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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1951-01, Collections de BAnQ.

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[" APRES DIX ANS Éditorial PROBLÈMES D\u2019UNITÉ CHRÉTIENNE Irénée BEAUBIEN LA LOI ANTICOMMUNISTE AMÉRICAINE Luigi d'APOLLONIA LE CRÉDIT AGRICOLE DU QUÉBEC Rodolphe LAPLANTE JOSEPH-P.ARCHAMBAULT RENÉ-S.CATTA LUCIEN ROY JOSEPH-H.LEDIT SOMMAIRE JANVIER 1951 Éditoriaux 1 Articles Après dix ans.\u2014 Le Pape et les ennemis de la FAMILLE.\u2014 Un SEUL BERCAIL.Articles LE SOIXANTIÈME ANNIVERSAIRE DE « RE- RUM NO VARUM ».Joseph-Papin Archambault 4 LE CRÉDIT AGRICOLE DU QUÉBEC.Rodolphe Laplante 6 PROBLÈMES D\u2019UNITÉ CHRÉTIENNE.Irénée Beaubien 9 HOLLYWOOD OU LA LOUANGE PERDUE.René-Salvator Catta 13 Commentaires.14 Un ambassadeur au Vatican.\u2014 Notre grande richesse, ce sont nos familles chrétiennes.\u2014 Le Pape et la paix.\u2014 Humanisme social.Au fil du mois.16 La question de Palestine.\u2014 Un comble.\u2014 Un conseil centenaire.\u2014 Franco-Américanie.\u2014 Le projet de loi sur les coopératives.LA LOI ANTICOMMUNISTE AMÉRICAINE.Luigi d\u2019Apollonia 17 AIDE-TOI ET LE CIEL T\u2019AIDERA .Lucien Roy 21 HORIZON INTERNATIONAL .Joseph-H.Ledit 22 Les livres 26 L'union de grâce selon saint Thomas.Marie-Joseph d\u2019Anjou The Canonical Separation of Consorts.Georges Van Belleghem Acta Camerae Apostolicae et civitatum Venetiarum, Ferrariae, Florentiae, Januae de Concilio Florentino .Joseph-H.\tLedit Images de Rome.M.-J.d\u2019A.Le Canada et les Nations Unies, 1949.R.A.La Cuestiôn social en Mexico.Joseph-H.\tLedit Vessel of Clay.Luigi d\u2019Apollonia Solitudes.Joseph-Louis Lavoie Les Archives de folklore.Florian Larivière Région agricole Sudbury-Nipissing.\\Albert\tPlante North-Bay et les jumelles Dionne.J « Relations : Si nous avons au frontispice épelé ce nom sans article, épithète ou déterminatif, c\u2019est désir de mieux exprimer l\u2019ampleur de notre dessein : contribuer à l\u2019équilibre de justice et de charité entre les divers éléments de la société, tant familiale et économique que politique et internationale.« Analyser les courants et les contre-courants de l\u2019opinion mondiale, en autant qu\u2019ils intéressent le Canada et le Canada français, poser les problèmes que comportent les relations des hommes, et les résoudre en s\u2019inspirant de la doctrine authentique de l\u2019Église et de l'esprit chrétien, orienter dans un sens catholique et donc humain l\u2019action sociale de ses amis pour que la « paix, cette œuvre de justice » (devise de Pie XII) nous soit donnée, voilà le service que voudrait rendre Relations.» (Relations, n° 1, janvier 1941.) RELATIONS REVUE DU MOIS publiée par un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Albert Plante Rédacteurs :\tJoseph-P.Archambault, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Gervais, Luigi d\u2019Apollonia, Jacques Tremblay, Richard Arès, Paul-Émile Beaudoin, Léon Lebel.Secrétaire de la rédaction : Marie-Joseph d\u2019ANjou Administrateur : Eugène Poirier Prix de l\u2019abonnement :\tA l\u2019étranger : $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants : $2.00 \u2022 8100, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL-14, CANADA Tél.s VEndôme 2541 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa. XIe année, N° 121 Montréal Janvier 1951 EDITORIAUX c4ptèâ dix anâ ELATIONS atteint ses dix ans avec janvier 1951.Age relativement avancé pour une revue sociale au Canada français.Cet anniversaire invite naturellement à faire halte pour mesurer le chemin parcouru et préparer l\u2019étape prochaine.Nous avons plusieurs raisons d\u2019être profondément reconnaissants envers la divine Providence: l\u2019accueil fait à la revue, les témoignages d\u2019appréciation qu\u2019elle a reçus, l\u2019empressement de nos amis à y collaborer, la joie de l\u2019équipe à travailler pour la plus grande gloire de Dieu.Nous éprouvons aussi le besoin et le goût de procéder à un sérieux examen de conscience pour voir si nous avons été fidèles aux espérances qui saluèrent la revue à son berceau.On la plaçait sous la tutelle d\u2019une vénérable aïeule, Y École Sociale Populaire, qui avait déjà bien mérité de la cause sociale chez nous.On concevait pour elle de grandes ambitions, comme chacun peut s\u2019en rendre compte par l\u2019extrait qui sert actuellement d\u2019exergue à la revue.Elle devait, « cavalerie légère, aviation de reconnaissance et de combat », se présenter un peu comme « la science mobilisée en vue de l\u2019apostolat social sur le terrain de l\u2019actualité ».A parcourir la table des matières de ces dix années, on a précisément cette impression de mobilité, de promptitude à l\u2019action pour défendre les points menacés du front social.Les fondateurs de Relations voulurent que son action s\u2019inspirât de motifs spirituels et d\u2019un esprit catholique, ennemi, par définition, de toute étroitesse.Ils le déclarèrent avec force dans ce passage de leur premier éditorial auquel les événements actuels donnent une impressionnante signification.Motifs spirituels: « Le gâchis actuel de l\u2019Occident ne vient pas de la technique elle-même aux créations merveilleuses, mais de son oppression du spirituel, lequel alors n\u2019a pas su donner au monde moderne ce « supplément d\u2019âme » que réclamait Bergson; plus exactement, il vient d\u2019une fausse conception des relations entre le spirituel et le temporel, que la Réforme a introduite dans l\u2019Europe chrétienne, que le libéralisme économique a développée et que les bolchévismes, rouge et brun, ont poussée à sa conclusion logique.Notre monde revient, sous la menace d\u2019une sauvage destruction, à la doctrine de l\u2019incarnation du spirituel dans le temporel.Mais comment la lui réapprendre ?» Esprit catholique: « Le monde aussi revient, instinctivement, à une vue catholique, universelle des relations humaines.Quel vrai Canadien proteste contre la solidarité que notre pays se reconnaît avec les nations voisines ?Qui ne désire l\u2019unité du pays dans le respect des originalités ethniques et régionales, la paix entre les classes dans l\u2019aménagement équitable des biens de la terre ?Qui croit encore au cloisonnement des disciplines ou des diverses économies ?.» A cet effort de retour au spirituel incarné dans le temporel, à cette aspiration du monde vers une solidarité prometteuse de prospérité et de paix, on peut voir comment notre revue participa si l\u2019on jette un rapide coup d\u2019œil sur l\u2019itinéraire qu\u2019elle a suivi depuis dix ans.Le souci des valeurs personnelles et familiales explique notre opposition à toute centralisation en matière d\u2019éducation, destructrice de la juste initiative pédagogique et des droits des parents, notre défense du système d\u2019éducation sous l\u2019autorité du Conseil de l\u2019Instruction publique.Relations a préconisé le maintien des disciplines traditionnelles, en particulier au cours secondaire, et en premier lieu les droits de la langue maternelle, menacés souvent à tous les degrés par l\u2019encombrement des matières disparates et aussi par un bilinguisme irréfléchi.Cela ne veut pas dire ostracisme à l\u2019égard de tout emprunt, puisqu\u2019il y a possibilité d\u2019enrichissement dans les contacts avec les cultures et les milieux étrangers.De même, si nous avons toujours défendu l\u2019autonomie des provinces et la juste diversité des coutumes et des cultures, nous avons tâché de diri- ÉA tous nos abonnés et lecteurs, ^Bonne et heureuse ÉAnnée ger le regard du lecteur au delà de sa province et de sa région, en lui faisant apprécier les richesses représentées par l\u2019œuvre des minorités françaises hors du Québec, celles aussi qu\u2019apportent à leur patrie d\u2019adoption les groupes néo-canadiens, enfin l\u2019apport du point de vue anglo-canadien sur divers problèmes.Guidés par les directives de nos chefs spirituels, nous avons travaillé à promouvoir un catholicisme à la fois fortement lié aux fécondes traditions et soucieux des nécessaires adaptations aux réalités du moment.Dans cet esprit, la revue n\u2019a pas ménagé son appui à nos ouvriers syndiqués.Elle prit leur défense, parfois au milieu du silence général, avec de trop rares journaux, comme dans le cas des grèves d\u2019Arvida et d\u2019As-bestos.De même, Relations a toujours soutenu la confessionnalité légale et réelle de nos institutions d\u2019éducation; elle a toujours favorisé les unions ouvrières confessionnelles de la C.T.C.C., les coopératives confessionnelles en milieu catholique homogène.Cet esprit catholique se garda, croyons-nous, de tout cléricalisme étroit, faisant le plus large possible la place aux laïcs, en particulier dans l\u2019enseignement classique et à la direction des mouvements d\u2019Action catholique et d\u2019action nationale.On constatera sans doute les mêmes tendances profondes dans la manière de traiter les autres sujets: la défense des liens du mariage, les problèmes constitutionnels, l\u2019habitation, la colonisation, les allocations familiales, les loisirs et les terrains de jeu, l\u2019enfance sans soutien, la tempérance et la moralité dans la métropole et la province, sans oublier les questions abordées chaque mois sous la rubrique « Horizon international ».Il y eut des offensives majeures, plus spectaculaires, qui ne doivent pas cependant faire oublier les combats de tous les jours, non moins importants; c\u2019est ainsi qu\u2019on se rappellera longtemps les articles courageux et documentés sur les cartels internationaux, les mises en accusation, calmes, impitoyables, du monopole de l\u2019électricité et de la Montreal Tramways.Nous avons voulu aider le lecteur de Relations à considérer le Canada comme pays d\u2019Amérique, et membre de la grande famille humaine qui cherche péniblement son unité sous la direction de l\u2019O.N.U.En cela, nous avons cru nous faire l\u2019écho de la parole du Vicaire du Christ, qui reste le pôle de notre pensée comme de notre attitude sociale, nationale et internationale.Ce tableau n\u2019est pas sans ombre.A l\u2019instar de leurs devanciers, les rédacteurs de Relations ont voulu parler en « hommes chrétiennement libres » qui s\u2019expriment « librement à des hommes libres, en vue de la sauvegarde des principes démocratiques et d\u2019une action sociale constructive ».Il a paru à d\u2019aucuns que cette liberté d\u2019expression se doublait d\u2019une grande confiance en soi.D\u2019autres trouvaient que la revue se mêlait de questions qui ne la regardaient pas et qu\u2019elle faisait en somme de la politique.Ces reproches nous laissent assez froids, conscients que nous sommes, au contraire, d\u2019avoir esquivé beaucoup de problèmes qui nous regardaient bien, mais que nous devions omettre, faute de temps ou de personnel pour faire l\u2019enquête exhaustive, seule capable de fournir l\u2019indispensable vue objective des faits, faute, souvent, de rencontrer dans les milieux intéressés l\u2019état d\u2019esprit permettant d\u2019aborder les problèmes.On a reproché aussi à Relations une attitude négative, surtout à l\u2019égard des membres du gouvernement ou des magnats de l\u2019argent.Ce reproche n\u2019est peut-être pas sans fondement, bien que nous ayons fait l\u2019éloge des bonnes actions plus souvent qu\u2019on ne le dit.Et puis, est-ce toujours notre faute si tant de fois la revue s\u2019est crue obligée de mettre en garde, de protester, de censurer ?Nous sommes les premiers à déplorer ce gaspillage d\u2019énergies spirituelles qui devraient s\u2019employer à la discussion progressive de projets ou de réalisations conformes à l\u2019esprit de l\u2019Évangile, favorables aux bonnes mœurs, propices à l\u2019épanouissement des personnes, des familles, du corps social tout entier.Est-il besoin de noter que nous n\u2019avons jamais prétendu à l\u2019infaillibilité, mais que nous avons tâché de dire simplement et loyalement ce que nous pensions?Enfin, si jamais nous avons été tentés de complaisance personnelle, la vie se chargea de nous ramener à la modestie.Ceux qui ont le courage de sacrifier richesse et avancement pour le triomphe de la vérité savent combien il en coûte de rester libre, et non pas seulement en sacrifices d\u2019argent.La liberté de parole et d\u2019action pose, même à des religieux, tant supérieurs qu\u2019inférieurs, des problèmes délicats qui peuvent parfois devenir tragiques.La question de la silicose fut un de ceux-là.Et il faut rendre aujourd\u2019hui à tous ceux que ce drame a éprouvés le témoignage d\u2019avoir agi avec une scrupuleuse bonne foi et pour des motifs de la plus haute qualité morale.Cet incident eut, malgré tout, des résultats bienfaisants pour la cause de l\u2019hygiène industrielle.Le dixième anniversaire offre une excellente occasion de rappeler, avec une fraternelle reconnaissance, le souvenir de l\u2019équipe des Jésuites qui fonda la revue, celui particulièrement du P.d\u2019Auteuil Richard, qui porta le poids de la direction pendant huit longues années.La revue fut toujours sous la responsabilité des quelques Pères de la Compagnie de Jésus dont les noms paraissent à la page du sommaire.Ce patronage clérical et jésuitique n\u2019a pas détourné les laïcs de collaborer à notre revue; nous leur présentons nos remerciements.Nos lecteurs auront depuis longtemps reconnu leur compétence et leur franchise; nous avons été à même d\u2019apprécier leur désintéressement et leur loyauté.Cette contribution, en certains cas très considérable, de laïcs venus non seulement du Canada français, mais des milieux anglo-canadien, américain et européen, fut un enrichissement pour la revue, qui prit de ce fait un 2 RELATIONS caractère universel auquel doit tenir une revue dirigée par des clercs.En cette année de grâce, après dix ans de sincères efforts pour réaliser l\u2019idéal entrevu par les fondateurs, l\u2019équipe actuelle de Relations fait sien le vœu des pionniers de 1941 : « Ceux qui succèdent aux rédacteurs des Relations des Jésuites de la Nouvelle-France (1632-1672) ne peuvent pas ne pas honorer la mémoire de ces géants de l\u2019apostolat, dont les écrits amenèrent au pays tant de colons, de cette formidable équipe de travailleurs qui nous a donné nos huit saints Martyrs, seconds patrons du Canada; ils recommandent le succès de cette nouvelle entreprise à ceux qui, consacrant la première église à l\u2019immaculée Conception et tout le pays à saint Joseph, firent tant pour étendre ici le règne social de Jésus-Christ.» JÇe Pape et leâ ennemi£ de la lamille ENCORE UNE FOIS le Pape a jugé nécessaire d\u2019intervenir en faveur de la famille.Recevant, le 2 novembre, au lendemain de la définition du dogme de l\u2019Assomption, les cardinaux, archevêques et évêques, accourus du monde entier, S.S.Pie XII profitait, en effet, de cette solennelle circonstance pour attirer leur attention sur les dangers que court la famille dans la société moderne, dangers qui proviennent surtout d\u2019une mauvaise interprétation du véritable rôle de la science et de l\u2019État.L\u2019Église, déclara-t-il, encourage le progrès scientifique, tout particulièrement quand un tel progrès comporte un aspect humain, comme en médecine, en psychologie et en science sociale; mais elle ne saurait admettre qu\u2019au nom de la science l\u2019on cherche à corrompre et à avilir l\u2019homme, à ruiner la société familiale.Elle ne saurait rester indifférente devant « le torrent fangeux des livres, brochures, essais, journaux de tout genre, qui, par leurs propos et leurs images sans sérieux ni pudeur, corrompent le bon sens populaire et la vraie notion d\u2019humanité ».Une découverte scientifique n\u2019est pas nécessairement utilisable par tout le monde, car il se peut qu\u2019elle cause un grave détriment au corps et à l\u2019âme.La science ne pourra jamais remplacer la morale, et c\u2019est une illusion de croire « qu\u2019il suffit de savoir pour être vertueux ».Non, ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on rendra vraiment service aux masses populaires: « Cette opinion, toujours dangereuse, est ici mortelle.Tout aussi nuisibles sont les idées que l\u2019on répand et propage dans le peuple pour créer une opinion artificielle, laquelle, par contrainte morale et plus souvent économique, réglera les relations entre les sexes, suggérera la façon de contracter le mariage et de constituer la famille.L\u2019ordre moral n\u2019est-il pas renversé quand l\u2019homme, image de Dieu, se laisse conduire, en sa vie la plus intime, par des gens qui ne poursuivent bassement que leur intérêt ?» JANVIER 1951 A cette menace qu\u2019une fausse utilisation de la science fait peser sur la société familiale, s\u2019en ajoute une autre provenant d\u2019une emprise toujours plus grande de l\u2019État.Cette emprise se fait aujourd\u2019hui au nom de la « sécurité sociale » ; mais si par cette expression l\u2019on veut dire « sécurité grâce à la société », déclare le Pape, il est à craindre que le mariage et la famille n\u2019en souffrent.Comment donc ?