.U., la résolution sur le retrait des troupes russes en Hongrie, l\u2019Inde s\u2019était abstenue de prendre parti.Ce n\u2019est que le 14 novembre que, de concert avec l\u2019Indonésie, Ceylan, la Birmanie, elle demandait, enfin, le départ de l\u2019armée rouge.Autre chose.Vers le même temps, la soi-disant Assemblée constituante du Cachemire, sous la coupe de l\u2019Inde, ratifiait un projet de constitution qui annexait ni plus ni moins le Cachemire à l\u2019Inde.On publia aussitôt des cartes géographiques de l\u2019Inde avec deux nouveaux États indiens, ceux du Cachemire et du Yamnou.Nehrou a lui-même affirmé que l\u2019épineux problème du Cachemire ne pouvait être réglé équitablement que par un plébiscite vraiment libre et non par une action unilatérale.Le Pakistan a accepté que ce plébiscite se tienne sous l\u2019égide de l\u2019O.N.U.Nehrou à la fois le veut et ne le veut pas, et manœuvre aujourd\u2019hui de façon à contourner cette solution.Nous admirons en Nehrou l\u2019apôtre de la paix et le champion du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Nous reconnaissons aussi les immenses difficultés qu\u2019il affronte dans un pays sous-développé et divisé.Nous accepterions même sa neutralité à cause des circonstances politiques, sociales, économiques et géographiques où se trouve son pays.Mais ce que nous n\u2019accepterons jamais, c\u2019est qu\u2019il y ait deux droits des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, l\u2019un pour régler les problèmes sur les bords du Nil et de l\u2019Indus, l\u2019autre pour régler 339 les problèmes sur les bords du Danube et de l\u2019Oder.Nous n\u2019accepterons jamais non plus qu\u2019il y ait deux sortes de paix, l\u2019une imposée par la force, l'autre issue du droit.Nehrou croit-il à un ordre international fondé sur un droit moral et absolu ?La réponse à cette question livrerait peut-être la clé de cet esprit mystérieux.A Bonn, le 16 juillet dernier, il répondait à des journalistes que, lorsqu\u2019on déclarait immoral le neutralisme, on faisait de la politique avec la religion.« Je ne crois à aucune religion, à aucun dogme.Je n\u2019ai aucune foi », ajoutait-il.Étrange M.Nehrou.15 novembre 1956» LES OCTROIS FÉDÉRAUX AUX UNIVERSITÉS Richard ARÈS, S.J.ENCORE UNE FOIS l\u2019irritant débat sur les octrois fédéraux aux universités divise profondément l\u2019opinion canadienne-française.De part et d\u2019autre, les positions se prennent, non sans qu\u2019il s\u2019y mêle beaucoup de sentimentalité et de passion, non sans qu\u2019interviennent les rancœurs personnelles et les partisan neries politiques.Essayons brièvement de présenter les faits, d\u2019établir les principes en jeu, de dégager les solutions possibles.LES FAITS Les faits sont connus et peuvent se ramener aux trois suivants: les besoins des universités, les offres du gouvernement fédéral et la politique du gouvernement québécois.1.\tLes besoins des universités.\u2014Ces besoins sont immenses et urgents, surtout dans les universités canadiennes-françaises.Celles de Montréal, de Québec et de Sherbrooke sont en pleine expansion; on s\u2019y plaint de manquer de locaux et de personnel, et même de ne pouvoir rémunérer convenablement les professeurs qui consentent à ne pas quitter l\u2019enseignement universitaire.Inutile d\u2019insister sur ce premier fait: il est criant et admis de tout le monde.2.\tLes offres fédérales.\u2014 Elles persistent depuis 1951, et voici que, cette année, elles se renouvellent, encore plus plantureuses, encore plus tentantes.En apparence, rien de plus innocent, de plus satisfaisant: le gouvernement fédéral se fait le bienfaiteur des universités, il ne leur pose aucune condition, il évite l\u2019ombre même d\u2019une ingérence politique en donnant à ses octrois un caractère statutaire et en demandant à la Conférence nationale des Universités de se charger de leur distribution.Pour les universités québécoises, quelle tentation! surtout quand les universités des autres provinces les acceptent sans sourciller et même avec empressement.3.\tLa politique du gouvernement provincial.\u2014 Face à ces besoins universitaires et à ces offres fédérales, il y a le gouvernement québécois, dont la politique, à l\u2019égard des uns et des autres, a pour le moins manqué d\u2019organisation et de cohérence.Trop souvent et trop longtemps, il s\u2019est contenté de pratiquer à l\u2019égard des universités ce que la langue populaire appelle une « politique de bouche-trous », alors que s\u2019imposait en ce domaine une grande politique, organisée, méthodique et progressive, inspirée par le souci du bien commun beaucoup plus que par les préoccupations partisanes et électorales.Le même gouvernement, d\u2019autre part, accepte les subventions fédérales à l\u2019enseignement spécialisé et technique.LES PRINCIPES Tels sont les faits.Quels principes mettent-ils en jeu ?Deux principaux: le principe de la liberté universitaire et le principe fédératif ou le principe de la liberté provinciale.1.\tLe principe de la liberté universitaire.\u2014 Les immenses et pressants besoins financiers de nos universités constituent, tout le monde l\u2019admet, un obstacle sérieux à l\u2019accomplissement de leurs tâches.Qui peut remédier à ce mal?Tout naturellement les yeux se tournent vers le gouvernement provincial, à qui la constitution canadienne confère le droit exclusif de légiférer en matière d\u2019enseignement et d\u2019éducation.Mais, se demandent plusieurs, si les subventions gouvernementales sont destinées à devenir la principale source de revenus des universités, n\u2019y a-t-il pas danger que s\u2019amoindrisse d\u2019autant leur liberté d\u2019action et d\u2019expression ?Car le gouvernement qui déboursera de telles sommes voudra avoir son mot à dire dans leur administration et, sans doute, dans la nomination et l\u2019enseignement des professeurs.Aussi, au nom du principe de la liberté universitaire à sauvegarder, plusieurs se déclarent-ils prêts à accepter l\u2019aide fédérale.Il faut, raisonnent-ils, diversifier le plus possible les sources de revenus des universités, donc ne refuser aucune offre, d\u2019où qu\u2019elle vienne, et essayer d\u2019équilibrer les unes par les autres toutes les influences qui voudraient s\u2019exercer sur les universités.C\u2019est là, pensent-ils, la seule manière pour celles-ci de conserver leur liberté d\u2019action et d\u2019expression.2.\tLe principe fédératif.\u2014 Mais le débat actuel met en jeu un autre principe, qui est aussi un principe de liberté et qui constitue l\u2019essence même de l\u2019Acte de 1867 : le principe fédératif, garantie des libertés provin- 340 RELATIONS dales.D\u2019après ce principe, pour lequel les Canadiens français, au siècle dernier, se sont battus et qu\u2019ils ont réussi à faire inscrire dans l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, il y a au Canada deux ordres de gouvernement, ayant d\u2019une part des juridictions bien déterminées et exclusives, et d\u2019autre part des pouvoirs de taxation destinés à leur fournir les montants nécessaires à l\u2019accomplissement de leurs fonctions.En d\u2019autres termes, chaque gouvernement est maître chez soi et ne souffre pas d\u2019intervention de l\u2019autre dans ses affaires: ainsi le veut le principe fédératif, ainsi l\u2019établit la constitution canadienne.Or, depuis des années, le gouvernement fédéral pratique une double politique qui tend à entraver et même à bloquer complètement le libre jeu d\u2019un tel principe.D\u2019une part, en effet, il accapare les sources les plus importantes de revenus et, d\u2019autre part, comme il a trop d\u2019argent pour ses propres besoins, il ne cesse de multiplier les offres de subventions aux provinces.Il taxe pour des fins fédérales, et il dépense pour des fins provinciales.Ainsi, d\u2019après les nouvelles ententes fiscales, il se réserve près de 90% des recettes de l\u2019impôt sur le revenu, lequel va lui rapporter plus de deux milliards et demi de dollars pour l\u2019année 1956-1957, alors que les provinces qui, d\u2019après la constitution, ont au moins un droit égal au sien sur cet impôt devront se contenter du reste (10%).Le résultat de cette politique fiscale, nous l\u2019avons sous les yeux: des provinces qui n\u2019ont pas les ressources financières pour accomplir les tâches que leur assigne la constitution canadienne, et un gouvernement central qui regorge de tant de richesses qu\u2019il est prêt à tout subventionner: voirie, hôpitaux, écoles techniques, universités, arts, lettres, sciences, etc., mais à condition de conserver le quasi-monopole des grands impôts directs.Nous avons donc l\u2019exemple d\u2019un gouvernement central qui jouit de la plus entière liberté fiscale et de gouvernements provinciaux qui n\u2019en retiennent que des miettes.Et parce qu\u2019il en est ainsi, le premier peut accomplir non seulement ses propres tâches constitutionnelles, mais se charger des tâches réservées aux provinces; les seconds, par contre, sont devenus des mendiants incapables de s\u2019acquitter de leurs fonctions.Dans ce débat sur les octrois fédéraux aux universités, c\u2019est la liberté fiscale des provinces qui, encore une fois, est en jeu.Et liberté fiscale signifie, en un temps où les tâches de l\u2019État sont si nombreuses, liberté législative, liberté politique.Les octrois fédéraux aux universités, c\u2019est une maille de plus dans la chaîne déjà longue et lourde qui entrave la liberté fiscale des provinces.Sans doute, faut-il défendre la liberté universitaire, mais l\u2019autre aussi; sinon, c\u2019est la liberté tout court qui, en définitive, en souffrira.Quand toutes nos institutions québécoises \u2014 politiques, sociales, culturelles \u2014 dépendront financièrement d\u2019Ottawa, alors ce sera la fin du fédéralisme, la fin du seul DÉCEMBRE 1956 régime qui permette aux Canadiens français de s\u2019épanouir comme communauté culturelle distincte; et l\u2019un des meilleurs remparts contre l\u2019avènement d\u2019un État totalitaire aura cédé.LES SOLUTIONS POSSIBLES Au conflit qui oppose les gouvernements au sujet des universités, il y a plusieurs solutions possibles; mais toutes ne sont pas acceptables, ni complètement satisfaisantes.1.\tLes solutions insuffisantes et inacceptables.\u2014 Ce seraient celles qu\u2019on voudrait donner au conflit sans recourir à un accord entre les deux gouvernements.Deux cas peuvent se présenter: a) les universités québécoises, de concert avec les autres universités canadiennes, acceptent les octrois fédéraux, mais contre le gré du gouvernement provincial; b) ces mêmes universités, par suite de l\u2019attitude du gouvernement québécois, refusent les largesses d\u2019Ottawa.Dans le premier cas, la solution est nettement insatisfaisante et même dangereuse.Les universités donnent le mauvais exemple à la population et elles se placent dans une situation très difficile.Ce ne sont pas les octrois fédéraux qui leur permettront de se renflouer financièrement: ils ne constituent qu\u2019une infime fraction des sommes dont elles ont présentement besoin.Si elles espèrent accroître ainsi leur liberté, elles se trompent, car les deux gouvernements se feront la guerre sur leur dos et, inévitablement, voudront intervenir dans leurs affaires.Elles ne sont pas de taille à jouer le jeu d\u2019une troisième puissance, faisant équilibre aux deux ordres de gouvernement.Il se pourrait bien qu\u2019en définitive le choix d\u2019une pareille solution accroisse leurs difficultés financières au lieu de les soulager, diminue encore leur liberté d\u2019action et d\u2019expression au lieu de la préserver.Dans le second cas, c\u2019est-à-dire en refusant les octrois fédéraux, elles se mettent en état d\u2019infériorité par rapport aux autres universités canadiennes qui, elles, les acceptent.Situation d\u2019autant plus tragique que ce sont les universités canadiennes-françaises qui ont de plus pressants besoins financiers.Sans doute, le gouvernement provincial peut se montrer généreux et leur donner l\u2019équivalent des sommes qu\u2019elles auraient reçues d\u2019Ottawa; mais il n\u2019en restera pas moins que, d\u2019une part, ces sommes demeureront pour elles comme un appât qui excitera leurs regrets et leur convoitise, et que, d\u2019autre part, les recettes des taxes fédérales \u2014 taxes payées en bonne partie par les citoyens du Québec \u2014 auront encore une fois été utilisées pour poursuivre des objectifs dont toutes les provinces tireront bénéfice, à l\u2019exception de la seule province de Québec.Aussi, pas plus que la première, cette solution ne peut-elle être acceptée comme satisfaisante, encore moins comme permanente.2.\tLes solutions partielles et provisoires.\u2014 Ce seraient celles qui comporteraient un accord entre les deux gou- 341 vemements, mais sur le seul point précis de l\u2019aide aux universités.On peut actuellement en envisager trois.a)\tLa première exigerait que le gouvernement québécois revienne sur sa décision et accepte telle quelle la nouvelle formule de distribution des octrois fédéraux aux universités.C\u2019est la plus mauvaise des solutions partielles et provisoires.L\u2019accepter intégralement, ce serait pour lui démissionner encore une fois devant des responsabilités constitutionnelles nettes et précises, ajouter une maille à la chaîne qui restreint déjà sa liberté fiscale et encourager le gouvernement fédéral dans sa politique de conserver le quasi-monopole des grands impôts directs, sous prétexte que ses subventions aux provinces et aux institutions provinciales lui coûtent très cher.D\u2019autre part, s\u2019il est vrai, comme tout le monde l\u2019admet, que les universités relèvent de la juridiction provinciale, comment le gouvernement québécois peut-il admettre d\u2019être complètement mis de côté quand Ottawa traite avec elles ?Renversons les rôles : le gouvernement fédéral accepterait-il d\u2019être tenu à l\u2019écart sans rien dire, si le gouvernement québécois se mêlait des affaires militaires du pays?Le fait de confier à la Conférence nationale des Universités canadiennes la distribution des octrois fédéraux ne change absolument rien à l\u2019état de la question: il s\u2019agit d\u2019une association privée, qui échappe au contrôle du gouvernement québécois et sur laquelle l\u2019influence à exercer viendra, non pas de Québec, mais d\u2019Ottawa, influence d\u2019autant plus grande que les octrois à distribuer seront plus considérables.Enfin, si le gouvernement québécois cède sur ce point, c\u2019est la porte ouverte aux octrois fédéraux à tous les autres niveaux de l\u2019enseignement.Pourquoi, en effet, le gouvernement d\u2019Ottawa s\u2019arrêterait-il au niveau universitaire ?Ce n\u2019est pas l\u2019argent à dépenser qui lui manque: déjà, pour les six premiers mois de l\u2019année fiscale 1956-1957, il a accumulé un surplus de $300,000,000, et il annonce un don de $100,000,000 pour créer un conseil canadien des arts, des humanités et des sciences sociales.D\u2019un autre côté, les besoins des secteurs secondaire et primaire de l\u2019enseignement ne sont pas moins pressants, et les demandes d\u2019octrois ne cessent d\u2019affluer à Ottawa de la part des grandes associations « nationales », comme la Canadian School Trustees' Association.b)\tUne autre solution plus satisfaisante serait que le gouvernement québécois crée sa propre commission d\u2019aide aux universités et qu\u2019il la dote lui-même d\u2019un fonds qui pourrait se composer non seulement d\u2019octrois provinciaux, mais aussi de sommes payées par la grande industrie et même de subventions fédérales.Cette commission administrerait, en faveur des universités québécoises, les montants ainsi versés et serait responsable au seul parlement provincial.Tout le monde y gagnerait: ainsi Ottawa montrerait sa sincérité dans le désir d\u2019aider les universités, Québec garderait le con- trôle des sommes destinées à ces dernières, et les universités auraient non seulement plus d\u2019argent, mais un intermédiaire auprès du gouvernement pour lui faire connaître leurs besoins et prendre à l\u2019occasion la défense de leur liberté.c)\tUne troisième solution est aussi à considérer: c\u2019est celle qui préconise que le gouvernement fédéral, au lieu de verser des octrois directement aux universités, accepte, pour les provinces qui le désireront et le Québec en particulier, d\u2019abaisser son taux d\u2019impôt sur le revenu de 1 ou de 2% en faveur des gouvernements provinciaux, de manière à permettre à ceux-ci de hausser d\u2019autant leur propre taux d\u2019impôt sur le revenu pour ensuite verser eux-mêmes aux universités l\u2019équivalent des octrois fédéraux actuels.Ottawa, rappelons-le, perçoit ou va percevoir dans le Québec 90% de l\u2019impôt sur le revenu, impôt auquel les provinces ont droit aussi bien que lui.S\u2019il consentait à cette proposition, il ne lui en coûterait pas plus cher, il aiderait quand même les universités et il respecterait le principe fédératif en ne taxant pas pour des fins provinciales et en n\u2019entravant pas sur ce point la liberté fiscale des provinces.3.Une solution générale et permanente.