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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1953-06, Collections de BAnQ.

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[" LA TERRE QUI SAUVE Alexandre DUGRE L\u2019OBSCENITE N'A PAS DE DROIT Marie-Joseph cTANJOU LES RECOMMANDATIONS DE LA COMMISSION SIROIS ET LES ACCORDS FISCAUX Paul GÉRIN-LAJOIE LA CORPORATION DES INSTITUTEURS Albert GERVAIS PREPARATION AU MARIAGE Louise-M.LEMONDE MEXIQUE : PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX POUR PROTÉGER NOS ENFANTS ¦ LES NÉO-CANADIENS ET LEUR GALA D\u2019AVRIL ¦ «LA CUISINE DES ANGES » REVUE DU MOIS SOMMAIRE JUIN 1953 Éditoriaux 145 Le péril alcoolique.\u2014 Les chèques bilingues.Articles L\u2019OBSCÉNITÉ N\u2019A PAS DE DROIT.Marie-Joseph d\u2019Anjou 146 LES RECOMMANDATIONS DE LA COMMISSION SIROIS ET LES ACCORDS FISCAUX.Paul Gérin-Lajoie 149 LA CORPORATION DES INSTITUTEURS.Albert Gervais 152 LA TERRE QUI SAUVE .Alexandre Dugré 155 Commentaires 158 Des comités de citoyens contre le crime organisé.\u2014 Statistiques agricoles.\u2014 « Histoire du Canada français ».\u2014 Le Conseil de la Vie française et les chèques bilingues.\u2014 La grève de Louiseville.Au fil du mois\t.160 Paix ! Paix ! \u2014 « Un^ incorrigible espérant ».\u2014 La doctrine sociale de l'Église.\u2014 Cours d'été 1953 à Laval.\u2014 Divers pourquoi.Articles PRÉPARATION AU MARIAGE Louise-M.Lemonde 162 POUR PROTÉGER NOS ENFANTS.Émile Gervais 163 LES NÉO-CANADIENS ET LEUR GALA D\u2019AVRIL.J.-Louis Lavoie 164 « LA CUISINE DES ANGES » .Paul-Émile Racicot 164 MEXIQUE: PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX.Joseph-H.Ledit 165 Correspondance.Sur un article du R.P.Alexandre Dugré.Les livres 167 .169 Méditation sur l'Église.Richard Arès La Virginité chrétienne.Luigi\td\u2019Apollonia L'Histoire de Dieu.Marie-Joseph\td\u2019Anjou Le Plaisir sanctifié.Joseph-P.Archambault Le Monde en création.Jean Racette Homme, où vas-tu ?.Arsène\tChampagne Ton corps et toi.Robert Picard Too Many of Us?.Robert-J.Ballon Analyse de l'Exploitation.Émile Bouvier Canada.Richard Arès Le Diocèse des Trois-Rivières.Alexandre Dugré L'Histoire sainte Sang des Martyrs\tf.R.A.Les Nouvelles Aventures de Corentin « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu'ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de V Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la «paix, cette œuvre de justice)) (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Arthur Riendeau Prix de l'abonnement:\tA l'étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa XIIIe année, N° 150\tMontréal\tJuin 1953 É D I T O JÇe péril alcoolique \\ TTENDRONS-NOUS, pour avouer notre mal et y f-\\ porter remède, que la situation soit désespérée ?« Demain, il sera trop tard.» Car, demain, c\u2019est la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui qui devra opérer les redressements sauveurs, et elle risque de devenir, si nous ne faisons rien pour la défendre contre elle-même, une classe d\u2019adultes dégénérés, abrutis par l\u2019intempérance et ses tristes séquelles.Veut-on des exemples ?« Les maires du comté de Champlain ont demandé au procureur général et au député de Champlain.d\u2019employer tous les moyens possibles pour protéger notre jeunesse rongée par l\u2019alcoolisation organisée et commercialisée illégalement » ; car « il y a une véritable conspiration pour alcooliser la jeunesse des deux sexes, dans le but d\u2019augmenter la clientèle pour l\u2019avenir;.il y a un grand nombre de trafiquants illégaux qui semblent se moquer des lois régissant le commerce des boissons alcooliques, et.ces vendeurs clandestins font voir au public qu\u2019ils ont la tolérance et la protection des plus hautes autorités civiles du comté, moyennant ristourne » (lire le Devoir, samedi 25 avril 1953, p.10).Récemment, un cabaret malfamé, d\u2019où les clients sortent éméchés à six et sept heures presque tous les samedis matin, avait le culot d\u2019annoncer aux adolescentes d\u2019une école avoisinante qu\u2019il leur offrait un repas du midi pour la somme de soixante sous.Dans une classe de rhétoriciens d\u2019un collège de la province, une enquête a révélé que les collégiens boivent plus qu\u2019ils ne fument et qu\u2019ils fréquentent presque tous, en compagnie de jeunes filles, grills et cafés où ils gaspillent plusieurs dollars chaque semaine.Et l\u2019enquêteur constatait que les mêmes garçons se désintéressent à peu près complètement de la culture extra-scolaire, ne lisant pas autre chose que magazines et livres de poche (dont on connaît l\u2019élément « culturel »).Le cinéma pour « parfaire » leur formation.L\u2019élite de demain! Comment voulez-vous qu\u2019il en soit autrement?Trop de parents ne donnent-ils pas l\u2019exemple ?On en RIAUX connaît qui, pour fêter les dix-huit ans de leur fils ou de leur fille, installent un bar au sous-sol de leur maison.Quant aux autorités civiles.Il serait intéressant de savoir ce qu\u2019elles ont répondu à la requête des électeurs du comté de Champlain.On cherche, en tout cas, le résultat produit par la pétition qui, soumise au premier ministre du Québec par un représentant officiel de l\u2019autorité religieuse, réclamait, au nom d\u2019un million de citoyens, l\u2019application rigoureuse de la loi relative à la vente des boissons alcooliques.Ce peuple n\u2019est peut-être pas celui dont se préoccupe notre gouvernement; ce doit être le troupeau qui, en 1950, a versé aux magasins de notre régie provinciale des alcools, pour se procurer de la boisson, la jolie somme de $120,475,061 (chiffres officiels).L\u2019Église s\u2019émeut d\u2019un pareil gaspillage de ressources humaines.En France, l\u2019Assemblée générale de l\u2019épiscopat a lancé un douloureux appel (voir Relations, mai 1953, p.128).Aux États-Unis, le problème de l\u2019alcoolisme passe pour le plus grave de ceux qui affectent le pays, plus grave que la guerre.Pour le Canada français, la voix la plus autorisée, la plus éloquente, celle de S.Ém.le cardinal Léger, s\u2019est élevée avec force et maintes fois ces derniers temps.Seuls, les sourds volontaires ne l\u2019auront pas entendue.Parlant de sa ville, l\u2019archevêque de Montréal a déclaré: « L\u2019alcool règne en maître dans certains quartiers de notre ville.Les débits de boissons sont trop souvent, hélas! des écoles de crimes, de débauches, de luxure, de blasphèmes et d\u2019impiété.» C\u2019est au sortir de débits de boissons, rappelle Son Éminence, que tel père a massacré ses quatre enfants, que deux adolescents ont tué leur père, que des jeunes filles roulent dans la honte et que tant de jeunes gens commettent des délits.Et le cardinal fait aux chrétiens de son diocèse un devoir de réagir.« Ce n\u2019est pas en manifestant sa surprise et son horreur devant les crimes commis par des hommes ivres que la conscience chrétienne se manifeste, mais bien en cherchant les moyens de faire disparaître la cause de ces orgies sanglantes.Demeurer indifférent devant le problème social que pose l\u2019alcool, JUIN 1953 145 .c\u2019est tout simplement avouer qu\u2019on a perdu le sens de ses responsabilités d\u2019homme et de chrétien.» Lecteurs qui venez de parcourir ces lignes, que faites-vous pour vous acquitter du devoir qu\u2019elles vous marquent ?jÇeà chèqueâ bilingue à T E DERNIER RECENSEMENT donne au Canada 4,319,167 personnes d\u2019origine française sur une population totale de 14,009,429.Voici comment se répartit cette population de plus de quatre millions: Québec.3,327,128 Ontario.477,677 Nouveau-Brunswick.197^631 Nouvelle-Écosse.73760 Manitoba.66^020 Alberta.56,185 Saskatchewan.51,930 Colombie-Britannique.41,919 Ile-du-Prince-Êdouard.15.477 Terre-Neuve.9|841 Territoires du Nord-Ouest.\u2019954 Yukon.545 Le fait français est tellement indiscutable, de l\u2019est à l\u2019ouest du Canada; il s\u2019enracine dans un passé tellement ancien et fécond; il eut une telle importance quand les deux principaux groupes ethniques s\u2019entendirent, en 1867, pour former la Confédération qu\u2019on reste toujours éberlué devant les accrocs que subit encore le principe du bilinguisme canadien.Non seulement devant ces accrocs, mais aussi devant la vigilance constante qui s\u2019impose pour qu\u2019un principe aussi clair soit appliqué où il doit l\u2019être.Les réclamations visant à obtenir des chèques bilingues constituent un épisode nouveau, mais non original, d\u2019une histoire que les Canadiens français connaissent, hélas! trop bien.Le Conseil de la Vie française a eu la bonne idée de conserver sur un disque \u2014avec côté français et côté anglais \u2014 la substance du mémoire que des délégués des Maritimes, du Québec, de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest ont présenté au ministre des Finances, M.Abbott.(On en trouvera le texte à la p.159 du présent numéro.) M.Abbott a très bien reçu la délégation.Sa décision de confiner d\u2019abord les chèques bilingues à la province de Québec n\u2019a pas été accueillie favorablement, et avec raison, par la presse.C\u2019est une autre application du détestable principe de la « réserve québécoise ».Les délégués sont convaincus que M.Abbott songe à faire davantage, tout comme ils ne doutent pas des sentiments de M.Saint-Laurent, qui a déjà beaucoup contribué à fortifier le bilinguisme dans l\u2019administration fédérale.Mais le renvoi à plus tard de la généralisation des chèques bilingues dans tout le Canada apparaît comme un acte de timidité exagérée.L\u2019opposition conservatrice ne commettra jamais l\u2019imprudence de combattre cette mesure à la veille d\u2019une élection générale, où l\u2019appui du Canada français est d\u2019une extrême importance.Quant aux journaux anglo-canadiens, il est plus que probable que la très grande majorité d\u2019entre eux approuveraient une décision qui, en somme, ne ferait qu\u2019ajouter les chèques à la monnaie et aux timbres-poste déjà bilingues.« Le chèque bilingue, non seulement dans le Québec, mais partout au pays, est un de ces faits que réclame le peuple du Canada », affirme la dernière phrase du mémoire enregistré sur disque.L\u2019expression peut paraître un peu forte au premier abord.Elle est, croyons-nous, substantiellement vraie.S\u2019il y a de l\u2019opposition, elle viendra d\u2019une minorité qui ne peut influencer profondément ni l\u2019opinion publique ni les électeurs.Le gouvernement ne courrait pas de risque en généralisant les chèques bilingues.Et il poserait un acte d\u2019équité et de sage politique.L'OBSCÉNITÉ N\u2019A PAS DE DROIT Marie-Joseph d'ANJOU, S.J.LOBSCÉNITÉ existe, puisque partout les hon-f nêtes gens la dénoncent dans les publications et les spectacles, et que des criminels attribuent à son influence certains délits qu\u2019ils ont commis.Depuis nombre d\u2019années, l\u2019Action catholique mène campagne contre ce fléau.Maintes fois, S.Ëm.le cardinal Léger a pressé les chrétiens de lutter contre la corruption que répandent les imprimés.Le 13 avril dernier, au nom de l\u2019épiscopat canadien, il adressait un mémoire aux autorités fédérales, priant le Comité sénatorial d\u2019enquête sur la pornographie de mieux défendre « les parents.contre les fournisseurs de malpropreté ».I.\u2014 LE PROBLÈME Un espoir grandit, l\u2019an dernier, lorsqu\u2019on apprit qu\u2019un comité sénatorial avait été créé, à Ottawa, pour enquêter sur le sujet et proposer les mesures nécessaires.L\u2019enquête eut lieu; des gens et des groupements de tous les coins du pays ont présenté des mémoires.Certaines divergences d\u2019opinion devaient normalement se manifester, vu le caractère cosmopolite du Canada et la diversité des religions qu\u2019on y pratique.Mais on pouvait croire qu\u2019une décision serait prise en haut lieu, qui aiderait à la solution du problème.146 RELATIONS Or le ministre de la Justice, l\u2019hon.Stuart Garson, a déclaré que la loi actuelle est suffisante, qu\u2019il appartient aux provinces et aux municipalités de mieux l\u2019appliquer, et surtout aux citoyens eux-mêmes d\u2019exercer une plus stricte vigilance sur les publications qui circulent parmi eux.On a l\u2019impression d\u2019une démission.Le problème est précisément celui-ci: une portion considérable du peuple \u2014 dans tous les milieux \u2014 ou bien recherche ou bien tolère un genre de publications et de spectacles qui déchaînent les pires instincts, au point que l\u2019intérêt général, même purement social et économique, en devient menacé.On a dès lors la conviction qu\u2019un lien existe entre certains crimes (vols, meurtres, violences passionnelles) et la diffusion de feuilles à sensation, d\u2019imprimés obscènes.Les gens éclairés en appellent aux représentants et aux défenseurs de l\u2019ordre.Ils réclament ou bien un texte de loi plus précis ou plus sévère, qui permette aux hommes de loi d\u2019instituer efficacement des causes contre les exploiteurs de la sauvagerie humaine, ou bien une censure qui tarisse à sa source l\u2019influence ruineuse des publications et des spectacles répréhensibles.Et voici qu\u2019on nous répond : a)\tla loi actuelle suffit \u2014 quand tout le monde sait, par expérience, combien il est facile de la rendre inopérante; b)\tles autorités provinciales et municipales devraient intervenir \u2014 quand on sait à quel point elles se désintéressent trop souvent de la moralité publique; c)\tc\u2019est au peuple à réagir, c\u2019est aux honnêtes gens à se montrer plus vigilants, à dénoncer la corruption et à réclamer des châtiments exemplaires pour les coupables \u2014 quand on sait 1° qu\u2019il s\u2019agit justement de protéger le peuple contre lui-même: contre ses complicités ou sa paresse; 2° quels risques personnels courent les rares citoyens assez hardis pour s\u2019attaquer au vice commercialisé; 3° à quelles déceptions ont abouti les efforts entrepris naguère pour défendre malgré elle une société anémiée par la saleté morale qui l\u2019envahit; 4° enfin, quel argent fou on gaspille à tenter vainement d\u2019accomplir la besogne de ceux qu\u2019on paie déjà pour préserver la dignité du climat social.On patauge en pleine contradiction.Contradiction aggravée par les divisions du monde religieux et cultivé dès qu\u2019il s\u2019agit de censure légale.Des citoyens, qui se disent honnêtes et chrétiens (protestants et catholiques), répugnent à toute censure, sous prétexte qu\u2019on n\u2019impose pas le bien à l\u2019homme libre; d\u2019autres, qui se croient cultivés, rejettent la censure au nom de l\u2019art.Comment sortir de ce bourbier ?II.\u2014 PRINCIPES D\u2019UNE SOLUTION Essayons de formuler les principes qui pourraient servir de base à l\u2019élaboration d\u2019une solution.1.Ce qui est contraire à la morale naturelle et chrétienne n\u2019a pas de droit dans un État chrétien.C\u2019est le devoir premier de toute autorité civile \u2014 fédérale, provinciale, municipale \u2014 d\u2019organiser et de conduire la communauté humaine de manière à favoriser le bien commun, qui est moral d'abord (connaissance et pratique de la vertu: justice surtout et charité), puis à écarter ce qui ruine ou compromet ce bien commun moral (voir Relations, juill.1952, p.176).Toute la vie économique, sociale et politique, par conséquent, n\u2019a de sens qu\u2019en fonction de ce bien commun, qui dépasse les intérêts matériels de tel individu ou de tel groupe, l\u2019ambition sociale ou politique de tel mouvement ou de tel parti.Ne pas reconnaître ce principe premier, c\u2019est se rendre incapable de formuler, de penser même une solution au problème qui nous occupe, puisque l\u2019obscénité est un problème moral.2.La question de l\u2019obscénité publique relève de la morale, non de la jurisprudence seule, encore moins de considérations purement économiques, sociales, culturelles ou politiques.Sans doute, la plupart des honnêtes gens s\u2019alarment à la vue des ravages causés par l\u2019obscénité, qu\u2019ils considèrent comme une menace dirigée soit contre la vie des citoyens, soit contre l\u2019intégrité de leur corps, soit contre ce qu\u2019ils appellent leur dignité.Point de vue qui ne manque pas de justesse, puisqu\u2019il part des faits.Mais sur quels principes, après cela, fonder une action qui viserait à remédier au désordre résultant de l\u2019obscénité ?Et comment déterminer que telle ou telle publication, tel ou tel spectacle constituent un danger pour la vie, pour l\u2019intégrité corporelle ou pour la dignité des citoyens ?Les mercantis, qui s\u2019y entendent en « petit commerce », protestent qu\u2019ils ont le droit de vivre, eux aussi, et qu\u2019ils ne forcent personne à s\u2019approvisionner chez eux de produits faisandés.Les blasés ou les cyniques veulent qu\u2019on laisse à chacun le soin de choisir ses divertissements, les « nourritures terrestres » de son esprit et de ses sens.Les idolâtres de la liberté invoquent le respect de l\u2019autonomie morale de la personne humaine; les artistes exaltent la « pureté » des formes et la « sincérité » de représentations dégagées de tout camouflage.Des chrétiens « libres de préjugés » (qu\u2019ils disent) écrivent qu\u2019il y a moins de « crime » et plus de « vertu » dans l\u2019exhibition « franche » d\u2019une danseuse nudiste que chez les censeurs qui, en la condamnant, trahissent leur hypocrisie et leurs secrètes passions.Des hommes de loi avouent leur impuissance à déterminer ce qui est obscène et ce qui ne l\u2019est pas (voir Relations, nov.1951, p.299).Vouloir contenter tout ce monde?Utopie et perte de temps.Et le mal continue à proliférer, sapant la sécurité morale du pays.D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas de commerce, de littérature ou d\u2019art qu\u2019il s\u2019agit, mais de morale.De toute évidence, la notion d\u2019obscénité relève directement de la morale.Il est inadmissible, par conséquent, qu\u2019on se déclare incapable d\u2019élaborer une définition apte je ne dis pas à rallier tous les esprits (il se trouvera toujours des gens pour accommoder la moralité à leurs intérêts, voire à JUIN 1953 147 leurs caprices ou à leurs préjugés), mais à fonder une action efficace sur le plan juridique et sur le plan social.Après tout, l\u2019obscénité pose un problème de moralité sexuelle dont les données ne devraient pas paraître si difficiles à élucider, puisque le sexe appartient à la nature même de l\u2019homme et que Dieu en a réglé l\u2019exercice par deux commandements, le sixième et le neuvième, et par les précisions que son Fils a fournies dans l\u2019Évangile et que son Apôtre a exposées dans ses épîtres.Phénomène étonnant, donc, et même scandaleux que des chrétiens, instruits par vingt siècles de philosophie et de théologie chrétiennes, n\u2019arrivent ni à définir ce qui, dans la vie publique, est contraire au sixième et au neuvième commandement de Dieu, ni à rédiger sur ce point un texte de loi muni de « dents », ni à former des juristes experts à l\u2019interpréter.3.La définition de l\u2019obscénité, nous l\u2019avons déjà offerte ici même (juill.1952, p.179) en citant l\u2019un des meilleurs théologiens des États-Unis, le R.P.Gerald Kelly, S.J.(.Jeunesse moderne et Chasteté, Montréal, Éditions Bellarmin, p.111).Sans doute, on la comprend mieux quand on la situe dans le contexte de l\u2019auteur.Il ne la présente qu\u2019après avoir étudié le problème sexuel sous tous ses aspects (biologique, psychologique, social, moral) et expliqué les principes de morale naturelle et divine sur lesquels se fonde sa définition.Qu\u2019on 6e reporte à son texte (ou aux articles que nous avons publiés ici sur la dignité naturelle et surnaturelle de la sexualité, Relations, janv.et févr.1952, pp.8, 35).Liant, comme il convient, la notion d\u2019obscénité à celle d\u2019occasion de péché, le P.Kelly commence par dire: Il y a.des choses qui sont communément et pratiquement pour tous des occasions prochaines de péché.Par exemple, les représententations de burlesque moderne sont conçues et exécutées de façon tellement provocante au point de vue sexuel qu\u2019elles constituent pour tout le monde, ou à peu près, une occasion prochaine de péché.En fait, l'obscénité réelle est de façon générale un danger prochain de péché.C\u2019est alors qu\u2019il définit l\u2019obscénité.Le mot obscénité s\u2019emploie souvent dans un sens assez large et vague; mais pour le moraliste, c\u2019est un mot technique au sens précis.On le comprendra mieux par des exemples auxquels il s\u2019applique, comme la littérature obscène et les productions théâtrales.Pour que ces choses-là soient obscènes, deux conditions sont requises: a)\tque leur thème ou leur contenu soit impur ou de nature à exciter la passion sexuelle; et b)\tque dans la manière de les présenter l\u2019impureté ou la passion sexuelle y prennent un attrait séduisant.Puis il apporte des exemples illustrant sa définition : L\u2019adultère, par exemple, est un péché d\u2019impureté; si donc un livre ou une pièce, non seulement porte sur ce sujet, mais le peint sous des couleurs attrayantes, ce livre, cette pièce est obscène.De même la nudité excessive et surtout le fait pour une femme de se dévêtir en présence d\u2019un homme sont communément reconnus comme des stimulants violents de la passion sexuelle.Lorsque, par conséquent, on s\u2019applique ostensiblement à mettre en vedette des provocations de ce genre, comme c\u2019est le cas dans presque tous les spectacles burlesques modernes, il faut dire qu\u2019on est en pleine obscénité.Est-ce assez clair ?Qu\u2019a-t-on besoin de discuter ?Est-ce qu\u2019on admet, oui ou non, la morale naturelle et chrétienne ?Préférerait-on le paganisme ou la barbarie ?4.Dira-t-on qu\u2019il n\u2019y a pas moyen de rédiger un texte de loi à partir de cette définition morale ?Allons donc! Le texte est tout rédigé, ou presque; qu\u2019on lui donne une tournure juridique et qu\u2019on l\u2019applique aux délits à réprimer.C\u2019est bien ce que pensent les évêques du Canada: A notre avis, le terme « obscène » se prête facilement à une définition juridique convenable qui puisse faciliter sérieusement la suppression d\u2019imprimés malsains qu\u2019on cherche à faire passer pour des revues sérieuses, médicales, artistiques ou d\u2019éducation sexuelle.(Mémoire du 13 avril.) L\u2019article 207 de notre code criminel à la rigueur pourrait suffire; mais il faudrait: a) avoir défini l\u2019obscénité par un texte clair ou par une jurisprudence moins inepte que celle à laquelle on nous réfère; b) supprimer les mots « sciemment et sans justification ni excuse'légitime », qui compromettent l\u2019efficacité de la loi (voir le mémoire présenté par Me J.