« Nous craignons non seulement que la société civile n\u2019entreprenne une chose qui, de soi, est étrangère à son office, mais encore que le sens de la vie chrétienne et la bonne ordonnance de cette vie n\u2019en soient affaiblis, et même ne disparaissent.Sous cette appellation, en entend déjà prononcer des formules malthusiennes; sous cette appellation, on cherche à violer, entre autres, les droits de la personne humaine ou du moins leur usage, même le droit au mariage et à la procréation.Pour les chrétiens et en général pour ceux qui croient en Dieu, la sécurité sociale ne peut être que la sécurité dans la société et avec la société, dans laquelle la vie surnaturelle de l\u2019homme, la fondation et le progrès naturels du foyer et de la famille sont comme le fondement sur lequel repose la société elle-même avant d\u2019exercer régulièrement et sûrement ses fonctions.» Ces paroles, et à propos de la propagande dite scientifique et à propos de l\u2019intervention de l\u2019État, méritent une attention particulière.Il ne faudrait pas qu\u2019elles demeurent inefficaces et inappliquées chez nous.Nos familles doivent se défendre contre l\u2019un et l\u2019autre danger.Mais elles n\u2019y réussiront que si elles consentent tout d\u2019abord à s\u2019unir dans une vaste association ayant pour première tâche de protéger leurs droits et de parler en leur nom.Il faut, au Canada français comme en France, créer un Mouvement populaire des Familles.Un âeul bexcail DEPUIS QUELQUES ANNÉES, se répand de plus en plus, parmi les Canadiens de langue française, la dévotion pour l\u2019Octave de la Chaire de l\u2019Unité.La Ligue missionnaire des étudiants, sous le patronage de l\u2019Union missionnaire du clergé, fait campagne depuis quatre ans auprès de tous les centres scolaires, collèges, couvents, écoles de la province de Québec; les Ligues du Sacré-Cœur, l\u2019an dernier, ont fait imprimer des affiches pour toutes les paroisses françaises du pays.Malgré ce courant, le Canadien français est encore moins attiré par la prière pour le retour des dissidents \u2014 sans doute à cause du milieu catholique homogène où il vit \u2014 que par la conquête des pays païens, une des intentions d\u2019ailleurs de l\u2019Octave de l\u2019Unité.Il ignore le plus souvent l\u2019origine de cette semaine de prière, inaugurée en une chapelle anglicane, il y a quarante-deux ans, par un religieux anglican, le révérend Paul James Francis (Louis-Thomas Wattson).Father Paul et Mother Lurana avaient fondé à Graymoor (New-York) une communauté anglicane, la 3 Société de la Réparation.Le désir d\u2019unité de l\u2019Église et les paroles de la prière sacerdotale du Christ: « Qu\u2019ils soient un », les hantent.Father Paul médite, prêche et, par les sentiers de la grâce, arrive pas à pas à la conviction que le Christ n\u2019a fondé qu\u2019une seule Église avec un Chef visible, le Pape, son Vicaire sur terre.Invité en 1901 à prêcher dans une église épiscopa-lienne de Long-Island, Father Paul expose la doctrine de la primauté de Pierre, au grand scandale des assistants.L\u2019archidiacre l\u2019interrompt avec éclat par les mots rituels : « Que votre lumière brille devant les hommes ! », signal de la quête.Mots prophétiques, car, toutes les églises épiscopa-liennes lui étant fermées, Father Paul fonde la revue The Lamp pour faire briller dans le monde protestant la lumière de son « hérésie ».Fidèle à la consigne du Christ sur la nécessité de la prière, Father Paul prolonge la journée pour l\u2019unité chrétienne, qui existait déjà, en une octave commençant le 18 janvier, fête de la Chaire de saint Pierre à Rome, pour se terminer le 25 janvier, fête de la conversion de saint Paul.L\u2019année suivante, le 30 octobre 1909, l\u2019inévitable se produit: deux religieux, cinq religieuses et dix laïcs rentrent au bercail de Rome.La communauté obtient la permission de poursuivre sa vie religieuse sous la bure de saint François.Elle continue également son apostolat: la publication de la revue The Lamp et surtout l\u2019Octave de l\u2019Unité de l\u2019Église, bénie solennellement par Pie X et indulgenciée par Benoît XV.On vient de changer son nom, court et gracieux, Octave de l\u2019Unité, en celui d\u2019Octave de la Chaire de l\u2019Unité, plus lourd, mais plus doctrinal et qui souligne mieux la raison formelle de l\u2019unité chrétienne: la cathedra, la chaire de Pierre, infaillible maître des enseignements de Jésus-Christ.Un grand ferment d\u2019unité travaille les sectes protestantes.L\u2019année dernière, le Saint Père, ouvrant l\u2019Année sainte, leur lançait un appel.En même temps que le Canada redouble son rayonnement missionnaire en pays païens, il lui faut, en cette Année sainte qui se prolonge, prier de plus en plus pour le Grand Retour des Églises dissidentes.L\u2019Octave de la Chaire de l\u2019Unité pourrait devenir chez nous une institution comme les quarante-heures et le mois du Rosaire.Et vienne le jour où, dans les paroisses frontières et dans les paroisses de ville qui comptent des groupements protestants, on invitera tous nos frères séparés à participer, soit dans leur temple, soit dans l\u2019église catholique, soit chez eux, à la grande prière d\u2019unité du Christ: « Ut sint unum ! Qu\u2019ils soient un! » Sur cette prière au Père nous pouvons tous nous entendre.\u2022 ¦¦¦ .\u2022 LE SOIXANTIÈME ANNIVERSAIRE DE «RERUM NOVARUM» Joseph-Papin ARCHAMBAULT, S.J.LE 15 MAI 1891 marque une date importante dans l\u2019histoire du monde.Ce jour-là l\u2019Église posait un geste dont l\u2019influence allait s\u2019exercer non seulement dans les milieux catholiques, mais partout où dominait l\u2019implacable industrie, où des hommes, courbés sous son joug cruel, étaient soumis à d\u2019inhumaines conditions.Autant vaut dire: à travers toute la terre, car la doctrine libérale atteignait alors son apogée.Elle régnait d\u2019un bout du monde à l\u2019autre.Maîtresse des esprits et des cœurs, elle imposait ses dictées aux magnats de l\u2019industrie et les rendait insensibles aux conséquences désastreuses qui en résultaient.L\u2019homme ne comptait plus pour eux.Sa dignité d\u2019être humain, ses aspirations morales, sa famille: prétentions inconnues, sinon ridiculisées.Ils ne voyaient dans l\u2019ouvrier qu\u2019un outil, qu\u2019un rouage.Tirer de son travail le plus gros profit possible, c\u2019est-à-dire lui faire rendre pour un minimum de salaire un maximum de travail, telle était leur unique préoccupation.Aussi, comme devait le déclarer Léon XIII, la plupart des travailleurs étaient plongés « dans une situa- tion d\u2019infortune et de misère imméritée ».Écartés, par leur abolition, des corporations qui les avaient naguère protégés, spoliés de tout droit d\u2019association, livrés à la merci d\u2019usuriers voraces, privés même des secours de la religion, ils vivaient dans la souffrance et la haine, n\u2019ayant d\u2019autre espoir que celui d\u2019une révolution générale qui renverserait l\u2019autorité régnante et les rendrait maîtres de leurs destinées.Mais de leur oppression même devait germer leur salut.Car sa violence leur suscita d\u2019ardents défenseurs.En plusieurs pays, des catholiques s\u2019émurent d\u2019une telle situation.Groupés autour de l\u2019évêque de Fribourg, l\u2019illustre Mgr Mermillod, ils étudièrent ensemble les moyens de changer cet état de choses.Soumis à Rome, les résultats de leurs délibérations ne pouvaient laisser indifférent l\u2019ancien archevêque de Pérouse, Mgr Pecci, qui, devenu pape sous le nom de Léon XIII, n\u2019oubliait pas les scènes navrantes dont il avait été lui-même témoin dans son ancien diocèse.Son parti fut vite pris.Aux grands maux les grands remèdes.Que pouvait-il pour « atténuer » au moins, sinon pour « faire cesser » complètement une exploi- 4 RELATIONS tation aussi scandaleuse de la classe ouvrière?Une seule arme entre ses mains: l\u2019intervention morale.Mais il lui donnerait une telle force, une telle portée, une telle résonance qu\u2019elle ébranlerait l\u2019odieuse domination que l\u2019économie libérale faisait peser sur tant d\u2019humbles travailleurs.Telle est la genèse de l\u2019encyclique mémorable que Léon XIII publia, le 15 mai 1891, sous le titre de Rerum novarum.Ses prévisions se réalisèrent.La parole pontificale produisit l\u2019effet d\u2019un coup de foudre.Jamais l\u2019Église n\u2019avait ainsi parlé.Sa condamnation du régime économique alors en vigueur n\u2019admettait aucune excuse.Mais surtout le grand Pontife ne s\u2019attarda pas à d\u2019inutiles critiques.Ses griefs brièvement mais solidement exposés, il passe aussitôt à la partie positive de son document.Il indique les moyens à prendre pour améliorer la situation de l\u2019ouvrier.Il trace magistralement un vaste programme de réforme et d\u2019action.On a appelé avec raison cette encyclique « la Charte des Travailleurs ».Que l\u2019influence de cet acte ait été profonde, un des successeurs de Léon XIII, l\u2019intrépide Pie XI, devait l\u2019établir quarante ans plus tard dans un document non moins célèbre, l\u2019encyclique Quadragesimo anno.La première partie en est consacrée aux « fruits de l\u2019encyclique Rerum novarum ».Elle se termine par ce jugement : « Tous ces bienfaits dus à l\u2019encyclique de Léon XIII, nous les avons esquissés plutôt que décrits; ils attestent avec éclat, par leur nombre et leur importance, que l\u2019immortel document n\u2019était pas seulement l\u2019expression d\u2019un idéal social magnifique, mais irréel.Bien au contraire, Notre Prédécesseur a puisé dans l\u2019Évangile, vivante source de vie, une doctrine capable, sinon de faire cesser tout de suite, du moins d\u2019atténuer beaucoup la lutte mortelle qui déchire l\u2019humanité.Que la bonne semence, largement jetée il y a quarante ans, soit tombée pour une part dans une bonne terre, nous en avons pour gage les fruits consolants qu\u2019avec le secours de Dieu en ont recueillis l\u2019Église du Christ et le genre humain tout entier.Aussi peut-on dire que l\u2019encyclique de Léon XIII s\u2019est révélée, avec le temps, la Grande Charte qui doit être le fondement de toute activité chrétienne en matière sociale.» Aussi le reste de l\u2019encyclique Quadragesimo anno n\u2019est-il rien d\u2019autre qu\u2019un commentaire, une adaptation, un complément, nécessités par la marche du temps, de l\u2019encyclique Rerum novarum.Celle-ci conserve donc dans ses grandes lignes toute sa vigueur et toute son actualité.« Qui ferait peu de cas de cette encyclique, ajoute Pie XI, et de sa commémoration solennelle, montrerait qu\u2019il méprise ce qu\u2019il ignore ou ne comprend pas ce qu\u2019il connaît à moitié, ou, s\u2019il comprend, mérite de se voir jeter à la face son injustice et son ingratitude.» Pie XII n\u2019est pas moins explicite dans son allocution pour le cinquantième anniversaire de cette Charte des Travailleurs.Il rappelle l\u2019appréciation élogieuse de Pie XI et non seulement la ratifie, mais la confirme par de nouveaux faits.Il reprend ensuite à son compte l\u2019enseignement de ses deux prédécesseurs, en montre l\u2019opportunité croissante, le précise sur quelques points importants et exhorte ardemment tous les catholiques à le mettre en pratique: « Ne laissez pas au milieu de vous s\u2019éteindre ou s\u2019affaiblir la voix des deux Pontifes dans leurs encycliques sociales, cette voix qui marque si bien aux croyants, dans la régénération surnaturelle de l\u2019humanité, leur devoir moral de coopérer au rétablissement de l\u2019ordre dans la société et spécialement dans la vie économique, poussant à l\u2019action non moins ceux qui participent à cette vie que l\u2019État lui-même.N\u2019est-ce pas là un devoir sacré pour tout chrétien ?» Il faut bien l\u2019avouer, même au Canada les encycliques sociales n\u2019inspirent pas, comme elles le devraient, la conduite des catholiques.S\u2019il s\u2019en trouve qui les étudient, tâchent de les pratiquer, s\u2019efforcent de les faire connaître autour d\u2019eux, un bon nombre, par ignorance ou mauvaise volonté, s\u2019y montrent indifférents.Le Souverain Pontife a cependant répété plus d\u2019une fois qu\u2019en elles se trouvait le salut de la société et que leur valeur obligatoire s\u2019imposait à tous.De ces observations, l\u2019épiscopat de la province de Québec s\u2019est fait l\u2019écho dans sa lettre du 11 mars 1941 sur la Restauration de Vordre social et dans celle du 14 février dernier sur le Problème ouvrier.\t* * * L\u2019année 1951 marque le soixantième anniversaire de Rerum novarum.Quelle plus belle occasion pour répondre à l\u2019appel de nos chefs spirituels! Déjà dans quelques pays le mot d\u2019ordre est donné.Des programmes s\u2019ébauchent et, si les événements internationaux n\u2019y mettent pas obstacle comme en 1941, des manifestations mémorables auront lieu.Le Canada catholique ne saurait s\u2019abstenir de cette célébration.Les directives de la hiérarchie et ses propres intérêts lui font un devoir d\u2019y prendre part.La fidélité à ses traditions le lui commande aussi.Depuis plusieurs années, un bon nombre de nos groupements professionnels et sociaux célèbrent le « mois des encycliques sociales ».On y lit durant le mois de mai les passages les plus saillants de ces documents, on en recherche les applications à notre condition économique.Plusieurs s\u2019en font les propagandistes dans leur milieu.Ce « mois » atteint son point culminant dans la semaine du 15, consacrée, suivant les directives récentes de l\u2019épiscopat, à la justice sociale.Des manifestations populaires ont lieu, le dimanche, dans plusieurs centres industriels.C\u2019est ainsi qu\u2019à Montréal une foule de plusieurs milliers de personnes, groupées dans le vaste parc Lafontaine, écoute des allocutions appropriées et acclame les Souverains Pontifes.Mais cette année une célébration de plus grande envergure s\u2019impose.Une propagande intense autour des deux encycliques devrait en être le premier acte, et leur lecture intégrale et attentive, le second.Il faudrait s\u2019y mettre dès les débuts de janvier.Viendraient ensuite, JANVIER 1951 5 de mois en mois, des études particulières sur quelques-uns des points les plus importants de l\u2019encyclique : action de l\u2019Église, intervention de l\u2019État, organisation professionnelle, etc.L\u2019Institut Social Populaire s\u2019engage pour sa part à appuyer vivement cet effort.On peut se procurer à son secrétariat le texte des encycliques, ainsi que des commentaires et des plans d\u2019étude.Une brochure paraîtra bientôt pour faciliter l\u2019exécution de ce programme.Nous espérons aussi que des conférences publiques, des causeries à la radio, des forums s\u2019organiseront.Tous les concours seront les bienvenus.Concours individuels, concours surtout collectifs.Nos mouvements d\u2019Action catholique, nos associations professionnelles, celles en particulier de patrons et d\u2019ouvriers, nos sociétés patriotiques, sociales, économiques, nos Chambres de commerce, voire nos clubs politiques, tous les groupements en un mot qui veulent contribuer à l\u2019instauration d\u2019un ordre meilleur, basé sur la justice et la charité, sont invités à entrer dans cette campagne.Qu\u2019ils s\u2019assimilent l\u2019encyclique Rerum novarum et son complément Quadragesimo anno, qu\u2019ils s\u2019imprègnent de leur esprit, qu\u2019ils en fassent, au-dessus des dissensions d\u2019affaires ou de parti, le point de ralliement de toutes les bonnes volontés.C\u2019est le conseil éloquent que nous donne Pie XII, à la fin de son allocution du 1er juin 1941: « Du provi- Le Crédit agricole du Québec Rodolphe LAPLANTE TOUT n\u2019a pas été dit ou écrit relativement au rôle joué par l\u2019Office du crédit agricole du Québec depuis son inauguration en 1936.Il faut se reporter à la situation qui prévalait alors dans le milieu agricole.Il y avait mévente des produits.La Loi du concordat, mesure fédérale d\u2019urgence pour protéger les intérêts des créanciers et des débiteurs, était en plein fonctionnement.Ce n\u2019était cependant qu\u2019un palliatif.Les dettes subsistaient telles quelles dans la plupart des cas, mais des délais avaient été accordés pour le remboursement du capital, et parfois réduction d\u2019intérêt avait été stipulée dans l\u2019ordonnance rendue par la Commission d\u2019arrangement entre débiteurs et créanciers.Le crédit agricole arrivait donc à son heure pour assumer l\u2019hypothèque âprement et dangereusement exigée parfois.Nos lecteurs se rappellent qu\u2019à la session d\u2019urgence de 1936, la Loi du crédit agricole, qui avait été réclamée pendant de longues années, fut promulguée.Dès septembre, la Législature du Québec édictait une loi permettant l\u2019octroi de prêts agricoles pour le bénéfice des dentiel message du Pape de Rerum novarum, a surgi, vive et limpide, une source d\u2019esprit social fort, sincère, désintéressé; une source qui peut bien aujourd\u2019hui se trouver recouverte par une avalanche d\u2019événements divers plus forts qu\u2019elle, mais qui demain, lorsque seront déblayées les ruines de cet ouragan mondial et que commencera le travail de reconstruction en vue d\u2019un nouvel ordre social qu\u2019on souhaite digne de Dieu et de l\u2019homme, alors infusera un nouvel et vigoureux élan, une nouvelle exubérance de sève à toute la floraison de civilisation humaine.Gardez la noble flamme de fraternel esprit social qu\u2019il y a un demi-siècle la torche lumineuse et rayonnante de Léon XIII a rallumée dans le cœur de vos pères; ne la laissez pas manquer d\u2019aliment, ne permettez pas qu\u2019éclairant de ses dernières étincelles vos hommages commémoratifs, elle vienne à mourir, éteinte par une lâche, peureuse et égoïste indifférence pour les besoins des plus pauvres de nos frères, ou emportée dans le tourbillon de poussière et de boue soufflé par l\u2019esprit antichrétien ou non chrétien.Nourrissez-la cette flamme, avivez-la, élevez-la, dilatez-la; portez-la partout où s\u2019élèvent vers vous un gémissement oppressé, une plainte de misère, un cri de douleur; réchauffez-la sans cesse aux ardeurs de l\u2019amour puisé dans le Cœur du Rédempteur.» Qui ne serait ému par ces paroles embrasées ?Qui ne voudrait agir sous leur souffle ardent ?M.Rodolphe Laplante, bien connu de nos lecteurs, s'est toujours intéressé aux questions économico-sociales.Il est actuellement secrétaire général de l\u2019Office du crédit agricole du Québec et de l'Office de Vélectrification rurale.Ajoutons qu'il a été directeur-fondateur du journal la Survivance à Edmonton et secrétaire général de l\u2019Association franco-albertaine.cultivateurs.Il s\u2019agissait de prêts d\u2019État à long terme, portant intérêt à 23^% et pour une période de 393^ ans.Un organisme fut créé pour administrer cette loi et fut dénommé l\u2019Office du crédit agricole du Québec.Le législateur prévoyait alors des prêts pour une somme globale de $10,000,000; mais dès la session régulière en 1937, un autre crédit de $5,000,000 fut ajouté à ce premier montant.L\u2019Office du crédit agricole eut comme organisateur principal et premier président le notaire Eugène Poirier, longuement identifié aux Caisses populaires, issu d\u2019un milieu rural, ayant gardé une prédilection pour les ruraux, assisté d\u2019un cultivateur de grande classe, M.Éloi Saint-Germain, de Saint-Casimir, comté de Portneuf.Quelques mois plus tard, M.J.C.Horan, cultivateur de langue anglaise des Cantons de l\u2019Est, complétait le bureau.Les mêmes régisseurs sont encore en fonction.Les premiers prêts furent consentis le 20 mars 1937.L\u2019Office s\u2019occupa tout d\u2019abord des cas de concordat, 6 RELATIONS afin de rembourser les créanciers aux abois et les débiteurs qui l\u2019étaient davantage.Il consentit 1,836 prêts à des concordataires, pour un montant de $4,961,202.Les cas de familles nombreuses eurent préséance; mais malgré la célérité apportée à la constitution de cet organisme, à sa mise en branle, et bien que l\u2019Office consentît des prêts en 1937 pour $15,000,000, des milliers de demandes étaient encore pendantes en décembre 1937.A la session de 1938, une somme de $12,000,000 fut mise à la disposition de l\u2019Office du crédit agricole et, en 1939, une somme de $8,000,000 fut également votée.En bref, après trois ans d\u2019opération, l\u2019Office du crédit agricole avait prêté $35,000,000.En 1940, la loi fut amendée.Au lieu de prêter à 234% d\u2019intérêt, l\u2019Office du crédit agricole fut autorisé dorénavant à prêter à un taux de 3%, ce qui, additionné à l\u2019amortissement, totalisait une annuité de 5.714%.Il s\u2019agissait donc de prêter pour une durée de 25 ans.Cette disposition de la loi de 1940 ne fut en vigueur qu\u2019à compter du 17 mars 1941.Nous publions ci-dessous ce qui a été mis à la disposition de l\u2019Office du crédit agricole du Québec, année par année, depuis sa fondation: 1936\t.