Relations, 1 novembre 1947, Novembre
[" EXPERIENCES D\u2019UN DIRECTEUR DE POLICE Albert PLANTE RESPONSABILITES PATRONALES M.DAGALLIER LES UKRAINIENS DU CANADA Watson KIRKCONNELL ALLOCATION-LOGEMENT EN FRANCE P.LESAGE LA LOI T AFT-HARTLEY.Émile BOUVIER DE PÈRE EN FILS\tBéatrice CLÉMENT \" THE FUGITIVE \" .Paul DONCOEUR ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE NOVEMBRE 1947 Éditoriaux.321 La Radio-Ouest française.\u2014 Initiative bienfaisante.\u2014 Les chrétiennes dans la tourmente.\u2014 Un règlement XVII perfectionné?Articles EXPÉRIENCES D\u2019UN DIRECTEUR DE POLICE.Albert Plante\t323 LA LOI TAFT-HARTLEY.Émile Bouvier\t327 RESPONSABILITÉS PATRONALES.M.Dagallier\t329 LE CONGRÈS DE LA « DÉTERMINATION » .\t.332 DE PÈRE EN FILS.Béatrice Clément 334 LA SEMAINE SOCIALE DE RIMOUSKI.Adélard Dugré\t335 Commentaires.336 La vocation agricole.\u2014 Amitié anglo-canadienne.\u2014 « Tâche de l\u2019éducateur ».\u2014 Importance du film.Au fil du mois.338 Émigration.\u2014 Une vaillante.\u2014 On monte aux chantiers.\u2014 Réclamations polies.\u2014 Rayonnement français.\u2014 Participation aux bénéfices.\u2014 Éducation des adultes.\u2014 Immigration.\u2014 A l\u2019assaut de la Russie.Chroniques EXPÉRIENCES D\u2019ALLOCATION-ÉOGEMENT EN FRANCE., .P.Lesage 340 LES UKRAINIENS DU CANADA.Watson Kirkconnell 343 HORIZON INTERNATIONAL.346 U.R.S.S.\u2014 Monde protestant.\u2014 Indes.« THE FUGITIVE .Paul Doncœur 348 Livres récents.349 Les Magnificences du Précieux Sang.Paul-E.Papillon Le Cœur d\u2019une sainte : Thérèse d\u2019Avila .Adélard Dugré La Vie de grâce ou le paradis sur terre.Jean-Paul Labelle Les Doctrines économiques.__ Richard Arès Richesse et population.Émile\tBouvier Esquisse américaine.1 Jean Nicolet, Nicolas Point, la Viefran- > René Girard çaise à Toronto.J Aux marches du Royaume de Matagami.Al.D.L\u2019Ouragan rouge, Hors de la Tempête, Derrière les murs d\u2019une casemate.Henri Béchard Alouette.Jean Bouchard Les Maisons d\u2019enseignement de la province ecclésiastique de Rimouski .Gérard Dallaire En trois mots.352 NOS COLLABORATEURS \u2022 Le P.Albert Plante, s.j., professeur au Scolasticat de lTm-maculée-Conception, a publié déjà dans Relations plusieurs reportages remarqués.\u2014 M.Dagallier, directeur général d\u2019une importante usine, est un des dirigeants de l\u2019Action catholique Indépendante de France.\u2014 Mlle Béatrice Clément, qui collabore régulièrement à l\u2019Oratoire et à la Famille, nous donne un reportage sur une famille rurale du Québec.\u2014 Le R.P.Adélard Dugré, s.J., est supérieur de la Maison Bellarmin.\u2014 M.le chanoine P.Lesage dirige le Secrétariat social de Roubaix-Tourcoing et s\u2019intéresse d\u2019une façon particulière au problème du logement, -r- M.Watson Kirkconnell, membre de la Société Royale du Canada, professeur à l\u2019Université McMaster d\u2019Hamilton, est un polyglotte distingué bien au courant de la presse néo-canadienne.\u2014 Le P.Paul Doncœur, s.j., rédacteur aux Études, profite de son séjour dans la capitale du cinéma pour nous signaler la primeur d\u2019un grand film catholique.RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur : Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs : Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur : Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger: $3.00 $2.50 par année\tPour les étudiants: $2.00 \u2022 publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus Directeur : Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL - 34\tCANADA Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. Vllème année, No 83 Ecole Sociale Populaire, Montréal Novembre 1947 EDITORIAUX JÇa (Radio-OueSt française LES GOUVERNEURS de Radio-Canada ont ajourné J leur décision sur la requête en faveur de deux postes français à Edmonton et Prince-Albert.Simple ajournement ou enterrement de première classe ?Nous ne voyons pas comment les gouverneurs pourraient refuser la demande de nos compatriotes de l\u2019Ouest en faveur de postes privés, entretenus à leurs frais et à leur risque.Et l\u2019opposition au projet s\u2019est avérée tellement injuste, anti-démocratique et préjugée.Si parfois ils en étaient tentés, l\u2019opinion des Canadiens français et de tous les esprits honnêtes les empêchera de succomber à la tentation.Ceux qui n\u2019aiment pas qu\u2019on rappelle le dérangement des Acadiens feront bien de prévenir cet autre genre d\u2019écrasement d\u2019un peuple.Ceux qui chantent le mérite des Old-Timers feront bien de ne pas confondre avec les Doukhobors les très vieux Canadiens dont la langue se parla à Calgary en 1747, quand M.de Niverville y établit le fort de la Jonquière.On ne biffe pas l\u2019histoire en l\u2019ignorant.On ne biffe pas les droits de premier occupant à coups de mémoires fanatiques, quitte à palabrer sur l'unité nationale.Certains master-born ont toujours l\u2019espoir de l\u2019uniformité anglophone, même dans le Québec.Mais oui! initiative bienfaisante LES PULMONAIRES, anciens et actuels, ont appris > au début d\u2019octobre une encourageante nouvelle: l\u2019établissement par le gouvernement, à la demande de l\u2019Association de la Croix de Lorraine, d\u2019un Bureau de placement pour anciens tuberculeux, distinct de l\u2019organisme provincial de placement, mais rattaché comme lui au ministère du Travail.Ce bureau constituerait un précédent dans toute l\u2019Amérique du Nord.Il y a déjà six ans, une Amicale d\u2019anciens du sanatorium du Lac-Édouard élargissait ses cadres pour grouper tous les anciens tuberculeux sous le nom d\u2019Association de la Croix de Lorraine, avec la devise: S'unir pour survivre.(Relations, 1941, p.163.) Survivance ne signifie pas tant la victoire sur la maladie elle-même que le triomphe sur le microbe de la peur, qui ronge parfois le milieu où revient le tuberculeux guéri et qui l\u2019empêche de trouver un emploi.A cette crainte irraisonnée des bien portants, qui ne font pas toujours assez confiance au verdict de guérison du médecin, s\u2019ajoute une autre difficulté: la nécessité d\u2019adapter l\u2019emploi aux forces.Si des malades peuvent reprendre sans danger leur occupation d\u2019autrefois, d\u2019autres, sans une nouvelle orientation, s\u2019achemineraient vers une rechute.Le nouveau Bureau va donc rendre de grands services.Son efficacité sera d\u2019autant plus grande que le gouvernement a nommé comme directeur M.Émile Simard, ancien pulmonaire et président de l\u2019Association de la Croix de Lorraine depuis sa fondation.Jusqu\u2019à ces derniers temps, le manque de fonds a forcé l\u2019Association de mener une existence plutôt humble.Mais cette humilité des manifestations extérieures ne doit pas faire oublier l\u2019admirable ténacité d\u2019un groupe de membres du Conseil qui toujours gardèrent l\u2019espérance de venir en aide de façon concrète à ceux qui comme eux avaient vaincu la tuberculose et reprenaient la vie normale dans des circonstances particulières.Ceux qui sont passés par le sanatorium comprennent parfaitement toute la joie qui arrive aux anciens pulmonaires.Cette fondation est une initiative de grande portée sociale.Il faut en féliciter le gouvernement qui a compris les légitimes, demandes de l\u2019Association de la Croix de Lorraine.JÇeS chrétiennes dans la tourmente.SS.PIE XII a profité d\u2019une audience accordée à \u2022 mille dames et jeunes filles de quarante nations, réunies à Rome en congrès, le 11 septembre, pour étudier avec sa vigueur et sa hardiesse habituelles de pensée la situation de la femme dans le monde moderne, et pour donner aux chrétiennes de notre temps, avec le sens de leurs responsabilités, des directives de lumière et de force.La substantielle allocution est un de ces textes qui doivent être lus, relus, médités et.mis en NOVEMBRE 1947 321 pratique.Que nos associations féminines en particulier en fassent leur profit.(Le texte intégral a été publié dans le Devoir du 14 octobre et paraîtra dans les Actes Pontificaux de l\u2019E.S.P.) Contentons-nous d\u2019appuyer ici sur quelques pensées.Le Saint-Père décrit d\u2019abord le sort affreux fait aujourd\u2019hui à la femme dans trop de pays.Dans ce monde si dur pour elle, le rôle de la chrétienne ne saurait être effacé comme autrefois.Elle doit prendre sa part dans la bataille pour le bien, « bataille pour les droits de la famille, pour la dignité de la femme, pour l\u2019enfant et pour l\u2019école.Mais vous avez de votre côté la saine nature.; vous avez surtout Dieu.Donnez donc raison à cette pensée de saint Paul: Votre foi a fait de vous des héros dans le combat.» Mais ce n\u2019est pas n\u2019importe quelle foi qui donnera cette victoire.Il y faut « une foi absolue, sans réserves et sans réticences, une foi qui ne bronche pas devant les ultimes conséquences de la vérité, qui ne recule pas devant ses plus rigoureuses applications ».Le Souverain Pontife met en garde ses auditrices contre l\u2019erreur de la main inconsidérément tendue: « Ne vous laissez pas duper, comme tant d\u2019autres, après mille expériences désastreuses, par le songe creux de gagner à vous l\u2019adversaire à force de marcher à sa remorque et de vous modeler sur lui.» Le Pape est heureux de noter que les associations représentées à Rome ont mis dans leur charte l\u2019espoir « de rallier à leurs principes toute la jeunesse féminine du monde qui accepte comme fondement la loi naturelle dont la source est Dieu, et à plus forte raison toutes celles qui, en tant que chrétiennes, croient au Christ Rédempteur.».Il nous semble voir un sourire s\u2019esquisser sur les lèvres du Pontife quand il fait entendre la voix de l\u2019expérience: « Nous applaudissons à votre entrain, à votre optimisme, et nous louons votre intention.Mais prenez-y garde ! Le grand secret pour gagner les autres, c\u2019est avant tout de leur donner l\u2019évidence que, pour une catholique, sa foi est une solide et pleine réalité.» Une erreur plus pernicieuse fait le sujet de la deuxième recommandation pontificale.Pas de faux spiritualisme! affirme Pie XII: « Sous couleur de défendre l\u2019Église contre le risque de se fourvoyer dans la sphère du temporel, un mot d\u2019ordre, lancé il y a quelques dizaines d\u2019années, continue de s\u2019accréditer dans le monde: retour au pur spirituel.Et l\u2019on entend par là la confiner étroitement sur le terrain de l\u2019enseignement strictement dogmatique, l\u2019offrande du saint sacrifice, l\u2019administration des sacrements, lui interdire toute incursion, tout droit de regard même, sur le domaine de la vie publique, toute intervention dans l\u2019ordre civil ou social.Le mot d\u2019ordre doit être tout à rebours: pour la foi, pour le Christ, dans toute la mesure du possible, présence partout où sont en cause les intérêts vitaux, où sont en délibération les lois qui régissent le culte de Dieu, le mariage, la famille, l\u2019école, l\u2019ordre social, partout où se forge par l\u2019éducation l\u2019âme d\u2019un peuple.» Dédions ce dernier paragraphe aux demi-catholiques à double conscience, toujours prêts à dénoncer « l\u2019influence indue » de l\u2019Église dans le temporel, afin de pouvoir plus facilement, libres de toute contrainte et de tout contrôle, se soustraire aux exigences embarrassantes de la morale.Au milieu de la confusion des idées, devant l\u2019impuissance de trop de catholiques, de dirigeants même, à résoudre les problèmes de l\u2019heure, combien parmi les classes laborieuses surtout se prennent à douter! Ils prêtent l\u2019oreille aux promesses des faux prophètes.Le Pape leur rappelle que l\u2019Église possède la doctrine qui sauve, la seule qui puisse assurer l\u2019équilibre des forces en présence, uniquement inspirée par le bien commun.Doctrine progressive cependant: l\u2019Église est à l\u2019avant-garde du progrès social et préconise depuis longtemps des principes et des réformes que d\u2019autres tentent de s\u2019approprier.Les chrétiennes ont un rôle capital à jouer pour faire triompher cette doctrine de salut jusque dans la vie politique.« Ce domaine a plusieurs aspects distincts: la sauvegarde et le soin des intérêts sacrés de la femme, par le moyen d\u2019une législation et d\u2019un régime respectueux de ses droits, de sa dignité, de sa fonction sociale \u2014 la participation de quelques femmes à la vie politique en vue du bien, du salut et du progrès de toutes.Votre rôle, à vous, est, d\u2019une manière générale, de travailler à rendre la femme toujours plus consciente de ses droits sacrés, de ses devoirs, de sa puissance soit sur l\u2019opinion publique dans les relations quotidiennes, soit sur les pouvoirs publics et la législation par le bon usage de ses prérogatives de citoyenne.« Tel est votre rôle commun.Il ne s\u2019agit pas pour vous d\u2019entrer en masse dans la carrière politique, dans les assemblées publiques.« Vous devrez, du moins la plupart, donner le meilleur de votre temps et de votre cœur au soin de la maison et de la famille.Nous ne perdons pas de vue que l\u2019édification d\u2019un foyer où tous se sentent à l\u2019aise et heureux, puis l\u2019éducation des enfants, sont une contribution de première valeur au bien commun, un service appréciable dans l\u2019intérêt du peuple entier.« Celles d\u2019entre vous qui, plus libres de leur personne, plus aptes et mieux préparées, assumeront ces lourdes tâches de l\u2019intérêt général, seront vos représentantes et comme vos déléguées.Faites-leur confiance, comprenez les difficultés, les peines et les sacrifices de leur dévouement: soutenez-les, aidez-les.» Nos Canadiennes françaises puiseront là encouragement et lumière pour continuer dans un monde nouveau et tourmenté l\u2019œuvre de paix, de clarté et d\u2019assainissement commencée par leurs admirables devancières, imitant les premiers chrétiens et chrétiennes, qui « furent des hommes et des femmes de sacrifice: autrement, il leur eût été impossible de remporter sur la haine, l\u2019impiété, la luxure, les triomphes splendides 322 RELATIONS dont le seul récit vous ravit d\u2019admiration, comme il frappe de stupeur même les incroyants ».Un tellement XVII perfectionné ?LE RÉCENT CONGRÈS de l\u2019Association canadienne-' française d\u2019Éducation de l\u2019Ontario a mesuré la menace qui pèse sur les écoles françaises de cette province et fortifié la détermination de nos compatriotes d\u2019y faire face.Depuis deux ans, à Toronto, une Commission royale enquête sur tout le système scolaire ontarien.Selon des informations sûres, les conclusions de son rapport, quant aux écoles françaises, ne laissent guère de doute: le chambardement du système éducatif en vigueur \u2014 Revolution is due in Ontario schools, dit la Gazette du 21 octobre \u2014 fournira l\u2019occasion d\u2019ébrécher les droits garantis aux écoles séparées et bilingues.Notre correspondant'au congrès d\u2019Ottawa (voir « Le congrès de la détermination », p.332) donne quelques premiers détails sur une situation que nous nous ferons un devoir d\u2019éclairer aussi complètement que possible.Ce qui aggrave la menace, c\u2019est que les inspirateurs des mesures projetées sont les mêmes qu\u2019en 1913, lors du fameux Règlement XVII.Profitant des leçons de l\u2019expérience, ils veulent cette fois éviter toute mesure ouvertement spoliatrice; ils redoutent le choc en retour de l\u2019opinion canadienne, qui finalement fit avorter leurs beaux espoirs d\u2019un Ontario unilingue et aussi protestant que possible.Le plan semble devoir être insidieux et sournois.La générosité dans la distribution de certains octrois masquera la strangulation progressive de la minorité, tandis que des réformes de structure, qui peuvent avoir leurs avantages pédagogiques \u2014 comme de réduire le primaire de huit à six années,\u2014 auront des conséquences funestes pour les droits des écoles bilingues séparées.Un Règlement XVII perfectionné, quoi! La résistance s\u2019annonce aussi ferme et clairvoyante qu\u2019autrefois.Elle doit pouvoir s\u2019appuyer comme jadis sur un Québec solidement uni pour la défense de nos libertés essentielles partout au Canada.C\u2019est un honneur et un devoir de lutter pour la liberté.Comme dans l\u2019affaire de Radio-Ouest française, nous pouvons escompter que des Anglo-Canadiens de plus en plus nombreux s\u2019élèveront contre le fanatisme.L\u2019opinion canadienne, une fois éclairée sur la portée des manœuvres en cours, pourrait bien faire ravaler à ces messieurs de Toronto ce nouveau Règlement XVII.Comme disait le vieux colonel Keller: « J\u2019ai les os durs, moi.Quand on veut m\u2019avaler, je me mets de travers, et ça ne passe pas! » Voilà bien des années que nous pratiquons ce geste peu élégant, mais nécessaire,\u2014 peu élégant surtout pour celui qui s\u2019étouffe sans parvenir à nous bouffer.TÉMOIGNAGES\t\u2022-\u2022 EXPÉRIENCES D\u2019UN DIRECTEUR DE POLICE Albert PLANTE, S.J.COMME je me trouvais à Hull au début de juin dernier le R.P.Stanislas Larochelle, O.M.I., curé de Notre-Dame, me dit: « Allez donc rencontrer le directeur de police, M.Robert, qui fait de l\u2019excellent travail pour les jeunes.» Je m\u2019en fus au poste.Le directeur disposait d\u2019une heure, devant se trouver à onze heures sur le pont interprovincial, au passage de M.Tiuman en route pour Montebello.Onze heures arrivées, je voulus me retirer.« Restez, j\u2019aime bien mieux parler de réhabilitation que d\u2019aller voir passer Truman.» Il donna ses ordres et causa jusqu\u2019à une heure et quart.J\u2019étais allé à cette entrevue sans préoccupation d\u2019article, tout bonnement heureux de me renseigner.Je constatai vite qu\u2019il valait la peine de faire connaître au moins les grandes lignes d\u2019un entretien très ouvert où défilèrent divers problèmes.M.J.