Relations, 1 juin 1952, Juin
[" IL LEUR FAUDRAIT PLUS D\u2019ARGENT Albert PLANTE LE PRÉTEXTE DE « L\u2019ART » Marie-Joseph d* ANJOU CONTEMPLATIFS AMÉRICAINS Luigi d\u2019APOLLONIA À QUOI SERVENT NOS COMPTES NATIONAUX ?Émile BOUVIER Le communisme en Chine « L'Honneur de Dieu » chez les Compagnons REVUE DU MOIS SOMMAIRE JUIN 1952 Éditoriaux.141 La coordination de l\u2019enseignement.\u2014 Les écoles de la Colombie.\u2014 Radio-Canada.\u2014 Le IIIe Congrès de la langue française.Articles CONTEMPLATIFS AMÉRICAINS .Luigi\td\u2019Apollonia\t143 IL LEUR FAUDRAIT PLUS D\u2019ARGENT .Albert Plante 146 LE PRÉTEXTE DE « L\u2019ART ».Marie-Joseph\td\u2019Anjou\t149 LE COMMUNISME EN CHINE.Jean-Paul Dallaire\t153 Commentaires.154 Les femmes et la cité.\u2014 « Le conformisme du scandale ».\u2014 L\u2019urbanisme dans le Québec.Au fil du mois.156 La grève chez Dupuis.\u2014 Pas de nettoyage.\u2014 Soirée des Néo-Canadiens.\u2014 Au Congrès de Québec.\u2014 Guerre bactériologique.Articles A QUOI SERVENT NOS COMPTES NATIONAUX?.Émile Bouvier 158 « L\u2019HONNEUR DE DIEU » CHEZ LES COMPAGNONS.Pierre Angers 161 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 162 Les livres .165 Traqués par Dieu.Irénée Beaubien Our Bishops Speak.!\t.Penser chrétiennement notre temps J Lmgl D Apollonia La vocation religieuse.Foi chrétienne et Pensée contemporaine .Sagesse chinoise et Philosophie chrétienne.Qui est Jeannette ?.\" Jean-Paul Dallaire Pour ou contre les Écoles de bonheur ?Alexandre Dugré Initiation à Véconomie sociale .Robert-J.Ballon Initiation à la médecine sociale .Émile Bouvier The Poor Man's Prayer.Richard Arès Persuader par la parole .Joseph-P.Archambault Aventure autour du monde .Paul-Émile Racicot « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c'est désir de mieux exprimer l'ampleur de notre dessein : contribuer à l'équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l'opinion mondiale, en autant qu'ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s'inspirant de la doctrine authentique de V Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l'action sociale de ses amis pour que la a.paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs : Joseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Richard Arès, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019Anjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.50 $3.00 par année\tPour les étudiants : $2.50 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tel.: VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIIe année, N° 138 Montréal Juin 1952 EDITORIAUX oQa cootdination de l enseignement ON PARLE beaucoup de la coordination de l\u2019enseignement dans la province de Québec.C\u2019est heureux, à cause de l\u2019importance du sujet, à cause aussi de l\u2019intérêt pour les choses de l\u2019esprit que manifestent les discussions et les prises de positions.Cet enthousiasme doit persister.Voici des points qu\u2019il nous paraît essentiel de ne pas oublier si l\u2019on veut en arriver à une solution qui tienne compte de tous les aspects d\u2019une question extrêmement complexe.1.\tSonger à coordonner est bien; mais il importe autant de perfectionner chacun des degrés actuels.Est-ce vrai, par exemple, que les élèves sortent actuellement du primaire moins forts qu\u2019autrefois en français, en analyse grammaticale et logique ?Le primaire supérieur n\u2019a-t-il pas trop d\u2019activités extérieures, au détriment d\u2019une formation en profondeur ?Le cours classique n\u2019a-t-il pas tendance, \u2014 il n\u2019est pas le principal responsable, \u2014 sous la pression des exigences de la préparation au baccalauréat, à se laisser envahir par des préoccupations plus utilitaires qu\u2019humanistes ?2.\tIl faut ouvrir le plus largement possible à la jeunesse de toutes les classes les avenues du savoir.Ces avenues sont multiples.3.\tIl est légitime de songer à des structures nouvelles pour mieux satisfaire des besoins nouveaux.Nous songeons ici, en particulier, au « baccalauréat latin-sciences » dont la création paraît opportune.4.\tIl nous semble capital que chaque structure forme un tout complet, couronné par son brevet particulier.Ce serait s\u2019engager dans une voie dangereuse que d\u2019organiser un système permettant le passage habituel d\u2019une structure à l\u2019autre.5.\tLes frais de scolarité ne devraient être un obstacle pour personne, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019une ou de l\u2019autre structure.De par son rôle supplétif, l\u2019État provincial devrait aider financièrement les institutions privées, sans nuire à leur liberté.jÇeâ école à de la Colombie TES ÉVÉNEMENTS qui se déroulent en Colombie ¦*-' canadienne au sujet des écoles catholiques sont attristants.L\u2019une des consolations qui restent aux catholiques, c\u2019est que les mêmes arguments apportés par leurs adversaires l\u2019ont été en vain, au siècle dernier, dans la province d\u2019Ontario, où l\u2019on est arrivé à une reconnaissance progressive des écoles élémentaires confessionnelles.On objecte que reconnaître officiellement les écoles catholiques, ce serait mettre en danger le système scolaire dit public: « Les privilèges accordés à une confession religieuse ne sauraient être équitablement niés aux autres; le système des écoles publiques en serait complètement bouleversé.» (Déclaration du parti C.C.F.) L\u2019objection est facile à réfuter.L\u2019histoire enseigne que les différentes confessions protestantes, qui s\u2019accommodent sans difficultés d\u2019un enseignement religieux réduit à un dénominateur commun, ne se mettront pas en frais de demander au gouvernement de la Colombie autant d\u2019espèces d\u2019écoles séparées qu\u2019il y a de sectes.Les catholiques insistent pour avoir leurs écoles parce qu\u2019ils savent que seules elles peuvent procurer à leurs enfants la formation religieuse et morale exigée par leur credo.On objecte encore ce qu\u2019on objectait il y a cent ans en Ontario, à savoir que les écoles séparées sont une source de division.« Nous pensons que séparer nos enfants, particulièrement durant leurs années de formation, c\u2019est diviser plutôt qu\u2019unir.» (M.Pitt Clayton, candidat progressiste-conservateur dans la circonscription d\u2019Alberni.) M.Clayton oublie que des citoyens d\u2019un même pays peuvent s\u2019aimer, même s\u2019ils ne font pas leurs études ensemble; l\u2019amour chrétien est le plus sûr moyen d\u2019édifier une véritable démocratie.M.W.J.Straith, ministre de l\u2019Éducation, a fait le même oubli que M.Clayton, puisqu\u2019il approuvait récemment « chaque mot » de cette déclaration de M.Conant, président de l\u2019Université Harvard : « Un double sys- JUIN 1952 141 tème d\u2019instruction pourrait menacer l\u2019unité démocratique du système d\u2019écoles publiques.» Don't be afraid, Dr.Conant! a rétorqué le P.Robert C.Hartnett, directeur d'America, dans le numéro du 3 mai dernier.« La liberté éducationnelle n\u2019est pas une menace.» Exigée par le droit naturel, elle est une des plus riches manifestations des vertus de justice et de charité.Les catholiques de la Colombie peuvent espérer.Les catholiques ont connu ailleurs pareille épreuve.Le temps et la Providence ont finalement travaillé pour eux.(f^aclio- Canada HEUREUSE NOUVELLE! Le 16 mai, à la sortie d\u2019une session de deux jours, tenue à Québec, M.A.Davidson Dunton, président du Bureau des gouverneurs, annonça la création par la Société Radio-Canada d\u2019un réseau français pour l\u2019Ouest.Œuvre d\u2019une magnifique entraide nationale, Radio-Ouest-Française, qui comprendra bientôt quatre postes (Saint-Boniface, Edmonton, Gravelbourg, Saskatoon), a donc porté ses fruits.Un des premiers fut de préparer les Canadiens de langue anglaise au fait français qu\u2019ils ont trop facilement la tentation de réserver, comme un privilège, à la seule province de Québec.Il ne faut pas se lasser de le répéter: si le Canada français, par son histoire et sa démographie, trouve son point d\u2019appui dans la province de Québec, il s\u2019étend en fait, tout comme le Canada anglais, a mari usque ad mare, d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.C\u2019est le sens de la Confédération.Des changements ont aussi eu lieu au Service international de la Société.Le directeur de la section de l\u2019Est de l\u2019Europe, qui avait déjà au moins permis à M.J.Hronek, chef de la Radio communiste tchèque, de parler sur nos ondes, n\u2019aura plus charge que de la section tchèque, tandis que M.Erich Koch, chef de la section allemande et italienne, bien qu\u2019il ne sût pas un traître mot d\u2019italien, ne dirigera dorénavant que la seule section allemande.Les uns voient là un commencement d\u2019épuration; les autres, une réorganisation du service européen.Les deux explications peuvent se compléter.Signes des temps Trois conseils 1° Selon la parole antique (Audentes fortuna juvat, ainsi chantait Virgile; « Aide-toi, le ciel t\u2019aidera », ainsi parle la confiance chrétienne), efforcez-vous d\u2019étendre toujours plus votre organisation et surtout de gagner la jeunesse rurale.Montrez à ces jeunes un affectueux intérêt.Êduquez-les et préparez-les par des cours spéciaux à leurs devoirs de cultivateurs; formez-les h de plus larges et plus hautes vues spirituelles et sociales; alors ils prendront à cœur votre organisation.2° En deuxième lieu, n\u2019oubliez pas que la base solide de l\u2019économie et du bien-être des membres de votre Confédération est la famille.Voilà la source de votre vigueur physique et morale, le secret de votre influence et de votre importance dans l\u2019État et dans la politique.Votre organisation et la famille vont du même pas; la décadence de l\u2019une entraînerait celle de l\u2019autre.Le programme du Service international ne comporte pas encore d\u2019émission pour la Hongrie, alors que la Norvège et la Suède, de ce côté-ci du rideau de fer, sont abondamment servis.Les Hongrois, a-t-on dit à plusieurs reprises, comprennent le tchèque.C\u2019est pousser très loin la culture linguistique des Hongrois.Mais même sfils comprenaient le tchèque, on peut être sûr qu\u2019ils n\u2019aiment pas être servis en cette langue.Le jour peut venir où le Service international de Radio-Canada sera notre unique moyen de communication avec l\u2019Europe.C\u2019est un service important.Il ne faut là que des gens à qui l\u2019on peut complètement se fier.aÇe IIIe Concftèâ de la oÇangue {jtançaiâe AU COURS du mois de juin, du 18 au 24, se tiendra, AA principalement à Québec, le IIIe Congrès de la Langue française.Pour aider à comprendre et à apprécier la portée d\u2019un tel événement, il est bon d\u2019en connaître les buts.Les voici tels qu\u2019énoncés par les organisateurs du Congrès: 1° resserrer les liens qui unissent nos compatriotes de l\u2019Atlantique au Pacifique, du pôle Nord au golfe du Mexique; 2° affirmer la solidarité des pays de culture française au moment où cette culture est gravement menacée; 3° proclamer de façon éclatante l\u2019existence du fait français non seulement dans le Québec, mais dans l\u2019ensemble du Canada et une bonne partie des États-Unis; 4° avoir une vue d\u2019ensemble de la situation de notre race au Canada et aux États-Unis, étudier certains problèmes plus urgents; 5° afin d\u2019apporter une solution immédiate à ces problèmes, préparer une action concertée de nos sociétés patriotiques.Relations souhaite à cette réunion un succès éclatant; nous faisons nôtre ce vœu du cardinal Villeneuve, lors du IIe Congrès, en 1937: « Le Congrès devra être moins une splendide manifestation à Québec qu\u2019un grand courant d\u2019enthousiasme et d\u2019amour patriotique, capable de traverser nos âmes en même temps que notre pays.Il devra être un geste de vie.» Dans le domaine national, comme dans le domaine religieux, l\u2019heure est à la vie, l\u2019heure est à l\u2019action.aux cultivateurs 3° Enfin, pensez à Dieu, aimez Dieu.Personne ne peut rien sans lui.Personne ne doit l\u2019oublier, et l\u2019agriculteur moins que tout autre.Tous les jours il fait l\u2019expérience de son incapacité « à faire la pluie et le beau temps ».Même les plus merveilleux progrès techniques ne servent à rien, si Dieu dans sa grâce et sa miséricorde ne donne la croissance et la réussite (cf.I Cor., ni, 6).Qu\u2019il le veuille ou non, l\u2019homme de la campagne sent continuellement l\u2019action souveraine de Dieu.11 doit reconnaître que le Seigneur dans sa bonté « fait lever son soleil sur les mauvais et les bons, et pleuvoir sur les justes et les injustes » (Matt h., v, 45).(Extrait d\u2019une allocution de S.S.Pie XII à la Confédération nationale des cultivateurs italiens.Voir la Documentation Catholique, 23 mars 1952, col.373.) 142 RELATIONS CONTEMPLATIFS AMÉRICAINS Luigi d'APOLLONIA, S.J.DES CONTEMPLATIFS américains, pas possible! Pour beaucoup, ces termes sont incompatibles.Le bruit peut-il enfanter le silence, et le mouvement, la solitude ?Que les Américains catholiques aient fait chez eux, en ces dix dernières années, plus d\u2019un million de conversions, qu\u2019ils aient doublé le nombre de leurs missionnaires en terres étrangères, qu\u2019ils aient mis sur pied, malgré l\u2019injustice d\u2019une double taxe, un système d\u2019écoles primaires, secondaires, universitaires, \u2014 acte de foi splendide ! \u2014 cela s\u2019explique puisqu\u2019il s\u2019agit de jeunesse, de conquête, d\u2019adaptation, de techniques modernes, d\u2019insistance sur les vertus actives, bref, diront les pessimistes, d\u2019un danger toujours latent chez eux, l\u2019effusion à l\u2019extérieur, \u2014 effusio ad exteriora, \u2014 contre quoi les auteurs spirituels ne cessent de mettre en garde l\u2019âme apostolique et qui a précisément pour nom moderne l\u2019américanisme.« L\u2019Église américaine est une puissance organisée selon les techniques les plus modernes, pouvait-on lire dans le grand hebdomadaire catholique de Paris, Témoignage chrétien (16 mars 1951),.Église plus proche, par son sens rétrograde, de l\u2019Église canadienne que de l\u2019Église de France.» Et un prêtre de Rome, au vocabulaire facile et aux idées toutes faites, rentre en son pays après avoir visité New-York, Babel sur l\u2019Hudson.Il sait à quoi s\u2019en tenir et n\u2019a plus rien à apprendre.« Ce qui caractérise aussi les religieuses américaines, c\u2019est une désinvolture spontanée.Je ne pense pas qu\u2019il y ait en Amérique des monastères de religieuses contemplatives, adonnées à la seule prière.Non, il ne se rencontre pas de ces Sœurs en Amérique.Elles sont toutes des actives.» Pourquoi faut-il que des catholiques s\u2019ignorent à ce point?Deux pas, et ce visiteur aurait pu se trouver soudain loin du bruit et de la foule et de la fournaise des trottoirs, à l\u2019ombre fraîche d\u2019un de ces cloîtres où s\u2019élèvent, nuit et jour, dans le silence, les gémissements des colombes et les chants de l\u2019office divin.C\u2019est un fait: la vie contemplative connaît actuellement aux États-Unis une effloraison comme nulle part ailleurs.Soyons clair.Il s\u2019agit ici de contemplatives (et de contemplatifs) au sens le plus strict du mot.Elles ne quêtent, ni n\u2019enseignent, ni ne prennent soin des malades.Ce sont celles qui versent sur la tête du Sauveur des parfums d\u2019un très grand prix.* Les Visitandines comptent vingt et un monastères; cinq sont strictement contemplatifs; les autres, comme leur première maison à Georgetown (1799), ont dû accepter l\u2019enseignement pour des raisons décrites, cent cinquante ans plus tard, dans la constitution apostolique Sponsa Christi, Épouse du Christ (21 nov.1950).Alors que les monastères européens doivent se plier à « la diversité et l\u2019évolution des circonstances et des choses » et mitiger, pour le plus grand bien des âmes, « certaines des lois classiques de la clôture pontificale », voici que les monastères américains, avec vœux solennels, récitation de l\u2019office divin, clôture papale majeure, se multiplient chaque année.Plusieurs monastères de la Visitation rêvent au jour où ils pourront suivre l\u2019exemple des monastères de Wilmington (Delaware), de Riverdale-sur-l\u2019Hudson (N.-Y.), de Bethesda (Maryland), de Richmond (Virginie).Les Dominicaines du second ordre comptent vingt et une maisons: elles y récitent le rosaire perpétuel ou adorent, nuit et jour, le Saint Sacrement exposé.Les Trappistines viennent d\u2019ouvrir à Wrentham, dans le sud-est du Massachusetts, leur première maison, semblable, dans sa robe blanche aux lignes sobres et nouvelles, à une jeune épousée.Le monastère déborde.Et malgré le triage sévère, la liste des demandes augmente sans cesse.Les Clarisses comptent vingt monastères.Leur fondation est un vrai roman comme seules savent en écrire des religieuses cloîtrées.Il y avait une fois deux moniales clarisses.Elles étaient sœurs par le sang, de la noble famille romaine des Bentivoglio.L\u2019une, Maria Costanza, était sanguine, optimiste, impatiente et têtue; l\u2019autre, Maria Maddalena, calme, intrépide, ferme et douce à la fois, très mortifiée et très intérieure.Chassées de Rome par la persécution de 1875, elles vinrent ensemble en Amérique.Maria Maddalena était la supérieure.Tâche pénible.Aujourd\u2019hui, sa cause de béatification est introduite; celle de Maria Costanza ne l\u2019est pas.Maria Maddalena y dut mettre le prix.En butte aux sautes d\u2019humeur de sa sœur et aux calomnies des étrangers, Maria Maddalena, fatiguée, prenait un peu de vin pour son estomac.On la fit passer pour ivrognesse.Elle fut déposée par son évêque, et son couvent mis sous l\u2019interdit.La religieuse qui l\u2019accusait était folle, mais, comme il arrive, on se fiait à elle.On se croirait dans le haut moyen âge.Or, il n\u2019y a de cela qu\u2019un peu plus de cinquante ans.Fondé dans les larmes, les oppositions, les dissensions, les périls au dedans, les périls au dehors, interdit même, le premier monastère, celui d\u2019Omaha, a déjà donné cinq autres maisons au Seigneur, dont l\u2019une, celle de Boston, a essaimé à son tour trois fois.Dans tous ces monastères abondent les vocations.Ce ne sont plus des princesses qui se présentent avec des dots somptueuses, mais des infirmières, des institutrices, des sténos, des mannequins, des pilotes d\u2019avion, filles authentiques de cette Amérique à qui l\u2019on veut JUIN 1952 143 bien reconnaître la puissance matérielle et le génie pratique, \u2014 vous savez, les gratte-ciel trois fois hauts comme le Niagara, les escaliers roulants, le pain tranché d\u2019avance, \u2014 mais non une certaine hauteur de l\u2019âme ni le goût de Dieu.Il est impossible de tout dire.Il faut cependant s\u2019arrêter un moment à l\u2019histoire des Carmélites, la communauté contemplative la plus répandue aux États-Unis.Le Carmel américain naît avec la République.C\u2019est en 1790 que trois jeunes Américaines et une Anglaise du Carmel anglais en exil à Hoogstraet (Belgique) mettent à la voile pour le Maryland, accompagnées des Jésuites C.Neale et Robert Plunkett, premier recteur de l\u2019historique collège de Georgetown.Elles viennent à la demande de John Carroll, l\u2019évêque de Baltimore, diocèse qui comprend tous les États-Unis.Il veut leurs prières afin que « les fidèles puissent augmenter en nombre et en piété, et les pasteurs en zèle, en connaissance utile et en véritable prudence chrétienne ».Elles s\u2019établissent à Port-au-Tabac, près du delta de la rivière Potomac.Leur dot comprend des esclaves noirs, seuls tâcherons admis à cette époque sur les plantations, même celle des Jésuites.A part les monastères mexicains réfugiés aux États-Unis, tous les Carmels se rattachent à cette maison blanche, devenue lieu de pèlerinage où, trois fois par an, se réunissent les Restorers of Mount Carmel in Maryland.Très lente d\u2019abord, la croissance du Carmel a prospéré admirablement depuis cinquante ans.C\u2019est qu\u2019il y a cinquante ans, mourait à Lisieux une jeune carmélite de vingt-quatre ans: grain de blé enseveli dans un coin de Normandie.C\u2019est en Amérique que la Providence va faire lever la moisson.Le Carmel de Port-au-Tabac, en butte aux persécutions, se réfugie à Baltimore, le jour même de la naissance de Thérèse Martin.Elles sont vingt-quatre, le nombre d\u2019or au Carmel.La première messe à Boston, quatrième des fondations, est chantée le 8 septembre 1890, le jour même où Thérèse commence sa retraite de profession, retraite de si grande aridité.« Bien loin d\u2019être consolée, l\u2019aridité la plus absolue, presque l\u2019abandon, feront mon partage.Mes ténèbres devinrent si épaisses que je ne compris plus qu\u2019une seule chose: n\u2019ayant pas la vocation religieuse, je devais retourner dans le monde.» Tous les monastères américains, sauf un, celui de Saint-Louis (1863), datent d\u2019après la naissance de la sainte; deux seulement, celui de la Nouvelle-Orléans (1877) et celui de Boston (1890), furent fondés pendant sa vie; tous les autres, après sa mort.Bref, dans les cent sept premières années du Carmel aux États-Unis, quatre fondations seulement; depuis la mort de la petite Thérèse, trente-six.« Après ma mort, je ferai pleuvoir une pluie de roses.» Elle tenait sa promesse.On peut sourire, si l\u2019on veut, et chercher d\u2019autres explications.Coïncidence, diront les sceptiques; accords délicats de la Providence, affirmerons-nous.Il existe au Carmel une coutume centenaire.Chaque année, en la fête de l\u2019Épiphanie, les moniales tirent au hasard le nom d\u2019un pays pour lequel elles prieront avec ferveur.En 1897, l\u2019année de sa mort, les États-Unis étaient échus à la petite Thérèse.La fécondité de sa prière et de sa mort se continue.Depuis 1944, il se fonde en moyenne un monastère carmélite par an.Croit-on que les Américains permettent toutes sortes d\u2019adoucissements à la règle?Il n\u2019en est rien.Le jansénisme est évacué; la pénitence y est ordonnée vers la contemplation, et la contemplation vers l\u2019amour (« Ma vocation est d\u2019aimer.» disait la petite Thérèse) ; mais la règle y est observée dans toute sa pureté et toute sa rigueur.Carmélites de Baltimore, Clarisses de Philadelphie, monastères de briques rouges au style vaguement colonial, noyés dans ces quartiers où pullulent aujourd\u2019hui les fils des esclaves, ces Noirs de toutes teintes, du café crème à l\u2019anthracite, j\u2019ai vu votre pauvreté; vieilles chaises qui pourraient dater des jours de Port-au-Tabac, vieux bancs, vieux volets, clenches de bois.Une affiche avertit le visiteur: « Tirez la corde pour sonner la cloche.» Et au-dessus, ces mots d\u2019Isaïe: « La justice habitera le Carmel.Et le produit de la justice sera la paix.» En 1929, après sa visite canonique, le supérieur général des Carmes, le Père Guillaume de Saint-Albert, dut avertir les monastères, par lettre circulaire, de mitiger « leur jeûne sévère et les autres observances rigides que vous pratiquez \u2014 et avez toujours pratiqués \u2014 d\u2019une façon même scrupuleuse ».Le général actuel, le Père Silverio, un Espagnol, écrivait à ses Carmélites américaines, au lendemain de sa visite de 1948: « Jusqu\u2019ici, j\u2019avais été en relations cordiales avec les Carmels des États-Unis et je savais leur ferveur;.mais je dois avouer que ce que j\u2019ai vu dépasse toute mon attente.Dieu soit béni pour les filles américaines de sainte Thérèse! Je vous tiens ce langage, mes chères Sœurs, non pour vous flatter, ce qui serait indigne du fils d\u2019une telle mère, mais pour rendre témoignage à la vérité.» Les Sœurs ne s\u2019en font pas pour autant.