-Victor Cartier à la Commission sénatoriale d\u2019enquête, Notre Temps, 7 mars 1952, p.6) ; c) enfin, former des hommes de loi pour qui le délit sexuel représente non pas une matière à plaisanterie, mais la profanation d\u2019un sacrement.Le mémoire des évêques canadiens propose de plus: L\u2019adjonction au code criminel d\u2019un nouvel article aux termes duquel serait passible d\u2019amende ou d\u2019emprisonnement, ou des deux à la fois, celui qui, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, transporterait, à des fins de vente ou de distribution, tout imprimé ou écrit obscène.Voici donc, selon nous, de quelles vérités la refonte de l\u2019article de notre code criminel devrait s\u2019inspirer.1° Le sexe est, de soi et pour tout le monde, une réalité sacrée; à plus forte raison pour les chrétiens, le Christ ayant fait du mariage (de l\u2019union des sexes) un signe sensible de la grâce, un moyen efficace de sanctification.2° L\u2019exercice ou la mise en œuvre de la fonction sexuelle n\u2019est légitime que dans le mariage.Seuls, par conséquent, ont le droit de susciter les activités propres au dynamisme sexuel (conjugal, procréateur) l\u2019homme et la femme qui sont les époux l\u2019un de l\u2019autre.Privilège sacré de l\u2019amour conjugal, dont on ne conçoit pas, en pays civilisé, qu\u2019il serve de pâture à la curiosité publique.C\u2019est pourquoi tout ce qui publiquement \u2014 écrits ou paroles, images, spectacles ou gestes \u2014 est de nature à provoquer la mise en œuvre de la fonction conjugale (ce qui est strictement réservé à la vie intime des époux) constitue une profanation du sexe.Pareille profanation, tolérée publiquement, sabote le principe même de l\u2019ordre social, puisque cet ordre repose sur l\u2019intégrité et la dignité de la famille, lesquelles ne se conçoivent pas sans le respect du caractère sacré du sexe.3° L\u2019histoire d\u2019aujourd\u2019hui et de toujours force à constater que « nul appétit n\u2019a plus triomphé de la raison que l\u2019appétit sexuel » (Kelly, op.cit., p.88).C\u2019est un fait.Les psychologues l\u2019expliquent en partie par les déficiences de l\u2019éducation familiale.Les chrétiens savent de plus que l\u2019inclination au péché \u2014 sexuel ou autre \u2014 résulte du désordre introduit dans le monde 148 RELATIONS par la faute originelle.Tous, enfin, ont la preuve de l\u2019influence qu\u2019exercent sur la conduite de chacun non seulement la qualité du milieu où l\u2019on vit, mais aussi le genre d\u2019images, de sentiments et de pensées qu\u2019on entretient librement dans ses facultés humaines.Il faut donc défendre la faiblesse humaine contre elle-même.4° Nous croyons avoir suffisamment exposé dans cette revue (quelle pitié qu\u2019on doive le faire pour des chrétiens!) les dégâts \u2014 personnels et sociaux \u2014 qu\u2019entraîne la profanation du sexe pour que les autorités civiles, dont le premier devoir est de préserver et d\u2019épanouir les ressources morales de la société, s\u2019appliquent avec le plus grand zèle, d\u2019abord, à écarter dans ce domaine toutes les causes de ruine, puis, à garder et à enrichir le capital spirituel de la communauté.L\u2019obscénité n\u2019a pas de droit.EN MARGE DE L'ENQUÊTE PROVINCIALE SUR LES PROBLÈMES CONSTITUTIONNELS (II) Les recommandations de la Commission Sirois et les accords fiscaux Paul GÉRIN-LAJOIE LA COMMISSION SIROIS, chargée par le gouvernement fédéral, au mois d\u2019août 1937, de faire enquête sur les relations entre le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces, soumit son rapport en mai 1940.Le premier remède qu\u2019elle proposa pour mettre fin au chaos qu\u2019elle a trouvé dans les finances canadiennes fut la concentration entre les mains du gouvernement fédéral de l\u2019administration de certains services sociaux.Je dis bien « certains », parce qu\u2019on exagère trop souvent la portée centralisatrice des recommandations faites dans ce domaine.Au point de vue fiscal, d\u2019autre part, la Commission proposa de centraliser le contrôle des trois grands impôts directs: l\u2019impôt sur le revenu personnel, l\u2019impôt sur les corporations et l\u2019impôt sur les successions.En retour de l\u2019abandon de ces impôts au gouvernement fédéral, \u2014 qui pourvoirait alors au service des dettes provinciales et se verrait confier de nouvelles responsabilités dans le domaine social, \u2014 chaque gouvernement provincial recevrait une subvention annuelle, dite « d\u2019après la norme nationale ».Cette subvention devait permettre au gouvernement de chaque province de maintenir à un niveau donné ses services d\u2019éducation et de bien-être social, ainsi que ses dépenses d\u2019aménagement, sans exiger de ses contribuables des impôts plus rigoureux que dans les autres provinces.Les grandes ressources fiscales de la nation, où qu\u2019elles se trouvent, devaient ainsi devenir l\u2019objet d\u2019un pool central et d\u2019une redistribution suivant les besoins propres à chaque province.Toutefois, seules les provinces dont les revenus étaient insuffisants pour pourvoir aux services d\u2019éducation et de bienfaisance selon la norme nationale en question devaient recevoir une subvention.Celle-ci n\u2019était qu\u2019une subvention d\u2019égali- Voici le deuxième d'une série de quatre articles sur les problèmes constitutionnels et fiscaux qui font l\u2019objet principal de l\u2019enquête royale instituée par le gouvernement provincial.Le premier article de Me Gérin-Lajoie (Relations, mai 1953, p.118) était intitulé : « Origines de nos problèmes constitutionnels et fiscaux actuels ».sation ou, suivant l\u2019expression en usage en Suisse, de péréquation financière entre les provinces.Ainsi au début, d\u2019après les calculs de la Commission, trois provinces ne devaient recevoir aucune subvention: l\u2019Ontario, la Colombie-Britannique et l\u2019Alberta.En janvier 1941, huit mois après que le rapport Sirois eut été rendu public, le premier ministre du Canada convoquait à Ottawa une conférence fédérale-provinciale pour en étudier les conclusions.Mais dès le deuxième jour, la conférence s\u2019ajouma indéfiniment devant le refus catégorique de trois provinces d\u2019adopter le rapport comme base de discussion.Il est assez significatif que les trois provinces en question soient précisément celles que la Commission Sirois avait jugées comme n\u2019ayant pas besoin de la subvention « d\u2019après la norme nationale ».Les premiers accords fiscaux (1942).\u2014Plus tard dans la même année 1941, le gouvernement fédéral proposa, pour se permettre de faire face aux exigences financières de la guerre, que les gouvernements provinciaux (et les municipalités) abandonnent l\u2019exercice de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers et des divers impôts corporatifs, pour la durée de la guerre et un an par après.En retour d\u2019un engagement à cet effet, le gouvernement fédéral rembourserait annuellement à chaque province, soit la somme perçue par celle-ci à même ces sources en 1940, soit le montant du service de la dette provinciale, déduction faite des droits de succession perçus par la province en 1940.Le projet d\u2019accord comportait également d\u2019autres questions de moindre importance.De fait, en 1942, des accords de cette nature étaient conclus avec toutes les provinces, de sorte que pendant la durée de la guerre le gouvernement fédéral eut libre jeu dans le domaine de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers et des divers impôts corporatifs, qu\u2019il réorganisa et développa sur une vaste échelle.Les accords de 1947.\u2014 Ces accords de guerre n\u2019avaient que retardé l\u2019échéance d\u2019une solution perma- JUIN 1953 149 nente aux problèmes d\u2019ordre social et fiscal que la crise de 1929 avait mis en lumière et auxquels le rapport Sirois avait proposé divers remèdes.La recherche d\u2019une telle solution fut l\u2019objet de la conférence fédérale-provinciale, dite « Conférence du Rétablissement », réunie à Ottawa au mois d\u2019août 1945.Le gouvernement fédéral s\u2019y présenta avec une énorme documentation et des projets de solutions étudiés en détail.Dans le domaine social, il avait déjà mis en vigueur son système d\u2019allocations familiales.Il proposait maintenant de prendre entièrement à sa charge l\u2019établissement de pensions de vieillesse, sans épreuve de moyens, à partir de 70 ans; de contribuer à la moitié du coût d\u2019un système provincial de pensions de vieillesse, avec épreuve de moyens, de 65 à 69 ans; d\u2019accorder des subventions aux gouvernements provinciaux pour la recherche médicale, la prévention et le traitement concernant la tuberculose, les maladies mentales et autres maladies spécifiques; de contribuer financièrement aux systèmes provinciaux d\u2019assurance-santé et à la construction d\u2019hôpitaux; de pourvoir et d\u2019aider à l\u2019établissement d\u2019écoles professionnelles; etc.Dans le domaine fiscal, le gouvernement fédéral proposait de nouveau que les provinces consentent à ne pas lever d\u2019impôt sur le revenu des particuliers, d\u2019impôts quelconques sur les corporations et des droits de succession, en échange d\u2019une subvention fédérale annuelle.Cette subvention comportait plusieurs particularités d\u2019importance.Tout d\u2019abord, il s\u2019agissait d\u2019une subvention de $12 par tête de la population de la province.On avait abandonné la formule de la « norme nationale » proposée par la Commission Sirois.En conséquence, les provinces ne recevraient pas une subvention d\u2019après leurs besoins respectifs, mais d\u2019après le chiffre de leur population.Ce changement semble attribuable à l\u2019impopularité de la formule Sirois auprès des provinces les mieux pourvues de ressources fiscales, auxquelles elle n\u2019attribuait aucune subvention.En second lieu, la subvention de $12 par tête, qui devait être établie d\u2019après la population de 1941, constituait un minimum irréductible, indépendamment des conditions économiques d\u2019année en année, mais susceptible d\u2019augmentation en raison de deux facteurs: l\u2019accroissement de la population de la province et l\u2019augmentation du produit national brut.Le gouvernement fédéral proposait que l\u2019accord soit conclu pour une période d\u2019essai de trois ans.Après un ajournement de huit mois, la conférence reprit en avril 1946.Le gouvernement fédéral modifia légèrement ses propositions et manifesta une plus grande générosité.Par exemple, le chiffre minimum de $12 par tête fut porté à $15.Mais la conférence finit par échouer.Certaines provinces avaient manifesté leur désappointement qu\u2019on ait abandonné la formule de la norme nationale proposée par la Commission Sirois.La majorité avait trouvé le projet fédéral trop peu généreux.(Le projet accordait pour- tant aux provinces une subvention minimum de moitié plus considérable que celle du temps de guerre et il les libérait de lourdes responsabilités dans le domaine de la sécurité sociale.) Dans l\u2019ensemble, toutefois, la majorité des provinces avait semblé disposée à poursuivre le travail sur cette base.Quelques-unes, par contre, dont le Québec et l\u2019Ontario, avaient manifesté une vive opposition aux propositions fédérales dans leur ensemble.Quelques mois plus tard, dans le discours du budget de juin 1946, le gouvernement fédéral offrit de conclure des accords fiscaux séparés avec celles des provinces qui le désireraient.Le projet d\u2019accords, strictement limité aux questions fiscales, à l\u2019exclusion des questions de sécurité sociale dont il avait été question à la conférence, comportait sensiblement les mêmes données que les dernières offres fédérales faites aux provinces.La durée proposée était toutefois de cinq ans au lieu de trois.Finalement, toutes les provinces, sauf le Québec et l\u2019Ontario, en vinrent à une entente sur cette base.Les accords de 1952.\u2014 En décembre 1950, un peu plus d\u2019un an avant l\u2019expiration des accords de 1947, le gouvernement fédéral convoqua une conférence fédérale-provinciale pour considérer de nouveau la question.Par la suite, les huit provinces qui étaient parties aux accords de 1947 \u2014en ce qui concerne Terre-Neuve, l\u2019accord avait été conclu lors de son entrée dans la Confédération \u2014 s\u2019entendirent avec le gouvernement fédéral pour un nouvel accord de cinq ans.Au surplus, le 29 août 1952, l\u2019Ontario, qui était jusque là resté à l\u2019écart, annonçait qu\u2019il en était également venu à une entente.De sorte que le Québec est maintenant la seule province sans accord fiscal.Les principes de base de ces accords peuvent se formuler brièvement.D\u2019une part, la province et ses municipalités doivent s\u2019abstenir de lever tout impôt sur le revenu personnel ou sur le revenu des corporations, tout impôt corporatif généralement (tel que l\u2019impôt sur le capital, sur les places d\u2019affaires, etc.), ainsi que tous droits de succession.Deux exceptions sont toutefois prévues.La province peut, si elle le désire, continuer à imposer des droits de succession; dans ce cas, la subvention fédérale est diminuée en conséquence.En deuxième lieu, la province peut, sans affecter le montant de la subvention prévue, lever des impôts sur le revenu provenant des opérations minières ou de l\u2019exploitation des forêts.Elle peut également percevoir des royautés ou loyers en rapport avec l\u2019exploitation des ressources naturelles.Au surplus, ces impôts, royautés et loyers sont considérés comme dépenses déductibles du revenu, pour fins du calcul de l\u2019impôt fédéral, de sorte qu\u2019il n\u2019y a pas à proprement parler double imposition.Le gouvernement fédéral, d\u2019autre part, s\u2019engage à payer à la province une subvention annuelle minimum, suivant l\u2019une de trois formules, au choix de la province.150 RELATIONS Les deux premières formules sont celles établies pour les ententes de 1947, avec ajustements suivant l\u2019accroissement de la population de la province et l\u2019augmentation du produit national brut intervenus entre 1942 et 1948.La première formule de 1947 mettait l\u2019accent sur les besoins fiscaux de la province en s\u2019appuyant principalement sur un paiement fixe par tête de la population.Elle se composait de deux éléments: a) $15 par tête de la population de la province en 1942; plus b) le montant des subventions statutaires payables à la province en 1947.Cette option était la plus favorable à la Nouvelle-Écosse, à la Saskatchewan et à Terre-Neuve.La deuxième formule mettait plutôt l\u2019accent sur le potentiel fiscal de la province.Elle comportait trois éléments: a) 50 pour cent du revenu de la province provenant de l\u2019impôt sur le revenu personnel, l\u2019impôt sur le revenu des corporations et les divers impôts corporatifs, en 1940, tel qu\u2019établi pour les fins des accords du temps de guerre; plus b) $12.75 par tête de la population de la province en 1942; plus c) le montant des subventions statutaires payables à la province en 1947.Cette formule était plus avantageuse que la précédente pour toutes les autres provinces, sauf l\u2019Ile-du-Prince-Édouard qui reçut un traitement spécial.Pour les fins des accords de 1952, la rectification de ces deux formules suivant les chiffres de 1948, tel que mentionné plus haut, a pour effet de garantir aux provinces des subventions annuelles minimums, 50 pour cent plus élevées que celles des accords de 1947.La troisième formule, entièrement nouvelle à l\u2019occasion des accords de 1952, met encore davantage l\u2019accent sur le potentiel fiscal de la province.Elle se compose des quatre éléments suivants: a) le produit d\u2019un impôt sur le revenu des particuliers à raison de 5 pour cent des taux de l\u2019impôt fédéral de 1948 applicables aux revenus de 1948 dans la province; plus b) le produit d\u2019un impôt de 8^ pour cent sur les bénéfices des corporations gagnés dans la province en 1948 (ce taux a été établi en tenant compte d\u2019un impôt provincial de 7 pour cent sur les bénéfices des corporations, ainsi que des autres impôts corporatifs traditionnellement perçus par les provinces, particulièrement le Québec et l\u2019Ontario, et que les provinces étaient appelées à abandonner en vertu des accords) ; c) la moyenne du revenu que la province a retiré des droits successoraux au cours des deux ou trois dernières années; d) les subventions statutaires payables à la province en 1948.Cette troisième formule s\u2019avère la plus avantageuse pour la province d\u2019Ontario seulement.Quelle que soit la formule adoptée, les paiements ainsi établis constituent des minimums irréductibles, mais sujets à majoration en fonction de l'accroissement de la population de la province et de l\u2019augmentation du produit national brut d\u2019année en année.En pratique, en adoptant pour chaque province la formule qui lui est la plus avantageuse, les paiements minimums garantis et les paiements rectifiés suivant les estimations pour l\u2019année 1952-1953 s\u2019établissent comme suit: Province\tMinimum garanti\tPaiement rectifié 1952-1953 Terre-Neuve\t\t.$ 9,174,624\t$ 12,291,593 Ile-du-Prince-Êdouard.\t2,977,015\t3,915,671 Nouvelle-Écosse\t\t.\t15,348,220\t20,150,413 Nouveau-Brunswick\t\t.\t12,576,093\t16,624,628 Québec\t\t.\t85,080,466\t115,003,725 Ontario\t\t.101,801,370\t137,173,274 Manitoba\t\t.\t18,634,954\t24,760,084 Saskatchewan\t\t.\t20,026,085\t25,570,643 Alberta\t\t.\t20,985,710\t29,368,527 Colombie-Britannique.\t.\t29,647,487\t41,376,383 Total\t$316,252,024\t$426,234,941 Dans le cas de chaque province, les paiements ainsi prévus pour 1952-1953 sont sensiblement plus élevés que le produit déjà perçu des sources en question par la province elle-même en une année quelconque.Les accords ont pour effet de supprimer, dans les provinces concernées, tout impôt sur le revenu des particuliers et sur le revenu des corporations, tout impôt corporatif quelconque et, sauf exception, tous droits de succession d\u2019origine provinciale.Est-ce à dire que dans les autres provinces de tels impôts provinciaux constituent des charges supplémentaires que n\u2019ont pas à supporter les contribuables des provinces sujettes aux accords fiscaux ?Pas précisément.En ce qui concerne l\u2019aspect purement administratif, les impôts provinciaux impliquent évidemment la duplication des rapports à soumettre aux gouvernements.Mais en ce qui concerne l\u2019impôt lui-même, le gouvernement fédéral accorde un certain crédit pour les paiements faits à la province.Ainsi, en ce qui concerne les droits successoraux, le gouvernement canadien accorde un crédit pour les droits payés à la province, jusqu\u2019à concurrence de la moitié des droits fédéraux autrement exigibles.En pratique, les droits provinciaux du Québec excèdent légèrement ce crédit, de sorte que les habitants de cette province supportent une certaine charge supplémentaire de ce chef.Notons, néanmoins, que les habitants de l\u2019Ontario sont dans la même situation parce qu\u2019en vertu de son accord fiscal le gouvernement de cette province continue à lever des droits de succession.Les huit autres provinces ont abandonné les droits de succession.En ce qui concerne l\u2019impôt sur le revenu des corporations, le gouvernement fédéral accorde maintenant un crédit jusqu\u2019à concurrence d\u2019un impôt provincial de 7 pour cent des bénéfices gagnés dans la province.La province de Québec levait jusqu\u2019à récemment un impôt de 7 pour cent sur tous les bénéfices, sans distinction de provenance, des corporations ayant leur siège social dans la province.Mais le gouvernement de la province a récemment indiqué son intention de modifier cette situation pour tenir compte de la nou- JUIN 1953 151 velle législation fédérale.Il reste néanmoins des impôts corporatifs divers (sur les places d\u2019affaires, le capital versé, etc.), qui constituent une charge supplémentaire pour les contribuables du Québec par rapport à ceux des autres provinces, y compris l\u2019Ontario.En ce qui concerne l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, le gouvernement fédéral accorde également un crédit jusqu\u2019à concurrence de 5 pour cent de l\u2019impôt fédéral.Mais le Québec, pas plus que l\u2019Ontario, n'a d\u2019impôt sur le revenu, en dépit du fait qu\u2019il pourrait ainsi en percevoir sans charge supplémentaire pour ses contribuables.PROCHAIN ARTICLE: « Critique désaccords fiscaux actuels ».LE BILL 146 La corporation des instituteurs Albert GERVAIS IL EXISTE un problème quasi permanent de l\u2019instituteur: problème de son prestige professionnel, de son perfectionnement culturel, de sa stabilité, de sa juste rémunération, etc.Pour le résoudre, ou du moins en émousser l\u2019acuité, la Législature provinciale avait, il y a eu sept ans en avril dernier, par la Loi 10 George VI, chapitre 87 des statuts de 1946, constitué en corporation les instituteurs et institutrices catholiques de la province de Québec.Malgré un essai sérieux, de louables efforts et beaucoup de bonne volonté de la part de ses dirigeants, cette corporation, telle qu\u2019alors constituée, n\u2019a vraisemblablement pas atteint ses buts premiers.Ses vices de structure ont même engendré au sein de ses membres un second problème, celui des instituteurs en tant que professionnels incorporés: litige dont les dessus, les dessous et les à-côtés ont mal impressionné le public au cours des récentes années.La corporation s\u2019est scindée en deux camps irréconciliables, et des brefs de cour ont paralysé réciproquement toute activité officielle de la part de l\u2019un ou l\u2019autre des deux groupes.A qui ou à quoi attribuer la responsabilité de ce complet marasme ?A un organisme corporatif mal bâti ou bien à quelques-uns de ses architectes qui auraient rêvé de louer l\u2019édifice aux intérêts d\u2019une cause par trop particulière et locale ?Sans vouloir opérer ce délicat triage, nous regrettons pourtant que les profanes n\u2019aient pu glaner la vérité sur cette affaire que de façon fort imparfaite.Pour avoir plus qu\u2019une idée fragmentaire du problème des instituteurs et de leur corporation, il convient de jeter un bref coup d\u2019œil sur la loi initiale créant cette corporation; nous estimerons par là même le bien-fondé de la réorganisation statuée par le bill 146.LA CONSTITUTION DE 1946 La loi de 1946 groupait les instituteurs et institutrices de le province en trois fédérations préalablement existantes: la fédération des institutrices rurales, celle Le bill 146, créant une nouvelle corporation d'instituteurs, a occupé l'opinion publique pendant plusieurs jours, lors de la dernière session.Voici ce que pense de la nouvelle loi M.Albert Gervais, professeur et journaliste.des instituteurs ruraux et la fédération mixte des instituteurs et institutrices des cités et villes.Chacune de ces fédérations avait, conjointement avec la corporation elle-même, juridiction territoriale et morale sur toute la province, puisque chacune comptait, ou pouvait compter, des syndicats à peu près dans toutes les régions du Québec; de là, on le présume, un manque d\u2019unité, de cohésion qui autorisait de regrettables empiétements d\u2019une fédération (ou de l\u2019un des syndicats affiliés) sur une autre.Au conseil général de la corporation, la fédération des instituteurs ruraux et la fédération des institutrices rurales avaient droit à 8 représentants chacune, et la fédération des cités et villes, à 16; donc, 16 conseillers ruraux (hommes et femmes) et 16 conseillers urbains (hommes et femmes).Par le paradoxe qui veut que 1 plus 1 ne fassent jamais 2, mais plus ou moins 2 selon qu\u2019il y a union ou désaccord des forces en présence, ces 16 délégués ruraux et ces 16 délégués urbains trouvaient malheureusement plus d\u2019occasions d\u2019annihiler que de dépasser leur potentiel mathématique.Dissension, « discrimination » d\u2019ailleurs subtile, inavouée, sans doute même