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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1948-08, Collections de BAnQ.

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[" Homme, sol et droit naturel Alexandre DUGRÉ Jeanne Mance et la chrétienne de chez nous Émile GERVAIS L\u2019organisation corporative Joseph-P.ARCHAMBAULT La religion des Canadiens français Adélard DUGRÉ FRANC-MAÇONNERIE ET NEUTRALITE UN CHÈQUE BIEN EMPLOYÉ Paul-Emile BOUTET ?Pierre FONTANEL ?Jeanne GRISÉ-ALLARD ?Guy COURTEAU ?Jean PAQUIN ?ARCHAMBAULT ?Maurice LEBEL ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE AOÛT 1948 Éditoriaux.221 Inconscience ?\u2014 Complicité ?\u2014 Pour l\u2019Assomption de la Vierge.\u2014 Cette radio française de l\u2019Ouest.Articles HOMME.SOL ET DROIT NATUREL.Alexandre Dugré 223 LA RELIGION DES CANADIENS FRANÇAIS .Adélard Dugré 226 VALEUR HUMAINE DU CHANTIER COOPÉRATIF Paul-Émile Boutet 229 LE TRAVAIL À DOMICILE.Pierre Fontanel 230 L\u2019ORGANISATION CORPORATIVE.Joseph-P.Archambault 232 Commentaires.234 Égypte et censure.\u2014 Le Pape parle aux travailleurs d\u2019Italie.\u2014 Comment se sont nettoyés les kiosques.\u2014 Les Juifs et les frères Tharaud.NOS COLLABORATEURS M.Paul-Émile Boutet, agent agricole des Chemins de Fer nationaux à Amos, en Abitibi, termine l\u2019étude commencée dans notre livraison de mai.\u2014 Le P.Pierre Fontanel, s.j., directeur de l\u2019Armée de Marie et de la Congrégation de la Sainte Vierge de l\u2019Immaculée-Conception, s\u2019occupe depuis des années de préparer nos jeunes filles au travail du bureau et de l\u2019atelier.\u2014 Mme Jeanne Grisé-Allard, rédactrice des pages féminines au Bulletin des Agriculteurs, dirige, chaque mercredi, à CHLP, l\u2019émission le Courrier de Jeanne.\u2014\tLe P.Guy Courteau, s.J., est actuellement prédicateur de retraites fermées à la Villa La Broquerie de Boucherville.\u2014 M.le docteur Jean Paquin, médecin hygiéniste, est attaché au ministère de la Santé et du Bien-Être social.\u2014 Le P.Émile Gervais, s.j., est le^ secrétaire du Comité de propagande des Fondateurs de l\u2019Église canadienne.\u2014 Le P.Jean Archambault, s.J., dirige la Ligue Missionnaire des Étudiants.\u2014\tM.Maurice Lebel est professeur de littérature grecque à la faculté des Lettres à l\u2019Université Laval de Québec.Au fil du mois.236 Étranges pays! \u2014 En Ontario et ici?.\u2014 Affaires indiennes.\u2014 Anciens élèves.\u2014 Jeux de cachette.\u2014 Cours d\u2019été.\u2014 Fonctionnarisme fédéral.\u2014 Espionnage et fonctionnarisme.Correspondance .\t.238 LE DÉVELOPPEMENT DU NORD.J.-B.Lebel FRANC-MAÇONNERIE ET NEUTRALITÉ.Nicodème Chroniques UN CHÈQUE BIEN EMPLOYÉ.Jeanne Grisé-Allard 240 L\u2019UKRAINE À L\u2019HONNEUR .Guy Courteau 241 ALCOOLISME ET TUBERCULOSE.Jean Paquin 242 JEANNE MANCE ET LA CHRÉTIENNE DE CHEZ NOUS .Émile Gervais 243 NOS PRÊTRES EN CONGRÈS.Jean Archambault 245 « THE HUMANITIES IN CANADA ».Maurice Lebel 246 RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur intérimaire : Adélard Dugré Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de la rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 \u2022 publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL-34\tCANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe, Ministère des Postes.Ottawa.Tous droits réservés.Aucun texte, aucune citation de < Relations » ne peuvent être traduits, utilisés ou reproduits de quelque façon que ce soit sans l'autorisation écrite des éditeurs 0 Vlllème année, No 92\tEcole Sociale Populaire, Montréal\tAoût 1948 EDITORIAUX Snconâcien ce ?LES ENTREPRENEURS en spectacles offrent au ' public montréalais des œuvres de valeur bien inégale.C\u2019est inévitable.On conçoit moins que des artistes, fort respectables au demeurant et qui seraient indignés que leur dignité personnelle fût mise en doute, présentent à l\u2019admiration de leur auditoire des pièces, non pas simplement discutables moralement, mais franchement scandaleuses.Nous avons vu jadis une troupe, qui fait pourtant profession de santé morale et d\u2019idéal, familiariser notre public avec la philosophie et la douteuse personnalité de Jean-Paul Sartre en jouant Huis-Clos, dont seule l\u2019ignorance de sa signification philosophique nihiliste et désespérante aura pu atténuer la nocivité.D\u2019autres jeunes comédiens, fort respectueux de leur art, se sont montrés moins respectueux de leur auditoire et d\u2019eux-mêmes en jouant la pièce de Jean Cocteau, les Parents terribles.La critique française s\u2019est montrée fort sévère pour la valeur morale de cette œuvre que Brasilach, dans la Revue universelle, qualifie en ces termes : « Il faut dire aussi que si le mot ordure a un sens, il convient de l\u2019appliquer sans distinction à l\u2019œuvre et à l\u2019auteur »; et ceux qui la louan-gent lui font gloire de mérites fort douteux, comme Robert Kemp, dans le Temps: «L\u2019audace du sujet, l\u2019intrépidité ou le courage provocant avec lesquels M.Cocteau en exhibe et commente les aspects les plus malsains et les plus antipathiques.» Ces artistes ont-ils perdu tout sens de la dignité et de leurs responsabilités envers les âmes que leur art façonne d\u2019autant plus sûrement qu\u2019il se montre plus puissant ?On a beau invoquer les droits de l\u2019artiste à représenter toutes les passions, ou la nécessité pour notre public d\u2019une plus grande maturité, on n\u2019échappe pas à la lourde responsabilité de faire scandale, \u2014 ce n\u2019est pas attitude de pharisien ni de prude, croyez-moi, \u2014 et d\u2019abaisser les valeurs morales d\u2019un public attiré sans distinction de classes et de formation par la réputation des troupes et des acteurs.La critique chez nous est coupable d\u2019une étrange complicité.Les appréciations, même de journaux fort AOÛT 1948 respectables et faisant profession de principes, osent à peine signaler des monstruosités qui sont « tout au plus des péchés courants.que tout le monde considère.comme de petites saletés dont on est plusfou moins responsable selon sa propre petite noirceur d\u2019âme ».Sans parler des autres qui concluent leur jugement en invitant les gens à voir tel spectacle don-ils n\u2019ont pas pu ignorer les aspects malsains.Time signât lait récemment qu\u2019une cabotine condamnée à $350 d\u2019amende et chassée de Los Angeles obtenait avec le même spectacle un tel succès chez nous qu\u2019elle méritait l\u2019appellation de Montreal's Sweetheart.Est-ce goût morbide du faisandé dans la production théâtrale et artistique ?Est-ce inconscience, snobisme et amour du scandale ?En tout cas, c\u2019est indigne de chrétiens et d\u2019hommes soucieux de propreté morale.Complicité ?1ES COMMUNISTES savent répondre à une propa-> gande hostile fort bruyante depuis quelque temps dans les pays démocratiques.Ils crient plus fort, et, comme toujours, pas tout à fait juste.Ils mettent en branle les sympathies et les complicités qu\u2019ils ont soin d\u2019entretenir dans tous les pays du monde.Chez nous, l\u2019alerte des procès pour espionnage les avait un moment rendus prudents.Mais l\u2019écho en fut étouffé sous les lenteurs judiciaires et les salamalecs diplomatiques, et ils sortirent de leur trou.On vit réapparaître dans les journaux articles et nouvelles, célébrant par exemple l\u2019esprit libéral du régime Tito, répétant les affirmations funambulesques du doyen de Cantorbéry sur la parfaite liberté religieuse en Yougoslavie, détaillant les progrès économiques et culturels de la Russie soviétique.Le parti communiste, comme autrefois, tint des assemblées et publia des proclamations.Ses journaux en toutes langues semèrent le malaise, la haine contre le régime capitaliste, cause de tous leurs maux, contre les partis politiques et le gouvernement esclaves des gros intérêts.Des films soviétiques furent présentés dans nos théâtres.Des agents communistes s\u2019acharnèrent auprès des réfugiés pour 221 les décourager et les dégoûter du Canada.Les représentants du gouvernement Tito recrutèrent ouvertement, parmi les Yougoslaves établis au Canada, des rapatriés.volontaires.A même les ressources de ces volontaires, ils achetèrent pour un million de machines et de marchandises pour la Yougoslavie.La police fédérale, qui fait une œuvre courageuse contre ces fauteurs de discorde, a déterré un complot pour faire entrer illégalement des milliers d\u2019immigrants, grâce à un trafic de faux passeports dont le centre est à Londres.On est en droit de poser la question: qui est responsable de cet état de choses ?Cette dernière découverte de la police nous rappelle que, lors des procès d\u2019espionnage, des traces évidentes de ce même trafic de passeports ont été signalées.Les tribunaux ont libéré un fonctionnaire canadien accusé d\u2019y avoir pris part.Depuis lors, il n\u2019apparaît pas que les autorités d\u2019Ottawa aient poussé l\u2019enquête pour trouver les responsables d\u2019un commerce tout au profit des Soviets.Et qu\u2019en est-il de l\u2019enquête promise sur le fonctionnarisme fédéral ?Comment expliquer une telle négligence?Est-ce complicité secrète pour les idées communistes, dont il semble bien que certains milieux C.C.F.sont infectés ?Est-ce croyance que le communisme doit faire son temps, épuiser son venin et mourir de lui-même ?Trop de gens, naïfs ou aveugles, voudraient traiter le communisme comme une autre maladie sociale.Pourtant des centaines d\u2019exemples devraient leur ouvrir les yeux sur les effets désastreux d\u2019une propagande communiste et de l\u2019action de cette cinquième colonne que les Soviets dirigent de Moscou, pour les intérêts de leur propagande et de leurs visées impérialistes.Pout l cdââomption de la Vletgœ T L Y A QUATRE ANS, le 15 décembre, S.S.Pie XII recevait en audience deux jésuites belges, les PP.Guillaume Hentrich et Rodolphe de Moos, qui lui offraient en hommage le premier exemplaire d\u2019un ouvrage en deux volumes contenant, classées et analysées, les signatures d\u2019évêques, de supérieurs religieux et de prêtres, recueillies dans toutes les parties du monde, en faveur de la définition de l\u2019Assomption de la très sainte Vierge.Qui parcourt ces deux gros volumes \u2014 le premier contient 1064 pages et le deuxième 1110 \u2014 se convainc qu\u2019actuellement les représentants de l\u2019Église enseignante sont moralement unanimes à reconnaître que l\u2019Assomption corporelle de la sainte Vierge est formellement contenue dans le dépôt révélé et à trouver opportune la définition dogmatique de cette vérité.La décision finale est entre les mains du Saint-Père.Les fidèles sont invités à prier à cette intention, même à joindre leurs noms aux signataires des requêtes ecclésiastiques.C\u2019est pour les y amener qu\u2019ont lieu en plusieurs endroits des sermons, des triduums, des neuvaines, des journées 222 d\u2019étude en l\u2019honneur de l\u2019Assomption de Marie.Puissent ces initiatives produire les fruits qu\u2019on en attend! Cette tadio /tançaiâe de l\u2019Oueât TA RADIO FRANÇAISE d\u2019Edmonton, nous l\u2019avons.L\u2019appui non équivoque d\u2019éléments très représentatifs de la population et de la presse anglo-canadiennes nous fait oublier les stupides sorties du fanatisme anticatholique et antifrançais qui s\u2019en est donné à cœur joie.Tout a été dit sur la question de la Radio-Ouest française, sauf peut-être sur l\u2019attitude des gouverneurs de Radio-Canada et des autres responsables d\u2019une décision trop longtemps attendue.Nul homme de sens ne parvient à comprendre l\u2019hésitation de ces messieurs.La cause de Radio-Edmonton était clairement méritante.Les meilleurs éléments de la population appuyaient la demande, mais nos messieurs hésitaient encore.Il y a une cause à cette hésitation si déroutante.Les gouverneurs de Radio-Canada craindraient-ils les réactions de quelques milliers d\u2019énergumènes dont les sorties haineuses font la honte même de leurs compatriotes?Une telle pusillinamité serait-elle possible de la part de gens qui veulent être indépendants et respectables ?Serait-ce alors que des influences ténébreuses veulent parquer l\u2019élément canadien-français dans la réserve québécoise et refuser aux plus anciens Canadiens le droit d\u2019être chez eux partout dans leur patrie ?Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit, et c\u2019est pour cela que cette affaire a pris, aux yeux de tout Canadien qui réfléchit, une si grande importance.Nos honorables gouverneurs auraient-ils une secrète sympathie pour les idées de ce soviet anticanadien qui n\u2019a rien à voir dans une entreprise d\u2019État destinée à servir le Canada réel, fait de deux groupes ethniques, qui ont droit au même traitement ?Nos ministres et nos députés canadiens-français ont semblé adopter une neutralité peu courageuse.Ils ont le droit, le devoir, de crier la justice et le bon sens.On n\u2019est plus en 1905 pour lâcher, mais au centenaire de 1848 pour gagner la nouvelle cause du français.Si les responsables de Radio-Canada ont compté décourager par l\u2019usure du temps la ténacité des Canadiens français d\u2019Alberta et de leurs compatriotes du reste du Canada, ils se sont étrangement trompés.Leur action a eu pour effet de nous ouvrir un peu plus les yeux sur certains services fédéraux et sur la naïveté de la bonne entente à tout prix.Radio-Ouest française a besoin d\u2019un troisième poste pour assurer une radiodiffusion convenable dans les provinces des Prairies.Nous espérons que les difficultés techniques et financières ne retarderont pas trop l\u2019achèvement des plans.La visite en Colombie de M.Adrien Pouliot, qui défendit si vaillamment Radio-Ouest française, a été là-bas un réconfort et une promesse quasi réalisée.RELATIONS HOMME, SOL ET DROIT NATUREL Alexandre DUGRÉ, S.J.CE QUI FAIT COMPRENDRE, sinon excuser, les rigueurs communistes derrière le Rideau de fer, c\u2019est la distribution du sol, qu\u2019on aurait dû faire plus équitable hier pour éviter les raideurs d\u2019aujourd\u2019hui.A voir les chiffres de Hongrie, l\u2019on comprendra comment le prolétariat de la faucille ne tarde pas à s\u2019unir à celui du marteau pour réclamer son bien.En 1937, 1,184,800 petits propriétaires ne possédaient à eux tous que 10.2 p.c.du sol, soit chacun moins de 7 acres, alors que 36 grands en possédaient 10.8 p.c., soit chacun plus de 25,000 acres.Et les autres à l\u2019avenant.De 1920 à 1940, diverses lois trop lentes cédèrent aux petits paysans un million d\u2019acres, ce qui était déjà quelque chose.Mais quand les Russes arrivèrent, lenteurs, scru^ pules et ménagements disparurent : tant pour fortifier le communisme que pour régler d\u2019anciennes rancunes, ils confisquèrent sans plus les domaines « des traîtres, des collaborateurs et des ennemis du peuple », environ 34 p.c.du sol national, quelque 7 millions d\u2019acres, dont 4 millions allèrent à 642,342 personnes qui n\u2019avaient jamais rien possédé.Aujourd\u2019hui, 2,053,218 Hongrois possèdent 68 p.c.du sol, en tranches de 7 à 70 acres.Le malheur est qu\u2019on a procédé à la russe, en favorisant le parti plutôt que le mérite: 200,000 ouvriers agricoles n\u2019ont rien reçu.Et puis, le régime n\u2019a fourni que la terre nue, sans outillage ni bétail.Les nouveaux propriétaires durent travailler le sol avec leurs mains ou atteler femmes et enfants à la charrue.Le matériel des grandes fermes était trop beau, trop bon à confisquer, à expédier en Russie; et, second profit, le dénuement pousse à kolkhozer, à collectiviser ces lopins à la mode russe, que même Tito refuse.Évidemment, la délicatesse des procédés n\u2019est pas dans l\u2019étiquette communiste: le droit du plus fort est classique chez les parvenus.Mais des leçons préventives ressortent de ces mesures brutales, qui veulent réjouir et qui ne font que changer la souffrance de place.Pourquoi les hommes d\u2019ordre, les gouvernants de pays qui veulent garder l\u2019initiative privée, guérir le régime trop maigre de propriété privée que veut tuer le communisme, pourquoi l\u2019Italie, l\u2019Espagne et les Amériques ne voient-ils pas à rendre propriétaires le plus possible de petites gens, à qui les révoltés soufflent le mécontentement et promettent monts et merveilles ?Rendons propriétaires le plus possible d\u2019ouvriers et de cultivateurs.Un député français disait naguère: « Vous savez que la culture française est une démocratie agricole, à la fois très grande et très petite.Il règne un préjugé, c\u2019est que la France est un pays de propriétaires.Cela est évident si l\u2019on n\u2019envisage que le nombre; mais un quart AOÛT 1948 seulement de la propriété est entre les mains des petits propriétaires.» De même a-t-on pu dire que la moitié de l\u2019Angleterre est possédée par 4,500 personnes, la moitié de l\u2019Irlande par 744, et la moitié de l\u2019Écosse par 70 seulement.Pour ne considérer que notre côté de l\u2019Atlantique, on sait l\u2019injuste accaparement de centaines de mille acres, \u2014 jusqu\u2019à deux millions pour un seul riche qui désole l\u2019Argentine et le Brésil, où des milliers de gardiens de troupeaux vivent dans des cabanes sans plancher et n\u2019ont pas les moyens de se payer une bouchée de viande.Ici, l\u2019on connaît plutôt les empiétements des compagnies forestières, détenant sur papier timbré des immensités fertiles où nos gens d\u2019à côté ne peuvent s\u2019établir, se faire une vie agricole et agrandir le pays.Un mal nouveau, conséquence de la motorisation des fermes, est l\u2019expulsion de deux ou trois familles par un seul propriétaire qui achète les autres.La production se maintient, mais les paroisses diminuent.On a cité le cas d\u2019une campagne riche de Soulanges, où quatre, cinq, six anciennes fermes de 60 arpents, qui nourrissaient de belles familles, n\u2019en nourrissent plus qu\u2019une.On y est déserteur ou rentier.Au lieu des 163 baptêmes de jadis, on en compte 24 pour 208 familles.Les 8 écoles ne reçoivent que 161 élèves.Ce n\u2019est pas la terre qui meurt, c\u2019est le propriétaire qui disparaît.Nul colon n\u2019est jamais sorti de là, mais un flot d\u2019émigrants aujourd\u2019hui anglicisés.L\u2019agriculture industrialisée pour l\u2019argent remplace l\u2019agriculture familiale pour la vie familiale.La France déplore aussi l\u2019absorption des petites propriétés par les grosses: en 50 ans, 500,000 fermes ont disparu, vendues, avalées par des voisins cossus, créant un prolétariat rural de valets de ferme et d\u2019ouvriers agricoles qui rêvent de la faucille et du marteau.Même aux États-Unis, un congrès de la Conférence nationale catholique pour la vie rurale s\u2019inquiète et souhaite « la surface nécessaire pour qu\u2019une exploitation soit rentable, mais toujours dans l\u2019intérêt d\u2019une exploitation familiale, et non pas au profit de quelques privilégiés propriétaires de plusieurs centaines, de plusieurs milliers d\u2019acres ».Le plus beau produit du sol n\u2019est pas le blé, ni les choux, ni les bœufs, mais l\u2019homme, la vigueur de la race.Il ne faut pas voir un progrès dans le dépeuplement des vieilles campagnes, qui ne serait pardonnable que si l\u2019on allait en créer de nouvelles.Mais voici: une autre forme d\u2019accaparement bloque ce besoin de coloniser, c\u2019est l\u2019intransigeance des propriétaires des limites forestières, Breakey, Price, Fraser, Brown, Ross, etc., qui retiennent de quoi fonder 20, 50 paroisses là où les fils abondent et où le sol manque.Pourtant, ces ex-seigneuries sont illégales, mortes de- 223 puis 1734, ne l\u2019oublions pas si nous le savons, sachons-le si nous l\u2019ignorons.Louis XIV les avait concédées pour être habitées, pour nourrir des familles, non pour se perpétuer en bois debout.Les concessionnaires qui ne remplirent pas leurs engagements de les peupler se les virent enlever royalement, c\u2019est le cas de le dire, par un acte officiel de Louis XV en 1732, acte qui accordait deux ans pour établir des censitaires, sans quoi les fiefs retournaient « au domaine de Sa Majesté en vertu du présent arrêt et sans qu\u2019il en soit besoin d\u2019autre ».Les spéculateurs et les compagnies, en achetant des seigneuries périmées, biffées, nulles, ont donc acheté ce qui s\u2019appelle un cheval mort, l\u2019équivalent d\u2019un objet volé.Et puis, le droit naturel entre en cause, ce droit des hommes sur la terre créée pour eux, non contre eux.Admettant un authentique droit légal de propriété, il n\u2019en reste pas moins que ce droit a des limites, notamment les devoirs de justice envers les hommes, ainsi que l\u2019écrit Ott (Économie sociale, p.257) : « Le droit de propriété ne peut jamais engendrer le droit de nuire à autrui, sous quelque forme que ce soit.Il devient facile d\u2019en faire un moyen de nuire d\u2019une manière indirecte, par l\u2019effet de conventions ou par le monopole qui en résulte quelquefois.Si je profite du besoin qu\u2019éprouve mon prochain d\u2019avoir une portion (de mon sol) pour le faire renoncer à sa liberté ou à quelque autre avantage social (pour le forcer à s'exiler), il est évident que j\u2019abuse de mon droit et que j\u2019en dépasse les limites rationnelles.Ces limites découlent aussi bien de la justice et de la morale que le droit de propriété même.En dehors d\u2019elles, la propriété ne serait plus compatible avec la liberté et l\u2019égalité.Par cela même que la propriété constitue un droit exclusif, elle constitue très souvent un monopole.» La finance libérale, trop individualiste, rejette le devoir social, néglige le bien commun; par contre le socialisme veut confisquer les droits individuels au profit de la collectivité; entre les deux, le bon sens de l\u2019Église veut la propriété individuelle orientée vers le bien social.Le régime de propriété privée, qui est le bon mais qui se paie des intempérances, devra se guérir dans la justice, selon l\u2019Église et le bon sens, ou il succombera devant le socialisme C.C.F.ou russe.Les salariés s\u2019organisent de plus en plus étanche, pour se protéger à l\u2019usine.Les terriens sont moins avancés, et leur cause est plus difficile, notamment pour les réclamations d\u2019espace vital, de sol neuf détenu par les magnats de la pulpe et du madrier de quatre pouces.Il faut d\u2019abord savoir que ces messieurs des compagnies ou leurs avocats dédaignent ou ignorent le droit naturel, et qu\u2019ils fondent la propriété sur le droit positif, la loi, selon les hérétiques Bentham, Hobbes, Fichte, Wagner, Montesquieu et Tronchet.Bentham va jusqu\u2019à dire: « La propriété et la loi sont nées ensemble et mourront ensemble.Avant les lois, point de propriété; ôtez les lois, toute propriété cesse.» Pardon! l\u2019homme a vécu avant la société, donc avant la loi.Nul besoin de remonter au Paradis terrestre, au déluge, au père Abraham et au régime patriarcal.Léon XIII écrit tout net: « L\u2019État est postérieur à l\u2019homme; avant lui, l\u2019homme avait déjà reçu de la nature le droit de vivre, de protéger son existence.» Le positivisme juridique est dans l\u2019erreur quand il déclare la loi civile fondement et règle de toute justice.Au contraire, c\u2019est la justice qui est la règle des lois civiles.Or, « la justice exige que l\u2019homme, que la famille, ait de quoi protéger son existence, donc que le pouvoir civil lui fournisse les moyens nécessaires à son développement physique et moral » (Ch.Antoine).Que si des immensités de sol cultivable prisonnier d\u2019un monopole empêchent la vie humaine, les titres sur papier doivent céder devant le droit naturel, le droit à l\u2019existence, dressé par Dieu contre l\u2019exercice abusif du droit de propriété par des monopoles.Le trop boursouflé droit de propriété doit respecter le droit à la propriété familiale, pour l\u2019harmonie entre les deux et pour le bien commun.Au cas de collision entre ces deux droits, ce n\u2019est pas le caprice du pouvoir qui limitera l\u2019un, mais un droit supérieur aux intérêts privés, le droit vrai de la société à l\u2019existence, le droit inviolable à obtenir sa fin naturelle: fournir à l\u2019ensemble des citoyens la possibilité de développer par l\u2019initiative privée leur bien-être personnel.Il suffit que le législateur mette en harmonie avec le bien commun le mode d\u2019acquisition et l\u2019usage de la propriété.