« Le général est très content de nous », me disait une prieure, qui ajoutait immédiatement avec un fin sourire: « Du moins, c\u2019est ce qu\u2019il dit! » * Un chapitre de l\u2019histoire de la vie contemplative aux États-Unis, plus étonnant encore que celui des Carmels, est celui des Trappes américaines.On n\u2019a rien vu de semblable dans l\u2019ordre depuis saint Bernard.Fondé au xne siècle, comme un retour à l\u2019observance intégrale de la règle de saint Benoît, l\u2019ordre des Cisterciens allait devenir, sous saint Bernard, le plus grand des ordres contemplatifs du moyen âge.Quand Dante cherchera un guide pour le conduire au paradis, c\u2019est saint Bernard qu\u2019il choisira.Le moyen âge ne connais- 144 RELATIONS sait pas de maître plus grand dans la science de l\u2019amour de Dieu.Mais à mesure que l\u2019ordre s\u2019agrandit et que les monastères acquièrent de plus vastes propriétés terriennes, la flamme de la contemplation baisse.Au xvir siècle, un réformateur se lève.Il a nom Armand de Rancé.Il était abbé de la Grande Trappe.Sévère, pénitent, ardent, actif, jansénisant, il croit que le travail, l\u2019effort, la pénitence, les humiliations doivent primer dans les cloîtres.C\u2019est un anti-intellectuel; le mépris de la théologie fait partie de son détachement; même la lecture spirituelle doit tourner en pénitence.La vie cistercienne se change en une sorte de performance ascétique.On y dépouille le vieil homme, mais on y oublie de revêtir le Christ.Cette réforme porte à faux, mais c\u2019est de son esprit que relèvent les premières Trappes américaines.Aussi les vocations y sont-elles rares.Pendant les trente premières années, il n\u2019y a que huit Américains à faire l\u2019essai de cette vie.Tous quittent la partie.Il est donc vrai, comme on dit en Europe, que les Américains ne sont pas faits pour la vie contemplative.La vraie réforme ne doit venir que plus tard (1892), quand les abbés des quatre congrégations se réuniront en un seul ordre, et qu\u2019un moine extraordinaire, Dom Vital Lehodey, retournera aux vraies sources de la vie cistercienne avec le Directoire spirituel des Cisterciens réformés.Alors les eaux de la contemplation couleront de nouveau, silencieuses et profondes, au milieu des cloîtres, même américains.Gethsémani, avec sa flèche d\u2019argent qui dresse une croix dans le ciel bleu du Kentucky, est la plus ancienne (1848) et la plus connue des abbayes américaines, grâce surtout à un écrivain spirituel de rare qualité, Thomas Merton.Sous la gouverne d\u2019un Alsacien, Dom Edmond Obrecht, Gethsémani avait été un des monastères les plus austères de l\u2019ordre.Seul le climat pouvait légitimer un adoucissement aux observances millénaires.Sous Dom Frédéric Dunne, le premier Américain à devenir abbé, le climat ne légitimera plus rien, sinon le plus pur esprit de la règle.Petit à petit, il retranche au repos de la nuit; il fait enlever du menu de Pâques les œufs au miroir; il impose le pain bis.Ni vin ni cidre au repas.Et comme certains vieux moines pensent qu\u2019ils ne peuvent vivre sans priser, Dom Frédéric leur demande d\u2019en faire la preuve ascétique.Mais Dom Frédéric n\u2019a rien d\u2019un Rancé; la pénitence ne prime jamais la contemplation, ni la rigueur, l\u2019amour.Et les vocations affluent.Et les murs du monastère commencent à craquer.Le jour vient que les Européens ont cru impossible: une Trappe américaine fonde une autre Trappe.C\u2019est la guerre.Impossible de communiquer soit avec Rome, soit avec le chapitre général de Cîteaux.Pourtant, il faut ou essaimer ou demander au Saint Esprit de vouloir bien travailler au ralenti.La délégation apostolique, consultée, croit qu\u2019il vaut mieux essaimer.Dom Frédéric choisit le pays d\u2019où il est originaire, la Géorgie, terre de soleil, terre protestante.A Conyers (1944), où les Trappistes vont occuper une ferme, il n\u2019y a qu\u2019une seule famille catholique.Que peuvent penser les protestants de ces hommes étranges, vêtus d\u2019un sac, capuchon sur la tête, vivant et dormant et chantant des hymnes en latin dans une grange ?Et puis, n\u2019ont-ils pas acheté cette propriété d\u2019un vendeur d\u2019eau-de-vie?Le journal d\u2019Atlanta, Constitution, consacre un éditorial très sympathique aux moines, qui se termine par ce souhait: « Ils espèrent ne pas être molestés.» Des enquêteurs officiels viennent.Ils ne trouvent pas les prisonniers que la fantaisie populaire dit enfermés dans le fenil.Les moines hissent le drapeau étoilé pour bien montrer qu\u2019ils sont des Américains.Et ils continuent à chanter les louanges de Dieu et à célébrer la messe dans la grange, près des animaux qui piaffent \u2014 comme la tradition l\u2019a voulu à Bethléhem.De grand matin, avant que le soleil ne plombe, on travaille à cultiver la terre et à bâtir le monastère.Il faut terminer avant l\u2019hiver.Mais déjà, à Gethsémani, les places vides sont comblées, et les postulants ne cessent d\u2019arriver.et de persévérer.On ne peut suffire à copier les antiphonaires.Une autre fondation s\u2019impose.Cette fois-ci, Gethsémani envoie ses fils à l\u2019autre bout du pays, dans l\u2019Utah (1947).Dans cette vallée, un mille de large, à un mille au-dessus du niveau de la mer, le silence de la montagne ressemble à l\u2019aube de la création.Il crie vers le ciel la gloire du Créateur.Paysage cistercien.Transformer cette vallée en une terre fertile va exiger un travail de géant.La luzerne pousse dru dans la vallée; mais des moines, fussent-ils strictement végétariens, ne peuvent vivre de luzerne.Pas un seul bâtiment.A Conyers, on s\u2019est installé dans une grange; ici, on s\u2019installera dans des huttes de soldats.La vie religieuse n\u2019a pas été interrompue une seule journée.Comme les moines de Notre-Dame-du-Saint-Esprit de Conyers, ceux de Notre-Dame-de-la-Trinité, en voyage, ont transformé le wagon de leur train en cloître et modulé leurs psaumes au cliquetis des rails.Pendant ce temps, Notre-Dame-de-la-Vallée, fondation américaine par voie de la Nouvelle-Écosse, a acheté au Nouveau-Mexique un ranch des plus chics pour touristes blasés, à quelque vingt milles de Santa-Fe.Salleà manger pour trois cents hôtes, salle de billard, bar bien stocké de boissons et de cigares.Le papier porte l\u2019en-tête Valley Ranch \u2014- The Finest Playground in America.Les moines américains vont montrer aux persécuteurs des trappistes chinois et yougoslaves comment on s\u2019y prend pour liquider une institution capitaliste.Les cloisons sautent.Voici un cloître, une chapelle, un réfectoire, un chapitre, une bibliothèque, un dortoir.Et les neumes de complies (ou de matines) donnent une ultime absoute aux pâmoisons des chanteuses de blues.C\u2019est là un symbole.Aussi longtemps qu\u2019un peuple pourra changer un Valley Ranch en monastère de JUIN 1952 145 Notre-Dame-de-la-Guadeloupe, il y a espérance pour l\u2019homme.Ces deux monastères devaient faire encore deux autres fondations, Gethsémani, à Moncks Corner (Caroline du Sud, 1949), et Notre-Dame-de-la-Vallée, à Berryville (Virginie, 1950), où la rivière Shenandoah coule entre les coteaux bleus.Et les deux préparent encore deux autres fondations, le premier dans le diocèse de Rochester, à Genesee, le second dans un diocèse encore inconnu, tandis que la Trappe de Notre-Dame-de-New-Melleray (Dubuque, Iowa), qui doit sa fondation à la Trappe irlandaise de Melleray et qui a failli à plusieurs reprises fermer ses portes par pénurie de vocations, vient de faire sa première fondation à Evans, dans le Missouri (1951), sur une belle ferme, don d\u2019un protestant.Ce sera Notre-Dame-de-l\u2019Assomption.Comment clore cet article sans dire un mot du Père Thomas Verner Moore, médecin, prêtre, prieur d\u2019un monastère bénédictin, directeur de l\u2019école psychiatrique de l\u2019Université catholique de Washington, devenu novice charteux à l\u2019âge de soixante-dix ans.Son rêve LES ÉCOLES SÉPARÉES D\u2019ONTARIO \u2014 VIII vient de se réaliser : on a ouvert récemment un monastère rattaché à la Grande Chartreuse de France.Le dernier essai d\u2019une fondation de Chartreux en Amérique eut lieu au Mexique, au XVIe siècle.Échec.La nouvelle fondation à Whittingham, dans le Vermont, s\u2019appelle Sky Farm, Ferme du ciel.Environ deux cent cinquante candidats ont demandé d\u2019y venir, m\u2019assure le P.H.Pawsey, leur supérieur; trois novices sont en Europe, sept autres iront bientôt les rejoindre.* Car le peuple le plus actif de la terre, celui qui produit plus de pétrole, plus d\u2019acier, plus de charbon \u2014 et de bombes atomiques \u2014 que tout autre pays, et détient à lui seul la moitié du potentiel économique du monde, est travaillé, dans sa partie catholique du moins, par un désir intense de contemplation.Les Américains ont découvert la vie contemplative, le pain fort de la pénitence et les eaux vives de l\u2019oraison.Et c\u2019est de cette eau fraîche-là qu\u2019ils ont soif.¦\" \u2022 IL LEUR FAUDRAIT PLUS D'ARGENT Albert PLANTE, S.J.PARVENU AU TERME d\u2019une exploration qui nous a fait remonter à plus de cent ans en arrière et nous a conduit à travers l\u2019histoire complexe et agitée des écoles séparées, il est tout normal d\u2019exposer les réclamations actuelles des catholiques; elles concernent surtout le financement de leurs écoles et l\u2019enseignement secondaire.Il sera question, dans cet article, du problème financier.Illustrons ce problème par un exemple.Celui de la ville d\u2019Ottawa suffira, la situation étant substantiellement identique dans tous les milieux urbains, même si le degré d\u2019acuité varie selon les endroits.Les écoles séparées des petites localités n\u2019ont pas de difficultés financières, comme nous le verrons plus bas.Son Exc.Mgr Vachon avait désigné cette année le dimanche 20 avril comme le dimanche de l\u2019école catholique pour la ville d\u2019Ottawa.A cette occasion, il envoya une circulaire pleine de chiffres qui parlent par eux-mêmes.En 1951, la Commission des écoles publiques a dépensé $2,766,036.99 pour 12,532 élèves, soit une moyenne de $220.80 par enfant.Pour ses 11,731 élèves (c\u2019est le nombre de la présence moyenne, l\u2019inscription s\u2019étant élevée à 12,822), la Commission des écoles séparées a dépensé $1,226,324.30, une moyenne de $104.53 seulement par écolier, cela malgré un taux de taxation plus élevé.Il y a cinq causes à cette différence de taxation: 1° l\u2019évaluation des propriétés appartenant aux catholiques ne s\u2019élève qu\u2019à 17.8 pour cent de l\u2019évaluation totale, soit $42,690,952 sur $239,938,366; 2° les écoles séparées ne reçoivent qu\u2019une part minime des taxes des corporations, celles-ci ayant une évaluation de $57,904,063 au bénéfice des écoles publiques contre une évaluation de $1,192,697 \u2014 il s\u2019agit surtout de petites corporations appartenant à des catholiques \u2014 en faveur des écoles séparées; 3° les compagnies d\u2019utilité publique, qui ont une évaluation de $12,416,422, versent toutes leurs taxes aux écoles publiques; 4° même exclusivisme dans le cas des propriétés louées à la couronne par des particuliers, propriétés évaluées à $4,885,440; 5° en 1952, une valeur imposable de $7,987,423, soit 15.75 pour cent de l\u2019évaluation totale des propriétés catholiques, a profité aux écoles publiques; la Commission des écoles séparées d\u2019Ottawa a été ainsi privée d\u2019une somme de $166,947.14, qui lui aurait permis de baisser de $3.91 par $1,000 d\u2019évaluation le taux de la taxation qu\u2019on a dû élever cette année de $18.90 à $20.90.La négligence grave d\u2019un groupe de catholiques a fait perdre depuis dix-sept ans aux écoles séparées $1,642,880.23.Il est juste de noter que le pourcentage de l\u2019évaluation des propriétés catholiques détourné vers les écoles publiques n\u2019a pas augmenté depuis quelques années, et 146 RELATIONS qu\u2019il est en train de baisser, grâce à l\u2019action du Comité d\u2019éducation catholique dont les efforts patients ont ramené, l\u2019an passé, plus de $700,000 d\u2019évaluation aux écoles séparées.Notons aussi que beaucoup de ceux qui envoient leurs enfants aux écoles publiques méritent à peine le titre de catholiques.Une autre remarque, et très importante, s\u2019impose: même si tous les catholiques des milieux urbains payaient leurs taxes aux écoles séparées, celles-ci resteraient en face d\u2019un problème financier aigu.L\u2019amélioration de la situation dépend de deux facteurs: les octrois du gouvernement et les taxes des corporations.OCTROIS DU GOUVERNEMENT Le gouvernement verse un octroi aux commissions scolaires, tant séparées que publiques, d\u2019une façon différente selon que la population de la localité s\u2019étend de 2,500 à 200,000 âmes et plus, ou selon qu\u2019elle est inférieure à 2,500.Dans le premier cas, il donne seize dollars par élève \u2014 en tenant compte de la présence moyenne de l\u2019année précédente \u2014 et paye un pourcentage des dépenses approuvées par le ministère de l\u2019Éducation, ce pourcentage variant selon la population.Pour les localités ayant moins de 2,500 de population, ainsi que dans le cas des commissions qui administrent une vaste unité scolaire, il accorde seize dollars par élève et paye un pourcentage des dépenses approuvées, le pourcentage étant, cette fois, inversement proportionnel au montant de l\u2019évaluation par classe d\u2019élèves.Voici le détail du barème suivi dans les deux cas.TABLEAU I Population Pourcentage des dépenses Pas moins de 200,000.16% 100,000\tà\t199,000.17 50.000\tà\t99,999.20 40.000\tà\t49,999.21 30.000\tà\t39,999.22 20.000\tà\t29,999.23 10.000\tà\t19,999.24 9.000\tà\t9,999.25 8.000\tà\t8,999.26 7.000\tà\t7,999.27 6.000\tà\t6,999.28 5.000\tà\t5,999.29 4.500\tà\t4,999.30 4.000\tà\t4,499.33 3.500\tà\t3,999.36 3.000\tà\t3,499.38 2.500\tà\t2,999.40 TABLEAU II Pourcentage Evaluation par classe d\u2019élèves\tdes dépenses\t\t\t Au moins $125,000\t\t\t\t40% Au moins\t$120,000 mais\tmoins de $125,000\t42 » »\t$115,000 »\t» » $120,000\t44 » »\t$110,000 »\t»\t» $115,000\t46 » »\t$105,000 »\t» » $110,000\t48 » »\t$100,000 »\t»\t» $105,000\t50 » »\t$ 95,000 »\t» » $100,000\t52 » #\t$ 90,000 »\t»\t» $ 95,000\t54 » »\t$ 85,000 »\t»\t» $ 90,000\t56 » »\t$ 80,000 »\t»\t» $ 85,000\t58 \tÉvaluation par classe d\u2019élèves\t\t\t\t\tdes\tdépenses Au moins\t\t$ 75,000 mais moins de $ 80,000\t\t\t\t\t60 »\t»\t$ 70,000\t»\t»\t»\t$ 75,000\t62 »\t»\t$ 65,000\t»\t»\t»\t$ 70,000\t64 »\t»\t$ 60,000\t»\t»\t»\t$ 65,000\t66 »\t»\t$ 55,000\t»\t»\t»\t$ 60,000\t68 »\t»\t$ 50,000\t»\t»\t»\t$ 55,000\t70 »\t»\t$ 45,000\t»\t»\t»\t$ 50,000\t72 »\t»\t$ 40,000\t»\t»\t»\t$ 45,000\t74 »\t»\t$ 35,000\t»\t»\t»\t$ 40,000\t79 »\t»\t$ 30,000\t»\t»\t»\t$ 35,000\t84 »\t»\t$ 25,000\t»\t»\t»\t$ 30,000\t89 Moins de $ 25,000.\t\t\t\t\t\t\t92 Les localités du tableau n° 2 sont dans une situation plus avantageuse que les autres.Le gouvernement considère le montant global de l\u2019évaluation, divise ce montant par le nombre de classes et paye à la commission scolaire un pourcentage d\u2019autant plus élevé de ses dépenses que l\u2019évaluation par classe est plus petite.Cette évaluation par classe est-elle inférieure à $25,000, c\u2019est 92% qu\u2019il se trouve à payer, sans compter le montant de seize dollars par élève.(Dans aucun cas toutefois, il ne paye plus de 95% des dépenses.) On comprend pourquoi même les écoles séparées n\u2019ont aucun problème financier dans les localités où s\u2019applique le barème du tableau n° 2.Il n\u2019en va plus ainsi dans les autres localités, principalement dans les grandes villes, et pour deux raisons: d\u2019abord, parce que la part des dépenses payée par le gouvernement est, cette fois, inversement proportionnelle à la population totale; ensuite, parce que les écoles séparées, ayant une évaluation moins forte que les écoles publiques \u2014 fait normal, car la majorité est protestante et ordinairement plus riche \u2014 et bénéficiant très peu des taxes des corporations, ont un budget nécessairement plus bas que celui des écoles publiques.A Ottawa, qui entre dans la catégorie des villes de 100,000 à 199,000 âmes, la Commission des écoles séparées reçoit un octroi de $416,000 et la Commission des écoles publiques environ $100,000 de plus, pour approximativement le même nombre d\u2019élèves.Dans son mémoire à la Commission Hope, 1 \u2019Ontario Catholic Education Council, organisme qui comprend les archevêques d\u2019Ontario ainsi que des représentants de l\u2019Association canadienne-française d\u2019Éducation et de \\\u2019English Catholic Education Association, affirmait: « Tout plan d\u2019octroi, qui vise à donner des chances égales, manquera nécessairement ce but s\u2019il n\u2019est pas tenu compte du rapport entre la fréquentation scolaire et l\u2019évaluation.» C\u2019était demander l\u2019utilisation, dans toute la province, du barème décrit dans le tableau n° 2.TAXES DES CORPORATIONS Même avec le barème actuel d\u2019octrois, les écoles séparées des grandes villes verraient diminuer leurs difficultés financières si elles bénéficiaient, au même titre que les écoles publiques, de la taxe des corporations et des compagnies d\u2019utilité publique.Cette question, JUIN 1952 147 qui a causé d\u2019innombrables ennuis aux catholiques, n\u2019a pas fait un pas depuis 1886.La loi Scott de 1863 n\u2019eut rien d\u2019explicite sur les taxes des corporations.Ce manque de clarté n\u2019a rien qui doive trop surprendre, les corporations n\u2019ayant alors guère d\u2019importance dans la vie économique.En 1886, la Législature votait un amendement qui permettait aux directeurs de compagnies d\u2019assigner une partie de leurs taxes aux écoles séparées selon la proportion des actionnaires catholiques.L\u2019amendement fut inefficace.Les bureaux de direction ne prirent pas la peine de se renseigner sur la religion de leurs actionnaires; de plus, la loi ne les obligeait pas à se conformer à la volonté de ceux qui voulaient soutenir l\u2019école séparée; enfin, le développement des corporations devait rendre de plus en plus complexe la détermination de la proportion des actionnaires catholiques.Les catholiques ne pouvaient rester inertes devant une pareille situation.Les circonstances, principalement la faiblesse numérique de leur députation, ne leur permirent pas d\u2019action concertée avant 1909.1909, 1911, 1921, 1931, 1933, autant d\u2019années qui rappellent des démarches infructueuses auprès du gouvernement.L\u2019espoir des catholiques grandit en 1934, à l\u2019arrivée au pouvoir, avec une forte majorité, de M.Mitchell Hepburn, qui leur avait promis durant la campagne électorale le redressement de leurs griefs.Le 9 avril 1936, la Législature adoptait, par un vote de 65 à 20, un amendement qui restait un compromis.Les catholiques n\u2019obtenaient pas ce qu\u2019ils désiraient, à savoir une législation identique à celle de la province de Québec; les adversaires du projet, qui avaient mené une campagne d\u2019une extrême violence, trouvaient que l\u2019amendement était trop généreux.L\u2019amendement de 1886 ne concernait que les compagnies à capital-actions; celui de 1936 s\u2019étendait aux compagnies sans capital-actions.Contrairement à l\u2019ancienne législation, la nouvelle obligeait les directeurs à payer une partie des taxes aux écoles séparées, selon la proportion des actionnaires ou des sociétaires catholiques qui le demandaient, et d\u2019après le taux en vigueur pour les écoles séparées.Dans le cas des corporations incapables de déterminer le nombre de leurs actionnaires ou de leurs sociétaires catholiques, dans le cas également des corporations dont cinquante pour cent des actions appartenaient à une ou plusieurs compagnies dont le bureau chef était en dehors de la province d\u2019Ontario, les taxes scolaires étaient prélevées au taux des écoles publiques \u2014 inférieur à celui des écoles séparées \u2014 et divisées entre les écoles publiques et les écoles séparées au prorata du montant d\u2019évaluation des propriétés individuelles imposables au bénéfice des deux catégories d\u2019écoles.C\u2019est à cette disposition de l\u2019amendement qu\u2019en voulaient surtout les adversaires; d\u2019après eux, elle était ultra vires parce qu\u2019elle ne respectait pas l\u2019esprit fondamental de la législation scolaire ontarienne: les non-catholiques n\u2019ont pas à payer de taxes aux écoles catholiques, et les catholiques restent libres de payer leurs taxes à l\u2019école de leur choix.Notons que l\u2019amendement ne s\u2019appliquait pas aux compagnies d\u2019utilité publique.L\u2019expérience prouva vite que la nouvelle législation, tout en étant plus généreuse que celle de 1886, prêtait flanc, elle aussi, à d\u2019énormes difficultés pratiques.Le gouvernement l\u2019abrogea dès la session de 1937.Les taxes des corporations se trouvaient de nouveau régies par une législation vieillie qu\u2019une cause type célèbre allait bientôt mettre en vedette.La Compagnie Ford, de Windsor, avait décidé de verser dix-huit pour cent de ses taxes à la Commission des écoles séparées, ce pourcentage représentant, d\u2019après elle, la proportion des valeurs détenues par ses actionnaires catholiques.Un juge de comté donna gain de cause à la Commission des écoles publiques qui soutenait que cette estimation était arbitraire et que la compagnie ne pouvait en prouver l\u2019exactitude.La Cour d\u2019appel d\u2019Ontario renversa cette décision à l\u2019unanimité, en déclarant que la compagnie Ford avait établi de bonne foi la proportion de ses actionnaires catholiques et que la Commission des écoles publiques devait se charger du fardeau de la preuve.La Cour suprême du Canada maintint ce jugement; les corporations, affirma-t-elle, avaient le droit de partager leurs taxes entre les écoles publiques et les écoles séparées selon une estimation approximative.Fait malheureux et peu banal, le Conseil privé de Londres rejeta, en juillet 1941, ce double jugement.L\u2019amendement de 1886 se trouvait plus que jamais figé dans sa teneur anachronique, qui ne répond plus aucunement au formidable développement des corporations.Dans son livre, The Separate School Question in Canada, G.M.Weir, qui fut successivement principal de l\u2019École normale de Saskatoon, chef de la faculté de pédagogie de l\u2019Université de la Colombie canadienne et ministre de l\u2019Éducation de cette même province, ne peut s\u2019empêcher de constater combien la situation actuelle est anormale: « La Banner Province de la Confédération peut difficilement maintenir en vigueur un article qui constitue une tache disgracieuse dans une législation par ailleurs équitable dans son ensemble.» Ce jugement est d\u2019un protestant.La « tache disgracieuse » disparaîtrait aisément si la province d\u2019Ontario partageait les taxes des corporations comme la province de Québec.Cette législation parfaitement équitable remonte à plus de quatre-vingts ans.Dès 1864, les protestants avaient formé une association pour « promouvoir et protéger » leurs intérêts éducationnels.Voici un extrait, fort instructif, du compte rendu de l\u2019assemblée de fondation, tel que donné par le Lower Canada Journal of Education.La question des taxes payées par les compagnies incorporées présente de plus grandes difficultés.On ne peut dire que de telles compagnies appartiennent à une religion plutôt 148 RELATIONS qu\u2019à une autre, et il serait impossible de préciser la proportion des parts détenues par les protestants et les catholiques respectivement; la solution la plus facile et la plus équitable serait peut-être de diviser les taxes imposées aux compagnies ou aux corps publics entre les commissaires et les syndics, là où il y a des écoles dissidentes, selon la proportion suivie dans la distribution de l\u2019octroi du gouvernement.