$10,000,000 1937\t.5,000,000 1938\t.12,000,000 1939\t.8,000,000 1940\t.6,000,000 1941\t.5,000,000 1942\t.2,000,000 1944.2,000,000 1946\t.5,000,000 1947\t.5,000,000 1948\t.5,000,000 1949\t.5,000,000 1950\t.8,000,000 En résumé, depuis son inauguration, l\u2019Office du crédit agricole a été autorisé à prêter $78,000,000.Au moment où nous écrivons ces lignes, l\u2019Office a prêté pour $74,766,425.Il y a lieu d\u2019affirmer que d\u2019ici la fin de décembre 1950, le dernier montant de huit millions de dollars aura été totalement engagé.Il y avait donc un urgent problème de crédit à long terme qui se posait aux années 1935 et 1936, et seul un organisme d\u2019État pouvait fournir le crédit hypothécaire requis.Outre l\u2019abattement d\u2019intérêt dont ont joui les emprunteurs, ils ont bénéficié et bénéficient encore d\u2019une sécurité quant au remboursement du prêt.Ils savaient ce qu\u2019ils devaient rembourser à l\u2019Office régulièrement et n\u2019avaient pas à craindre les vexations d\u2019un prêteur exigeant et tatillon ou encore les convoitises d\u2019un créancier qui, ayant prêté pour cinq ans, ne voulait pas renouveler l\u2019hypothèque, ou qui imposait, à l\u2019échéance, des conditions draconiennes pour son renouvellement.Dans cette première période, il s\u2019agissait de sauver les cultivateurs aux prises avec les créanciers.Dans quelle mesure maintenant les emprunteurs ont-ils remboursé les prêts obtenus ?L\u2019Office tenait à accorder aux requérants-emprunteurs des facilités quant au remboursement du capital, mais tenait d\u2019autre part à ce qu\u2019ils paient leurs dettes le plut tôt possible, quand ils le pouvaient.Cette décision était inspirée par une coutume propre aux Caisses populaires qui préconisent, on le sait, la politique du « désendettement ».En d\u2019autres termes, une personne emprunte pour telle période, mais les dirigeants des Caisses populaires, selon l\u2019idée du fondateur, ont toujours tenu à convaincre cet emprunteur qu\u2019il était sage et pratique de rembourser d\u2019avance n\u2019importe quelle somme.C\u2019est mû par ces principes et inspiré de cette pensée que l\u2019Office a appliqué l\u2019article 8 de la loi, qui se lit comme suit : L\u2019emprunteur ou ses ayants droit peuvent rembourser le prêt par anticipation, en tout ou en partie.L\u2019Office a périodiquement suggéré à ceux qui avaient emprunté pour 3934 ans ou pour 25 ans de payer d\u2019avance, et les chiffres suivants attestent dans quelle mesure les emprunteurs de l\u2019Office ont écouté ces suggestions.Ces emprunteurs devaient rembourser à l\u2019Office une somme de $9,126,568.93, au 31 juillet 1950; ils ont remboursé ce montant et $13,445,725.90 en plus.Ce qui devait être une aventure s\u2019est avéré un placement heureux; ce qui devait, au dire de certains, s\u2019avérer une faillite a été un immense succès.Les cultivateurs, qui ne devaient pas rembourser puisqu\u2019ils étaient trop endettés, etc., se sont au contraire libérés avec régularité des obligations assumées, et la majeure partie des emprunteurs continuent de verser d\u2019avance plus que le montant stipulé dans leur acte d\u2019obligation.Lors de l\u2019inauguration de l\u2019Office du crédit agricole, les cultivateurs subissaient la mévente des produits, et beaucoup d\u2019entre eux avaient dû recourir à la loi dite du concordat.Depuis, cependant, les opérations de l\u2019Office ont changé de nature; il ne s\u2019agit plus de rembourser pour les emprunteurs des dettes criardes ou urgentes; il s\u2019agit, dans une large mesure, de les aider à continuer l\u2019œuvre commencée, de leur faciliter en outre l\u2019établissement de leurs fils.Le tableau publié ci-dessous montre combien de prêts chaque année ont été déboursés pour l\u2019établissement des fils, et, en regard du nombre de prêts payés, nous indiquons le montant qui a été versé annuellement : Année\tNombre Montant 1937\t.331\t$ 794,400 1938\t.671\t1,681,650 1939\t.900\t2,184,850 1940\t.490\t1,122,850 1941\t.541\t1,193,900 1942\t.341\t718,700 1943\t.224\t552,650 1944\t.501\t1,230,300 1945\t.652\t1,639,250 1946\t.892\t2,480,375 1947\t.1,163\t3,377,750 1948\t.1,395\t4,195,400 1949\t.1,523\t4,399,100 JANVIER 1951 7 Le nombre d\u2019établissements de fils a tendance à augmenter.L\u2019Office s\u2019occupe tout d\u2019abord, à l\u2019heure actuelle, de ceux qui ont des fils à établir.L\u2019Office a accordé aussi une attention toute spéciale aux élèves sortant des écoles moyennes d\u2019agriculture, qui avaient un léger capital initial et qui faisaient des demandes dans les cadres de la Loi du crédit agricole.Il ne s\u2019agit pas ici de faire l\u2019apologie d\u2019une loi; il s\u2019agit d\u2019écrire une page d\u2019histoire, de porter à la connaissance du public les réalisations d\u2019un organisme gouvernemental, de démontrer qu\u2019il continue de réaliser les espoirs qui ont été mis en lui.Cette loi avait été conçue, mise en œuvre et réalisée par des gens de notre province.Ce fut donc une législation à la taille de nos familles nombreuses rurales, qui tenait compte de l\u2019agriculture, restant, dans une large mesure, familiale.Là où d\u2019autres prêteurs hésitaient à faire confiance aux cultivateurs, vu la modicité de leurs revenus, ceux qui ont conçu et pratiqué le crédit agricole n\u2019ont pas oublié l\u2019honnêteté de nos ruraux, leur débrouillardise, les revenus d\u2019appoint qui peuvent occasionnellement s\u2019ajouter aux revenus agricoles proprement dits, ceux-ci ne pouvant pas être pris comme unique critère, vu le faible rendement de certaines fermes en telle ou telle région particulière.Bref, ce fut un organisme adapté à la population du Québec, et celle-ci a prouvé, en y recourant avec enthousiasme, qu\u2019elle en appréciait la valeur et l\u2019efficacité.D\u2019aucuns se sont effrayés, à un moment donné, de l\u2019ampleur des crédits requis par les cultivateurs.Ils oublient que, si les cultivateurs empruntent pour 39 ans et demi, ils s\u2019acquittent \u2014 les chiffres précités le prouvent \u2014 de leurs obligations avant l\u2019échéance.Il est bon de se rendre compte que, si le prêt est consenti pour une très longue période, c\u2019est afin de permettre au requérant-emprunteur de traverser allègrement les années de vaches maigres.Aux années de vaches grasses, si son éducation a été faite, le cultivateur de lui-même sera soucieux de libérer totalement ou partiellement sa terre hypothéquée, afin de pouvoir transmettre à ses enfants un bien moins lourdement grevé; ou encore, le cas échéant, il pourra gager ce bien paternel fortement dégrevé, et ce, dans le but de favoriser l\u2019établissement d\u2019un fils.Nous ne croyons pas qu\u2019il y ait, à l\u2019heure actuelle, dans le monde entier un crédit agricole à long terme qui puisse présenter des résultats aussi probants.Au 31 décembre 1949, l\u2019Office du crédit agricole avait prêté $70,000,000, et les pertes, depuis l\u2019inauguration de l\u2019Office, ne s\u2019élevaient qu\u2019à $222.18, soit un sou par trois mille dollars.Contrairement à d\u2019autres appréhensions, l\u2019Office du crédit agricole n\u2019est pas devenu, en fait, une banque hypothécaire agricole.A preuve, l\u2019Office a abandonné à d\u2019autres organismes prêteurs dont c\u2019est la principale fonction, par exemple aux Caisses populaires ou aux 8 banques, le soin de prêter pour fins d\u2019outillage, pour achat d\u2019instruments aratoires, pour réparations mineures aux bâtisses.Une autre loi fédérale, dite « Loi pour améliorer les conditions de la ferme », s\u2019occupe, par l\u2019intermédiaire des banques et des Caisses populaires, de prêter pour les fins précitées ayant un caractère temporaire.Ces précisions concernant l\u2019Office du crédit agricole du Québec démontrent le souci du législateur de stabiliser nos gens sur la terre et d\u2019établir les fils.Là comme ailleurs, il faut répéter que les requérants-emprunteurs doivent faire une mise de fonds réelle.L\u2019Office du crédit agricole, comme n\u2019importe quel prêteur, n\u2019achète pas de terres pour les revendre à tempérament sans que le requérant-emprunteur y soit allé de ses deniers.Comme pour la maison urbaine, le requérant-emprunteur doit pouvoir affirmer auprès de son prêteur qu\u2019il a pris sa part de risques, qu\u2019il a su économiser, et qu\u2019il a à sa disposition un capital minimum.Et voilà pourquoi nous affirmons que la Loi du crédit agricole du Québec, comme le déclarait un jour l\u2019Institut international du crédit agricole, est un « modèle de simplicité et de clarté ».La Loi du crédit agricole fut et est encore humaine, sociale, adaptée aux résidents du Québec.Elle est de plus en plus mise au service des cultivateurs désireux d\u2019établir leurs fils.On parle abondamment d\u2019établissement de fils.Tous ceux qui ont quelque influence ont le devoir de s\u2019en préoccuper.Il ne faut cependant pas méconnaître ce qui s\u2019est accompli et s\u2019accomplit encore dans ce domaine.Qu\u2019il faille faire davantage, c\u2019est possible; mais pour mesurer ce qui doit être fait, pour l\u2019amplifier, l\u2019adapter aux circonstances de temps et de lieux, il faudrait avoir sous les yeux le progrès réalisé depuis dix et quinze ans dans le domaine de l\u2019établissement, reconnaître aussi qu\u2019il y a des voies nouvelles qui s\u2019ouvrent pour nos fils, non seulement sur la terre, mais en maintes carrières industrielles et commerciales: il y a la colonisation du sol, il y a également la prise de possession du sous-sol avec toutes les professions ou métiers que cela implique.On pourra, en définitive, se rendre compte de ce que le Crédit agricole a prêté dans le Québec depuis 1937 en notant, pour terminer, que dans le seul Québec, l\u2019Office du crédit agricole a prêté plus qu\u2019un autre organisme prêteur, fondé en 1931, n\u2019a prêté en dix provinces canadiennes.Il y a peut-être moyen de faire mieux; il y a toujours moyen de faire mieux.Il y a moyen d\u2019adapter les législations aux besoins nouveaux, d\u2019accord; mais les informations précitées, transcrites sans parti pris et en toute objectivité, démontreront aux lecteurs de Relations ce que cette législation humaine, sociale et prévoyante a donné comme résultat au pays du Québec, ce qu\u2019elle a accompli et ce qu\u2019elle accomplira de plus en plus dans le domaine de l\u2019établissement des fils.RELATIONS Problèmes d\u2019unité chrétienne Irénée BEAUBIEN, S.J.LE 1er MARS 1950, VOsservatore Romano rendait public un important document émané de la Congrégation du Saint-Office quelques semaines auparavant.Destiné à tous les évêques, ce document traitait du Mouvement œcuménique.Journaux et revues, catholiques et non catholiques, surtout en Europe occidentale, en ont beaucoup parlé.Nous essaierons ici de tracer un bref historique du Mouvement œcuménique et de souligner l\u2019attitude de l\u2019Église à son égard.On admet communément de nos jours que le protestantisme est devenu un terme commode pour désigner un grand nombre de confessions religieuses tout à fait distinctes les unes des autres.Cet émiettement est le produit direct de la pratique du libre examen, posé en principe par les Réformateurs du xvie siècle.Mais depuis quelques décennies, au sein même des nombreuses denominations protestantes, on parle de plus en plus d\u2019union et d\u2019unité.On veut réunir ce qui a été divisé au cours des quatre derniers siècles.Voilà du nouveau.Un haut dignitaire de la United Church of Canada nous disait le printemps dernier: « Notre Église désire ardemment l\u2019unité de tous les protestants du Canada.Nous croyons que tous font partie de l\u2019Église du Christ autant que vous croyez, vous catholiques, constituer l\u2019unique vraie Église.Nous prions pour que tous les chrétiens sur terre se réunissent, non seulement en esprit, mais dans une seule et même Église visible.Cela ne s\u2019accomplira pas tellement autour de tables rondes.Nous y serons forcés par les événements.Mais je crains que les esprits ne soient pas mûrs pour cette unité.» La veille même, ce ministre avait voté avec son Église un message de félicitations au nouvel archevêque élu de Montréal, S.Exc.Mgr Paul-Émile Léger.Il faut voir en cela une manifestation authentique du Mouvement œcuménique, cette « aspiration générale vers l\u2019unité qui travaille les communautés chrétiennes non romaines et surtout les Églises issues de la Réforme ».I.\u2014 Evolution du Mouvement œcuménique a) Conférences missionnaires On peut dire que l\u2019idée d\u2019unité entre les protestants prit naissance en pays de missions.Plusieurs de leurs Églises, depuis une centaine d\u2019années, à la suite du succès de quelques initiatives privées, se sont engagées JANVIER 1951 Cet article arrive bien en ce mois de janvier où l'octave pour l'unité de l'Église (18-25 janvier) nous invite à étudier ce problème et à prier pour sa solution.dans un actif prosélytisme auprès des païens.C\u2019était de l\u2019inédit, puisque les instigateurs de la Réforme n\u2019avaient manifesté aucune préoccupation pour la doctrine et la pratique de la catholicité.En cherchant à se répandre, les protestants modernes découvrirent le besoin de s\u2019unir.Leurs divisions confessionnelles leur causaient des embarras et retardaient la propagation de l\u2019Évangile.Il fallait à tout prix une entente.Alors commencèrent les rencontres et les réunions qu\u2019on a appelées Conférences.1.\tLa première Conférence d\u2019une certaine importance se tint à Liverpool, en 1860.Par cette réunion de sectes anglaises, on voulait créer l\u2019impression qu\u2019il existe tout de même une certaine unité entre protestants.On tenta de trouver une définition de l\u2019Église, mais en vain.Il importait trop de respecter l\u2019autonomie de chaque denomination.On déplora toutefois la multiplication des sectes.On recommanda d\u2019insister sur l\u2019essentiel du christianisme, sans dire en quoi il consistait.2.\tEn 1888, avait lieu à Londres un premier essai de Conférence missionnaire internationale.Parmi les 1,319 délégués, on notait une prédominance de l\u2019élément britannique.Y étaient représentées 53 sociétés missionnaires.L\u2019idée d\u2019une Église universelle et unie fut énoncée.Rien de très précis, évidemment.Surtout pas question d\u2019unité stricte.« L\u2019unité dans la diversité, affirmait-on.Non l\u2019uniformité.» On mettait l\u2019accent sur une prétendue unité d\u2019esprit.3.\tUne autre Conférence missionnaire protestante se rassemblait à New-York, en 1900.Le problème de l\u2019unité préoccupait les esprits.Quelques-uns insistèrent sur le respect de la liberté de chaque secte; d\u2019autres proposèrent une union fédérative; d\u2019autres défendirent l\u2019unité organique.Aucune décision importante ne fut prise.Cette Conférence eut plutôt l\u2019air d\u2019une démonstration religieuse.4.\tLa World Missionary Conference, tenue à Edimbourg en 1910, marque une étape importante.Elle groupa la meilleure délégation encore obtenue.D\u2019avance il fut décidé qu\u2019on éviterait de faire porter les délibérations sur les divergences doctrinales.A cause des funestes effets des divisions en pays missionnaires et même en pays chrétiens, à cause du désir des peuples nouvellement évangélisés, l\u2019unité la plus parfaite entre les Églises fut entrevue comme désirable.Les délégués paraissaient travaillés par un désir sincère d\u2019unité et à la fois par la fidélité à leur secte.Plusieurs songeaient à une union large, où l\u2019autonomie des sectes demeurerait intacte.Avant de se séparer, on fonda Y International Missionary Council, sorte de Conseil exécutif auquel 9 on donna pour but premier de favoriser la coopération entre les Églises en pays de missions.Ce Conseil eut pour bon effet de maintenir les gains d\u2019Édimbourg, de faire s\u2019entr\u2019aider les missionnaires, de réunir diverses sociétés pour la solution de problèmes communs.Il influença fortement les Églises mères des pays occidentaux en éveillant chez elles le sens du caractère universel de la chrétienté.5.\tEn 1928, Y International Missionary Council rassemblait à Jérusalem 229 délégués de confessions différentes, représentant 45 pays.Près de la moitié des délégués venaient des contrées missionnaires et plus d\u2019une cinquantaine en étaient natifs.Les divisions protestantes rencontrèrent la désapprobation générale.Pour grouper les sectes autour d\u2019un même credo, on proposa de réduire le christianisme à sa plus simple expression.Un embarras naquit du fait que le Conseil n\u2019avait pas autorité sur les questions doctrinales.6.\tDix ans plus tard, à Madras, nouvelle réunion organisée par le même Conseil.Une abondante représentation missionnaire s\u2019y trouve.Les esprits sont bien disposés, mais ils manquent d\u2019une théologie articulée sur la nature et la fonction de l\u2019Église.La simple coopération n\u2019ayant pas suffi à créer une chrétienté unie, ils insistent sur l\u2019importance de trouver une formule d\u2019unité plus efficace.b) Réactions en pays chrétiens Aux réunions mentionnées, les Églises mères d\u2019Europe et des États-Unis avaient toujours eu des représentants.La requête persistante des missionnaires en faveur de l\u2019unité devait inévitablement les influencer.On peut considérer la conférence d\u2019Édimbourg (1910) comme le vrai point de départ du Mouvement œcuménique tel qu\u2019il est connu aujourd\u2019hui.Des organismes furent mis sur pied en vue de l\u2019unité chrétienne.Signa-lons-en deux: Faith and Order et Life and Work.1.Faith and Order.\u2014 L\u2019Église épiscopalienne des États-Unis lança, en 1910, le projet d\u2019une Conférence mondiale où l\u2019on inviterait toutes les confessions chrétiennes reconnaissant Jésus-Christ comme Dieu et comme Sauveur des hommes.On y échangerait des idées sur le dogme chrétien et sur les possibilités de former une Église unie.Immédiatement après la première guerre mondiale, en 1919, plusieurs délégués américains parcourent l\u2019Europe pour établir des contacts.Le projet d\u2019une Conférence mondiale est bien accueillie: 84 Églises donnent leur adhésion.Le Pape décline l\u2019invitation, mais il promet de faire prier pour le succès de l\u2019entreprise.Une première réunion préparatoire a lieu à Genève en 1920.Le climat y est sain.On s\u2019y faisait une haute opinion d\u2019une Église universelle.Si bien que les anglicans, en cette même année, dans un appel lancé à tous les peuples chrétiens à l\u2019occasion de leur Conférence décennale de Lambeth, affir- maient: « Ce n\u2019est qu\u2019une Église catholique supranationale et spirituelle, une Église qui puisse penser et agir comme organe unique, qui pourra annoncer au monde l\u2019Évangile du salut universel.» En 1923, l\u2019agenda de la future Conférence était fixé.En résumé, on se donnait pour but de considérer quelles doivent être les incidences doctrinales et administratives dans l\u2019établissement d\u2019une Église unie.On s\u2019engageait dans la bonne voie.a)\tSous la présidence de l\u2019évêque Brent de New-York, la première Conférence mondiale sur « la foi et l\u2019ordre » tint ses assises à Lausanne, en 1927.Elle groupa 600 délégués représentant 92 confessions chrétiennes non catholiques.Pour la première fois, un si grand nombre de confessions se rencontraient pour chercher une solution à leurs divergences doctrinales.Hélas! l\u2019unité tant désirée se buta à toutes sortes de difficultés.Chaque point vraiment important manifesta la division des esprits.On se rendit compte de l\u2019ampleur du problème.Les uns pensèrent qu\u2019il suffirait de se rencontrer plus souvent et de coopérer dans l\u2019action pour arriver à une entente mutuelle.Plus logiques, d\u2019autres soutinrent que l\u2019unité des chrétiens était impossible sans une entente préalable sur une solide base doctrinale.Les orthodoxes, choqués par la recherche évidente de compromis, refusèrent d\u2019adhérer aux résolutions de la Conférence: « Pour nous, deux significations différentes ne peuvent être désignées par les mêmes mots.» Lausanne obligea les théologiens protestants à clarifier leur credo et à étudier celui des autres.Le sentiment ne peut certes pas suffire à créer une union profonde.Il faut se reporter à des normes objectives.b)\tDix années d\u2019étude préparèrent une seconde Conférence qui se réunit à Êdimbourg en 1937.En dépit d\u2019un désir constant d\u2019unité, les rapports révèlent encore des divergences irréconciliables.Un grand nombre de délégués tiennent aux particularités de leur secte.Ils prétendent même justifier la multiplicité des sectes comme autant de manifestations du Saint-Esprit.Chacune, selon eux, apporte son enrichissement à la chrétienté.La Conférence essaya de clarifier les opinions émises en distinguant trois formes d\u2019unité: 1° une fédération où chaque Église garderait son autonomie; 2° une intercommunion où il serait reconnu que toutes les confessions qui y adhèrent sont de vraies Églises ou plutôt des branches de l\u2019unique Église chrétienne; 3° une union organique où il y aurait une autorité commune, une doctrine commune, des rites communs.La première formule ralliait la majorité.Ces deux Conférences de Faith and Order eurent pour effet de refroidir l\u2019enthousiasme de ceux qui aspiraient à une entente parfaite entre chrétiens.Elles ont mis à jour des points de vue tout à fait opposés, des conceptions inconciliables.Les confessions ne se sentent pas portées à admettre qu\u2019elles ont été infidèles à la tradition chrétienne et qu\u2019elles doivent retourner à une 10 RELATIONS unité abandonnée illégitimement.Le sentiment s\u2019est révélé plus fort que la théologie.2.Life and Work.