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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1956-11, Collections de BAnQ.

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[" (Relations LE PROBLÈME RACIAL AUX ÉTATS-UNIS John La FARGE LES DEUX DERNIÈRES PHASES DE L\u2019ALCOOLISME Rolland BOYLE UN INDIEN PARLE DE L\u2019INDE Albert NEVETT «LA GRÈVE DE L\u2019AMIANTE» Jacques COUSINEAU Dessiner pour l'enfant \u2014 Le Prêt d'honneur \u2014 Les exigences humaines de l'expansion économique \u2014 Où va la C.T.C.C.?\u2014 Le Rassemblement et la démocratie \u2014 Pour une grande politique provinciale d'aide à l'éducation REVUE DU MOIS \u2014\tSpécialité : =¦¦-=*= \u2014\tChaussures orthopédiques \u2014\tArticles de sports pour toute saison \u2014\tChaussures en général ATELIERS DES SOURDS-MUETS ?CHAUSSURES et SPORTS 65 ouest, rue de Castelnau - Montréal CR.9-4571 Local 8 \u2014 Atelier Local 12 \u2014 Chaussures et Sports ?Sous la direction des Clercs de Saint-Viateur fitofio/n/sez Idéal pour maisons d\u2019appartements, magasins, petites industries.Pour une consommation de 10,000 gallons d'huile et plus par année, vous avez tout avantage à installer un brûleur Cleaver-Brooks car en plus de chauffer à meilleur marché, vous économiserez par gallon sur votre contrat d'huile.8 facteurs d'économie du Cleaver-Brooks Mise en marche à feu bas \u2014 Modulation complète de la flamme \u2022\u2014 Allumage électrique automatique \u2014\u2022 Combustion à rendement élevé \u2014* Vaporisation à basse pression.Aucun autre brûleur à l\u2019huile automatique ne vous offre autant d\u2019avantages.Une installation Cleaver-Brooks par nos experts en chauffage est des plus sûres et des plus économiques.Faites venir le dépliant Cleaver-Brooks aujourd\u2019hui ou sans obligation de votre part, demandez toutes les informations à un de nos représentants MONGEAU & ROBERT» 1600 est, rue Marie-Anne - LA 1-2131 MR-56-tQF SOMMAIRE NOVEMBRE 1956 Éditoriaux.310 Pour une grande politique provinciale d\u2019aide à L\u2019ÉDUCATION.\u2014 NASSER ET SA (( PHILOSOPHIE DE la révolution \u2014Nasser et les pays sous-développés.\u2014 Le Rassemblement et la démocratie.Articles LES DEUX DERNIÈRES PHASES DE L\u2019ALCOOLISME.Rolland Boyle 312 UNE RECHERCHE RÉCENTE SUR LES FAITS D\u2019UNE GRÈVE.Jacques Cousineau 315 LES EXIGENCES HUMAINES DE L\u2019EXPANSION ÉCONOMIQUE William F.Ryan 317 UN INDIEN PARLE DE L\u2019INDE.Albert Nevett 319 DESSINER POUR L\u2019ENFANT .Béatrice Clément 321 Commentaires.322 Le Pape nous parle.\u2014 Réforme des structures ou réforme des mœurs.\u2014 L\u2019État et l'impôt.\u2014 En trois mots.Au fil du mois.324 L'Église et la coexistence.\u2014 Où va la C.T.C.C.?\u2014 Un milieu adulte de discussion.\u2014 La XXXIIU Semaine sociale du Canada.\u2014 Paris, Bruxelles, Madrid, Rome ?Articles LE PROBLÈME RACIAL AUX ÉTATS-UNIS \u2014 I.John La Farge 326 LE PRÊT D\u2019HONNEUR : SON RÔLE, SON EFFICACITÉ.Jean-Guy Décarie 328 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 328 Les livres.333 Religion.\u2014 Études CARMÊLITaines.' Nos sens et Dieu (Sr Marie-Emmanuel).- H.de Lubac: Atnida (J.Harvey) .333 Morale et Éducation.\u2014 G.Thibon:\tNotre\tregard\tqui manque à la lumière.- Commission des Écoles catholiques de Montréal: Jeunes, voulez-vous des livres?(J.d\u2019Anjou).- L.-P.Audet: Le Système scolaire de la province de Québec (A.Plante).334 Sciences politiques et sociales.\t\u2014\tThe\tPolish\tReview (J.-H.Ledit).-J.R.Hicks, A.G.Hart, J.W.Ford: The Social Framework of the American Economy (E.Bouvier).336 Armand SICOTTE & Fils, liée\t\tTel.: H Arbour 0456 Châtie magne fâoutciet, 0.2).Optométriste - Spécialiste de la vue Entreprises générales\t\t\u2022 950 est, rue Sherbrooke\t\tRéhabilitation visuelle HEURES DE BUREAU: 1735, rue Saint-Denis\tsemaine : de 9 h.è 6 h.'\tLe vendredi : de 9 h.à 9 h.Montreal\tLe samedi : de 9 h.à 1 h.Montréal-24\tLA.3-2121\t\t LIBRAIRIE LEMEAC MESSAGERIE FRANCE CANADA \u2022 Littérature \u2022 Sciences \u2022 Médecine \u2022 Arts 371 ouest, rue Laurier Montréal\tCR.9-3620 EN EUROPE \u2014 PAR AVION PROFITEZ DU NOUVEAU TARIF.EXCURSION 15 jour», à compter du 1er octobre 1956 Billots valables en classe touriste par l\u2019une des lignes régulières de l\u2019IATA.Au départ de Montréal : AIR CANADA, AIR FRANCE, BOAC, KLM, LUFTHANSA Aussi autres services par New-York Prix du passage aller et retour : MONTREAL \u2014LONDRES.$416.00 MONTREAL \u2014PARIS.$452.00 MONTREAL \u2014 AMSTERDAM ou BRUXELLES.$452.00 MONTREAL \u2014 FRANCFORT.$484.60 MONTREAL \u2014ROME.$542.40 Pour le choix du service qui convient le mieux è votre Itinéraire et pour vos réservations, adressez-vous aux VOYAGES HONE 1460, AVENUE UNION, MONTRÉAL 2 \u2014 HA.8222 \u2022¦= ./¦¦,===== \u2019\u2022 NOVEMBRE 1956 309 XVIe année, N° 191 Montréal Novembre 1956 ÉDITORIAUX Pour une grande politique provinciale P aide à l\u2019éducation LES MOIS de septembre et d\u2019octobre qui voient la J rentrée des classes ont fixé l\u2019attention d\u2019un grand nombre sur les problèmes de l\u2019éducation.Tout d\u2019abord, à Saint-André (Nouveau-Brunswick), une centaine d\u2019hommes d\u2019affaires, parmi les plus importants que compte notre pays, se sont réunis dans le but de trouver comment la grande industrie pourrait venir en aide à l\u2019éducation.Puis, ce fut la cascade des congrès sur l\u2019éducation: conférence de l\u2019Institut canadien des Affaires publiques (à Sainte-Adèle), Semaine sociale (à Saint-Jérôme), réunion annuelle de l\u2019Association canadienne d\u2019Êducation (à Winnipeg), congrès de la Fédération des Commissions scolaires catholiques du Québec (à Rimouski), sans parler d\u2019autres réunions de moindre importance.L\u2019automne est vraiment le temps des récoltes, même dans le champ de l\u2019éducation.Clergé, éducateurs, hommes d\u2019affaires, tous sont d\u2019accord au moins sur un point: l\u2019ampleur et l\u2019acuité des problèmes éducationnels.Comme pour couronner le travail, deux voix hautement représentatives, chacune dans sa sphère, se sont fait entendre au début d\u2019octobre: celle de M.Claude Jodoin, président du Congrès du Travail du Canada, et celle du T.H.Louis Saint-Laurent, premier ministre du Canada, la première réclamant la tenue d\u2019une conférence fédérale-provinciale sur les problèmes d\u2019éducation, la seconde annonçant une nouvelle formule d\u2019octrois aux universités qui serait acceptable par les institutions québécoises.A la suite de ces événements, les yeux se tournent spontanément vers Québec, et la population de la province se demande quelle décision vont prendre ses législateurs.Deux sortes de politique, elle le sait, peuvent lui être offertes: une petite politique de parti et une grande politique de gouvernement; la première, visant avant tout les résultats électoraux, la seconde, cherchant d\u2019abord à satisfaire les besoins les plus urgents partout où ils se manifestent; la première, laissée au caprice des politiciens, la seconde, organisée d\u2019une façon méthodique et progressive; la première, entachée de favoritisme et d\u2019arbitraire, la seconde, soumise aux lois de la justice distributive qui ne tolère pas d\u2019acception de personnes et commande que la répartition des impôts se fasse en tenant compte de l\u2019intérêt général ainsi que des mérites et des besoins des institutions et des personnes.Pour faire face aux problèmes qui s\u2019accumulent dans le domaine de l\u2019instruction publique; pour éviter que nos institutions ne se laissent séduire par les offres toujours plus alléchantes d\u2019Ottawa, et n\u2019en viennent à considérer l\u2019autonomie provinciale comme un obstacle à leur développement normal, une grande politique québécoise d\u2019aide à l\u2019éducation s\u2019impose impérieusement, pas pour l\u2019an deux mille, pas pour demain, mais tout de suite.J^aéâer et âa \u201c Philosophie de la révolution 1ES ÉVÉNEMENTS sont par trop récents pour que v la comparaison ne s\u2019impose pas d\u2019elle-même entre Nasser et Hitler, le colonel et le caporal, le coup de Suez et le coup de Dantzig, Mein Kampj et la Philosophie de la révolution.Cette brochure brûlante, qui, à la différence de Mein Kampj, est postérieure à la conquête du pouvoir par Nasser, étale les démesures d\u2019une ambition qu\u2019excitent la flamme raciste, une confiance monumentale dans le cours inéluctable de l\u2019histoire et la conviction d\u2019une vocation messianique.Trois opérations résument la Philosophie de la révolution : la première, éliminer l\u2019État d\u2019Israël, « nouveau-né de l\u2019impérialisme », bien que cet État ait été créé par les Nations Unies avec l\u2019approbation de toutes les grandes puissances; la deuxième, étendre la tutelle de l\u2019Égypte non seulement sur le Maghreb et sur l\u2019Afrique du Nord, mais sur l\u2019Afrique entière, « jusqu\u2019au centre de la forêt vierge », espace vital de l\u2019Égypte et terre d\u2019élection de l\u2019isla- 310 RELATIONS misme; la troisième, unir en un seul bloc les centaines de millions de musulmans africains et asiatiques.Écoutez ceci : Pieusement recueilli devant la Kaaba, je sentais mes pensées embrasser tous les pays portant l\u2019empreinte de l\u2019Islam, et je me disais: Notre conception du pèlerinage doit changer.La visite de la Kaaba ne doit plus être un billet d\u2019entrée au paradis, ni une tentative ingénue pour l\u2019achat du pardon divin.Le pèlerinage peut avoir une force politique énorme.La presse mondiale devrait s\u2019y intéresser, non sous l\u2019angle des rites et des traditions, mais en le considérant comme un congrès politique périodique, qui réunirait chaque année les dirigeants des États islamiques, les écrivains, les négociants, les rois de l\u2019industrie, ainsi que la jeunesse, en vue d\u2019étudier les grandes lignes d\u2019une politique commune à toutes les nations musulmanes.Tel est le rôle qui « attend son héros ».Nul doute que Nasser ne se l\u2019attribue déjà.Non seulement il nourrit l\u2019ambition de guider le monde arabe, mais on peut croire que, jaloux du prestige de Nehru, il brigue de lui ravir la direction du monde arabo-asiatique: « Lorsque j\u2019imagine qu\u2019il y a 80 millions de musulmans en Indonésie, 50 millions en Chine, quelques millions en Malaisie, au Siam et en Birmanie, 100 millions environ au Pakistan.» On s\u2019étonne qu\u2019une pareille philosophie de la révolution, où l\u2019intolérance religieuse est mise au service d\u2019une politique de force, ait trouvé des complicités et des silences chez plusieurs en Occident.C\u2019est ainsi qu\u2019un anticolonialisme qui a toujours raison, fût-ce au mépris de principes juridiques, aboutit à nier la justice au nom même d\u2019une justice.Le colonialisme est une chose, et nous sommes tous d\u2019accord pour le liquider, en temps et lieu; de cela l\u2019Occident a déjà donné des preuves.L\u2019affaire de Suez est une autre chose, à laquelle il s\u2019agit de trouver une solution qui tienne compte de l\u2019interdépendance des peuples.Le racisme impérialiste (et l\u2019Islam a toute une longue et tragique histoire de domination) est une autre chose encore, qu\u2019il faut combattre au nom du droit international et de la collaboration entre les peuples.A la mégalomanie de Nasser, il faut donc résister avec une intelligente fermeté, évitant de répondre à la colère par la colère.Ce n\u2019est pas là faire montre de bellicisme; c\u2019est vouloir la vraie paix.-Naââex et le* pay,* *ou*-développé* T^N ARRIÈRE du coup de Suez, instrument d\u2019une politique de puissance, il y a l\u2019affaire du barrage d\u2019Assouan, symbole de relèvement économique pour les pays sous-développés.Frères de l\u2019Égypte dans la pauvreté, comment ceux-ci ne prêteraient-ils pas l\u2019oreille aux rodomontades de Nasser, puisqu\u2019ils se rendent compte que l'émancipation nationale n\u2019est pas tout, qu\u2019elle a besoin, pour être véritable, de moyens matériels, économiques et techniques ?Or, le fait est que ces moyens font défaut aux pays sous-développés.Les investissements, dont ils ont un si grand besoin pour entreprendre chez eux l\u2019aménagement du sol, la construction de barrages, de routes, d\u2019aérodromes, de ponts, etc., peuvent se trouver, avec un peu de patience, auprès des administrations de la Banque internationale, des divers organismes de l\u2019O.N.U., du Point IV, du Plan Colombo, voire de sociétés étrangères.Toutefois, ces investissements ne sauraient leur être consentis que si régnent la garantie de la paix, le respect des contrats, la confiance mutuelle, la reconnaissance d\u2019un ordre juridique international que contredisent, précisément, toute politique du fait accompli et l\u2019arbitraire de la force.Nous ne pensons pas seulement à l\u2019Égypte, mais à l\u2019Indonésie qui, le 4 août dernier, répudia une dette de plus d\u2019un milliard contractée envers la Hollande.Il faut aussi des moyens techniques.Mais la technique, à son tour, n\u2019est pas une chose qui s\u2019emprunte comme un capital, s\u2019achète comme un outil, se réquisitionne comme une denrée, ou se nationalise comme un canal.L\u2019utilisation d\u2019un ensemble de techniques exige une préparation scientifique, la compétence ouvrière et agricole, ainsi que l\u2019art de l\u2019organisation et de l\u2019administration.Il ne suffit donc pas d\u2019affirmer un droit abstrait à l\u2019autonomie, ni même de posséder l\u2019équipement technique; il faut encore apprendre à se servir des instruments disponibles, ce qui suppose un climat d\u2019entente et d\u2019entraide national et international.Ces conditions ne surgiront pas du sol par enchantement, comme dans un conte des Mille et une Nuits.Il y faudra du temps.Chose certaine, ni le communisme, qui promet monts et merveilles à l\u2019Asie et à l\u2019Afrique, ni le nationalisme xénophobe, qui fomente des mirages, ne veulent donner aux jeunes nations des leçons de patience.Une des tâches primordiales de la diplomatie occidentale est de faire comprendre aux pays sous-développés qu\u2019à vouloir brûler les étapes (ou jouer double jeu) comme Nasser, ils risquent d\u2019être les premières victimes de leur hâte imprudente.C\u2019est aussi une de ses graves responsabilités que de prendre garde à ne pas exploiter la patience, déjà longue, des pays pauvres.La tranquillité de l\u2019ordre international et les exigences du christianisme l\u2019interdisent.JÇe J^a**emblement et la démocratie AU QUÉBEC, vient de naître un nouveau groupement de citoyens, le Rassemblement, qui s\u2019est défini comme un mouvement d\u2019éducation et d\u2019action démocratique, et se fixe pour but essentiel l\u2019établissement d\u2019une véritable démocratie dans la province.Le geste est en soi légitime et même louable.Le Pape actuel a maintes fois condamné les régimes totalitaires, et il a laissé clairement voir les préférences de l\u2019Église pour une saine démocratie, allant même jusqu\u2019à observer que, par suite des énormes sacrifices NOVEMBRE 1956 311 réclamés de tous les citoyens et en un temps où l\u2019activité de l\u2019État est si vaste et si décisive, « la forme démocratique de gouvernement apparaît à beaucoup comme un postulat naturel imposé par la raison elle-même » (Radiomessage de Noël 1944).Or, l\u2019un des premiers droits d\u2019un citoyen en démocratie, c\u2019est celui d\u2019avoir une opinion personnelle, de l\u2019exprimer et de la faire valoir d\u2019une manière correspondant au bien commun.De plus, pour bien fonctionner, le régime démocratique a besoin que le plus grand nombre possible de citoyens s\u2019intéressent aux affaires publiques, et rien ne lui est plus funeste que leur apathie ou encore leur refus d\u2019assumer leurs responsabilités d\u2019hommes libres à l\u2019égard de la vie politique.Aussi l\u2019initiative prise par le Rassemblement ne mérite-t-elle pas d\u2019être à priori reçue avec plus de Les deux dernières phases de F alcoolisme Rolland BOYLE, S.J.Ci SIGNES avant-coureurs et les quatre caractéristiques principales de la phase préliminaire (voir Relations, sept.1956, p.241) ne constituent pas encore l\u2019alcoolisme proprement dit.Mais si l\u2019on manque de les découvrir à temps, ils s\u2019aggraveront et fatalement conduiront leur victime à la phase décisive de l\u2019alcoolisme, où le caractère pathologique se révèle pour de bon.I.