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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1953-09, Collections de BAnQ.

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[" Septembre 1953 MONTREAL wfÆÊf^à- wMÊÊ ! Une thèse étonnante Albert PLANTE Le Comité de Moralité publique J.-Z.-Léon PATEN AUDE Le congrès de I* ACE LF \u2022 à Saint-Boniface Louis CHARBONNEAU «Convertis du XXe siècle» Alexandre DUGRÉ La Commission Tremblay Paul GÉRIN-LAJOIE 153\t25 * à ROLAND PARENTEAU CALIXTE-F.SAVOIE RENÉ-S.CATTA SOMMAIRE SEPTEMBRE 1953 Éditoriaux.229 Fête du Travail et unité syndicale.\u2014 Le veto d\u2019Israël.\u2014 La victoire de l\u2019insouciance et de la passivité.Articles LE FONCTIONNEMENT DU FONDS D\u2019ÉDUCATION.Roland Parenteau 231 LA COMMISSION TREMBLAY Paul Gérin-Lajoie 234 « MADAME BOVARY ».René-Salvator Catta 237 UNE THÈSE ÉTONNANTE.Albert Plante 238 Commentaires.242 Pour vaincre le crime, des organismes locaux permanents.\u2014 Arnold J.Toynbee et l\u2019esprit missionnaire.\u2014 Contre le pessimisme en éducation.Au fil du mois.244 Beati pacifici.\u2014 Actualité de saint Bernard.\u2014 L'Église et V U.N.E.S.C.O.\u2014 La section anglaise des Semaines sociales du Canada.\u2014 Publicité intempestive.\u2014 L\u2019Action Populaire a cinquante ans.Articles LE COMITÉ DE MORALITÉ PUBLIQUE.J.-Z.-Léon Patenaude 246 « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l\u2019esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la «paix, cette œuvre de justice)) (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) LE CONGRÈS DE L\u2019ACELF À SAINT-BON IFACE .Louis Charbonneau 248 « CONVERTIS DU XXe SIÈCLE » Alexandre Dugré 250 LA SOCIÉTÉ L\u2019ASSOMPTION.Calixte-F.Savoie 252 Les livres.253 Étude sur les écrits de saint Jean de Brébeuf.Georges-Émile Giguère Notre Bible, source de Vie .Paul-Émile Racicot L\u2019Église catholique et la conversion .Jean-Marc Daoust Essais catholiques.Richard Arès El Padre Salvado.Juan M.Ganuza L\u2019Art des arts: Éduquer un enfant .Jean-PAul Labelle Le Système scolaire de la province de Québec.Albert Plante Pourquoi apprend-on le grec ?.Pierre Angers Limites de l\u2019humain L\u2019Expérimentation humaine\ti Marie-Joseph d\u2019Anjou en médecine\tJ Déshumanisation du travailleur dans l\u2019univers communiste.Émile Bouvier Les Animaux dénaturés.Albert Brossard En trois mots.256 RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa XIIIe année, N° 153 Montréal Septembre 1953 É D I T O 3été du Zita va il et unité Syndicale CERTAINS FAITS récents nous obligent à réfléchir.Ce sont, d\u2019une part, l\u2019unification des forces ouvrières dans la négociation des contrats collectifs, dans la solidarité des grèves ou dans l\u2019organisation syndicale; d\u2019autre part, les divisions intérieures, les « raids intersyndicaux », les luttes de personnalités.Ainsi, aux États-Unis, les 80,000 ouvriers des salaisons, affiliés au C.O.I.(Congrès de l\u2019organisation industrielle; en anglais, C.I.O.: Congress of Industrial Organization), s\u2019entendent avec les 195,000 ouvriers de la F.A.T.(Fédération américaine du travail) pour conclure un contrat collectif avec les quatre grandes salaisons américaines.Dans les utilités publiques, 78,000 membres du C.O.I.veulent un pacte de non-agression avec les 500,000 ouvriers de la Fraternité internationale des ouvriers de l\u2019électricité, affiliée à la F.A.T.Tout récemment, la F.A.T.a conclu avec le C.O.I.une entente pour abolir les « raids intersyndicaux ».Par contre, parallèle à ce désir d\u2019unité et de collaboration, un fort mouvement de désagrégation s\u2019accentue.Le pacte de non-agression vient à peine d\u2019être signé entre la F.A.T.et le C.O.I.que 750,000 charpentiers-menuisiers sortent avec fracas des rangs de la F.A.T.Le chef de la grande centrale de l\u2019acier, M.Dave McDonald, n\u2019éprouve guère de sympathie pour M.Walter Reuther, le président actuel du C.O.I.Le chef des camionneurs (teamsters), M.Dave Beck, après avoir arraché au C.O.I.dix syndicats de brasseurs, songe à lâcher la F.A.T.pour se joindre à Lewis.Rivalités de chefs, ambition du pouvoir, lutte de prestige personnel, voilà le poison qui s\u2019infiltre au cœur du mouvement ouvrier américain pour le désagréger.Le même phénomène se dessine au Canada.On se souvient de la démission du célèbre secrétaire général du C.C.T.(Congrès canadien du travail), en septembre 1951; on se rappelle comment les Ouvriers du textile d\u2019Amérique (C.C.T.\u2014 C.O.I.) sont passés au C.M.T.C.(Congrès des métiers et du travail du Canada, affilié à la F.A.T.) sous le nom d\u2019Ouvriers RIAUX unis du textile d\u2019Amérique; on n\u2019a pas oublié la lutte des unions neutres contre les syndicats catholiques.Cependant, à Ottawa, 600 délégués réunis à la conférence annuelle du C.M.T.C.adoptent un « pacte de non-agression entre les fédérations syndicales ».Qu\u2019il soit donc résolu que cette conférence prie toutes les organisations affiliées au Congrès de s\u2019abstenir de toute tentative d\u2019induire les membres de toute autre organisation légitime à se joindre à elles et de concentrer leurs efforts vers l\u2019organisation des non-organisés, comme premier pas vers de plus étroites relations et vers une unité organique éventuelle (nous soulignons) entre les centrales nationales du travail organisé au Canada.Quelle surprise et quel revirement, quand on sait que le C.M.T.C.a rompu en 1951 le cartel qui unissait les quatre fédérations ouvrières du pays et, dans le passé, a attaqué certains syndicats pour leur arracher la maîtrise syndicale de certaines entreprises! Voilà donc un pas décisif vers l\u2019entente et la solidarité ouvrière.Mais de là à souhaiter une « unité organique », n\u2019y a-t-il pas trop d\u2019audace?La réalisation d\u2019un tel souhait ne nous paraît ni sage ni même possible.La force d\u2019une civilisation et d\u2019une démocratie dépend de la liberté, de l\u2019initiative et de la responsabilité de chacune des cellules qui participent à la vie de l\u2019organisme social.De plus, au Québec, la C.T.C.C.(Confédération des travailleurs catholiques du Canada), avec ses 100,000 membres, constitue la plus grande centrale syndicale de la province.Elle a son histoire, sa pensée, sa mystique.Jusqu\u2019ici elle a prouvé au monde qu\u2019un syndicalisme confessionnel est chose normale dans un pays catholique et doit, par conséquent, rester debout.D\u2019inspiration catholique, son orientation ne peut lui permettre d\u2019être partie intégrante d\u2019une « unité organique » obligatoirement neutre.D\u2019ailleurs, pour rester fidèle aux consignes pontificales, pourrait-elle souscrire à cet impérialisme syndical qui prétend régler à lui seul les problèmes ouvriers, sans tenir compte des autres institutions sociales telles que la famille et le gouvernement civil ?Ne craindrait-elle pas de tomber alors dans une dictature qui prendrait pour acquis que le bien des ouvriers et des syndicats est coextensif au bien commun de la société?C\u2019est SEPTEMBRE 1953 229 pourquoi la C.T.C.C.s\u2019efforce de réaliser la vraie promotion ouvrière, non par un syndicalisme totalitaire, mais en favorisant la collaboration des classes et l\u2019apport des autres institutions sociales.De par sa constitution, elle a épousé la doctrine de l\u2019Église concernant l\u2019organisation professionnelle.Pie XII rappelle qu\u2019 « au-dessus de la distinction entre employeurs et travailleurs, il existe cette plus haute unité qui lie entre eux ceux qui collaborent à la production.Cette unité doit être le fondement de l\u2019ordre social futur ».En vue de cette union et de cette solidarité, les syndicats tant patronaux qu\u2019ouvriers ne sont que « des auxiliaires provisoires, des formes transitoires » (Pie XII, aux représentants italiens de l\u2019industrie électrique, 25 janv.1946).Non pas qu\u2019ils doivent disparaître ou même s\u2019amoindrir.Dans l\u2019établissement de l\u2019organisation corporative, ils doivent maintenir une autonomie plus forte, une responsabilité plus lourde, une liberté plus franche: «.ce n\u2019est que par un corps d\u2019institutions professionnelles et interprofessionnelles, fondées sur des bases solidement chrétiennes,.que l\u2019on pourra faire régner dans les relations économiques et sociales l\u2019entraide mutuelle de la justice et de la charité » (Pie XI, Divini Redemptoris).Voilà dans quelle perspective il faut, à l\u2019occasion de la fête du Travail, envisager l\u2019orientation syndicale.C\u2019est cette forme d\u2019unité, respectueuse de la pluralité syndicale et de la philosophie propre à chaque confédération, qui permettra aux ouvriers canadiens de concourir au renouvellement chrétien de l\u2019ordre social.4 veto d\u2019SâXaël ISRAËL a une idée fixe: se donner Jérusalem pour capitale.Comme les gens obsédés, il fait des crises; c\u2019est sa façon de poser son veto à la décision des Nations Unies.Rappelons les faits.Le 10 décembre 1949, l\u2019Assemblée générale de l\u2019O.N.U., réunie à Flushing Meadow Park, érige Jérusalem et ses environs en zone internationale.C\u2019est un choc pour Israël, car le Canada, l\u2019Angleterre et les États-Unis l\u2019ont encouragé dans son espoir.Quatre jours plus tard, M.David Ben-Gurion, premier ministre du nouvel État d\u2019Israël, sans égard pour la décision de l\u2019O.N.U., fait son entrée dans la nouvelle Jérusalem, en belle limousine noire escortée de motocyclettes, reçoit les clefs de la ville, installe ses bureaux à l\u2019hôtel Éden.Le ministère des Affaires étrangères reste en arrière, à Tel Aviv; ce serait trop de prétendre, à ce moment, que les ambassadeurs des pays représentés à l\u2019O.N.U.vont céder à la force.Il faut attendre quelque peu.A la fin de juillet de cette année, Israël croit que le temps est mûr.Moshe Sharrett transporte à Jérusalem son ministère des Affaires étrangères.Que vont faire les pays accrédités auprès du gouvernement d\u2019Israël?Transférer leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, c\u2019est accepter Jérusalem comme capitale d\u2019Israël et sanctionner un défi.Il est réconfortant de penser que la plupart des pays se sont faits solidaires et ont refusé d\u2019établir leurs missions à Jérusalem.Les États-Unis, qui, en 1949, avaient voté contre l\u2019internationalisation, à l\u2019encontre d\u2019un article du programme du parti démocrate alors au pouvoir, ont su, cette fois, malgré toutes les pressions, maintenir une attitude ferme.Le 28 juillet, John Foster Dulles déclarait catégoriquement dans une conférence de presse que pareil transfert était incompatible avec la décision de l\u2019O.N.U.et le statut international de Jérusalem.Pêcheurs en eau trouble, seuls les cinq États satellites de l\u2019U.R.S.S.ont reconnu le fait accompli.Il est probable que l\u2019U.R.S.S., qui vient de renouer ses relations diplomatiques avec Israël, en fera autant.Ce sont là des reconnaissances dangereuses.Israël se plaît à se dire une démocratie et à proclamer qu\u2019il se porterait garant de la liberté d\u2019accès aux Lieux saints.Hélas ! ses actes nous laissent défiants.Le jeu d\u2019Israël est clair.Il compte que les ambassades se lasseront un jour de traiter leurs affaires avec l\u2019assistant du chef du protocole laissé à Tel Aviv.Israël est tenace.Il s\u2019agit pour les membres de l\u2019O.N.U.de l\u2019être plus que lui.jÇa vlctoixe de l insouciance et de la paââivltê AUX ÉLECTIONS du 10 août dernier, à peine plus de la moitié des électeurs canadiens exercèrent leur droit de suffrage.Le phénomène n\u2019est pas nouveau.Il fut plus accentué cette année, en dépit des mots d\u2019ordre issus de partout : « Votez comme vous voulez, mais votez », disait-on à l\u2019envi aux huit millions d\u2019électeurs du Canada.Cinq millions répondirent à l\u2019appel.La date du scrutin, fixée au beau milieu de l\u2019été, en période de vacances, de voyages et de congrès, suffit-elle à expliquer pareille abstention ?Nous ne le pensons pas.Quand le citoyen d\u2019une démocratie croit que son vote influe sur le sort de son pays, quel obstacle peut l\u2019empêcher de remplir son devoir?Car il s\u2019agit bien d\u2019un devoir, autant et plus peut-être que d\u2019un droit.La politique des partis en lice, la qualité des candidats qu\u2019ils ont présentés étaient-elles à ce point égales ou anodines qu\u2019on pût se dispenser de faire à leur sujet un choix raisonné ?La situation du pays apparaît-elle à tant de gens si confortable qu\u2019ils ne voient aucun risque à en abandonner l\u2019avenir au hasard?S\u2019est-on abstenu de voter parce que l\u2019électeur inconnu et innombrable élirait de toutes manières le gouvernement actuel ?Tout cela probablement.Car, disent certains, à supposer que le 10 août dernier eût coïncidé avec une 230 RELATIONS situation d\u2019urgence, avec un conflit grave au dehors ou au dedans, le peuple aurait couru aux urnes comme il aurait fréquenté les assemblées politiques avant la votation.N\u2019est-ce pas trop d\u2019optimisme?Maintes conjonctures graves ont déjà laissé le peuple indifférent.Et puis, dans la complexité concentrée des relations internationales et la rapidité des développements qu\u2019elles entraînent, l\u2019électorat a-t-il le droit de juger confortable la situation d\u2019aucun pays du monde?Soutiendra-t-on qu\u2019à l\u2019intérieur nul thème sérieux de débat ne provoque les Canadiens à la réflexion et au choix ?Le problème des relations fédérales-provinciales, plus aigu que jamais, celui du traitement de la minorité française hors du Québec et même dans le fonctionnarisme fédéral, la direction à donner à l\u2019immigration, la question du drapeau national: matières négligeables peut-être?Non.A l\u2019abstention massive des électeurs canadiens au scrutin du 10 août dernier on trouve difficilement justification.Ne faudrait-il pas chercher remède au mal ?Dans l\u2019éducation, pensent quelques-uns, qui accusent écoles, collèges et universités de faillir à la tâche d\u2019enseigner et de promouvoir la pratique du civisme.Accusation qui, fondée sur quelques expériences personnelles authentiques, a cependant le tort de demeurer imprécise et d\u2019oublier les parents, premiers éducateurs.Une enquête menée auprès des adolescents, des collégiens et de leurs professeurs permettrait de formuler à l\u2019endroit de l\u2019éducation scolaire une appréciation judicieuse.En attendant, on peut souhaiter que la flagrante Le fonctionnement du fonds d\u2019éducation Roland PARENTEAU IL NE S\u2019AGIRA PAS de discuter ici les avantages et les inconvénients du fonds d\u2019éducation, non plus que d\u2019en décrire l\u2019origine et les objectifs.Deux récents articles de Relations (juill., p.175; août, p.202) ont rendu compte de ces aspects.Je me propose d\u2019exposer objectivement le fonctionnement de ce fonds, d\u2019en analyser les recettes et les déboursés, ainsi que de voir la place qu\u2019il tient dans l\u2019ensemble de nos dépenses d\u2019éducation.Nous essaierons, à l\u2019occasion, de voir, sous l\u2019angle strictement quantitatif et à l\u2019aide des statistiques officielles, si le fonds a répondu à ses objectifs initiaux.Les revenus, pour leur part, accusent une augmentation constante depuis le début, passant de 14.2 millions en 1946-1947 à 24.4 millions en 1951-1952.Cet accroissement de 72% s\u2019explique aisément par la prospérité qu\u2019a connue notre province depuis la guerre, négligence de tant d\u2019électeurs à remplir leur devoir éveillera la conscience des dirigeants de l\u2019éducation.Un fort pourcentage de notre peuple, croyons-nous, a l\u2019impression soit de n\u2019exercer aucune influence sur le gouvernement du pays, soit de ne pouvoir choisir ses candidats en connaissance de cause, soit de ne pouvoir les élire en demeurant fidèle aux exigences de la conscience chrétienne.Exagération ?Peut-être.Essayons de la comprendre.Un candidat dénué de compétence politique et imposé à une circonscription électorale par la cabale du parti va-t-il devenir, une fois élu, l\u2019interprète libre et averti des intérêts du peuple ?De plus, si l\u2019on a quelque notion des énormes responsabilités inhérentes aux charges publiques, croira-t-on au désintéressement d\u2019un candidat aussi acharné à « remporter » son comté qu\u2019un forcené joueur à gagner le gros lot ?Les gens responsables et lucides ne courent pas avec cette fièvre après les postes de dévouement.Et que penser de celui qui, pour supplanter un émule (nos politiciens disent significativement : un « adversaire »), acquiesce aux manœuvres louches ou aux violences de certaines organisations électorales ?Après le scrutin, qui donc s\u2019étonnerait si à la joie des élus se mêlait un brin de désenchantement ?Quand un gouvernement démocratique est porté au pouvoir par moins du tiers de l\u2019électorat (le 10 août, par deux millions et demi de votes et trois millions d\u2019abstentions, sur un total de huit millions), la majorité\u2014et par conséquent la victoire \u2014 appartient beaucoup moins aux personnes ou au parti qu\u2019à l\u2019insouciance et à la passivité.On sait que la « Loi pour assurer le progrès de l'éducation », adoptée en 1946, a créé un fonds d'éducation.L'analyse complète de cette loi exige qu'on étudie l'utilisation de ce fonds.Nous avons demandé cette étude à M.Roland Parenteau, secrétaire de la rédaction à l\u2019Actualité économique et professeur à l'École des Hautes Études commerciales ainsi qu'à la faculté des sciences sociales de V Université de Montréal.puisque la plupart des sources de revenus qui alimentent les fonds sont reliées plus ou moins étroitement au niveau d\u2019activité économique de la province.(On trouvera une description complète de ces sources dans Relations, juill.1953, p.176.) Il n\u2019y a que la contribution de l\u2019Hydro-Québec qui soit fixe (2.8 millions) depuis le début.Un impôt sur le capital de certaines entreprises rapportait pour sa part $861,000 en 1951-1952.Par ailleurs, des droits sur l\u2019électricité produite ainsi que des droits de coupe sur le bois destiné à la fabrication du papier et de la pâte de bois fournissaient ensemble pour cette année-là 2.8 millions de dollars.Cependant, la source de revenus la plus importante, c\u2019était la taxe de vente, dont la moitié des recettes est versée chaque année au fonds d\u2019éducation.Cet SEPTEMBRE 1953 231 apport ne cesse de croître en valeur relative et fournit maintenant près des trois quarts des ressources du fonds.Rappelons à ce sujet que l\u2019un des objectifs principaux du fonds était de soulager la propriété immobilière, appelée jusque là presque seule à financer l\u2019éducation, du moins au degré élémentaire.On peut affirmer que le fonctionnement du fonds, par la variété des concours financiers auxquels il fait appel, ainsi que par la nature de ses sources de revenus, \u2014 dont la plupart atteignent les consommateurs, \u2014 fait participer de façon beaucoup plus large qu\u2019auparavant tous les citoyens aux dépenses d\u2019éducation.Ce n\u2019est que juste.Du côté des dépenses, on ne trouve pas la même régularité que du côté des recettes.TABLEAU I Déboursés et recettes du fonds d\u2019éducation : 1946-1947 À 1951-1952 (en milliers de dollars) Dépenses:\t1946-47\t1947-48\t1948-49\t1949-50\t1950-51\t1951-52\tTotal Commission municipale\t Instruction publique\t\t8,014\t17,368 6,625\t6,909 250\t3,194 14,374\t5,861 15,832 3,717 2,000\t4,991 18,203 826\t38,323 57,132 4,543 2,000 Secrétariat de la province\t\t\t\t\t\t\t\t Min.du Bien-Être social et de la Jeunesse.\t\u2014\t\u2014\t\u2014\t\u2014\t\t\t \t8,014\t23,993\t7,159\t17,568\t27,410\t24,020\t108,165 Recettes\t\t14,180\t17,827\t19,155\t19,838\t21, 795\t24,432\t117,227 \t\t\t\t\t\t\t Solde cumulatif au 31 mars 1952\t\t6,166\t\u2014\t11,996\t14,266\t8,651\t9,063\t Ce qui frappe d\u2019abord, si l\u2019on examine notre premier tableau, c\u2019est qu\u2019aucune relation ne semble exister entre recettes et dépenses.En certaines années, les recettes dépassent largement les déboursés; en d\u2019autres, au contraire, comme c\u2019est le cas en 1947-1948 et en 1950-1951, les déboursés l\u2019emportent sur les recettes et ne peuvent être réalisés que par l\u2019utilisation des soldes laissés dans le fonds l\u2019année précédente.Un amendement à la loi fondamentale de 1946, voté en 1947, permettait au gouvernement de verser en fin d\u2019exercice le résidu du fonds non dépensé au fonds consolidé, mais avec l\u2019obligation d\u2019affecter ces sommes au cours de l\u2019exercice suivant à des fins d\u2019éducation exclusivement.Voilà ce qui explique l\u2019apparente anomalie rencontrée certaines années, alors qu\u2019on déboursait plus d\u2019argent qu\u2019on n\u2019en récoltait.Quatre organismes se sont partagé le fonds d\u2019éducation, ainsi que l\u2019indique le tableau.Et d\u2019abord, comme il s\u2019agissait, surtout au début, de venir en aide aux commissions scolaires, dont plusieurs côtoyaient le désastre financier, nous trouvons des sommes importantes dépensées par la Commission municipale, laquelle avait été chargée par le gouvernement de procéder à la réorganisation des corporations scolaires.C\u2019est ainsi qu\u2019en 1947-1948 un total de 17 millions de dollars a été affecté à ces fins, comprenant surtout des remboursements de capital.Aux années subséquentes, les montants déboursés par cet organisme gouvernemental sont beaucoup moins élevés, variant entre 3 et 7 millions et comprenant surtout des intérêts versés sur des obligations émises par la Commission municipale et remises aux créanciers des corporations scolaires en échange des obligations qu\u2019ils détenaient.Depuis le début, c\u2019est à plus de 60 millions que s\u2019évaluent les échanges d\u2019obligations effectués par la Commission municipale.De plus, elle a versé en espèces plus de 20 millions en capital et intérêts aux diverses commissions scolaires de la province.Chaque année, des rachats d\u2019obligations échues sont effectués, de sorte qu\u2019il restait au 31 mars 1952 un solde de $47,879,200 d\u2019obligations au nom de la Commission municipale et dont les échéances s\u2019échelonnaient de 1952 à 1977.En bref, on peut soutenir que le problème financier des corporations scolaires est en bonne voie de solution.On devrait plutôt dire: le problème de l\u2019endettement, car celui-ci ne constitue pas tout le problème financier.En effet, si les commissions scolaires, grâce à l\u2019aide gouvernementale, ont réussi à régler leurs dettes, elles voient se profiler à l\u2019horizon d\u2019autres difficultés.Plusieurs d\u2019entre elles doivent faire face à des problèmes d\u2019expansion, nécessitant des réparations importantes ou des constructions nouvelles.Leurs recettes propres, toujours aussi insuffisantes que par le passé, n\u2019arrivent pas à couvrir les nouvelles dépenses de capital.La seule solution qui s\u2019offre, c\u2019est de solliciter de nouveau (et d\u2019obtenir) l\u2019aide gouvernementale, en s\u2019adressant cette fois-ci au département de l\u2019Instruction publique, qui dispose lui aussi de sommes considérables provenant du fonds d\u2019éducation.On constate ici que la clientèle des bénéficiaires s\u2019élargit, puisque les sommes dépensées sous la rubrique « Instruction publique » ne sont pas destinées uniquement aux commissions scolaires, mais à une multitude d\u2019autres institutions d\u2019enseignement.On verra aussi que le Secrétariat de la province s\u2019est chargé au cours des trois dernières années de dépenser certaines sommes venant du fonds d\u2019éducation; de même, le ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse.Les