\u2014 Quelle que soit la solution que l\u2019on adopte pour le moment à propos des octrois fédéraux aux universités, elle restera toujours un peu boiteuse tant que n\u2019aura pas été réglé le grand problème des relations fédérales-provinciales dans le domaine fiscal.Car le débat sur les universités n\u2019est qu\u2019un épisode dans le conflit qui oppose, depuis dix ans, Ottawa et Québec, et dont l\u2019enjeu est l\u2019avenir du fédéralisme canadien.D\u2019autres épisodes s\u2019en viennent et qui ranimeront le débat; ils s\u2019intitulent: assurance-santé, subventions aux municipalités, octrois aux écoles secondaires et élémentaires, subventions du prochain conseil canadien des arts, et le reste.Que les autres provinces et même les minorités canadiennes-françaises acceptent avec empressement l\u2019aide fédérale, cela ne change pas substantiellement les données de l\u2019option vitale qui se pose actuellement à la population canadienne-française du Québec : est-elle, oui ou non, en faveur de maintenir à Québec un gouvernement élu pour veiller sur ses propres affaires, spécialement dans les domaines social et culturel?Si sa réponse est non, elle n\u2019a qu\u2019à laisser aller les choses comme elles vont maintenant, qu\u2019à accepter toutes les avances et à souscrire à tous les plans quinquennaux d\u2019Ottawa, et bientôt, il n\u2019y aura plus à Québec qu\u2019une simple administration municipale, sans pouvoirs autonomes et sans ressources financières autres que celles que voudra bien lui octroyer le gouvernement fédéral.C\u2019est-à-dire qu\u2019il n\u2019y aura plus politiquement de Canada français, mais uniquement une minorité française au Canada: ce sera un recul d\u2019un siècle.Si sa réponse est oui, si la population franco-québécoise croit encore à l\u2019utilité d\u2019un gouvernement provin- 342 RELATIONS cial autonome et fort à Québec, alors il faut qu'elle comprenne et se convainque que la première chose à assurer à ce gouvernement, c\u2019est la liberté fiscale, et une liberté fiscale telle qu\u2019il soit en mesure de recueillir lui-même les fonds nécessaires à l\u2019accomplissement de ses obligations constitutionnelles, et tout particulièrement de ses fonctions sociales et culturelles.C\u2019est là LA GRÈVE DE L\u2019AMIANTE le nœud du problème, et c\u2019est là l\u2019objectif à atteindre, si l\u2019on veut donner une solution durable au conflit qui oppose Québec et Ottawa, et dont l\u2019enjeu, encore une fois, n\u2019est pas seulement de savoir qui subventionnera les universités, mais qui maîtrisera les sources de la fiscalité et, par elles, régentera tous les secteurs de la vie provinciale: politique, économique, social et culturel.LE SENS D'UNE GRÈVE: UNE INTERPRÉTATION CONTROUVÉE Jacques COUSINEAU, S.J.LE SENS de la grève de l\u2019amiante à dégager dans les pers-pectives de l\u2019histoire récente du Canada français devait tenter plusieurs collaborateurs de l\u2019ouvrage que nous analysons (voir Relations, nov.1956, p.315).Dans sa préface, Jean-Charles Falardeau essaie de faire converger leurs réflexions « dans le contexte d\u2019une interprétation globale de notre évolution sociale ».Pour lui, la grève fut « un des rites de passage qui ont fait graduellement accéder le syndicalisme canadien-français à la condition adulte », mais avec ceci de particulier qu\u2019elle a « signifié une rupture avec la formule traditionnelle selon laquelle se résolvaient auparavant, comme par une institution de droit divin, les conflits ouvriers » (p.xiv).Le chapitre de Réginald Boisvert sur « La grève et le mouvement ouvrier » nous livre la description du processus de rupture et de son aboutissement, au moins sur le plan politique.Tout le développement d\u2019ailleurs est centré sur le problème suivant: Dans quelle mesure les trois grands mouvements ouvriers du Québec.sont-ils capables d\u2019élaborer un programme d\u2019action conjointe, d\u2019unir leurs forces dans la poursuite d\u2019objectifs communs?Cette question revêt aujourd\u2019hui une importance capitale.Du point de vue politique, c\u2019est même la question.Car l\u2019avenir politique, dans notre province, appartient indubitablement au parti qui saura, dans les cadres d\u2019un programme général, tracer un programme social et ouvrier susceptible de rallier les suffrages des masses laborieuses.Pour nous éclairer sur ce sujet, nous ne saurions mieux faire que de nous situer dans le cadre de la grève de l\u2019amiante.(P.346.) D\u2019où la division: « Action intersyndicale durant la grève », qui rapporte les principaux faits de collaboration posés à l\u2019intérieur de la C.T.C.C., par la Conférence intersyndicale, par les autres mouvements syndicaux et la presse ouvrière; puis, « Nouvelles relations intersyndicales » depuis la grève: prestige accru de la C.T.C.C., échec de la collaboration générale dû à la Fédération provinciale du travail, réussite avec la Fédération des unions industrielles du Québec; enfin, « Perspectives d\u2019avenir » (qui nous mènent jusqu\u2019en avril 1956) sur le problème de la fusion, les solutions possibles pour la C.T.C.C., les principes d\u2019une action efficace de sa part; ces principes supposent notamment qu\u2019elle « brise les gangues qui oppriment encore sa doctrine », et leur aboutissement « consistera, pour ce peuple militant qui trouve enfin sa voix et son visage, à se doter d\u2019une politique qui l\u2019exprime et réponde à ses véritables besoins.Tout nous porte à croire que cette politique est en gestation » (p.378).Le rattachement à la grève de 1949 de cette intéressante projection sur l\u2019avenir et la solidité de son argumentation DÉCEMBRE 1956 reposent sur les affirmations suivantes: « cette grève marque un sommet de la collaboration intersyndicale dans notre province » (p.346); « à son issue, l\u2019atmosphère générale, au sein du mouvement ouvrier, était.empreinte de confiance mutuelle, et tout laissait présager la naissance d\u2019une ère nouvelle »; les faits « laissaient même entrevoir la possibilité d\u2019une action politique ouvrière conjointe » (p.362).Mais il revenait à Pierre Elliott Trudeau, surtout dans 1\u2019 « Épilogue » qui invite le lecteur à dégager de la masse des récits « quelques leçons sur le passé, quelques réflexions sur le présent et quelques perspectives sur l\u2019avenir », d\u2019aller au delà de cette « politisation » de la grève de l\u2019amiante, de donner son sens profond, métaphysique, à l\u2019événement.Le langage symbolique est admirable et plein (p.379): Le rideau est tombé, au théâtre de l\u2019amiante.La toile de fond contre laquelle se sont joués les événements était bien celle d\u2019une province industrielle.Toutefois les meneurs du jeu, ayant pris soin de n\u2019enseigner aux personnages que de belles églogues et des déclamations patriotiques, ne s\u2019attendaient guère et ne nous avaient guère préparés qu\u2019à une autre pièce de patronage.Mais les trois coups eurent le retentissement de la dynamite; et les acteurs, qui avaient du coffre, improvisèrent soudain un drame prolétarien.La passion gagna la salle et la partagea en factions agitées; la scène même fut envahie par une foule turbulente de spectateurs qui voulaient prendre part à une action où ils sentaient que leur propre liberté se jouait.Voici le rappel imagé des causes (p.90): En 1949, il y a eu la grève mémorable de l\u2019amiante 1° parce que les travailleurs industriels du Québec suffoquaient dans une société encombrée d\u2019idéologies inadéquates et d\u2019institutions oppressives; 2° parce que l\u2019importance pour la nation de la classe ouvrière était hors de commune mesure avec son peu de prestige; 3° parce que ses gains économiques collectifs correspondaient à des reculs dans la hiérarchie sociale (les paysans n\u2019étant devenus prolétaires qu\u2019au prix de déchoir en tant que paroissiens, électeurs, patriotes, etc.); 4° parce que notre philosophie morale et notre politique ouvrière ne tenaient pas suffisamment compte du peuple industriel que nous étions devenus.Puis, en prose claire, le jugement essentiel: Un épisode-clé d\u2019émancipation sociale, qui a pu se dérouler, sous l\u2019impulsion de forces purement issues du monde industriel, sans déviation confessionnelle ni nationaliste.(P.401.) De la sorte, une puissance nouvelle et contemporaine affirma sa maîtrise sur nos destinées collectives, le cours de l\u2019histoire de notre province fut exorcisé, l\u2019envoûtement qu\u2019exerçait notre passé sur notre présent fut brisé, et une multitude de puissances créatrices fut libérée dans tous les domaines.(P.392.) 343 Ainsi donc, pour Trudeau et Boisvert, moins pour Falar deau, les grévistes de l\u2019amiante, quand, le dimanche soir 13 février, ils sortirent du sous-sol de l\u2019église Saint-Aimé, à Asbestos, et, le lendemain, de la salle paroissiale Saint-Alphonse, à Thetford, brisaient avec « notre passé social, à nous, Canadiens français, très riche en erreurs à ne pas répéter » (p.380), avec « un mouvement syndical fondé sur une contradiction interne profonde » (p.358), avec le nationalisme dont les protagonistes « ignoraient à peu près tout des problèmes concrets qu\u2019allait bientôt poser chez nous la révolution industrielle » (p.358), enfin avec « notre pensée sociale, notre Église » dans lesquelles « à toutes fins pratiques ils ne comptaient pour presque rien » (p.90) ; il va sans dire qu\u2019ils n\u2019en étaient pas conscients, mais en eux s\u2019exprimait alors « le mouvement ouvrier., mû par ses forces internes et une logique insoucieuse de ce qui n\u2019était pas commandé par sa propre nature » (p.83), « en gestation perpétuelle », et qui, « là même où il s\u2019est le plus développé, le plus approfondi, est encore loin du but que lui ont assigné ses fondateurs et ses prophètes » (p.376), mais qui, « en ce vingtième siècle,.fait l\u2019Histoire » (p.377).Aussi leur lutte d\u2019émancipation du milieu avait été « ébauchée en 1947 » par les ouvriers des salaisons et « continuée en 1952 » par les « ouvriers catholiques de Valleyfield qui avaient accepté pour chefs des gens qu\u2019on disait être communistes notoires » (p.401).Consacrée fraction de cette force mythique qui se déroule en vertu du déterminisme historique, la grève, qui devait bouleverser « nos cadres sociaux \u2014 vermoulus.\u2014 prêts à éclater » (p.90), pouvait survenir n\u2019importe où.L\u2019un prétend: «.c\u2019est donc la date qui fut déterminante, et non tellement le lieu, ni l\u2019industrie particulière » (p.90); l\u2019autre: « .rien n\u2019avait laissé entrevoir, en 1948, que l\u2019événement dût avoir lieu à l'hiver suivant plutôt qu\u2019en 1955 ou en 1960 » (p.xv).Conclusion qui est proprement démission, refuge dans l\u2019abstrait, aveu d\u2019ignorance ou incapacité d\u2019expliquer et qui, sur le plan sentimental ou mystique, se complète par une profession de foi dans l\u2019avenir de l\u2019industrialisation.Je préférerais suivre les prophètes sur le terrain mystique, mais j\u2019ai le devoir pour l\u2019instant de suivre les historiens sur les faits et les idées.La grève de l\u2019amiante constitue-t-elle une rupture avec le passé ?D\u2019abord, appartient-elle au syndicalisme national catholique ?Ensuite, fut-elle un déracinement du milieu ?Comment enfin expliquer sa portée formidable et son sens profond ?Tels sont les points à examiner.* Le comportement des mineurs d\u2019amiante en 1949, loin d\u2019être une « rupture », s\u2019aligne parfaitement avec le passé syndical qu\u2019il continue et couronne par son universalisme.Le chapitre de Fernand Dumont a bien montré comment, depuis toujours, avait réussi aux mineurs le procédé des sorties brusques, « spontanées » au sens syndical du mot, apparemment « illégales », organisées pour chasser un gérant aux méthodes dictatoriales, pour protester contre des décisions de tribunaux d\u2019arbitrage ou pour obtenir des redressements dans les conditions de travail.Mode de déclenchement traditionnel, conduite de grève aussi.On n\u2019insistera jamais trop sur le fait que, dans l'après-midi de chaque jour, un cortège de grévistes se formait, aux abords du local du syndicat, pour se rendre à l\u2019église, où l\u2019on récitait le chapelet sous la direction du curé et aumônier Camirand.Geste peut-être ridicule pour les uns, doctrinaires libéraux et socialistes, mais qui, aux yeux de la plupart, donne ton, couleur et garantie de dignité; geste que personne ne qualifiera d\u2019 « émancipation », mais que l\u2019observateur trouvera expressif de « notre » doctrine sociale de l\u2019Église.D'ailleurs, comment expliquer que « l\u2019improvisation » de ce « drame prolétarien », à l'encontre de la « pièce de patronage » préparée par « les meneurs du jeu », ait échappé aux aumôniers syndicaux?Un jour, le 23 février, le ministre du Travail, à l\u2019occasion d\u2019un débat sur les conflits d\u2019Asbestos, affirma devant l'Assemblée législative que les aumôniers des syndicats catholiques « regrettent ce qui arrive, nous disent qu\u2019ils endurent jusqu\u2019à ce que le ménage se fasse »; le 27 février, à l\u2019occasion des journées provinciales d\u2019étude de la C.T.C.C., tenues à Montréal, les aumôniers de la C.T.C.C.et tous les aumôniers diocésains et de fédérations ont tenu à « affirmer que le mouvement auprès duquel l\u2019autorité religieuse compétente les a mandatés.met en application d'une façon_ très satisfaisante dans son ensemble la pensée sociale de l\u2019Église ».Témoignage significatif dans le contexte du moment.Qui, sans préjugés, prendra tous ces prêtres d\u2019expérience syndicale pour une bande de naïfs ?Le dénouement enfin de la longue lutte ne brise en rien avec le passé.C'est Mgr Maurice Roy qui, sollicité par les deux parties, « devint non seulement le médiateur, mais le conciliateur respecté » (abbé Dion, p.252) et mit fin au conflit.Il n\u2019y a pas de grève dans l\u2019histoire de la C.T.C.C.où l\u2019intervention cléricale ait été aussi prolongée, efficace et appréciée.L\u2019hypothèse du drame prolétarien, avancée sans preuve, ne résiste pas à l'examen des faits.Mais je devine que le scénario n\u2019en a été imaginé que par ignorance de l\u2019histoire du syndicalisme national catholique; elle consisterait en pièces de patronage jouées dans un décor de carton-pâte: aucune bataille d\u2019hommes, rien que de « belles églogues » et des « déclamations patriotiques » ! Étranges pièces de patronage! La grève générale du textile, en 1937, qui, de Saint-Grégoire de Montmorency à Valleyfield en passant par les Cantons de l\u2019Est, dressa 10,000 ouvriers contre la Dominion Textile que le rapport de l\u2019enquête Turgeon venait de dénoncer.Les grèves de Sorel, encore en 1937, où Mgr Desranleau se fit le champion de la cause ouvrière contre des patrons canadiens-français et où les esprits se sont difficilement apaisés à cause du sang versé.La grève impromptu d'Arvida, en 1941, qui fut traitée de sabotage par un ministre fédéral, suscita une enquête royale dont le rapport exonéra les ouvriers de tout blâme et amena le redressement des conditions de travail dans les usines de guerre.La grève chez Price dans le Lac-Saint-Jean, en 1943, déclenchée contre un employeur et une union internationale de connivence, qui elle aussi provoqua une enquête et prépara la Loi des relations ouvrières.Des témoins-acteurs, comme Alfred Charpentier, Philippe Girard, Lucien Tremblay et Jean Marchand, pourraient respectivement sur chacune raconter des incidents dramatiques et tragiques.Personnellement, je ne me rappelle pas sans émotion que, lors d\u2019une assemblée tenue à la salle du marché de Sorel, les fiers-à-bras amenés par les amis de l\u2019ouvrier-progressiste Haddow, du Conseil des Métiers de la Métallurgie, dans le but d\u2019empêcher un dirigeant des syndicats de monter sur l\u2019estrade où Madeleine Parent venait de me donner la réplique, assommèrent devant moi le syndiqué qui devait le protéger (et il mourut, deux heures après, sans avoir repris connaissance).Les militants de la C.T.C.C.d\u2019avant 1949 avaient du « coffre » comme ceux de 1949; ils ne forment tous qu\u2019un mouvement.Ce mouvement, parce que national et catholique d\u2019inspiration, n\u2019aurait pas réussi, affirme-t-on sans autre preuve, à « poser en termes économiques un problème avant tout économique », « en termes modernes un problème social tout moderne ».Comme si les enjeux majeurs des luttes précitées: convention collective (textile, 1937), reconnaissance syndicale (Sorel, 1937), hygiène industrielle (Arvida, 1941), 344 RELATIONS liberté syndicale (Price, 1943) n\u2019étaient pas les principes mêmes inscrits dans la déclaration de Philadelphie (1944) concernant les buts et objectifs de l\u2019Organisation internationale du Travail! D\u2019ailleurs, bien naïf celui qui croit que les ouvriers groupés dans nos syndicats n\u2019ont pas en même temps revendiqué des salaires justes et convenables.Mais, depuis vingt ans, notre milieu québécois a manifesté sa sympathie et, une fois éclairé, donné son adhésion quand les luttes syndicales se faisaient pour des principes ou des questions vitales.Par milieu, j\u2019entends les autorités sociales, les foyers de pensée, les groupes institutionalisés et les organes d\u2019expression libre qui font l\u2019opinion publique.Aussi faut-il observer une lacune capitale dans l\u2019exposé de Trudeau \u2014 juste par ailleurs \u2014 sur les conditions d\u2019exercice de la grève « dans le contexte social actuel » : aucune mention de la nécessité, reconnue par les praticiens syndicaux, les historiens sociaux et les économistes du travail, de l\u2019appui de l\u2019opinion publique pour réussir une grève d\u2019envergure.Or, cette vérité, Trudeau se devait de l\u2019omettre, parce que l\u2019admission en aurait détruit sa thèse essentielle: pour lui, c\u2019est dans un vide quasi absolu que le phénomène s\u2019était produit; il était, dès lors, sans généalogie et sans descendance, sauf peut-être, dans l\u2019avenir, sur le plan politique.Les faits sont tout autres.Cette grève dans l\u2019amiante québécoise (février-juin 1949) est inconcevable sans le contexte et l\u2019appui de l\u2019opinion publique.La faveur de notre milieu était acquise d\u2019avance aux ouvriers qui, pendant le congrès de leur fédération à l\u2019été précédent, avaient réclamé vivement une protection légale effective contre les maladies industrielles et qui mettaient résolument en tête de leurs revendications de grève « l\u2019élimination de la poussière d\u2019amiante à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur des moulins ».Pourquoi?Parce que, depuis mars 1948, date de la publication dans Relations d\u2019un formidable dossier sur la silicose, le problème de l\u2019hygiène industrielle se posait à tous les esprits ouverts et hantait les responsables.Jamais, sur un point concret de politique sociale, pareille unanimité ne