\u2014 « Que le régime de la propriété soit en opposition avec le degré de civilisation ou avec la vie économique de la nation, qu\u2019il soit en contradiction avec la loi morale ou avec le droit naturel, individuel et social, alors il n\u2019est plus l\u2019expression de l\u2019ordre, mais il devient le désordre social, c\u2019est-à-dire le mal.On doit déclarer mauvais un régime de propriété qui rend illusoire pour le plus grand nombre le droit naturel d\u2019acquérir la propriété; injuste, un régime qui favorise la propriété d\u2019un petit nombre au détriment de la collectivité; répréhensible, un régime qui ne protège pas d\u2019une manière suffisante la propriété honnêtement acquise.» (Antoine.) La base naturelle de la famille ouvrière est le coin de terre et le foyer.Le but naturel de la famille agricole est l\u2019établissement au sol des fils qui en veulent.Deux formes de propriété s\u2019imposent: l\u2019accession à la propriété ouvrière d\u2019une maison avec cour et jardin; l\u2019accession à la propriété rurale possible à tout jeune cultivateur obligé de quitter le vieux bien.Le plan provincial de logis ouvriers ne devra pas lésiner sur l\u2019espace: des Américains proposent Y arpent familial ou du moins les 6,000 pieds carrés \u2014 60 X 100 ou 50 X 120 \u2014 permettant un joli morceau de culture à l\u2019autre bout.Pour les jeunes cultivateurs, l\u2019établissement est plus difficile que chez les ouvriers ou les pêcheurs: il faut tant de sol à chacun.Faute d\u2019avoir dompté ce problème, on a perdu la moitié de la jeunesse aux États-Unis ou dans les villes.Comme le Québec ne compte que 15 p.c.224 RELATIONS de sol arable, il doit n\u2019en rien laisser perdre, mais récupérer tout ce qui moisit aux limites forestières.L\u2019homme avant l\u2019arbre, la terre au peuple avant la pulpe.Ainsi, la région très agricole du bas de Québec a tant de beaux jeunes et si peu de bonne terre, qu\u2019on devra leur tailler au plus tôt, à même les terres de la Couronne, les défuntes seigneuries et les forêts des compagnies, tout ce qui peut former ou compléter des paroisses.Bien entendu, ce qui n\u2019est pas colonisable restera en bois, et cela devra suffire à des coupes bien ordonnées, sans pillage ni gaspillage.Mais la terre qui peut pousser mieux, qui donnerait une récolte annuelle civilisée, doit s\u2019ouvrir aux familles, et tout de suite.Ainsi, tel coin de Rimouski voudrait compléter en paroisses les missions de Saint-Eugène, de La Sauva-gesse, de Lamy, de Saint-Cyprien, etc.Mais on n\u2019a ni terre ni route.Pour compléter L\u2019Esprit-Saint, une route ouvre un rang double, dont un seul côté est occupé: l\u2019autre appartient à la compagnie Fraser, très exigeante.Le gouvernement a dû lui payer $1,300 par lot, qu\u2019il cédait pour $30 au colon.La compagnie exigerait un demi-million pour 200 lots de plus, soit $2,500 par lot à demi-dépouillé.C\u2019est prohibitif, c\u2019est du chantage au contrat mal fait, contre le droit naturel.Plus au sud, des terres de la Couronne qui nous relieraient au Nouveau-Brunswick furent concédées en 1932 pour vingt-cinq ans.Il y a là un beau territoire pour 14 paroisses d\u2019après des experts, ou seulement pour deux d\u2019après d\u2019autres, un peu trop druides et adorateurs des épinettes.Faudra-t-il attendre 1957 pour la permission d\u2019y vivre, pour satisfaire aux mille demandes de lots ?Car il ne faut pas trop croire les politiciens qui prétendent ne plus trouver de colons.D\u2019abord, en cherche-t-on?Où est la propagande?Et pourtant, une seule moitié du diocèse de Rimouski a demandé 859 lots en 1947, autant cette année.Lenteurs, puis refus dans presque tous les cas.Il ne nous reste qu\u2019à bûcher pour les autres, à émigrer, à perdre les énergies qui voudraient être constructives.On note que 37 p.c.des demandes viennent de jeunes gens de 18 à 26 ans; 19 p.c.de 26 à 31 ans, presque tous mariés; et le reste, de 31 ans et plus.Une constante s\u2019établit dans ces âges d\u2019aspirants-colons, fils de colons de jeunes paroisses; et une autre constante dans l\u2019impossibilité d\u2019obtenir des lots.On se souvient du décret imaginé par le satirique Rochefort, indigné des inerties gouvernementales: « Article unique: il n\u2019y a plus rien.Personne n\u2019est chargé d\u2019appliquer le présent décret.» Faudra-t-il dire chez nous: Il n\u2019y a plus de sol ni de colons ?Inutile de parler de colonisation.Les leçons russes devraient pourtant nous servir.Au cas où l\u2019étendue de bon sol ne suffirait pas à donner toute une paroisse agricole, pourquoi ne pas multiplier la bonne expérience agro-forestière de Grande-Vallée ?60 demi-lots font vivre les familles, grâce au complément de revenus qui se fait au chantier d\u2019à côté.On pourrait y compléter une paroisse nouvelle à même les bons sols du Remous que détient, avec d\u2019autres concessions, et on ne sait pourquoi, M.Frank Ross, des carabines Ross.Ni la terre ni la forêt ne produisent de carabines! La Gaspésie est en grande partie colonisable, d\u2019une façon ou de l\u2019autre, surtout le versant de la baie des Chaleurs.Le regretté Mgr Ross a-t-il assez plaidé l\u2019ouverture de cette beauté de pays, vide et presque aussi vaste que la Belgique où vivent 8 millions d\u2019âmes! Fils de colon, Monseigneur ne perdait pas une occasion de crier la peine de sa chère Gaspésie, qui donne ses enfants qu\u2019elle pourrait si bien établir, et avec eux bien d\u2019autres des paroisses, si le gouvernement leur permettait l\u2019accès à leur sol, comme le veut le droit naturel.En plein chômage 1934, à Québec, à deux pas du Parlement, Monseigneur réfutait le préjugé soufflé par les partisans du bois à perpétuité: « Charles Nadeau, qui fait chantier à vingt-cinq milles en arrière de Saint-Godefroy, assure que le terrain est partout le même (cultivable).J\u2019ai pénétré jusqu\u2019à soixante-cinq milles de Cascapédia, au delà des montagnes.J\u2019ai été ravi d\u2019y trouver, sur les hauteurs les plus élevées, autour des camps miniers, des céréales, des légumes, des pommes de terre cultivés par le gérant.Les colonies ouvertes ne laissent aucun doute sur la qualité du sol.En passant par le chemin Lemieux, derrière les montagnes de Percé, jetez un coup d\u2019œil sur la couche d\u2019humus facilement visible aux tranchées qui bordent la route.» Ces plateaux habitables, où Olivar Asselin rêvait de 75 paroisses, restent morts, fermés aux Gaspésiens, qui ont le seul privilège de bûcher leur bois, puis de le charger sur les barges, pour les pulperies de l\u2019Ontario et des États-Unis.La Gaspésie n\u2019est qu\u2019une dentelle de pays, sans corps, sans les milliers de familles qu\u2019elle appelle depuis Jacques Cartier.Pourquoi n\u2019achève-t-on pas une ou deux routes transversales, des raccourcis du sud au nord avec trouées dans les cantons fertiles ?Le parc national, si l\u2019on peut le terminer, sera une belle chose; les terres cultivées en seront une autre, un gain sur la sauvagerie, un réservoir de population: ce sont les paysans qui font le pays.Il n\u2019y a pas seulement l\u2019Abitibi dans le Québec, ni seulement la Rivière-à-la-Paix au Canada.Un communiqué de colonisation parle de 6,000 lots à prendre ici, on se demande où.Avant d\u2019expédier nos jeunes à vingt ou à cent heures de chez eux, ne doit-on pas leur offrir le voisinage, le sol d\u2019à côté, créé pour être habité, non pour être prisonnier des spéculateurs ?Le droit naturel y donne droit.Réclamons-le au nom de l\u2019ordre, de la justice et de la charité; sinon les tragédies de l\u2019Europe sans terre ni espace vital pourront fondre chez nous, qui n\u2019avons pas l\u2019excuse d\u2019en manquer.C\u2019est le calcul, le bon sens, la prévoyance et le patriotisme qui auront manqué.Du côté de l\u2019enclume, on voit les choses d\u2019un autre œil que du côté du marteau.Ne méritons jamais la sentence de Berdiaeff: « Le communisme prouve que le christianisme n\u2019a pas fait AOUT 1948 225 tout son devoir.» Demandons à nos gouvernants chrétiens de ne plus laisser couler à la débandade les meilleurs éléments de notre population, ceux qui consentent à se fatiguer pour tenir à l\u2019agriculture, à la vie de famille et au développement de la province.Demandons-leur de mettre l\u2019énergie à l\u2019œuvre, de profiter des qualités qui nous restent et de corriger les défauts qui nous gâtent.Taine le recommandait à la France blessée de 1872: « Je crois que parmi les nations il n\u2019y en a pas qui ait plus de cœur que la France; seulement, par l\u2019effet ancien des institutions politiques, cette générosité native ne sait pas s\u2019employer dans les affaires publiques, et par un trait particulier du tempérament national, elle n\u2019est jamais accompagnée de sang-froid.Il faut aux Français de l\u2019excitation, un élan, la contagion des émo- tions environnantes, l\u2019émulation, l\u2019idée des regards fixés sur lui.La France ressemble à un soldat qui, à l\u2019ordinaire, s\u2019amuse, paresse, plaisante et gronde contre son officier, mais qui, au feu et sous les yeux des camarades, est capable de dévouements subits, imprévus et sans limites.Personne ne sait ce qu\u2019il adviendra de cette contribution volontaire; mais il n\u2019est pas impossible qu\u2019à un moment donné la France y aille tout entière et d\u2019un élan, comme au feu.» La France s\u2019est redressée; nous ferons de même.Le régime de propriété privée devra compter plus de propriétaires à la campagne, en ville et en banlieue; sinon, il subira des assauts et il sera dur à défendre.Qu\u2019on aide au lieu de nuire, qu\u2019on recrute les conquérants au lieu de laisser déserter, et l\u2019on verra bien! LA RELIGION DES CANADIENS FRANÇAIS Adélard DUGRË, S.J.IA RELIGION des Canadiens français, c\u2019est le catholicisme.Plus de 97 p.c.d\u2019entre eux se déclarent catholiques au recensement officiel.Mais quelle est la valeur de leur catholicisme?.Il ne manque pas d\u2019étrangers qui, tout en admirant les multitudes qui remplissent nos églises et tout en nous félicitant de notre fidélité à la pratique religieuse, éprouvent quelque doute sur la solidité de nos croyances.Plusieurs appliqueraient à tout notre peuple le jugement que Mme Henriette Charasson porte sur les personnages de Bonheur d'occasion : « De braves gens, de psychologie assez rudimentaire, sans grande spiritualité, chez qui la religion est, la plupart du temps, machinale.» (Cité dans le Devoir, 26 juin 1948.) La facilité avec laquelle beaucoup de nos jeunes gens et de nos jeunes filles changent de conduite, quand ils passent de la famille ou du village natal dans l\u2019armée ou l\u2019usine, n\u2019est pas pour dissiper ces doutes.Les infractions à la justice, les entorses à la vérité, si fréquentes à la ville et à la campagne, portent également à croire que la piété de notre peuple n\u2019offre guère de résistance devant l\u2019intérêt.Et dans la classe plus cultivée, l\u2019émancipation rapide du jeune bachelier, devenu étudiant d\u2019Université, n\u2019est pas, non plus, pour atténuer nos craintes.Dans une étude sur l\u2019insuffisance de la formation religieuse de nos collégiens, le P.Jacques Tremblay, s.J., écrivait, dans Collège et Famille, qu\u2019aux périodes de déchristianisation des peuples, notamment à l\u2019époque de la Renaissance, on pouvait constater, en même temps que la survivance des pratiques religieuses, « un glissement des bases qui les soutenaient, un appauvrissement des raisons théoriques qui justifient ces institutions, ces coutumes et cette morale ».Et le révérend Père ajoutait, un peu plus loin, ces lignes aussi lucides que peu rassurantes : Tous ceux qui examinent notre population sans préjugés enregistrent un écart frappant entre l\u2019abondance des manifestations extérieures de religiosité chrétienne et leur peu d\u2019efficacité réelle.Notre jeunesse grandit dans nos institutions secondaires où elle trouve une ambiance d\u2019intensive religiosité; et il n\u2019est probablement pas un pays au monde où les collégiens reçoivent plus d\u2019instruction religieuse, plus de philosophie chrétienne, un humanisme plus harmonieusement accordé \u2014 du moins en théorie \u2014 à notre mentalité catholique.Pourtant, de toutes parts, apparaissent les témoignages d\u2019une insécurité croissante sur la valeur morale de nos bacheliers.Avec la meilleure volonté du monde, cette jeunesse avoue l\u2019insuffisance de la préparation qu\u2019on lui a donnée pour envisager les problèmes vitaux, familiaux, individuels, sociaux avec lesquels elle est aux prises.Dès qu\u2019elle aborde la vie réelle, les faits réels, les hommes réels, elle sent que les habitudes de piété extérieure qu\u2019on lui a transmises ont l\u2019efficacité d\u2019épées de bois contre des chars blindés.(Collège et Famille, novembre 1947, page 225.) Il ne faudrait pas trop presser cette dernière comparaison.Parmi les pratiques extérieures auxquelles on veut habituer les collégiens, il y a surtout la réception des sacrements, dont l\u2019effet, pour n\u2019être pas sensible, n\u2019en est pas moins réel.Si la sainte communion ne continue pas de fortifier le jeune homme sorti du collège, ce n\u2019est pas qu\u2019elle ait perdu de son efficacité, mais parce qu\u2019il cesse de la recevoir.Pourquoi la délaisse-t-il ?Serait-ce parce qu\u2019il n\u2019est pas suffisamment persuadé du besoin qu\u2019il en a et de son influence sur la vie spirituelle ?* * * Voilà, si je ne me trompe, le nœud de la question: nos catholiques sont-ils convaincus de la valeur de leur catholicisme ?Croient-ils à ce qu\u2019ils font ?Y croient-ils assez?Sont-ils certains qu\u2019il faut faire ceci pour aller 226 RELATIONS au ciel, qu\u2019il faut renoncer à cela pour éviter l\u2019enfer?Connaissent-ils nos raisons de croire ?Avouons d\u2019abord qu\u2019ils méritent le reproche qu\u2019on fait si souvent aux catholiques du monde entier, celui de ne pas poursuivre leur instruction religieuse avec le zèle qu\u2019ils apportent à développer leur compétence professionnelle.Les exigences du travail quotidien et le goût des distractions, sport, club ou cinéma, ne leur laissent guère de temps pour la lecture sérieuse, même profane.Le résultat, c\u2019est que notre classe cultivée, à part quelques exceptions, n\u2019est pas beaucoup cultivée, surtout en science religieuse, et que le bon peuple s\u2019en remet trop à son curé.D\u2019autre part, cependant, il faut reconnaître, chez un bon nombre de nos laïcs, hommes et-femmes, un souci réel d\u2019éclairer leur religion et d\u2019acquérir une piété qui s\u2019écarte de la routine.Nous en avons une preuve dans le succès étonnant que les retraites fermées ont obtenu dans notre province.En 1946, plus de 42,000 hommes firent les exercices spirituels, dans des maisons de retraite, pendant deux ou trois jours.Or ce chiffre est incomplet, puisqu\u2019il ne représente que les retraitants de seize maisons, alors qu\u2019en 1945 plus de vingt maisons avaient envoyé leur rapport.On estime qu\u2019en 1947, seulement au Canada français, au moins 50,000 hommes et presque autant de femmes, sur trois millions de catholiques, ont fait une retraite fermée.Ces retraitants se recrutent dans la meilleure classe de notre population, dans les carrières libérales, parmi les dirigeants du commerce, de l\u2019industrie, de la finance, des transports, parmi les chefs ouvriers et les fonctionnaires.Ces hommes ne sacrifient pas deux ou trois jours par année pour satisfaire les vagues impulsions d\u2019une religion machinale; il faut qu\u2019ils y croient.Et les fruits qui résultent de ces jours de récollection, pour les œuvres d\u2019apostolat et d\u2019action catholique, attestent qu\u2019on n\u2019y a pas perdu son temps.A part les retraites fermées, il y a, chaque année, des retraites spécialisées qui groupent un nombre considérable d\u2019hommes conscients de leurs motifs d\u2019agir.Mentionnons les retraites, devenues traditionnelles dans nos principales villes, particulièrement au temps pascal, pour les médecins, les universitaires, les voyageurs de commerce et les agents d\u2019assurance, les policiers et les pompiers, les employés de tramway, les élèves des écoles supérieures.Ces hommes désirent entendre une prédication qui, non seulement stimule, mais justifie et affermisse leur pratique religieuse.Même parmi le peuple, il est facile de discerner un désir très répandu de mieux pratiquer sa religion.L\u2019usage si commun du Missel, l\u2019extraordinaire diffusion de la publication hebdomadaire Prie avec V Église, où deux cent mille fidèles trouvent, chaque semaine, la messe du dimanche et les autres prières liturgiques, attestent qu\u2019on cherche à mieux comprendre ce dont on est témoin.Et puis l\u2019étude de l\u2019Évangile et de l\u2019apo- A logétique n\u2019est pas rare^dans les cercles de jeunes et d\u2019adultes.Peut-on s\u2019en étonner ?Plus de 90 p.c.des enfants d\u2019âge scolaire sont inscrits dans les registres de nos écoles; tous, presque sans exception, sont soigneusement préparés à la première communion et à l\u2019examen postérieur de catéchisme; Frères et Sœurs, instituteurs et institutrices laïcs, rivalisent de zèle pour inculquer à nos enfants des notions claires sur les vérités à croire et les commandements à observer.Aussi les grossières aberrations sur la foi et la morale sont-elles rares chez nous.On a, comme partout, une dévotion souvent intéressée; on prie pour le succès matériel bien plus que pour le bien de son âme, mais la superstition et les pratiques superstitieuses sont peu répandues; elles font rire même les gens du peuple.On ne s\u2019en tient pas là.Ici, comme en Europe, on se préoccupe d\u2019améliorer l\u2019enseignement du catéchisme.On connaît, on collectionne les meilleurs manuels de France et de Belgique, on fait des expositions catéché-tiques pour faire connaître ces ouvrages et les moyens dont on se sert ailleurs pour captiver l\u2019attention des élèves, on a des congrès de pédagogie et d\u2019enseignement religieux.On arrive ainsi à de meilleurs résultats, sans doute, mais on regrette encore de voir les adolescents quitter l\u2019école avec une formation religieuse si peu profonde, si peu solide, pour affronter les dangers qui les guettent.C\u2019est que les enfants restent des enfants et que le catéchisme expose une doctrine que l\u2019intelligence humaine a bien de la peine à comprendre et à justifier, des préceptes que la nature déchue n\u2019a pas moins de peine à observer.Toutefois, malgré ces obstacles, nos enfants puisent à l\u2019école des principes de conduite qui, plus tard, maintiendront chez la plupart la chasteté conjugale et le respect des devoirs de famille, qui susciteront chez d\u2019autres la magnifique floraison de vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires qu\u2019aucun homme de bonne foi ne peut s\u2019empêcher d\u2019admirer.On peut donc conclure que la très grande majorité de nos paroissiens savent parfaitement ce qu\u2019ils font quand ils vont à la messe, quand ils se confessent et communient.Si leur pratique religieuse paraît machinale et routinière, elle n\u2019en est pas moins raisonnable.La plupart pourraient fort bien la justifier, si on le leur demandait.D\u2019eux, comme des catholiques d\u2019autres pays, l\u2019assistance à la messe, la communion, la confession, la retraite paroissiale ou individuelle exigent des sacrifices.Ils les font, non pas machinalement, mais en surmontant leur indolence, sinon leur répugnance; non pas surtout pour obéir aux prêtres, mais par un sentiment plus ou moins net que c\u2019est le moyen de plaire à Dieu, de réconquérir ou de conserver l\u2019état de grâce.Car tous savent qu\u2019ils devraient persévérer dans l\u2019état de grâce et tous comprennent ce que cela signifie.AOUT 1948 227 Malheureusement il ne suffit pas de savoir pour faire.D\u2019autres raisons que l\u2019ignorance expliquent l\u2019illogisme et l\u2019inconstance de la foi, les folies de jeunesse et les lâchetés de l\u2019âge mûr.Cela n\u2019est pas particulier au Canada français.Quel est le pays d\u2019Europe ou d\u2019Amérique qui nous jetterait la première pierre?Tout de même, nous ne prenons pas notre parti de cet écart entre la croyance et la pratique chez trop de jeunes, du cynisme avec lequel des catholiques de nom se laissent entraîner, dans les affaires et la politique, aux pratiques les plus éhontées des pays redevenus païens.Notre héritage de dons surnaturels est trop précieux, il a coûté trop cher aux fondateurs de l\u2019Église canadienne, pour que nous le troquions pour un plat de lentilles.Comment expliquer le déclin rapide qu\u2019on remarque en certains milieux, comment l\u2019enrayer ?Le P.Tremblay en voit la raison dans le fait que notre religion est plus sociale que réelle.La religion sociale repose sur les institutions et les coutumes établies par les ancêtres, la religion réelle repose sur des certitudes dont on s\u2019est pénétré.Le chrétien réaliste est « celui pour qui les faits sont les faits, et qui manifestera sa religion, non dans la mesure où elle est une tradition sociale, mais dans la mesure où elle est pour lui l\u2019explication définitive de sa propre existence et de sa propre destinée ».Les éducateurs et les parents, car c\u2019est à eux que le P.Tremblay s\u2019adresse, doivent donc s\u2019efforcer de « communiquer à notre jeunesse une suffisante information sur sa religion et lui en faire constater la transcendance, au point qu\u2019elle s\u2019exprime en action chrétienne, qu\u2019elle juge nécessaire parce que vraie » {Ibid., pp.226-227).En somme, il faut former plus que des catholiques pratiquants, des chrétiens convaincus.Si convaincus de la vérité de leurs croyances, de la sagesse des disciplines morales qu\u2019on leur impose, qu\u2019ils s\u2019y soumettront toute leur vie pour conquérir le royaume des cieux et y entraîner leurs semblables.Comment arriver à ce résultat ?Dans un excellent opuscule, le P.Léonce de Grand-maison, autrefois directeur des Études, établit, lui aussi, une distinction entre la religion sociale et la religion personnelle.« Historiquement, dit-il, tout culte se présente d\u2019abord comme une institution de famille ou de tribu, de race ou de clan, comme une chose sociale et collective » ; mais en réfléchissant un moment sur notre vie, nous apercevons sans doute, à côté des actes religieux accomplis par nous en union avec nos frères, et comme membres d\u2019un corps, d\u2019autres actes plus spontanés, qui ne recherchent, ni ne semblent d\u2019abord supposer, l\u2019appui d\u2019un milieu humain quelconque.Ne peut-on pas garder le nom de « religion personnelle » à ceux de nos actes religieux où l\u2019initiative individuelle est prépondérante, où l\u2019influence du milieu humain est lointaine?