ressources du fonds d\u2019éducation dépensées par le département de l\u2019Instruction publique servent essen- 232 RELATIONS tiellement à des subventions, ce qui explique peut-être leur extrême variabilité d\u2019une année à l\u2019autre.On constate au cours des trois derniers exercices un accroissement considérable, dû en partie au fait que la Commission municipale requiert maintenant des montants élevés.Dans les Comptes publics, on peut retrouver la presque totalité des sommes venant du fonds d\u2019éducation sous deux rubriques: « Subventions aux corporations scolaires » et « Subventions à certaines institutions et à des particuliers ».Notre deuxième tableau donne des détails à ce sujet.TABLEAU II (en milliers de dollars) \t\tA certaines\t\tVenant du\t \tAux corpo-\tinstitu -\tTOTAL\tfonds d\u2019édu-\t \trations\ttionsetaux\t\tcation\t \tscolaires\tparti-\t\t\t \t\tculiers\t\tMontant\t% 1943-44\t\t5,987\t887\t6,874\t\u2014\t\t 1944-45\t\t7,329\t939\t8,268\t\u2014\t\u2014 1945-46\t\t6,479\t798\t7,277\t\u2014\t\u2014 1946-47\t\t14,551\t889\t15,440\t8,104\t51.9 1947-48\t\t8,258\t927\t9,185\t459\t5.0 1948-49\t\t10,782\t1,154\t11,936\t250\t2.1 1949-50\t\t17.959\t4,133\t22,092\t14,374\t65.0 1950-51\t\t19,093\t2,061\t21,154\t15,823\t74.6 1951-52\t\t20,895\t2,281\t23,176\t17,487\t75.4 Bien qu\u2019on ne puisse assigner une fin précise aux sommes venant du fonds, celles-ci étant jointes à des montants tirées d\u2019autres sources, une étude quelque peu détaillée de ces deux rubriques nous renseignera, avec une approximation satisfaisante, vu que pour les dernières années les subventions en question s\u2019alimentaient pour les trois quarts au fonds d\u2019éducation.Voici donc quelle utilisation les institutions récipiendaires faisaient des sommes qui leur étaient versées.TABLEAU III (en milliers de dollars) \t1949-50\t1950-51\t1951-52 Constructions et réparations\t Traitements des instituteurs et\t6,543\t8,244\t10,788 institutrices ruraux\t Enseignement primaire complé-\t6,073\t9,635\t8,326 mentaire et supérieur\t\t509\t523\t629 Gratuité des livres \t\t340\t177\t221 Transport des élèves \t Travaux manuels et enseigne-\t267\t219\t300 ment ménager\t\t425\t478\t544 Pour l\u2019emploi des maîtres\t\t321\t323\t348 Collèges classiques\t\t300\t300\t320 Subventions spéciales\t\t6,072\t826\t1,233 Autres\t\t1,242\t429\t467 \t22,092\t21,154\t23,176 On constatera que les montants de beaucoup les plus considérables vont premièrement à la construction et à la réparation des bâtiments scolaires (environ 40%) et ensuite aux traitements des instituteurs et institutrices des régions rurales et des centres de colonisation (environ le tiers).Une autre rubrique qui appelle des commentaires, c\u2019est celle des « Subventions spéciales », SEPTEMBRE 1953 passées de 6 millions en 1949-1950 à $800,000 l\u2019année suivante et à 1.2 million en 1951-1952.Ce nom générique recouvre, semble-t-il, des octrois spéciaux accordés aux institutions les plus diverses, à l\u2019occasion de travaux de construction.Dans les Comptes publics, on ne peut retracer les destinataires que pour la deuxième catégorie de subventions.Voici, à titre d\u2019exemple, les principaux bénéficiaires en 1949-1950, sur un total de subventions de $2,869,500: Écoles d\u2019agriculture de Sherbrooke, de Sainte-Croix et de Saint-Barthélemy, $1,000,000; École de Médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, $100,000; Séminaire de Rouyn, $300,000; Collège d\u2019Amos, $400,000; Université de Montréal, $775,000, etc.Mentionnons enfin que des montants relativement peu importants ont été distribués en octrois par le Secrétariat provincial et le ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse.Ce dernier a utilisé $2,000,000 pour les écoles professionnelles et l\u2019enseignement spécialisé.Quant au premier, il a donné au cours des deux dernières années des octrois, dont les uns sont substantiels, à des institutions d\u2019enseignement secondaire et universitaire.Relevons parmi les principaux bénéficiaires: l\u2019Université Laval, $1,400,000; l\u2019Université de Montréal, $835,000; le Collège d\u2019Amos, $400,000; l\u2019École de Médecine vétérinaire, $700,000; l\u2019École supérieure de Commerce de Québec, $600,000.Il y a jusqu\u2019à la Fédération des Scouts catholiques qui apparaît là, on ne sait trop pourquoi, avec $20,000.Une dernière question qu\u2019il y aurait lieu de se poser en ce qui concerne le fonds d\u2019éducation, c\u2019est celle de savoir si depuis l\u2019institution de ce fonds le gouvernement a vraiment accru son aide à l\u2019éducation en général, puisqu\u2019en définitive l\u2019un de ses objectifs ultimes devait être non pas uniquement de réparer les erreurs du passé ou de remplacer des sommes qui venaient autrefois du fonds consolidé, mais de faire face à des besoins nouveaux, d\u2019étendre les services de plus en plus.Pour nous en tenir au point de vue de cet article, qui est d\u2019étudier objectivement l\u2019aspect financier, examinons l\u2019évolution du total des dépenses destinées à l\u2019éducation à tous les degrés.Le tableau II semble nous indiquer au premier coup d\u2019œil que l\u2019apparition du fonds d\u2019éducation (en 1946-1947) a permis un brusque accroissement des subventions accordées par le département de l\u2019Instruction publique.Mais, outre que ces subventions sont loin de constituer toutes les dépenses d\u2019éducation, il faut remarquer que l\u2019ensemble des dépenses du budget provincial accuse à partir de cette époque des hausses accentuées.Le tableau suivant groupe la plupart des dépenses d\u2019éducation faites par le gouvernement provincial, c\u2019est-à-dire celles du département de l\u2019Instruction publique; du Secrétariat provincial et du ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse, ainsi que le pourcentage de ces dépenses dans l\u2019ensemble des dépenses gouvernementales.233 TABLEAU IV Nature des dépenses du gouvernement provincial pour l\u2019éducation : 1938 À 1952 (en milliers de dollars) \tInstruction publique\tSubventions à l\u2019enseignement universitaire et spécialisé\tTotal\tPourcentage des dépenses totales 1938-39\t\t4,317\t1,834\t6,151\t5.4 1941-42\t\t4,857\t4,133\t8,990\t9.6 1942-43\t\t8,674\t4,397\t13,071\t13.5 1943-44\t\t\t9,266\t3,961\t13,227\t13.6 1944-45\t\t\t9,899\t4,060\t13,959\t12.8 1945-46\t\t\t9,077\t4,618\t13,695\t12.0 1946-47 \t\t17,429\t4,217\t21,646\t14.7 1947-48\t\t28,980\t6,039\t35,019\t18.4 1948-49\t\t21,476\t13,688\t35,164\t15.1 1949-50\t\t28,051\t7,394\t35,445\t16.2 1950-51\t\t29,984\t11,725\t41,709\t17.8 1951-52\t\t31,395\t9,423\t40,818\t14.9 1952-53 (estimé)\t\t35,150\t9,619\t44,769\t14.0 On voit donc que si, en valeur relative, à partir de 1946-1947, il y a une légère amélioration sous ce rapport, au point que le pourcentage des ressources affectées à l\u2019éducation passe, dans les années 1943 à 1946, de 13.5 à 18.4, par contre les deux dernières années marquent un recul appréciable, qui est dû non pas à une baisse en chiffres absolus des dépenses d\u2019éducation, mais à une hausse marquée des autres dépenses (voirie, etc.).Sans doute ne faut-il pas juger la question uniquement sous cet aspect étroitement quantitatif; mais le point d\u2019interrogation demeure: la « Loi pour assurer le progrès de l\u2019éducation » porte-t-elle vraiment son nom?Il s\u2019agirait en somme de faire une étude des besoins insatisfaits ainsi que de la façon plus ou moins efficace dont l\u2019argent a été dépensé.C\u2019est seulement de cette façon que l\u2019on pourra apporter une réponse à la question posée.La Commission Tremblay Paul GÉRIN-LAJOIE LES PROBLÈMES relatifs aux relations fédérales-provinciales, que le rapport de la Commission Sirois, en 1940, a mis en lumière et qui ont pris une tournure particulièrement aiguë depuis 1945 (voir Relations, mai, juin, juillet et août 1953), font, pour la première fois, l\u2019objet d\u2019une enquête publique ordonnée par le gouvernement de la province de Québec.ORIGINES A la suite de la conférence fédérale-provinciale de 1945-1946, où les gouvernements du Québec et de l\u2019Ontario ont manifesté leur opposition au projet de solution formulé par le gouvernement fédéral, la Chambre de Commerce du district de Montréal a été l\u2019un des premiers organismes civiques ou professionnels à étudier la question et à soumettre son opinion et des recommandations sur la question.En 1947, elle publiait un mémoire détaillé, qui reçut l\u2019approbation des autres Chambres de Commerce de la province de Québec, des syndicats nationaux, de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et d\u2019autres organismes influents.Nos gouvernements, à Ottawa et à Québec, firent d\u2019abord la sourde oreille, puis se contentèrent de soulever des objections de détail à l\u2019encontre des « solutions possibles » formulées dans le mémoire.En 1952, alors que l\u2019Ontario venait d\u2019accepter le projet fédéral d\u2019accord fiscal (laissant le Québec seul sans une telle entente), la Chambre de Commerce de la province, à la suggestion de la Chambre de Commerce de Montréal, crut qu\u2019il était urgent de tenter 234 Par cette étude sur la Commission Tremblay, Me Gérin-Lajoie termine la série d'articles qu'il a consacrés, depuis mai dernier, au problème canadien des relations fédérales-provinciales.un effort d\u2019envergure pour alerter l\u2019opinion publique de notre province et susciter une étude sérieuse du problème, d\u2019abord au sein des organismes civiques ou d\u2019hommes d\u2019affaires, puis ensuite au niveau gouvernemental.Elle résolut donc d\u2019adopter la question des relations fédérales-provinciales comme thème de son congrès annuel (Ottawa, 5-8 octobre 1952).Au terme de ces assises, après divers exposés des problèmes en jeu et après des discussions en assemblée, le congrès exprima unanimement l\u2019opinion qu\u2019en raison de l\u2019envergure et de la complexité de la question, le gouvernement de la province aurait avantage à « posséder des données complètes sur le système fiscal et financier au niveau municipal et au niveau scolaire, aussi bien qu\u2019au niveau provincial même, en fonction des finances générales du Canada ».Il aurait également avantage, selon la Chambre provinciale, à « faire préciser le partage des responsabilités entre les divers niveaux administratifs au sein même de la province ».Le gouvernement provincial s\u2019en trouverait ainsi mieux éclairé pour aborder de nouveau la question des accords fiscaux avec le gouvernement fédéral et les gouvernements des autres provinces, et pour soumettre un contre-projet.La Chambre concluait donc à l\u2019opportunité pour le gouvernement du Québec d\u2019instituer une commission d\u2019enquête pour étudier les problèmes et faire rapport de ses constatations et conclusions.La Chambre ajoutait qu\u2019il était désirable « de nommer une telle commission aussitôt que possible, avec instruction de soumettre son rapport dans un délai d'un an ».Les initiateurs du projet ont alors précisé qu\u2019ils ne croyaient pas possible pour une commission d\u2019organiser et de mener l\u2019enquête désirée et de soumettre un RELATIONS rapport achevé dans le délai prévu.Mais celui-ci \u2014 qui pourrait être facilement prorogé au besoin \u2014 devait mettre en lumière le caractère d\u2019urgence que la Chambre attribuait à l\u2019enquête proposée.Quelques semaines plus tard, en novembre 1952, une délégation de plus de cinq cents membres de la Chambre de Commerce rencontrait le premier ministre de la province, M.Duplessis, qui accueillit favorablement la suggestion de la Chambre.En février 1953, une nouvelle délégation de la Chambre allait rencontrer le premier ministre du Canada, M.Saint-Laurent, pour lui faire part de l\u2019attitude actuelle de la Chambre sur le problème des relations fédérales-provinciales.Le premier ministre répondit qu\u2019il appartenait aux provinces qui ne sont pas satisfaites de la situation présente de soumettre des propositions pouvant servir de base à une discussion future.Ces paroles confirmaient l\u2019opportunité d\u2019instituer une enquête provinciale, en dehors de toute considération partisane, pour recueillir les éléments nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019une politique positive en la matière.Au début de février 1953, le premier ministre du Québec avait déjà donné suite au projet, et l\u2019Assemblée législative de la province avait adopté à l\u2019unanimité une loi instituant la commission d\u2019enquête demandée.Quelques jours plus tard, le premier ministre désignait les membres de la commission: l\u2019hon.juge Thomas Tremblay, président, dont la commission portera communément le nom, le R.P.Richard Arès, S.J., Me Honoré Parent, C.R., M.Esdras Minville, M.P.-H.Gui-mont et le notaire J.P.Rowatt.MANDAT DE LA COMMISSION Le mandat donné à la Commission Tremblay est substantiellement celui que proposait la Chambre de Commerce provinciale.La Commission doit « enquêter sur les problèmes constitutionnels », « faire rapport (au gouvernement) de ses constatations et opinions » et « lui soumettre ses recommandations quant aux mesures à prendre pour la sauvegarde des droits de la province, des municipalités et des corporations scolaires ».L\u2019article 2 de la loi instituant la Commission apporte les précisions suivantes : Sans restreindre la portée de l\u2019article précédent, cette commission étudiera spécialement: a)\tle problème de la répartition des impôts entre le pouvoir central, les provinces, les municipalités et les corporations scolaires; b)\tles empiétements du pouvoir central dans le domaine de la taxation directe, en particulier, mais sans restreindre la portée de la présente disposition, en matière d\u2019impôt sur le revenu, sur les corporations et sur les successions; c)\tles répercussions et les conséquences de ces empiétements dans le régime législatif et administratif de la province et dans la vie collective, familiale et individuelle de sa population ; d)\tgénéralement les problèmes constitutionnels d\u2019ordre législatif et fiscal.L\u2019expression « problèmes constitutionnels » comprend, en particulier, tous les problèmes qui touchent à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux.Or, qu\u2019on parle d\u2019éducation, de services de santé, de relations ouvrières, de sécurité sociale sous toutes ses formes, de recherche scientifique, d\u2019activités culturelles ou sportives, d\u2019agriculture, de contrôles économiques, etc., on se trouve aussitôt en face d\u2019un conflit possible de compétence entre les divers gouvernements.Toutes ces questions rentrent donc dans le cadre de l\u2019enquête.Le « problème de la répartition des impôts » n\u2019est pas moins vaste.On ne peut, en effet, porter un jugement sur la répartition actuelle des impôts, ni proposer une nouvelle répartition, sans avoir d\u2019abord déterminé les besoins de chaque gouvernement ou pouvoir concerné en fonction de ses responsabilités propres.Or, comme il s\u2019agit de la répartition des impôts entre « le pouvoir central, les provinces, les municipalités et les corporations scolaires », la Commission a le mandat d\u2019enquêter sur les charges et responsabilités de chacune de ces autorités; sur la façon dont celles-ci s\u2019en acquittent actuellement; sur les réformes ou améliorations nécessaires; et finalement sur les bases financières que suppose l\u2019accomplissement adéquat des fonctions de chaque autorité.Sous ce chef, le champ de l\u2019enquête comprend donc encore les matières énumérées plus haut: éducation, services de santé, sécurité sociale en général, organisation municipale, etc.On saisit alors facilement l\u2019envergure de l\u2019enquête.Celle-ci déborde d\u2019emblée le problème propre des relations fédérales-provinciales qui en fut l\u2019occasion particulière.Elle embrasse toutes les activités humaines, individuelles ou collectives, dans la province de Québec, qui sont sujettes à l\u2019intervention législative ou à une aide financière quelconque, actuelle ou éventuelle, du gouvernement provincial.La Commission a en somme pour mission d\u2019analyser l\u2019organisation sociale et économique de notre province et de recenser les richesses morales et matérielles que cette organisation comporte.Elle devrait ainsi pouvoir mettre le gouvernement provincial en possession de toutes les données possibles et lui soumettre ses recommandations sur les nombreuses questions d\u2019ordre constitutionnel ou financier qui attendent une solution.Le gouvernement, à son tour, devrait pouvoir adopter une ligne de conduite éclairée et entamer les pourparlers nécessaires, soit avec les gouvernements des autres provinces, soit avec le gouvernement fédéral, soit avec tous les gouvernements à la fois, selon les circonstances, et prendre les mesures qui s\u2019imposent à l\u2019intérieur de la province.En plus de renseigner ainsi le gouvernement et de lui apporter des suggestions, \u2014 but premier de l\u2019enquête, \u2014 celle-ci peut avoir un deuxième résultat, à longue échéance celui-là, mais qui n\u2019en revêt que plus d\u2019importance.L\u2019enquête est l\u2019occasion de nombreuses recherches et de publications de travaux en matière de droit constitutionnel, d\u2019organisation politique, de théorie économique, de structure sociale.Elle peut de SEPTEMBRE 1953 235 la sorte contribuer à l\u2019édification d\u2019un imposant monument spirituel, qui constituerait le point de départ de travaux nouveaux en sciences politiques et économiques de langue française au Canada, et la source d\u2019une action plus positive de nos hommes et de nos groupements politiques.MODES D\u2019ENQUÊTE Pour donner les résultats désirés, l\u2019enquête doit être menée avec méthode.Les commissaires cherchent sans doute à se renseigner par la lecture d\u2019ouvrages divers.Mais en dehors de ce travail d\u2019une nature personnelle, la Commission a recours à deux modes d\u2019enquête qui se complètent mutuellement.Tout d\u2019abord, elle a confié à une équipe de spécialistes des travaux de recherche et la préparation d\u2019études écrites sur les principaux aspects des problèmes qui retiennent son attention.Aucune liste n\u2019en a été publiée, mais on sait que ces travaux embrassent des sujets aussi divers que le fédéralisme, la constitution canadienne, la centralisation et la décentralisation, la sécurité sociale, l\u2019histoire économique et financière de la province, etc.Ces travaux, en plus d\u2019éclairer la Commission et le gouvernement, seront de nature à constituer la charpente de cet imposant monument spirituel qu\u2019on est en droit d\u2019attendre de la Commission.En deuxième lieu, la Commission tiendra des séances publiques pour entendre tous les corps publics et les personnes qui voudront lui soumettre leurs opinions et leurs suggestions sur l\u2019un ou l\u2019autre des problèmes à l\u2019étude.Les travaux faits par les spécialistes de la Commission risqueraient peut-être de présenter uniquement des vues théoriques.Les séances publiques permettront alors à la a voix du peuple » d\u2019exposer les problèmes sous leurs aspects les plus concrets et les plus immédiats.La Commission devra éventuellement faire la somme de ces divers travaux \u2014 études de spécialistes et mémoires du public \u2014 et tirer ses propres conclusions.NOTRE AFFAIRE La Commission est en fonction depuis le 1er mars 1953.Six mois déjà.Elle est dotée d\u2019un secrétariat, de conseillers juridiques, d\u2019officiers spéciaux et de divers spécialistes.Elle a établi son plan de recherches, elle en a confié l\u2019exécution à ses spécialistes et elle en suit le progrès.Elle est maintenant rendue au stade des séances publiques.L\u2019inauguration aura lieu au cours du présent mois de septembre.C\u2019est dire que la parole appartient maintenant à nous tous.La Commission devient « notre affaire ».Municipalités, corporations scolaires, institutions d\u2019éducation, organismes civiques ou professionnels, services hospitaliers ou d\u2019assistance sociale, sociétés artistiques ou culturelles, groupements ou personnes représentant une forme quelconque d\u2019activité à portée 236 sociale au sens le plus large du mot se doivent de comparaître devant la Commission, d\u2019abord pour documenter celle-ci.L\u2019envergure de l\u2019enquête exige que la Commission analyse tous les besoins, sans exception, dont la satisfaction dépend, dans une mesure quelconque, des deniers publics provinciaux, municipaux ou scolaires.Or, le détail de ces besoins, seuls les individus ou les corps immédiatement intéressés peuvent le fournir.Les études que la Commission a confiées à des spécialistes sont nécessairement d\u2019un caractère général.L\u2019inventaire détaillé des besoins financiers se fera donc seulement dans la mesure où chaque groupement ou organisme exposera à la Commission sa propre situation ou celle de son milieu.Chacun de nous se doit aussi de comparaître devant la Commission pour participer à un mouvement d\u2019ensemble d\u2019où se dégagera une manifestation générale d\u2019intérêt à l\u2019égard des travaux de la Commission.Cet aspect n\u2019est pas de moindre importance, car nous avons dans le genre d\u2019enquête qui se poursuit actuellement l\u2019un des instruments les plus efficaces de notre démocratie canadienne ou québécoise.Les élections ont perdu une grande partie de leur valeur première, puisque nous devons nous y prononcer sur une politique globale de plus en plus complexe, sans pouvoir exprimer une opinion sur un point précis de cette politique.Le parlement (fédéral ou provincial) a également perdu beaucoup de sa valeur démocratique, parce que ses membres sont de moins en moins en contact avec leurs électeurs et plus encore parce que leurs opinions sont tamisées par les caucus de partis qui les empêchent de s\u2019exprimer publiquement.Dans un tel régime politique, une enquête comme celle que nous avons actuellement prend une valeur de premier ordre, puisqu\u2019elle invite \u2014 notons-le bien : invite \u2014 chacun de nous à soumettre ses opinions sur des problèmes déterminés.Il ne faut donc pas laisser l\u2019occasion passer inaperçue.Plus encore: on se doit d\u2019utiliser l\u2019instrument à sa pleine valeur.En comparaissant devant la Commission, en y exposant un problème qui sera peut-être bien localisé et bien particulier dans l\u2019ensemble de la politique provinciale, on manifestera néanmoins de l\u2019intérêt pour l\u2019ensemble des travaux de la Commission; on communiquera indirectement cet intérêt à son entourage immédiat et à son milieu; on participera de la sorte à un mouvement généralisé à travers toute la province, qui favorisera une meilleure compréhension des problèmes et qui exigera de nos gouvernants des mesures positives propres à les résoudre.Telle est, en grande partie, la raison qui a poussé la Chambre de Commerce du district de Montréal à convoquer une conférence à laquelle j\u2019emprunte le titre: «La Commission Tremblay\u2014notre affaire!».La Chambre de Commerce a été à l\u2019origine du mouvement qui a provoqué une certaine étude des problèmes actuellement soulevés autour des relations fédérales-provinciales dans la province de Québec.Elle a parti- RELATIONS cipé, au sein de la Chambre provinciale, au mouvement en faveur de l\u2019institution d\u2019une commission d\u2019enquête.Elle entend continuer à promouvoir l\u2019étude des questions à l\u2019affiche par le plus grand public possible.Elle a donc invité de nombreux groupements à participer à la journée d\u2019étude qu\u2019elle tiendra le 14 septembre prochain, et à une campagne