s\u2019était faite! Le volumineux dossier sur la question réunit des centaines de découpures et forme une preuve décisive.On y relève les positions prises par le Devoir, toujours à l\u2019avant-garde, par l\u2019Action catholique, Notre Temps, le Front ouvrier, la Terre de chez nous, l\u2019Action nationale, etc., et même, au delà des cercles habituels, par le Canadian Register, un synode de la United Church et VAnglican Outlook.Des représentants des trois mouvements ouvriers se rencontrent.Frappés de l\u2019occasion unique qui s\u2019offre de présenter au public le cas pitoyable de l\u2019amiantose et de faire ainsi régler peut-être leur problème qui traîne en longueur, des chefs ouvriers de l\u2019amiante demandent à M.Burton Le Doux, l\u2019auteur de l\u2019article sur la silicose, d\u2019amasser un dossier sur le cas d\u2019East-Broughton.Au 12 janvier, l\u2019article sur l\u2019amiantose paraît dans le Devoir, suivi d\u2019éditoriaux aux titres significatifs: « La morgue d\u2019East-Broughton » et « Nous ne nous tairons pas ».Les autres journaux cités enchaînent à leur tour: le concert est général.C\u2019est dans cette atmosphère saturée de préoccupations sociales qu\u2019éclate la grève d\u2019As-bestos, le 13 février.Aussi comprend-on qu\u2019à l\u2019Assemblée législative, lors du premier débat sur le conflit, dès le 16, le ministre du Travail se défende d\u2019abord et surtout en rapport avec les maladies industrielles.Signe authentique du lien qui existe entre la grève et la campagne d\u2019idées menée dans le milieu.Le soutien de la grève par l\u2019opinion publique devint général et efficace quand la Commission sacerdotale d\u2019Études sociales publia sa déclaration, avec l\u2019assentiment de la Commission épiscopale des Questions sociales.L\u2019intervention de l\u2019Église hiérarchique ne fut décidée que par conviction et devant preuve qu\u2019il y avait « conspiration pour écraser la DÉCEMBRE 1956 classe ouvrière » (Mgr Charbonneau) et que « la survie même du mouvement syndical catholique était en jeu » (abbé Dion).Geste décisif qui a rendu évident le sens profond de cette grève.Loin d\u2019être une rupture, elle constituait un aboutissement: de l\u2019extérieur, le milieu s\u2019était reconnu dans ce syndicalisme et, provoqué par les circonstances, il s\u2019était sacrifié pour lui permettre de l\u2019intérieur l\u2019effort suprême, mais en continuité des autres, qui consacrerait dans la souffrance l\u2019accès à la majorité.Mais quand l\u2019Église, les élites et le peuple ensemble donnèrent la main à ce syndicalisme opprimé, ce geste constituait une sorte de défi à l\u2019État; le pays réel divorçait de l\u2019autre, et l\u2019Église affrontait son allié traditionnel pour la première fois avec autant d\u2019éclat.D\u2019où le sens dramatique de l\u2019événement et sa portée considérable.L\u2019Église s\u2019empressa de dissiper le scandale par sa lettre collective sur le Problème ouvrier.Mais sa parole ne fut pas partout reçue; d\u2019où, en partie, le tragique de la situation actuelle.Quoi qu\u2019il en soit, la grève de l\u2019amiante n\u2019a pas le sens politique que lui donne Boisvert.Faute d\u2019espace, je me limiterai à une preuve.La base de sa construction logique, à savoir que la grève marque un sommet de la collaboration intersyndicale dans notre province, ne résiste pas à l\u2019examen des faits.Boisvert reconnaît que, dès la fin de l\u2019été 1949, le front commun était disloqué.S\u2019il relit la déclaration conjointe du 17 mars, aux expressions non compromettantes, s\u2019il constate comme moi dans les archives de la C.T.C.C.que la Fédération provinciale du Travail n\u2019a organisé aucun secours, à la différence du Congrès canadien du Travail, et que ses locaux affiliés n\u2019ont pas fourni proportionnellement le dixième de l\u2019autre, contrairement aux statistiques citées qu\u2019il n\u2019a pas comprises, il conviendra que le sommet de la collaboration québécoise a été atteint à propos du bill 5 et que la descente de la courbe, visible déjà lors du bill 60, est attribuable à la grève même de l\u2019amiante.* Je conclus.L\u2019interprétation du sens profond de la grève de l\u2019amiante donnée par Trudeau-Boisvert constitue une tentative d\u2019en dérober le mérite et la gloire au syndicalisme qui l\u2019a faite, de la déraciner du milieu social et culturel qui lui a créé une atmosphère propice et de la soustraire aux influences qui l\u2019ont soutenue et conduite à son achèvement.Dès lors, cette grève est devenue un mythe, sans attache avec notre passé social qu\u2019il répudie et sans effet sur notre milieu actuel, tant nationaliste que d\u2019Êglise; mais puissant, affirme-t-on, relié à la grève antiautonomiste des salaisons et à celle de Valleyfield montée par le duo Rowley-Parent, et il aboutira, entrevoit-on au début de 1956, à travers la difficulté que constitue la Fédération provinciale, « alliée plutôt docile du gouvernement duplessiste » (p.369), à une grande unité syndicale et enfin, par elle, sans doute à un quelconque Rassemblement.Le procédé de désincarnation consiste à ignorer fermement.Un événement a mis en émoi notre monde social en 1948: la publication d\u2019un dossier sur la silicose qui a ébranlé les assises même de l\u2019alliance politico-financière la plus considérable du siècle, a suscité dans le Québec et l\u2019Ontario plus de littérature, fait plus réfléchir et déterminer plus d\u2019action sur l\u2019hygiène industrielle que durant les vingt précédentes années.Voici qu\u2019un autre dossier, en prolongement du premier et rédigé par le même courageux apôtre social, est publié sur l\u2019amiantose (dans le Devoir cette fois, puisque Relations n\u2019a pu porter le coup du premier, au scandale profond du grand nombre).Le numéro porte la date du 12 janvier 1949 et fait sensation au point que, lorsque la grève éclate, le 13 février, avec l\u2019hygiène industrielle en tête des revendi- 345 cations officielles, on accuse le Devoir de l'avoir fomentée.Ce lien essentiel, le journaliste Pelletier en parle, Trudeau, qui fait la synthèse, le tait; il omet même le fait, indispensable à l\u2019intelligence de l\u2019ensemble.La comparaison s\u2019impose.Supposons un historien qui, dans sept ou huit ans, décrirait les origines du Rassemblement ou de la Ligue provinciale de moralité sans parler du document Dion-O\u2019Neill ! Incroyable, mais vrai.Il y a mieux.L\u2019Église est intervenue en cette grève, comme jamais elle ne l\u2019avait fait, avec un appareil de puissance qui a renversé le cours des choses et, à sa grande manière diplomatique, a réglé le conflit.Mais elle se devait de mettre de l\u2019ordre dans les esprits; après un temps de répit, en février 1950, les archevêques et évêques de la province civile de Québec publiaient une lettre pastorale collective dans laquelle ils faisaient l\u2019application au milieu québécois des principes qui régissent les relations du travail et étaient « amenés à se prononcer sur tous les points moraux litigieux qui avaient été soulevés au cours de la grève de l\u2019amiante ».C\u2019est « un document unique dans l\u2019histoire canadienne » qui a « reçu les plus grands éloges des autorités romaines » (p.261).L\u2019abbé Dion, que je cite, en parle; Trudeau n\u2019en dit pas un mot.Incroyable, mais vrai.Cet oubli effarant du geste unanime des chefs hiérarchiques l\u2019amène à affirmer, dans son aperçu sur les « évolutions sociales de la province de Québec depuis 1949 », que l\u2019Église au Québec nous paraît aujourd\u2019hui bien divisée » (p.395).L\u2019oubli est méthodique et fait partie d\u2019une politique.La mise de côté du problème de l\u2019hygiène industrielle, du dossier de la silicose et de l\u2019amiantose n\u2019a pas pu ne pas être voulue, voici pourquoi.Aux archives de la C.T.C.C., se trouve « le dossier des articles de revues, éditoriaux et autres reportages de journaux relatifs à la grève », avec son index; travail admirable, accompli par Louis-Laurent Hardy, qui a donné la substance des chapitres solides du livre préparé par Trudeau; or, le compilateur objectif n\u2019a pas manqué d\u2019inscrire en tête comme premier document le numéro de mars 1948 de Relations et les subséquents.Le directeur de l\u2019équipe de recherche en a donc pris connaissance.On se demande alors dans quel but Trudeau, sincère autant qu\u2019intelligent, a passé sous silence des réalités fondamentales au point d\u2019avoir échoué complètement à expliquer la grève de l\u2019amiante et à lui donner un sens intelligible et d\u2019en avoir plutôt fait un mythe, une projection idéaliste dans l\u2019abstrait ou un objet de prophétisme de nuance politique.Le secret de la réponse s\u2019en trouve peut-être dans le long chapitre intitulé « La province de Québec au moment de la grève ».La logique du procédé alors employé, l\u2019optique choisie et le degré de la charge sentimentale accumulée expliquent-ils cet échec manifeste?Notre prochain article le dira.LA TÉLÉVISION REPRISES DE SPECTACLES À LA TÉLÉVISION Emile GERVAIS, S.J.IA PRÉSENTE CHRONIQUE porte sur quelques points d\u2019importance secondaire.Nous devons remettre à plus tard l\u2019étude de questions de plus grande envergure, comme celle qui fut soulevée, lors d\u2019une récente.prise de bec, au sujet des droits et des responsabilités de la critique.Contentons-nous pour le moment de quelques notes en marge des émissions de CBFT.« Un homme et son pêché » Un nouveau téléroman, les Belles Histoires des pays d\u2019en-haut, a fait son apparition à la télévision, précédé par une orchestration magistrale de tous les instruments de publicité et de propagande.Dès les premières émissions, concert d\u2019éloges et d\u2019applaudissements.Claude-Henri Grignon, le Valdombre à la rude franchise, nous pardonnera de ne pas partager l\u2019enthousiasme.général et de le dire sans ambages.Nous sommes trop habitué aux personnages si bien campés de la suite radiophonique Un homme et son péché pour être bien ému par leur pâle image à l\u2019écran.Nous ne sommes guère impressionné par le caractère d\u2019universalité que l\u2019auteur tente de donner aux Belles Histoires des pays d\u2019en-haut en mettant en scène les principales figures de la vie canadienne à la fin du xixe siècle.Le portrait qu\u2019il brosse est sommaire.Le rôle de ces personnages dans l\u2019intrigue est accessoire, et il nous est présenté pratiquement isolé du contexte historique et social.Les émissions futures modifieront-elles ces premières impressions ?« Cap-aux-Sorciers » Un autre téléroman justifie amplement les éloges qu\u2019on lui adresse de toutes parts.Cap-aux-Sorciers est en passe de devenir l\u2019émission favorite des critiques comme du public.On doit attribuer un tel succès au talent profond et sûr de Guy Dufresne, admirablement secondé par Paul Blouin, réalisateur qui sait traduire les moindres nuances d\u2019un texte riche de pensées et de sentiments.De la part de l\u2019auteur qui avait écrit tant de beaux textes pour l\u2019émission radiophonique le Ciel par-dessus les toits, on pouvait attendre des épisodes profondément humains et dramatiques.Or, l\u2019an dernier, on aurait dit que l\u2019auteur cherchait sa voie.Il nous a présenté une série de spectacles très inégaux, où les beaux moments alternaient avec les scènes lentes et ternes.Cette année, après la courte interruption des vacances, changement radical: intérêt dramatique soutenu, caractères bien définis, intrigue prenante et progressive.L\u2019auteur se serait-il transformé ainsi, d\u2019un coup ?Sans doute, il revenait à la télévision plus sûr de son talent, plus maître du nouvel instrument d\u2019expression.Cela cependant ne suffit pas à expliquer une telle métamorphose, pas plus d\u2019ailleurs que l\u2019excellente réalisation de Paul Blouin.A toutes ces raisons, il faut ajouter l\u2019harmonie qui unit actuellement auteur et réalisateur, décuplant leur enthousiasme au travail, exaltant leur imagination et leur inspiration.Cette harmonie intime est indispensable à Guy Dufresne plus qu\u2019à tout autre pour qu\u2019il donne toute sa mesure.A la radio, le Ciel par-dessus les toits avait atteint les plus hauts sommets à cause de l\u2019intime communion d\u2019idées et de sentiments qui fondait ensemble pour ainsi dire l\u2019âme des deux Guy, Dufresne et Mauffette.Or, il est de notoriété publique que, l\u2019an dernier, l\u2019harmonie était loin de régner entre l\u2019auteur de Cap-aux-Sorciers et son réalisateur.Cette incompréhension de la part de celui-ci n\u2019explique-t-elle pas bien des faiblesses et des erreurs dans l\u2019interprétation d\u2019un texte que Dufresne écrivait avec la crainte de ne pas être parfaitement compris?Un même défaut d\u2019harmonie s\u2019était fait sentir dans les premières émissions de 14, rue de Galais.346 RELATIONS Les deux auteurs demandèrent un changement de réalisation-.André Giroux, au cours de l\u2019année; Guy Dufresne, à l\u2019occasion des négociations qui précédèrent la reprise du spectacle.Guy Dufresne a dû parler ferme pour obtenir un réalisateur à sa convenance.Incongruité manifeste, car on aurait dû s\u2019empresser non seulement d\u2019exaucer, mais de prévenir une demande aussi légitime, l\u2019harmonie entre auteur et réalisateur étant la première condition de succès pour les téléromans comme pour tous les genres de productions dramatiques et musicales.Le bout de l'oreille Lemelin nous a donné tant d\u2019émissions belles, dramatiques et dignes que nous ne voyons pas pourquoi il s\u2019abaisse au genre polisson et remue les instincts troubles de la populace.L\u2019épisode de la « maladie » du père Gédéon reste une tache sur le spectacle de la Famille Plouffe.De plus, avec la reprise de l\u2019émission cette année, nous déplorons une série de caricatures ridiculisant divers personnages ou situations touchant à la religion.Isolée, chacune d\u2019elles peut être innocente; mais la quantité et la convergence finissent par inquiéter.La belle figure du père Alexandre, admirablement campé par Guy Provost, ne peut faire oublier le policeman dans le confessionnal, le curé et son portrait, la religieuse scandalisée, fort intéressée à l\u2019argent pour les œuvres de la communauté, le chapelet de Maman Plouffe qui sert de « pendule » pour retrouver le billet de loterie égaré, etc.Est-ce que l\u2019auteur de la Pente douce montrerait le bout de l\u2019oreille?Le grand ennemi de cet écrivain prolifique est sa facilité même, trop friande de popularité.Spectacles de « variétés » On a encore augmenté le nombre des émissions de pseudovariétés.Hélas! ce qui manque le plus à ce genre de spectacles, c\u2019est la.variété.Auteurs, comédiens, interprètes semblent prisonniers de deux ou trois formules commodes.Il y a une exception, Music-Hall, qui a fait des progrès constants.Les autres émissions sont fort inégales.Porte ouverte mêle d\u2019heureuses trouvailles aux banalités impardonnables.La Cie General Motors, qui commandite la demi-heure, doit trouver parfois qu'elle paye bien cher pour bien peu.Certaines vedettes de la radio et de la télévision n\u2019ont-elles pas trop de fers au feu?Jacques Normand, par exemple: directeur de spectacles, comédien, maître de cérémonies, disque-jockey, chanteur (si l\u2019on peut dire), et le reste.La situation de la jeunesse travailleuse hongroise Laszlo KÂROLYI NOUS TÂCHERONS de donner, dans cet article, un aperçu général de la situation actuelle de la jeunesse travailleuse hongroise en montrant les changements introduits par le régime communiste actuel.La situation n\u2019a pas évolué substantiellement depuis 1950.Le système communiste est le même.Dès 1950, il affichait sa pleine stature.Aujourd\u2019hui, devant les résultats, qui sont lamentables, la résistance devient plus accentuée et plus consciente.DÉCEMBRE 1956 Le même défaut gâte plusieurs spectacles de danse, numéros apparemment obligés de toute émission de variétés.Trop souvent, cela se réduit à des gestes incohérents, à des déhanchements sans beauté comme sans harmonie.Là aussi, trop d\u2019improvisations! Télévision et public On doit se réjouir de l\u2019éveil de l\u2019opinion publique autour du problème de la télévision.Les mémoires présentés à la Commission Fowler furent relativement nombreux et venaient de tous les milieux.Félicitons ici les paroissiens de l\u2019Immaculée-Conception, à Montréal, et leurs dirigeants qui ont présenté un mémoire détaillé, bien inspiré sur les spectacles de télévision et le foyer.Parallèlement nous voyons augmenter de jour en jour le nombre des groupements qui mettent la télévision à leur programme d\u2019étude.Radio-Canada perfectionne ses moyens d\u2019agir sur l\u2019opinion publique et d\u2019étudier le retentissement de ses émissions.Nous sommes heureux de signaler ici l\u2019excellent travail accompli par son bureau de la statistique à Ottawa, dont la section française a été confiée à des experts de chez nous, pleins d\u2019allant et de compétence.Ce bureau pourrait peut-être nous aider à résoudre quelques questions importantes.Quelle est la vraie popularité du téléthéâtre.populaire?Ce genre d\u2019émission mérite d\u2019avoir un auditoire fidèle et nombreux.L\u2019expérience de cette année n\u2019a pas été toujours heureuse.La formule du téléthéâtre populaire nous semble au point.Le dimanche soir, le public aime à se détendre en famille en suivant une pièce facile, intéressante, dramatisant les sentiments et les événements de chaque jour.Malheureusement, on a écourté outre mesure le temps qui lui est accordé.Une heure n\u2019est pas suffisante pour que l\u2019adaptation respecte la pièce originale et intéresse le public.Un autre problème que je soumettrais volontiers aux experts du bureau de la statistique: les différentes émissions de discussion sur les idées ou les œuvres artistiques sont-elles vraiment suivies?On escompte une collaboration du public qu\u2019il n\u2019a ni les moyens, ni le temps, ni le goût d\u2019accorder.Combien de gens continuent l\u2019étude des questions mises à l\u2019ordre du jour par les Idées en marche?Combien d\u2019auditeurs ont participé activement aux différents cinéclubs pendant les vacances ?Je crains fort que ce ne soient là des formules d\u2019éducation pour des auditoires homogènes et restreints, mais non pour la grande masse des téléspectateurs.L'auteur, qui écrit sous un pseudonyme, a occupé en Hongrie une position qui lui a permis de bien connaître les problèmes de la jeunesse ouvrière hongroise.Après avoir été arrêté, il put s'échapper et quitter son pays en 1950.Bien que ses observations datent d'avant l'insurrection d'octobre, elles peuvent néanmoins nous aider à en comprendre les origines et les motifs.La vie de famille.