(Léonce de Grandmaison, s.J., la Religion personnelle, chez Gabalda, Paris, 1930, pp.7-9.) 228 Non pas qu\u2019il y ait opposition entre ces manifestations diverses de nos devoirs envers Dieu: au contraire, elles se prêtent un mutuel secours.Toujours et partout les hommes se sont groupés pour adorer et sacrifier; les premiers chrétiens eux-mêmes, au lendemain de la Pentecôte, se réunissaient pour la « fraction du pain », la consécration du pain et du vin au corps et au sang du Seigneur.Ce sont ces groupements qui ont conservé dans leur intégrité, défendu contre les déformations du caprice individuel, les croyances, les prescriptions et les rites religieux.D\u2019autre part, note le P.de Grand-maison, « si la religion personnelle, si la piété n\u2019est pas toute la religion véritable, elle en forme pourtant le centre et comme le cœur.C\u2019est à l\u2019inspirer, à l\u2019entretenir, à la diriger, qu\u2019est principalement employé l\u2019élément social de la religion » {op.cit., p.17).En quoi donc consiste cette « religion personnelle » ?Le P.de Grandmaison l\u2019identifie avec la piété et la fait consister dans « le sentiment familial et surtout filial, qui unit l\u2019homme à Dieu » {Ibid.).Elle « est fondée sur la croyance en la puissance, en la bonté, en une certaine accessibilité de Dieu »; elle suppose, chez le catholique, la conviction intime que Dieu nous a créés pour un bonheur immense, éternel; qu\u2019il veut intensément nous rendre heureux avec lui, au point de s\u2019être fait homme et d\u2019avoir donné sa vie d\u2019homme pour nous en rendre dignes.Persuadé que ce Dieu continue de le soutenir et de le guider, le chrétien règle sa vie sur les enseignements révélés, que l\u2019Église interprète et précise.Il le fait, moins par crainte que par reconnaissance et par amour.Cet amour confiant, il le sent parfois et l\u2019exprime dans une courte conversation avec Dieu, cœur à cœur, sans apparat, n\u2019importe quand, n\u2019importe où.Voici comment le P.de Grandmaison décrit les manifestations de cette piété personnelle, quand elle se rencontre chez les gens du monde: Cette dévotion, que j\u2019appellerai virile (mais un petit nombre de retouches la rend applicable aux femmes que leur vie de famille ou leurs devoirs d\u2019état engagent et maintiennent habituellement dans le monde), offre, à qui sait la découvrir, des traits distinctifs fort nets.Elle est pleine de réserve dans ses manifestations extérieures: rien qui tire l\u2019œil, rien de souligné ni de bizarre.Effort très sensible, bien qu\u2019instinctif, pour se fondre dans la masse des fidèles, pour ne se distinguer pas des autres.Recherche des heures et des lieux où la piété pourra se donner carrière sans craindre l\u2019œil indiscret; reprise immédiate, en cas de surprise, de l\u2019attitude, des manières, des façons de parler communes.L\u2019expression intérieure elle-même se ressent de ces habitudes défensives: elle est ordinairement brève, rapide, discontinue; ce sont de vives et fréquentes étincelles plutôt qu\u2019une flamme égale et luisante.Cette piété discrète est généralement orientée vers l\u2019action, vers le service.L\u2019amour tendre de Dieu, commençant presque toujours par l\u2019amour de Jésus-Christ et s\u2019identifiant dans bien des cas avec lui, prend, dans cette dévotion virile, une forme qui le rapproche souvent plus de l\u2019amitié que de l\u2019amour proprement dit.(.La Dévotion personnelle, p.42.) Qui dira que ce genre de piété ne se trouve pas chez bon nombre de nos dirigeants et dirigeantes de l\u2019Action RELATIONS catholique, chez les habitués de la retraite fermée qui ont appris à faire l\u2019oraison mentale ?C\u2019est à répandre, à cultiver cette dévotion intime que devrait tendre notre effort.Elle s\u2019alimente par la lecture d\u2019ouvrages religieux, par la réflexion, parfois par la conversation entre confidents.Qu\u2019on ne craigne pas de relire son catéchisme de persévérance, son cours d\u2019apologétique et de religion.A quarante, à cinquante ans, on y trouvera une lumière, une onction, qui avaient échappé à l\u2019œil distrait de l\u2019écolier.Puis il y a une abondante littérature de livres spirituels.Surtout il faut lire pieuse- ment la Vie de Jésus-Christ, soit dans l\u2019Évangile, soit dans les commentaires.C\u2019est là que s\u2019éclairera et s\u2019échauffera l\u2019âme du croyant.Là il se persuadera de plus en plus qu\u2019il faut chercher d\u2019abord le royaume des deux, que celui qui y tend et l\u2019obtient est heureux, que celui qui ne s\u2019en soucie pas est bien à plaindre.La grâce de Dieu aidant, il agira en conséquence, non pas parce que ses maîtres le lui ont dit autrefois ou que son curé le lui répète aujourd\u2019hui, mais parce qu\u2019il a repensé lui-même les leçons apprises dans son enfance et qu\u2019il a compris qu\u2019on lui disait la vérité.VALEUR HUMAINE DU CHANTIER COOPÉRATIF-III Paul-Emile BOUTET IE SUCCÈS a fait créer la Fédération devenue nor-male et nécessaire à cause du nombre de chantiers.L\u2019exemple de Roquemaure ne tarda pas à être suivi.Landrienne a étudié, Saint-Matthieu aussi et d\u2019autres.On apprit les succès de Roquemaure; on voulut copier les méthodes pour éviter les tâtonnements inutiles.Le manque de cohésion aurait pu laisser les chantiers un à un à la merci d\u2019exploiteurs qui eussent employé les uns à faire chanter les autres lors de la prise des contrats.Les bureaux de direction pouvaient susciter des difficultés, que réglerait mieux un arbitre reconnu.Et puis, on avait trouvé la lumière; on ne voulait pas la tenir cachée sous le boisseau, loin de là.Mais quelle paroisse se chargerait des frais de publicité?Enfin, la compagnie concessionnaire de limites voulait confier au groupe coopératif la tenue de son dépôt.Pourquoi à tel chantier plutôt qu\u2019à tel autre ?En vue de répondre à ces questions, étudiées aux congrès annuels de l\u2019U.C.C.d\u2019Abitibi, on fédéra les chantiers existants, auxquels pourraient se joindre les chantiers à venir.Cette étude dans les congrès demandait un exposé des problèmes; de gérant de chantier, Odilon (M.Boutin) dut se faire orateur.La nécessité rend ingénieux; la conviction fit un maître écouté.La Fédération n\u2019est pas plutôt constituée qu\u2019elle a bien en main la situation.Les difficultés, déjà rationnées, ne prennent qu\u2019une infime parcelle de son temps.La propagande se fait à l\u2019été; les contrats pour l\u2019hiver s\u2019arrangent à l\u2019automne; le règlement final, au printemps.Il ne reste au ciel des chantiers coopératifs qu\u2019un point noir: la fondation de nouveaux chantiers paroissiaux.Comme aucun étranger ne peut venir s\u2019y entraîner, chaque nouveau camp devait faire ses propres expériences, fût-ce sous la surveillance adroite de la Fédération.LES CAMPS-ÉCOLES On décida d\u2019ouvrir un camp-école, à l\u2019intention des paroisses qui voudraient envoyer des apprentis.Dirigés par des hommes rompus à la pratique des chantiers AOUT 1948 coopératifs, ces apprentis se formeraient à la conduite d\u2019un camp pour être le levain de chantiers nouveaux.La principale difficulté du camp-école provient du fait que les élèves ne sortaient pas de la même paroisse, une preuve de plus que la paroisse doit servir de base et de cadre au chantier coopératif.L\u2019école se tire quand même d\u2019affaire, parce que les hommes y ont à cœur d\u2019arriver, de s\u2019armer pour la tâche qui les attend.L\u2019importance du mouvement a déjà multiplié les écoles: deux au lac Granet, trois à Clova.L\u2019hiver prochain en verra d\u2019autres, peut-être même dans le Nord-Ontario.Cette multiplication oubliera les cadres paroissiaux, pour grouper au moins des hommes du même diocèse.Les chantiers coopératifs seraient trop belle entreprise s\u2019ils n\u2019offraient aucun danger.D\u2019aucuns y voient une sollicitation à abandonner la terre pour la forêt, fût-ce comme ouvriers syndiqués.La Fédération, qui a vu ce danger, s\u2019efforce d\u2019y remédier.L\u2019étude en équipes, commencée dans la paroisse, doit se continuer dans la forêt, où les réunions, facilitées par le groupement, sont désirées comme divertissement.Or, une fois réglées les questions urgentes d\u2019administration, le sujet des études est l\u2019établissement rural sous toutes ses formes, la poursuite intensifiée de l\u2019entreprise agricole commencée, pour laquelle on est venu chercher un revenu supplémentaire.Le plus consolant spectacle est de voir nos jeunes ruraux, sur qui l\u2019on n\u2019aurait pas trop compté, calculer sérieusement un avenir que la plupart rêvent dans la culture du sol; d\u2019entendre leurs plans pour défricher leurs « lots », s\u2019ils en ont, ou pour acquérir de la terre, s\u2019ils n\u2019en ont pas.VERS L\u2019ESSAIMAGE COOPÉRATIF DES VIEILLES PAROISSES Ces études peuvent se traduire en un projet d\u2019essaimage des vieilles paroisses sous le système coopératif.L\u2019idée de la colonie coopérative n\u2019est pas neuve, avec ou sans tendances communistes.Des essais de réalisation n\u2019ont pas eu grand succès.Le défaut fondamental 229 de l\u2019entreprise nous paraît résider dans le fait qu\u2019on a voulu souder des éléments disparates, unir des gens qui se rencontrent pour la première fois.Le résultat serait différent si l\u2019on fondait la colonie d\u2019avance, dans la paroisse-mère qui ne trouve plus d\u2019espace.Un groupe de jeunes vaillants, décidés à ouvrir une paroisse, se donnera une préparation, une organisation qui le mette à la tâche sans inutiles tâtonnements.On pourrait à loisir visiter les sites offerts, choisir le plus intéressant.Une fois les routes tracées, si la pousse de bois le permet, un chantier coopératif fera les premiers défrichés.Et comme les jeunes, encore reçus à la maison paternelle, ne seront pas pressés de venir demeurer dans la colonie, on pourrait donner aux souches le temps de mûrir avant d\u2019entreprendre l\u2019arrachage.Nous ne voudrions pas être indiscret, mais, pour rendre à César ce qui est à César, la substance de ce plan nous vient d\u2019une conversation surprise au lac Granet entre jeunes bûcherons qui n\u2019avaient pas encore de lots.Ce n\u2019est pas utopie que de parler de paroisses obligées d\u2019essaimer.L\u2019Abitibi en a qui, après vingt-cinq ans, fourniraient soixante-dix solides gars d\u2019habitant pour aller ouvrir la paroisse-fille.Il ne faut pas terminer sans rappeler les excellentes relations qui régnent entre les chantiers coopératifs et les grandes compagnies qui les emploient.Il n\u2019en saurait être autrement quand on sait l\u2019insistance de la Fédération à prêcher à ses membres l\u2019honnêteté.Si elle énumère aux bûcherons leurs droits, elle ne perd pas une occasion de rappeler leurs devoirs.À l\u2019ombre du clocher paroissial Notre premier article disait que, dans leurs chantiers coopératifs, nos gars retrouvaient l\u2019ombre de leur clocher.Nous avons été maintes fois témoin de la visite du curé chez ses bûcherons coopérateurs: causette intime avec chacun, nouvelles fraîches des familles, taquinerie amicale sur la fiancée qui guette le retour de son futur seigneur, derniers rapports sur la santé de la vieille mère qui tricote des chaussettes et des avé pour que son petit fasse « une bonne » hiver.Après le souper, confession générale dans un décor impressionnant de simplicité.Brève instruction où le pasteur prépare ses hommes à la communion, comme quand ils « marchaient au catéchisme ».Ça ressemble peu, tout ça, à la visite du missionnaire des chantiers à qui l\u2019on versait peut-être l\u2019aumône plus large, mais qu\u2019on traitait de quêteux, venu parce que ça paye.Les moins méchants, à l\u2019entendre répéter, avaient fini par dire comme les autres.Les chantiers coopératifs sont la tentative la mieux réussie de relèvement d\u2019une classe ouvrière négligée depuis toujours.Si cette méthode rapporte aux industries des millions de cordes de bois de plus, aux bûcherons eux-mêmes des millions de dollars, elle économise des millions de fautes contre Dieu, contre la société, contre le bûcheron lui-même et contre sa famille.C\u2019est le profit net de qui veut mettre en commun pour une bonne cause non pas tant ses capitaux que son travail quotidien, ses goûts, sa volonté.¦¦¦¦¦¦¦ LE TRAVAIL A DOMICILE Pierre FONTANEL, S.J.DOIT-ON PERMETTRE, protéger, encourager le travail à domicile?Doit-on l\u2019entraver, l\u2019interdire ?Il s\u2019agit ici de tout travail destiné à procurer un supplément de revenu en fabriquant des articles pour le commerce ou une clientèle spéciale.Il serait normal de commencer par aligner les inconvénients du travail au dehors, surtout du travail dans l\u2019usine.Qui ne les connaît?On peut même les exagérer en jugeant les usines par certaines usines.Nous croyons inutile d\u2019en parler ici.Le travail à domicile a quatre avantages capitaux: 1° Il favorise la vie de famille, non seulement en gardant plus de membres à la maison, mais en les unissant, car le travail en commun est un lien puissant; c\u2019est souvent ce travail en commun qui occasionne, dans les usines, des amitiés éloignant de la famille.2° Il permet une application plus rationnelle des lois de l\u2019hygiène: les heures, le genre de travail.sont déterminés par le chef de famille.3° Il facilite l\u2019emploi utile des loisirs: plusieurs membres de la famille collaborent au lieu d\u2019aller s\u2019abrutir dans des lieux dangereux.4° Il apporte un supplément de salaire, par les membres nécessaires à la maison mais ayant des loisirs et par les membres de santé trop faible pour travailler tout le jour au dehors.Ce supplément peut sauver des familles de la misère, surtout des familles ouvrières nombreuses.Dès le troisième ou le quatrième enfant, le salaire du père ne suffit plus.Quel soulagement 6i la mère pouvait payer le loyer ou habiller les petits en gagnant cinq ou six dollars par semaine! Elle a du temps que le découragement lui fait souvent mal employer; elle pourrait en trouver davantage en confiant une partie du ménage aux fillettes qui seraient utilement occupées et acquerraient de l\u2019expérience.Quelques exemples pratiques.Dans la région de Lyon, en France, une partie de la broderie est faite à domicile; dans la région de Saint-Étienne la passementerie est faite dans les familles.Notons que dans 230 RELATIONS les deux cas l\u2019ouvrage passe sur les mêmes machines qu\u2019à l\u2019usine: la Cornély et le Jacquard.Des compagnies fournissant de l\u2019ouvrage à domicile ont aussi des usines: quelle différence entre la jeune fille qui vient de loin, doit se chercher un logis et une pension, éviter les dangers et se soumettre à un règlement et la jeune fille qui travaille chez elle! Une fille est délicate, nerveuse: elle ne peut résister à la tension de l\u2019usine.La famille est pauvre: impossible de demander de l\u2019argent pour s\u2019acheter une robe! Et voilà que du tricot, de la couture, de la broderie à la maison vont lui apporter $7 par semaine et chasser.la gêne! Que de familles seraient heureuses avec quelques dollars de plus! LES OBJECTIONS La concurrence et l\u2019exploitation des familles: telles sont les deux principales objections pour le législateur.On notera que nous n\u2019avons pas mis l\u2019industrie parmi les adversaires du travail à domicile.Mais elle combat des entrepreneurs trop pauvres pour avoir une usine, faisant travailler à domicile et accaparant le commerce.Le gérant d\u2019une importante compagnie de machines à coudre nous disait que souvent des Juifs vont lui demander des machines à coudre pour faire de l'argent devant servir à les payer ! La concurrence de la famille serait insignifiante pour l\u2019industrie.Mais, si elle existait, l\u2019intérêt de la famille devrait passer avant celui de l\u2019industriel.L\u2019objection des unions ouvrières est plus grave.On craint l'exploitation des familles.Les organisateurs de certaines unions se cachent derrière cet argument qui doit impressionner le législateur.L\u2019exploitation est possible, qu\u2019on travaille pour un individu, pour un magasin, pour une manufacture ou pour un intermédiaire entre l\u2019ouvrier et le magasin ou la manufacture.Des magasins et des usines offrent du travail pour un salaire dérisoire.Une fille présente à un magasin un échantillon de mouchoir brodé: on lui offre trois dollars la douzaine.A ce prix elle gagnera cinq à six sous l\u2019heure! Le magasin vend chaque mouchoir $1.50! Faits analogues pour le tricot.Une mère de famille désire coudre chez elle: on lui apporte des robes en indienne pour 90 sous la douzaine et elle devra payer le fil.Elle ne réussira pas à faire une douzaine et gagnera moins de 60 sous par semaine! N\u2019est-ce pas inhumain?Peut-on tolérer pareille exploitation ?Quand la tête fait mal, un moyen radical, rapide et facile de la guérir serait de la couper! Interdire le travail à domicile, malgré ses avantages, est-ce un moyen logique, le seul moyen logique ?PRÉCISION ET SOLUTION Qu\u2019on ne crie pas trop vite au scandale! Si la famille veut faire la concurrence à l\u2019industrie, elle sera infailliblement écrasée, à cause de la perfection, de la rapidité et de l\u2019automatisme des machines.Regardez fonctionner les machines modernes à coudre, à broder, à tricoter et à tisser et vous comprendrez la stupidité de la concurrence.Des tricoteuses font 100,000 mailles par minute; d\u2019autres tricotent 20 douzaines de paires de bas par jour: à un sou le bas, le mécanicien ferait $4.89 par jour! Si les dames devaient tricoter leurs immenses bas en fil fin, qu\u2019elles croient trop chers, elles ne feraient probablement pas 4 sous l\u2019heure! Les mouchoirs mentionnés plus haut sont brodés à l\u2019usine à raison de trois douzaines à l\u2019heure et l\u2019opératrice peut gagner 75 sous l\u2019heure.Une machine cousant, avec couture double et décoration, fait quatre pouces à la seconde! Nommons les Merrow, Metropolitan, Cornély, Union Special, Jacquard à tisser et à tricoter, Dubied, grands métiers suisses à dentelle.On peut voir toutes ces machines et d\u2019autres à Montréal et dans les principales villes industrielles.Il existe une machine pour chaque opération, même pour faire les ganses et poser les boutons! Ces machines font généralement vingt fois le travail possible à domicile dans le même temps! Donc, pendant qu\u2019une mère gagnerait 5 sous chez elle, sa fille gagnerait $1 à l\u2019usine pour le même genre d\u2019ouvrage! Et on ne peut demander à l\u2019usine de payer vingt fois plus au dehors que chez elle! Il faut donc distinguer deux cas: 1° Si la famille veut faire pour l\u2019industrie ou les magasins l\u2019ouvrage courant des usines et cela avec les moyens dont elle dispose, elle devra se contenter du prix fixé par l\u2019industrie et son salaire sera dérisoire, mais pas injuste.Elle devra se contenter de ce prix ou chercher ailleurs ou perfectionner ses moyens.2° Pour les articles spéciaux, faits à la main: cuir repoussé, peinture sur soie, etc., c\u2019est la famille qui doit fixer les prix.Si ces prix sont refusés par le client, la liberté reste de les baisser ou de faire autre chose.C\u2019est ici surtout que l\u2019exploitation est possible: à la famille de se défendre! La législation peut difficilement intervenir.D\u2019autre part, le cas n\u2019est pas rare de prix exagérés demandés pour travail à domicile: on se fixera un salaire de un dollar l\u2019heure et on demandera $20 pour un article qui se détaille $10 dans le commerce.Raisons: fait à la main; donc moins parfait! plus solide: ce n\u2019est pas toujours vrai ! Du reste, les deux principales difficultés pour la famille consistent à trouver un débouché et à se procurer la matière première à un prix modéré, tout en achetant en petites quantités.Ces difficultés, la famille ne peut généralement pas les résoudre elle-même.L\u2019idée de recourir à l\u2019autorité, municipale ou provinciale, est illusoire: cette autorité a déjà une besogne suffisante! Nous croyons, en nous basant sur une expérience sérieuse de plusieurs années, que l\u2019aide à la famille doit venir d\u2019organisations paroissiales bénévoles: les intermédiaires salariés sont les véritables et généralement les seuls exploiteurs.AOUT 1948 231 L\u2019ORDRE SOCIAL CHRÉTIEN L\u2019ORGANISATION CORPORATIVE Joseph-P.ARCHAMBAULT, S.J.PLUSIEURS JOURNAUX ont signalé le passage de l\u2019allocution de S.Exc.Mgr Garant, aux associations patronales de Québec, où le nouvel évêque rappelle l\u2019enseignement de Pie XI sur l\u2019organisation corporative: « Vous pouvez vous imaginer, déclare Son Excellence, que, même évêque, je travaillerai encore et peut-être plus qu\u2019avant à l\u2019instauration d\u2019un ordre social chez nous.Je l\u2019ai dit dans ma devise: « Injustitia et caritate, dans la justice et la charité.» Pour partager mon travail, il vous suffira de continuer à être des apôtres infatigables de ces deux vertus sociales, de l\u2019organisation professionnelle à base chrétienne, sans laquelle, ainsi que le disait Pie XI, dans l\u2019ensemble de la vie économique, il est impossible de faire fleurir ces vertus.Des apôtres de l\u2019association patronale, des apôtres du syndicalisme ouvrier, l\u2019un et l\u2019autre à base chrétienne, en vue de la corporation chrétienne de demain; est-il besoin de le répéter, je l\u2019ai dit si souvent, c\u2019est ainsi et ainsi seulement que l\u2019on pourra solutionner les grands problèmes de la vie économique, spécialement le problème social par excellence, celui des relations entre employeurs et employés.» Paroles nettes et convaincues, qui ne laissent place à aucune équivoque et rappellent les fermes déclarations du regretté cardinal Villeneuve sur le même sujet.Elles se situent bien d\u2019ailleurs dans l\u2019enseignement actuel de l\u2019Église, tel que le transmet l\u2019épiscopat du monde entier.Nous pourrions citer maints faits tirés de plusieurs pays.Contentons-nous de deux ou trois.