d\u2019opinion à travers la province, pour parfaire la formation du climat nécessaire au succès de l\u2019enquête Tremblay.Souhaitons que la réponse de ces groupements \u2014 et, éventuellement, de la province \u2014 soit à la mesure de la cause.On a craint, en certains milieux, que l\u2019enquête ne serve des fins politiques partisanes.Ces craintes n\u2019auront pas de suite si nous faisons de la Commission Tremblay « notre affaire ».Chacun a droit à ses opinions sur les motifs qui ont pu inciter le gouvernement à instituer l\u2019enquête.Chacun a droit à ses opinions sur le choix des commissaires \u2014 dont l\u2019intégrité n\u2019a été mise en doute par personne \u2014 et chacun pourra discuter à sa guise les conclusions du rapport.Chacun pourra en faire autant avec les études spéciales préparées à la demande et sous la direction de la Commission.Mais personne ne pourra prétendre qu\u2019une voix a été exclue du chapitre.Toutes les opinions peuvent être portées devant la Commission \u2014 et cela autant de fois qu\u2019il y aura de groupements pour le faire.La Commission, en formant son propre jugement, écartera de nombreuses opinions.Mais les idées émises par les uns ou les autres d\u2019entre nous auront été proclamées en public.Elles auront été appuyées par des groupements divers et elles auront obtenu, à cette occasion, une certaine publicité.Si elles ont quelque valeur, elles seront reprises par leurs protagonistes, elles trouveront un appui en divers milieux et elles s\u2019imposeront à l\u2019attention d\u2019un grand nombre.Ne craignons pas les tiroirs de la Commission.Le forum qu\u2019offre l\u2019enquête est celui de l\u2019opinion publique.Pour porter fruit, les divers mémoires et représentations adressés à la Commission ont avantage à ne pas être purement et simplement des requêtes d\u2019assistance à même les fonds publics.Les audiences ne doivent pas tourner en free for ail où chacun s\u2019arracherait les dépouilles du contribuable, dont on ne semble pas réaliser qu\u2019il est précisément chacun de nous.Chacun doit, autant que possible, situer son propre problème dans le cadre général du bien commun, s\u2019efforcer de l\u2019envisager dans le cadre général de l\u2019organisation sociale de la province de Québec et du Canada et proposer des solutions en fonction de cet ensemble.Il doit particulièrement envisager ses problèmes d\u2019ordre financier sans oublier que les fonds publics constituent un trésor où l\u2019argent doit entrer au même rythme qu\u2019il en sort.La Commission est donc maintenant « notre affaire ».Le forum est ouvert.Non pas pour y voter « bleu » ou « rouge », mais pour y aller des propositions de notre cru.LE CINÉMA « MADAME BOVARY» René-Salvator CATTA CE FILM, qui a été réalisé par la Metro-Goldwyn-Mayer, il y a un an ou deux, a récemment passé sur un écran montréalais.Le public n\u2019y court pas, semble-t-il.C\u2019est pourtant un des meilleurs \u2014 et des moins vieillis \u2014 qu\u2019on puisse lui offrir actuellement.Madame Bovary : tentative inhabituelle.Ce genre psychologique, et d\u2019une psychologie de fond de province française, ces caractères profondément burinés par l\u2019écrivain, ce pessimisme systématique: gageures pour une entreprise américaine.Il est donc tout à son honneur qu\u2019elle ait voulu les tenir et qu\u2019elle y soit très honnêtement parvenu.Oh! certes, les Normands du cru n\u2019aimeront pas toujours les décors et chercheront en vain les prairies, les pommiers et les douces rivières du pays de Caux.L\u2019histoire elle-même a subi un certain nombre de traitements nécessités par la transposition au cinéma.Le doublage en français sur un texte traduit de Flaubert nous donne quelquefois l\u2019impression d\u2019une acrobatie.Mais, après tout, ce sont là des détails.Madame Bovary, par le sujet, par l\u2019interprétation, par la réalisation technique, mérite des éloges et appelle réflexion.Les auteurs ont voulu nous présenter cette histoire dans le cadre du procès que dut soutenir Flaubert à propos de son œuvre.Ils ont donc mis l\u2019écrivain en scène, devant des juges et face à un public dont le plus qu\u2019on puisse dire est qu\u2019ils lui servent d\u2019ombre.Mason, dans ce personnage, est robuste, digne, convenable.Cette mise en scène d\u2019une mise en scène n\u2019a sans doute d\u2019autre but que de situer l\u2019œuvre et d\u2019avertir le public américain qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un événement historique, à regarder comme tel, bien plutôt que d\u2019une romance; précaution utile, vu la sévérité de la leçon.L\u2019interprétation est excellente.Jennifer Jones, dans Emma Bovary, est d\u2019une remarquable justesse.Élégante, gracieuse, légère, lunatique et réaliste, elle restitue parfaitement l\u2019espèce de démon pitoyable que fut la femme du docteur.Celui-ci a trouvé en Van Heflin un interprète solide, sensible, sympathique et borné, pas aussi ridicule peut-être que le dépeint Flaubert, et c\u2019est mieux ainsi.Tous les autres acteurs sont très exactement dans leur rôle et rendent tous les effets prévus \u2014 trop prévus \u2014 pour faire tomber Charles et Emma dans les pièges naturalistes, c\u2019est-à-dire dans le péché.La mise en scène est classique.Des effets non pas extraordinaires, mais sûrs, et suffisant à la progression rapide et intense du drame.Cela donne même un récit beaucoup plus SEPTEMBRE 1953 237 alerte que le roman.Pas de close-ups outranciers \u2014 mais j\u2019ignore le travail de la censure.Des plans rapprochés et bien choisis, qui nous laissent lire les ravages passionnels et les mortelles illusions nécessaires à la démonstration de Flaubert.Le créateur d\u2019images, puisant dans l\u2019œuvre du maître, et dans sa propre imagination qui est heureuse et fertile, manie avec art les objets significatifs, glaces, robes, tissus, programmes de spectacles, chapeau à panache, bibelots.Tout cela est plus éloquent que des pages de description ou de commentaire psychologique.Encore faut-il être attentif et initié aux symboles.Mais cela est une autre histoire.Cette mise en scène est si dense qu\u2019il n\u2019est pas trop de deux séances pour en scruter les détails et les intentions.Quant au dialogue, on a tiré du récit le peu de paroles simples, mais lourdes de sens, qui nous étaient indispensables.Par exemple, cet avertissement du beau Rodolphe à Emma, au moment où il sent que celle-ci l\u2019entraîne trop loin: « Ne me détruis pas.» Cela en dit long sur son instinct de conservation.Ou encore, cette perche tendue par Emma à son mari qui ne comprend pas : « Charles, sauve-moi avant que.\u2014 Avant quoi?\u2014 Je ne sais pas.» Aveuglement de l\u2019homme qui ne comprend rien et ne veut rien comprendre à sa femme.La séquence suivante, avec une logique superbe, s\u2019ouvre brusquement sur la chevauchée de la femme du docteur vers le beau gentilhomme au fond des bois.Citons encore cette effrayante naïveté, bien flauber-tienne, d\u2019Emma sur son lit d\u2019empoisonnée: « Est-ce un crime, Charles, de ne pouvoir aimer que les belles choses ?» Cette excuse pose le vrai problème de Madame Bovary, qui est philosophique.Cette œuvre, dans sa transposition cinématographique (qui restitue tout de même une part importante, quoique atténuée et adoucie, de l\u2019œuvre littéraire), nous semble offrir le diagnostic, sans amour comme sans remède, de tout subjectivisme, depuis les rêveries à la Rousseau jusqu\u2019aux mythes modernes qui nous rongent: esthétisme, naturalisme, socialisme et autres.A travers Emma, le médecin décrit les symptômes du mal qui tue le siècle.Chaque personnage, et pas seulement Emma, est en proie aux chimères: scientisme primaire chez Homais, idolâtrie stupide chez Charles, indépendance stérile chez Rodolphe, littérature idéaliste chez Léon.Et chacun d\u2019eux, heurtant son rêve et son idole à la réalité matérielle, réagit bassement ou piteusement.Pourquoi?Parce que personne n\u2019aime vraiment, même pas Charles, qui aime le mythe d\u2019Emma et non Emma de chair et de sang.« Je ne te comprendrai jamais », avoue-t-il.Le tragique est que ces êtres réels, comme toutes les choses qui les entourent, attendent d\u2019être aimés pour être transfigurés et pour rayonner un bonheur vrai.Madame Bovary, c\u2019est le monde moderne qui refuse le réel, y compris le Réel transcendant qui est Dieu.Ce Dieu, il apparaît dans le film d\u2019une façon beaucoup moins odieuse, mais aussi peu efficace que dans le roman.La caméra, in extremis, nous fait suivre les gestes du prêtre, antiques et graves, sur les membres déjà inertes de la pécheresse, tandis que les paroles mystérieuses, éternelles, s\u2019égrènent: Per islam sanctam unctionem et suam piissimam miseri-cordiam, indulgeat tïbi Dominus quidquid per visum deliquisti.per auditum.per iactum.Le réalisme de l\u2019Église ne nous a jamais paru plus éloquent, sa tristesse aussi devant les hommes qui refusent de comprendre; car c\u2019est elle finalement qui reçoit les corps et les âmes et qui a pour mission de les faire passer dans l\u2019au-delà.Mais Flaubert ne va pas si loin.Pour lui, le réalisme liturgique n\u2019est qu\u2019un fait comme les autres, aussi trivial, injuste et laid que les autres.Il pourrait disparaître que cela ne changerait rien à l\u2019absurde conduite des hommes.Madame Bovary, ce diagnostic sans le remède.UNE THÈSE ÉTONNANTE Albert PLANTE, S.J.M LOUIS-PHILIPPE AUDET a consacré à l\u2019Institution Royale, créée par la loi scolaire * de 1801, les tomes III et IV de son ouvrage intitulé: le Système scolaire de la province de Québec (Québec, les Presses universitaires Laval, 1952, 323 et 416 pp., 18 cm.).Ces deux volumes soulèvent un problème historique tellement important qu\u2019il faut leur accorder plus qu\u2019une brève recension.* Cette loi donnait au gouverneur et à l\u2019Institution Royale, appelée à jouer le rôle d\u2019un Bureau permanent d\u2019Éducation, «des pouvoirs extraordinaires pour l\u2019époque et constituait une audacieuse tentative d\u2019organiser, sous la tutelle de l\u2019État, un système d\u2019éducation publique » (III, 82).238 Jusqu\u2019à M.Audet, nos historiens ont jugé sévèrement l\u2019Institution Royale.Qu\u2019on relise, par exemple, ce qu\u2019en disent M.le chanoine Groulx, Chapais et Gar-neau.Et ils ne sont pas les seuls à penser ainsi.Le jugement de l\u2019historien non catholique Robert Christie est significatif.M.Audet, lui, est sympathique à l\u2019Institution Royale.On connaît sa position dès l\u2019avant-propos du tome III.Citant une étude qu\u2019il présenta, en 1948, à la Société Royale du Canada sur la loi scolaire de 1801, étude dont les « quelques pages inoffensives causèrent cependant un peu d\u2019émoi », il écrit: Ces paroisses qui ont accepté et utilisé pour l\u2019éducation de la jeunesse la loi de 1801 ont-elles pris une attitude si antinationale et compromis les principes religieux et patriotiques de leurs ressortissants ?Si, au lieu de onze paroisses, la plupart avaient sollicité l\u2019appui du pouvoir public, et si l\u2019autorité religieuse avait pris les précautions nécessaires RELATIONS pour sauvegarder la foi de ses ouailles, les résultats n\u2019auraient-ils pas été totalement différents?La politique d\u2019abstention nous a joué de fort mauvais tours dans le passé.La collaboration franche et loyale sur une base équitable qui sauvegarde les droits de chacun est autrement féconde.Cette dernière attitude est même la seule qui nous permette de revendiquer nos droits avec quelque chance d\u2019être entendus.Notre histoire eût été tout autre si nous l\u2019avions compris plus tôt.L\u2019auteur convient qu\u2019il y avait de l\u2019audace dans ces propos.Les réactions et l\u2019étonnement qu\u2019ils provoquèrent l\u2019amenèrent à « entreprendre une étude aussi complète que possible de tout le dossier de l\u2019Institution Royale ».Il puisa d\u2019abord aux sources déjà connues.Une étude attentive du rôle joué par cette corporation dans l\u2019établissement du collège McGill lui donna la conviction que « les documents les plus précieux » devaient se trouver à l\u2019université du même nom.Il y découvrit, en effet, « une mine incomparable de renseignements inédits et encore inexploités jusqu\u2019ici ».Ces renseignements, affirme-t-il, font apparaître « sous un jour entièrement nouveau » l\u2019histoire de la loi de 1801.Il est parfaitement conscient de l\u2019importance d\u2019une pareille affirmation: « Cette découverte et l\u2019utilisation que nous en avons faite constituent, à notre humble avis, un apport considérable à l\u2019histoire de l\u2019éducation dans la province de Québec.» Les toutes dernières lignes du tome IV précisent la nature de cet apport: Concluons.A la lumière des innombrables pièces d\u2019archives que nous avons consultées, des procès-verbaux du Bureau et surtout de la correspondance officielle de l\u2019Institution Royale, nous estimons que le jugement de l\u2019histoire sur la loi scolaire de 1801 et sur le rôle de l\u2019Institution Royale devrait être le suivant: sans minimiser l\u2019influence de Jacob Mountain et de Jonathan Sewell dans l\u2019élaboration du projet de 1801, il reste évident que le texte de cette loi ne contient à peu près rien qui n\u2019aurait pu être utilisé par les Canadiens français catholiques à leur propre avantage.Les provisos des articles 4 et 8 soustrayant les écoles catholiques à l\u2019autorité de l\u2019Institution Royale constituent, à toutes fins pratiques, un système scolaire pour les Canadiens de langue anglaise, mais avec l\u2019espérance que les Canadiens français voudront, eux aussi, en profiter.Il est faux de dire que l\u2019Institution Royale fut un organisme tyrannique qui s\u2019appliqua à défranciser et à décatholiciser les Canadiens; les documents historiques prouvent le contraire.Enfin, même si elle a rendu assez peu de services à la population cana-dienne-française, l\u2019Institution Royale ne fut pas une faillite, car elle contribua à l\u2019éducation de la jeunesse de langue anglaise dans les trois domaines de l\u2019enseignement élémentaire, secondaire et supérieur.Tout compte fait, elle fut une pierre d\u2019attente ou, mieux encore, une étape décisive dans la conquête de nos libertés scolaires, préparant ainsi une ère de justice pour tous.Cette thèse audacieuse mérite-t-elle un assentiment solide, basé sur des faits indiscutables?L\u2019auteur parvient-il à nous convaincre que ses trouvailles d\u2019archives changent substantiellement le jugement des historiens qui l\u2019ont précédé?Il faut répondre par la négative.La preuve est facile à faire; le cadre de cet article permet tout juste de l\u2019amorcer.* Jacob Mountain, dont l\u2019influence sur l\u2019élaboration de la loi de 1801 fut a tout à fait décisive » (III, p.15), était l\u2019évêque anglican de Québec.Écrivant à lord Dor- chester, en juillet 1795, et lui parlant des avantages qu\u2019il y aurait d\u2019affecter des fonds qui permettraient de placer dans chaque canton un maître protestant pour enseigner l\u2019anglais gratuitement et les autres matières à un prix modique, il disait : Je suis convaincu qu\u2019un plan à la fois si simple et si vaste aura les plus heureux effets; c\u2019est une race nouvelle d\u2019hommes, de sujets et de chrétiens qui sera formée dans ce pays; le moyen le plus sûr et le plus pacifique aura été trouvé de faire disparaître l\u2019ignorance, de stimuler l\u2019industrie, de confirmer la loyauté du peuple par l\u2019introduction graduelle des connaissances anglaises, des habitudes et des sentiments anglais; on aura dissipé l\u2019épais nuage de bigoterie et de préjugés qui plane au-dessus du pays; on fera s\u2019écrouler la muraille qui sépare Canadiens et Anglais.(III, p.10, note 9.) Il est difficile d\u2019admettre que les sentiments de Mountain aient radicalement changé de 1795 à 1801.Le fait est d\u2019autant moins plausible qu\u2019il trouva dans le lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes un « collaborateur docile et puissant » (III, 42).Or, dans une lettre du 1er novembre 1800 au duc de Portland, ministre des Colonies, Milnes parlait de la fondation d\u2019un système d\u2019écoles anglaises, pourvues de maîtres dirigés et payés par le gouvernement, pour l\u2019enseignement gratuit de l\u2019anglais aux Canadiens.Mgr Plessis, évêque de Québec, écrivait en mai 1807 : Les choses ont changé de face depuis l\u2019arrivée de Sir Robert Shore Milnes, et elles menacent de tourner au pire.Anéantir l\u2019autorité de l\u2019évêque catholique en Canada, s\u2019emparer de l\u2019éducation publique, nommer aux cures, voilà, si je ne me trompe, les trois objets de nos adversaires, tous très sérieux et qu\u2019il faut prévenir par tous les moyens possibles.Jonathan Sewell, partisan déclaré de la protestan-tisation et de la défrancisation des Canadiens français, est un autre personnage influent qui eut son mot à dire dans la préparation de la loi de 1801.M.Audet émet l\u2019hypothèse que ce fut lui qui la rédigea, à cause de l\u2019importance de la législation, à cause aussi de sa fonction d\u2019avocat général et de procureur de la province.En la rédigeant, il subit non seulement l\u2019influence du lieutenant-gouverneur et de l\u2019évêque anglican, mais aussi celle de Herman W.Ryland, membre puissant du parti oligarchique.Ryland « fut toujours le mauvais génie des Canadiens dont il se révéla un adversaire fanatique et irréconciliable.Son programme d\u2019action peut se résumer dans les deux impératifs suivants: 1° garrotter l\u2019Église romaine et 2° pousser les Canadiens français à l\u2019apostasie » (III, 88).Ryland attendait beaucoup de la formation d\u2019une « corporation pour l\u2019avancement de l\u2019instruction ».M.Audet a donc parfaitement raison d\u2019écrire que la législation de 1801 « devait avoir, dans la pensée de ses initiateurs, une influence anglicisante et protestan-tisante décisive sur la jeunesse canadienne, grâce aux écoles qu\u2019elle devait établir et surveiller » (III, 4).Il adoucit cependant ce jugement en notant que le texte même de la loi, heureusement, ne concrétisa pas ces projets (IV, 381).C\u2019est vrai, mais on sait ce que de SEPTEMBRE 1953 239 tels projets auraient produit si la loi, qui créait un monopole d\u2019État, n\u2019avait pas rencontré d\u2019obstacles.C\u2019est seulement en octobre 1818 que furent nommés les premiers syndics de l\u2019Institution Royale.Ils étaient au nombre de dix, dont un catholique canadien-fran-çais, le président de l\u2019Assemblée législative.Mountain et Sewell en étaient.Invité à en faire partie, Mgr Plessis refusa.En décembre 1819, Mountain était nommé à la présidence.A sa mort, en 1825, Jonathan Sewell y accéda.En 1824, il y avait dix-huit membres, dont trois Canadiens français.Les documents historiques prouvent péremptoirement que l\u2019opposition constante du clergé fut la principale cause de la faillite de l\u2019Institution Royale.M.Au-det, on l\u2019a vu, ne nie aucunement « l\u2019arrière-pensée funeste » \u2014 l\u2019expression est de Chapais \u2014 qui a inspiré la loi de 1801.Il admet, en conséquence, \u2014l\u2019admission est à retenir, \u2014 qu\u2019il manquait à cette législation, pour accomplir une œuvre durable, « les caractéristiques essentielles à la pérennité: l\u2019équilibre, la justice et le respect des droits de tous » (IV, 378).Il n\u2019en soutient pas moins que Y œuvre réelle de l\u2019Institution Royale fut « assez différente » des pensées qui l\u2019inspirèrent.Il fonde son argumentation sur les dispositifs des articles 4 et 8 et sur les règlements de la corporation.Ces règlements sont de novembre 1821.Que vaut au juste cette argumentation ?Le dispositif de l\u2019article 4 soustrayait à la juridiction de l\u2019Institution Royale les écoles dirigées par les communautés religieuses ainsi que les écoles privées, actuelles et futures; celui de l\u2019article 8 subordonnait l\u2019établissement des écoles royales à la décision libre des citoyens de chaque paroisse.M.Audet écrit à propos de ce dispositif: «.il restait toujours une échappatoire légale aux Canadiens; celle de ne pas demander l\u2019établissement d\u2019une école royale dans leur paroisse; en définitive, la seule dépense additionnelle à solder serait le salaire de l\u2019instituteur » (III, 113).Remarque un peu curieuse.Plus juste et plus saine, la réflexion de M.le chanoine Groulx, jugeant ainsi les deux dispositifs spéciaux: « Protection assez précaire que celle-là, et l\u2019avenir le ferait bien voir.Car, après tout, l\u2019école catholique restait libre, mais.de la liberté du pauvre.Pour elle, aucune protection, aucune aide de l\u2019État.Contre une rivalité qui se parerait de toutes les ressources et de tout le prestige officiel, quelle situation lui réservait l\u2019avenir?» (L\u2019Enseignement français au Canada, t.I, 2e édition, p.81.) C\u2019est le problème des écoles libres contemporaines.Il y a inégalité de traitement à propos d\u2019un droit naturel, donc injustice.L\u2019argumentation basée sur les règlements de l\u2019Institution Royale est-elle plus heureuse?Les documents apportés par l\u2019auteur prouvent que ces règlements étaient équitables.C\u2019est ainsi qu\u2019ils prévoyaient que le visiteur de l\u2019école serait le ministre de la religion professée par les paroissiens et que les mêmes manuels ne seraient pas utilisés dans les écoles catholiques et les écoles protestantes.« Ces deux dispositions fort importantes étaient susceptibles de donner une orientation nouvelle aux écoles royales et même de faire tomber, dans une certaine mesure, les griefs mis de l\u2019avant par le clergé catholique contre elles.» (III, 198.) Affirmation pas assez nuancée.Si la justice demande de reconnaître l\u2019équité des règlements, elle ne défend pas, pour autant, de tenter une analyse fouillée, susceptible de fournir l\u2019ensemble des raisons qui expliquent pourquoi ils diffèrent tellement de l\u2019inspiration même de la loi.On hésite à tirer des conclusions trop catégoriques quand on se rappelle comment les contemporains ont jugé le mouvement tournant de l\u2019Institution Royale.Dans le long mémoire qu\u2019il adressait, le 3 mai 1828, à Mgr Panet, évêque de Québec, au sujet des démarches en cours pour l\u2019établissement d\u2019un comité catholique, J.