longtemps inconsciente, mais qui, suscitée par une opposition réelle d\u2019intérêts locaux, régionaux, fédératifs, s\u2019avérait d\u2019autant plus fatale à la corporation que ce conseil général déchiré en constituait le conseil suprême, la loi de 1946 ne conférant aucun pouvoir positif au congrès.De plus, le mode de représentation des trois fédérations au conseil général manquait de logique et d\u2019équité.La fédération des institutrices rurales, par exemple, commandant 61 syndicats, avec une possibilité de 9,000 membres, y déléguait le même nombre de représentants que la fédération des instituteurs ruraux qui ne groupait guère que 12 syndicats avec une totalité possible de 900 membres, cependant que la fédération des instituteurs et institutrices des cités et villes, avec trois fois moins de syndicats et une possibilité de membres trois fois moindre que la fédération des institutrices rurales, maintenait deux fois plus de représentants au conseil général.152 RELATIONS Autre anomalie: les syndicats, cellules essentielles des fédérations, n'étaient pas représentés comme tels au conseil général de la corporation, de sorte que les associations ne participaient que bien imparfaitement aux délibérations, décisions, activités de leur corporation.D\u2019où, désintéressement graduel des membres-syndiqués à l\u2019endroit de celle-ci.Mais le principal grief invoqué par les requérants du bill 146 contre la constitution originelle de la corporation, c\u2019est que la loi initiale assurait, à toutes fins pratiques, la domination de tout l\u2019organisme provincial par un seul syndicat.On sait que la fédération urbaine remplissait légalement 16 sièges au conseil général de la corporation, soit la moitié; or, l\u2019article 14a des règlements de cette fédération décrète que, par exception et nonobstant la représentation de base réglementaire de deux délégués pour les premiers cent membres plus un délégué additionnel pour chaque centaine subséquente, l\u2019Alliance des professeurs catholiques de Montréal aura toujours droit, quel que soit le nombre de ses membres, aux deux cinquièmes de la représentation totale au conseil général de cette fédération, lequel désignait à son tour les délégués de la fédération au conseil général de la corporation.De par ce droit permanent de représentation prépondérante, ou peu s\u2019en faut, au conseil de sa fédération, le syndicat de Montréal, en dominant, à toutes fins pratiques, la fédération urbaine, dominait en même temps les 16 délégués de cette même fédération au conseil général de la corporation.Comme le quorum de ce dernier était de 20 délégués sur 32, les 16 représentants des cités et villes s\u2019abstenant, par exemple, de siéger, pour telle ou telle raison alléguée par les dirigeants de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal, il en résultait qu\u2019un seul syndicat pouvait en tout temps boycotter les assises de la corporation.Et si l\u2019on rapproche de cette situation le fait que, depuis ses débuts jusqu\u2019en juin 1951, soit durant cinq années, la corporation eut comme président le président même du syndicat mis en cause, on peut facilement comprendre pourquoi les instituteurs et les institutrices de la province ont, à un moment, senti l\u2019urgente nécessité d\u2019une décentralisation, afin de faire échec à la propension, répandue chez la majorité des gens, d\u2019identifier Alliance des professeurs et Corporation des instituteurs.D\u2019autant plus que la crise scolaire de Montréal, par un jeu d\u2019osmose qui n\u2019a pas encore révélé tous ses secrets, avait son pendant par toute la province.Cette désolidarisation des titulaires syndiqués du Québec à l\u2019endroit du syndicat ici en cause \u2014 syndicat dont les impasses avaient, à leurs yeux, trop exclusivement accaparé jusque là les forces vives de leur jeune corporation \u2014 cette désolidarisation culmina précisément en cette Journée des responsables des 1er et 2 décembre 1951, quand 67 syndicats représentés sur 96 acceptaient le principe de la réorganisation de la corporation sur le plan diocésain: en cette occasion, ces mêmes syndicats ressortissant aux trois fédérations adoptaient à l\u2019una- nimité une résolution par laquelle ils regrettaient l\u2019attitude prise par l\u2019exécutif de l\u2019Alliance des professeurs catholiques de Montréal devant la suggestion de l\u2019archevêque de Montréal en vue du regroupement des instituteurs montréalais.Avant de passer à l\u2019étude du bill proprement dit, une rapide rétrospective et quelques statistiques vont nous permettre de juger si cette réorganisation à l\u2019échelle diocésaine répondait vraiment au vœu de la majorité des titulaires ou si le bill 146 ne serait pas plutôt issu du simple dépit d\u2019une minorité, voire d\u2019un coup de tête de l\u2019Instruction publique ou d\u2019un coup d\u2019État du gouvernement.BREF HISTORIQUE Ce n\u2019est pas d\u2019hier que les professeurs de la province songeaient à desserrer l\u2019étau où la loi de 1946 les coinçait: on en parlait depuis quatre ans.Dès le congrès de 1949, le syndicat des instituteurs de Québec émettait le vœu que « les cadres actuels de la corporation soient modifiés ».Dans le procès-verbal des délibérations du conseil général siégeant le 28 juin 1949, et faisant suite au congrès, on relève la note suivante: « Remaniement des cadres de la C.I.C.: question réglée.» Les 1er et 2 décembre 1951, les présidents et secrétaires de 67 syndicats affiliés à l\u2019une ou l\u2019autre des trois fédérations étudiaient, puis adoptaient en principe le remaniement des cadres de la corporation tel que présentement effectué par le bill 146.Les 22 et 23 décembre suivants, le conseil général était de nouveau saisi du plan diocésain; mais la tactique d\u2019obstruction ayant joué comme on l\u2019a dit plus haut, aucune décision n\u2019en résulta.De plus, chacune des trois fédérations avait eu, par le passé, à envisager cette possibilité de remanier les cadres de sa corporation.L\u2019article 18 de l\u2019ordre du jour du conseil général de la fédération des cités et villes, tenu les 21 et 22 mai 1949, se lisait, par exemple, comme suit: « Possibilité de changer la structure de la corporation.» Dans le procès-verbal des délibérations de l\u2019exécutif de cette même fédération, le 5 juin 1948, à l\u2019art.4, page 1, varia A, nous lisons: « Il faudra réorganiser la fédération sur une base diocésaine.» De leur côté, la fédération des institutrices rurales et celle des instituteurs ruraux optaient unanimement, après une étude élaborée, pour la réorganisation, le 1er décembre 1951, et y acquiesçaient de nouveau par résolution unanime, le 19 avril 1952.Des trois fédérations composant la corporation, deux ont donc officiellement adopté la réorganisation aujourd\u2019hui réalisée: celles des institutrices et des instituteurs ruraux, ce qui comporte un effectif de 10,894 titulaires, selon les dernières statistiques officielles.Quant aux instituteurs et institutrices des cités et villes, 11 syndicats sur 20 affiliés à la fédération urbaine se sont formellement prononcés en faveur du bill 146, JUIN 1953 153 soit un total de 2,039 membres: il s\u2019agit nommément des syndicats de Montréal (l\u2019Association des Éducateurs catholiques de Montréal), Québec (hommes et femmes), Trois-Rivières (hommes et femmes), Verdun, Hull, Cap-de-la-Madeleine, Shawinigan, Lévis et Valley field, sans compter certains syndicats non affiliés, tels ceux de La Tuque, Shawinigan-Sud, Saint-Jean, Val-d\u2019Or, etc.Donc, 2,039 requérants sur un total de 3,000 membres, ce qui représente 67.9% de toute la fédération urbaine.L\u2019article d\u2019exception 14a, dont il a été question plus haut, explique comment, avec seulement 32% de membres opposants, la fédération urbaine a réussi à se constituer opposante officielle aux amendements à la loi de la corporation.En somme, par toute la province, nous totalisons 12,933 titulaires favorables au bill 146, sur un grand effectif de 13,894, soit 93% de tout le corps professoral du Québec.PORTÉE DU BILL 146 Le bill prévoit l\u2019incorporation de 19 fédérations, c\u2019est-à-dire une par diocèse, les trois fédérations pionnières étant appelées à disparaître du sein de la corporation.Instituteurs et institutrices d\u2019un même diocèse, sans distinction de milieu (« urbain » ou « rural »), forment une fédération.A ce jGur, 11 fédérations diocésaines sont dûment incorporées et font d\u2019ores et déjà partie de la corporation amendée.Le congrès cesse d\u2019être une simple machine à vœux: la nouvelle loi lui confère, entre autres, le pouvoir d\u2019élire les membres du conseil général et d\u2019approuver les nouveaux règlements, les anciens étant abrogés depuis la sanction du bill 146.Le congrès est constitué de délégués de chaque syndicat et de chaque fédération, assurant ainsi une participation directe des cellules locales aux hautes délibérations du nouvel organisme, ce que la loi initiale n\u2019autorisait pas.Quant au conseil général, il se compose de membres du conseil d\u2019administration et, en outre, de délégués des fédérations.C\u2019est le congrès qui en élit les délégués; pour la première fois, le congrès, rassemblement de toute la profession, prime le conseil général: la logique et l\u2019esprit démocratique reconquièrent leurs droits.Constitué de représentants de chaque fédération diocésaine, le nouveau conseil général devient de ce fait plus représentatif, puisqu\u2019on est assuré d\u2019y voir siéger des instituteurs et des institutrices de tous les points de la province.Les pouvoirs accordés à la corporation sont comme auparavant exercés par le conseil dy administration.AVANTAGES ET PERSPECTIVES 1.\tLe regroupement de tous les professeurs d\u2019une même circonscription diocésaine, sans distinction de sexe ni de milieu, concourra à développer cette unité d\u2019esprit et cette concorde des cœurs qui font une profession robuste et digne.Évoluant dans un même secteur géographique, sous le signe d\u2019une même profession, l\u2019institutrice du rang, le maître d\u2019école du village, le titulaire des villes se sentiront frères égaux et non plus rivaux.2.\tLa restriction du territoire assigné à chaque fédération permettra un plus efficace noyautage ainsi que des contacts plus faciles et plus suivis dans les cadres du diocèse.On entrevoit dès lors l\u2019organisation grandement facilitée de cercles d\u2019étude, d\u2019enquêtes, de réunions de cellules, de congrès diocésains et interdiocésains, etc., autant d\u2019occasions pour les professeurs d\u2019enrichissement pédagogique, culturel et moral.3.\tEn multipliant le nombre des fédérations, la réorganisation accroît d\u2019autant l\u2019effectif des chefs syndicaux; la corporation devient ainsi une école de formation syndicale, chaque fédéiation devant en effet recruter dans le personnel enseignant de son diocèse les personnalités aptes à s\u2019initier aux responsabilités de président(e), de secrétaire, d\u2019agent négociateur, etc.4.\tLe problème des négociations entre syndicats et commissions scolaires se heurtera vraisemblablement à moins de portes closes du fait que, les commissions scolaires ayant déjà elles-mêmes opté pour leur fédération sur le plan diocésain, employeurs et employés se rencontreront sur un terrain commun, celui du diocèse.Se connaissant déjà de part et d\u2019autre, mutuellement avertis des possibilités économiques de la région, des conditions financières et des conditions de travail prévalant dans telle ou telle municipalité scolaire, commissaires et syndiqués seront mieux disposés à négocier dans la sérénité et la compréhension.L\u2019expérience ne démontre-t-elle pas d\u2019ailleurs que l\u2019employeur préfère, à tort ou à raison, discuter avec les représentants locaux ou régionaux d\u2019un syndicat ou d\u2019une fédération plutôt qu\u2019avec des émissaires de l\u2019extérieur?A cet effet sera institué dans chaque diocèse un comité mixte permanent, composé de représentants de la fédération des instituteurs et de la fédération des commissions scolaires, dont l\u2019intervention, le cas échéant, devrait prévenir bien des disputes, aplanir bien des difficultés.Il nous plaît à cet égard de souligner que les promoteurs de la réorganisation, sans adopter (loin de là!) le pavillon baissé pour emblème, ne se proposent pas non plus de muer la corporation amendée en arsenal de revendications systématisées.5.\tRappelons enfin que la nouvelle corporation rejoint l\u2019esprit de notre système d\u2019instruction publique, dont le Conseil comprend les évêques du Québec et un nombre correspondant de laïcs.De même, les syndicats fédérés sur le plan diocésain bénéficieront, à plus d\u2019un point de vue, des directives et de l\u2019appui de leur Ordinaire respectif, puisque la réforme en cours se prévaut de la haute approbation de l\u2019épiscopat canadien-fran-çais: Votre projet de remplacer par des fédérations diocésaines les fédérations aujourd'hui existantes a été unanimement loué par VAssemblée, écrivait, le 18 décembre 1951, S.Exc.Mgr Maurice Roy, président de l\u2019Assem- 154 RELATIONS blée des Évêques, à M.Léopold Garant, président de la corporation et promoteur de cette réorganisation.* « Nous serons vainqueurs parce que nous avons les cadres », disait Briand à Barrés.L\u2019expérience malheureuse qu\u2019ils viennent de solder convaincront au contraire nos instituteurs que les cadres, si nobles, si fermes soient-ils, ne suffisent plus; dans ces cadres, il faudra mieux qu\u2019une image, il faudra une réalité bien vivante.Ce « supplément d\u2019âme » que souhaitait Bergson à l\u2019humanité vidée de sa plénitude première, les professeurs devront en vivifier leur corporation amendée pour qu\u2019à l\u2019avenir l\u2019instituteur soit parmi nous le personnage dominant non plus d\u2019une crise, mais d\u2019une apothéose, l\u2019apothéose d\u2019une vocation vécue dans la joie, la sérénité, l\u2019efficience.« La crise est libératrice », proclament les médecins.Que la nouvelle loi engendre au plus tôt des réalisations concrètes, avantageuses et durables ! LA TERRE QUI SAUVE Alexandre DUGRË, S.J.LE P.ANTOINE FORTIER, S.J., a dressé une liste de vocations religieuses par familles: nos cultivateurs y font leur marque.Leur cinquième de population dépasse les trois cinquièmes des citations à l\u2019ordre du jour, et dans les plus gros chiffres: 16 enfants, 10 vocations; 14 enfants, 9, 8, 7 vocations.Glorieuse monotonie, impressionnante générosité de vies reçues et de vies offertes.René Bazin répéterait l\u2019hommage à la paysannerie française: « C\u2019est de son sang mille fois baptisé que sortent nos prêtres et nos religieuses, glorification du paysan par Dieu lui-même.» Pour donner des vocations, il faut d\u2019abord accepter les enfants.Nos chefs d\u2019État ne se doivent-ils pas de protéger, d\u2019agrandir nos campagnes, réservoirs de la nation?De même qu\u2019on se procure à haut prix des semences triées, ne recueillera-t-on pas soigneusement notre meilleure moisson humaine pour la transplanter aux vastes espaces, où elle puisse continuer sa multiplication des biens et des saints ?La campagne normale, fertile en recrues, doit déborder.Les terres, même négligées, valent cher: essayez d\u2019en acheter! Il faut donc partir: vers du constructif ou vers du gâchis ?Pourquoi, messieurs les colonisateurs, ne pas canaliser militairement cette jeunesse née du sol et pour le sol ?Elle n\u2019en veut plus ?Qu\u2019en savez-vous ?Combien d\u2019excursions lui montrent cent arpents à se donner?Oui, de cette argile d\u2019Abitibi, qui est bonne à en manger ! Selon Pascal, « la chose la plus importante est le choix d\u2019un métier; le hasard en dispose » et l\u2019éparpillement.C\u2019est malheureux que des chefs comme Mgr Marquis et Mgr Labelle ne créent pas des paroisses et des diocèses avec ce riche matériel humain de Nicolet-Yamaska et de partout, avant qu\u2019il ne se livre aux emplois de serviteurs, avant que la moitié ne se dessèche au bilinguisme, aux manufactures, au même piston,\u2014piston soi-même!\u2014et ne perde son cœur à mal s\u2019amuser, « visage en fleur dans un corps en ruine ».Où s'établir.\u2014L\u2019agriculture développe tout l\u2019homme, si bien qu\u2019un lord trouvait « plus difficile de conduire une ferme que de gouverner l\u2019empire des Indes ».Un demi-pauvre content est riche: il a le droit de penser; il a ses vacances payées; il a des connaissances générales; il possède la sécurité sociale et joliment de commodités; il roule en auto, s\u2019habille à la mode, se paie amusements et voyages, loisirs et plaisirs.Et pourtant, avec tout cela, il envie follement le Jean-sans-terre, sans maison et sans carnet d\u2019épargne, jeté aux secours mendiés dès l\u2019apparition d\u2019un humiliant chômage.Faudra-t-il la pension de jeunesse dans la maison à l\u2019envers, dans le pays momentanément détraqué, envié de l\u2019Europe et méprisé de son monde?Au lieu d\u2019une victorieuse conquête du sol, nous perdons mille fermes par année, glissant au capitalisme agraire, à la trop grande propriété, à moins de familles vivant de plus de sol.Le machinisme rend matérialiste; la ferme devient une usine à viande et à lait, plutôt qu\u2019une nichée humaine.Au lieu de cultiver pour vivre, on cultive pour vendre.Et il arrive ceci: on garde pour sa famille les rebuts, les vieux coqs maigres, les morceaux invendables, et l\u2019on porte le meilleur aux messieurs de la ville.Est-ce normal aux yeux des enfants?Oui! et c\u2019est une déformation humiliée, une première défaite.Les semaines de fierté rurale ont de quoi s\u2019exercer, dans la mystique et dans la pratique.Si l\u2019on veut des fidélités, il faut 1° que le vieux bien paye assez pour que deux, quatre, six fils désirent un héritage pareil; et 2° il faut trouver deux, quatre, six établissements neufs, qui ne chassent pas toute une famille pour caser un jeune couple.Si un comté donne sa jeunesse, qu\u2019il la transplante donc noblement, comme une riche semence de peuple, non en poussière d\u2019exil, jetée à l\u2019anglicisation.Le problème social rural de soixante comtés ne devrait pas se compliquer de théorie savante.Il est simple comme bonjour: on est trop de monde à la maison?Il faut partir, on part, on part même trop: on n\u2019y laisse per- JUIN 1953 155 sonne.On part vers quoi ?Vers une conquête ou une cession?.La terre, comme Rachel, est en deuil de ses fils.Qu\u2019on aille donc conquérir autant de fermes qu\u2019on a de garçons! Les anciennes misères du défrichement, c\u2019est fini, grâce aux routes, aux machines et aux octrois.Réussit qui veut.Frappons du pied le sol, il en jaillira des colons.Hélas! Abeilles sans reine, ruche perdue.Faute d\u2019un recrutement sérieux, l\u2019on tourne à rien, les yeux vagues et les bras ballants.La plupart préfèrent l\u2019argent comptant à un fier domaine, au revenu conditionné par le soleil et la pluie, la sécheresse et la mévente.Ils préfèrent les huit heures de travail douteux, avec fin de semaine douteuse et vacances payées, aux douze heures des bonnes fatigues de la ferme, où les mains sont noires, mais où le pain est blanc.Ils raffolent des gaspillages d\u2019argent, et de soi-même par l\u2019argent, des folies de restaurants, des jeux de hasard aux cartes, aux courses et à diverses tricheries mécaniques.Des salaires passent en tours d\u2019auto, avec accidents au corps et à l\u2019âme, avec de la bière et des filles, avec les péchés des soirs et du dimanche.On aime mieux se déclasser salarié-locataire que cultivateur-propriétaire, indépendant, avec du solide sous les pieds, avec l\u2019éminente dignité de collaborateur de Dieu, comme des Adam de nouvelles créations.Dieu nous donne les noisettes, on n\u2019a qu\u2019à les casser.Le sol de même.Les hommes de fer aux outils de bois seront-ils, avec des outils de fer, des hommes de bois?.L\u2019argent est de valeur fictive et mensongère.Non, travailler n\u2019est pas se louer et se vendre! Le sage des Proverbes demande à Dieu: Ne me donnez ni la pauvreté ni la richesse, mais ce qui est nécessaire à la vie \u2014 au salut.Avec une propagande aussi active et plus vraie que pour l\u2019armée, ne pourrait-on arracher quelques douzaines ou centaines de vaillants sans-avoir?Rien comme d\u2019essayer, surtout des excursions.Tel jardinier de Montréal a gagné le Témiscamingue pour sauver ses douze garçons! Et les 24 enfants Sylvain de la Beauce, consolidés à Rochebaucourt, qu\u2019ils consolident.« L\u2019avenir est aux patients, pourvu qu\u2019ils patientent », dit le Prophète.Bien des courageux, s\u2019ils étaient renseignés, consentiraient à s\u2019éloigner pour faire œuvre de paix et d\u2019apostolat, pour donner au Christ une paroisse de plus sur la terre canadienne, pour vivre plus sûrement en état de grâce, dans une richesse de mérites et dans l\u2019assurance contre le feu des infinies durées d\u2019éternité.La campagne est « le laboratoire où s\u2019élaborent les forces du bien ».Un milieu différent peut sauver ou perdre une jeunesse branlante.« Pour vivre bien ici, disait un citadin, il faut faire le contraire des autres; c\u2019est dur! » Veuillot écrivait à sa sœur: « Ici en Vendée, le bon Dieu tra- 156 vaille de ses mains.A Paris, il a l\u2019air de laisser travailler le diable.» Et à Montréal ?à Toronto ?à Vancouver ?.Cent mille Canadiens français tournés protestants à l\u2019ouest d\u2019Ottawa, c\u2019est un peu fort, sans parler ni de cent mille anglicisés, ni des américanisés à fond.Ici même, souvent l\u2019on se croit sauvé parce qu\u2019on offre à Dieu vingt minutes le dimanche, quand on les offre, et de bonne humeur, avant de partir.Du sang neuf.