* * * Un des évêques les plus réputés des États-Unis, S.Exc.Mgr Francis J.Haas, qui prit une part active au mouvement social comme directeur de la National Catholic Welfare Conference, avant d\u2019être appelé au siège épiscopal de Grand-Rapids, s\u2019est toujours fait l\u2019apôtre ardent de l\u2019organisation corporative.Il suivait en cela d\u2019ailleurs les directives de l\u2019épiscopat américain.Dans un article récent, que publia Y American Eccle-siasical Review et qui eut un retentissement considérable, Mgr Haas rappelle la doctrine de Rerum novarum sur les associations, doctrine que l\u2019encyclique Quadra-gesimo anno n\u2019a fait qu\u2019appliquer, ou mieux, qu\u2019adapter aux temps présents.Pie XI, écrit Son Excellence, presse tous les patrons et tous les employés d\u2019une même industrie ou profession (l\u2019acier, par exemple, le charbon, l\u2019agriculture, les chemins de fer, etc.) de se grouper dans des associations distinctes, tant patronales qu\u2019ouvrières, pour se rencontrer ensuite dans un seul corps, en la personne des délégués qu\u2019ils auront librement choisis.Chaque profession ou industrie ainsi organisée aura le pouvoir de fixer, pour ce qui la concerne, les salaires, les heures et conditions de travail, la production, les bénéfices.En outre, un conseil économique suprême, groupant les représentants de ces industries ou professions, reliera celles-ci entre elles.Ce plan, remarque en terminant Mgr Haas, le Souverain Pontife actuellement régnant, S.S.Pie XII, a déclaré plus d\u2019une fois qu\u2019il le faisait sien.On peut affirmer que les États-Unis sont un des pays où l\u2019organisation corporative accomplit le plus de progrès.Sous divers noms, \u2014 dont le plus populaire est Industry Council Plan, \u2014 elle gagne constamment du terrain.Les dirigeants du monde industriel, ceux de la classe patronale comme ceux de la classe ouvrière, rapportait dernièrement Catholic News, le grand hebdomadaire de New-York, favorisent de plus en plus ce plan, \u2014le président du C.I.O., Philippe Murray, est un de ses partisans actifs, \u2014 car ils y voient le moyen par excellence d\u2019assainir et de sauver l\u2019entreprise privée, de la démocratiser, de la christianiser.L\u2019industrie des aliments s\u2019intéresse particulièrement à ce système.Elle l\u2019a déjà appliqué dans le secteur des fruits.Avant la fin de l\u2019année d\u2019autres secteurs seront probablement organisés: viande, beurre, œufs, pain, fromage, etc.En Irlande, une initiative d\u2019envergure eut lieu, comme on le sait, en 1943.Le gouvernement fit faire une double enquête sur l\u2019organisation corporative: sa nature et son fonctionnement, puis ses réalisations en divers pays.La commission, composée de sociologues, d\u2019industriels, d\u2019ouvriers, d\u2019agriculteurs, se montra favorable au régime étudié.Et elle indiqua les mesures qui permettraient de l\u2019établir graduellement en l\u2019adaptant, comme le recommandait jadis le cardinal Pacelli, « au tempérament national, aux traditions et aux besoins particuliers du pays ».Aux prises avec des difficultés politiques, le gouvernement négligea de donner suite immédiatement à ce rapport.Mais voici qu\u2019ici encore l\u2019Église intervient.Dans sa Lettre pastorale de carême, datée du 1er février dernier et consacrée aux problèmes sociaux, le primat de l\u2019Irlande, S.Exc.Mgr Dalton, archevêque d\u2019Armagh, aborde franchement le sujet.Après avoir traité des conflits industriels, de l\u2019hostilité grandissante entre patrons et ouvriers, de l\u2019impuissance des autorités civiles à améliorer la situation, il 232 RELATIONS signale la grande réforme préconisée par Pie XI dans Quadragesimo anno, « qui tient le juste milieu entre l\u2019individualisme et l\u2019intervention excessive de l\u2019État ».Cette réforme est basée, remarque le prélat, « d\u2019abord sur le principe que l\u2019État doit laisser aux groupements inférieurs les tâches qu\u2019ils peuvent accomplir eux-mêmes et, en second lieu, sur le principe de la structure organique de la société.Comme le corps humain, l\u2019organisme social, pour être parfait, doit être composé de différents organes ou groupements, ayant chacun une fonction particulière à remplir ».D\u2019où, continue Son Excellence, l\u2019utilité de ces groupements, \u2014 Vocational Groups, comme on les nomme en Irlande, \u2014 réunissant les hommes engagés dans la même industrie ou profession.Chaque groupement se régit lui-même et jouit de l\u2019autorité nécessaire pour régler tous les problèmes qui le concernent, grâce à un conseil où se trouvent représentés patrons et employés.N\u2019est-il pas logique que le corps le plus apte à s\u2019occuper d\u2019une profession particulière comprenne des hommes de cette profession, qui connaissent bien ses problèmes et possèdent la confiance de ses membres ?Le primat de l\u2019Irlande souhaite, pour le bien de son pays, que les conclusions de la Commission soient appliquées sans tarder, mais il rappelle que la corporation ne saurait être imposée d\u2019autorité, c\u2019est-à-dire par l\u2019État.Elle doit naître spontanément, de la libre volonté des intéressés, des associations par exemple de patrons et des syndicats d\u2019ouvriers qui continueront à remplir leur rôle et à exercer leur influence dans la nouvelle organisation.Un dernier exemple.C\u2019est l\u2019Angleterre qui nous l\u2019offre.Il y a longtemps qu\u2019y existent des conseils d\u2019industrie, \u2014 Whitley Councils, \u2014 permettant au patron et à ses employés de se rencontrer et de conclure des ententes.Mais ce ne sont là que des organisations précorporatives, dues à l\u2019initiative privée et dépourvues de sanctions légales.Durant la guerre, cependant, elles obtinrent des pouvoirs plus étendus.Quelques-unes en jouissent encore.On ne peut les considérer toutefois comme de vraies corporations.Si les unions ouvrières \u2014 trade-unions \u2014 sont nombreuses et bien organisées en Angleterre, il n\u2019en est pas ainsi des associations d\u2019employeurs, et là semble être la raison du peu de progrès accompli jusqu\u2019ici par l\u2019idée corporative dans un pays qui semblait lui offrir un terrain bien préparé.Aussi S.Ém.le cardinal Griffin, dont on connaît le zèle et l\u2019esprit réaliste, a-t-il entrepris de combler cette lacune.Il s\u2019adresse d\u2019abord aux patrons catholiques.Dans une première réunion, tenue à Londres à la fin de juin dernier, Son Éminence leur exposa son programme et sollicita vigoureusement leur concours.Dix-huit associations diocésaines d\u2019employeurs catholiques devront d\u2019abord être formées.Elles agiront en collaboration avec les associations déjà existantes de syndiqués catholiques.Leur but est de A travailler à faire pénétrer la doctrine sociale de l\u2019Église, en particulier l\u2019enseignement de Quadragesimo anno, dans les milieux patronaux et ouvriers auxquels leurs membres appartiennent.Son Éminence est convaincue que, une fois connu le plan corporatif tracé par Pie XI, quel que soit le nom qu\u2019on lui donne, la grande industrie anglaise en adoptera les points essentiels.Nous pourrions apporter d\u2019autres exemples: en France, en Belgique, en Hollande, en Suisse.Ceux-ci suffisent.Ils prouvent que l\u2019enseignement de Quadragesimo anno n\u2019est pas périmé, qu\u2019il ne se restreint pas aux principes mais prend corps dans les faits, que le devoir des catholiques, où qu\u2019ils habitent, est de s\u2019efforcer de mettre en pratique cette doctrine.Sans doute l\u2019Église ne s\u2019occupe pas de la technique des plans de reconstruction sociale, mais elle peut en tracer les grandes lignes, préciser les exigences de la charité et de la justice, indiquer même les réformes sans lesquelles ces vertus ne peuvent fleurir, et que tout catholique doit par conséquent appuyer.C\u2019est ce qu\u2019ont fait, entre autres, Léon XIII, Pie XI et Pie XII.Leurs directives sur l\u2019organisation corporative sont claires.« Ce n\u2019est \u2014 lisons-nous dans Divini Redemptoris \u2014 que par un corps d\u2019institutions professionnelles et interprofessionnelles, fondées sur des bases solidement chrétiennes, reliées entre elles et formant sous des formes diverses, adaptées aux régions et aux circonstances, ce qu\u2019on appelait la Corporation, ce n\u2019est que par ces institutions que l\u2019on pourra faire régner dans les relations économiques et sociales l\u2019entr\u2019aide mutuelle de la justice et de la charité.» A ces directives les évêques ont fait écho dans tous les pays.Associations patronales et associations ouvrières, affirment-ils, s\u2019imposent plus que jamais.On ne saurait toutefois s\u2019arrêter là.Ce n\u2019est qu\u2019une étape dans l\u2019établissement de l\u2019ordre social chrétien.Il faut aller jusqu\u2019au bout, « plus loin que l\u2019organisation syndicale et la convention collective, comme le déclarait un jour le cardinal Villeneuve,.jusqu\u2019à la corporation ».Aux catholiques du Canada, à ceux surtout de la province de Québec, maîtres de leurs professions et de leur législation, de construire sur cette base solide un ordre social chrétien.Ils ont, heureusement, déjà commencé.A côté des professions libérales, vrais groupements corporatifs, sont venues se placer, en ces dernières années, quelques autres professions dont la ténacité parvint à l\u2019emporter sur la résistance de l\u2019État.Mais celui-ci ne s\u2019est rendu qu\u2019à moitié.Et dans plus d\u2019un cas les pouvoirs accordés n\u2019étaient pas complets.Il faudrait une loi générale qui permettrait à chaque profession, autorisée par ses membres à se transformer en corporation, d\u2019être dotée de ses traits essentiels.LAction corporative, dont l\u2019activité fut forcément restreinte durant la guerre et les années qui suivirent, entend reprendre, dès l\u2019automne prochain, sa propagande et son travail constructif.AOUT 1948 233 ÉGYPTE ET CENSURE 1\u2019ADMINISTRATION ÉGYPTIENNE a communiqué à ses censeurs des directives afin qu\u2019ils appuient leur y jugement, compte tenu de la physionomie propre à chaque film, sur un ensemble de principes communs.QUESTIONS RELIGIEUSES \u2014 Les cérémonies religieuses, surtout musulmanes, ne doivent être représentées que sous un aspect respectueux.\u2014 Il n\u2019est pas permis de représenter des lecteurs du Coran installés sur les trottoirs ou tout autre lieu peu convenable; ou chaussés tandis qu\u2019ils lisent le Coran.\u2014 Il n\u2019est pas permis d\u2019emprunter dans des scènes humoristiques ou légères des citations des livres saints.QUESTIONS MORALES \u2014 L\u2019idée fondamentale d\u2019un film ne doit point reposer sur le mal ou la propagation du vice, sans qu\u2019un châtiment ou un facteur de bien vienne stigmatiser cette idée.\u2014 La représentation des corps nus, directement ou par ombre, n\u2019est pas tolérée.\u2014 Les scènes qui dénotent chez les jeunes gens un caractère efféminé et les représentations de danses féminines exécutées par des hommes sont interdites.\u2014 Ne sont point tolérés les embrassements et les baisers dépassant la limite des sentiments ordinaires.\u2014 Prohibition des danses obscènes et des costumes de danse destinés à dévoiler des parties inconvenantes du corps.\u2014 Éviter de mentionner des détails se rapportant aux maladies vénériennes, à la parturition ou à d\u2019autres questions médicales ayant un caractère intime.\u2014 Ne point représenter homme et femme sur un même lit dans une attitude choquante ou des scènes balnéaires osées.\u2014 Minimiser les scènes où le mal, sous toutes ses formes, est représenté (attentats, alcoolisme, impudicité).BRUTALITÉS \u2014 On ne tolérera pas la représentation des moyens de suicide, des scènes de torture, de pendaison, de flagellation, et en général de tout ce qui provoque l\u2019horreur.RESPECT DE CERTAINES CONVENANCES \u2014 Les titres, grades et décorations ne feront point l\u2019objet d\u2019allusions malveillantes.\u2014 Ne pas tolérer les scènes portant atteinte d\u2019une manière sensible ou choquante à des classes qui occupent une place particulière dans la vie publique égyptienne: ministres, pachas, chefs religieux, juristes, médecins.\u2014 Réserver les scènes de cabarets.PROTECTION DU BON RENOM DE L\u2019ÉGYPTE __ \u2014 Ne pas tolérer ce qui peut nuire à la renommée de l\u2019Égypte et des pays arabes, notamment: Les scènes où l\u2019on voit des ruelles sales, des charrettes à âne (ou même poussées à la main), des marchands ambulants, des rétameurs, etc.Les masures des fellahs et des indigents et leurs accessoires s\u2019ils constituent des scènes dégradantes indignes de l\u2019Égypte.\u2014 La situation sociale à l\u2019intérieur des foyers égyptiens doit être représentée d\u2019une manière conforme aux traditions orientales et dans le cadre des convenances.\u2014 Les traditions orientales doivent être respectées, ce qui entraîne la prohibition d\u2019enfants battant leurs parents, d\u2019adolescents et adolescentes fumant ou buvant.Notre représentant au Caire nous confirme que « les autorités égyptiennes appliquent dans leur ensemble les statuts du cinéma que vous m'avez communiqués.La plupart des films étrangers sont « épurés », certains d'entre eux sont interdits ».AVEC OU SANS COMMENTAIRES LE PAPE PARLE AUX TRAVAILLEURS D'ITALIE Le 29 juin, fête de saint Pierre, le Souverain Pontife reçut, dans la cour du Belvédère, une nombreuse délégation de VAssociation catholique des Travailleurs italiens (A.C.L.L).VOTRE PRÉSENCE, dit le Saint-Père, rappelle notre première rencontre.C\u2019est le 11 mars 1945 que Nous avons accueilli les représentants de votre association naissante.C\u2019était un jour de grande espérance, mais d\u2019espérance seulement.Aujourd\u2019hui Nous devons reconnaître que la bénédiction du Seigneur.vous a prodigieusement favorisés.Vous dites avec joie: « Nous avons progressé.Non seulement nous existons, mais nous sommes tels que personne, ami ou adversaire, ne peut nous ignorer.Nous représentons quelque chose; tous doivent compter avec nous.» C\u2019est vrai.Notre joie n\u2019est pas moindre que la vôtre.Mais ne vous laissez pas trop exalter ou illusionner par le nombre croissant des noms qui couvrent vos listes.Demandez-vous plutôt ce que vaut chaque nom.Représente-t-il vraiment un nouveau soldat du Christ dans le monde du travail?.Les membres de l\u2019A.C.L.I.doivent, conformément à leurs principes, exercer l\u2019apostolat parmi les ouvriers, d\u2019abord parmi ceux de leur association, mais aussi parmi les autres.C\u2019est « l\u2019apostolat des ouvriers par les ouvriers » (Cf.Encycl.Quadragesimo anno).Où en êtes-vous donc de la sanctification de votre vie par l\u2019acceptation chrétienne du travail ?Quelle est la contagion de votre exemple parmi tant d\u2019ouvriers, même parmi les jeunes, qui se traînent chaque jour à l\u2019ouvrage comme des forçats, sans joie, sans aucune aspiration relevante?Comment va votre apostolat par l\u2019exemple d\u2019un usage chrétien des loisirs, de la sanctification du dimanche et des fêtes, de la vie familiale ?N\u2019allez pas dire que cette action, importante sans doute, n\u2019est pas ce qui presse pour le moment.Est-ce vrai ?Qu\u2019attendez-vous donc?.L\u2019heure est venue où les ouvriers doivent compter sur leurs propres efforts, sur leur propre défense, sur leur assistance mutuelle.Dans ce même discours du 29 juin, Pie XII donne aux ouvriers italiens des conseils paternels pour améliorer leur vie économique : Examinons les choses en gens pratiques et avec une entière sincérité.De tout côté on aperçoit du malaise et du mécontentement.L\u2019ouvrier n\u2019est pas satisfait de son sort et de celui de sa famille.Il affirme que son salaireji\u2019est pas proportionné à ses besoins.Personne plus que l\u2019Église n\u2019a soutenu et ne supporte les justes réclamations des travailleurs.Mais la disproportion et l\u2019insuffisance dont on parle sont-elles toujours et uniquement dues à la modicité de la rémunération?L\u2019augmentation des besoins n\u2019y est-elle pour rien?Assurément il y a des besoins auxquels il faut absolument satisfaire: l\u2019alimentation, le vêtement, le logement, l\u2019éducation des enfants, un sain relâche pour l\u2019âme et le corps.Mais Nous faisons allusion à ces autres exigences qui montrent combien le désir excessif, antichrétien de la jouissance et le gaspillage contemporain tendent à pénétrer dans le monde ouvrier.On n\u2019a plus le sens ni l\u2019idée de l\u2019épargne.Assurément grande est l\u2019importance du niveau des salaires que les pères de famille, et peut-être aussi leurs fils plus âgés, rapportent à la maison chaque mois ou chaque semaine; plus important encore le soin que chacun doit avoir de l\u2019employer sagement au soutien de la famille; mais il importe par-dessus tout que la maîtresse de maison sache bien administrer les affaires domestiques.Personne ne peut nier qu\u2019un champ nouveau s\u2019ouvre ainsi devant les femmes de l\u2019A.C.L.I.pour le relèvement de la classe ouvrière.En réalité, le traitement, le salaire, ne constituent pas la seule richesse du foyer domestique.Les connaissances acquises à l\u2019école, la compétence professionnelle, la santé physique, le bien-être de la mère et des enfants, une habitation saine et plaisante, concourent tout autant à embellir, à réjouir la maison, à favoriser l\u2019union et l\u2019affection mutuelle entre les membres de la famille.COMMENT SE SONT NETTOYÉS LES KIOSQUES Nous résumons une conférence de S.Exc.Mgr John F.Noll, sur les débuts de la N.O.D.L.(National Organization for Decent Literature) en 1938, à South Bend (Indiana) : ILYA AUX ÉTATS-UNIS deux puissants distributeurs de revues et journaux, Y American News, qui possède 90,000 dépôts, et Y Independent News.Un pharmacien bon catholique s\u2019objecta à l\u2019étalage sur ses tablettes de certaines revues et demanda au distributeur de les reprendre.Ce dernier lui dit qu\u2019il fallait qu\u2019il les acceptât toutes.Sinon, vous n'aurez même pas le droit de recevoir les journaux locaux que je distribue.Les choses en restèrent là quelque temps, puis notre pharmacien devint secrétaire de l\u2019Association des pharmaciens de 1\u2019Indiana.Il demanda l\u2019appui de son association pour s\u2019opposer aux « ventes en bloc ».L\u2019association le seconda et en moins d\u2019un an les organisations pharmaceutiques dans dix-sept états, non seulement dénoncèrent la « vente en bloc » des revues, mais aussi pressèrent les pharmaciens d\u2019ailleurs, \u2014 qui sont des gens ayant le souci de la décence, \u2014 de refuser de répandre et même d\u2019accepter toute revue d\u2019un caractère douteux.Notre pharmacien exposa la situation à son évêque qui la commenta devant la hiérarchie catholique à une assemblée régulière tenue à Washington.Il fut décidé de traiter le problème nationalement.Le comité chargé de le résoudre s\u2019appuya surtout sur les parents et aussitôt réussit à merveille.Il y eut vite une organisation dans tous les diocèses et dans presque toutes les paroisses.Les maires des villes et les procureurs généraux des états donnèrent un appui actif au mouvement.Les éditeurs, remarquant que leur circulation baissait rapidement, s\u2019émurent et demandèrent une entrevue au président de la N.O.D.L.afin de rendre leurs publications conformes aux exigences de la décence.Le maître de poste des États-Unis prit connaissance des listes et des motifs de la N.O.D.L.et en un an retira leur privilège de la seconde classe à quarante périodiques.L'excellent travail accompli par nos voisins a eu des échos efficaces en notre pays.Le nettoyage est loin d\u2019être complet, il suffit pour s\u2019en convaincre de jeter un coup d\u2019œil aux étalages de nos coins de rues.Nos distributeurs américains et juifs utiliseraient-ils chez nous le système de la « vente en bloc » ?AOÛT 1948 LES JUIFS ET LES FRÈRES THARAUD L'Angleterre vient de quitter la Palestine, où il fait vraiment trop chaud.La petite guerre juive, trop colportée dans les nouvelles, a de quoi étonner ceux qui prennent les Hébreux modernes pour de simples matérialistes, sans mysticisme.Reproduisons des passages de la Petite Histoire des Juifs des académiciens Jérôme et Jean Tharaud, ces écrivains si impartiaux qu\u2019on les a pris, soit pour des Juifs, soit pour des antisémites.LA DÉFENSE des petites nations opprimées était inscrite au programme des Alliés (en 1918).Les disciples du docteur Herzl s\u2019en réclamèrent.N\u2019était-elle pas opprimée, la nation juive?opprimée depuis deux mille ans?Elle était même la doyenne des nations opprimées.Ces doléances rencontrèrent de l\u2019écho, surtout en Angleterre, dans une nation qui a ceci de commun avec les Juifs, que sa formation spirituelle s\u2019appuie sur la Bible.Ajoutez que l\u2019Angleterre, dans l\u2019institution d\u2019un foyer juif en Palestine, sous sa haute protection, voyait le double avantage d\u2019écarter la France d\u2019un pays où, depuis Charlemagne, nous avions la garde des Lieux-Saints, et de créer là-bas une sorte de forteresse qui protégerait le canal de Suez et la route des Indes.Avant même que la guerre fût achevée, la déclaration Balfour proclamait que la Palestine devenait le home national des Juifs, sous la protection britannique.Un home, c\u2019est-à-dire un lieu de refuge,un asile, un abri, avec tous les droits civils; et non pas un État avec les privilèges du gouvernement politique.Ce n\u2019était pas ce qu\u2019on avait espéré.Revenu sur la terre des ancêtres, Israël y serait encore un étranger.Lui qui fournissait partout financiers, journalistes et politiciens, dont l\u2019action ouverte ou cachée n\u2019était pas sans influence sur les affaires du monde, il serait encore traité dans son pays comme un peuple mineur, incapable de se gouverner lui-même.Les plus sages comprenaient que ces regrets étaient inopportuns.Que seraient devenus sans la force britannique les nouveaux arrivés, perdus au milieu de sept ou huit cent mille Arabes qui ne voyaient en eux que des intrus?Aussi, renonçant pour un temps à des revendications superflues, les Sionistes dirigèrent leur effort vers la conquête matérielle et spirituelle du pays.Il est évident que toutes les préoccupations d\u2019Israël ne sont pas orientées vers Jérusalem ou Moscou; que, si détaché qu\u2019il soit de son milieu ancestral et de la synagogue, un Juif reste toujours un Juif.Je tiendrais comme injurieux, pour lui et pour sa race, de lui donner un autre nom.Mais un changement s\u2019est produit dans la mentalité juive.On le sentait avant la guerre de 1914; il n\u2019a fait que s\u2019affirmer depuis.Abandonnant son attitude humiliée, le Juif assimilé, sans renoncer au bénéfice de la culture occidentale, revendique aujourd\u2019hui sa qualité de Juif.Le sionisme est l\u2019expression extrême du sentiment juif retrouvé par les intellectuels qui l\u2019avaient dédaigné.Ce sentiment se manifeste sous les formes les plus diverses: renaissance religieuse, activité littéraire et artistique d\u2019inspiration hébraïque, nouvelles façons d\u2019être dans les rapports sociaux.Et peut-être y a-t-il dans tout cela un excès qui pourrait devenir aussi déplaisant que l\u2019humilité de jadis.Les Juifs le sentent bien.