\u2014 L\u2019éducation de base a été donnée dans les écoles élémentaires.Les parents y devaient envoyer leurs enfants jusqu\u2019à l\u2019âge de quatorze ans.Les autorités actuelles font tout leur possible pour arracher les jeunes à leurs familles.Dans une conférence fermée, donnée au ministère de l\u2019Éducation (début de 1950), on a déclaré que les principaux obstacles à la transformation de la jeunesse selon les idées du communisme sont la famille, la propriété privée et la religion.Les participants à cette conférence étaient pour la plupart des Juifs athées.347 L\u2019intention du parti, c\u2019est d\u2019avoir des membres fanatiques dont il puisse disposer n\u2019importe quand et qu\u2019il puisse envoyer n\u2019importe où pour exécuter n\u2019importe quel ordre.Aussi tâche-t-il de détruire toute résistance morale, idéologique ou religieuse dans la jeunesse.Les foyers et collèges communistes.\u2014 Les couvents, les collèges et les autres établissements des Églises ont été confisqués par le régime et transformés en foyers pour apprentis ou en collèges pour les jeunes appliqués aux études moyennes et supérieures.Dans ces foyers et collèges, filles et garçons sont ensemble.Le but est de transformer les jeunes selon le désir du parti en leur donnant une éducation « collective » et communiste.Le plus souvent, c\u2019est un jeune de vingt à vingt-cinq ans qui est le préfet responsable, en réalité le despote du foyer, le représentant omnipotent du parti.Mais comme l\u2019organisation est « démocratique », les assistants parmi les garçons et les filles sont « élus », c\u2019est-à-dire désignés par le préfet et « acclamés par la masse ».Tenir tête à ces potentats est très dur et le plus souvent inutile.Pratiquement, les jeunes n\u2019ont pas même de temps libre.Il y a un programme idéologique pour chaque soir.Le dimanche, l\u2019exercice collectif prend toute la journée.Si le temps est convenable, ils vont à la campagne ou, à Budapest, dans les montagnes environnantes pour des exercices de partisans.On peut les voir avec des fusils, par les plus grandes chaleurs ou les plus rudes froids.Ils ne peuvent sortir qu\u2019avec permission et doivent déclarer où ils vont et pour quelle raison et quand ils reviendront.On fait tout pour les séparer de leurs familles et les empêcher d\u2019aller à l\u2019église et de prendre part à la messe.Autant que faire se peut, on tâche d\u2019occuper également le reste de la jeunesse dans des clubs où le niveau est le même que dans les « foyers ».La vie de travail.\u2014 Le communisme a pour but l\u2019industrialisation du pays la plus complète possible.Les motifs?Servir l\u2019intérêt de la Russie, augmenter le potentiel pour le temps de la guerre, avoir une plus solide emprise sur la masse afin de l\u2019influencer davantage.Aux écoles moyennes et supérieures, on n\u2019admet pratiquement que des enfants d\u2019origine ouvrière; ainsi pour recruter les apprentis nécessaires, on se tourne vers la campagne.Garçons et filles de paysans sont placés dans les foyers mentionnés plus haut, où ils deviennent complètement à la merci du parti.Dans le passé, la petite industrie formait le plus grand nombre des apprentis.Dans ce milieu souvent familial, l\u2019apprenti trouvait un développement naturel.C\u2019était un milieu favorable à l\u2019épanouissement de la personnalité.On y cultivait le sens de la responsabilité, avec l\u2019honnête ambition de se rendre un jour indépendant comme le patron.Cela encourageait les meilleurs à apprendre, à épargner.Il y avait une relation réelle et personnelle entre l\u2019apprenti et le patron.Actuellement, il n\u2019y a pas de patron, ou, pour mieux dire, le patron, c\u2019est le parti.C\u2019est le parti qui possède tout, règle tout et dispose de tout le monde.Invisible, présent partout, il est toujours terrifiant.L\u2019apprenti peut être placé aujourd\u2019hui dans cet atelier, demain dans un autre, aujourd\u2019hui dans ce coin de la ville, demain dans un autre, selon le besoin qu\u2019on a de lui.Tout devient de plus en plus impersonnel, « collectif ».Aucun espoir de devenir son propre maître.Dans un village, par exemple, où il y avait auparavant trois barbiers, les trois sont réunis dans une même salle et sont tous les trois employés de l\u2019État.Industrie collectivisée.La seule possibilité d\u2019avancer, c\u2019est la voie du parti.Les filles.\u2014 Dans l\u2019enrôlement pour l\u2019industrie, pas de différence entre les filles et les garçons.Pratiquement, ça veut dire que les foyers orientent les filles vers les métiers naguère réservés aux hommes.Ainsi, il y a des filles \u2014 je ne dirai pas beaucoup, mais il y en a \u2014 mécaniciens de locomotives, plombiers (plusieurs), forgerons, ouvrières dans l\u2019industrie lourde.On peut les voir, le soir, lorsqu\u2019elles rentrent de leur travail, fatiguées, épuisées, couvertes d\u2019huile et de suie.Que vise le parti?Mêler partout hommes et femmes ensemble?Ruiner la morale de la famille, arracher la mère à ses enfants et forcer les parents à envoyer les enfants, s\u2019il y en a, dans le kindergarten du parti?Assurer l\u2019industrie, en cas de guerre, par les femmes ?En plaçant la femme à côté de l\u2019homme et, par la suite, au-dessus de lui, l\u2019impressionner davantage et la gagner ainsi à la cause du parti ?Le fait est que le parti force tout le monde au travail: hommes, femmes, jeunes, vieux.Qui est capable de bouger doit travailler.L\u2019industrie est pratiquement toute collectivisée; par le travail, tout le monde est sous la coupe du parti, c\u2019est-à-dire est pratiquement l\u2019esclave du parti, terrorisé par le parti.L'enseignement professionnel.\u2014 Autrefois, dans toutes les localités où il y avait un nombre suffisant d\u2019apprentis, une école professionnelle élémentaire existait.On y donnait ou bien des cours du soir ou bien, dans les centres plus importants qui possédaient des écoles spéciales, des cours du jour, une ou deux fois par semaine.Il y avait des cours séparés pour les garçons et pour les filles.L\u2019apprenti y recevait l\u2019instruction théorique nécessaire pour son métier et la continuation de sa formation intellectuelle.Ainsi, on lui enseignait l\u2019histoire, la littérature, la tenue des livres et aussi la religion.Les écoles professionnelles moyennes étaient d\u2019un niveau très élevé.On y exigeait un an d\u2019apprentissage préalable.Les cours dits technologiques duraient trois ou quatre ans, selon les métiers.Ces écoles équivalaient aux autres écoles moyennes, donnant un certificat de même valeur que le baccalauréat.Les cours du soir étaient assez rares.Dans la grande industrie, surtout après 1940, on attachait beaucoup d\u2019importance à la formation des apprentis.Dans la plupart des usines, il y avait un atelier spécial où les jeunes suivaient un cours et apprenaient systématiquement leur métier.Ainsi, au lieu de fréquenter les cours dans une école professionnelle élémentaire, ils recevaient les cours dans l\u2019usine même.Ces cours étaient donnés par des hommes qualifiés: ingénieurs, instituteurs; un prêtre enseignait la religion.Il y avait même des usines où les apprentis étaient logés.Le régime communiste a introduit des changements.On poursuit moins le développement et la formation des apprentis que la préparation d\u2019ouvriers à qui le parti puisse se fier dans l\u2019administration des usines.Ainsi ont été organisés différents cours du soir: cours professionnels moyens, supérieurs, universitaires.Ces cours furent en grande faveur.Il faut reconnaître que beaucoup parmi les jeunes, et même parmi les hommes, ont fait un réel effort pour acquérir un savoir plus étendu, espérant ainsi obtenir une meilleure situation dans la vie tout en satisfaisant une légitime soif de connaître.Ces cours ont commencé en 1945.Les professeurs y étaient de l\u2019ancienne garde; on y comptait des religieux.Malheureusement, le niveau de ces cours s\u2019est abaissé graduellement.Avec le temps, ces cours sont devenus de plus en plus l\u2019instrument de formation des membres de confiance du parti pour l\u2019administration de l\u2019industrie et du gouvernement.Conscience ouvrière et professionnelle.\u2014 Il serait long d\u2019exposer l\u2019effort social et le développement considérable qui s\u2019accomplirent, à ce point de vue, depuis 1920 et spécialement de 1935 à 1944.348 RELATIONS En 1945, l\u2019industrie n\u2019étant pas encore étatisée, on avait introduit dans les usines des conseils d\u2019ouvriers; ils étaient élus par les travailleurs pour défendre les intérêts de la classe ouvrière devant les patrons.Aujourd\u2019hui, comme le patron c\u2019est l\u2019État, ou mieux le parti, les conseils, comme les syndicats, sont devenus des instruments de torture: ils sont formés par les membres du parti qui tâchent d\u2019avoir une autorité complète sur la pensée, les paroles et les actes de l\u2019ouvrier.C\u2019est le système mechernik selon lequel dans chaque dizaine d\u2019ouvriers il y en a un qui est chargé non de diriger le travail, mais de surveiller les autres.Il est l\u2019homme de confiance du parti.Pratiquement, les autres doivent faire son ouvrage; lui, il est tout-puissant.jusqu\u2019au moment où il tombe en disgrâce.Les jeunes qui se laissent influencer par le parti, dans l\u2019espoir d\u2019un gain plus grand, deviennent les « surveillants », les espions de leurs camarades.Mais après tout, le monde travailleur réfléchit; il a, lui aussi, une conscience.On juge qu\u2019il n\u2019y a pas plus que 5 à 7% de communistes en Hongrie.Les dirigeants sont presque tous des Juifs ou des étrangers arrivés au pouvoir par leur lâcheté.« Nous savons, disait un ouvrier, quels sont nos droits, nous savons aussi à qui est dû le respect et avec qui nous devons être solidaires, et nous savons que la liberté n\u2019est pas un mot, mais doit être un fait et qu\u2019il n\u2019y a pas eu de système aussi menteur et aussi anti-ouvrier que le communisme.» Mais alors, comment expliquer la tyrannie d\u2019une minorité ?Premièrement, l\u2019occupation militaire des Russes paralyse tout.L\u2019autre instrument est la délation.Bien souvent, on est forcé de dénoncer les autres sous peine d\u2019être dénoncé soi-même.Un étudiant de l\u2019université, bon catholique, congréganiste, vient chez le Père X.et lui dit: « Père, je dois vous surveiller et rapporter au policier du coin ce que vous faites et ce que vous dites; que dois-je lui dire?» L\u2019ordre de dénoncer lui était renouvelé chaque jour.S\u2019il ne l\u2019avait exécuté, on l\u2019aurait exclu de l\u2019université.Dans un sanatorium, un policier, lui-même malade, visitait ses compagnons dans leur chambre; lorsqu\u2019ils n\u2019étaient que deux, il critiquait le régime.Six, le croyant sincère, joignirent leurs griefs aux siens; le septième, homme soupçonneux, le mit à la porte.Il eut à s\u2019en féliciter.Le policier était un agent provocateur.Les six furent renvoyés du sana et perdirent leur emploi.Suspects, « réactionnaires », leurs noms furent placés sur la liste noire.J\u2019étais l\u2019aumônier du sana quand cela arriva.Le fait est qu\u2019on ne peut être sûr de presque personne.On ne sait jamais quand on sera arrêté et forcé de révéler ce que les autres ont dit.Qui peut s\u2019assurer d\u2019avoir la force de se taire?Voilà l\u2019atmosphère dans laquelle la jeunesse grandit.Malgré cela, il y a toujours un espoir.Sans parler, lentement, les gens apprennent à mieux se connaître.Ils réalisent toujours davantage qu\u2019il ne s\u2019agit plus de l\u2019individu seulement, mais de toute la communauté.Et ils s\u2019entraident.Une mère de soixante-dix ans, déportée de son petit logement dans un village lointain où elle est arrivée n\u2019ayant rien et ne connaissant personne, écrivait à son fils réfugié en pays étranger: « C\u2019est dans ce petit village que j\u2019ai appris combien Dieu est grand.» Loisirs.\u2014 Le parti fait tout pour séduire la jeunesse.Nous avons parlé des foyers et des collèges.L\u2019organisation communiste de la jeunesse s\u2019étend à toutes les écoles de tous les degrés.Le parti a partout ses clubs; la fréquentation de ces clubs dépend de l\u2019attitude des parents et de la pression du parti.Leur but est de détruire toute moralité chez la jeunesse.C\u2019est effrayant à quelle immoralité la jeunesse y est exposée, même dès l\u2019âge de dix ou douze ans.Bien souvent avec nul autre résultat que le dégoût.DÉCEMBRE 1956 Pendant les deux semaines de congé, les jeunes demeurent sous la « protection » du parti.On les mène aux lieux de vacances, jadis privés, que l\u2019État a confisqués.Souvent, filles et garçons de quatorze, quinze et seize ans vivent ensemble.« Ils veulent me ruiner », disait un gosse de quatorze ans.Malgré tout, plusieurs tiennent bon.Mais quel espoir fonder sur une jeunesse abandonnée à elle-même, blasée, croissant sans foi, sans espérance, esclave d\u2019un régime inhumain?La religion.\u2014 Avant le régime actuel, soit jusqu\u2019à 1949, il y avait dans toutes les écoles élémentaires, moyennes et supérieures un enseignement religieux obligatoire.Tous les apprentis suivaient le cours de religion donné par un prêtre.Au printemps de l\u2019année 1948, j\u2019ai moi-même remplacé un prêtre dans une des grandes usines alors déjà étatisées.Le parti y était donc et tâchait d\u2019influencer les hommes.Je peux dire que j\u2019ai reçu le respect et l\u2019aide de tout le monde: des employés, des ouvriers et des jeunes.En plusieurs leçons, je leur ai expliqué l\u2019absurdité de l\u2019athéisme.C\u2019était dans l\u2019usine même.Quelques mois plus tard, on a fait voter les jeunes pour savoir s\u2019ils étaient, oui ou non, en faveur de l\u2019instruction religieuse.Ils votèrent oui.Naturellement, ils ne l\u2019ont pas eue.Les aînés ont presque tous reçu une éducation religieuse et ont au moins quelque notion du christianisme.Le fait que les hommes remplissent nos églises, dans les villes comme à la campagne, fortifie cette foi.Il n\u2019est pas facile d\u2019apprécier les ravages opérés à l\u2019armée, dans les foyers, les collèges et partout où le régime peut atteindre la jeunesse.Ceux qui ridiculisent la religion, le Christ, la Vierge, l\u2019Église, la foi en Dieu sont très souvent des personnages dont l\u2019attitude invite à croire le contraire de ce qu\u2019ils disent.La lutte est tragique; il faut prier pour ceux qui la livrent.Voici, pour terminer, un petit épisode.Il s\u2019agit d\u2019un jeune employé de vingt-trois ans environ, reviseur dans une usine.Gentil avec tout le monde, il respecte également ouvriers et ouvrières.Il n\u2019est pas membre du parti.On est en 1950, début de juin.Un ouvrier d\u2019environ cinquante ans, communiste par idéologie, mais honnête homme, tâche de gagner le jeune homme au parti.Il l\u2019estime et discute souvent avec lui.\u2014 Vous savez que je suis catholique et que le parti est athée.\u2014 Mais vous devez savoir que celui qui n\u2019est pas avec nous est contre nous, et que notre principe est « persuader ou détruire ».\u2014 Nous vivons en démocratie, et cela me permet de suivre mes convictions.A l\u2019occasion d\u2019un bal à l\u2019usine, le vieil ouvrier, qui estime sincèrement le jeune homme, lui offre son amitié et, pour la sceller, l\u2019invite à boire un verre.Le jeune accepte volontiers; mais, regardant sa montre, il constate que minuit est passé.\u2014 Je regrette, dit-il un peu embarrassé, mais je ne peux plus boire; il est minuit passé, et je ne veux pas manquer ma communion.Il communiait chaque matin.Son vieil ami prend un drôle d\u2019air; il croit que le jeune homme refuse son amitié.Devinant sa pensée et désireux de le rassurer, le jeune le conduit au buffet et fait remplir deux verres.Ils se saluent en signe d\u2019amitié, et lorsque l\u2019aîné a bu son verre, le jeune lui tend l\u2019autre en disant: \u2014 Buvez encore celui-ci à notre amitié; moi, j\u2019irai communier pour nous deux.« Au zèle, disait saint Dominique, il faut opposer le zèle; à l\u2019humilité, l\u2019humilité; à la fausse sainteté, la vraie sainteté; à la prédication des erreurs, la prédication de la vérité.» 