\u2014 Enfin, enfin, enfin, si nos Canadiens dégénérés ne veulent absolument pas d\u2019une terre bénie des dieux, ni pour la certitude du lendemain, ni pour le salut des âmes et de l\u2019espèce, cherchons ailleurs, rajeunissons-nous par une transfusion de sang, par une greffe de rameaux d\u2019Europe sur notre arbre vieilli.Des millions d\u2019Italiens trapus, tous catholiques, menacés de famine et de communisme faute de sol cultivable chez eux, brûlent de posséder cinq ou dix arpents de terre, pour y faire vivre les nombreux enfants qu\u2019ils ont le cœur d\u2019accepter du Créateur.Au lieu de 16,000 Canadiens qui désertent, Yamaska nourrirait 160,000 de ces contents de peu, affirme Raoul Blanchard.Et les autres comtés, en proportion.Le Pape demande de les bien recevoir, de les inviter, de les installer comme des frères, eux et les dépatriés, Français, Hollandais et Belges, avides d\u2019un sol introuvable dans leurs pays surpeuplés.Notre planète, dit le Saint Père, ne manque pas de territoires fertiles, abandonnés, qui se prêteraient bien à la culture.Là où Von accordera aux immigrants l'espace vital perdu, Vimmigration atteindra son but naturel, qui est la meilleure distribution des hommes sur les terres fécondes.Car la surface du globe a été créée et préparée par Dieu pour l'usage de tous.Blâmables seraient les gouvernants qui refuseraient d'accueillir ces infortunés ou qui fermeraient l'accès à ces immenses territoires vacants, susceptibles d'être exploités dans le meilleur intérêt du pays.Notre délégué apostolique, aux sacres de NN.SS.Blais et Lévesque, de Prince-Albert et de Hearst, posait le grand problème social actuel des pays surpeuplés, le drame de ces hommes sans terre qui devraient jouir d'un droit d\u2019accès libre et facile aux terres sans hommes.Les hommes sans terre ont le droit de cultiver la terre sans hommes, et les ouvriers des pays sans ressources naturelles suffisantes ont un droit aux ressources naturelles abondantes des pays sans ouvriers ou aux terres désertées, comme il y en a 20,000, dit-on, dans notre Québec.Remarquons le droit affirmé trois fois: c\u2019est plus qu\u2019une charité, c\u2019est une justice due.Nous avons les premiers droits, oui, mais pas le droit d\u2019affamer les pauvres.Accroissons-nous de ces Latins, de ces frères catholiques, à mettre de notre côté dans la course au nombre, qui préoccupe l\u2019Ontario et l\u2019Ouest, soucieux de leur majorité anglo-canadienne.Nos fermes négligées, abandonnées déshonorent des milles de paysage le long du RELATIONS grand chemin.Cela choque l\u2019œil, ces friches qui menacent de retourner en forêt, et ces repoussis qui seront trente ans une laideur avant d\u2019être un bocage.Pourquoi ne pas y découper cinq ou six lots de dix ou quinze arpents pour ces jardiniers qui ne laissent pas perdre une motte ?Les qualités d\u2019économie de ces Européens à l\u2019état pur nous serviraient de leçon.L\u2019exemple de grands civilisés, de femmes heureuses de rester femmes, pas brûlées par les cosmétiques et les prétentions, contrebalancerait l\u2019influence américaine, trop contagieuse pour nos copieurs des autres.Donnez-moi vos vingt ans si vous n'en faites rien, dit le poète.Donnez-moi ces arpents si vous les méprisez.Vendez-les, cédez-les, à des prix abordables, aux frères malheureux qui étouffent là-bas, qui s\u2019épanouiraient ici, et qui nous seraient d\u2019une aide précieuse pour le territoire, le nombre et la qualité.L\u2019article 95 de l\u2019Acte fédératif permet aux provinces comme au gouvernement central d\u2019organiser l\u2019immigration.Quatre provinces ambitieuses \u2014 Ontario, Saskatchewan, Alberta et Colombie \u2014 ont des recruteurs en Angleterre.Notre Québec sans politique de grandeur n\u2019a personne en France et chez les Latins.Ne devrait-il pas du moins accroître sa population et sa vie rurale en gardant le plus possible des immigrés, qui viennent tout de même et qui vont dans l\u2019Ontario et l\u2019Ouest s\u2019angliciser, peut-être perdre la foi ?.Qu\u2019il est triste de voir des réfugiés, \u2014 médecins, nobles ou ruraux, arrachés au rideau de fer communiste, \u2014 venus chercher refuge chez nous, très instruits, distingués, parlant français, se débattre seuls et ne trouver pour gagner leur pauvre pain que des emplois de balayeurs ou de laveurs de vaisselle dans les restaurants! Un avocat slave propose tristement: « Je pourrais enseigner l\u2019arithmétique en français.» Dans l\u2019Ouest, des immigrés anciens sont payés pour recevoir, entourer, initier leurs compatriotes qui arrivent.Ici, rien.Quel avenir, pourtant, mille jardiniers trouveraient dans nos Laurentides à tourisme! Des engagés de fermes, bien traités, bien payés, bien entourés, font leur affaire et la nôtre.« Aimeriez-vous retourner en Hollande ?demandait-on à un réfugié.\u2014 Pour me promener, oui ; pas pour rester.Nos enfants auront plus d\u2019avenir ici.» Et ils font venir leurs frères, leurs cousinages.Un Canadien, qui en a eu deux couples, a su répondre au lourdaud qui l\u2019accusait de préférer les étrangers: « D\u2019abord, garçon, ce ne sont pas des étrangers; ils sont déjà Canadiens.Leurs enfants vont à l\u2019école avec les nôtres.Ils sont meilleurs catholiques et ils font mieux mon affaire que toi! » Par contre, un bon Français, désireux de faire venir sa famille, s\u2019en retourne découragé, par la faute d\u2019un Canadien avare qui le payait $10 par mois!.(Pour communiquer avec ces immigrants, absolument recommandables, s\u2019adresser à la Société d\u2019établissement rural, 484, rue McGill, Montréal.) C\u2019est plus qu\u2019une charité, c\u2019est un droit que les malheureux possèdent sur nous, catholiques, frères universels.L\u2019amère géographie de la faim se demande si la terre fut créée de Dieu pour une politique sans-Dieu ou pour les enfants de Dieu.Tous ont droit de s\u2019asseoir à cette table servie par le Créateur, aux sièges inoccupés.Quand on abandonne le bon sol à la végétation sauvage, faute de semer ou faute de récolter, il serait vilain d\u2019être sourd aux instances du Pape, relayées par notre épiscopat.Nous-mêmes, nous nous ressaisirons, nous reprendrons la vocation agricole en péril, nous garderons la terre qui nous a gardés, nous garde et nous gardera.« Si vous ne pouvez faire de vos fils des prêtres, disait le cardinal Bégin, tâchez d\u2019en faire des cultivateurs.» Et préparez-les tout petits, rassurez-les.Que Dieu bénisse et peuple son Canada! Que nos campagnes grandissent, prospèrent et soient bonnes.Selon une inscription du couvent de La Baie: Faites ce que Dieu veut, et Dieu fera ce que vous voulez.Réussissez le meilleur placement des jeunes, pour que le règne de Dieu arrive sur notre terre comme au ciel.Que la campagne creusée par le dedans, réduite à n\u2019être qu\u2019un cinquième de notre population contre quatre cinquièmes à la ville, reprenne son importance normale et morale, pour un meilleur équilibre social.La terre est le solage des nations: imagine-t-on de construire une base de vingt pieds sous un comble de quatre-vingts?Gare à la tempête! Et puis, cherchez d'abord le royaume des deux là où il est, chez saint Isidore, le laboureur content de Dieu, pas dans les tapages hystériques et les immoralités.L\u2019industrialisation du Québec n\u2019est pas le parfait bonheur, à aucun point de vue.Plaidons.La campagne devra pourtant gagner sa bonne cause et s\u2019épanouir en conquêtes.Sainte Thérèse exprime un souhait qui nous va bien: «Oh, si l\u2019on savait quel grand événement c\u2019est pour le monde qu\u2019un tabernacle de plus sur la terre! » Nos fondateurs de paroisses auront plus d\u2019allure chez Dieu que les déserteurs.Et pour l\u2019histoire humaine, comme dit le philosophe Unamuno, « le paysan constitue en Espagne la seule aristocratie authentique ».Au Canada aussi, de plus en plus: il pense plus juste, il parle mieux français, il résiste mieux à l\u2019américanisme; bref, il est « l\u2019avenir de notre avenir », comme on le chante aux banquets d\u2019exposition.« Rois, gouvernez hardiment! » prêche Bossuet.Gouvernants québécois, faites l\u2019action catholique et nationale que Dieu et l\u2019histoire attendent de vous; lancez une politique audacieuse de vie indépendante, conquérante et familiale.Soyez à la fois Jean Talon, de Valera, Gandhi, Naguib et Lyautey.Sauvez notre classe rurale, accroissez-la, guidez-la vers des terres promises, pour des victoires du spirituel, pour des survivances et des croissances françaises.JUIN 1953 157 DES COMITES DE CITOYENS CONTRE LE CRIME ORGANISÉ NOUS CROYONS que les rapports du Comité sénatorial d\u2019enquête sur le crime organisé aux États-Unis, dont nous faisons ici l\u2019analyse depuis le mois d\u2019octobre dernier, sont de nature à nous convaincre de trois choses: a) le crime organisé aux États-Unis possède de longs et puissants tentacules qui lui permettent de monopoliser non seulement l\u2019exploitation du jeu illégal, mais même celle de quantité d\u2019entreprises normalement honnêtes et légitimes; b) les syndicats criminels des États-Unis ne reculent devant aucun délit, aucune violence pour arriver à leurs fins; intimidation, meurtre, assauts individuels, troubles massifs, achat de consciences, corruption des représentants publics dans les villes, les états et le gouvernement fédéral, immixtion véreuse au sein des principaux organismes de la vie civile (commerce, finance, police, fonctionnarisme, magistrature même), telles sont les nombreuses spécialités des gangsters; c) le crime organisé cause de tels dommages aux honnêtes citoyens et à la patrie tout entière qu\u2019il importe de mener contre lui, sur tous les plans où il opère, une lutte sans merci.(On peut s\u2019édifier à ce sujet en lisant l\u2019article paru récemment dans Newsweek, 18 mai 1953, p.34.) Mais comment procéder ?De façon méthodique et démocratique, bien sûr.Ce qui veut dire qu\u2019il faut d\u2019abord éveiller les consciences devant l\u2019urgence de la situation.Tous les citoyens honnêtes ayant la moindre connaissance du réseau d\u2019activités criminelles qui terrorise ou contamine leur milieu ont le devoir grave, premièrement, de se soustraire à son emprise, deuxièmement, de tout faire pour en briser les mailles.La tâche pour un individu est impraticable.Car il s\u2019agit, entre autres choses, de démasquer la façade d\u2019honnêteté que tiennent à se donner presque partout les criminels en s\u2019introduisant dans les entreprises et les affaires ordinairement honnêtes que requièrent les échanges commerciaux, sociaux et politiques d\u2019un pays.Au sein de ces organismes, leur présence personnelle ou celle de leurs affidés (les uns conscients, les autres naïfs) a pour effet de réduire au silence par intimidation ou de séduire par d\u2019habiles propagandes la masse des travailleurs honnêtes et un grand nombre d\u2019hommes de profession libérale.On n\u2019imagine pas qu\u2019un effort isolé puisse rompre ce filet serré d\u2019influences néfastes.C\u2019est pourquoi il est de première nécessité pour les citoyens honnêtes de se grouper en vue de combattre efficacement le crime.Là où n\u2019existe aucune association anticriminelle, on doit avoir à cœur d\u2019en fonder une.Même aux États-Unis, où l\u2019initiative, comme il convient, est partie du gouvernement fédéral, responsable du bien commun général, le rapport Kefauver revient avec insistance sur le fait que l\u2019intérêt du peuple commande à celui-ci de constituer, disons (pour employer des expressions connues dans la province de Québec), des « comités de moralité publique », des « ligues d\u2019action civique » capables d\u2019exercer une pression salutaire sur les points névralgiques du corps social (IVe rapport, p.2).Dans la majorité des cas, le problème du crime organisé regarde d\u2019abord les autorités locales (municipales).C\u2019est à elles qu\u2019il appartient premièrement de s\u2019y attaquer, quittes à solliciter, en cas de besoin, l\u2019aide supplémentaire des états et du pouvoir fédéral.Quand les gangsters exploitent sous ses formes diverses le jeu illégal, la prostitution, la distribution des drogues; quand ils recourent à la violence ou à la corruption, ils violent toujours quelque loi de quelque état.Et le public doit s\u2019unir pour forcer les gens chargés de l\u2019application des lois à relever le défi, sans se laisser impressionner par Y aura de fausse « respectabilité » dont s\u2019entourent les gangsters les plus influents (IIIe rapport, pp.3, 5).AVEC OU SANS COMMENTAIRES STATISTIQUES AGRICOLES Le texte qui suit constitue un appendice à la série d'articles que le P.Alexandre Dugré termine dans ce numéro.IE RECENSEMENT de 1951 indique pour tout le Canada une valeur de $1,933,312,262 de machines agricoles et d\u2019outillage électrique; cela comprend autos, tracteurs, camions, moteurs, batteuses, lieuses, combines, faucheuses, trayeuses, etc.Dans le Québec $211,937,327, en comparaison de $445,277,532 en Ontario.Dans Yamaska, $2,669,250 pour 528 autos, 516 tracteurs, 165 camions, 836 moteurs, 270 batteuses, 998 lieuses, 7 combines, 1,530 faucheuses, 229 trayeuses et 1,404 installations électriques.LES FERMES Pour tout le Canada.\u2014 L\u2019étendue totale du sol est de 2,313,583,680 acres, l\u2019étendue de la terre agricole occupée de 174,046,654 acres.Dans le Québec.\u2014 L\u2019étendue du sol est de 335,270,400 acres, le sol occupé est de 16,786,405 acres, dont 8,829,000 acres défrichées, 5,790,360 en culture, 2,685,000 en pâturage, 97,000 en jachère, 206,000 autres.Il y a 7,957,000 acres non défrichées, 5,874,000 en forêt, 2,083,000 autres.Dans Yamaska.\u2014 233,600 acres de superficie totale, 196,814 acres de fermes, 155,598 de terre défrichée, 110,173 de culture, 41,745 de pâturage, 351 de jachère, 3,229 autres.41,216 acres de terre non défrichée, 33,097 en forêt, 8,119 autres.Étendue des fermes d\u2019Yamaska.\u201410 fermes de 3 à 10 acres, 232 de 10 à 70, 698 de 70 à 130, 411 de 130 à 180, 234 de 180 à 240, 98 de 240 à 400, 7 de 400 à 560 acres de terre défrichée, 1 de 560 à 780, 1 de 1,600 acres et plus, et défrichée.C\u2019est du cumul en culture commerciale, non familiale.En tout: 1,692 fermes, dont 1,556 sont exploitées par le propriétaire, 22 par le locataire, 97 par les deux, 17 par un gérant.LE BÉTAIL : ANIMAUX, VOLAILLES ET ABEILLES Pour tout le Canada.\u2014 Le bétail représente une valeur de $2,010,356,955, dont $97,751,734 pour 1,306,639 chevaux, $1,595,653,393 pour 8,371,006 têtes de bétail, $185,861,477 pour 4,915,987 cochons, $77,942,377 pour 64,615,025 poules et poulets, $2,898,166 pour 188,328 ruches, etc.Pour le Québec.\u2014 $340,453,000 comparés à $683,328,000 dans l\u2019Ontario, soit $29,110,000 pour 232,863 chevaux, $248,648,000 pour 1,640,840 têtes de bétail (contre Ontario $539,696,630 pour 2,465,875), $39,669,538 pour 1,108,306 cochons, $13,738,383 pour 10,090,000 poules et poulets, ($32,865,259 pour 23,767,391 en Ontario), $461,330 pour 37,422 ruches (contre $1,317,000 pour 87,800 ruches en Ontario).Pour Yamaska.\u2014 Valeur totale de $6,109,920 à distribuer entre 3,340 chevaux valant $363,560, 26,952 têtes de bovins valant $4,581,352, 22,021 cochons valant $846,315, 1,405 moutons valant $30,771, 199,814 poules et poulets valant $254,227,1,407 ruches valant $21,105, plus 10 chèvres, 2,440 dindons et 500 canards, oies et autres volailles cotées à $12,500.Voilà qui consomme presque toute la récolte des fermes.Si ces animaux sont médiocres ou pires, la ferme les nourrit à tort, à perte; ils ne nourrissent pas le fermier.Comme revenu total, les premiers prix reviennent à La Baie, à Saint-Elphège et à la Visitation.Plusieurs ont encore trop la fièvre du foin.Une femme de Saint-Bonaventure a encore le courage de dire: «C\u2019est payant!» bien que trois récoltes ne soient pas vendues.Les mauvaises prairies pas fauchées sont une perte sèche, comme un logis pas loué, un prêt sans intérêt.« HISTOIRE DU CANADA FRANÇAIS » EN DÉCEMBRE dernier, Relations publiait sous le titre:\tjj\tby culture I mean RELIGION integrated into life, not stuck « Quel sort attend les Canadiens français ?» la conclu-\t'\ton like a war decoration.sion de l\u2019important ouvrage de M.le chanoine Groulx,\tAnd the article shows \u2014 the whole number shows \u2014 that Histoire du Canada français.Un Canadien français qui vit à l\u2019étranger fut frappé par cet article et fit venir douze exemplaires du numéro pour le distribuer à des amis,dont un Bénédictin anglais, « fameux polémiste qui s\u2019est signalé tout spécialement dans le Times de Londres sur la question de l\u2019anglicanisme et du catholicisme ».Ce Bénédictin a mis notre correspondant en relation avec l\u2019historien anglais Arnold J.Toynbee, qu\u2019il compte parmi ses amis.Voici la lettre dans laquelle le Bénédictin accusa réception du numéro de Relations : Thank you very much for sending me «Relations».The article you indicated is particularly interesting.Surely the French Canadian has a providential mission in America, the preserving and presentation of real culture to the New World; the French Canadians have come to a parting of the ways.Are they going to be able to adapt themselves to mechanised life and keep the faith integral ?Or are they going to adopt the one and lose the other?They can no long be ostrich like.Sir, you surely have a part to play in all this, and like A.J.Toynbee I wish you well and admire your tradition.Dans sa conférence Où allons-nous ?, prononcée le 26 mars dernier, M.le chanoine Groulx a signalé en traits énergiques ce que les Canadiens français doivent éviter et accomplir pour rester fidèles aux lignes de force de leur histoire.Ces traits énergiques ne sont pas ceux d\u2019un pessimiste, mais d\u2019un homme convaincu, qui parle vigoureusement afin d\u2019aider les siens à prendre bien conscience des maux qui les menacent.JUIN 1953 LE CONSEIL DE LA VIE FRANÇAISE ET LES CHÈQUES BILINGUES Extraits du mémoire présenté à M.Abbott: ECONSEIL DE LA VIE FRANÇAISE, représentant officiel des Canadiens de langue française, s\u2019est alarmé depuis longtemps du sort que le gouvernement du pays réserve à la langue française, notamment dans le libellé des chèques mis en circulation par divers ministères; les chèques des allocations familiales et les chèques de pensions de vieillesse en sont un exemple.A chaque émission de ces chèques unilingues, les Canadiens de langue française se sentent lésés dans leurs droits et blessés dans leur fierté.Nous n\u2019aimons pas rappeler à tout instant que près de cinq millions de Canadiens de langue française ont des droits inaliénables à l\u2019usage de leur langue, non seulement dans la province de Québec, mais dans toutes les provinces du pays.Voilà l\u2019esprit qui a présidé à la Confédération et c\u2019est ce même esprit qui, en 1953, exige le bilinguisme à tous les paliers de l\u2019administration publique.D\u2019ailleurs, la monnaie et les timbres-poste bilingues témoignent déjà de cet esprit.Nous demandons donc tout simplement que le gouvernement fédéral pousse la logique et la sagesse un peu plus loin.Le Conseil de la Vie française ne peut admettre que la généralisation des chèques bilingues présenterait des difficultés d\u2019ordre technique; au contraire, elle serait d\u2019une étonnante simplicité et représenterait une économie considérable.De plus, un membre du cabinet fédéral n\u2019a-t-il pas déclaré publiquement, en 1952, qu\u2019il ne comprenait pas pourquoi les chèques du gouvernement fédéral n\u2019étaient pas bilingues ?Le Conseil de la Vie française croit que si le gouvernement du Canada veut que le chèque bilingue devienne une réalité, il le peut.Les fonctionnaires fédéraux doivent-ils être les seuls juges en ces matières?.Puisse cet appel pressant obtenir bientôt une réponse favorable! Car, faut-il le rappeler, l\u2019unité nationale, synonyme d\u2019unité politique fondée sur une enrichissante dualité culturelle, ne s\u2019établira jamais par décret.Elle se forgera, elle se tissera petit à petit, par des actes, par des faits.Et plus l\u2019exemple viendra de haut, plus vite et plus solidement régnera l\u2019unité nationale dont on parle tant.LA GRÈVE DE LOUISEVILLE Le Travail {10 avril), l'organe de la C.T.C.C., parlait d'une enquête faite par The Labor Leader, publié par les syndicalistes catholiques américains : CE JOURNAL a fait enquête sur la compagnie United Merchants, la « maison mère » de Y Associated Textile.Il a trouvé que sur un total de 13 usines possédées par cette compagnie aux États-Unis, une seule était syndiquée.Et d\u2019après un historique des relations entre la compagnie et les ouvriers de cette usine, il semble que la situation ne vaille guère mieux là-bas qu\u2019à Louise ville.En 1950, la compagnie s\u2019était opposée à la certification de l\u2019union, à propos d\u2019un détail technique; en 1951, la compagnie mit des automobiles à la disposition d\u2019un groupe d\u2019antisyndicaux, lors d\u2019un vote de représentation; en 1951 encore, elle refusa d\u2019accorder une augmentation de salaire, « bien que », ajoute The Labor Leader, « le niveau des salaires payés ait été bien inférieur dans cette usine à ceux payés dans toutes les autres usines analogues du même état ».Elle congédia aussi en même temps quelques-uns des ouvriers élus pour représenter leurs confrères à la table de négociation.Document à verser au dossier de la grève de Louisevïlle.158 RELATIONS 159 Au fil du mois Paix! Paix! Pendant qu\u2019elle fait roucouler sa colombe de paix, TU.R.S.S.continue de mener sa guerre implacable contre l\u2019Église qu\u2019elle appelle le Vatican.Radio-Moscou et toute la presse communiste en chœur annoncent qu\u2019un « nouveau code de morale internationale » permet au Vatican d\u2019avoir de l\u2019indulgence pour les pécheurs capitalistes.« Le code révisé de la morale internationale » bénirait la propagande de guerre et la guerre bactériologique.« Le Vatican lui-même, dit Radio-Moscou, n\u2019avait jamais auparavant atteint un tel degré d\u2019infamie et d\u2019impudence.» L\u2019Osservatore Romano rappelle qu\u2019il avait salué avec espoir les paroles et les actes des nouveaux dirigeants soviétiques; il avertit maintenant que les nouvelles attaques soviétiques visent, par delà le Vatican, l\u2019Occident tout entier.C\u2019est ce que nous n\u2019avons pas le droit d\u2019oublier.Car l\u2019antagonisme qui oppose deux mondes \u2014 qu\u2019on appelle, pour simplifier, l\u2019Est et l\u2019Ouest \u2014 ne provient pas d\u2019abord d\u2019une doctrine politique ou d\u2019une théorie économique, mais d\u2019une conception de l\u2019homme et de sa destinée.D\u2019après le communisme, l\u2019homme, seul et par lui seul, est son explication totale; il est à soi-même sa propre destinée et sa propre rédemption.Le communisme est sans Dieu et contre Dieu, et ne se promet de cesse que lorsqu\u2019il aura détruit dans l\u2019homme ce qui est reflet divin, et dans son milieu de civilisation ce qui est valeur chrétienne.Comme le démon dans son feu, le communisme « intrinsèquement pervers » est enveloppé dans sa haine contre Dieu et contre son image dans l\u2019homme.L\u2019oublier pour exalter le primat de la politique ou de l\u2019économique, ce n\u2019est pas édifier la paix, mais se faire les architectes du chaos.Le rappeler, et exiger au moins un minimum de liberté pour la parole de Dieu, c\u2019est travailler à la vraie paix.Mais c\u2019est toujours ce minimum qui est beaucoup trop pour le communisme.U Annuaire pontifical de 1953 nous le rappelle sobrement.La liste y est longue de ceux qui, cardinaux, archevêques, évêques, portent après leur nom: « in careere per la Fede, en prison pour la Foi », ou « impedito, empêché » (d\u2019exercer sa charge).Qu\u2019on mentionne le cardinal Stepinac, de Zagreb empêché), le cardinal Mindszenty, de Strigonia (en prison), ou le cardinal Tien, de Pékin (empêché), que ce soit l\u2019archevêque Skvireckas, de Kaunas, en Lithuanie, son auxiliaire ou son vicaire général (tous empêchés), ou l\u2019archevêque Béran, de Prague (déporté), ou l\u2019évêque Philippe Côté, de Süchow, en Chine (prisonnier), c\u2019est Dieu qui est affirmé, l\u2019homme, fait pour l\u2019aimer et le servir et le voir, qui est défendu, l\u2019Occident et le monde qui sont sauvés.L.d\u2019A.« Un incorrigible espérant » Le 28 juin 1953, ce sera, pour le chanoine Lionel Groulx, le cinquantième anniversaire ou le jubilé d*or de son ordination sacerdotale.1903-1953.A la fin de cette période, qui a vu tant de bouleversements, de gauchissements et de lâchages, l\u2019abbé Groulx demeure toujours le même, toujours attaché à son idéal, toujours rayonnant d\u2019énergie et d\u2019espoir.