\u2014 LA PHASE DÉCISIVE Les symptômes décrits dans l\u2019article précédent s\u2019aggravent dans cette deuxième phase.Les pertes de mémoire, plus nombreuses, se présentent plus tôt, sous l\u2019effet de quantités moindres d\u2019alcool.La virtuosité à s\u2019approvisionner et à boire en cachette masque Y avidité de boire.Enfin, la répugnance à parler de boisson scelle les lèvres de l\u2019alcoolique.A ces malheurs s\u2019ajoute l\u2019élément constitutif de cette phase: Y impossibilité de boire avec modération, avec son cortège de justifications et de périodes d'abstinence, avec aussi le recours occasionnel au petit coup du malin pour se remettre les nerfs.L'impossibilité de boire avec modération La phase critique de l\u2019alcoolisme se caractérise par l\u2019éclosion d\u2019un nouveau symptôme extrêmement virulent: Y impossibilité de boire avec modération.Malgré des efforts inouïs, l\u2019alcoolique perd toute capacité de se limiter à quelques verres.La première consommation, si minime soit-elle, entraîne fatalement dans l\u2019organisme une réaction en série.Le malade éprouve une méfiance que de sympathie.Aux chefs du mouvement toutefois il appartient de gagner pleinement notre confiance, en poursuivant des objectifs et en employant des moyens conformes à l\u2019idéal démocratique, à cet idéal démocratique dont l\u2019esprit chrétien \u2014 ils devraient le savoir \u2014 est à la fois le ferment et la meilleure garantie; sinon, au nom même des principes qu\u2019ils invoquent, nous nous réservons de les dénoncer et de les combattre.Dans notre vie politique, la fondation du Rassemblement apparaît comme le signe d\u2019une réaction démocratique normale; si ce mouvement devait échouer dans sa campagne d\u2019éducation et d\u2019assainissement, l\u2019œuvre à accomplir est tellement importante et urgente qu\u2019il faudrait que d\u2019autres se lèvent pour la reprendre et la mener à bon terme.Avant d'aborder l'étude du traitement de Valcoolisme, le P.Boyle termine la description des phases évolutives de la maladie.Pour mieux comprendre cet article, on se reportera aux précédents {juin, août et septembre).impulsion physique irrésistible à boire, et il cesse de boire seulement lorsque l\u2019ivresse ou la maladie l\u2019em-pêchent de continuer.Souvent l\u2019alcoolique aboutit ainsi à l\u2019ivresse la plus complète, sans éprouver au préalable la rage de boire, mais tout simplement à la suite d\u2019une consommation prise sans arrière-pensée d\u2019abus.Pour l\u2019alcoolique, un seul verre de boisson sera toujours de trop.Après une première traite, il n\u2019est plus capable de garantir son comportement.D\u2019autre part, tant qu\u2019il n\u2019y trempe pas les lèvres, l\u2019alcoolique peut encore librement décider de prendre de la boisson ou de s\u2019en abstenir.Pourquoi, malgré les expériences les plus pénibles, l\u2019alcoolique se remet-il à boire ?Il reste sobre pendant un certain laps de temps, puis se livre indéfiniment aux mêmes excès en les aggravant chaque fois.Pourquoi?C\u2019est que, dans ses efforts pour se libérer, l\u2019alcoolique se trompe d\u2019objectif.Il s\u2019acharne à vouloir limiter la quantité à boire plutôt que de maîtriser Yattrait même de Valcool.Tous ses efforts n\u2019aboutissent qu\u2019à fixer d\u2019avance, pour chaque jour et pour chaque circonstance, le nombre de consommations, les endroits et les heures de libations: l\u2019alcoolique poursuit vainement sa guérison par un changement de boissons (passant des liqueurs fortes au vin et à la bière), ou par un horaire (ne pas boire avant telle heure), ou par un itinéraire (ne pas boire au travail, ou en telle circonstance).Mais l\u2019effet physique opéré en lui par l\u2019alcool rend tout à fait illusoire un tel régime de libération.Même s\u2019il ne l\u2019admet pas, l\u2019alcoolique sent que la vigueur de sa volonté diminue.Son idéal sera de la reconquérir; il s\u2019y exerce consciencieusement, mais en vain.Un verre est 312 RELATIONS pour lui le remède tout trouvé pour le soulager de ses tensions, et, cette fois (il en est tout à fait convaincu), il aura assez de volonté pour s\u2019arrêter après le premier ou le deuxième verre,.sombrant inévitablement dans l\u2019ébriété, avec la persuasion tenace que c\u2019est le dernier verre qui l\u2019a assommé.« Si je n\u2019avais pas pris mon dernier verre! » Ce n\u2019est pas le dernier verre qui abat, mais bien le premier; c\u2019est celui-là qu\u2019il faut éviter.Pour l\u2019alcoolique, l\u2019abstinence totale est la seule planche de salut.Les justifications A l'impossible modération, l\u2019alcoolique mêle un système élaboré d\u2019alibis.Il a toujours des explications à son ivresse; Dieu sait si l\u2019imagination de l\u2019alcoolique est habile à en découvrir et des plus imprévues.Il se fait croire qu\u2019il avait.d\u2019excellentes raisons de s\u2019enivrer.Sans ces raisons, il aurait agi comme tout le monde.L\u2019alcoolique éprouve un besoin pressant de se justifier à ses propres yeux pour continuer de boire.Comment pourrait-il régler ses problèmes sans boisson?Il ne connaît pas d\u2019autre solution.Ce réseau d\u2019alibis enchaîne progressivement toute sa vie.Né du besoin de se prouver à lui-même sa propre maîtrise, ce réseau lui permet de faire face à toute éventualité et aux effets désastreux de ses cuites pour sa famille et pour son milieu.Au courant depuis longtemps de ses abus répétés, son entourage se lasse d\u2019avertissements réitérés qui s\u2019avèrent toujours inutiles.Les faux-fuyants qu\u2019il invoque n\u2019empêchent pas l\u2019alcoolique de perdre toute estime et tout respect de lui-même.Pour se rassurer et se grandir à ses propres yeux, il cherche des compensations illusoires dans des dépenses extravagantes et la grandiloquence.Ses véritables sentiments percent seulement lorsqu\u2019il cède à l\u2019ivresse larmoyante.Dans l\u2019intervalle, il se réfugie derrière sa façade et se jette de la poudre aux yeux.Son besoin de justification amène l\u2019alcoolique a reporter sur les autres les causes et les responsabilités de ses malheurs.L\u2019abus continuel le libère de ses inhibitions, de son complexe d\u2019infériorité et d\u2019inadaptation.Dans ses périodes de sobriété, si brèves soient-elles, il devient beaucoup plus agressif, surtout à l\u2019égard des personnes mêlées à sa vie.Ses proches le trouvent susceptible, extrêmement prompt à la colère et au ressentiment, irritable au possible.Les moindres contrariétés l\u2019exaspèrent.Ses amis le délaissent; le vide se fait autour de lui.Il perd ses emplois plus rapidement.Quelques-uns de ses patrons prennent l\u2019initiative de le renvoyer; mais, d\u2019ordinaire, l\u2019alcoolique démissionne lui-même et se met en quête d\u2019une situation nouvelle.La vie de famille change.L\u2019alcoolique, affaibli par ses excès s\u2019abandonne à la jalousie.Pour excuser son indifférence à l\u2019égard de sa femme, il l\u2019accuse d\u2019infidélité.La femme et les enfants ou bien s\u2019isolent pour fuir des situations et des questions embarrassantes: c\u2019est la fin de toute vie sociale; ou bien, au contraire, les membres de la famille cherchent l\u2019évasion et l'oubli dans une activité trépidante, intolérable pour l\u2019alcoolique.Bientôt, l\u2019agressivité de l\u2019alcoolique engendre en lui le remords.Occasionnel au cours de la première phase, le remords s\u2019établit à demeure dans sa conscience et y crée une impulsion à boire et à s\u2019isoler de plus en plus.Sa vie se centre progressivement sur l\u2019alcool; il n\u2019y a que les possibilités de boire qui entrent en ligne de compte; tout le reste est mis de côté.Seul contre tous, il se replie sur lui-même, s\u2019apitoie sur son sort, croit se changer en changeant d\u2019emploi, de ville ou de région, s\u2019isolant toujours davantage.Il boit seul, à des heures indues.Les signes d\u2019ébriété apparaissent à contretemps, au travail, au début d\u2019une veillée, à une réunion d\u2019hommes d\u2019affaires.Il se protège contre toute possibilité de rationnement, se prépare des réserves dans les endroits les plus insolites, tant il a peur de manquer du précieux liquide.La perte de l\u2019appétit et un régime alimentaire inadapté rendent les abus plus nocifs et nécessitent souvent des traitements médicaux et l\u2019hospitalisation.Périodes d'abstinence totale En dépit des apparences, il arrive que l\u2019alcoolique fasse des efforts inouïs pour échapper à sa servitude.En vain.Les symptômes de la maladie redoublent d\u2019intensité et de fréquence.L\u2019alcool domine sa vie en maître incontestable; mais l\u2019alcoolique ne veut pas l\u2019admettre.Au contraire, il se vante de renoncer à boire quand il le veut et il tente de se le prouver.Aux promesses, il ajoute maintenant de longues périodes d\u2019abstinence.Notons, en passant, qu\u2019à moins de prescription médicale, un buveur social normal n\u2019éprouve pas ce besoin d\u2019abstinence totale.De fait, l\u2019alcoolique s\u2019impose souvent des périodes d\u2019abstinence totale d\u2019une remarquable durée.Tous sont alors convaincus, et l\u2019alcoolique le premier, que la guérison dépend de la volonté: il suffit de le vouloir pour réussir.Dangereuse et coûteuse illusion qui donne à l\u2019alcoolique une fausse confiance en lui-même.Sauf de rares exceptions, le véritable alcoolique ne parviendra pas seul à cesser de boire pour de bon.En effet, l\u2019analyse de l\u2019alcoolisme révèle deux éléments: une allergie ou hypersensibilisation de l\u2019organisme à l\u2019alcool, conséquence d\u2019abus prolongés et répétés, et un second élément, mental celui-là, l\u2019obsession.Même lorsqu\u2019il est à jeun, et quelle que soit la durée de son abstinence, l\u2019alcoolique n\u2019est pas mentalement sobre; il reste dominé par l\u2019attrait ou la peur de la boisson.Tant que dure cette obsession, il n\u2019est pas sobre, parce que toutes les vertus sont des libérations.L\u2019obsession, au contraire, maintient sa victime dans l\u2019esclavage mental.Que d\u2019alcooliques se privent de boire pour le temps du carême ou pour des NOVEMBRE 1956 313 périodes plus longues! Ils demeurent cependant harcelés par l\u2019échéance de leur promesse et la perspective d\u2019une bonne cuite ou par la peur de prendre leur premier verre; de sorte qu\u2019en dépit des apparences, l\u2019alcool occupe toujours le foyer de leur conscience.Leur sobriété même manque de sérénité et de joie; instinctivement, l\u2019alcoolique cherchera une compensation ou une diversion pour éviter de penser à la boisson.Et c\u2019est très souvent lorsqu\u2019il se croit maître de la situation qu\u2019il retombe le plus lourdement.Le petit verre du matin Au cours de cette phase critique, les brosses de fins de semaines sont régulières; l\u2019ébriété devient habituelle.Sans boire tout d\u2019abord à son travail, l\u2019alcoolique termine invariablement ses journées par une cuite qui n\u2019est pas sans lourdes séquelles.Les horreurs du réveil sont terribles et insupportables.Prostration, remords cuisant, dégoût de soi-même, angoisse affreuse et désespoir devant la futilité de tous ses plans de modération viennent briser ses nerfs déjà tendus à l\u2019extrême par les douleurs physiques et les nausées.Démoli, l\u2019alcoolique ne peut entreprendre une autre journée sans se remettre d\u2019aplomb par un premier verre au lever, même avant de sortir du lit: soulagement temporaire qui apparaît bientôt comme une nécessité (l\u2019alcoolique entrera ainsi dans la phase chronique de sa maladie).Dorénavant, une angoisse intolérable l\u2019étouffe, même lorsqu\u2019il est parfaitement dégrisé et sobre.Il n\u2019a plus d\u2019emprise sur sa conduite et il s\u2019en rend compte.Il côtoie constamment l\u2019abîme.La peur, l\u2019intensité même de ses efforts pour se libérer l\u2019empêchent d\u2019ordinaire de solliciter de l\u2019aide.Cette situation insupportable lui paraît sans issue; c\u2019est pourquoi l\u2019alcoolique est beaucoup plus difficile à atteindre pendant cette phase intermédiaire de sa maladie qu\u2019au cours des deux autres.Toutefois, un bon nombre ont été amenés par un moyen ou un autre à réclamer de l\u2019aide et ont réussi à se rétablir.Cette phase critique et décisive, qui commence avec l\u2019impossible modération dans l\u2019usage de l\u2019alcool (caractère spécifiquement pathologique), finit avec l\u2019apparition de l\u2019impulsion à boire dès le matin pour se calmer les nerfs et se remettre d\u2019aplomb.Période dont la durée varie de deux à cinq ans; mais l\u2019évolution en est souvent plus rapide, et la maladie glisse souvent vers l\u2019alcoolisme chronique.Il faudrait tenter tout ce qui peut enrayer cette course effrénée vers l\u2019abîme, non seulement pour le bien de l\u2019alcoolique lui-même, mais aussi pour sa famille affolée par l\u2019imminence de la ruine.II.\u2014 LA PHASE CHRONIQUE Cette dernière phase est caractérisée par Y impossibilité de commencer la journée sans boire dès le matin, au lever et parfois au lit.Occasionnel au cours de la phase 314 décisive, ce petit verre du matin s\u2019impose rapidement comme de nécessité absolue.L\u2019impulsion irrésistible à boire est de nouveau mise en branle et brise les dernières résistances du malade.Il s\u2019enivre en semaine, et très tôt au cours de la journée.Ses cuites prolongées se succèdent à un rythme accéléré.La déchéance mentale et morale le rejette en dehors de la société dans un isolement affreux.Il cherche consolation dans la compagnie de gens de rang inférieur.Faute de mieux, il absorbe de l'alcool à friction, des lotions, des essences, n\u2019importe quoi, pourvu que « ça gratte ».Son organisme saturé ne tolère plus aussi bien les quantités d\u2019autrefois; il suffit de peu pour le terrasser et le réduire à l\u2019hébétude et à la stupeur.Au réveil, d\u2019affreux cauchemars le torturent; il tremble de tous ses membres, incapable des gestes les plus ordinaires, comme de signer son nom, de monter sa montre, d\u2019allumer une cigarette, sans se remettre par un petit verre.Et le cycle de l\u2019ivresse recommence, inexorable.L\u2019alcoolique ressemble à un écureuil en cage: un mouvement perpétuel le retient au même point et l\u2019épuise.La dure réalité renverse enfin tout l\u2019échafaudage de ses justifications: l\u2019alcoolique doit s\u2019avouer vaincu.Il est alors spontanément accessible à un traitement.Toutefois, son obsession de boire continue et il n\u2019y voit pas d\u2019issue.Il y a vingt ans, on croyait que l\u2019alcoolique devait atteindre ce bas-fond pour qu\u2019il y ait chance de travailler à son relèvement.Mais les expériences cliniques ont rendu possible un diagnostic précoce.La maladie, traitée à temps, n\u2019évoluera point jusqu\u2019aux conséquences désastreuses de l\u2019alcoolisme avancé.Fait encourageant à noter, il n\u2019y a pas de cas désespéré.En 1954, je bénissais le mariage d\u2019un homme dans la cinquantaine.Issu d\u2019une excellente famille chrétienne, mais victime de l\u2019alcoolisme, il fit de sa vie un fiasco.Arrêté deux cents fois pour ivresse, condamné soixante-dix-huit fois, il passa vingt-deux ans en prison à purger ses sentences.Et toute sa vie, il priait Dieu de le délivrer de son malheur, à quelque prix que ce fût.Sorti une dernière fois de prison, il s\u2019enivre de nouveau.Lorsqu\u2019il revient à lui après plusieurs jours, affamé, il vole une poule à l\u2019étal d\u2019un boucher.On le prend sur le fait.A cause de son dossier, il est condamnéjà deux ans de pénitencier.Ce fut, avoue-t-il, la réponse du bon Dieu.Il lui restait encore trois mois de sentence à purger, lorsque les Alcooliques anonymes fondèrent un groupe au pénitencier.Il en fut un des douze premiers membres.Ce fut pour lui une révélation: il comprit que l\u2019alcoolisme est une maladie et accepta de se traiter en conséquence.Il n\u2019a pas repris de boisson depuis près de six ans.Son terme expiré, il s\u2019est trouvé un emploi, a rencontré plus tard une excellente femme, qui comprend sa vie et sait le rendre heureux.Le jour de ses noces, j\u2019ai éprouvé une des plus belles joies de RELATIONS mon ministère sacerdotal.Au moment de l\u2019élévation, j\u2019ai compris que je me tenais entre deux victimes de la soif (c\u2019est la seule souffrance physique mentionnée par le Christ dans sa Passion): la soif du Christ en croix avait mérité à mon alcoolique la grâce de maîtriser la sienne.