\u2014 Le mouvement Life and Work, issu de V Inter church Movement qui existait déjà aux États-Unis depuis 1895, réunissait en septembre 1924, à Mürren, un congrès préparatoire à une Conférence mondiale.Ici pas question de doctrine ou de dogme.On recherche l\u2019entente entre chrétiens sur le plan concret de l\u2019action.Dirigé par un pragmatiste notoire, Nathan Sôderblom, archevêque luthérien d\u2019Upsal, le congrès fut « un essai de pan-protestantisme anticatholique ».L\u2019année suivante, en août 1925, se tenait la Conférence de Stockholm.Quelques patriarches orientaux se mêlaient aux 630 délégués de 37 Églises protestantes.Ils discutèrent de christianisme pratique.Un message formulé en termes plutôt vagues, proposant un idéal d\u2019ordre moral, social, économique et international, fut adressé de par l\u2019univers à tous les disciples du Christ.Une tentative d\u2019union par l\u2019action, tel fut Life and Work.Un Conseil est la dernière réalisation de l\u2019oecuménisme.Sorti des mouvements Faith and Order et Life and Work, il était formellement constitué à la Conférence mondiale d\u2019Amsterdam (22 août-7 septembre 1948), après laquelle 127 confessions protestantes et orthodoxes lui donnèrent leur adhésion.De grands noms se rencontrèrent à Amsterdam: Florovski, Barth, \u2022 Ramsay, Craig.On ne prit d\u2019attitude offensive contre aucune Église.On chercha à comprendre et à décrire la mentalité actuelle des confessions chrétiennes.Dans la déclaration votée par l\u2019assemblée, on peut lire ceci: « Le plus profond désir du Conseil est que les Églises soient unies le plus étroitement au Christ et de ce fait les unes aux autres.» Souhaitons que cette quête du Christ soit poursuivie sincèrement.II.\u2014 Positions catholiques La politique romaine d\u2019abstention en face du Mouvement œcuménique peut sembler aux non-catholiques de l\u2019intransigeance absolue, voire de l\u2019entêtement.Pourquoi Rome ne collabore-t-elle pas alors que tous collaborent ?De fait, l\u2019attitude de l\u2019Église catholique, vue de l\u2019extérieur, s\u2019explique difficilement, à moins que l\u2019on ne tente un honnête effort pour la comprendre.Si Benoît XV a refusé de prendre une part officielle, en 1919, au projet de Faith and Order; si Pie XII ne permit à aucun catholique, en 1948, de siéger au congrès d\u2019Amsterdam, on devrait soupçonner que de justes raisons ont motivé ces mesures négatives, puisqu\u2019en fin de compte ces deux papes se sont montrés sympathiques à l\u2019idée d\u2019œcuménisme.La foi n\u2019enseigne-t-elle pas que Jésus-Christ n\u2019a fondé qu\u2019une seule Église visible?C\u2019est là la raison de fond.Plongeant ses racines dans un passé de vingt siècles, marquant une continuité authentique entre Pierre et Pie XII, l\u2019Église catholique ne peut pas accepter, sans renier son Fondateur et sans se renier elle-même, de se classer au rang des autres Églises.Unique héritière du Christ, elle seule jouit, comme corps, de l\u2019assistance du Saint-Esprit.Certaines confessions chrétiennes peuvent bien enseigner des éléments de vérité communs avec les nôtres, mais aucune ne transmet le message intégral du Nouveau Testament, aucune ne peut montrer en elle la réalisation des promesses divines.Pour Rome, traiter avec ces Églises en matière de foi, de façon à laisser entendre qu\u2019elle n\u2019a pas, dans son entier, le dépôt révélé, que d\u2019autres le possèdent peut-être, ce serait rendre le plus mauvais service aux non-catholiques eux-mêmes.« L\u2019Église catholique ne peut pas changer, a écrit le R.P.Boyer, S.J., apôtre reconnu de l\u2019unité; le seul moyen de voir les chrétiens unis dans une même foi, c\u2019est l\u2019acceptation par les autres de la foi catholique.» Est-il besoin de dire que jamais on n\u2019y forcera personne?Les quelque 200,000 conversions d\u2019adultes enregistrées chaque année dans l\u2019Église naissent de la conviction et non de la crainte.a) Attitude de Pie XII Impitoyable contre les erreurs, les hérésies et les schismes, l\u2019Église manifeste ordinairement beaucoup de zèle et de douceur à ramener au bercail les brebis égarées loin du « seul troupeau » et du « seul pasteur ».Sa mission l\u2019exige.Toujours elle ouvre ses bras accueillants aux fils dissidents qui songent à revenir dans la maison du Père.Le Pape actuel continue la tradition, lui qui maintes fois a manifesté un ardent souci de remédier à ce « scandale des chrétiens divisés ».La véritable union tant désirée par les partisans du Mouvement œcuménique, et qui leur échappe, il sait qu\u2019ils la trouveront dans un filial retour auprès du Vicaire de Jésus-Christ sur terre.Sa célèbre encyclique sur le Corps mystique (1943) mentionne délicatement cette solution à plusieurs endroits.On se souvient aussi que son radio-message du 23 décembre, 1949 au début de l\u2019Année sainte, contenait cette pressante invitation: Oh! si cette Année sainte pouvait saluer aussi le retour vraiment grand et attendu depuis des siècles de nombreux croyants en Jésus-Christ séparés de l\u2019unique Église véritable pour divers motifs! Avec des gémissements indicibles, l\u2019Esprit qui est dans le cœur des hommes de bien élève aujourd\u2019hui comme cri d\u2019imploration la prière même du Seigneur: « Qu\u2019ils soient un » (Jn., xvil, 11).Justement soucieux de l\u2019audace avec laquelle se meut le front unique de l\u2019athéisme militant, les hommes expriment aujourd\u2019hui à haute voix ce qu\u2019ils se demandaient depuis longtemps: « Pourquoi encore des séparations, pourquoi encore des schismes?A quand l\u2019union concordante de toutes les forces de l\u2019esprit et de l\u2019amour ?» Ces paroles émouvantes furent suivies de près par un document d\u2019envergure manifestant de façon pratique l\u2019intérêt de Pie XII pour la réunion des Églises.Disons brièvement quelle en fut l\u2019occasion et indiquons-en les grandes lignes.JANVIER 1951 11 b) L'Instruction au sujet du Mouvement œcuménique Dans son ensemble, le Mouvement œcuménique, pour ne pas s\u2019afficher anticatholique, n\u2019est certes pas non plus pro-catholique.Toutefois, nous y comptons de sincères sympathies venant soit d\u2019individus, soit de petits groupes.Ces gens, tel le Rév.Leonard, de l\u2019archevêché anglican de Cantorbéry, voulaient franchement connaître, en vue d\u2019une meilleure compréhension, dans quelle mesure les relations entre catholiques et protestants sont possibles.De nombreux catholiques aussi, prêtres et laïcs, désireux d\u2019aider leurs frères dissidents, qu\u2019ils croisent pratiquement tous les jours, indécis sur le choix et l\u2019emploi de certaines méthodes, aspiraient après des directives précises.Ces exigences devenant de plus en plus pressantes, Pie XII jugea à propos de communiquer à tous les évêques, par l\u2019autorité du Saint-Office, le document intitulé Instruction pour les Ordinaires des lieux au sujet du Mouvement œcuménique.L\u2019Instruction débute ainsi: Bien que l\u2019Église catholique ne prenne point part aux congrès et autres réunions « oecuméniques », elle n\u2019a jamais cessé, comme il ressort de plusieurs documents pontificaux, et elle ne cessera jamais à l\u2019avenir de suivre avec le plus grand intérêt et d\u2019aider par d\u2019instantes prières tout effort fait en vue d\u2019obtenir ce que le Christ, Notre Seigneur, avait tant à cœur, à savoir que tous ceux qui croient en Lui « soient consommés dans l\u2019unité ».Elle embrasse, en effet, d\u2019une affection vraiment maternelle tous ceux qui reviennent à elle comme à l\u2019unique véritable Eglise du Christ; on ne peut donc assez approuver et promouvoir tous les projets et entreprises qui, avec le consentement de l\u2019autorité ecclésiastique, ont été réalisés et le sont encore, soit pour instruire dans la foi ceux qui sont en voie de se convertir, soit pour la faire connaître plus parfaitement aux convertis.Certaines tentatives d\u2019apostolat, « inspirées par d\u2019excellentes intentions », n\u2019ont pas toujours été « fondées sur des principes justes ».D\u2019où la nécessité de quelques « prescriptions ».Elles sont divisées en sept parties d\u2019inégale longueur dont voici l\u2019essentiel.1.\tPar sa nature, ce travail de « réunion » appartient tout d\u2019abord aux évêques.Ils ne doivent donc pas seulement veiller diligemment et efficacement sur tout ce mouvement (de « réunion »), mais encore le promouvoir et le diriger avec prudence.L\u2019Instruction demande d\u2019ouvrir des bureaux d\u2019information et de parfaire l\u2019éducation religieuse des convertis.2.\tLa deuxième partie concerne l\u2019esprit et la méthode à suivre dans l\u2019apostolat de conversion.Ils veilleront de même à ce que, sous le faux prétexte qu'il faut beaucoup plus considérer ce qui nous unit que ce qui nous sépare, on ne nourrisse pas un dangereux indifférentisme, surtout chez ceux qui sont moins instruits des questions théologiques et dont la pratique religieuse est moins profonde.Ils écarteront aussi cette manière dangereuse de s\u2019exprimer qui donnerait lieu à des opinions erronées et à des espoirs fallacieux qui ne pourront jamais se réaliser.La doctrine catholique doit par conséquent être exposée totalement et intégralement; il ne faut point passer sous silence ou voiler par des termes ambigus ce que la vérité catholique enseigne.Il faut leur dire ces choses clairement et sans ambiguïté, d\u2019abord parce qu\u2019ils cherchent la vérité, ensuite parce qu\u2019en dehors de la vérité il ne pourra jamais y avoir une union véritable.3.\tL\u2019évêque doit prendre certaines précautions de contrôle sur les représentants catholiques aux « réunions mixtes » tenues dans son diocèse.L\u2019Ordinaire prendra des mesures pour que tout soit bien dirigé, en désignant des prêtres particulièrement bien préparés pour ce genre de réunions, qui sachent exposer et défendre, comme il convient, la doctrine catholique.Les fidèles ne doivent pas fréquenter ces réunions sans l\u2019autorisation de l\u2019autorité ecclésiastique, qui ne sera accordée qu\u2019à des fidèles bien instruits et fermes dans la foi.4.\tLa quatrième partie rappelle un Monitum du Saint-Office, daté du 5 juin 1948, statuant que les assemblées mixtes portant sur « des questions de foi et de morale » pouvaient avoir lieu avec la seule permission du Saint-Siège.A partir de la présente Instruction, les évêques sont autorisés, pour trois ans, à permettre ces réunions, moyennant certaines mesures de prudence bien déterminées.Notons que les cours de religion et les conférences aux non-catholiques n\u2019exigent pas de permission spéciale.D\u2019autres réunions mixtes, n\u2019envisageant pas « des matières de foi et de morale », échappent également à l\u2019objectif du Monitum.CeMonitum ne vise pas non plus les réunions mixtes de catholiques et de non-catholiques, dans lesquelles il n\u2019est pas question de matières de foi et de morale, et où l\u2019on discute de la manière dont, en unissant ses efforts, on défendra les principes du droit naturel ou de la religion chrétienne contre les ennemis de Dieu aujourd\u2019hui unis entre eux, ou les réunions dans lesquelles on traite du rétablissement de l\u2019ordre social et d\u2019autres questions du même genre.Il est cependant évident qu\u2019il n\u2019est pas permis aux catholiques dans ces réunions d\u2019approuver ou de concéder quoi que ce soit qui ne concorde pas avec la Révélation divine et la doctrine de l\u2019Église, même dans le domaine social.5.\tLes trois dernières prescriptions sont brèves.Nous transcrivons la cinquième intégralement.Bien que dans ces réunions et conférences il faille éviter toute participation quelconque aux fonctions sacrées, on n\u2019interdit pas la récitation en commun de l\u2019Oraison dominicale ou d\u2019une prière approuvée par l\u2019Église catholique dite à l\u2019ouverture de ces réunions.6.\tLa sixième suggère aux évêques de collaborer entre eux pour établir des « organismes et des institutions » en vue d\u2019une plus grande uniformité d\u2019action ou d\u2019un meilleur rendement.7.\tLa septième concerne les religieux, leur recommandant de se conformer strictement à toutes ces prescriptions.Puis l\u2019Instruction se termine en souhaitant qu\u2019on fasse connaître « cette œuvre magnifique de réunion de tous les chrétiens dans l\u2019unique vraie foi et dans l\u2019unique vraie Église ».Elle demande des prières et des sacrifices à cette intention.Enfin elle rappelle que le meilleur argument en faveur de notre Église réside dans « la foi des catholiques prouvée par la pureté de leurs mœurs ».12 RELATIONS III.\u2014 Conclusion Les protestants traversent une phase importante, peut-être décisive, de leur histoire.Depuis quatre siècles, le dogme chrétien s\u2019est édulcoré entre leurs mains.Des gens bien placés pour juger affirment que, chez eux, la foi achève de s\u2019éteindre.Leur glissement vers le matérialisme et l\u2019indifférentisme va sans cesse s\u2019accentuant.Aussi faut-il voir d\u2019un œil bienveillant ceux qui tiennent encore aux grandes vérités traditionnelles et cherchent à les maintenir intactes.Tous les protestants sincères travaillant à l\u2019union des Églises méritent notre respect.Pie XII nous montre l\u2019attitude à prendre: compréhension et sympathie sans compromission.Quant à ceux qui ne possèdent plus la foi, il faut savoir que, la plupart du temps, ils n\u2019ont jamais été complètement instruits sur ce qu\u2019est Dieu, le Christ, l\u2019Église.Ils sont ignorants en religion.Le converti Frank Sheed affirmait: « Presque personne ne peut résister à la force du dogme catholique quand on réussit à exposer clairement ce qu\u2019il enseigne.» Il importe beaucoup à l\u2019heure présente que les catholiques s\u2019intéressent à leurs frères séparés et demandent instamment à Dieu des apôtres qui puissent leur donner l\u2019entière vérité.La lecture du chapitre xvir de l\u2019évangile de saint Jean nous laisse entendre à quel point le Christ désire cet apostolat: « Ce n\u2019est pas pour eux seulement que je prie, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un, comme vous, Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu\u2019eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que c\u2019est vous qui m\u2019avez envoyé » {Jn, xvn, 20-21).Fort sérieux, ce problème de l\u2019unité chrétienne qui conditionne l\u2019expansion de la foi en tous lieux, mais en territoires païens plus spécialement.C\u2019est le grand mérite des initiateurs du Mouvement œcuménique d\u2019avoir cherché une solution à ce problème.Puissions-nous leur faire accepter la seule formule d\u2019unité viable et voulue par Dieu: l\u2019œcuménisme catholique! Par la voix de Pie XII, le Christ nous y invite.LE CINÉMA Hollywood ou la louange perdue René-Salvator CATTA En lisant cette critique énergique de deux films américains, on comprendra sans doute quelle supériorité de jugement et de goût assure à l'esprit le sens catholique de l\u2019art et du beau.HOLLYWOOD fourmille de talents et de beautés.L\u2019on ne finirait pas d\u2019énumérer les vedettes qui, par le charme, par la ligne, par la voix, séduisent les foules; celles qu\u2019un solide métier fait émerger brillamment des situations les plus artificielles; celles qui nous émeuvent malgré tout; celles enfin qui, comme Danny Kaye ou Fred Astaire, captivent, par le mime ou la danse, des millions d\u2019yeux et d\u2019oreilles.Tenons-nous-en pour aujourd\u2019hui à ces deux-là.Danny Kaye a paru sur plusieurs écrans montréalais, ces derniers mois, dans Inspector General et Fred Astaire nous est revenu récemment dans Three Little Words et Let\u2019s Dance.Leur jeu dans ces deux films nous fournira abondamment en flèches à lancer contre un système stupide d\u2019exploitation du talent.Danny Kaye est probablement, après Charlie Chaplin et J.-L.Barrault, l\u2019un des meilleurs mimes de la planète.Il a cette présence suggestive, cette faculté de modulation rapide, tant vocale que plastique, ce sens étourdissant de l\u2019imitation (il faut le voir imiter un lapin qui broute), cette précision dans le détail hilarant ou cocasse, enfin tout ce qui fait le mime.Cet homme, encore très jeune, semble-t-il, pourrait, initié à un langage symbolique des sentiments et des idées, à une psychologie digne de ce nom, nous donner toute une gamme de « représentations de la vie » animale ou humaine, qui seraient véritablement de l\u2019art.Mais que voit-on dans Inspector General?Un pantin dont on tire les ficelles à temps et à contretemps, pour le seul plaisir de faire un gag, un tour de foire, une «montre», une pitrerie sans portée, tandis qu\u2019une intrigue invraisemblable et confuse s\u2019efforce de présenter le phénomène sous toutes ses formes.Celui-ci s\u2019exécute longuement et complaisamment, pour la galerie, au mépris de toute progression dramatique, et finit par assommer un public prêt cependant à se laisser emmener vers des univers merveilleux.Qu\u2019y a-t-il de plus affligeant que de percevoir cette frustration et d\u2019imaginer les joies inscrites dans les figures mêmes que l\u2019histrion dessine, mais perdues et voilées parce que ces figures sont extérieures ?De même Fred Astaire, au nom suggestif, passe à côté de lui-même, si je puis dire, en nous donnant des exhibitions qui veulent rester liées à une vague histoire d\u2019amour, à de stupides caprices féminins, à des existences artificielles.Cet homme est fait \u2014 son nom le proclame \u2014 pour faire pétiller les étoiles sous ses pieds.Nous le verrions, sur un décor de nuit, dans un fourmillement étoilé, dessiner, avec une partenaire digne de lui (et celles qu\u2019il tient ici ont toutes les étincelles voulues), des figures géométriques et composer de prodigieux nombres sonores plus émouvants, plus étourdissants qu\u2019un documentaire sur la voûte céleste ou qu\u2019un dessin animé qui sent la fabrique.Quelle louange au Créateur cet homme a dans ses pieds! Mais il s\u2019épuise à les galvauder dans les petits sentiers d\u2019Hollywood, au bras de folles concubines.Non, il n\u2019y a pas de gaspillage de talents plus insultant et plus grossier qu\u2019à Hollywood et de blasphème plus inconscient à l\u2019égard de Celui qui nous a créés pour sa gloire et pour exprimer la louange universelle diffuse.Nous nous demandons si la conquête catholique du cinéma ne devrait pas être, en même temps que de nous présenter des scénarios ouverts sur la destinée humaine, de rendre aux acteurs, aux mimes, aux danseurs leur vocation de louange.JANVIER 1951 13 » UN AMBASSADEUR AU VATICAN Sa Sainteté Pie XII a reçu en audience solennelle, dans la matinée du mardi 14 novembre, S.Exc.M.Luis-Ignacio Andrade, ambassadeur et ministre plénipotentiaire de la République de Colombie, qui a présenté ses lettres de créance au Souverain Pontife.En réponse à l'adresse d'hommage de l'ambassadeur, Sa Sainteté a prononcé en espagnol un discours dont voici les passages principaux (d\u2019après