« Avec quel entrain, déclarait-il récemment, dans sa conférence intitulée Où allons-nous ?, avec quel entrain, vers 1900, nous entrions dans la vie! » Et d\u2019ajouter: « Je crois pouvoir rendre ce témoignage à ma génération: elle ne fut pas une génération de résignés.Elle a tenté une réaction, et elle l\u2019a tentée dans tous les domaines, réaction la plus vigoureuse, la plus constructive peut-être, quoi qu\u2019on dise, inscrite dans notre histoire depuis un siècle.» De cette réaction salvatrice pour le Canada français, l\u2019abbé Groulx aura été, certes, l\u2019un des artisans les plus résolus.Dans la conclusion de sa conférence, il nous dit pourquoi il a parlé.« J\u2019ai voulu d\u2019abord parler, avertir, tant je souhaiterais que ne monte jamais de ce peuple que j\u2019ai aimé la plainte nostalgique d\u2019avoir irrémédiablement perdu son âme.Et c\u2019est pourquoi, comme il y a cinquante ans, à mon entrée dans la vie, je reste un incorrigible espérant.Et je crois pouvoir m\u2019assurer qu\u2019aucun défaitiste de chez nous ni d\u2019ailleurs ne m\u2019ôtera ma foi dans l\u2019avenir de mon petit pays français.» Une vie en ligne droite.Une vie qui continue la « tradition de résistance et d\u2019engagements solennels ».Une vie d\u2019espoir et de confiance.Une vie de dignité fière et de rayonnante énergie.Tout cela caractérise cette période de cinquante ans, ce jubilé que les amis du chanoine Groulx voudront sans doute fêter avec quelque éclat, et auquel ne saurait rester indifférent le peuple canadien-français, car sa volonté actuelle de vivre, il la doit pour beaucoup à cet incorrigible espérant.R.A.La doctrine sociale Les étudiants des collèges et univer-de l\u2019Eglise\tsités catholiques des États-Unis re- çoivent-ils l\u2019enseignement social de l\u2019Église?Un enseignement pratique, détaillé, qui leur permettra plus tard de prendre position sur les problèmes sociaux du jour, de penser, de parler, d\u2019agir suivant les directives des souverains pontifes ?La question inquiète actuellement plusieurs esprits, préoccupés de l\u2019avenir de leur pays.Des enquêtes récentes n\u2019ont pas apporté une réponse favorable.Aussi cherche-t-on les causes de cette regrettable lacune.Les autorités responsables en ont signalé deux principales: le manque de professeurs compétents et la surcharge des programmes.Excuses inadmissibles, déclare America dans un article du 11 avril dernier.Le fait est grave.A une époque où plus que jamais la société en péril a besoin de laïcs qui, dans leur vie familiale, professionnelle et publique, appliquent les directives de l\u2019Église, les collèges et universités catholiques manquent à leur tâche de former de tels hommes.Combien, même parmi leurs anciens élèves, adoptent des attitudes tout opposées à ces directives! Il faut remonter plus haut, ajoute la revue, que les raisons invoquées.Si les autorités étaient réellement convaincues de l\u2019importance d\u2019un tel enseignement, elles trouveraient bien les professeurs compétents et la place qu\u2019il réclame.Et ce n\u2019est pas seulement quelques étudiants qui en bénéficieraient; tous ceux qui passent par les collèges et universités, quelle que soit la faculté à laquelle ils sont inscrits, devraient recevoir cet enseignement.Ces réflexions ne s\u2019appliquent-elles pas, pour une bonne part, à notre pays ?Sont-ils nombreux nos laïcs \u2014 hommes publics, avocats, médecins, journalistes, professeurs, industriels, hommes d\u2019affaires \u2014 vraiment pénétrés de la doctrine sociale de l\u2019Église, attentifs aux nouvelles précisions que peuvent apporter le Souverain Pontife et nos évêques, résolus surtout à pratiquer cette doctrine, quelles que puissent être ses répercussions sur leurs intérêts matériels ou politiques?La réponse est facile pour les observateurs de notre vie quotidienne.Cependant, au congrès des professeurs de philosophie des collèges affiliés à l\u2019Université Laval et à l\u2019Université de Montréal, tenu en 1936, un excellent rapport, publié ensuite dans la collection des brochures de IT.S.P., exposait la nécessité de cet enseignement, tout en reconnaissant ses difficultés.Une des principales, sur laquelle plusieurs insistèrent, lors d\u2019une enquête que nous fîmes nous-même en 1940 et dont l\u2019Ordre nouveau publia les conclusions, c\u2019est que la doctrine sociale de l\u2019Église n\u2019est pas inscrite spécifiquement au programme du baccalauréat.Alors, bon nombre d\u2019élèves, 160 RELATIONS qui n\u2019ont en vue que leurs succès aux examens, s\u2019en désintéressent.On regretta aussi l\u2019absence d\u2019un « manuel d\u2019enseignement social, rédigé par un Canadien et adapté aux conditions du pays ».Il semble bien que ces deux lacunes existent encore.Au Canada toutefois, comme aux États-Unis, la connaissance et l\u2019application de la doctrine sociale catholique s\u2019imposent si nous voulons établir un ordre meilleur et sauver la société des dangers qui la menacent.Pie XII et, à sa suite, nos évêques ne cessent de le rappeler: cette doctrine est obligatoire et irremplaçable.J.-P.A.Cours d\u2019été 1953 Du 29 juin au 8 août, l\u2019Université Laval à Laval\taccueillera des centaines d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes, jeunes et adultes, laïcs et religieux, qui, venus de tous les coins du Canada et des Amériques, compléteront leur instruction et leur culture en participant à la vie et à l\u2019esprit du Canada français.Le prospectus des cours qui se donneront cet été impressionne par la propreté de son texte, la variété et le sérieux des leçcns qu\u2019il annonce, les chances d\u2019expansion qu\u2019il laisse entrevoir pour la culture française en Amérique.Dégageons une réflexion.Par un mot d\u2019introduction, l\u2019Office provincial de Publicité souhaite la bienvenue aux étrangers et leur déclare qu\u2019ils trouveront « à Québec une atmosphère d\u2019hospitalité et de culture intellectuelle d\u2019origine bien française, une fidélité profonde au passé ».Un Montréalais n\u2019a pas de peine à concéder que cette affirmation s\u2019applique beaucoup mieux à la vieille capitale qu\u2019à la métropole au visage balafré d\u2019américanisme.Et pourtant, le Montréalais lui-même voudrait que Québec, où rien, absolument rien ne justifie le barbouillage anglais des réclames touristiques, apparût au voyageur comme un foyer purement français.N\u2019est-ce pas ce que commande la prétention de faire sentir à l\u2019étranger, dans les murs de Québec, « une fidélité profonde au passé » ?Au mérite indiscutable de son rayonnement français pendant l\u2019été, l\u2019Université Laval ne pourrait-elle ajouter celui d\u2019obtenir la purification de l\u2019atmosphère dans une ville française dont la cité universitaire constitue un centre d\u2019influence particulièrement important?Ce sont les cours de français (grammaire, conversation, littérature, folklore québécois) qui attirent, comme on sait, le plus grand nombre d\u2019étrangers à Laval.Et, sur un ton fort aimable qui veut faire accepter cette sévère exigence, on demande aux étudiants de promettre « sur leur honneur de ne parler que français,.non seulement dans les classes de conversation, mais dans toutes les relations de professeur à étudiant, ainsi que dans les rapports des étudiants entre eux » (p.19).Très bien, puisqu\u2019il s\u2019agit précisément d\u2019un cours de français dont la durée est relativement courte, et que l\u2019université tient légitimement, pour sa réputation, à ce que les résultats de son enseignement puissent se constater.D\u2019autre part, l\u2019étranger hésitera sûrement à croire l\u2019Office provincial de Publicité lorsqu\u2019il proclame, non sans fierté, dans le prospectus même de l\u2019Université: «.la province de Québec manifeste une civilisation personnelle et autonome », dont « la beauté.se traduit souvent par des nuances que vous aurez la satisfaction de discerner ».Entre les Tourist rooms et Y Accommodation for tourists dont s\u2019illumine la plus grande artère de Québec, la romantique Grande Allée; entre les Full course meals et le Snack bar ou le Cocktail lounge des hôtels, restaurants et boîtes de nuit, l\u2019étudiant américain saisira-t-il la subtile nuance de civilisation autonome et personnelle?Évidemment, ce n\u2019est pas Laval qui est responsable de tant de niaiserie et d\u2019un aussi piètre sens des affaires.Mais l\u2019université n\u2019a-t-elle pas intérêt à ce que son enseignement estival et le culte du français qu\u2019il ambitionne de propager paraissent pris au sérieux par les Québécois eux-mêmes ?M.-J.d\u2019A.Divers pourquoi Pourquoi donc l\u2019Angleterre protestante et les autres nations unies ne se décident-elles pas à traiter aussi bien Franco le chrétien anticommuniste que le communiste persécuteur Tito?Nommez donc le responsable de cette espèce de trahison.Quand donc Franco sera-t-il reçu à Londres, photographié entre la reine et la reine-mère, bien traité par Churchill et par les banquiers?M.Eden a-t-il converti son rude invité?Il l\u2019a entouré d\u2019un régiment de détectives, mieux que de révérends rose-rouge comme le fameux doyen.L\u2019Europe est née, paraît-il, le 14 septembre dernier, dans la signature de six pays occidentaux.Pourquoi pas de l\u2019Angleterre ?Churchill, hier très chaud pour cette forte Europe, n\u2019y était pas.Pourquoi?Parce que la France y domine?MM.Salazar et Franco, évidemment, n\u2019ont pas été invités: ils sont trop catholiques.Pourquoi la Bourse tombe-t-elle dès que la Paix s\u2019annonce bien ?Voilà un scandale absolument indéfendable : jouer sur le sang des autres.De quelle race est donc le sous-ministre du catholique Dr McCann, ce M.David Sim, qui laisse passer aux douanes tant de littérature obscène?Il se dit incapable d\u2019y voir: essayons un meilleur homme.Ce trop large est-il chrétien ?Est-il indispensable à Ottawa?Est-il impossible à remplacer?Ne détient-il pas une position-clé, qu\u2019on devrait réserver aux vrais Canadiens ?Quand le Canadien national annonce des promotions, des nominations à fort salaire, à vaste influence, pourquoi n\u2019y voit-on jamais de Canadiens français?Notre proportion de population donne droit à trois sur dix, et nous récoltons le perpétuel zéro.Le Canada n\u2019est-il pas assez vaste pour qu\u2019on se paye un espace de verdure à quelque cent pieds du trottoir quand on bâtit un monument à coût de millions ?Au moins un espace pour stationner, sans payer.Dans les parcs, l\u2019A.J.C.et la J.E.C.auront de l\u2019ouvrage à freiner les jurons et à mettre du français dans les jeux, surtout au jeu de balle.Pourquoi pas aussi à faire chanter les enfants ?« Pourquoi casser les vitres de votre manufacture en déclarant votre grève?demande un chef de gare.Nous, des chemins de fer, nous avons fait une grève aussi, mais nous n\u2019avons brisé ni vitres, ni rails, ni poteaux, ni outillage.Nous ne sommes pas des bandits.Vous non plus.Des catholiques, voyons! » Le couronnement de la reine Élisabeth sert vraiment trop à l\u2019impérialisme.Une propagande de quinze mois, poussée jusqu\u2019à la nausée, dessert plutôt qu\u2019elle ne sert.Il y a eu déjà des couronnements, dites donc.Ce n\u2019est toujours pas la fin du monde.Pourquoi ne pas accepter l\u2019aide d\u2019Ottawa pour construire la route transcontinentale dans le Québec aussi?Pourquoi ne pas en profiter pour construire plus de maisons et quitter taudis et troisièmes étages?Où en serons-nous en 1960?Pourquoi le gouvernement de la province de Québec ne fait-il rien pour les réfugiés ?C\u2019est pourtant le désir bien clair du Pape qu\u2019on les aide.Pourquoi ne pas prévoir trente ans d\u2019avance, même dans les villages, un plan d\u2019avenir, des rues larges, des parcs pour les enfants, parcs à autos, etc ?La place ne manque pas en plein champ.Al.D.JUIN 1953 161 Préparation au mariage Louise-M.LEMONDE IES COURS de préparation au mariage constituent une initiative merveilleuse.Le seul fait de les suivre témoigne déjà d\u2019heureuses dispositions, et il est tout en faveur des futurs conjoints.Mais, si utile que soit cette préparation immédiate et en quelque sorte technique, il serait toutefois dangereux d'y voir l\u2019unique garantie du bonheur en ménage.Ni l\u2019école, ni l\u2019atelier, ni le bureau, ni même les mouvements d\u2019Action catholique les mieux organisés ne donnent une juste idée du milieu familial.C\u2019est là qu\u2019il faut faire l\u2019apprentissage de la vie conjugale.Je ne parle pas ici des directives à donner à l\u2019enfant, \u2014 encore faut-il y penser, \u2014 mais de l\u2019auto-formation de l\u2019adulte, aboutissement normal de toute éducation réussie.Le temps des fiançailles, si long et si bien rempli soit-il, ne saurait combler les lacunes d\u2019une jeunesse mal employée.La volonté doit être à la hauteur des meilleures résolutions.Que les jeunes ne s\u2019y trompent pas: chaque progrès personnel, chaque victoire sur eux-mêmes, chaque effort en vue de la bonne entente, chaque participation à la vie familiale est un apport pour leur futur foyer.Après les secours spirituels, pas de préparation plus sûre, de base plus solide.Les courriers de nos grands quotidiens regorgent de conseils donnés à des jeunes gens, plus encore à des jeunes filles, sur les moyens à prendre pour décrocher un bon parti.C\u2019est là une philosophie un peu courte.Il faudrait les éclairer surtout sur les moyens à prendre pour faire un heureux ménage.Les circonstances providentielles qui déterminent le choix échappent souvent au pouvoir de la volonté.Mais si, comme disait Lincoln, après quarante ans un individu est responsable de l\u2019expression de son visage, après vingt-cinq ans tout le monde est un peu responsable de son propre caractère.L\u2019amour est à base d\u2019estime et d\u2019admiration, et les années d\u2019ajustement seront certainement plus courtes et moins pénibles si on les a préparées de longue main.Quelles sont les principales vertus à cultiver?Tout d\u2019abord, l\u2019abnégation, car le don de soi ne s\u2019apprend pas dans l\u2019égoïsme, et il faut s\u2019oublier devant l\u2019œuvre commune; l\u2019optimisme, la politesse, l\u2019égalité d\u2019humeur dans la vie quotidienne; le respect de la personne et des opinions d\u2019autrui; assez de force d\u2019âme pour supporter les épreuves et faire face aux responsabilités; enfin, une dose d\u2019humilité suffisante pour reconnaître ses torts, rebrousser chemin quand on a fait fausse route et chercher sans cesse à s\u2019améliorer.L\u2019ambiance à la maison a une telle importance que les psychologues attribuent une grande part du succès dans la vie au fait d\u2019avoir grandi dans le calme et l\u2019harmonie.Mais cette atmosphère n\u2019est pas l\u2019œuvre des On connaît le passage de Vencyclique Casti connubii où Pie XI parle de Vextreme importance du milieu familial pour préparer des ménages heureux.Voici sur ce sujet capital des réflexions d'une mère de famille.seuls parents.Les grands enfants ont aussi leur mot à dire dans l\u2019organisation familiale.Comme première collaboration, on peut leur demander d\u2019être là.Cette recommandation paraît étrange, mais avec le travail au dehors, l\u2019indépendance financière et les conditions qui prévalent dans bien des familles, elle n\u2019est pas superflue.Rester chez soi, et, qui plus est, s\u2019y plaire, est devenu un art difficile, peu pratiqué, et s\u2019il est précieux pour le célibataire, il est indispensable au jeune couple que les circonstances empêchent très souvent de sortir.D\u2019ailleurs, on ne fait pas des chefs de famille, de vraies mères avec des demi-chambreurs, qui ne passent chez eux que pour manger et dormir.On appellera comme on voudra ces logis sans âme, presque toujours vides; mais des foyers, centres de rayonnement, de chaleur et de vie, jamais! Ce qui distingue les vrais foyers des autres, c\u2019est plus qu\u2019une présence physique: c\u2019est l\u2019intérêt qu\u2019on porte à ce qui se passe dans sa maison et à sa maison tout court.C\u2019est le sens de la solidarité; aucune des peines ou des joies d\u2019un membre de la famille ne devrait laisser les autres indifférents.C\u2019est la part que chacun prend aux tâches domestiques, qui sont parfois si mal distribuées.C\u2019est aussi l\u2019affection et la confiance mutuelles.Trop souvent, les pères et mères ont des difficultés que les enfants ne soupçonnent même pas; et combien de parents, pourtant autorisés à recevoir des confidences, se voient tenus à distance simplement parce qu\u2019ils sont les parents! Oh! je sais, les adolescents traversent tous une crise d\u2019indépendance, et il leur est souvent plus facile de s\u2019ouvrir à des étrangers qu\u2019à leurs proches.Mais ils n\u2019en perdent pas moins leurs appuis naturels et leurs meilleurs conseillers.Et c\u2019est cette même fausse pudeur qui rend les époux trop fermés, craignant toujours de s\u2019extérioriser, entre lesquels n\u2019existe pas de véritable communion d\u2019idées et de sentiments et qui demeurent étrangers l\u2019un à l\u2019autre.Pour se faire aimer, il faut se faire connaître, et c\u2019est maladresse de négliger les épanchements de l\u2019âme, qui sont à la source même de l\u2019amour conjugal.On parle souvent aux parents de leur devoir de tolérance et de compréhension; mais cette obligation n\u2019est pas à sens unique.On en apprend aussi long sur le comportement des hommes et des femmes en s\u2019efforçant de s\u2019entendre avec les siens qu\u2019en lisant des traités de psychologie, et c\u2019est là un incomparable exercice d\u2019assouplissement.Toute charité est vaine si elle ne commence à la maison.Si vous entendez des grands garçons, des grandes filles riposter, quand on leur reproche leurs manques d\u2019égards: « Ce n\u2019est pas ainsi que je traiterai ma femme, mon mari, mes enfants », méfiez-vous.Dans quatre-vingt-dix-neuf pour 162 RELATIONS cent des cas, c\u2019est faux.Les bonnes habitudes ne s\u2019improvisent pas.Il est moins que probable qu\u2019ils changeront tout d\u2019un coup, quand leurs responsabilités auront augmenté et que leur patience sera mise à de plus rudes épreuves.Se montrer aimable, même s\u2019il en coûte, rendre service, même si ça gêne, sacrifier un peu de ses aises et de ses goûts, accepter avec philosophie les contrariétés inhérentes à la vie en commun, éviter les discussions acerbes, les querelles, les paroles blessantes, surveiller de près ses grands défauts et aussi les petits qui, parfois, agacent si fort l\u2019entourage, voilà un programme plus facile à tracer qu\u2019à suivre.Et pourtant, il n\u2019est pas d\u2019efforts qui soient plus largement payés.Vivre en paix avec ceux qu\u2019on aime, contribuer à leur bonheur, mériter leur affection, quelle recette plus éprouvée pour être heureux et pour avoir confiance en soi! Et celui-là est mieux préparé qu\u2019un autre au mariage qui songe à donner plutôt qu\u2019à recevoir; qui sait se taire, se dominer, et qui a compris la futilité des revendications trop personnelles; qui a senti le besoin LA TÉLÉVISION de ne plus travailler pour lui seul, ni même exclusivement pour un partenaire, mais pour le noyau humain auquel il appartient.Ce qui compte plus encore, c\u2019est une volonté tendue vers l\u2019unité conjugale, un culte, un respect du mariage, qui le fasse considérer comme sacré, qui le mette au-dessus de toutes les peines et de tous les sacrifices.On ne saurait prendre trop au sérieux ce sacrement d\u2019une portée illimitée, qui engage non seulement l\u2019avenir de deux personnes, mais de plusieurs.La prière et la réflexion s\u2019imposent avant le mariage et ne sont pas moins nécessaires après.Si la lecture, les cours théoriques, les retraites remettent en mémoire des vérités éternelles et fournissent à l\u2019esprit l\u2019occasion de repenser et d\u2019approfondir le sens idéal de son état de vie, cela n\u2019exclut en rien les recettes pratiques.De celles-là, il n\u2019en est guère qui vaillent la formation personnelle et la préparation familiale, parce qu\u2019elles ne sont pas limitées à un temps ou à un endroit; elles sont de tous les instants et s\u2019incorporent à la vie même.¦ 1 \u2022 POUR PROTÉGER NOS ENFANTS Emile GERVAIS, S.J.1ES JEUNES seront-ils les victimes de cette nouvelle mer-veille de l\u2019invention humaine, la télévision ?S\u2019il faut en croire l\u2019expérience américaine, les pauvres petits sont exposés à bien des malaises d\u2019ordre physique et moral.L\u2019image télévisée les retient captifs.Chez nos voisins, les enfants passent en moyenne jusqu\u2019à trente heures par semaine devant l\u2019appareil.Ils mangent, font leur devoir, le regard fixé sur l\u2019écran.Résultat: l\u2019imagination s\u2019affole, le jugement reste informe, le pouvoir de concentration s\u2019émousse.Voilà un problème à étudier, en attendant le poste CBFT exclusivement français que la Société Radio-Canada s\u2019est décidée à nous promettre pour bientôt.Le devoir de prévenir les abus incombe sans doute aux dirigeants de la télévision; les autorités de notre télévision française en sont conscients.Mais la grande responsabilité retombe sur les parents, qui peuvent, s\u2019ils le veulent, faire le choix des programmes permis et discipliner leur petit monde.Pour les guider dans cette tâche délicate, voici quelques conseils que leur offre la Ligue Canadienne de Santé, se faisant l\u2019écho d\u2019un article publié par le docteur William Cochrane dans la revue Health : « Les parents devraient savoir discerner quels sont les programmes appropriés à leurs enfants et ceux qui ne le sont pas.Ils devraient éviter de leur laisser voir les programmes qui traitent d\u2019histoires de gangsters ou de meurtre, ou même certains programmes de lutte et de scènes d\u2019ivrognerie.Deuxièmement, on ne devrait jamais permettre à l\u2019enfant d\u2019assister à un programme de télévision au cours du repas, attendu qu\u2019il importe que l\u2019enfant prenne tranquillement son repas et ne soit nullement sujet à des émotions.Quant aux programmes à sensations et bruyants, les enfants ne devraient jamais y porter le regard juste avant de se coucher.Les parents devraient voir à ce que les enfants ne négligent pas leurs exercices en plein air pour les programmes de télévision.» Et voici une conclusion importante que tous JUIN 1953 les parents devraient méditer: sans doute « la télévision peut être.un excellent moyen d\u2019éducation parce qu\u2019elle apporte à tous les membres de la famille toutes sortes de programmes d\u2019ordre artistique, religieux, aussi bien qu\u2019amusants; mais.si on utilise mal la télévision, elle causera aux enfants des cauchemars et autres ennuis, en même temps qu\u2019elle les privera des exercices en plein air dont ils ont tant besoin, et aura comme résultat de troubler sérieusement leur alimentation ».Voilà quelques suggestions qu\u2019il ne semble guère malaisé de mettre en pratique.Pourtant, un bon nombre de parents n\u2019y parviendront pas.D\u2019abord, la foule des mous, des esclaves de leurs goûts et des caprices de leurs enfants.Il faut un minimum d\u2019énergie pour imposer une discipline au foyer, il faut surtout donner l\u2019exemple de la discipline personnelle.Ensuite, le groupe des parents bien intentionnés, qui ne réussiront pas à se faire obéir, faute de tact, de compréhension et, parfois, par manque d\u2019une certaine douceur qui sait faire aimer le commandement avec la personne qui le donne.Leur tort est de se contenter d\u2019interdire certains spectacles aux enfants, de les envoyer se coucher quand les grandes personnes continuent de jouir des spectacles marqués « pour adultes ».Résultat presque infaillible: l\u2019enfant se renfrogne, il boude, ou bien il refoule son ressentiment et son goût de révolte.Souvent il profitera de la première chance pour tricher et pour regarder en cachette les spectacles interdits.La bonne manière n\u2019est pas négative, elle est ferme et positive.Vantons auprès des enfants les programmes faits pour eux, faisons-leur désirer ces émissions comme une aubaine, comme une récompense.La séance devant l\u2019écran devient ainsi une occasion précieuse de joies que l\u2019on s\u2019accorde de temps en temps, les grandes personnes donnant les premières l\u2019exemple de la mesure et de la discrétion dans le choix de leurs programmes à eux.163 Les Néo-Canadiens et leur gala d\u2019avril J.