-B.Vallières de Saint-Réal faisait cette constatation: « Il est à peu près certain que les avances faites par l\u2019Institution Royale pour la formation d\u2019un comité catholique lui ont été dictées par la conviction qu\u2019elle a de n\u2019obtenir les secours de la bourse publique qu\u2019en se rendant utile à tous.» (IV, 76.) Les fonds étaient votés par la Chambre dont la majorité des représentants étaient des Canadiens français.Plus grandissait leur expérience parlementaire, plus fermes se montraient-ils en face de l\u2019oligarchie.En février 1829, Mgr Panet, qui, dans toutes les démarches au sujet des deux comités, « manifesta.de profondes qualités d\u2019administrateur, un équilibre peu ordinaire pour assurer l\u2019entente et la coopération entre les deux races » (IV, 105), écrivait à Mgr Lartigue, de Montréal: « L\u2019Institution Royale, telle qu\u2019elle est actuellement établie, n\u2019obtiendra jamais de la Législature des argents sans que les catholiques y aient part.C\u2019est ce qui fait que les protestants se donnent tant de mouvement pour introduire parmi eux un comité catholique.» (IV, 90.) Les réflexions de Vallières de Saint-Réal et de Mgr Panet au sujet du comité catholique peuvent s\u2019appliquer aux règlements de l\u2019Institution Royale.Mais plus fondamentale que ces notations psychologiques est la raison profonde qui empêche d\u2019attacher trop d\u2019importance aux règlements dans le jugement global à porter sur cet organisme.Mgr Plessis, qui défendit à ses prêtres d\u2019accepter la charge de visiteur des écoles royales, écrivait, en avril 1821, au curé de Terrebonne: « Vous n\u2019êtes pas le seul curé auquel on a offert une place subordonnée dans l\u2019Institution Royale des sciences.C\u2019est un moyen fort adroit de mettre le clergé catholique dans la dépendance de l\u2019évêque anglican.» (III, 181.) Invité à visiter les écoles de William Henry (Sorel) et de Drum-mondville, l\u2019abbé P.J.Kelly répond, en février 1822, au secrétaire de l\u2019Institution Royale: « J\u2019attends de la sagesse du gouvernement quelque autre système 240 RELATIONS d\u2019institution dans lequel le clergé catholique pourra prendre part sans manquer à ce qu\u2019il se doit à lui-même.» (IV, 307.) M.Audet peut donc dire très justement: « L\u2019attitude conciliante du Bureau à l\u2019égard des catholiques et son vif désir d\u2019obtenir la collaboration du clergé ne réussirent pas à dissiper les objections de principes contre cette organisation scolaire.» (IV, 316.) Notons bien l\u2019expression: objections de principes.Aussi l\u2019Institution Royale rencontra-t-elle de si grandes difficultés qu\u2019elle sentit le désir de se « décharger des écoles catholiques ».Son secrétaire touchait au nœud du problème quand il disait: « Les chefs parlementaires de l\u2019Assemblée nous considèrent comme une corporation protestante ou de l\u2019Église anglicane.» (IV, 316.) Et M.Audet commente: « Voilà en deux mots la cause primordiale des difficultés du Bureau avec les catholiques aussi bien qu\u2019avec les dissidents.» (IV, 317.) Voilà aussi pourquoi son argumentation basée sur les règlements de l\u2019Institution Royale ne convainc pas.Des efforts furent faits pour corriger le vice fondamental de la loi.Dans sa correspondance avec Mgr Pa-net au sujet de deux Institutions Royales, le gouverneur Dalhousie manifesta une évidente sincérité.Le plan fut bloqué par le ministre des Colonies.On songea alors à deux comités distincts au sein d\u2019une même corporation.Ce second projet n\u2019aboutit pas malgré de longues tractations.La loi de 1801 traînait avec elle de terribles suspicions.Soulignons que même avec deux comités distincts, présidés respectivement par l\u2019évêque catholique et par l\u2019évêque anglican, celui-ci serait resté le président de l\u2019Institution Royale, l\u2019évêque catholique ne devant présider qu\u2019en son absence.On avait nettement l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y aurait de solution véritable que dans une législation nouvelle.C\u2019était l\u2019idée bien arrêtée de Mgr Lartigue.Mgr Panet, pour être moins ardent que son collègue, désirait, lui aussi, un changement radical: « Après tout, je ne consentirai pas à admettre un comité catholique dans l\u2019Institution Royale que le premier acte qui l\u2019établit ne soit entièrement refondu.» (IV, 102.) Avec la Loi des écoles de la Chambre, adoptée en 1829, l\u2019Assemblée législative porta un coup fatal à l\u2019Institution Royale.Sept ans seulement après son adoption, cette loi avait suscité la fondation de 1,321 écoles, fréquentées par 36,000 élèves.Au sommet de sa prospérité, en 1829, l\u2019Institution Royale, elle, ne dirigea que 84 écoles, soit 3,765 écoliers.Elle n\u2019eut jamais plus qu\u2019une quinzaine d\u2019écoles catholiques sous sa juridiction.On saisit tout le tragique de cette situation quand on se rappelle que les Canadiens français représentaient les dix-neuf vingtièmes de la population.Il importe de noter que les sectes dissidentes ne manifestaient pas d\u2019enthousiasme à l\u2019égard de l\u2019Institution Royale, lui reprochant de constituer un monopole de l\u2019enseignement au profit de l\u2019Église anglicane, qui, d\u2019après un ministre presbytérien, ne comptait, en 1829, qu\u2019un cinquième des 60,000 protestants du Bas-Canada.* Il faut savoir gré à M.Audet d\u2019apporter des documents nouveaux qui permettent de mieux connaître l\u2019Institution Royale.Mais l\u2019argumentation qu\u2019ils lui suggèrent n\u2019emporte pas la conviction.A la longue, elle devient même agaçante.Si on analyse cette impression d\u2019agacement, on l\u2019attribue à l\u2019insistance que met l\u2019auteur à expliquer, d\u2019une part, l\u2019attitude des responsables de la préparation et de l\u2019application de la loi de 1801, et à affirmer, d\u2019autre part, que le manque de collaboration de nos pères a joué un rôle important dans l\u2019échec de cette législation.La recherche et l\u2019explicitation de tous les facteurs qui conditionnent une attitude sont sans doute légitimes; il faut admettre, de plus, qu\u2019il se rencontra des esprits ouverts chez les Anglais, à Londres et au Canada.Mais les efforts de compréhension ne peuvent dépasser un niveau déterminé sans nuire au jugement à porter sur la valeur intrinsèque des événements.Il est vraiment difficile de comprendre cette phrase qui termine l\u2019ouvrage: « Tout compte fait, elle (l\u2019Institution Royale) fut une pierre d\u2019attente ou, mieux encore, une étape décisive dans la conquête de nos libertés scolaires, préparant ainsi une ère de justice pour tous.» Soulignons aussi l\u2019affirmation au sujet de l\u2019opposition tenace du clergé catholique: « Après la longue étude que nous venons de faire., nous avouons tout uniment ne pouvoir expliquer cette attitude négative.» (IV, p.390.) Les témoignages apportés dans cet article permettent d\u2019affirmer que cet aveu est singulier.Le clergé, guidé par l\u2019épiscopat, ne fit que son devoir.Dans une province aux dix-neuf vingtièmes catholique et française, une attitude positive ne pouvait signifier que revendications inlassables en faveur d\u2019un système d\u2019éducation nettement confessionnel.Un tel système ne pouvait sortir d\u2019une loi qui avait un vice congénital.Des concessions auraient très vraisemblablement donné plus de force à cette législation et compliqué l\u2019adoption de lois nouvelles, plus conformes à la réalité et à la justice.En 1846, le Bas-Canada aura une loi scolaire, qui reste la base de notre système actuel.Maîtresse de ses destinées, la majorité du Québec traitera la minorité anglo-protestante avec une équité et une générosité incomparables.M.Audet paraît avoir été victime du cadre dans lequel il s\u2019était enfermé par ses « propos audacieux » de 1948 à la Société Royale du Canada.Son ouvrage manque d\u2019unité, certains textes qu\u2019il cite, \u2014 ils sont nombreux et intéressants, \u2014 tout comme certaines de ses réflexions personnelles ne pouvant se concilier avec sa thèse.Ses propos de 1948 étaient étonnants.Son ouvrage l\u2019est également.Malgré l\u2019indiscutable et méritoire somme de travail que cet ouvrage a exigée, il ne constitue pas un apport vraiment original à l\u2019histoire de l\u2019Institution Royale.SEPTEMBRE 1953 241 AVEC OU SANS COMMENTAIRES ARNOLD J.TOYNBEE ET L\u2019ESPRIT MISSIONNAIRE POUR VAINCRE LE CRIME, DES ORGANISMES LOCAUX PERMANENTS PLUSIEURS FOIS, nous l\u2019avons noté, les rapports du Comité sénatorial d\u2019enquête sur le crime organisé aux États-Unis (voir Relations, depuis oct.1952) soulignent que la répression des activités criminelles relève d\u2019abord des pouvoirs « locaux ».C\u2019est pourquoi on prie instamment les états (nous dirions: les provinces) et les villes d\u2019organiser leurs propres moyens de prévention et de correction.Voici des conseils pratiques à ce sujet (Rapport final, pp.11-13).A.\tPour les états.\u2014 1.Établir dans chaque état un comité chargé d\u2019enquêter à fond sur le crime organisé.Prendre modèle, à cette fin, sur le Comité sénatorial.2.\tInstituer dans chaque état une enquête sur la manière dont les représentants de l\u2019autorité voient à la mise en vigueur des lois, avec la pensée de rendre leur action plus efficace en la coordonnant mieux et en réduisant le nombre des intermédiaires responsables en cas de négligence ou d\u2019indulgence coupable.3.\tS\u2019assurer dans chaque état qu\u2019on impose des peines susceptibles de dissuader les coupables de coopérer à des activités criminelles organisées.4.\tÉlaborer une loi qui permettrait d\u2019enlever le permis de gérer un établissement d\u2019affaires à quiconque y tolère le jeu ou des opérations qui s\u2019y rattachent.5.\tLégiférer, en conformité avec le code fédéral, pour exiger une prescription médicale de ceux qui achètent des barbiturates.B.\tPour les villes.\u2014 1.Instituer des enquêtes dans chaque ville où le jeu et les exploitations malhonnêtes (rackets) fleurissent au grand jour, de manière à déterminer sur qui retombe la responsabilité de cet état de choses.2.\tMaintenir dans chaque ville importante un comité civique anticriminel (nous dirions: un Comité de Moralité publique) avec charge de surveiller l\u2019application des lois et de faire rapport sur la situation locale en matière d\u2019activités criminelles.C.\tPour les villes et les états.\u2014 1.Former des équipes spécialisées dans le dépistage des exploitations malhonnêtes, surtout de celles qui font le trafic des stupéfiants, et les autoriser à faire des enquêtes et à opérer des arrestations.2.Coordonner, au moyen de rencontres et d\u2019échanges de vues dirigés par le procureur général de chaque état, la lutte des procureurs municipaux contre le crime organisé.3.\tTenir régulièrement, dans les limites de chaque état, des réunions groupant des représentants de la loi et des organismes sociaux, éducationnels, religieux qui s\u2019intéressent à la lutte contre le crime, afin de soutenir la vigilance de tous.4.\tÉtablir et développer des services de traitement pour les toxicomanes, surtout les jeunes.5.\tVoter une loi interdisant à quiconque brigue les suffrages publics d\u2019accepter l\u2019aide financière des racketeers.Il n\u2019y a pas de raison pour que le Canada, la province de Québec et les grandes villes, Montréal surtout, ne s\u2019inspirent pas de suggestions aussi pratiques pour écraser l\u2019organisation du crime, si néfaste aux citoyens honnêtes du pays.Les lecteurs de Relations devraient se faire les propagandistes tenaces des réformes nécessaires à l\u2019établissement d\u2019une administration et d\u2019une police capables de protéger la fortune, la vie, l\u2019âme même de nos concitoyens.C\u2019est dans ce but que nous avons résumé ici les constatations et recommandations contenues dans les rapports du Comité sénatorial d\u2019enquête sur le crime organisé aux États-Unis.242 LES CONFÉRENCES du grand historien anglais Arnold J.Toynbee, objet des Reith Lectures à la B.B.C., puis à la C.B.C., ont été réunies en un volume ayant pour titre The World and the West.La traduction française, le Monde et l'Occident, vient de paraître chez Desclée de Brouwer (Paris, 1953, 187 pp., 18.5 cm.).C\u2019est ni plus ni moins que le problème des causes de la guerre froide que se pose le professeur de l\u2019Université de Londres.Le communisme aujourd\u2019hui, comme l\u2019Islam hier, serait une hérésie de la religion judéo-chrétienne.De là l\u2019acharnement de la lutte.* Nous ne pouvons accepter qu\u2019en partie cette explication.Si le communisme est le résultat d\u2019un christianisme non^écu, il est plus qu\u2019une hérésie de l\u2019Ouest.Il nie non seulement la religion chrétienne, mais toute religion, simple reflet d\u2019une économie primitive.Il va même bien au delà et rejette tout élément spirituel chez l\u2019homme, qu\u2019il réduit à une espèce zoologique évoluée.Nous ne saurions l\u2019oublier: le communisme est athée, et il est totalement matérialiste.Nous acceptons plus complètement l\u2019analyse que Toynbee fait du conflit de l\u2019Occident et de l\u2019Orient.L\u2019Extrême-Orient, société confucio-bouddhiste, a repoussé l\u2019Occident lors de la première rencontre, au xvr et au xvne siècle.Au xixe siècle, cédant à la menace des armes, il a accepté la technique occidentale pour être en mesure, un jour, de mieux se défendre.Cette heure a sonné.Ni la technique occidentale ni la religion chrétienne n\u2019ont réussi.Le monde de l\u2019Orient est-il donc imperméable à l\u2019Occident ?Toynbee se refuse à le croire.Lors de la première rencontre, l\u2019Occident se présenta comme un tout: science, technique, culture, religion.Les Hindous et les Chinois n\u2019auraient pas proscrit une religion chrétienne dégagée d\u2019une culture incompatible avec la leur.Les chances de l\u2019avenir résident dans un christianisme pur et transcendant, qui ne détruit pas, mais assume toutes les cultures; dans un approfondissement du message de saint Paul: ni Juifs, ni Grecs, ni hommes libres, ni esclaves (saint Paul écrirait aujourd\u2019hui: ni Est, ni Ouest).* « Mais si la Chine et le Japon ne pouvaient, au xvie siècle, s\u2019assimiler la version d\u2019une civilisation occidentale, qui était encore d\u2019essence religieuse, et si, au xixe siècle, ils ne pouvaient pas davantage supporter une version de cette même civilisation d\u2019où la religion était absente, doit-on en conclure qu\u2019il ne leur reste pas d\u2019autre issue que le communisme ?La réponse, c\u2019est qu\u2019en Chine, comme aussi aux Indes, aux xvie et xviie siècles, longtemps avant que le communisme eût été inventé, les missionnaires jésuites avaient bien trouvé » autre chose.Il est vrai que l\u2019expérience échoua; toutefois ce ne fut pas par un vice intrinsèque, « mais à cause des rivalités RELATIONS et des dissensions regrettables qui s\u2019élevèrent entre les Jésuites et d\u2019autres ordres de missionnaires catholiques ».« En Chine et aux Indes, les Jésuites ne commirent pas l\u2019erreur qu\u2019ils avaient commise au Japon et ne permirent pas qu\u2019on pût soupçonner leur prédication de se faire l\u2019agent de puissances occidentales agressives.La façon dont les Jésuites s\u2019y prirent pour propager le christianisme en Chine fut si différente des autres et suscita tant d\u2019espoir, elle est encore tellement actuelle aujourd\u2019hui que nos considérations sur la rencontre des peuples d\u2019Asie avec l\u2019Occident ne seraient pas complètes si nous omettions de parler de l\u2019œuvre entreprise par les Jésuites en Chine et aux Indes.Au lieu d\u2019essayer, comme nous le faisons depuis, d\u2019offrir une version de l\u2019Occident, sécularisée et dégagée du christianisme, les Jésuites cherchèrent à dissocier le christianisme des éléments non chrétiens de la civilisation occidentale et de le présenter aux Hindous et aux Chinois, non pas comme la religion locale de l\u2019Ouest, mais comme une religion universelle, dont le message était valable pour toute l\u2019humanité.Les Jésuites dépouillèrent le christianisme de ses accessoires accidentels et le proposèrent en Chine et aux Indes sous une forme intellectuelle et littéraire, à la mode du pays, dépouillé des ornements occidentaux qui auraient pu choquer la sensibilité asiatique.Cette expérience échoua à la première tentative, par la faute de querelles intestines au sein de l\u2019Église catholique, lesquelles n\u2019avaient rien à faire ni avec le christianisme, ni avec la Chine ou l\u2019Inde.Mais, puisque l\u2019Inde, la Chine et le christianisme existent toujours, nous pouvons nous attendre à voir se renouveler cette expérience, et il faut le souhaiter.» (Traduction de Primerose Du Bos, Paris, Desclée de Brouwer, 1953, pp.144-146.) * On peut rapprocher cette page des grands documents missionnaires: Maximum illud (30 nov.1919) de Benoît XV, Rerum Ecclesiae (27 février 1926) de Pie XI et Evangelii praecones (2 juin 1951) de Pie XII.Dans Evangelii praecones, Pie XII rappelle ce qu\u2019il disait, en 1944, aux directeurs des œuvres pontificales missionnaires: « L\u2019apôtre est le messager de l\u2019Évangile et le héraut de Jésus-Christ.Le rôle qu\u2019il remplit ne demande pas qu\u2019il transporte dans les lointaines missions, comme on y transplanterait un arbre, les formes de culture des peuples d\u2019Europe; mais ces nations nouvelles, fières parfois d\u2019une culture très ancienne, doivent être instruites et réformées de telle sorte plutôt qu\u2019elles deviennent aptes à recevoir, d\u2019un cœur avide et empressé, les règles et les pratiques de la vie chrétienne.Ces règles peuvent s\u2019accorder avec toute culture profane, pourvu qu\u2019elle soit saine et pure, et la rendre plus capable de protéger la dignité humaine et d\u2019atteindre le bonheur.Les catholiques d\u2019un pays sont d\u2019abord citoyens de la grande famille de Dieu et de son royaume, mais ils ne cessent pas, pour cela, d\u2019être citoyens aussi de leur patrie terrestre.» SEPTEMBRE 1953 CONTRE LE PESSIMISME EN ÉDUCATION EPTEMBRE ramène les soucis scolaires et suggère la mise au point de nos méthodes d'éducation.Pour les parents et les instituteurs, tirons d'un maître ouvrage {Joseph Duhr, S.J., l\u2019Art des arts: Éduquer un enfant, pp.189-195; voir bibliographie, p.254) un conseil efficace et souvent, hélas ! négligé : le conseil de Voptimisme.L\u2019optimisme, écrit le P.Duhr, est cette disposition habituelle à envisager toutes choses sous leur aspect favorable; le pessimisme, au contraire, discerne en tout le côté déplaisant et nocif.Le pessimisme assombrit l\u2019existence, engourdit le dynamisme, énerve l\u2019énergie, paralyse l\u2019action et finalement aboutit au découragement et au désespoir.Les pessimistes ne sont pas seulement des malheureux, ils sont des malfaiteurs.Ce sont, en tout cas, de lamentables éducateurs.Parmi eux, nous rangeons avant tout les parents grondeurs.et les parents blasés.Les parents grondeurs exagèrent les défauts de l\u2019enfant, méconnaissent ses qualités, le harcèlent de réprimandes et de critiques.« Tu ne vaux rien! Tu ne feras jamais rien de bon!.Tu es incorrigible! ».Prodigues en critiques, ils se montrent.avares d\u2019éloges.Et lorsque ces parents viennent à exprimer leur satisfaction, un commentaire désobligeant la vide de son effet réconfortant: « Je te croyais trop bête pour arriver à cela! ».Les blasés.ne croient plus au dévouement, à l\u2019idéal,.et se constituent auprès de leurs enfants les apôtres du désenchantement.« Ah! le dévouement,.j\u2019en suis bien guéri!.Rien à tenter dans un pays comme le nôtre, avec.une société dont toutes les classes sont pourries! ».Qu\u2019ils soient grondeurs ou blasés, ces parents pessimistes causeront dans l\u2019âme de leurs enfants de véritables ravages.A force d\u2019être perpétuellement repris et critiqué, l\u2019enfant finira par être convaincu que, de fait, il ne vaut rien et qu\u2019il entreprendra en vain de se perfectionner et de se corriger.Supposer des vertus est bien souvent la meilleure méthode pour les engendrer et les développer.Shakespeare déjà disait: « Si une vertu vous manque, feignez de la posséder, et sans tarder vous l\u2019aurez.» Les parents feront confiance à l\u2019enfant, ils lui donneront toujours une belle réputation à justifier.« Bien des hommes, observe Foerster, entraînés progressivement par une mauvaise habitude jusqu\u2019au crime, auraient pu être sauvés s\u2019ils avaient rencontré à temps l\u2019homme qui voulût bien croire en eux et les apprécier.» Le plus grand service à rendre aux enfants, c\u2019est de rester toujours suffisamment clairvoyant pour discerner chez eux les ressources intellectuelles et morales dont ils sont pourvus, de rendre justice à leurs efforts, de se réjouir de leurs progrès et de les encourager.à persévérer.Les parents grondeurs.tuent la confiance en soi.Les parents blasés.ruinent la force et la joie de vivre.Ces graves préjudices causés à l\u2019enfant par le pessimisme devraient inciter les parents à se demander si leur système éducatif n\u2019est pas trop tracassier et trop amer.Seuls des parents optimistes donneront à leurs enfants une raison de vivre.Seuls, ils révéleront les trésors intérieurs dont Dieu a gratifié leur âme.Seuls, ils les entraîneront vers un idéal qui ennoblira et transfigurera leur existence.Les conseils que le P.Duhr donne aux parents valent pour les instituteurs.Bien sûr, il faut une forte dose de patience pour les observer.Mais quelle grande œuvre s'accomplit sans patience ?243 Au fil du mois Beati pacifici Même si l\u2019armistice est signé en Corée, la paix n\u2019est pas définitivement rétablie pour cela.A tous les hommes de bonne volonté, aux catholiques en particulier, il reste encore énormément à faire en ce domaine, comme vient de le rappeler le Saint Père dans sa lettre au président des Semaines sociales de France, le 6 juillet dernier, lettre qui n\u2019est qu\u2019un long commentaire de la parole évangélique: Beati pacifici, bienheureux les apôtres de la paix.Être apôtre de la paix, nous dit cette lettre, « c\u2019est d\u2019abord ,^pour un chrétien, connaître et répandre toute la pensée de l\u2019Église sur la paix ».Voilà déjà un beau programme de tracé pour ceux qui aspirent à faire quelque chose, mais ignorent quoi.Combien, en effet, même parmi les catholiques dits «pratiquants», connaissent cette pensée?Combien surtout font quelque effort pour y accorder leur conduite?« Malgré la sévère leçon des événements, poursuit la lettre, trop de chrétiens encore restent sourds aux avertissements de la papauté.Combien, par exemple, continuent de s\u2019enfermer dans les étroitesses d\u2019un nationalisme chauvin, incompatible avec le courageux effort d\u2019ouverture sur la communauté mondiale demandé par les derniers papes! Mais plus nombreux, sans doute, ceux qui n\u2019ont pas renoncé à leur étrange inertie en dépit des appels réitérés du Saint Père à l\u2019action contre toute inaction et toute désertion, dans la grande bataille spirituelle dont l\u2019enjeu est l\u2019édification ou mieux l\u2019âme de la société future! » Chaque catholique devrait faire sur ce point son examen de conscience: qu\u2019a-t-il fait jusqu\u2019ici pour répondre à cette demande de l\u2019Église « de travailler à la communauté des peuples»?Le moyen?La lettre l\u2019indique: «Déjà il fait œuvre efficace de paix le chrétien qui surmonte en lui les obstacles à la compréhension d\u2019autrui, à la collaboration fraternelle.» Le moyen ?