« Nous sommes, nous, Juifs français, écrit notre ami André Spire, quelque peu agacés par cette profusion de manifestations publiques, romans, pièces, films, cafés, boulangeries, pâtisseries, charcuteries juifs.Si nous le sommes, combien à la longue le seront davantage ceux qui ne sont pas Juifs!.» Il faut reconnaître que la situation d\u2019Israël est difficile.Se renie-t-il?On le lui reproche.S\u2019affirme-t-il?On le lui reproche encore.234 RELATIONS 235 Au fil du mois Etranges pays ! Tito veut bien être communiste mais patriote yougoslave, pas russe.Il veut bien les coopératives de fermiers propriétaires, non les kolkhozes de fermiers dépossédés.Moscou ne l\u2019aime plus: il disparaîtra, un de ces jours.La Russie ne donne sûrement pas de chances à ses amis.Ses perpétuels non aux assemblées des Nations, sa police de fer sous le rideau de fer, ses affreux camps d\u2019esclaves au travail, et même sa vie ordinaire chez elle, finissent par être durs à digérer, à faire passer.La vérité sort un peu trop de la plume de Russes qui ont pu s\u2019évader.Les partisans d\u2019une vraie liberté n\u2019aiment pas ce caporalisme, ce fascisme empiré.N\u2019est-il pas absurde qu\u2019on trouve en libre Amérique des partisans du régime espionneur et pénitentiaire ?Dans Plain Talk, février 1948, M.Vladimir Petrov, aux États-Unis depuis dix mois, découvre l\u2019Amérique et ne peut s\u2019en taire de « ces curieux d\u2019Américains » ! Le premier qu\u2019il a vu là-bas était prisonnier de guerre en train d\u2019écrire à ses parents, au risque bien sûr d\u2019être condamné pour trahison \u2014 d\u2019avoir été capturé! \u2014 puis, pensait-il, de faire persécuter sa famille par Washington.En Russie, n\u2019est-ce pas.M.Petrov a vu l\u2019armée d\u2019occupation, qui se conduisait bien, sans piller les maisons, ni emprunter les montres des passants, ni violenter, ni violer.La zone américaine d\u2019occupation renvoyait les réfugiés, désireux d\u2019y vivre, aux Russes, qui les rattrapaient, qui les expédiaient en Sibérie ou à la mort.Les Américains, là-bas, critiquent ouvertement leurs gouvernants, puis reviennent chez eux sans qu\u2019on les pende ou qu\u2019on les fusille! M.Petrov s\u2019étonne de ce que les ouvriers américains, si bien traités, roulant l\u2019auto, fassent des grèves, plaident en cour le droit de grève, contre le président lui-même, qu\u2019ils bloquent des industries essentielles au bien-être du peuple et surtout résistent en face à M.Truman.Comme repoussoir il mentionne une petite grève russe: « Les ouvriers réclamaient bonnement de recevoir la valeur totale de leurs coupons de pain et leur salaire chaque mois, selon la loi, non après deux ou trois mois.Vingt-quatre heures après, un régiment encercla la petite ville et, sa besogne finie, seulement des vieilles et des enfants restaient.Le plus étonnant, c\u2019est que, dans vos grèves, quelqu\u2019un chante toujours la Russie sans grève.Un Américain reçoit sa paie, va s\u2019acheter un habit et critique les prix élevés.J\u2019ai économisé trois ans pour m\u2019en acheter un, que je n\u2019ai pu me payer; mais je n\u2019ai pas soufflé mot de la marge entre les salaires et le prix de la vie!.La Russie a promis d\u2019aider à la libération de l\u2019Europe centrale, mais elle y tue les chefs patriotes, puis occupe et terrorise les pays: Yougoslavie, Pologne, Hongrie, Bulgarie et Roumanie.Washington proteste poliment, et fait rire de soi.Étrange pays! » Moscou recommande toujours de susciter et d\u2019utiliser les grèves pour l\u2019avancement du parti.Nous qui voulons l\u2019avancement des ouvriers dans une heureuse justice, réclamons les bonnes législations, inspections et sanctions, une marge honnête de profit sans abus de la confiance et de la pauvreté, en attendant la participation aux bénéfices et à la direction bien équilibrée de l\u2019entreprise: argent, cerveaux et bras.®'n.9r^tar*° \u2014 Une revue de Londres nous arrive d\u2019A-et 1C1\tfrique, réexpédiée par un Canadien qui veut nous « inspirer sur la colonisation.Le Canada manque de jeunes: on fait appel à l\u2019étranger ».\u2014 L\u2019article Canada says Welcome devrait bien s\u2019appliquer aussi aux Français, aux Belges et aux Italiens, qui ont encore plus besoin d\u2019émigrer que les 250,000 Britons que M.Churchill veut retenir.Déjà, en janvier, 5,400 avaient émigré en avion, et 33,000 demandes s\u2019impatientaient dans les classeurs de l\u2019Ontario Hall, à Londres.Les renseignements se donnent selon la technique en série, dans une autre maison, organisée pour être « le centre nerveux de l\u2019opération ».Les affiches sont invitantes, et la bureaucratie ne traîne pas.Trois semaines, et Jim Poole atterrit à Toronto, reçu par la Croix-Rouge, couché à un hôtel, guidé au bureau de placement, où il trouve sa fiche déjà rendue et une liste d\u2019offres d\u2019emplois.Dix minutes, et il part pour une ferme de Stratford, à cent milles de là.90 p.c.des arrivants se placent en moins de trois jours.Leurs familles les rejoindront dès qu\u2019ils pourront les loger.Voilà du système.Qu\u2019est-ce qu\u2019on organise en France pour renseigner, aider, guider les bons Français, ouvriers agricoles, jardiniers ou fleuristes, qui feraient bien notre affaire et la leur?Ils ne sont pas tous païens ou prétentieux! On nous rapporte que les débrouillards qui font les démarches ne reçoivent que pessimisme et refus.Plusieurs voudraient trouver ici la paix contre les agitations communistes, la liberté religieuse à l\u2019école et de meilleures chances d\u2019avenir, sur des fermes plus grandes.Sans parler des nombreux industriels qui transplanteraient ici des industries nouvelles, en sûreté contre la guerre ou contre les sabotages révolutionnaires.Si nous ne les invitons pas, ils iront porter à d\u2019autres une richesse de connaissances et d\u2019humanité qui nous aiderait.Affaires indiennes Les États-Unis proposent d\u2019incorporer à la société, comme des adultes, leurs Indiens évolués, dont la plupart vivent comme les blancs, suivent les journaux, donnent des soldats et roulent l\u2019auto, et dont le reste est capable de se suffire à soi-même.D\u2019après le projet: 1° On fermerait le bureau des Affaires indiennes en 1958.D\u2019ici là, on émanciperait les aborigènes en commençant par les plus progressifs.2° On abandonnerait le contrôle fédéral des réserves indiennes, relique féodale où le surintendant est imposé par l\u2019État, sans vote des Indiens.Les réserves retourneraient à chaque État (ici province), qui les administrerait.3° On accorderait aux Indiens tous les droits de citoyenneté.Ils auraient les droits et les devoirs reconnus à tous excepté eux.4° On remettrait l\u2019éducation aux divers États (ou provinces).Les écoles seraient mieux adaptées et plus aimées.5° On aiderait les Indiens à devenir indépendants, à se subvenir à eux-mêmes (self-supporting).Des entraîneurs bien choisis feraient d\u2019eux des Indiens parfaitement éduqués.Ce programme d\u2019émancipation a-t-il influencé Ottawa?Voici qu\u2019un comité parlementaire y propose que nos Indiens deviennent canadiens comme les autres.Us auraient droit de voter, d\u2019envoyer leurs enfants aux écoles des blancs, de boire en dehors de la réserve, de s\u2019ériger en municipalité, de recueillir et d\u2019administrer leurs taxes.Le support des Indiens, fromage à la crème pour les fonctionnaires, paternalisme inutile et avilissant pour les Indiens, coûtait 5 millions de dollars en 1936; il coûte aujourd\u2019hui 22 millions, pour 126,000 Indiens, dont les deux tiers vivent sédentaires et dont le reste, nomade et primitif, goûtera peu l\u2019idée de devenir canadien.Mais l\u2019émancipation prendra son temps, d\u2019après l\u2019allure des 2,250 réserves, petites ou grandes, endormies ou éveillées.L\u2019idée est excellente, à condition qu\u2019on n\u2019envahisse pas le domaine religieux et qu\u2019on n\u2019affame ni ne détruise les institutions missionnaires d\u2019écoles, d\u2019orphelinats et d\u2019hôpitaux.Anciens élèves C\u2019est l\u2019époque des conventums, de ces réunions tellement agréables, rafraîchissantes, où les souvenirs jaillissent de partout comme papillons roses: des corridors, des classes, des vieilles photographies, des chambres de professeurs.C\u2019est délicieux et rajeunissant que de se replier sur les amitiés d\u2019enfance.Pourquoi faut-il 236 RELATIONS que la boisson vienne gâter le plaisir?Elle n\u2019est pas invitée; elle n\u2019était pas de la classe! Les trois quarts s\u2019en passeraient bien et regrettent d\u2019avoir à céder au dernier quart, le moins réussi.On nous signale telle réunion où l\u2019organisateur avait acheté pour $100 d\u2019alcool, sans parler des eaux gazeuses, pour une vingtaine de confrères.Sans être des Lacordaire, on peut trouver cela exagéré, absolument déplacé.En fait, si des hommes de haute culture, de notre aristocratie sociale, ne peuvent se retrouver ensemble une couple de jours, à causer du passé, du présent et de l\u2019avenir; s\u2019ils ne peuvent se réjouir avec tout leur cœur et leur esprit sans s\u2019abrutir à coups de boisson, comme des gars de chantiers à l\u2019ancienne mode, c\u2019est à désespérer des Canadiens, et c\u2019est un scandale.Ne rêvons plus de jouer en Amérique le rôle civilisateur d\u2019Athènes, ou bien soyons athéniens, cultivés, distingués: les Attiques riaient des Béotiens et des ilotes.Jeux de cachette Le Herald du 3 mai démontrait l\u2019habileté pratique des Juifs et leur admirable esprit de corps dans l\u2019importation et l\u2019installation au Canada de leurs frères d\u2019Europe.Leur société d\u2019Aide aux Émigrants juifs, présidée par un monsieur Segall et dirigée par un monsieur Solkin, s\u2019est réunie pour la 28e fois en 28 ans à la salle de Y United Talmud Torah pour voir à amplifier le travail efficace de pénétration.Outre les 1,000 orphelins qu\u2019ils vont importer, ils ont déjà obtenu 1,414 permis sur 1,544 demandes pour faire entrer ici des parents et amis.En plus, ils ont groupé 28,284 demandes nouvelles, que l\u2019organisation saura faire passer à Ottawa.Très bien pour eux! Pourquoi pas pour nous?Pour des milliers de chrétiens aussi malheureux là-bas?D\u2019excellents Français nous supplient de les faire venir; mais c\u2019est toute une affaire.Ottawa semble opposé à la venue des Latins et des catholiques.M.Chaloult l\u2019en accuse et reste sans réponse.La Chambre de Commerce a résolu d\u2019y voir; on ne voit encore rien venir, pas même les 1,000 orphelins annoncés, déjà à moitié adoptés.Si notre Québec pouvait décider d\u2019ouvrir ses portes et sa terre aux paysans ou jardiniers français, qui craignent de tout perdre là-bas dans le communisme ou une autre guerre, il ferait une grande œuvre, profitable aux deux côtés.A propos d\u2019immigration, il paraît que beaucoup de nos Canadiens perdent leurs positions ici ou là, pour être remplacés par l\u2019un ou l\u2019autre des 82,000 immigrés tout frais.Ce sont les célibataires surtout qui tombent au chômage, peut-être en vue du service militaire, que certains désirent voir reprendre?Pendant que navires et avions nous amènent des Britanniques, 23,467 Canadiens ont coulé aux États-Unis, pour y demeurer.Et ça empire.En 46 ans, nous avons reçu 5,014,000 immigrants et perdu presque autant d\u2019émigrants.Comme placement de capital argent et de capital humain, c\u2019est raté.Cours d'été Après dix ans « d\u2019utilité, voire de nécessité nationale », pour 70 p.c.des instituteurs acadiens, les cours d\u2019été français du Nouveau-Brunswick jouissent enfin de la reconnaissance officielle, et leurs diplômes pourront valoir des avantages sonnants.Jusqu\u2019ici, les faveurs gouvernementales étaient réservées aux maîtres et maîtresses qui allaient aux cours anglais de Saint-Jean.Cette année, grâce au travail entêté du R.F.Léopold, c.s.c., et de l\u2019Association d\u2019éducation, le ministre accorde une majoration de degrés et les avantages qui s\u2019ensuivront.L\u2019assistance aux cours fait un bond.Déjà, les 200 élèves de la seule université Saint-Joseph de Memramcouk battaient les records de Saint-Jean; cette année, 310 inscriptions dès le premier jour, soit 50 p.c.de plus qu\u2019à Saint-Jean.Et le même travail s\u2019accomplit à Bathurst, chez les Pères Eudistes.« Pour l\u2019Acadie entière, c\u2019est un gage d\u2019avenir.» Nos couvents et collèges en vacances auraient auss quelque chose à faire, soit pour les nôtres, soit pour les étrangers sympathiques, désireux de faire connaissance avec le français et avec nous.Quantité de jeunes Américains paient jusqu\u2019à $200 par mois d\u2019été pour suivre différents cours dans des institutions semblables.Ici le collège Loyola fait sensation chaque année.L\u2019Université de Montréal, les universités McGill et Laval ne suffisent pas aux demandes.Les Trois-Pistoles devraient susciter des imitateurs dans les villages de la grand\u2019route.Nos beaux pensionnats, au lieu de chômer deux mois, devraient être placés à intérêt, même l\u2019été, à un intérêt de propagande, d\u2019amitiés, de rayonnement français et catholique.S\u2019excuser sur le besoin de repos ou sur les questions de ménages, c\u2019est oublier qu\u2019un personnel spécial se chargerait de l\u2019affaire et que les planchers bien cirés ne sont pas un but quand il s\u2019agit d\u2019apostolat.Fonetionnarisme\tUne série d\u2019articles du Droit fait res- federal\tsortir le manque de fonctionnaires canadiens-français à Ottawa: sur 123 départements, une bonne trentaine n\u2019en comptent pas un seul, et une autre trentaine n\u2019en comptent qu\u2019un pourcentage insignifiant.La raison \u2014 ou le prétexte \u2014 est toujours: pas de compétence! Alors que le chef de bureau canadien-français craint d\u2019être accusé de favoritisme s\u2019il pousse un compatriote, le chef anglo-canadien a moins de scrupule: il prépare son homme pour la promotion voulue, et l\u2019on attendra qu\u2019il soit mûr à point.Le sous-ministre bénit tout ça, \u2014 mais nous n\u2019avons pas de sous-ministres.On trouve bien lentes à venir les améliorations que faisait espérer l\u2019enquête Jean.La corde à virer le vent est toujours aux mains des autres, qui montrent pattes blanches.Il est faux que la compétence joue contre nous.On nous signale des injustices fraîches à certain bureau d\u2019immigration de la frontière québécoise.Des unilingues y reçoivent une augmentation de $180 avec effet rétroactif, ce qui fait $360, et ils sont promus au grade 2, qui leur ouvre un avenir sur des positions plus lucratives.Tandis que nos parfaits bilingues, aussi vieux dans le service et seuls capables de bien faire le travail de bureau, n\u2019obtiennent que $60 d\u2019augmentation \u2014 et pas de grade 2.« Il paraît que le responsable des promotions est un monsieur McKrum, d\u2019Ottawa.» On en est là chez nous, les grands supporteurs du gouvernement, la majorité de la majorité.Espionnage _\tVoilà des mois, aux États-Unis, une et fonctionnarisme enquête chez les fonctionnaires de Washington y a déjà révélé des centaines de communistes, scandaleusement installés dans des positions-clés; une dépêche d\u2019Ottawa annonçait un service secret de police qui s\u2019occuperait « non de l\u2019espionnage, mais de recueillir des renseignements sur nos ennemis possibles ».Est-ce une précaution oratoire ?En tout cas, les révélations Gouzenko et les procès Rose ont ouvert bien des yeux scandalisés sur notre démesuré fonctionnarisme, sournoisement recruté.On veut savoir comment des traîtres ont pu y accéder, recommandés par qui?Comment des immigrés d\u2019hier ont pu devenir si tôt fonctionnaires, pour ensuite accorder leur allégeance à un autre pays que le Canada ?Comment ils se sont glissés au très important Office national du Film, et déjà trop à la radio ?La Chambre de Commerce, remarquable en belles initiatives, a lancé une campagne qui se continuera, espérons bien, pour l\u2019assainissement du fonctionnarisme, où il y a de la trahison, une trahison payée en bon argent canadien.Les taxes et les impôts pourraient servir à mieux: l\u2019on a tant besoin de maisons, de routes et de travail constructif.Outre le scandale de l\u2019espionnage et de Chisholm, une vieille injustice règne là et au Canadien National contre les nôtres, les plus solides Canadiens qui soient, les mieux qualifiés dans les AOUT 1948 237 deux langues officielles, et les moins acceptés, les moins bien payés, \u2014 et les plus taxés pour leurs écoles bilingues.L\u2019argument de l\u2019incompétence est usé et dépassé.Certains services trouvent toujours moyen de les écarter systématiquement, avec félicitations et regrets.Puisque nous sommes ici trois sur dix, nous réclamons trois sur dix des positions: supérieures, moyennes et inférieures.On est surpris de trouver tant de métèques nés ailleurs, à la fois dans des positions-clés et dans l\u2019espionnage.Vraiment, ils exagèrent leur disproportion des deux.De grâce, revenons au bon sens: le Canada aux Canadiens, non aux immigrés! Du moins, pas si vite! Supposons que cent mille Canadiens émigrent en France, en Angleterre ou en Russie: les bombar- derait-on fonctionnaires du gouvernement français, anglais et russe?.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019antisémitisme et de persécution religieuse, mais d\u2019un état normal.Nous n\u2019en voulons pas aux honnêtes Juifs, pas plus qu\u2019aux Italiens, Polonais, etc.; nous défendons notre pays.On nous dira que, si les Canadiens français réclament leurs droits, ils ne doivent pas brimer les autres.Pardon! nous n\u2019attaquons pas les autres quand nous réclamons notre part des emplois fédéraux et la sécurité, la santé du pays.Nous appuyons la campagne inaugurée par la Chambre de Commerce et nous serions heureux d\u2019une enquête à fond sur le fonctionnarisme d\u2019Ottawa.CORRESPONDANDE Le développement du Nord DES ARRANGEMENTS sont pris entre la compagnie Hollinger et les gouvernements provincial et fédéral pour un chemin de fer de 350 milles, partant de Clarke-City vers le nord.Selon ce projet, le minerai de l\u2019Ungava, expédié au port, serait chargé à destination surtout des États-Unis.D\u2019après mon humble jugement, c\u2019est une grande erreur.La région concédée n\u2019est que le commencement d\u2019une immense zone minéralisée, entre la baie James et le Saint-Laurent \u2014 environ 550 milles de longueur \u2014 que j\u2019ai visitée personnellement.Je suis convaincu que divers minerais et minéraux de valeur importante s\u2019y trouvent, tels que mica, amiante, plomb, étain, cuivre, argent, fer et or.Pour la région qui s\u2019étend de Chibougamau à Kiask-Falls, la richesse minérale est certaine, si elle est développée d\u2019une manière systématique.En plus, tout le long du terrain, des vallées et des plaines semées de lacs et de rivières, les forêts valent facilement plus d\u2019un billion de dollars: elles sont prêtes à l\u2019exploitation, car au moins 75 p.c.sont mûres.Si nous avions un chemin de fer joignant Kiask à Chibougamau, puis au Lac-Saint-Jean, et de Chibougamau à la concession Hollinger, nous ouvririons des possiblités sans égales au développement des richesses forestières et minières, sur une échelle jamais connue encore dans la province et le Canada.Ce serait une grande erreur que de laisser sortir du pays une si vaste richesse, alors que nous possédons toutes les facilités: machinerie, espace et bâtisses, main-d\u2019œuvre et talents, pour un développement si gigantesque.Chicoutimi et Arvida possèdent une réserve d\u2019électricité suffisante pour actionner des fonderies géantes.Le minerai pourrait y être fondu, coulé et fini, de sorte que l\u2019acier y soit fabriqué, laminé, utilisé.Si nous sommes en mesure de produire ici notre acier, cela nous donnera l\u2019occasion, avec tous les avantages qui s\u2019y rapportent, d\u2019assurer l\u2019établissement d\u2019industries subsidiaires, qui s\u2019adapteraient si bien à notre économie et à notre genre de vie: automobiles, moteurs, outillages, etc.L\u2019acier n\u2019est pas le seul métal possible; les autres minerais et métaux mentionnés plus haut pourraient aussi se travailler, se finir ici, avec autant d\u2019avantages et de facilités.La Direction, en publiant ces communications, n\u2019en approuve pas nécessairement la teneur.Elle veut seulement présenter à ses lecteurs des points de vue intéressants, motivés, originaux.Seules les lettres signées sont considérées et elles devraient habituellement se limiter à quelque trois cents mots.La question qui vient à l\u2019esprit est sans doute: « Comment financer cela ?» Plusieurs croiront et feront croire qu\u2019un tel projet est trop prodigieux.Je l\u2019ai considéré bien sérieusement; j\u2019ai compilé statistiques et calculs, étudiant des plans et cherchant les avis d\u2019ingénieurs.J\u2019en suis venu à cette conclusion: la compagnie Hollinger Exploration est censée construire son chemin de fer de 350 milles en partant de Clarke-City; elle doit en payer le coût, beaucoup plus élevé là que du Lac-Saint-Jean et de Chibougamau, ou de Chibougamau à sa concession.Il serait facile de le construire en commençant du Lac-Saint-Jean à Chibougamau, puis de tourner au nord-est vers la concession Hollinger.Du point où les 350 milles finiraient, le gouvernement fédéral, en coopération avec le provincial, terminerait la ligne à travers tout le district minier, donnant alors au projet un caractère national, vu que l\u2019acier enrichira toute l\u2019industrie canadienne.Un tel accord entre les intéressés assurerait des millions, des billions de dollars au Canada entier dans un avenir assez rapproché.Le projet actuel est à peu près nul pour le développement du Québec et du Canada.Exporter le minerai, ou même le fer en gueuse, priverait nos industries des ressources nécessaires pour donner du travail à nos ouvriers, conserver notre pouvoir d\u2019achat et prévenir le chômage avec secours directs.Plus nos matières premières seront ouvrées au pays, plus nous aurons d\u2019industries, plus nous activerons le commerce agricole, et moins grand sera le danger de crise.Il est de première importance pour le Canadien National de ne pas laisser entrer un autre chemin de fer dans le Nord.Voici pourquoi: comme la zone minéralisée se continue au sud-ouest de Chibougamau, le besoin viendra d\u2019y continuer le rail, et je ne crois pas que le C.N.prenne le risque d\u2019accepter un concurrent.Le développement du Nord dépendra de l\u2019attitude immédiate du C.N.et des gouvernants.Je le répète, l\u2019économie de la province est en jeu, pour au moins cent ans.A preuve, le C.N.de Québec-Montréal à Winnipegj qui a coûté si cher, a donné le développement dont nous avions besoin; après quarante ans, il s\u2019est payé, il a permis de vivre à plus d\u2019un million d\u2019âmes; il a augmenté la valeur du pays et il montre un chiffre d\u2019affaires d\u2019au delà d\u2019un billion.Les valeurs humaines donnent au pays une valeur cent fois plus grande que le coût matériel, et dans un autre cinquante ans les valeurs auront triplé, tout en fournissant à des millions de personnes le moyen de vivre.Les ingénieurs vétérans du C.N.ont compris la nécessité d\u2019une ligne pour développer cet immense territoire; le même problème s\u2019impose aujourd\u2019hui, et d\u2019urgence, au nord-est du Québec.Il s\u2019agit de développer nos ressources d\u2019une manière pratique.238 RELATIONS L\u2019argent que débourserait l\u2019État se rembourserait en quarantec ans, et il préviendrait un chômage qui coûterait presque autant et qui affecterait encore le moral du peuple.C\u2019est pour l\u2019éviter que j\u2019écris ceci.J.-B.Lebel.Clova, P.Q.Franc-maçonnerie et neutralité Dans Relations de juin, le P.de Léry étudiait la « trêve » possible entre l'Église et la franc-maçonnerie, devant le communisme.Quantité de maçons de France regrettent d'avoir fait fausse route en combattant l'Église.La franc-maçonnerie athée changera-t-elle son fusil d'épaule?.Elle reste condamnée, anii-Êglise, à moins de conversion totale.Même la maçonnerie anglo-américaine, déiste autant qu'on voudra, conduit à l\u2019indifférentisme, à une religion déteinte, coupée de trois quarts d\u2019eau, religion qui passe après tout.Dieu dernier servi.Comme il s\u2019opère chez nous un recrutement continu aux clubs et sociétés neutres, où les catholiques vont se diminuer, au lieu de gagner les autres à l\u2019unique Église, voici une authentique lettre d\u2019expert, d\u2019un ex-maçon, qui dit vertement ce qu'il faut penser de l'inspiration et des buts de la fausse neutralité qui nous gruge.Le mot du Christ est toujours vrai : « Qui n\u2019est pas pour moi est contre moi.» SANS AVOIR la prétention d\u2019ajouter d\u2019autorité aux déclarations à propos des clubs neutres, permettez-moi de donner ici les raisons qui m\u2019ont fait classer le Rotary, le Kiwanis, etc., etc., comme sous-maçonneries sur le plan du « Serpent Mystique ».Lors de l\u2019acceptation officieuse de ma demande d\u2019admission dans la Franc-Maçonnerie (voilà bien des années), je demandai à mon « parrain maçonnique » : « Quel est le principal devoir du Franc-Maçon?