-Louis LAVOIE, S.J.A CHAQUE RETOUR du printemps, comme pour nous réchauffer en avance sur les lenteurs du soleil, nos ciseaux migrateurs se hâtent de nous revenir, avec la grande vogue de leur folklore, fait de ramages sans prétentions, très nature, joints à la grâce et aux arabesques de leur voltigement diapré.Ainsi s\u2019ébattaient et ramageaient pour nous, le 24 avril, d\u2019autres migrateurs, les Néo-Canadiens, qui ne repartiront plus: nos cœurs se chargent de leur créer un climat qu\u2019on ne voudra point quitter.Au surplus, l\u2019apport de richesses séculaires qu\u2019ils fournissent à notre culture en herbe marque assez quelle place il convient de leur donner au sein de notre vie communautaire.Personne peut-être au Canada ne l\u2019a aussi bien compris que la Commission des Ecoles catholiques de Montréal, en s\u2019adjoignant un Comité des Néo-Canadiens dont le but est d\u2019orienter les nouveaux venus vers les milieux catholiques, de leur faciliter l\u2019accès aux écoles et de promouvoir, dans une amitié réciproque, le respect de leurs traditions.L\u2019activité, étonnante autant que louable, de la Commission, de son Comité surtout, nous a valu une fois de plus un spectacle culturel de belle venue.Démonstration fort objective de l\u2019achèvement artistique que des civilisations, sans liens communs, peuvent greffer sur les trouvailles populaires, frustes sauvageons qui ne sont que de gauches échos d\u2019un symbolisme rudimentaire, des emprunts naïfs aux accidents tourmentés, aux paysages adoucis, aux plaines sans rides et sans bosses qui forment le fond des divers habitats humains.Sans avoir vu l\u2019Ukraine, ni en voyage ni en géographie, si vous entendez moduler en chœur les enfants qu\u2019elle a Nos lecteurs reconnaîtront aisément le P.Lavoie dans ces impressions notées après la soirée des Néo-Canadiens qui eut lieu au Forum de Montréal.' parmi nous, l\u2019image des steppes monotones et infinies vous entrera par les oreilles.Les cabrioles des danses italiennes mimeront les bonds des chèvres pendues aux flancs des Apennins, tandis qu\u2019en leurs barcaroles colorées vous retrouverez le bercement d\u2019un flot paisible qui chatoie.L\u2019aboutissant d\u2019une longue évolution des folklores, évolution parallèle au développement de la civilisation chez les divers peuples, nous avons pu nous en laisser ravir, ce soir-là, au Forum qui, par parenthèse, était joliment garni de spectateurs, S.Em.notre cardinal en tête.Un branle gai, une chaîne, une ronde enfantine, un chassé-croisé pour ouverture, à la façon d\u2019un thème de symphonie, destiné à être repris, à se développer en des mouvements différents, en des structures plus savamment combinées, poussées parfois jusqu\u2019à l\u2019incroyable, voilà ce que c\u2019était, pourrais-je dire, si j\u2019avais le loisir de vous parler de chacun.Mais les Canadiens français qui osèrent?Ils firent bien d\u2019oser.Leur cotillon valait celui des autres.Et il eut l\u2019heur d\u2019effacer la vision que j\u2019avais gardée des cotillons de ma lointaine jeunesse.Sans doute, il n\u2019était pas relevé, comme chez les autres danseurs, par la richesse symbolique des toilettes.Nous n\u2019avons, pour caractériser nos costumes régionaux, que le tablier, ici rayé sur le long et là, sur le travers.Les Néo-Canadiens, dans toute la gamme du coloris, portaient des broderies qui sont, ni plus ni moins, la stylisation de leurs armoiries nationales.Et le moindre retroussis des étoffes et des parures ressemble, chez eux, à un fleuron tombé des plus illustres couronnes.Mon silence sur les Hongrois reste mon plus amer regret, après l\u2019image qu\u2019ils ont laissée à tous d\u2019un raffinement qu\u2019un long contact avec une vraie noblesse préserve de tout excès.Ce n\u2019est pas le lieu de rappeler ici que l\u2019éclairage était mal dirigé et que les instrumentistes nègres ont eu plus d\u2019endurance à suer leur cacophonie que n\u2019en eut le public à la subir.LE THÉÂTRE «LA CUISINE DES ANGES.Paul-Emile RACICOT, S.J.UNE SAISON s\u2019achève, emportant rêves et succès dans une même réalité.Bien des promesses sont restées sans lendemain.Le Théâtre Marist n\u2019a pas pris l\u2019affiche une seconde fois, mais il prépare activement l'Annonce faite à Marie qui sera présentée au Centre marial de Nicolet.Les Pirouettes de Maurice Cimber firent long feu, malgré les efforts de la Compagnie Saint-Genès.Apparition fugace de la Compagnie des Jeunes avec un programme de Musset.Cependant, trois faits sont à noter: la réputation du Théâtre du Nouveau Monde s\u2019affirme de plus en plus à Québec comme à Montréal; à son passage, la troupe Renaud-Barrault sut réjouir par son art les amateurs de spectacles (certains sujets toutefois étaient discutables); le succès de Marcel Dubé au festival dramatique comme auprès du public réconforte nos auteurs.Toujours à l\u2019affût du progrès, le Nouveau Monde pourra tabler sur ces deux dernières constatations en vue de la saison prochaine.En effet, il annonce qu\u2019il aura l\u2019appui d\u2019acteurs français de renom dans une comédie de Molière et qu\u2019il présentera une pièce d\u2019un auteur canadien.Zone ne fut pas une exception rare, cette année.Il y eut aussi le Petit Duc du Grand Duché, œuvre de Richard Pérusse et de Guy Sanche, que présentèrent les Balladins, durant le festival d\u2019art dramatique.Rattaché à la France d\u2019aujourd\u2019hui par des auteurs comme Achard ou Husson et par des comédiens de qualité, le Théâtre du Nouveau Monde offrira de beaux spectacles à notre public et s\u2019il se tourne vers nos écrivains, quelle occasion magnifique, pour eux, d\u2019atteindre les tréteaux ! Une comédie fort plaisante, la Cuisine des anges, vient de terminer la période des spectacles.Le titre énigmatique renferme une foule d\u2019allusions charmantes.La scène se passe à Cayenne, un jour de Noël.Premier contraste, qui en amène bien d\u2019autres.Dans cette capitale de bagnards, la famille Ducotel conserve, comme au Havre, ses habitudes de confiance inaltérable dans une négligence continuelle.Félix porte son nom.La malchance accompagne son insouciance, sans jamais atteindre son âme.Son épouse s\u2019inquiète 164 RELATIONS un peu, mais elle est aimée d\u2019une façon si naïve et si tendre.Leur fille Isabelle partage leur optimisme crédule, car elle espère un amour que des intérêts dérangent.Une lettre annonce l\u2019arrivée du cousin Juste.Il exigera les comptes de Félix et brisera les espérances d\u2019Isabelle.Sur le toit, il y a trois forçats qui réparent les tuiles.Ils ont entendu les angoisses de ces gens si sympathiques.Ils s\u2019attendrissent sur leur sort et décident de ramener la joie dans les cœurs.Ils réconfortent Isabelle et préparent le réveillon de Noël à leurs frais.Le petit commerce a besoin d\u2019une main experte pour reprendre essor; ils s\u2019en chargent.Le cousin Juste fait son apparition.Personnage sérieux dans une fresque idyllique, il menace l\u2019équilibre de la comédie.En financier rigide, il réclame les livres de comptes.Les forçats défendront la tranquillité des Ducotel et les lois du genre.Après délibération, le procès de Juste est décidé; le serpent-minute exécutera la sentence.La rencontre de Paul avec Isabelle n\u2019aboutit pas aux résultats attendus.Le serpent, encore une fois, s\u2019occupera de guérir sa fatuité.La famille Ducotel vivra dans le même climat de béatitude, et l\u2019arrivée d\u2019un gentil sous-lieutenant en assure les spectateurs.Isabelle avait donc raison de chanter: « Trois anges sont venus ce soir ».Les bagnards ignoraient le cantique, mais connaissaient bien les petits trucs d\u2019une cuisine où les bonnes âmes ne seraient vraiment pas à l\u2019aise.S\u2019il nous arrive comme aux Ducotel de trouver sympathiques ces généreux bagnards, ceux-ci nous détrompent facilement en révélant leur passé d\u2019assassins.Par contre, si leurs procédés nous scandalisent, ils ne font qu\u2019exécuter des souhaits intimes.En effet, le rêve de Mme Ducotel manifeste ce désir, Isabelle trouve horrible cette mort qui ne lui cause aucun chagrin, et Félix finit par leur dire merci.Après tout, pourquoi diviser les bons et les méchants quand ils ont pitié les uns des autres ?Histoire délicate, remplie de finesse et d\u2019à-propos, la Cuisine des anges confirme chez nous le succès de son modeste auteur Albert Husson.Rien de grossier ni de vulgaire.La sobriété et le bon goût triomphent de la farce truculente et de la verve fantasque.Georges Groulx et Monique Miller méritent des félicitations particulières pour leur interprétation, où l\u2019ingéniosité de l\u2019agioteur s\u2019oppose agréablement à l\u2019ingénuité de la jeune fille.La souplesse de Guy Hoffman semble sans limite et le commérage de Rose Rey-Duzil, interminable.Distribution appropriée et choisie dans un décor tropical de Michel Ambrogi.Après les labeurs d\u2019une saison, le Nouveau Monde vient de cuisiner un mets tout angélique que Montréal peut savourer en même temps que New-York et Paris.Dès qu\u2019avril commence à répandre ses douceurs, le théâtre semble perdre ses charmes; cependant, il y a dans la Cuisine des anges une véritable bouffée de fraîcheur printanière.HORIZON INTERNATIONAL MEXIQUE : PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX PARFOIS, les voyageurs qui traversent le Mexique expriment leur étonnement devant l\u2019inégalité des richesses.Les pauvres, en ville et plus encore à la campagne, vivent dans des conditions qui paraissent intolérables.Les riches, surtout ceux d\u2019un cru récent, affichent un luxe qu\u2019on peut qualifier de provocant.Le ministre des Finances du gouvernement de M.Adolfo Ruiz Cortinez, M.Antonio Carrillo Flores, vient de donner des précisions intéressantes dans un remarquable discours qu\u2019il a prononcé devant le congrès des banquiers, à Acapulco, le 27 avril.La presse souligna justement l\u2019importance de cette communication qui fut, de beaucoup, la partie la plus importante du congrès.S\u2019adressant à des banquiers, M.Carrillo Flores développa sa pensée dans un langage technique.Publié dans presque tous les journaux, avec de nombreux commentaires, le discours fut également discuté par les non-initiés.Les remarques qui vont suivre sont, cela va sans dire, d\u2019un profane.Quelques chiffres.\u2014 La production nationale, qui, en 1939, fut de 6,657,000,000 de pesos, monta, en 1952, à 51,350,000,000 de pesos.La monnaie ne vaut plus ce qu\u2019elle valait en 1939.En chiffres de 1939, la production nationale de l\u2019année qui vient de finir serait de 13,519,000,000 de pesos; c\u2019est-à-dire que, durant la période de 1939 à 1952, la production nationale a doublé.Le ministre des Finances estime que l\u2019histoire du Mexique ne connaît pas d\u2019autre période où le développement de la richesse ait été aussi rapide.D\u2019autre part, le produit net par travailleur, en 1952, fut de 5,310 pesos, soit un revenu moyen par habitant de 1,734 pesos, c\u2019est-à-dire moins de 150 pesos par mois.Il ne donna pas, cette fois, le point de départ de 1939, mais commenta ainsi: « Ce chiffre montre la terrible pauvreté qui, malgré le développement atteint, écrase toujours la majorité de notre peuple.» Cela veut dire que le revenu moyen par habitant serait de moins de dix-sept dollars canadiens ($17) par mois.Un profane JUIN 1953 reste inquiet autant devant ces chiffres que devant certaines réticences.En effet, quelle est la partie de la production nationale qui reste à l\u2019intérieur du pays ?Quelle est celle qui prend le chemin de l\u2019étranger?Il est impossible de faire un pas à travers les rues du centre de la ville, et même de la banlieue, sans noter une infinité de raisons sociales étrangères, surtout américaines.Si le Mexique importe, il doit nécessairement exporter.Il faudrait savoir quelle partie de la richesse produite quitte immédiatement le pays.Il en est de même pour la deuxième série de chiffres: « Le revenu moyen par habitant est de 1,734 pesos, c\u2019est-à-dire moins de 150 pesos par mois.» On voudrait savoir de quel habitant il s\u2019agit: d\u2019une classe de salariés?du Mexicain tout court?En ce dernier cas, il semblerait que ces chiffres sont terriblement inquiétants.Il faudrait alors poser la question: Où va-t-elle, cette formidable richesse, qui a grandi à un rythme aussi accéléré, de 1939 à 1952 ?Pourquoi, dans un pays qui s\u2019enrichit aussi rapidement, une telle misère?Les données sur le coût de la vie laissent subsister eux aussi des points d\u2019interrogation.Pour les prix en général, M.Carrillo Flores part de l\u2019indice 100 en 1939 pour arriver à 407 en avril 1952, et descendre à 393 en décembre, et 386 en mars.C\u2019est un petit progrès.Quant aux produits alimentaires (dans le peuple, cela se réduit à peu près aux fèves, au maïs, au chili et aux fruits), c\u2019est 1929 qui devient le point de départ, sans qu\u2019on avertisse pourquoi on a choisi cette année plutôt que 1939.Partant de l\u2019indice 100 en 1929, on arrive à 704 en avril 1952, pour descendre à 693 en décembre, et à 633 en mars de cette année.Ici, la descente est plus considérable, et c\u2019est le petit peuple qui en a bénéficié.Quand la présente administration entra en fonctions, en décembre 1952, la réserve monétaire était de deux cent cinquante millions de dollars américains ($250,000,000) ; elle 165 monta « il y a quelques jours », observe le ministre des Finances, à 277 millions.Voici maintenant d\u2019autres précisions.D\u2019après la déclaration faite au journal de Mexico El Universal (23 avril) par M.Enoch Lejeunne, vice-président de la National City Bank of New York, alors qu\u2019il se rendait au congrès d\u2019Acapulco, Y\tExport Import Bank a fait au Mexique, « jusqu\u2019à cette date », un crédit de 300,000,000 de dollars américains « que le Mexique n\u2019a utilisé jusqu\u2019ici qu\u2019en partie ».En fait, la moitié de ces crédits a déjà été utilisée; si le reste venait à être engagé, il s\u2019ensuivrait que la réserve monétaire du pays, dont nous parlait M.Carrillo Flores, serait empruntée jusqu\u2019à son dernier dollar, ce qui signifierait que le Mexique serait non seulement hypothéqué, mais ruiné, et sous la dépendance entière des banquiers du Nord.D\u2019ailleurs, Y\tExport Import Bank n\u2019est sans doute pas l\u2019unique créancier du gouvernement.Quant aux^ entreprises mexicaines qui empruntent directement aux États-Unis, elles ne passent pas nécessairement par Y Export Import Bank.Pas davantage les entreprises américaines proprement dites, qui viennent construire leurs usines au Mexique ou y exploiter les mines.Cette dépendance financière envers les États-Unis, qui paraît absolue, risque d\u2019effacer les derniers vestiges d\u2019indépendance économique, c\u2019est-à-dire d\u2019indépendance tout court.On comprend pourquoi M.Ruiz Cortinez sent le besoin d\u2019une politique financière extrêmement prudente, et pourquoi il s\u2019y applique de toute son énergie.Témoignages de misère.\u2014 La situation suivante n\u2019a pas été examinée par le ministre des Finances, qui, évidemment, ne pouvait envisager tous les problèmes.Chaque année, un nombre considérable de jeunes Mexicains, incapables de gagner leur vie chez eux, partent comme braceros (c\u2019est-à-dire manœuvres, et souvent manœuvres saisonniers) pour les États-Unis.Cela donne aux entreprises américaines, surtout agricoles, une main-d\u2019œuvre à bon marché.D\u2019après Rodolfo Ugalde (Excelsior, 28 avril 1953), qui donne ses sources d\u2019information dans son article,^ 203,000 travailleurs mexicains entrèrent légalement aux États-Unis en 1952; 650,000 furent arrêtés à la frontière, parce que leurs papiers n\u2019étaient pas en règle; ils avaient tout de même laissé leur village dans le but d\u2019émigrer et, s\u2019ils avaient un peu de propriété, ils la liquidèrent au moins en partie pour graisser la main à quelque agent plus ou moins officiel (ici, on les qualifie de coyotes), vivant de ce trafic, et sans lequel il est difficile à un paysan, souvent illettré, de s\u2019organiser.On estime encore qu\u2019au moins 300,000 traversèrent illégalement la frontière (ceux-là, on les qualifie d'épaules mouillées parce qu\u2019ils traversent le Rio Grande à la nage et arrivent de l\u2019autre côté avec leur pauvre butin tout trempé), pour disparaître ensuite dans les masses mexicaines du Texas, du Nouveau-Mexique ou de la Californie.Cela ferait donc 1,153,000 Mexicains qui, l\u2019an dernier, laissèrent leurs campagnes pour tenter d\u2019émigrer aux États-Unis.La moitié seulement réussirent, au moins provisoirement.Or, la population du Mexique est évaluée à quelque vingt-cinq ou trente millions.Décomptez les vieillards, la plupart des femmes, les malades et les infirmes, les enfants et les jeunes gens au-dessous de 18 ans.La saignée annuelle prend des proportions simplement effarantes.Omettons pour l\u2019instant les conséquences sociales et religieuses de ce bouleversement.Beaucoup de ces braceros sont mariés.Vont-ils rester fidèles à leur foyer, une fois arrivés aux États-Unis?Je ne pense pas seulement aux vampires qui pullulent partout où il y a quelques sous à ramasser et quelque malheureux à déposséder de ce qu\u2019il a gagné au prix de tant de sacrifices \u2014 filles de vie, marchands de boisson, gérants de salles de jeu.On sait comment, au début, nos bûcherons avaient de la difficulté à rentrer dans leur paroisse avec l\u2019argent de l\u2019hiver.Ces pauvres Mexicains ont souvent un admirable esprit de famille.Vont-ils rester célibataires durant leur séjour aux États-Unis?Fait-on quelque chose pour les protéger contre eux-mêmes et assurer leur vie religieuse?Toujours est-il qu\u2019il y a plus d\u2019un État mexicain qui vit, tout simplement, des dollars que les braceros ramènent des États-Unis.Le fédéral, en effet, laisse peu de chose aux percepteurs des différents états (au Canada, on dirait, des différentes provinces).Les pauvres dollars de ces sacrifiés, qui ne peuvent gagner leur vie dans leur propre patrie, arrivent à être encore la principale ressource de bien du monde.Cette misère du pauvre peuple se manifeste dans tous les domaines.Dans Valimentation.On a calculé que le Mexique a besoin de 70 milliards de calories par jour.Les produits nationaux ajoutés à ceux que l\u2019on importe en donnent 40 milliards.Cela veut dire qu\u2019il en manque 30 milliards, \u2014 environ 43%, \u2014 et on peut être sûr qu\u2019une partie de la population a plus que sa part.On m\u2019a souvent répété qu\u2019avec ses fèves, son chili, son maïs, le Mexicain du peuple mangeait bien.Je n\u2019ai jamais été assujetti à ce régime, et il m\u2019est difficile de juger de la valeur de cette affirmation.Dans le logement.D\u2019après El Sinarquista du 1er février 1952, on trouve les références suivantes au recensement de 1940: treize millions de Mexicains dormaient alors par terre, ou plutôt sur un petate (natte en fibre de palmier).Au congrès d\u2019architecture qui eut lieu l\u2019automne dernier, l\u2019architecte Felix Sanchez annonça que durant les derniers dix ans, en comptant les constructions en cours ou projetées, on avait bâti 36,000 appartements; on en aurait besoin d\u2019un million.Sans compter les 220,000 logements qu\u2019il faudrait bâtir chaque année, en raison de l\u2019augmentation de la population {La Nacion, 26 oct.1952.) Aussi, une quantité énorme de personnes, surtout à la campagne, vivent dans des conditions infrahumaines: dans des chaumières, des huttes, des cavernes, etc., à peu près sans hygiène.Dans la chaussure.D\u2019après le recensement de 1940, 6 millions allaient pieds nus, 4 millions chaussaient des huaraches (sandales indiennes, faites de semelles avec courroies pour les assujettir), 9 millions avaient des souliers.Dans les pays tropicaux, où abondent les scorpions et les serpents, le fait méritait d\u2019être noté.On comprend que le ministre des Finances, se faisant l\u2019écho fidèle de son président, ait insisté sur la nécessité de la justice sociale.Nous ne le suivrons pas dans la partie-programme de son discours, où il développe ses projets.Ce fut assurément un acte méritoire de courage que de mettre les banquiers \u2014 ils règlent le cours de la vie commerciale \u2014 et le pays tout entier devant une situation qu\u2019il faut étudier avec un sens aigu de la responsabilité.La dernière phrase de son discours, où il cesse de parler en économiste pour tenir un langage simplement humain, fut applaudie par tout le pays.« Messieurs les délégués, ce dont nous avons le plus besoin, en ce moment, c\u2019est d\u2019un esprit courageux, qui ne se traîne pas à travers les problèmes et les difficultés avec une torpeur de suicide, mais s\u2019appuie sur la sereine confiance que nous saurons, en travaillant et en nous dévouant, les surmonter, et être ainsi à la hauteur du destin de la patrie.» En d\u2019autres termes, par delà les facteurs économiques, les valeurs humaines remontent toujours.On est en train de découvrir que, ces derniers temps, au Mexique, celles-ci ont été trop sacrifiées aux facteurs économiques, ou plutôt aux intérêts d\u2019un très petit groupe d\u2019hommes qui, par leur égoïsme, ont mené le pays à la ruine.Là-dessus, il peut être opportun de faire les deux observations suivantes, qui ne s\u2019appliquent pas seulement au Mexique.166 RELATIONS Deux conclusions.