(Aux termes de la loi, le mot commissaire est réservé aux représentants de la majorité.) N\u2019étant plus gênée dans son action par une Législature dont beaucoup de représentants haut-canadiens compliquaient tragiquement toute discussion sur le problème scolaire des minorités religieuses, la province de Québec, fidèle à son passé de libéralité, adoptait, deux ans après la Confédération, une loi scolaire où était appliqué rigoureusement le principe de la confes-sionnalité.C\u2019est cette loi qui créa les deux comités, catholique et protestant, du Conseil de l\u2019Instruction publique, établi en 1856.C\u2019est elle aussi qui détermina les modalités du partage des taxes des corporations.La division devait se faire, portait l\u2019article 13, « dans la même proportion que l\u2019allocation du gouvernement pour la même année aura été divisée » entre les commissaires d\u2019école de la majorité et les syndics de la minorité, soit proportionnellement à la présence des enfants à l\u2019école.Dans les villes de Montréal et de Québec, le partage devait se faire « dans la proportion relative des populations catholique romaine et protestante dans lesdites cités d\u2019après le recensement lors dernier » (art.33).Cette double modalité est encore en vigueur aujourd\u2019hui, sauf que Montréal est actuellement la seule ville où la division est basée sur la population ; le partage s\u2019y fait maintenant entre les populations catholique, protestante et juive.L\u2019argent versé pour la population juive va au Bureau métropolitain des écoles protestantes, la Législature ayant adopté en 1903, après une entente conclue entre les protestants et les juifs, une loi par laquelle ces derniers étaient désormais considérés comme protestants pour toute fin scolaire.(Voir Stéphane Valiquette, S.J., « La minorité juive du Québec », Relations, mars 1945, p.72.) Pour l\u2019exercice financier 1951-1952, les catholiques ont reçu $5,681,427.98, les protestants, $1,127,632.17 et les juifs, $412,149.80, tous chiffres basés sur le recensement de 1941, qui donnait pour Montréal 699,885 catholiques, 138,911 protestants et 50,772 juifs.Comme on le voit, la législation de la province de Québec sur les taxes des corporations \u2014 cette expression s\u2019applique également aux compagnies d\u2019utilité publique \u2014 est très simple.Aucune raison sérieuse ne s\u2019oppose à l\u2019adoption d\u2019une loi semblable en Ontario.Un partage équitable des taxes des corporations constituerait une splendide addition à la législation sur les écoles élémentaires confessionnelles, législation que M.Weir qualifie justement d\u2019 « équitable dans son ensemble » ; les catholiques ont leurs écoles, sont exemptés de payer les taxes à l\u2019école publique quand ils soutiennent l\u2019école séparée, et participent aux octrois du gouvernement, dans la mesure et avec les réserves indiquées plus haut.Si brève soit-elle, cette étude prouve que l\u2019amélioration financière de leurs écoles dans les grands centres urbains constitue pour les catholiques ontariens un problème majeur.Il reste à exposer le problème de l\u2019enseignement secondaire et à tirer les conclusions de cette série d\u2019articles.' ¦ ¦ \u2022 CONSCIENCE PUBLIQUE ET MORALITÉ\u2014\\III LE PRÉTEXTE DE « L\u2019ART » Marie-Joseph d'ANJOU, S.J.CERTAINES ACTIVITÉS « naturelles » ont besoin non seulement de s\u2019exercer dans l\u2019ordre pour demeurer « bonnes en soi », mais encore de subir la purification de la croix sous peine de se corrompre et d\u2019entraîner l\u2019homme à la décadence et à la damnation.De ces activités les plus sujettes à caution sont l\u2019amour, la science et l\u2019art.Elles ont tant de prix en elles-mêmes qu\u2019on répugne à penser qu\u2019elles puissent se dévaloriser.C\u2019est pourquoi on est porté à couvrir les aberrations de l\u2019une au moyen des prestiges de l\u2019autre.Nous avons dit (Relations, avril 1952) comment on abuse de la « science » pour camoufler les errements d\u2019un « amour » désordonné.Essayons maintenant de démasquer le camouflage pseudo-esthétique derrière lequel on voudrait abriter des formes de scandale ignobles et barbares.I.\u2014 LE PRÉTEXTE ESTHÉTIQUE 1.Le problème.\u2014On sait à quelles querelles «le procès de l\u2019art » a donné lieu depuis cinquante ans.Débat qui, sur le plan des principes, nous paraît résolu définitivement, pour ceux du moins qui admettent les vérités fondamentales suivantes: l\u2019objectivité et la transcendance d\u2019un ordre moral que l\u2019homme doit respecter puisqu\u2019il n\u2019en est pas le maître; la responsabilité personnelle de toute action pleinement humaine (artistique ou autre) ; la responsabilité sociale de toute production livrée au public; la moralité particulière que confèrent à un acte humain les circonstances qui le déterminent.Il ne se passe pourtant pas de semaine ou de mois sans que, sous la plume de gens qui se disent honnêtes JUIN 1952 149 et catholiques, on lise des positions de principes qui font bon marché de l\u2019une ou l\u2019autre de ces vérités.2.Exemples récents.\u2014 Les gens « cultivés » \u2014 comme il s\u2019en rencontre tant, n\u2019est-ce pas ?parmi les habitués des clubs, cabarets et théâtres de burlesque \u2014 retournent le stigmate « barbare » contre celui qui ne sait pas goûter « l\u2019art » de telle pseudo-danseuse dont l\u2019impudeur triomphe publiquement avec certaine protection policière.En démocratie chrétienne, cet « art » sacro-saint mérite plus d\u2019égards que la géante image du Christ en croix qui domine nos salles d\u2019audience judiciaire.à) « Barbare », évidemment, quiconque refusera d\u2019admirer la chanteuse d\u2019un cabaret « chic » qui possède l\u2019art exquis de débiter des chansons légères et de nous faire avaler les plus épicés sous-entendus.Sa finesse, son charme, sa personnalité engageante lui permettent de dire tout ce qu\u2019elie veut et de se faire pardonner les réflexions les plus osées.La pièce de résistance de son tour de chant est City of Dueno, qui raconte que les petites filles de cette ville portent une ceinture de chasteté \u2014 comme au Moyen Age \u2014à laquelle sont attachées des cloches; elles doivent donc être sages, à l\u2019exception des jours de fête alors que les cloches de l\u2019église de la ville sonnent plus fort que celles qui sont attachées à leur ceinture.(R.C., le Canada, 21 janv.1952, p.5.) Ce texte ne porte-t-il pas la marque authentique de la plus progressive civilisation.chrétienne et démocratique ?Quoi de plus libéral que ce principe: On peut tout faire avaler au public, souligna-t-elle, pourvu qu\u2019on le fasse avec finesse.C\u2019est tout un art.La technique; il ne faut pas appuyer sur les doubles sens, ne pas faire des gestes suggestifs.Je ne porte jamais des robes trop ajustées; elles sont très sobres.{Ibid.) Que de délicatesse envers l\u2019âme du « public » ! Le chroniqueur qui rapporte ces paroles est d\u2019avis que la chanteuse « peut tout se permettre », même si « quelques-uns de ses jeux de mots sont d\u2019une audace extrême »: elle a l\u2019air si « candide » {Ibid.).b)\tDans la même veine, ce commentaire d\u2019un « tour de danse » offert aux clients d\u2019un café populaire: l\u2019aguichante J.G.saura certainement plaire aux sexo-philes.Elle est accompagnée par une musique qui atteint les nerfs, et l\u2019on se demande si c\u2019est la musique ou la danse qui est ie plus sensuelle.Elle est gracieuse et n\u2019a rien de vulgaire {la Patrie, 23 déc.1951, p.87).Corrigeons notre théologie trop inspirée par le mysticisme de saint Paul.La « grâce » n\u2019est pas ce don divin qui soumet la chair à l\u2019esprit: moyenâgeux obscurantisme; c\u2019est la sensualité assez aguichante pour atteindre les nerfs des sexophiles: civilisation démocratique.c)\tA propos d\u2019un roman canadien qui a causé quelque remous, un jeune critique vient d\u2019écrire (je souligne) : Le péché, celui de la chair comme celui de l\u2019esprit, s\u2019y étale à toutes les pages, complaisamment admis; de plus, tout ce qui est catholique.y est férocement caricaturé.{L\u2019Action nationale, janv.-fév.1952, pp.62-63.) Comment s\u2019étonner alors qu\u2019une journaliste ait jugé l\u2019ouvrage « d\u2019inspiration anticatholique et amorale » et qu\u2019un prêtre ait attribué « au tout les défauts de certaines parties », écartant « la distinction élémentaire entre faute objective et acte mauvais » {Ibid.) ?Je fais abstraction du roman lui-même; seuls m\u2019intéressent ici les principes sur lesquels on échafaude une critique.Chose curieuse, en présence d\u2019un livre « édifiant », on s\u2019empresse de clamer que la « bonne volonté » ne suffit pas à l\u2019art; et l\u2019on a raison.Mais voici que, portant jugement sur un roman noir, on décrète: On ne peut fixer la cote morale d\u2019un livre avant d\u2019en avoir découvert la motivation profonde \u2014 ou pour employer la belle expression évangélique: la bonne volonté.Et cette motivation, en tant qu\u2019elle passe dans la réalisation du livre, en détermine tout aussi bien la valeur artistique que la valeur morale.Je veux dire ceci: que si un livre comporte une part de vérité, cette vérité vaut sur tous les plans, et pour tous les hommes.Un catholique a le devoir de l\u2019assumer {Ibid.).Que de confusion en si peu de mots! Les âmes n\u2019ont donc pas encore payé assez cher le prix de certaines « bonnes volontés », de certaines « sincérités » en littérature et en art ?Concédons qu\u2019il n\u2019y ait pas lieu de rappeler dans le cas présent les équivoques de la sincérité d\u2019un Montherlant, d\u2019un Cocteau ou d\u2019un Gide.Mais pourquoi une femme journaliste et un prêtre, tous deux habitués à tenir une plume, ne sauraient-ils découvrir dans un ouvrage, apparemment facile à lire et à comprendre, la « motivation profonde », la « bonne volonté » ?Le prêtre surtout n\u2019aurait-il pas quelque aptitude à reconnaître si telle souffrance \u2014 « et particulièrement une souffrance confessée » \u2014 appartient au Christ ou non ?d)\tMais on va plus loin.Dans le Carabin, journal des étudiants de l\u2019Université Laval (27 mars 1952, p.4), je lis ceci: « Il ne faut pas juger de la moralité d\u2019une œuvre d\u2019art en se référant au public appelé à la contempler.» Pourquoi, alors, affirmer un peu plus loin que les œuvres d\u2019art « ne s\u2019adressent pas à n\u2019importe quel public » ?On renchérit: le souci de la morale risque d\u2019 « abaisser le niveau des œuvres »; la moralité serait « une barrière où va se heurter l\u2019inspiration des artistes ».L\u2019artiste n\u2019aurait donc d\u2019autre maître que lui-même?L\u2019art serait un absolu?Maritain écrivait avec plus de compétence: « Le christianisme ne facilite par l\u2019art.Il lui ôte bien des moyens faciles, il barre son cours en bien des endroits, mais c\u2019est pour en hausser le niveau.» II.\u2014 PRIMAUTÉ DE LA MORALE Quand donc notre jeune critique déclare que « vérité esthétique et vérité morale, en fait, coïncident parfaitement », il se leurre.Et il trompe ses lecteurs dans la mesure où il insinue que l\u2019art traîne après soi la morale comme une servante infailliblement docile.Sans doute, le bien est toujours beau moralement; le beau est toujours bon esthétiquement.Mais dans la complexité du réel concret, il y a malheureusement des beautés immorales et en soi et pour le « public appelé à les con- 150 RELATIONS templer ».Le Journal de Gide est bien (ou bellement) écrit; c\u2019est pourtant une œuvre perverse.On connaît le mot de Péguy: « Ils sont tous comme ça; il leur faut le mal et le péché pour faire des choses intéressantes.Moi, je ne travaille pas dans le péché.Je suis un pécheur, mais il n\u2019y a pas un péché dans mon œuvre », et c\u2019est une œuvre belle.Mais reprenons la discussion sur les points mentionnés.1.\tToute vérité n\u2019est pas bonne à dire.Ce vieux dicton n\u2019a rien perdu de son actualité.Il est vraiment trop facile d\u2019alléguer que l\u2019énormité des péchés accumulés dans une œuvre et « la rancœur avec laquelle il (l\u2019auteur) parle de l\u2019Église et de ses lois ne forment que la superstructure d\u2019un drame plus essentiel », qui serait le désir de fuir l\u2019asphyxie spirituelle.A ce compte, quel blasphème ne pourrait-on justifier ?Et puis, une fois reconnu que, dans un livre, « le péché.s\u2019étale à toutes les pages », qu\u2019il y est « complaisamment admis », on ne nie pas à tel chrétien le droit d\u2019accorder audience au drame raconté, même si ce drame « emprunte par endroits des formes qui paraissent attentatoires à la foi chrétienne » : la charité du laïc et du prêtre accueille tous les jours l\u2019angoisse des âmes torturées.Mais le problème esthético-moral n\u2019est pas là.Il est, pour Vauteur, dans sa « complaisance » à l\u2019égard du péché, et, pour le public, dans le risque de la partager.Or ni l\u2019auteur n\u2019a le droit d\u2019admettre complaisamment le mal, ni le public de s\u2019exposer à subir son influence.C\u2019est le moins que doit prescrire une morale même indulgente.S\u2019il suffisait de crier sa souffrance pour l\u2019incorporer au Christ, le mauvais riche de l\u2019Évangile ne serait pas demeuré en enfer, et le désespoir tant de fois exprimé par Luther en aurait fait un saint, et l\u2019anxiété de Gide.Mais, pour greffer nos douleurs sur le Christ, foin d\u2019une « confession » littéraire; il faut l\u2019humilité du repentir.2.\tPour s\u2019autoriser à décerner un brevet de moralité à un ouvrage, un spectacle ou un film, lancés dans le grand public avec les prestiges de la réclame, c\u2019est trop peu de les réserver « à des personnes de jugement formé, qui puissent [y] distinguer la part du faux ».a)\tConsidérons d\u2019abord la responsabilité de l\u2019auteur.En publiant son œuvre (livre, film ou spectacle), il doit être sûr qu\u2019elle n\u2019est pas mauvaise en soi, qu\u2019il ne prête pas au vice les charmes de la vertu et qu\u2019en faisant au mal sa part il ne le rend pas obsédant.b)\tCrevons ensuite le bobard de la prétendue immunité des « adultes », des « personnes de jugement formé», en face de l\u2019obscénité, par exemple, présentée sous un aspect séduisant.1° Seuls les anormaux \u2014 les malades ou les fous \u2014 demeurent insensibles à certaines stimulations.Et encore! Ce qu\u2019on a pu écrire des lectures s\u2019applique davantage aux spectacles, vu la puissance suggestive du geste, qui devient entraînant comme un exemple.Pour qu\u2019une lecture ne vous fasse rien, il faut et il suffit que vous n\u2019ayez ni esprit, ni cœur, ni imagination, ni volonté.Le livre est un excitant.Il met en branle des pouvoirs engourdis, il réveille des activités qui sommeillent.Un instrument enregisteur qui n\u2019enregistre rien, un thermomètre indifférent au froid et au chaud ne sont bons qu\u2019à jeter.Vous ne me ferez pas croire que votre esprit n\u2019est que de la vieille ferraille.Et si, par impossible, par malheur, c\u2019était vrai, de grâce, ne vous en vantez pas.(A.de Par-villez, Le Livre au service du Christ, Paris, Spes, 1940, p.78.) 2° Les adultes vrais, les « personnes de jugement formé » et, à plus forte raison, les gens parfaitement maîtres de leur émotivité sexuelle, sont extrêmement rares.Sur ce dernier point, les saints eux-mêmes, modèles de la maturité humaine, ne voulait pas se croire différents des autres mortels.Et le premier venu déciderait, même du haut d\u2019un tribunal judiciaire, que l\u2019obscénité la plus savamment calculée et la plus audacieusement provocante ne doit pas être considérée comme une occasion de péché et un scandale?Ce n\u2019est pas à des prêtres, confesseurs et directeurs d\u2019âmes, au moins aussi avertis des « cas » de conscience que les magistrats et surtout autrement compétents dans les questions morales où s\u2019exerce leur spécialité, qu\u2019on fera avaler cette couleuvre.Nous savons à quels actes honteux portent, dans la très grande majorité des cas et sans distinction d\u2019âge, de culture, de sexe ou d\u2019état (qu\u2019il s\u2019agisse de célibataires ou de gens mariés), les spectacles de burlesque offerts dans certains théâtres et dans les clubs et cabarets de Montréal ou d\u2019ailleurs.Et puis, ce que des témoins rapportent de l\u2019atmosphère lubrique et même des impudeurs affichées sans vergogne par les clients dans maints lieux (populaires ou huppés) de la métropole et des environs, pendant les « tours » de danse ou de chant des « artistes », nous oblige à une sévérité sans appel.3.\tEnfin, les circonstances, qui modifient parfois complètement la moralité d\u2019un acte, affectent aussi bien l\u2019œuvre d\u2019art que l\u2019œuvre d\u2019amour, par exemple.Et l\u2019une des circonstances est le caractère public de cet acte.a)\tL\u2019amour conjugal est un sacrement, et son expression est sainte et sanctifiante.Mais deux époux qui accompliraient en public l\u2019acte sacré spécifique de leur état commettraient un grave scandale.Combien plus l\u2019auteur qui étale \u2014 dans un livre, un film ou un spectacle \u2014 des paroles ou des gestes répréhensibles, auxquels « l\u2019art » prête un relief saisissant, doit-il encourir le reproche d\u2019immoralité, même s\u2019il se trouve, de fait, des personnes assez formées pour distinguer là-dedans le vrai du faux.b)\tAu reste, en matière d\u2019art, de spectacle surtout, il ne s\u2019agit pas de distinguer le vrai du faux, mais de constater ce qui peut troubler la sensibilité au point d\u2019entraîner la volonté au péché.Impossible, par conséquent, d\u2019écarter la considération du public (auditeur, lecteur ou spectateur).On l\u2019a très bien dit à propos du cinéma.JUIN 1952 151 Rien ne peut licitement être montré dans un film qui soit susceptible d\u2019abaisser le niveau moral des spectateurs.Tel est le but du « Code de production ».Il contient une longue liste de sujets, d\u2019actes, d\u2019attitudes qui se rencontrent dans la vie, souvent même avec une fréquence affligeante, mais que la loi morale interdit de faire figurer dans un spectacle public.La défense du réalisme, simple réédition de la vieille hérésie morale de « l\u2019art pour l\u2019art », est inadmissible.Rien ne peut justifier, d\u2019un point de vue chrétien ou moral, l\u2019apparition dans un art quelconque de tout élément tendant à avilir la personnalité morale de l\u2019homme.L\u2019expérience courante prouve qu\u2019il y a dans la vie et la conduite humaine une multitude de faits qui, traduits plastiquement ou dramatiquement (par exemple, au cinéma), tendent inévitablement à désaxer et à démoraliser le public.(Martin Quigley, « La décence au cinéma », Revue internationale du Cinéma, 1951, n° 10, p.40.) Or, c\u2019est un fait évident: les trois quarts au moins des films approuvés par notre censure et près de cent sur cent des spectacles de burlesque qui se donnent dans nos théâtres, clubs et cabarets sont conçus et exécutés, en tout ou en partie, de manière à produire cet avilissement et cette démoralisation de l\u2019homme, que la réclame des exploiteurs a l\u2019effronterie de proposer comme la manifestation du « progrès ».Il faut en dire autant de la majorité des magazines populaires et des livres de poche qui circulent par millions dans notre pays.c) A ce sujet, quelles incongruités ne lit-on pas dans nos journaux « catholiques » ! Il paraît que le seul défaut du ballet Schéhêrazade, présenté ce printemps par une troupe américaine, fut son « érotisme mécanique », comme si le sujet même de ce spectacle, conformément au principe énoncé par M.Quigley, ne devait mériter la plus expresse condamnation.Vers le même temps, le bureau de censure provincial interdit des revues montrant des demi-nudités; et des journalistes de s\u2019imaginer alors que nos censeurs emprisonneraient des mamans qui, telles les matrones de France ou d\u2019Italie, allaiteraient leur bébé « sur le bord de la route ».Seul un voyou, bien sûr, tournerait à mal un geste aussi digne de respect.Qui ne voit, cependant, la différence entre la mère qui découvre son sein dans l\u2019unique but de nourrir son enfant et la gourgandine \u2014 de luxe ou de bas fonds \u2014 qui s\u2019exhibe, en personne ou en image, pour satisfaire la curiosité obsessive des détraqués et graisser le petit commerce des trafiquants de la chair ?Le geste de la mère \u2014 circonstance de la plus haute gravité \u2014 purifie l\u2019objet qui, par hasard, retiendrait l\u2019œil du passant d\u2019ailleurs moralement attendri.Dans l\u2019exercice de certaines professions, le même jeu des circonstances donne une valeur de pure charité à des actes qui auraient en toute autre occasion la portée d\u2019un scandale.Qu\u2019on pense au médecin, à l\u2019infirmière.Or Dieu sait que, même pour eux, le danger demeure.Et l\u2019on voudrait, au nom de l\u2019art, \u2014 qui, pur divertissement pour le public, n\u2019offre pas l\u2019avantage d\u2019une sublimation par le dévouement professionnel, \u2014 innocenter des livres, des films, des spectacles surtout conçus, exécutés, dans une atmosphère déclarée de « sexophilie », pour des gens déjà aguichés par une ré- clame sans pudeur, au milieu desquels se glissent par milliers garçons et fillettes de moins de quinze ans, et que les traîtrises de l\u2019alcool livrent à une promiscuité débridée par une longue et sûre tolérance.Paganisme.Barbarie.