-A.Robert a une longue expérience.Après avoir été un an détective privé à l\u2019hôtel Mont-Royal, il entra en 1930 dans la police provinciale; il travailla, deux ans et demi, dans le secteur de la moralité à Montréal, conjointement avec la police municipale.L\u2019élection de 1936 lui donna sa liberté.En juillet 1937, il devint directeur de police à Hull, après avoir refusé le même poste, mieux rémunéré mais trop tranquille à son goût, à Arvida.Ce goût de l\u2019action n\u2019est pas chez lui simple dilettantisme de policier batailleur content de trouver dans un milieu plus remuant des cas plus intéressants; c\u2019est désir profond \u2014 qu\u2019on repère aisément en l\u2019écoutant \u2014 de faire du bien, désir qu\u2019entretiennent sa foi et ses lectures.Foi et étude, deux facteurs qui aident à voir clair et à agir avec courage au milieu des difficultés que rencontre un chef de police décidé à maintenir l\u2019ordre dans sa ville.DÉLINQUANCE JUVÉNILE : PRÉVENTION L\u2019entrevue débute par la délinquance juvénile.M.Robert met tout de suite l\u2019accent sur la prévention.C\u2019est là le grand point.La police est appelée à y jouer son rôle.En effet, la fonction authentique du policier ne consiste pas simplement à faire des arrestations, mais à prévenir autant que possible les manquements des jeunes et des adultes; dans la rue à toute heure, il connaît bien les activités de son secteur.Ces policiers doivent représenter quatre-vingts pour cent de la force constabulaire; le reste se partage à peu près également la Sûreté (service des détectives), la circulation, les archives, le travail intérieur.NOVEMBRE 1947 323 Parler du rôle des policiers dans la prévention de la délinquance, c\u2019est insinuer la nécessité de les préparer à des contacts individuels avec les jeunes.Le premier contact d\u2019un jeune avec la police ne s\u2019effacera pas.Si l\u2019agent le rudoie en sacrant, un désastre peut s\u2019ensuivre, surtout s\u2019il y a un problème familial ; il importe beaucoup qu\u2019il devienne l\u2019ami des jeunes.Quand il remarque un groupe de suspects, la meilleure méthode ne consiste pas à les poursuivre, mais à gagner leur amitié, même si ça devait prendre une semaine.Une fois ami, il s\u2019informe à fond.S\u2019il constate* qu\u2019il ne peut prévenir les manquements, il doit confier ses amis à un organisme social qui aille à la source du mal.M.Robert insiste sur ce dernier point.C\u2019est le plus vite possible, et non seulement à la troisième offense, qu\u2019on doit s\u2019efforcer de faire disparaître les conditions qui amènent la délinquance.Si l\u2019on conquiert le chef de la bande, les autres suivront.Il n\u2019y a pas assez de centres récréatifs.Les terrains de jeu font du beau travail, mais ils ne résolvent pas le problème des périodes difficiles, où les amusements extérieurs sont impossibles.Ces brèves notations sur le rôle de la police dans la prévention de la délinquance ouvrent une perspective intéressante.La conception d\u2019un policier ami véritable des jeunes et bon Samaritain, qui se penche avec compassion sur leurs difficultés, est attrayante.On pourra objecter que, l\u2019idée de police éveillant plutôt des réflexes de crainte chez les gens de tout âge, il est assez difficile de compter sur elle pour un travail sérieux sur les jeunes, et qu\u2019il vaut donc mieux confier l\u2019ouvrage à un groupe spécialisé, distinct de la police municipale.On peut d\u2019abord répondre que le corps de police qui vivrait cette conception d\u2019amicale surveillance préventive se trouverait à former lui-même l\u2019opinion publique.Quant au groupe spécialisé, M.Robert est d\u2019avis qu\u2019il peut être très utile, pourvu qu\u2019il reste à l\u2019intérieur du service policier.Agir autrement, c\u2019est dédoubler en vain.Il est préférable de perfectionner ce qui existe.Nous avons demandé au directeur s\u2019il possédait des statistiques pour illustrer le travail de la police de Hull.Voici, pour les six dernières années, la courbe descendante des arrestations de jeunes en bas de seize ans: 1940, 73; 1941, 55; 1942, 52; 1943, 33; 1944, 28; 1945,16.A noter que la population de Hull a sauté, depuis 1939, de 30,000 à 40,000.Autre objection: les contacts individuels sont autrement plus complexes dans une grande ville.D\u2019après M.Robert, l\u2019objection n\u2019est pas forte; il s\u2019agit d\u2019avoir le nombre de policiers proportionné à la population, de les bien former et de les distribuer, non d\u2019une façon mathématiquement égale, mais d\u2019après les besoins des quartiers.Soulignons que les jeunes difficiles ne seront pas abandonnés si l\u2019on a, d\u2019une part, des policiers bien préparés, aidés au besoin d\u2019un groupe spécialisé, et, d\u2019autre part, une forte organisation paroissiale comme celle de la basilique à Ottawa.(Cf.article du P.Girard: « Au service des méchants garnements », dans Relations de septembre.) TRAITEMENT Malgré tout le dévouement de policiers compétents et aimables, il y aura des délits.A ce moment encore leur façon de prendre contact avec les jeunes est très importante.On devine la pensée de M.Robert: beaucoup de bonté.Les cours juvéniles doivent posséder les spécialistes requis: juges, psychologues, psychiatres, auxiliaires sociaux.Le délinquant gagne à être laissé en liberté après la première offense.Il appartient à l\u2019auxiliaire social de le suivre, de constater si la cause du manquement persiste et de le sortir, au besoin, de son milieu.S\u2019il faut de bonnes institutions pour les délinquants, il en faudrait également pour ceux qui, sans être rendus à ce stage, ont besoin d\u2019un secours spécial.Pour illustrer sa pensée, le directeur cite le cas d\u2019une fille de quatorze ans, orpheline de mère.Chaque soir, le père entrait tard, en boisson, et la faisait lever pour lui préparer son repas.On redoutait l\u2019inceste.Le père consentait au placement dans une institution.Mais où ?Ce n\u2019était pas une délinquante.Par ailleurs, plus éveillée que des enfants venant de milieux sains, il lui aurait fallu des soins bien individualisés.Il fut impossible de la placer; elle devint prostituée.Il ne devrait pas y avoir pour les délinquants de sentence à terme défini; la libération devrait dépendre du directeur de l\u2019institution, qui peut le mieux juger de l\u2019amendement et donc de la sortie.Si alors le milieu familial n\u2019est pas bon, le foyer nourricier est tout indiqué.C\u2019est ici qu\u2019il a sa place; un placement familial dès le début serait prématuré, les familles n\u2019étant pas ordinairement préparées à donner aux délinquants le traitement nécessaire à leur réforme.Il faut des auxiliaires sociaux pour les suivre à leur sortie; l\u2019effet psychologique de ces visites est merveilleux.Qu\u2019on ne surcharge pas les auxiliaires.L\u2019idéal serait une vingtaine de cas chacun.RÉHABILITATIONS DIVERSES M.Robert avait débuté en parlant avec une grande conviction de la nécessité de la prévention.Il mit non moins d\u2019ardeur à souligner l\u2019importance de la réhabilitation.Réhabilitation non seulement des jeunes délinquants, mais aussi des prisonniers, des criminels de tout âge.Elle doit commencer devant la Cour, et se poursuivre, s\u2019il le faut, tant que le type vivra ou, du moins, tant qu\u2019elle ne s\u2019avère pas impossible.Il y a ces alcooliques chroniques \u2014 mendiants parfois vicieux, parfois honnêtes \u2014 qui reviennent constamment devant le tribunal et à qui une ferme de désintoxication, comme il en existe paraît-il en Belgique, pourrait rendre de grands services.Le nombre des non-réhabilitables serait très petit si l\u2019on commençait le travail de bonne heure.Quatre faits empêchent la réhabilitation: des contacts malheureux 324 RELATIONS avec la police; un mauvais jugement par excès de sévérité ou de clémence, le juge ne voulant pas se laisser éclairer ou n\u2019ayant pas le personnel voulu pour arriver à une connaissance parfaite du cas; un internement sans souci de réhabilitation; l\u2019abandon du prisonnier, à sa libération.Un cas prouvera les méfaits d\u2019un internement pur et simple, sans travail sur tout l\u2019homme pour l\u2019aider à refaire sa vie.Un jeune homme très intelligent, caissier d\u2019une importante compagnie, avait près de mille dollars d\u2019épargne et devait se marier.Un jour, il prit de la bière.Un peu grisé, il se rendit à une maison de jeu et pour son malheur, note M.Robert, gagna une centaine de dollars, ce qui lui donna le goût de revenir.Il revint plusieurs fois, perdit, dépensa ses économies, fit un faux chèque de quinze dollars, que ses parents refusèrent de reconnaître, et fut arrêté.Il rencontra dans la cellule un bandit de race, qui lui montra de la sympathie.« Quand tu sortiras, rends-toi à tel restaurant de la rue Sainte-Catherine, on t\u2019aidera.» Il y alla; on lui procura chambre, repas et fille.Intelligent, il domina bientôt la bande et la mena dévaliser une série de coffres-forts, à commencer par la caisse dont il avait eu la garde.Il est passé bandit de grande classe, déjà condamné quatre ou cinq fois.Voici pour faire contraste.Un jeune, pris avec une bande, est condamné à vingt ans.Comme il n\u2019a fait que se laisser entraîner, il est mis en liberté après cinq ans.M.Robert qui le vit à son bureau lui dit qu\u2019une compagnie s\u2019offre à l\u2019engager comme contrôleur du temps des ouvriers.Surprise du jeune homme devant cette marque de confiance.Il donne satisfaction et à son protecteur et à son employeur.Constatant un jour que son protégé a trop de loisirs, le directeur lui suggère de les occuper; la suggestion acceptée, le revenu augmente.Il s\u2019intéresse également à la future du jeune homme et lui montre l\u2019appui qu\u2019elle lui apportera.M.Robert passe à la réhabilitation des prostituées.Quand on parle de délinquance, remarque-t-il, on pense peut-être trop exclusivement aux garçons.Les prostituées sont, à son avis, des révoltées contre la société.Elles se sentent perdues; le grand nombre seraient heureuses de devenir meilleures.Un jour il rencontra une de ces malheureuses, que son travail de directeur lui permit d\u2019identifier.Cette jeune fille \u2014 une beauté, \u2014 devenue tuberculeuse, était découragée.Elle lui dit: « C\u2019est fini.» Comprenant qu\u2019elle allait se noyer, il l\u2019amena à son bureau, la fit manger, fumer et causer.Il obtint son entrée au sanatorium.Elle lui avouait que la plupart des prostituées passent par des crises de remords: « Si jamais je guéris, je m\u2019emploierai à leur faire du bien.Quatre-vingts pour cent veulent sortir de cette vie-là.Donnez-leur la chance de le faire.» Elle mourut au sanatorium.Si l\u2019on donne aux prostituées et aux autres qui ont besoin de réhabilitation la chance de sortir de leur milieu, tout est sauvé.Mais il faut être prudent; il vaut mieux bien réhabiliter dix personnes par année que de travailler sur un grand nombre sans résultats.Il y a des pessimistes \u2014 auxiliaires sociaux, avocats, policiers \u2014 sur la réhabilitation des prostituées.M.Robert est plus optimiste.Il ne s\u2019agit pas de fonder pour elles un grand établissement.L\u2019expérience d\u2019une ville canadienne prouve que c\u2019est aller à un fiasco.Ce qu\u2019il faut, ce sont des contacts individuels.On doit commencer par leur parler de bien-être personnel, car elles se posent comme première question: « Qu\u2019est-ce que ce changement va me donner ?» Il faut donc leur trouver de l\u2019ouvrage et les surveiller discrètement.Il y a quatre causes à la prostitution; la traite des blanches; les restaurants mal tenus, écoles primaires de la prostitution où la jeune fille acquiert, parfois à son insu, une mentalité de prostituée; les grills, écoles supérieures du vice, où la boisson facilite même à des filles de seize et dix-sept ans, non plus seulement la prostitution morale comme dans le cas précédent, mais la prostitution physique; enfin ces filles sont mûres pour la prostitution organisée et elles vont être aidées par des souteneurs, des propriétaires de maisons, des chauffeurs de taxi.Spontanément M.Robert avoua que la suggestion d\u2019une Commission des Liqueurs indépendante de la politique était l\u2019unique solution au problème des grills.Jusqu\u2019aux brasseries qui sont de cet avis.Un de leurs représentants le lui avait affirmé peu de temps auparavant.Leur motif?Elles redoutent que l\u2019opinion publique, soulevée un jour contre de tels abus, ne réclame la prohibition totale.Moralité et intérêt financier sont d\u2019accord.D\u2019après le directeur, la lutte n\u2019est pas facile: « Si vous saviez la misère que j\u2019ai eue à vaincre ici une organisation de trois millions! A Montréal, c\u2019est de vingt-cinq millions qu\u2019il s\u2019agit.» Ces confidences sur la réhabilitation font réfléchir.Que seraient devenus notre caissier, mêlé sans discernement à un bandit de race, et la prostituée tuberculeuse, s\u2019ils avaient rencontré la sympathie profondément humaine et chrétienne de gens soucieux de les réhabiliter ?Un bon travail exige sans doute à certaines heures de pénibles efforts qui ne produisent pas toujours les fruits espérés.Mais les vraies consolations ne manquent pas.Ceux qui ont assisté le printemps dernier à la causerie du R.P.Courtois, dominicain français, sur la réhabilitation des prisonnières, ont entendu raconter des faits de sainteté et ont pu constater qu\u2019il y a dans l\u2019âme la plus dépravée une possibilité de résurrection morale.L\u2019auditoire comprenait des laïcs, des prêtres, des religieux.Qui aurait pu se prétendre aussi surnatu-rellement généreux que certaines de ces criminelles qui avaient tué, mais qui, encouragées, étaient montées du crime au don total ?Les preuves de ce don étaient fulgurantes.De tels faits secouent le pharisaïsme des bonnes gens portés à regarder de haut les pauvres brebis perdues, si chères pourtant au cœur du Christ venu surtout pour les malades.L\u2019absence d\u2019une vaste orga- NOVEMBRE 1947 325 nisation méthodique de réhabilitation à tous les degrés dénote un manque d\u2019envergure dans le traitement des problèmes sociaux.RIGUEUR JURIDIQUE EXCESSIVE?En 1938, M.Robert faisait approuver, au sujet des chauffeurs de taxi, un règlement qui lui laissait une très grande latitude.Un questionnaire assermenté assurait la sélection, car une enquête postérieure permettait de contrôler les réponses et de traduire comme parjures ceux qui faisaient de fausses déclarations.Ce règlement écarta dix-huit chauffeurs à dossier criminel.Des propriétaires de taxis étaient enchantés d\u2019une mesure qui aidait l\u2019honnêteté du service.Or voici qu\u2019un chauffeur porte son cas devant la Cour.Il perd en première instance, mais gagne son appel, le règlement municipal étant déclaré ultra vires en vertu de l\u2019article 59 de la loi des véhicules automobiles.«Nous étions prêts à n\u2019imposer qu\u2019un dollar \u2014 le règlement en prévoyait cinq, \u2014 que cinquante sous même, pour notre permis municipal, car tout ce que nous désirions, c\u2019étaient des chauffeurs honnêtes.» Autre exemple de complication juridique qui ne vivifie pas.Un règlement municipal sur la décence existait à Hull depuis le 4 août 1919.Un jour, une personne est condamnée à cinquante dollars et aux frais.Cette personne en appelle, et la Cour, à cause d\u2019un léger défaut dans le texte, le déclare ultra vires.M.Robert en prépare un autre de vingt pages, qu\u2019il soumet à la Commission des Affaires municipales; celle-ci biffe tout ce qu\u2019elle dit être de la juridiction fédérale et provinciale et renvoie le texte réduit à deux pages.On pensera sans doute qu\u2019il est difficile de faire du bien.N\u2019y aurait-il pas moyen d\u2019intégrer dans un règlement municipal des textes d\u2019esprit fédéral ou provincial quand cette intégration fait heureusement coopérer les trois juridictions à l\u2019assainissement de la morale publique?C\u2019est peut-être là langage d\u2019ignorant des exigences juridiques, mais le profane reste surpris devant certains faits.On comprend le mot un peu désabusé du directeur: « Nos armes, c\u2019est la loi.» C\u2019est dire que la police a les mains liées quand l\u2019esprit ne vivifie pas la lettre de la loi, ou que l\u2019on n\u2019encourage pas l\u2019application de lois claires en elles-mêmes.UNE ÉCOLE PROVINCIALE POUR POLICIERS Parlant du rôle de la police dans la prévention de la délinquance juvénile, M.Robert avait noté les grandes qualités nécessaires pour exercer une influence sur les jeunes.Il s\u2019était prononcé contre le principe de l\u2019athlète avant tout, appréciation qui a chez lui d\u2019autant plus de valeur qu\u2019il est d\u2019une carrure imposante.Les qualités du corps viennent en troisième lieu, après les valeurs morales et intellectuelles.Il revint sur le sujet.Se faisant une haute conception de la police, il est en faveur d\u2019une École provinciale: « Même si l\u2019on a tous les services sociaux imaginables, 326 le travail sera inutile sans une bonne force policière.Le Service familial est souvent averti quand le mal existe déjà.La police doit prévenir ce mal.» Il estime que le service policier, une fois bien spécialisé, pourrait être des plus intéressants pour un jeune homme.L\u2019École de policiers, il la désire ardemment en dehors de la politique.« Ça peut être plus dommageable que si l\u2019on n\u2019en avait pas du tout.» Il a tout un programme d\u2019élaboré.Voici sarfaçon de procéder.Il commence par donner aux aspirants le Vade-mecum du policier chrétien, du P.Pierre Trudel, o.P.S\u2019il y a, à ce moment, un groupe en retraite à la Maison du Sacré-Cœur des Pères Oblats, il les y envoie.Suivent l\u2019étude de la loi, la lecture, les cours qu\u2019il donne lui-même et dont la moitié regarde la façon de rencontrer le public, le tir au revolver et d\u2019autres exercices.« On fait de la culture physique quand on a le temps.» La formation dure soixante jours, pendant lesquels les policiers ne sortent que pour des activités de peu d\u2019importance.IDÉAL ET RÉALITÉ Ce court article, qui ne raconte évidemment pas toute l\u2019entrevue, ne peut impressionner aussi fortement que nos trois heures avec M.Robert.Ne laissera-t-il pas toutefois subsister un peu du sentiment que nous avions en le quittant?D\u2019un côté, constatation de la complexité des problèmes humains; de l\u2019autre, sens aigu de ce qui reste à faire.Il ne faut pas mésestimer le bien qui se fait déjà.On ne doit pas prétendre que le gouvernement ne fait rien, ni oublier qu\u2019il a ses difficultés.Mais la charité chrétienne ne peut se contenter d\u2019un regard satisfait sur le travail accompli.Elle cherchera comment soulager plus profondément la misère physique et morale, ne se laissant pas arrêter par le principe qu\u2019il y a loin de l\u2019idéal à la réalité.L\u2019idéal étant synonyme de plénitude de l\u2019être est plus réel que les actions que viennent affaiblir, non seulement les déficiences inévitables de tout ce qui est humain, mais nos compromissions et nos atermoiements volontaires.Signes des temps LE MOT D'ORDRE DU PAPE .« Nous sommes à une heure décisive de l'histoire.De même que le royaume du mal, avec une stratégie infernale, emploie tous les moyens et déploie toutes ses forces pour détruire la foi, la morale, le royaume de Dieu, les fils de la lumière et les enfants de Dieu doivent également tout employer et s'employer eux-mêmes tout entiers pour le défendre, s'ils ne veulent pas une ruine incomparablement plus grande et plus désastreuse que toutes les ruines matérielles accumulées par la guerre.