\u2014 1.On est souvent enclin, dans les discussions d\u2019intérêts matériels, à prendre des solutions partielles pour des solutions vraies.Cette manière de voir est complètement fausse.Quand il y a un conflit entre patrons et ouvriers, par exemple, il est possible que l\u2019une des deux parties arrive à imposer sa solution.Si les intérêts essentiels de l\u2019autre partie ne sont pas sauvegardés, il est manifeste que cette solution n\u2019est pas vraie, elle ne fait que reculer le conflit, qui éclatera demain avec une force d\u2019autant plus irrésistible qu\u2019elle aura été plus longtemps et plus injustement contenue.Qu\u2019on ne dise pas: « Tant pis! Que ceux de demain s\u2019arrangent! Moi, je me tire d\u2019affaires! » Ceux qui se tirent d\u2019affaire aux dépens d\u2019autrui paraissent manquer à l\u2019honnêteté professionnelle.Et il y a tellement de procédés incorrects : on peut acheter, directement ou indirectement, le législateur, le fonctionnaire, pour qu\u2019ils favorisent indûment l\u2019une des deux parties, on peut trafiquer directement avec le chef du syndicat qui fera ses affaires personnelles sur le dos des ouvriers qu\u2019il représente, on peut imposer une solution de force à un adversaire dont on a mesuré la faiblesse, etc.Il est très important que dans les conflits d'affaires on ait, de part et d\u2019autre, des personnes parfaitement honnêtes et de force matérielle ou morale à peu près égale.On arrivera à la conclusion peut-être plus difficilement que si l\u2019on était seul à négocier, mais celle-ci reposera non sur l\u2019iniquité ou le paternalisme, mais sur la justice sociale.Peut-être se trouvera-t-il des personnes, surtout aux États-Unis, qui trouveront la situation mexicaine présente faite sur commande; c\u2019est pourquoi elles viennent si volontiers monter des entreprises ici.Il est à peu près impossible aux Mexicains de résister aux pressions de créanciers qui tiennent tous les cordons de la bourse; on a, ou peu s'en faut, éliminé la possibilité d\u2019une concurrence efficace de la part de puissances financières non américaines, si bien que le monopole est à peu près sans issue.L\u2019affaire des braceros démontre que les États-Unis peuvent disposer presque à volonté non seulement des matières premières et du marché, mais même des hommes.A-t-on besoin d\u2019une main-d\u2019œuvre à bon marché ?On ouvre la frontière, et tous s\u2019y précipitent.Le besoin a-t-il diminué ou disparu?On entrouvre ou on ferme la porte.L\u2019empire économique est entier.On n\u2019a même pas l\u2019odieux tracas de gouverner dans des conditions semblables.C\u2019est plus facile de laisser cette corvée aux gens du pays.Il y aura toujours assez de monde pour s\u2019accrocher à ceux qui ont l\u2019argent, leur faire la cour et leur dire combien ils sont admirables.Cette manière de voir nous paraît non seulement erronée, mais dangereuse.Elle risque de préparer de terribles lendemains.Plus on y réfléchit, plus il apparaît que le principe de la lutte industrielle est dangereux pour l\u2019existence même de la société, qu\u2019il s\u2019agisse de la lutte immodérée entre concurrents pour aboutir au monopole (encore qu\u2019une concurrence subordonnée au bien commun paraisse être une des conditions de bien-être dans la société moderne) ou de la lutte des classes, dont le terme ne peut être que l\u2019injustice et la révolution.Par contre, la justice sociale exige la recherche du bien commun et la subordination des forces sociales à ce but.Le bien commun, d\u2019autre part, ne peut être assuré sans une autorité matérielle et morale qui, au besoin, servira d\u2019arbitre entre les forces en conflit et défendra la partie la plus faible.2.Depuis le commencement de la révolution jusqu\u2019à ces dernières années, l\u2019idéologie révolutionnaire avait, comme Janus, deux têtes.On dénonçait le clergé comme responsable des maux dont souffrait le pays, et on occupait les gens à la chasse au curé.De l\u2019autre côté, on répétait souvent qu\u2019il fallait faire quelque chose pour le peuple, pour les déshérités, etc.Cette dernière intention était louable, mais elle ne resta qu\u2019une intention.Le tableau que nous avons dressé plus haut, en nous inspirant de documents officiels, montre où l\u2019on a abouti après quarante ans d\u2019une « révolution » dont les principes antichrétiens ne semblent pas pouvoir être effacés de la constitution et du code.Avant les réformes agraires, introduites avec trop d\u2019incompétence sous le gouvernement du général Cârdenas, il n\u2019y avait jamais eu cet exode de braceros aux États-Unis.Qu\u2019on le veuille ou non, tout État^doit s\u2019appuyer sur une morale.Si ce n\u2019est pas sur celle de l\u2019Évangile, ce sera sur une « morale » déiste, humanitaire, révolutionnaire.Il est à peu près prouvé qu\u2019à la longue cette dernière ne peut assurer le désintéressement nécessaire au bien commun.Alors, c\u2019est la loi de la jungle qui revient, d\u2019une jungle parfois policée, arrangée au goût du plus fort, jusqu\u2019au jour où un plus puissant surviendra, avec d\u2019autres règles de conduite qui imposeront d\u2019autres mœurs; nuancée ou non, ce sera toujours la domination de la force contre la raison et contre l\u2019essentielle charité.Cela, inévitablement, tant que Dieu, premier Législateur et souverain Maître des hommes, n\u2019aura pas repris dans les lois et dans la vie la place dont il est impossible de l\u2019écarter sans désastre.Joseph-H.Ledit.Mexico, 10 mai 1953.CORRESPONDANCE Sur un article du R.P.Alexandre Dugré Mon Père, Votre article intitulé « Jeunesse en fleur, en fuite » (Relations, avril 1953, pp.92-95) est à la fois décevant et attristant.Il déçoit, non par son style personnel, vivant, agressif, si bien fait pour fouetter et pour choquer, mais par l\u2019écart manifeste qu\u2019on y remarque entre, d\u2019une part, un thème très noble et fort louable \u2014 la fidélité au sol \u2014 et, d\u2019autre part, la façon maladive, injuste et maladroite dont vous le traitez.1.Votre texte est d\u2019abord maladif, obsédé.Pour étayer votre thèse, vous ne trouvez rien de mieux que de vous lancer dans une charge globale, imprécise, de biais, sans discernement, contre l\u2019ennemie, la ville, cette maudite qui nuit à « l\u2019établissement rural des jeunes ruraux ».Au compte de l\u2019agglomération urbaine, on découvre, en deux ou trois de vos paragraphes, les « vilains désirs », les « saletés, folies et complications », les « désirs coupables, toujours au vif », la « danse de Saint-Guy », un « bouillonnement d\u2019appétits et de passions », les « dispositions vicieuses », les « sept péchés capitaux », la « sottise », la « paresse »; on assiste, ébahi, au « sale travail des maquignons d\u2019amour, à la contagion des villes-poubelles, des alambics humains » ; enfin on s\u2019imagine, avec Mauriac, les « villes traversées par ces troupeaux de jeunes gens que saint Augustin appelle les ravageurs.Pour eux la femme est un gibier.Ils ont des âmes de chiens courants, de matous ».Et j\u2019en passe des douzaines, mon Père, de ces perles pesamment tombées de votre plume vengeresse, et lourdes de toutes les obsessions.Dans tout cela, pas une nuance, pas une distinction: la ville, c\u2019est ça! Il n\u2019est pas sûr que vos lecteurs sachent tous faire le partage entre ce qui est juste et ce qui ne l\u2019est pas dans ce que vous écrivez.JUIN 1953 167 Et la cause si belle que vous défendez, depuis tant d\u2019années en des articles nombreux, ne vous donne pas raison, je crois, de sabrer dans tout ce qui n\u2019est pas la bonne terre de chez nous.2.Votre article constitue, en deuxième lieu, une injustice.A l\u2019endroit de la terre d\u2019abord, de cette belle terre qui vaut qu\u2019on la défende, mon Père, mais de la bonne façon, en des termes lucides, nuancés, délicats, réalistes, constructifs, à l\u2019instar de NN.SS.les évêques dans leurs lettres pastorales collectives sur le Problème rural (1937) et la Colonisation (1946).Injustice à l\u2019endroit de la ville, également, dont il est faux d\u2019écrire, sans les nécessaires ménagements, qu\u2019elle est un réceptacle d\u2019immondices, un aménagement de « saletés, folies et complications », où l\u2019on accourt « par vilains désirs » et « dispositions vicieuses », et qu\u2019elle constitue le meilleur bouillon de culture des « sept péchés capitaux », sous la baguette des « maquignons d\u2019amour ».De tels propos, amenés sans distinctions, laissent à entendre que la ville est essentiellement mauvaise, et ses habitants, des réprouvés.Ce qui va totalement à l\u2019encontre de ce passage bien clair de NN.SS.les évêques, dans leur lettre pastorale collective sur le Problème ouvrier (1950): .Il ne faudrait pas croire qu\u2019elle (la vie ouvrière des villes) est nécessairement meurtrière des âmes.La ville et le travail industriel ne sont pas en dehors du plan de Dieu et ne conduisent pas fatalement au matérialisme et à la déchristianisation des âmes.Le milieu ouvrier et industriel peut être sanctificateur (art.37).Cette espérance, mon Père, votre texte trop lourd tend à la détruire dans l\u2019âme de vos lecteurs.On ne vous en veut pas de préférer « la campagne, qui sent le bon Dieu, à la ville, qui sent le pêché »; mais réfléchissez simplement à l\u2019effet de tels propos sur la plupart de vos lecteurs, qui habitent la ville et n\u2019acceptent pas de sentir si mauvais.Vos imprécations sur l\u2019usine, les petits logements et la mode « pas canonisée » ont un ton d\u2019inexorable réprobation.Vous êtes sans pitié et sans égards pour tout ce qui ne sent pas l\u2019humus du douzième rang.Vos arguments contre la ville sont d\u2019un tel ordre que, pour y répondre avec des arguments de même taille, il faudrait se livrer au jeu enfantin de dénombrer la multitude des saints «urbains» \u2014 ô horreur! \u2014 et de ces milliers de citadins qui vivent en parfaits chrétiens.Vous prétendrez sans doute qu\u2019ils se sont sanctifiés en dépit de la ville.Je vous répondrai qu\u2019ils ont aguerri leur spiritualité selon les exigences de leur milieu nouveau, exigences plus dures, je suis prêt à vous le concéder.Faudra-t-il, continuant le jeu, rappeler avec vous que « les jeunes ruraux ne sont pas tous des enfants Jésus » ?Croyez-m\u2019en, mon Père, à la campagne comme à la ville, l\u2019homme reste lui-même, avec ses appétits, ses inclinations, ses faiblesses variables.Et puis, nul n\u2019est tenté au delà de ses forces: nier cette vérité dans la pratique, c\u2019est nier l\u2019efficacité de la grâce divine; la vertu \u2022\u2014 ou le vice \u2014 n\u2019a pas de lieu exclusif, mon Père, vous le savez tellement mieux que moi en théorie: vous n\u2019avez donc pas le droit de l\u2019accrocher à telle région ou à tel genre de vie.Et s\u2019il vous fallait des témoignages autorisés sur ce point, vous n\u2019auriez qu\u2019à relire l\u2019article 37 de la lettre pastorale collective sur le Problème ouvrier, où il est dit: .Nos familles urbaines, nos travailleurs possèdent de hautes et belles qualités.dévouement pour former chrétiennement leurs enfants et les préparer à la vie urbaine.rande générosité pour les infortunés.Cet esprit de sacri-ce et de génésorité au service du prochain et la pratique de toutes les vertus chrétiennes expliquent sans doute, avec la grâce de Dieu, l\u2019éclosion de nombreuses vocations sacerdotales et religieuses en milieu ouvrier.Que voulez-vous dire alors, quand vous écrivez: « Peu de vocations après la première génération en ville.La cinquième sera la dernière, si elle existe » ?Seriez-vous à ce point pessimiste, mon Père, et si bien renseigné sur l\u2019avenir?3.Finalement, « Jeunesse en fleur, en fuite » est une maladresse.Soyez assuré, mon Père, que vous ne riverez pas les jeunes ruraux au sol par des arguments du type\u2019« ville-poubelle », « campagne-senteur de Dieu » ou « la terre que ton arrière-grand-père cultivait ».Vous avez été injuste à l\u2019endroit de la ville; mais celle-ci serait vraiment tout ce que vous en dites que vous auriez mauvaise grâce d\u2019en décrire aussi parfaitement les abjections aux yeux des jeunes ruraux avides de « plaisirs mauvais ».Vous ne gagnerez jamais rien à vilipender \u2014 encore moins à calomnier \u2014 la ville, si votre objectif est de diminuer le nombre des « déserteurs ».N\u2019allez pas non plus parler exclusivement poésie au fils de cultivateur prématurément vieilli, au pas alourdi par de pesants travaux et aux bottes encrottées.J\u2019ai connu durant des années les levers à cinq heures, les six vaches qu\u2019il fallait traire matin et soir, les sept ou huit voyages de foin qu\u2019il fallait rentrer à bras, à deux paires de bras, les écuries à nettoyer, les patates à ramasser, les labours à tracer, et le reste.Ce n\u2019était pas toujours, comme vous dites, « un plaisir, un contentement de contenter les veaux, vaches, cochons, poulets »! Comment encore parler épanouissement humain à l\u2019agriculteur qui parfois sait tout juste lire, a besoin de ses enfants d\u2019âge scolaire pour les travaux des champs et dispose de fort peu de temps pour entretenir d\u2019enrichissantes relations sociales?Comment enfin parler avantages économiques à ces trop nombreux cultivateurs qui, même aujourd\u2019hui, ont peine à joindre les deux bouts et encore davantage à établir convenablement leurs fils, comme vous savez si bien le rappeler ?Ces quelques questions indiquent déjà dans quel sens doit s\u2019exercer l\u2019action des apôtres du terroir: une action positive, précise, concrète.Quelles circonstances allons-nous travailler à changer, pour que la vie rurale soit empreinte d\u2019une vigoureuse poésie, marquée au coin de la morale, humainement riche et financièrement avantageuse ?C\u2019est ainsi, mon Père, qu\u2019il conviendrait peut-être d\u2019abord de défendre la terre; vous l\u2019avez déjà fait, et magnifiquement; auriez-vous par malheur perdu la recette constructive ?En 1953, il est urgent de voir la vie et la ville telles qu\u2019elles sont.Nous vivons dans une province aux deux tiers urbaine; en trente ans, malgré des efforts louables, la proportion entre le rural et l\u2019urbain a été renversée.A côté d\u2019une vie rurale indiscutablement avantageuse et épanouissante s\u2019est développée, géante, la vie urbaine.Aujourd\u2019hui, tout le réel \u2014 rural et urbain \u2014 s\u2019impose à l\u2019attention des pasteurs, sociologues et hommes politiques.Il ne s\u2019agit pas de bouder ce qui est au souvenir de ce qui n\u2019est plus, ou de ce qui n\u2019est plus \u2014 selon certains \u2014 si important, ou si beau, ou si couru.Que l\u2019on continue à défendre la terre, mon Père, mais pas sur le dos de la ville.Les sociologues que je connais ne se « réjouissent pas de voir la province de Québec industrialisée »: ils constatent simplement qu\u2019elle l\u2019est de plus en plus, vous présentent la réalité et vous invitent à y travailler, que vous l\u2019aimiez ou non, et dans le sens même de votre option.Il faut admettre, à côté de valeurs rurales bien définies et depuis longtemps assises, des valeurs urbaines, encore en friche si vous voulez, mais riches de toute leur jeunesse et perfectibles à l\u2019infini.Contribuerez-vous au perfectionnement du cadre urbain ou continuerez-vous à en nier l\u2019opportunité et la possibilité?Aiderez-vous les hommes là où ils sont, à la ville comme à la campagne, sans rien mépriser et sans désespérer de rien?Soit, l\u2019exode vers les villes est un fait: cela étant, que faire de constructif pour que l\u2019économie, la morale et la poésie soient sauves?Tout est là.Les rêves bucoliques sont permis, admirables même, ce qui ne les rend pas pour autant réalistes.Soyons présents à ce monde nouveau qui se construit aujourd\u2019hui, aussi bien à la ville qu\u2019à la campagne.Gardons la nostalgie des prés odorants, aimons la terre à la folie, mais acceptons la ville, avec ses laideurs que nous devons tâcher à corriger, avec ses avantages qu\u2019il est juste de reconnaître.Les cadres ne valent ni mieux ni pis que les hommes qui les bâtissent.Aidez-nous à bâtir la ville, au moins en vous abstenant d\u2019en parler.Roger Chartier.Québec, 10 mai 1953.168 RELATIONS LES LIVRES RELIGION ET MORALE Henri de Lubac, S.J.: Méditation sur l\u2019Église.Collection « Théologie ».\u2014 Paris, Aubier, Éditions Montaigne, 1953.288 pp., 23 cm.UN OUVRAGE sur l\u2019Église du P.Henri de Lubac ne saurait nous laisser indifférents.Au Canada français, comme en bien d\u2019autres pays catholiques, il se poursuit actuellement un approfondissement du « mystère de l\u2019Église » qui ne va pas toujours sans quelque heurt ou friction.Depuis la publication de l\u2019encyclique Humant generis, les considérations se sont multipliées sur le sujet; je n\u2019en connais pas, pour ma part, de plus éclairantes pour l\u2019intelligence, de plus réchauffantes pour le cœur, de plus tonifiantes pour la foi du chrétien que celles que nous livre le P.de Lubac dans ces pages à la fois si riches et si prenantes.Oui, l\u2019Église est un mystère; elle est au milieu du monde, et elle y assure aux hommes la liberté, en même temps qu\u2019elle y « est messagère et ouvrière d\u2019unité ».Elle est le sacrement de Jésus-Christ: « On se la dispute d\u2019un camp à l\u2019autre.Chacun veut avoir pour soi, contre l\u2019autre, l\u2019appoint de cette puissance morale.Chacun la somme de se prononcer pour sa cause, dont il fait une croisade; pour son parti, qu\u2019il érige en mystique.Les uns l\u2019annexent à la réaction, les autres à la révolution » (p.166).Elle est YEcclesia Mater, à qui le catholique doit une filiale obéissance: « Là même où c\u2019est pour lui un devoir d\u2019agir, et par conséquent de juger, il entretient une certaine méfiance de principe à l\u2019égard de son jugement propre; il tient donc à se faire contrôler, et s\u2019il arrive qu\u2019on le désapprouve, loin de s\u2019entêter, il accepte au besoin de n\u2019y pas voir clair.Il ne veut pas, même soumis à la rigueur en toutes choses, mener comme en marge de la communauté son œuvre propre.Il ne se reconnaîtrait pas le droit de se dire l'homme de l\u2019Église, s\u2019il n\u2019était d\u2019abord et toujours, en toute sincérité, son enfant » (203).A l\u2019égard de cette Église, des tentations nous assaillent constamment: tentations d\u2019assimiler notre cause à celle de l\u2019Église, tentation surtout de critique, qui « s\u2019insinue le plus ¦ouvent sous le déguisement du bien », et « se présente à l\u2019apôtre comme un indispensable souci de lucidité » (p.217).Que faire alors ?On lira la réponse de l\u2019A.dans ces deux admirables chapitres qui s\u2019intitulent: « Ecclesia Mater », et « Nos tentations à l\u2019égard de l\u2019Église ».Je signale enfin, en terminant, la réflexion faite à propos de « la baisse de l\u2019anticléricalisme ».Ce n\u2019est pas toujours un heureux signe, dit l\u2019A., car « elle pourrait signifier aussi que ceux par qui l\u2019Église est connue, tout en proposant encore au monde quelques valeurs estimables, se seraient accommodés à lui, à ses idéaux, à ses conventions, à ses mœurs.Dès lors, ils ne seraient plus gênants.Et si nous vivons.à peu près tranquilles au milieu du monde, c\u2019est peut-être que nous sommes tièdes » (p.155).Richard Arès.François Bourassa, S.J.: La Virginité chrétienne.\u2014 Montréal, L\u2019Immaculée-Conception, 1952.174 pp., 20 cm.Prix: $1.25.VOICI, sur l\u2019excellence de la virginité, un livre que tout chrétien cultivé trouvera grand profit à lire et à méditer dans le Seigneur.Il traite le sujet en droite ligne, sur le plan objectif, sans recours ni à l\u2019épisode ni à la psychologie, et sans citer ni Dante, ni Dostoievsky, ni Péguy (pour grands qu\u2019ils soient), mais l\u2019Écriture sainte, les Pères de l\u2019Église et saint Thomas.Suivant sans fausse honte la forme traditionnelle de l\u2019exposition scolastique, cette étude, où l\u2019on ne décèlera pas trace d\u2019esprit polémique, détruit, par sa seule clarté et la rigueur de l\u2019argumentation, une thèse qu\u2019une certaine littérature, plus sentimentale et bien intentionnée que théologique et profonde, avait accréditée sur la supériorité objective du mariage.L\u2019A.cependant va bien au delà.Après avoir traité successivement du mariage, de la sainte virginité, de ses rapports avec l\u2019humanisme, il s\u2019élève jusqu\u2019à l\u2019unité de la vision et de l\u2019action de Dieu, où se concilient les extrêmes, pour y résoudre l\u2019antinomie apparente, à nos yeux charnels, du mariage et de la virginité.Ce sont des pages particulièrement pleines et calmes, qui font JUIN 1953 honneur à la pensée théologique.Même sacramentel, le mariage n\u2019est que perfection initiale, mixte, inachevée; sa perfection dernière et définitive et surabondante se trouve dans ce mariage virginal où l\u2019élu, dans une extase sans fin, communie à l\u2019unité des Trois Personnes.Tel est le « grand mystère » des noces de l\u2019Agneau.C\u2019est pourquoi, malgré les raisons apportées par l\u2019A.lui-même dans l\u2019introduction, il me semble que le vrai titre du livre devrait être Mariage et Virginité.Livre qui éclaire, livre qui nourrit.Sur des thèmes théologiques, on en voudrait toute une bibliothèque de cette qualité.Luigi d\u2019Apollonia.L'Histoire de Dieu: II.Histoire d\u2019Abraham; III.Isaac et Jacob.\u2014 Montréal, le Service diocésain des Cours de Bible, 1953.144, 129 pp., 19.5 cm./^\\N LIRA avec autant d\u2019intérêt que le premier (voir Relations, nov.1952, p.306) les volumes suivants de VHistoire de Dieu.Même style alerte et sobre pour présenter à des lecteurs adultes, dans une vivante mise en scène, les dits et faits de Dieu dans le monde, puis l\u2019explication juste, simplement et brièvement formulée, du sens de l\u2019action divine.Les dessins de Mme de Groot ont le mérite de s\u2019adapter à l\u2019esprit de l\u2019histoire ici racontée; cette histoire, strictement religieuse, est un drame aussi mystérieux que dynamique; le ton religieux des dessins, leur vive animation et l\u2019impression de mystère qui s\u2019en dégage retiennent l\u2019esprit et l\u2019invitent à la réflexion.Marie-Joseph d\u2019Anjou.Pierre Lorson, S.J.: Le Plaisir sanctifié.Pour une spiritualité des loisirs.\u2014 Paris, Éditions Alsatia, 1952, 160 pp., 23 cm.TA QUESTION des loisirs occupe de plus en plus les vrais chré-tiens.On s\u2019en est trop longtemps désintéressé.On a ignoré leurs répercussions dans la vie.Ils ont cependant des liens étroits avec la sanctification de l\u2019homme.S\u2019ils peuvent l\u2019entraver, comme cela arrive trop fréquemment, ils peuvent aussi l\u2019aider efficacement.Il y a toute une éducation à refaire sur ce sujet.Et pour qu\u2019elle produise ses fruits, il faut remonter aux principes, établir solidement la nature et la nécessité des loisirs, puis étudier leurs principaux modes, dégager ce qu\u2019il y a en eux d\u2019honnête, de sanctifiant même, et les soumettre à une règle qui leur permette, en suivant les directives de l\u2019Église, d\u2019exercer leur rôle bienfaisant.Telle est la tâche qu\u2019a entreprise l\u2019A.et qu\u2019il a, selon son habitude, accomplie avec succès.Ce livre prend place avec honneur à côté des nombreux ouvrages que le P.Lorson a publiés sur des sujets d\u2019actualité, par exemple: le Chrétien devant le racisme, Symphonie pacifique, Un chrétien peut-il être objecteur de conscience ?etc.Et comme eux, il éclairera les esprits et stimulera les volontés.Joseph-P.Archambault.PHILOSOPHIE ET SCIENCE François de la Noë: Le Monde en création.