* « Mon Dieu, accordez-moi la sérénité qu\u2019il faut pour accepter les choses inévitables, le courage d\u2019agir sur celles que je peux changer et la sagesse de distinguer les unes et les autres.» Telle est la prière favorite des Alcooliques anonymes.Grâce à cette attitude d\u2019âme, plus de 200,000 alcooliques de toute classe et de tout âge ont reconquis leur place dans la société.Les seules conditions requises: désirer sincèrement de renoncer à boire, admettre et accepter d\u2019être alcoolique.Le reste est facile avec de l\u2019aide.LA GRÈVE DE L\u2019AMIANTE UNE RECHERCHE RÉCENTE SUR LES FAITS D'UNE GRÈVE Jacques COUSINEAU, S.J.1\u2019OUVRAGE intitulé la Grève de l'amiante (publié en colla-boration, sous la direction de Pierre Elliott Trudeau, aux éditions Cité libre, Montréal, 1956, 430 pp., 23 cm.) constitue le dossier le plus complet que nous ayons à l\u2019heure actuelle sur « l\u2019un des événements les plus considérables dans l\u2019histoire sociale du Canada français » (Relations, numéro de juin 1949, publié avant la fin de la grève).Il faut féliciter le groupe de Recherches sociales et son directeur, F.R.Scott, d\u2019avoir eu l\u2019idée initiale de ce travail en commun et d\u2019avoir, par sa « fonction de carrefour et d\u2019assistance » financière, conduit à terme sa publication; les recherches sociales sérieuses conduites en équipe sont assez rares chez nous \u2014 on pourrait citer Notre milieu, enquête menée sous la direction d\u2019Esdras Minville, et Essais sur le Québec contemporain, recueil préparé par les soins de Jean-Charles Falardeau \u2014 pour que la réalisation n\u2019en soit pas marquée du caillou blanc traditionnel.L\u2019élaboration du dossier a rencontré des difficultés majeures tant dans l\u2019invention des matériaux que dans la mise au point des perspectives: une lecture attentive le révèle rapidement; et n\u2019est-ce pas à la persévérance méritoire d\u2019un second directeur, Pierre Elliott Trudeau, qu\u2019on doit l\u2019agencement final des parties et la mise au jour de l\u2019ensemble ?Le livre se présente maintenant ainsi: a) au début, un avant-propos de F.R.Scott explique la genèse et l\u2019évolution de la recherche entreprise, et la part du groupe qu\u2019il dirige; puis, une préface de Jean-Charles Falardeau dégage la portée du travail accompli, distingue les faits du sens qui leur est donné et qui reste discutable, circonscrit « les principaux ordres de problèmes soulevés » ; b) à la fin, quatre appendices, une courte bibliographie sur le sujet, une description et des extraits du « rapport Custos », des commentaires en marge d\u2019une décision judiciaire sur les brutalités policières et, en dernier lieu, un article déjà publié sur le procès Rocque; c) au centre, des monographies sur le conflit lui-même forment la substance du volume; bien ordonnées, précises, elles ont des mérites divers, certes, mais sont conduites avec rigueur.Les deux premières portent sur l\u2019industrie de l\u2019amiante, son histoire financière et celle de son syndicalisme ouvrier; deux autres, sur les faits relatifs à la grève elle-même: d\u2019abord les événements d\u2019Asbestos, puis les négociations; trois autres sur les relations de l\u2019Église, de l\u2019État et de la presse avec le conflit de l\u2019amiante; enfin, une dernière sur la situation actuelle à Asbestos après six ans, à laquelle s\u2019en est ajoutée une autre, sur le mouvement ouvrier en général, qui veut donner un sens à la grève et ouvre même des perspectives d\u2019avenir.Avant et après ces austères monographies, P.E.Trudeau a placé deux chapitres, le premier qui, sous le titre « La province de Québec au moment de la grève », brosse le tableau de notre histoire sociale depuis cinquante ans, l\u2019autre, dernier du livre, intitulé « Épilogue », qui vise à dégager le sens profond du conflit de l\u2019amiante et de la révolution industrielle en cours chez nous.Plus que tous les autres, ces derniers exposés feront parler, parce que, de par leur nature, ils devraient fournir la clé de l\u2019interprétation.Or, dans une recherche « qui est essentiellement un effort d\u2019objectivation » (préface de J.-C.Falardeau, p.XII), ils détonnent étrangement, d\u2019abord par leur longueur mal proportionnée à l\u2019ensemble (pp.1-91, 379-404) et excessive en vue de leur fin propre, ensuite par leur ton caustique et leur allure de réquisitoire, enfin par leur pauvreté au point de vue de la méthode scientifique (simplification injuste des attitudes et méconnaissance, ou ignorance, de faits primordiaux).Encore s\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019opinions politiques légitimes à exprimer et à justifier! P.E.Trudeau a plus d\u2019un titre à y réussir: talent, courage, études poussées, expérience des rouages; on lui souhaiterait bonne chance! Ou s\u2019il ne s\u2019agissait que de crier son dégoût ou sa déception pour le milieu et le moment où chacun doit s\u2019insérer, comme autrefois les Jeune-Canada: on sourirait, tout en applaudissant la juvénile volonté de reconstruction qui s\u2019y manifeste.La surprise et le scandale viennent de ce que ces pages vident de sa signification essentielle un événement capital et douloureux de notre monde social et qu\u2019elles présentent sous des couleurs fausses plus d\u2019une réussite de notre récent passé.Les faits sont les faits; l\u2019histoire, même sociale, est une discipline exigeante où l\u2019idéalisme, les bonnes intentions et l\u2019esprit de fronde ne constituent pas des arguments.Aussi, devant cette situation, une appréciation intégrale de la Grève de l'amiante doit comporter trois parties: les faits tels que les racontent les monographies; le sens de l\u2019événement, tel qu\u2019exposé surtout par Trudeau et Boisvert; le procès de notre pensée sociale, tel que conduit par Trudeau.L\u2019intérêt majeur et la saveur piquante du volume ne viennent peut-être pas des monographies centrales; mais sa NOVEMBRE 1956 315 valeur documentaire y prend sa source, pas toujours pure d\u2019ailleurs.Ainsi 1\u2019 « Histoire financière de l\u2019industrie de l\u2019amiante », de Jean Gérin-Lajoie (et de Fernand Dansereau, voir note p.95) livre un bon travail de « vulgarisation » (p.96), mais sur lequel les auteurs ne se font pas illusion, puisqu\u2019ils avouent honnêtement (p.117): « Nous savons peu de chose au sujet de la plupart des entreprises concernées.En fait, l\u2019Asbestos Corporation est la seule qui publie des chiffres suffisamment complets, et encore est-il difficile de la considérer comme typique des autres compagnies.» Dès lors, même s\u2019il y a intérêt pour nous et mérite pour eux à suivre l\u2019évolution de la petite à la grande industrie, les soubresauts amenés par l\u2019extrême instabilité de l\u2019industrie (due aux crises économiques et à la concurrence serrée, amenant variation brusque des prix, fluctuation des marchés et irrégularité de la production), l\u2019étroitesse de la base sur laquelle s\u2019appuient ces considérations nous empêche de savoir \u2014 elle nous permet tout au plus de deviner \u2014 quelle était la situation réelle des antagonistes en 1949, surtout quand nous n\u2019y apprenons rien sur le « géant de l'amiante », la Canadian Johns Manville, protagoniste patronal des négociations et de la grève.Dossier en main, la vraie histoire financière est à refaire.Pour son « Histoire du syndicalisme dans l\u2019industrie de l\u2019amiante », Fernand Dumont bénéficiait d\u2019une documentation abondante, écrite et orale, mise à sa disposition par les autorités syndicales (voir p.124, note); il en a tiré un récit ordonné, sincère et vivant.Son mérite consiste à avoir mis deux points en relief sur le plan des relations du travail: le recours désordonné à l\u2019action directe devenu traditionnel chez les mineurs d\u2019amiante et considéré d\u2019après les résultats comme une condition de réussite, puis la collusion des différentes compagnies avec les gouvernements, fédéral ou provincial, suivant l\u2019occasion, dans leur opposition au syndicalisme.Malheureusement, l\u2019attrait du pittoresque et la tendance à exploiter des sources faciles et neuves ont écarté le rédacteur des tâches essentielles.Comment justifier l\u2019importance démesurée accordée à l\u2019histoire du syndicat d\u2019East-Broughton, qui n\u2019a pas participé à la grève et qui n\u2019a jamais eu une influence décisive sur le comportement de la Fédération, si ce n\u2019est au point de vue de l\u2019hygiène industrielle, point de vue qui n\u2019est pas traité?La description des origines, avec son luxe piquant de détails, peut être agréable; elle n\u2019était ni nécessaire, ni utile à l\u2019intelligence de la grève de 1949; elle semble avoir pris la place d\u2019autre chose qui était indispensable: l\u2019explication de la transformation intérieure du syndicalisme dans l\u2019amiante, de 1942 à 1949, et la position des vrais problèmes au sein même de l\u2019organisation ouvrière.Car, enfin, il faudrait qu\u2019on nous dise comment un syndicalisme dont les premiers cheminements ont été marqués d\u2019interventions cléricales qui paraissent étranges et autoritaires, dégagées du contexte historique et psychologique, comment ce syndicalisme est arrivé à maturité (modification de l\u2019esprit et du comportement, adaptation des structures), sous l\u2019influence de quels événements et de quelles personnalités ?Tel était le sujet à traiter.La section du chapitre qui couvre la période capitale de 1942 à 1949 ne parle que des relations du travail, activité normale des syndicats, certes, et ne dit rien sur la source qui est sa vie intérieure.Il y a bien une allusion (p.155) à « la crise intérieure » du syndicalisme à Thetford, mais c\u2019est tout.Il y a bien aussi (p.151) l\u2019affirmation, que j\u2019appellerais aérolithique, tant elle semble tomber du ciel et imposée au contexte: « Fait très important aussi: durant les quinze dernières années, les syndiqués de la région de l\u2019amiante ont pu compter sur la collaboration étroite et l\u2019appui éclairé de leurs aumôniers.» 316 Évidemment, l\u2019exercice des influences profondes et la solution des crises morales ne sont pas consignées aux procès-verbaux.Je me rappelle avoir, à Asbestos en 1943, vu de près le dénouement heureux d\u2019une crise grave; le secrétaire a dû n\u2019en rien retenir par écrit, avec raison.Le professeur Dumont a trop fait confiance aux documents écrits; des interviews plus nombreuses et bien choisies auraient donné les clés de la situation.Ainsi il est inconcevable que cette histoire du syndicalisme dans l\u2019industrie de l\u2019amiante ait été écrite sans qu\u2019on mentionne même l\u2019antagonisme entre comité de boutique et syndicat, alors qu\u2019à Asbestos du moins, c\u2019est la présence et l\u2019activité de ce comité qui, au début, étouffait et, plus tard, gênait la vie authentique du syndicat, et que la grève a été déclenchée dans un désir explosif de se libérer définitivement des attitudes et méthodes de la compagnie centrées autour de ce comité de boutique.Enfin, il faut déplorer que Fernand Dumont n\u2019ait pas poussé jusqu\u2019à terme, jusqu\u2019aux négociations de 1949, son excellente étude des relations du travail; la description de la période omise (après novembre 1947, Asbestos; après avril 1948, Thetford), attribuée à un autre chapitre (mais qui n\u2019a pas été faite, sans doute par un manque de coordination), lui aurait permis de donner l\u2019atmosphère syndicale de cette année cruciale; sa page de conclusion (p.162), dense et lucide, qu\u2019il appelle à tort « excursus final », laisse deviner qu\u2019il comprenait l\u2019importance du moment et l\u2019aurait franchement exprimée.Nous y avons perdu.L\u2019 « Histoire de la grève à Asbestos » nous amène aux faits de la grève elle-même.Après avoir dit pourquoi il « se concentre sur la narration du récit de la grève à Asbestos », Gilles Beausoleil fait de la grève au jour le jour un tableau où l\u2019exactitude de la description le dispute à l\u2019art de la composition vivante; les événements y sont groupés de façon à en montrer à la fois le mouvement logique interne et l\u2019insertion dans le cadre général des autres forces en jeu: patrons, gouvernement, autorités religieuses, opinion publique, presse, briseurs de grève.La seule omission d\u2019importance consiste à n\u2019avoir pas signalé la réunion quotidienne des grévistes à l\u2019église Saint-Aimé, pour réciter le chapelet avec leur aumônier, l\u2019abbé Camirand.La conclusion sur l\u2019enjeu de la grève développe une explication du drame, la plus sérieuse qui soit présentée dans le volume.Après avoir décrit, sans l\u2019expliquer lui non plus, « la transformation de l\u2019action ouvrière, facteur dynamique de prime importance dans le conflit », puis analysé les raisons qui ont amené la Canadian Johns Manville à sa politique de résistance, Beausoleil élimine les hypothèses de grève économique, politique, révolutionnaire, pour ne retenir que celle-ci qui donne le sens profond de la grève: « test de puissance », « lutte de pouvoir », dont l\u2019enjeu aurait été « la transformation radicale du système de relations sociales à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise ».Hypothèse juste en général, bien qu\u2019il faille davantage préciser; mais l\u2019hypothèse qui s\u2019y ajoute dans le court paragraphe final: « la grève de l\u2019amiante fut aussi une grève de reconnaissance syndicale à l\u2019intérieur de la communauté canadienne-française », est moins solide et appelle une mise au point qui sera faite au cours de la deuxième partie de ce travail.L\u2019 « Histoire des négociations », rédigée en collaboration, forme un dossier capital, patiemment recueilli et mis en œuvre avec objectivité, sans aucun doute par des gens qui ont vécu activement le drame.Les historiens de l\u2019avenir devront, pour comprendre, scruter ce chapitre qui justifie déjà la recherche entreprise, parce que miroir fidèle: les éléments du véritable jugement sont tous là.RELATIONS « L\u2019Église et le conflit de l\u2019amiante », de l\u2019abbé Gérard Dion, constitue une pierre d\u2019angle du volume; c\u2019est normal, quand on sait « jusqu\u2019à quel point l\u2019Église est intégrée dans notre contexte social » (p.262) et qu\u2019on reconnaît « inestimable » (p.253), avec la Fédération de l\u2019Industrie minière, le rôle de l\u2019Église au cours de la grève.Le chapitre expose d\u2019abord les faits, puis développe les causes et les conséquences de l\u2019intervention de l\u2019Église.Sur ces deux derniers points, le texte se révèle sobre, exact, ferme et définitif quant à l'essentiel; l\u2019auteur était admirablement placé pour savoir.A propos des faits, on peut regretter trois choses: 1° que le directeur de l\u2019équipe de collaboration n\u2019ait pas permis à l\u2019abbé Dion d\u2019exprimer ses vues sur l\u2019insertion de l\u2019événement dans notre monde social (elles en valaient bien d\u2019autres, pour sûr, et n\u2019auraient pas pris autant de place); 2° que l\u2019abbé lui-même ait cru plus délicat de taire l\u2019existence, ou d\u2019attribuer à Y Ensign, cité dans une note (p.255), la vague affirmation de certains faits, comme les pressions intimidantes exercées sur Mgr Leclaire, président de la Commission sacerdotale d\u2019Êtudes sociales, par plusieurs membres du cabinet provincial au cours d\u2019une célèbre entrevue, comme la démarche infructueuse de trois ministres provinciaux auprès du délégué apostolique pour lui faire désavouer l\u2019attitude du clergé québécois; 3° enfin, qu\u2019il ait oublié de mentionner le décisif article de la Civiltà Cattolica (3 décembre 1949), qu\u2019on peut considérer à bon droit comme une réponse officieuse du Saint-Siège aux appels venus de Québec.Dans le contexte du chapitre préliminaire, dont n\u2019avait pas pris connaissance le seul collaborateur ecclésiastique du groupe et où « l\u2019absence intellectuelle » de l\u2019Église était affirmée avec tant de force, il s\u2019imposait de montrer le courage, héroïque souvent, et la cohésion réfléchie des responsables hiérarchiques, une fois que notre Église avait décidé de jeter dans la balance, en faveur des travailleurs de l\u2019amiante, le poids de sa sympathie, de son prestige et de sa puissance d\u2019organisation.Avec « La grève dans nos cadres juridiques », de Charles-A.Lussier, voici la « partie parfaite », comme à la balle-au-camp.Un travail étonnamment lucide, écrit sans bavure, où la finesse impitoyable du jeune maître se joue non pas de, mais dans l\u2019illégalité.Son étude minutieuse établit, en effet, que là où les employeurs ont commencé, les ouvriers ont continué, la Commission des Relations ouvrières et le ministre provincial du Travail ont terminé la série des gestes entachés d\u2019illégalité.La différence vient de ce que les fautes « de la compagnie et des syndiqués apparaîtront comme la violation SEMAINES SOCIALES DE FRANCE Les exigences humaines de Fexpansion économique William F.RYAN, S.J.C\u2019EST À MARSEILLE que s\u2019est tenue, cette année, la XXIIIe session des Semaines