\u2014 Te la fermer! répondit-il.\u2014 Oui, je comprends; mais c\u2019est là un devoir négatif, qui cadre mal avec tout ce que tu m\u2019as dit sur la nécessité, sur l\u2019urgence même d\u2019une action maçonnique de nature à nous assurer l\u2019expansion, la continuité.Il doit y avoir des devoirs positifs?.\u2014 Sure ! (Et je cite mot à mot.) Join clubs and associations outside of the Lodge; form such clubs if necessary, so as to spread the good word.(Certes! devenir membres de clubs et d\u2019associations extérieurs à la Loge, créer de tels clubs si nécessaire pour répandre la Bonne Parole.) \u2014 Quelles sortes de clubs?.Il me répondit sans hésiter: \u2014 Like Rotary for instance : that\u2019s ours ! (Comme le Rotary, par exemple: ça, c\u2019est à nous!) » C\u2019était la première fois de ma vie que j\u2019entendais mentionner le mot Rotary, dont je constatai l\u2019existence à Montréal un an et demi après que le « fait juif » m\u2019eut convaincu de renoncer à la F.-M.Connaissant l\u2019origine du Rotary, je me suis mis à le suivre pour établir les faits suivants.1.\tPendant plus de vingt ans, et le club Rotary et le club Kiwanis subissaient une même consigne d\u2019origine occulte stipulant « qu\u2019on ne peut être rotarien et kiwanien en même temps ».Tous mes amis auxquels je demandais le pourquoi de cette consigne répondaient: « Ça ne se fait pas! » Or, si le mot d\u2019ordre à chaque club était d\u2019origine différente, il n\u2019y avait rien pour imposer l\u2019exécution d\u2019une telle consigne, rien pour rendre efficace un tel ordre.Tandis que, si le mot d\u2019ordre venait d\u2019une seule et même source, dans les deux cas l\u2019exécution d\u2019un tel ordre ou le contrôle unique devenaient efficaces.De fait, il l\u2019a été, efficace, jusqu\u2019au jour (il y a bien quinze ans) où simultanément, dans les deux lubs, cet ordre fut aboli au point qu\u2019on peut aujourd\u2019hui être à la fois kiwanien et rotarien.Où pouvait être la source occulte de cet ordre et de ce contre-ordre, sinon dans l\u2019organisme qui contrôlait ces clubs ?Sûrement dans les Loges, qui contrôlent au moins un de ces clubs, d\u2019après l\u2019aveu de mon parrain maçonnique! 2.\tJe répétai au moins vingt fois, et délibérément, l\u2019expérience suivante: de nom anglais et passant plutôt pour « inoffensif » chez mes nombreux amis anglo-protestants, lorsque je présentais un Canadien français rotarien ou kiwanien à de tels amis F.-M.ou orangistes, anticatholiques et mange-Canadiens, je disais d\u2019abord simplement: « Tiens, Bill, laisse-moi te présenter mon ami Jos.X », toujours pour voir Bill jeter sur Jos.le regard qu\u2019il réservait aux objets que le chat traîne de la rue dans le salon.Alors j\u2019ajoutais: « L\u2019ami Jos.est un rotarien (ou un kiwanien) », et toujours la glace se rompait sous mes yeux.L\u2019attitude du mange-Canadien se transformait en une poignée de main, en un sourire de bienvenue, trop évidente et trop fréquemment répétée pour ne pas me convaincre que le F.-M.et l\u2019oran-giste considèrent le rotarien et le kiwanien comme un associé, sinon un frère.D\u2019autres peuvent répéter l\u2019expérience pour s\u2019en convaincre.3.\tPuis \u2014 bien que cette thèse ne soit pas de ma compétence \u2014 ne nous faisons pas d\u2019illusions: chez nous comme en France, la F.-M.n\u2019a pas limité son action à l\u2019atmosphère des Loges.Là-bas, d\u2019après Copin-Albancelli, elle a englobé dans sa sous-Maçonnerie les instituteurs et les officiers, qui sont (ou étaient alors) les influences prédominantes de la classe bourgeoise.Chez nous, \u2014 la multiplication des clubs et le recrutement des adeptes le prouvent, \u2014 on est en train d\u2019englober les hommes des professions libérales et les hommes d\u2019affaires (surtout), c\u2019est-à-dire les influences prédominantes de notre classe moyenne ou bourgeoise.Récemment je reprenais contact avec un milieu d\u2019hommes d\u2019affaires perdu de vue depuis longtemps.Il y avait là des représentants de compagnies d\u2019assurances, de grandes meuneries, de manufactures d\u2019automobiles, etc., pour la plupart membres d\u2019un des clubs suivants: Rotary, Kiwanis ou Lions', et la conversation portait sur ces clubs.A ma question: « Tous vos boss sont-ils des francs-maçons ?» les réponses allèrent de « Je le pense bien » à « Sûrement! mais ce n\u2019est pas là notre affaire.On est bien vu des boss rien que si on est rotarien, kiwanien, etc.On n\u2019arrive pas sans cela, et il faut bien gagner sa vie! » C\u2019est l\u2019ancienne ritournelle, mais chantée cette fois par d\u2019excellents chrétiens, non par des arrivistes.Réagir contre cela veut dire une dure côte à monter.Pourtant, il va falloir tôt ou tard entreprendre cette ascension, car l\u2019avancement est à peu près impossible dans les grandes compagnies (et au fonctionnarisme d\u2019Ottawa) si l\u2019on n\u2019est pas Rotary, Kiwanis, Lions\u2019, etc.!!! 4.\t« Ce sont des clubs neutres, répète-t-on, ni d\u2019un côté ni de l\u2019autre, et par conséquent plus susceptibles de dire la vérité.» Je n\u2019ai pas encore trouvé, après plus de trente-cinq ans d\u2019observation, la moindre déclaration de leur part en faveur de la vérité catholique, alors qu\u2019à deux reprises notoires, tour à tour, le Rotary et le Kiwanis ont fourni la plateforme d\u2019où des agents internationaux, hautement annoncés à l\u2019avance, ont dégoisé contre l\u2019Église: d\u2019abord dans le cas du Mexique, puis dans le cas de l\u2019Espagne.Et les journaux anglais nous ont servi ces conférences-là sous le titre de La vérité à propos du Mexique ! La vérité à propos de l'Espagne ! Nicodème.Québec.AOÛT 1948 239 LES ALLOCATIONS FAMILIALES UN CHÈQUE BIEN EMPLOYÉ Jeanne GRISE-ALLARD SANS JOUER à l\u2019enquêteuse, j\u2019ai profité de toutes les occasions de me renseigner sur un sujet longtemps discuté, qui reste à l\u2019ordre du jour.Dans les tramways, les salons les cuisines, on échange des idées.Ce sont les ménagères, surtout de la classe ouvrière, parce qu\u2019elles en bénéficient davantage, qui donnent le plus volontiers leurs opinions, même au comptoir.« J\u2019achète un chandail bleu blanc rouge à mon Jean, qui en est malade.Les autres ont fini de le taquiner.Pensez donc, avec son chèque d\u2019allocations familiales! » Ce n\u2019est pas si mal d\u2019appliquer une petite somme au confort des enfants.Et comme le disait un conférencier averti au Service d\u2019éducation familiale: « Quand votre petit garçon porte le chandail de son club, il ménage l\u2019autre qui durera le double.Pour l\u2019éducation des enfants, c\u2019est habile de leur accorder parfois le vêtement ou le jeu qui favorise l\u2019esprit de groupe.» La maman d\u2019une petite fille répliquait à la mère du petit garçon, en brandissant une poupée: « Ma Jeannine aura sa poupée! Elle en rêve depuis longtemps.Finis les poupons de guenille que je lui cousais, faute de pouvoir acheter mieux, avant qu\u2019on ait les allocations.Les grosses familles, c\u2019est pas drôle, vous savez.» Je trouvais ça touchant de tendresse et de satisfaction.Qui oserait blâmer ces mamans de combler quelques désirs chers des tout-petits ?Il existe, hélas! de bien tristes cas de tricherie, et certains enfants nécessiteux se font encore voler cette petite somme placée sur leurs têtes.Les courriers féminins amènent à la confidente inconnue et mystérieuse, que l\u2019on croit capable d\u2019apporter les consolations efficaces à tous les chagrins, de tristes lettres de fillettes souffreteuses qui se plaignent de demander en vain, sur leurs chèques d\u2019allocations, des remèdes ou une visite au médecin.Ailleurs, c\u2019est un petit garçon qui voudrait tant suivre des cours de dessin, parce qu\u2019il croit pouvoir gagner sa vie avec ce talent qui lui brûle le cœur.Là c\u2019est une petite fille qui voudrait bien avoir une simple robe neuve, achetée pour elle, la première,.au lieu des robes usagées de sœurs aînées! Peut-être les enfants ont-ils plus de désirs, les sentant appuyés sur cette manne dont ils font l\u2019expérience: de petits revenus bien à eux, servis à échéances régulières.Mais les enfants ont le droit de vivre, et, sans désirs, l\u2019existence n\u2019est qu\u2019un mot.Il y a les désirs spirituels et les désirs humains.Ils facilitent tellement les problèmes de l\u2019éducation.La plainte souvent justifiée de ces petits malheureux chavire le cœur.Parfois, des mères éplorées accusent les maris de s\u2019emparer de cet argent, soit qu\u2019elles le leur confient pour des achats nécessaires, ou qu\u2019ils l\u2019obtiennent en leur faisant signer de force le chèque mensuel, pour le dépenser à leur profit, à leurs vices.Les enquêtes sérieuses finiront par dépister ces cas de scélératesse des parents qui volent ou qui jouent un argent qui ne leur appartient pas.L\u2019on doit rapporter aux bureaux de districts tout manquement dont on a connaissance.L\u2019autre plateau de la balance, celui qui l\u2019emporte haut le poids, fort heureusement, offre de réjouissantes perspectives.Ainsi, un marchand général de beau village du Nord avoue qu\u2019il voit disparaître le contenu des caisses d\u2019oranges, et que ses clientes proclament fièrement que le chèque des allocations procure ces douceurs aux enfants.Hier, les oranges 240 étaient des fruits d\u2019or pour gens riches, des fruits rares que les enfants découvraient une seule fois l\u2019an, au fond du bas suspendu la veille de Noël.quand leur mauvaise conduite ne l\u2019avait pas changée en pomme de terre! Ailleurs, les tenancières d\u2019une librairie de village remarquent, la semaine des chèques, que les mères laissent beaucoup de liberté aux écoliers qu\u2019elles accompagnent au magasin pour leurs emplettes.Les enfants choisissent, les mamans payent.Il n\u2019est pas rare que ces mots bouclent une consultation: « C\u2019est ton argent, choisis toi-même.» Ou bien: « Prends donc le meilleur, tu as ton argent.» Les allocations familiales qui servent ainsi à une alimentation meilleure ne manquent pas leur but, car les fruits accordés régulièrement ne sont pas des gâteries, un luxe réservé à la classe riche; ils sont aussi nécessaires que le soleil et l\u2019air pur dont ils complètent la trinité sanitaire; quand elles servent à donner aux écoliers un matériel plus abondant et de meilleure qualité, elles montrent encore leur valeur, car dans le domaine de l\u2019instruction, tout comme dans la construction, un ouvrier a besoin d\u2019outils.Ce n\u2019est pas tout.Je visitais une pauvre mère malade dans un affreux taudis.Les enfants se suivent en échelon jusqu\u2019à la demi-douzaine, mais tous sont bien chaussés, et chaudement, quoique pauvrement vêtus.Est-ce qu\u2019on trouvait de l\u2019argent pour acheter deux ou trois fois par année cinq, six, sept paires de bottines, avant l\u2019assistance familiale ?Dois-je avouer que je me suis sentie un peu émue devant la fierté des parents à me montrer les photographies de première communion de leurs aînés, seul luxe de ce pauvre logis ?Peut-on reprocher la petite somme consacrée aux souvenirs du plus beau jour de la vie ?Ces enfants ne seront pas toujours de petits miséreux! Ils ont du talent, ils vont à l\u2019école, la chance peut leur sourire.Et puis, ces images religieusement conservées seront peut-être la branche miraculeuse qui sauve du naufrage au moment des tentations, en rendant le souvenir d\u2019une âme d\u2019enfant.Il y a bien encore la classe moyenne, \u2014 celle qui n\u2019a pas les moyens, comme dit à sa manière Jean Narrache, \u2014 celle sur laquelle on frappe toujours, comme disent les autres.Cette classe de gens instruits qu\u2019on accable presque autant que les classes riches de souscriptions et d\u2019impôts, cette classe qui présente à la société-de belles familles sur lesquelles on fonde des projets et des espoirs qui coûteront si cher, mais qu\u2019il faudra réaliser coûte que coûte pour donner à sa race et au pays des hommes de valeur.Pour cette classe, les allocations familiales sont une faveur offerte d\u2019une main et reprise de l\u2019autre.On l\u2019accepte pour ne pas briser la routine administrative; on n\u2019en parle pas ou si peu, avec un petit air de méprisante ironie, avec une certaine amertume de sentir cette misère matérielle à boucler un budget, quand le plus clair des revenus passe à former des hommes qui seront demain la gloire de leur génération.Si devant la hausse vertigineuse du coût de la vie essentielle, on songeait en lieux autorisés à augmenter ces allocations, encore ne faudrait-il pas inventer de nouveaux impôts, selon le jeu de « Donne-moi ce que je t\u2019ai donné ».Ce jeu de prêts et de remboursements est certes moins intéressant qu\u2019un don généreux.Mais, en somme, la pratique des allocations règle nombre de problèmes, si elle ne peut les régler tous.RELATIONS SUR LE FRONT NÉO-CANADIEN L\u2019UKRAINE À L\u2019HONNEUR Guy COURTEAU, S.J.LE BUREAU DU SERVICE des Néo-Canadiens continue d\u2019avoir bonne presse à travers tout le pays.Ainsi, l'Action catholique du 15 juin dernier, sous la signature de M.Georges-Henri Dagneau, invite les Canadiens français à venir « au secours des Néo-Canadiens ».Dans le Devoir du 17 juillet, M.René Guénette, directeur de l\u2019Ecole canadienne, précisait le beau travail accompli par le Comité néo-canadien de la Commission des Écoles catholiques de Montréal.M.René Bonin, dans la Patrie du 20 juillet, rapportait son entrevue avec M.W.-J.Bossy et relatait les débuts héroïques du Bureau, les initiatives de son directeur et lançait un appel à la générosité des Canadiens français envers leurs frères catholiques néo-canadiens.Un organisme aussi important que le Service de la Citoyenneté canadienne s\u2019intéresse de près au mouvement.M.Walter-J.Bossy, directeur du Bureau, était invité à exposer ses idées sur l\u2019immigration et les Néo-Canadiens devant les principaux membres d\u2019un conseil d\u2019aviseurs du ministère du Travail d\u2019Ottawa.Au cours de cette réunion, tenue à Montréal, le 14 juillet dernier, sous la présidence de M.Hector Dupuis, attaché au Service de la Citoyenneté canadienne, M.Bossy rappela les origines, le but et les projets du mouvement néo-canadien et suggéra des moyens pratiques visant le contrôle des immigrants, leur établissement et leur bien-être au pays.Enfin, M.le Dr Joseph Boulanger, \u2014- une voix de l\u2019Ouest, \u2014 écrivait d\u2019Edmonton, capitale de l\u2019Alberta, une longue lettre à M.Bossy, où il analyse l\u2019âme ukrainienne, si hère, si patriote, si avide d\u2019autonomie.Ce précieux document intéressera sans doute nombre de Canadiens français et facilitera une meilleure compréhension entre les deux peuples.Les Ukrainiens ont des qualités attachantes: la politesse, l\u2019esprit d\u2019organisation, l\u2019énergie, la générosité, pour ne mentionner que les principales.Intelligents et curieux, les Ukrainiens se classent au premier rang à l\u2019école ou à l\u2019université.Le Conseil ukrainien catholique souscrivait récemment $1,05C pour bourses d\u2019études.Leur qualité souveraine est, sans contredit, leur aimable politesse.Organisateurs, ils aiment à se grouper et leurs réunions sont nombreuses et enthousiastes.Généreux, ils ne calculent jamais avec leur temps, ne vendent pas leur dévouement.Ils quêtent volontiers et donnent largement pour le maintien de leurs œuvres.Dans une même soirée, ils passent le chapeau à plusieurs reprises et pour des causes diverses.Les Ukrainiens sont énergiques: ce peuple ne se nourrit pas d\u2019aspirine, mais d\u2019hygiène et de danses violentes; les femmes ne se fardent pas et les hommes recherchent les sports et les loisirs les plus virilisateurs ou les joies saines du foyer et de la terre.Le passe-temps de ces Néos n\u2019est pas dans les « petites vues ».Il y a deux ou trois ans, un Ukrainien d\u2019Alberta de vingt-deux ans gagna le premier prix dans un concours d\u2019avoine pour tout le Canada.Le lauréat dut venir chercher son prix dans la capitale, Edmonton.Or, le soir, des jeunes voulurent le fêter, l\u2019amener au show.« Merci, dit-il, je m\u2019en vais chez nous, sur ma ferme.» Tous ont la passion du travail, intellectuel ou autre.Ils méprisent le chômage.Même le jour de la Fête du Travail, hommes et femmes font des « bis », au bénéfice des œuvres paroissiales et nationales.Cet esprit d\u2019équipe leur a permis de construire du travail de leurs mains et de payer de leurs propres cotisations leur église de Saint-Josaphat, la plus spacieuse d\u2019Edmonton et dont le coût atteint le quart de million.Tous croient au travail et s\u2019ils s\u2019installent dans les Prairies de l\u2019Ouest, c\u2019est pour y réussir et y demeurer.Par cet esprit de travail, ils excellent dans l\u2019agriculture, le commerce et les métiers.Ils chantent leurs hymnes patriotiques, débordant d\u2019amour et de gloire, avec grande vénération et ils se saluent par ces mots: Slava Içouçou Cristou (Gloire à Jésus-Christ!) et en réponse: « Gloire pour toujours! » Ajoutez à ces qualités une âme forte, intensément éprise de ses croyances et de ses traditions, puis vous aurez l\u2019impression d\u2019être en présence du groupe ethnique le plus vigoureux, sinon le plus important de tous les Néo-Canadiens.Soulignons leur culte des manifestations patriotiques et religieuses.Le dimanche 27 juin, S.Exc.Mgr Izidor Borecky, nouvel évêque des Ukrainiens catholiques de l\u2019Est du Canada, bénissait à la Pointe-Saint-Charles la nouvelle église catholique ukrainienne du Saint-Esprit.Il était assisté du curé de la paroisse, M.l\u2019abbé T.Pasichnyk, et du P.Josaphat Timochko, supérieur des PP.Basiliens ukrainiens de Grimsby (Ontario).Le programme comportait, en plus de cette bénédiction, une grande parade religieuse dans la rue du Centre, la messe pontificale et un banquet.A ce banquet, qui réunissait 500 convives, figuraient aux places d\u2019honneur les représentants de la Commission des Écoles catholiques de Montréal.Un ralliement ukrainien avait lieu à Ville-Lasalle le 4 juillet.La population ukrainienne accueillait par une fête grandiose un contingent de leurs compatriotes récemment expatriés d\u2019Europe.Les jeunes, sous les auspices de la Société nationale Prosvita, présentèrent devant deux mille personnes de leur race un pageant historique magnifiant deux dates glorieuses: 1648 et 1941.L\u2019an 1948 marque le tricentenaire de la libération de l\u2019Ukraine par le grand Hetman (général) Bohdan (Dieudonné) Hmelnitzkyl et le 20 juin 1941 évoque la proclamation de l\u2019indépendance, qu\u2019ils ont perdue depuis et qu\u2019ils cherchent à recouvrer par une armée clandestine (underground), destinée à résister à l\u2019oppression soviétique.Leur puissante organisation catholique vient d\u2019être reconnue officiellement par Rome qui a divisé le groupe catholique ukrainien du Canada en trois exarchats (évêchés), ayant chacun leur propre chef.(Relations, avril 1948, p.97.) *\t'üra * *\tÿjea L\u2019amitié devrait exister entre peuples catholiques.A nous du Québec d\u2019accueillir avec la charité du Christ le peuple ukrainien comptant au Canada plus de 300,000 catholiques.Il y a trente ans, raconte le docteur Boulanger, comme compagnon de l\u2019hon.Wilfrid Gariépy, j\u2019assistais pour la première fois à une célébration religieuse et patriotique ukrainienne.Un jeune prêtre, devenu depuis par la grâce de Dieu S.Exc.Mgr Ladyka, exarque apostolique du Canada central, s\u2019apercevant que j\u2019étais seul, me donna la main et me parla en français (il avait fait sa théologie au Grand Séminaire de Montréal).Quand ce fut le temps de la photographie \u2014 les Ukrainiens sont experts en cet art \u2014, le Père Ladyka m\u2019offrit un siège près de lui, en disant: « A la vie, à la mort! » Ne serait-ce pas là un symbole ?AOUT 1948 241 ALCOOLISME ET TUBERCULOSE Jean PAQÜIN J\u2019AI PENSÉ apporter mon concours comme médecin, tel que demandé par Nosseigneurs les évêques dans leur lettre collective lorsqu\u2019ils disent: « Nous voulons que les médecins nous disent si oui ou non l\u2019alcool est un poison qui tue le corps et l\u2019esprit, le buveur et ses descendants.» Nulle part l\u2019action néfaste de l\u2019alcool n\u2019éclate avec tant d\u2019évidence que lorsqu\u2019on l\u2019étudie dans ses rapports avec la tuberculose.Depuis longtemps, il est prouvé que « l\u2019alcool fait le lit de la tuberculose ».Les faits nous donnent impitoyablement raison.Des statistiques soigneusement compilées démontrent que la tuberculose cause d\u2019énormes ravages dans les professions et les milieux alcoolisés.A étudier de près ces statistiques, on est amené à conclure que « plus de la moitié des alcooliques deviennent tuberculeux et que la tuberculose suit une ascension parallèle à la consommation d\u2019alcool ».Il convient de dire, assurément, que nous ne considérons pas tous les tuberculeux comme des victimes de l\u2019alcool; il y a d\u2019autres causes de cette « peste blanche » qui décime si cruellement nos milieux populaires.Il est de même juste de reconnaître que, parmi les tuberculeux victimes de l\u2019alcool, il se trouve beaucoup de victimes innocentes qui n\u2019ont pas pu se défendre des tares que leur ont léguées en triste héritage des générations d\u2019ascendants alcooliques.C\u2019est dans les études du professeur Grancher que nous avons observé les plus précieuses conclusions sur la fréquence et l\u2019extrême gravité de la tuberculose chez les alcooliques.Les auteurs classiques les plus modernes sont d\u2019accord sur ce point: « L\u2019alcoolisme favorise la tuberculose en rendant le terrain apte à recevoir et à faire fructifier le bacille.» Les docteurs Debone, Jacquet, Hayem, Landouzy, Bé-clère, tous ces maîtres de l\u2019École de Médecine, partagent la même opinion.Pour ces médecins, il y a une proportion de 84.42 p.c.de malades arrivés à la déchéance tuberculeuse par l\u2019alcool.D\u2019autres observateurs, les docteurs Constan, Barbier, arrivent à une proportion de 88%.Partout, dit le docteur Brunon, les cartes de la mortalité par l\u2019alcool et celles par la tuberculose sont superposables.Si nous étudions les statistiques de notre pays, nous arrivons à cette même conclusion, à savoir que l\u2019alcoolisme est l\u2019un des grands facteurs de la tuberculose.Le docteur J.