« Que tous les disciples du Christ jettent sur le monde un regard pacifique et catholique.Attentifs au commandement du Maître, qu\u2019ils approfondissent les exigences de la charité; qu\u2019ils méditent ses paroles et ses exemples sur l\u2019amour des ennemis et se souviennent de sa grande leçon sur le pardon des injures.» Encore une fois, pour les catholiques, c\u2019est l\u2019heure de l\u2019action pacificatrice.Bienheureux seront-ils alors, car ils seront appelés enfants de Dieu.R.A.Actiialité de Le 20 août 1153, au monastère de Clairvaux, saint Bernard m0urait saint Bernard.Le bruit de sa mort comme le bruit de sa vie remplit les quatre coins de l\u2019Europe.Il y a de cela huit cents ans.A l\u2019occasion de ce centenaire, le Pape, le 24 mai, écrivait la lettre encyclique Doctor mellifiuus.A regarder la vie de saint Bernard, ce qui frappe c\u2019est l\u2019activité de ce moine.Comme un géant au milieu de la foule, il s\u2019élève au milieu de tout son siècle.Réformateur de la vie monastique, maître de vie spirituelle, directeur des papes et des princes, thaumaturge, prédicateur de croisades, adversaire d\u2019Abélard, de Gilbert de la Porée, d\u2019Arnaud de Brescia et de tous les hérétiques, défenseur de l\u2019autorité pontificale, il est l\u2019arbitre de l\u2019Europe, le contrefort de la chrétienté, la voix de la foi.Il a pu être cet extraordinaire homme d\u2019action parce que, si étrange que la chose nous paraisse, il fut moine d\u2019abord,^ moine austère, tout adonné à la méditation des saintes Écritures et des saints Pères.Confondant la sagesse de ce siècle, la Providence choisira une jeune fille de dix-huit ans pour bouter l\u2019Anglais hors de France, une carmélite qui était restée derrière les murs du Carmel de Lisieux pour en faire la patronne des missions à l\u2019égal de François Xavier.Au xne siècle, elle prend pour en faire l\u2019homme d\u2019État de la chrétienté un moine voué au silence et à la mortification.C\u2019est que ce moine abonde en charité, qu\u2019il se défie particulièrement de toute doctrine qui ne tourne pas à aimer, qu\u2019il est tout consumé par ce suave vulnus amoris, cette inguérissable et douce blessure d\u2019amour pour Dieu fait homme et pour sa Mère.Pour conclure sa lettre encyclique, le Saint Père exhorte tous les chrétiens à imiter « les sublimes vertus de Bernard, chacun selon son état de vie particulier », car « si au cœur du XIIe siècle de graves dangers menaçaient l\u2019Église et la société humaine, les crises qui pèsent sur notre époque ne sont pas moindres.Au lieu de la charité, qui est le lien de la perfection, de la concorde et de la paix, on substitue les haines, les rivalités et les discordes.Quelque chose d\u2019inquiet, d\u2019anxieux et de trépidant pénètre les esprits humains; en effet, il est à craindre, si la lumière de l\u2019Évangile peu à peu diminue et faiblit dans les âmes ou, ce qui est pire, si elle en est entièrement rejetée, que les bases mêmes de la société civile et domestique ne s\u2019écroulent, à tel point que surviennent des temps pires encore et plus malheureux ».Parmi la brillante mosaïque de textes qui forment la lettre encyclique Doctor mellifiuus, le Saint Père cite celui-ci qui ouvre le Traité de Vamour de Dieu : « Il n\u2019y a pas d\u2019autre raison d\u2019aimer Dieu que Dieu lui-même, pas d\u2019autre mesure que de l\u2019aimer sans mesure.» Tel est le chiffre du mystère de la vie de Bernard; telle est, en fait, la réponse à tous les problèmes de l\u2019homme.L.d\u2019A.pit NEF^|e P n\tL\u2019U.N.E.S.C.O.vient de se donner l U.N.L.S.C.O.\tun nouveau directeur général, M.Lu- ther Harris Evans, conservateur de la bibliothèque du Congrès des États-Unis.Pas plus qu\u2019à ses deux prédécesseurs, Julien Huxley et Torrès-Bodet, les catholiques ne lui refuseront, en principe, leur concours.Non pas, entendons-nous, que l\u2019U.N.E.S.C.O.représente la perfection.Elle est d\u2019un naturalisme de raison et de cœur qui procède de l\u2019esprit de l\u2019Encyclopédie.Elle prête à sourire par ses ambitions naïves.Elle vit trop dans l\u2019illusion que l\u2019instruction et la science pourraient, à elles seules, faire le bonheur des peuples et les rassembler tous en une belle famille qui s\u2019aime.L\u2019absence pourtant des États soviétiques, qui refusent d\u2019accepter la Déclaration universelle des Droits de l\u2019Homme, devrait la ramener à un plus sain réalisme.Le Saint-Siège a cependant son représentant à l\u2019U.N.E.S.C.O., et rien n\u2019interdit aux catholiques de se servir d\u2019un outil imparfait et de chercher à l\u2019améliorer, surtout dans un monde en travail de son unité, où la politique du « splendide isolement », l\u2019autarcie, la souveraineté absolue des nations sont devenues de mortelles chimères.L\u2019U.N.E.S.C.O.répartit ses activités entre sept branches: éducation, sciences exactes et naturelles, sciences sociales, activités culturelles, échanges de personnes, information des masses, service d\u2019entraide.Cette simple énumération suffit à montrer qu\u2019il serait dangereux pour les catholiques d\u2019adopter le point de vue de Sirius.Comme l\u2019Organisation mondiale de la Santé ou la Croix-Rouge, l\u2019U.N.E.S.C.O.est un des carrefours internationaux qui se situent au confluent du spirituel, du politique, de l\u2019économique et du social.C\u2019est pourquoi le Saint-Siège, avec l\u2019appui d\u2019organisations catholiques internationales qui y jouissent du « statut consultatif », \u2014 Conférence internationale des Charités catholiques, J.O.C.internationale, Bureau catholique international de l\u2019enfance, etc., \u2014 y exerce sa vigilance et, autant qu\u2019il est 244 RELATIONS en son pouvoir, sa mission de charité et son magistère de vérité.De tous les problèmes posés actuellement par l\u2019U.N.E.S.C.O., celui de l'éducation de base est peut-être le plus important.D\u2019après une définition officielle, l\u2019éducation de base est « ce minimum d\u2019éducation générale qui a pour but d\u2019aider les enfants et les adultes privés des avantages d\u2019une instruction scolaire à comprendre les problèmes du milieu où ils vivent, à se faire une idée juste de leurs droits et de leurs devoirs tant civiques qu\u2019individuels, et à participer plus efficacement au progrès économique et social de la communauté dont ils font partie ».Elle a aussi pour fin d\u2019éveiller la conscience à la dignité de la personne humaine et à la solidarité des peuples.Pour juger des idées directrices et du rayonnement singulier que le Saint-Siège serait en mesure de donner à l\u2019U.N.E.S.C.O., il n\u2019est que de se rappeler que, dans 600 circonscriptions ecclésiastiques de pays classés comme sous-développés, travaillent 25,000 missionnaires et 60,000 religieuses, qu\u2019ils y dirigent 40,000 écoles élémentaires, 3,800 écoles moyennes, 1,170 écoles supérieures, 740 écoles professionnelles, 369 écoles normales, 46 centres universitaires.L\u2019Église n\u2019a pas attendu la naissance de l\u2019U.N.E.S.C.O.pour faire de « l\u2019éducation de base ».Elle a vingt siècles d\u2019avance.L.d\u2019A.La section anglaise des L\u2019Université Saint-Fran-Semames sociales du Canada çois-Xavier d\u2019Antigonish célèbre actuellement son centenaire.Diverses manifestations, entre autres plusieurs congrès, ont déjà marqué cette célébration, qui atteindra son point culminant les 1er et 2 septembre, alors que des personnages distingués, S.Exc.le gouverneur général du Canada, S.Ém.le cardinal archevêque de Toronto, S.Exc.le délégué apostolique, l\u2019hon.premier ministre du Canada, viendront offrir leurs hommages à la vénérable institution.Parmi les congrès tenus à cette occasion, nous sommes heureux de signaler tout particulièrement les premières assises en langue anglaise des Semaines sociales du Canada.L\u2019événement n\u2019était pas inattendu.On s\u2019étonne même qu\u2019il ne se soit pas produit plus tôt.Car il y a trente-trois ans que l\u2019institution fonctionne au Canada pour le bénéfice des catholiques de langue française.En fait, on parlait d\u2019une section anglaise il y a déjà vingt ans.Et le projet fut alors sur le point d\u2019aboutir.Mais un contretemps subit en fit ajourner la réalisation.Ce n\u2019était, heureusement, que partie remise, même si l\u2019échéance allait tarder à venir.A la demande expresse de l\u2019épiscopat canadien, dont l\u2019initiative reçut les félicitations de Rome, les Semaines sociales du Canada devaient s\u2019épanouir, cette année, en deux branches ou sections.L\u2019une et l\u2019autre ont le même but: diffuser la doctrine sociale catholique, la faire pénétrer dans nos mœurs et nos institutions.Que leurs méthodes puissent varier quelque peu, cela n\u2019importe guère.L\u2019essentiel, c\u2019est que l\u2019enseignement de l\u2019Église sur les problèmes sociaux de notre époque soit exposé, à travers tout le pays, par des maîtres compétents, à des auditeurs qui s\u2019en feront ensuite les réalisateurs et les propagandistes.Or telles furent bien les premières assises de la section anglaise, tenues à l\u2019Université d\u2019Antigonish, du 2 au 4 août dernier.Le sujet au programme était le même que celui de la section française: « La paroisse, cellule sociale ».Des conférenciers de marque, prêtres et laïcs, traitèrent des principaux aspects de l\u2019institution paroissiale; une assistance nombreuse, recrutée surtout dans la région, mais qui comprenait aussi des auditeurs venus d\u2019autres provinces, participa activement aux diverses séances.Le président de la Semaine, S.Exc.Mgr MacDonald, évêque d\u2019Antigonish, a pu déclarer: « Notre première conférence sociale a été un vrai succès », et le président d\u2019honneur, S.Ém.le cardinal McGuigan: « On dirait que tous les chemins conduisent cette année à Antigonish, mais de tous les congrès qui s\u2019y sont tenus en cette période centenaire, il n\u2019y en eut aucun de plus important que celui consacré à l\u2019aspect social de la paroisse.» Ce nouveau lien, sur le terrain social où se joueront de plus en plus les destinées de notre pays, entre les catholiques de nos deux principaux groupes ethniques, ne peut qu\u2019augmenter leur influence et servir les intérêts de l\u2019Église.Qui ne s\u2019en réjouirait ?J.-P.A.Publicité intempestive On sait la curiosité morbide que suscita parmi les gens du peuple la publication du premier rapport Kinsey concernant la conduite sexuelle des Américains.Voici que les Américaines deviennent à leur tour cobayes de laboratoire sociologico-psychologico-sexuel.Vous imaginez le genre d\u2019intérêt qu\u2019un autre rapport Kinsey, révélant les confidences féminines les moins discrètes, est de nature à éveiller chez d\u2019autres que les spécialistes de la sociologie, de la psychologie ou de la morale.Nous ne contestons pas qu\u2019il puisse y avoir dans les recherches de Kinsey et de son équipe un apport vraiment utile pour l\u2019une ou l\u2019autre de ces sciences.Nous récusons toutefois, dans un domaine essentiellement moral et même sacré, la compétence à donner des conseils que semblent s\u2019arroger des gens apparemment étrangers à toute philosophie ou théologie et plus encore à la doctrine chrétienne.Les suggestions du premier rapport se situaient aux antipodes de la morale chrétienne; si l\u2019on en croit les commentaires que publient actuellement des revues américaines, il faudra en dire autant des suggestions contenues dans le second.Il nous paraît donc difficile d\u2019admettre que des journalistes de chez nous non seulement étalent dans leurs feuilles destinées au peuple les détails de ce qu\u2019on pourrait appeler la pathologie sexuelle des Américains, mais encore recommandent au premier venu d\u2019aller à la source se renseigner là-dessus.M.-J.d\u2019A, L\u2019Action Populaire Fondée en 1903 par le P.Henri Le-a cinquante ans roy,S.J., avec le concours du jeune Gustave Desbuquois, S.J., qui devait en être le directeur et l\u2019âme durant plus de quarante ans, l\u2019Action Populaire de France en est aujourd\u2019hui à son demi-siècle d\u2019existence.Ceux qui sont au courant de l\u2019histoire du catholicisme social en France, au xxe siècle, savent quelle place importante revient à cette courageuse et dynamique institution, et quelle influence elle a exercée dans tous les domaines, tant de la pensée que de l\u2019action, par ses nombreuses publications, revues, brochures, conférences, journées sociales, etc.Son rayonnement dépasse depuis longtemps les frontières françaises: non seulement elle a servi de modèle et d\u2019inspiration à plusieurs institutions semblables à l\u2019étranger, entre autres, à l\u2019Institut Social Populaire de Montréal, mais une foule de jeunes prêtres sont venus se former chez elle et s\u2019instruire au contact de ses apôtres et de ses experts.A titre de l\u2019un d\u2019entre eux, puisque j\u2019eus le bonheur d\u2019y séjourner dix-huit mois, qu\u2019il me soit permis d\u2019offrir à l'Action Populaire de Vanves le témoignage de ma reconnaissance et de mon admiration, ainsi que mes meilleurs vœux en vue d\u2019un apostolat social toujours fructueux, toujours adapté aux besoins de l\u2019heure, toujours rayonnant au service de l\u2019Église.R.A.SEPTEMBRE 1953 245 Le Comité de Moralité publique J.-Z.-Léon PATENAUDE I\u2019ENQUÊTE sur la moralité publique à Montréal s\u2019est terminée le 2 avril dernier.Le président du tribunal délibère depuis lors.Le public, qui n\u2019est pas patient, se demande ce que fait le Comité de Moralité publique, à qui revient, avec les deux procureurs qui l\u2019ont conduite, le mérite de cette enquête.Le Comité, comme tout le monde, attend le jugement, qui ne devrait pas tarder maintenant.Pendant ce temps, il ne demeure pas inactif.Pour mieux comprendre son rôle actuel, il nous a paru utile de retracer brièvement l\u2019histoire de ses orignes et de ses activités judiciaires.I.\u2014 ORIGINES Au début de 1950, à la suite des articles publiés dans le Devoir (28 novembre 1949-18 février 1950) par Me Pacifique-R.Plante, ancien directeur adjoint du Service de la police de Montréal, articles réunis plus tard dans une brochure intitulée Montréal sous le règne de la pègre, plusieurs groupes de citoyens de la métropole réclamèrent une enquête judiciaire sur la situation de la moralité publique dans leur ville.Pour son compte, la Fédération diocésaine des Ligues du Sacré-Cœur de Montréal reprenait la campagne qu\u2019elle avait appuyée en 1944 avec la Ligue de Vigilance sociale.Quelques personnages en vue s\u2019étant intéressés aux dénonciations de Me Plante, on en vint bientôt à organiser des rencontres qui aboutirent à la préparation de la requête nécessaire à l\u2019obtention de l\u2019enquête désirée.Vu l\u2019importance de pareille requête, il fut décidé qu\u2019aucun groupe particulier ne prendrait seul la responsabilité de réclamer l\u2019enquête et d\u2019organiser la campagne d\u2019opinion capable de l\u2019épauler.Des hommes de tous les milieux, à titre de citoyens, de contribuables et d\u2019électeurs de la ville de Montréal, assumeraient cette responsabilité.Ils pouvaient compter sur des groupes et mouvements sociaux ou religieux pour les appuyer en cherchant à créer l\u2019unanimité des honnêtes gens autour de l\u2019entreprise.Le 19 mars 1950, en ma qualité de secrétaire-trésorier de la Fédération diocésaine des Ligues du Sacré-Cœur de Montréal, je convoquai à l\u2019hôtel Windsor la première réunion du groupe de citoyens d\u2019où devait sortir le Comité de Moralité publique.Ce 19 mars est considéré comme la date officielle de la fondation de notre Comité.Au cours de cette réunion, Me Plante expliqua les accusations portées dans sa brochure.Me Jean Drapeau exposa la procédure à suivre pour obtenir légalement l\u2019enquête judiciaire, conformément à la « Loi concernant les manœuvres frauduleuses et la M.Patenaude, secrétaire-trésorier du Comité de Moralité publique, présente l'organisme d'action civique dont il est un des principaux artisans et qui, plus que tout autre, a rendu possible et soutenu jusqu'au bout l'enquête sur la moralité à Montréal.corruption dans les affaires municipales » (chap.214 des Statuts refondus de la province de Québec, 1941).Une deuxième réunion, tenue sous ma présidence, eut lieu le 25 mars 1950 au même endroit.Nous y recevions l\u2019appui officiel de M.Pierre Des Marais, alors chef du Conseil municipal de la ville de Montréal ainsi que du Conseil central des Syndicats nationaux de Montréal.Entre les deux réunions, nous avions commencé à recueillir les noms des citoyens qui signeraient la requête réclamant l\u2019enquête judiciaire, et nous faisions des démarches pour obtenir des souscriptions afin de défrayer la préparation de la requête.L\u2019affidavit qui accompagnait la requête était signé par le Dr Ruben Lévesque, conseiller municipal de la ville de Montréal.Les conditions que la loi et notre Comité imposaient étant très strictes, nous devons dire à l\u2019honneur des soixante-quatorze requérants que pas un seul n\u2019a lâché après trois ans et demi de lutte.La requête fut préparée par Me3 Plante et Drapeau, qui furent priés d\u2019agir comme procureurs des requérants et du Comité dans toutes les procédures qui devaient suivre la présentation de la requête.II.\u2014 LA REQUÊTE Le 11 mai 1950, on présentait à l\u2019hon.O.S.Tyndale, juge en chef adjoint de la Cour supérieure de Montréal, la requête qui réclamait la tenue d\u2019une enquête judiciaire sur le jeu et le vice commercialisés dans la ville de Montréal : document de 1,095 pages (avec 4,845 paragraphes) qui contient 15,000 accusations précises portées sur 400 maisons de jeu, de pari, de prostitution pour la période comprise entre le 1er janvier 1941 et le 11 mai 1950.On y implique 63 personnes, soit membres du Comité exécutif de la ville de Montréal, soit officiers du Service de la police de Montréal (pas un seul simple constable n\u2019est visé).La requête réfère à plusieurs centaines de personnes reliées directement au vice et au jeu organisés dans la métropole.Contre toutes ces personnes, le document a) formule l\u2019accusation d\u2019avoir maintenu un système de tolérance et de protection en faveur du vice et du jeu, système qui exigeait la complicité consciente et délibérée d\u2019officiers de police et de membres du Conseil municipal désignés dans la requête, et b) précise par quels faits cette complicité s\u2019est manifestée.Aucune accusation n\u2019a trait à la vie privée des intimés.m.\u2014 l\u2019enquête 1.Les faits.\u2014 L\u2019enquête, autorisée par le juge Tyndale le 31 mai 1950, s\u2019ouvrit le 11 septembre 1950, sous 246 RELATIONS la présidence de Thon, juge François Caron, de la Cour supérieure.Le tribunal siégea d\u2019abord huit mois d\u2019affilée.Puis, deux brefs de prohibition interrompirent la marche de l\u2019enquête durant une période globale de treize mois.L\u2019enquête reprit le 5 juin 1952, toujours sous la présidence de l\u2019hon.juge François Caron, et se termina officiellement le 2 avril 1953.Le tribunal avait tenu 358 séances publiques et entendu 374 témoins.Au cours de l\u2019enquête, on avait déposé devant le tribunal plus de 50,000 documents et dossiers relatifs à la preuve.Au moment où l\u2019enquête s\u2019achevait, le gouvernement de la province de Québec se mit en frais d\u2019amender la « Loi concernant les manœuvres frauduleuses et la corruption dans les affaires municipales », de manière à « simplifier » et à « faciliter » l\u2019appel dans les causes de ce genre (voir Relations, avril 1953, p.85).2.\tLes conséquences.\u2014 a) L\u2019enquête semble avoir rendu, pour un temps, la pègre plus circonspecte, même si la ville de Montréal est loin d\u2019être devenue un modèle de propreté morale; nous croyons d\u2019ailleurs qu\u2019elle ne le deviendra jamais sans la collaboration soutenue et courageuse de tous les honnêtes gens avec les autorités religieuses et civiles.b) De plus, grâce à l\u2019enquête, les administrateurs et les policiers comprennent mieux qu\u2019ils doivent tout faire pour protéger les intérêts moraux de leurs concitoyens, car ceux-ci, conscients des ravages causés par la pègre et avertis des moyens qu\u2019elle prend pour les exercer, possèdent dans le Comité de Moralité publique une armée tenace dressée contre le vice.3.\tPersévérance.\u2014 Jusqu\u2019ici, rien n\u2019a pu arrêter notre Comité dans l\u2019accomplissement de son œuvre.Cette persévérance s\u2019explique par la valeur et la diversité des éléments qui le composent, par l\u2019expérience et le désintéressement de chacun mis au service du bien commun social et moral de la métropole, par la fréquence des réunions de l\u2019exécutif, par la parfaite cohésion qui existe entre les directeurs du Comité et ses procureurs, enfin par le courage et la générosité de tous.Un trait seulement en fera foi: contre la pègre qui faisait un chiffre d\u2019affaires de cent millions par année, le Comité avait en caisse $9.21 le jour où s\u2019ouvrait l\u2019enquête judiciaire qu\u2019il avait réclamée.Un organisme comme celui-là mérite de vivre.IV.\u2014 LA VIE DU COMITÉ Car le Comité de Moralité publique est un organisme permanent.La lutte contre le vice n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019une enquête ou d\u2019un procès, mais un besoin de chaque jour.Les autorités officielles, dans une société bien gouvernée, devraient y suffire.Mais les sociétés bien gouvernées sont rares; et même alors, les pouvoirs publics ne peuvent se passer de l\u2019appui per- manent, organisé, désintéressé des honnêtes gens.La permanence de notre Comité n\u2019a pas d\u2019autre raison d\u2019être.Nous nous occupons et nous nous occuperons toujours de l\u2019assainissement moral de l\u2019atmosphère publique.En particulier, le Comité poursuit l\u2019abolition de la prostitution envisagée comme institution légale et tolérée, ouvertement ou non; il considère l\u2019organisation administrative de la prostitution comme une grave menace pour la santé publique, comme une injustice sociale à l\u2019égard de la femme et à l\u2019égard de la famille (dont elle sabote le fondement, qui est le respect de la fonction sexuelle), enfin comme une monstruosité morale et un crime juridique.Le Comité s\u2019attaque aussi aux autres formes de corruption publique: jeu illégal, pornographie, etc.Nos moyens d\u2019action sont les suivants: causeries, conférences, diffusion de dépliants et autres feuillets de propagande, organisation d\u2019équipes locales, de comités de vigilance, action auprès des pouvoirs publics, sur le plan municipal, provincial et fédéral, en vue d\u2019obtenir la répression de tout ce qui porte atteinte à la santé morale de la jeunesse, de la famille et de la nation.Pour mieux accomplir son œuvre, le Comité est affilié à la Fédération abolitionniste internationale et à l\u2019Union internationale pour la protection de la moralité publique, organismes qui luttent sur le plan mondial contre la prostitution organisée et l\u2019immoralité publique.Le Comité entretient des contacts avec des organismes nationaux ou locaux dans vingt-quatre pays différents.Le Comité possède un secrétariat permanent qui est en mesure de répondre aux demandes des membres et des organisations qui s\u2019intéressent au problème de la moralité publique.Les invitations reçues au secrétariat ont donné lieu, depuis 1950, à plus de 350 conférences publiques.Le Comité a distribué en propagande 100,000 dépliants, 60,000 feuillets, 250,000 autres documents de toutes sortes.Depuis le mois de juin 1952, le Comité publie un organe officiel, Action civique, bulletin mensuel adressé aux membres du Comité et aux souscripteurs.Il s\u2019est avéré un moyen efficace d\u2019influence en faveur des idées et des œuvres du Comité.Le Comité a reçu l\u2019appui de quelque 275 mouvements et groupes civiques, sociaux, patriotiques et religieux de la province de Québec.Plus de 80 villes et municipalités lui ont offert leur soutien moral et financier.Les 7,000 membres du Comité se répartissent dans huit provinces du Canada.Grâce à des dons et souscriptions s\u2019élevant à plus de $70,000, le Comité a pu assurer la poursuite de l\u2019enquête.Cette somme vient d\u2019amis, de communautés religieuses, de groupes sociaux, de quelques grandes maisons d\u2019affaires et surtout de nos membres.SEPTEMBRE 1953 247 Le Comité est dirigé par un exécutif composé d\u2019un président (M.Antoine Tremblay), d\u2019un vice-président (M.F.-Ad.Senécal), d\u2019un secrétaire-trésorier (le soussigné) , de neuf directeurs (Dr Ruben Lévesque, Me Maurice Cusson, MM.F.-Albert Angers, J.