sociales de France.Du 17 au 22 juillet, quelque trois mille « semainiers » ont étudié « les exigences humaines de l\u2019expansion économique », problème d\u2019une extrême actualité pour la France du XXe siècle.Aux représentants de toutes les provinces françaises s\u2019étaient ajoutés deux forts groupes venus de Belgique et d\u2019Allemagne, et les délégations plus modestes d\u2019une douzaine d\u2019autres pays: Hollande, Espagne, Italie, d\u2019une loi, celles de la commission et du ministre, comme la négation du droit ».Un modèle de démonstration présentée avec un sourire, semble-t-il.L\u2019étude de Gérard Pelletier sur « La grève et la presse », sauf les « enseignements inédits » assez brumeux et équivoques de la conclusion, présente un extrême intérêt; elle met en relief la nécessité où chaque foyer d\u2019opinion se trouva de prendre position et les antagonismes profonds qui s\u2019exprimèrent alors.L\u2019ancien journaliste du Devoir pouvait en connaissance de cause parler du « rôle capital » joué par l\u2019organe « nationaliste », puisqu\u2019il en fut l\u2019instrument habile et zélé; il est le seul à donner justice au réquisitoire de Burton Le Doux sur l\u2019amiantose, en le reconnaissant comme un « facteur de toute première importance ».Sa classification de la presse quotidienne est heureuse; il résume avec netteté les positions du Devoir, avec humour et indignation celle des journaux politiques, avec un ton aigre-doux celle des journaux catholiques, enfin avec pittoresque, mais confusion dans l\u2019ensemble, celle des journaux d\u2019information.On eût souhaité une analyse plus complète de la « presse d\u2019Église », étendue aux hebdomadaires diocésains et aux revues d\u2019inspiration religieuse, pour faire ressortir l\u2019unanimité populaire d\u2019adhésion, cet « état de grâce » dont parle l\u2019auteur, de même qu\u2019un dépouillement de la presse non québécoise la plus influente, pour mieux nous comprendre à travers le jugement des autres.Le travail, déjà considérable et bien amorcé, serait à prolonger.Dans « Six ans après », Maurice Sauvé aborde les conséquences de la grève, dont il dresse avec rigueur et précision le bilan économique et financier à Asbestos.D\u2019abord, quelle est la situation actuelle par rapport aux revendications de 1948, comment se sont réglés les griefs issus de la grève, comment se comportent syndicat et compagnie ?Puis, quelle est la position du syndicat (esprit, effectifs, finances) ?Enfin, quelles conséquences économiques pèsent sur l\u2019ouvrier qui a fait la grève (pertes et gains de salaire, dettes des membres envers le syndicat et la Caisse populaire) ?Étude solide, qui n\u2019est pas exploitée à sa valeur à cause de la présentation un peu touffue et de la rédaction hâtive, mais combien révélatrice des répercussions concrètes, matérielles et psychologiques, d\u2019un traumatisme social comme la grève! Avec le chapitre de Réginald Boisvert sur « La grève et le mouvement ouvrier », nous entrons dans des considérations plus élevées et des résultats à longue portée qui engagent le sens profond de la grève de l\u2019amiante, sujet de la deuxième partie de cette appréciation.Le Père Ryan, qui étudie actuellement la théologie à Louvain, nous donne ses impressions sur la Semaine sociale de Marseille, dont il a suivi les travaux cet été.Grande-Bretagne, Suisse, Chili, Uruguay, Venezuela, Haïti, Mexique, États-Unis et Canada.L\u2019âge moyen des participants était beaucoup plus bas que par les années passées, ce qui s\u2019explique sans doute par l\u2019intérêt de la jeunesse française pour les questions économiques.A l\u2019auditoire très hétérogène qu\u2019elle avait groupé, la Semaine sociale offrait une série de cours d\u2019un niveau vraiment élevé, souvent difficiles et très techniques, donnés par une équipe de spécialistes de la plus haute compétence.Le sujet à l\u2019étude, avons-nous dit, était tout à fait d\u2019actualité: d\u2019abord parce que l\u2019économie française, depuis longtemps stagnante, éprouve un urgent besoin d\u2019expansion; ensuite, parce que l\u2019ignorance des réalités économiques est, de l\u2019aveu même des Français, beaucoup plus répandue en France que dans les autres pays évolués.NOVEMBRE 1956 317 L\u2019expansion économique est devenue, dans tous les pays du monde, une condition indispensable à l\u2019élévation du niveau de vie des classes sociales défavorisées, un facteur important de paix sociale et le seul moyen de pourvoir à la subsistance de la population mondiale sans cesse croissante.Mais cette nécessité est particulièrement aiguë dans le cas de la France.Bien plus qu\u2019une question de puissance ou de prestige, l\u2019expansion économique est devenue pour elle une question de vie.M Charles Flory, président général des Semaines sociales, a fait remarquer que la stagnation et, en certains domaines, la régression économique expliquent pour une grande part les succès communistes, l\u2019explosion du mouvement Poujade et le malaise paysan.De son côté, M.Alain Barrère, professeur à la faculté de droit de Toulouse, a affirmé que les revenus salariaux disponibles constituent environ 50% du revenu national, pourcentage qui n\u2019a guère varié depuis 1938, malgré la politique de redistribution.Selon lui, les gains hebdomadaires et mensuels en France, pendant ces dernières années, ont augmenté en raison de l\u2019accroissement de l\u2019activité et de l\u2019allongement de la durée du travail.Cette espèce de malthusianisme qui paralyse l\u2019économie française s\u2019explique par le fait qu\u2019un grand nombre de fermiers, de boutiquiers et d\u2019artisans refusent le progrès, parce qu\u2019ils y voient une menace certaine de prolétarisation.Le même phénomène dépend également, et pour une très grande part, d\u2019un passé séculaire de protectionnisme, l\u2019un des plus néfastes qui aient jamais sévi dans aucun pays du monde, comme l\u2019affirmait M.Jean Baboulène, ingénieur-conseil à la Compagnie française d\u2019organisation.La Semaine sociale visait à promouvoir une attitude d\u2019optimisme face aux problèmes économiques.Fournir des renseignements précis, décrire les faits dans leur réalité, afin de dissiper le mystère qui plane sur la vie économique du pays: telle était bien l\u2019intention des conférenciers.Car c\u2019est toujours la peur de l\u2019inconnu qui refoule les initiatives et rejette l\u2019économie vers des solutions de sécurité.En particulier, il semble urgent de dissiper le mystère qui entoure l\u2019économie française.Selon M.François Bloch-Laine, directeur général de la Caisse des dépôts, c\u2019est surtout par ignorance des faits et non par respect des libertés que les pouvoirs publics s\u2019abstiennent d\u2019intervenir ou interviennent à contretemps dans les investissements.L\u2019obligation imposée aux entreprises de publier leurs statistiques, très importante dans les autres pays capitalistes, est, en France, à peine mise en vigueur et fort mal exploitée.D\u2019autres conférenciers ont signalé que l\u2019ignorance des réalités économiques et financières est un des principaux obstacles à la participation du monde rural et du commerce à l\u2019expansion économique.La Hollande, la Belgique et les États-Unis ont souvent été cités comme des pays où l\u2019information en matière d\u2019économie est directement accessible au citoyen moyen.On a plusieurs fois insisté, au cours de la semaine, sur le fait que l\u2019expansion économique ne doit être prise ni comme une fin en soi, ni comme un moyen infaillible d\u2019atteindre un but: elle n\u2019a de sens que si elle est consciemment mise au service de l\u2019homme, de tous les hommes.M.Henri Guitton, professeur à la faculté de droit de Paris, a rejeté de façon non équivoque certains slogans américains, tels que full employment at whatever cost.Un Français ne peut pas ne pas regarder au prix, car toute croissance est, en définitive, une entreprise risquée: déplacements de population, problèmes d\u2019habitation et de transport, toutes choses qui ne comptent pas dans le revenu national.Il faut aussi considérer les dangers, les tentations de la croissance, les erreurs, le gaspillage, qui provoquent fatalement la hausse des prix et l\u2019inflation.En un mot, il faut prévoir dans toute la mesure du possible et peser minutieusement toutes les répercussions, toutes les conséquences moins heureuses que l\u2019option en faveur du progrès est susceptible d\u2019entraîner.A certains moments, il y avait presque lieu de se demander si la Semaine sociale n\u2019était pas en train de produire sur son auditoire un effet exactement opposé à celui qu\u2019on attendait: une si minutieuse analyse du prix, des risques et des dangers de l\u2019expansion économique mettait à rude épreuve l\u2019optimisme naissant des délégués et, sous prétexte d\u2019orienter les initiatives, risquait fort de les tuer dans l\u2019œuf.Fait intéressant à noter, beaucoup de conférenciers semblaient croire que l\u2019Amérique, au moins dans certains secteurs, paie trop cher son progrès.Trois idées maîtresses ont dominé cette semaine de conférences: a) le prix et les profits du progrès économique doivent être proportionnellement répartis sur tous les groupes qui composent la société; b) le pouvoir économique doit également être réparti, et les ouvriers ont particulièrement droit à y participer; c) le progrès économique ne doit pas résulter du hasard, mais d\u2019un vaste plan d\u2019ensemble dont le principal élément serait une politique dirigée d\u2019investissements de la part du gouvernement.Un chrétien, s\u2019il peut demander des sacrifices, n\u2019a pas le droit de sacrifier injustement son frère à la cause du progrès économique, comme le déclarait Mgr Dell\u2019Acqua, dans la lettre qu\u2019il adressait aux Semaines sociales, au nom du Souverain Pontife.M.Maurice Bouladoux, président de la C.F.T.C., précisa la position des syndicats: tout en acceptant de collaborer à l\u2019expansion, ils refuseront toujours de se laisser duper, car l\u2019expansion doit jouer en faveur de la classe ouvrière.L\u2019amélioration des salaires ne peut suffire; les ouvriers doivent accéder à la participation du pouvoir économique, sous quelque forme qu\u2019il se présente.Un syndicat ne peut demeurer à l\u2019écart de la politique, s\u2019il doit par le fait même renoncer à tout espoir d\u2019action efficace.Le syndicalisme doit être reconnu comme « un des grands corps de la nation », représentant et porte-parole officiel du monde du travail, traité comme tel par l\u2019Etat et disposant d\u2019un pouvoir égal à celui des groupements patronaux sur les leviers d\u2019action essentiels dans le domaine économique.M.Bloch-Laine a défini clairement ce que devrait être une politique gouvernementale^d\u2019investissements.Dans l\u2019hypothèse d\u2019une telle politique, l\u2019État ne pourrait plus dire aux chefs d\u2019entreprise: « Enrichissez-vous », mais: « Enrichissez-nous », en leur laissant, certes, la part d\u2019initiative et de responsabilité sans laquelle ils cesseraient d\u2019être moteurs, mais en les dirigeant et en les orientant constamment.Toutefois, pour soumettre les investissements à une politique conforme aux justes aspirations des hommes, il ne suffit pas de réclamer pour l\u2019État des pouvoirs plus étendus; il faut encore le rendre capable d\u2019exercer ces pouvoirs et prendre les mesures nécessaires pour qu\u2019il n\u2019en abuse pas.Sur le plan de l\u2019action immédiate, la Semaine sociale soulignait trois lignes d\u2019action qui furent discutées en carrefours: a) la préparation de l\u2019avenir des jeunes par l\u2019orientation professionnelle, l\u2019école et l\u2019apprentissage; b) l\u2019aménagement du territoire pour la mise en valeur de la France et l\u2019élimination des disparités géographiques; c) l\u2019humanisation de l\u2019expansion économique par le progrès des relations humaines dans l\u2019entreprise.Mais, comme le rappelait M.Flory, les « relations humaines » d\u2019ordre personnel ne pourront jamais, et quel que soit leur intérêt, remplacer les rapports qui s\u2019imposent entre groupes patronaux et syndicats ouvriers.Il y a lieu d\u2019espérer, disait-il, que les circonstances économiques orienteront forcément les groupes vers une organisation paritaire de la profession; cette solution a d\u2019ailleurs été préconisée, depuis toujours, par les catholiques sociaux.En conclusion de ce trop sommaire compte rendu, qu\u2019il nous soit permis d\u2019exprimer quelques-unes des réflexions qui surgissent spontanément à l\u2019esprit du simple visiteur.Disons tout d\u2019abord que le style universitaire des conférences, 318 RELATIONS excluant à priori les réactions de l\u2019auditoire, a de quoi surprendre l\u2019auditeur non initié aux méthodes françaises.Cette réaction est d\u2019ailleurs partagée par beaucoup de Français.Le Monde, dans son numéro du 24 juillet, notait que, « sauf exception, la matière enseignée reste lourde, aride, difficile à digérer.Dix-huit conférenciers ont professé, sans grand égard parfois pour les difficultés que pouvait éprouver à les suivre un auditoire de culture fort inégale ».Le contraste est frappant entre le système d\u2019enseignement utilisé à Marseille et celui qui régit, par exemple, les Semaines sociales d\u2019Italie ou la Summer School of the Catholic Social Guild d\u2019Angleterre.En France, les carrefours eux-mêmes tendent à devenir une arène offerte aux évolutions des spécialistes.En Angleterre et en Italie, la participation des non-spécialistes est infiniment plus active: discussions et échanges de vues constituent pour beaucoup la partie la plus importante de ces réunions annuelles.Les organisateurs de la Semaine sociale de France voient fort bien les défauts inhérents à la méthode qu\u2019ils ont adoptée.Ils les acceptent d\u2019avance, et très consciemment.C\u2019est à ce prix seulement que la Semaine pourra demeurer fidèle à la formule qui, depuis de nombreuses années, lui assure un immense succès: offrir aux spécialistes catholiques l\u2019occasion de prendre position sur les problèmes sociaux du moment.Au delà de l\u2019auditoire immédiat de la Semaine, c\u2019est un public beaucoup plus vaste, plus compétent et plus influent qui est visé.De toute façon, plusieurs de ceux qui assistent aux conférences y viennent avant tout pour établir des contacts et rencontrer des amis; ils ne se font pas scrupule de somnoler ou de lire leur journal sous les yeux des conférenciers.Cette année, la Semaine sociale a vraiment réalisé son but, qui était de présenter aux catholiques français les faits et les mécanismes de l\u2019économie.En fait, cette « phase tech- Un Indien parle de VInde Albert NEVETT, S.J.IE PANDIT Nehru est un homme remarquable.Très intelligent, il est en même temps facile à émouvoir et à influencer.Il cherche avec une entière sincérité à servir les meilleurs intérêts de son pays.Parce qu\u2019il réunit en lui-même une bonne part des traditions de l\u2019Orient avec celles de l\u2019Occident, on peut dire qu\u2019il présente une synthèse de l\u2019Inde moderne: mélange de progrès technique et de culture ancienne.Peu d\u2019indiens sont mieux qualifiés pour apprécier la situation actuelle de l\u2019Inde.Récemment, M.Nehru a fait, là-dessus, des déclarations qui méritent commentaire.