l\u2019édition française de l\u2019Osserva-tore Romano, 24 novembre 1950).LES PROFONDES PENSÉES que vient de manifester Votre Excellence en inaugurant sa mission sont la meilleure garantie de ce que, choisi par le chef de l\u2019État pour représenter l\u2019illustre nation colombienne, vous serez poussé à considérer de plus en plus la nature particulière de la haute mission qui vous a été confiée, en lui apportant toutes les forces de votre esprit et toutes les ressources de votre volonté.Cette considération, en vérité, conduit par elle-même l\u2019ambassadeur à reconnaître comme nécessaires et affirmer ouvertement le rôle providentiel et la mission irremplaçable qui correspondent à ce Siège de Pierre, au service des plus hautes fins de la chrétienté et de l\u2019humanité; pour ensuite, dans l\u2019exercice quotidien de sa charge personnelle, en déduire ces conclusions logiques, psychologiques et pratiques, qui mûrissent au soleil des problèmes concrets de chaque jour.Parce que, s\u2019il a jamais été nécessaire de passer tout de suite des paroles aux actes; s\u2019il a jamais été urgent de passer du terrain des principes à celui de la véritable réalisation, en adaptant son propre rythme au rythme vertigineux des événements environnants, c\u2019est le cas de cette période turbulente d\u2019un après-guerre agité par tant de désaccord, voire sans accord, et affaibli par un manque d\u2019énergie morale.Aujourd\u2019hui, devant la poussée progressive des puissances antichrétiennes, ce qui, en des temps normaux et tranquilles, n\u2019était pour le simple citoyen et pour l\u2019homme d\u2019État qu\u2019un postulat naturel de la conscience nationale et chrétienne s\u2019est transformé en une nécessité primordiale pour l\u2019affirmation et la conservation de la dignité morale et de la juste liberté humaine.Cela a été pour Nous, monsieur l\u2019Ambassadeur, un motif de grandes satisfaction et joie de pouvoir entendre de vos lèvres que les enseignements éthico-sociaux, émanant de ce Siège de Pierre, sont, pour le fidèle et religieux peuple colombien et pour ceux qui, en ces moments si troublés, dirigent ses destinées, une sorte d\u2019étoile conductrice, dont on désire suivre la lumière avec une pleine volonté.Quiconque connaissant l\u2019impressionnante série de ces enseignements pourra savoir que la voix du Père de la Chrétienté, avec ses avertissements et ses exhortations, visant toujours au sain progrès et au développement harmonieux de la vie sociale, s\u2019est toujours fait entendre avec un accent énergique et sans équivoque; toujours, dans toutes les occasions où les nécessités ou les erreurs de l\u2019époque ont exigé d\u2019une manière spéciale cette lumen de coelo, cette lumière d\u2019en-haut, pour éclairer les pas vacillants de l\u2019humanité.Comme notre monde vivrait plus heureux, comme il vivrait plus pacifique et tranquille, si la parole du Vicaire du Christ, qui s\u2019élève au-dessus du terrain où s\u2019affrontent les intérêts opposés et les partis adverses, avait trouvé, chez les gouvernants et les gouvernés, l\u2019écho naturel et la résonance qu\u2019elle méritait certainement.! Que de Canadiens se réjouiraient si pareil discours s'adressait à leur ambassadeur auprès de celui qui représente sur terre le Prince de la Paix ! AVEC OU SANS COMMENTAIRES NOTRE GRANDE RICHESSE, CE SONT NOS FAMILLES CHRÉTIENNES Le XXVIIe volume des Semaines sociales du Canada, contenant les travaux présentés à la Semaine de l\u2019an dernier (Nicolet, 28 septembre au lei octobre) sur le thème du Foyer, base de la société, vient de paraître.C\u2019est, comme les précédents, un beau livre de 300 pages, où l\u2019on expose la situation de la famille au Canada, donnant les plus récentes directives de l\u2019Église sur la sauvegarde du foyer et indiquant comment elles peuvent être appliquées avec fruit dans notre milieu.Nous sommes heureux de reproduire ici un extrait de l\u2019allocution de S.Exc.Mgr Roy, archevêque de Québec, qui clôtura la Semaine et en tira les conclusions.COMME CONCLUSION de tous les travaux que vous avez entendus, mesdames et messieurs, je voudrais simplement vous laisser ces deux pensées: nous devons voir dans nos familles notre première richesse, et cette richesse, nous devons la conserver.Il fut un temps où il était assez facile de comprendre que nos familles pleines de joie, de labeur, de fécondité étaient la grande richesse du Canada français, parce qu\u2019en ces temps nous n\u2019en avions à peu près pas d\u2019autres.LE PROGRÈS ACCOMPLI Maintenant que l\u2019enseignement s\u2019est développé dans notre province, que les écoles élémentaires ont fait des pas de géant, que nos maisons d\u2019enseignement secondaire, non seulement égalent, mais, j\u2019en suis persuadé, dépassent celles des autres pays, plusieurs ont conservé la juste notion des humanités, des cultures classiques, alors que cette culture semble en voie de s\u2019effacer, ou compromise, dans les pays où elle est née.Nos universités aussi, dans un essor puissant, ont réalisé en vingt ans des progrès à peine concevables auparavant.D\u2019autre part, notre vie économique a progressé d\u2019une façon presque aussi étonnante par le développement des industries fondamentales, comme l\u2019industrie du bois et celle de la pulpe, aujourd\u2019hui l\u2019une des premières industries du monde; par la découverte des mines qui ont fait de notre province non plus seulement un centre agricole, mais un grand centre industriel.Toutes nos institutions économiques ont pris une ampleur, une solidité que l\u2019on ne trouvait guère auparavant que dans la province voisine.Nous voyons donc chez nous non seulement des cultivateurs comme autrefois et d\u2019humbles ouvriers, mais, de plus en plus, des artisans spécialisés, des chefs dans tous les domaines: finance, industrie, savoir.LE DANGER À ÉCARTER Le danger qui nous menace, c\u2019est de céder peut-être à cette ivresse de la richesse, richesse de l\u2019intelligence ou richesse de l\u2019argent.C\u2019est de faire comme d\u2019autres pays qui en sont venus à croire que l\u2019homme a été créé d\u2019abord pour apprendre et pour s\u2019enrichir.Sans doute, il faut le savoir, il faut des grandes écoles.Mais malheur à nous si nous devenions de purs intellectuels, si, dans la recherche du développement de l\u2019intelligence, dans le développement du cœur, nous devenions une race asservie à une spéculation qui ne se tournerait ni vers Dieu ni vers l\u2019homme! Malheur à nous aussi, et cela est plus dangereux encore, si nous considérions qu\u2019il suffit d\u2019avoir les machines, l\u2019argent, d\u2019activer tous les échanges pour être vraiment un pays heureux! Nous devons donc garder la sagesse chrétienne dans ce siècle où tant de qualités nouvelles se manifestent dans nos rangs.Je crois que nous ne sommes pas loin d\u2019une époque classique pour notre pays, parce que nous sentons sourdre de tous côtés des qualités profondes et belles.Il y a une convergence extraordinaire de toutes les activités, de tous les talents, dans tous les domaines: arts, sciences, littérature, économie, théologie, spiritualité.Malheur à nous si, dans cette floraison rapide, nous ne savions garder le juste équilibre des choses et si c\u2019était ce qui favorise l\u2019orgueil de l\u2019homme plutôt que ce qui entre le plus profondément dans son cœur qui voudrait avoir priorité! LA RICHESSE À PRÉSERVER Nous devons donc comprendre de mieux en mieux, vérité nécessaire aujourd\u2019hui plus que jamais, que notre grande richesse, ce sont nos familles chrétiennes.Sans elles la science est stérile; sans elles, l\u2019argent, au lieu d\u2019être le soutien normal de l\u2019humble bonheur que l\u2019homme a droit de trouver par son travail, devient l\u2019idole qui égare.Nous devons comprendre que c\u2019est en cet amour profond \u2014 qui met d\u2019abord dans une famille l\u2019unité qu\u2019on doit retrouver ensuite, d\u2019une façon moins parfaite mais également nécessaire, dans toutes les sociétés humaines \u2014 que réside la vraie sagesse.Là se trouve la richesse essentielle, fondement de toutes les autres.Le foyer est la source de toutes les richesses par son unité.Nous n\u2019avons qu\u2019à regarder, mesdames et messieurs, cette Europe si divisée, où des haines si profondes séparent les hommes, pour voir le résultat d\u2019une lente dissolution des foyers, pour voir comment des hommes qui ne trouvent pas d\u2019abord chez eux une unité profonde, faite à la fois de sacrifice, d\u2019amour, de don de soi, de confiance, de générosité, ne sont plus capables de la réaliser ensuite ni dans le domaine économique, ni dans la vie politique, ni dans la vie internationale.Je n\u2019ai pas l\u2019illusion de croire que dans notre pays tout soit parfait, qu\u2019il n\u2019y ait pas chez nous certaines divisions.; mais si vous regardez un peu ailleurs, vous constaterez combien ces divisions sont plus profondes entre des cœurs qui ne sont pas adoucis, dans l\u2019humble enceinte du foyer, par un amour profond.Alors les séparations deviennent irrémédiables.Que ce soient celles que crée la cupidité dans le domaine de l\u2019argent, ou celles qui s\u2019établissent entre les partis politiques, ou celles qui naissent entre les pays, ce sont des haines irréductibles, séculaires, en quelque sorte absolues, parce que ce n\u2019est plus l\u2019amour conjugal et fraternel qui habite d\u2019abord le cœur de l\u2019homme, mais ces oppositions d\u2019homme à homme, ces haines, ces jalousies, ces envies qui s\u2019établissent dans l\u2019âme et l\u2019emplissent tout entière.Voilà pourquoi le foyer, dans son unité admirable, est la première pierre de tout l\u2019édifice national.LE PAPE ET LA PAIX Extrait de l'allocution (2 novembre) aux cardinaux, archevêques et évêques réunis à Rome pour la définition du dogme de V Assomption.NOUS SAVONS DISTINGUER le vrai du faux, nous savons distinguer les peuples des idéologies qu\u2019on leur impose, bien qu\u2019elles entraînent la ruine temporelle et éternelle.Si Nous avons rejeté et condamné certaines idéologies, Nous ne l\u2019avons pas fait contre certaines nations ou contre aucun État en tant que tel, mais Nous avons protesté contre des opinions erronées qui s\u2019efforcent de détruire la notion même de Dieu et la foi chrétienne et usent dans ce but infâme du pouvoir des partis politiques.Est-il donc encore besoin, dans ce discours que Nous vous adressons, de repousser l\u2019accusation, que certains \u2014 vous devinez tous à qui Nous faisons allusion \u2014 portent contre le Pontife romain, de vouloir la guerre, de s\u2019employer à fomenter et à provoquer la guerre, et de se mettre en cela au service d\u2019un État considérable et puissant.Si ces dernières années, la guerre mondiale à peine achevée, les nations n\u2019ont cessé d\u2019être agitées et troublées, comme par un tremblement de terre, par la crainte d\u2019un nouveau conflit armé, la faute n\u2019est nullement à rejeter sur l\u2019Église et sur son Chef suprême, qui furent et qui sont les constants défenseurs et soutiens de la paix.Les jugements que Nous avons cru devoir porter sur la paix et la guerre, Nous les avons portés ouvertement et librement \u2014 pour ne pas parler de Nos autres documents \u2014 dans Notre message radiophonique adressé au monde entier la veille de Noël 1948.Alors, en vérité, Nous ne pensions pas que dans un si bref délai les événements confirmeraient Nos paroles.Nous sommes loin cependant d\u2019abandonner tout espoir de voir la paix sauvegardée sans le risque d\u2019une nouvelle guerre.HUMANISME SOCIAL Voici quelques lignes tirées des conclusions générales du livre Communauté des hommes, initiation à l\u2019humanisme social, qui vient de paraître chez Casterman : MAUDITE SOIT LA SCIENCE qui ne tourne pas à l\u2019amour! Ce livre aurait échoué s\u2019il avait servi seulement à agiter des idées: il souhaiterait conduire son lecteur à l\u2019engagement pratique.Car, dans le domaine social surtout, la connaissance n\u2019est qu\u2019un stade préliminaire; l\u2019action sociale appelle impérieusement tous les hommes de bonne volonté, particulièrement les jeunes gens, dont les forces sont neuves et non encore paralysées par l\u2019égoïsme et la cupidité; chaque chrétien, chaque chrétienne a le devoir urgent de connaître et de réaliser l\u2019exigence de la charité: cette charité essentielle qui demandera aux uns le sacrifice de leur fortune, aux autres le don de soi dans une activité de dévouement, à tous un rayonnant esprit de fraternité.Les catholiques, en particulier, tableront sur les directives de l\u2019Église romaine qui, dans le domaine de la pensée et de l\u2019action, jouit d\u2019une autorité et d\u2019une expérience exceptionnelles.Leurs initiatives seront nombreuses et audacieuses, \u2014 l\u2019Église le souhaite, \u2014 mais elles demeureront soumises au magistère, qui les émondera et coordonnera.Dans ces conditions, la religion sera « une plante grimpante et non un aérolithe ».Prêtres, médecins, ingénieurs, avocats, assistants et assistantes sociales, infirmières, éducateurs.trouveront en elle l\u2019inspiratrice de leur idéal et la flamme de leur action.Car elle est une flamme vivace qui torture d\u2019une incessante inquiétude celui qui en est dévoré, elle est une lumière auprès de laquelle toutes les autres sont ténèbres.JANVIER 1951 i Ê* 14 RELATIONS 15 Au fil du mois La question de Palestine Le nouveau projet de solution de la question de Palestine, attribué aux délégués à l\u2019O.N.U.des Pays-Bas et du Canada, projet qui comporterait l\u2019abandon du principe de l\u2019internationalisation des Lieux Saints, trouve au Vatican un accueil défavorable, lit-on dans la Croix de Paris, du 21 novembre 1950.Après l\u2019Osservatore Romano, qui, le 19 novembre, s\u2019est borné à dire que le point de vue du Saint-Siège n\u2019avait pas changé dans cette question, le Quotidiano, journal catholique de Rome, souligne que les Lieux Saints tiennent à cœur à la catholicité tout entière pour des raisons de caractère religieux, et il relève que, dans le projet attribué aux délégations hollandaise et canadienne, on songerait à une formule fondée sur l\u2019extraterritorialité, d\u2019une façon analogue à celle adoptée pour la Cité du Vatican.Il faut noter, poursuit le Quotidiano, que l\u2019État de la Cité du Vatican est né sur la base d\u2019une situation de fait qui a duré pendant soixante ans et que, de toutes façons, on ne peuQpas parler de simple extra-territorialité: le Vatican est un État indépendant et souverain comme tous les autres.Du point de vue juridique, il importe de réaffirmer ensuite que la position du Saint-Siège à l\u2019égard des Lieux Saints et de la Palestine ne permet aucune équivoque.Deux encycliques (In multiplicibus, du 24 octobre 1948, et Redemptoris nostri, du Vendredi Saint de 1949), une exhortation apostolique (10 novembre 1949), enfin, l\u2019allusion contenue dans le message de Noël de l\u2019an dernier ont dissipé toute possibilité d\u2019erreur.Le Saint-Siège estime que pour garantir le respect et la paix des Lieux Saints, il faut observer les quatre conditions suivantes: 1° régime international pour Jérusalem et les environs; 2° protection et sauvegarde des autres Lieux Saints non compris dans ce territoire, avec liberté d\u2019accès; 3° liberté assurée à toutes les institutions catholiques; 4° protection des droits historiques du catholicisme.« Ce n\u2019est pas un mystère, ajoute le Quotidiano, que l\u2019équilibre des forces qui se font face en Palestine se tient par des causes extérieures, c\u2019est-à-dire par l\u2019accord de deux grandes puissances qui, demain, pourraient changer d\u2019avis.Il est évident que, lorsqu\u2019on parle au nom d\u2019une loi internationale valable pour tous, les raisons de paix doivent se fonder sur des bases objectives et non sur la convergence temporaire d\u2019intérêt de tiers.» Le nouveau projet fut, en fait, proposé par la Suède; mais il n\u2019obtint pas le nombre de votes requis pour être adopté.Un comble Ceux qui s\u2019étonnent du scandale d\u2019un Noël trop souvent commercialisé, tout en sapinages, carrioles, cadeaux, sauteries, mais sans Enfant Jésus, ont pu lire une explication de cette propagande païenne dans une note du Saturday Night du 12 décembre.Toronto, qui nous envoie des évangéliques baptistes, n\u2019a pas goûté le zèle antichrétien du rabbin Feinberg, fort respectable d\u2019ailleurs, paraît-il.Évidemment, la fête d\u2019un Messie refusé déplaît à certains héritiers du refus.Quelques-uns, plus remuants, s\u2019efforcent de le noyer dans des modes, des tableaux et des réjouissances qui le jettent dans l\u2019oubli, même chez les soi-disant chrétiens.Mais c\u2019est peut-être la première fois qu\u2019un rabbin y va si clairement, fût-ce de biais, par la bande.Donc, ce rabbin s\u2019élève contre les cantiques de Noël dans les écoles publiques, « pas destinées à enseigner la religion.Toute intrusion d\u2019un enseignement sectaire viole le principe et le but de l\u2019école publique.Or, les Juifs n\u2019acceptent pas Jésus pour Messie ».Nous le savons trop; mais quelle pro- portion d\u2019enfants y ont-ils?.Des étudiants rétorquèrent; des ministres protestants bondirent: « C\u2019est dégoûtant, dit l\u2019un.Si nous allions en Israël, demanderions-nous aux Juifs de changer leurs observances à cause de nous ?» Et un autre : « On leur donne la vie heureuse dans un pays vraiment démocratique, et ils prétendent nous mener quand nous y sommes l\u2019immense majorité!.» Plusieurs Juifs ont tôt désavoué un tel culot, et ils ont bien fait.Les brouillons, installés ici depuis cinq, trente ou cinquante ans, ne devront pas trop souvent brimer les vieux Canadiens.Ni pour la religion, ni pour empêcher des artistes de se faire entendre, ni pour empêcher des réfugiés chrétiens d\u2019entrer au pays, ni directement pour détruire l\u2019esprit de Noël et de Pâques.Nous leur offrons nos libertés: qu\u2019ils en jouissent, mais sans vouloir nous les ôter.Ils crient vite à l\u2019antisémitisme; qu\u2019ils évitent l\u2019antichristianisme! A propos de Noël, une revue laïque américaine ridiculise les cartes de souhaits par trop vétustes avec leurs chapeaux de soie, leurs carrosses, carrioles, omnibus à quatre chevaux, chandelles, hôtelleries, bancs de neige, etc.Que chez nous l\u2019Enfant Jésus reste à la mode, toujours vraie, toujours moderne! Un conseil centenaire Pour rembarrer les critiques de certains évaporés contre « le clergé qui tient le peuple dans l\u2019ignorance », il est bon de rappeler non seulement les fondations extraordinaires bâties sur la pauvreté, le maximum d\u2019effet obtenu d\u2019un minimum de moyens, mais aussi les instances, les insistances des chefs religieux, pas toujours écoutées.Au hasard des recommandations nombreuses, voici un extrait de lettre pastorale collective de nos évêques de 1850: Pour éloigner le peuple des mauvaises lectures, procurons-lui-en de bonnes par Vétablissement de bibliothèques paroissiales.Le bon livre est un ami qui donne de sages conseils, un médecin qui enseigne d'excellents remèdes.Pour quelques chelins par année, vous répandrez Vabondance et le bonheur dans vos maisons; car ces lectures vous détacheront des faux plaisirs, qui coûtent cher.Vos enfants apprendront à s\u2019en passer; ils aimeront le toit paternel et ne le quitteront guère.Les bons livres renferment une liqueur mille fois plus délicieuse que les liqueurs enivrantes, et coûtent mille fois moins cher.Ils deviendront les compagnons de vos enfants, qu\u2019ils préserveront de la société des jeunes libertins, ivrognes ou blasphémateurs.Ils