(( Personne dans cette lutte ne peut rester neutre ni indécis.Il y faut un catholicisme éclairé, convaincu, serein, à base de foi et de morale, de sentiment et d'action, en privé et en public.C'est ce qu'une généreuse jeunesse catholique proclamait à Fatima, il y a quatre ans: Des catholiques cent pour centl.» {Radio-message de S.S.Pie XII pour le couronnement de Notre-Dame de Fatima, 13 mai 1946.) RELATIONS LA LOI TAFT-HARTLEy Émile BOUVIER, S.J.JUSQU\u2019EN JUIN DERNIER la législation américaine du travail se résumait à deux lois: la loi Norris-La Guardia de 1932, qui protégeait les syndicats contre toute injonction des cours, et la loi Wagner de 1935, véritable charte américaine du travail.Cette charte garantissait aux ouvriers le droit de se syndiquer, et aux syndicats le droit de négocier avec les patrons des conventions collectives.Elle visait deux buts: assurer, avec la diffusion des conventions collectives, l\u2019extension du syndicalisme,; parvenir à une solution amicale des conflits du travail.Pour arriver plus sûrement au premier, elle éliminait l\u2019ingérence patronale dans les questions syndicales et garantissait formellement l\u2019exercice du droit de grève.Pour atteindre au second, elle installait dans les institutions américaines le mécanisme des conventions collectives.Le premier but a été pratiquement atteint.En 1935, les syndicats groupaient à peine quatre millions de membres.En 1947, sur un total de près de 60 millions de travailleurs, ils en groupaient 15 millions, le quart.Quant au second, ce fut un échec.Le chaos d\u2019après-guerre, le développement de l\u2019industrie, la hausse des salaires, la puissance croissante du mouvement ouvrier ont bouleversé la situation sociale.Une série ininterrompue de grèves marqua la fin de la guerre: en 1945, les ouvriers perdirent 38,000,000 de jours de travail.En 1946, 4,985 grèves causèrent une perte de 118,000,000 de journées.Des grèves nationales comme celles des charbonnages, du téléphone, du transport défiaient le gouvernement.La réaction s\u2019imposait.Le nouveau Congrès et la Chambre des représentants firent une volte-face déterminée contre le mouvement ouvrier.Le point de départ de ce revirement fut l\u2019attitude de John-L.Lewis lors de la dernière grève des mineurs.Dès janvier 1947, la Commission sénatoriale du \u2018travail dirigée par le sénateur Taft étudie la question syndicale.A la Chambre des représentants, une commission dirigée par M.Hartley se met à l\u2019œuvre plus tard, mais termine son travail plus tôt.Le 7 avril, la Chambre des représentants adopte, par 308 voix contre 107, un projet de loi draconien.Ce projet toutefois n\u2019obtient pas au Sénat une majorité suffisante pour passer outre au veto probable du président.Conscients de cette difficulté, les chefs républicains composent un texte moins radical, que le Sénat approuve le 13 mai par un vote de 68 contre 24.Le 15, un comité mixte de sénateurs et de représentants propose un texte de compromis qui se rapproche du projet sénatorial et qu\u2019adoptent la Chambre basse, par 320 voix contre 79, et le Sénat, par 54 voix contre 17.Le président oppose son veto, mais le lendemain, 21 juin, son opposition est désavouée, et les États-Unis reçoivent leur nouvelle NOVEMBRE 1947 charte du travail, la loi sur les « Relations entre le patronat et la main-d\u2019œuvre ».Nous voulons en dégager ici les grandes lignes.Le but apparaît dès la première section: le législateur, pour réagir contre le passé, veut établir l\u2019équilibre entre les deux forces, patronale et ouvrière, qui divisent l\u2019industrie.Partant de là, on peut considérer la loi Taft-Hartley sous plusieurs aspects.Limitons-nous aux trois suivants: le droit syndical, le droit de grève et la convention collective.a) Le droit syndical Afin d\u2019accorder autant de puissance aux ouvriers qu\u2019aux patrons, la loi Wagner avait reconnu certains droits, tels que liberté et protection dans l\u2019organisation ouvrière.La nouvelle loi est moins généreuse envers l\u2019ouvrier.Même si, en vertu de certaines clauses, elle accorde aux syndicats le droit de poursuivre en justice les patrons (art.301) et les unions rivales qui s\u2019attaquent à leurs membres et si elle protège les syndicats engagés dans des grèves légales (art.8, b, 4, et 303, a, 4), elle concède au nouveau Conseil national des Relations industrielles (National Labor Relations Board) un pouvoir absolu sur les syndicats.Le Conseil national des Relations industrielles décidera quelles organisations représenteront les ouvriers.La nouvelle loi respecte le droit syndical en ne touchant pas au fameux article 7 de la loi Wagner.Mais l\u2019article qui, dans sa version primitive, ne visait que les pratiques déloyales des patrons en matière de travail, comprend maintenant un paragraphe applicable aux syndicats ouvriers.Parmi les pratiques déloyales interdites aux syndicats dans le texte de loi, mentionnons la pression exercée sur un salarié pour l\u2019obliger à s\u2019affilier à telle organisation ouvrière, ainsi que les clauses d\u2019affiliation discriminatoires; la loi défend également certaines grèves (art.8, b, 4; art.10, 1; art.301; art.8, b, 1, 4; art.8, a, 3, b, 5; art.206-210; art.213).Elle s\u2019attaque à des pratiques typiquement américaines telles que le feather bedding.Celle-ci consiste à fixer une limite maximum à la production que l\u2019on peut demander aux ouvriers, ou encore en certaines circonstances à forcer un employeur à embaucher une main-d\u2019œuvre dont il n\u2019a nul besoin.Ainsi, le syndicat des musiciens oblige les grands orchestres américains à payer, au cours de leurs tournées, les musiciens locaux sans les utiliser.En matière de sécurité syndicale, plus d\u2019atelier fermé (art.8, a, 8, b, 2).Quant à l\u2019atelier syndical, il n\u2019est autorisé que sur un vote favorable de la majorité des salariés.La retenue des cotisations syndicales ne peut être acceptée qu\u2019avec l\u2019assentiment écrit des intéressés (art.302).Un syndiqué expulsé d\u2019un syndicat par défaut de paiement de sa cotisation ne peut plus être 327 renvoyé de son emploi (art.8, A, 3; 8, b, 2).Le syndiqué peut régler ses différends et griefs seul avec le patron, sans l\u2019aide de son syndicat (art.9, a).L\u2019article 14a accorde aux contremaîtres le droit de s\u2019organiser en syndicat, que les patrons peuvent ne pas reconnaître.Aux termes de l\u2019article 9, les syndicats doivent publier leurs bilans financiers, les salaires de leurs officiers et le montant de leurs cotisations (art.9, f).L\u2019article 302 vise à assurer l\u2019indépendance des syndicats en interdisant toute- aide financière des patrons.Mais elle prévoit une importante exception à la règle: les patrons pourront contribuer au financement des fonds de secours et d\u2019entr\u2019aide, à condition que le syndicat indique par écrit les avantages qui en résulteront pour les ouvriers, et accepte de soumettre chaque année le compte de gestion aux vérificateurs.Patrons et ouvriers devront être également représentés dans l\u2019organisme de contrôle des comptes.Enfin, signalons que l\u2019article 9 précise qu\u2019un syndicat ne bénéficiera des privilèges garantis par la loi que si ses dirigeants déclarent sous serment qu\u2019ils ne sont pas communistes.L\u2019article 313 interdit aux organisations ouvrières de contribuer financièrement à la caisse d\u2019une élection nationale.Du côté patronal, la loi est plus généreuse et moins négative.Les patrons peuvent refuser de négocier avec un syndicat de contremaîtres.Ils ont le droit de poursuivre les syndicats en justice.On se rappelle que la loi de 1935 imposait aux patrons des directives très nettes sur le respect des droits des ouvriers, le respect de l\u2019organisation syndicale, le respect de l\u2019ouvrier syndiqué, et l\u2019obligation de la convention collective.Si le patron avait le malheur de laisser échapper quelques remarques défavorables à l\u2019ouvrier ou au syndicat, on l\u2019accusait de conduite déloyale.La nouvelle loi permet au patron d\u2019exprimer franchement son opinion, même si elle est défavorable, sur la question ouvrière.b) Le droit de grève L\u2019article 13 de la loi Wagner affirmait « qu\u2019aucune disposition de la présente loi ne sera interprétée de manière à empêcher, entraver ou diminuer en quoi que ce soit le droit de grève ».La loi de 1947, gardant les mêmes termes, précise des exceptions, qui sont de deux sortes: celles que la loi range dans le cadre des pratiques déloyales et celles qui sont considérées d\u2019intérêt national.Une grève est considérée comme illégale, si elle oblige un patron à cesser toutes relations commerciales avec un autre employeur, à reconnaître un syndicat qui ne remplit pas les conditions exigées par la loi, à reconnaître un syndicat lorsqu\u2019un autre a reçu sa reconnaissance légale, ou encore à embaucher un ouvrier affilié à un syndicat plutôt qu\u2019à un autre.Dans les conventions collectives, certaines conditions limitent l\u2019exercice du droit de grève: la loi demande à l\u2019une des parties d\u2019avertir l\u2019autre par écrit de l\u2019intention de rompre ou de modifier le contrat existant, soixante jours avant la date proposée; d\u2019offrir à l\u2019autre partie la reprise des négociations en vue de modifier le contrat ou d\u2019en signer un nouveau; d\u2019avertir le service de médiation fédéral dans les trente jours.Durant la période d\u2019attente de soixante jours, le contrat garde tous ses effets, et les salariés qui se mettent en grève au cours de cette période perdent le bénéfice des droits garantis par la loi.Enfin, en vue de prévenir ou d\u2019atténuer des confits sociaux, le titre deuxième de la loi accorde au Service fédéral de conciliation et de médiation des pouvoirs beaucoup plus étendus.Le Service peut intervenir à la demande de l\u2019une des parties, ou de sa propre initiative.Dans le cas de grèves d\u2019importance nationale, le président nommera une commission d\u2019enquête qui recherchera les moyens de régler le différend, et qui remettra au président un rapport qu\u2019il devra publier.Entre temps le président peut émettre, par son procureur général, un ordre d\u2019injonction contre le syndicat responsable.Le président reconvoquera la commission d'enquête.Au bout de soixante jours, si rien n\u2019est réglé, la Commission fait un nouveau rapport.Dans les quinze jours qui suivent, le Conseil national des Relations industrielles demande aux ouvriers, par scrutin, s\u2019ils acceptent la dernière offre du patron.A l\u2019issue du vote, l\u2019injonction est levée, et la grève est légale.Il ne reste plus au président qu\u2019à aviser le Congrès.Bref, les ouvriers ne peuvent pas déclencher de grèves ordinaires avant soixante jours, ni de grève nationale avant quatre-vingts jours.L\u2019article 305 dénie le droit de grève aux fonctionnaires du gouvernement.S\u2019ils font la grève, ils sont immédiatement révoqués, perdent le bénéfice de leur statut et ne peuvent être réintégrés dans leur position qu\u2019après trois ans.c) La convention collective La loi n\u2019a pas modifié ni atténué l\u2019obligation pour un patron de négocier une convention collective avec un syndicat reconnu.Toutefois, elle en précise la nature.Elle oblige les partis à se rencontrer, à négocier dans des délais de temps raisonnables, à se traiter avec loyauté dans la détermination des conditions de travail et des clauses du contrat.La solution des griefs peut se faire par l\u2019ouvrier lui-même, du moment que l\u2019entente particulière ne contredit pas les clauses du contrat.Le syndicat qui signe le contrat doit au préalable avoir obtenu sa reconnaissance du Conseil national des Relations industrielles.Toutefois, le Conseil peut retirer cette reconnaissance.Le patron peut même exiger un vote, s\u2019il y a conflit de juridiction entre plusieurs syndicats.La loi donne des directives au C.N.R.I.en cette matière.Elle ne considère plus la puissance d\u2019un syndicat ouvrier pour lui octroyer un certificat de reconnaissance.Les syndicats de métiers peuvent obtenir 328 RELATIONS une reconnaissance particulière, ainsi que ceux des collets-blancs.Le personnel des cadres est exclu.Et voilà, en résumé, les grandes lignes de cette nouvelle charte du travail.S\u2019il est prématuré de porter un jugement, on ne peut fermer les yeux sur les tendances inquiétantes que reflète cette législation.Ainsi, l\u2019intervention constante du gouvernement dans les relations ouvrières accentue une forme d\u2019administration singulièrement totalitaire.Le gouvernement préside pratiquement à toutes les négociations de contrats collectifs et s\u2019attaque inconsciemment à la liberté d\u2019action des organisations professionnelles.De plus, la loi compte trop sur les sanctions pénales pour régler les différends.La réglementation trop poussée est de nature à accentuer la méfiance, le doute et les attitudes anti-syndicales de certains patrons mal intentionnés.Au lieu de s\u2019entendre mutuellement, les patrons et les ouvriers intensifieront la lutte des classes dans les cours de justice.Procès et injonctions ne sont pas des remèdes pour des mouvements de masse.Le gouvernement semble prendre trop de responsabilités; il se substitue aux individus et aux groupements.La loi limite trop le cercle des sujets que patrons et ouvriers peuvent discuter librement.Voilà des signes très nets d\u2019un échec futur.La loi favorise trop le patron.Les ouvriers perdent la protection que leur garantissait la loi Wagner.Par exemple: une simple violation de règlements d\u2019usines peut motiver un renvoi.Cette sévérité provient d\u2019une réaction, mais la contre-réaction se traduira en grèves, en votes, en injonctions et en procès plus nombreux.N\u2019oublions pas la tâche immense imposée au C.N.R.L, si toutes les questions relatives à la reconnaissance, à la représentation, à la sécurité syndicale et aux clauses du contrat doivent lui être soumises.La loi Taft-Hartley a été rédigée sous le coup de l\u2019émotion produite par les grèves générales, trop drues ces derniers mois.Déjà le peuple américain, dans les revues et journaux, appelle une nouvelle législation, plus tempérée, plus réaliste et d\u2019inspiration moins patronale ; une législation qui repose moins sur le principe matérialiste de la lutte des classes que sur un esprit de justice et de collaboration entre patrons et ouvriers.Les lois, redisons-le, ne changent pas les hommes.Pour régler la question ouvrière, il faut aller au cœur de l\u2019ouvrier et du patron et inspirer de principes chrétiens l\u2019organisation professionnelle qui assurera la restauration dans la justice et la charité.\u2022 .¦¦¦¦¦¦ ¦ \u2022 TÉMOIGNAGES RESPONSABILITÉS PATRONALES M.DAGALLIER Ce témoignage, si riche d'expérience humaine, complète le texte \u2014 légèrement condensé \u2014 d'une causerie prononcée par l\u2019auteur au dernier congrès de l\u2019Action Catholique Indépendante de France (A.C./.) dont nous avons donné en septembre la première tranche sous le titre de « Climat chrétien à l\u2019usine ».(N.D.L.R.) LES BILANS Il est très important d\u2019apprendre aussi exactement que possible au personnel et à tous ceux qui le désirent ce que c\u2019est qu\u2019un bilan, et comment on peut étudier une entreprise par son bilan.Les ouvriers suédois sont beaucoup plus éduqués sur ce point que beaucoup d\u2019ingénieurs français.Quand on se rend mieux compte de la situation réelle d\u2019une affaire, on comprend mieux.Les ouvriers parlent souvent du capital comme d\u2019une masse de billets cachée à la cave, qu\u2019ils pourront prendre un jour.Il y a une éducation à faire, qui serait en même temps un élément d\u2019apaisement.J\u2019ai cherché à faire comprendre à la Commission spéciale du Comité d\u2019Entreprise ce qu\u2019étaient les bilans de la Société.Cela a duré quelques heures.Ils étaient cinq; ils ont posé quelques questions.Ils m\u2019ont dit: « Nous connaissons le prix de revient des choses, mais comment peut-on passer du prix de revient au bilan ?» La question m\u2019a un peu surpris.J\u2019avais fait cette séance assez longue; au bout de ces trois heures, j\u2019espérais avoir fait comprendre quelque chose.Or, plus tard, je lisais dans leur compte rendu : « On nous a expliqué très longuement, mais nous n\u2019avons rien compris.Il faut faire totalement confiance car on ne nous a rien caché.» J\u2019ai recommencé: même absence d\u2019observation, même confiance.Je pense que cela a commencé à les intéresser, ils arriveront à comprendre.Dernièrement, ils sont venus me dire: « Nous avons samedi prochain une réunion d\u2019ensemble des Comités d\u2019Entreprise de la ville en journée d\u2019études.Nous voudrions bien que vous veniez expliquer à nos camarades ce que c\u2019est que le bilan, parce que, dans l\u2019ensemble, on ne le leur a pas dit.» Cela fait partie de l\u2019éducation, et nous en sommes responsables.Il n\u2019y a rien à cacher.Nous devons nous appliquer à faire cette éducation loyalement, et complètement.Je suis allé à cette séance.Ils étaient à peu près quatre-vingts, bon teint.Ils m\u2019ont posé des questions, mais aucune qui pût être embarrassante, qui eût trait au partage des biens.Or, cela aurait pu venir très naturellement.Je pense que c\u2019est une des questions qui, pour pouvoir être tranchée sainement, nécessite que leur éducation et leur formation soient tout de même beaucoup plus avancées.Encore une preuve de cette confiance: au mois de juillet, nous devions avoir une réunion du Conseil et la loi autorisait la présence de deux délégués.Je savais que dans notre Comité on se préoccupait de cette désignation, de savoir si, dans notre Conseil, le Comité aurait ou non ses représentants.Je les ai réunis: « Je sais que vous vous préoccupez de cette question; il est certain que c\u2019est un droit pour vous.La loi est parue; si vous voulez avoir ces représentants au Conseil, vous pouvez les désigner.» J\u2019étais moi-même un peu embarrassé, car j\u2019ai une partie de mes administrateurs à Paris, et je me demandais comment NOVEMBRE 1947 329 ils allaient réagir devant le fait de représentants du Comité d\u2019Entreprise au Conseil.Je leur ai dit alors: « Vous êtes dans votre droit.Si vous le voulez, vous pouvez, mais il est certain qu\u2019on traite au Conseil des questions qui nécessitent une formation plus poussée que celle que vous avez.Vous aurez de la peine à suivre certaines questions, et peut-être serait-il plus sage d\u2019attendre.Nous pourrions examiner ensemble comment pousser votre formation.Je crois qu\u2019une législation complémentaire doit paraître, peut-être serait-il sage de l\u2019attendre.» Ils m\u2019ont dit: « Nous vous faisons confiance; si vous pensez que ce n\u2019est pas le moment, nous nous abstiendrons.Quand vous penserez que c\u2019est le moment, vous nous le direz.» Le lendemain, j\u2019avais l\u2019accord de mes administrateurs parisiens, qui déclaraient qu\u2019il fallait les recevoir et que c\u2019était très bien.Je fus très heureux de transmettre cette nouvelle au Comité d\u2019Entreprise.La séance du Conseil eut lieu.Les délégués posèrent une ou deux questions, et un déjeuner suivit.Nous leur avons demandé s\u2019ils pouvaient y assister, et si cela ne les couperait pas d\u2019avec le personnel ?Ils ont dit que non, du moment qu\u2019ils étaient délégués par le personnel pour les représenter.Ils sont venus; le déjeuner a été charmant.On a parlé de la Résistance, des faits de guerre.Il s\u2019est fait là, des deux côtés, un grand bien.Un délégué a pu aborder des choses intéressant son service, sur un plan d\u2019amitié détendu.Je crois que l\u2019influence a été réciproquement excellente.CLIMAT DE CONFIANCE Encore deux ou trois points qui traduisent ce climat, cette transformation à laquelle on peut arriver.Un jour, dans une conversation, le représentant de l\u2019U.M.P.F.me demanda: « Etes-vous prêt à tout abandonner?» Je n\u2019avais pas répondu grand\u2019chose, je ne savais pas bien ce que c\u2019était que tout abandonner.Je répondis: « Faut-il abandonner nos postes de direction ?» On me dit: « Pour vous, vous êtes bien tranquille! » On m\u2019a rapporté une conversation entre les membres du personnel ouvrier, qui discutaient cette question de grand chambardement.Ils disaient: « Il faudrait mettre des gens qui nous inspirent confiance.On pourrait ainsi déclarer que tous les chefs n\u2019ont plus de poste, et on les renommerait.Au fond, la direction, il n\u2019y aurait qu\u2019à la remettre en place.» Je crois que cela traduit bien le climat de confiance: ce qu\u2019ils cherchent, c\u2019est cette honnêteté de rapports, cette justice confiante.Une histoire que je ne vous ai pas dite.Il y a quatre ans, \u2014\tcela a été le début de mon évolution pour l\u2019application de la vie réelle de l\u2019A.C.I.dans mon entreprise, \u2014 j\u2019avais eu une conversation avec un de nos aumôniers, qui était heurté par cette vie prolétarienne, cette vie du salaire minimum qui tombe toujours sur les mêmes.Un entretien très long, qu\u2019il conclut en disant: « Réellement, si je n\u2019étais pas prêtre, je serais communiste! » Je me suis demandé: Puis-je changer quelque chose au fait que notre organisation crée des prolétaires?Moi, je n\u2019ai rien fait d\u2019injuste.Je n\u2019ai pas inventé cet état de choses; j\u2019en profite, mais je fais ce que je peux pour que tout soit le plus juste possible.C\u2019est l\u2019A.C.qui apporte la réponse à cela.Individuellement, nous ne pouvons rien.Mais, en équipes \u2014\tréfléchissons une seconde \u2014 là, cela change, et ne disons plus que nous ne pouvons rien.En équipes centrées, engagées sur les mêmes problèmes, il en est tout autrement.Je voudrais, pour illustrer ce fait, vous donner un compte rendu d\u2019une petite partie d\u2019une réunion de nos militants d\u2019octobre.C\u2019est une équipe d\u2019affinités, de responsabilités patronales.Il y a dedans un banquier, un médecin, un professeur de droit.Ce n\u2019est pas une équipe professionnelle, mais une équipe centrée, qui réunit principalement des gens dans les fonctions patronales de l\u2019industrie, soit patrons, soit directeur général de leur affaire.Nous avons des familles nombreuses (j'ai treize enfants).Ces problèmes de famille m\u2019intéressent et, à ce titre, l\u2019enquête de l\u2019A.C.I.m\u2019intéresse.Nous nous sommes posé la question: « Est-ce que cette enquête nous intéresse en tant qu\u2019industriels ?» Ma première réaction: « Probablement pas.C\u2019est la famille.» En réfléchissant, nous avons trouvé nombre de points sur lesquels cela nous intéresse.LES SALAIRES Qu\u2019est-ce qui fait l\u2019équilibre des familles ?C\u2019est le salaire.Est-ce que nous, qui avons la responsabilité patronale, nous avons quelque chose à voir sur les salaires?On nous dira: « Les salaires, maintenant c\u2019est le ministère du Travail qui les fixe: salaire moyen, salaire minimum, etc.Par conséquent, moi, industriel, je n\u2019ai rien à y voir.» Eh bien, je dis que moi je dois faire quelque chose, même si je suis limité par le salaire maximum.Je ne peux pas vivre tranquille si je pense que ce salaire maximum ne permet pas de vivre.J\u2019ai un devoir, celui de faire des budgets, d\u2019étudier les autres budgets que d\u2019autres organismes peuvent faire.Je dois arriver à faire ce budget dans l\u2019esprit A.C.I.En 1943, nous avions déjà fait ce travail, et nous étions arrivés à la conviction que les salaires alors fixés et intangibles étaient insuffisants pour la vie des gens.Nous nous sommes dit: « Est-ce qu\u2019on fait quelque chose?C\u2019est défendu, mais on ne peut pas en rester là.» Nous avons réuni une cinquantaine d\u2019industriels de la région, de toutes nuances: juifs, protestants, catholiques, chrétiens plus ou moins convaincus, types radicaux-socialistes, et nous avons fait une sorte de retraite de deux jours, précisément dans une maison de retraites.Nous avons examiné le problème du budget et de la vie du personnel des entreprises.Nous avions fait venir un dirigeant du M.P.F.et nous lui avons posé la question: « Qu\u2019est-ce que les ouvriers pensent des patrons?» Il a répondu: « Les patrons, c'est tout du choléra, et il n\u2019y a pas de bon choléra.» Nous nous sommes heurtés dans nos contacts avec le M.P.F., c\u2019est tout naturel.Pourquoi?Nous oublions que ces gens ont souffert pendant cent ans; nous oublions trop vite que, nos ancêtres et nous, nous avons créé le prolétariat.Au bout des deux jours, on a décidé de faire une hausse dans toute la région.Cette hausse faite, Paris nous a rappelés à l\u2019ordre, mais est-ce cela, est-ce autre chose, il y avait une hausse nationale deux mois après.Voyez comme une initiative d\u2019A.C., centrée sur un point, peut faire quelque chose.