349 Le problème racial aux États-Unis \u2014 II John La FARGE, S.J.MALGRÉ la solidité de ses positions retranchées, malgré l\u2019appui qu\u2019elle tire des deux puissants facteurs psychologiques que sont la peur et la défiance, la ségrégation est vouée à l\u2019échec.CONTRADICTIONS INTERNES Ce qui justifie une opinion aussi radicale, c\u2019est le contrecoup inattendu que les écoles ont fait subir à un système absolument incompatible avec un régime scolaire fondé sur les principes démocratiques.Avec autant et même plus de ferveur que les États-Unis dans leur ensemble, le Sud s\u2019est appliqué à promouvoir une éducation accessible à tous et d\u2019inspiration démocratique.La contradiction ne peut manquer de sauter aux yeux un bon jour, à quelque degré d\u2019efficacité qu\u2019on réussisse à porter les subtilités juridiques, les protestations et les violences de langage, les faux-fuyants et les échappatoires de tous genres.La nature de cette contradiction etj\u2019évidence de ses résultats, un Américain du sud des États-Unis, M.John M.Marion, président du Conseil des Relations humaines de la Virginie, les a très justement exprimées dans une causerie prononcée devant le Conseil catholique interracial de Richmond, en Virginie (voir Y Interracial Review, juin 1956).Depuis des années, la plupart des citoyens blancs du Sud ont dit et redit, en toute sincérité, qu\u2019il faut éduquer les noirs.On pouvait différer d\u2019avis sur le degré ou le genre d\u2019éducation à leur donner; mais, sur le principe, compris dans son sens le plus large, nulle discussion.Le résultat, c\u2019est qu\u2019aujourd\u2019hui il n\u2019y a pas 10% d\u2019illettrés parmi les noirs du Sud, tandis qu\u2019il y en avait 95% après la guerre civile.Fait plus significatif encore: des milliers de jeunes noirs, aiguillonnés par l\u2019ambition et inspirés par la pensée des avantages à espérer d\u2019une instruction plus poussée, se sont pressés, nombreux, au delà des classes élémentaires, jusqu\u2019au cours secondaire, au collège et aux écoles professionnelles.a L\u2019effet de ce mouvement massif et bouleversant apparaît, depuis des années, comme une montagne de pierre qui se dresse au-dessus des plaines de la Géorgie.A mesure que les États favorisaient chez les deux races les progrès de l\u2019éducation et popularisaient chez les noirs l\u2019idée et le sens de la démocratie, s\u2019aggravait chez ces derniers l\u2019insatisfaction de vivre sous un régime qui les étiquetait ironiquement comme « égaux mais à part ».Plus ils s\u2019élevaient par le degré de leur éducation, plus étroites et étouffantes leur apparaissaient les barrières qui restreignent le champ où exercer leurs talents et leurs capacités acquises.ASPECT MORAL A l\u2019élaboration de cette prise de conscience morale contribuèrent, au premier rang, les forces religieuses diverses du pays, surtout les évêques, les prêtres et les laïcs catholiques.L\u2019attitude la plus impressionnante fut celle de S.Exc.Mgr Rummel, archevêque de la Nouvelle-Orléans.Le 11 février dernier, il dénonça la ségrégation comme un péché parce qu\u2019elle nie la solida- Après avoir expliqué ce qu'est la ségrégation et montré Iaspect économique du problème racial aux États-Unis (Relations, nov.1956, p.326), le P.La Farge en souligne l'aspect moral et l\u2019envergure à la fois nationale et internationale.rité de la race humaine telle que Dieu la veut; et il réitéra sa condamnation dans une lettre pastorale en date du 5 août.Deux des plus éminents moralistes catholiques des États-Unis adoptèrent la même position.Le R.P.Francis J.Connell, C.SS.R., doyen de la faculté de théologie de l\u2019Université catholique des États-Unis (Washington, D.C.), déclara que « c\u2019est violer la justice et la charité que de refuser à une personne, pour le seul motif de sa race, la jouissance des droits et privilèges naturels et surnaturels qu\u2019on reconnaît à toute autre personne ».Pour le R.P.Gerald Kelly, S.J., professeur au collège Sainte-Marie (Kansas), il s\u2019agit là d\u2019une « colossale violation de la justice et de la charité ».Plusieurs représentants de la hiérarchie, entre autres les cardinaux Spellman (de New-York) et Stritch (de Chicago), ont maintes fois réprouvé la pratique de la ségrégation.Contre l\u2019erreur de ceux qui la jugent profitable militent les besoins flagrants de l\u2019industrie, de la technique et de la main-d\u2019œuvre dans le pays.Récemment, dans un rapport, court mais magistral, intitulé le Potentiel noir (New-York, Columbia University Press, 1956), Eli Ginzberg et quelques autres, de l\u2019Université de Columbia, ont mis en relief cet aspect du problème.Aux termes de ce rapport, le maintien de la discrimination raciale aux États-Unis cause une perte annuelle de seize milliards de dollars ($16,000,000,000) par les dommages qui en résultent dans le secteur de la main-d\u2019œuvre industrielle et dans celui du personnel éducatif et militaire.PROBLÈME NATIONAL Je ne veux cependant pas me borner à commenter la situation qui affecte le Sud.Si j\u2019ai dit ce que j\u2019en pense, c\u2019est uniquement dans le but de mettre l\u2019accent sur les devoirs qui regardent le peuple américain tout entier, devoirs qui ne sont pas sans concerner aussi le Canada.On se trompe lourdement si l\u2019on croit que le problème des rapports entre les races ne se pose que dans une région.C\u2019est un problème d\u2019envergure nationale et internationale.Les passions humaines, comme les préjugés, ne connaissent pas de frontières, et la haine est contagieuse.Le nègre du nord des États-Unis n\u2019est pas, il est vrai, enfermé, comme celui du sud, dans les limites rigides d\u2019une caste séculaire.Il ne vit pas dans la même atmosphère d\u2019inquiétude; il ne craint pas pour sa propre sécurité chaque fois qu\u2019il sort de son milieu habituel.On l\u2019a noté avec justesse: dans le Nord, les préjugés contre le noir ont quelque chose de plus personnel.Il est néanmoins toujours possible d\u2019y soulever des peurs irraisonnées et des accès 350 RELATIONS de violence, même dans les coins les plus paisibles.Impossible, par conséquent, de nous contenter d\u2019une réaction de pur laisser-faire.Quelle est donc notre attitude de principe?Je répondrai simplement et sur deux plans, négatif et positif.De façon négative, ne nous laissons jamais entraîner par personne à adopter ou à rétablir (si déjà elle existait) la politique de la ségrégation raciale obligatoire.Comme je le faisais remarquer récemment (Commonweal, 8 juin 1956), pareille solution conduit à une impasse, à un chemin sans issue, qui n\u2019a mené nulle part dans le passé et peut aboutir à l\u2019abîme dans l\u2019avenir.Quelque nombreuses que soient les difficultés liées à la coexistence de groupes raciaux différents dans la même communauté, la ségrégation ne les résoudra point.Il faut envisager le problème d\u2019un autre angle et le résoudre par la patience et la coopération.Partant d\u2019un point de vue positif, je remplacerais le mot problème par un autre, plus élégant et plus vrai, le mot occasion.Saisissons l\u2019occasion qui s\u2019offre à nous d\u2019accomplir une grande œuvre pour Dieu et pour notre pays.Je ne compte pas nécessairement pour un mal ou pour une source de faiblesse le mélange qui se rencontre dans nos agglomérations et communautés nationales.Nos diversités de race ou de nationalité ne sont mauvaises que si nous les rendons telles.C\u2019est au niveau local que se résolvent le mieux les problèmes d\u2019une localité: par la coopération de tous les intéressés.Il ne s\u2019agit pas pour le blanc d\u2019aider le noir, ou pour le noir de s\u2019élever par ses propres moyens.Il s\u2019agit de s\u2019unir pour tendre vers un but commun: bâtir une société plus forte et plus heureuse.Les partisans de la supériorité des blancs ont déployé des efforts effrénés pour faire croire que des organisations aussi parfaitement honnêtes que l\u2019Association nationale pour l\u2019Avancement des gens de couleur trempent dans le communisme ou s\u2019inspirent de lui.En fait, c\u2019est exactement le contraire qui est vrai.Ceux qui, parmi les noirs, se distinguent dans la revendication des droits civils aux États-Unis se distinguent aussi par leur détermination à combattre et à détruire les derniers vestiges de l\u2019influence communiste.C\u2019est au point que le principal quotidien communiste, The Worker, dans son numéro du 24 juin 1956, publiait un texte d\u2019un noir communiste qui déplorait amèrement le fait que les communistes ont, pour ainsi dire, déserté le mouvement des droits civils.Dans la bataille légale pour l\u2019absolue égalité des droits, la vedette revient à des hommes tels que Channing Tobias, Roy Wilkins, A.Philipp Randolph et autres, qui ont complètement répudié le communisme et ses œuvres.Le communisme américain, ajoute le même chroniqueur, a besoin d\u2019un renouveau, d\u2019« un programme géant contre le sectarisme de gauche ».Autre façon de reconnaître qu\u2019il a tout à fait manqué son but, qu\u2019il est désavoué également par les blancs et par les noirs, et que la partie est DÉCEMBRE 1956 entre les mains des hommes qui servent et honorent sans restriction Dieu, la loi et la patrie.LE FRONT DE LA QUESTION RACIALE La ligne de feu de la question raciale aux États-Unis n\u2019est pas le Sud, quelque importance que présentent ses attitudes et son progrès.Le front véritable se trouve constitué par les situations extrêmement variées et complexes que créent l\u2019accroissement de notre population et l\u2019expansion continue de nos banlieues urbaines, singulièrement par les développements domiciliaires nouveaux et la richesse des zones suburbaines.En chacune de ces occurrences, la tendance légitime et naturelle de tout citoyen, quelle que soit son origine, à rechercher pour lui-même et pour les siens un foyer plus confortable et des conditions de vie plus avantageuses entre en conflit avec celle qui repousse le noir dans un ghetto.De ces forces abandonnées à elles-mêmes, il ne peut résulter que d\u2019autres ghettos, plus nombreux et plus étendus, avec leurs conséquences désastreuses physiquement et moralement.C\u2019est pourquoi le Conseil interracial catholique, fondé à New-York en 1934 et maintenant établi dans une trentaine de villes des États-Unis, étudie avec un intérêt particulier le problème que posent les modifications raciales de nos paroisses et leurs voisinages immédiats.Les grandes organisations ouvrières des États-Unis ont dû, pour survivre, vaincre la suspicion, la haine et la fourberie.Le prestige dont elles jouissent aujourd\u2019hui dans notre économie nationale ne permet à personne d\u2019oublier les luttes du passé.Mais le travail organisé, qui fonda ses revendications sur le sens moral de l\u2019humanité, a la responsabilité de promouvoir ce même sens moral en défendant les droits de sa minorité raciale.Par le succès avec lequel il s\u2019acquittera de ce devoir, la génération prochaine jugera de l\u2019intégrité du syndicalisme ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui et saura s\u2019il adhère encore aux principes que ses chefs et ses hérauts ont naguère si éloquemment proclamés.Nous qui chérissons nos foyers, qu\u2019ils se dressent au milieu d\u2019une grande ville ou dans sa banlieue en rapide expansion, rappelons-nous que l\u2019Évangile ne recevra son accomplissement que le jour où tous les enfants de Dieu pourront bénéficier d\u2019un logement capable de satisfaire aux besoins de chaque famille.Le glas de la ségrégation a sonné.Aucune subtilité légale, aucune déclamation oratoire ne ranimeront cette institution expirante qui, pendant les soixante dernières années, a causé un tort énorme au pays en réduisant continuellement sa main-d\u2019œuvre et son potentiel moral.Mais cette condamnation n\u2019est qu\u2019un commencement.Il reste à faire un immense effort de rénovation sociale, de réforme institutionnelle et morale: travail soutenu auquel nous sommes conviés et dont l\u2019exécution repose sur des principes premiers aussi valables pour le Canada que pour les États-Unis.351 LE PAPE NOUS PARLE AVEC OU SANS 18 septembre: Message au IVe congrès international des pharmaciens catholiques, tenu à Fribourg.\u2014 Dangers qui menacent la profession indépendante du pharmacien.21\tseptembre: Allocution aux délégués du VIIe congrès de la Fédération astronautique internationale, tenu à Rome.\u2014 Dieu a créé l\u2019univers pour l\u2019homme et n\u2019impose aucune limite aux recherches.22\tseptembre: Lettre à la présidente générale de l'Œuvre de la Protection de la jeune fille, dont le XIIIe congrès international annuel avait lieu à Mexico (par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua).Allocution aux membres du congrès international de liturgie.\u2014 Le mouvement liturgique est le signe des dispositions providentielles de Dieu sur le temps présent.23\tseptembre: Lettre aux experts de la Commission pontificale pour le Cinéma, la Radio et la Télévision (par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua).\u2014 C\u2019est un devoir de faire servir les techniques nouvelles à la diffusion de la vérité.Lettre à la Semaine sociale des catholiques italiens, tenue à Ber game sur le thème : Vie économiquei et ordre moral (par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua).\u2014 L\u2019Église défend la légitimité de la propriété privée et préconise une répartition plus équitable des richesses du monde; elle demande de « faire participer de plus en plus les travailleurs à la vie, aux responsabilités et aux bénéfices proportionnels des entreprises ».Allocution prononcée au cours de l'audience accordée au président du Libéria, M.William Tubman.24\tseptembre: Message aux catholiques de France.27\tseptembre: Allocution aux participants du congrès international des Pères de la Compagnie de Jésus, directeurs nationaux de l'Apostolat de la Prière, de la Croisade eucharistique et de la Ligue du Sacré-Cœur.\u2014 Relation particulière entre l\u2019Apostolat de la Prière et l\u2019apostolat des laïcs.28\tseptembre: Allocution aux participants du XIVe congrès international des producteurs du lait et des dérivés du lait.Allocution prononcée au cours de l'audience accordée au président de la république de Costa-Rica, M.José Figueres Ferrer.\u2014 Efficacité qu\u2019un pays peut tirer de la doctrine sociale catholique.29\tseptembre: Allocution aux délégués du congrès de la Fédération européenne des syndicats de fabricants de panneaux de fibres.\u2014 Le monde de l\u2019industrie et du travail se trouve engagé dans une même œuvre et dans une même communauté de destin.2 octobre: Allocution aux participants du Xe congrès international de VAssociation internationale de Droit financier et fiscal.\u2014 L\u2019État doit adapter ses impôts aux possibilités réelles de chacun.4 octobre: Allocution aux représentants des Unions des familles catholiques d'Autriche et d'Allemagne.\u2014 Les péchés commis contre la famille; utilité de l\u2019union des familles.Allocution aux participants de la IIIe conférence internationale des Services du contrôle des assurances privées.\u2014 Importance des assurances dans la vie économique d\u2019aujourd\u2019hui.6\toctobre: Allocution aux délégués du IVe congrès de la Société italienne de chimiothérapie.\u2014 Nécessité et modes de la lutte contre le cancer.7\toctobre: Discours radiodiffusé pour la cérémonie de béatification d'Innocent XI.8\toctobre: Allocution aux participants à la rencontre internationale des organisations catholiques des petites et moyennes entreprises.\u2014 Avantages et rôle social des petites et moyennes entreprises; nécessité de leur collaboration.COMMENTAIRES ÉTIENNE GILSON ET LE MONOPOLE D\u2019ÉTAT DANS L\u2019ENSEIGNEMENT Désireux de hâter la réalisation des réformes scolaires qu'ils préconisent pour la province de Québec, certains des nôtres font appel à l'État afin qu'il se charge de contrôler et de diriger l'instruction publique d'une façon beaucoup plus directe et immédiate qu'il ne le fait maintenant.Ils présentent Vexpérience française comme un modèle à imiter, comme un idéal vers lequel nous devrions tendre.Que des réformes s'imposent dans notre système scolaire, c'est évident.Mais il ne faudrait tout de même pas adopter des mesures qui aboutiraient à créer une situation pire que le mal actuel.C'est pourquoi nous croyons utile de reproduire les réflexions que le grand philosophe Étienne Gilson vient de donner, en guise d'éditorial, à la revue la Famille éducatrice (.juin 1956), sur le rôle de l'État dans Venseignement, particulièrement en France.METTEZ-VOUS à la place d\u2019un proviseur.Que peut-il faire ?Il peut assurer l\u2019exécution des règles administratives et l\u2019observation des programmes.C\u2019est tout.Un proviseur ne peut prendre aucune initiative pédagogique; un proviseur ne peut rien inventer.Le jour où vous aurez un monopole d\u2019État en France, vous aurez tué l\u2019invention pédagogique.Nous ne sommes déjà pas tellement en avance! Regardez quels noms portent les méthodes nouvelles: ce sont tous des noms suisses, des noms italiens.Ce sont des gens qui, étant libres, ont inventé à l\u2019étranger et dont l\u2019État maintenant se charge, en France, d\u2019exploiter les inventions, quand il peut et avec combien de retard! Mais, chose plus grave encore, dans l\u2019enseignement supérieur, nous ne savons même plus ce que signifie ce mot de liberté de l\u2019enseignement.Lorsque nous parlons de liberté de l\u2019enseignement, nous donnons tous l\u2019impression que nous demandons la liberté pour les écoles libres, mais c\u2019est l\u2019enseignement d\u2019État qui n\u2019est pas libre! C\u2019est à lui qu\u2019il faut d\u2019abord rendre la liberté.Voyez ce qui se passe aux États-Unis, en Angleterre.Quelles sont les grandes universités?Oxford, Cambridge.Des universités libres.Harvard, Chicago, etc., toutes sont libres.Harvard ne touche pas un sou de l\u2019État, et pourtant, c\u2019est de Harvard et de Chicago que partent toutes les initiatives pédagogiques.Chicago est en train, en ce moment, de réformer complètement ses programmes d\u2019enseignement supérieur.Pourquoi?Parce que Chicago est une université libre! Mais imaginez qu\u2019en France personne ne peut le faire.Si, dans une université, un recteur, qui est un fonctionnaire nommé par le ministre, veut essayer d\u2019introduire une modification quelconque, s\u2019il veut essayer de faire preuve d\u2019initiative, vous n\u2019aurez personne pour le suivre.Est-ce que vous ne croyez pas que, si nous vivons encore pendant cinquante ou soixante ans dans un univers où les institutions d\u2019enseignement supérieur travaillent librement, cherchent et inventent, et où nous serons ligotés par les règlements, est-ce que vous ne croyez pas que nous serons à brève échéance en retard sur tout le monde ?Et ne sortons pas de France: où est-ce qu\u2019on apprend la peinture ?A l\u2019École des Beaux-Arts ?Où est-ce que Roussel a appris la musique?Où est-ce que Paul Dukas a appris la musique?A la Schola Cantorum, mais pas au Conservatoire! Qui est-ce qui a fondé l\u2019École libre des Sciences politiques?