« La culture de l\u2019Inde, a-t-il dit, est éminemment apte à recueillir et à intégrer des éléments nouveaux.Tant qu\u2019elle fut fidèle à cette aptitude, elle apparut dynamique et vivante.Au cours des dernières années, elle a perdu son dynamisme et, devenue stationnaire, elle a décliné sur tous les points.» L\u2019histoire de l\u2019Inde a toujours oscillé entre deux tendances: l\u2019assimilation et la dispersion.C\u2019est encore vrai aujourd\u2019hui.On rencontre, dans l\u2019Inde, des partisans du « progrès », disposés à renoncer au passé, même aux traditions religieuses, pour accélérer le développement matériel et économique du pays.On y nique » des Semaines sociales, amorcée dès 1944, est assez inattendue et demeure quelque peu surprenante pour le visiteur étranger; inattendue, car tant de réalisme dans l\u2019exposition des faits est habituellement admis comme l\u2019apanage exclusif du tempérament anglo-saxon; surprenante, car elle entraîne une foule de considérations techniques dont le cadre normal serait un congrès d\u2019économistes.Les considérations d\u2019ordre doctrinal et théologique étaient réduites au minimum.Le R.P.Laurent, S.J., fit remarquer que l\u2019idée d\u2019une expansion économique, dans la mesure où elle favorise le progrès humain, devient une forme concrète de charité; la justice sociale, ajoute le R.P.Bigo, S.J., exige que les travailleurs accèdent au pouvoir économique; et M.Joseph Folliet insiste sur le fait que les moyens pacifiques de l\u2019Église sont à l\u2019antipode du mythe révolutionnaire.Ceux qui étaient venus à la Semaine avec l\u2019espoir d\u2019y trouver un substantiel apport théologique durent rester sur leur faim.Les relations entre l\u2019expansion économique et la destinée spirituelle de l\u2019homme, la signification religieuse de l\u2019effort humain tendu vers la réalisation d\u2019un monde toujours plus beau et toujours meilleur: tout cela fut passé sous silence.Et pourtant, même rarement développée explicitement, la doctrine sociale de l\u2019Église structurait chaque conférence.Une dernière observation.Plusieurs conférenciers semblaient animés d\u2019une grande admiration pour le Welfare State d\u2019outre-Manche et la réussite toute pacifique de sa politique de redistribution.Contrairement à la tendance qui se manifeste aujourd\u2019hui dans la pensée sociale catholique d\u2019Angleterre, des États-Unis et du Canada, la Semaine sociale de Marseille réaffirmait constamment la nécessité d\u2019une intervention énergique de la part du gouvernement dans la vie économique de la nation.Le P.Nevett, Jésuite d\u2019Angleterre qui demeure actuellement à Vancouver, a vécu une vingtaine d'années dans Y Inde.C'est en connaissance de cause qu'il commente ici certaines déclarations du premier ministre indien.trouve aussi des « ultra-conservateurs », qui tiennent mordicus aux traditions séculaires, rêvent d\u2019une domination hindoue sur toute la péninsule, y compris le Pakistan, et pensent qu\u2019il faut être hindou pour être un bon Indien.A ce tournant de son histoire, l\u2019Inde a besoin de chefs.Normalement, ce rôle revient aux intellectuels; « mais nos intellectuels, déclare le premier ministre, nous ont lâchés ».(Toutes les citations de cet article sont du pandit Nehru.) Une des raisons de leur défection est l\u2019attrait que le communisme a exercé et continue d\u2019exercer sur plusieurs.M.Nehru lui-même a subi cet attrait, aux environs des années trente: ses écrits et son récent voyage parmi les rouges le démontrent.En regard du marxisme, M.Nehru semble affecté de la même ambivalence qu\u2019il déplore chez ses compatriotes.Plus d\u2019une fois, ces dernières années, il a répété qu\u2019il admire l\u2019idéal communiste, tout en rejetant sa politique de violence.Comment ne voit-il pas que la violence est inséparable de l\u2019idéal qu\u2019il admire ?Parlant du communisme qui séduit nombre d\u2019indiens, M.Nehru note: « Sans aucun doute, il a donné du mouvement de l\u2019histoire une explication qui nous NOVEMBRE 1956 319 a aidés à penser et à comprendre.Mais il nous faut une doctrine moins bornée; valable comme interprétation économique, elle ne saurait résoudre nos problèmes fondamentaux.La vie est plus qu\u2019un processus économique.» Voilà un autre exemple d\u2019ambivalence: acceptation partielle du matérialisme dialectique et historique, et rejet du système dans son ensemble, non parce qu\u2019il est faux, mais parce qu\u2019il est incomplet.Évidemment, on ne peut formuler un jugement définitif à partir de quelques remarques seulement; mais si on les compare à d\u2019autres propositions énoncées par lui, elles indiquent chez M.Nehru cette tendance au dédoublement qu\u2019il reproche à son peuple.Les intellectuels, que le premier ministre accuse d\u2019avoir laissé sombrer leur patrie, comptent parmi eux un groupe puissant de communistes et de sympathisants, formé surtout de ceux qui, ayant fréquenté les universités, ne trouvent aucun emploi ou du moins aucune situation qui leur convienne.Le rôle joué par les étudiants chinois dans la récente révolution de leur pays porte à craindre que la même conjoncture ne se se produise dans l\u2019Inde.Un autre des graves problèmes sociaux de l\u2019Inde est l\u2019inégalité que le système des castes entretient dans les conditions humaines et la distribution des biens matériels.« La caste, souligne M.Nehru, est un phénomène typiquement indien.» Malgré les textes des constitutions qui rejettent les distinctions fondées uniquement sur la caste et, vu l\u2019inefficacité de ces textes, malgré la promulgation d\u2019une loi qui fait de cette distinction un délit, le régime des castes demeure profondément enraciné dans la nation indienne.Les efforts de Gandhi, quelque sincères qu\u2019ils aient été, ont très peu modifié l\u2019attitude de ceux qui considèrent certains êtres humains comme étrangers et inférieurs aux autres du seul fait de leur caste.On va même jusqu\u2019à dire que ce régime est un des traits essentiels de l\u2019hindouisme.En fait, il constitue, pour la diffusion du communisme, à la fois un obstacle et un point d\u2019appui.Obstacle, car il implique que les bourgeois, nés tels, n\u2019ont pas à changer de condition pour respecter leurs croyances religieuses, et que cela vaut également pour les classes moins favorisées; point d\u2019appui, car le principe de la caste tend à perpétuer la division des hommes en classes nanties et dépourvues.En pratique, et pour ne rien dire de plus, un tel système s\u2019accommode de beaucoup d\u2019injustice.Ainsi, dans l\u2019Inde contemporaine, on trouve simultanément « la plus large tolérance » (accueil à l\u2019égard des idées et pratiques nouvelles que peut intégrer l\u2019ancienne culture) et « les plus étroites attitudes sociales » (telles les caractéristiques souverainement détestables du système des castes).Manifestation, entre bien d\u2019autres, du « dédoublement de personnalité » dont souffre le pays.Il faut, conclut M.Nehru, remédier sans retard à cette maladie.A l\u2019âge atomique, dans le remous d\u2019une révolution industrielle que l\u2019Inde essaie d\u2019effectuer en quelques décennies, tandis que l\u2019Occident a mis près de deux siècles à l\u2019achever, les habitudes sociales de l\u2019Inde ne peuvent se figer au moment où d\u2019immenses transformations s\u2019accomplissent dans l\u2019industrie et la politique.La tension par laquelle passe l\u2019Inde actuellement explique le caractère déroutant des déclarations et des conduites de ses hommes politiques: on les voit pencher tantôt vers l\u2019Est, tantôt vers l'Ouest, et parfois se dresser entre les deux.Discours et attitudes dépendent des influences subies: les « ultra-orthodoxes » voudraient revenir aux jours de la domination hindoue; les « progressistes » voudraient moderniser l\u2019Inde, même au sacrifice de sa culture et de sa religion traditionnelles.« Nous parlons de paix et de non-violence et nous agissons en sens opposé.» Qu\u2019on se rappelle les émeutes régionales et les troubles graves qui éclatèrent lorsqu\u2019il fut question de modifier les divisions du pays d\u2019après les langues: curieuse non-violence.« Nous proclamons notre idéal de sage désintéressement au milieu de l\u2019action; mais notre conduite se déroule à un niveau bien inférieur, et une indiscipline croissante nous avilit comme personnes et comme peuple.» Dans le passé, note M.Nehru, les intellectuels de l\u2019Inde s\u2019inspiraient des penseurs d\u2019Angleterre, parmi lesquels plusieurs étaient rationalistes.Mais ces mêmes intellectuels indiens n\u2019entretenaient aucun contact avec les masses, demeurées fidèles à l\u2019hindouisme.Aujourd\u2019hui, nos intellectuels, qui devraient prendre la tête du pays, abandonnent les idées de l\u2019Occident; et maintenant, « nous n\u2019avons plus ni tradition ancienne, ni pensée nouvelle, et nous allons à la dérive sans savoir où nous échouerons.La jeune génération manque de directives: elle n\u2019a rien pour orienter sa pensée, rien pour canaliser son action ».Voilà qui s\u2019appelle un franc parler.Et agréablement différent des déclarations ultra-nationalistes lancées par certains Indiens qui, pour traduire leur patriotisme de fraîche date, semblent avoir adopté le faux principe: « Vive mon pays, qu\u2019il ait tort ou raison ! » L\u2019Inde d\u2019aujourd\u2019hui est au creuset.Et le jugement que M.Nehru porte sur elle devrait nous aider à la mieux comprendre.Évitons donc de juger à la légère l\u2019évolution d\u2019une culture ancienne et raffinée qui tâche d\u2019absorber le choc de la révolution technologique du temps présent.N\u2019oublions pas que, de l\u2019Occident, ce que l\u2019Inde voit surtout, c\u2019est le développement technique et le progrès matériel.De la culture et de la religion occidentales, elle n\u2019aperçoit que peu de chose, et, à vrai dire, moins encore de nos jours qu\u2019il y a vingt ans, alors que l\u2019influence de l\u2019Occident s\u2019exerçait plus que maintenant dans les domaines de l\u2019éducation, de la littérature et des arts.Présentement, avec le recul de la langue anglaise et la faveur conquise par les dialectes, le cinéma et autres moyens d\u2019expression autochtones, l\u2019Inde com- 320 RELATIONS munique avec l\u2019Occident surtout par la technique.Dans ces conditions, rien d\u2019étonnant si une fraction du peuple indien incline à penser qu\u2019une seule chose importe: entre le bloc occidental et le bloc communiste, choisir celui qui offre le plus d\u2019avantages.Par malheur, une portion influente de l\u2019Occident pense que, pour préserver l\u2019Asie du communisme, il suffit de se présenter à elle comme le plus fort pourvoyeur de secours matériel.Pareille politique n\u2019atteindra jamais son but.Il serait trop long d\u2019expliquer pourquoi en ce moment.Entre autres raisons, signalons tout de même celle-ci: les communistes indiens et leurs amis ne se recrutent pas parmi les pauvres et les miséreux, mais surtout Dessiner pour l\u2019enfant Béatrice CLEMENT ANS PRÉAMBULE, je pose à M.Gagnier ma première question: \u2014 Le dessin pour enfants diffère-t-il du dessin pour adultes ?\u2014 Dessiner pour l\u2019enfant,.c\u2019est très sérieux, me répond l\u2019artiste, après un moment de réflexion.L\u2019enfant, c\u2019est du neuf, continue-t-il.On assume une grande responsabilité lorsqu\u2019on s\u2019adresse à lui.On n\u2019a pas le droit de le tromper, car ses premières impressions le marquent pour la vie.La sensibilité et la réceptivité des jeunes étant immenses, leur goût n\u2019étant pas encore formé, ils se trouvent sans défense devant tout ce qu\u2019on leur présente.Responsabilité de l\u2019adulte à leur égard.D\u2019autre part, si on veut les intéresser, il faut savoir se mettre dans la peau des enfants, se rappeler sa propre enfance demeurer jeune soi-même, pouvoir s\u2019émerveiller et retrouver la curiosité de sa jeunesse.\u2014 Quel est, à votre avis, monsieur, le rôle du dessin dans un livre pour jeunes ?\u2014 Le dessin ne doit pas seulement orner, mais surtout compléter le livre.Je m\u2019explique.Tout en suivant le texte de près, le dessin doit lancer l\u2019imagination du lecteur sur des pistes nouvelles, mais connexes; pistes qui le porteront à profiter davantage de sa lecture.Il s\u2019agit de compléter l\u2019écrit en concrétisant ce que celui-ci pourrait avoir d\u2019abstrait.Le dessin est plus qu\u2019une décoration: il doit réellement illustrer la pensée de l\u2019auteur.\u2014 Concevez-vous les dessins qui illustrent les livres pour enfants comme une initiation des jeunes à la beauté ?M.Gagnier sourit, puis il pose une question à son tour: \u2014 Qu\u2019est-ce que la beauté ?Et sans me donner le temps de répondre, il poursuit: Quelque chose d\u2019assez relatif, qui diffère selon les pays, les époques, les modes.\u2014 D\u2019accord.Mais dans une certaine mesure seulement.Il existe des œuvres d\u2019autres siècles, voire d\u2019autres civilisations, qu\u2019on trouve belles aujourd\u2019hui.\u2014 Evidemment, acquiesce l\u2019artiste.Les chefs-d\u2019œuvre de l\u2019antiquité nous émerveillent toujours.La simplicité du dessin égyptien, par exemple.\u2014 Justement, je voulais vous interroger sur la simplicité qui convient aux dessins pour enfants.\u2014 Il importe de donner à l\u2019enfant des dessins très simples, qui tiennent compte des éléments de base, qui lui offrent des notions saines, susceptibles de servir de point de départ à une recherche personnelle de la beauté.Des notions qui le forment et le mettent en mesure, avec le temps, de goûter et de découvrir la beauté par lui-même.parmi les intellectuels mécontents que le pandit Nehru accuse de défection envers leur patrie.Plus que d'aide matérielle, ils ont besoin d\u2019une philosophie satisfaisante pour leur esprit et de principes religieux capables de remplacer l\u2019hindouisme dont ils se détachent.Ce ne sont ni les tracteurs ni les béliers mécaniques qui les leur apporteront.A l\u2019heure actuelle, les éléments modérés dominent dans l\u2019Inde.Pour combien de temps?Cela dépend beaucoup d\u2019eux-mêmes, de leur aptitude à former d\u2019autres chefs du même calibre que Nehru et Gandhi; cela dépend aussi, à un moindre degré, de la sympathie et de l\u2019aide qu\u2019ils recevront de l\u2019extérieur.M.Jacques Gagnier, dessinateur, a illustré quantité de volumes destinés aux enfants.A l'occasion de la Semaine du Livre pour la Jeunesse, Mlle Clément, auteur d'ouvrages appropriés aux jeunes, a voulu connaître l'opinion de l'artiste sur le genre d'illustration qui convient aux livres pour enfants.\u2014 J\u2019imagine que le dessin très simple qui a de l\u2019allure doit être le fruit d\u2019un long travail, l\u2019œuvre de quelqu'un qui s\u2019y connaît.Rien n\u2019est difficile à réussir comme le très simple, ne pensez-vous pas ?\u2014 Je le pense.On ne réussit pas du premier coup un dessin qui ne soit ni vulgaire ni grotesque.Lorsqu\u2019on déforme, \u2014 caricature ou stylisation, \u2014 on doit toujours le faire dans le sens de la vérité; or, il est plus facile de tomber dans l\u2019excès ou le faux que de demeurer dans le vrai.C\u2019est pourquoi il faut étudier, travailler longuement, sérieusement.\u2014 Si je vous comprends bien, vous ne recommandez pas qu\u2019on illustre les livres pour enfants avec des dessins conçus comme s\u2019ils étaient des œuvres d\u2019enfant.\u2014 En effet.Il est évident que l\u2019enfant, n\u2019ayant aucune formation, ne peut « déformer » avec art.Son travail sera toujours une ébauche, un essai plus ou moins heureux, qu\u2019il faut encourager, certes, mais que l\u2019enfant doit apprendre à apprécier à sa vraie valeur.\u2014 Alors, une dernière question.Croyez-vous que le genre de dessin doive varier selon le texte?Par exemple, illustreriez-vous n\u2019importe quel livre avec des caricatures ?\u2014 Bien sûr que non.Et j\u2019ajouterais qu\u2019il y a des degrés, même dans la caricature.C\u2019est en sachant faire ces distinctions que l\u2019illustrateur collaborera intimement avec l\u2019auteur, toujours dans le but de servir l\u2019enfant.M.Gagnier ne m\u2019attendait pas; m\u2019étant présentée sans avoir pris rendez-vous, j\u2019avais été reçue le plus aimablement du monde par cet homme affairé.Je lui demande avant de le quitter: \u2014 Comme cette entrevue n\u2019était pas préparée, voulez-vous que je résume notre conversation?De la sorte, vous pourrez, au besoin, corriger mes impressions et préciser votre pensée pour nos lecteurs.\u2014 Volontiers.\u2014 D\u2019après vous, l\u2019illustration d\u2019un livre pour enfants doit être faite par un artiste sincère, conscient de sa responsabilité, possédant un cœur jeune et suffisamment de science pour mettre son art à la portée de l\u2019âme toute neuve des jeunes lecteurs.\u2014 C\u2019est bien ma conviction.\u2014 En outre, complément plus qu\u2019ornement du livre, le dessin doit illustrer le texte, être simple, vrai, et s\u2019adapter au genre de l\u2019ouvrage.Vous approuvez ?\u2014 Vous avez bien traduit ma pensée.NOVEMBRE 1956 321 LE PAPE NOUS PARLE 26 juillet: Message à la XXXIIIe Semaine sociale du Canada (par l\u2019entremise de Mgr DeN\u2019Acqua, substitut de la secrétairerie d\u2019État).\u2014 Thème général: la doctrine sociale de l\u2019Église dans l\u2019éducation.2 août: Message à l'assemblée générale du Mouvement international de la Jeunesse agricole et rurale catholique, à Nimègue, Pays-Bas.\u2014Thème: l\u2019influence du progrès technique sur la mentalité et la vie religieuse de la jeunesse rurale.19 août: Discours à un groupe de médecins représentants d\u2019organismes affiliés à l'Union internationale contre le cancer.\u2014 Thème: les aspects scientifiques et les problèmes d\u2019ordre social de la lutte contre le cancer.29 août: Discours aux membres du chœur polyphonique du collège officiel des médecins de Barcelone.