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas le seul point que nous avons relevé au cours de cette réunion.Nous avons rappelé le sursalaire familial, allocation familiale complémentaire, proportionnelle au salaire.Nous avons été fort critiqués par beaucoup de mouvements, par beaucoup de nos amis d\u2019ailleurs; ce qui est curieux, c\u2019est que, dans la Caisse de Sécurité nationale, le sursalaire a été maintenu et qu\u2019à l\u2019heure actuelle les ouvriers demandent son extension.Autre angle: le salaire nous est apparu comme l\u2019objet d\u2019une étude.Nous constatons qu\u2019un certain nombre de nos collaborateurs prennent une occupation complémentaire, en plus de leur occupation normale à l\u2019usine.Est-ce normal?Et si cela n\u2019entraîne pas une vie familiale impossible, c\u2019est une vie qui s\u2019épuisera.Il faut que les salaires soient suffisants pour éviter ces doubles occupations.330 RELATIONS HORAIRES ET CONDITIONS DE TRAVAIL Nous préoccupons-nous des familles quand nous fixons les horaires?Nous ne sommes pas libres pour nos horaires, dira-t-on.C\u2019est vrai.Je suis le premier à connaître les coupures de courant, mais nous pouvons réagir dans une large mesure et éviter que nos décisions n\u2019entraînent des choses inhumaines.Nous avons tendance à voir le plus pratique pour nous, mais il faut faire la part de ceux que nous employons.Nous préoccupons-nous de l\u2019influence des cantines sur la rie des familles?Est-ce qu\u2019au point de vue familial c\u2019est bien?N\u2019est-ce pas simplement pour des commodités d\u2019horaires que nous avons créé des cantines ?Il en est de même pour le travail du samedi et du dimanche.Je disais tout à l\u2019heure que le degré de déchristianisation est lié directement aux conditions plus ou moins dures de travail.Finalement, c\u2019est bien nous qui les fixons: travail en plein air, dans des ateliers chauffés, dans des ateliers pas chauffés.Il n\u2019est pas prouvé que de chauffer des ateliers ne soit pas plus économique.Nous le retrouvons très largement en diminution de maladies, en diminution d\u2019absences.A l\u2019usine nous chauffons de manière que la température soit de 12° environ (54° F.) : au point de vue économique, c\u2019est intelligent; au point de vue humain, cela change l\u2019atmosphère du travail.Est-ce que la promiscuité, dont on se préoccupe quelquefois du point de vue ouvriers, il ne faut pas s\u2019en préoccuper au point de vue employés ?Promiscuité dans les sports.Nous avons dans l\u2019usine un grand bain de quatre mètres de profondeur.Naturellement, l\u2019été compte beaucoup d\u2019amateurs pour la natation.Un règlement d\u2019heures de bain pour les hommes et pour les femmes a fini par céder.Un personnel de garde voit à prévenir les accidents.Une jeune fille a failli se noyer, l\u2019ingénieur de garde l\u2019a sauvée; six mois après il avait divorcé, il épousait la jeune fille.Pouvons-nous nous arranger pour que les familles aient leurs vacances ensemble ?Nous avons des femmes dont les maris travaillent ailleurs.Ce sont des points sur lesquels nous avons des devoirs si nous y pensons, et où une intervention est possible.LE LOGEMENT Le logement: fait tragique de l\u2019heure actuelle.Nous avons fait une enquête: 90 ménages ne sont pas logés décemment, certains dans des caves, d\u2019autres chez les parents, ce qui ne vaut pas beaucoup mieux.Toute une campagne est à faire pour sortir de ce problème.Il faut se dire: Ces questions entrent dans mon travail d\u2019A.C.I.Je dois penser à cela, y participer, entrer dans cette campagne.Vous savez l\u2019effort très remarquable qui est fait dans les régions de Roubaix-Tourcoing: on reçoit des maisons préfabriquées, d\u2019une quinzaine de types.Ils vont en faire une centaine comme deuxième réalisation.La plupart de nos usines ont envoyé des ouvriers, des ingénieurs, visiter ces maisons: ce qui les a le plus frappés, c\u2019est l\u2019ameublement, extrêmement seyant, qui coûtait 25,000 francs pour quatre ou cinq pièces.Vous savez si avec 25,000 francs on arrive à se meubler convenablement.Ce mobilier a été dessiné, étudié par un des meilleurs décorateurs français, mais étudié pour être très économique et solide.Je m\u2019excuse auprès des commerçants qui seraient dans la salle et que cette déclaration pourrait heurter.Eux aussi ont à réfléchir sur ce qu\u2019ils ont à faire.Eux aussi, dans le travail d\u2019A.C.( ils sont serviteurs du bien commun, et ils n\u2019ont pas à se contenter de vendre n\u2019importe quoi à n\u2019importe quel prix.Ils peuvent influer sur leurs fournisseurs et tâcher de les faire agir en fonction du bien commun.C\u2019est dans notre engagement d\u2019A.C.I.NOVEMBRE 1947 Nous sommes ensuite arrivés aux questions d\u2019écoles d\u2019apprentissage; nous nous sommes demandé s\u2019il y avait quelque chose qui péchait.1° Nous ne faisons pas du tout appel aux parents des apprentis.Or, ce serait tout à fait normal, comme pour d\u2019autres écoles d\u2019enseignement.2° Nous ne nous occupons pas spécialement de la préparation de nos jeunes apprentis au mariage.Nous leur faisons des cours de formation proprement technique, mais il y a des points que nous devons aborder.Préoccupations que des chefs d\u2019entreprise doivent avoir.Conseils aux jeunes mariés.\u2014 Il est d\u2019usage qu\u2019on reçoive, au moins pour les employés, les fiancés au moment de leur mariage, qu\u2019on leur fasse un cadeau.Utilisons-nous ce contact?Pensons-nous à l\u2019utiliser pour le bien du foyer qui se crée?Leur parlons-nous du matériel?Ont-ils trouvé un logement, draps, couvertures?.Nous pouvons certainement les aider un peu.Osons-nous aborder la question de la fécondité de leur foyer, de la solidité de leur engagement ?Nous pouvons dire quelque chose, surtout quand nous savons que la cérémonie aura lieu à l\u2019église et qu\u2019il y aura le sacrement.Je livre cela à vos réflexions et à vos expériences.Ce n\u2019est pas toujours très facile, mais je vois là un devoir qui peut porter beaucoup.L'entrée des jeunes dans les ateliers.\u2014 Est-ce qu\u2019on prend des précautions pour l\u2019entrée des jeunes gens et des jeunes filles dans les ateliers ?Il est coutume de dire qu\u2019ils tombent sous la coupe d\u2019ouvriers ou d\u2019ouvrières anciens qui n\u2019ont qu\u2019une idée, les pervertir, Faisons-nous quelque chose pour les placer dans de bonnes conditions morales?Cette enquête nous intéresse-t-elle, nous, chargés des responsabilités de directeurs d\u2019entreprise ?Le travail d\u2019A.C.dans le concret de la vie, l\u2019avez-vous conçu sous cette forme ?L\u2019avez-vous pensé ainsi inséré dans vos occupations professionnelles?VIES ENGAGÉES.EN ÉQUIPE Ce que je dis de cet engagement sur le plan professionnel, je le dirai de l\u2019engagement sur le plan politique, civique, familial.Que chacun voie bien son terrain d\u2019engagement et qu\u2019il s\u2019y engage à fond en équipe.C\u2019est pour cela que nous vous disons de faire des groupes d\u2019affinités, parce que vous ne résoudrez ces problèmes qu\u2019en groupes d\u2019affinités.Je suis resté dans des exemples personnels.Il faut arriver à l\u2019institutionnel.Ce qu\u2019il faut, ce n\u2019est pas l\u2019A.C.individuelle, mais l\u2019action beaucoup plus large sur le plan des institutions.Il faudra que nous y arrivions; votre Secrétariat général s\u2019y penche à l\u2019heure actuelle.Il y aura pas mal de choses à penser, à réaliser.Nous avons déjà, dans diverses régions, des Commissions spéciales qui travaillent ces questions.Sur tous les plans on peut les travailler.Il faut aider par le Mouvement, par ces Commissions spécialisées de médecins, d\u2019avocats, d\u2019industriels.Il ne faut pas, dans ces questions de structure, qu\u2019on se coupe de son milieu.Il arrive qu\u2019on se trouve, à un moment donné, tellement en avance qu\u2019on se dit: « Personne ne me suivra, je suis coupé.» L\u2019Action catholique est de supprimer ces coupures et de faire que le courant passe partout.Même pour arriver à cette action institutionnelle, ce sera long, mais je suis convaincu que nous y arriverons.Je voudrais vous laisser sur une note d\u2019espérance.Depuis que je suis dans l\u2019Action catholique, où j\u2019ai engagé toute ma vie, je suis dans la joie, la paix et l\u2019espérance.C\u2019est cette espérance que je voudrais que vous partagiez tous, et je souhaite que vous vous y engagiez à fond avec le Christ, par le Christ et pour la glo're du Père.331 CHEZ NOS FRÈRES D'ONTARIO LE CONGRÈS DE LA « DÉTERMINATION » 1E CONGRÈS des Franco-Ontariens, à Ottawa, les 7, .8 et 9 octobre, a égalé en splendeur plusieurs beaux congrès du passé; en variété de travaux et de séances solennelles, il les a dépassés tous.Deux raisons peuvent expliquer cette activité: les assises du Comité permanent de la Survivance, précédant celles de l\u2019Association d\u2019Éducation, et l\u2019enquête de la Commission royale sur l\u2019Éducation, qui se fait à Toronto depuis deux ans.Dès l\u2019arrivée du Comité permanent, il y eut échange d\u2019amitié et de manifestations communes entre les deux sociétés.Cinq Franco-Ontariens font partie du Comité permanent, et, depuis les élections, le même M.E.-C.Désormeaux préside aux deux associations.Le Comité permanent fut tour à tour l\u2019hôte de l\u2019exécutif de l\u2019Association d\u2019Éducation, du Club Richelieu, de l\u2019Union Saint-Joseph du Canada, puis de l\u2019Association au banquet solennel de plus de quatre cents convives marquant la clôture du congrès du Comité permanent et l\u2019ouverture de celui de l\u2019Association.Le Comité avait consacré une longue séance à des études faites par des membres de l\u2019Association: le R.P.G.Sauvé, O.m.i., M.L.Charbonneau, docteur en pédagogie, Me Gaston Vincent et M.Antonin Lalonde, licencié en sciences agricoles.Comme les séances se tenaient à huis clos, nous n\u2019en savons que ce que l\u2019Association a bien voulu publier.Dimanche soir, séance académique, à l\u2019Université d\u2019Ottawa, où l\u2019on conféra à Mgr Ferdinand Vandry, recteur de l\u2019Université Laval, le titre honorifique de docteur en droit.Allocution de bienvenue par M.E.-C.Désormeaux, président de l\u2019Association, et réponse du Dr Roméo Blanchet, président du Comité permanent.Discours du R.P.J.-C.Lafram-boise, o.M.i., recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa, et réponse éloquente du récipiendaire, le recteur de Laval.Tous ces discours portaient beaucoup d\u2019optimisme sur l\u2019extension prise depuis quelques années par l\u2019Université d\u2019Ottawa et nos sociétés nationales de l\u2019Ontario.Mgr Vandry appuya sur les relations cordiales qui existent entre les deux Universités.Laval est reconnaissante envers sa sœur de lui avoir fourni un chancelier magnifique dans la personne du regretté cardinal Villeneuve, comme elle fournit à Ottawa « un chancelier de grande classe, en son digne et aimé archevêque, S.Exc.Mgr Vachon, l\u2019un des plus brillants professeurs et des plus remarquables recteurs qu\u2019elle ait eus ».Les deux Ontariens parlaient de vie surabondante dans leurs œuvres défensives, à l\u2019Association comme à l\u2019Université, et laissaient pressentir un optimisme qui pouvait étonner légèrement les visiteurs de la Survivance, à la pensée que devant la Commission royale de Toronto l\u2019on prend un ton plus modeste pour énumérer les griefs, les appréhensions et les défauts de la cuirasse.Au Club Richelieu et à l\u2019Union Saint-Joseph, deux éloquents visiteurs répondirent à l\u2019hospitalité de leurs frères outaouais: M.Camille Fournier, professeur depuis quarante et un ans au Manitoba, parle de son travail avec des accents qui font vibrer et qui arrachent des larmes de reconnaissance envers nos frères de la Rivière-Rouge; M.Adolphe Robert, président de l\u2019Union canado-américaine, dit que toute l\u2019histoire de l\u2019Amérique française crie une leçon de survivance; il lance le mot d\u2019ordre du cardinal Villeneuve à son dernier discours prononcé au Manitoba: Tenir ! L\u2019Association d\u2019Éducation ouvre son Congrès au banquet conjoint du Château Laurier, où s\u2019entassent plus de quatre cents convives, sans oublier la nombreuse assistance des galeries.Figuraient à la table d\u2019honneur: le président des deux associations, M.E.-C.Désormeaux; trois évêques, S.Exc.Mgr Georges Courchesne, Mgr Louis Rhéaume, Mgr G.-L.Landry; l\u2019ambassadeur de France, S.E.le comte Jean de Hautecloque; les représentants de Mgr Vachon et du Délégué apostolique, Mgr P.-E.Brunet et Mgr Morelli; les recteurs de nos trois Universités françaises, Mgr Vandry, Mgr Maurault et le R.P.Laframboise, o.m.i.; enfin, les sommités des deux congrès.La conférence de Mgr Vandry a été reproduite presque en entier dans les journaux; c\u2019est une pièce d\u2019éloquence rayonnant le plus sûr patriotisme: La lutte que vous faites avec vos compatriotes des autres provinces, pour la défense de vos libertés scolaires, s\u2019inspire d\u2019un esprit qui est tout autre chose qu\u2019un antagonisme ou une passion de conquête.Elle n\u2019est que l\u2019expression de l\u2019irréductible volonté de vivre d\u2019une race fière, consciente de sa dignité et respectueuse d\u2019elle-même, qui, sans acrimonie comme sans faiblesse, réclame sa place et rien de plus que sa place, dans un pays qui ne s\u2019est pas bâti sans elle, un pays qu\u2019elle fut la première à occuper, à conquérir et au sein duquel elle prétend avoir des droits acquis.M.Orner Héroux, décoré de l\u2019Ordre du mérite scolaire à titre très méritoire, avec les RR.PP.Joyal et Lamoureux, remercie de cette distinction insigne, et sait attendrir la foule en rappelant quelques épisodes héroïques de la lutte d\u2019hier.Le 8, après la messe célébrée par Mgr Vachon, ouverture du deuxième congrès, avec la devise: Détermination et unité.Sur l\u2019estrade, NN.SS.Vachon, Rhéaume et Landry, en plus du maire d\u2019Ottawa, M.S.Lewis, le président, M.Désormeaux, et le président d\u2019honneur, M.A.-T.Charron.Après la bienvenue, Mgr Vachon dit quelques mots: L\u2019avenir de notre race est entre les mains de nos instituteurs.La préservation de la langue française est le moyen le plus sûr de la conservation de la foi et des traditions chrétiennes.Je demande à Dieu et à Marie de bénir ces assises importantes dans l\u2019histoire franco-ontarienne.Comme à tous les congrès, il y eut lecture des rapports et formation des divers comités.Puis quatre importants travaux: Le rôle des sociétés Saint-Jean-Baptiste dans l'Ontario, par Me Waldo Guertin; L'agriculteur franco-ontarien, par M.J.-N.Dessaint, président de l\u2019U.C.F.O.; L'instituteur canadien-français dans la fédération ontarienne, par M.J.-O.Proulx, docteur en pédagogie, président de l\u2019A.E.F.O.; Nos écoles bilingues en Ontario, par M.A.-L.Sabourin, président de l\u2019Union des commissaires d\u2019écoles bilingues de l\u2019Ontario.Toutes ces études exposent des besoins et proposent des remèdes.Après chaque travail, discussion fructueuse.Dans la soirée, Mgr Landry prononce quelques mots, accentués à l\u2019acadienne, pour dire qu\u2019il essaie de s\u2019acclimater à l\u2019atmosphère d\u2019Ontario, aux besoins de ses ouailles et à marcher sur les brisées du président d\u2019honneur, le sénateur Laçasse, aux paroles senties et vibrantes.La salle est pleine, l\u2019attention est dirigée vers l\u2019orateur de la soirée, Me Gaston Vincent, président du comité juridique.Son étude \u2014 Nos mémoires à la Commission royale \u2014 sera la pièce de résistance du congrès.Cet avocat, encore jeune, apporte un travail en profondeur, expose son sujet avec la maîtrise d\u2019un vieux juriste, ne laisse aucun argument inexploré, semble deviner les enquêteurs hostiles et les expose dans toute leur 332 RELATIONS nudité outrageante.Il a comparu à l\u2019enquête de la Commission royale comme témoin juridique, s\u2019est vu soumettre à la question comme un vulgaire prisonnier, par des commissaires dressés à la Comish, a préparé avec soin quatre mémoires qui contiennent toute la cause des écoles catholiques bilingues.Cette Commission se compose de vingt-deux membres, dont un Canadien français et trois Irlandais catholiques; si l\u2019on ajoute foi à l\u2019opinion du jeune avocat, notre commissaire canadien-français serait à peu près seul de son avis.Il s\u2019agirait pour les Anglo-Saxons d\u2019endiguer le développement des Canadiens français dans l\u2019Ontario en sabotant leur système d\u2019éducation et en leur faisant perdre tout ce qu\u2019ils ont gagné pendant et depuis la lutte du bilinguisme.Comme les adversaires ne se gênent pas d\u2019exprimer leurs desiderata, dans leurs mémoires présentés à la Commission et dans leurs journaux, et qu\u2019ils semblent avoir convaincu les commissaires de langue anglaise de l\u2019à-propos de leurs demandes, les chefs franco-ontariens prennent position et préparent une nouvelle résistance.L\u2019heure est grave, les demandes ordinaires au ministère de l\u2019Instruction publique sont refusées sous prétexte que la Commission siège, tandis que le ministère, lui, supprime le français en certains endroits.Une question posée par un auditeur piqua le conférencier, qui reprit avec chaleur et fit pressentir les forces qui se rangeraient des deux côtés.Plusieurs chefs donnèrent aussi leur avis en ce moment solennel, scandant leurs mots, les appuyant sur des faits passés ou plus récents.Les opinions ne différaient guère.Nous venions d\u2019assister à un conseil de guerre, la veille d\u2019une bataille, alors que les membres de l\u2019état-major avisent leur général.Au matin du 9, dernière journée du congrès, l\u2019intérêt ne diminue pas.A la messe de commémoration des morts célébrée par Mgr Rhéaume, le R.P.Desrochers, prieur des Dominicains d\u2019Ottawa, avait fait un sermon bref en trois points tirés de saint Paul: Demeurez debout dans la foi, agissez en hommes, soyez forts.A la première séance de travail, M.Adélard Chartrand, ancien président, est le président d\u2019honneur, comme le juge Marion, de l\u2019Original, l\u2019après-midi de la veille.S.Exc.Mgr Rhéaume, ancien recteur de l\u2019Université d\u2019Ottawa et successeur du grand Mgr Latulipe, fait une allocution tirée de son expérience, pleine de sagesse, de conviction et de bons conseils.Il condamne les paresseux et les indifférents, qui ne font que se lamenter; il demande de ne pas les imiter, mais de faire une lutte constante, à l\u2019exemple des apôtres.M.C.