les porteront à aimer votre compagnie, à s\u2019amuser avec leurs frères et sœurs ou avec les voisins.Ils passeront les longues soirées d\u2019hiver à chanter, à causer de choses utiles, à faire des jeux innocents, sous vos yeux et avec vous.Avec de semblables mœurs, qui vous reporteront à l\u2019âge d\u2019or où vos pères étaient si heureux, ne voyez-vous pas de quels chagrins vous vous préserverez ?Favorisez de tout votre pouvoir l\u2019éducation de vos enfants.La loi n\u2019est pas parfaite, mais profitez des avantages qu\u2019elle offre, et priez pour qu\u2019on l\u2019améliore.Vous contribuerez à la prospérité spirituelle et temporelle de notre patrie.Cette belle exhortation s\u2019applique encore, peut-être plus qu\u2019alors.Franco-Américanie Quatre prêtres distingués du diocèse de Providence, MM.les abbés Giroux, Vincent, Villiard et Forest, curés de très belles paroisses françaises du Rhode-Island, ont reçu l\u2019honneur de la prélature domestique du Saint-Siège.C\u2019est la récompense humaine de longues années de dévouement pour la cause religieuse; récompense nationale pour nous.Entre les autres, Mgr Giroux, né à Saint-Michel de Na-çierville, compte cinquante-cinq années de ministère aux États-Unis, après son retour de Rome.En 1909, il fondait à 16 RELATIONS Woonsocket la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires, qu\u2019il dota d\u2019une fort belle église, dont il est toujours le très spirituel curé, spirituel dans tous les sens.A quatre-vingt-trois ans, Monseigneur voit arriver la prélature comme une décoration à ses mille familles et à ses œuvres: trois communautés de religieuses, \u2014 Présentation-de-Marie, Sainte-Jeanne-d\u2019Arc, Petites Sœurs de l\u2019Assomption, \u2014 enrichissant la vie paroissiale à l\u2019école bilingue, au presbytère et chez les pauvres.Dans ce diocèse, naguère éprouvé, l\u2019union s\u2019est refaite autour d\u2019un évêque sympathique.La jeunesse peut jouir du travail des anciens tant qu\u2019elle le voudra.Le voudra-t-elle?.L\u2019histoire des sacrifices et des fondations est trop belle pour qq,\u2019on ne la continue pas.L\u2019on ne saurait trop garder de barrières entre la contagion païenne et la vitalité chrétienne.La parenté avec Québec disparaît; les jeunes parlent mieux anglais que français.Si l\u2019ancienne ignorance de l\u2019anglais a maintenu notre langue pendant une ou deux générations, aujourd\u2019hui c\u2019est la préférence donnée à la langue maternelle qui devra gagner.La lutte est entre le pays et le sang.Parler élégamment la langue du pays oblige-t-il à renier, à profaner, à parler mal la langue apportée de France et de Québec?Les jeunes ménages n\u2019auront-ils pas la fidélité, qui est aussi habileté et prévoyance, de partir leurs enfants en français ?Ce n\u2019est pas toujours ce qui arrive, et la pauvre religieuse qui reçoit les tout petits a besoin de tout un courage pour leur faire comprendre, puis apprendre le catéchisme de première communion en français.De sombres prophètes au- gurent mal de la langue de ces futurs paroissiens pour 1975 ou 2000.La partie se décide actuellement chez les petits.A Worcester, où le collège bilingue des Pères Assomp-tionnistes prépare une classe instruite, de grandes fêtes viennent de célébrer le centenaire de la belle congrégation fondée par le P.d\u2019Alzon.Une souscription d\u2019amis patriotes et d\u2019anciens élèves aidera l\u2019expansion de l\u2019œuvre qui aide si bien.Le projet de loi.On nous fait remarquer qu\u2019un para-sur les cooperatives\tde l\u2019article intitulé: « Le projet de loi sur les coopératives » (décembre 1950, p.350), laissant une image imparfaite de la réalité, parce qu\u2019il paraît assimiler le secteur des coopératives agricoles et l\u2019U.C.C.qui sont, en fait, deux entités différentes, l\u2019argumentation tirée des « trois Grands du mouvement coopératif québécois » n\u2019a plus la même force.Enregistrons cette remarque avec plaisir, en notant toutefois que le paragraphe en question reste dans l\u2019orientation générale de l\u2019article: premièrement, à cause de l\u2019importance de l\u2019U.C.C.dans l\u2019économie agricole, et deuxièmement, à cause du rôle que cette association a joué dans la fondation d\u2019un grand nombre de coopératives reliées au Conseil supérieur de la coopération par l\u2019intermédiaire de la Coopérative fédérée.Autre remarque.Le comité d\u2019experts, dont il est fait mention dans le dernier paragraphe, a été suggéré au gouvernement par l\u2019avocat du Conseil supérieur, Me François Jobin.Cuique suurn.A chacun son mérite.\u2022 .¦ \u2022 LA LOI ANTICOMMUNISTE AMÉRICAINE Luigi d'APOLLONIA, S.J.POUR LA PREMIÈRE FOIS dans son histoire, le Congrès des États-Unis a passé, le 20 septembre 1950, une législation anticommuniste.La majorité fut écrasante: 312 contre 20 à la Chambre des représentants, 51 contre 7 au Sénat.Et l\u2019on n\u2019était pas sans savoir que le Président enregistrerait un refus.Sa réponse ne tarda pas.Le 22 septembre, il renvoyait le bill avec son veto, priant sénateurs et députés, par une lettre écrite à chacun sur papeterie de la Maison Blanche et signée Harry Truman, de lire et le bill et le mémoire y joint.Espérait-il convaincre au moins un tiers des Chambres à majorité démocrate?Qui sait si le Congrès ne renverrait pas l\u2019étude du bill après les élections du 7 novembre?Ou, sentant la partie perdue, le Président comptait-il sur un compromis, puisqu\u2019il se disait prêt à sanctionner les articles 18 à 21 et l\u2019article 23 ?La Chambre des députés ne s\u2019émut point; sans même prendre la peine de discuter le veto, elle le rejeta par un vote de 286 contre 48.Au Sénat, on décida de faire obstruction; toute la veillée et toute la nuit, quelques sénateurs paraphrasèrent les objections du Président; leur déluge d\u2019éloquence, croyaient-ils, ferait monter des quatre coins du pays de lourds nuages de protestations.Peine perdue.L\u2019orage ne creva pas sur Washington.Après vingt-quatre heures de discours, vers 3 h.30 de l\u2019après-midi, l\u2019opposition fit silence; un JANVIER 1951 sénateur s\u2019était même évanoui, martyr de la cause.On prit le vote: 57 contre 10.Le projet de loi avait obtenu de chacune des Chambres plus que les deux tiers requis pour annuler le veto du Président.Ainsi fut passé, avec une hâte indécente et la crainte de l\u2019électorat, qui est le commencement de la sagesse en démocratie, le bill H.R.9490.Loi pour protéger les Etats-Unis contre certaines activités subversives et antipatriotiques en obligeant les organismes communistes à s\u2019enregistrer, et pour d\u2019autres fins.Que soit statué par les Etats-Unis et par la Chambre des représentants des Etats-Unis de l\u2019Amérique réunis en Chambres; que cette loi s\u2019intitule: Loi de sécurité nationale de 1950, Internal Security Act of 1950.I.\u2014 TENEUR DE LA LOI Il est plus que probable que ce bill ne portera pas soi* titre légal.Déjà on l\u2019appelle «la loi anticommuniste », le Red Control Bill, et plus communément encore le Bill McCarran, du nom de son parrain, Pat McCarran, homme de droite, adversaire déclaré du New Deal et des D.P., depuis dix-huit ans sénateur du Nevada.C\u2019est toutefois trop d\u2019honneur pour le sénateur McCarran, car ce ne sont que les pires parties du bill qui sont de lui.La généalogie politique du H.R.9490 est très hybride.Il provient d\u2019un croisement de projets de loi : le bill Mundt-Nixon-Ferguson ayant trait à l\u2019enregis- 17 trement des communistes et des organisations procommunistes, le bill McCarran amendant les lois d\u2019immigration et de citoyenneté, le bill Harley M.Kilgore relatif à l\u2019internement des saboteurs à l\u2019heure du danger.Cousu bout à bout étoffe neuve sur vieux drap, le bill McCarran, long de 25,000 mots, est bel et bien ce que l\u2019on nomme un bill omnibus.a)\tEnregistrement des communistes (apport Mundt-Nixon-Ferguson) Après avoir donné les raisons qui légitiment cette législation, et défini certains termes, comme personne, organisation, organisme d\u2019action communiste, organisme pro-communiste, organisme communiste, publications, doctrine, le bill traite (articles 1-18) de l\u2019enregistrement des communistes et des groupements pro-communistes {front organizations) dans les trente jours.L\u2019article 4 interdit à tout dirigeant ou fonctionnaire d\u2019État, à tout département ou organisme d\u2019État, à toute corporation entièrement ou en partie entre les mains du gouvernement de donner des renseignements d\u2019État aux agents de gouvernements étrangers ou aux organisations communistes.L\u2019article 5 interdit à tout membre d\u2019une organisation communiste, enregistré ou sommé de le faire auprès du procureur général, d\u2019être fonctionnaire d\u2019État, de cacher son appartenance communiste ou pro-communiste lorsqu\u2019il fait une demande d\u2019emploi, l\u2019obtient ou le détient.Défense est faite à tout fonctionnaire de contribuer aux fonds des organisations communistes.L\u2019article 6 ordonne au secrétaire de la Défense de dresser la liste des moyens de défense, defence facilities, à savoir: industries, aéroports, quais, vaisseaux, chemins de fer, etc.Cette liste sera affichée.Défense à tout membre d\u2019une organisation communiste d\u2019utiliser ou de demander un passeport.Défense aux officiers publics de leur en faire tenir un.Les articles 7 à 17 instituent un bureau de cinq hommes; à la demande du procureur général, le bureau jugera si telle organisation est communiste.Chaque partie aura droit de se faire entendre publiquement, de produire ses témoins, d\u2019avoir un avocat conseil, de contre-examiner, etc., as may be required for a full and true disclosure of the facts.Toute propagande communiste par écrit, radio, télévision portera l\u2019étiquette communiste.« Répandu par____________________, organi- sation communiste.» « Le programme qui suit est commandité par__________________, organisation commu- niste.» Les organisations communistes feront connaître l\u2019origine de leurs fonds.Aucune exemption de taxe pour une organisation communiste ou paracommuniste; aucune déduction de l\u2019impôt sur le revenu pour les contributions à de telles organisations.Les articles 18 à 21 redoublent la vigilance de l\u2019État.Doivent s\u2019enregistrer toutes personnes mêlées de près ou de loin à l\u2019espionnage, au contre-espionnage, au sabotage, pour le compte d\u2019un gouvernement étranger ou d\u2019un parti politique.b)\tImmigration et naturalisation {apport Patrick McCar- ran) Les articles 22 à 30 ont trait à l\u2019immigration et à la naturalisation.Le procureur général peut emprisonner toute personne encore au pays six mois après qu\u2019un ordre de déportation lui aura été signifié.Sont exclues des États-Unis toutes personnes affiliées en aucun temps au parti communiste, à un groupement totalitaire aux États-Unis ou dans un autre pays.Est illégale la naturalisation 1° de toute personne en accointance avec un groupement communiste ou totalitaire au cours des dix ans qui ont précédé sa demande; 2° de toute personne qui se trouve sous le coup d\u2019un ordre de déportation; 3° de toute personne affiliée, pendant les dix ans qui ont précédé sa demande, à une organisation à sympathie communiste, à moins que, dans les trois mois qui ont suivi l\u2019enregistrement de cette organisation, elle n\u2019en ait quitté les rangs.Est rayée du nombre des citoyens toute personne naturalisée après le 1er janvier 1951, qui, dans les cinq années suivantes, donnera son nom à une organisation totalitaire, communiste ou paracommuniste.Est rappelé l\u2019article de la Loi de l\u2019immigration du 5 février 1917, donnant au procureur général le pouvoir de légaliser la situation d\u2019un étranger passible de déportation, qui, après sept ans aux États-Unis, aurait fait preuve d\u2019une conduite exemplaire.c)\tInternement {apport Kilgore) Les articles 100 à 116 (il n\u2019y a pas d\u2019articles 33 à 99) comprennent YEmergency Detention Act of 1950 présenté par le sénateur Kilgore avec certaines modifications.Cette partie n\u2019a de vigueur qu\u2019en cas d\u2019urgence nationale.Le Président peut déclarer un état de danger en cas 1° d\u2019invasion des États-Unis, de leurs territoires ou de leurs possessions ; 2° de déclaration de guerre du Congrès; 3° de révolte intérieure pour venir en aide à un pays étranger.Le Président, par l\u2019intermédiaire du procureur général, peut faire arrêter et emprisonner toute personne qui offre « des raisons suffisantes laissant croire qu\u2019elle s\u2019adonnerait à des actes d\u2019espionnage et de sabotage ou conspirerait probablement avec d\u2019autres à cette fin ».Un bureau de neuf membres \u2014 Detention Review Board \u2014 sera constitué pour réexaminer les cas.Les détenus pourront interjeter appel à ce bureau, et de ce bureau à toute autre Cour d\u2019appel aux États-Unis, avec tous les droits inhérents à la partie défenderesse.Ces détenus jouiront également du droit d\u2019habeas corpus.En effet, la section 116 se termine par ces mots: « Aucun article de ce chapitre ne s\u2019interprétera de façon 18 RELATIONS à suspendre le privilège du droit d'habeas corpus ou à en autoriser la suspension.» IL \u2014 LES OBJECTIONS DE M.TRUMAN « Je renvoie ci-joint, sans mon approbation, H.R.9490, le projet de Loi de sécurité nationale de 1950.» Il faut reconnaître que pareille attitude, à la veille d\u2019une élection où allait se jouer le sort de tous les députés et d\u2019un tiers des sénateurs, demandait du cran.Les adversaires républicains ne manqueraient pas de crier par-dessus les toits: « M.Truman a rejeté la loi anticommuniste.» C\u2019est pourquoi, sans doute, le Président prit la peine de s\u2019expliquer au long et au large \u2014 at some length \u2014 avec les législateurs.« Je prends cette décision, disait-il, après longue étude et mûre réflexion, après avoir consulté les agences de sûreté et de renseignements secrets du gouvernement.» Il prend soin de bien mettre en relief qu\u2019une telle loi, loin de juguler le communisme, le favoriserait.« H.R.9490 ne nuirait pas aux communistes.Au contraire, il les aiderait.» Cette pensée revient sans cesse en leitmotiv à travers le long mémoire de 5,500 mots: « Je le répète, le résultat net de ce projet de loi sera d\u2019aider les communistes, non de leur faire tort.» Le Président en a surtout contre les articles 1 à 17, 22 et 25, its worst features.Mais avant d\u2019entrer dans une critique détaillée, il résume sous quelques chefs ses principales objections.\u2014 En exigeant la publication d\u2019une liste complète des moyens de défense, l\u2019article 5 aide l\u2019ennemi.Espions et saboteurs dépenseraient volontiers « des années d\u2019effort » pour obtenir les renseignements que ce projet de loi obligera le gouvernement à leur « présenter sur un plateau d\u2019argent ».« Je ne puis penser à aucun document, ajoutait-il, qu\u2019un gouvernement étranger ennemi désirerait autant posséder.» \u2014 Le ministère de la Justice et la police secrète (F.B.I.) dépenseront un temps et des énergies incroyables à mettre en pratique d\u2019impossibles clauses d\u2019enregistrement.Il est ridicule de croire que des voleurs iront se dénoncer au gendarme.(De fait, dans les trente jours, aucune organisation communiste ne s\u2019est enregistrée.) Les paragraphes 7 à 11, qui permettent aux organisations communistes et pro-commu-nistes d\u2019en appeler d\u2019une sentence, ne sont pas pratiques.Ni le droit d'habeas corpus dans les circonstances.A propos de la longueur des procédures judiciaires, M.Truman rappelle « que le procès des onze chefs communistes, intenté d\u2019après le Smith Act, prit neuf mois ».Et l\u2019enjeu était beaucoup moins considérable.D\u2019appel en appel, le procès d\u2019une organisation communiste pourrait prendre « de deux à quatre ans ».\u2014 Pareille loi nous priverait de l\u2019aide précieuse de beaucoup d\u2019étrangers.De nombreuses lois existent déjà contre l\u2019admission aux États-Unis des anarchistes, des assassins, des saboteurs.Les étendre à tous ceux qui à un moment ou l\u2019autre \u2014 at any time \u2014 auraient fait partie d\u2019une organisation communiste ou totalitaire, c\u2019est fermer la porte aux plus grands ennemis du communisme et priver le pays de leurs services.\u2014 Bien plus, et c\u2019est la quatrième objection du Président contre le bill McCarran, ce serait provoquer \u2014 it would antagonize \u2014 des gouvernements amis, et porter « un coup terrible contre notre travail pour la paix mondiale ».Le bill permettrait même aux conspirateurs de se faire naturaliser citoyens des États-Unis « plus facilement ».\u2014 Toutefois l\u2019objection de fond de M.Truman est le danger que fait courir cette loi à la liberté de pensée et de parole que consacre le premier amendement de la Constitution américaine.Distinguant entre action subversive et doctrine subversive, il est extrêmement périlleux que le gouvernement américain se permette d\u2019entrer in the thought control business.De plus, la loi donne au gouvernement « le droit de harasser les citoyens dans l\u2019exercice de leur droit à la liberté de parole ».La liberté de parole n\u2019a pas pour but de protéger quelques exaltés contre une majorité, note-t-il avec pertinence, mais d\u2019avantager la majorité elle-même, « puisqu\u2019elle protège le droit de critique et que le droit de critique est un facteur de progrès ».Cette loi rendrait timorée la conscience politique du peuple américain.On cherchera à jouer un jeu prudent, « et comme personne ne peut être sûr d\u2019avance des vues qu\u2019il est prudent d\u2019exprimer, la tendance inévitable sera de n\u2019en exprimer aucune en matières controversées ».Bref: « .C\u2019est faire un grand pas dans le sens totalitaire.»v III.