-Robert Bonnier, Pierre Des Marais, Armand Dupuis, Gérard Filion, Roland Trudel, Lionel Vezeau) et du vérificateur (M.Henri-L.Bélanger, C.A.).Cet exécutif, qui a siégé toutes les semaines depuis avril 1950, reçoit l\u2019appui d\u2019un conseil d\u2019orientation, qui a siégé toutes les semaines également depuis sa fondation (30 janvier 1952).Composé de trente-sept membres, le conseil d\u2019orientation groupe des industriels, des hommes d\u2019affaires et de profession libérale et des dirigeants du monde ouvrier; il s\u2019occupe des souscriptions dans les milieux qu\u2019il représente.Enfin, pour compléter l\u2019organisation, le Comité s\u2019est adjoint, depuis 1952, un comité féminin qui compte plus de 1,000 membres rien que dans la région métropolitaine et que dirige un exécutif composé de dix femmes.V.\u2014 TOUS ENSEMBLE Notre Comité a conscience de n\u2019avoir pas trahi son idéal; mais pour consolider son œuvre, il réclame le concours de toutes les bonnes volontés.Si tous les honnêtes gens se liguaient, la prostitution commercialisée disparaîtrait, quantité de crèches se videraient, la syphilis héréditaire ne ruinerait pas la vie de milliers d\u2019enfants, le nombre des aliénés, des meurtriers, des suicidés, des déserteurs du foyer conjugal diminuerait considérablement.Si tous les honnêtes gens se liguaient, le honteux problème des taudis se réglerait, les trafiquants sans scrupule d\u2019alcool et de stupéfiants n\u2019édifieraient pas d\u2019infâmes fortunes sur les ruines de notre jeunesse et de nos foyers chrétiens.Si les honnêtes gens se liguaient, ils ne toléreraient pas qu\u2019une poignée d\u2019administrateurs véreux protègent une autre poignée de professionnels du crime dont les activités corrompent la vie sociale.En somme, il s\u2019agit de savoir si vous allez continuer à pactiser, par votre apathie ou votre indifférence, au commerce diabolique dont votre femme, votre sœur, votre fille et toute notre jeunesse constituent pour la pègre les articles de consommation.On ne peut se dire chrétien si l\u2019on n\u2019éprouve un sursaut de conscience devant les turpitudes dont souffrent la métropole et d\u2019autres villes de notre catholique province.Faut-il rappeler les terribles paroles que prononçait le pape Pie XII, le 27 avril 1947?Malheur à tant de chrétiens de nom et d\u2019apparence qui pourraient et devraient.se lever comme des légions de personnes intègres et honnêtes, prêtes à combattre par tous les moyens le scandale! La justice légale punit \u2014 c\u2019est son devoir \u2014 le meurtrier d\u2019un petit enfant.Mais ceux qui ont armé le bras de ce dernier, qui l\u2019ont encouragé, qui, indifférents ou peut-être encore avec un sourire indulgent, l\u2019ont laissé faire, quelle justice, quelle législation humaine osera jamais ou pourra, même si elle le voulait, les punir comme ils le méritent ?En toute vérité, ce sont eux les vrais coupables, les grands coupables! Sur eux, corrupteurs volontaires ou complices inertes, pèse la justice terrible de Dieu.Et le 26 mars 1950, le même Pape déclarait : C\u2019est un crime de lèse-société que de donner droit de cité au délit sous prétexte de sentiments humanitaires ou de tolérance civile.Le Comité de Moralité publique ne veut pas mériter un jugement aussi sévère.Et il fait appel à tous les citoyens respectables pour qu\u2019ils joignent ses rangs.La pègre ne désarme pas.Pour lui tenir tête et la vaincre, la légion du bien ne doit, elle non plus, à aucun moment désarmer.(Nota bene.\u2014 Le secrétariat du Comité est situé au 266, rue Saint-Jacques (ouest), suite 305, Montréal.Tél.: HA.6204.) Le congrès de VACELF à Saint-Boniface Louis CHARBONNEAU PENDANT CINQ JOURS, du 7 au 11 août, on peut dire que Saint-Boniface a été la capitale du Canada français.La jeune mais vigoureuse Association canadienne des Éducateurs de langue française (ACELF) y tenait son cinquième congrès national, le plus considérable et le plus important peut-être de ceux qu\u2019elle a tenus depuis sa fondation.Il a été une manifestation éclatante de la solidarité du Canada français dans le domaine de l\u2019enseignement.La vie de l\u2019ACELF accuse, depuis sa fondation, une courbe ascendante qui n\u2019a pas l\u2019air de vouloir s\u2019arrêter ni décliner.Le premier congrès, celui d\u2019Ottawa en 1948, ne fut qu\u2019une réunion d\u2019organisation destinée à mettre sur pied cette fédération immense qui groupe les éducateurs de langue française de toutes les provinces du Canada et de U Association canadienne des Éducateurs de langue française {ACELF) a tenu, au début d'août, son cinquième congrès à Saint-Boniface {Manitoba).M.Louis Charbonneau est bien qualifié pour commenter l\u2019événement.Premier président de VACELF, il est né en Ontario, a fait ses études secondaires dans le Québec et a passé dix ans dans l\u2019Ouest.Il a été professeur et inspecteur d\u2019écoles en Ontario et président de la Commission des écoles séparées d\u2019Ottawa.tous les secteurs de l\u2019enseignement, depuis le jardin d\u2019enfants jusqu\u2019à l\u2019université: enseignement primaire, secondaire, commercial, technique et professionnel.L\u2019Association a aussi ouvert ses portes aux grands organismes d\u2019enseignement collectif, comme la presse, la radio et le cinéma, aux organismes d\u2019enseignement populaire, aux commissions scolaires et aux associations de parents.Les congrès de 1949, 1950 et 1951, tenus à Québec, à Montréal et à Memramcook, ont marqué, chacun à leur manière, une avance dans la bonne direction.Ils ont resserré davantage les liens qui doivent exister entre les groupes de langue française des différentes provinces.Ils ont amené 248 RELATIONS aussi une meilleure compréhension entre les secteurs variés de l\u2019enseignement.On se rend compte de plus en plus que l\u2019éducation d\u2019un peuple est une vaste entreprise coopérative, qui exige la collaboration intense et sincère de trois grandes institutions: la famille, l\u2019Église et l\u2019État.L\u2019ACELF, par ses congrès, par ses publications et par ses diverses initiatives, est une démonstration concrète de cette thèse fondamentale de l\u2019éducation catholique.Cela est particulièrement vrai du congrès de Saint-Boniface.On a pu écrire avec raison qu\u2019il a été le plus grand événement de l\u2019année dans la vie du Canada français.Ce succès est attribuable, sans doute, à l\u2019importance des délibérations et des résolutions adoptées; mais il l\u2019est aussi aux circonstances qui ont contribué à donner aux réunions des éducateurs de langue française un éclat particulier.Il y avait d\u2019abord le lieu de la réunion, la ville de Saint-Boniface, qui rappelle les origines françaises et catholiques de l\u2019Ouest canadien.Le congrès coïncidait avec le centième anniversaire de la mort de Mgr Joseph-Norbert Provencher, premier apôtre, premier évêque et aussi premier instituteur de l\u2019Ouest canadien.L\u2019événement fut marqué, le dimanche 9 août, par le dévoilement d\u2019un monument érigé à la mémoire de ce grand missionnaire.La cérémonie avait attiré à Saint-Boniface les plus hautes personnalités de l\u2019Église canadienne: S.\tÉm.le cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, Leurs Exc.NN.SS.Maurice Roy, archevêque de Québec, Marie-Joseph Lemieux, O.P., archevêque élu d\u2019Ottawa, Arthur Béliveau et Maurice Baudoux, archevêque et archevêque-coadjuteur de Saint-Boniface, Philip Francis Pocock, archevêque de Winnipeg, et un grand nombre d\u2019évêques de l\u2019Ouest canadien.Ces augustes représentants de l\u2019Église ont daigné prendre part aux assises de l\u2019ACELF et leur ont donné ainsi un éclat et une portée considérables.Le gouvernement du Manitoba et l\u2019université provinciale ont aussi participé activement aux cérémonies du centenaire et au congrès de l\u2019ACELF.Le 7 août, l\u2019ouverture du congrès avait lieu à l\u2019Université du Manitoba, sous la présidence du Dr Victor Sifton, chancelier de l\u2019Université.S.Exc.M.l\u2019ambassadeur Jean Désy y proclama hautement l\u2019importance du français dans la vie canadienne.Dans une pièce magistrale, qu\u2019il nous est impossible de résumer, il donnait aux éducateurs et à tous les Canadiens français un excellent mot d\u2019ordre, celui de « nous singulariser par notre excellence, car notre supériorité ne peut être que d\u2019ordre qualitatif ».De son côté, le professeur J.B.Rollit, directeur de l\u2019École de commerce et adjoint du président de l\u2019Université du Manitoba, proclamait ouvertement, et en excellent français, que la culture française est considérée par l\u2019Université du Manitoba comme une partie intégrante de son programme d\u2019études et de la culture traditionnelle de la province.Les éducateurs de langue française, surtout ceux du Manitoba, ont accueilli avec plaisir cette importante déclaration.Le dimanche 9, le premier ministre du Manitoba, l\u2019hon.Douglas Campbell, à l\u2019occasion du dévoilement du monument de Mgr Provencher, loua en termes émus et éloquents l\u2019œuvre apostolique et éducatrice du premier évêque des Prairies et de ses successeurs.Le lendemain, il présidait le déjeuner offert par le gouvernement du Manitoba aux éducateurs de langue française et, le 10 août, il assistait, avec le lieutenant-gouverneur de la province, au banquet officiel de l\u2019ACELF au Collège de Saint-Boniface.On s\u2019accorde à dire que le congrès des éducateurs et le centenaire de la mort de Mgr Provencher ont donné lieu à une heureuse série de rencontres entre les éducateurs de langue française et les autorités civiles du Manitoba.Ces rencontres se firent sous le signe de la courtoisie, de la cordialité et de l\u2019espérance.Il faut aussi mentionner la visite du parlement provincial, où les délégués de l\u2019ACELF et de la Liaison française furent accueillis par un Franco-Manitobain, l\u2019hon.M.Préfontaine, le sympathique député de Carillon, ministre des Affaires municipales.Au cours de leur visite, les délégués de l\u2019Est ont pu constater que le Manitoba français, grâce surtout à son Collège de Saint-Boniface, possède, dans la vie politique, dans la magistrature, dans les professions libérales, des chefs dignes de leurs distingués prédécesseurs, les Royal, les Girard, les Bernier, les Dubuc, les Larivière, les Prendergast et les Prud\u2019homme.Une excursion dans la campagne manitobaine, le dimanche après-midi, avec arrêt dans certaines paroisses rurales, fut peut-être, pour les visiteurs de l\u2019Est, la plus éclatante démonstration de la survivance française au Manitoba.Mais la visite de la paroisse du Sacré-Cœur de Winnipeg, desservie par les RR.PP.Oblats, et de l\u2019école paroissiale nous a rappelé que les lois spoliatrices de 1890 et de 1916 existent encore et que les paroles de Mgr Taché sont toujours vraies: « Une question n\u2019est réglée que lorsqu\u2019elle l\u2019est avec justice et équité.Le droit prime la loi, l\u2019équité vaut mieux que la légalité.» Le Festival de la Chanson, offert en hommage au Conseil de la Vie française, révéla aux milliers d\u2019auditeurs qui remplissaient le grand Auditorium de Winnipeg, le samedi 8 août, que la jeunesse franco-manitobaine chante encore, et magnifiquement bien, les chansons des aïeux.Cette ardente jeunesse peut dire, comme la voix qui parlait à Maria Chapdelaine: « Nous sommes venus il y a cent ans et nous sommes restés.Nous avions apporté nos prières et nos chansons; elles sont toujours les mêmes.Nous sommes un témoignage.» Le même soir et dans la même salle, le Cercle Molière, bien connu dans tous les milieux culturels du Canada, nous donna une brève mais excellente démonstration de la culture franco-manitobaine.Le dimanche 9 août, encore dans le grand Auditorium de Winnipeg, les différents groupes ethniques du Manitoba présentèrent, en hommage à S.Ém.le cardinal Léger et à l\u2019occasion du congrès de l\u2019ACELF, un festival de folklore très révélateur des richesses culturelles du Canada.Tour à tour, Écossais, Irlandais, Hollandais, Allemands, Israélites, Lithuaniens, Italiens, Ukrainiens, Polonais, Chinois et naturellement Canadiens français offrirent à l\u2019éminent prince de l\u2019Église un bouquet tiré des richesses folkloriques de leurs cultures traditionnelles.Mais ce n\u2019est là que le cadre du congrès, cadre magnifique et inspirateur, il faut l\u2019admettre, qui créa une atmosphère de fierté, d\u2019enthousiasme et d\u2019optimisme.Ces sentiments pénétrèrent toutes les délibérations des éducateurs.On peut se faire une idée de l\u2019importance des séances de travail par la simple énumération des sujets exposés et mis à l\u2019étude.1.\tBilinguisme et psychologie.2.\tRadio, cinéma, télévision et la langue française.3.\tL\u2019enseignement spécialisé et le français.4.\tMéthodologie de l\u2019enseignement du français.5.\tLe français au foyer et dans la vie sociale.6.\tL\u2019enseignement du français dans les écoles de langue anglaise.7.\tL\u2019enseignement du français dans l\u2019Ouest canadien.8.\tL\u2019enseignement de la religion dans l\u2019Ouest canadien.A chacune des séances, qui furent présidées par des membres de l\u2019épiscopat canadien, les sujets ci-haut mentionnés furent présentés par des spécialistes, discutés par des éducateurs compétents et suivis de résolutions pratiques, qui seront étudiées et mises à exécution par le conseil d\u2019administration et le comité exécutif de l\u2019ACELF.Chacun de ces sujets mériterait un article élaboré.A la seule lecture des titres, on se rend compte de l\u2019importance SEPTEMBRE 1953 249 des délibérations du cinquième congrès de l\u2019ACELF.Le tout sera mis en volume dans un avenir prochain et constituera un ouvrage indispensable à tous ceux qu\u2019intéressent les problèmes de l\u2019éducation au Canada.Impossible aussi de rapporter toutes les résolutions pratiques qui ont été proposées, discutées et adoptées.Qu\u2019il suffise d\u2019en mentionner quelques-unes, d\u2019une portée particulièrement vitale.Par l\u2019un des vœux adoptés, on exprime le désir que l\u2019un des prochains congrès soit consacré entièrement à la méthodologie du français parlé et écrit.On a aussi recommandé la création d\u2019une commission permanente qui serait chargée de faire une enquête objective sur l\u2019état de la langue française au Canada et de suggérer les moyens à prendre pour améliorer la qualité de notre langue.Une autre résolution demande que l\u2019un des prochains congrès étudie le difficile problème du bilinguisme.Il ne faut pas oublier que les éducateurs de langue française du Canada sont catholiques.Leurs devoirs d\u2019éducateurs catholiques leur ont été rappelés d\u2019une façon émouvante au banquet de clôture par S.Êm.le cardinal Léger.L\u2019Église n\u2019est pas seulement une éducatrice, a-t-il déclaré.Elle est une mère.C\u2019est dans la mesure où nous demeurerons dans son sein que nous subirons son influence salutaire et que nous communiquerons aux autres le fluide divin de la grâce sans lequel toute éducation devient stérile et sou- vent principe de mort.L\u2019éducateur chrétien doit avoir le souci de transmettre la vie de l\u2019âme tout autant que celui de préparer les examens du programme officiel.La liste des noms des diplômés qu\u2019il aura formés doit être la même que l\u2019Église consultera pour y choisir ses apôtres, ses défenseurs et ses membres les plus influents.C\u2019est le vœu du Vicaire de Jésus-Christ, Notre Très Saint Père le Pape.Que ce soit le vœu du congrès auquel nous prenons part.Ce sont là les dernières paroles que les congressistes ont entendues.Ils les conservent dans leur cœur comme le bouquet spirituel d\u2019une magnifique retraite d\u2019éducateurs sur les bords de la rivière Rouge.Un congressiste ne peut conclure sans un mot de félicitations à l\u2019adresse des autorités de l\u2019ACELF et du comité d\u2019organisation si dignement dirigé par le R.P.d\u2019Auteuil Richard, S.J., recteur du Collège de Saint-Boniface.Il convient aussi de saluer respectueusement le vénérable archevêque de Saint-Boniface, S.Exc.Mgr Arthur Béliveau, doyen de l\u2019épiscopat canadien, qui a assisté à presque toutes les séances du congrès, et son sympathique et dynamique archevêque-coadjuteur, S.Exc.Mgr Maurice Baudoux, fils de l\u2019Ouest canadien, qui a adressé aux congressistes un message vibrant et réconfortant.Salut, enfin, aux éducateurs et éducatrices du Manitoba français et de tout l\u2019Ouest canadien que nous connaissons mieux maintenant et que nous aimons davantage! «CONVERTIS DU XX* SIÈCLE » Alexandre DUGRË, S.J.IA MODE est aux conversions.Qui cherche Dieu le trouve.Depuis la guerre, en huit ans, plus d\u2019un million d\u2019Américains sans religion, ou sans religion vraie, sont devenus catholiques, pas seulement pour mourir, pour vivre.En Europe de même, les grands esprits, effrayés des sombres terminus de l\u2019incroyance, \u2014 négation communiste ou existentialiste, \u2014 reviennent au bon sens.Cent vingt mille conversions par année, c\u2019est quelque chose; et pourtant l\u2019on s\u2019accuse de ne pas assez faire, d\u2019être moins zélé que les prédicants baptistes de porte en porte.Mgr Wright, de Worcester, veut plus que des missions étrangères; il réclame des missions domestiques, nationales, car « s\u2019il y a des païens à Bornéo, il y en a tout plein (plenty) à Boston; aux îles du Pacifique, et aussi à Long Island ».Un louable effort de propagande des Chevaliers de Colomb donne un rendement remarquable.Leurs annonces payées dans les journaux et revues se traduisent en 1953 par 1,130,753 demandes de renseignements (au Canada 74,245), et par 98,513 inscriptions aux cours de catéchisme (8,732 au Canada).On emploie les automobiles-chapelles et tribunes; on reproche aux laïcs de ne recruter personne; on demande carrément aux associés des clubs neutres ou des affaires: « Avez-vous déjà invité quelqu\u2019un à la messe, au salut, à visiter l\u2019église?.» Un P.O\u2019Brien a publié le récit de quinze grandes conversions dans The Road to Damascus.Le chemin de Damas est joliment encombré de chevaux renversés, de convertis remarquables, tels le sénateur Wagner, l\u2019ambassadrice Clare Boothe Luce, Broun, Ford, etc.Ce n\u2019est pas vanité de collectionner les abjurations comme on collectionne des papillons, des roches ou des timbres.Le but est de citer des exemples, de stimuler des imitateurs, pour donner l\u2019Amérique au Christ et le Christ à l\u2019Amérique.Ne faut-il pas mettre à la tête des politiques humaines la politique du Pater, du règne de Dieu ?L\u2019Europe aussi bouge et travaille l\u2019opinion.Le P.Rossi a publié Hommes revenus au Christ, sur le retour de trente et un intellectuels italiens.Une série belge arrive de chez Cas-terman, qui mérite mieux qu\u2019une bibliographie ordinaire: Convertis du XXe siècle; c\u2019est l\u2019aventure de quinze convertis de partout, ramassée en fascicules de seize pages, d\u2019une lecture attachante.Dix autres fascicules déjà publiés n\u2019attendent que les cinq suivants pour un deuxième volume de deux cent cinquante pages, encore par divers auteurs.On trouve là toute la géographie, tous les canaux de la grâce et toutes les variétés de chercheurs inquiets: Juifs, Italiens, Anglais, Français, Japonais.Presque toujours on trouve une aide, homme ou femme, qui donne le coup de pouce, qui déclenche le geste décisif: le peintre Maurice Denis pour le peintre hollandais Verkade, converti jeune en plein Paris, et futur bénédictin.Pour les Maritain, c\u2019est Bergson, Juif pas baptisé, et Bloy, mystique enragé, mendiant ingrat, raté de génie, pamphlétaire malsonnant, amené lui-même à Dieu par Barbey d\u2019Aurevilly, le poseur qui portait ses fameuses cravates à dentelle aux messes tardives et qui ne faisait pas ses pâques.Mystères de la grâce.Cet incroyable grognard de Bloy, qui hurle contre les gens et les écrits dévots, convertit la Danoise Molbech, coupable de l\u2019objection: « Comment se fait-il que vous, homme supérieur, vous soyez catholique ?\u2014 C\u2019est peut-être à cause de cela que je le suis! » Bloy, vieilli, aigri, se jugera durement comme il a jugé les autres: « Je n\u2019ai pas fait ce que Dieu voulait de moi, c\u2019est certain; et me voici à soixante-huit ans, n\u2019ayant dans les mains que du papier.» 250 RELATIONS Peut-être bien, mais des papiers immortels: le Salut par les Juifs, la Femme pauvre, le Sang du pauvre, Sueur de sang.Et la conversion des Maritain et d\u2019autres, et ce réveil des « endormis dans la graisse de la terre », et ces rappels du credo final, de la communion des saints, du purgatoire, du jugement et de la résurrection font de lui une espèce de prophète, Êzéchiel ou Jérémie, mais farouche et vert: « Tout homme qui n\u2019est pas un saint est un cochon! » Voilà qui frappe où le sermon n\u2019atteint pas.* Le docteur normand de Rouen, Charles Nicolle (1866-1936), de l\u2019Institut Pasteur de Paris et de Tunis, prix Nobel de médecine pour ses découvertes sur les maladies infectieuses, a d\u2019abord pris le large, mais en gardant la nostalgie du divin.Comme Pasteur, « il ne veut pas mourir comme meurt un vibrion.C\u2019est le cœur qui sent Dieu, et non la raison ».Il s\u2019inquiète de ses écrits rationalistes: Je me demande si je n\u2019ai pas lancé quelques messagers porteurs de fausses nouvelles, qu\u2019il me serait impossible de rappeler à moi.On ne force pas sa raison sans qu\u2019elle témoigne d\u2019impuissance ou qu\u2019elle déraille.Elle est aussi incapable de résoudre les problèmes étrangers au domaine purement humain que notre estomac à digérer des pierres.Jolie rétractation pour un rationaliste! Comme appuis moraux, il eut un excellent architecte, un Père Blanc occupé aux fouilles de Carthage, Mgr Lemaître, qui concluait d\u2019une discussion: « Mais c\u2019est le diable, ma parole! » Et un Jésuite de Savoie lui fit admettre ceci: L\u2019immortalité de l\u2019âme satisfait notre sentiment du juste.Nous souffrons assez ici-bas de dénis de justice pour ne pas espérer qu\u2019il est un au-delà où le bien aura sa récompense.Le docteur Nicolle écrit à Léon Daudet: Puisque la raison est incapable d\u2019expliquer la biologie de la genèse des vivants, inutile de chercher d\u2019autres explications que la traditionnelle.Je fais donc comme toi: je me rallie.Une espèce de testament est encore plus clair: Je meurs dans la religion catholique romaine, où je suis rentré en août 1935,.convaincu que la raison humaine est impuissante à expliquer les faits de la vie, me sentant une responsabilité vis-à-vis de mes lecteurs.Je remercie ceux qui m'ont guidé dans cette orientation : Marie-Jeanne L.et le R.P.Le Portois.