\u2014 La musique a une valeur même morale.2 septembre: Radiomessage aux catholiques d\u2019Allemagne réunis à Cologne pour le 77e Katholikentag.\u2014 A ceux qui redoutent l\u2019avenir, l\u2019Église offre un appui sûr; à ceux qui veulent travailler à la restauration de l\u2019ordre social, elle offre sa doctrine; à ceux qui veulent la paix et l\u2019unité du monde, elle rappelle les conditions de toute coexistence sincère.4\tseptembre: Lettre aux membres du congrès des directeurs spirituels d\u2019Italie, tenu à l\u2019Université Grégorienne, Rome (par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua).\u2014 Inculquer aux jeunes clercs l\u2019estime pour la vie intérieure et l\u2019observation de la discipline ecclésiastique.5\tseptembre: Lettre au prieur de la Chartreuse de Vedana, Italie, à l\u2019occasion du Ve centenaire de la fondation de l\u2019abbaye.\u2014 Beauté de la vocation des ordres contemplatifs.6\tseptembre: Allocution à un groupe de techniciens de l\u2019industrie et du commerce de Barcelone.\u2014 Mission sociale du technicien et formation préalable pour la bien remplir.7\tseptembre: Allocution à un groupe de laïcs de l\u2019Apostolat de la Mer, de Liverpool.9 septembre: Allocution aux délégués du congrès de VAssociation internationale des Economistes.\u2014 Lourde responsabilité de l\u2019économiste, qui ne doit cesser de vérifier le caractère scientifique des conclusions et des jugements qu\u2019il formule.Double erreur de l\u2019économie libérale et du marxisme.11 septembre: Radiomessage aux participants du VIIe congrès de l\u2019Association internationale des Médecins catholiques, à Scheveningue, Hollande.\u2014 Trois points principaux: la source du droit médical, la position du médecin en regard du droit et de la morale, la collaboration des médecins sur le plan international.13\tseptembre: Allocution aux participants du second congrès international de diététique, à Rome.\u2014 La nutrition comporte des conditions psychologiques et des gestes d\u2019une portée spirituelle.Allocution aux membres de la « Siochana Branch of the Pioneer Total Abstinence Association of the Sacred Heart », d\u2019Irlande.\u2014L\u2019alcoolisme, cruelle menace et réelle tragédie spirituelle.14\tseptembre: Allocution aux participants de la semaine d\u2019adaptation pastorale tenue à Milan.\u2014 La prédication doit se conformer aux sciences modernes.Message à S.Em.le cardinal Feltin, à l\u2019intention du congrès de « Fax Christi », tenu à Valladolid, Espagne (par l\u2019entremise de Mgr Dell\u2019Acqua).\u2014Les catholiques doivent se faire « les défenseurs des principes de vie sociale et politique qui sont posés et soutenus par l\u2019Église, gardienne de l\u2019ordre naturel, car c\u2019est ainsi qu\u2019ils serviront utilement la cause du civisme international ».322 AVEC OU SANS txoii motà COMMENTAIRES RÉFORME DES STRUCTURES OU RÉFORME DES MOEURS A la récente Semaine sociale de Saint-Jérôme, S.Exc.le délégué apostolique, Mgr Giovanni Panico, a traité, avec maîtrise et profondeur, des rapports de l\u2019Eglise avec l\u2019ordre temporel.Après avoir rappelé la nécessité de réformer les structures sociales en vue de faciliter aux hommes la pratique du bien et l'accès à la vie éternelle, l\u2019éminent conférencier aborda le problème de la réforme des mœurs en ces termes : I\u2019ÉGLISE n\u2019a jamais douté un seul instant où il fallait mettre l\u2019accent principal et faire porter directement son effort: sur l\u2019homme lui-même.Elle ne blâme pas d\u2019abord une forme de gouvernement, un système social, la propriété privée, les institutions temporelles extérieures à l\u2019homme, pour le désordre du monde, mais elle dénonce un désordre intérieur à l\u2019homme que ces institutions temporelles reflètent: l\u2019orgueil de l\u2019homme, sa cupidité, sa sensualité, son ignorance, sa passion.contre lesquels l\u2019Église porte, pour les détruire, la guerre et non la paix.Il faut d\u2019abord s\u2019en prendre aux hommes, et non aux structures de la société.C\u2019est pourquoi la révolution sera intérieure à l\u2019homme, ou elle ne sera pas.Elle sera morale, ou elle ne sera pas.Elle sera spirituelle, ou elle ne sera pas.Il est facile de renverser une dynastie ou de crier: « A bas les bourgeois! » Il est plus difficile, mais combien plus efficace, de renverser les idoles dans son cœur et de détruire le péché dans sa vie.Il est facile, mais tragiquement vain, d\u2019enseigner aux pauvres à maudire le riche; il est plus difficile, mais combien plus divin, d\u2019enseigner aux riches à aimer les pauvres comme les membres du Christ.Il est facile de dire aux ouvriers qu\u2019une fois la justice sociale parfaitement établie, il n\u2019y aura plus besoin de charité dans ce monde puisqu\u2019il n\u2019y aura plus d\u2019inégalités; il est plus difficile, mais combien plus vrai, de leur dire que la justice sociale parfaite n\u2019existera jamais ici-bas et que les pauvres, nous les aurons toujours avec nous.Il est facile de promettre au monde l\u2019abondance pour tous dans un âge d\u2019or électronique; il est plus difficile, mais combien moins naïf, de leur rappeler qu\u2019il y aura toujours le péché, la souffrance et la mort, et que cette vallée sera toujours, malgré nos bonheurs, une vallée de larmes.Jésus-Christ n\u2019enseigne pas de réforme monétaire, mais il exhorte l\u2019homme à ne pas accumuler de trésors, là où la rouille et les mites dévorent.Il ne lance pas de manifeste contre le capitalisme, mais traite de pauvre fou le riche cultivateur qui élargit ses granges et se prépare à faire bombance.Il ne s\u2019élève pas contre les inégalités sociales, mais il s\u2019assimile lui-même aux pauvres, aux affamés, aux assoiffés, aux prisonniers: « Ce que vous faites au plus petit d\u2019entre les miens en mon nom, c\u2019est à moi-même que vous le faites.» Il ne parle nulle part de l\u2019abolition des classes ni de « lutte finale », mais fait de l\u2019amour le signe auquel le monde reconnaîtra que nous sommes ses disciples.Il ne prononce aucun sermon sur le désarmement, mais il condamne la haine et nous demande de pardonner septante fois sept fois.Il ne s\u2019insurge pas contre le colonialisme ou l\u2019impérialisme ou la conquête romaine, mais il prêche le royaume des cieux.Il laisse les Romains en Palestine, les collecteurs d\u2019impôts à leur table de change, les scribes et les pharisiens dans la chaire de Moïse.Il sait que, si les cœurs changent sous le souffle de l\u2019Évangile, tout le reste changera par surcroît; et que, si les cœurs ne sont pas transformés, tout cela recommencera et qu\u2019on remplacera une injustice par une autre injustice, et une illusion par une autre illusion.Bref, il ne s\u2019attarde pas à ce que nous appellerions la « réforme des structures », non pas que celle-ci n\u2019ait pas son importance, nous venons de le dire, mais parce qu\u2019elle ne va pas au cœur du problème de l\u2019universelle fraternité humaine.L\u2019ETAT ET L\u2019IMPOT Lorsqu\u2019il reçut les personnes qui participèrent au dixième congrès international de l\u2019Association internationale du Droit financier et fiscal, le 2 octobre dernier, le Saint Père prononça, en français, une allocution dans laquelle, après avoir affirmé qu\u2019il existe pour chaque citoyen le devoir de supporter une part des dépenses publiques, il traite du rôle de l\u2019État en la matière.MAIS L\u2019ÉTAT de son côté, en tant que chargé de protéger et de promouvoir le bien commun des citoyens, a l\u2019obligation de ne répartir entre ceux-ci que des charges nécessaires et proportionnées à leurs ressources.L\u2019impôt ne peut donc jamais devenir pour les pouvoirs publics un moyen commode de combler le déficit provoqué par une administration imprévoyante, de favoriser une industrie ou une branche du commerce aux dépens d\u2019une autre également utile.L\u2019État s\u2019interdira tout gaspillage des deniers publics; il préviendra les abus et les injustices de la part de ses fonctionnaires, ainsj que la fraude de ceux qui sont légitimement frappés.Les États modernes tendent aujourd\u2019hui à multiplier leurs interventions et à assurer un nombre croissant de services; ils exercent un contrôle plus étroit sur l\u2019économie, interviennent davantage dans la protection sociale de plusieurs catégories de travailleurs; aussi leurs besoins d\u2019argent croissent dans la mesure où se gonflent leurs administrations.Souvent des impositions trop lourdes oppriment l\u2019initiative privée, freinent le développement de l\u2019industrie et du commerce, découragent les bonnes volontés.Il est capital que les principes moraux justifiant l\u2019impôt apparaissent clairement tant aux gouvernants qu\u2019aux administrés et soient effectivement appliqués.Que l\u2019on poursuive avec des critères toujours plus sensibles et plus adéquats l\u2019adaptation de l\u2019impôt aux possibilités de chacun.1f Notre cardinal lance une grande offensive contre la misère à Montréal, et demande 25,000 volontaires capables de fournir 2,000,000 d\u2019heures de travail bénévole.U II s\u2019agit d\u2019entreprendre ou de compléter le plus tôt possible les œuvres suivantes: l\u2019Hôpital Saint-Charles-Borro-mée, un autre hôpital du même genre pour femmes âgées et malades, l\u2019Institut Dominique-Savio (pour jeunes garçons orphelins), le Patronage Jean-le-Prévost (pour garçons sans famille), un foyer de protection pour jeunes filles, et un pavillon-hôpital au Foyer de Charité.U Magnifique occasion offerte à tous de pratiquer la charité en actes et en œuvres.Adressez-vous au 66 est de la rue Dorchester, ou téléphonez à BÉlair 1041.H Consigne du cardinal à la Semaine sociale de Saint-Jérôme: « Que les chrétiens ne fassent pas preuve de tjmidité dans la recherche du nouvel ordre de choses à édifier! Éclairés par leur doctrine, guidés par l\u2019Église gardienne des principes, qu\u2019ils prennent hardiment le risque de la nouveauté et qu\u2019ils ne s\u2019attardent pas au replâtrage du régime expirant.On ne repeint pas une maison qui croule.» Extrait d\u2019un mémoire présenté à la commission Fowler:-« Si les spectateurs doivent défrayer le service de la télévision, il est préférable qu\u2019ils en aient la direction par l\u2019entremise de la propriété publique.» Nous demandons: comment les spectateurs peuvent-ils exercer efficacement une telle emprise, puisque les fonctionnaires de Radio-Canada ne sont ni élus par le peuple, ni directement responsables au peuple?U Si M.Eisenhower est reporté à la présidence, ce sera la première fois qu\u2019un républicain aura été réélu.1f Jamais un catholique n\u2019a été élu à la présidence ni à la vice-présidence des États-Unis.If C\u2019est à la confession épiscopalienne, donc aux anglicans, qu\u2019il appartient d\u2019avoir donné à la république voisine le plus grand nombre de ses présidents, à commencer par George Washington.H Treize des présidents furent francs-maçons; un seul, du 33e degré; ce président n\u2019est ni Washington, ni Taft, ni Harding, ni aucun des Roosevelt, mais Harry Truman, celui-là même qui nomma le général Clark ambassadeur au Vatican.If A qui se fier sinon au dictionnaire ?Or, le Petit Larousse illustré, même dans son édition de 1954, définit le personnalisme: « Vice et conduite de celui qui rapporte tout à luii seul.» Le personnalisme, un vice ! O Mounier! O MaritamÜ If Passe pour l\u2019individualisme.Mais le personnalisme.Sans en faire, comme plusieurs, une espèce de religion, reconnaissons qu\u2019il s\u2019oppose heureusement aux totalitarismes et aux socialismes de toute nuance, en défendant les prérogatives d\u2019un être spirituel dont le destin immortel dépasse les horizons de ce monde.If Si le personnalisme était un vice, comment un sociologue aussi respectueux des valeurs morales que le P.de Les-tapis pourrait-il inviter la famille chrétienne à « créer du personnalisme » (voir Relations, août 1956, p.227), et cela, précisément pour échapper à l\u2019avilissement auquel l\u2019expose la civilisation, à certains égards inhumaine, de nos villes ?If Un autre bon point en faveur de l\u2019A.J.C., qui vient de protester contre l\u2019autorisation du spectacle de Rock\u2019n Roll donné au Forum récemment.Toute la jeunesse canadienne devrait signifier son opposition à l\u2019hystérie collective, aussi dangereuse et néfaste que l\u2019alcoolisme et l\u2019ivrognerie.If D\u2019après le professeur Lower, de Kingston, il faudra quelque deux cents ans pour que la majorité des Canadiens de langue anglaise deviennent de vrais Canadiens.Espérons qu\u2019il exagère.RELATIONS NOVEMBRE 1956 323 Au fil du mois L\u2019Église et la coexistence Le Souverain Pontife a adressé un important radiomessage au soixante-dix-septième Katholikentag, réuni à Cologne, le 2 septembre dernier.Pie XII parlait aux catholiques allemands, qui vivent dans un pays déchiré en deux au mépris du droit des gens; mais il profitait de la circonstance pour prémunir les fidèles du monde entier contre l\u2019équivoque séduisante de la politique de coexistence.« L\u2019Église exhorte les fidèles dans les pays où elle vit librement à se rendre compte du danger que représente cet adversaire (le communisme athée) et elle les avertit une fois de plus de qe pas se laisser égarer par le mirage d\u2019une fausse coexistence, comme si, entre la foi catholique, la conception universelle des catholiques et ce système, un compromis, un rapprochement plus intime étaient possibles.» Le Saint Père rappela que ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019il abordait le problème de la coexistence, et il indiqua nettement à quelle condition essentielle une coexistence était acceptable entre l\u2019Église et les pays de l\u2019Est, où sévit actuellement « une des plus graves et de toute façon la plus dangereuse des persécutions ».« L\u2019Église catholique n\u2019oblige personne à lui appartenir.Mais elle demande pour elle la liberté de pouvoir vivre dans l\u2019État conformément à sa constitution et à sa loi, en prenant soin de ses fidèles et en prêchant librement le message de Jésus-Christ.C\u2019est là, certainement, la condition fondamentale indiscutable pour toute coexistence sincère.» C\u2019est une souffrance continuelle de voir quel usage fragmentaire et frauduleux font de la parole l\u2019idéologie marxiste et les propagandes de toutes sortes.L\u2019Église, dont la mission première et directe n\u2019est de défendre ni un régime politique ni une théorie économique, mais la Vérité qui délivre, porte un incomparable respect à la parole.Elle ne s\u2019en sert que pour dire et répéter, expliquer et propager la vérité et la faire pénétrer dans les esprits et les cœurs.L.d\u2019A.Où va la C.T.C.C.?Au cours de son trente-cinquième congrès, tenu à l\u2019hôtel Windsor de Montréal, à la fin de septembre dernier, la Confédération des Travailleurs catholiques du Canada (C.T.C.C.) a démontré par son comportement réaliste, ses décisions dynamiques et prudentes que, dans l\u2019entraînement qui emporte le mouvement ouvrier vers l\u2019unité, elle demeure en pleine possession d\u2019elle-même et que, si elle se déclare prête à consentir des sacrifices, c\u2019est pour accorder plus de rayonnement à sa maturité d\u2019aujourd'hui.L\u2019atmosphère était tendue: pour la première fois depuis vingt ans, l\u2019on enregistrait une baisse des effectifs due surtout à un raid entrepris par une union internationale rivale, à la faveur d\u2019une grève récente à Shawinigan.Une tâche considérable s\u2019offrait aux délégués : connaître le résultat des pourparlers de leur comité spécial concernant la fusion avec le nouveau Congrès du Travail du Canada (C.T.C.), et décider de l\u2019attitude à prendre et de ses modalités; en prévision ou en conséquence de ce geste, prévoir et arrêter les modifications à introduire dans l\u2019esprit (confessionnalité), la structure (centralisation des pouvoirs) et le fonctionnement (orientation pratique) de leur syndicalisme.Le fruit de cinquante ans d\u2019efforts était en jeu.Après trois jours de recherches et d\u2019échanges en dehors des séances, où chacun, du capitulard jusqu\u2019à l\u2019immobiliste, exprimait sa conviction propre, vinrent les délibérations générales, ces dialogues entre orateurs et assemblée qui, par leur liberté, leur dignité de ton, leur respect de la procédure, leur vie dramatique parfois, sont à l\u2019honneur de la démocratie des travailleurs.Réalisme, sagesse, élan sont les mots qui conviennent pour caractériser les décisions prises.La C.T.C.C.consent donc à changer de nom, à supprimer dans sa constitution et sa déclaration de principes tout ce que comporte son statut strictement confessionnel de