« Sincère » si l\u2019on veut.Mais ce prétexte n\u2019avait pas l\u2019heur de plaire à l\u2019un des plus grands savants de notre siècle, Lecomte du Noüy.L\u2019artiste est parfois sincère, mais l\u2019animal l\u2019est toujours, et la sincérité n\u2019excuse pas le rapprochement.Le mot « art » est souvent employé comme un paravent derrière lequel se cachent des intérêts commerciaux méprisables ou des aberrations répugnantes.Sincères ou mercenaires, les productions intellectuelles, spectaculaires ou picturales qui provoquent les sécrétions hormonales sexuelles sont génératrices de tendances régressives; l\u2019étiquette « artistique » les aggrave en leur assurant un prestige et une impunité qui excusent l\u2019émulation et inhibent souvent la réaction morale spontanée, sollicitée par l\u2019éducation familiale traditionnelle.III.\u2014 CONCLUSION C\u2019est pourquoi nous concluons, sans la moindre hésitation et avec la certitude de rencontrer le sentiment de ceux qui ont compétence pour porter jugement en matière de moralité : 1.\tNul homme civilisé, nul chrétien ne peuvent, sans faute grave marquée de scandale, organiser, présenter, patronner, applaudir les spectacles de burlesque, les « tours » de danse ou de chant que nous avons dénoncés, ni même (sans un motif très sérieux, ce qui exclut la simple curiosité, et avec l\u2019assurance d\u2019éviter le péché) mettre seulement les pieds dans les établissements (théâtres, clubs, cafés, cabarets.) où se donnent habituellement des spectacles de ce genre.Qu\u2019importe que de pseudo-critiques à gages en vantent « l\u2019art exquis » ou la sensualité « gracieuse » (voir plus haut).2.\tToute réclame faite, de vive voix ou par écrit, à ces profanations de la dignité humaine et chrétienne constituent également un grave scandale, auquel il est immoral de s\u2019associer.3.\tNulle loi civile, nul jugement de cour, nul prétexte esthétique ne peuvent légitimer devant la conscience chrétienne ce que condamne expressément la loi ecclésiastique (code canonique, n° 1399, par.9).4.\tDes autorités civiles qui tolèrent et protègent les foyers de corruption morale, commettent un scandale public qui appelle réparation publique, et le premier devoir, alors, des citoyens est de se choisir sans retard des administrateurs soucieux de dignité chrétienne et de civilisation.Quiconque sait lire aura compris qu\u2019il n\u2019est pas question de badiner.Devant l\u2019étendue et la profondeur des ravages causés par l\u2019immoralité publique, dans la métropole, dans la province et dans le pays, il apparaît urgent que les chrétiens \u2014 de toutes les classes et à tous les niveaux \u2014 assument enfin leurs responsabilités.152 RELATIONS Le communisme en Chine Jean-Paul DALLAIRE, S.J.LE PROBLÈME crucial de notre monde contemporain est .celui du communisme soviétique.Bien qu\u2019il plonge ses racines idéologiques dans la philosophie allemande, c\u2019est en Russie que le matérialisme marxiste s\u2019est réalisé.Il a réussi à coloniser ce vaste pays, sous la direction de chefs autochtones, ce qui est explicable.Mais qu\u2019il élargisse toujours sa sphère d\u2019influence, qu\u2019il broie sous sa botte les nations voisines les unes après les autres, qu\u2019il soit parvenu en si peu de temps à dominer la Chine immense et impénétrable, voilà qui doit nous inquiéter.Des écrivains nombreux, tentés par la grandeur du sujet, ont voulu nous présenter leur version de cette énigme.Les uns, journalistes, voyageurs, essayistes, après une enquête de quelques mois, ou des contacts rapides avec certains milieux choisis, se sont faits les apologètes du communisme chinois (Edgar Snow: Red Star over China; Anna Louise Strong: Tomorrow's China; Jean-Jacques Brieux: La Chine, du nationalisme au communisme).M.l\u2019abbé Raymond J.de Jaegher nous apporte un autre témoignage, d\u2019un intérêt extrême, et qu\u2019il importe au plus haut point de méditer (Raymond J.de Jaegher et Irene Corbally Kuhn: The Enemy within.An eyewitness account of the communist conquest of China, New York-Toronto, Doubleday, 1952, 314 pp., 22 cm., $4.50).Belge d\u2019origine, né à Courtrai en 1905, ayant fait ses études en Angleterre et dans son pays, il est maintenant membre d\u2019une société de prêtres dont le but est de se donner aux évêques missionnaires pour servir sous leur autorité.En 1930, il arrivait au diocèse d\u2019An Kwo, à cent milles au sud de Pékin.Il a passé dix-neuf ans au milieu des Chinois, se pénétrant de leur esprit et de leur culture, s\u2019imprégnant de leurs manières de penser et de sentir, partageant leur nourriture et leurs habitudes de vie.Aujourd\u2019hui, il parle et écrit le mandarin avec l\u2019aisance d\u2019un lettré.De 1937 à 1949, il vécut parmi les rouges, suivant leur infiltration méthodique et insidieuse, assistant, le cœur serré, à leurs destructions et à leurs massacres, défendant l\u2019Église pouce par pouce, en des discussions interminables avec les chefs du parti.Après des courses accablantes, il notait soigneusement ses observations, analysait les dessous de la méthode communiste et s\u2019appliquait à dégager les grands principes qui dirigent leur activité.Nous recueillons les résultats de cette intelligente patience: un récit direct, émouvant, accablant.Il débute avec l\u2019invasion japonaise de 1937.Il se déroule, avec un intérêt croissant, en quatre parties: la marée rouge arrive; elle monte; elle inonde; elle engloutit la Chine.Cette quatrième partie contient, d\u2019une part, la relation de l\u2019internement subi par l\u2019auteur au camp de Weihsien, sous l\u2019autorité japonaise, et, d\u2019autre part, des détails piquants sur certains aspects inconnus de la mission du général Marshall (1945).L\u2019abbé de Jaegher nous montre comment les communistes s\u2019appliquèrent d\u2019abord à désagréger la famille chinoise, en sapant, avec une technique diaboliquement perfectionnée, les principes moraux et religieux traditionnels qui la soutenaient.La guerre leur a fourni une atmosphère propice à l\u2019application de leur méthode.En Chine, ils se présentèrent aux paysans comme les défenseurs du pays contre les en- JUIN 1952 Le P.Dallaire, professeur de psychologie au Scolasticat de V Immaculée-Conception, missionnaire en Chine de 1939 à 1945, prisonnier des Japonais pendant deux ans et demi avec M.l\u2019abbé de Jaegher, appelle l'attention de nos lecteurs sur un ouvrage capital qui traite d\u2019un grave problème de l\u2019heure présente.vahisseurs japonais.Alors qu\u2019en fait ils travaillèrent uniquement à 1\u2019établissement des cadres de leur parti et de leur armée, ils mirent tout en œuvre pour écraser le gouvernement nationaliste.S\u2019ils luttèrent contre les ennemis extérieurs, ce fut seulement dans la mesure où ils en escomptèrent quelque profit pour la consolidation de leur régime ou l\u2019affaiblissement du gouvernement officiel de Chine.Aux Américains et aux Européens, fatigués de l\u2019instabilité quasi chronique de la Chine, ils s\u2019affichèrent comme de simples réformateurs intègres et effectifs, n\u2019ayant d\u2019autre ambition que de corriger « la corruption scandaleuse » de l\u2019administration de Chiang Kai Shek, ainsi que de réaliser les « transformations agraires » que la Chine moderne réclame.Ce livre illuminateur à peine fermé, un sentiment de dégoût et de révolte nous envahit devant la canaillerie d\u2019hommes qui ont abusé de la bonne foi d\u2019un peuple égaré, éperdu, et qui continuent de le torturer avec un raffinement inconcevable.En même temps, au fond de notre conscience d\u2019homme et de chrétien, surgissent de graves réflexions.1.\tLe communisme est essentiellement mauvais dans ses principes et dans ses applications, dans sa doctrine et dans sa méthode.Dans ses principes: c\u2019est un matérialisme intégral; dans ses applications: il tue la personne humaine.Voilà qui est scientifiquement démontré par la philosophie la plus exacte et l\u2019histoire la plus objective.2.\tLe communisme poursuit la domination universelle avec une rigueur implacable et par tous les moyens possibles.Il s\u2019en vante explicitement et le prouve par toute sa conduite.Il est inutile et dangereux de favoriser un compromis ou une entente avec lui.C\u2019est tout simplement consentir à s\u2019appauvrir soi-même et lui permettre d\u2019achever sa conquête du monde.3.\tLe communisme s'infiltre dans un pays en exploitant les revendications légitimes des divers groupes, suscitant entre eux des dissensions internes.Il l\u2019a fait en Chine; il essaie la même tactique aux États-Unis et au Canada.4.\tNous portons une large responsabilité des souffrances passées et présentes des peuples qui agonisent sous le joug rouge; et nous en paierons les conséquences avec notre argent et notre sang, d\u2019autant plus chèrement que nous tarderons davantage à reconnaître effectivement notre propre culpabilité.Voilà le témoignage que nous apporte le livre de M.l\u2019abbé de Jaegher et les pensées qu\u2019il nous suggère.Son plaidoyer est si prenant qu\u2019il devait être attaqué par les communistes et par leurs sympathisants.Il le fut.Dans le New York Herald Tribune du 23 mars 1952, C.Martin Wilbur mit en doute certaines affirmations.C\u2019est une manière habile de discréditer.Nos évêques et nos prêtres sont emprisonnés et tués derrière le rideau de fer; ce sont des faits indéniables.Et des gens osent écrire le plus calmement du monde: accusations grandement exagérées; des enquêtes plus impartiales (?) ne parviennent pas à démontrer (?) que les communistes sont des persécuteurs.Ceux qui cherchent la vérité sans peur croiront plutôt ce qu\u2019ils apprendront dans l\u2019ouvrage de l\u2019abbé de Jaegher, un des plus instructifs et des plus sûrs qu\u2019on puisse lire sur les origines et le développement du communisme en Chine.153 LES FEMMES ET LA CITE A O U S L\u2019URBANISME DANS LE QUEBEC DU 12 AU 16 MARS eut lieu à Paris le congrès national de l\u2019Union féminine civique et sociale.Ces conseillères municipales étaient venues de France, d\u2019Allemagne, d\u2019Autriche, de Belgique, de Hollande, d\u2019Italie.Au nom du Saint Père, Mgr J.-B.Montini avait écrit, le 11 mars, à la présidente de l\u2019Union: « Vous avez choisi comme thème général des conférences l\u2019action des femmes conseillères municipales et leur préparation aux tâches civiques selon les principes de la doctrine sociale de l\u2019Église; un tel objet d\u2019études ne pouvait qu\u2019être apprécié par Sa Sainteté qui, en 1945, donnait déjà aux femmes catholiques d\u2019Italie cette consigne: Votre heure a sonné; la vie publique a besoin de vous (Allocution du 21 octobre 1945).« S\u2019il est vrai que la femme exerce principalement son activité dans les occupations de la vie domestique et sert, à cette place providentielle, les intérêts de la communauté, il est normal de prévoir aussi sa participation plus directe et effective à la vie civique.« La femme, déclarait encore le «Saint Père, doit concourir avec l\u2019homme au bien de la civitas, «dans laquelle elle a une dignité égale à la sienne.» Or, la municipalité, base de l\u2019édifice politique, offre un cadre particulièrement favorable à l\u2019action civique et sociale des conseillères; leur irremplaçable expérience de la vie domestique et des tâches éducatives, leur sens des traditions locales et des réalités quotidiennes, joints à la délicatesse, à la perspicacité de leur nature féminine, contribueront à écarter de l\u2019administration des communes l\u2019arbitraire des conceptions théoriques et à y sauvegarder le libre jeu des initiatives privées.« Mais une telle action, surtout de nos jours, ne s\u2019improvise pas, et l\u2019U.F.C.S.fait œuvre utile en se souciant, non seulement d\u2019éveiller les femmes de France à leurs responsabilités civiques, mais encore de donner aux conseillères municipales une formation et une documentation qui leur assurent la compétence requise.» Voici l\u2019essentiel des conclusions du congrès : « Les femmes réunies en Congrès de l\u2019Union féminine civique et sociale décident d\u2019accentuer leur effort: « \u2014 Pour que la cité de demain offre à la femme de plus larges possibilités d\u2019action dans un milieu familial et social plus respectueux des lois de la vie et des droits de la personne humaine; « \u2014 Pour que, dans un climat moral favorable, la famille, cellule de base de la cité, soit reconnue et estimée, puisse disposer des ressources et du logement nécessaires à son épanouissement normal et faire entendre sa voix auprès des pouvoirs publics; « \u2014 Pour que soit sauvegardée la dignité de la femme contre la déchéance de la prostitution, par la suppression de la police des mœurs et du fichier sanitaire, la création d\u2019une police féminine adaptée, la multiplication des dispensaires libres, discrets, gratuits, l\u2019aménagement de centres de relèvement; « \u2014 Pour que le santé du pays soit préservée contre les ravages individuels, familiaux et sociaux de l\u2019alcool par des mesures législatives et institutionnelles adaptées, notamment par une meilleure utilisation des ressources naturelles de la France et par l\u2019éducation de la jeunesse.« L\u2019U.F.C.S.fait appel: « \u2014 A l\u2019opinion publique pour une compréhension essentielle de ces problèmes vitaux et des sacrifices qu\u2019ils exigent de chaque milieu social; « \u2014 et aux pouvoirs publics, pour promouvoir des institutions et une législation appropriées.» V E C COMM A ENTAIR N S ES « LE CONFORMISME DU SCANDALE » C\u2019est dans tous les pays civilisés que se manifeste, contre la dissolution morale issue des deux dernières guerres, le sursaut de la conscience humaine.On a pu lire ici même (.janvier 1952, p.14) un commen-\t* taire de la lettre publiée, l\u2019automne dernier, par les évêques des États-Unis, sur Vuniversalité de la loi morale et la nécessité de restaurer dans la vie publique le respect des valeurs chrétiennes.Inutile de rappeler l\u2019émouvant appel que S.Exc.Mgr Léger, archevêque de Montréal, adressait aux fidèles de son diocèse juste avant le carême de cette année (voir Relations, mars 1952, p.57).A quelle œuvre notre revue se consacre-t-elle, sinon à la préservation ou au renouvellement de la vie chrétienne dans les âmes et dans la société ?Nos lecteurs liront donc avec intérêt l\u2019article que signait M.Luc Delaroche dans la Croix de Paris (29 mars 1952).Il complète vigoureusement les considérations que le Père d\u2019Anjou propose, dans le présent numéro (« Le prétexte de « l\u2019art »), sur le problème toujours renaissant de la primauté du bien moral par rapport à tous les autres avantages ou agréments humains.IA LITTÉRATURE s\u2019est beaucoup intéressée à Dieu ces derniers temps.Je parle, bien entendu, de cette littérature dont c\u2019est le propre de se taire ordinairement sur Dieu.Elle lui a fait tout d\u2019un coup une place dans la distribution des rôles.Si elle choisit ses héros parmi les plus terrestres représentants de l\u2019Église, c\u2019est Dieu, en fin de compte, qui comparaît; on le nie, on le met en conflit avec la liberté humaine, on lui oppose des hommes qui, admettant son existence, renouvellent le refus luciférien.Le théâtre s\u2019est ainsi augmenté de plusieurs pièces à sujet qu\u2019il faut bien appeler religieux.On avait eu le funambulesque et homaisien Clérambard de Marcel Aymé; Montherlant prit la file avec Malatesta; Sartre y est allé de son couplet athée; Thierry Maulnier a dressé contre Dieu son « profanateur ».Et on vit cette insupportable chose nommée Bacchus, où Cocteau a méchamment gaspillé ses talents.Certains problèmes devraient être interdits aux histrions.Le silence du public parisien qui meurtrissait Mauriac, le silence des belles dames de minuit qui iront prier Dieu après l\u2019avoir laissé insulter, ce silence est de la même qualité que celui de la critique.Toute préoccupée d\u2019encenser ses dieux, celle-ci n\u2019a que très rarement le bon goût de défendre Dieu, qui, lui aussi, a choisi le silence.Nous ne demandons pas que les critiques se muent en pourfendeurs d\u2019hérétiques.Ils en sont généralement inca-\t.pables.Nous demandons qu\u2019ils fassent leur métier.Pour le critique chrétien, cela signifie que, sur un plateau, il n\u2019y a pas seulement des acteurs, des décors, des costumes,\tj des tirades et des feux de bengale.Il y a des idées.On serait tenté de dire: hélas! Ces idées, le critique chrétien doit en saisir les nervures; il doit les passer au feu de la vérité.Sans cela il est un mauvais berger.Quant au roman contemporain, c\u2019est un roman sans Dieu.Il ne nie même plus, il ignore.La religion et l\u2019Église y sont encore parfois admises comme des accessoires pittoresques.Le roman est plus déchristianisé que la vie.Pourtant, jamais il n\u2019a véhiculé autant et de si puissantes idées.Le romancier est le penseur des temps démocratiques.On nous propose des héros qu\u2019un nouveau romantisme jette dans le désespoir et qui discourent sur l\u2019absurde, l\u2019engagement et mille autres problèmes tragiquement sortis de leur vraie perspective.Nous avons le roman de l\u2019homme seul, de la terre seule, de la chair seule.Dans un siècle, quand nos petits-fils feront l\u2019histoire de nos lettres, j\u2019ai peur que notre génération ne leur apparaisse prise du délire sexuel.Il en est ainsi depuis don Juan et Emma Bovary; mais nous, nous avons inventé la littérature obsédée.Déjà, il en est qui semblent insensibilisés devant l\u2019inversion : le sursaut géant de Claudel à la parution de Cor y don passe, aux yeux de beaucoup, pour une pose de pensionnaire.Les catholiques, naguère raidis dans l\u2019intransigeance, sacrifient aujourd\u2019hui au démon de l\u2019indulgence.Car il y a des catholiques pour applaudir Bacchus, comme il y en a pour lire le dernier roman noir.La lecture est en train d\u2019échapper à la morale.Les maigres statistiques dont nous disposons prouvent qu\u2019une infime proportion de gens choisissent leurs livres et se font guider dans ce choix.La sévérité, en ce domaine, suscite infailliblement les sarcasmes des esprits forts.Convenons d\u2019ailleurs que la sévérité obtuse de certains de nos censeurs nuit au bon renom de l\u2019intelligence chrétienne.Nous devons mépriser le sourire de Candide et éviter les pudeurs ridicules: entre les deux, il y a toute l\u2019étendue de la morale.Nous savons ce qu\u2019on peut dire d\u2019une littérature que l\u2019on a voulu discréditer en l\u2019appelant de patronage.Nous savons aussi que nous en sommes loin et qu\u2019au conformisme édifiant on a substitué le conformisme du scandale.Alors, les snobs catholiques volent au secours de la victoire.Ils sont comme le collégien qui, pour faire l\u2019homme, absorbe le verre d\u2019absinthe.Ils prennent des airs invulnérables et bénisseurs.Ils n\u2019ont déjà plus la simplicité de vomir.L\u2019Assemblée des cardinaux et archevêques vient de nous rappeler le devoir de vigilance et de pureté.Il devrait s\u2019organiser un front de militants contre la littérature immorale ou bêtement sentimentale.Cela suppose que les militants sont soucieux de clarté sur ce qui se lit, sur ce qu\u2019on va voir.Au lieu de toujours accuser la perversion du milieu, il faudrait se demander si tel livre ne fait pas obstacle à l\u2019Action catholique d\u2019une manière plus efficace que tous les meneurs.Cherchez l\u2019écrivain, vous trouverez votre véritable adversaire.JUIN 1952 MC.-E.CAMPEAU, ingénieur professionnel, président de la division provinciale du Québec de l\u2019Associa-* tion canadienne d\u2019urbanisme, disait récemment à Sherbrooke: « N\u2019oublions jamais que, comme nous, les villes vieillissent, mais elles, elles meurent rarement, elles se transforment plutôt.Et cette transformation peut être bien mauvaise sans urbanisme.Il est inutile d\u2019ailleurs de vouloir résister, car les changements se produiront d\u2019eux-mêmes, qu\u2019on le veuille ou non.Il faudra toujours faire de l\u2019urbanisme, car il faudra continuellement adapter aux besoins des générations successives la vieille ville laissée par les générations disparues.Dans toutes les villes, en effet, on trouve un être urbain, que constitue l\u2019agrégat social qui compose essentiellement la ville, et une forme urbaine, autrement dit l\u2019ensemble des voies, constructions et espaces plantés, par quoi la ville s\u2019offre matériellement à nos yeux.Cette forme, adéquate aux besoins de l\u2019être urbain quand il la crée, n\u2019y correspond plus qu\u2019im-parfaitement quand ce sont les générations futures qui l\u2019utilisent.Aux formes anciennes viennent s\u2019ajouter les formes nouvelles adaptées aux inventions nouvelles de l\u2019intelligence humaine.La science de l\u2019urbanisme n\u2019est que la lutte organisée entre la machine triomphante fabriquée par l\u2019homme et le corps misérable de ce dernier.La différence de vitesse entre le corps, borné dans le temps et l\u2019espace, et l\u2019intelligence humaine, illimitée dans le temps et l\u2019espace, nécessitera toujours l\u2019intervention de l\u2019urbanisme.» Cet urbanisme doit conserver les caractères de notre province.C\u2019est ce que n\u2019ont pas oublié les urbanistes du Québec réunis en congrès à Saint-Jean les 24 et 25 mai.Trois points étaient au programme: o) facteurs constituant le visage contemporain du Québec; b) la dilapidation des caractéristiques propres à la province de Québec; c) attitudes à prendre pour conserver la personnalité propre au Québec.On lisait dans les Nouvelles de l\u2019A.C.U.