Émile Boutmy.L\u2019État vient de s\u2019en emparer, en effet, parce que c\u2019était réussi! L\u2019État n\u2019a rien inventé.L\u2019État n\u2019a jamais rien inventé.Ce n\u2019est pas l\u2019État qui a inventé les universités; ce n\u2019est pas l\u2019ÉtaQqui a inventé les collèges: ce sont les Jésuites.Ce n\u2019est pas l\u2019État qui a inventé l\u2019école primaire.C\u2019est le bienheureux Jean-Baptiste de la Salle.L\u2019État arrive toujours à point pour recueillir les résultats de l\u2019initiative des inventeurs.et pour les exploiter.Mais lui-même n\u2019invente rien.Pas plus, disait un grand savant, que jamais on n\u2019a vu une académie des sciences faire des découvertes.Je crois que c\u2019est sur ce terrain-là qu\u2019il faut nous transporter à longue échéance, et c\u2019est sur ce terrain-là qu\u2019il faut nous battre, qu\u2019il faut demander la liberté de l\u2019enseignement pour tout le monde.A commencer par l\u2019enseignement de l\u2019État.Ce ne sera pas facile.A bon entendeur salut ! \u2018Décembre est le mois de la «Qraride corvée du Cardinal».Que chacun donne au moins une heure de son temps, ou l\u2019équivalent en argent, aux pauvres, aux malades, aux malheureux et aux orphelins.£n txoii motâ ^ Pour une fois (dans l\u2019affaire du canal de Suez), le Canada a cessé d\u2019être en politique internationale à la remorque de la Grande-Bretagne et de ses intérêts.H a même fait preuve d\u2019initiative personnelle en proposant la création et l\u2019envoi d\u2019un corps de police internationale.Souhaitons que se renouvellent plus souvent un tel geste d\u2019indépendance et une action aussi positive en faveur du maintien de la paix.H Sur 22 millions d\u2019habitants, l\u2019Égypte compte 3 millions de chrétiens: 2,500,000 coptes orthodoxes, 100,000 grecs orthodoxes, 100,000 protestants, 200,000 catholiques.If Les 200,000 catholiques sont répartis en sept rites différents, chacun avec sa liturgie spéciale et sa hiérarchie propre, couvrant un même territoire.L\u2019Égypte est le seul pays au monde où ces sept rites coexistent, car on ne peut le dire ni pour New-York, ni pour Paris, ni même pour Rome, où le rite copte catholique n\u2019est pas représenté.Le discours de M.Louis Saint-Laurent, premier ministre du Canada, à la radio et à la télévision, sur les événements de Hongrie, était d\u2019une haute tenue humaine et chrétienne.L\u2019orateur, visiblement ému, a su communiquer son émotion à ses auditeurs et à ses téléspectateurs, surtout quand il a fait ' appel à la Puissance, plus grande que toute puissance de ce monde, vers laquelle monte chaque jour ce vœu: « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» La question des octrois fédéraux aux universités a suscité, depuis un mois, une multitude d\u2019articles, de lettres et de discours.De cette masse hétéroclite, deux écrits émergent et s\u2019imposent à l\u2019attention du lecteur sérieux: celui de M.Michel Brunet dans l'Action nationale de novembre, et celui de M.Esdras Minville dans le Devoir du 14 novembre 1956.Tous ceux qui parlent de cette question tireraient profit à méditer ces deux articles.1[ L\u2019honorable Louis Saint-Laurent revendique pour le gouvernement fédéral le droit de dépenser ses revenus à sa guise.Il cite souvent à ce propos l\u2019opinion de l\u2019ancien juge en chef Duff dans la cause sur la constitutionalité de la Loi de l\u2019assurance-chômage, plaidée par lui-même en 1936 devant la Cour suprême.Mais, chaque fois, il oublie de préciser que la majorité de la Cour suprême refusa de suivre l\u2019argumentation du juge Duff et que le Conseil privé se chargea, l\u2019année suivante, de la réfuter.Le premier ministre du Canada cite non moins souvent un passage du jugement du Conseil privé dans la même cause, plaidée par le même procureur général, passage qui reconnaît au dominion le droit de verser des contributions à des particuliers, à des sociétés ou à des corps publics.Mais il oublie, chaque fois, de mentionner ce que le Conseil privé ajoutait aussitôt: si, en disposant de son argent, le dominion en vient à « affecter » (affecting) les catégories de sujets réservées aux Législatures provinciales, alors sa législation est ultra vires.L\u2019année ignatienne aura un heureux lendemain.La dernière circulaire du surintendant de l\u2019Instruction publique demandait aux commissions scolaires « de favoriser les retraites fermées et de permettre à leurs élèves d\u2019y participer, même si pour cela ils doivent perdre quelques jours de classe ».La discipline des Exercices spirituels, tonique particulièrement utile aux finissants de nos écoles.^ Tibor Mende écrit: « Une arme déjà dépassée, le bombardier lourd, coûtait en 1952 ce que la Suède consacre à la protection de la maternité et de l\u2019enfance pendant une année entière.» Selon un ancien administrateur de Montréal, le prix d\u2019un gros bateau de guerre suffirait à payer la construction de toutes les maisons que réclament les mal logés du Canada.352 RELATIONS DÉCEMBRE 1956 353 Au fil du mois Le centenaire Fondée en 1856, la revue Études, des Jé-des « Etudes » suites de France, a célébré avec éclat, en octobre dernier, son centenaire.Elle avait, pour la circonstance, invité à Paris les directeurs de toutes les revues d\u2019intérêt général que les Jésuites publient à travers le monde.Ils s\u2019y rendirent plus d\u2019une vingtaine, venant surtout de l\u2019Europe (Suède, Danemark, Allemagne, Belgique, Italie, Suisse, Espagne, Portugal, Angleterre, Irlande), mais aussi de F Amérique (Argentine, Chili, Brésil, Venezuela, San-Salvador, États-Unis, Canada), et même de la lointaine Asie (Japon).Réunis à la résidence de la rue Monsieur, ils étudièrent ensemble les moyens à prendre pour s\u2019entraider, pour coordonner leurs efforts et offrir le ^ plus possible une pensée commune sur les problèmes que l\u2019Église affronte de nos jours.Au cours des manifestations publiques organisées pour souligner ce centenaire, ils virent une foule d\u2019environ 3,000 personnes remplir à pleine capacité la salle des spectacles du Palais de Chaillot, et ils entendirent S.Ém.le cardinal Feltin, archevêque de Paris, louer dans les Études une revue qui s\u2019est distinguée au cours du siècle écoulé par sa triple constance à servir l\u2019Église, à se soucier du réel et à construire plutôt qu\u2019à critiquer négativement.A son propre témoignage, le cardinal de Paris ajoutait aussitôt celui du Souverain Pontife, dont il venait de recevoir une lettre olographe appréciant le bon travail et le courage des rédacteurs des Études dans la défense des droits de l\u2019Église et du Saint-Siège ainsi que dans l\u2019exposition de la doctrine catholique au cours des cent ans passés.Au Canada, la revue Études a toujours joui d\u2019une excellente réputation et d\u2019un haut prestige.C\u2019est pour nous un grand plaisir de nous associer aux nombreuses marques d\u2019estime que la hiérarchie catholique lui a prodiguées à l\u2019occasion de son centenaire et de lui souhaiter de livrer encore longtemps le bon combat de l\u2019intelligence et de la foi.R.A.Un athlète du Christ Un religieux éminent des États- Unis, le P.Edmund Walsh, S.J., vient de terminer à soixante et onze ans sa fructueuse carrière.Presque toute sa vie de Jésuite se rattache à l\u2019Université de Georgetown, où il occupa des postes importants.Il y fonda en 1919 et dirigea l\u2019École de Diplomatie.Mais si Georgetown fut sa résidence habituelle, il s\u2019en éloigna souvent pour des charges que le gouvernement lui confia et même des missions au nom du souverain pontife en divers pays.Une visite en Russie, en 1922, pour apporter à la population menacée de famine les secours des catholiques américains, puis une deuxième, quelques mois plus tard, à la tête du groupe envoyé par Pie XI dans le même but, orientèrent sa vie.Il se consacra à l\u2019étude du problème russe et devint un des hommes les plus renseignés des États-Unis sur le communisme, dont il dénonça la perversité et les dangers dans de nombreuses conférences et plusieurs publications: The Fall of the Russian Empire, The Last Stand, An Interpretation of the Soviet Five Year Plan, Total Empire, etc.Pour rendre son travail plus effectif et l\u2019étendre à toute l\u2019Amérique du Nord, le P.Walsh organisa en 1937, avec la haute approbation de ses supérieurs, une équipe de Jésuites où les six provinces des États-Unis et les deux du Canada étaient représentées.Homme d\u2019une grande activité, d\u2019une rare ténacité, ce religieux était aussi un gentilhomme, affable, discret, loyal.Une longue et douloureuse maladie l\u2019immobilisa durant ses dernières années.Uniquement soucieux de la gloire de Dieu, il offrit ses souffrances, comme il avait offert ses travaux, pour le triomphe de l\u2019Église et le bien des âmes.J.-P.A.A quand le cidre?Un épicier affiche les pommes à un prix de faveur: « 3 livres pour 39 sous ».C\u2019est bon marché ?Calculez le prix du minot et du baril! Et l\u2019on se prive de ce merveilleux fruit du pays, au profit des oranges du Sud, qui coûtent cher.Peut-être pire, c\u2019est qu\u2019on nous refuse le bon cidre, au profit de la bière trop forte.Des montagnes de pommes se sont perdues l\u2019an dernier.Voilà des années qu\u2019on réclame des cidreries dans notre Québec.Rien ne se fait.Vous vous demandez pourquoi ?Devinez l\u2019objection, absolument calomnieuse: le clergé n\u2019aimerait pas cela! Comme alibi de politicien, c\u2019est une sale trouvaille.Comme excitation à la critique, c\u2019est canaille.Comme réputation au dehors, c\u2019est le Québec priest-ridden.La petite politique est bien l\u2019art de jeter ses fautes sur le dos des autres.La vraie raison, la vraie opposition au cidre, ne serait-ce pas la bière, la bière trop alcoolisée, féconde en accidents?La bière a des arguments irrésistibles pour prévenir l\u2019ouverture de cidreries, à importer de Normandie, de Bretagne et de Champagne.Faudra-t-il que l\u2019Ontario nous dame encore le pion ?Rougemont fabrique un excellent cidre, mais en petit, à ses risques, sans rien d\u2019officiel, sans aide et sans ouverture de grande vente à la régie des liqueurs.La betterave est plus chanceuse que la pomme, à Saint-Hilaire.Notre Québec, en train de s\u2019industrialiser, ferait pourtant bien d\u2019acclimater ce chef-d\u2019œuvre bienfaisant d\u2019une industrie fondée sur l\u2019agriculture.Combien faudra-t-il d\u2019années pour qu\u2019on obtienne ce breuvage délicieux, qu\u2019on réclame à répétition depuis vingt ans?Voyez-vous ça, le clergé contre le cidre! Al.D.CHRONIQUE DE BON VOISINAGE Alexandre DUGRË, S.J.SANS L\u2019HEUREUSE INTERVENTION de voisins aimables, il aurait fallu intituler ceci « Chronique de l\u2019étroitesse ou du fanatisme », de la haine, de l\u2019absurde, d\u2019une ignorance en double du français et de l\u2019histoire française du Canada.Certaines explosions récentes dénotent la présence d\u2019un totalitarisme flamboyant, à côté de l\u2019entêtement sec, voulu, têtu, traditionnel.Psychologues et psychiatres ont ici un vaste domaine, facile à explorer, difficile à guérir: la psychologie du fana- tisme poussé jusqu\u2019à l\u2019exclusion, au bannissement moral, à l\u2019effacement total, à la reddition sans conditions.Où commence donc cet insularisme d\u2019humains entourés d\u2019eau, coupés des voisins ?En Angleterre, bien sûr.D\u2019excellents Anglais comme Belloc, Bright, Chesterton et d\u2019autres font l\u2019aveu que, pour certains mal éclairés, « l\u2019Afrique noire commence à Calais»! Le Dr.Temple: «Notre fatuité de nation est sans égale.» Un autre déplore la suffisance et les préjugés qui ne meurent pas.Même aujourd\u2019hui, lord Beaver- 354 RELATIONS brook, né au Nouveau-Brunswick, dit fièrement: « Je n\u2019abandonnerai pas mes préjugés, la vraie source de ma force.» Qui des nôtres imaginerait pareille source d\u2019énergie?Pourtant, une fois dans la grande Amérique, la psychologie d\u2019insulaires devrait s\u2019épanouir, admettre le voisinage, chercher des amitiés parmi les premiers occupants, les déjà installés, les voisins très paisibles, arrivés ici depuis trois cents ans; et même éprouver une gratitude obligatoire envers les pionniers qui ont sué, saigné, souffert dans la lutte contre la sauvagerie, les sauvages et les premiers voisins hargneux.Donc, une explosion désagréable, surtout inattendue, d\u2019ignorance et d\u2019unilinguisme défigura les beaux soleils d\u2019octobre; le jour d\u2019Action de grâces tourna en un triste Halloween pour dames énervées.Naturellement, Ottawa sonna le tocsin de la patrie en danger.Non les députés élus pour représenter le peuple, mais certaines dames protestantes, élues par personne, qui s\u2019accordent mal sur la foi, mais très bien en fanatisme.Quelques possibles indications françaises menacent les rues de la capitale d\u2019un pays bilingue, d\u2019une capitale où gîtent les ambassades, habituées plutôt au français.Une dame Grace a pris peur, entre deux thés ou deux bridges: le français est illégal! Autant vaudrait l\u2019allemand\u2014bien, on en reparlera dans trois cents ans! Mais, dites donc, les vieux mots, Dieu est mon droit, Honni soit qui mal y pense, la Reine le veut, etc., touchantes reliques de l\u2019antique histoire normande, et la coutume, la loi non écrite et la courtoisie, c\u2019est tout illégal?Certes, et Miss Gwendolyn Strachan, plus anglaise que la reine, le sait bien, et n\u2019en veut pas, et réclame une protestation en règle d\u2019Ottawa chez la reine.Pas moinsse, dirait Tartarin.Par bonheur, pour l\u2019honneur du pays et de l\u2019intelligence anglaise, les protestations contre ces protestantes se sont multipliées.Le Record, de Sherbrooke, asséna un abattage bilingue: « Pas de place pour l\u2019étroitesse d\u2019esprit.Nous avons aux Cantons de l\u2019Est un exemple vivant du bilinguisme et de la tolérance.S\u2019il existe un doute sur la légalité des affiches bilingues hors du Québec, il faut y voir.» En fait, le député Arsenault, de Bonaventure, en plus de stigmatiser la stupidité, a remis aux Communes un projet d\u2019éclaircissement de la constitution: qu\u2019on déclare les deux langues officielles dans tout le Canada.La Gazette, de Montréal, a servi de champ de bataille à un chassé-croisé de lettres charmantes ou grinçantes, dignes ou indignes, la plupart indignées: « Je suis positivement malade et dégoûté, écrit M.McClintock, de Knowlton.Ce pitoyable non-sens est au-dessous du mépris.Il donne un aspect troublant de subversion, de mentalité totalitaire, qui sent la trahison.Des agitateurs pourraient profiter de ces cerveaux de lièvres.La haine et la peur ont la même source, une faiblesse.Que craignent donc ces dames ?L\u2019anglais a pris tant de mots des Normands que la langue française est la grand-mère de l\u2019anglaise \u2014 et une belle grand-mère aussi! Mais enfin, quelle frustration agite ces dames?» Pourquoi la Ligue des femmes catholiques (C.W.L.) ne ferait-elle pas pièce aux protestantes?Une Allemande suisse protestante s\u2019étonne que ces dames aient tant creusé la constitution pour bannir le français \u2014 puisque même l\u2019anglais n\u2019est pas mentionné.Comme femme et comme mère, elle veut une génération constructive, compréhensive du voisin et sans préjugés.Comme protestante, elle veut plus de charité; la Suisse a quatre langues officielles et s\u2019en trouve bien.Comme Allemande, elle trouve au français des titres que n\u2019a point ici l'allemand.M.R.A.Field voit un enrichissement dans deux cultures.L\u2019opposition consterne tout bon Canadien.Ces folles explo- DÉCEMBRE 1956 sions sont de pitoyables essais de bloquer la tendance actuelle du pays.On a marché depuis 1867.Beaucoup de Néo-Canadiens et nous aussi reconnaissons dans le français une base de la civilisation occidentale.Nos écoles l\u2019enseignent de plus en plus.La reine a parlé français au Canada.Bref, le genre Hitsman ne doit pas trouver d\u2019écho.Un révérend Lindsay, qui admet les deux langues, prétend que tout allait bien avant Bourassa et d\u2019autres.Voire.Un M.Baxter: le français aide à l\u2019anglais.Donc bienvenu soit tout ce qui aide notre génération d\u2019illettrés.Un avocat Johnson dit que tout ce non-sens blesse les lecteurs français.Les Anglais en ont honte.Les indications françaises ne seront pas en patois, et elles serviront à des milliers.Ne parlons pas du fanatisme et de « ce pays anglo-saxon ».Le clou, le panache, le bouquet, c\u2019est une scie d\u2019humour tenace, cruel, d\u2019abord inquiétant pour nous, de Miss Rosanna Seaborn.Après une simple acceptation du bilinguisme, elle prend son élan pour tomber sur l\u2019ineffable Miss Strachan: « Pour un pays vraiment anglo-saxon, où il n\u2019existerait que les extra-purs, pratiquement personne, il faudrait éliminer, même liquider ou renvoyer chez eux, les Normands, Celtes, Gallois, Écossais, rebâtir la muraille d\u2019Adrien, interdire aux Écossais et Gallois de parler anglais, à cause de leur accent.Il ne resterait pas grand monde en Angleterre, mais quelle pureté de langue, sans rien de latin, de français, d\u2019arabe, d\u2019indien! Il faudrait peut-être brûler Shakespeare, qui écrivait sous les rois Tudor, ces Gallois.Pour le Canada, puisque le français est illégal, on fusillera au petit jour tout non-Québécois qui parlera français \u2014 et tous ceux qui parleront anglais dans le Québec, au risque de corrompre et de franciser notre pur anglais.Je me demande s\u2019il ne faudrait pas nous transporter tous en Ontario, ou nous enfermer dans un ghetto pour y parler anglais, tout seuls, le soir.Quelques, massacres mettraient de la vie dans notre ennuyeux pays.Je fonde une société large ouverte à tous.Qualification unique: haïr les autres.Quand j\u2019ai dit haïr, c\u2019est haïr activement.Pas de faiblards dans la « Société de la race maîtresse pour semer partout la détestation, la désunion et la désaffection » \u2014 à moins que vous ne trouviez un meilleur titre.» Nos excuses à Mlle Seaborn d\u2019émousser le piquant, et de résumer.On a proposé un Oscar et le prix