* Jacques Rivière (1886-1925) ne dure pas trente-neuf ans.Fils de grand médecin de Bordeaux, il perd sa mère à dix ans et la foi à dix-huit, alors qu\u2019une belle-mère haïssable et faussement pieuse le révolte et l\u2019enrage.Il est orgueilleux, mais il cherche et veut la vérité: « Je voulais tout savoir, écrira-t-il à sa fiancée Isabelle.Je pensais que rien n\u2019était plus beau que de tout savoir.Je pensais que je serais le plus puissant esprit de mon temps, et que rien ne m\u2019échapperait.» Il est rattrapé par Claudel après s\u2019être dégoûté de Gide, « qui est comme la dégustation éphémère de fruits délicieux qui laissent au palais un souvenir écœurant ».J'ai passionnément cherché, dit Gide.Et Claudel répond: J'ai trouvé.Prisonnier de guerre en 1914, Jacques étudie les traces de Dieu, mais avec de vilains retours sensuels: Eh bien non, cela ne compte pas! Je m\u2019aime trop pour vouloir me changer.Je suis tel et je resterai tel.Je refuse de préférer Dieu à moi.Tout de même, il va à la messe, il s\u2019émeut à l\u2019évangile, il relit la Bible et donne raison à Claudel.Après un triste deuil, il pousse ce cri de l\u2019amour parfait: « Mon Dieu, je vous remercie pour tant de joie! » Rapatrié en juillet 1918, il se consacre aux lettres.Il s\u2019égare parfois, sans jamais renier Dieu.Comme l\u2019écrit Mauriac: « S\u2019il paraissait avoir choisi la voix large, il protestait de ne pas renoncer à Dieu.C\u2019est le conseil que je donne à d\u2019autres: « Ne jamais lâcher la houppe du manteau.» * Et maintenant un Américain, millionnaire dans les huiles, Kenyon Reynolds (1892.), qui passe du meilleur protestantisme au catholicisme, et de la Standard Oil à l\u2019autel, au monastère.Ces Américains!.Né au Michigan, élevé en Californie, septième enfant de protestants sérieux qui font, même le matin, la prière en famille, Kenyon sera ingénieur, friand de Bible même à l\u2019université, et boudant le genre catholique: « Pas d\u2019intermédiaire entre l\u2019homme et Dieu! » Quand il a vingt ans, son frère aîné, séminariste protestant, tourne subitement séminariste catholique, et lui-même rencontre sa future épouse, une catholique.Le pétrole monte aux honneurs: cet or noir de Californie attire les aventuriers, encore plus notre ingénieur.La prospérité gonfle ses voiles, mais raccourcit ses prières.Incapable de protestantiser sa fiancée, il se soumet au mariage mixte et aux cours de religion préparatoires; il accompagne sa femme à l\u2019église, « pour ne pas la laisser aller seule au milieu d\u2019individus grossiers » (les catholiques, merci!).Une nuit d\u2019affreux ouragan, il promet d\u2019étudier la religion de sa femme.Une fois le danger passé, n\u2019est-ce pas?.Treize ans après, il l\u2019étudiera.Dieu sait attendre.L\u2019homme d\u2019affaires est accaparé partout: la gazoline le mène au Texas le plus sauvage.Reynolds n\u2019est plus spirituel, ni humain; il est technicien, matérialiste, esclave de sa fortune.Et pourtant, il réfléchit.En 1926, il voyage.A Rome, il admire l\u2019union de la foi et de la vie quotidienne.S\u2019il y déteste l\u2019exploitation des pèlerins, il détestera aussi Ja confiscation des anciens cloîtres anglais par Henri VIII et Élisabeth.La mort subite, chez lui, de son frère prêtre l\u2019impressionne, surtout par les réflexions des confrères « qui semblent voir dans la mort l\u2019atteinte du but de la vie ».Où donc leur Église puise-t-elle ses promesses du bonheur qu\u2019elle prétend distribuer ?Le Christ a dit: Qui croit en moi vivra éternellement.L\u2019on s\u2019étonne des réflexions religieuses de ce jeune millionnaire en santé.C\u2019est qu\u2019il compare sa fortune périssable à l\u2019impérissable.Désireux de s\u2019informer, il retrouve le prêtre délicat qui a prononcé l\u2019éloge de son frère.Et deux fois par semaine, pendant plus d\u2019un an, ce riche de quarante ans va s\u2019instruire du Christ continué dans son Église, l\u2019unique Église, celle du Pape.Le souvenir vénéré de ses père et mère le freine, mais ne tient pas devant sa logique réaliste.Écrasant l\u2019orgueil de son esprit, il devient confiant et simple comme un enfant.Tout revient au choix: se rebeller contre Dieu ou se soumettre à Rome.Le dernier coup de pouce lui vient des calomnies protestantes exagérées.En 1933, il reçoit le baptême et l\u2019eucharistie; en 1951, après la mort de sa femme, il monte au sacerdoce et à la vie bénédictine, pour se rapprocher de Dieu, pour mieux le remercier des grâces accumulées sur lui.* Ce qui frappe, c\u2019est la jeunesse de ces inquiets, si heureux ensuite, qui cherchent Dieu à un âge où nos catholiques bien assis cherchent autre chose.Le plus souvent, la mère était bonne chrétienne, même pieuse.Le docteur Nicolle avouera carrément: « Cela ferait trop de peine à ma mère si je ne mourais pas dans la religion où elle est morte.» Ces victo- SEPTEMBRE 1953 251 rieux ne sont pas des enfants, ni des noceurs, ni des révoltés par les dix sous d\u2019une place de banc, comme nos apostats de l\u2019ignorance.Presque tous sont des intellectuels qui remontent le courant; plusieurs craignaient de se suicider l\u2019esprit en acceptant la discipline du pape.Mme Boothe Luce note trois points curieux: 1° le non-catholique rarement se sert de sa tête; 2° le cœur est le chemin; 3° le catholique doit y employer tête et cœur pour La Société l\u2019Assomption Calixte-F.SAVOIE TA SOCIÉTÉ L\u2019ASSOMPTION, dont le siège social est à Moncton (Nouveau-Brunswick), célébrera cette année le cinquantième anniversaire de sa fondation.Les 5 et 6 septembre prochain, à l\u2019occasion de ce cinquantenaire, de grandes manifestations religieuses et patriotiques se dérouleront à Boston et à Waltham (Mass.).Plusieurs hauts dignitaires \u2014 tant religieux que civils \u2014 du Canada français et de la Nouvelle-Angleterre seront de la fête, qui promet d\u2019attirer beaucoup de monde.Une magnifique statue de Notre-Dame de l\u2019Assomption, érigée en l\u2019honneur des fondateurs, sera dévoilée à Waltham, au cours de l\u2019après-midi du dimanche 6 septembre.C\u2019est à Waltham, en effet, dans une petite salle nommée Lafayette, et qui existe encore, que la Société l\u2019Assomption fut fondée.Le 8 septembre 1903, une poignée d\u2019Acadiens \u2014 une quinzaine, affirme-t-on \u2014 jetaient les bases de ladite société, dont le but principal était de rallier sous un même drapeau les fils de ces héros qui avaient préféré tout quitter plutôt que de trahir leur Dieu et leur langue.Le même jour, les fondateurs organisaient notre fameuse Caisse écolière, dans le dessein de préparer les chefs de demain.Il n\u2019était pas question d\u2019assurances à ce moment.Ce n\u2019est que plusieurs années après qu\u2019on s\u2019intéressa à cette question.Les débuts de la Société furent lents.Il fallait d\u2019abord retracer les nôtres aux États-Unis et au Canada, et les ressources manquaient.D\u2019autre part, les prophètes de malheur, les indifférents, les sceptiques ne manquèrent pas d\u2019éprouver l\u2019œuvre naissante.Mais des fondateurs de la trempe de ceux qui ont présidé aux origines de notre Société n\u2019étaient pas hommes à se laisser abattre par les difficultés.Ils avaient pour ambition d\u2019organiser le plus grand nombre possible de foyers patriotiques où les nôtres pussent se réunir, faire revivre les traditions des ancêtres et chercher à résoudre en commun au moins une partie des nombreux problèmes auxquels ils devaient faire face.Ces succursales, comme on les a appelées, \u2014 la première, la succursale Acadie, ayant pris naissance le jour même de la fondation, \u2014 se multiplièrent graduellement.Dès les premières années, quelques-unes firent leur apparition en Nouvelle-Angleterre.Plus tard, la succursale Evangéline voyait le jour à Bouc-touche (Nouveau-Brunswick).Le nombre de ces foyers d\u2019éducation chrétienne et de vie patriotique dépasse aujourd\u2019hui les trois cents.D\u2019autres naissent chaque année.On les retrouve partout où il y a des groupements d\u2019Acadiens: dans la région de Chicoutimi, de Montréal, aux îles de la Madeleine, en Gaspésie, en Ontario, en Nouvelle-Angleterre, ainsi que dans les provinces Maritimes.atteindre la tête.Seule l\u2019Église catholique s\u2019impose; seule elle fascine par ses splendeurs et son histoire.C\u2019est l\u2019Église mère, le Christ continué.Le beau xxe siècle, si fort dans la matière, se spiritualisera, ou bien il méritera la boutade de Vigny: « C\u2019était un corps délicieux que Mlle X.Je ne vous assure pas qu\u2019elle ait jamais eu une âme, parce que je n\u2019ai rien vu qui permette de l\u2019affirmer.» Les convertis sauvent la face du monde actuel.M.Calixte-F.Savoie est le président général de la Société VAssomption, la florissante mutuelle acadienne qui célèbre cette année son cinquantenaire.Lorsqu\u2019on parcourt l\u2019histoire de la Société l\u2019Assomption, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019être ébahi par les résultats obtenus.Elle est aujourd\u2019hui la plus grande force financière acadienne.Son actif atteint presque les dix millions de dollars.On devine facilement l\u2019importance d\u2019une telle organisation dans la vie d\u2019un peuple comme le nôtre.Aux ouvriers de la première heure se sont joints une foule considérable de sociétaires: on en compte aujourd\u2019hui plus de 66,000, et le nombre de ceux qui entrent dans les rangs de la Société l\u2019Assomption, surtout depuis quelques années, dépasse toutes les prévisions.Il y a trente ans, par exemple, elle comptait à peine 2,000 membres, et sa valeur en assurance n\u2019excédait pas le million et demi.A la fin de l\u2019année 1953, nous aurons 70 millions d\u2019assurance et environ 70,000 membres.Il serait trop long d\u2019énumérer toutes les réalisations de notre Société; mais, pour l\u2019intérêt de nos lecteurs, citons quelques faits et présentons certains chiffres.* Dans le domaine économique, nous l\u2019avons déjà mentionné, la Société l\u2019Assomption a joué un très grand rôle et continue de le faire.Elle a déjà mis à la disposition de nos paroisses et de nos diocèses plus de vingt millions de dollars, contribuant ainsi à la construction de cathédrales, d\u2019églises, de couvents, de collèges, d\u2019hôpitaux, de sanatoriums et d\u2019écoles.Pour fonder ces institutions qui manquaient chez nous, il fallait une société comme la nôtre, puisque les Acadiens ne pouvaient compter sur les autres.Grâce à leur Société, les Acadiens ont même été capables de fournir plus d\u2019un million de dollars, en une seule journée, à un emprunt de la victoire lancé pendant la dernière guerre: fait unique au Nouveau-Brunswick.Exploit significatif, quand on connaît les misères du peuple qui l\u2019a accompli.On dira peut-être: les Acadiens ont versé beaucoup d\u2019argent à leur Société depuis sa fondation, qu\u2019en ont-ils retiré ?Ils ont bénéficié, en retour, de plus de quatre millions, soit sous forme d\u2019assurance à la mort, soit autrement.Le rôle joué par la Société l\u2019Assomption dans le domaine économique suscite l\u2019admiration de tous, c\u2019est vrai; mais il y a plus.Nous avons mentionné plus haut sa Caisse écolière.C\u2019est bien là que nos fondateurs ont fait preuve d\u2019une prévoyance et d\u2019un amour pour la race vraiment exceptionnels.Au jour même de la fondation, ils s\u2019engagent à verser mensuellement, dans un fonds commun, la minime somme de dix sous, en vue de faire instruire des jeunes Acadiens qui deviendront plus tard les chefs de file dont on avait alors tant 252 RELATIONS besoin.Si nous pouvions faire instruire deux ou trois jeunes Acadiens, pensent les fondateurs.Utopie, aux yeux des défaitistes.Depuis cinquante ans, les dix sous des sociétaires n\u2019ont cessé de rouler, et le nombre de protégés, d\u2019augmenter.Leurs dix sous et ceux de leurs continuateurs ont contribué à payer un cours de collège à plus de huit cents jeunes Acadiens.On n\u2019avait sans doute jamais prévu pareil succès.Cette minime contribution mensuelle a permis à la Société l\u2019Assomption de visiter plus de huit cents foyers acadiens et de dépenser pour l\u2019instruction des jeunes la jolie somme de $526,000.Et la roue continue de tourner: chaque année, c\u2019est environ $25,000 qui sont dépensés à cette fin.Donner des chefs à l\u2019Acadie, tel était le rêve de ces apôtres.Quelle doit être la joie des quelques survivants de la première heure de pouvoir admirer la phalange d\u2019éducateurs, d\u2019hommes de profession libérale, d\u2019agronomes, de cultivateurs instruits, de chefs qu\u2019ils ont donnés à l\u2019Acadie renaissante! On remarque parmi ces protégés quelque quarante religieuses, trente et un prêtres et deux évêques.Ceux qui assisteront \u2014 les plus anciens en particulier \u2014 aux fêtes de septembre voudront sans doute évoquer et revivre des souvenirs, relater des faits vécus au cours de l\u2019existence de cette société bienfaisante.Ces faits ne manquent pas, et il en est qui sont particulièrement touchants.Nous venons de mentionner la Caisse écolière.Il faut connaître certains événements qui se sont produits depuis 1903 pour en saisir tout le sens.Un exemple: il y a quelques années, un jeune clerc gravissait les degrés de l\u2019autel dans la paroisse de La Vernière, aux îles de la Madeleine.Le nouveau prêtre, le curé de la paroisse et l\u2019évêque qui présidait à l\u2019ordination avaient tous les trois bénéficié de la Caisse écolière.Sur le rôle culturel, social et religieux de la Société l\u2019Assomption, il y aurait beaucoup à dire.Elle a épousé toutes nos causes.Elle s\u2019est appliquée à revendiquer nos droits scolaires.La presse catholique et acadienne est grandement redevable à sa bienfaisance.Par sa caisse universitaire, elle vient en aide à nos étudiants qui embrassent la carrière de leur choix à leur sortie du collège; et elle a versé plus de $5,000 à différentes maisons d\u2019éducation supérieure.En faveur de la religion, ses activités éclipsent toutes les autres.Elle a bien mérité de l\u2019Église d\u2019Acadie, non seulement en lui préparant, par sa Caisse écolière, des prêtres et des évêques, mais en souscrivant, par exemple, $3,000 à la construction de l\u2019église-souvenir de Grand-Pré et en offrant un cadeau de $1,000 à chacun des cinq évêques acadiens, lors de leur élévation à l\u2019épiscopat.Depuis 1938, elle publie un calendrier marial qui est distribué dans des milliers de familles acadiennes.Rayonnant au dehors, elle organisa, en 1932, une vaste campagne en faveur de la proclamation du dogme de l\u2019Assomption, ce qui lui permit d\u2019adresser à Sa Sainteté Pie XII cinquante-quatre volumes aux couleurs mariales, contenant 410,000 signatures.Elle lui offrit, en outre, un cadeau de $1,200, à l\u2019occasion de son jubilé sacerdotal.* Nous avons voulu, en toute simplicité, présenter notre belle Société l\u2019Assomption.Le tableau que nous venons de tracer demeure incomplet; nous espérons qu\u2019on y verra tout de même pourquoi nous aimons cette société acadienne et comment sa devise \u2014 Union, charité, protection \u2014 constitue pour nous un puissant réconfort.LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES René LatOURELLE, S.J.: Etude sur les écrits de saint Jean de Brébeuf, t.II.Collection « Studia », n° 9.\u2014 Montréal, Scolasticat de l'Immaculée-Conception, 1953.271 pp., 24.5 cm.DANS LA PRÉFACE de cet ouvrage, qu\u2019on lit au début du premier tome, notre jeune et brillant historien M.Guy Frégault écrit: « Seul un historien capable de pénétrer le sens des faits et de ces ensembles de faits cohérents qui composent des situations pouvait conduire avec autant de sûreté une telle entreprise d\u2019érudition et la faire déboucher sur d\u2019aussi vastes perspectives.» On comprend encore mieux pareil éloge après avoir lu le tome second de cette thèse de doctorat.Aux deux sections du premier tome (liste et critique des documents, puis étude de deux Relations écrites en 1635 et 1636; voir Relations, sept.1952, p.250), font suite, dans le tome second, trois sections où l\u2019A.présente et commente les « lettres imprimées », puis les « lettres autographes », enfin, les « notes spirituelles » du saint, à quoi il joint deux textes hurons avec leur version française.Les lettres imprimées et les autographes, qui comprennent cinq inédits, sont l\u2019objet des plus savantes annotations: nous avons sous les yeux texte et traduction en même temps que la critique et les remarques de l\u2019A.Information considérable où l\u2019A.excelle à fournir pour chaque affirmation une preuve ou un doublet emprunté à des écrits d\u2019autres Jésuites contemporains.Ces simples rapprochements constituent un lucide commentaire et soulignent l\u2019exactitude des détails contenus dans les écrits du saint.Plus enrichissante encore, la section qui traite des notes spirituelles de Brébeuf: précédée d\u2019une longue étude, synthèse de doctrine ascétique et mystique d\u2019une rare netteté, cette section retrace étape par étape l\u2019itinéraire qui a conduit Brébeuf aux sommets de la vie spirituelle et au martyre.Si la vertu de cette période dite mystique a pu paraître surfaite à certains esprits attardés, et peu sûre la chronique qui nous l\u2019a racontée, l\u2019une et l\u2019autre reçoivent ici un nouveau et éloquent témoignage d\u2019authenticité.On ne saurait exagérer le profit spirituel que le lecteur sérieux retirera au contact de saint Jean de Brébeuf.Les deux tomes forment une œuvre difficile à dépasser, peut-être même à compléter, et qui se classe parmi les plus solides et les plus intelligentes publications d\u2019histoire canadienne.Œuvre qui instruira les historiens, les ethnologues, les missionnaires, les auteurs spirituels autant que les profanes, inspirant aux uns le goût de l\u2019histoire compétente, illustrant pour les autres le sens spirituel des faits qui la constituent.Nous avons compté près de 1,500 notes où l\u2019A.distribue, en caractères minuscules qui couvrent parfois l\u2019équivalent d\u2019une pleine page, les explications utiles.Tables et index facilitent la consultation, et quatre planches nous offrent des spécimens de l\u2019écriture de Brébeuf.Impossible de trop louer cet ouvrage écrit dans une langue élégante et simple, qui effacera le préjugé d\u2019après lequel l\u2019histoire scientifique ne saurait être autrement qu\u2019austère.Collège Sainte-Marie,\tGeorges-Émile Giguère.Montréal.N.Peters, J.Décarreaux: Notre Bible, source de Vie.Collection « Renaissance et Tradition ».\u2014 Bruges, Éditions Beyaert, 1950.280 pp., 22 cm.VOILÀ une « introduction à la lecture de la Bible » qui se présente avec amour et piété.C\u2019est le résultat de toute la vie d\u2019étude du Dr Peters que nous livre le traducteur Jean Décarreaux.L\u2019appareil scientifique mis de côté, le cœur a parlé et choisi avec une intelligence docile au souffle de l\u2019Esprit.Un SEPTEMBRE 1953 253 coup d\u2019œil sur les chapitres suffit à nous en convaincre.« La Bible en général » traite de l\u2019interprétation et du sens de l\u2019Écriture.« La Bible et la culture » dégage' la puissance évocatrice de ce texte inspirateur des arts et de la poésie.Sa « lumière religieuse » donne une idée exacte de chacun des livres en rapport avec le Christ.Sa « force religieuse » en fait un livre populaire et édifiant, qui alimente la prière des fidèles, la liturgie et la prédication de l\u2019Église.Enfin, livre de la « consolation », puisqu\u2019il apporte confiance, joie et vie.Peu d\u2019ouvrages sur la Bible renferment pareille richesse.L\u2019âme à la recherche de la vérité en revient rassérénée et fortifiée.Œuvre de pédagogie, qui pousse à une lecture, en montrant le fruit qu\u2019il faut en retirer.Plein de substance, ce travail communique le goût et le respect de notre Bible, source de Vie inépuisable.Maison Bellarmin.Paul-Émile Racicot.G.K.CHESTERTON: L\u2019Église catholique et la conversion.Un essai sur la conversion par un illustre converti.Traduit de l\u2019anglais par Robert Aouad.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1952.99 pp., 18.5 cm.TES LECTEURS français sauront gré à M.Aouad de leur per-mettre de communier à l\u2019expérience qui a conduit Chesterton au sein de l\u2019Église.Le grand écrivain et poète anglais raconte comment il est arrivé à vaincre les préjugés de son temps contre le catholicisme, à s\u2019éprendre de la doctrine de l\u2019Église et finalement à devenir un de ses fils.L\u2019œuvre se recommande non seulement par l\u2019intérêt du sujet et la personnalité de l\u2019auteur, mais encore par la traduction qui est correcte et sobre.Jean-Marc Daoust.U Immaculée-Conception, Montréal.Graham Greene: Essais catholiques.Traduction de Marcelle Sibon.\u2014 Paris, Editions du Seuil, 1953.122 pp., 19 cm.T')ANS CE PETIT LIVRE, groupant six articles et causeries du grand écrivain catholique anglais, je recommanderais volontiers la lecture des deux premiers: « Message aux catholiques français » et « La civilisation chrétienne est-elle en péril ?».On y trouvera une réponse à la fois concrète, originale et profonde à ces deux questions que se posent beaucoup de nos contemporains : « Le chrétien appartient-il au monde ?» et « Qu\u2019est-ce qu\u2019une civilisation chrétienne ?» Renonçant aux définitions abstraites, l\u2019A.répond à cette dernière question en donnant, comme principales caractéristiques d\u2019une civilisation chrétienne, « l\u2019esprit indécis, la conscience inquiète, le sentiment de l\u2019échec personnel » (p.21).« Nous pouvons, devant nos ennemis, ajoute l\u2019A.(p.28), admettre nos crimes, car tout au long de l\u2019histoire, il nous est aussi possible de montrer notre repentir.» Stimule à la réflexion.Richard Arès.Santiago Rodriguez: El Padre Salvado.Un gallego civilizador de Australia.\u2014 Madrid, Consejo superior de misiones, 1944.214 pp., 19.5 cm.C\u2019EST la belle histoire d\u2019un moine bénédictin espagnol, bâtisseur de l\u2019abbaye de Nova Norcia et l\u2019un des plus pittoresques défricheurs du cinquième continent.Sa biographie constitue une page merveilleuse de l\u2019histoire de la Galice, cette partie de l\u2019Espagne qui, pareille à sa sœur celtique, l\u2019Irlande, est une source intarissable de générosité missionnaire.(Dans les trente dernières années, près d\u2019un million et demi de gallegos ont émigré, surtout en Amérique.) Le P.Salvado (1814-1900), fondateur du premier monastère bénédictin en Australie, abbé et évêque, fut pendant cinquante ans un miracle de charité missionnaire, d\u2019adaptation au milieu et de dévouement dans son effort pour bâtir la cité chrétienne en Australie, malgré les obstacles qu\u2019il rencontra de la part des colons européens.Son rêve était de réaliser, parmi les indigènes, un royaume de Dieu qui eût mérité le nom d\u2019Australie du Saint Esprit donné à l\u2019île par les premiers découvreurs espagnols et de renouveler au xix® siècle le geste des grands abbés de son ordre qui bâtirent l\u2019Europe chrétienne au moyen âge.Cette biographie, écrite par un humble maître de village, nous met en appétit et nous fait désirer une œuvre scientifique à la gloire du P.Salvado.Nous l\u2019attendons soit de l\u2019Espagne, soit de l\u2019Australie, puisque le grand moine-évêque les illustre toutes deux.Maison Bellarmin.\tJuan M.Ganuza.ÉDUCATION Joseph DUHR, S.J.: L\u2019Art des arts: Éduquer un enfant.\u2014 Mulhouse, Éditions Salvator, 1953.472 pp., 23 cm.'C'N PARCOURANT le livre du P.Duhr, un vieil éducateur se dira peut-être: « C\u2019est bien ce que je pensais.Ça confirme mon expérience.» Constatation qui lui sera un réconfort.Parents et jeunes maîtres, eux, trouveront auprès de l\u2019A.un guide inspirateur.La documentation de son ouvrage est abondante, et les références, commentées avec à-propos.Les principaux problèmes de l\u2019éducation reçoivent considération perti-tente.Voyez.L\u2019éducation est avant tout formation.Former, cela veut dire développer la maîtrise de soi, la conscience, initier au mystère de la vie, inculquer de bonnes habitudes, orienter vers un idéal exaltant.C\u2019est affermir le sens social et les qualités qui s\u2019y réfèrent: loyauté, respect des autres, reconnaissance, dévouement, sens de la responsabilité, amour de la patrie.C\u2019est faire grandir le chrétien, donner le sens religieux et catholique, préparer à l\u2019apostolat.Tâche impossible si le climat familial ne favorise pas la paix, la joie, l\u2019optimisme, le respect de l\u2019enfant et la tendresse.L\u2019autorité des parents doit s\u2019exercer, sans doute, mais avec mesure.Le jugement du cœur, l\u2019intuition sont indispensables pour ne pas transformer l\u2019autorité en tyrannie étouffante.D\u2019ailleurs, l\u2019exemple des parents, la dignité de leur vie personnelle, leur bonté, leur vie intérieure donnent d\u2019emblée à cette autorité sa vraie efficacité.L\u2019A.