(mai): « Québec est l\u2019une des rares provinces canadiennes dont les statuts ne comportent pas une loi d\u2019urbanisme.Québec est en retard sur les autres provinces au point de vue de l\u2019urbanisme.Québec devrait adopter la réglementation d\u2019urbanisme de l\u2019Ontario et de la Colombie Britannique.« Voilà des affirmations qui donnent lieu à bien des discussions dans certains milieux.On s\u2019inquiète, on s\u2019alarme, on se scandalise, on fait des représentations de toutes sortes et l\u2019on s\u2019étonne de la lenteur des réalisations concrètes.« La division de la province de Québec de l\u2019Association Canadienne d\u2019Urbanisme veut elle aussi une loi d\u2019urbanisme, mais affirme avec le gouvernement que son adoption immédiate est prématurée.« Québec a le privilège inestimable d\u2019être la plus vieille terre civilisée, la seule sur le continent américain qui ait été façonnée par quatre siècles de vie française.« Nos ancêtres ont marqué notre sol de leur empreinte et dessiné notre province à leur image en harmonie avec leurs besoins sociaux et économiques.Nos routes, villages, petites villes, cités, églises et habitations en sont la démonstration la plus convaincante et constituent pour nous un héritage qui a fait de Québec la province la plus pittoresque du Canada, l\u2019admiration de nos voisins et même des étrangers.« D\u2019accord, il nous faut une loi d\u2019urbanisme, mais il faut que cette loi soit différente et qu\u2019elle s\u2019appuie sur les facteurs qui nous caractérisent; autrement ce sera la dénaturalisation et la dilapidation de notre héritage.« Voilà le pourquoi de notre congrès: puiser dans notre héritage pour enrichir et illuminer le présent et garantir le bonheur de notre avenir.» 154 RELATIONS 155 Au fil du mois La grève chez Dupuis Au moment où la revue va sous presse, une rumeur court sur la possibilité d\u2019une médiation pour hâter la fin de la grève chez Dupuis Frères.La nouvelle est heureuse, la grève ne pouvant se prolonger sans nuire sérieusement aux deux côtés.Nos lecteurs ne s\u2019attendent probablement pas à ce que nous tranchions de façon catégorique un problème qui a donné lieu à une sentence arbitrale où les divergences sur des points importants n\u2019ont pas manqué.La grève a surtout mis en évidence la question des salaires, mais il y a aussi la procédure de griefs selon la formule obligatoire ou non obligatoire, ainsi que les modalités de la semaine de quarante heures, de la retenue syndicale et de la réduction du personnel; autant de questions délicates qui laissent deviner pourquoi la tension a été si grande et s\u2019est finalement tournée en grève après une discussion de plusieurs mois.Nous voudrions simplement souligner deux points qui ne touchent pas au fond du problème, mais qui peuvent aider à clarifier la situation.Le premier, c\u2019est qu\u2019il semble bien que le conflit ne se réglera pas à moins que les deux parties n\u2019en viennent à composer honorablement.Si personne ne cède sur aucun point, le conflit s\u2019éternisera aux dépens de la justice et de la charité.Composition, mais honorable.Les faits permettent de conclure à l\u2019existence d\u2019un problème social chez Dupuis Frères.D\u2019un autre côté, il est légitime d\u2019admettre que le patron a ses difficultés et que les employés doivent en tenir compte.Le deuxième point à noter, c\u2019est que les conflits plus aigus qui ont lieu de temps en temps dans la province ne doivent pas faire oublier que, dans la très grande majorité des cas, les conventions collectives se règlent dans l\u2019harmonie.Le fait est à retenir.Il serait injuste de profiter des grèves pour jeter du discrédit sur l\u2019association professionnelle catholique, si vivement recommandée par l\u2019Église.A.P.Pas de nettoyage L\u2019obstruction continue.La justice est prisonnière du crime, au lieu du contraire.Des drôles bloquent toujours l\u2019enquête sur la moralité publique.C\u2019en est scandaleux.Ça donne à penser n\u2019importe quoi des personnages mis en cause qui préfèrent les soupçons à la lumière \u2014 jusqu\u2019à la fin du monde ?Les simples s\u2019étonnent: Qui est-ce qui gouverne les gouvernants?Qui retient la justice?La pègre?Y a-t-il ici un gouvernement secret, genre Capone, protection, Murder Inc., Gross, Costello, etc., etc.?.Un coin de la magistrature existe-t-il pour nous soumettre à la pègre au lieu de la châtier ?On attend quelque chose, un sursaut! Un pays ou une ville où il y a du crime peut encore être en santé si la loi, la police et la cour sont bons médecins.Sinon, c\u2019est la décadence, le ver au cœur du fruit apparemment sain.La croix sur la montagne couvre de l\u2019hypocrisie, des mœurs païennes, du pire Chicago, « sous l\u2019œil de Dieu près du fleuve géant ».\u2014 Montréal n\u2019est pas tout catholique ?Pardon! Les vrais protestants aussi veulent l\u2019ordre, non le désordre actuel, qui parle bien, qui sourit aux délégations et qui en rit.L\u2019immense majorité, encore morale et préoccupée de la jeunesse, demande que la ville ait soin des jeunes et de sa réputation.\u2014 Il y a trop d\u2019argent dans le vice ?Cette honteuse mine d\u2019or n\u2019apporte le bonheur à personne.\u2014 On veut attirer le tourisme en offrant du vice?On veut la liberté ?Quelle liberté ?Celle qui envoie ses adora- teurs aux cliniques et derrière les barreaux ?On craint le titre de ville fermée ?Fermée à qui ?Aux contagions de microbes ?L\u2019on pasteurise tout; pasteurisons les trottoirs, grills, « barbotes » et clubs de nuit, ou bien ça se paiera en prison.La tolérance actuelle y mène; la pension y coûte cher et dégrade: « C\u2019est un enfer », cria le pauvre hère qui fut témoin du soulèvement de Bordeaux et qu\u2019un brave juge renvoya chez lui.L\u2019ignoble affaire du Gayety, les beuveries de grills et de cafés obscurs jusqu\u2019au matin, « les nuits du diable à Montréal », les « barbotes » et les papiers obscènes, les tolérances payées, les orgies de nègre sous une régie de pègre font perdre foi en la démocratie, \u2014 « fondée sur la vertu », dit Montesquieu, \u2014 et perdre foi en l\u2019autorité.« Tous des pareils, des vendus, des beaux petits.» Ces mots sonnent mal et ne signifient rien de bon.Si nous ne voulons pas que la pourriture mène à la dictature, comme l\u2019enseigne l\u2019Histoire, guérissons nos bobos.Commençons par les connaître dans cette enquête courageuse, nécessaire, bien conduite et fructueuse.Nous ne sommes ni des buveurs de sang, ni des complices, ni des mous, ni des endormis.Nous voulons un Montréal propre, bien dirigé, pour sa beauté morale et matérielle.Avec son tiers de population et sa force de rayonnement, Montréal donne le ton à tout le Québec.Que cette influence soit bonne.Al.D.Soirée des Néo-Canadiens Comme disait en conclusion S.Exc.Mgr Léger: « Il faut que cette beauté se répète tous les ans, pour eux et pour nous.» Italiens, Hongrois, Allemands, Japonaises, Ruthènes, Lithuaniens, Polonais, Bretons bretonnants, presque tous en costumes nationaux, ont chanté, dansé ou mimé des légendes nationales, joué de la grande musique ou du biniou, dansé des danses de cour ou de guerre, d\u2019une élégance et d\u2019une expression que n\u2019auront jamais les hystéries suggestives et sensuelles des trémoussements nègres, qui semblent une gageure.Notre Commission scolaire catholique, organisatrice de la soirée, a le bon esprit de ne pas arracher, mais d\u2019arroser les racines des groupes nationaux.Au lieu d\u2019une rupture brutale, cruelle et ruineuse, on veut un passage harmonieux d\u2019une essence nationale à une autre: des Hongrois seront ici d\u2019abord des Canadiens hongrois.Les plus éminents des réfugiés centraux sont à tendance française; ils viennent à nous de grand cœur quand on ne leur crie pas la nécessité de l\u2019anglais pour vivre dans le Québec.L\u2019Ontario les invite et les place au sol autant que possible; Québec les néglige.Pourquoi ne pas adopter ces orphelins de patrie?Pourquoi pas une organisation puissante et active qui installe sur nos terres vacantes ou neuves les belles familles qui n\u2019auront pas d\u2019écoles catholiques en Colombie païenne ?.Les nations-sœurs, les peuples-frères, si ça existe, et Dieu veut qu\u2019ils existent, doivent se secourir dans le malheur.Notre province sera-t-elle sourde aux appels du Pape, des réfugiés et de nos propres intérêts ?.Al.D.Au Congrès de Québec Ni en 1912 ni en 1937, il n\u2019y fut question de protestants, français ou anglais.Ni exclus, ni courus, ils y entrèrent librement: l\u2019invitation générale de Mgr P.-E.Roy vaut encore.Cette année, une voix quelconque, endossée par quelques esprits « larges », ouverts aux courants d\u2019air, réclame une invitation spéciale.Invitation à écouter ?à parler ?Nul besoin d\u2019invitation pour venir écouter.Pour parler, pour faire la petite propagande, c\u2019est différent.Ils n\u2019ont pas d\u2019affaire à nos tribunes, ils n\u2019ont rien à nous enseigner.Quel message ces messieurs auraient-ils à nous apporter ?Quelles œuvres, quels efforts de 156 RELATIONS survivance depuis 1760?Quels hauts faits dans l\u2019histoire du Canada ?dans l\u2019histoire de France ?.Voyons un peu.Dès la fondation de Québec, on refuse les huguenots pour ne pas affaiblir la trop faible colonie en y injectant un virus de chicanes, les guerres de religion, les arguties de Calvin et les carnages des Camisards.D\u2019abord, les frères Kirk qui enlèvent Québec à Champlain sont des protestants français au service de l\u2019Angleterre.A la fin du régime, de quel côté sont les huguenots ?Du côté anglais, contre nos pères, absolument et avec acharnement, les armes à la main, puis le code de lois pour nous angliciser, aux jours de Papineau.Les Acadiens surtout les mettraient à la gêne.L\u2019Acadie, cédée cinquante ans avant nous, souffrit beaucoup des Suisses naturalisés anglais.Citons quelques noms particulièrement hurlants: Mascarène, Doucette, Deschamps, Mauger, Rous, Haldimand, Cramahé, Prévost, Masères, l\u2019irréductible bigot de légiste.Même après la dispersion réussie, le colonel Henry Bouquet, Suisse de Berne, est le héros qui propose à Amherst de répandre la petite vérole chez les sauvages d\u2019Acadie.Amherst lui répond: « J\u2019essaierai de la leur inoculer par le moyen des couvertes.» Mascarène, cruel et rusé, âme damnée de l\u2019invasion, huguenot français né à Castres, propose carrément à Shirley la déportation des Acadiens.Il lutte sur tous les fronts, puis il réclame pour l\u2019Angleterre, comme Acadie cédée, toute la rive sud du Saint-Laurent, la Gaspésie jusqu\u2019à Lévis! Wallet-Desbarres, Suisse de Bâle naturalisé anglais, laisse péniblement défricher les Acadiens de retour, puis il réclame tout quand c\u2019est en bon état.Nommé gouverneur du Cap-Breton, il continue à molester les pauvres débris du peuple-martyr.Moïse de Les Derniers opère en maquignon la razzia des bestiaux, surtout des chevaux, et il en fait la distribution aux amis.Un recruteur de colons, qui offre les belles terres acadiennes aux protestants allemands et autres, amène mille calvinistes français, et il annonce des Jersiais: voilà pour influencer la foi acadienne.Quelques compagnies suisses engagées par la France refusèrent d\u2019obéir.Elles fraternisèrent avec des prisonniers anglais, puis se mutinèrent en paradant la crosse en l\u2019air.Le geste est symbolique; il s\u2019est répété, il peut se répéter encore.Nous refusons ces diviseurs.Nous sommes bien hospitaliers, mais la sagesse nous demande de rester prudents.Leur acharnée propagande qui nous gruge semble soutenue par les protestants d\u2019ici et d\u2019ailleurs: Québec est leur pays de mission.Ils connaissent le chemin; ils viennent tout seuls; ils n\u2019ont pas besoin d\u2019invitation.\t^ Guerre bactériologique ?Il nous semble qu\u2019exploiter les souffrances d\u2019autrui dans un but de propagande est à peu près aussi civilisé que de fabriquer du savon avec des cadavres humains.Qu\u2019il y ait, en Corée du Nord, d\u2019horribles épidémies, on n\u2019avait pas besoin de l\u2019annoncer ou de le prouver.Dès le début, nous avons décrit dans Relations le genre d\u2019hygiène qui prévalait en Extrême-Orient.Ne voilà-t-il pas maintenant que le ban et^l\u2019arrière-ban des organisations communistes accusent les États-Unis d\u2019employer en Corée et en Chine du Nord-Est les armes bactériologiques! Le dernier document que nous ayons reçu est la « Proclamation de la Communauté académique de l\u2019Université Charles réunie le 25 mars 1952 dans la grande salle ancienne du Carolinum de Prague ».Quand cette université appartenait encore au « vieux monde », elle était célèbre.Nous ignorons la nature des liens qui rattachent la présente université à l\u2019ancienne.La « Proclamation » ne contient pas l\u2019ombre d\u2019une preuve; voici l\u2019affirmation centrale: Il a été prouvé incontestablement (comment ?par qui ?) que lesdites armées (américaines) ont répandu pendant leur retraite, dans la période qui va de décembre 1950 à janvier 1951, au sud du 38e parallèle, les virus de la variole et qu\u2019elles ont fait, à partir du 28 janvier 1952, emploi de cette arme bactériologique sous différentes espèces, non seulement contre l\u2019armée nationale coréenne et contre les volontaires chinois, mais, avant tout, contre la population paisible.Les avions américains ont lancé des bombes remplies de différents insectes, rats, etc., infectés de peste, de choléra et d\u2019autres maladies épidémiques, ainsi que des vivres contaminés.Une affirmation sans preuves vaut exactement ce que vaut son auteur: dans le cas présent, rien du tout.De plus, on pensera ce qu\u2019on voudra des Américains, il nous est impossible de les imaginer jouant dans la vermine.Quand, il y a quelques années, Churchill apprit que Roosevelt avait accepté d\u2019aller à Yalta, on raconte qu\u2019il bondit: « C\u2019est l\u2019endroit du monde où il y a le plus de punaises.» Qu\u2019à cela ne tienne, répliquèrent les Américains.Ils chargèrent un bateau de D.D.T., entraînèrent une équipe spécialisée, nettoyèrent les appartements américains avec cette rapidité qui les caractérise, si bien qu\u2019au bout d\u2019une semaine l\u2019endroit fut aussi hygiénique que la zone du Canal de Panama.Et les Anglais d\u2019admirer une énergie aussi efficace.Ils dirent alors aux Américains: « Pourriez-vous faire la même chose chez nous ?» Tous ne peuvent se payer le luxe d\u2019un bateau spécial pour désinfecter.Certainement, répliquèrent les Américains; et les quartiers anglais furent désinfectés à leur tour.Cela fini, les Américains se tournèrent vers les Russes: « Pourrions-nous faire quelque chose pour vous ?» Non, merci, répliquèrent les soviétiques.Comment reconnaître officiellement qu\u2019ils avaient invité des alliés dans des endroits pleins de vermine ?Comment, surtout, accepter un tel service de la part de capitalistes ?Ils restèrent avec leurs punaises, ce qui ne les empêcha pas de gagner à Yalta de précieux avantages.Tout le monde sait que le typhus est propagé par les poux, que les épidémies se répandent où il n\u2019y a pas d\u2019hygiène.La vraie cause des horribles épidémies qu\u2019il y a en Extrême-Orient, aujourd\u2019hui, c\u2019est le manque de prophylactiques.Cela, tout le monde le sait, même à Prague.Les responsables sont ceux qui déchaînèrent la guerre sans le moindre souci de préparer les ressources médicales éventuellement nécessaires.Qu\u2019ils se frappent la poitrine, au lieu de lancer des calomnies qui ne déshonorent qu\u2019eux-mêmes.J.-H.L.Excellente façon de récompenser les élèves qui ont bien réussi aux examens: offrir en cadeau un abonnement à RELATIONS.Abonnement pour les étudiants: $2.50 par année.JUIN 1952 157 A quoi servent les comptes nationaux?Émile BOUVIER, S.J.AU DÉBUT de l\u2019année, le Bureau fédéral de la AA Statistique publiait un nouveau rapport des Comptes nationaux présentant le tableau de vingt-cinq ans d\u2019activité économique au Canada, de 1926 à 1950 (D.B.S.National Accounts, Income & Expenditure 1926-1950, n° 1).C\u2019est, à notre avis, la publication la plus importante parce qu\u2019elle offre une synthèse et un regroupement des statistiques canadiennes qui nous permettent maintenant de suivre le progrès économique de notre pays.Le rôle croissant de certaines industries, de certaines institutions financières et commerciales, le développement progressif des syndicats ouvriers et patronaux nous imposent l\u2019impérieux devoir social d\u2019assurer des décisions économiques éclairées, de contrôler de plus près l\u2019administration publique, soit par des suggestions qui améliorent les lois, soit par la formation de l\u2019opinion populaire, soit par une influence efficace sur ceux qui dirigent les destinées d\u2019un peuple.Certaines décisions économiques d\u2019envergure peuvent entraîner des conséquences \u2014 bonnes ou mauvaises suivant les prévisions \u2014 pour certains secteurs de la population canadienne.Si, par exemple, on veut relever le niveau de vie, une augmentation générale des salaires ne suffit pas.Les citoyens canadiens doivent alors bénéficier d\u2019une plus grande quantité de biens et de services par une augmentation et une meilleure distribution du revenu national.Des hommes d\u2019affaires qui projettent une expansion industrielle, ou un syndicat ouvrier qui élabore une politique des salaires doivent tenir compte de ces réalités économiques générales.Par exemple, si les investissements de capitaux augmentent de 60% comme en 1946-1947, la production et l\u2019embauchage s\u2019accroissent.Si, par contre, le volume de la consommation diminue, l\u2019homme d\u2019affaires ne peut facilement faire de l\u2019expansion.D\u2019où il résulte que l\u2019établissement et la mise à jour constante des comptes nationaux deviennent indispensables à l\u2019administration éclairée d\u2019une entreprise ou d\u2019une organisation sociale.Déjà nécessaires dans une économie où les décisions de produire, d\u2019investir, d\u2019exporter sont prises par des individus isolés les uns des autres, les statistiques du revenu national sont essentielles lorsque l\u2019ensemble de ces décisions est coordonné par l\u2019existence d\u2019un plan général qui veut assurer la reconstruction et la stabilité économiques d\u2019un pays.Il serait vain d\u2019énumérer tous les problèmes dont la solution intelligente n\u2019est possible que par l\u2019utilisation Le P.Bouvier, économiste et spécialiste en relations industrielles, expose certains aspects du revenu national.des statistiques du revenu national: volume de la production, des dépenses publiques, politique fiscale, plein emploi, politique des prix, des salaires, quantité des investissements, nature des contrôles à établir, etc.La récente brochure d\u2019Ottawa devient alors un guide indispensable dans l\u2019élaboration d\u2019une politique sociale et un des instruments principaux pour en contrôler l\u2019exécution.Malheureusement, le public non averti et effaré par l\u2019austérité des chiffres laisse ces problèmes vitaux aux spécialistes et aux experts d\u2019Ottawa.Or, cet article se propose de rendre ce champ de connaissances économiques accessible au public, aux organisations, aux institutions d\u2019affaires qui doivent guider l\u2019action économique et protéger la main-d\u2019œuvre ouvrière.Impossible, évidemment, dans l\u2019espace de quelques colonnes de discuter en détail tous les postes du bilan financier d\u2019un pays; qu\u2019il suffise d\u2019indiquer le sens des postes majeurs et d\u2019en saisir les relations.Les économistes peuvent se chicaner sur les définitions et la terminologie, les procédés techniques, les méthodes d\u2019évaluation et de calcul: laissons-les à leurs débats.Montrons simplement comment utiliser l\u2019instrument que le Bureau fédéral de la Statistique nous met entre les mains.Pour utiliser cet instrument, il faut saisir trois notions fondamentales: le revenu, le produit, la dépense ou Y emploi du revenu.Le revenu représente la somme totale des biens et des services que reçoivent les individus d\u2019un pays.Plus un individu reçoit de nourriture, de vêtements, d\u2019objets de luxe, plus son niveau de vie augmente.Plus le niveau de vie s\u2019élève, plus le progrès s\u2019accroît.D\u2019où l\u2019on peut affirmer que le revenu est un indice de progrès économique.La deuxième notion est celle du produit.Le produit est la cause et la source du revenu; il représente la somme totale des frais de production.La production met en mouvement l\u2019activité économique des secteurs: travailleurs, entrepreneurs, propriétaires.D\u2019où l\u2019on peut affirmer que la production nationale est un indice de puissance productive et par ricochet de bien-être et de progrès.Enfin, la dépense ou l\u2019emploi du revenu nous montre l\u2019écoulement des biens et des services dans un pays; elle nous montre d\u2019un coup d\u2019œil la vitalité des canaux de distribution qui circulent au milieu de la population.Elle sert de guide à une politique fiscale qui veut assurer un niveau minimum de bien-être à tous les secteurs de la population.C\u2019est pour ces raisons que l\u2019économiste F.Perroux analyse le revenu national sous ces trois angles qu\u2019il appelle « trois optiques dominantes ».En nous servant de cette triple division, indiquons que le revenu national peut servir à nous faire connaître trois aspects de notre économie nationale.Le revenu national, en effet, peut servir a) d\u2019indice de progrès économique (le revenu); 158 RELATIONS b) d\u2019indice de puissance productive (le produit) ; c) de guide à la politique fiscale (l\u2019emploi du revenu).I.