Pulitzer au meilleur article de l\u2019année.Le Citizen, d\u2019Ottawa, dit que, si la constitution ne déclare pas le français officiel hors du Québec, cela ne l\u2019empêche pas de le devenir ailleurs et dans la juridiction fédérale.C\u2019est une affaire de coutume, de pratique et de courtoisie.Le Globe and Mail de Toronto: « Pourquoi ne serions-nous pas tous bilingues?Les Canadiens français ont fait plus pour apprendre l\u2019anglais que nous pour le français.N\u2019importe quel conseil de ville peut installer des affiches en français, ou en urdu ou en sanscrit s\u2019il le désire.» Comme quoi l\u2019on n\u2019est plus aux sombres jours de Craig, de Brown et du pasteur Shields.En août, The Saturday Night publiait de gentilles phrases favorables au Château Maisonneuve.Oublions certaines laideurs contre le maire Drapeau Un signataire anglais d\u2019Ottawa sembla plaire à la revue en dénonçant « la tapageuse pléthore de Queen Elizabeth sur les bateaux, ponts, hôtels, écoles et what have you : adulation qui répugne à un peuple d\u2019esprit supposé libre ».Un faux Gallup sans poil affirme que le nom Queen Eliza-beht, si cher à la Gazette, « plairait à 90 pour cent de la population de l\u2019Amérique du Nord, à 80 pour cent des Canadiens et à 75 pour cent même du Québec ».C\u2019est du rêve éveillé: on ne savait pas les Américains si chauds pour l\u2019Angleterre t Nos Montréalais continueront donc le combat de deux siècles, la lutte contre le mépris, la conquête du respect.Sommes- 35S nous quelque chose au Canada que nous avons sauvé?Sommes-nous chez nous à Montréal que nous surpeuplons?Sommes-nous des égaux qu\u2019on salue ou d\u2019humiliés serviteurs qu\u2019on regarde à peine et de haut?Quand M.Percival répond non à son titre de volume anglais: Devrions-nous tous penser de la même façon?il juge comme Salomon, mais pas comme les trois quarts de ses compatriotes.L\u2019unité canadienne sur notre dos, non seulement aux écoles hors du Québec, mais dans les services publics de chez nous, dans les affaires et dans ce bilinguisme unilatéral affectant l\u2019éducation de notre jeunesse, nous n\u2019en voulons plus, ni de l\u2019atmosphère de pays conquis, d\u2019oppression, de refoulement, d\u2019écrasement d\u2019une petite Hongrie devant une Russie qui s\u2019ignore, que le rideau soit de fer, de papier ou de dames à frisettes.Sir John Macdonald affirmait noblement qu\u2019il n\u2019y a ici ni vainqueurs ni vaincus.Bien avant lui, le gouverneur Murray pouvait écrire au roi George: « Peu, très peu suffira à contenter les Canadiens; mais rien ne satisfera les Anglais, sauf l\u2019exclusion de la race canadienne.» \u2014 aujourd\u2019hui encore dans une réserve indienne, québécoise ou concentrationnaire.SPIRITUALITÉ La naissance du Verbe Lucien ROY, S.J.UN ENFANT nous est né.Marie n\u2019a pas été prise au dépourvu.Depuis l\u2019Annonciation qu\u2019elle le savait.Le poids de l\u2019Esprit qui était sur elle se faisait plus lourd, et la plénitude du Verbe plus envahissante.Pas un coin de son cœur ne lui appartenait plus où elle pût penser toute seule.Pas une goutte de son sang qui n\u2019eût été réquisitionnée; et sa chair virginale s\u2019était accomplie à produire l\u2019œuvre qu\u2019on ne recommence pas.Toute la grâce de Dieu s\u2019était concentrée en toute la virginité qui avait été trouvée sur terre.Le fruit était préparé.Le fruit qui était de chair; le fruit qui était Dieu.Toute l\u2019humanité, neuve encore une fois, dorénavant incapable de s\u2019abîmer.« Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni.» Sur Marie, l\u2019Enfant avait gagné chaque jour ce qu\u2019il fallait pour être.Et Marie le voulait bien.Comme elle avait consenti à l\u2019accueillir de l\u2019Esprit Saint.Aujourd\u2019hui, il ne lui fallait plus que d\u2019être; d\u2019être tout seul, comme les autres hommes sont tout seuls.Marie le voulut bien.Elle l\u2019enveloppa de langes et le coucha dans la crèche.La naissance fut miraculeuse comme la conception.Ainsi qu\u2019elle l\u2019a reçu, Marie le donne au monde.Sa chair demeure intacte, elle qui n\u2019est pas comme nous du paradis perdu.Elle est toujours le Paradis de Dieu, celui où le Seigneur Yahweh, après ses longues journées de providence, aimait venir goûter un peu de la fraîcheur du soir, tout en causant avec le premier homme qu\u2019il avait fait.(La femme se taisait dans le paradis que nous avons perdu.) Marie n\u2019est pas comme nous l\u2019Éden interdit.Dieu y est chez lui, Seigneur.Il vient, il va, sans obstacle.Point d\u2019ange de colère ici pour dissuader d\u2019entrer.Tout est pureté et joie de Dieu.C\u2019est ainsi qu\u2019il l\u2019avait voulu, son paradis; mais il ne l\u2019a réussi que pour Elle et pour un seul: le vrai Fils d\u2019homme, né de la chair sans les opérations de la chair.Son Verbe incarné, son Image Son contemporain, Mgr Briand, avouait à Carleton: « De ma vie, je n\u2019ai craint aucun homme.Je sais aimer, mais non craindre.Les bontés me rendent faible et mou; les grossièretés me trouvent homme et ferme.» C\u2019est encore joliment notre genre.Les bons comptes font les bons amis \u2014 et les pays unis.Quelques mous, des battus contents, n\u2019aimeront pas ces vilains traits d\u2019une crise trop actuelle.Nous non plus.Mais ne faut-il pas accuser le coup, pour en prévenir d\u2019autres?Présenter l\u2019autre joue aux dames protestantes, c\u2019est méritoire pour un chrétien, non pour un peuple.Allumer un contre-feu pour arrêter un feu est parfois nécessaire.C\u2019est aussi du fanatisme?Pardon! Réclamer le droit de vivre est obligatoire contre qui réclame le droit de tuer.Nous voulons le vivre et laisser vivre des civilisés.Comme disait le professeur McArthur, de Toronto: « S\u2019il existe un problème canadien-français, la solution s\u2019en trouve au Canada anglais, non au Canada français.» Après deux cents ans d\u2019expériences mêlées, après les rappels acadiens qui n\u2019ont rien changé à l\u2019étouffement légal chez eux, nous adopterons la stratégie du sénateur McGeer: Yell like h., until you get what you want! Crie comme un diable, jusqu\u2019à ce que tu gagnes ton point.Ce serait plus élégant si un Noël bien chrétien multipliait les hommes de paix et de bonne volonté \u2014 les femmes aussi.Le P.Roy étudie présentement la théologie à Rome.Nous offrons en primeur cet extrait d\u2019un ouvrage qu\u2019il a composé et qui vient de paraître aux Editions Bellarmin, sous le titre de Noël.Réflexions et rêveries devant la crèche.enfin réussie, pour que par lui soient créés les hommes à son image et à sa ressemblance.Alors il est venu, Fils d\u2019homme, en ce Cénacle orné, où se préparent le pain et le vin du vrai sacrifice, le lieu du recueillement où s\u2019opère la descente de l\u2019Esprit.En ce Cénacle il est entré, de ce Cénacle il est sorti, toutes portes closes.Avant la naissance comme après la mort, il mène l\u2019existence béatifique d\u2019une, radicale pureté; celle-là même qu\u2019un jour il nous fera goûter.L\u2019âpreté de la condition humaine à laquelle il s\u2019astreint ne commence qu\u2019avec la bise des coteaux s\u2019engouffrant en rafales sous la grotte.* Nous sommes à l\u2019orée de la vie, au jour que Dieu s\u2019est fait enfant.Sa mère lui sourit.Pour la première fois, il voit de ce côté-ci la lumière qu\u2019il a faite.Il l\u2019avait trouvée, bonne « au commencement » ; il s\u2019y complaît maintenant comme qui ne l\u2019aurait jamais vue.Et la nuit donc! Il ne la savait pas si belle, si précieusement incrustée.Croirait-on qu\u2019il avait tant laissé filtrer de la lumière du ciel! (Que notre univers parvienne seulement à souffler ses propres lumières; il ne paraît plus que la coulisse derrière une mauvaise toile.L\u2019esprit des hommes, hélas! ne s\u2019y reconnaît pas toujours: il est bien souvent ennuagé.) L\u2019air est tellement bon à ses petits poumons tout neufs qui n\u2019attendaient que Noël pour se déplier.Sa première soif en quelques gouttes de lait s\u2019apaise.La vie est à son printemps.Puisque Marie sourit, toute la vie lui sourit.Quand on la laisse parler, la naissance ne parle que de joie.Ce sont nos prévoyances qui interfèrent, le souvenir névralgique de nos expériences mal cicatrisées qui nous serre le cœur et nous approvisionne d\u2019angoisse.« La femme au travail d\u2019enfantement souffre les douleurs, mais une fois qu\u2019elle a enfanté, elle n\u2019est plus qu\u2019à la joie parce qu\u2019un homme de plus se trouve en ce monde.» Qu\u2019y a-t-il de si 356 RELATIONS drôle pour un homme de plus dans ce monde?voudraient interroger toutes nos appréhensions à la fois.Nous ne sommes plus assez simples pour faire place à une vraie joie.Perpétuellement en travail, jamais rien d\u2019heureux ne voit le jour.Pour l\u2019arrivée du Fils de l\u2019homme, on n\u2019emprunte pas à la douleur: tout est de la joie.Il est enfin dans le monde! Pas un homme de plus: le seul, et toute la joie avec lui.Beaucoup plus que l\u2019espérance, qu\u2019une de ces promesses parfois si mal tenues.Un don.* Dieu nous donne en cet enfant ce qui nous manque le plus: la certitude d\u2019être aimé.Non pas d\u2019être aimé par qui a besoin de nous et nous fait l\u2019aile blanche de mouettes à l\u2019escorte d\u2019un vaisseau.Être aimé par celui-là qui a découvert en nous un cœur, un cœur qui a faim.Il faut en avoir beaucoup soi-même pour faire la découverte, être dévoré aussi du désir d\u2019échanger avec un autre de sa vie et de son amour.Dieu nous donne enfin le témoignage que nous pouvons comprendre.(L\u2019amour tonnant et fulgurant du Sinaï qui faisait pousser des cornes à Moïse ne cessait pas de nous effrayer.) Cette fois, il témoigne de son amour par un sourire, et son sourire se fait enfant.L\u2019amour a fleuri.Une de ces fleurs qui attirent invinciblement.Non pour engloutir, ainsi que font les belles de marécages dévorant leur hôte: pauvre moucheron qui prétendait se baigner dans l\u2019eau de leur corolle.Il a fleuri, pour vous réjouir en s\u2019épanouissant, une fleur qui s\u2019est faite plus belle et parfumée du jour où elle vous a vu.Non pour se faire regarder.Simplement pour que vous ne soyez plus seul.L\u2019amour de Dieu a fleuri dans un sourire, parce qu\u2019il lui faisait pitié de vous voir dépérir à force de n\u2019en point rencontrer.Lotus fascinant jusqu\u2019à l\u2019extase, il glisse à vous sur les eaux en sa coupe de verdure.Il sera votre phare, puisque, courbé, vous avez cessé de regarder les étoiles.Pour vous il a mis toute couleur et tout parfum dehors, afin de vous attirer, de vous ravir le cœur; laisser en sa place un cœur dévoré de désir.Du désir de l\u2019unique et invincible beauté.Le sourire de Dieu s\u2019est fait enfant parce qu\u2019il n\u2019a rien trouvé de plus gracieux.Sur la tige de Jessé, il s\u2019est épanoui.Dans les bras de Marie, calice virginal, ornement de notre humanité, fleurant la bonne odeur de Jésus-Christ.Ne regarde plus au ciel si tu veux; regarde entre les bras de la Mère de Dieu.LE THÉÂTRE .ANASTASIA», NOTRE COMÉDIE DES ERREURS Georges-Henri d'AUTEUIL, S.J.CETTE ANNÉE, la saison théâtrale semble prometteuse: L\u2019Angleterre nous a envoyé déjà la troupe du Old Vic qui a joué trois Shakespeare; la France nous annonce le retour, en janvier, de la compagnie Madeleine Renaud-Barrault dans un répertoire moderne.Nos troupes locales rivalisent elles-mêmes de vitalité.Le Théâtre-Club a repris, avec la même réussite que l\u2019an dernier, son très beau spectacle de la Nuit des Rois.Le Rideau Vert manifeste une activité débordante, sur deux plateaux à la fois.Le Théâtre du Nouveau Monde triomphe, au Gesù, avec le Malade imaginaire (nous y reviendrons).Jean Coutu « survient » à son tour et entre dans la danse avec une pièce policière, pendant que Jacques Languirand, fouetté par le succès de ses Insolites, fonde un théâtre pour les noctambules, le Théâtre de Dix Heures.Voilà un menu qui a de quoi intéresser ces messieurs de la critique \u2014 laquelle n\u2019est plus, à ce qu\u2019on peut croire, une tâche de tout repos! * Aussi, j\u2019ai bien peur d\u2019avoir besoin de toute la casuistique que l\u2019on prête si généreusement aux Jésuites pour apprécier judicieusement la pièce récemment présentée au Monument national par le Rideau Vert.C\u2019est un euphémisme de dire qu'Anastasia n\u2019a pas été très appréciée par la critique.En fait, on l\u2019a durement tombée.Qu\u2019est-il arrivé?Sur qui faire porter les responsabilités de cet échec ?Le Rideau Vert est une organisation théâtrale sérieuse.La distribution \u2014 abondante \u2014 comportait des noms d\u2019artistes connus et de talent.La pièce elle-même avait tenu l\u2019affiche longtemps à Paris, à New-York, et le cinéma s\u2019en est emparé à son tour.Alors?.Justement, ce peut être une lourde erreur \u2014 que le T.N.M.n\u2019a pas toujours évitée \u2014 de choisir une pièce DÉCEMBRE 1956 d\u2019après son succès à l\u2019étranger.Les publics ne sont pas les mêmes partout, et leur curiosité diffère.Le sujet d\u2019Anastasia peut susciter un intense intérêt chez un Européen, surtout chez un Russe, et ne rien dire à Madame Chose de la rue Wolfe ou même de la Côte-Saint-Antoine.A l\u2019inverse, tout le monde, ici, a voulu voir Tit-Coq et l\u2019applaudir; il a lamentablement échoué à New-York.Donc, première erreur: le choix d\u2019une pièce peu adaptée au public.Deuxième erreur, à mon sens beaucoup plus sérieuse: l\u2019auteur donne l\u2019impression d\u2019avoir manqué son sujet.On s\u2019attend, en effet, au drame de la recherche ardente et douloureuse de sa vraie personnalité chez une pauvre femme amnésique; on assiste à une fumisterie de haut style, à une exploitation éhontée de la situation ambiguë de cette femme pour des fins vulgaires de lucre.Traité à la blague, ce sujet aurait pu devenir une comédie, rosse, sans doute, et satirique, mais amusante.Non.L\u2019auteur l\u2019a voulu très sérieux, avec ce résultat que le premier acte n\u2019est qu\u2019une longue scène de maquignonnage, le deuxième, une hétéroclite réunion de famille en l\u2019honneur d\u2019une vague parente qu\u2019il sera décent de reconnaître, et le troisième, un louable effort pour nous empêcher d\u2019y voir clair; après quoi, on nous renvoie gros Jean comme devant.Je simplifie à l\u2019excès?Pas tellement.En tout cas, la déception réelle des spectateurs est venue de l\u2019ambiguïté de la pièce et non de l\u2019interprétation qui a été consciencieuse chez tous, de haute tenue chez quelques-uns: Henri Norbert, Jean Duceppe, Michèle Tis-seyre (pas toujours) et surtout Yvette Brind\u2019Amour, parfaite, sans aucune fausse note.Autre erreur, enfin (la dernière!): l\u2019insistance outrée, à mon sens, de la mise en scène et des décors sur le côté spectaculaire de la pièce.On a vraiment abusé des escaliers; de plus, au deuxième acte, les personnages semblaient écrasés par la pompe, la surcharge, la lourdeur de la décoration de ce qui n\u2019était, pourtant, que la chambre d\u2019Anastasia.Plus de dis- 357 crétion, de simplicité eût aidé, je crois, à mettre mieux en valeur les éléments psychologiques et moraux du drame.Dans ces conditions adverses, il n\u2019est pas étonnant que la vaillante troupe du Rideau Vert n\u2019ait pas réussi aisément à nous convaincre et à nous émouvoir.C\u2019était une épreuve de force difficile à surmonter.Espérons que ce mauvais départ, sur le double plan artistique et financier, ne nuira pas à la saison qu\u2019on nous annonce: les succès d\u2019hier sont un gage pour demain.* Relations a trop insisté sur la nécessité d\u2019un théâtre spécifiquement canadien pour ne pas applaudir, aujourd\u2019hui, aux récentes initiatives du Théâtre du Nouveau Monde et du Théâtre-Club.En effet, ces deux compagnies viennent de lancer des concours d\u2019œuvres théâtrales.Les modalités sont différentes, mais les buts sont les mêmes: encourager nos auteurs à écrire pour la scène, avec la promesse que les œuvres qui, par leurs qualités dramatiques certaines, recevront l'approbation de juges compétents seront jouées et publiées.La réponse est aux auteurs qui ont quelque chose à dire et que le travail n\u2019effraie pas.Car, comme dans les Jeux olympiques, plusieurs courent, un seul remporte la palme: le meilleur.Pour en arriver là, outre les aptitudes naturelles, il faut s\u2019exercer patiemment, y mettre le temps et l\u2019effort voulu, savoir se méfier de la facilité et fuir comme la peste les flatteurs, rechercher, au contraire, une critique exigeante et en suivre les avis judicieux.C\u2019est à ce prix qu\u2019on fait des œuvres durables.