personnes, de manière à bannir toute politique de discrimination religieuse; mais elle entend rester elle-même, avec son esprit propre, sans renoncer aucunement (semble-t-il, bien qu\u2019on discerne du flottement là-dessus) à puiser dans la doctrine sociale de l\u2019Église le secret de son dynamisme et de sa rectitude.Elle consent à ne plus faire de représentations propres auprès des autorités politiques aux différents paliers: international, national, provincial et municipal; mais elle entend garder ses cadres intérieurs et, puisque la Confédération doit devenir union nationale, les transformer même pour agir avec plus de force et de souplesse.Composé de travailleurs réalistes et habitués aux négociations, sachant que l\u2019entrée de la C.T.C.C.dans le C.T.C.suscite de la part d\u2019une représentation très minoritaire exclusivement québécoise une opposition qui part de préjugés historiques, le congrès a voulu, par la procédure adoptée, ne pas faire de gestes inutiles, comme de se transformer en vue d\u2019une fin qui se révélerait illusoire; il a voté le principe de l\u2019affiliation et autorisé le comité spécial à continuer ses pourparlers et à obtenir une réponse décisive; si la réponse est négative, la responsabilité et l\u2019odieux du refus de l\u2019unité syndicale canadienne retomberont sur qui de droit; si la réponse est positive, la C.T.C.C., lors d\u2019un congrès spécial, votera l\u2019affiliation et procédera à son propre réaménagement.Enfin, pour boucler la preuve de sa volonté de vie et de conquête, le congrès a voté une augmentation de dix sous de la taxe syndicale per capita qui sera consacrée exclusivement à l\u2019organisation.Où va la C.T.C.C.?Son nom actuel pourra disparaître et ses congrès changer d\u2019aspect, mais le mouvement syndical qui a fait la C.T.C.C.ira de l\u2019avant s\u2019il est fidèle à l\u2019esprit qui l\u2019animait.J.C.Un milieu adulte de Ce qui se dégage de la troisième discussion\tconférence annuelle de l\u2019Institut canadien des Affaires publiques, tenue à Sainte-Adèle, c\u2019est plus que des idées et des projets de réformes, c\u2019est un esprit qui étonne mais réjouit.La démocratisation de l\u2019enseignement était un sujet bien choisi et fécond; n\u2019est-ce pas au fond la reconnaissance à tout être humain d\u2019un droit à l\u2019éducation ?Conception pluraliste de la formation humaine, modes d\u2019intégration de la technique dans l\u2019humanisme, nécessité primordiale de l\u2019éducation des parents, établissement de collèges classiques laïques plus nombreux, relations entre clergé et laïcs, devoir des autorités publiques de coordonner l\u2019enseignement, opportunité d\u2019un ministère de l\u2019éducation, valorisation (prestige, qualités et rémunération) du personnel enseignant, nature et conditions de la liberté académique, participation des professeurs à l\u2019administration des institutions, facilité d\u2019accès à tous les degrés pour les candidats aptes, réformes dans le financement, etc., tous ces problèmes actuels et passionnants ont été posés et discutés en des termes que le rapport général du professeur Baudoin a nettement dégagés dans une synthèse magnifique.Qui s\u2019attendrait à ce qu\u2019ils aient tous été résolus, à ce que chacune des opinions émises ait été juste ?324 RELATIONS Il y avait mieux: au delà des expressions pas toutes concordantes, une même volonté de recherche, de loyauté et de franchise; et, sous les algarades (rares, une par soir, comme pour y mettre le sel qui préserve.), une attitude sérieuse qui révèle l\u2019engagement.Partout, surtout dans les commissions du matin ou dans les groupes nocturnes ou diurnes, dans le bar ou sur la pelouse, une fraternité, née du sens de la communauté de destin et du besoin d\u2019adaptation, besoin senti jusqu\u2019à la souffrance, rapprochait tout le monde, vieux et jeunes, clercs et laïcs.Pas de septicisme; peu de pessimisme, ce qu\u2019il en faut pour partir ensemble afin de changer ça; quelques trépignements, restes d\u2019adolescence, calmés aussitôt par le niveau d\u2019objectivité des débats et la maturité de l\u2019atmosphère.Sous le soleil, les préjugés fondaient.Quel spectacle réconfortant: professeurs d\u2019université, intellectuels, écrivains, directeurs, artistes et techniciens de la radio et de la télévision, journalistes, chefs de mouvements syndicaux ou coopératifs, fonctionnaires, éducateurs ou prêtres, cherchant la vérité sur notre milieu, celui qui nous a faits et que nous avons fait! Un témoin aussi sympathique que M.Forsey y trouve un foisonnement de vie; M.Marrou, mentor compréhensif, insiste sur la rapidité des transformations.Combien tous deux ont raison! Malgré toutes les récriminations qu\u2019on peut faire légitimement, il y a de la liberté quelque part chez nous.La liberté est d\u2019abord lucidité intérieure et expression valable de soi: elle se conquiert avec la maturité.L\u2019Institut canadien des Affaires publiques y joue son rôle, en collaboration avec Radio-Canada, par sa conférence annuelle, forum dirigé de pensée sociale, milieu adulte de discussion.J.C.La.XXXIIIe Semaine La Semaine sociale de Saint-Jérôme sociale du Canada tiendra un bon rang dans la série des trente-trois Semaines qui se sont déroulées au Canada de 1920 à 1956.Le sujet (la doctrine sociale de l\u2019Église dans l\u2019éducation) se place parmi les plus importants étudiés jusqu\u2019ici.Sans doute, avec Rerum nova-rum (la question sociale) à la première Semaine, Quadragesimo anno (la restauration de l\u2019ordre social) à la onzième, et Divini Redemptoris (le communisme athée) à la seizième, il avait été question de cette doctrine, mais on n\u2019avait pas analysé ses sources, sa nature, son rôle; on n\u2019avait pas établi le droit de l\u2019Église d\u2019intervenir dans le domaine économico-social et d\u2019y imposer des règles obligatoires.Ces divers points, qui constituent la première partie de la Semaine sociale de Saint-Jérôme, apportaient une remarquable contribution à l\u2019enseignement déjà donné aux Semaines précédentes.La deuxième partie allait traiter un sujet nouveau, étroitement lié à celui de la première.Car il ne suffit pas de démontrer qu\u2019il existe une doctrine sociale de l\u2019Église, qu\u2019elle se compose de tels éléments et s\u2019impose à tous les catholiques.A moins de considérer cette doctrine comme une chose abstraite, un objet de musée, ce qui serait méconnaître totalement son caractère, il est nécessaire, si on veut qu\u2019elle soit pratiquée, de la faire connaître.Pour cela, un seul moyen vraiment efficace: l\u2019éducation.Ce sujet n\u2019avait pas été étudié, du moins sous cet angle, dans les Semaines précédentes.A celle-ci, il fut le thème principal des travaux.Le mot éducation figurait même dans le titre de la Semaine, et la plupart des cours lui furent consacrés: éducation des enseignants et enseignantes; éducation scolaire, de l\u2019école primaire à l\u2019université; éducation des adultes, soit à l\u2019église, soit à l\u2019université, soit dans des cercles d\u2019étude, des forums, des carrefours télévisés, etc.; éducation spécialisée suivant les métiers et les professions.Ainsi enseignée, la doctrine sociale catholique devrait pénétrer dans tous les milieux et éclairer, guider, soutenir tous les hommes de bonne volonté.On le comprend, un tel sujet intéressait surtout les membres de la profession enseignante.Ceux-ci constituèrent une bonne partie de l\u2019auditoire, les éducatrices d\u2019abord, actuelles et futures, car le diocèse de Saint-Jérôme possède une École normale florissante; puis, quoique moins nombreux, les éducateurs, heureux, eux aussi, de bénéficier de ces leçons.Plusieurs prêtres furent fidèles à tous les cours.La séance d\u2019ouverture comptait quatorze membres de l\u2019épiscopat, parmi lesquels on remarquait S.Ém.le cardinal archevêque de Montréal et le nouveau primat de l\u2019Église canadienne.S.Exc.le Délégué apostolique au Canada et trois autres évêques vinrent plus tard.L\u2019évêque de Saint-Jérôme, S.Exc.Mgr Frenette, a droit d\u2019être fier de ce succès.Il le méritait bien, car il en fut le principal artisan, se dépensant avec énergie et enthousiasme pour ordonner, guider, entraîner.N\u2019avait-il pas écrit, en nous faisant sa première invitation (1951), qu\u2019il considérait les Semaines sociales « comme une des plus belles et des plus fécondes réalisations de l\u2019Église canadienne » ?Aussi Son Excellence voulut-elle assister à toutes les séances, ne manquant aucun cours et prodiguant ses encouragements et ses félicitations.Ceux qui ont suivi cette Semaine du commencement à la fin, qui ont bénéficié de l\u2019hospitalité de l\u2019évêché, des citoyens ou des communautés de Saint-Jérôme, qui ont pu juger tous les travaux présentés s\u2019accorderont pour considérer cette session comme une des plus remarquables tenues depuis le début.Par son caractère doctrinal, qui n\u2019excluait pas les applications pratiques, par la maîtrise de ses professeurs, par l\u2019attention soutenue de l\u2019auditoire, elle a bien mérité le titre d\u2019« université ambulante » qu\u2019on a décerné aux Semaines sociales du Canada comme à celles de France.J.-P.A.Paris, Bruxelles, M.Robert Plante, directeur du Commis-Madrid, Rome?sariat industriel de Québec, a décrit les divers services du ministère de M.Paul Beaulieu devant les secrétaires des Chambres de Commerce.On y a remarqué des points faibles: nos agences commerciales absolument nulles, inexistantes en Europe.Notre agent à Ottawa collabore.Notre agent de New-York a les responsabilités suivantes: a) fournir aux industriels américains les renseignements nécessaires sur la province de Québec; b) par des enquêtes, une saine propagande, la publicité dans les revues et périodiques, l\u2019assistance aux congrès industriels et commerciaux, la distribution des publications du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce, aider à l\u2019établissement d\u2019industries américaines dans le Québec.Mais en France, en Belgique, en Italie?.Rien, personne! On aimerait pourtant des industries françaises et latines.On est submergé de succursales américaines, pourquoi pas de latines?Ouvrons de nouvelles agences; remplaçons, aux phrases citées plus haut, le nom de New-York par celui des capitales qui nous intéressent: Paris, Bruxelles, Genève, Rome, Madrid.Il n\u2019y a pas seulement les industries américaines sur la terre.Si nous pouvons implanter chez nous de grandes affaires, conçues et administrées à notre goût, ne serait-ce pas un profit pour les deux groupes?Et pour les immigrants à franciser, et pour le travail à des industries distinguées: poterie, cidre, vaisselle, horlogerie, draps fins, bibelots, enfin du plus distingué que le bois de pulpe et le madrier de quatre pouces.AI.D.NOVEMBRE 1956 325 Le problème racial aux Etats- Unis \u2014 I John La FARGE, S.J.I\u2019ANNÉE SCOLAIRE 1955-1956 s\u2019achevait à l\u2019Uni-^ versité Saint-François-Xavier, de la Nouvelle-Orléans, la seule université catholique pour les noirs aux États-Unis.Deux jeunes finissants échangeaient leurs propos sur l\u2019avenir: \u2014 Dès que j\u2019aurai obtenu mon diplôme, dit l\u2019un, je filerai dans le Nord et jamais plus je ne reviendrai dans le Sud.\u2014 Au contraire, repartit l\u2019autre; moi, je resterai ici.La réaction de ces deux jeunes gens exprime bien l\u2019opposition des sentiments suscités non seulement dans le Sud, mais dans le reste des États-Unis, voire à l\u2019étranger, par les événements étranges qui agitent présentement les États du Sud: désarroi en face d\u2019une situation pénible, recherche de ce qui pourrait tirer les esprits de la confusion régnante.Il s\u2019agit vraiment d\u2019un spectacle extraordinaire.Le 17 mai 1954, la plus haute cour de justice du pays déclarait à l\u2019unanimité que la ségrégation raciale dans les écoles subventionnées par l\u2019État était contraire à la loi fondamentale de la nation, qu\u2019elle était anticonstitutionnelle.Le décret était clair, sans équivoque.En même temps, il recommandait d\u2019agir avec prudence et tenait grand compte des nombreuses difficultés d\u2019application.La fidélité à l\u2019observer fut notoire et, à certains égards, étonnante.Des dix-sept États du Sud affectés par ce décret, six seulement résistèrent ouvertement.Les autres se soumirent d\u2019une manière ou d\u2019une autre, ou du moins adoptèrent une position d\u2019attente, se demandant ce qui résulterait d\u2019autres actions légales éventuelles.Mais de violentes manifestations de racisme, provoquées par les partisans de la supériorité des blancs, prirent une tournure inattendue, rappelant aux citoyens les anciennes interventions du malfamé Ku-Klux-Klan.Cette irruption organisée n\u2019eut pas plus tôt pris forme qu\u2019elle commença d\u2019attirer l\u2019attention des éléments fanatiques de toute la nation, ravivant le feu dormant de la haine non seulement raciale, mais religieuse.L\u2019histoire du Conseil des Citoyens blancs a si largement occupé les nouvelles, non seulement aux États-Unis, mais au dehors, qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de la rappeler au commun des lecteurs.Le méfait le plus grave à en retenir, c\u2019est l\u2019intimidation de ceux qui auraient pu atténuer le conflit par leur patience et leurs conseils.Thurgood Marshall, principal défenseur des noirs devant la loi, le soulignait dans son discours prononcé à Nashville (Tennessee), le 6 juillet dernier: les éléments raisonnables du Sud, qui forment certaine- Ancien directeur de la revue America et fondateur du mouvement Interracial Justice aux États-Unis, le P.La Farge nous donne un premier article sur l'un des problèmes les plus brûlants dont s\u2019occupe l\u2019opinion publique de son pays.ment la majorité et n\u2019approuvent pas l\u2019attitude extrême des tenants de la supériorité des blancs, sont « non seulement isolés, mais paralysés ».En d\u2019autres termes, les contacts sont rompus non seulement entre les races (ils ont toujours été restreints, encore qu\u2019ils aient progressé régulièrement), mais entre les blancs eux-mêmes, entre les fanatiques forcenés et ceux qui recommandent de procéder par prudentes étapes dans l\u2019exécution du décret de la Cour Suprême, même si cela requiert du temps et de la patience.Pour des catholiques, la douleur est de constater la division parmi eux, troublante situation connue du monde entier.ce qu\u2019est la ségrégation Au milieu de cette confusion, il importe de se faire une idée juste de ce que signifient et la ségrégation et la réaction contraire, la déségrégation.Dans un sens large, le mot ségrégation peut s\u2019appliquer à n\u2019importe quelle espèce de séparation, à celle des sexes, par exemple, dans une institution publique ou dans les classes d\u2019une école.Mais dans le cas qui nous occupe, il a un sens bien particulier.La ségrégation, ici, n\u2019a d\u2019autre fondement que la race, sans plus.En soi, elle ne tire donc pas argument des différences de culture.De fait, la ségrégation, considérée comme ligne de conduite, s\u2019inspire largement du retard culturel des noirs par rapport aux blancs, retard douloureusement senti dans les écoles où, pour obéir à la décision de la Cour Suprême, on a opéré l\u2019intégration des races.C\u2019est chez les enfants qu\u2019apparaissent les effets de la ségrégation scolaire, laquelle tend par sa nature même à l\u2019inégalité.Par son décret de 1954, la Cour Suprême a renversé le jugement prononcé en 1896 (Plessy vs Ferguson), qui se fondait sur le fameux principe: « séparés mais égaux ».Or, ce principe n\u2019a jamais donné de résultats valables.En réalité, sauf quelques rares exceptions et en dépit d\u2019efforts généreux et sincères de la part des éducateurs blancs, aussi bien dans les écoles privées que dans les institutions publiques, les inégalités, loin de disparaître, sont demeurées et, en général, de façon massive et flagrante.Si le retard culturel des noirs était en soi la cause de la ségrégation, nul doute que celle-ci reculerait à mesure que progressent chez les noirs et l\u2019instruction et les autres moyens d\u2019adaptation à la vie de la communauté nationale.Ce n\u2019est pas le cas.Le motif de la ségrégation, c\u2019est la race et rien d\u2019autre.Le phénomène est plus accentué là où les blancs eux-mêmes sont moins évolués.L\u2019éducation et l\u2019ascension dans l\u2019échelle sociale n\u2019effacent pas chez le noir la 326 RELATIONS marque physique de son humble origine, comme elles l\u2019effacent chez d\u2019autres peuples.Il la porte et la transmet à ses enfants; le progrès réalisé sur les