\u2014 INDICE DE PROGRÈS ÉCONOMIQUE Le progrès économique ou la prospérité nationale est « l\u2019état dans lequel les hommes disposent d\u2019une manière durable d\u2019une quantité de biens matériels suffisant à satisfaire leurs besoins légitimes » (Muller).C\u2019est un état social favorable à l\u2019épanouissement du bien-être de tous les citoyens.Plus le régime économique d\u2019un pays offre de biens et de services, plus les individus doivent s\u2019attendre à une part grandissante du revenu national.Seule l\u2019augmentation globale du revenu ne suffit pas.La distribution doit en être juste et proportionnelle à chacune des classes de la société.Or, par définition, le revenu national exprime le produit net d\u2019une économie pendant une période donnée; il exprime le résultat global de toutes les formes de travail et de capital qui ont contribué au progrès de l\u2019économie nationale.C\u2019est la somme des revenus nets distribués à tous les facteurs de production.Au bilan national, les facteurs de production se divisent en quatre catégories: a) le revenu du travail qui comprend salaires, gages, traitements, ainsi que les salaires sociaux, assurances, pensions, etc.; b) le revenu du placement qui comprend les intérêts, les dividendes, les profits des corporations; c) le revenu de l'entreprise non incorporée \u2014 certaines personnes utilisent leurs capitaux en exploitant des entreprises qu\u2019elles possèdent elles-mêmes; d) le revenu de l'entreprise agricole qui comprend les recettes nettes du fermier ou du cultivateur.Or voici comment se répartit le revenu national depuis 1926.TABLEAU I RÉPARTITION DU REVENU NATIONAL ENTRE LES FACTEURS DE PRODUCTION (1926-1951) Année\tRevenu du Travail Salaires et solde des militaires\t\tRevenu du placement\t\tRevenu de l\u2019entreprise agricole\t\tRevenu de l\u2019entreprise non agricole\t\tRevenu national net \tMillions\t%\tMillions\t%\tMillions\t%\tMillions\t%\tMillions 1926\t\t2,365\t56.5\t685\t16.4\t619\t14.8\t516\t12.3\t4,185 1927\t\t2,504\t56.7\t754\t17.1\t612\t13.8\t547\t12.4\t4,417 1928\t\t2,712\t56.2\t872\t18.1\t655\t13.6\t584\t12.1\t4,823 1929\t\t2,937\t61.3\t836\t17.5\t408\t8.5\t608\t12.7\t4,789 1930\t\t2,783\t65.0\t621\t14.5\t323\t7.5\t556\t13.0\t4,283 1931\t\t2,406\t72.2\t377\t11.3\t96\t2.9\t454\t13.6\t3,333 1932\t\t1,973\t75.0\t204\t7.8\t108\t4.1\t345\t13.1\t2,630 1933\t\t1,786\t72.8\t299\t12.2\t74\t3.0\t293\t12.0\t2,452 1934\t\t1,936\t66.8\t463\t16.0\t174\t6.0\t324\t11.2\t2,897 1935\t\t2,075\t65.1\t529\t16.6\t222\t7.0\t362\t11.3\t3,188 1936\t\t2,234\t64.1\t658\t18.9\t197\t5.6\t398\t11.4\t3,487 1937\t\t2,527\t62.2\t793\t19.5\t290\t7.2\t452\t11.1\t4,062 1938\t\t2,503\t62.3\t704\t17.5\t359\t8.9\t452\t11.3\t4,018 1939\t\t2,607\t59.6\t917\t21.0\t385\t8.8\t464\t10.6\t4,373 1940\t\t3,122\t59.3\t1,128\t21.4\t492\t9.4\t521\t9.9\t5,263 1941\t\t3,961\t60.3\t1,484\t22.6\t490\t7.5\t628\t9.6\t6,563 1942\t\t4,883\t58.6\t1,761\t21.1\t988\t11.8\t705\t8.5\t8,337 1943\t\t5,693\t63.0\t1,801\t19.9\t805\t8.9\t744\t8.2\t9,043 1944\t\t6,008\t61.1\t1,829\t18.6\t1,185\t12.1\t804\t8.2\t9,826 1945\t\t6,070\t61.7\t1,859\t18.9\t1,010\t10.3\t901\t9.1\t9.840 1946\t\t5,663\t57.7\t1.975\t20.1\t1.112\t11.3\t1,071\t10.9\t9,821 1947\t\t6,304\t57.4\t2,269\t20.7\t1,223\t11.1\t1,189\t10.8\t10,985 1948\t\t7,252\t57.7\t2,464\t19.6\t1,518\t12.1\t1,326\t10.6\t12,560 1949\t\t7,876\t59.7\t2,445\t18.5\t1,504\t11.4\t1,369\t10.4\t13,194 1950\t\t8,408\t58.3\t2,921\t20.3\t1,579\t11.0\t1,498\t10.4\t14,406 1951\t\t9,841\t57.1\t3,655\t21.2\t2,138\t12.4\t1,595\t9.3\t17,229 (D.B.S.National Accounts 1926-1950, n° 1.) (D.B.S.»\t»\t1951, n° 3.) Donc de 1926 à 1938, le facteur travail absorbe une moyenne de 63.4% du revenu national, le facteur placement, une moyenne de 15.9% et le facteur entreprise autonome, une moyenne de 20.7%; de 1938 à 1946, le facteur travail absorbe 61%, le facteur placement, 20% et le facteur entreprise autonome, 19%; de 1946 à 1951, le facteur travail absorbe 60.7%, le facteur placement, 19.9% et le facteur entreprise autonome, 19.4%.Il existe donc une constante dans le partage global du revenu national entre capital et travail dans un rap- port de 60% et 40% environ.D\u2019ailleurs, cette constante se retrouve presque la même dans les comptes nationaux des pays étrangers, particulièrement des États-Unis et de la Grande-Bretagne.Mais l\u2019indice le plus utile pour mesurer le progrès économique est celui qui donne non seulement la part globale, mais la répartition de cette part aux membres de la société.Malheureusement, le B.F.S.n\u2019a pas encore publié la décomposition du revenu des travailleurs par classes.Il faudrait dégager cette information soit par les statistiques de l\u2019impôt sur JUIN 1952 159 le revenu, soit par les statistiques des salaires dans l\u2019industrie manufacturière, soit par la classification des consommateurs qui reçoivent un revenu.Les résultats nous décevraient, car les statistiques de l\u2019impôt du revenu ne représentent que la population taxée, tandis que celles des salaires se limitent à une partie de la population active.La classification des consommateurs ne sera mise à jour que plus tard.Toutefois, le rapport général des Comptes nationaux conclut, dans son introduction, que la quantité totale de biens et de services absorbés par les consommateurs du Canada a été de 93% plus élevée en 1950 qu\u2019en 1928.Et cette quantité, si elle est répartie sur chaque consommateur canadien, donne une augmentation de 38% par rapport au niveau de vie de 1928.Pour mieux saisir la distribution des revenus par consommateur canadien, il nous faudrait un tableau semblable à celui des États-Unis que nous citons en exemple.TABLEAU 11.\u2014 DISTRIBUTION DES CONSOMMATEURS AUX É.-U.Classe\t1935-6\t1946\t1950 Au-dessus de $5,000\t\t\t 2.3%\t10%\t20% $3-$5,000\t\t\t\t 4.%\t25%\t31% $2-$3,000\t\t\t 9.7%\t25%\t19% $l-$2,000\t\t\t 31.%\t23%\t17% Au-dessous de $1,000\t\t\t 53.%\t17%\t13% Ces données indiquent clairement que le niveau de vie augmente, que la distribution des revenus est plus équitable, que le prolétariat tend à disparaître et que le nombre des propriétaires s\u2019accroît.A ce signe, le revenu national devient dès lors un indice de progrès.IL \u2014 INDICE DE PUISSANCE PRODUCTIVE Considérons maintenant le revenu national sous un deuxième aspect, celui du produit brut.Le revenu net que nous avons analysé tantôt nous renseignait sur la distribution du pouvoir d\u2019achat, sur le niveau de vie des citoyens canadiens, mais ne nous renseignait pas sur les forces qui influencent la production.Bon nombre d\u2019hommes d\u2019affaires, déjà embrouillés par les statistiques du revenu national net, ont cru que par cette addition les experts d\u2019Ottawa ajoutaient à la confusion.Mais non, la production brute constitue un article essentiel du bilan national.Si un pays collabore à une guerre, il doit mesurer l\u2019intensité et la durée de son effort; par exemple, jusqu\u2019à quelle limite fournira-t-il des bombes atomiques, des avions, des radars ?De plus, l\u2019expérience l\u2019a montré, toute guerre entraîne une hausse des prix.Jusqu\u2019à quelle limite, alors, une nation peut-elle supporter une inflation?Pour résoudre ces deux problèmes, le bilan doit d\u2019abord, afin d\u2019évaluer la production totale possible, indiquer la quantité normale de biens et de services qu\u2019un pays peut produire.De plus, le bilan doit déclarer la somme des revenus disponibles à la consommation totale, la somme des impôts et des épargnes.Ces connaissances conditionnent toute action contre l\u2019inflation telles que les 160 restrictions de crédit, la hausse des taux d\u2019intérêt, le rationnement, mesures nécessaires à la réalisation d\u2019un programme de stabilisation des prix.Le revenu national net, nous l\u2019avons vu plus haut, calcule les sommes gagnées par les facteurs de production, mais il exclut certains éléments du coût de production tels que les taxes indirectes, taxes de vente et d\u2019accise, qui peuvent difficilement être imputées à un facteur de production plutôt qu\u2019à un autre; il exclut aussi les dépréciations et les réserves.En ajoutant ces articles au revenu national net, on obtient le revenu national brut ou la production nationale brute.Celle-ci représente la valeur de toutes les marchandises finies et de tous les services produits en y incluant tous les frais de production: frais du capital, travail, impôts, dépréciations et réserves.Si, en 1951, au revenu national net du Canada, on ajoute les impôts indirects (moins les subsides), plus les dépréciations, et compte tenu d\u2019une erreur résiduelle d\u2019estimation, on obtiendra un revenu national ou une production nationale brute de 21,241 millions de dollars.En effet: Revenu national net du Canada en 1951.$17,229 millions Impôts indirects, moins les subsides.2,386 » Dépréciations.1,763\t» $21,378 millions Erreur résiduelle d\u2019estimation.- 137\t» Revenu national ou production nationale brute: $21,241 millions Cette production brute totale ne s\u2019est pas créée toute seule.Elle provient de deux causes: l\u2019entreprise privée et l\u2019État.C\u2019est précisément par la participation de ces deux facteurs principaux que la production nationale brute éclaire les données essentielles du bilan national.La participation de l\u2019entreprise privée dans la constitution du revenu national brut sera mesurée par la somme des biens et des services vendus aux consommateurs, aux autres entreprises et à l\u2019État.La participation de l\u2019État le sera de la même manière.La production brute devient alors un achat, soit pour le consommateur, l\u2019entreprise ou l\u2019État.Et la somme des achats constitue la somme des dépenses.Voilà qui explique pourquoi dans les comptes nationaux le produit national brut et les dépenses nationales sont deux quantités identiques.Ainsi la production nationale brute de $21,241 millions sera transformée en dépenses de la façon suivante: 1° Dépenses des particuliers en biens et services.$13,062 millions 2° Dépenses du gouvernement en biens et ser- vices.3,120\t» 3° Dépenses des entreprises incluant les placements et changements d\u2019inventaires.\t5,457\t» Exportations-importations.\u2014 534\t» Erreur résiduelle d\u2019estimation.-f 136 » Total des dépenses nationales brutes.$21,241 millions D\u2019où il résulte clairement qu\u2019un État qui veut transformer la production d\u2019un pays doit agir sur trois postes du bilan national: a) il diminuera les dépenses RELATIONS des particuliers, par le rationnement, l\u2019impôt et l\u2019épargne obligatoires; b) il augmentera celles du gouvernement, par les contrats de guerre, et c) dirigera la production industrielle, par certaines restrictions de crédit ou certains embargos.De plus, les limites de cette action dépendront, en ce qui concerne les particuliers, de la consommation incompressible.Un gouvernement qui pousserait la taxation de guerre jusqu\u2019à réduire les $13 milliards de consommation à $5 milliards imposerait un fardeau matériellement impossible à une population qui doit d\u2019abord subsister avant de se défendre.Les dépenses du gouvernement, par contre, dépendront de son pouvoir d\u2019emprunt, qui à son tour dépend de la capacité taxable des citoyens.Ainsi, un gouvernement peut mesurer avec un certain degré de certitude la portée d\u2019un effort de guerre, son intensité et sa durée.Ces données apportent peut-être plus de lumière dans un autre domaine, celui de l\u2019inflation.Comment, dans une économie, apprécier une tendance inflationniste ou déflationniste ?Un moyen bien simple, c\u2019est de comparer le produit national brut probable à la dépense totale projetée et de déduire de la comparaison de ces deux ensembles la pression qui s\u2019exercera sur les prix, THÉÂTRE \u201cL\u2019Honneur de Dieu\u201d chez les Compagnons Pierre ANGERS, S.J.IES COMPAGNONS ont offert à leurs habitués la for-tune d\u2019une première en portant à la scène une œuvre inédite de Pierre Emmanuel, l\u2019Honneur de Dieu.La pièce a suscité un vif intérêt.Elle s\u2019impose par la vigueur de l\u2019inspiration et la puissance de la langue; elle fut servie par une interprétation intelligente, docile aux intentions du poète et d\u2019un goût sans défaillance.Il existe une modestie du comédien qui, avec une attention pleine de probité, perçoit les résonances les plus discrètes d\u2019un texte et se donne pour ambition de les traduire.C\u2019est un art difficile.Il y faut du flair et la finesse de l\u2019ouïe; les Compagnons ont montré qu\u2019ils en étaient capables.Aussi la pièce a-t-elle passé la rampe avec éclat devant une salle recueillie, parfois heurtée dans ses se-timents, moins souvent remuée en profondeur.Le sujet de l\u2019œuvre est hardi et rugueux, car l\u2019auteur a dépouillé l\u2019essentiel de tout l\u2019accessoire et il plonge l\u2019assistance en pleine atmosphère de vie intérieure, où passe par moments un souffle mystique.Le conflit est aigu et met les âmes aux prises avec la grâce.Ses exigences sont d\u2019une rigueur cruelle et sans ménagement.Le mot du Christ nous revient en mémoire: « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.» Dieu appelle à la vie religieuse une jeune fille du nom de Claire, qui, pour rester fidèle à sa vocation, doit vaincre l\u2019opposition de son père, déjouer les manœuvres tortueuses JUIN 1952 dans le sens de la hausse ou de la baisse.Si la production nationale brute est évaluée à $20 milliards et que la dépense totale projetée s\u2019élève à $22 milliards, il y aura une tendance à la hausse des prix d\u2019environ 10%.Pour maintenir la stabilité des prix, un État devra agir sur la quantité des dépenses ou pousser la production brute vers la hausse.Ainsi, de 1928 à 1950 le volume de la production nette s\u2019est élevé à 1.3% par année.De plus, cette augmentation a été obtenue avec une diminution d\u2019heures de travail variant de 70 à 35 heures par semaine environ.Si le pourcentage des augmentations de salaires dépasse de beaucoup celui de la productivité, le pays tombe infailliblement dans une inflation, trop souvent, hélas! coûteuse à l\u2019ouvrier.D\u2019où la nécessité de mettre à jour les statistiques de la production nationale brute.Quiconque est chargé de responsabilités publiques doit non seulement connaître ces données essentielles, mais les comprendre, les analyser et s\u2019en servir dans les décisions économiques à prendre pour le bien des travailleurs et de ceux qui vivent à la merci du régime.Dans un prochain article, nous montrerons comment les comptes nationaux peuvent guider la politique des salaires et la politique fiscale d\u2019un pays.Le Père Angers, adjoint du préfet des études au Collège Jean-de-Brébeuf et professeur de littérature à la faculté des lettres de V Université de Montréal, nous présente quelques réflexions sur la pièce de Pierre Emmanuel, créée par les Compagnons.machinées par son frère, surmonter des dissidences dans la communauté, obvier à des obstacles dressés par les autorités ecclésiastiques.Chez Claire, abandonnée aux inspirations de l\u2019Esprit, la volonté de suivre le Seigneur est mise en opposition, non seulement avec de vulgaires intérêts ou de basses intrigues, mais avec les réalités les plus sacrées (le pouvoir hiérarchique représenté par un prélat indigne) et avec les liens les plus forts, l\u2019amour de son père désemparé par l\u2019entrée de sa fille en religion.Ces forces déchaînées ont leur retentissement dans l\u2019âme de Claire où elles s\u2019affrontent, et celle-ci pour suivre le Christ doit perdre sa vie en ce monde et s\u2019agripper à une détermination qui survit à tous les assauts.L\u2019action est tragique; elle naît du conflit essentiel que le christianisme provoque en nous.Le Royaume de Dieu entre en ce monde, qu\u2019il bouleverse comme une chose d\u2019un autre ordre et d\u2019une supériorité absolue, au-dessus des prestiges de la fortune et du rang social, au-dessus des influences et des agitations humaines, au-dessus des relations éphémères entre les hommes ou de l\u2019amour le plus profond.Le péché y sème les divisions, les violences, les haines, mais la souffrance des saints répare et guérit.Ce sujet, gros de développements et de conséquences, l\u2019écrivain le traite avec l\u2019intrépidité qui convient à la nouveauté toujours imprévue du Message, mais aussi avec une âpreté hautaine et haletante qui fait choc sans émouvoir profondément.Le conflit se développe avec un tranchant aigu, mais il ne nous saisit pas jusqu\u2019au cœur, malgré les beautés de la langue et du jeu.D\u2019où vient cette retenue de l\u2019émotion?Peut-être d\u2019un penchant à transposer le drame sur un plan intellectuel trop 161 abstrait et à le traiter à la manière d\u2019un problème, ce qui enlève aux personnages et à l\u2019action la charge humaine et affective qui l\u2019eût rendu plus attachant.Il y a aussi autre chose.L\u2019existence chrétienne est une réalité mystérieuse qui s\u2019offre à nos courtes vues avec des aspects contrastés dont la synthèse est paradoxale.Les anges de la Nativité annoncent à la terre un message de paix et le Christ révèle la division qu\u2019opère sa Parole dans les âmes et dans la société.Il enseigne la docilité aux conseils de l\u2019Esprit Saint et en même temps il veut que soient écoutés Pierre et ses successeurs qui possèdent les clés du Royaume.Toutes ces paroles sont vraies à la fois et expriment les diverses faces du mystère.Au chrétien sont demandés ensemble un grand amour et un grand renoncement, de l\u2019initiative et de l\u2019obéissance, la patience dans l\u2019acceptation des événements et l\u2019audace pour les façonner.Ces antinomies apparentes ne peuvent pas se réduire logiquement; encore moins convient-il de les isoler.Pareille tentative a pour effet de n\u2019offrir qu\u2019une vue partielle de la réalité chrétienne et de la déformer.La foi, au contraire, doit la saisir dans son développement vital au cœur même de l\u2019existence.Il nous semble que l\u2019auteur a tendance à majorer certains aspects du christianisme sans maintenir les forces complémentaires essentielles pour assurer l\u2019harmonie du tableau.Dans l'Honneur de Dieu, les rapports immédiats de l\u2019âme avec Dieu sont mis en lumière, mais le rôle de l\u2019autorité est presque effacé, sinon rendu odieux, sans que soit suffisamment accusée sa fonction capitale dans l\u2019équilibre de la vie spirituelle.A ce sujet, largement s\u2019est exprimée la tradition de l\u2019Église, qui assure le progrès de la vie spirituelle par le moyen de l\u2019obéissance.En outre, il est vrai que l\u2019étendue des sacrifices demandés à un homme peut l\u2019atteindre jusqu\u2019en son intimité la plus sacrée et cette épreuve produire des déchirements; mais au sein des ténèbres, lève déjà l\u2019aube de l\u2019espérance, et la joie de l\u2019attente apaise la tension intérieure.Au niveau de l\u2019existence quotidienne, ces forces en apparence contradictoires composent, et c\u2019est la combinaison d\u2019éléments multiples qui offre au poète les plus puissants ressorts dramatiques.Et, par voie de conséquence, la foi préserve l\u2019esprit des écueils de l\u2019abstraction.\u2022 ¦ \u2022 HORIZON INTERNATIONAL ESPAGNE T JNE COURTE VISITE de dix-sept jours n'a pas laissé d'impressions désagréables.Au contraire! Avant d\u2019acheter mon billet, j\u2019avais téléphoné au consulat pour savoir s\u2019il y avait des formalités à remplir, un visa à se procurer.Pour un séjour aussi peu prolongé, non.J\u2019achetai mon billet, et me voilà à la frontière.Visite sommaire des bagages.Le douanier, me voyant en clergyman, ne savait trop si j\u2019étais catholique ou protestant.Quand il découvrit les chapelets que j\u2019apportais de Rome, il les admira tellement que je ne pus m\u2019empêcher de lui en offrir un.Un peu plus loin, un coup de tampon sur le passeport.Ce furent toutes les formalités requises pour entrer dans ce pays qu\u2019on dit fermé.Quand on sait les feuilles d\u2019enquêtes qu\u2019il faut remplir, les affidavits qu\u2019il faut se procurer, les interrogatoires qu\u2019il faut subir, les témoins qu\u2019il faut présenter pour entrer dans certaines démocraties, l\u2019Espagne vous abasourdit agréablement.Je me souviens alors de cette incomparable république d\u2019Amérique centrale où je dus obtenir, par coûteux télégrammes, l\u2019intervention personnelle du ministre de l\u2019Intérieur, pour qu\u2019on me donnât un visa de quarante-huit heures! Cela, parce que j\u2019avais commis la bêtise de dire au consul que j'étais religieux.C\u2019est là, peut-être, ce que nos incorrigibles protestants ou francs-maçons appellent la « liberté » ! On pensera ce qu\u2019on voudra de l\u2019Espagne actuelle, et je n\u2019ai pas la prétention d\u2019en savoir plus long que d\u2019autres qui y passèrent quinze jours ou trois semaines.Pour un citoyen américain, en tout cas, il n\u2019y a pas de grand inquisiteur à l\u2019entrée.Ni à la sortie.Ni pendant le séjour.On m\u2019assure que c\u2019est la même chose pour les autres pays.Pendant quelque temps la frontière fut fermée entre la France et l\u2019Espagne.Les Espagnols ne pouvaient légalement entrer en France; les Français qui arrivaient en Espagne y étaient très mal reçus.Il y a encore beaucoup de mauvais sang entre les deux pays, mais la frontière est ouverte et le contact a été rétabli.Du côté espagnol, m\u2019a-t-on assuré, les formalités sont réduites au minimum.L\u2019Espagne tente beaucoup le Français moyen, car la vie y est deux fois moins chère.Certains articles y coûtent trois, quatre fois moins.Cela pousse les querelles idéologiques à l\u2019arrière-plan.Les révolutionnaires, cependant, commettent une grave imprudence quand ils se fient à cette facilité.Nos journaux, de temps à autre, parlent de soulèvements espagnols, etc.Il est extrêmement rare que ces désordres prennent assez d\u2019importance pour retenir l\u2019attention du public.Ce qu\u2019il y a, c\u2019est à peu près ceci: les organisations révolutionnaires envoient leurs émissaires en Espagne; l\u2019entrée est facile.Dès qu\u2019ils font de l\u2019action, ils se font prendre à peu près aussitôt, car le gouvernement a le pays en mains.Ils se font traiter avec une extrême sévérité.A l\u2019étranger, on décrit leurs tentatives comme des événements réels dans un double but: faire de la propagande contre l\u2019Espagne de Franco, obtenir des fonds et des volontaires pour la prochaine fois.Seulement, cela fausse entièrement la perspective sur l\u2019Espagne actuelle.Je voyageais en clergyman.Personne ne me demanda si j\u2019étais catholique ou protestant.Je n\u2019eus pas à me présenter à la police, ni en personne, ni par intermédiaire, sauf à l\u2019entrée et à la sortie du pays pour faire mettre le coup de tampon rituel sur mon passeport.Personne n\u2019avait l\u2019air de s\u2019intéresser à mes allées et venues.Il ne me vint pas à l\u2019esprit de monter sur une tribune à la Puerta del Sol, afin de prouver aux Espagnols que leur genre de christianisme n\u2019était pas acceptable au reste du monde, comme certains « évangélistes » insistent à le faire dans la province de Québec.If you don't trouble trouble, then trouble won't trouble you.Trop de protestants qui voudraient transformer l\u2019Espagne à leur goût ont peut-être oublié ce proverbe, qui sort pourtant de leur terroir.C\u2019est peut-être pourquoi ils crient à la persécution.J\u2019y ai observé beaucoup moins de militaires qu\u2019en Italie ou en France.A Madrid, il n\u2019y en avait à peu près pas dans les rues.Une seule fois, j\u2019en vis une bonne centaine surgir de terre comme par enchantement.Ce fut le 24 avril 1952, à l\u2019occasion de la douzième réunion annuelle du Conseil supérieur de Recherches scientifiques.Franco présida la session de clôture, qui fut extrêmement brillante.Un membre distingué de ce Conseil supérieur me fit obtenir, sans aucune formalité de ma part, une invitation qui était libellée comme suit: S.E.le chef de l\u2019État et généralissime des armées espagnoles a daigné vous convoquer (senalarla) pour le 24 avril 1952, à 11 h.30 du matin.Le ministre de l\u2019Éducation nationale a l\u2019honneur d\u2019inviter V.E.