\u2022-\u2022 HORIZON INTERNATIONAL HONGRIE A U MOMENT où les forces militaires sovié-,/l tiques écrasaient le peuple hongrois, nous lûmes dans le Vestnik de Toronto la déclaration suivante du gouvernement soviétique, en date de « Moscou, 31 octobre ».Les principes de la coexistence pacifique, de l\u2019amitié et de la collaboration entre tous les États ont toujours été et sont la base de la politique étrangère soviétique.Cette politique trouve son expression la plus profonde et permanente dans ses rapports avec les pays socialistes.Unis par l\u2019idéal commun de construire une société socialiste et par les principes de l\u2019internationalisme prolétarien, les pays du grand camp socialiste ne peuvent avoir de rapports que sur la base de l\u2019égalité parfaite, du respect de l\u2019intégrité territoriale, de l\u2019indépendance souveraine et de la non-intervention dans les affaires intérieures des autres pays.Faite à l\u2019occasion des événements de Hongrie, cette déclaration peut être considérée comme un résumé de tous les mensonges essayés par la propagande soviétique, ouverte ou larvée, depuis le début de la campagne sur la coexistence pacifique.Jamais, non plus, une déclaration soviétique n\u2019aura été contredite par les faits de façon aussi totale, éclatante et inexcusable.Revenons un peu en arrière.Il y a six ou sept mois, tous les intéressés faisaient semblant de croire que l\u2019Union soviétique avait fait peau neuve.Les chefs d\u2019État, les premiers ministres, les délégations de toute espèce faisaient le voyage de l\u2019Union soviétique.Au Canada, pour ne pas parler d\u2019autres pays, on reçut la visite des ministres soviétiques de l\u2019Agriculture, des Pêcheries, des Forêts.Le 26 février, s\u2019ouvrit la foire de Leipzig, avec 9,650 participants de 41 pays.En février, le lord-maire de Manchester et cinq de ses collègues s\u2019en allèrent en U.R.S.S.; l\u2019ancien président de la République française et Mme Auriol s\u2019y rendirent aussi à la même époque.Cependant, MM.Bulganin et Khrustchev se préparaient à aller en Angleterre.Le 5 avril, Temps Nouveaux se vantait que « des firmes de 80 pays capitalistes commercent avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, de 74 avec la Hongrie, de 50 avec la Roumanie, de 41 avec la Bulgarie ».C\u2019est dans ce contexte qu\u2019eut lieu le discours de M.Khrustchev contre Stalin, le 25 février 1956.Pourquoi la dénonciation fut-elle aussi violente ?Les autres orateurs qui s\u2019étaient élevés contre « le culte de la personne » l\u2019avaient fait en termes plus discrets.Jamais, dans toute la littérature anti- communiste que nous avons eu l\u2019occasion de lire, nous ne vîmes une dénonciation aussi violente et aussi universelle que celle que fit Khrustchev de son propre régime.Elle fut suivie, le 17 avril, par la suppression du Kominform.Celle-ci n\u2019était que relative.Au congrès du parti communiste soviétique (février 1956), à celui du parti communiste chinois (septembre 1956), on put voir (et applaudir) les délégués du communisme mondial.Vers la fin du printemps, les capitalistes les plus panachés d\u2019un peu partout répétaient à qui voulaient l\u2019entendre que les peuples soviétique, chinois, polonais, tchécoslovaque, etc., étaient paisibles, suffisamment contents, qu\u2019ils ne demandaient qu\u2019à travailler, que le temps était venu d\u2019élargir le commerce avec eux, etc.Il devenait de plus en plus difficile de ne pas se laisser entraîner par cette propagande.C\u2019est alors qu\u2019éclata l\u2019explosion poznanienne.Elle dérangeait Moscou, et plus encore ceux qui voulaient faire des affaires avec Moscou et ses satellites.Elle remettait tout en question.Cependant, le prolétariat poznanien avait tellement raison que le premier ministre, M.Joseph Cyrankiewicz, s\u2019empressa de décrire la situation misérable dans laquelle il se trouvait.Le gouvernement soviétique lui-même, deux jours après le début des manifestations sanglantes, publia un long décret sur « le culte de la personnalité ».C\u2019était donner raison aux ouvriers poznaniens contre leurs patrons moscovites.Le procès de Poznan fut, en somme, raisonnable.On fut stupéfait de la franchise avec laquelle les accusés furent défendus.Les sentences furent données le 15 septembre.Elles furent étonnamment légères.L\u2019U.R.S.S.avait-elle fait peau neuve ?Trois jours après, le 18 octobre, s\u2019ouvrit le congrès du parti communiste polonais.Le politbureau fut liquidé pour stalinisme, et la vieille équipe, emprisonnée il y a quatre ans, durant la dernière année de Stalin, revint au pouvoir.Go-mulka se réclama de Tito, que Khrustchev venait justement de fêter en Crimée.Un Tito, passe: un titoïsme universel, c\u2019était affreux! Khrustchev, Mikoïan, Molotov, Kaganovitch, une constellation de généraux rouges vinrent à Varsovie.Gomulka tint son bout.Il affirma son loyalisme envers l\u2019U.R.S.S., son communisme, tout ce que vous voudrez, mais il voulait avoir les mêmes droits que Tito.Les soviétiques rentrèrent chez eux, et la Pravda écrivit de vilains articles contre les communistes polonais.Ceux-ci répliquèrent en affirmant leur loyauté envers le communisme, mondial et moscovite, mais en réclamant une certaine autonomie, pro- 358 RELATIONS clamée dans mille documents soviétiques.Puis, le cardinal Wyszinski revint dans sa cathédrale, et tout l\u2019univers constata avec émotion qu\u2019il incarnait son pays.Ces événements créèrent de profonds remous chez tous les satellites.Le 23 octobre, la révolte éclata en Hongrie.Au début, le parti communiste hongrois espéra, comme Cyrankiewicz et Gomulka, contenir l\u2019explosion populaire; mais il fut bientôt débordé.Avec un incroyable courage, le peuple tout entier se dressa contre l\u2019étranger bolchevique et réclama une libération nationale complète.Les troupes hongroises passèrent du côté des insurgés.Deux chars d\u2019assaut escortèrent la voiture du cardinal Mindszenty, quand, libéré par le peuple, il revint à Budapest.La liaison fut établie avec l\u2019Occident.On se souvient du frémissement qui secoua le monde quand parut, sur l\u2019écran, une hongroise qui, de Gyôr, fit entendre la voix de la liberté.Au début, ébranlées par la défection de l\u2019armée hongroise, les troupes soviétiques se retirèrent; le gouvernement soviétique fit sa proclamation de coexistence pacifique et de non-ingérence.Zhukov, alors, entra en scène.Il expliqua que les troupes soviétiques étaient en Hongrie en vertu du pacte d\u2019« assistance mutuelle », signé à Varsovie il y a un an et demi, et qu\u2019elles ne pouvaient être retirées sans le consentement des autres signataires.En Pologne, c\u2019était en vertu de l\u2019accord de Potsdam.J\u2019allai vérifier, car la parole d\u2019un soviétique, même maréchal, même ministre de la « défense » (!) nationale, mérite d\u2019être contrôlée.Dans mon texte (russe) de l\u2019accord de Potsdam, il n\u2019y a aucun vestige d\u2019un droit soviétique d\u2019occuper militairement la Pologne.Par contre, on y lit en toutes lettres, et signées par les Russes, de solennelles promesses de liberté polonaise.Quant à 1\u2019 « assistance mutuelle » pour la Hongrie, le maréchal Zhukov paraît l\u2019avoir conçue dans le sens d\u2019un massacre général des Hongrois.Tout le peuple résiste à l\u2019intervention étrangère, en dépit de l\u2019écrasante supériorité soviétique et de l\u2019abandon dans lequel nos États laissèrent la Hongrie.Partout, au Luxembourg, en Allemagne, en Italie, au Canada, aux États-Unis, les peuples montrent leur sympathie aux insurgés qu\u2019on massacre.Peut-on espérer qu\u2019avant de reprendre, encore une fois, avec les bandits, les sourires, les banquets et les beuveries commerciales de la « coexistence pacifique », on attendra que les cris des victimes soient complètement éteints ?PROCHE-ORIENT f^\u2019EST DANS CE CONTEXTE qu'on examinera les interventions israélienne et franco-anglaise en territoire égyptien.Nos lecteurs savent ce que nous pensons du colonel Nasser {Relations, août, novembre 1956) et des aspirations israéliennes (mai 1954).MM.Eisenhower et Saint-Laurent ont dit à peu près tout ce qu\u2019il fallait.On avait de la sympathie pour le nouvel État d\u2019Israël.On ne lui reconnaissait pas le droit de s\u2019étendre aux dépens de ses voisins; on estimait que tous les torts n\u2019étaient pas du côté arabe dans les incidents de frontière.Israël viola la charte des Nations Unies en envahissant le territoire égyptien.De graves intérêts, français, britanniques et autres, furent violés par l\u2019action arbitraire du colonel Nasser.En dehors des pays arabes et communistes, la sympathie universelle était acquise à l\u2019Angleterre et à la France.Les procédures des Nations Unies sont lentes.En voulant imposer une solution de force alors que les négociations étaient en cours, l\u2019Angleterre et la France violèrent la Charte des Nations Unies et risquèrent une guerre mondiale.Depuis des années, savamment orchestrée par ceux qui en tiraient profit (notamment les communistes), la propagande antiaméricaine battait son plein.Elle était très vive DÉCEMBRE 1956 en France, où l\u2019on reprochait aux États-Unis leur action au Vietnam et en Afrique du Nord.L\u2019Amérique, disait-on à qui voulait l\u2019entendre, devait patiquer l\u2019économie de don.Quant au reste, étant sans expérience, indécis, inconstants, gaffeurs, égoïstes en affaires, les Américains n\u2019avaient qu\u2019à se taire.Cette propagande fut largement acceptée dans bien des pays d\u2019Europe.Fut-elle un facteur décisif dans la décision de briser la solidarité de l\u2019Atlantique ?Ce n\u2019aura pas été la première fois qu\u2019une habile propagande « dialectique » aura apporté au communisme mondial un précieux appoint.L\u2019Union soviétique et la Chine rouge paraissent décidées à imposer dans le Proche-Orient les mêmes solutions de force qu\u2019en Hongrie; les deux gouvernements misent tout sur le pétrole arabe.L\u2019U.R.S.S.parle d\u2019envoyer «cinquante mille volontaires » en Égypte; mais c\u2019est là un chiffre flexible.Ces troupes viendraient surtout des républiques asiatiques de Kazakstan, d\u2019Uzbekistan, de Turkemnistan, comme les « soldats » de 1945 qui laissèrent à Berlin tant de traces vivantes de leurs inoubliables orgies.La Chine rouge prétend avoir reçu « 250,000 lettres » de « volontaires » qui demandent à partir pour l\u2019Égypte.Faut-il voir en cela une manœuvre pour créer, en vue des violences qui semblent s\u2019en venir, une solidarité afro-asiatique ?Jusqu\u2019ici, les États-Unis, qu\u2019on avait tant vilipendés, restent la seule grande puissance décidée à exiger des solutions pacifiques, à travers l\u2019organisation des Nations Unies.La solidarité atlantique a reçu un coup très dur; les institutions juridiques, un coup plus dur encore.C\u2019est en regardant les héros de Hongrie, qui partent enchaînés pour la Sibérie, écrasés mais non brisés, qu\u2019on ressent encore un peu de fierté humaine.Quel glas terrible sonne à travers le monde, en cette fin du mois des morts! CHINE T E PARTI COMMUNISTE chinois a tenu son JL, VIIIe congrès, du 15 au 27 septembre 1956.Pour la première fois depuis qu\u2019il est au pouvoir (le vir congrès eut lieu en 1945), il fit son inventaire, dressa son bilan.Il paraît être en plein essor.L\u2019objectif principal est de transformer la Chine par le collectivisme et l\u2019industrialisation d\u2019État; l\u2019alliance avec l\u2019Union soviétique et le communisme mondial est apparemment solide.Mao Tse-tong fit une courte déclaration d\u2019ouverture, et laissa la place à d\u2019autres.Le parti communiste chinois, dit-il, a dix millions de membres.Ça fait un communiste sur soixante chinois.Des délégués communistes de « cinquante pays, tous marxistes-léninistes, tous parlant une langue commune », vinrent au congrès.La Chine appuiera les « mouvements de libération et d\u2019indépendance nationale » en Asie, en Afrique et en Amérique latine.Le rapport politique fut confié à Liu Shao-tsi.Ce fut la pièce de résistance du congrès.Tant que Lénin vécut, c\u2019est lui qui présenta le rapport politique.Stalin lui succéda, et maintenant, c\u2019est Khrustchev.Liu Shao-tsi n\u2019est pas un inconnu pour nos lecteurs.Il a la réputation de collaborer étroitement avec le Kremlin.Son rapport traita surtout de la transformation intérieure de la Chine.Des 120 millions de fermes qu\u2019il y avait au début de la révolution, 110 millions sont déjà groupées en coopératives \u2014 35 de type inférieur, 75 de type supérieur.A toutes fins pratiques, la Chine est kolkhosée.Cette collectivisation vint à la suite d\u2019une vigoureuse campagne d\u2019éducation (et de lavage de cerveau!) qui dura trois ans.Ici, l\u2019expérience chinoise diffère de celle qu\u2019inventa Stalin.En U.R.S.S., la collectivisation fut décrétée et imposée; il s\u2019en suivit une terrible famine.Les mesures chinoises sont élaborées plus lentement, et on y prépare la population.Au moment de la réalisation, l\u2019action est presque fulgurante.Aussi, les résultats semblent être plus décisifs.359 L\u2019artisanat était très répandu ; aujourd\u2019hui, la production artisanale est collectivisée dans une proportion de 90% La nationalisation de l\u2019industrie se fit non pas par la suppression du capitalisme, mais par sa transformation en capitalisme d\u2019État.Il fallut rééduquer (on sait, en Occident, ce que ça veut dire) les capitalistes.On leur laissa une « partie des profits » et on les poussa à s\u2019enrôler comme ouvriers.La Chine se transforme en pays industriel; mais il n\u2019y a pas la fièvre des premiers plans quinquennaux soviétiques.Le premier plan chinois (1953-1957) créa deux grands centres industriels nouveaux: en Mongolie intérieure et en Chine centrale.Le deuxième (1957-1962) prévoit, pour 1962, une production annuelle de 10.5 à 12 millions de tonnes d\u2019acier, de 190 à 210 millions de tonnes de charbon, de 40 à 43 milliards de kilowatt-heures d\u2019électricité.Pour un pays aussi grand que la Chine, c\u2019est modeste; le progrès sur les années précédentes est énorme, la lenteur relative de cette transformation paraît être un gage d\u2019avenir.De la situation internationale, le rapporteur parla peu.Ce qu\u2019il dit, d\u2019ailleurs, était connu d\u2019avance.Il approuva en de longs paragraphes la politique de Nasser.Dans les circonstances présentes, il convient de noter ceci: Si l\u2019Angleterre et la France ne prennent pas la voie de la solution paisible des différends, mais ont recours à l\u2019intervention militaire, elles n\u2019auront pas seulement à affronter la résistance héroïque du peuple égyptien et des peuples de tous les pays arabes, mais elles provoqueront inévitablement une décisive action contraire de la part des vastes masses populaires de tout le camp socialiste, de l\u2019Asie, de l\u2019Afrique, de l\u2019Amérique latine, des pays occidentaux, voire une réaction décisive des masses populaires en Angleterre et en France.Ce passage laisse déjà soupçonner une intervention militaire chinoise.Il est bien inquiétant.Tien Siao-pin présenta un rapport sur les changements aux règlements du parti communiste, et Chou En-lai sur le plan quinquennal.Les questions internationales occupèrent une très petite place dans les trois grands rapports.A s\u2019en tenir au compte rendu de la Pravda, il n\u2019y eut pas de discussion.Les orateurs qui suivirent les rapporteurs principaux dirent quelques mots d\u2019approbation et éclairèrent certains aspects de la vie communiste en Chine: unions ouvrières, législation, armée, politique agraire, industrialisation, etc.Lo Joei-tsin décrivit la lutte contre la « contre-révolution ».C\u2019était, en somme, le rapport du N.K.V.D.(quel que soit le nom que la répression policière porte en pays rouge).Au début, la répression, justifiée par le décret du 10 octobre 1950, contre « les bandits, les agents de types divers, les dirigeants de partis réactionnaires et les chefs de sectes religieuses illégales » fut sévère.Puis, il y eut un peu d\u2019adoucissement; mais en 1955, on reprit la manière forte.Lo Joei-tsin est absolument certain que la contre-révolution est « complètement déracinée ».Il décrit la « rééducation » des contre-révolutionnaires et établit les six points qui guideront la répression.Voici un échantillon de sa prose: Sixièmement, afin d\u2019assurer la bonne conduite de la lutte contre la contre-révolution, il faut rendre plus forte la direction communiste des organes populaires de sécurité sociale et plus vigilant le contrôle de ces organes de la part du parti et des masses populaires.Les organes populaires de la sécurité sociale, voilà l\u2019arme de la dictature démocratique populaire, l\u2019arme aiguë du parti et de l\u2019Etat dans la lutte contre les ennemis intérieurs et extérieurs.Si on sait se servir de cette arme, on peut battre l\u2019ennemi et se défendre; si on ne le sait pas, on peut se blesser et faire du tort au peuple.Au parti, donc, de surveiller la répression.Elle se fait, en Chine, avec un ensemble de force et de mesure qui ferme toutes les issues à la liberté.On a l\u2019impression que les chefs chinois dominent entièrement leur révolution.Joseph-H.Ledit.15 novembre 1956.LES LIVRES RELIGION École biblique de Jérusalem: La Bible.L\u2019Ancien et le Nouveau Testament.\u2014 Bruges (22, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1956, 1989 pp., 12.5 cm.TVJULLE LECTURE comparable à celle de la Bible.On nous 1 >1 offre du Livre saint une édition de poche qui est une petite merveille.A peine plus gros qu\u2019un fort porte-monnaie, le volume contient toute la Bible, avec juste ce qu\u2019il faut de notes pour éclairer le lecteur pressé ou profane.Etabli et révisé par les meilleurs spécialistes, le texte français charme par sa clarté, sa poésie, son sens des nuances.Bien sûr, on comprend mieux la Parole de Dieu si l\u2019on a le désir d\u2019en faire la loi de sa vie et si l\u2019on consent à s\u2019initier, dans les ouvrages de vulgarisation nombreux aujourd\u2019hui, aux divers problèmes que posent la critique textuelle et l\u2019exégèse.Ajoutons que, pour lire la Bible de poche, il faut de bons yeux; mais le profit à retirer de l\u2019effort dépasse ici toute estimation humaine.Joseph d\u2019Anjou.Th.HÉNUSSE, S.J.: Entretien sur Jésus-Christ.\u2014 Tournai, Casterman, 1956, 100 pp., 19 cm.Prix: 33 fr.belges.T\u2019APOLOGÉTIQUE ne mérite pas qu\u2019on la dédaigne quand ¦L' elle est traitée avec originalité, comme ici.L\u2019A.a un style mordant; mais son art consiste surtout à opposer les non-catholiques à eux-mêmes: ils admirent trop le Christ, souvent, pour être logiques en refusant de l\u2019adorer.Pour l\u2019A., comme pour 360 Jean Guitton, la foi en la divinité de Jésus repose d\u2019abord sur le témoignage quelle Christ se rend à lui-même; mais il n\u2019a garde d\u2019oublier que l\u2019Église vivante est un miracle permanent et constitue comme un cinquième évangile dans lequel éclate la vérité du message de Dieu.Voilà une lecture tonifiante à recommander.Joseph d\u2019Anjou.Jean Galot, S.J.: Le Cœur de Marie.\u2014 Bruges (22, Quai au Bois), Desclée de Brouwer, 1955, 313 pp., 19 cm.Prix: 87 fr.belges.GRÂCE à un heureux usage de l\u2019Écriture et de la psychologie, l\u2019A.présente une étude dense et neuve du Cœur immaculé et du Cœur virginal de Marie (première partie:
de

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