\u2014 COMMENTAIRES Beaucoup de milieux ont donné raison à M.Truman sur bien des points.Les deux grandes unions ouvrières, l\u2019A.F.L.et la C.I.P., des associations nationales comme Y American Civil Liberties Union et les Americans for Democratic Action, nombre de revues, au-dessus de tout soupçon, exprimèrent des craintes pour les libertés civiles.Les communistes soutiennent souvent d\u2019excellentes causes, \u2014 c\u2019est même chez eux une tactique, \u2014 tels l\u2019antiracisme, la lutte contre les taudis, l\u2019hygiène industrielle, etc.: toute organisation qui appuierait ces revendications risquerait de passer pour sympathisante.Des innocents seraient incriminés.Cette crainte nous semble mal fondée, puisque le critère établi par le bill McCarran n\u2019est pas de chercher si une organisation pense parfois comme les communistes, mais bien si elle pense toujours comme eux \u2014 do not deviate.D\u2019ailleurs, cette rencontre sur le plan de l\u2019action n\u2019est pas l\u2019unique critère; on tiendra compte aussi du dossier des dirigeants, de l\u2019origine des fonds, de leur emploi, etc., bref, la loi donne huit critères pour les organismes d\u2019action communiste et quatre pour les organismes pro-communistes, parmi lesquels JANVIER 1951 19 se trouve l\u2019adhésion constante à un même programme d\u2019action.Les unions ouvrières ont toutefois une autre raison d\u2019inquiétude qui semble très légitime.L\u2019article 3, qui définit le terme organisation, est trop lâche et peut s\u2019appliquer à la rigueur aux unions ouvrières elles-mêmes; d\u2019autres articles s\u2019appliqueraient à beaucoup d\u2019ouvriers non communistes, mais membres d\u2019unions dirigées par des communistes; or l\u2019ouvrier se voit souvent dans l\u2019obligation de se joindre à des unions pour gagner son pain, ou encore pour les libérer de l\u2019emprise communiste.Ce sont surtout les amendements aux lois d\u2019immigration et de naturalisation qui vicient le bill McCarran.Truman a usé du mot extrêmement violent de hysterical provisions pour les caractériser.De l\u2019étranger, ces articles ressemblent moins à de l\u2019hystérie qu\u2019à du racisme ou à un égoïsme national sans vergogne.C\u2019est l\u2019interprétation qu\u2019on a donnée du bill en Allemagne et en Italie, parmi les agents de l\u2019IRO (International Refugee Organization) et dans les milieux catholiques, ce qui est une injustice à l\u2019endroit d\u2019un pays qui s\u2019est toujours montré d\u2019une généreuse hospitalité envers les réfugiés de guerre.Les lois excluaient déjà des États-Unis les anarchistes, les assassins, les saboteurs; la nouvelle loi leur assimile tous ceux qui ont at any time été membres du parti communiste ou de tout autre parti totalitaire de n\u2019importe quel état des États-Unis, d\u2019un État étranger, ou de toute subdivision politique ou géographique d\u2019un pays étranger.A les prendre au pied de la lettre, ces articles \u2014 qu\u2019on doit au sénateur McCarran \u2014 excluraient du pays « tous les hommes d\u2019affaires, tous les étudiants et tous les autres voyageurs non officiels qu\u2019appuie le gouvernement, .disons, de l\u2019Espagne ».Sans doute, M.Truman a-t-il cité l\u2019Espagne parce que le sénateur McCarran s\u2019en est fait au sénat le défenseur.Exclus des États-Unis, le garçonnet balilla ou la fillette des Piccole Italiane du régime fasciste.Exclu, tout commis de librairie qui aurait vendu Mein Kampf, Das Kapital.Exclus, les camelots du Popolo d'Italia ou du Voelkische Beobachter.Exclus, les écrivains communistes Koestler, Silone, etc., qui chantent palinodie dans le Dieu des ténèbres.Exclus, tous ceux qui, en 1934, se seraient opposés avec Mussolini à 1\u2019Anschluss.Exclu, le maire actuel de Berlin, Ernst Reuther, autrefois secrétaire général du parti communiste allemand, aujourd\u2019hui invincible défenseur de l\u2019Occident, alors qu\u2019il a la tête dans la gueule de l\u2019ours russe.Et l\u2019on se rappelle les grandes manchettes des journaux annonçant, les 13 et 14 octobre, que, par ordre du State Department, tous les visas devaient être revalidés.Et les photos d'Ellis Island où l\u2019on détint même l\u2019auteur de l'Hymne des Nations, la bête noire des fascistes, Arturo Toscanini.Quel beau désordre! L\u2019étranger qui étudie 1 'Internal Security Act \u2014 et surtout la section McCarran \u2014 reste frappé par le caractère négatif, le réflexe défensif, l\u2019esprit en somme défaitiste qui a présidé à la rédaction de la loi.Les Américains ne nous avaient pourtant pas habitués à ce complexe d\u2019infériorité.« Nous donnons l\u2019impression, notait avec justesse M.Truman, \u2014 et nous sommes bien placé pour en juger, \u2014 d\u2019avoir peur des « étrangers », alors qu\u2019en fait nous travaillons autant que possible à établir la confiance et des rapports d\u2019amitié entre les nations de l\u2019univers.» C\u2019est défaitisme de croire qu\u2019une démocratie ne puisse regagner le terrain perdu, et qu\u2019une fois membre d\u2019un parti communiste ou totalitaire, l\u2019on en porte une empreinte ineffaçable.Les deux tiers du globe ont, en un temps ou l\u2019autre, succombé à un régime totalitaire; si le courant est irréversible, c\u2019en est donc fini de notre pauvre monde! Grand est le péril, grand aussi notre espoir, car l\u2019histoire nous enseigne également que la liberté couve, inextinguible, au cœur de l\u2019homme et que, forte comme un instinct de conservation, elle finit par l\u2019emporter.Convertir et non se retrancher est la solution chrétienne.CONCLUSION Ce réflexe de défense, les failles, faiblesses et imperfections du bill omnibus de Pat McCarran lui ont mérité le sobriquet de blunderbuss (le gaffeur).Le Président a même été jusqu\u2019à le qualifier de terrible mistake.Le seul titre: « Loi pour protéger les États-Unis.par l\u2019enregistrement des organisations communistes, et pour d\u2019autres buts, and for other purposes », montre assez la pauvreté de la synthèse.Qui voudrait en mesurer la pauvreté de rédaction n\u2019aurait qu\u2019à tracer la synopse des premiers paragraphes du chapitre I et du chapitre II; c\u2019est la répétition du même texte, mot à mot.Aucune loi n\u2019est parfaite, il est vrai.Il est quand même extrêmement regrettable que les États-Unis, pour la première fois qu\u2019ils légifèrent sur la question cruciale du communisme, l\u2019aient fait si mal, à la colle et au ciseau.Toutefois, malgré ses défauts et malgré une campagne menée habilement par des adversaires de toutes nuances, honnêtes et malhonnêtes, le bill McCarran restera.Au Canada, il est permis de s\u2019en réjouir puisque ce bill constitue le premier essai d'une législation anticommuniste tenté par une puissance démocratique de premier plan.Une trentaine de pays \u2014 tous des pays de deuxième puissance, même le Brésil et l\u2019Australie \u2014 ont déclaré le communisme hors la loi.Les États-Unis ne sont pas allés jusque là.Mais une grande puissance démocratique, avec des procédés démocratiques, vient de dissiper le plus dangereux sophisme de la pensée libérale et la plus puissante arme communiste, à savoir qu\u2019un 20 RELATIONS peuple libre doit, d\u2019après les principes de la démocratie, permettre aux conspirateurs d\u2019être en mesure d\u2019étouffer sa liberté, et de gouverner par la crainte, la terreur et la brutalité au profit d\u2019un gouvernement étranger.C\u2019est en quoi le bill McCarran intéresse particulièrement le Canada, qui n\u2019a pas encore de loi anticommuniste et dont le sort est lié de si près au sort des États-Unis.Il est vraisemblable que le H.R.9490 sera amendé sur bien des points, surtout en ce qui a trait à l\u2019immigration.C\u2019est là un des grands avantages du régime démocratique, qu\u2019il puisse corriger ses erreurs avant qu\u2019il ne soit trop tard.Mais cette loi ne sera pas révoquée.Les législateurs américains semblent convaincus que les lois contre l\u2019espionnage, le sabotage, la trahison n\u2019offrent plus assez de sécurité à une démocratie; l\u2019électorat, lui, s\u2019il ne se rend pas clairement compte que le communisme est « intrinsèquement mauvais » et qu\u2019avec lui toute collaboration est une dangereuse chimère, reconnaît que le parti communiste ne peut plus être traité comme un quelconque parti politique (article 2, p.6); il est, d\u2019après sa définition politique, « une révolution à la mesure du monde entier, dont le but est.d\u2019établir une dictature totalitaire communiste ».Au Canada, il est grand temps que nous en prenions conscience, car c\u2019est la onzième heure, horloge de Washington, heure de Moscou.SPIRITUALITÉ Aide-toi, le ciel t\u2019aidera Lucien ROY, S.J.C\u2019EST L\u2019AXIOME DES COURAGEUX.En tous les domaines, le succès est réservé à la vaillance, et dans la vie spirituelle il n\u2019en va pas autrement.« Le Royaume des cieux souffre violence et les violents l\u2019emportent », disait Notre Seigneur de tous ceux qui prenaient au sérieux le message de pénitence de Jean-Baptiste.Lui-même n\u2019a pas contredit son Précurseur, loin de là; il nous a simplement fait savoir que les efforts humains, si grands soient-ils, demeurent stériles par eux-mêmes.Entendu de façon unilatérale, dans le seul sens de l\u2019effort, l\u2019axiome des courageux deviendrait un axiome de suffisance.Or rien n\u2019est mieux indiqué que la suffisance spirituelle pour nous priver de la grâce de Dieu.« Il a déposé les puissants.Il a renvoyé les riches les mains vides.» Alors que veut-on de nous?Que nous prenions nous-mêmes en mains l\u2019affaire de notre salut ou que nous nous en remettions au bon plaisir d\u2019une miséricorde insondable en ses desseins, dont nous ne connaîtrons jamais les préférences ?Dieu ne laisse pas ignorer la réponse, mais ce qu\u2019il nous révèle inquiète, déroute un disciple soucieux de mettre d\u2019accord les enseignements reçus.Saint Paul enseigne au nom de Dieu: « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement.» Cependant le même Apôtre écrira: « Le salut ne dépend ni de la volonté ni des efforts, mais de Dieu qui fait miséricorde.» S\u2019il s\u2019agit simplement du vouloir, saint Paul m\u2019apprend que cela du moins est de mon ressort: « Le vouloir est à ma portée.» Je le croirais sans peine si le même ne m\u2019avait déjà dit ailleurs que le vouloir aussi dépend d\u2019en-haut: « .c\u2019est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire.» Dans l\u2019Ancien Testament, un prophète nous communique de la part de Dieu ce message: « Revenez à moi et je reviendrai à vous.» Or un autre prophète, non moins autorisé que le premier à me transmettre la parole divine, prend tout juste l\u2019attitude contraire pour dire à Dieu: « Fais-nous revenir à toi, et nous reviendrons.» On pourrait multiplier les exemples de ces enseignements apparemment contradictoires.Il importe davantage de comprendre qu\u2019ils sont tous également vrais à la fois et de saisir le sens complet du message divin.Nous sommes ici au vif du problème de la destinée humaine et des rapports que l\u2019homme entretient avec Dieu.Or sitôt que nous abordons M.Lucien Roy propose à notre méditation un des problèmes les plus importants de la spiritualité.ce mystère, nous entrons forcément dans une zone de paradoxes.Nous oserions dire que l\u2019homme est un être essentiellement paradoxal.Grandeur et misères: c\u2019est le roseau pasca-lien.Lié à la matière et participant de l\u2019esprit; créature de toute dépendance et à son tour créateur d\u2019énergie spirituelle.Il pense, et c\u2019est lui qui pense.Il veut, c\u2019est lui qui veut.Il est libre.Et tandis qu\u2019il songe à s\u2019enivrer de sa propre liberté, il ne cesse pas de recevoir d\u2019un prêteur éternel ce qui lui permet d\u2019être et de penser.Pauvre homme! Stable et caduc; il est et il n\u2019est pas.Au fond nous rejoignons le mystère de Dieu.Que Dieu tolère, qu\u2019il appelle à côté de son Existence d\u2019autres existences libres, c\u2019est le point de départ de tout ce qu\u2019il y a de paradoxal en nous.Si tu as été fait intelligent et libre, conduis-toi toi-même.Si tu dépends tellement de Dieu qu\u2019il n\u2019y a rien en toi qui soit définitivement tien, attends tout de celui sans qui tu n\u2019es rien.Marche à ta destinée, ton sort t\u2019appartient.Mais ne crois pas en toi-même, tu n\u2019es qu\u2019un souffle et ce souffle n\u2019est pas à toi.Que Dieu nous ouvre ensuite, par une faveur plus gratuite que la création, le paradis de sa propre béatitude, nous invite à goûter avec lui de sa vie et de sa joie, nos responsabilités et notre impuissance grandissent encore en proportion du don.Plus que jamais il nous faudra travailler et mériter; plus que jamais nous nous sentons impuissants à franchir la distance infinie qui nous sépare du terme entrevu : la grâce seule pourra accomplir en nous ce qu\u2019il est de notre devoir d\u2019entreprendre.Nécessité inéluctable d\u2019engager son âme pour qui a été fait maître de sa destinée.Voilà pourquoi l\u2019on rencontre tant d\u2019impératifs dans l\u2019Évangile: « Observez les commandements.Faites fructifier.Efforcez-vous d\u2019entrer par la porte étroite.» Et quand nous aurons exécuté ce qui nous était commandé, « nous sommes des serviteurs inutiles ».Une récompense si grande qui nous est promise ne se troque pas comme un dû contre des œuvres.C\u2019est Dieu qui donne le salut et distribue la grâce parce qu\u2019il le veut bien.Nos œuvres sont tellement insignifiantes! Dieu s\u2019en contentera si nous en reconnaissons le peu de prix; les lui présenter comme des titres suffisants serait nous fermer son cœur.« Je ferai miséricorde à qui je veux.» Travaillons, mais notre peine n\u2019est rien, sauf qu\u2019elle est absolument nécessaire.« Sans moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire.» David l\u2019avait chanté déjà: « Si le Seigneur ne construit la maison, c\u2019est en vain que travaillent ceux qui la construisent.Si le Seigneur ne garde lui-même la ville, c\u2019est en vain que veillent les sentinelles.» Ce qui est vrai de toute œuvre, surtout de toute œuvre surna- JANVIER 1951 21 turelle, le salut non excepté.D\u2019où la réponse de Notre Seigneur à saint Pierre; de plus en plus impressionné par les difficultés du salut, l\u2019apôtre demande avec angoisse: « S\u2019il en est ainsi, qui donc pourra être sauvé ?\u2014 Impossible à l\u2019homme, répond simplement Jésus, mais tou test possible Dieu.» Notre salut, quand nous aurons accompli tous les commandements, Dieu l\u2019opéra; et cela même, \u2014d\u2019observer les commandements, \u2014 c\u2019est encore à la grâce de Dieu que nous le devons.Certaines explications théologiques ont tendance à diviser de moitié entre Dieu et l\u2019homme la responsabilité du bien que nous accomplissons.La réalité n\u2019obéit pas à de telles explications.Dieu ne divise pas: il veut tout de nous pendant que lui-même donne tout.Saint Ignace, dont on a voulu faire le champion d\u2019une certaine spiritualité volontariste, était mieux inspiré.On connaît sa maxime favorite: Fais tout ce qui est en toi comme si le résultat ne dépendait que de toi, attendant tout le succès de Dieu comme si tu ne faisais rien, mais Dieu seul faisait tout.Avec tous les saints, mieux qu\u2019aucun théoricien, il avait pris conscience de cet équilibre unique de l\u2019effort et de la grâce.Chacun des deux veut le tout et moins que cela ne saurait suffire.\u2022 .\u2022 HORIZON INTERNATIONAL LA CITÉ DE DIEU JE 8 DÉCEMBRE 1950, fête 1 j de V Immaculée Conception, le Pape récita le chapelet à Radio-Vatican; les catholiques du Canada et du monde prièrent avec lui.Deux jours auparavant, il avait ordonné des prières publiques pour la paix, plus menacée que jamais en Extrême-Orient.Il donna donc l\u2019exemple et pencha sa compatissante tristesse sur ce monde si misérable.Il y a presque cinq ans, nous avions exprimé l\u2019espoir que le Canada, devenu grande puissance, établirait des rapports avec le Saint-Siège.Tout le monde le faisait alors; il nous semblait évident que cela devait s\u2019accomplir entre ces deux puissances.Pour des raisons que nous n\u2019avons pas à apprécier, d\u2019autres conseils prévalurent, et le Canada ne s\u2019engagea pas dans cette voie.Il assuma une lourde responsabilité et causa peut-être scandale, car peu après les États-Unis suivirent le même chemin, et rompirent avec le Saint-Siège.Ainsi, au moment où le monde affronte la crise la plus terrible de son histoire et devra faire les sacrifices les plus onéreux pour la « civilisation chrétienne », il y aura dans les consciences cette pénible et futile contradiction, ce fatal déséquilibre.Pendant que le monde de la politique, du commerce, de la finance et des combinaisons diplomatiques et militaires s\u2019en va à la dérive, Pie XII encourage ses enfants pour le combat, la persécution et le martyre.Environ 75 millions de catholiques subissent déjà ce terrible destin.L\u2019Année sainte laisse à la moitié du monde qui y participa le souvenir d\u2019une vision de lumière, d\u2019une grande joie chrétienne.En même temps qu\u2019il donne de la beauté au monde attristé, Pie XII travaille à rendre plus forte, plus généreuse l\u2019Église dont il porte la sollicitude.Nommons en premier lieu la définition dogmatique de l\u2019Assomption.A une humanité devenue matérialiste, égoïste et cruelle, Pie XII montre la sainte Vierge qui règne au ciel sur la famille humaine dont elle est la mère.C\u2019est, au milieu de nos tribulations, quelque chose comme un irrésistible Sursum corda.C\u2019est ainsi que le monde catholique l\u2019entendit, et c\u2019est pourquoi, jusqu\u2019à la fin de l\u2019Année sainte, il s\u2019empressa d\u2019aller à Rome pour obtenir le pardon de ses péchés.Une croyance aussi radieuse était difficilement acceptable au protestantisme assombri et désemparé.Laissons-le à sa négation stérile.Jamais l\u2019Église catholique n\u2019avait douté de l\u2019Assomption.Aujourd\u2019hui, avec une confiance renouvelée, elle regarde le Signe qui apparaît dans le ciel: une femme, revêtue du soleil, couronnée de douze étoiles.Le 23 septembre, Pie XII adressa au clergé catholique une exhortation sur la sainteté sacerdotale.Un renouveau de ferveur dans le clergé doit être un des premiers fruits de l\u2019Année sainte.En temps de péril, les brebis se serrent autour du berger, les fidèles autour du prêtre.Celui-ci n\u2019a pas le droit de s\u2019enfuir; il doit donner sa vie pour son troupeau.Pour qu\u2019il soit à la hauteur de la situation qui peut lui être faite, \u2014 l\u2019héroïque devoir du martyre, \u2014 le prêtre a besoin d\u2019être un saint.Pie XII, en conséquence, lui trace tout d\u2019abord un programme de sanctification personnelle, suggère les moyens de le mettre en pratique.Les exercices de piété sont rappelés l\u2019un après l\u2019autre, en fonction de l\u2019idéal sacerdotal.Le prêtre qui étudiera cette exhortation et la mettra en pratique sera ferme comme le rocher, au moment de la tempête.Puis, le Pape décrit la sainteté du ministère sacerdotal, étudie les diverses formes de l\u2019apostolat moderne, met le prêtre en garde contre « l\u2019hérésie de l\u2019action » qui l\u2019arracherait au recueillement indispensable, l\u2019exhorte au zèle, à la charité bienveillante, au dévouement désintéressé.Dans la troisième partie, il passe aux choses pratiques: le recrutement sacerdotal et la formation du clergé.L\u2019éducation littéraire, scientifique, philosophique et théologique ne suffit pas; il faut développer dans le séminariste, le jeune prêtre les vertus qui sont indispensables à sa vocation.Pie XII insiste en particulier sur la soumission, l\u2019obéissance à l\u2019évêque, la chasteté, la dévotion au saint Sacrement et à la sainte Vierge.Puis, le Pape conduit le jeune prêtre à travers les premières années de son ministère.La quatrième partie de l\u2019exhortation traite de points particuliers.Il aime que le prêtre n\u2019ait pas peur de ce qui est nouveau; mais il y a des innovations dangereuses, qui risquent de faire un tort grave au prêtre imprudent ou insuffisamment averti.C\u2019est l\u2019Ordinaire qui doit autoriser les nouvelles manières d\u2019apostolat, et il doit le faire en accord avec les autres évêques.Qu\u2019il n\u2019y ait aucune hésitation devant l\u2019iniquité du communisme.Quant au capitalisme et au droit de propriété, il ne faut pas seulement en dénoncer les abus.Le capital et la propriété doivent être au service de la société tout entière, de la liberté et de la dignité humaines.Le prêtre doit aller au-devant de tous, pauvres et riches.En même temps, il formera les laïcs à l\u2019apostolat social.Une conclusion résume les conseils les plus urgents, encourage les prêtres à faire une retraite particulièrement fervente durant l\u2019Année sainte, et adresse une bénédiction particulière aux prêtres persécutés, emprisonnés et exilés.Du prêtre, la sainteté descendra dans le corps de l\u2019Église; ici, l\u2019enseignement du catéchisme revêt une très grande importance.Tant de nos chrétiens, même des plus intelligents, se sont laissé contaminer par le démon, le monde et les sept péchés capitaux, parce qu\u2019ils ne vivaient pas leur religion.Ils avaient cessé de s\u2019y intéresser dès qu\u2019ils sortirent de l\u2019enfance.Leur foi, mal trempée, ne résista pas aux impétueuses tentations de la jeunesse, et ne devint plus guère qu\u2019un intolérable remords.Pour