-G.Paradis, de Montmagny, présenta au Congrès des Médecins de langue française de l\u2019Amérique du Nord, réunis aux Trois-Rivières, une étude sur 107 familles de tuberculeux: quatre-vingt-sept de ces familles étaient, par leur chef, alcooliques ou descendants d\u2019alcooliques.Trente-cinq familles ont fourni soixante-sept victimes à la tuberculose.Trente-deux autres familles se recrutaient chez les pauvres et les ouvriers de fabrique de son district, et, dans le cours de ce même laps de dix années, elles ont vu 102 de leurs membres périr par la tuberculose.Vingt de ces familles d\u2019alcooliques tuberculeux vivaient au grand air de la campagne; c\u2019étaient des cultivateurs.Le chiffre de leurs morts montait à vingt-sept.Enfin, sur ce chiffre de 107 familles de tuberculeux, vingt familles ne pouvaient attribuer immédiatement leur maladie à l\u2019alcool.Chacune de ces vingt familles avait perdu un de ses membres victime de la tuberculose.Ces données concordent avec les conclusions du remarquable mémoire du docteur de La Varenne.Après une enquête conduite avec une grande prudence et un véritable esprit scientifique, l\u2019auteur constate que partout où l\u2019al- coolisme s\u2019étend, la tuberculose augmente dans la même proportion, et que tous les peuples qui ont l\u2019énergie de combattre l\u2019alcoolisme voient la tuberculose diminuer.Le docteur Thomas Savary, de Pont-Rouge, disait au Congrès de la tempérance tenu à Québec: « Dans une famille d\u2019alcooliques dont je connais bien l\u2019arbre généalogique, soit 76 enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, sur 55 qui sont morts maintenant, 21 étaient tuberculeux, presque la moitié.» Le docteur Larive (dans sa thèse de Paris) fait une enquête portant sur 1,506 enfants et il affirme que la mortalité par méningite tuberculeuse, chez les hérédo-alcooliques, est considérable.Dans un ordre d\u2019idées différent, le docteur Labrosse a récemment constaté que les tuberculeux devenant alcooliques succombent particulièrement vite et le docteur Deltest note dans son Sanatorium que la mortalité des tuberculeux sobres est de 12 p.c., alors qu\u2019elle atteint 50 p.c.chez les tuberculeux alcooliques, les conditions demeurant les mêmes dans les deux catégories de malades.Dans un rappport présenté à la Société médicale de Paris, le docteur Jacquet, commentant les statistiques de Tatham, en Angleterre, portant sur 504,923 décès d\u2019hommes au-dessus de 15 ans, a démontré que la mortalité dans les professions où l\u2019on consomme l\u2019alcool en quantité exagérée dépasse de deux fois et demie la moyenne de la mortalité générale et que la tuberculose y joue ün rôle prédominant.La moyenne des décès étant représentée par 100, celle des garçons de cabarets mourant de tuberculose serait de 257.C\u2019est la plus élevée.D\u2019autre part, à Bruxelles, sur 1,000 décès de garçons de cabarets, 666 sont dus à la tuberculose.D\u2019après le professeur Courmont, de la Faculté de Médecine de Lyon, tout ouvrier qui devient tuberculeux, après 40 ans, est alcoolique ou diabétique.Le docteur Arthur Rousseau, de Québec, affirme: « Aussi important, mais non plus que la pauvreté et la misère, est l\u2019alcoolisme dans l\u2019étiologie de la tuberculose en notre pays.Ces deux facteurs interviennent du reste plus fréquemment associés qu\u2019isolés.Le peuple canadien-français a la réputation de ne pas savoir boire et son heureuse ignorance n\u2019est peut-être pas une de ses moindres protections contre l\u2019usage journalier de l\u2019alcool.Les excès alcooliques intermittents compromettent plus la fortune ou la moralité que la santé de leurs victimes.» Des statistiques du docteur Pégurier, il résulte que par les lésions qu\u2019il entraîne sur le foie, l\u2019hérédo-alcoolisme met les enfants d\u2019alcooliques dans un état de prédisposition très marqué vis-à-vis du bacille tuberculeux.« L\u2019alcool est le père de la tuberculose.» Les enfants d\u2019alcooliques sont souvent des êtres faibles, anémiques et facilement préparés à la tuberculose.Pères de famille, n\u2019allez pas, à la légère, empoisonner vos enfants, semer en eux les premiers germes du vice ou leur faire faire le premier pas vers l\u2019alcoolisme.Mères de famille qui me lisez, vous agissez également d\u2019une manière inconsciente quand vous pensez qu\u2019en prenant un verre de bière avant chaque repas vous augmenterez la secrétion du lait et quand, plus tard, vous donnerez chaque mois à votre fille un pouce de gin pour soulager ses malaises.On dit que « l\u2019appétit vient en mangeant » : ce dicton est surtout vrai en ce qui regarde les boissons fermentées; ce goût, ou mieux cette soif de boissons alcooliques, se crée 242 RELATIONS très vite et a ceci de particulier que cet appétit va toujours en augmentant.Aujourd\u2019hui que les garçons et les filles trouvent toutes les occasions de boire dans les grills, comment voulez-vous qu\u2019ils résistent?Napoléon voyait juste et loin quand il disait : « L\u2019éducation commence vingt ans avant la naissance de l\u2019enfant.» C\u2019était dire dès la naissance de sa mère.La lutte contre l\u2019intempérance est affaire d\u2019éducation.« Préparons la femme par la formation de son caractère, par l\u2019orientation de sa volonté vers le bien, par la vigilance en lui montrant les dangers des grills, de l\u2019alcool et de la bière.Avertissons le jeune homme en lui montrant les effets néfastes de l\u2019alcool et de la bière pour lui-même et ses descendants.Comment ces jeunes gens et ces jeunes filles qui passent leurs soirées dans les grills, à boire, pourront-ils, après leur mariage, avoir des enfants vigoureux ?Parallèlement à l\u2019action du clergé, qui fait appel aux lois de la conscience, doit s\u2019exercer l\u2019action du médecin qui démontrera au peuple que, dans son intérêt physique, la tempérance et la sobriété doivent être des vertus de pratique universelle.Tâche parfois peu agréable, souvent ingrate, toujours onéreuse, à laquelle notre position et le devoir professionnel nous défendent de nous soustraire.L\u2019enfant d\u2019aujourd\u2019hui est l\u2019homme et le concitoyen de demain.Ce que nous faisons aujourd\u2019hui pour instruire la masse, pour la prévention de la tuberculose chez l\u2019adulte, nous conduira à la victoire décisive si nous combattons l\u2019intempérance.L\u2019alcool, non seulement prépare la tuberculose, mais il fait de l\u2019homme un dégénéré, un faible, un épileptique, un aliéné.L\u2019alcoolique est cause de dégénérescence familiale et sociale, de dépopulation, de dépenses énormes et inutiles.L\u2019intensité de la vie moderne a produit le surmenage.Le surmenage a engendré le besoin de stimulation.La fabrication industrielle de l\u2019alcool et les facilités de communications ont fourni le stimulant demandé.La multiplication des débits d\u2019alcool et l\u2019attrait des cabarets ont créé une mentalité spéciale imprégnée d\u2019alcool; l\u2019ouvrier n\u2019ayant pas appris à l\u2019école les méfaits de l\u2019alcool en boit, croyant trouver en lui la force.Notre cerveau est tellement imprégné d\u2019alcool par hérédité ou par suggestion qu\u2019on ne peut plus se rencontrer sans vider plusieurs verres d\u2019alcool.La tolérance de nos légistes a permis au fléau de se coller comme une pieuvre à notre flanc.« Nous avons besoin de tout le blé qui lève », disait Mgr Camille Roy.De quel crime ne chargerions-nous pas notre conscience si, par notre insouciance, nous laissions se continuer les ravages de l\u2019alcoolisme.LES FONDATEURS DE L'ÉGLISE CANADIENNE JEANNE MANCE ET LA CHRÉTIENNE DE CHEZ NOUS Emile GERVAIS, S.J.JEANNE MANCE trace en notre ciel troublé un sillon lumineux.Son message s\u2019adresse spécialement à ses sœurs d\u2019aujourd\u2019hui: message de tendresse, d\u2019ingéniosité dans l\u2019apostolat et d\u2019héroïsme dans l\u2019amour.Il n\u2019est personne parmi nous qui ne soit troublé et profondément inquiet du lendemain.Naguère Pie XI qualifiait la crise de chômage par où passait le monde comme la plus grande calamité après le déluge.Depuis lors, l\u2019univers a connu la deuxième guerre mondiale, la famine, la destruction de pays entiers, avec leurs millions de victimes.Des peuples d\u2019errants hagards, chassés de leur foyer et de leur patrie, promènent de par le monde leur misère et leur incommensurable douleur.D\u2019autres gémissent dans l\u2019esclavage.Une génération s\u2019est dressée contre un monde décrépit et infidèle à ses origines chrétiennes; elle a voulu en bâtir un nouveau sur la haine et la violence, et par suite sur la ruine des libertés et des valeurs humaines.Notre communauté ethnique n\u2019a pas trop souffert de la guerre.Elle n\u2019échappe pas cependant au bouleversement universel.Jusqu\u2019à ces dernières années, défendue par son isolement relatif, elle tenait ferme sur les assises séculaires de la famille et de la paroisse, bien étayée par un réseau serré de traditions et d\u2019institutions.Aujourd\u2019hui, non seulement les esprits et les cœurs sont atteints par la corruption des idées et des mœurs, mais ces institutions mêmes sont ébranlées.Une triste preuve nous en est fournie tous les jours.Comment se fait-il que parmi tant de jeunes formés chrétiennement au foyer et à l\u2019école, et qui abordent la vie pleins d\u2019idéal, il en reste si peu après quelques années qui soient fidèles à leurs rêves de jeunesse ?N\u2019est-ce pas que, happés par un monde mauvais, la plupart d\u2019entre eux n\u2019ont pu résister à la contamination, tandis que les meilleurs, mieux conservés personnellement, se voient réduits au silence et à A l\u2019inaction par les dures conditions de la vie et la dictature du péché ?Si nous voulons réhabiliter les valeurs de civilisation et sauver l\u2019âme de notre peuple, il est urgent que nous nous attaquions, non seulement à la corruption des individus, mais à la contamination de nos institutions familiales, nationales et religieuses.Le rôle de la femme moderne, de la chrétienne surtout, est de toute première importance dans cette œuvre d\u2019assainissement social.Sa Sainteté Pie XII s\u2019est plu à le répéter, en même temps qu\u2019il définissait avec autorité les modalités de cet apostolat de la chrétienne d\u2019aujourd\u2019hui.Il paraîtra étonnant que l\u2019on propose Jeanne Mance, une figure d\u2019un autre âge, pour servir de modèle à nos apôtres modernes.Il n\u2019en est rien pourtant.Outre que le rôle de la chrétienne reste essentiellement le même d\u2019un âge à l\u2019autre, fondé qu\u2019il est sur sa nature et sur sa mission d\u2019éducatrice, la vie et l\u2019œuvre de Jeanne Mance possèdent une affinité intime avec la vie et l\u2019apostolat d\u2019aujourd\u2019hui.l\u2019amour qui sauve Jeanne Mance fut inspirée par la seule force qui puisse sauver notre monde, l\u2019héroïque charité.Certains réformateurs de nos jours, désireux de bâtir un monde nouveau sur les ruines de l\u2019ancien, font appel à la force de la haine, seule capable, disent-ils, de soulever les cœurs à la hauteur de cette tâche surhumaine.A voir la cohésion, la discipline et la loyauté de leurs partisans, la sûreté et la rapidité de leur stratégie et même certains résultats matériels fort appréciables obtenus parfois contre toute prévision, on serait tenté de leur donner raison.Pourtant, l\u2019expérience des siècles enseigne que la haine et la violence, si elles peuvent triompher un moment, ne bâtissent rien de stable; elles sont tôt ou tard et inexorablement englouties dans les ruines de la liberté et de toutes les valeurs humaines.AOUT 1948 243 La haine n\u2019a pas les promesses de la fécondité divine.C\u2019est l\u2019amour que le Christ est venu répandre sur terre, c\u2019est l\u2019amour du Christ inspiré par l\u2019Esprit du Christ qui peut seul régénérer l\u2019homme et en faire le frère de son frère.La haine est fille du démon: c\u2019est l\u2019orgueil égoïste et féroce, replié sur lui-même, écrasant dans son cœur des adversaires qu\u2019il ne peut pas toujours vaincre ou abattre.Pour comprendre le message d\u2019amour apporté par le Christ, nul n\u2019est mieux préparé par sa nature même que la femme chrétienne.Son rôle même, nous dit le pape Pie XII, est maternel.« Toute femme est destinée à être mère; mère au sens physique du mot, ou bien dans un sens plus spirituel et plus élevé, mais non moins réel.C\u2019est pour cette fin que le Créateur a ordonné tout l\u2019être propre de la femme: son organisme et encore plus son esprit et, surtout, son exquise sensibilité.C\u2019est ainsi que la mère véritablement telle ne peut considérer ou comprendre à fond tous les problèmes de la vie humaine que sous l\u2019aspect de la famille.Voilà pourquoi le sentiment affiné de sa dignité éveille son inquiétude chaque fois que l\u2019ordre social ou politique menace de porter préjudice à sa mission maternelle et au bien de la famille.» A ce compte, Jeanne Mance est bien digne d\u2019être proposée en modèle.L\u2019aimable annaliste de l\u2019Hôtel-Dieu, la Sœur Morin, nous décrit les années de jeunesse de Jeanne Mance.Elle nous apprend « que Jeanne Mance vécut en grande dévotion dans la maison de son père qui ne s\u2019y opposa jamais par l\u2019amour tendre et la complaisance qu\u2019il avait pour sa fille, qui de sa part agissait en toutes choses avec tant de prudence et de vertu qu\u2019elle ne lui causa jamais aucun chagrin par ses dévotions qu\u2019elle ajusta toujours à sa volonté ».« Non, non », dirons-nous avec la biographe de Jeanne Mance, Mlle Dan-nemarie, « qu\u2019on ne montre pas une sainte toute faite.» En effet, il faut se garder de concevoir Jeanne Mance « une sainte coulée dans le plâtre, pas davantage une petite pensionnaire, une couventine aussi gentille qu\u2019empesée.Ce qui frappe,continue M.le chanoine Groulx,.en Jeanne Mance, c\u2019est la part d\u2019absolu qui est en elle, dans son esprit, dans sa volonté.Toute jeune, elle prend des décisions absolues.Elle a six ou sept ans, lorsqu\u2019elle s\u2019engage par vœu à la chasteté perpétuelle.Elle sera celle qui ne se donnera jamais à moitié.Elle aimera mettre en ses décisions une foi absolue en la Providence, on serait presque tenté de dire: une foi téméraire ».Mais si Jeanne Mance exerçait une véritable domination sur les autres, elle savait faire aimer cette emprise.« Au milieu de ses nombreux frères et sœurs, dans ce foyer béni par l\u2019amour chrétien, aussi par les mille joies et épreuves de la vie, Jeanne Mance de bonne heure se fait remarquer par le charme, auquel nul ne pouvait échapper et qu\u2019elle mit au service des causes chères à son cœur.» (Jeanne Dannemarie.) C\u2019est que, dans son cœur, le Christ avait allumé un amour capable des plus grands héroïsmes.« La passion de l\u2019absolu, on la pourrait retracer, en l\u2019émigrante de 1641, jusque dans sa vocation d\u2019infirmière ou d\u2019hospitalière.Aimer le prochain n\u2019est pas toujours un devoir héroïque.L\u2019aimer dans les pauvres, surtout dans les malades, êtres humains plus ou moins disgraciés, plus ou moins en décomposition, c\u2019est l\u2019aimer, toujours et sans doute, comme une figure du Christ, mais comme une figure divine enbrouillée, dont la beauté peut échapper à notre myopie spirituelle.Disons-le à la gloire de toutes les hospitalières, aimer les malades, les servir fraternellement, quels qu\u2019ils soient et d\u2019où qu\u2019ils viennent, requiert une charité au-dessus de l\u2019ordinaire.L\u2019amour des pauvres, des infirmes, des déshérités de la vie est quelque chose de proprement chrétien.Et s\u2019il est vrai que le propre de l\u2019amour humain c\u2019est de borner les âmes à elles-mêmes, de les replier sur leurs frontières, le propre de l\u2019amour chrétien, c\u2019est de les projeter hors de ce monde, de leur donner des dimensions proprement surnaturelles.L\u2019âme de Jeanne eut cette mesure.» (M.le chanoine L.Groulx.) SENTIERS LUMINEUX L\u2019amour du Christ qui brûle dans le cœur de la chrétienne la pousse aux grands renoncements.A la suite de Jeanne et suivant les directives répétées des Souverains Pontifes et spécialement de Notre Saint-Père Pie XII, elle ne craint pas de s\u2019engager dans des sentiers nouveaux, obscurs parfois mais bientôt éclairés par sa foi.Le geste autorisé du Vicaire du Christ ne lui indique-t-il pas des champs d\u2019action fermés à ses aînées, par exemple la vie publique des carrières ou de la politique ?Il lui faut une âme de pionnier, nullement effarouchée par l\u2019étrangeté des tâches imposées à son zèle par la vie moderne.Sait-on assez que Jeanne Mance fut de cette lignée d\u2019âmes audacieuses ne craignant pas, à l\u2019appel de Dieu, de braver les conventions sociales et les critiques, en vue d\u2019œuvres nouvelles pour des besoins nouveaux?Qu\u2019on réfléchisse un instant.Voici une jeune fille de frêle santé, bien pourvue des avantages de la nature et de la fortune, qui abandonne tout et s\u2019en va toute seule, dans une terre abandonnée, aider à la réalisation d\u2019un rêve que bien des gens blâmaient comme une folie.Elle fut la première infirmière laïque \u2014 ou l\u2019une des premières \u2014 à quitter les siens et la civilisation pour aller vers des terres incultes et des patients sans mœurs et sans reconnaissance.Remarquez que les assurances qu\u2019on pouvait lui offrir n\u2019étaient guère encourageantes.C\u2019est M.le chanoine Groulx qui nous en avertit: « Observez-la à cette heure grave où elle va se donner à l\u2019œuvre de Montréal.M.de la Dauversière vient de lui révéler la fragilité de sa fondation.« Cette année, lui dit-il, nous avons fait une « dépense de 75,000 livres; je ne sais pas où nous prendrons le « moindre sol pour l\u2019an prochain.» « Il est vrai, ajoute l\u2019homme « de Dieu, que je suis certain que ceci est l\u2019œuvre de Dieu et «qu\u2019il le fera, mais comment?Je n\u2019en sais rien.» Une autre eût pu se trouver déconcertée, se mal défendre d\u2019un peu de scepticisme.La petite Champenoise, éprise d\u2019absolu, se sent au contraire réconfortée.La foi sereine, intrépide du fondateur la remplit de confiance, l\u2019aide à discerner, sans doute possible, une œuvre de Dieu.Sans retour en arrière, elle lui donne son adhésion.» Cette audace, Jeanne Mance la partage avec ses émules, par exemple Marie de l\u2019Incarnation qui fut une des premières religieuses missionnaires de toute l\u2019histoire de l\u2019Église, ou encore Marguerite Bourgeoys, la voyagère de Notre-Dame, ou encore Mme de la Pel trie.Elle mérite cependant à un titre spécial l\u2019admiration des apôtres laïques de l\u2019action catholique féminine.Elle demeure laïque jusqu\u2019au bout, mal protégée de ce chef contre les étonnements et les remarques méchantes et aussi contre les hésitations pénibles, inévitables quand on est seul pour décider de sa vie sans l\u2019aide de l\u2019obéissance et de règles éprouvées.Comme le notait M.le chanoine Groulx, Jeanne Mance était douée d\u2019une singulière perspicacité à deviner au milieu de conjonctures étranges la volonté de Dieu, pour découvrir à travers la pénombre et le fouillis des événements, le sentier de Dieu.Elle était douée d\u2019un esprit clair à la hauteur de son audacieuse charité.C\u2019est un trait de sa physionomie que les historiens se plaisent à noter.Devant les problèmes les plus ardus, Jeanne a le don de démêler le point central.Ainsi, par exemple, au moment où les affaires de Montréal viennent de subir, selon l\u2019expression de Dollier de Casson, trois terribles coups de massue: la mort du P.Rapin privant Jeanne et Ville-Marie de l\u2019indispensable lien avec la bienfaitrice, la 244 RELATIONS quasi ruine de la Société de Montréal, les embarras financiers de M.de la Dauversière, Jeanne Mance voit clair dans la confusion et le désarroi général.Elle fut « d\u2019abord bien abattue.Elle releva la tête pourtant.Elle regarda bien en face ces épreuves, ces abandons, ces périls.Sa pénétration plongea au delà de ces contingences.Elle prit une résolution extrême: elle irait en France.Elle lutterait elle-même contre ces vents d\u2019orage qui allaient tout emporter.« Elle vit d\u2019abord M.Olier.De bienfaisants entretiens se tinrent entre eux.« Grâce au zèle de Jeanne Mance, la Société de Notre-Dame de Montréal revivait.Elle s\u2019annonçait, sinon aussi considérable, du moins aussi prospère, aussi zélée, qu\u2019il y avait dix ans, à la belle époque de sa fondation.« Auprès de Mme de Bullion, l\u2019intervention personnelle de Jeanne Mance fut également victorieuse.La bienfaitrice inconnue assura l\u2019héroïne de sa constante affection, comme aussi de son vigilant souci envers l\u2019hôpital de Ville-Marie.Ne l\u2019avait-elle pas fondé et maintenu de concert avec elle ?Puis, elle versa de nouveau entre les mains de Jeanne Mance l\u2019or de la charité.» (Jeanne Dannemarie.) Cet esprit de décision lui permit même un jour de sauver Ville-Marie.Maisonneuve doit passer en France afin de recruter les colons indispensables et aussi les secours qui se font toujours attendre.« Mais où prendre l\u2019argent de cette dépense essentielle ?Prêtons attention, car de cette décision découleront plus tard tant de soucis pour Jeanne Mance! « Elle décide, après de longues hésitations et réflexions, de se servir des fonds que Mme de Bullion lui a confiés pour un Hôtel-Dieu.Maisonneuve partira et, par un moyen sûr, elle fera demander à Mme de Bullion de changer l\u2019utilisation de ses fonds et de les employer à lever une compagnie de soldats.A cette heure critique, cet argent dort, sans but.Et comment pourrait-on construire un Hôtel-Dieu lorsque l\u2019ennemi est à la porte ?Lorsque, d\u2019un jour à l\u2019autre, cette poignée de colons s\u2019attend à disparaître ?« En échange de cet argent, Maisonneuve cédera à l\u2019Hôtel-Dieu, au nom de la Compagnie de Montréal, cent arpents de terres défrichées.« Le 5 novembre 1651, Maisonneuve part.» (Jeanne Dannemarie.) LA FIDÉLITÉ Cette sagesse naturelle, illuminée des clartés d\u2019en haut, permet à Jeanne Mance de suivre fidèlement la mission que Dieu lui confie.Voilà l\u2019essentiel.Dans l\u2019œuvre de rénovation entreprise par nous, nous ne pourrons pas éviter les défaillances ni les erreurs.Jeanne Mance non plus d\u2019ailleurs.Un sociologue de chez nous a noté, dans une étude profonde de la colonisation, les erreurs communes à tous les pieux fondateurs qui s\u2019intéressèrent à la Nouvelle-France.Il n\u2019y a là rien qui doive scandaliser un patriote, ou un chrétien; au contraire.L\u2019entreprise si noble de Ville-Marie, dont Jeanne Mance fut une des principales initiatrices, nous montre en action la Sagesse divine dirigeant ses fidèles serviteurs à travers des erreurs et des obscurités inhérentes à notre faiblesse humaine, vers la réalisation d\u2019une œuvre admirable.Jeanne et ses compagnons n\u2019ont peut-être pas réussi à bâtir une Ville-Marie économiquement prospère.Et le départ de Maisonneuve marquait peut-être aux yeux des contemporains la fin d\u2019un beau rêve.Nous savons, nous, que les valeurs implantées dans le sol de Ville-Marie, cultivées par les soins et le dévouement d\u2019héroïques serviteurs de Dieu comme Jeanne Mance, ont poussé des racines profondes dans un sol favorable et produit des fruits de sainteté dont nous vivons encore.Il en sera de même du travail apostolique que les chrétiennes d\u2019aujourd\u2019hui entreprennent pour le salut d\u2019un monde aux abois, si elles veulent bien rester fidèles à la voix de Dieu, à l\u2019exemple de leur grande aînée, Jeanne Mance.NOS PRÊTRES EN CONGRÈS Jean ARCHAMBAULT, S.J.DU 24 AU 28 AOÛT prochain se tiendra à Québec le congrès national des Prêtres-Adorateurs, sous le patronage de S.Em.le cardinal McGuigan, archevêque de Toronto, et de S.Exc.Mgr Maurice Roy, archevêque de Québec.Ce congrès réunira principalement les prêtres qui sont membres de cette association de sanctification sacerdotale fondée en 1879 par le bienheureux Julien Eymard; mais il s\u2019adresse aussi à tous les prêtres séculiers et réguliers du Canada.En ces journées de prières et d\u2019étude, nos prêtres méditeront ensemble les grands principes surnaturels qui doivent vivifier leur apostolat auprès des âmes du xxe siècle, nos âmes.Voilà qui suffit amplement pour nous faire apprécier l\u2019importance de ce congrès et pour solliciter notre sympathie.Nous avons besoin du ministère sacerdotal.