à une cérémonie aussi solennelle.162 RELATIONS Ce n\u2019est pas tout à fait la nuance, car l\u2019espagnol solennel est intraduisible.Le lecteur intelligent devinera qu\u2019en recevant ce genre d\u2019invitation on se sente un peu marquis.Le Conseil est composé de cent cinquante membres, répartis en huit patronatos qui groupent toutes les sciences.Les patronatos sont divisés en instituts, lesquels, à leur tour, se subdivisent en sections.Ainsi, le premier patronato est celui de Raymond Lulle; il s\u2019occupe des sciences religieuses.L\u2019Institut Francisco Suarez se spécialise dans la théologie proprement dite et les sciences bibliques.Ces divers patronatos et instituts publient environ deux cents revues et un nombre considérable de livres, dont les meilleurs reçoivent un prix.Justement, à cette réunion, on présenta au chef de l\u2019État quelques centaines de livres magnifiquement reliés, et on proclama les lauréats.Ce fut quelque chose comme le palmarès national annuel des savants.Le Conseil a un budget annuel de 80 millions de pesetas \u2014 environ deux millions de dollars.Je demandai s\u2019il réunissait vraiment toutes les valeurs scientifiques du pays.Par exemple, Ortéga y Gasset en est-il membre ?On me répondit que non, mais que c\u2019était plutôt lui qui se tenait à l\u2019écart.De fait, un homme comme Ortega y Gasset se doit à lui-même de profondément mépriser un Conseil de Recherches scientifiques qui fait une place d\u2019hon-¦ neur à la théologie traditionnelle.Les Espagnols parlent avec franchise de la terrible sécheresse des trois dernières années, et des efforts de nombreuses nations pour leur imposer un boycottage économique et les faire mourir de faim.Cela, ils l\u2019attribuent à la franc-maçonnerie internationale et au manque de clairvoyance de personnes sur lesquelles ils avaient cru pouvoir compter.Cette année, il y a eu des pluies abondantes; les récoltes s\u2019annoncent convenables.Durant ces trois années terribles, l\u2019Espagne a rétabli l\u2019équilibre de son commerce international.Le pays est pauvre.A l\u2019exception de la Catalogne, du Levant, de l\u2019Andalousie, l\u2019Espagne est une série de chaînes rocheuses, entrecoupées de vallées qu\u2019on cultive le mieux qu\u2019on peut.Mais on dit que le pire est passé.Il est possible que durant de longues années on se souvienne de cette tentative de briser un peuple par la guerre économique et la faim.Les Espagnols peuvent garder longtemps rancune.Quand, après avoir été traités de cette façon, ils entendent certains ministres protestants pleurer parce qu\u2019on ne les laisse pas traiter l\u2019Espagne en pays conquis, ils se sentent insultés, et ils n\u2019ont aucune envie de donner des explications à qui n\u2019a pas le droit d\u2019en exiger.Ou ils répliquent avec des boutades ad hominem, qui risquent d\u2019irriter davantage.Il y a un certain conflit entre le gouvernement et un secteur de l\u2019opinion catholique au sujet de l\u2019éducation.Dans le passé, alors que l\u2019Université était, à toutes fins pratiques, un fief de la franc-maçonnerie laïque et obligatoire, elle avait imposé l\u2019examen d\u2019État aux élèves de l\u2019enseignement libre.Quand venaient les examens, il suffisait de quelques sectaires (et il y en a dans la « laïque ») pour sabrer les élèves des collèges libres.Ainsi s\u2019efforçait-on de recruter pour les établissements laïques des élèves qui, normalement, auraient été chez les religieux.Les parents, en effet, étaient d\u2019avis que les Jésuites, les Maristes, les Pères des Écoles pies, etc.étaient des professeurs aussi compétents que les « universitaires » monopoleurs, et que, de plus, leurs enfants couraient moins le risque de se corrompre.Le « Mouvement » (c\u2019est ainsi qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui l\u2019avènement du régime actuel) a écarté l\u2019influence maçonnique et libérale (dans le vieux sens du siècle dernier), mais semble vouloir garder autant que possible le monopole des examens d\u2019État.A quoi bon vous inquiéter, dit-on aux parents et aux religieux qui n\u2019entendent pas de cette oreille, l\u2019Université est aujourd\u2019hui entièrement catholique?.Sans doute, sans doute, mais ne vaut-il pas mieux laisser les parents choisir leur école et ne pas accorder des privilèges qui deviendront aisément des sources d\u2019iniquités et de rancœurs ?Et puis, on sait ce que fut le passé.Personne, bien sûr, n\u2019a d\u2019inquiétude pour l\u2019avenir, mais pourquoi tenir à un monopole qui paraît injustifiable à tous points de vues et n\u2019est recommandé par rien du tout ?Un compromis, m\u2019a-t-on dit, a été réalisé.Certains établissements libres, particulièrement cotés, avaient reçu le privilège de faire passer leurs examens et de donner leurs diplômes.Peut-être serait-on plus à l\u2019aise si ce privilège devenait ce qu\u2019il doit évidemment être: le droit entier à la libre éducation.Mais allez faire lâcher prise à qui a goûté à l\u2019autorité exclusive du monopole.Pour cela, il faut autre chose que des arguments.Je fis ma retraite à Loyola.La guerre civile n\u2019a rien endommagé du merveilleux sanctuaire qu\u2019est devenue la maison natale de saint Ignace.Chaque jour, pendant l\u2019été, des milliers de touristes et de pèlerins viennent se recueillir à l\u2019endroit où Inigo de Loyola se livra à Dieu, admirer l\u2019inestimable trésor que la piété des fidèles y a accumulé.On avait tellement craint cependant! Les nationalistes basques, qui avaient occupé le sanctuaire pour en écarter les anarchistes ou les communistes, eurent la grandeur d\u2019âme de se retirer devant l\u2019avance des troupes espagnoles en 1934.Ils durent avoir le cœur bien gros quand, d\u2019Azpeitia, ils jetèrent un dernier regard sur le plus aimé de leurs sanctuaires.C\u2019était, bien sûr, leur devoir.Ils le firent avec une noblesse dont il faut garder mémoire.Si l\u2019on avait transformé cette douce vallée en Mont-Cassin et fait du chantage avec le sentiment religieux, le sanctuaire aurait été presque certainement détruit, et l\u2019on aurait pu se faire de sanglantes récriminations jusqu\u2019à la fin des temps.Cela n\u2019arriva pas.On en garde reconnaissance au président basque qui prit cette décision.Ce fut peut-être le geste le plus héroïque de sa vie.YOUGOSLAVIE T A RENCONTRE d'un prêtre you-Lj goslave, mon ancien élève, dans la compétence et le jugement duquel j'ai toujours eu, depuis des années, la plus grande confiance, me donna l\u2019occasion de tirer au clair certaines questions.D\u2019abord, que faut-il penser de l\u2019intense propagande faite par certains protestants dans nos pays au sujet des conversions forcées faites pendant que les ustashis furent au pouvoir ?Il me cita immédiatement le livre d\u2019Hervé Laurier: les Assassins au nom de Dieu.Ce M.« Laurier », dit-il, est un Serbe, et il y a beaucoup d\u2019inexactitudes dans son livre.Il y eut certainement un gros mouvement de « conversions » politiques, et il les expliqua de la façon suivante : d\u2019abord, un grand nombre de catholiques avaient été inscrits à faux comme orthodoxes, lors des grandes pressions de 1925 à 1928.Les circonstances politiques ayant changé, ils revinrent à la foi de leurs pères.Quant aux Serbes proprement dits, qu\u2019on força à devenir catholiques, il est impossible de tenir l\u2019Église responsable de ce que firent les ustashis pour les deux raisons suivantes: a) on menaça d\u2019excommunication les prêtres qui oseraient collaborer avec les ustashis dans ces conversions forcés; b) l\u2019Église, pour aider les Serbes opprimés par les ustashis, établit la distinction entre le catholicisme tout court et le catholicisme quant aux effets civils.Ceci demande quelques explications.Sous la menace des ustashis, un nombre considérable de Serbes demandèrent à se faire catholiques, afin d\u2019éviter des persécutions, ou pour obtenir certains avantages civils.Il était impossible de les admettre aux sacrements, car ils n\u2019avaient pas le minimum de connaissances religieuses, et leur motif était d\u2019ordre matériel.On ne pouvait donc les recevoir dans l\u2019Église, à moins qu\u2019ils n\u2019étudient la religion et ne montrent qu\u2019ils voulaient être vraiment catholiques.D\u2019autre part, c\u2019était peut-être pour ces malheureux une question de vie et de mort.Dans ces circonstances, les évêques les reconnurent comme civilement catholiques et JUIN 1952 163 religieusement en dehors de l\u2019Église.Ainsi, ils retirèrent, sans devenir catholiques, les avantages de leur « conversion forcée ».C\u2019est ainsi que l\u2019Église déjoua la manœuvre faite par les ustashis pour forcer les consciences non catholiques.Mon ancien élève n\u2019avait pas sous la main des statistiques complètes sur le nombre de prêtres tués ou emprisonnés.Il me fournit les détails fragmentaires suivants.En Bosnie, il y avait 202 prêtres; 50 n\u2019ont jamais fait de prison (1951); 152 ont été condamnés ou le sont encore.Souvent, on les arrête, on les condamne à plusieurs années de travaux forcés, on les amnistie au bout de quelque temps, on les arrête de nouveau.Le diocèse le plus éprouvé fut certainement celui de Mostar (Herzégovine).En 1939, il avait 183,000 fidèles, avec 26 prêtres séculiers et 138 prêtres franciscains.Au début de la guerre (1941), les chiffres avaient monté à 192,000 fidèles, avec 33 prêtres séculiers et 157 franciscains.Au début de 1951, nous avons le tableau suivant: Prêtres en prison.29 dont 4 séculiers, 25 religieux, soit 14.1% Prêtres tués.68\t»\t13\t»\t55\t»\t»\t33.1% Prêtres émigrés.30\t»\t5\t»\t25\t»\t»\t14.6% Travaillant dans le diocèse.78\t»\t14\t»\t64\t»\t»\t38.2% Des 78 prêtres qui sont actifs dans le diocèse, il y en a 8 seulement qui n\u2019ont jamais été en prison.Il y a des détails répugnants : dans les deux camps de Sisak et de Stara Gradiska, où se trouvent la plupart des prêtres et religieux catholiques, ces derniers sont exclusivement chargés du nettoyage des lieux d\u2019aisance.Chaque matin, on leur distribue des casques d\u2019acier allemands, désormais affectés à cet usage.Ils doivent, pratiquement, ramasser la saleté avec leurs mains pour en remplir les casques qu\u2019ils vont vider dans un chariot de vidanges.Ils s\u2019attellent alors au chariot, qu\u2019ils vont décharger en dehors du camp.On veut, par là, « chasser Dieu de leur tête ».Le commandant du camp de Sisak, dès l\u2019arrivée d\u2019un convoi de prisonniers, demandait s\u2019il y avait des prêtres dans le groupe.Ceux-ci se présentaient: « Quand aurez-vous fini de tromper le peuple avec votre Dieu ?Où se trouve maintenant votre Dieu, pourquoi ne vous aide-t-il pas?».A la fin de la journée, il mettait les prêtres au « garde à vous » et leur donnait le mot de passe qu\u2019il fallait répéter.C\u2019était un blasphème.Ils se taisaient évidemment.Alors venaient les coups de mains et les coups de pieds.On m\u2019a rapporté qu\u2019en 1951, des policiers se mirent en soutane, s\u2019installèrent dans les confessionaux d\u2019une église de Zagreb, confessèrent les fidèles! Aussi, dans quelques régions, l\u2019autorité ecclésiastique a-t-elle insisté pour que tous les prêtres se montrent aux fidèles avant de s\u2019installer au confessionnal.Il m\u2019annonça encore qu\u2019un ancien prisonnier des camps de concentration de Tito prépare un travail d\u2019ensemble sur les bagnes yougoslaves.Il y a, en Yougoslavie, cinq provinces et une administration autonome: l\u2019Albanie.La seule province de Bosnie a 2,500,000 habitants, 28 camps de travaux forcés qui occupent au delà de 50,000 prisonniers.On les loge dans des dortoirs, où il y a huit rangées superposées de couchettes qui vont du sol jusqu\u2019au plafond.Au bout d\u2019une heure, l\u2019air est irrespirable.On fait toute espèce de travaux: le stade de Sarajevo, le centre directif du ministère de l\u2019Intérieur, les villas où vont s\u2019ébattre Tito et ses amis.Il y a plus dangereux: dans les mines de charbon de Tuzla, il y a des galeries souterraines qui ne sont pas protégées par des charpentes de bois; les éboulements y sont fréquents.On force les ouvriers à y travailler sous la menace d\u2019une mitrailleuse.Un prêtre, P.Thomas Jablanovic, a survécu à un de ces éboulements.Malgré ces travaux d\u2019esclaves, en dépit de l\u2019aide considérable que Tito se vante de recevoir continuellement des États-Unis, il n\u2019y a pas de progrès matériel.Ceux qui ne font pas partie du gouvernement sont toujours en guenilles; aujourd\u2019hui comme hier, on ne mange pas à sa faim, et la famine semble à la veille de s\u2019étendre à chaque instant.Il n\u2019y a pas un souffle de liberté.Les gens qui ne profitent pas du régime sont très sévères pour les puissances atlantiques, surtout pour les États-Unis qu\u2019ils rendent responsables de la tyrannie de Tito.Ce n\u2019est pas qu\u2019une révolution, à l\u2019heure qu\u2019il est, soit désirable.Elle provoquerait une crise qui risquerait d\u2019entraîner de formidables complications internationales.On comprend très bien, d\u2019autre part, que Tito ne peut se passer de l\u2019amitié américaine.C\u2019est pour lui une question de vie et de mort.S\u2019il tombe dans les mains de Stalin, son compte est assuré.Cela, Tito le sait tout aussi bien que tout autre Yougoslave.Dans ces circonstances, on ne comprend pas, en Yougoslavie, pourquoi les États-Unis accordent une aide aussi généreuse sans exiger de lui: a) la libération des ministres du culte injustement emprisonnés; b) la fermeture des camps de travaux forcés; c) un régime de liberté civile et religieuse.Si l\u2019on insiste, Tito sera obligé de se soumettre, ou de se rendre à la merci de Stalin, ce qui lui est impossible.Si les États-Unis n\u2019insistent pas, les peuples yougoslaves se voient obligés de les considérer comme solidaires et responsables de la tyrannie de Tito.Cela pourrait avoir, en cas de conflit, d\u2019assez lourdes conséquences.Le peuple yougoslave ne considérerait pas les soldats alliés comme des libérateurs, mais comme ceux qui viennent imposer la continuation de la tyrannie.Il suffirait de quelques exaltés pour jeter des populations, exaspérées jusqu\u2019à la limite, dans les bras du vengeur universel \u2014 l\u2019armée rouge! Il me semble que cet avertissement de mon ancien élève, proféré sur un ton grave, mérite d\u2019être pris en très sérieuse considération.Lyon, 13 mai 1952.Joseph-H.Ledit.VOCATION CHRÉTIENNE ET MISSION DU LAÏC AT Paul VANIER, S.J.Elégante brochure de 48 pages, réunissant les trois articles publiés dans Relations en mai, août et septembre 1951.Collection Relations, n°.1.Un médecin français nous écrit : « Cette brochure m\u2019a enthousiasmé.Tout ce que j'avais lu jusqu\u2019ici sur le mariage m\u2019avait déçu en méconnaissant soit sa grandeur dans le Christ soit sa contingence.C\u2019est le Père Henri de Lubac qui me l\u2019a fait connaître, alors qu\u2019après avoir interrogé beaucoup d\u2019autres, j'étais allé implorer la lumière de l\u2019auteur de Catholicisme.» MONTREAL.\u2014 Les Editions Bellarmin, 8100, boul.Saint-Laurent.Granger Frères, 54 ouest, rue Notre-Dame.Fides, 25 est, rue Saint-Jacques.QUEBEC.\u2014 Librairie Garneau, 47, rue Buade.Librairie de l\u2019Action catholique, Place Jean-Talon.L'Institut littéraire, 35, rue de la Couronne.Librairie Universelle, 6, chemin Sainte-Foy.Abonnement pour tous, 77, rue d'Âiguillon.OTTAWA.\u2014 Le Centre catholique de l\u2019Université d'Ottawa, 1, rue Stewart.Desmarais & RobitaiIle, 180, rue Rideau.Prix: $0.25 LES LIVRES QUESTIONS RELIGIEUSES Giovanni Rossi: Traqués par Dieu.Traduit de l\u2019italien par M.Bourrette-Serre.\u2014 Paris, Bonne Presse, 1951.257 pp., 20 cm.A VEC UN GOÛT SÛR, l\u2019A.nous livre trente-trois récits de conversions célèbres, survenues ces dernières années en différents pays.Aucun de ces récits n\u2019est banal.On aime voir Dieu gagner une âme en respectant sa liberté.C\u2019est alors, pour le converti, la grande découverte du plan rédempteur, du Christ et de son Église; puis, la joie de posséder une certitude qui transforme tout l\u2019être et toute la vie.Et chacun de le proclamer à sa façon.Gustave Cohen, professeur à la Sorbonne: « Désormais, je n\u2019étais plus seul; .demandant peu, j\u2019obtenais beaucoup, tout d\u2019abord la certitude de la foi » (p.22).Dans une lettre à son amie, le célèbre chansonnier Paul Misraki: « Je sais, Aline, que ce n\u2019est pas moi qui vous rendrai la vue; il ne m\u2019appartient pas de guérir les aveugles.Dieu ne donne sa lumière qu\u2019à ceux qui la lui demandent » (p.98).Gagné au catholicisme par la grande charité de Pie XII, le premier rabbin de Rome, Eugenio Zolli, déclare à ses compatriotes: « Je n\u2019ai rien renié, j\u2019ai la conscience pure (p.129).J\u2019ai renoncé à tout.pour pouvoir ensuite prendre la route qui était la seule pour moi et qui reste la seule possible » (p.132).L\u2019éminent savant Pierre Lecomte du Noüy, revenu à la foi de son enfance, écrit: « Ceux qui, sans aucune preuve,.se sont systématiquement efforcés de détruire l\u2019idée de Dieu, ont fait une œuvre vile et antiscientifique » (p.160).Ces courtes biographies sont de nature à faire apprécier le don mystérieux de la foi aux catholiques de naissance et à donner aux chercheurs de vérité le courage de franchir l\u2019étape libératrice.« La vérité vous rendra libres » {Jean, vin, 32).Irénée Beaubien.Collège Sainte-Marie, Montréal.Our Bishops Speak.1919-1951.\u2014 Milwaukee, The Bruce Publishing Company, 1952.402 pp., 23 cm.Prix: $6.00.T TN INSTRUMENT de travail absolument nécessaire à tous ^ ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019histoire de l\u2019Église aux États-Unis.Il faut entendre ici absolument nécessaire à la lettre.Ce livre contient les lettres collectives des évêques américains et les déclarations du bureau d\u2019administration de la National Catholic Welfare Conference : en tout 82 documents s\u2019échelonnant de 1919 à 1951.Il fait naturellement suite au livre publié, en 1923, par Mgr Peter Guilday, The National Pastorals of the American Hierarchy 1792-1919.Ensemble ils forment donc la collection complète de tous les grands documents des évêques américains de 1792 à 1951.Des index très détaillés, une impression impeccable facilitent le travail de consultation.A propos de la question sociale, des persécutions au Mexique, en Espagne et en Pologne, du développement du cinéma et de sa puissance pour le bien ou pour le mal, des problèmes d\u2019éducation, de la sainteté du mariage et de la laïcisation, Our Bishops Speak livre les ^préoccupations et les joies, les combats et les triomphes de l\u2019Église américaine.Traduite en diverses langues, la déclaration du 12 février 1919 sur la reconstruction sociale fit le tour du monde; dix des onze principales recommandations ont été depuis entérinées, en tout ou en partie, dans les lois du pays.Courage des attitudes et netteté des exposés caractérisent d\u2019ailleurs toutes les pièces de ce volume.Pour qui sait lire, voici la vraie histoire du Royaume de Dieu, dont tous les autres royaumes ne sont que d\u2019éphémères reflets et de lointaines préparations.Luigi d\u2019Apollonia.Chan.Jacques Leclercq: Penser chrétiennement notre temps.Collection « Notre monde ».\u2014 Paris, P.Téqui, 1951.116 pp., 18.5 cm./'\"''ES CINQ essais ont déjà paru dans plusieurs revues.Le fil qui les relie en volume est une inquiétude devant les grands problèmes de l\u2019heure, qui stimule les esprits nobles, mais paralyse les timorés.Ici, mieux qu\u2019inquiétude, c\u2019est optimisme qu\u2019il faudrait dire.La doctrine chrétienne n\u2019a pas besoin de varier pour absorber les éléments de vérité que contiennent les théories les plus contraires.Elle les possède déjà et n\u2019a, pour se les assimiler, qu\u2019à approfondir sa fidélité à elle-même en pensant chrétiennement notre temps.Esprit net et neuf, le chanoine Leclercq ne se paye pas de mots.Il sait exposer, distinguer, éclairer les arrière-plans et orienter vers l\u2019avenir en soulignant les principes de fond et la valeur des évidences oubliées.Il sait admirablement, par exemple, qu\u2019il est impossible de retourner vers un passé, si glorieux qu\u2019on se plaise à l\u2019imaginer, car l\u2019Église n\u2019est pas une chose donnée une fois pour toutes, complète, achevée, finie: elle regarde en avant vers le Royaume.Plus qu\u2019à la réflexion calme et au repos dans des réponses toutes faites, l\u2019A.invite à la hardiesse de la pensée et à l\u2019affrontement chrétien.Le chapitre intitulé « Changements de perspectives en chrétienté » vaut, à lui tout seul, le prix du volume.Luigi d\u2019Apollonia.Chan.Jacques Leclercq: La Vocation religieuse.\u2014 Tournai-Paris, Casterman, 1951.256 pp., 20 cm.T\u2019AUTEUR écrit: « Ces pages n\u2019ont pas de caractère apologé-tique; leur but n\u2019est pas de défendre la vie religieuse, ni d\u2019éveiller des vocations, mais d\u2019aider à réfléchir.» Elles « visent à une prise de conscience qui dégage les exigences, mais aussi les écueils et les dangers de la vocation,.ce que veut et ce que doit essayer de réaliser celui qui conçoit l\u2019ambition de se consacrer à Dieu» (p.11).Avec la verve vivante et vibrante qui lui est propre, l\u2019A.considère ensuite certains aspects de cette vocation spéciale: célibat, vie communautaire, pauvreté, chasteté, ascèse et recueillement, initiative et responsabilité, pour terminer par un chapitre sur la vocation sacerdotale.M.le chanoine Leclercq a voulu faire réfléchir ceux qui pratiquent actuellement la vie religieuse, comme ceux qui se proposent de l\u2019embrasser, sur les richesses cachées de cette perle précieuse.Il y réussit admirablement.Son livre est tressé de pages émouvantes, suggestives et singulièrement illuminatrices.Malheureusement, comme l\u2019ont remarqué le P.Genin, O.P., dans Évangéliser (juill.1951), à propos du dernier chapitre, et le P.Carpentier, S.J., dans la Revue des Communautés religieuses (juill.