étudie ensuite les diverses étapes de l\u2019éducation: période prénatale, le nouveau-né, l\u2019éveil des sens (1-4 ans), de l\u2019esprit (4-7 ans), de la volonté (7-12 ans), du cœur (12-18 ans).Des tables de matières permettent d\u2019utiliser le volume avec profit.A noter, en particulier, les « entretiens à deux » qui ferment chaque chapitre, sortes d\u2019examens de conscience que les parents ne regretteront pas de faire s\u2019ils ont à cœur de mieux accomplir leur devoir.Même si l\u2019on éprouve, ici ou là, le goût de nuancer certaines opinions de l\u2019A., on lui reconnaîtra le mérite d\u2019offrir une doctrine solide avec un esprit compréhensif.Jean-Paul Labelle.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.Louis-Philippe AUDET: Le Système scolaire de la province de Québec.\u2014 Québec, Les Presses universitaires Laval, 1951.362 pp., 18 cm.CE DEUXIÈME TOME d\u2019un ouvrage qui doit en compter onze porte en sous-titre: « L\u2019instruction publique de 1635 à 1800 ».La première partie résume l\u2019histoire de l\u2019enseignement primaire, spécialisé, ménager, secondaire et supérieur sous le régime français; la deuxième porte sur la période de 1759 à 1789; la troisième étudie la première tentative (1789) de législation scolaire; la quatrième considère la situation politique, économique et religieuse de la colonie au début du xix® siècle.L\u2019A.est un chercheur patient.Si la présentation est un peu lourde, on ne le regrette pas trop devant la multiplicité des renseignements qui rendent le volume instructif.Certaines affirmations relatives au projet d\u2019une université neutre, en 1789, appellent d\u2019importantes réserves.En favorisant ce projet, le gouverneur lord Dorchester, sympathique aux Canadiens, était guidé beaucoup plus par des vues politiques que par des desseins protestantisants ou anglicisants.Il en allait tout autrement pour l\u2019évêque anglican Inglis.Un homme sauva la situation: l\u2019évêque de Québec, Mgr Hubert.A deux reprises, M.Audet souligne que l\u2019évêque a offert une opposition plutôt que des propositions.(Voir aussi p.168, note 27.) Il écrit même: « L\u2019attitude de Mgr Hubert.fut inspirée par le désir de protéger la foi de ses ouailles: son refus de collaborer et son manque 254 RELATIONS d\u2019initiative à proposer un autre plan plus acceptable ont entraîné des retards regrettables dans l\u2019établissement d\u2019une institution d\u2019enseignement supérieur.Tous les peuples n\u2019ont pas adopté cette attitude.Les Juifs s\u2019inscrivent aux universités chrétiennes, en suivent les cours, sans pour cela perdre leur foi religieuse.Et les Irlandais font de même: en Amérique, ils ont affilié leurs collèges à des universités non catholiques, comme le St.Michael\u2019s à Toronto, le St.Peter\u2019s Seminary à London.C\u2019est le même cas du collège canadien-français de Saint-Boniface au Manitoba! » (P.215.) Ce raisonnement est sophistique: 1° au point de vue doctrinal, on ne peut comparer le cas des non-catholiques qui fréquentent une institution catholique à celui des catholiques qui fréquentent une institution neutre; 2° dans le cas du St.Michael\u2019s, du Séminaire St.Peter\u2019s et du Collège de Saint-Boniface, il s\u2019agit d\u2019institutions libres, confessionnelles, tandis qu\u2019en 1789 il s\u2019agissait d\u2019une institution publique et neutre dans une province qui avait une population de 160,000 âmes, dont seulement environ 15,000 d\u2019origine britannique.Il y avait un danger réel de protestantisation et d\u2019anglicisation.En agissant comme il l\u2019a fait, Mgr Hubert a été l\u2019un de ces « pères de la patrie » dont parle l\u2019A.à la page 60.Vu les instructions royales et le fanatisme de certains membres de l\u2019oligarchie, on se demande quelle chance il y avait alors d\u2019obtenir le régime scolaire que le droit naturel exigeait pour des catholiques canadiens-français.D\u2019ailleurs, trois pages après le passage cité plus haut, l\u2019A.approuve sans réticence l\u2019attitude de l\u2019évêque: « Mgr Hubert s\u2019opposa carrément au projet.Il avait compris, bien avant la lettre de Pie XI, qu\u2019une école dite neutre ou laïque d\u2019où est exclue la religion est contraire aux premiers principes de l'éducation, car une école de ce genre est pratiquement irréalisable, puisqu\u2019elle devient, en fait, irréligieuse.» Cette troisième partie que nous critiquons n\u2019est pas sans renfermer, comme les autres, des renseignements intéressants, des traits de mœurs qui situent bien une époque.Albert Plante.Maurice Lebel: Pourquoi apprend-on le grec?\u2014 Québec, Les Presses Universitaires Laval, 1952.32 pp., 22.5 cm.IL NOUS fait plaisir de recommander à l\u2019attention de ceux que préoccupent les problèmes d\u2019éducation l\u2019excellente plaquette du professeur Maurice Lebel.L\u2019un des mérites de M.Lebel est de définir avec justesse les objectifs de l\u2019enseignement secondaire et de considérer dans cette perspective l\u2019intérêt que présente l\u2019étude du grec.Avant d\u2019aborder la question principale, \u2014 pourquoi apprendre et enseigner le grec ?\u2014 l\u2019A.expose et discute les diverses opinions en cours, favorables ou opposées au maintien du grec dans le cours classique.L\u2019ouvrage se termine sur une courte mais substantielle bibliographie.M.Lebel est un avocat clairvoyant et optimiste (bien que le ton soit ici ou là inutilement agressif) des avantages que procure l\u2019étude du grec dans un cours de culture générale, et les arguments qu\u2019il invoque sont tirés des grands thèmes de la tradition humaniste: grandeur du génie grec, si proche de la nature par son ingéniosité et, d\u2019autre part, doué d\u2019une puissance rationnelle inventive et toujours soumise au réel; contact avec l\u2019une des sources capitales de la civilisation occidentale; maîtrise accrue dans la langue maternelle.A ces raisons de maintenir le grec dans l\u2019enseignement secondaire, nous ajouterions celle-ci, la plus fondamentale et, à notre avis, pour une chrétienté comme celle du Canada français, la seule valide: l\u2019Église dans le passé a sauvé l\u2019hellénisme de l\u2019oubli et, en l\u2019incorporant à son existence de prière et à sa tradition d\u2019art et de pensée, l\u2019a empêché de tomber dans le domaine des civilisations disparues (comme les civilisations étrusque ou hittite qui appartiennent au domaine de la pure érudition).L\u2019hellénisme fait partie du patrimoioine vivant de la culture chrétienne.C\u2019est un bien de l\u2019Église.C\u2019est pourquoi dans le tournant critique du monde présent, à cette heure où un monde périt et un autre prend forme, l\u2019Église a des raisons vitales de conserver les valeurs de l\u2019humanisme grec qu\u2019elle a intégrées, et elle est probablement la seule à posséder la force de les perpétuer.Pierre Angers.Collège Jean-de-Brébeuf, Montréal.SCIENCES DE L\u2019HOMME Études carmélitaines: Limites de Phumain.\u2014 Paris, Des-clée de Brouwer, 1953.342 pp., 21.5 cm.'T'OUJOURS enrichissante la lecture des cahiers que publient régulièrement les Études carmélitaines.Dans l\u2019analyse qu\u2019ils font des Limites de l\u2019humain, vingt et un spécialistes, parmi lesquels on relève avec plaisir le nom d\u2019un psychanalyste canadien-français, le Dr Henri Samson, S.J., s\u2019appliquent à déterminer jusqu\u2019où peut aller par le haut (art et martyre d\u2019amour, par exemple) l\u2019effort d\u2019accomplissement humain; où s\u2019arrête par le bas, à cause de déficiences physiques ou psychiques, la possibilité d\u2019exercer une activité spécifiquement humaine; comment se contamine, par l\u2019influence des automatismes, de la mauvaise éducation, des complexes ou encore de la supercherie plus ou moins consciente, la pureté de l\u2019acte humain ordinaire ou extraordinaire; enfin comment l\u2019on tente, par la cybernétique, d\u2019imiter mécaniquement l\u2019agir intelligent.On trouve donc dans ce savant cahier des études fort variées, toutes intéressantes, en particulier sur le fakirisme indien (Jean Filliozat), sur les « rapports du cerveau avec la pensée » (Jean Lhermitte), sur la « liberté et » la « structure de l\u2019acte humain » (P, Michel-Marie-de-la-Croix), sur les « limites intellectuelles et psychologiques de l\u2019acte infra-humain » (André Soulairac), sur l\u2019influence de la première éducation dans l\u2019« acquisition de l\u2019autonomie » (Dr Françoise Dolto), sur « la morale dans ses rapports avec les faits biologiques » (Dr Henri Samson, S.J.), sur « les dégradations provoquées de la personnalité humaine », soit collectivement, soit individuellement (Henri Péquignot), sur le martyre (plusieurs articles), enfin, sous le titre de « Renoncement à soi-même ou masochisme affectif » (Dr Ch.-Henri Nodet), une longue et pénétrante analyse de la psychologie du whisky priest, héros de la Puissance et la êloire, roman de Graham Greene.Aux parents, je recommanderais les pages suggestives, au style malheureusement négligé, de Mme Dolto; aux humanistes, le brillant et riche exposé de Stanislas Fumet sur l\u2019art; à tous les chrétiens sérieux, la forte étude du P.Michel-Marie-de-la-Croix sur la liberté.Un cahier comme celui-ci, qui met en relief l\u2019accord profond de la science avec la religion chrétienne, confirme notre joie de posséder, au milieu d\u2019un monde déshumanisé par l\u2019amoralisme et l\u2019incroyance, le secret de la vraie liberté.Marie-Joseph d\u2019Anjou.CENTRE D\u2019ÉTUDES Laënnec: L\u2019Expérimentation humaine en médecine.\u2014 Paris, Lethielleux, 1952.222 pp., 18.5 cm.TES ATROCITÉS commises par les nazis sous prétexte de recherche scientifique ont remis à l\u2019ordre du jour le problème séculaire des limites de l\u2019expérimentation médicale.On trouve ici, avec une vue historique de la question (par Albert-Buisson), quatre études écrites par des médecins (Tanret, Du-bost, Jude, Péquignot) où l\u2019on fait comprendre: a) que toute consultation et tout traitement constituent des expérimentations sur l\u2019homme; b) qu\u2019il ne peut y avoir progrès en médecine sans expérimentation humaine; c) que les principaux critères déontologiques dans ce domaine sont la compétence et la conscience de l\u2019expérimentateur.Sans doute, la loi civile et la loi morale exigent des précisions plus minutieuses avant d\u2019autoriser certaines expériences dangereuses: connaissance approximative de l\u2019issue grâce à des essais fructueux réalisés sur des animaux, espoir de résultats proportionnés au risque encouru, consentement du sujet ou de ses ayants droit; trois textes (du fonctionnaire Ch.Vaille, du juriste J.-M.Auby, du théologien E.Tesson, S.J.) développent ces exigences.Le volume s\u2019achève sur un résumé des expériences nazies que les procès de Nuremberg ont révélées au monde.Le travail du P.Tesson nous a paru le plus original: il justifie le risque de certaines expériences faites sur des sujets sains et rejette les arguments apportés naguère pour justifier l\u2019expérimentation sur les condamnés à mort.De même, « le médecin ne prendra jamais comme « cobayes ».des moribonds.ou des enfants arriérés de l\u2019Assistance publique ».Déchets humains?Non! Mais « des hommes qui ont SEPTEMBRE 1953 255 d\u2019autant plus droit à notre charité qu\u2019ils sont plus abandonnés.Les réduire au rôle d\u2019animaux de laboratoire, c\u2019est faire preuve du plus inqualifiable mépris de l\u2019homme » (p.162).Marie-Joseph d\u2019Anjou.François BREGHA: Déshumanisation du travailleur dans l\u2019univers communiste.\u2014 Québec, Société canadienne d\u2019éducation des adultes, 1952.124 pp., 22.5 cm.TDOUR la première fois au Canada, paraît un ouvrage traitant de l\u2019ouvrier communiste.Il se divise en sept chapitres: 1° L\u2019idéologie communiste; 2° Le communisme et les saines relations de travail; 3° Le Parti communiste; 4° Les syndicats; 5° La production et la « planification »; 6° La productivité des travailleurs; 7° La liberté.Il est regrettable que l\u2019A.ait présenté une œuvre de vulgarisation, destinée à émouvoir, plutôt que de faire servir son talent et surtout sa connaissance des pays communistes à la composition d\u2019un ouvrage scientifique.Du point de vue des relations du travail, l\u2019A.a omis (à dessein ?) une partie importante du sujet, je veux dire la conception soviétique des relations industrielles.De plus, il laisse de côté le fonctionnement du département de politique sociale qui, dans les usines soviétiques, joue le rôle de nos divisions du personnel et des relations industrielles.Il aurait été intéressant, voire nécessaire, d\u2019exposer comment fonctionne l\u2019administration du personnel dans les entreprises tchécoslovaques, un peu à la manière dont le compatriote de l\u2019A., le Dr O.Schmidt, l\u2019a fait à la Conférence internationale des problèmes sociaux de l\u2019organisation du travail, à Royaumont en 1948.On voudrait aussi avoir des idées justes sur l\u2019évaluation des tâches, les échelles de salaires et leurs différenciations en pays communistes.L\u2019A.a l\u2019excuse de s\u2019adresser au grand public qu\u2019il s\u2019efforce de toucher.Aussi offre-t-il des aperçus frappants sur la « planification » et la productivité.Bien des questions toutefois demeurent sans réponse dans l\u2019esprit du lecteur qui s\u2019étonne devant certaines statistiques troublantes (au chap.6).Le mérite de l\u2019A.est d\u2019avoir mis en vif relief la déshumanisation du travailleur en régime communiste; c\u2019est ce qui compte et c\u2019est ce qui reste.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.Vercors: Les Animaux dénaturés.Roman.\u2014 Paris, Éditions Albin Michel, 1952.327 pp., 19 cm.SATIRE ébouriffante?Roman d\u2019humour et de finesse?Puissant conte philosophique à thèse morale?De la première à la dernière page, le jugement du lecteur oscillera, d\u2019abord mystifié, presque choqué par l\u2019extravagance, l\u2019invraisemblance des faits imaginés: la découverte, en Nouvelle-Guinée, d\u2019une peuplade d\u2019hommes-singes, les « tropis », et la fécondation artificielle d\u2019une femelle « tropie », devenue mère d\u2019un « homme ».Puis l\u2019esprit s\u2019amusera bientôt des rebondissements et des fantaisies d\u2019une histoire abracadabrante: les lus officiels tribunaux de l\u2019empire britannique, les plus solennelles académies de sciences, consultés, seront mis en déroute par les polémiques que suscite un procès spectaculaire.Le débat engagé dans cette atmosphère de fiction humoristique soulève soudain, en pleine réalité tragique, des problèmes essentiels, tout un bloc de questions capitales: Qu\u2019est-ce que l\u2019homme?Quelle est sa nature, son destin?D\u2019où lui vient sa supériorité sur les bêtes ?Où se place la frontière de l\u2019humanité et de l\u2019animalité ?L\u2019A.se garde bien de répondre directement, en certitudes métaphysiques.Il n\u2019y aurait plus de roman et plus rien de drôle.Sa réponse sortira, narquoise et puissante, incorporée étroitement à l\u2019intrigue, du chaos même des témoignages contradictoires donnés par les pseudo-savants, et qu\u2019il se plaît malicieusement à accumuler.Le lecteur clairvoyant discernera avec facilité, à travers les ironies, les éléments d\u2019une notion orthodoxe de l\u2019homme.L\u2019autre lecteur, face aux hommes-singes, en sera quitte pour rire de lui-même ou pour s\u2019attrister.Le tout, dans une langue de rare qualité, est d\u2019une structure parfaite.Livre captivant et instructif.Albert Brossard.Maison Bellarmin.256 Cn ttoiâ mot A Tl Le colonel Rémy, le fameux « agent secret n° 1 de la France libre », et pas du tout naïf, écrit ceci: «Ceux qui répètent que catholicisme et marxisme peuvent coexister sont des ignorants ou des illuminés, ou des déments, ou des lâches, ou des menteurs.Ils sont condamnés par Pie XI et Pie XII.Ce sont des protestants qui s\u2019ignorent, et encore de mauvais protestants, car un protestant croit en Dieu.» Tl A propos des intuitions d\u2019Hitler, qui se traduisaient en ordres du Fuehrer, le général Guderian déclare que les symptômes indiquaient une paralysie agitante ou maladie de Parkinson.D\u2019où le complot ourdi pour se défaire du terrible homme.TT Les Petits Chanteurs, qui furent une charmante nouveauté de Paris avec leur croix de bois, forment aujourd\u2019hui une fédération mondiale de 1,500 troupes en 55 pays, jusqu\u2019en Afrique du Sud.Une beauté d\u2019art, de foi et de culte.Tl Salazar et son Portugal catholique font la leçon aux grands pays sur la manière de traiter leurs colonies.Tout nègre d\u2019Afrique apte à s\u2019instruire, à parler portugais et à gagner sa vie comme un blanc peut jouir des pleins droits de citoyen à l\u2019égal d\u2019un Portugais.Bel exemple pour les soi-disant démocrates, libérateurs de peuples à coups de canons.Tl S.Ém.le cardinal Feltin a préfacé le numéro 50 de la revue l'Anneau d'or (fondée en 1945) et l\u2019a félicitée de « rapprocher les articles de doctrine et les exemples de vie »; de s\u2019être perfectionnée en manifestant « une prise de conscience plus aiguë de la réalité familiale, de ses difficultés, de la résistance qu\u2019elle oppose à l\u2019invasion de la grâce » ; d\u2019élaborer « une spiritualité du laïc qui, si elle fait grande place à la mission conjugale et familiale, enseigne aussi toutes les exigences de la vie chrétienne: vie intérieure personnelle, travail, responsabilités sociales et ecclésiales ».TI^La revue l'Anneau d'or est représentée au Canada et aux États-Unis par Periodica, Inc., 4234, rue de la Roche, Montréal (34).Tl D\u2019après le dernier rapport du Bureau des statistiques de Québec, la division des Finances et Populations du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce de la province a compté 1,065 Caisses populaires ayant fait rapport en 1951, comparativement à 1,053 en 1950.Les sociétaires sont au nombre de 631,949, alors qu\u2019en 1950 il y en avait 595,207; quant au nombre d\u2019épargnants, il est de 625,770, en comparaison de 590,658 en 1950.T| Le capital social, qui s\u2019élevait à $15,573,000 en 1950, atteint maintenant $17,273,000; il était de $6,688,000 en 1945.Le montant des épargnes, de $201,295,000 en 1950, est passé à $221,206,000 en 1951.T| Les Messagères de Notre-Dame et les Équipières sociales de chez nous connaissent-elles la « croisade de modestie » organisée aux États-Unis sous le nom de SDS Modesty Crusade?SDS, cela signifie: Supply the Demand for the Supply, Suscitez l\u2019offre par la demande.11 Le premier numéro des SDS News, publication du mouvement, explique ce curieux de nom : « La croisade de modestie repose sur le fait que les dessinateurs et les manufacturiers vont mettre sur le marché le seul genre de vêtements qui est l\u2019objet d\u2019une demande considérable et permanente.L\u2019idée maîtresse du mouvement consiste donc à « susciter l\u2019offre par la demande » de vêtements convenables, \u2022\u2014 Supply the Demand for the Supply, \u2014 d\u2019où les initiales SDS.» Tl On peut se procurer la littérature relative à ce mouvement en s\u2019adressant à SDS Central Office, app.202, South Wabash Avenue, Chicago (5), Illinois, États-Unis.RELATIONS ROBERT BERNIER, S.J.L\u2019Autorité internationale r et la Souveraineté des Etats L\u2019auteur étudie les fondements philosophiques de l\u2019ordre politique à l\u2019échelle internationale en philosophe, en moraliste et en juriste.Le problème n\u2019est pas mince.Des définitions s\u2019imposaient.L\u2019auteur les a formulées avec une précision parfaite.(La Revue de l\u2019Université Laval, Québec.) * * * Cet ouvrage cohérent et approfondi mérite considération et étude, ne serait-ce que parce qu\u2019il est le premier à établir avec une solidité qui emporte conviction le devoir moral strict de se soumettre, dès qu\u2019elle sera constituée, à cette organisation mondiale qui tiendra de la loi naturelle son autorité propre.(.L\u2019Ami du Clergé, Langres, France.) Ces quelques citations révèlent l\u2019exceptionnelle valeur de ce profond et magistral ouvrage, qui projette une vive lumière sur toute cette question.{Revue de l\u2019Université d\u2019Ottawa) L\u2019érudition et la profondeur sont les qualités les plus remarquables de cet ouvrage.Son orientation générale nous semble très sûre et très riche.{Revista Portuguesa de Filosofia, Braga, Portugal.) * * * Travail approfondi.Qu\u2019on prenne bien soin de suivre attentivement la marche de la pensée de l\u2019auteur, qui n\u2019abandonne dans l\u2019ombre aucun aspect capital et se réfère constamment, pour s\u2019y rallier ou s\u2019en séparer, aux philosophes et aux juristes les plus réputés de notre temps.Le Père Bernier écrit une langue alerte et nerveuse qui allège la lourdeur du vocabulaire philosophique.{L\u2019Action universitaire, Montréal.) * * * Une sûreté et une rigueur formelle de pensée remarquables conduisent le lecteur qui s\u2019y livre à comprendre qu\u2019un problème nouveau se pose et s\u2019impose, en conscience, à lui et à l\u2019humanité.Au milieu du désarroi présent de la pensée, un ouvrage qui obtient ce résultat se passe de tout autre éloge.{Relations, Montréal.) $2.00 Vexemplaire, port en plus INSTITUT SOCIAL POPULAIRE 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal -14 A navire brisé tous les vents sont contraires Et si votre système de chauffage est défectueux, le prochain hiver, fût-il le plus doux, vous semblera rigoureux.Profitez de la belle saison pour faire reviser ou réparer votre appareil de chauffage ou votre plomberie.Construisez-vous ?Confiez à notre main-d\u2019œuvre spécialisée et à nos techniciens les travaux d\u2019installation.Qu\u2019il s\u2019agisse de travaux de grande ou de moindre importance, nos techniciens et ouvriers spécialisés apportent le même souci du travail bien fait.Ils allient théorie et pratique.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada.MArquette 4107 360 est, rue Rachel - Montréal TOUS LES ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictememt en gros) « Le Temple de la lumière » Behind INCORPORÉE BEN.BELAND, prés.\tJEAN BELAND, ln0.P-, sec.-trés.71 52, bout.Saint-Laurent, Montréal - GR.2465* Epargnez tout en protégeant les vôtres avec un plan de Ha ê>aubegarbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal Aux pères et mères de famille Cinq discours de Pie XII qui éclaireront les parents sur leurs droits et leurs devoirs.Fascicule n° 47 des Actes pontificaux.Prix: $0.30 INSTITUT SOCIAL POPULAIRE 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal-14 CONSERVEZ Relations Relations constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.Non, Relation» n\u2019est pas utile, Relation» est indispensable.$1.90 Par la poste $2.00 Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de Relations \u2022 ' ATO.MilX Le plus vaste magasin canadien-français de meubles pour bureaux, écoles et hôpitaux 261 est, rue Craig\tMontréal LAncaster 3262 c4chète BIEN qui achète chez MONTRÉAL \" IT»g™ Pour être bon coopérateur, il ne suffit pas d'avoir dans sa tête une magnifique synthèse des connaissances économiques, en même temps que toutes les recettes de la technique coopérative.Il faut également posséder dans son coeur une sincérité indéfectible, un profond sentiment de la solidarité humaine et par-dessus tout la vraie charité, celle qui vous fait vouloir efficacement le bien de vos frères, cette charité qui est la plus sublime application du chacun pour tous et du tous pour chacun.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC \u201cRelation*\u201d voué plait, paxlez-en à vo* ami* IMPRIMERIE OU MESSAQE*.MONTREAL "]
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