-E.Couture, agent de la Colonisation, donne un travail fouillé et goûté.Il hypnotise l\u2019auditoire par l\u2019ampleur du sujet, l\u2019élévation des pensées et l\u2019abondance des développements.En attendant que cette étude soit mise en brochure et répandue, énumérons quelques divisions de son travail: Établissement rural, sur lequel repose la base du nombre, garçons et filles, dans Québec et Ontario, et autres comparaisons;\u2014 Le tableau rural conditionne notre vie nationale; \u2014 50% de la jeunesse rurale ne veulent pas rester à la campagne;\u2014 En Ontario, 70,000 terres à vendre; \u2014 40 millions d\u2019acres à mettre en culture en Abitibi, dans l\u2019Ontario-Nord et dans l\u2019Ouest; \u2014 L\u2019argent des Caisses populaires placé dans les villes; \u2014 Les méthodes scientifiques de culture; \u2014 La terre, productrice d\u2019hommes; \u2014 La fierté de la profession manque; \u2014 On ne peut chevaucher sur deux cultures, chrétienne ou païenne; \u2014 Il faudra revenir aux lois divines et humaines; \u2014 Les temps changent peu, les vérités demeurent; \u2014 Tous doivent travailler à l\u2019attachement à la terre; \u2014 Le programme de demain, retenir à la campagne ceux qui ont pour mission de perpétuer une profession respectueuse; sinon retomberont sur eux les représailles de la postérité.M.A.Bélanger, député, se lève pour mettre ce travail en lumière.L\u2019idée de conception matérialiste et conception spi- NOVEMBRE 1947 ritualiste de la société l\u2019a frappé.Jamais il n\u2019a mieux compris le problème.M.A.Pouliot est déjà debout: « C\u2019est un chef-d\u2019œuvre; jamais on n\u2019a traité le sujet avec autant de maîtrise.Ce sont ces idées que l\u2019on doit développer.» M.L.Charbonneau dit: « M.Couture est plus qu\u2019un économiste, il est le théologien de la terre.» La dernière conférence: L'enseignement primaire et secondaire, par L.Charbonneau, docteur en pédagogie.Toute sa vie instituteur, il traite avec brio ce vaste sujet, répondant avec aise aux questions, tant sur l\u2019école du rang que sur nos high-schools bilingues, sur nos cours par correspondance et l\u2019éducation des adultes.M.l\u2019abbé Morin, de Timmins, proteste contre cette école secondaire, où les enfants sont voi-turés, où ils n\u2019apprennent rien d\u2019utile et ne restent pas.En commentaire, M.Pouliot dit que notre avenir ne doit pas être basé sur la routine.La science et l\u2019industrie priment aujourd\u2019hui.Orientons nos jeunes vers de nouvelles carrières.Le Congrès se termine par un dîner qu\u2019offre le Droit, et qu\u2019honore encore Mgr Vachon.Impossible de tout rapporter.* * * Que se dégage-t-il de séances si bien suivies ?Le verdict de la Commission royale, siégeant à Toronto depuis deux ans, au sujet du système d\u2019éducation que l\u2019on voudrait réorganiser, est le nœud de la question, le corps du drame appréhendé.Que redoutent les Franco-Ontariens?Une transformation du système éducatif, limitant les droits garantis aux écoles séparées et bilingues.Les commissions scolaires seraient élargies de façon à faire disparaître l\u2019influence paroissiale; le cours primaire de huit années serait réduit à six, sabotant ainsi la loi des écoles séparées; les octrois distribués de façon à diviser les contribuables ruraux de ceux des villes affameraient ces derniers; les inspecteurs bilingues recevraient d\u2019autres instructions et d\u2019autres écoles à visiter; l\u2019École normale de l\u2019Université d\u2019Ottawa serait peut-être soustraite à l\u2019autorité des RR.PP.Oblats, cette communauté qui a fourni des Pères et des ressources à l\u2019Association d\u2019Éducation et au journal le Droit, qui continue actuellement cette aide.Retenons ces paroles de Me Vincent: « En 1944, on a inauguré un nouveau système de subventions: les écoles reçoivent des octrois d\u2019après les barèmes des dépenses.Les écoles rurales reçoivent comme octrois 90% de leurs dépenses.C\u2019est le contraire dans les villes: plus la population est nombreuse, moins est élevé le pourcentage des octrois.» Les écoles séparées restent privées des taxes provenant des corporations et des utilités publiques, les écoles publiques récoltent tout et reçoivent en plus d\u2019abondants octrois, calculés sur le coût des immenses palais qu\u2019ils ont ainsi le moyen de se construire.« Une lutte s\u2019engage, lutte très insidieuse, lutte se basant sur nos principes, pour les combattre », ajoute Me Vincent, qui laisse entendre que le gouvernement essaiera de diviser les catholiques de langue anglaise des catholiques français, et ceux-ci entre eux.Les chefs, laïcs comme religieux, se disent prêts à la résistance.Les orateurs sacrés recommandent l\u2019union et la fermeté.La première lutte, terminée en 1927, a employé les moyens spirituels aussi bien que les armes civiles et judiciaires.Les petits enfants d\u2019alors récitaient en classe le chapelet et la prière à sainte Jeanne d\u2019Arc, leur seconde patronne, et la dévotion au Sacré Cœur était intensément pratiquée dans nos paroisses.Les Franco-Ontariens de la génération présente semblent bien décidés, \u2014 personne ne peut les en blâmer \u2014 de recourir de nouveau à Notre-Dame du Cap, dont le prestige a encore grandi depuis le Congrès marial, et qui les a déjà si bien défendus.Que le Ciel soit toujours avec eux! (De notre correspondant.) 333 UNE HISTOIRE VRAIE DE PÈRE EN FILS Béatrice CLÉMENT ÇÀ ET LÀ le long des routes de notre catholique province se dressent des croix, poteaux indicateurs sur le chemin de l\u2019éternité.A une vingtaine de milles de Montréal, une de ces croix s\u2019élève devant une ferme prospère, au carrefour de quatre routes.Dans la niche qui l\u2019orne on voit une statuette du Sacré Cœur, remplacée au mois de mai par celle de la sainte Vierge.C\u2019est le père du fermier actuel qui a érigé cette croix, et son fils l\u2019entretient autant par conviction personnelle qu\u2019en souvenir du défunt.C\u2019est une tradition qui s\u2019implante, et aussi longtemps que cette même famille habitera ce coin du pays elle continuera le geste de l\u2019aïeul: toute l\u2019histoire de ces cultivateurs en donne l\u2019assurance.Il y a près de cent cinquante ans, exactement le 2 mai 1805, un nommé Baudin signait l\u2019acte de vente par lequel i se désistait de sa terre.Pierre Firfull, le nouveau propriétaire, s\u2019y établit avec son épouse Catherine Mark.C\u2019étaient des Allemands, de braves gens, laborieux, honnêtes et tenaces.Plusieurs autres Firfull sont venus au Canada avec Pierre, mais il est le seul qui soit resté, le seul, en tout cas, qui se soit attaché au sol et ait fait souche.Aujourd\u2019hui cinq petits enfants grandissent sur la terre qu\u2019il a défrichée, cinq bambins au minois éveillé, à l\u2019œil espiègle, cinq bons petits Canadiens dont l\u2019un ou l\u2019autre perpétuera la tradition et cultivera à son tour le sol labouré pour la première fois par son aïeul.Dans la famille on conserve précieusement une liasse de papiers jaunis, parmi lesquels l\u2019acte de vente de 1805, premier témoignage de l\u2019établissement des ancêtres.Il est curieux de suivre sur ces vieux documents les modifications subies par le nom de Firfull.Déjà, en 1807, on le voit écrit Fiffle.Il est vrai qu\u2019à l\u2019époque on se souciait peu de l\u2019orthographe, surtout pour les noms propres.Chacun suivait l\u2019inspiration de sa fantaisie, et personne apparemment ne songeait à protester.Toujours est-il qu\u2019après avoir varié plus d\u2019une fois, le nom s\u2019écrit aujourd\u2019hui Fyfe, et il est fort probable que cela soit définitif.A la mort du premier propriétaire, son fils Michel lui succède sur la ferme.Malheureusement, de vieux registres ayant brûlé à la paroisse, on ne sait pas si celui-ci est né au Canada.Toutefois on connaît le nom de sa femme: Angélique Pagé, donc une Canadienne.Julien, le fils d\u2019Angélique et de Michel, hérite de la terre à son tour.Chez lui les enfants sont nombreux et poussent vite.Lorsque l\u2019aîné, Wilfrid, est en âge de s\u2019établir, le fermier fait l\u2019acquisition de la terre d\u2019en face, et l\u2019installe là; il y a un Fyfe de chaque côté du chemin.Des six autres fils de Julien cinq se fixent dans les parages, de sorte qu\u2019on surnomme ce coin le rang des Fyfe.C\u2019est Hercule, le benjamin, qui reste avec son père et l\u2019aide à exploiter la terre qui lui appartiendra un jour.Ces hommes, d\u2019une foi et d\u2019un jugement solides, de\" meurent étroitement unis.Chaque dimanche ils se réunissent à la maison paternelle tant que le père vit.et après sa mort ils se retrouvent chez l\u2019un ou chez l\u2019autre, tant ils sont heureux en famille.Sur les sept, deux étaient partis jeunes, en capot d\u2019étoffe et en souliers de bœuf, pour aller apprendre à Montréal le métier de menuisier, métier qu\u2019ils exercent ensuite jusqu\u2019à leur mort, tout en faisant fructifier leurs terres.Pour Hercule la tentation est forte, il préférerait de beaucoup être ouvrier plutôt que cultivateur.Mais.chacun de ses frères est établi, il ne peut pas abandonner son père.Alors, par amour filial, par respect pour la tradition qui commence à compter sérieusement, il sacrifie ses goûts afin qu\u2019il y ait toujours un Fyfe sur la terre que son arrière-grand-père a défrichée.Voici donc l\u2019aîné et le benjamin propriétaires des fermes voisines jusqu\u2019au jour où, Wilfrid étant mort sans héritiers, Hercule se trouve en possession des deux.Pendant plusieurs années les terres sont cultivées en commun, comme une seule; toutefois, Julien, le deuxième du nom, s\u2019occupe spécialement de celle de son oncle Wilfrid, tandis qu\u2019Hercule se fait aider, pour l\u2019autre, de son cadet Laurent.Il y a une quinzaine d\u2019années le père décida d\u2019établir définitivement ses deux fils; il donna donc à chacun la ferme que le jeune homme faisait valoir pour lui.Puis, n\u2019ayant jamais perdu le goût ni l\u2019habileté qui auraient fait de lui un excellent ouvrier, il construisit une confortable maison pour Julien.De nouveau, comme à la génération précédente, deux frères Fyfe sont propriétaires des fermes qui longent le même chemin.Cette fois une question se pose: celle du matériel agricole.Depuis longtemps ces deux terres sont exploitées comme une seule; maintenant que les voilà séparées, bien des choses devront être doublées.Là où un tracteur suffisait, par exemple, il en faudra deux, et ainsi de suite.Hercule Fyfe, celui qui a sacrifié ses goûts à sa famille, qui a toujours, d\u2019exemple aussi bien que de parole, prêché la bonne entente, a la joie de constater qu\u2019il n\u2019a pas perdu son temps.Après en avoir discuté sérieusement, ses deux fils décident de continuer à exploiter leurs fermes en commun.Ils partageront les dépenses, les profits et les pertes, équitablement, fraternellement, chrétiennement.Julien est marié; l\u2019aîné de ses enfants est un garçon, mais les sept autres sont des filles.A chaque nouvelle naissance le grand-père se désole; son cadet ne semble pas pressé de se mettre en ménage, et il n\u2019y a qu\u2019un petit Fyfe pour continuer la tradition! Enfin, il y a dix ans, Laurent Fyfe se mariait avec une jeune fille de la ville.Comment va-t-elle s\u2019adapter, non seulement à la vie de la campagne, mais encore dans cette famille patriarcale ?La jeune mariée trouve à son nouveau foyer un beau-père et une belle-sœur non mariée.De l\u2019autre côté de la route, un beau-frère et sa famille dont la vie est étroitement liée à celle de son mari.Sera-ce possible de continuer ainsi ?Tout d\u2019abord la jeune femme réjouit le cœur de son beau-père en lui donnant l\u2019un après l\u2019autre trois petits-fils; il y a maintenant quatre Fyfe de la sixième génération à Saint-Constant.De plus, elle s\u2019adapte à la ferme, à la famille; les relations continuent aussi cordiales que par le passé.L\u2019amour fraternel et la charité chrétienne préviennent les heurts, aplanissent les difficultés.et cela dure depuis dix ans! Aujourd\u2019hui il y a neuf enfants chez les Julien et cinq chez les Laurent Fyfe; tout ce petit monde s\u2019entend à merveille.Les conseils du grand-père, mort l\u2019année dernière, continuent à porter fruit.En 1805, un quart seulement de la terre acquise par Pierre Firfull était déboisée.Les cent seize arpents de la ferme de Laurent Fyfe sont entièrement en culture: blé, orge, avoine, sarrasin.La culture étant plus profitable dans la région, les bêtes ne sont pas nombreuses sur la ferme: les chevaux indispensables aux travaux de la terre, quelques vaches et cochons, et c\u2019est tout.Des poules pour les besoins de la maisonnée caquettent au poulailler, et dans une quinzaine de ruches bourdonnantes des abeilles fournissent du miel, ali- 334 RELATIONS ment inappréciable pendant les années de guerre.Le propriétaire récolte d\u2019excellentes pommes, pour sa consommation seulement, et de son raisin il fait du vin agréable.Autrefois, du temps de son père, il y avait des moutons sur la ferme.Mme Hercule Fyfe travaillait elle-même leur laine.Elle savait carder, filer et même teindre avec des teintures préparées par ses propres soins.Puis elle tissait: couvertures de lit ou de carriole, draps de lin et ainsi de suite.Richesses qui dureront des générations et que sa belle-fille empile avec fierté dans ses armoires.Elle ne dédaignait pas les travaux plus grossiers et couvrait les planchers de cata-lognes faites avec des chiffons conservés à cet effet.Si la maison de Laurent Fyfe ne remonte pas aux temps du premier venu de la famille, elle est tout de même construite depuis fort longtemps.Une rallonge assez récente est l\u2019im- mense cuisine aux multiples fenêtres.Éclairée sur quatre côtés, c\u2019est une pièce si gaie que la mauvaise humeur ou les soucis ne doivent pas résister longtemps à la joie dont elle est imprégnée.Un grand buffet sculpté, œuvre d\u2019Hercule le cultivateur aux mains d\u2019ouvrier, fait le principal ornement de la salle à manger.A l\u2019étage on trouve tout le confort moderne, ce qui n\u2019est pas à dédaigner dans un climat aussi rigoureux que le nôtre.Élevée dans une ambiance foncièrement chrétienne avec de tels exemples familiaux à méditer, la sixième génération, des deux côtés de la route, ne saura déchoir.Ce sont de vaillants petits Canadiens, des catholiques fiers et joyeux qui grandissent à l\u2019ombre de la croix du chemin.Puis ent-ils plus tard fonder à leur tour des familles où se perpétueront les vertus de celle qui les a vus naître.LA SEMAINE SOCIALE DE RIMOUSKI Adélard DUGRË, S.J.CETTE ANNÉE, les « Semaines sociales du Canada » tinrent leur vingt-quatrième session annuelle à Ri-mouski, du 25 au 28 septembre.Comme les années précédentes, des conférenciers bien choisis, habilement recrutés par l\u2019infatigable et irrésistible P.Archambault, surent retenir jusqu\u2019à la fin l\u2019attention de nombreux auditeurs.Le sujet mis à l\u2019étude était la vie rurale, sous ses différents aspects.Ce n\u2019est pas seulement la technique de l\u2019agriculture et ses difficultés économiques qu\u2019on examina; ce furent les divers problèmes que posent aujourd\u2019hui à l\u2019habitant des campagnes le développement rapide de l\u2019industrie dans la province de Québec et la séduction que la ville exerce sur de nombreux campagnards.On reconnaît volontiers l\u2019importance qu\u2019il y a, pour la santé morale, physique, économique, d\u2019un pays à ce que la classe rurale demeure une force prépondérante, l\u2019élément stabilisateur de la nation; mais il faut bien reconnaître aussi que la profession agricole, si elle offre de précieux avantages de sécurité, impose aussi des sacrifices, particulièrement une fidélité au travail qui fait contraste avec la tendance universelle des ouvriers des villes à allonger leurs heures de loisir.De plus, la rémunération en argent du travail agricole est nettement inférieure à celle que procure l\u2019usine.A ce compte, comment retenir les cultivateurs sur leurs terres ?M.Gérard Filion, directeur du Devoir, parut poser la question et fournir les éléments de la réponse avec une lucidité remarquable: « Le revenu net moyen des fermes québécoises en 1946, dit-il, a dû s\u2019établir aux environs de $1,500.Voilà le chiffre qu\u2019il nous faut retenir, parce qu\u2019il représente le salaire touché en espèces et en nature par la famille agricole en 1946.Or, cette famille agricole compte en moyenne 5.42 personnes, dont tout près de deux adultes du sexe masculin.Par conséquent, ce revenu net de $1,500 serait donc le salaire de deux adultes, soit $750 par personne.De plus, ce revenu médiocre n\u2019est pas le fruit du seul travail, mais il représente l\u2019exploitation d\u2019un capital d\u2019environ $6,500.Combien de familles d\u2019artisans, de petits commerçants et de petits industriels, exploitant un capital de $6,500 et employant deux adultes à plein temps, sans compter l\u2019aide occasionnelle des femmes et des enfants, se contenteraient d\u2019un revenu net de $1,500 par année en cette période de vie chère?.Mais alors comment expliquer que, malgré ce décalage évident, il y ait encore un si grand nombre de familles agricoles qui consentent à faire le sacrifice de rester sur la terre ?Il y a à cela plusieurs explications, les unes d\u2019ordre moral et psychologique, les autres de caractère économique et social.» NOVEMBRE 1947 M.Filion énumère quelques-uns des avantages et des revenus additionnels que procure la campagne.Retenons cette constatation: « Quand on scrute la réalité de près, on trouve que le revenu moyen de $1,500 par ferme ne peut en aucune façon être comparé à un revenu du même montant en ville, et cela pour la simple raison que le pouvoir d\u2019achat de cette somme n\u2019est pas le même dans les deux milieux.En d\u2019autres termes, un revenu net de $1,500 sur une ferme familiale peut facilement représenter, en fait de besoins satisfaits, un salaire ou un revenu de $3,000 en ville.Et c\u2019est bien cela, en définitive, qui compte et les cultivateurs avisés le comprennent facilement.Pour résumer notre pensée, disons que la profession agricole, telle qu\u2019on la pratique dans la province de Québec, assure largement à la famille rurale la satisfaction de ses besoins essentiels, qui sont le couvert, le vêtement et le logis.» Cette conclusion optimiste ne dut pas manquer d\u2019encourager les jeunes ruraux qui, en nombre imposant, écoutaient le conférencier.L\u2019auditoire ordinaire des cours, en effet, se composait surtout des élèves du grand et du petit séminaire de Rimouski, des jeunes filles de l\u2019école normale et de l\u2019école ménagère, des jeunes gens de l\u2019école moyenne d\u2019agriculture.En outre, des délégations de la J.A.C.étaient venues des Trois-Rivières, de Joliette, de Montréal, probablement d\u2019ailleurs aussi.La plupart des conférences étaient pour eux d\u2019un grand intérêt.Celle de M.Albert Rioux, sur l\u2019utilité de la recherche scientifique et de ses découvertes pour le progrès de l\u2019agriculture, fut, sans doute, une révélation pour bien des auditeurs.Elle fit voir à la jeunesse étudiante quel champ immense s\u2019ouvre devant ceux qui ont du goût pour les sciences naturelles.Signalons aussi, parmi les cours qu\u2019il nous a été donné d\u2019entendre, celui de Mme Gaudet-Smet, directrice de Paysana, qui devait parler du rôle de la femme dans la vie rurale.Avec beaucoup d\u2019esprit et une émotion communicative, elle sut tour à tour attendrir et amuser son auditoire, en lui décrivant les multiples occupations de la « femme d\u2019habitant 1947 ».Après de telles leçons et les encouragements prodigués par S.