plans spirituel, moral, culturel ou autre n\u2019y change rien.Ainsi, la politique raciale des Anglo-Saxons contraste violemment avec celle des Latins d\u2019Amérique, chez qui le noir n\u2019est plus considéré comme tel dès qu\u2019il a satisfait à certaines exigences humaines.La ségrégation n\u2019est pas seulement une habitude ouJune coutume populaire, c\u2019est un système profondément réfléchi, qui s\u2019étend aux moindres détails de la vie quotidienne, visant à régler toute activité susceptible d\u2019établir des contacts entre les hommes.Et ce système reçoit tout l\u2019appui de la loi.Il atteint la personne comme telle dans toutes les circonstances imaginables et s\u2019impose pleinement à elle du dehors par la volonté d\u2019autres personnes qui n\u2019ont aucun égard pour son point de vue.Historiquement, ce n\u2019est pas le résultat d\u2019une évolution naturelle, mais une attitude délibérément arrêtée comme moyen de maintenir une distinction sociale définie.La ségrégation actuelle n\u2019est pas le fruit d\u2019une longue tradition historique.Dès les premiers temps, on observa des séparations naturelles entre gens d\u2019un rang social tout à fait différent; occasionnellement, des lois de ségrégation furent votées, puis révoquées dans les États du Nord et du Sud, avant la guerre civile.Mais le régime actuel est un phénomène récent qui s\u2019est élaboré patiemment et répandu entre 1901 et 1907 grâce à de subtiles arguties législatives.Plusieurs de ses traits caractéristiques semblent avoir eu pour inspirateurs les citoyens riches et influents, désireux d\u2019empêcher la poussée croissante du parti populiste d\u2019aboutir à une coalition formée de noirs et de blancs sans fortune.La ségrégation s\u2019est révélée d\u2019une grande efficacité pour entretenir les préjugés et la défiance parmi les pauvres de race blanche dans le Sud; évidemment, on s\u2019est appliqué adroitement à la justifier en dressant l\u2019épouvantail des mariages entre les deux races et celui de la supériorité numérique des noirs dans certaines régions.Bref, le motif de la peur a continuellement joué en sa faveur.Cette menace suspendue sur la race blanche rappelle l\u2019odieux souvenir du péril jaune exploité naguère en Allemagne pré-hitlérienne, sans parler d\u2019autres aberrations racistes de même espèce.l\u2019aspect économique de la ségrégation Avec la peur, constamment évoquée et conjurée comme un malin esprit par la propagande des partisans de la supériorité des blancs, il y a un autre principe déterminant de la ségrégation, c\u2019est la volonté de maintenir le noir à sa place comme facteur économique de grande utilité.William Faulkner a mis cette vérité en évidence dans la revue Harper's de juin 1956.« Le péril noir, écrit-il, ne vise pas l\u2019ordre social des blancs du Sud, mais leur régime économique, régime dont le blanc sait fort bien, même s\u2019il n\u2019a pas le courage de l\u2019admettre, qu\u2019il repose sur un principe désuet, celui de l\u2019inégalité artificielle des hommes; régime, par conséquent, désuet lui-même et d\u2019ores et déjà perdu.» Par delà les manchettes que provoque la tension raciale (c\u2019est-à-dire le souhait, d\u2019une part, de jouir de droits égaux et, de l\u2019autre, l\u2019effort pour assurer la suprématie des blancs), il y a une histoire d\u2019amère pauvreté et de quasi-désespoir.D\u2019après les statistiques du ministère de l\u2019Agriculture, près de 600,000 familles abandonnèrent leur ferme entre 1950 et 1954.La plupart vivaient dans le Sud et beaucoup ne pouvaient compter que sur un revenu annuel de moins de $1,000 pour nourrir, vêtir et éduquer leurs enfants.Les projets du gouvernement destinés à aider le fermier ne parlent ni du cultivateur à gages, ni du locataire fermier, ni du travailleur errant de ferme en ferme.La crise du Sud est simple à formuler: quantité de gens démunis économiquement et culturellement veulent leur part de l\u2019abondance que produit l\u2019Amérique.Ce qui secoue le cadre économique et social des États du Sud, c\u2019est l\u2019aspiration d\u2019une foule de gens à jouir pleinement des droits propres aux citoyens américains.Par là aussi s\u2019explique fondamentalement la multiplication récente des Conseils de Citoyens, composés d\u2019« hommes blancs résolus de maintenir le régime de la ségrégation » dans les États du Sud (rapport du National Sharecroppers Fund, Inc., par Fay Bennett, secr., 1955).Rien ne démontre mieux l\u2019importance du facteur économique dans le problème de la ségrégation que l\u2019incident survenu au parlement de la Louisiane, le 12 juillet dernier.Le parlement révoqua ses lois dites du droit au travail, lois qui, sous de futiles prétextes, empêchent l\u2019ouvrier de bénéficier des avantages du syndicalisme.Mais il refusa d\u2019étendre l\u2019effet de cette révocation aux travailleurs de la terre.Une couple d\u2019années plus tôt, l\u2019archevêque de la Nouvelle-Orléans, S.Exc.Mgr Rummel, ému du triste sort de ces mêmes travailleurs, avait délégué un représentant pour témoigner devant l\u2019assemblée qui délibérait au sujet de ces lois, puisque celles-ci affectent les travailleurs pauvres de la région du Delta, engagés dans l\u2019industrie des plantations de sucre.On n\u2019écouta point son plaidoyer; on le tourna même en ridicule; il s\u2019adressait pourtant à des législateurs catholiques.La situation se complique encore du fait qu\u2019un trop grand nombre de ceux qui, dans le Sud, profitent de l\u2019économie fondée sur la ségrégation jouissent, vu leur organisation serrée et solide, d\u2019une grande puissance politique dans tout le pays.Ils se maintiennent longtemps en place, dominent plusieurs des comités les plus influents du Congrès et non seulement défendent âpre-ment leurs intérêts, mais repoussent avec non moins d\u2019acharnement toute critique dirigée contre eux.(À suivre,) NOVEMBRE 1956 327 Le Prêt d\u2019honneur: son rôle, son efficacité Jean- Guy DÉCARIE LE MONDE occidental pourra-t-il relever ce défi?Telle était la question que se posait récemment un collaborateur du Financial Post (25 août 1956), en comparant les taux de fréquentation universitaire aux États-Unis, au Canada et en Russie soviétique.L\u2019auteur soulignait l\u2019avance prise sur ce terrain par l\u2019adversaire et les dangers qui en découlent pour le reste du monde.Les Canadiens français pourraient se poser une question analogue: pour ce qui concerne l\u2019enseignement supérieur, serons-nous en mesure de maintenir et d\u2019améliorer notre position en Amérique du Nord ?De la réponse à cette question dépend, pour une très large part, l\u2019avenir du groupe canadien-français.C\u2019est la compétence qui assure le succès.Et la compétence suppose à l\u2019heure actuelle une longue formation, qui s\u2019étend sur de nombreuses années: du début du primaire au sommet de la formation universitaire.La formation primaire et secondaire, sans formation universitaire, laisse le jeune homme en position nettement désavantageuse dans la concurrence économique.Bien plus, l\u2019extension de la fréquentation universitaire est nécessaire à l\u2019extension de l\u2019enseignement au degré inférieur.Or, la construction d\u2019immeubles pour loger les jeunes générations d\u2019écoliers peut obérer le budget, mais elle n\u2019est limitée que par les disponibilités financières; la formation des maîtres, elle, exige des années et requiert des cadres supérieurs déjà pourvus en spécialistes.Enfin, partout en Amérique du Nord on signale une pénurie sérieuse de spécialistes de tout genre.Les groupes ethniques qui peuvent y remédier se placent ainsi aux postes de commande de la société; ils s\u2019assurent le rôle de maîtres.Quel rôle les Canadiens français prétendent-ils pouvoir jouer dans cette société de demain ?Pour répondre à cette question, considérons rapidement quelques chiffres tirés surtout du dernier Relevé de l\u2019Enseignement supérieur au Canada, publié en 1955 par l\u2019Office M.Décarie est l\u2019organisateur général de la campagne du Prêt d\u2019honneur que patronne la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.fédéral de la statistique.Au cours de l'année 1952, on comptait au Canada 92,059 étudiants universitaires, c'est-à-dire ayant dépassé le niveau de l\u2019immatriculation.La province de Québec en comptait, elle, 27,196; l\u2019Ontario, 32,846.En reportant ces chiffres au total de la population, on trouve les taux suivants de fréquentation universitaire: Canada\t\t\t6.4% Ontario\t\t\t7.9% Québec\t\t\t5.7% La situation de la province de Québec paraît donc un peu désavantageuse; celle des Canadiens français l\u2019est encore plus si l\u2019on tient compte de la présence de l\u2019Université McGill dans le total de la population universitaire.En tout cas, pour nous situer au niveau de la moyenne canadienne, il nous faudrait déjà faire un effort sensible.Si nous songeons à conquérir le rang qui nous convient dans l\u2019économie du pays, nous devrons fournir un effort beaucoup plus considérable encore.Mais chacun sait que cet effort pèse lourdement si on le laisse à la charge des seuls étudiants.Nos familles sont nombreuses, et notre population est très dispersée, alors que nous ne disposons que de trois universités.Les frais de scolarité et d\u2019entretien d\u2019un étudiant trouvent difficilement place dans le budget familial.Il est nécessaire d\u2019aider les jeunes qui veulent poursuivre des études et qui ne le peuvent, faute de moyens financiers.C\u2019est là l\u2019objectif du Prêt d\u2019honneur.Grâce aux souscriptions réunies par cet organisme, des centaines de jeunes ont pu accéder aux niveaux supérieurs de l\u2019enseignement, et occupent à l\u2019heure actuelle des postes importants dans la vie économique et sociale du pays.L\u2019ampleur des besoins peut d\u2019ailleurs se mesurer au nombre croissant des demandes qui affluent au Prêt d\u2019honneur.Et dans la mesure où la pénurie des ressources financières constitue un obstacle à la formation universitaire, le Prêt d\u2019honneur offre un élément de solution dont l\u2019importance s\u2019est considérablement accrue avec les années.HORIZON INTERNATIONAL PROCHE-ORIENT TE 21 SEPTEMBRE 1956, le / j Canada autorisa la vente de vingt-quatre avions « F-86 Sabre jet » à Israël, après des pourparlers qui duraient depuis avril.Une semaine auparavant, la France avait vendu autant d\u2019avions « Mystère IV » au même pays.La France et le Canada sont membres de l'O.T.A.N.Les soviétiques, d\u2019autre part, ravitaillent l\u2019Égypte en armes; c\u2019est notoire, même si l\u2019accord initial du 1er octobre 1955 fut passé entre l\u2019Égypte et la Tchécoslovaquie.Y aurait-il course aux armements dans le Proche-Orient ?Le Canada, en même temps qu\u2019il autorisa l'exportation d\u2019avions en Israël, vendit 250,000 tonnes de blé à l\u2019Égypte.Le 26 septembre, Israël engagea une action contre la Jordanie.Il n\u2019est pas facile de s\u2019orienter dans ce dédale.Voici d\u2019abord quelques notes sur la crise due à la nationalisation de la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez, le 26 juillet 1956,j)ar le colonel Nasser, premier ministre et « homme fort » de l\u2019Égypte.En France et en Angleterre, l\u2019opinion publique (à l\u2019exception des communistes) est étonnamment unanime à condamner Nasser.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une mésaventure survenue à quelques capitalistes internationaux.La Compagnie de Suez fut créée par Ferdinand de Lesseps, en vertu d\u2019une concession du vice-roi d\u2019Égypte, Mohammed Saïd (25 novembre 1854), confirmée ensuite par le sultan de Turquie (22 février 1866), malgré la violente et tenace opposition de l\u2019Angleterre, qui n\u2019accepta l\u2019idée du canal qu\u2019après qu\u2019il eut été percé.Le 25 novembre 1875, elle acheta les 176,602 actions du khédive Ismaïl, en mai d\u2019argent parce qu\u2019il s\u2019était trop amusé.Ces 176,602 actions constituaient alors presque la moitié du capital total (400,000 actions).Le Conseil d\u2019administration de la Compagnie resta toujours en majorité français.En 1954, il était composé de neuf Anglais, de cinq Égyptiens, d\u2019un Américain (É.-U.), d\u2019un Hollandais et de seize Français, entre autres le président.La Compagnie était universelle et internationale, car Lesseps chercha ses capitaux partout; elle était aussi neutre, pacifique, mais juridiquement égyptienne, même si son siège d\u2019administration était en France.Née en vertu d\u2019une concession égyptienne, elle retournait à l\u2019Égypte à la fin de la concession, soit 328 RELATIONS quatre-vingt-dix-neuf ans après le commencement de la navigation dans le canal, donc en 1968.Lesseps inaugura la tradition de bonne entente absolue entre la Compagnie et l\u2019Égypte.Les rapports s\u2019améliorèrent d\u2019année en année.La convention du 7 mars 1949 fit entrer les Égyptiens de plus en plus dans l\u2019administration de la Compagnie: quatre Egyptiens sur cinq vacances pour les postes techniques, neuf Égyptiens sur dix vacances pour les postes administratifs.La neutralité politique et militaire du canal est garantie par la convention internationale de Constantinople (29 octobre 1888) : Art.1.\u2014 Le canal sera toujours libre et ouvert, en temps de guerre comme en temps de paix, à tout navire de commerce ou de guerre, sans distinction de pavillon; aucune atteinte ne sera portée au libre usage du canal, en temps de guerre ou en temps de paix, et le canal ne sera jamais assujetti à l\u2019exercice du droit de blocus.Cette neutralité était absolue, même si la Turquie était belligérante.Une fois, en 1882, l\u2019armée anglaise ferma le canal pour quatre jours; le vieux Lesseps fit entendre de tels rugissements qu\u2019on rouvrit le canal pour ne plus le fermer.Le gouvernement turc était chargé de voir à l\u2019observation de la convention: ses pouvoirs furent transférés à l\u2019Angleterre par le traité de Versailles (art.152).Il faut distinguer l\u2019exploitation commerciale du canal de la surveillance politique et militaire qui la garantit.Le 11 juillet 1882, après un mouvement xénophobe, l\u2019Angleterre bombarda Alexandrie et débarqua ses troupes dans la zone du canal.Elles y restèrent jusqu\u2019en 1954! Dès 1882, même si le sultan gardait certains droits plus ou moins théoriques, l\u2019Angleterre prit en main le gouvernement de l\u2019Égypte; elle fit du pays un protectorat le 18 décembre 1914, quand la Turquie se fut rangée du côté de l\u2019Allemagne pour la première guerre mondiale.Ensuite, sous la pression du nationalisme égyptien qui, de rétif, devint agressif, violent et enfin irrésistible, l\u2019Angleterre se retira de plus en plus jusqu\u2019en 1954, quand elle évacua la région du canal.Rappelons que le canal est séparé de l\u2019Égypte par une bande de désert d\u2019environ cent milles de largeur.On craint, en France et en Angleterre (et l\u2019inquiétude est partagée par toute la population), que l\u2019Égypte, appuyée par l\u2019U.R.S.S., ne respecte pas adéquatement la neutralité commerciale du canal; la base juridique de l\u2019opposition anglo-française à Nasser consiste dans les engagements pris par les gouvernements égyptiens successifs envers la Compagnie et violés par Nasser.Bloquer le libre passage (surtout du pétrole) serait porter un rude coup à l\u2019économie de l\u2019Europe.Pour apprécier le point de vue égyptien, distinguons entre les événements politiques qui menèrent à la situation présente et la base juridique sur laquelle s\u2019appuie Nasser.Le nationalisme égyptien, qui a d\u2019étroites attaches avec le panarabisme d\u2019une part et l\u2019islamisme de l\u2019autre, fut fouetté au sang par la guerre palestinienne, où Naguib et Nasser s\u2019illustrèrent.Naguib chassa Farouk, le 23 juillet 1952, parce que le gouvernement égyptien s\u2019amusait et faisait du marché noir, au lieu de battre Israël.Le goliath musulman fut outré de cette défaite.Deux ans plus tard, Nasser, plus violent, plus antibritannique, plus antiimpérialiste en général, prit le pouvoir, et tout le monde arabe, à commencer par la Tunisie, l\u2019Algérie et le Maroc, regarda du côté de l\u2019Égypte.^ Nasser voulut armer son pays, pour la « libération » de l\u2019Égypte, de l\u2019Afrique du Nord, de tout le monde arabe ou islamique « demi-colonial ».L\u2019Occident hésita; les soviétiques marchèrent.Le 1er octobre 1955, Nasser conclut son accord avec la « Tchécoslovaquie ».L\u2019Occident commença à bouder l\u2019Égypte, courtisée de plus en plus bruyamment par Moscou, vichy liiffjiQI ¦
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