\u2014Paris, Éditions du Vieux Colombier, 1951.223 pp., 21 cm.T A CRÉATION dont parle François de la Noë est le dessein divin aperçu dans toute son ampleur, tel que réalisé d\u2019abord en Adam, puis rénové dans le Christ.Le premier homme, créé non pas dans le temps, ni sans doute dans l\u2019éternité, mais dans 1\u2019 « intemporel », était pleinement conscient de ses privilèges et de sa qualité de chef d\u2019une humanité en quelque sorte divinisée.Par sa prévarication, Adam « décrée » la Création, perd la conscience qu\u2019il possédait du plan divin et plonge ainsi l\u2019esprit humain dans la nuit.Dieu commence aussitôt à réorganiser l\u2019univers désormais livré au temps et à la dispersion, à recréer patiemment l\u2019humanité, à faire lentement émerger de la nuit du péché la lumière de la « conscience » (entendez de la conscience, chez l\u2019homme déchu, de l\u2019économie rédemptrice, de la création).Cette « parenthèse qui s\u2019ouvre dans la création, c\u2019est l\u2019évolution ».L\u2019évolution atteint son sommet et trouve son couronnement dans la personne du Christ, en qui et par qui l\u2019humanité retrouve ses privilèges et son unité.Aujourd\u2019hui, le moment est venu de la suprême option.Les efforts récents de la science 169 mettent en demeure le savant contemporain ou d\u2019avouer son impuissance à comprendre l\u2019univers ou de confesser l\u2019existence d\u2019un ordre spirituel transcendant le phénomène observable.Les philosophies existentialistes invitent l\u2019homme ou à se replier sur son néant pour s\u2019abîmer dans le désespoir ou à consentir à la création pour s\u2019épanouir en Dieu.Les désordres économiques, sociaux, politiques et moraux, la haine et le désarroi qui brouillent les continents nous avertissent tout à la fois de la faillite de l\u2019humanisme laïque et de l\u2019intense besoin de rédemption et d\u2019unité qui travaille l\u2019humanité, pressée par les événements de retrouver son âme et de prêter enfin son concours à la création.L\u2019heure est venue pour l\u2019homme de revêtir la Sagesse de Dieu.La difficulté d\u2019un pareil essai vient de ce qu\u2019il veut intégrer à une vision du monde substantiellement chrétienne des considérations plus ou moins hypothétiques.L\u2019A., conscient de ce risque, soumet d\u2019avance toutes ses opinions au jugement du Magistère.Il nous prévient aussi qu\u2019un essai portant sur un objet aussi vaste doit laisser bien des points à approfondir et à préciser.Un lecteur bienveillant le reconnaît aisément et concède encore à l\u2019A.le droit d\u2019user d\u2019un vocabulaire et d\u2019un mode de composition bien à lui.Mais en matière de dogme et en matière connexe au dogme, il y a toujours inconvénient à faire abstraction des formulations traditionnelles et de la terminologie authentique.Un théologien de profession ou un philosophe scolastique auront sans doute raison de reprocher à l\u2019A.plusieurs expressions pour le moins ambiguës.N\u2019empêche que la conviction qui anime cette méditation et la profondeur des réflexions qui la remplissent constituent pour les hommes de notre temps un impérieux témoignage.Opposant triomphalement à l\u2019existentialisme fermé la hauteur et la profondeur du mystère révélé, il convie tous les chrétiens à trouver dans l\u2019approfondissement de leur foi et dans la pratique de la charité, non seulement la délivrance et le déploiement de leur pensée, mais l\u2019optimisme du cœur et la jubilation de l\u2019esprit.\t_\t_ Jean Racette.V Immaculée-Conceplion, Montréal.Jean Delépierre, S.J.: Homme, où vas-tu?I.Premier s cheminements.\u2014 Paris, Bruxelles, Les Éditions universitaires, 1952.290 pp., 21 cm.1\u2019AUTEUR aborde la question de la vocation humaine non en ' spécialiste, ni en vulgarisateur, mais en « honnête homme » cultivé.Du côté de l\u2019homme, une attente obscure; du côté de Dieu, un don gratuit.De là les aspects philosphique et théologique du sujet.Ces premiers cheminements servent d\u2019introduction à la solution du problème.L\u2019homme se situe à des niveaux divers: matière, vie, conscience, société, univers; ordres que l\u2019A.décrit avec force détails, mais sans surcharge scientifique.En route, il rencontre des opinions divergentes sur l\u2019humaine destinée.Elles se résument à deux: tout finit avec la vie; tout commence avec la mort.Il opte déjà pour la seconde et promet de la justifier.Cheminements efficaces qui dirigeront le lecteur vers la seule solution.Analyse longue, mais nécessaire, qui requiert du lecteur beaucoup d\u2019attention.Il en reçoit récompense, car l\u2019exposé méthodique et solide qu\u2019il suit apporte à son esprit la joie de la vérité.Arsène Champagne.Collège Saint-Ignace, Montréal.Frédéric Kahn: Ton corps et toi.\u2014 Ruschlikon-Zurich, Éditions Albert Müller, s.d.799 pp., 605 ill., 25 cm.IL EST NATUREL à l\u2019homme de s\u2019intéresser à soi-même, et l\u2019on comprend la vogue que connaissent actuellement les sciences biologiques.Elles ont dû attendre, pour prendre leur essor, que des sciences plus fondamentales aient atteint une certaine maturité.Mais, depuis surtout la fin du xixe siècle, la chimie et la physique découvrent dans le vivant des merveilles de plus en plus étonnantes.Aussi a-t-on accueilli avec enthousiasme le présent ouvrage, publié d\u2019abord en allemand juste avant la dernière guerre, et traduit depuis en plusieurs langues; Le sous-titre en explique bien la portée: « Anatomie et physiologie du corps humain mises à la portée de tous ».Il s\u2019agit de vulgarisation, d\u2019un effort pour représenter à Y imagination le mécanisme de notre corps.Cette imagerie simplifie forcément l\u2019imposante construction d\u2019abstractions par lesquelles la science s\u2019explique aujourd\u2019hui le vivant.Mais elle n\u2019en fausse pas la vision.En particulier, les dessins de l\u2019A.\u2014 plus de 600 \u2014 sont une indiscutable réussite pédagpgique.Les professeurs y trouveront une mine de suggestions.Ajoutons que l\u2019impression en est impeccable.On peut regretter seulement le manque d\u2019une philosophie authentique de l\u2019existence humaine.L\u2019horizon de l\u2019ouvrage reste exclusivement biologique.A en croire la conclusion, 1\u2019 « utopie » dont rêvent depuis toujours les humains se réalisera quand la biologie, parvenue au terme de son œuvre, aura redonné à la vie humaine sur terre sa durée normale: « Et les jours de l\u2019homme seront de cent vingt ans.» Il eût mieux valu ne pas toucher à ces problèmes.Il faudra plus que des hormones pour guérir l\u2019homme de son égoïsme, et l\u2019analyse psychologique elle-même, si elle le lui révèle, ne lui apprend quand même pas le sens vrai de 1,amour-\tRobert Picard.L'Immaculée-Conceplion, Montréal.SOCIOLOGIE, ECONOMIQUE Albert Nevett: Too Many of Us?Population Trends.Birth Control.Marriage Problems.Gandhiji\u2019s Lead.\u2014 Poona, Indian Institute of Social Order, 1952, 188 pp., 21 cm.T^EPUIS quelques mois, l\u2019Inde occupe une place importante dans l\u2019opinion publique mondiale.Cette fois, c\u2019est grâce à sa politique internationale.Il n\u2019y a pas si longtemps, on n\u2019en connaissait que les temples et.la famine.L\u2019A.nous introduit au cœur du problème démographique indien, sans prétention scientifique aucune, mais avec le bon sens d\u2019un homme qui cherche à comprendre les difficultés d\u2019autrui.Certains Occidentaux croient, en effet, avoir trouvé la panacée universelle qui guérira toutes les misères d\u2019Orient: décréter que la maternité est un accident regrettable, disons plus, une maladie dangereuse pour la mère, la famille, la nation, et, par conséquent, répandre à tout prix les procédés de la limitation artificielle des naissances.Bien entendu, ces derniers qualifient l\u2019attitude catholique d\u2019 « obscurantisme moyenâgeux ».Mais il n\u2019y a pas que les catholiques à condamner le birth control.Gandhi lui-même a censuré souvent, et à la face de l\u2019Inde entière, les méthodes anticonceptionnelles, proposant à la place la continence volontaire.De plus, un bon nombre d\u2019indiens influents connaissent l\u2019Angleterre, et son histoire contemporaine leur apprend l\u2019immense perte de dynamisme national qu\u2019y cause, entre autres erreurs, le birth control.Ils connaissent aussi l\u2019Amérique.et s\u2019étonnent que de cette partie du monde, qui souffre d\u2019un surplus considérable de production agricole, leur vienne une propagande qui les presse d\u2019avoir moins d\u2019enfants, parce qu\u2019on ne peut les nourrir! Mais il n\u2019est pas vrai que les enfants d\u2019Orient doivent mourir de faim.Il y a encore d\u2019immenses territoires qui pourraient être cultivés, ne serait-ce que pour l\u2019avoir déjà été.Partout le rendement agricole pourrait être accru.Enfin, l\u2019industrialisation en cours ouvre d\u2019innombrables possibilités d\u2019amélioration du niveau de vie.De tout cela, l\u2019A.apporte des preuves abondantes et précises.Les Orientaux attendent notre compréhension et notre sympathie.Non la sympathie (?) qui détruit chez eux l\u2019esprit de famille et pervertit la race dans son instinct le plus profond, celui de sa continuation; ni la sympathie (?) qui fait l\u2019aumône et maintient outrageusement le bénéficiaire dans un état d\u2019infériorité.Mais la sympathie vraie qui collabore, avec le moins d\u2019égoïsme possible, à l\u2019épanouissement des virtualités de chaque nation.\tRobert-J.Ballon.L\u2019Immaculée-Conceplion, Montréal.Marcel Pauwels : Analyse de l\u2019Exploitation.\u2014 Bruxelles, les Éditions comptables, commerciales et financières, 1952, 3® édition.290 pp., 25 cm.L AUTEUR analyse l\u2019exploitation sous quatre aspects qui \u2019 constituent les quatre parties de son ouvrage: a) le capital et le revenu de l\u2019entreprise; b) la productivité économique; c) la rentabilité; d) la sécurité financière de l\u2019entreprise.Dans la première partie, il met au point sa conception de l\u2019entreprise et du capital.En soulignant le double aspect de l\u2019entreprise (unité de production et unité financière), il indique le rapport entre la productivité de l\u2019exploitation et le rendement financier de l\u2019entre- 170 RELATIONS prise.Dans la deuxième partie, il observe les variations constatées dans les charges et les produits.L\u2019étude des causes de ces variations montrera l\u2019action des influences externes, indépendantes de l\u2019activité exercée dans l\u2019entreprise.Dans la troisième partie, sont examinées les méthodes employées pour permettre à la direction soit d\u2019isoler l\u2019action des facteurs internes de la productivité, soit de mesurer les prestations fournies par les forces humaines et mécaniques et aussi de contrôler l\u2019organisation rationnelle de l\u2019entreprise.Enfin, dans la quatrième partie, la sécurité financière, condition vitale d\u2019une saine exploitation, fait l\u2019objet d\u2019une investigation intéressante sur l\u2019actif et le passif d\u2019une entreprise.L\u2019A.apporte vraiment du neuf sur la dynamique de l\u2019exploitation.D\u2019ordinaire, les intéressés à une entreprise se contentent du résultat d\u2019un bilan et du compte « profits et pertes ».Mais ceux qui veulent sonder la stabilité, la sécurité et la rentabilité d\u2019une entreprise ont besoin de décomposer les chiffres du bilan, et sur une longue période.Souvent, l\u2019entrepreneur ne voit que le revenu immédiat de son capital: peu lui importent les sources de bénéfices de l\u2019entreprise, pourvu que le dividende réponde à son attente.Mais les dirigeants, qui ont la charge des intérêts durables de l\u2019affaire, doivent dans leurs décisions se laisser guider par leur désir de perfectionner l'exploitation et de consolider la situation financière de l\u2019entreprise.C\u2019est dans cette perspective que l\u2019A.envisage l\u2019exploitation.En cela, il apporte du neuf; il fait le lien entre l\u2019exploitation d'un entrepreneur et l\u2019exploitation d\u2019une entreprise.Les valeurs stables et permanentes doivent passer avant le profit immédiat et aléatoire.Si les hommes d\u2019affaires, les patrons et les comptables lisaient cet ouvrage, ils commettraient moins d\u2019erreurs.\tÉmile Bouvier Maison Bellarmin.CANADIANA Arthur R.M.Lower: Canada.Nation and Neighbour.\u2014 Toronto, The Ryerson Press, 1952.202 pp., 22 cm.RIEN de ce qu\u2019écrit le professeur Lower ne peut laisser indifférent un Canadien cultivé.Nous lui devions déjà plusieurs volumes sur le Canada.En voici un autre où se trouvent décrite la vie intime de notre pays et analysées ses relations avec le grand voisin, les États-Unis.Que d\u2019observations profondes et justes il y aurait à souligner dans ce nouveau volume! La France, nous dit l\u2019A., possède 125 millions d\u2019acres de terres cultivées, le Canada en a 60 millions: voilà l\u2019une des principales raisons qui fait de la France une grande puissance et empêche le Canada d\u2019en être une.C\u2019est probablement sur le Canada français que l\u2019A.exprime les vues les plus intéressantes.Le chapitre 8 intitulé « French Canada and National Policy » est à recommander à cet égard, bien qu\u2019il contienne des simplifications qui auraient besoin d\u2019être nuancées, comme ce passage où l\u2019A.qualifie indistinctement d\u2019« extreme nationalist » le Devoir, le chan.Groulx, l\u2019Action Nationale et la Nation de Québec (p.102).Il insiste, par contre, avec raison sur le fait que le Canada français a développé chez lui depuis longtemps \u2014 depuis cent cinquante ans \u2014 une véritable conscience nationale, tandis que le Canada anglais vient à peine d\u2019y atteindre.Cela tient jusqu\u2019à un certain point au peu de densité et d\u2019intérêt humain de l\u2019histoire du Canada anglais.Voici comment l\u2019A.présente ce point de vue (p.90): « French Canada has its martyrs\u2019 role, than which none was more impressive, its heroic women and all the long tale of resistance of the few to the many in the last bloody act of the French drama in America.But English Canadians, not very much interested in their past anyway, have to take refuge in a minor military man or two, some politicians of doubtful virtue, or Laura Secord and her cow.As school children, they are dutifully introduced to the great men of French Canada, Cartier, Champlain and the rest, but they soon become conscious that these men are the heroes of another people.» Ouvrage instructif et qui provoque à la réflexion.Richard Arès.Chan.Georges Panneton et abbé Antonio Magnan: Le Diocèse des Trois-Rivières, 1852-1952.\u2014Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1953.380 pp., 22.5 cm.CES biographies du clergé actuel, agrémentées de 270 photos, et ces notes historiques sur un diocèse canadien sont plus qu\u2019un monument à l\u2019histoire trifluvienne, c\u2019est une riche contri- JJumanitéâ g,téco-la tine A Cours de 8 ans COLLÈGE JEAN-DE-BRÉBEUF Montréal - 26 L\u2019ÉCOLE DE FORMATION SOCIALE aura lieu, cette année, du 18 au 23 juillet, à la Villa Saint-René-Goupil, 910, boulevard Taschereau,Ville-Jacques-Cartier, en face de Montréal.Le sujet : J^Oxg.anUation pxo[eAAÎonnelle coxpoxative Un feuillet, exposant la méthode adoptée et donnant des renseignements autoeprbe COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal Ctjar&onneau limitée Fabricants de BISCUITS, CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES ?1800, RUE NICOLET Tel.FAIkirk 1116 MONTREAL\tEchange privé bution à l\u2019histoire de l\u2019Église canadienne et même à l\u2019histoire générale.Un travail patient de recherches note les communautés à mesure qu\u2019elles arrivent, et les religieux prêtres, nés ou rattachés au diocèse.Cela commence par quatre martyrs canonisés: Brébeuf, Lalemant, Daniel et Garnier.Les premiers prêtres nés aux Trois-Rivières sont ordonnés par Mgr de Laval: M.de Francheville et les jumeaux Claude et Pierre Volant de Saint-Claude, que suivront MM.de Varennes, de Tonnancour, de Normanville.En 1852, le diocèse débute avec 90,000 catholiques et 51 prêtres, en 39 paroisses au nord et au sud du fleuve, jusqu\u2019au delà de Weedon.En 1885, après la création des sièges de Sherbrooke et de Nicolet, on reste avec 32 paroisses, et l\u2019émigration fait rage.Dieu merci, les richesses naturelles du Saint-Maurice entrent en jeu: l\u2019eau et le bois, qui créent le royaume du papier, agrandissent le royaume de Dieu.En 1952, 84 paroisses et dessertes, 340 prêtres et 193,661 catholiques forment un beau diocèse, avec toujours plus d\u2019œuvres, d\u2019écoles et de maisons religieuses.L\u2019optimisme est dans l\u2019air.Félicitons les auteurs de leur beau travail et le diocèse de sa belle montée.Alexandre Dugré.LIVRES POUR ENFANTS R.Bastin, O.M.$I.: L\u2019Histoire sainte.\u2014 Tournai, Casterman, 1952.40 pp., 27.5 cm.CET ALBUM de la collection « La Terre promise » raconte aux enfants l\u2019Ancien Testament.Il débute par ces mots qui en disent l\u2019esprit et la manière: « Si votre Maman vous racontait votre histoire, l\u2019histoire de l\u2019amour qu\u2019elle vous porte,.vous seriez vivement intéressé.Le bon Dieu a voulu, lui aussi, nous raconter « notre » histoire.L\u2019histoire de son amour pour nous.Un amour qui remonte plus loin que notre naissance, plus loin que la naissance de nos parents, qui remonte jusqu\u2019au début du monde, car dès ce moment-là, le bon Dieu nous a aimés.» Les enfants liront ce récit avec intérêt, en même temps qu\u2019ils contempleront les magnifiques illustrations qui ornent cet album.A recommander comme cadeau à faire aux jeunes.R.A.Dollard des Ormeaux.\u2014Sang des Martyrs.\u2014 Montréal, Éditions Fides, 1952.96 pp.\u2014 Pierre d\u2019achoppement.85 pp.\u2014Trio d\u2019amis.147 pp.\u2014Le Petit Acadien.103 pp.\u2014 Claude l\u2019orphelin.85 pp.Montréal et Sherbrooke, Apostolat de la Presse, 1952.Chacun, 24 cm.1IVRES écrits pour les enfants des écoles primaires et racontant, sous une forme romancée, le premier (Sang des Martyrs), la vie du P.Pro, jésuite mexicain, le quatrième (le Petit Acadien), la déportation des Acadiens et le retour de quelques-uns d\u2019entre eux pour reconstituer la nouvelle Acadie, et les trois autres, l\u2019histoire de vocations enfantines à la vie religieuse, sacerdotale ou missionnaire.R.A.Paul CUVELIER: Les Nouvelles Aventures de Corentin, 64 pp.\u2014 Willy Vandersteen: Les Aventures de Bob et Bobette.Le Fantôme espagnol.70 pp.\u2014 Bruxelles, Éditions du Lombard, 1952.Chacun, 30 cm.DEVANT le vif succès obtenu par le Journal Tintin, les éditeurs ont cru bon de publier en albums séparés quelques-unes des meilleures histoires qui ont orné les pages de cet hebdomadaire.Voici donc tout d\u2019abord la suite des aventures de Corentin, ce jeune et sympathique héros, aux prises, cette fois, avec les dangers de la Chine mystérieuse.C\u2019est un récit plein d\u2019intérêt et de vie, que les enfants aimeront certainement.Quant au Fantôme espagnol, l\u2019humour et la fantaisie y débordent à pleines pages.Personne ne peut à coup sûr prédire le prochain geste que posera M.Lambique.Ce genre empêche de trop prendre au sérieux des aventures où pourtant se joue le sort.d\u2019un fantôme et se décide le destin d\u2019une ville.172 R.A.RELATIONS Les étudiants de 16 à 21 ans peuvent obtenir un BREVET D'OFFICIER TOUT EN PRÉPARANT LEUR BREVET UNIVERSITAIRE Les jeunes gens de seize à vingt et un ans peuvent maintenant obtenir un brevet d officier dans la Marine, l'Armée ou l'Aviation du Canada, en vertu du Programme d instruction pour la formation d'officiers des forces régulières, tout en préparant leur brevet universitaire.Il leur est possible d'être choisis pour entrer au Collège Militaire Royal du Canada à Kingston (Ont.), au Royal-Roads à Victoria (C.-B.), au Collège Militaire Royal de Saint-Jean à Saint-Jean (Qué.), ou à certaines universités.En vertu de ce programme d'instruction, les étudiants touchent une généreuse aide financière de l'Etat pour tout le temps de leur cours académique.Les jeunes gens qui se prévalent des avantages de ce programme doivent, une fois pourvus de leur brevet d'officier, servir au moins trois ans comme officiers dans l'arme de l'Active qu'ils ont choisie.L'immatriculation junior ou l'équivalent est nécessaire pour être admis au Collège Militaire Royal de Saint-Iean; les élèves des collèges classiques doivent, toutefois, avoir terminé leux rhétorique.Pour les autres collèges, il faut l'immatriculation senior.\u2022 Etre célibataire IL FAUT: \u2022 Etre en parfaite santé \u2022 Posséder les qualités exigées pour devenir officier \u2022 Etre citoyen canadien ou sujet britannique \u2022 Etre âgé de seize ans mais avoir moins de 20 ans au premier janvier 1953.Pour les autres collèges, avoir moins de 21 ans.AIDE FINANCIÈRE DE L\u2019ÉTAT L'Etat se charge du coût des manuels, des instruments, de l'enseignement et des autres frais nécessaires.Tout le temps du cours, la nourriture et le logement sont fournis gratuitement, ou on accorde une allocation de subsistance.Les étudiants toucheront $30 par mois la première année de leur cours, et ils devront épargner à même leur solde de l\u2019été l'argent dont ils auront besoin pour les frais accessoires des armées académiques subséquentes.Leur solde de l'été peut atteindre $680, à part la nourriture et le logement, qui sont fournis gratuitement.Les étudiants reçoivent aussi gratuitement les soins médicaux et dentaires, les uniformes et l'équipement requis pour leur instruction militaire, sans compter qu'ils ont droit à un congé payé chaque année.On est prié de faire sa demande d'admission avant le premier juillet 1953.DEMANDEZ DÈS AUJOURD'HUI VOTRE FORMULE D'ADMISSION FORMEZ-VOUS COMME OFFICIER DES SERVICES DE DÉFENSE DU CANADA Commission de sélection aux fins du programme d'instruction pour la formation d'officiers des forces régulières.Chambre 2020, Edifice \u201cB\", Quartier Général de la Défence Nationale, Ottawa, Ont.Veuillez svp m'envoyer des formules de demande d'admission et tous autres renseignements dont vous disposez sur le Programme d'instruction pour la formation d'officiers des forces régulières.NOM.ADRESSE.J'indique ci-dessous l'arme de mon choix: ?MARINE\t?ARMÉE\t?AVIATION UN BRAVE HOMME peut se passer d\u2019aïeux .mais une Maison d\u2019affaires doit avoir ses titres, ses références.Nos nombreux travaux en chauffage-plomberie pour hôpitaux, maisons d\u2019enseignement, institutions religieuses, établissements industriels et commerciaux constituent, peut-on dire, nos quartiers de noblesse.Prévalez-vous de l'expérience de nos techniciens et ouvriers spécialisés: ils allient théorie et pratique.PLOMBERIE CHAUFFAGE Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada MArqnette 4107 360 est, rue Rachel - Montréal g4diète BIEN qui achète chez MONTRÉAL \u2022 Une économie\t\u2022 Un régal Servez les délicieuses soupes HABITANT Aux pois - Aux légumes - Aux oignons DÉPOSEZ VOS ÉCONOMIES À LA Banque D\u2019Épargne DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL IL Y A UNE SUCCURSALE DANS VOTRE VOISINAGE Pour être bon coopérateur, il ne suffit pas d\u2019avoir dans sa tête une magnifique synthèse des connaissances économiques, en même temps que toutes les recettes de la technique coopérative.Il faut également posséder dans son coeur une sincérité indéfectible, un profond sentiment de la solidarité humaine et par-dessus tout la vraie charité, celle qui vous fait vouloir efficacement le bien de vos frères, cette charité qui est la plus sublime application du chacun pour tous et du tous pour chacun.LA COOPÉRATIVE FÉDÉRÉE DE QUÉBEC \u201c (Relation* \u201d cou* plait, patlez-en à vo* ami* IMPRIMERIE MESSAGER, MONTREAL "]
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