Ém.le cardinal McGuigan et Son Excellence le délégué apostolique, le grand animateur de cette Semaine sociale, l\u2019apôtre convaincu de la vie rurale, Mgr Courchesne, archevêque de Rimouski, pouvait bien dire le mot de la fin et déclarer que les Semaines sociales sont un bienfait, non seulement pour son diocèse, mais pour toutes les régions où se traitent des questions aussi actuelles que celles qu\u2019on étudia cette année.335 LA VOCATION AGRICOLE AVEC O U SANS «TÂCHE DE L\u2019ÉDUCATEUR» La Semaine sociale de Rimouski sur « la Vie rurale » a été occasion d'une importante déclaration de S.S.Pie XII.Voici la lettre qu'il adressait au R.P.J.-P.Archambault, S.J., Président des Semaines sociales du Canada : C\u2019EST UN SUJET de très réelle importance qu\u2019entend traiter à Rimouski la XXIVe Session des Semaines sociales du Canada, et auquel Nous ne pouvons manquer de prendre un vif et paternel intérêt.« La vie agricole » mérite, en effet, des égards spéciaux, des sollicitudes particulières, alors que trop souvent l\u2019attention des sociologues et des hommes politiques se porterait de préférence sur les problèmes soulevés par les concentrations de la grande industrie.Nous ne nions certes pas l\u2019urgence et le caractère aigu de ces derniers, mais haec oportuit facere, et ilia non omittere; aussi Nous paraît-il que les prochaines assises sociales de Rimouski feront du bon et salutaire travail, en rendant toute son actualité et tout son relief au fondamental problème de la terre.Car, il faut bien l\u2019avouer, l\u2019une des causes du déséquilibre et, disons plus, du désarroi, où se trouve plongée l\u2019économie mondiale et, en même temps qu\u2019elle, tout l\u2019ensemble de la civilisation et de la culture, c\u2019est, à n\u2019en pas douter, une déplorable désaffection, quand ce n\u2019est pas du mépris, à l\u2019égard de la vie agricole et de ses multiples et essentielles activités.Or, l\u2019histoire ne nous enseigne-t-elle pas \u2014 et notamment par la chute de l\u2019Empire romain \u2014 à voir là un prodrome du déclin des civilisations ?Et n\u2019est-il pas significatif d\u2019entendre monter, comme un cri d\u2019alarme, des régions d\u2019intense industrie, un appel à la formation dans les campagnes d\u2019une population paysanne saine, forte, profondément et intelligemment chrétienne, qui soit comme une digue infranchissable contre laquelle vienne se briser la vague montante de la corruption physique et morale ?L\u2019aspect moral et religieux de cette question vous touchera, bien entendu, au premier chef.Et l\u2019on ne saurait trop redire, en effet, combien le travail de la terre est, en soi, générateur de santé physique et morale, car rien ne tonifie autant le corps et l\u2019âme que ce bienfaisant contact avec la nature, directement sortie des mains du Créateur.La terre, elle, ne trompe pas, elle n\u2019est pas sujette aux caprices, aux mirages, aux attraits artificiels et fiévreux des villes tentaculaires.Sa stabilité, son cours régulier et sage, la majesté patiente du rythme des saisons sont comme autant de reflets des attributs divins.0 fortunatos nimium.Oui, plus heureuse encore, et plus noble que ne l\u2019imaginait le poète antique, cette race paysanne, qui peut s\u2019élever si facilement, par ses conditions mêmes de vie, jusqu\u2019au Tout-Puissant, qui a fait le ciel et la terre! Mais le côté économique et technique du problème agricole ne laissera pas non plus d\u2019appeler tous vos soins, dans la mesure où il intéresse la justice sociale et le bien commun.Les améliorations de la vie paysanne, en ce qui concerne une organisation rationnelle tant de la culture pour produire davantage, que de la vente pour un équitable profit, feront à bon droit l\u2019objet de vos études.En ce temps de disette quasi universelle, il n\u2019est pas indifférent d\u2019abord qu\u2019un meilleur rendement du travail de la terre, une plus intense production de denrées agricoles permettent d\u2019alléger les épreuves si durement ressenties par des continents entiers, que le récent cataclysme a réduits à la misère.Il est également nécessaire de pourvoir à l\u2019institution d\u2019œuvres sociales veillant aux légitimes intérêts, aux progrès matériels et moraux de la classe paysanne, à sa sécurité et à son avenir: tout cela sera bien propre, non seulement à enrayer le fléau de l\u2019exode rural, mais à rendre les agriculteurs plus conscients de leur rôle, plus fiers de la dignité de leur vie et de leur mission, de la grandeur et de la sainteté de leur tâche.COMMENTAIRES AMITIÉ ANGLO-CANADIENNE DANS le numéro du printemps dernier du Queen's Quarterly, F.R.Scott cite la lettre d\u2019un Anglo-Canadien de la Colombie comme type de l\u2019opposition au bilinguisme qu\u2019on trouve encore en certains quartiers: « Ce n\u2019est pas parce que le français est la langue maternelle de trois millions de gens dans la province de Québec que nous désirons devenir un pays bilingue.L\u2019anglais est la langue officielle du reste du Canada et de cent trente millions de personnes aux États-Unis.» M.Scott apporte la réponse juridique ou constitutionnelle à un tel raisonnement, dans un article élaboré, dont Aujourd'hui (mai 1947) a donné la traduction.M.l\u2019abbé Arthur Maheux, dans le Montreal Daily Star du 13 septembre, répond à l\u2019argument tiré du nombre: « Il y a 145,000,000 d\u2019Américains qui parlent l\u2019anglais, donc les Canadiens français doivent parler l\u2019anglais! Ce raisonnement est bien amusant.Il n\u2019a aucune valeur spirituelle; c\u2019est un paquet de matérialisme; c\u2019est un produit d\u2019étroit « scientifisme ».Un morceau de plomb pèse plus qu\u2019une rose, c\u2019est entendu; alors, foin de la rose! du plomb partout! » * * * , L\u2019opposition qu\u2019a rencontrée à Calgary, fin septembre, l\u2019octroi d\u2019un permis d\u2019exploitation pour deux postes français dans l\u2019Ouest canadien a suscité de la part de plusieurs Anglo-Canadiens des protestations si nombreuses à la vérité qu\u2019elles nous font espérer que l\u2019ère de la mésentente touche à sa fin.Nous avons cité en éditorial, le mois dernier, celles de la Gazette et du Star de Montréal; celle du gouverneur Chase de Radio-Canada (également de Montréal) a paru dans tous les journaux.Nous sommes heureux de signaler aujourd\u2019hui de nouveaux témoignages anglo-canadiens.* * * L\u2019un des plus importants vient du Canadian Register (27 septembre, dans sa seule édition québécoise, malheureusement), organe des catholiques de langue anglaise: « Alors que d\u2019autres cultures s\u2019affirment en une seule couleur, le Canada brille de la subtile richesse de la soie moirée.Essayer d\u2019effacer soit le caractère français, soit le caractère anglais de notre pays, c\u2019est appauvrir notre avenir, renier notre héritage et trahir notre destin.Un exemple pathétique de ce point de vue plein d\u2019amertume nous a été donné quand une délégation \u2014 conduite, hélas! par des ministres protestants très peu représentatifs de leur classe \u2014 s\u2019est présentée à Radio-Canada pour s\u2019opposer à l\u2019octroi des postes projetés.Leur opposition partait de cet argument fantastique que le\t( Canada doit subir une unité standardisée, que des émissions françaises dans l\u2019Ouest sont une menace à « l\u2019unité de notre vie nationale », et que d\u2019accorder des permis serait faire aux habitants de langue française des Prairies des concessions auxquelles ils n\u2019ont pas plus droit que les Ukrainiens ou les Allemands.Raisonner ainsi, c\u2019est agir en pharisien et se servir de la lettre de la loi pour en tuer l\u2019esprit.C\u2019était clairement l\u2019intention des Pères de la Confédération que le français, qui était après tout la langue première du territoire, pût jouir de la liberté établie au pays.» * * Après avoir résumé à deux chefs l\u2019argumentation des objecteurs: leur opposition à la radiodiffusion en langue française et à la possession d\u2019un poste par un groupe catholique, un éditorial du Saturday Night (27 septembre 1947) couclut de la façon suivante: « Nous ne croyons pas que ces raisons doivent être prises en considération pour l\u2019octroi d\u2019une longueur d\u2019ondes.« Le premier principe signifie que des personnes qui ont un droit constitutionnel indiscutable à l\u2019usage de la langue française « dans les débats des Chambres du Canada et dans « tout procès entendu par une cour établie par l\u2019A.A.B.N.» se verraient défendre l\u2019usage de cette langue dans les communications radiophoniques, ce qui ne peut certainement pas être soutenu.« Le second principe signifie que des membres du clergé rattachés officiellement à un orps religieux ne pourraient posséder un poste de radio parce qu\u2019ils pourraient l\u2019utilisjer pour soutenir l\u2019enseignement de ce corps et qu\u2019un tel procédé est à éviter, ce qui ne peut non plus, bien certainement, être soutenu.» * * * Dans sa colonne du Herald, « Report to the Nation » (26 septembre), Leslie Roberts prend à partie M.Fallow, ministre dans le cabinet albertain, qui a témoigné contre l\u2019octroi des permis: « Mais comment, écrit-il, ce qui s\u2019écrit ou se dit en français dans ce pays peut-il être « intolérable » ?Les Canadiens forment un peuple à deux langues.Le français est l\u2019une des deux langues officielles, et le citoyen ou le groupement qui cherche à en empêcher l\u2019usage ne peut être décrit que comme non-canadien.Les Franco-Canadiens du Québec ne trouvent pas « intolérable » d\u2019entendre les postes anglais du Québec.Personne n\u2019a jamais demandé (pas même Cha-loult ou Duplessis) que l\u2019anglais fût banni du Québec.Les gens d\u2019Alberta ont besoin d\u2019une bonne leçon sur l\u2019esprit canadien.» * * * Mais le témoignage le plus catégorique a été celui d\u2019un haut fonctionnaire du gouvernement ontarien, M.Chester Walters, lors de la remise qui lui fut faite récemment d\u2019un doctorat honorifique par l\u2019Université d\u2019Ottawa: « Que Radio-Canada, a-t-il dit, refuse ces facilités en Alberta à nos compatriotes de langue française, dont les ancêtres, par leurs labeurs, leurs sacrifices et au prix de leur sang, ont jeté les bases de la civilisation canadienne, c\u2019est commettre un acte de pure stupidité, oui, de stupidité brutale.En qualité de Canadien de langue anglaise, il me fait plaisir de me rendre compte qu\u2019au moins un des gouverneurs de Radio-Canada (M.Chase) s\u2019érige en champion du droit et de la justice.» L\u2019on pourrait continuer et citer le Chronicle-Telegraph de Québec, le Sherbrooke Record, et encore d\u2019autres journaux de langue anglaise.Excellent signe des temps.si Radio-Canada ne vient pas le contredire.Car un acte pèse plus que les plus belles paroles.Le Ladies\u2019 Home Journal d'octobre cite ce passage significatif de sir Richard Livingstone : 1\u2019ÉDUCATION a plusieurs tâches: former l\u2019intelligence, élargir l\u2019esprit 'et multiplier ses intérêts, enseigner les techniques sur lesquelles notre civilisation est fondée.Mais elle peut faire tout cela et ne pas toucher au problème de fond.Qu\u2019est-ce qui élève le civilisé au-dessus du sauvage ?Ses inventions, sa science, les réussites de ses ingénieurs et de ses chimistes?Nous n\u2019avons pas à regarder loin dans l\u2019histoire pour constater que ces choses ne civilisent pas nécessairement et peuvent aller de pair avec un niveau d\u2019humanité inférieur à celui de toute tribu sauvage.Si l\u2019économie, la science, la technologie et l\u2019organisation étaient tout, alors tout allait bien en Allemagne.Ce n\u2019est pas notre civilisation matérielle qui est défectueuse, mais nous-mêmes qui le sommes.La question est de savoir si les hommes doivent être dominés par la puissance, le plaisir, le dernier jouet qu\u2019ils ont inventé, ou par la bonté, la beauté et la raison.Les gens voient bien le pouvoir de la science, l\u2019importance de l\u2019économie et de l\u2019organisation gouvernementale.Bien sûr, mais à quoi nous servent ces choses, si nous ne savons pas en faire bon usage ?Le pouvoir que la science met en nos mains, nous pouvons nous en servir pour le mal tout autant que pour le bien.Un homme pauvre, un monde pauvre, sont limités dans le mal qu\u2019ils peuvent faire par leur pauvreté même.A mesure que leurs biens s\u2019accroissent, s\u2019accroît leur capacité de faire du tort.Nous avons donc besoin d\u2019une éducation qui nous enseigne non seulement comment faire usage de ce pouvoir, mais comment en faire un bon usage.Instaurer en tout homme et en toute femme un élément spirituel qui résiste dans notre monde mécanisé à l\u2019effritement de l\u2019existence quotidienne, c\u2019est la tâche la plus difficile et la plus importante de l\u2019école et de l\u2019Université.IMPORTANCE DU FILM 1ES RAPPORTS suivants de CIP (20 septembre) ré-vêlent jusqu\u2019à quel point les communistes italiens se servent du film pour en faire un instrument de propagande: 1.\tLa circulaire n° 10 de la Commission de presse et de propagande du parti communiste, signée par Luigi Longo, chef bien connu, contient les recommandations suivantes: a)\tAcquisition et usage de projecteurs pour les films de 16 millimètres; b)\tDirection et contrôle des salles de vues animées possédées par les organisations communistes, par des communistes ou par des gens susceptibles de subir l\u2019influence communiste; c)\tAcquisition d\u2019un plus grand nombre de salles de cinéma, surtout dans les banlieues des grandes villes.2.\tDes questionnaires détaillés ont été envoyés aux fédérations provinciales du parti.Il y en a de trois catégories et le questionnaire doit être retourné quand il concerne un communiste employé en cinématographie, un théâtre sous contrôle communiste, une salle avec appareil de 16 mm.3.\tLibertas-Film, qui vise à coordonner le travail des petits producteurs de films italiens et à promouvoir en même temps la production des « grands films », est lui-même sous le contrôle des communistes.Il distribue des films russes.4.\tLe parti communiste a signé récemment un contrat avec la compagnie SAFAR pour la livraison de projecteurs de 16 millimètres au montant de 40 millions.336 RELATIONS NOVEMBRE 1947 337 Au fil du mois Émigration Les demandes pour émigrer aux États-Unis se font si nombreuses aux bureaux américains de Montréal qu\u2019on en crie grâce: on en a pour deux mois avant de pouvoir tout examiner.Et Québec, dit-on, trouve que ce n\u2019est pas le temps d\u2019orienter ses jeunes campagnards et ses bûcherons vers les cantons neufs.Des fonctionnaires parlent du royaume de Matagami pour dans vingt-cinq ans; ils songent à préparer un film qui sortira dans deux ans, qui servira dans trois ans pour coloniser dans cinq ans.Le ministère ouvre quelques milles de chemins, arpente cinq ou six cantons et parle de consolidation.Les missionnaires-colonisateurs ne disposent pas de lots et s\u2019interdisent la propagande.Les chefs de district ne peuvent rien régler sur place, faute d\u2019autonomie.Et les suppliques épiscopales n\u2019ont pas d\u2019écho.Et la lettre de Pie XII à la Semaine sociale de Rimouski s\u2019adresse à notre pays à peupler pour l\u2019expansion de l\u2019Église, et la préservation des âmes: « L\u2019on ne saurait trop redire combien le travail de la terre est générateur de santé physique et morale, car rien ne tonifie autant le corps et l\u2019âme que ce bienfaisant contact avec la nature, directement sortie des mains du Créateur.Les œuvres sociales, veillant aux légitimes intérêts, aux progrès matériels et moraux de la classe paysanne, à sa sécurité et à son avenir, seront bien propres à enrayer l\u2019exode rural et à rendre les agriculteurs plus conscients de leur rôle, plus fiers de la dignité de leur vie et de leur mission, de la sainteté de leur tâche.» Pratiquons une féconde émigration à l\u2019intérieur, au profit du pays, des familles et des âmes.Une vaillante Le 6 octobre, Beauceville a inhumé en grandes pompes une centenaire très vaillante et très pauvre.Les porteurs étaient six maires, qui tinrent à lui accorder les honneurs de la guerre, comme à un grand personnage qu\u2019elle était.Philomène Ratté, dame Gagné, puis dame Drouin, née à Sainte-Marie de Beauce, voilà cent trois ans et cinq mois, a donné la vie à seize enfants, sans assistance de médecin.Elle aidait son mari à sortir le bois de la forêt, à scier le bois de pulpe en quatre pieds: à soixante-quinze ans, elle faisait encore sa journée de sciage.Elle a tellement tourné «on rouet, que l\u2019essieu d\u2019acier en était usé « à la grosseur d\u2019une allumette ».Elle filait pour les autres, à dix sous la livre de laine, un joli paquet: « Elle en a gratté des cinq et des dix sous! » Son jardin était le plus beau des environs, et sa pauvre maison était toujours en ordre.Faute de cheval, elle marchait d'abord neuf milles, puis quatre milles pour venir à la messe, et cela jusqu\u2019à ses soixante-dix-huit ans.Pas de neurasthénie, pas de loisirs à rêverie, jamais de plaintes, aucun reproche, hormis quand ses petits-fils lui achetèrent un prélart pour sa chambre: c\u2019était une « folle dépense ».Elle éleva les enfants de son second mari, qui lui donnaient du fil à retordre.Veuve depuis trente-cinq ans, soignée par sa fille de soixante-douze ans, elle est morte un quart d\u2019heure après avoir reçu, sans angoisse ni crainte, le bon Dieu qu\u2019elle avait hâte de voir.Cette admirable vieille est un beau spécimen de vitalité physique et de santé morale.On monte aux La fermeture des frontières, en 1929, a eu chantiers\tpour bon effet de nous laisser une richesse de jeunes gens qui naguère profitait aux États-Unis.Si les villes en dévorent trop, l\u2019industrie forestière en emploie aussi des milliers, soixante mille, qui sortent du bois avec $1,000 à $2,000, vite fondus en folies souvent.C\u2019en est déplorable.A Québec, la Maison du Bûcheron sauve d\u2019eux-mêmes quelques centaines d\u2019imprudents: une goutte dans le lac.On signale un bûcheron du haut Saint-Maurice qui n\u2019a pu de dix ans revoir sa famille, en bas de Québec: rendu à La Tuque, il s\u2019en payait, se faisait voler, se réengageait et retournait en esclavage.N\u2019y aurait-il pas moyen de renseigner d\u2019avance nos matamores, si vaillants, et braves types au fond, sur la manière d\u2019utiliser leur magot pour s\u2019établir, se faire un chez-soi et ne plus retourner aux bois qu\u2019en amateurs?.On a tout dit sur les dangers moraux des chantiers: les hommes sont comme les pommes; en tas ils se gâtent.Voici qu\u2019une propagande de lectures révoltantes ou révolutionnaires \u2014 expédiées par qui ?\u2014 leur parvient et les fait discuter, déparler, le dimanche et aux heures de repos.Les mieux équilibrés désirent un meilleur service religieux, un prêtre résident par cinq cents hommes, un éducateur, un organisateur d\u2019équipes d\u2019étude, qui pourrait humaniser cette force, ces « paroisses d\u2019hommes », à protéger contre tout, à fixer au sol, à utiliser pour du constructif.Le passage du pauvre missionnaire d\u2019un jour ne suffit pas: il se brûle, se tue, sans faire œuvre durable; il fait faire les pâques, et encore pas à tous.Les mauvaises têtes s\u2019éloignent du « petit curé qui vient chercher sa piastre ».L\u2019assainissement des chantiers est une grande œuvre qui réclame la collaboration des patrons, des bûcherons apôtres et de l\u2019organisation religieuse.Réclamations polies Aux États-Unis, où les catholiques ne forment qu\u2019un sixième de la population, l\u2019épiscopat a maintes fois proposé au gouvernement des programmes de réformes sociales qui ont impressionné l\u2019opinion publique.De même au Canada, où le dernier manifeste de tous les évêques a fait époque.Dans le Québec, à plusieurs reprises, l\u2019épiscopat, reprenant la doctrine des grandes encycliques, a traité longuement des problèmes de la terre et de la ville.Si la transplantation des jeunes ruraux par la colonisation ne va pas plus vite, ce n\u2019est pas sa faute: le clergé n\u2019est pas maître des forêts, des budgets, de la propagande et des mécaniques à ouvrir les chemins.Dans leur plus récente déclaration, les évêques du Québec, « n\u2019ayant en vue que le bien moral des fidèles et voulant faciliter l\u2019établissement des jeunes et l\u2019éducation des familles nombreuses, recommandent: 1° que les exemptions d\u2019impôt soient portées à $3,000 pour les chefs de famille et à $1,500 pour les célibataires; 2° que les gouvernements aident à la construction de bonnes maisons familiales, à prix populaires, et donnent la préférence aux familles nombreuses ».