Également nous avons besoin que ceux qui comme prêtres nous conduisent à Dieu soient eux-mêmes des saints.Le sacerdoce nous est un secours nécessaire.Depuis toujours la pauvre humanité aspire à posséder chez soi la divinité, quelle qu\u2019elle soit.Elle cherche à l\u2019attirer sur terre jusqu\u2019à partager avec elle l\u2019existence quotidienne.Sans doute Dieu lui est déjà nécessairement présent puisqu\u2019en Dieu à chaque instant elle puise la vie, le mouvement et l\u2019être.Cette action divine demeure tout de même assez peu évidente, obscure, mystérieuse.L\u2019homme n\u2019a pas trouvé AOÛT 1948 cette intimité assez concrète; il a rêvé d\u2019un Dieu plus voisin, plus prochain.Il s\u2019est alors forgé un dieu descendu au rang des hommes.Païen, il en a fait le compagnon de toutes ses passions mauvaises et l\u2019a dégradé.Tout de même l\u2019idolâtrie, même la plus sordide, possédait déjà une part de vérité.Elle s\u2019avançait à l\u2019aveugle vers un fait historique: Dieu un jour s\u2019incarnait dans l\u2019humanité.La vérité c\u2019est que Dieu un jour naquit comme nous d\u2019une mère.Il vécut dans une patrie à lui, il eut des concitoyens, amis ou ennemis, qui l\u2019appelaient le fils du charpentier Joseph.Il eut faim, il travailla à la sueur de son front; il eut soif et il mourut.Le but de son incarnation ne fut pas, comme on s\u2019y attendait, de justifier nos faiblesses morales et nos égarements en s\u2019y abaissant.Il venait vers nous pour raviver nos puissances spirituelles et les élever jusqu\u2019à lui.Si le paganisme s\u2019est présenté comme un appel à la divinité, l\u2019invitant à partager les bassesses du cœur humain, l\u2019Incarnation allait être au contraire la vocation de l\u2019homme aux grandeurs divines.Ceci se passait il y a vingt siècles.Pour nous qui vivons en 1948, ce simple fait d\u2019histoire pourrait bien éveiller en nous un regret, celui de n\u2019avoir pas été là dans son orbite.Mais regret réprimé, puisque c\u2019est avec l\u2019humanité entière que Dieu s\u2019est incarné.« Voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu\u2019à la consommation des siècles.» Il reste à re- 245 connaître le moyen qu\u2019il a choisi pour rejoindre tous les hommes de tous les siècles à venir.Ce moyen, c\u2019est l\u2019Église, son Église, instituée par lui, humaine mais indéfectible, enseignée et enseignante, sanctifiée et sanctifiante, conquise et conquérante, populaire et sacerdotale.Depuis ce jour où naquit l\u2019Église, l\u2019enseignement de nos prêtres c\u2019est l\u2019enseignement du Christ qui arrive jusqu\u2019à nous; la prière et le sacrifice du prêtre à l\u2019autel, c\u2019est la prière et le sacrifice du Fils intercédant auprès du Père en notre nom.Depuis ce temps, les sacrements que nous recevons ne sont pas de quelconques cérémonies, pieuses suggestions, symbolismes touchants, vénérables traditions, mais des moyens efficaces pari esquels le sacerdoce a pouvoir de nous unir à Dieu, principe et fin.Le sacerdoce prolonge les effets de l\u2019Incarnation dans l\u2019Église, société qui dépasse les limites géographiques, les restrictions du temps et de l\u2019histoire.Par le prêtre, la Rédemption n\u2019est plus passée, ni lointaine, mais présente, contemporaine, efficace.Par le prêtre, cette Terre Sainte confinée jadis à la Palestine s\u2019étend jusqu\u2019aux limites du monde.l\u2019Évangile est prêché partout, la Croix sauve en tous lieux, aujourd\u2019hui.Puisque tels sont nos prêtres, il est normal que nous souhaitions, maintenant plus que jamais, qu\u2019ils portent dans leur esprit, dans leur cœur, dans leur extérieur même la figure du Dieu fait homme qu\u2019ils ont mission de graver dans nos âmes pour notre salut.Que nos prêtres soient des sanctifiés, des saints! Sans doute qu\u2019ils soient humains comme le Christ l\u2019était.Qu\u2019ils soient près de nos misères, qu\u2019ils comprennent nos justes ambitions, nos appréhensions, nos craintes.Plus que jamais nous avons besoin de trouver dans leur zèle désintéressé notre meilleure consolation, notre plus ferme soutien.Plus que jamais nous avons besoin de leur sympathie agissante dans nos problèmes du travail.Le Christ s\u2019est penché jadis sur les soucis des pêcheurs de Galilée.Plus que jamais nous avons besoin que nos pasteurs nous aident à nous défendre contre les loups ravisseurs qui viennent à nous sous le manteau de brebis innocentes.Plus que jamais nous avons besoin de retrouver en eux le Père du prodigue qui accueille sans se lasser tous les repentirs.Plus que jamais nous avons besoin que nos prêtres soient humains divinement, surnatu-rellement.Voilà pourquoi nous avons besoin que nos prêtres soient saints, sanctifiés.Sanctifiés, c\u2019est-à-dire séparés du monde païen qu\u2019ils ont mission de combattre en nous au nom de Dieu.Nous aimons que nos prêtres soient près de nous, mêlés à nos vies.Nous n\u2019avons jamais souhaité qu\u2019ils soient dissimulés dans le monde où nous vivons forcément, encore moins assimilés.Il faut sans cesse que nous les voyions marcher devant nous, nous précédant; et que sans cesse nous ayons à les rejoindre.Sanctifiés, c\u2019est-à-dire vivant pleinement unis à ce Dieu fait homme qu\u2019ils ont mission de distribuer dans nos âmes.Qu\u2019ils imitent celui qu\u2019ils ont devoir de nous révéler! Nous nous réjouissons donc que ce congrès ait lieu devant l\u2019ostensoir; nous nous réjouissons d\u2019avance de son succès.LES LETTRES «THE HUMANITIES IN CANADA.Maurice LEBEL ALA DIFFÉRENCE de la plupart des ouvrages écrits récemment sur l\u2019humanisme^ et les humanités \u2014 on ^en relève une quinzaine aux États-Unis seulement \u2014, The Humanities in Canada n\u2019est pas un livre abstrait ou théorique, mais tout ensemble un rapport sur l\u2019état présent de l\u2019humanisme au Canada et un acte de foi en l\u2019avenir des humanités au pays.Ce volume, fort bien imprimé par le journal le Droit (Ottawa) et agréablement présenté sur beau papier, se lit avec aisance et ne manque certes pas d\u2019intérêt, bien qu\u2019il soit assez dense, bourré de faits et riche d\u2019idées.Il est le fruit d\u2019une enquête minutieuse, patronnée par la Fondation Rockefeller de New-York.Une quinzaine d\u2019universitaires canadiens parcoururent le pays en tous sens, en 1945, visitant les institutions d\u2019enseignement secondaire et supérieur a mari usque ad mare.Grâce à la collaboration sympathique du personnel enseignant et du conseil d\u2019administration des collèges et des universités, les enquêteurs purent recueillir une masse imposante de renseignements sur les grandeurs et les misères de notre humanisme.La documentation recueillie, deux professeurs de littérature anglaise, MM.Watson Kirkconnell et A.S.P.Woodhouse, respectivement directeurs du département d\u2019anglais à l\u2019Université McMaster d\u2019Hamilton et à l\u2019Université de Toronto, consacrèrent l\u2019année 1946 et le début de l\u2019année 1947 à rédiger conjointement ce rapport, qui restera un événement important dans l\u2019histoire des idées au Canada.The Humanities in Canada est un tour d\u2019horizon intellectuel, une vaste rétrospective, une prise de possession de l\u2019héritage humaniste canadien; cette synthèse fait admirablement le point de l\u2019humanisme au Canada.Mais, je me hâte de le dire, ce rapport, si remarquable soit-il par la den- sité et l\u2019exactitude des renseignements qu\u2019il contient, est beaucoup plus qu\u2019une enquête consciencieuse et solide; il renferme aussi de nombreux jugements de valeur, aussi nuancés et objectifs que possible, il établit de judicieuses comparaisons entre les différents centres culturels, il dresse même le bilan de nos handicaps et propose d\u2019heureuses suggestions pour y remédier.Les faits rapportés ne sont pas tous agréables; pas davantage les recommandations ne sont-elles immédiatement réalisables.Mais les uns et les autres sont inspirés par le désir sincère de faire progresser les humanités, de stimuler les énergies des intellectuels et d\u2019intéresser les corps publics à l\u2019enseignement des humanités et à la publication de travaux scientifiques.Le Canada est devenu une puissance internationale dans le domaine du commerce et de la production de guerre; n\u2019est-il pas temps qu\u2019il se taille une place enviable dans la production des travaux humanistes ?La préface, due à la plume de M.Watson Kirkconnell, est supérieurement écrite.Après avoir décrit l\u2019objet et la méthode de l\u2019enquête, l\u2019auteur analyse la fonction et la valeur éducative des humanités au xxe siècle.Notre monde a poussé à ce point la spécialisation et la technique qu\u2019il a oublié l\u2019homme lui-même, cet inconnu.We are in the midst of a movement that is reacting against excessive preoccupation with technique divorced from humanizing influences and is demanding that education, especially higher education, shall liberalize or humanize the modern student, so as to educate the whole man and make him completely human, a representative of the universally human spirit.(Page 7.) Aussi l\u2019humaniste se doit-il de descendre de sa tour d\u2019ivoire.246 RELATIONS All this points to an active function for the humanities in our time, not merely in entering effectively into the intellectual, esthetic and moral legacy of the past, but also in applying the resulting powers of the mind to the vast human needs and problems of the present.(Page 11.) L\u2019ouvrage comprend douze chapitres et quatre appendices.La brève énumération des titres aidera le lecteur à se faire une idée de l\u2019intérêt et de la richesse du livre: I.Historical Background; \u2014 II.The Place of the Humanities in Secondary Education; \u2014 III.English-speaking Universities: Past or General Courses; \u2014 IV.English-speaking Universities: Honour Courses; \u2014 V.The French tradition: i.Collèges classiques; \u2014 VI.The French Tradition: ii.Graduate Studies; \u2014 VII.English-speaking Universities: Graduate Studies; \u2014 VIII.Academic Libraries; \u2014 IX.Faculty research in the Humanities; \u2014 X.Aids to Scholarship in the Humanities; \u2014 XI.New Provinces; \u2014 XII.Immediate recommendations; \u2014 Appendix A: The Humanities in the Professional Faculties; \u2014 Appendix B: Music, Fine Arts and Drama; \u2014 Appendix C: Bibliography of Works on Education; \u2014 Appendix D: Select List of Publications and Works in Progress in the Humanities.\u2014 Suit un Index de quatre pages qui facilite grandement la consultation du rapport.Le premier chapitre sert d\u2019introduction historique: il traite de la fonction et de l\u2019évolution des institutions d\u2019enseignement supérieur au pays.On y lira avec intérêt tout ce qui concerne la fédération des collèges anglo-canadiens de religions différentes sous l\u2019égide d\u2019une université provinciale.Sans doute l\u2019exemple de Toronto est-il le plus intéressant à cet égard.Grâce, en effet, à la vision et à la ténacité d\u2019administrateurs de grande classe, grâce aussi à la tolérance et à la fierté des collèges respectifs, on a réussi à y créer un esprit universitaire, qui est vraiment unique au Canada.Le deuxième chapitre, œuvre du professeur A.F.Leddy, directeur du département des langues classiques à l\u2019Université de Saskatchewan, décrit l\u2019état présent et le rôle des humanités dans le curriculum du cours secondaire anglais; on notera ici l\u2019importance considérable du français, de l\u2019allemand et de l\u2019espagnol par rapport aux langues anciennes proprement dites.Les chapitres trois et quatre ont été écrits par le professeur A.S.P.Woodhouse et traitent des différents types de B.A.dans les universités anglaises du pays.On y relève, entre plusieurs autres, deux faits instructifs.Le premier concerne la popularité toujours grandissante des cours sur la civilisation occidentale et sur les auteurs grecs et latins étudiés dans des traductions; des professeurs, versés dans les classiques, font, par exemple, aux étudiants qui se spécialisent en anglais, des leçons sur les auteurs anciens, dont ils étudient un nombre considérable d\u2019œuvres, familiarisant ainsi les non-spécialistes de l\u2019antiquité avec la source des courants d\u2019idées qui ont donné naissance à la littérature européenne.Ces cours sont de plus en plus populaires au Canada, comme ils le sont d\u2019ailleurs depuis quelque temps aux États-Unis.Que de textes, en effet, n\u2019a-t-on pas publiés depuis une vingtaine d\u2019années pour rendre les textes anciens NOUVEAUTÉS -\u2014 Brochures à 10 sous accessibles aux étudiants dans des traductions! Le second point à noter a trait aux cours hautement spécialisés en langues et en littératures anglaises et françaises, grecques et latines, espagnoles et allemandes, voire en langues orientales, que l\u2019on peut suivre à Toronto en vue du B.A.et même du doctorat; l\u2019Université de Toronto est l\u2019unique université canadienne qui offre un nombre aussi imposant et coordonné de cours dans les humanités anciennes et modernes.Les chapitres cinq et six, que le président de l\u2019enquête, M.Kirkconnell, a écrits, traitent de la tradition française, telle qu\u2019on la voit encore dans les programmes et les méthodes d\u2019enseignement de nos collèges classiques et de nos Facultés.M.Kirkconnell établit (pp.88-91) une comparaison fort judicieuse entre le curriculum du Manitoba et celui de notre enseignement secondaire.Il a fort bien vu les traits caractéristiques, la valeur éducative et l\u2019évolution progressive de nos collèges classiques; il a fort bien analysé aussi ce qui caractérise tout particulièrement nos Facultés de Lettres et de Philosophie; son étude lui a permis de se rendre compte de nos faiblesses et de nous les signaler délicatement.C\u2019est surtout à Toronto, comme l\u2019écrit avec tant d\u2019autorité M.Woodhouse dans le chapitre sept, que l\u2019on poursuit le plus de travaux de recherches en vue de grades supérieurs.Aussi rêve-t-il de faire de Toronto, qui esL_ incidemment, la plus grande université de l\u2019Empire, une École nationale des Gradés.Pour ma part, je doute fort qu\u2019il réussisse dans son entreprise, car il semble y avoir trop de préjugés, de préventions et de jalousies, même dans les milieux universitaires anglais, pour faire de Toronto le centre par excellence des recherches dans le domaine des humanités.Quoi qu\u2019il en soit, ce sont, à l\u2019heure actuelle, les presses universitaires de Toronto qui encouragent le plus la publication de travaux scientifiques; c\u2019est même l\u2019unique université anglo-canadienne qui accorde des octrois substantiels aux travaux des humanistes en vue de la publication.Les éditions de Laval et d\u2019Ottawa font de louables efforts dans le même sens.Mais il faut créer des fonds pour assurer la publication des ouvrages des professeurs.Le chapitre relatif aux bibliothèques de nos universités, M.Kirkconnell ne l\u2019a certes pas écrit avec enthousiasme, car ces bibliothèques sont, en général, dans un état lamentable.(La bibliothèque du Scolasticat des Pères Jésuites, à Montréal, renferme à elle seule 99,967 volumes, c\u2019est-à-dire autant que toutes les bibliothèques universitaires des provinces maritimes.) Sans doute peut-on remédier aujourd\u2019hui, en partie du moins, à la pauvreté des bibliothèques, en empruntant des livres à Toronto, à Montréal ou à Québec, car en dehors des provinces de Québec et d\u2019Ontario, aucune bibliothèque universitaire ne renferme plus de 100,000 volumes.Mais rares sont les chercheurs assez tenaces pour emprunter constamment des volumes, disons, de Harvard ou de Washington; la plupart se découragent et finissent, faute de volumes à leur disposition, par abandonner leurs travaux.Mais, ce qu\u2019il y a de plus triste et de plus navrant, c\u2019est de voir avec quelle désinvolture les administrateurs des Brochures à 15 sous Pour un dimanche chrétien, par le R.P.Joseph-P.Archambault, S.J.Lecteurs et libraires : I.Quelques aspects de la question des lectures, par le R.P.Paul Gay, C.S.Sp.Lecteurs et libraires : ÏI.Droits et devoirs des libraires, par le R.P.Paul Gay, C.S.Sp.Jeunesse communiste internationale, E.S.P.Abonnement annuel : $1.00 Le problème de l'habitation (E.S.P.).L'organisation démocratique de la vie sociale, par l\u2019abbé André Deroo.Le Manifeste communiste, par le R.P.Chambre, S.J.La Foret, par S.Exc.Mgr Labrie.Abonnement annuel : $1.50 Les deux abonnements combinés : $2.00 ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Ha ê>aubegarbe Assurances en vigueur: CENT MILLIONS Actif : QUINZE MILLIONS Versé aux assurés et bénéficiaires : SEIZE MILLIONS cAââuïanceâ Aux la vie AouA touteA leA fotmeA TÉL.FAlkirk 1116 ÉCHANGE PRIVÉ 1 Cfjartionneau 41\tTUmüée Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PÂTES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL universités canadiennes, de Halifax à Vancouver, se désintéressent presque complètement des bibliothèques universitaires.Consultez à ce sujet les programmes de souscriptions publiques en faveur de nos universités: il n\u2019y est à peu près jamais question de bibliothèques, encore moins de fonds de recherches pour aider les étudiants et les professeurs à publier leurs travaux dans des presses universitaires; on y parle presque toujours de construire des édifices pour le progrès des sciences, et ces édifices sont toujours urgents; ajoutons qu\u2019on ne semble pas manquer de fonds pour les ériger.Mais s\u2019agit-il d\u2019agrandir et d\u2019améliorer les bibliothèques, d\u2019encourager les travaux de recherches et la publication des travaux des professeurs, l\u2019Université n\u2019a presque point de fonds disponibles.En d\u2019autres termes, nos administrateurs ne semblent guère avoir tous un sens aigu et juste des valeurs intellectuelles.Cette amère constatation, on peut la faire aussi en lisant les chapitres neuf et dix, où il est question surtout de l\u2019origine et de la formation des professeurs, de leurs ouvrages, de leurs traitements, puis des revenus des universités, des fonds de recherche et des facilités de publication.N\u2019est-ce pas un peu notre faute si nos philanthropes s\u2019intéressent si peu à l\u2019œuvre universitaire ?Que faisons-nous au juste pour les y intéresser ?N\u2019est-ce pas à nous d\u2019aller à eux et de leur faire valoir la qualité de notre marchandise ?Personne n\u2019était mieux préparé que M.Kirkconnell pour écrire les deux derniers chapitres sur les langues modernes qui sont enseignées dans nos universités et sur les suggestions pratiques qui découlent du rapport lui-même.A l\u2019Université de Winnipeg où il a enseigné une vingtaine d\u2019années, M.Kirkconnell s\u2019est familiarisé avec la plupart des langues slaves et nordiques; il a même déjà fait et publié de nombreuses traductions, par exemple, d\u2019œuvres polonaises, islandaises et russes.Il connaît si bien nos universités canadiennes, il est lui-même si profondément Canadien, que la liste de recommandations qu\u2019il a dressée en terminant vaut tout son pesant d\u2019or.Nos chefs, nos éducateurs, nos intellectuels, nos hommes d\u2019affaires, ne sauraient trop les méditer.C\u2019est tout un programme d\u2019action pour le prochain quart de siècle.On ne saurait être plus clair ni plus concis.Les hommes de bonne volonté considéreront ces conclusions de l\u2019enquête comme un véritable acte de foi en l\u2019avenir de l\u2019humanisme au pays.Je n\u2019insisterai pas longuement sur l\u2019appendice B, qui a été rédigé en collaboration et qui traite de la musique, des beaux-arts et du théâtre dans l\u2019enseignement supérieur; cet appendice (pp.217-236) renferme beaucoup de détails, d\u2019erreurs et d\u2019oublis, et trop peu de jugements de valeur; et il semble avoir été rédigé par des esprits qui ignorent ou qui veulent ignorer à peu près tout ce qui se passe au Canada français.L\u2019appendice D, qui contient la liste des ouvrages et des travaux en cours des humanistes canadiens, est extrêmement précieux et instructif (pp.241-283); il pourra servir de guide aux chercheurs et contribuera grandement à créer des contacts, si nécessaires au Canada, entre les professeurs de nos universités.Ce rapport sur l\u2019état présent des humanités au Canada est le premier du genre en notre pays.Il a déjà soulevé et ne manquera certes pas de soulever encore de nombreux commentaires en certains milieux.Les hommes de science, incidemment, l\u2019ont tellement apprécié qu\u2019ils aimeraient bien, à leur tour, mener une enquête sur la position des sciences dans l\u2019enseignement supérieur.Ce travail d\u2019équipe a pu se réaliser grâce aux qualités de chef des professeurs Kirkconnell et Woodhouse et grâce aussi à la collaboration d\u2019un groupe d\u2019universitaires canadiens.S\u2019il enregistre de nombreuses lacunes, il montre, cependant, la voie à suivre pour relever et perfectionner la situation des humanités au Canada.248 RELATIONS H Les Fabricants FASHION-CRAFT LIMITÉE Conâeil d a dtnin ià t\\ a tion : J.-Louis LÉVESQUE Président Gérard FAVREAU Vice-président exécutif et directeur général Lionel LACROIX 1 Directeurs généraux W.S.McCUTCHEON / adjoints jÇeâ vêtementà 3aâhion-Gia$t Aont U apanage d\u2019une miâe élégante.Emé.Lacroix J.-A.Boivin, N.P.Représentés au Canada par au delà de 500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.r NOUVELLE ÉMISSION $500,000 LES PÈRES EUDISTES de la province de Québec (Incorporée en vertu de la Loi 4, Ed.VII, chapitre 110, 1904 \u2014 Province de Québec) OBLIGATIONS 3>^%, PREMIÈRE HYPOTHÈQUE, SÉRIE « A » Datées du 1er février 1948\tÉchéant du Ie1 février 1949 au leT février 1963 Capital et intérêts semestriels (1er août et 1er février) payables en monnaie légale du Canada, à toutes succursales d'une banque à charte, au Canada.Titres à coupons en coupures de $500 et $1,000 avec privilège d'enregistrement quant au capital.Rache-tables au gré de la Corporation, en totalité ou en partie, à 100 et l'intérêt couru, à toute date d'échéance des intérêts, sur préavis de trente jours.FIDUCIAIRE : Le Sun Trust Limitée, Montréal CONSEILLERS JURIDIQUES :\tSylvestre, Lacroix & Pelletier, Montréal De l'avis des avocats-conseils, ces obligations constitueront un placement autorisé pour les compagnies enregistrées en vertu de la Loi fédérale des Compagnies d'assurance canadiennes et britanniques, 1932, telle qu'amendée.TABLEAU DES ÉCHÉANCES 1949\t\t\t $7,500\t1954\t\t\t$ 9,000\t1959\t\t\t$ 10,500 1950\t\t\t 7,500\t1955\t\t\t 9,000\t1960\t\t\t 11,000 1951\t\t\t 8,000\t1956\t\t\t 9,500\t1961\t\t\t 11,500 1952\t\t\t 8,500\t1957\t\t\t 9,500\t1962\t\t\t 12,000 1953\t\t\t 8,500\t1958\t\t\t 10,000\t1963\t\t\t 368,000 PRIX : 100 ET LES INTÉRÊTS COURUS 210 ouest, rue Notre-Dame, Montréal\t65, rue Sainte-Anne, Québec Tel.: LA.9241\tTel.: 2-1852 a*U IMPRIMERIE DU MERSAQER, NOMTrIa* (t (frelations \u201d uouâ plait} pa&âez-le à voà ami à "]
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