-oct.1951), pour l\u2019ensemble du volume, les positions essentielles de l\u2019A.en cette matière semblent difficilement conciliables avec l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019Église, plus spécialement avec celui de Pie XII.« L\u2019appel et le don sont les réalités fondamentales de la vie religieuse » (p.22).« La vie commune et les trois vœux forment le cadre de la vie religieuse.; mais ils n\u2019épuisent pas les données essentielles de la vie religieuse » (p.189).« Pour comprendre cet exposé, il faut dépasser les conceptions canoniques distinguant les clercs, les religieux et les laïcs consacrés » (p.207).Naturellement, puisque la législation canonique « a pour but de réglementer la vie chrétienne, de la faciliter, de l\u2019assurer, de la défendre contre les abus et les déviations » (p.8).En somme, les inexactitudes sur le fondement de la vocation religieuse, la défiance envers les conceptions canoniques de la vie religieuse, les imprécisions plus ou moins graves sur les principaux éléments de la vie religieuse nous obligent à dire que ce livre, s\u2019il peut nourrir certaines personnes averties par les pages précieuses qu\u2019il contient, nuira fatalement à la plupart de celles qui n\u2019ont pas la formation voulue pour discerner la paille du bon grain.Jean-Paul D all aire.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.PHILOSOPHIE Albert Dondeyne: Foi chrétienne et Pensée contemporaine.Les problèmes philosophiques soulevés dans Vencyclique « Hu-mani Generis ».Louvain, Publications Universitaires, 1951, VIII-224 pp., 19 cm.Prix: 100 fr.b.QUELQUES JOURS avant de publier l\u2019encyclique Humani Generis, dans un bref portant la date du 6 août 1950, adressé au XXIe congrès international de Pax Romana tenu à JUIN 1952 165 Amsterdam du 19 au 27 août 1950, Sa Sainteté Pie XII disait aux étudiants et aux intellectuels catholiques du monde entier: « Nous rappelons, comme une impérieuse exigence, ces deux devoirs: présence à la pensée contemporaine, service de l\u2019Église.Oui, soyez partout présents à la pointe du combat de l\u2019intelligence, à l\u2019heure où celle-ci s\u2019efforce d\u2019envisager les problèmes de l\u2019homme et de la nature aux dimensions nouvelles où ils se posent désormais » (A.A.S., 1950, p.635).Et, daps son encyclique, le Pape rappelle aux théologiens et aux philosophes catholiques qu\u2019ils n\u2019ont pas le droit d\u2019ignorer les doctrines contemporaines, « en premier lieu parce qu\u2019on ne soigne bien les malades que si d\u2019abord on les connaît bien, ensuite parce qu\u2019il arrive qu\u2019un élément de vérité se cache jusque dans les doctrines fausses, enfin parce que celles-ci provoquent l\u2019esprit à scruter et à peser plus attentivement certaines vérités philosophiques et théologiques » (A.A.S., 1950, p.563).Le présent ouvrage est une réponse éloquente à la consigne du Saint Père.Ce n\u2019est pas un résumé de l\u2019encyclique, ni un commentaire littéral du texte.Reprenant les principaux problèmes mentionnés dans le document pontifical, l\u2019A.les repense avec la lucidité d\u2019un esprit éclairé et la loyauté d\u2019une volonté désireuse de convaincre ses frères.Ces problèmes sont nombreux, complexes, difficiles, mais d\u2019une immense portée pour la destinée présente de nos contemporains: historicité de l\u2019existence humaine, irrationnel et raison, foi et philosophie, dogme et libre recherche.Dans ce « dialogue » inspiré par les préoccupations de nos penseurs modernes, après avoir présenté en une synthèse objective les positions fondamentales de la phénoménologie existentielle, l\u2019A.montre comment et pourquoi, malgré ses trouvailles précieuses, la méthode de ces philosophes ne parvient pas à fournir une réponse satisfaisante aux questions de notre temps.C\u2019est la partie la plus solide et la plus intéressante de son travail.L\u2019A.ne se contente pourtant pas de souligner les lacunes de la pensée contemporaine, en restreignant cette appellation aux existentialistes de toutes couleurs et de toutes tendances, il s\u2019efforce de prouver que la doctrine de saint Thomas nous apporte un secours jusqu\u2019ici insurpassé, dans les ténèbres où se débattent les hommes de notre époque.C\u2019est le sens d\u2019un chapitre intitulé « le problème du thomisme ».On ne pouvait exiger, dans les cadres du plan tracé, un exposé complet de la philosophie thomiste.On aurait cependant désiré une présentation plus rigoureusement synthétique des points fondamentaux de la pensée de saint Thomas.Telle quelle, cette œuvre constitue un instrument de valeur pour ceux qui désirent mieux comprendre les préoccupations des hommes de notre temps.Jean-Paul Dallaire.V Immaculée-Conception, Montréal.Henri Bernard-Maître, S.J.: Sagesse chinoise et Philosophie chrétienne.Prix Thorlet 1947.\u2014 Paris, Les Belles- Lettres, II-277-VI pp., 23 cm., 900 fr.RÉIMPRESSION en France d\u2019une œuvre publiée en Chine vers 1935.L\u2019A.a vécu dans les milieux les plus variés d\u2019Extrême-Orient; il a travaillé avec les centres culturels et collaboré aux revues spécialisées de divers pays.Il ne présente pas une histoire complète et systématique de la philosophie chinoise, mais plutôt une vue personnelle des grandes étapes de cette sagesse orientale.Il se propose d\u2019initier sérieusement les Occidentaux aux principaux caractères de la pensée chinoise, en les saisissant dans leur développement historique, à la lumière de la philosophie catholique.En trente leçons, distribuées en trois parties, l\u2019A.examine successivement: 1° les éléments de la sagesse chinoise, de la préhistoire au xvi° siècle, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019au premier contact de la pensée d\u2019Extrême-Orient avec la philosophie européenne de l\u2019époque; 2° l\u2019avènement de la philosophie chrétienne vers le milieu du xvi® siècle, son premier rayonnement, son échec apparent à la fin du xvme siècle; 3° le retour offensif de l\u2019Occident, le progrès de ses diverses rencontres avec la civilisation chinoise jusqu\u2019à la deuxième guerre mondiale.Le plan est clair et se poursuit logiquement.Les ambitions sont méritoires et nécessaires, à une époque où nous prenons de plus en plus conscience de l\u2019unité du monde, de notre grandeur chrétienne et de notre petitesse humaine à côté de l\u2019Orient en ébullition.L\u2019A.nous apprend ou nous rappelle avec avantage certains contacts historiques entre la Chine et l\u2019Occident, que nous sommes tentés de passer sous silence ou d\u2019oublier.D\u2019aucuns lui reprocheront, non sans raison peut-être, de n\u2019avoir pas parfaitement saisi l\u2019essentiel de la pensée chinoise.Mais tel, son livre demeure un instrument utile pour ceux qui désirent mieux connaître et mieux aimer nos frères de là-bas.Jean-Paul Dallaire.V Immaculée-Conception, Montréal.ÉDUCATION Marie-Paule Vinay: Qui est Jeannette?Voyages autour de ton âme.Études de psychologie féminine.Présentation de Mgr Albert Tessier, P.D.\u2014 Montréal, chez l\u2019auteur, 3118, rue Guyard, 1952.312-5 pp., 19.5 cm.Prix: $2.60./'''E LIVRE est une philosophie de la femme.Réunissant les ^-\"'fruits savoureux de son expérience et de ses réflexions, l\u2019A., avec la suavité d\u2019une mère et la sûreté d\u2019un docteur, se propose d\u2019amener les jeunes filles de notre temps à prendre conscience de toutes les splendeurs qui tissent leur personne et à se rendre compte de toutes les influences qui s\u2019affrontent en elles.Ce traité ne se présente pas avec l\u2019appareil austère et sec des manuels; il n\u2019en reste pas moins complet, suggestif et substantiellement exact.L\u2019A.n\u2019oublie jamais celles à qui le volume est destiné.Chaque problème est abordé concrètement, d\u2019une façon vivante et directe.Quelques faits de la vie journalière, les moins compliqués du monde; puis, quelques suggestions faciles, accompagnées de comparaisons lumineuses appuyant ce début de réflexion; alors la leçon se déroule de plus en plus convaincante.Sagesse persuasive qui éveille l\u2019intérêt et oriente l\u2019esprit vers une vision plus claire de soi-même.« L\u2019auteur a envisagé la vie plutôt que des circonstances scolaires.Il a voulu que des interrogations sensibilisent, que la pensée tressaille, que le cœur s\u2019émeuve » (p.8).Fort bien.Seulement, cette méthode socratique, et en somme profondément humaine, risquerait souvent de laisser flotter autour des questions un certain vague plus ou moins stérile.Mme Vinay évite cet inconvénient, sans rien sacrifier de la finesse de ses analyses.Chaque chapitre est suivi de deux compléments essentiels: des notions techniques résument en formules lapidaires les principes utilisés ou supposés dans l\u2019exposé précédent; des réflexions et travaux proposent immédiatement quelques exemples sur lesquels, en s\u2019exerçant, on peut vérifier jusqu\u2019à quel point on a compris, au besoin corriger et compléter sa position.Jean-Paul Dallaire.L\u2019Immaculée-Conception, Montréal.Joseph HOUYOUX: Pjmr ou contre les Écoles de bonheur?\u2014 Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1952.150 pp., 22 cm.Prix: $1.50.RÉFUTATION de ce qui semblait une réfutation sans l\u2019être.Les Écoles de bonheur, c\u2019était l\u2019éloge de l\u2019enseignement ménager ou familial chez nous.Pour ou contre.est une contre-attaque de ce qui, paraît-il, n\u2019était pas une attaque de l\u2019enseignement ménager par les classiques plaidant humanisme et humanité.Cette contre-attaque, toute familière, plaide avec bonhomie humanisme, humanités et davantage.Où sera le bonheur, et l\u2019humanisme vivant, vécu ?Si le cours classique est un rond de course, n\u2019y exerçons que les chevaux de course, qui ne sont d\u2019ailleurs pas toujours les meilleurs chevaux.Où donc la femme sera plus humaine, humanior, et plus féminine ?Dans les classiques ou au foyer ?.Alexandre Dugré.QUESTIONS ÉCONOMIQUES ET SOCIALES Clément Mertens, S.J.: Initiation à l\u2019économie sociale.\u2014 Collection « Leçons familières », Paris, Casterman, 1952.279 pp., 19.5 cm.VOICI un ouvrage complet dans la présentation de tous les aspects du problème économique et social, sommaire dans ses justifications et analyses, précis dans ses définitions de no- 166 RELATIONS tions, clair enfin par ses exemples vivants.Autant de raisons d\u2019en recommander la lecture, d\u2019en prescrire même l\u2019étude à ceux que l\u2019économie sociale intéresse de près ou de loin.Il sera utile surtout aux chefs syndicaux, aux ouvriers désireux de s\u2019initier à la complexité du phénomène social qu\u2019ils travaillent à transformer.Aux étudiants catholiques, il apprendra la valeur précise de nombreux termes courants aujourd\u2019hui (travail, salariat, épargne, échange, crédit, marchés, profit, rente, etc.) et la sagesse pleinement humaine de la position catholique en économie sociale.Les problèmes posés par le développement de l\u2019activité humaine deviennent de jour en jour plus complexes.Même dans les milieux catholiques, il règne une certaine confusion.Qui ne s\u2019est trouvé, un jour, embarrassé de préciser la « notion catholique » de la propriété privée, des impôts, du profit?.L\u2019A.en propose des définitions brèves, qu\u2019une analyse loyale fait comprendre; le bon sens, éclairé par l\u2019enseignement social de l\u2019Église, en saisira la réalisation dans la vie journalière.Mérite étonnant de l\u2019ouvrage, on y voit clairement exposé le système bancaire.en sept pages; celui du crédit public, en quatre; de la bourse, en quatre pages aussi; le problème de la rente, en cinq pages, etc.Le lecteur se plaira également à retrouver, soulignées à chacune des phases de la vie économique, les valeurs humaines défendues par l\u2019Église.L\u2019âpreté des conflits économiques s\u2019ÿ estompe heureusement, car, contrairement à la position de Marx, si des lois aveugles n\u2019y jouent pas, les hommes peuvent s\u2019y rencontrer dans l\u2019estime et le respect mutuel.Robert-J.Ballon.V Immaculée-Conception, Montréal.Dr Jacques Spaey: Initiation à la médecine sociale.Collection « Leçons familières ».\u2014 Paris, Casterman, 1951.284 pp., 20 cm.TDAR SUITE de sa longue expérience médicale et, plus parti-culièrement, de son activité au cabinet du ministre de la Santé en Belgique, l\u2019A.a pu prendre connaissance des problèmes médicaux à l\u2019échelle sociale et nationale, ainsi que de leur incidence politique et administrative.Aussi a-t-il livré au public une œuvre solide qui est le fruit de compétentes réflexions.Il a défini la médecine sociale.C\u2019est tout autre chose qu\u2019une médecine de la société se substituant ou se juxtaposant à la médecine individuelle.Elle n\u2019est pas non plus une médecine axée sur une population appauvrie et dont l\u2019assurance-maladie serait l\u2019expression la plus notoire.La médecine sociale représente avant tout « un processus permanent d\u2019adaptation aux exigences du temps présent ».L\u2019A.l\u2019analyse dans les principes et dans les faits; il l\u2019étudie sous son double aspect préventif et curatif.Et il aborde, dans une dernière partie, l\u2019organisation et la législation médicosociales.Ce qui distingue cet ouvrage de tant d\u2019autres travaux érudits et documentés, c\u2019est à la fois l\u2019esprit de synthèse et la doctrine philosophique.L\u2019A.a vraiment repensé la médecine sociale et il l\u2019a fait en écrivain soucieux de l\u2019équilibre entre le bien de la personne et celui de la société.Sa doctrine philosophique est celle du personnalisme chrétien, qui bouscule les simplifications hâtives du collectivisme étatisant ou de l\u2019individualisme libéral.Cette œuvre vient à son heure, au moment où, durant les discussions sur l\u2019assurance-santé, il est si difficile de déterminer la place qu\u2019occupe la personne humaine et celle que revendique l\u2019action médicale dans la société.Émile Bouvier.Maison Bellarmin.George Boyle: The Poor Man's Prayer.\u2014 New York, Harper & Brothers, 1951.207 pp., 21 cm.(Au Canada, en vente chez Cuna Supply Cooperative, King William St., Hamilton, Ontario.) /\"AUVRAGE d\u2019un palpitant intérêt.Rarement il nous a été donné de lire sur un Canadien français, en langue anglaise, un livre aussi sympathique, surtout en provenance des États-Unis.Il s\u2019agit, en effet, de la vie et de l\u2019œuvre du fondateur des Caisses populaires en Amérique, M.Alphonse Desjardins, de Lévis.Quelque peu dramatisé, presque toujours dialogué, le JUIN 1952 Ha â>aubegarbe Actif: $23,500,000 Assurances en vigueur: $133,000,000 protégeant 89,000 assurés Assurances sur la vie sous toutes ses formes JIM\"\"' CONSERVEZ (Relation à flotationj constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.Non, flela lions nest pas utile, flotations est indispensable.$1.90 Par la poste $2.00 Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de flelationS \u2022 NOUVEAUTÉ Notre-Dame de toute l\u2019Année par Joseph et Charles LEDIT 160 pages.$1.25 LES ÉDITIONS BELLARMIN 8100, boulevard Saint-Laurent, Montréal - 14 167 Une banque progressive dans une ville grandissante La Banque D\u2019Épargne DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTREAL vous invite cordialement à vous constituer un compte d'épargne personnel Tel.: FA.6593 EUGÈNE GAUTHIER Enr.Menuiserie générale Spécialité : PORTES et CHÂSSIS 1577, rue Montcalm\tMontréal Cïjarbonneau TUmttée Fabricants de BISCUITS, CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET\tTél./Alkirk 1115 MONTREAL\tEchange privé Bureau à la résidence: 7855, rue Drolet \u2014 Tel.: TA.7176 J.-A.POULIN ÉBÉNISTE Mobilier d\u2019église, confessionnaux.prie-Dieu.etc.SPÉCIALITÉ: autels liturgiques de tous genres.Atelier : à l\u2019arrière de 6657 rue St-Denis Montréal\t\u2014\tTel.: TA.3545 AMherst 3983 jÇeblanc & Aiontpetit INGENIEURS-CONSEILS Plans de plomberie, chauffage, électricité et air conditionné 515 EST, RUE DEMONTIGNY\tMONTREAL-24 récit est alerte et vivant; il nous tient en haleine du commencement à la fin.Jamais l\u2019expression: « Se lit comme un roman », ne s\u2019est mieux appliquée à une biographie.Il faut féliciter l\u2019A.d\u2019avoir si bien compris son personnage et de l\u2019avoir campé inébranlable dans sa foi, infatigable dans son dévouement envers les pauvres.Un tel livre ne peut que faire beaucoup de bien à tous ceux qui le liront.Richard Arès.ÉLOQUENCE Alexis DÉCOUT, S.J.: Persuader par la parole.Manuel d\u2019initiation à la parole publique.Édition refondue.\u2014 Paris, Éditions Spes, 1951.222 pp., 18.5 cm.Prix: 360 fr.COMBIEN importante est la parole publique! L\u2019instrument dont Notre Seigneur s\u2019est surtout servi: « Jamais homme n\u2019a parlé comme cet homme.» Plût au ciel que tous ceux qui veulent agir comme lui sur leur prochain aient hérité de son don de parole! Une ligue a été fondée aux États-Unis, The Crusade for a more fruitful Preaching and Hearing of the Word of God.Pie XII a béni cette initiative qui s\u2019étend aujourd\u2019hui en d\u2019autres pays.-' Rien d\u2019étonnant que des hommes d\u2019étude et d\u2019expérience se soient efforcés de codifier les règles du « bien dire », de guider les débutants dans cette voie difficile.L\u2019art de la parole a ses manuels en diverses langues.Peu offrent autant de qualités que le modeste ouvrage du P.Décout.Modeste, car il se présente sans fanfare, en un mince format, sous un titre simple, dans un exposé accessible à tous.Mais rarement ouvrage de ce genre fut aussi complet.Il traite non seulement de la préparation éloignée et immédiate, des qualités intellectuelles et morales de l\u2019orateur, de l\u2019ordonnance et du style de son discours, mais encore de la diction (intensité, hauteur, timbre de la voix, articulation, accentuation, inflexion, rythme), puis de la mimique (geste, port, physionomie).Aucun détail, qui peut contribuer au succès de l\u2019orateur, n\u2019est oublié.Quels que soient votre âge, votre profession, vos dons oratoires, vous tous qui avez à parler en public, lisez attentivement ce livre.Il vous intéressera, vous instruira et surtout vous rendra service.Joseph-P.Archambault.VOYAGES Jacques HÉBERT: Aventure autour du monde.I: VExtrême-Orient enfeu.II: L\u2019Inde aux mystères.III: L\u2019Asie musulmane.\u2014 Montréal, Fides, 1952.229, 227, 247 pp., 20 cm.HEUREUX les voyageurs que charme l\u2019aventure! Ils partent avec entrain autour d\u2019un monde qu\u2019ils désirent embrasser.Après les Amériques et l\u2019Afrique, c\u2019est l\u2019Asie, cette fois, qui les attire.Dans ce carnet de route, les jeunes trouveront des récits captivants et une vaillance contagieuse, à l\u2019exemple de Guy de Larigaudie.Les gens sérieux rencontreront des remarques touchantes et profondes.L\u2019auteur ne cherche pas à corriger les Orientaux, mais il fustige avec courage l\u2019orgueil égoïste des impérialismes.Il a su regarder avec son esprit et son cœur des civilisations étrangères.Les voyageurs font auprès de nos missionnaires des escales pleines d\u2019agréments et ils échangent avec eux leurs joies et leur amour des peuples.Mais ils regrettent, avec raison, l\u2019aspect uniquement anglais de nos consulats.Chez les jaunes, immenses peuples collés à la terre, il y a l\u2019ordre des Japonais et la crainte des Annamites.Les Indes offrent une sagesse et des misères toujours douces pour ceux qui respectent le mystère.Le monde arabe, farouche et libre, s\u2019épuise dans l\u2019isolement ou la révolte.Les paysages abondent en beautés et les coutumes en intérêts multiples.Des photos et des dessins viennent encore enjoliver ces pages agréables.Il n\u2019y a pas de meilleur cadeau à offrir aux amis comme aux écoliers.Chacun s\u2019attachera avec plus de raison à cette Asie, qui guérira peut-être nos âmes, si nous avons pitié de ses misères.Paul-Émile Racicot.Maison Bellarmin.168 RELATIONS MATERIAUX DE CONSTRUCTION ISOLANTS PLANCHES MURALES PEINTURES ®========= FONDEE EN 1872\t¦ ALEX BREMNER LIMITED 7040, rue Bleury, Montréal 7, Que., IA.2254* Vofériaux de Construction \u2022 Isolation \u2022 Produits Réfractaires MAGASIN A RAYONS: 865 est, rue Sainte-Catherine Achète BIEN qui achète chez il a mxnzzà MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes : Hôtel Windsor PONTIAC - BUICK VAUXHALL CAMIONS G MC Sanguinet Automobile JÇtee Ouvert jour et nuit pour vente de pièces et réparations 1965, rue Lafontaine, Montréal - 24\t-\t-\tFAIkirk 3761 Nouveau numéro de téléphone.\t\tH ^ ' ijg CIE DE BOEUF DE L\u2019OUEST \u201cHochelaga\u201d Limitée EN GROS SEULEMENT (Roland Z)hibault, pxéâ.\t\tM» « \u2022\t\u2022*» Brûleurs Industriels \u201c RAY \u201d à moteur, à courroie, à turbine vapeur de 5 HP à 1000 HP chacun Maison fondée en 1872 HO.2591 VEAU \u2022 PORC FRAIS \u2022 AGNEAU\t\t¦ BURNER EQUIPMENT Ltd DISTRIBUTEURS EXCLUSIFS Vente \u2014 Installation \u2014 Entretien Spécialité: Institutions\t\t4077, rue St-Denis\tMontréal 2840, rue ONTARIO EST, MONTREAL ( Cours du C.P.R.)\t\tTéléphone L.-L.Roquet, I.P.Q.\tBÉlair 2153 J.Duchesne.\tNUIT & JOUR QUE FEREZ-VOUS UE VOS FILS?J)e* me dec in à ?Jbe* avocat* ?*be* ingénieux*?Jbe* hommeà dyallaite*?Cela dépend naturellement de leurs talents, de leurs goûts, des besoins de la société et de vos moyens.Mais si vos fils ont les qualités requises et du goût pour les carrières économiques, n'hésitez pas, et dès la fin de leur cours classique ou de leur douzième scientifique, envoyez-les à L\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES (affiliée à l'Université de Montréal et subventionnée par le Secrétariat provincial) Demandez notre PROSPECTUS GRATUIT \u2022\tA ceux qui peuvent se payer une formation universitaire, elle offre un COURS UNIVERSITAIRE.De trois à cinq années d'études conduisent à la licence en sciences commerciales, à la licence en sciences actuarielles et à la licence en sciences comptables, ce dernier titre donnant droit d'admission dans l'Institut des comptables agréés (C.A.) de la Province.\u2022\tAux autres, elle offre un COURS DE PRÉPARATION AUX AFFAIRES, qui se donne le soir, permettant ainsi à l'étudiant d'acquérir la compétence nécessaire à son succès tout en gagnant sa vie.535, avenue Viger Montréal \u201cRelation*\u201d vou* plait, patlez-en à vo* ami* naffiSftart 11 IMPRIMERIE OU MESSAGER.MONTREAL "]
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