\u2014Espérons voir écoutée la voix des constructeurs de peuple, des « gardiens de la cité », qui savent parler poliment et qui tiennent bien plus au bonheur, même temporel, de leurs ouailles que les violents du coup de poing, des mauvais discours et des grèves illégales.Rayonnement Les vacances ne sont pas nécessairement français\tdonnées pour une flânerie gratuite et obliga- toire.On peut se reposer en changeant de travail, de pays et de compagnie.Et quand un groupe minoritaire, ignoré, parfois calomnié, a besoin d\u2019annonce et d\u2019amitiés, il doit ouvrir ses portes, se faire invitant, se montrer aimable aux voisins studieux qui veulent goûter de sa vie.Les cours d\u2019été de l\u2019Université Laval, fondés voilà dix ans, ont reçu en 1947, parmi 1,035 inscrits, plus de la moitié d\u2019étrangers, venus des neuf provinces canadiennes, de quarante états américains, de huit républiques latines, de France, d\u2019Égypte et d\u2019Océanie: « La belle et grande œuvre que voilà! écrit l\u2019abbé F.-A.Savard.Rayonnement d\u2019une culture.Harmonieux système de compréhension, de sympathies fraternelles.Des préjugés se détruisent, des liens se nouent.Il faut comprendre, aider l\u2019œuvre d\u2019apostolat.Québec n\u2019a pas fini d\u2019étonner le monde par le nombre, le poids et la mesure de ses idées et de ses sentiments.» Nos collèges et pensionnats ne pourraient-ils inviter un beau nombre d\u2019anglophones qui désirent apprendre le fran- 338 RELATIONS çais ?Devenus amis, ils nous serviraient d\u2019interprètes, d\u2019ambassadeurs, une fois retournés chez eux.Ou encore, s\u2019ouvrir aux jeunes Franco-Américains, étudiants ou scouts, qui viendraient puiser à la source une bonne dose d\u2019oxygène ?Les cours de Lettres de l\u2019Université de Montréal, qui en sont seulement à leur troisième année, ont reçu cent dix étudiants, dont cinquante-huit étrangers assoiffés de français.L\u2019Université de Memramcook, spécialisée en pédagogie française au profit des écoles acadiennes, réunissait à sa dixième session d\u2019été deux cent dix-huit instituteurs et institutrices, également partagés entre laïcs et religieux, venus à leurs frais, sans aide ni reconnaissance du gouvernement, qui réservait ses faveurs aux cent quatre-vingts élèves de ses cours de Saint-Jean.Les Acadiens aident leur département de l\u2019Éducation «malgré lui».\u2014 Nos grandes institutions peuvent faire une deuxième grande œuvre et porter intérêt douze mois par année.Participation aux Pie XI a dit dans Quadragesimo anno : bénéfices\t« Nous estimons plus approprié aux conditions présentes de la vie sociale de tempérer quelque peu, dans la mesure du possible, le contrat de travail par des éléments empruntés au contrat de société.» La participation des employés aux bénéfices de l\u2019entreprise est une des applications de ce principe.Les quinze dernières années ont vu, aux États-Unis en particulier, des réalisations aussi nombreuses que variées dans ce domaine.Récemment, un groupe d\u2019industriels américains, représentant une vingtaine de firmes, a créé le National Council of Profit Sharing Industries pour promouvoir la participation aux bénéfices dans l\u2019industrie américaine.America, de New-York, (11 octobre) décrit la journée tenue à Cleveland, qui a donné naissance au nouvel organisme.On y raconte de belles réussites.Ainsi M.Hull, président de Hull-Dobbs Co., de Memphis (Tenn.), la plus importante compagnie de distribution des voitures Ford, rapporte son expérience.En 1938, sa compagnie, menacée de mort, tente un dernier effort pour survivre, en offrant à ses employés de participer aux profits qu\u2019apporterait leur travail accru.Succès tel que le département des pièces de rechange passe de $18,000 d\u2019affaires en 1937 à $3,000,000 en 1947, et le salaire du chef de service, de $3,000 à $30,000 par année.Le tout à l\u2019avenant.Les congressistes ont su voir dans la participation aux bénéfices plus qu\u2019une simple formule de meilleur rendement industriel; ils y ont découvert une philosophie sociale de bon sens qui, en intéressant personnellement l\u2019ouvrier aux gains de l\u2019entreprise, lui redonne la joie au travail, le sens de la responsabilité et l\u2019assurance concrète d\u2019être effectivement un associé dans une communauté de travail.Facteur important de paix sociale.Éducation des\tLa région de Chicoutimi a développé adultes\tune intéressante formule d\u2019« éducation des adultes » dans ses Journées sociales, qui, depuis sept années, se tiennent à l\u2019automne dans la capitale du Saguenay.La J.I.C., conjointement avec plusieurs associations de la région, organise le programme: il y eut cette année la journée du clergé, la journée des dirigeants de l\u2019U.C.C.et des Caisses populaires, la journée des instituteurs et institutrices, la journée des commissaires d\u2019écoles, celles des dames, des ouvriers, des jeunes.Plusieurs autres groupements purent profiter d\u2019au moins un cours à leur intention particulière: les patrons de l\u2019industrie, du commerce et de la construction, les gardes-malades et les religieuses hospitalières, les hommes de profession libérale.L\u2019enseignement est confié à l\u2019École Sociale Populaire de Montréal.Du 8 au 12 octobre, six Pères donnèrent en quatre jours vingt-quatre cours et conférences à quelque 2,500 auditeurs.La spécialisation des groupes permet, non seulement de dispenser la doctrine sociale de l\u2019Église, mais encore d\u2019en faire l\u2019application aux besoins des divers groupes.D\u2019intéressants forums suivent les cours et facilitent la mise en commun des expériences et des suggestions.Le thème général de la session de 1947: Pour une vraie démocratie, s\u2019est avéré d\u2019un grande richesse pratique: étude des tendances socialisantes de plus en plus vigoureuses, au Canada comme ailleurs, et qui menacent nos libertés individuelles; nécessité de Vorganisation à tous les paliers et dans toutes les sphères de la société, dans l\u2019industrie et l\u2019agriculture, dans le monde scolaire et les carrièresjibérales, pour protéger l\u2019individu contre les empiétements de l\u2019État, et pousser vigoureusement au progrès social, économique et culturel.Encouragées par les autorités de la région, en particulier par S.Exc.Mgr Melanson, qui a tenu à suivre personnellement la plupart des cours et à adresser la parole aux divers groupes, les Journées sociales de Chicoutimi ont remporté le plus beau succès.Immigration Ainsi donc les cent Polonaises auront servi de prétexte, de passe-partout à la reprise officielle, avouée, de l\u2019immigration.Les journaux ont photographié l\u2019alléchante invitation imprimée sur une large banderole, affichée à Londres par M.Drew: Emigrez maintenant par avion en Ontario, Canada.Évidemment, c\u2019est en anglais.Nous ne grognons pas; nous n\u2019allons pas voir comment eux traitent leurs nouveaux arrivés.Quelques-uns, déjà repartis, se sont chargés de dire leur désenchantement: On nous a trompés ! D\u2019autres milliers de déracinés, juifs ou autres, nous arriveront par bateau spécial à eux destiné, sans compter les milliers de Hollandais et d\u2019autres venus autrement.Où les emploiera-t-on ?Où les logera-t-on, quand les Canadiens ne se trouvent pas de logis ?La Chambre de Commerce demande qu\u2019on place d\u2019abord les Canadiens, puis qu\u2019on ne bloque plus l\u2019immigration française comme autrefois.C\u2019est juste, conforme à la bonne entente.L\u2019immigration, payée si cher, ne va-t-elle pas trop aux États-Unis?Si le Canada, en quatre-vingt-dix ans, de 1851 à 1941, a fait venir à grand prix 6,699,226 immigrants et a perdu 6,301,329 de ces nouveaux venus ou de ses propres citoyens, c\u2019est un fiasco à faire rêver, à ne pas recomrriencer.Il est évident \u2014 et cela se prouve aussi par la résistance au français dans les écoles de l\u2019Ontario et à la radio de l\u2019Ouest \u2014 il est évident que l\u2019on redoute nos berceaux, bien qu\u2019ils se rétrécissent misérablement en ville, et que les jeunes ruraux aient peu de chance de se marier sur des fermes.Si nos voisins préfèrent l\u2019immigration à la création des vies, un étranger tout fait à un Canadien fait sur commande, c\u2019est leur affaire; mais ils nous donnent une leçon, ils nous font un devoir, pour survivre, de rendre possibles le mariage et la famille des ruraux ailleurs qu\u2019aux villes mangeuses d\u2019hommes.Si l\u2019enfant unique devient à la mode, les Orangistes n\u2019ont rien à craindre pour 1971, ni pour l\u2019an 2000: nous serons semblables à eux.A l\u2019assaut de la Notre-Dame de Fatima vient d\u2019arriver en Russie\tAmérique.Elle doit visiter le Canada, les États-Unis, l\u2019Amérique du Sud, puis traverser les mers vers les pays d\u2019Orient pour s\u2019arrêter à la frontière orientale de la Russie, cependant qu\u2019une réplique de la statue fera un pèlerinage semblable à travers l\u2019Europe pour aboutir à la frontière occidentale de la même Russie.Partout Notre-Dame répétera son célèbre message: Priez, priez, afin que la Russie se convertisse.Et partout les peuoles s\u2019agenouilleront, feront pénitence, imploreront le Ciel afin que retourne au Dieu qu\u2019il n\u2019a jamais complètement renié en son cœur un peuple profondément malheureux et digne de toute pitié.Investissement spirituel, assaut irrésistible de la prière, seule capable d\u2019assurer la paix au monde tourmenté.NOVEMBRE 1947 339 LA SÉCURITÉ SOCIALE EXPÉRIENCES D'ALLOCATION-LOGEMENT EN FRANCE Chanoine P.LESAGE Cet article fait suite à l\u2019étude du même auteur sur /\u2019allocation-logement parue dans la livraison d\u2019octobre de Relations.(N.D.L.R.) I'ALLOCATION-LOGEMENT doit être réalisée en tenant compte d\u2019un certain nombre de données que nous pouvons résumer en quelques phrases: 1° L\u2019allocation-logement devra s\u2019élever au fur et à mesure qu\u2019aura pu être relevé le taux des loyers; 2° Elle devra être beaucoup plus forte, quand il s\u2019agira de constructions neuves ; 3° Elle devra être établie en exigeant un effort nouveau et progressif des allocataires, et en comptant sur un concours indirect des pouvoirs publics qui pourront par des mesures opportunes faire diminuer le taux du coût de la construction (on estime qu\u2019on peut arriver à une diminution de 30%) ; 4° Elle devra être fixée à un taux qui permette de donner un minimum convenable de confort, d\u2019hygiène et même qui facilite l\u2019accession à la propriété; 5° Elle devra favoriser tout particulièrement l\u2019accession des familles nombreuses à une habitation vraiment familiale, et prévoir le maintien de la mère au foyer.Toutes ces considérations devront jouer en même temps, dans une mesure à déterminer, selon les circonstances de temps et de lieux.C\u2019est dans ce large esprit social et familial que la plupart des règlements ont été établis dans nos Caisses françaises.Et si ces règlements diffèrent, c\u2019est parce qu\u2019on a tenu plus ou moins compte de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces considérations.Dans l\u2019avenir, il s\u2019établira sans doute une sorte de moyenne entre ces données diverses.La législation pourra alors fixer des minima obligatoires, en laissant chaque Caisse poursuivre son expérience avec une grande marge de liberté, en une matière aussi complexe et mouvante et dans des situations qui peuvent varier à l\u2019infini.Car il est à souhaiter que les Caisses d\u2019allocation-logement puissent s\u2019organiser librement, pourvu qu\u2019elles se conforment aux règlements minima qui seront exigés par la législation.* * Ceci posé, examinons les lignes générales de Vorganisation des Caisses existantes, sans entrer dans le détail infime des règlements qu\u2019on pourra se procurer facilement; car notre étude vise plus à orienter qu\u2019à fournir la technique détaillée de cette organisation.Nous nous référons surtout à deux Caisses qui, fonctionnant depuis 1944, possèdent déjà une certaine 340 expérience: la Caisse de Roubaix-Tourcoing et la Caisse du bâtiment de Paris.I.\u2014 BÉNÉFICIAIRES DU L\u2019ALLOCATION-LOGEMENT En sont bénéficiaires dans la Caisse de Roubaix-Tourcoing tous les chefs ou soutiens de famille, travaillant dans les établissements affiliés, sous la condition qu\u2019un seul des deux conjoints ait un revenu professionnel et lorsqu\u2019ils appartiennent à l\u2019une des catégories suivantes: les chefs de famille bénéficiaires de l\u2019allocation de salaire unique; les chefs de famille sans enfant, qui ne bénéficient que d\u2019un seul revenu professionnel, payé en contrepartie d\u2019un travail effectif provenant de l\u2019activité de l\u2019époux ou de l\u2019épouse; les chefs de famille ayant des enfants pour lesquels les allocations familiales ne sont point payées; les chefs de famille qui n\u2019ont qu\u2019un revenu professionnel et dont les parents habitant sous leur toit ne travaillent pas ; les célibataires habitant avec leurs parents, lorsque le père est décédé ou infirme ou chômeur, et la mère ménagère; les veuves, chefs d\u2019une famille d\u2019au moins deux personnes, si le mari a travaillé dix ans dans l\u2019industrie affiliée.A noter que l\u2019allocation est maintenue en cas de maladie, d\u2019accident ou de chômage.Dans la Caisse du Bâtiment de Paris, l\u2019allocation n\u2019est attribuée aussi qu\u2019aux chefs de famille bénéficiant de l\u2019allocation de salaire unique.Le règlement fixe un minimum de loyer, qui doit être égal au moins à un mois du salaire moyen départemental, et il exige, si le traitement est élevé, que la famille consacre à son loyer un pourcentage déterminé de ses ressources.D\u2019autre part, le logement doit remplir un certain nombre de conditions, concernant le nombre de pièces, leurs dimensions, la salubrité, le peuplement et la tenue de l\u2019habitation.Dans la Caisse de Besançon, de création toute récente, \u2014 estimant que le règlement de Paris est trop restrictif et revient à réserver l\u2019allocation à ceux qui sont déjà bien logés, tandis que le règlement de Roubaix-Tourcoing est trop libéral (ce qui n\u2019est, au fond, pas exact, à cause des nuances et des amodiations apportées par la suite) \u2014 on a décidé que le versement ne s\u2019effectuerait en espèces que s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un loge- RELATIONS ment neuf ou d\u2019un complément de la mensualité payée à une Société de Crédit immobilier, mais que, s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un logement ancien, comme c\u2019est le cas général, l\u2019allocation serait versée sous forme d\u2019un bon utilisable pour payer les factures de réparation, entretien ou aménagement du logement de l\u2019allocataire.II.\u2014 MONTANT DE L\u2019ALLOCATION Le montant de l\u2019allocation doit être proportionnel au nombre des membres de la famille, afin de déplacer le pouvoir d\u2019achat, en ce qui concerne le logement, vers les familles qui en ont le plus besoin.Le montant de l\u2019allocation doit aussi être proportionnel en pourcentage au montant du loyer, mais avec un plafond qui empêche que l\u2019on n\u2019aboutisse à des dépenses de loyer abusives, plafond qui doit varier, selon que les constructions sont neuves ou anciennes.Dans la Caisse du Bâtiment de Paris, on a établi un barème général pour ceux qui réalisent les conditions requises, et des allocations temporaires ou d\u2019aménagement pour les autres, ainsi que des allocations spéciales pour constructions neuves.a)\tBarème général Pourcentage\tLoyer mensuel fixé Composition de\tde loyer fixé\tcomme plafond pour la famille\tcomme allô-\tle calcul de cation maximum\tl\u2019allocation Jeune ménage.40% du loyer 25% du salaire moyen départemental.1\tenfant à charge.40%\t25% 2\tenfants.50%\t35% 3\t»\t.50%\t40% 4\t»\t.50%\t45% 5\t»\t.60%\t50% Le salaire moyen départemental est le salaire qui sert de base au calcul des allocations familiales ; dans l\u2019état actuel des choses, il correspond au salaire minimum vital.Il est en ce moment, pour Roubaix-Tourcoing, de 6,650 francs par mois, et un peu plus élevé à Paris.b)\tAllocations temporaires ou d'aménagement Dans la Caisse du Bâtiment de Paris, l\u2019allocation n\u2019est versée que si l\u2019habitation remplit certaines conditions de salubrité.Comme ces conditions ne sont pas réalisées dans bien des cas, la Caisse a établi des allocations temporaires ou d'aménagement.Si les conditions de logement sont à peu près admissibles, l\u2019allocation est attribuée pour deux ans, avec possibilité de renouvellement.Si les conditions ne sont pas admissibles, mais si le logement peut être amélioré, il peut être attribué une allocation d'aménagement, destinée à couvrir tout ou partie des frais nécessaires (le maximum de cette allocation est de 15,000 francs, plus 2,500 francs par enfant à charge).Si le logement ne peut être amélioré, la famille est encouragée à changer d\u2019habitation par une allocation de déménagement, dont le maximum est de 10,000 francs, à laquelle peut s\u2019ajouter une allocation d\u2019aménagement du nouveau logis.On a constaté que, depuis deux ans, environ 10% des familles allocataires ont changé de logement, par suite de ces dispositions du règlement.c)\tDe plus, lorsqu\u2019il s\u2019agit de constructions neuves, c\u2019est-à-dire terminées après le 1er janvier 1945, les plafonds de loyer, pris en considération pour le calcul des allocations, sont triplées.Dans la Caisse de Roubaix-Tourcoing, où les allocations sont versées à 33,500 familles depuis le 1er janvier 1944, un barème nouveau a été établi récemment pour les constructions neuves; pour les constructions anciennes, l\u2019ancien barème est encore en vigueur: nous le donnons plus loin, ainsi que le projet de remaniement; enfin un barème particulier favorise les futurs propriétaires.a) Le barème, pour les constructions neuves, vient d\u2019être remanié de la manière suivante : (Remarquons que l\u2019allocation-logement constitue la pierre maîtresse du système élaboré par le « Comité interprofessionnel du Logement », afin de réduire dans des proportions acceptables les loyers des constructions neuves et d\u2019assurer une rentabilité relative de la construction, en permettant au travailleur de se loger dans une habitation neuve, adaptée à la composition de la famille.De cette façon, on demande à l\u2019ouvrier de faire un effort supplémentaire pour obtenir un logement sain et confortable; mais le pourcentage du loyer par rapport à ses ressources reste dans des limites raisonnables (au maximum 10%).Mentionnons aussi que les maisons construites en ce moment par le C.I.L.coûtent environ un million et que le C.I.L.en solde une partie du montant à fonds perdus.Consulter à ce sujet l\u2019article déjà cité de la Documentation catholique, reproduit par l\u2019École Sociale Populaire, tract n° 338.) Pourcentage de Plafond de loyer Composition de la\tloyer fixé comme mensuel fixé pour le famille\tallocation-logement calcul de l\u2019allocation 2\tpersonnes au foyer.\t25%\tl,500fr.