redonner au monde la divine semence, trop étouffée par les épines ou emportée par les vents, on tint, du 10 au 14 octobre, le Congrès catéchistique international.Il avait été préparé avec un soin extraordinaire dans de nombreux congrès diocésains, provinciaux ou nationaux.LOsservatore Romano du 9-10 octobre énumère 96 de ces 22 RELATIONS congrès préparatoires: 22 en Allemagne, 21 en Italie, 16 en Espagne, 7 en France et aux États-Unis, 4 au Brésil, 3 en Angleterre et au Portugal, 2 au Mexique et en Afrique, 1 dans chacun des pays suivants: Belgique, Hongrie, Hollande, Malte, Yougoslavie, Turquie, Liban, Costa-Rica, Pérou.Les conclusions de ces assemblées préparatoires furent envoyées à la Sacrée Congrégation du Concile et étudiées par le Congrès international.De nombreux évêques, empêchés de venir, envoyèrent un rapport écrit, et 27 supérieurs généraux d\u2019ordres religieux et congrégations d\u2019hommes se joignirent à cet effort colossal II y eut 500 délégués au Congrès (Italie: 250; France: 56; États-Unis: 33; Allemagne: 18; Espagne: 10; Irlande: 9; Belgique, Hollande et Angleterre: 6; Autriche: 5; Argentine et Portugal: 3; Australie, Suisse et Malte: 2; Algérie, Brésil, Canada, Équateur, Haïti, Mexique, Tunisie et Uruguay: 1 délégué chacun).Prêtres et évêques des divers pays, de passage ou en résidence à Rome, s\u2019unirent à ceux qui étaient venus pour le Congrès.Plusieurs délégués étaient présidents d\u2019organisations nationales pour l\u2019enseignement du catéchisme.Les revues spécialisées feront pénétrer dans la masse chrétienne le levain préparé à ce Congrès.Le 14 octobre, le Pape donna audience aux délégués et les envoya convertir le monde en le sauvant des mouvements troubles de l\u2019esprit humain : l\u2019orgueil, la concupiscence, le mépris et la fuite de la souffrance et du travail.Du dehors viennent les tentations du démon, les insignifiances affolantes d\u2019un monde impur, les erreurs modernes qui vont jusqu\u2019à la prédication de l\u2019athéisme.Sans parler des institutions où l\u2019on force l\u2019enfance et la jeunesse à se nourrir de fausses doctrines.Si les hommes sont bien formés, s\u2019ils ont appris leur religion comme il faut, ils sauront dans une large mesure résister à ces tentations.D\u2019où l\u2019immense nécessité du catéchisme et la responsabilité des prêtres, frères, religieuses et catéchistes qui en sont chargés.A ce programme d\u2019études religieuses, il faut rattacher Y Instruction sur VEnseignement de V Ecriture sainte, qui porte la date du 13 mai, mais fut publiée plus tard.L\u2019enseignement le meilleur restera stérile s\u2019il n\u2019est pas mis en pratique.Ici encore l\u2019Année sainte encourage les chrétiens à vivre leur foi jusqu\u2019au suprême sacrifice.Les canonisations et béatifications montrèrent dans la gloire les héros qu\u2019il faut imiter.On raconta leurs vies, on imprima leurs images, on frappa leurs médailles, on publia ce qu\u2019il fallait faire pour ne pas être indigne d\u2019eux.On dit souvent du mal de nos jeunes chrétiennes, folles de plaisir et d\u2019indépendance.Au lieu de les gronder avec colère, l\u2019Année sainte leur parla de Maria Goretti, si pure à douze ans qu\u2019elle se laissa tuer plutôt que de consentir à une souillure: potius mori quant foedari.Le pardon qui convertit son assassin réunit dans une éblouissante harmonie la fille tuée, la vieille mère survivante, le meurtrier qui monta du pénitencier au monastère et de là à la basilique vaticane^ l\u2019innocence, la pénitence, la miséricorde, le Pape et toute l\u2019Église.Tout l\u2019univers peut acclamer la justice et la sainteté de Dieu et les hauteurs sublimes où notre nature pécheresse peut monter.C\u2019est la réponse la plus éclatante au problème du mal.On trouve insupportables ceux de nos écoliers qui se réunissent dans les fonds de cours pour y apprendre le vice.On leur parlera donc de Dominique Savio, mort à quinze ans, aujourd\u2019hui glorifié.La bienheureuse Vicenta Maria Lopez, qui consacra sa vie à former des servantes et fonda dans ce but une remarquable communauté, encouragera celles qui se consacrent à l\u2019apostolat social et peut-être fera des miracles pour les petites domestiques qui se confieront à sa bonté.Sainte Anne-Marie de Paredes, le ravissant lis de Quito, combla de joie l\u2019Amérique latine.Tels sont, avec les autres saints de l\u2019année, les nouveaux modèles.Au mois de septembre, il y eut les Journées internationales d'études sur la charité.Thème inépuisable, qui sera repris au Canada l\u2019an prochain à l\u2019occasion de la Semaine sociale de Sherbrooke.A Rome, on parla de justice sociale, de dépatriés, d\u2019émigrés.Mgr Georges Calavassy fit rapport sur les 22,000 enfants qui disparurent de Grèce.Un peu plus tard, un congrès international d\u2019aumôniers de prison \u2014 il y en eut de célèbres qui présentèrent des rapports \u2014 étudia le relèvement des vies flétries.Nous avons à peine effleuré quelques-unes des manifestations les plus importantes de l\u2019Année sainte.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas nécessaire que nous les connaissions toutes.Chaque pays, chaque groupe de la société reçut, avec son message spécial, un encouragement, une marque de bienveillance paternelle (Pie XII fit cadeau de son propre anneau à l\u2019archevêque de Montréal), une directive pour chercher dans la bonne direction la solution de ses problèmes.Que chacun mette en pratique ce qui le regarde, sans trop vouloir faire la leçon à autrui, et la santé reviendra au corps social.Le jeudi 2 novembre, le Souverain Pontife reçut en audience solennelle les membres du Sacré Collège, les archevêques et évêques qui se trouvaient à Rome pour la définition du dogme de l\u2019Assomption.Jamais, depuis le concile œcuménique du Vatican, on n\u2019avait vu une réunion aussi vénérable.C\u2019était une assemblée unique au monde, d\u2019incomparable majesté: 35 cardinaux, 7 patriarches, 151 archevêques, 391 évêques en provenance de toutes les parties du monde; successeurs des Apôtres et pasteurs du troupeau chrétien, ils s\u2019étaient recueillis autour du Vicaire de Jésus-Christ avant de retourner chez eux pour y reprendre le gouvernement des Églises à eux confiées par le Saint-Esprit et le Siège apostolique.Après les paroles initiales, le Pape s\u2019adressa avec beaucoup d\u2019émotion aux évêques absents, ces desideratissimi filii, qu\u2019une injuste contrainte retenait loin de Rome.Il les assura de sa prière quotidienne.Il distingua entre une idéologie qu\u2019il fallait condamner, car elle s\u2019était donné pour tâche de faire disparaître le nom même de Dieu de la face de la terre, et les peuples qui la subissaient.Il ne s\u2019était pas opposé à un État quelconque, mais uniquement à une idéologie néfaste.Il rejeta l\u2019horrible accusation « qu\u2019il voulait la guerre », qu\u2019il travaillait pour la faire éclater, qu\u2019il s\u2019était allié, dans ce but, à une Grande Puissance.Il rappela ce qu\u2019il avait fait pour la paix.Puis il parla, en Pasteur suprême, du jeûne, de la pénitence.Il consacra la plus grande partie de son discours aux dangers qui guettent la famille, car le Pape est très près des humbles.Il exhorta les évêques à veiller sur la pureté de la foi, en rappelant l\u2019encyclique Humani generis.C\u2019était un discours grave, paternel \u2014 ce qu\u2019on attendait du Serviteur des serviteurs de Dieu à un moment comme celui-là.L'AUTRE CITÉ TJOUR COMPRENDRE la situa- tion actuelle, il faut revenir à la session du Conseil de sécurité du 8 novembre.1.MacArthur avait fait rapport sur l\u2019intervention chinoise en Corée du Nord.D\u2019abord, la presse communiste nia ses accusations et les tourna en ridicule ( Vestnik, 9 novembre).Le même 9 novembre, un communiqué militaire nord-coréen parla des contingents « volontaires » chinois qui opéraient contre les Américains depuis le 24 octobre.Il y avait eu d\u2019autres indications pour les gens qui savaient comprendre.Le 23 octobre, à Transport House (siège du parti travailliste britannique), la « Société pour l\u2019Amitié anglo-chinoise » offrit un déjeuner à une délégation chinoise (communiste) qu\u2019on avait fait venir pour célébrer, le 1er octobre, l\u2019anniversaire de la fondation de la République populaire chinoise.Au déjeuner assistèrent les personnalités suivantes: Alice JANVIER 1951 23 Bacon, de la Présidence du parti; Hugh Dalton, ministre de la Prévoyance (planning)^urbaine et rurale; Edith Sum-merskill, ministre du Bien-Être national; Aneurin Bevan, ministre de la Santé; John Strachey, ministre de la Guerre; Emmanuel Shinwell, ministre de la Défense, et d\u2019autres.Aneurin Bevan, un mois plus tard, devait être à la source d\u2019étranges rumeurs de désaccord anglo-américain.Le chef de la délégation chinoise répondit à cette manifestation de courtoisie par une violente attaque contre le gouvernement américain et le gouvernement travailliste: « La guerre du peuple coréen pour sa libération et son indépendance est une guerre juste.La Corée est notre voisine.Nous ne resterons pas à l\u2019écart, nous montrerons de la sympathie, et nous donnerons notre appui au peuple coréen dans sa lutte contre une agression étrangère.» Le lendemain, 24 octobre, l\u2019offensive chinoise commença en Corée.Le 4 novembre, une déclaration conjointe des « partis démocratiques de Chine » appuya l\u2019intervention militaire en Corée: « Tous les partis démocratiques de Chine déclarent qu\u2019ils appuient de toutes leurs forces la juste demande du peuple de tout le pays et soutiendront le peuple chinois tout entier, maintenant qu\u2019il a pris volontairement sur lui-même la tâche sacrée de résister à l\u2019Amérique, d\u2019aider la Corée, de défendre ses foyers, de défendre son pays.» Cela, donc, en dépit du fait que Mac-Arthur ne pouvait attaquer, et n\u2019attaquait pas les concentrations militaires qui se faisaient en Mandchourie.2.\tA la séance du Conseil de sécurité du 8 novembre, le délégué américain demanda que l\u2019on convoquât la Chine rouge pour qu\u2019elle répondît aux accusations de MacArthur.Le délégué britannique proposa que l\u2019on changeât « convoquer » pour « inviter », et Malik observa qu\u2019on convoquait des vassaux et invitait des souverains.On « invita » donc la Chine rouge qui, naturellement, déclina l\u2019invitation, mais envoya une délégation discuter l\u2019agression américaine contre Formose.Les rôles étaient changés.Le 10 novembre, on fit une faible tentative pour discuter le rapport MacArthur, mais devant l\u2019indécision du Conseil, il fut décidé de confier au président (Bebler, de Yougoslavie) de convoquer une séance à cet effet quand il le jugerait opportun.Il attendit l\u2019arrivée des Chinois, qui, cette fois, ne se présenteraient pas en accusés, mais en accusateurs.Le 11 novembre, le gouvernement chinois publia une longue liste d\u2019« actes d\u2019agression » commis par l\u2019aviation des Nations Unies contre le gouvernement chinois, du 27 août au 10 novembre; le 24 novembre, il devait publier une liste analogue à l\u2019adresse de l\u2019armée française, l\u2019accusant d\u2019avoir attaqué trois provinces chinoises limitrophes du Vietnam.Dans nos pays, gouvernements et journalistes multipliaient les conseils de prudence à l\u2019adresse de MacArthur, obligé de laisser les forces chinoises se concentrer en Mandchourie.Le 27 novembre, devait paraître dans la Pravda un remarquable article sur les chicanes qui avaient surgi entre les Nations du Pacte de l\u2019Atlantique au sujet de la guerre de Corée, au cours de novembre.Le désaccord était surtout manifeste entre Londres et Washington.Cet article fit le tour de la presse communiste, et parut au Canada dans le Vestnik du 6 novembre.3.\tIl y avait eu désaccord entre les Nations de l\u2019Atlantique sur le réarmement de l\u2019Allemagne de l\u2019Ouest.Le 15 novembre, le premier ministre de l\u2019autre Allemagne, Otto Grote-wohfi fit rapport au Reichstag sur la « politique d\u2019agression » des États-Unis en Allemagne, accusa l\u2019Amérique de perpétuer la division de l\u2019Allemagne, protesta contre le réarmement de l\u2019Allemagne occidentale, annonça que son gouvernement avait pris les mesures pour convoquer un Soviet Constituant de l\u2019Allemagne unifiée, avec représentation égale des deux Allemagnes, pour discuter toutes les questions dans un esprit de compréhension mutuelle.Cela, à la « requête de toute la population » de l\u2019Est et de l\u2019Ouest.La Chambre acclama M.Grotewohl.Ainsi, en novembre 1950, l\u2019Allemagne se trouve dans la même situation que la Corée au début de juin 1950.Est-elle prête à se défendre?Est-on prêt à la défendre?Que reste-t-il de la solidarité atlantique?4.\tLe 24 novembre, la délégation chinoise arriva à New-York.Ce même jour, l\u2019offensive chinoise (les soviétiques avouèrent 500,000 « volontaires »; MacArthur parla de 900,000 hommes) attaqua les Nations Unies en Corée.Ce même jour, la délégation soviétique demanda au Comité politique des Nations Unies d'inviter les Chinois à discuter « la plainte de l\u2019Union Soviétique contre les États-Unis pour avoir attaqué la Chine ».Le Chili proposa que cette « invitation » ne préjugeait pas l\u2019avenir au sujet de la représentation de la Chine rouge aux Nations Unies.La proposition chilienne fut rejetée.5.\tLe 28 novembre, les Chinois étant enfin arrivés, le président Bebler convoqua le Conseil de sécurité.Le délégué américain parla le matin, après une longue intervention de M.Malik qui se comporta en maître de maison; le Chinois remplit l\u2019après-midi.Son discours fut d\u2019une rare violence.Il le termina avec une triple demande: 1.\tQue le Conseille sécurité prenne immédiatement des sanctions contre les États-Unis pour leur acte criminel d\u2019agression armée contre le territoire chinois \u2014 Taiwan (Formose) \u2014 et l\u2019intervention armée en Corée.2.\tQue le Conseil de sécurité prenne immédiatement les mesures efficaces pour faire immédiatement partir les armées américaines qui constituent une agression militaire à Taiwan, afin de restaurer la paix et la sécurité dans l\u2019océan Pacifique.3.\tQue le Conseil de sécurité prenne immédiatement les mesures efficaces pour retirer de Corée les armées américaines et celles d\u2019autres pays, et donne au peuple de Corée, du Nord et du Sud, de régler leurs affaires entre eux, et qu\u2019ainsi le problème de Corée ait une solution pacifique.On parle fort, appuyé sur 900,000 hommes, surtout si l\u2019adversaire semble indécis.La deuxième proposition chinoise est lourde d\u2019incalculables développements.Pour qu\u2019il y ait paix dans tout le Pacifique, suffit-il que la flotte américaine quitte Formose ?La réaction de M.Truman au discours chinois et à la mobilisation chinoise (qui ne fait que commencer) fut très vive; les gouvernements français et anglais s\u2019alarmèrent, et M.Attlee vint à Washington.Depuis lors, les chancelleries gardent un redoutable silence.La proposition de solliciter un armistice pendant qu\u2019on négocierait une paix ne semble pas avoir été relevée par les alliés rouges.6.\tLe raisonnement pan-communiste suit peut-être les lignes suivantes: les États-Unis intervinrent tant que la guerre se limita à la Corée du Nord; la première intervention chinoise, modérée, les fit hésiter; ils se replièrent devant la seconde intervention chinoise, décisive; ils ne réagissent pas.Donc, les Nations Unies ne se battront pas contre une attaque sino-soviétique indirecte, et laisseront gruger le monde non communiste.Quand, à la dernière minute, elles décideront de répliquer, elles improviseront une défense inefficace.Rien n\u2019empêche les alliés communistes de parler déjà à un monde désorganisé le langage du triomphe.Ce raisonnement, s\u2019il existe, est dangereux.Les hésitations anglaises et canadiennes (à moins que le travaillisme n\u2019ait changé l\u2019Angleterre) ont un autre sens.En 1914, avant d\u2019attaquer la Belgique, l\u2019Allemagne sonda l\u2019Angleterre, conclut à la neutralité anglaise, attaqua la Belgique, se fit battre, et garda une terrible rancune; Gott strafe England ! Grâce à la mésintelligence anglo-française, Hitler réarma le Rhin, se rebâtit une marine de guerre, jugea mal la « diplomatie du parapluie », entra en guerre.Enivrés par le vacarme du Congrès mondial pour la Paix, par l\u2019énorme mobilisation chinoise et les succès militaires en Corée du Nord, il semble acquis que les alliés communistes ne sont plus capables d\u2019entendre autre chose que leur propre voix.13 décembre 1950.\tJoseph-H.Ledit.RELATIONS 24 RECOMMANDEE PAR LE CORPS MEDICAL DANS LE MONDE ENTIER VICHY CÉLESTINS CHOLECYSTITES DIABETE DYSPEPSIE GOUTTE ARTHRITE CONDITIONS HÉPATIQUES aubeprbe ?\u2022 ?Actif : $20,915,335 Un bon moyen Dans votre budget personnel ou familial, faites la part de l'épargne aussi large que possible.Dès que vous touchez quelque argent, commencez par prélever tout ce que vous pouvez mettre de côté.Déposez-le tout de suite à votre compte en banque.C'est le meilleur moyen d'éviter les dépenses inutiles.BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, plus de $400,000,000 547 bureaux au Canada Assurances en vigueur : $124,228,480 protégeant 84,000 assurés ?\u2022 ?c4ï£u\\ancei âut la vie âouâ toutes leâ [otmeâ \tJ^elationâ A\tMAINTENANT DIX ANS Retenez dès aujourd'hui\tun exemplaire de la table des matières des dix ans \t25 sous \t?8100, boulevard Saint-Laurent\tConservez Relation* dans un cartable (Relation* Montréal - 14\tou faites relier votre collection c4chète BIEN MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine qui aa MONTRÉAL Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor Tél.FAlkirk 1116 ÉCHANGE PRIVÉ m Cfjadionneau lUmttce Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL NOUVELLE ÉMISSION $275,000 d'obligations dont : $ 15,000 à 3% 260,000 à 3y2% LA CONGRÉGATION DES CATHOLIQUES ROMAINS DE LA Paroisse de la Résurrection de Notre-Seigneur Date d'émission : 1er novembre 1950\tLACHINE, Que.\tEchéances : 1er novembre 1951 au 1er novembre 1965 Capital et intérêts semestriels (1er mai et 1er novembre) payables au bureau principal d'une banque à charte dans la province de Québec.Rachetables au pair (100) en totalité ou en partie, à toute date d'échéance des intérêts, sur préavis de trente jours.Dénominations : $500 et $1,000 Fiduciaire : Trust Général du Canada Opinion légale : Me Anatole Lachapelle, C.R.Placement autorisé pour biens d'autrui selon l'article 981-0 du Code civil de la province de Québec, et pour les compagnies d'assurance enregistrées en vertu de la Loi des Compagnies d'Assurance canadiennes et britanniques, 1932, et de ses amendements.APPROBATION DE L'ORDINAIRE.\u2014 L'Archevêché du diocèse de Montréal a approuvé l'émission de ces obligations et la signature de son représentant en fera foi sur chacun des titres.Les échéances de 1951 à 1964 ont été souscrites et, sujet à leur émission, leur livraison entre nos mains et l'approbation de notre aviseur légal, nous offrons, pour notre compte, $175,000 d'obligations, 3J^%, première hypothèque, échéant le 1er novembre 1965.Nous comptons faire la livraison de ces titres le ou vers le 15 décembre 1950.PRIX : $100 et les intérêts courus.COURTIERS EN VALEURS 71, rue Saint-Pierre\t210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal - Tél.: LA.9241\t325, rue Dalhousie, Chambre 17 Tél.: 2-1852 \u2014 Québec Moncton, N.-B.: Imperial Block \u2014 Tél.: 6587 Tél.: 5-2268 \u2014 Ottawa, Ont.\u201c J^elatlonà \u201d vouâ plait} paââez-le à voâ amiâ DU MESSAOtft, MONTREAL "]
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