= 375fr.3\tpersonnes et jeunes ménages pendant 2 ans.40%\t1,750 =\t700 4\tpersonnes.50%\t2,000\t=\t1,000 5\t»\t 60%\t2,250\t-\t1,350 6\t»\t 65%\t2,500\t=\t1,625 7\t»\t 65%\t2,750\t=\t1,787 8\t»\t 65%\t3,000\t=\t1,950 b) Pour les constructions anciennes, l\u2019allocation-loge-ment joue aussi un rôle important.Voici le barème actuel, qui sera bientôt modifié dans le sens que nous indiquerons plus loin.Pourcentage de Plafond de loyer Composition\tloyer fixé comme mensuel fixé pour le de la famille\tallocation-logement calcul de l\u2019allocation 2\tpersonnes.3\tpersonnes et jeunes ménages pendant deux ans.4\tpersonnes.5\t»\t.6\t» .7\t»\t.8\t» .\t\ttoujours 25%\t250 fr.\t= 100 fr.minimum 40%\t350\t= 140 fr.50%\t400\t= 200 60%\t450\t= 270 70% 80%\t500 550\t= 350 = 440 90%\t600\t= 540 NOVEMBRE 1947 341 En raison de l'imminence de la réforme de la politique suivie entre les deux guerres en matière de loyers, et de la nécessité de rendre l\u2019allocation-logement obligatoire pendant la période transitoire entre le déblocage progressif des loyers et le retour à la liberté, le C.I.L.envisage des aménagements à ce barème.Il ne semble pas nécessaire que les barèmes subissent automatiquement des révisions en cas de variations de salaires, comme pour les constructions neuves et l\u2019accession à la propriété; mais il est utile de réserver la possibilité de modifications qui porteraient sur les points suivants, en certaines circonstances: adoption des taux instaurés pour les constructions neuves, c\u2019est-à-dire de 25% pour deux personnes à 65% pour six personnes et plus, de manière que le locataire s\u2019habitue à faire un effort personnel en rapport avec ses ressources.Élévation des plafonds, en tenant compte d\u2019une augmentation possible maximum, dans les circonstances actuelles, de quatre fois les loyers pratiqués en 1939.Les plafonds seraient de 600 francs pour deux personnes, avec augmentation de 100 francs par personne vivant au foyer et limitation à 1,200 francs.Il faut aussi admettre que le locataire de constructions anciennes, nettement favorisé par le blocage encore relatif des loyers, vis-à-vis des habitants de constructions neuves, doit faire un effort minimum, sur lequel l\u2019allocation-logement ne sera pas attribuée: cet effort doit être au moins de 5% du salaire moyen départemental, et être, en toute hypothèse, de 200 francs par mois, quelle que soit la composition de la famille.Pour les logements dont les occupants sont propriétaires, il y aurait lieu de déterminer un loyer fictif, basé sur le revenu net foncier bâti de l\u2019immeuble, en affectant ce revenu d\u2019un coefficient.Ces règlements ne supprimeraient pas les avantages acquis.c) Pour ceux qui habitent une maison dont ils veulent acquérir la propriété, l\u2019allocation-logement est calculée, à Roubaix-Tourcoing, sur le montant de la mensualité à payer, avec des plafonds variables suivant l\u2019importance de la famille, et qui correspondent aux plafonds des loyers des constructions neuves, majorés de 60%.III.\u2014 COÛT ACTUEL DE L\u2019ALLOCATION-LOGEMENT A Roubaix-Tourcoing, où elle est servie à 33,500 familles, elle coûte moins de 5 pour mille du montant des salaires.A Paris, elle coûte seulement un pour mille, ceci à cause du grand nombre des familles qui n\u2019y ont pas droit (en fait 50%).Si les loyers étaient doublés par une hausse légale de 100%, le coût à Paris passerait à 2.5 ou 3 pour mille.S\u2019il y avait une hausse générale des loyers, les hommes compétents déclarent que le coût de l\u2019alloca-tion-logement généralisée ne dépasserait pas 1.5% du montant des salaires, en ce qui concerne les logements existants; et s\u2019il s\u2019agit de constructions neuves, le coût ne dépasserait pas 2% pendant les cinq années de démarrage.Ils ajoutent que l\u2019institution de l\u2019allocation-loge-ment pourrait être faite sans augmentation du taux de 12% de la cotisation des allocations familiales, et que les frais pourraient être prélevés sur les marges dans les Caisses d\u2019allocations familiales.(C\u2019est du moins l\u2019opinion exprimée dans la brochure de M.Kula, sur /\u2019Allocation-logement; et nous pensons que cela est exact pour notre région de Roubaix-Tourcoing.) IV.\u2014 EXTENSION ACTUELLE DE l\u2019allocation-logement Avant de terminer, il nous faut dire où en est l\u2019extension de l\u2019allocation-logement en France.Appliquée d\u2019abord dans l\u2019industrie textile de Roubaix-Tourcoing dès le 1er janvier 1944, elle s\u2019est étendue aux autres professions des deux villes.Elle fut adoptée par le bâtiment de la région parisienne le 1er juillet 1944.Elle est pratiquée aujourd\u2019hui par la Caisse des industries polygraphiques du Nord de la France, les Associations paritaires d\u2019action sociale du bâtiment de Rouen et de Marseille, les Caisses d\u2019allocations familiales de Besançon, Castres, Troyes, Villefranche-sur-Saône (pour les constructions neuves), la Banque de France.Il est à souhaiter qu\u2019elle soit généralisée dans toute la France, ce qui ne saurait tarder.Des propositions de loi ont déjà été déposées sur le bureau de la Chambre, notamment par MM.Cayol-Vendroux.Un projet de loi sur ce point a été préparé par le ministère de la Reconstruction et de l\u2019Urbanisme, qui reprend les grandes lignes du projet Cayol.Une récente déclaration du ministre de la Santé publique, au Congrès mondial de la famille, permet d\u2019espérer l\u2019ouverture prochaine d\u2019une discussion au Parlement.notre conclusion: UNE LIGUE SOCIALE POUR LE LOGEMENT On se rappelle les enquêtes sensationnelles qui furent faites vers le milieu du XIXe siècle sur la situation lamentable des travailleurs.Si l\u2019on faisait en ce moment une enquête sur le logement, elle provoquerait sans nul doute un sursaut de l\u2019opinion, horrifiée par la situation épouvantable dans laquelle se débattent d\u2019innombrables familles.Ce problème doit nous préoccuper à l\u2019égal de celui du ravitaillement qui se présente d\u2019une façon non moins tragique.On a, dans le passé, institué une Ligue sociale d\u2019acheteurs pour rappeler aux acheteurs leur devoir social; on a créé aux États-Unis une Ligue de la décence pour combattre les films immoraux et antifamiliaux.N\u2019est-ce pas le moment de grouper tous les hommes de cœur, tous ceux qui ont le grand privilège d\u2019être parfois trop bien logés, alors que tant de leurs con- 342 RELATIONS citoyens n\u2019ont même pas le minimum de logement indispensable pour la pratique d\u2019une vie humaine, morale et familiale ?C\u2019est le moment de réunir en une vaste Ligue sociale pour le logement tous ceux qui veulent supprimer les taudis, tous ceux qui entendent fournir aux familles le vêtement de pierre pour les abriter, le foyer pour les ranimer, l\u2019espace pour leur permettre de respirer et de vivre, le patrimoine pour les enraciner.Ce problème angoissant devrait obséder les esprits, inquiéter les consciences.Peut-on, en toute tranquillité, habiter un palais ou une vaste demeure, alors que des milliers de jeunes ménages n\u2019ont pas de foyers, alors que des centaines de milliers de familles croupissent dans des taudis, sans qu\u2019il y ait de leur faute ?C\u2019est l\u2019heure de s\u2019entr\u2019aider, de mettre en commun tous les efforts: les efforts des hommes de gouvernement, les efforts des organisations professionnelles et des groupements familiaux, pour entreprendre cette croisade de l\u2019entr\u2019aide fraternelle envers les sans-logis et les mal logés.Le branle a été donné tout particulièrement par le Comité interprofessionnel du Logement de Roubaix-Tourcoing, qui avait réuni en avril 1947 déjà plus de 100 millions pour bâtir 105 maisons, et qui se propose d\u2019en construire 372 en 1947-1948 et 292 en 1948-1949.Que des Commissions du logement s\u2019établissent partout! Que se multiplient les C.I.L.afin que nos nations revivent, par des familles saines et fortes, grâce à leurs coins de terre et à leurs foyers! LES UKRAINIENS AU CANADA Watson KIRKCONNELL Cet article est le troisième de la série sur nos compatriotes ukrainiens.Ces études veulent contribuer à nous paire mieux connaître et apprécier des compatriotes avec lesquels nous sommes destinés à vivre dans les cadres de la patrie canadienne.(N.D.L.R.) AU CANADA, le dernier recensement (1941) dé-J-\\ nombra 305,929 Ukrainiens.C\u2019est, par ordre d\u2019importance, le sixième groupe racial du pays, les Ukrainiens se classant après les Français (3,483,038), les Anglais (2,968,402), les Écossais (1,403,974), les Irlandais (1,267,702) et les Allemands (464,682).Ils constituent la communauté slave de beaucoup la plus considérable du pays; leur population dépasse celles des Russes, des Polonais, des Tchèques et des Slovaques réunies.Près de 80% des Ukrainiens canadiens habitent les trois provinces des Prairies; 89,762 au Manitoba, 79,777 en Saskatchewan et 71,868 en Alberta.Il y en a 48,158 qui demeurent dans l\u2019Ontario; 8,006, dans le Québec; 7,563 en Colombie canadienne et moins de 800 dans les provinces maritimes.De tous les Ukrainiens canadiens, 199,379 (soit 65.17%) sont nés au pays, pour la plupart dans les provinces des Prairies.ARRIÈRE-PLAN IDÉOLOGIQUE Voilà des faits sur lesquels on ne peut trop insister si l\u2019on veut comprendre les Ukrainiens canadiens.Aujourd\u2019hui, ils sont, pour les deux tiers environ, nés au Canada, formés dans des écoles canadiennes et de plus en plus pénétrés d\u2019esprit canadien.En remontant dans leurs lointaines origines, on constate que parmi eux plus de 95% viennent de régions \u2014 de la Galicie surtout \u2014 qui ne furent jamais annexées à la Russie, ni ne se trouvèrent habituellement soumises à l\u2019autorité de Moscou, ni ne doivent aucun attachement affectif à la Russie, soit tsariste, soit soviétique.Les premiers colons ukrainiens qui s\u2019établirent au Canada, les paysans en tout cas, n\u2019avaient d\u2019autre sen- NOVEMBRE 1947 timent politique que la conscience d\u2019appartenir à un peuple longtemps privé d\u2019autonomie nationale en Europe.En quelques immigrants des villes brûlait un socialisme incendiaire qui devait, de nos jours, être absorbé par le communisme.Pendant les trois années sanglantes de 1917 à 1920, quatre idéologies se firent la lutte dans la partie de l\u2019Europe occupée par des populations de langue ukrainienne: 1° l\u2019idéologie du socialisme paysan, que menaient Hrushevsky et Petliura; 2° celle de l\u2019anarchisme paysan, que dirigeait Makhno; 3° celle des propriétaires terriens de l\u2019Ukraine blanche, que conduisait l\u2019hetman Paul Skoropadsky; 4° celle du communisme, qui finit par l\u2019emporter.Ces événements européens eurent pour effet d\u2019enflammer les Ukrainiens du Canada, dont les sympathies se portèrent en masse vers les partis anticommunistes.Pour ce qui est de leur terre natale, appelée l\u2019Ukraine occidentale, la lutte, d\u2019abord indécise puis terminée en défaite, contre les Polonais fit naître chez nos Ukrainiens une haine ardente de la Pologne.Ces ressentiments politiques s\u2019accentuèrent quand arrivèrent au Canada, surtout de la Galicie, nombre de survivants des armées vaincues et des gouvernements renversés de l\u2019Ukraine.Malgré cela, les Ukrainiens nés au Canada acquirent, de façon lente mais sûre, une pensée et un sentiment canadiens.PROFESSIONS Des 113,921 Ukrainiens auxquels le recensement reconnaît une situation rémunérée, quelque 54,972 (soit près de 50%) étaient des fermiers.Pour les autres professions, on obtient les statistiques suivantes: 13,148 ouvriers de manufacture (principalement dans l\u2019industrie lourde); 12,521 employés privés (surtout des jeunes filles); 9,248 travailleurs (sans mention de mé- 343 tier); 6,722 cheminots, etc.; 4,463 personnes occupées dans le commerce; 3,303 dans la construction; 2,904 dans le travail des carrières et des mines; 2,383 dans le service professionnel; 1,796 employés de bureaux; 1,520 bûcherons.La profession la plus achalandée était celle de professeur: les Ukrainiens en comptaient 1,313 ! Dans les autres professions, on trouve: 234 gardes-malades, 205 prêtres et ministres, 116 musiciens et professeurs de musique, 78 religieux et religieuses, 59 médecins et chirurgiens, 49 chimistes et métallurgistes, 28 dessinateurs et décorateurs, 26 écrivains et journalistes, 23 professeurs, 4 bibliothécaires, 3 médecins vétérinaires.La première immigration ukrainienne dont on fasse mention au Canada date de 1894; neuf familles s\u2019établirent alors près de Star, en Alberta.Dès 1901, le recensement canadien dénombrait 5,682 Ukrainiens; et ce chiffre s\u2019éleva rapidement jusqu\u2019à 75,432 en 1911, à 106,721 en 1921, à 225,113 en 1931 et à 305,929 en 1941.Presque tous les immigrants qui vinrent avant 1914 étaient des paysans, sans le sou ou presque.Après 1919, le pays reçut une plus forte proportion de réfugiés politiques, possédant une éducation plus avancée et un certain montant d\u2019argent.Pendant le voyage qui les conduisit au Canada, les immigrants eurent beaucoup à souffrir.Après quoi, il leur arriva trop souvent de devenir la proie d\u2019exploiteurs du sol et de requins de la finance.A un grand nombre de colons furent vendues des terres de mauvaise qualité, situées dans des régions buissonneuses que d\u2019autres avaient délaissées ou qu\u2019on n\u2019aurait jamais dû coloniser.En règle générale, les fermes ukrainiennes s\u2019étendent du sud-est du Manitoba à l\u2019est de Winnipeg; puis, de là, en direction du nord-ouest, elles couvrent 800 milles de terrain le long du chemin de fer du Canadien National qui s\u2019arrête à Edmonton.On rencontre les Ukrainiens dans toutes les municipalités du nord du Manitoba, et, dans la plupart, en nombre prédominant.Dans la province de Saskatchewan, les établissements ukrainiens suivent la direction du nord-ouest sur un parcours d\u2019une centaine de milles à partir de Calder (frontière du Manitoba); et, plus loin, ils réapparaissent, sur de vastes espaces, à Wakaw et à Stafford.Dans l\u2019Alberta, ils occupent, au nord-ouest d\u2019Edmonton, dans le district de Vegreville, une étendue de près de cent milles de longueur sur cinquante de largeur.On rote également une dérive continuelle vers les centres urbains; c\u2019est pourquoi la population ukrainienne est assez considérable dans presque toutes les villes canadiennes, de Montréal, à l\u2019est, jusqu\u2019à Edmonton et Calgary, à l\u2019ouest.D\u2019année en année, les Ukrainiens, à force de mieux connaître les ressources de leur nouvelle patrie, améliorèrent leur état de fortune et leur condition sociale.Dans son ouvrage intitulé The Ukrainian Canadian 344 (p.100), Charles H.Young cite ces paroles d\u2019un gérant de banque de Hafford: « Un certain nombre d\u2019Ukrai-niens sont assez riches.Parmi eux, il y a des fermiers qui possèdent une fortune de $80,000.Ils ont réussi merveilleusement, si l\u2019on se souvient qu\u2019ils sont arrivés dans la région sans le sou.» Après un demi-siècle d\u2019établissement au Canada, les Ukrainiens se sont élevés au premier plan en plusieurs domaines.Antoine Hlynka, d\u2019Edmonton, et Fred S.Zaplitny, de Dauphin, sont députés à Ottawa; J.R.Solomon, Joseph Wawrykow, W.Scraba et W.A.Kardash sont députés à la législature du Manitoba.Le Dr T.K.Pavlychenko est professeur d\u2019agronomie à l\u2019Université de la Saskatchewan, où le Dr C.H.Andrusyshen enseigne les langues slaves.ORGANISATION RELIGIEUSE ET SOCIALE Au point de vue religieux, les Ukrainiens se partagent comme suit: catholiques grecs (uniates): 190,484; grecs orthodoxes: 88,874; de l\u2019Église unie du Canada: 9,241; anglicans: 3,131; presbytériens: 2,919; bap-tistes: 2,439; luthériens: 1,686; adventistes: 1,366; pentécostaux: 1,241.Voici des statisques concernant leurs principales organisations sociales: 1° L\u2019Église grecque catholique groupe ses fidèles ukrainiens en 345 paroisses régulières et 85 missions.Elle gouverne 8 monastères, 13 couvents, 3 séminaires de théologie, 2 hôpitaux, 3 imprimeries d\u2019où sortent quatre journaux, 118 salles paroissiales et bon nombre d\u2019institutions de charité.Sous son égide rayonnent encore les sociétés laïques suivantes: la Fraternité des Ukrainiens catholiques (345 filiales réunissant 32,632 membres), la Jeunesse ukrainienne catholique (291 cercles, 16,627 membres) et l\u2019Association des Ukrainiennes catholiques (12,765 membres); à cela il faut ajouter 121 écoles, 278 chorales et 236 sociétés théâtrales.2° L\u2019Église grecque orthodoxe du Canada administre 163 paroisses régulières et 63 missions ukrainiennes.Elle poursuit une œuvre d\u2019éducation complète grâce à l\u2019Institut ukrainien Peter Mohyla, de Saskatoon, et à l\u2019Institut ukrainien Michel Hrushevsky, d\u2019Edmonton, où s\u2019inscrivent annuellement 2,500 élèves.Elle dirige encore une Union des centres ukrainiens qui dispose de quelque 67 salles de réunion.Les principales associations laïques qui se rattachent à cette Église sont: a) la Ukrainian Self-Reliance League of Canada (25 sections) ; b) l\u2019Association canadienne de la jeunesse ukrainienne (199 cercles); c) l\u2019Association canadienne des Ukrainiennes (140 cercles réunissant 4,566 membres).La plupart des groupements sociaux et paroissiaux ont leurs troupes de théâtre, leurs chorales, leurs classes de danse et leurs cours de langue, de musique et d\u2019art ukrainiens.L\u2019Association des Ukrainiennes accorde une attention particulière à la culture des beaux-arts, de l\u2019artisanat et des travaux domestiques.RELATIONS 3° La Fédération nationale ukrainienne, plus laïque que religieuse d\u2019inspiration, compte 19,000 membres répartis en 74 groupements.Le noyau principal de l\u2019association est formé de vétérans des armées ukrainiennes, qui combattirent, de 1918 à 1920, contre les Russes blancs et rouges, les Polonais et les Roumains, lors de la lutte désespérée pour l\u2019indépendance, et de ce fait prirent une part intime aux tentatives d\u2019émancipation ukrainienne en Europe.La fédération a son Association des Ukrainiennes (38 cercles), une Fédération nationale de la jeunesse ukrainienne (35 centres) et une Association ukrainienne des vétérans de la guerre (23 sections).Elle dirige 74 salles de réunion, 76 bibliothèques locales, 65 écoles, 71 chorales, 25 orchestres, 83 clubs dramatiques, 18 classes de danse, un musée national et 14 coopératives de consommation.4° L\u2019Association des hetmans unis groupe surtout des immigrants qui ont fait du service en Ukraine sous les ordres de l\u2019hetman Paul Skoropadsky et rêvent encore d\u2019une quasi-monarchie ukrainienne gouvernée comme autrefois par un hetman.Elle compte 22 sections, 21 groupements féminins, 6 associations de jeunesse, 20 sociétés théâtrales, le tout comprenant un nombre de 2,635 membres actifs.5° La Ligue des associations ukrainiennes, établie surtout dans les centres industriels de l\u2019Est canadien, recrute en majorité d\u2019anciens communistes ukrainiens qui ont fini par reconnaître à quel esclavage inhumain aboutit le régime soviétique.Cette ligue groupe 400 membres environ.6° L\u2019Association des ouvriers-paysans ukrainiens du Temple (Ukrainian Labour-Farmer Temple Association) est un groupement communiste qui, d\u2019après les rapports publics de son douzième congrès tenu à Winnipeg en 1931, visait ouvertement à « mobiliser les masses ouvrières du pays pour la guerre révolutionnaire de la libération ».ou encore à réaliser « l\u2019unité d\u2019action avec le mouvement général de la révolution prolétaire dans le domaine économique et politique, sous la direction idéologique du parti communiste canadien.» On dit qu\u2019elle a 108 salles de réunion, 200 orchestres et 120 chorales et un total de 20,000 membres.Supprimée pour activités séditieuses durant la guerre (de 1940 à 1945), l\u2019association changea simplement son nom en celui d\u2019Association des Ukrainiens unis du Canada (The United Association of Ukrainian Canadians).Scandale étonnant: en août 1946, ce même groupement communiste donna à Edmonton un festival de folklore, sous le distingué patronage du gouverneur général du Canada, des lieutenants-gouverneurs des quatre provinces de l\u2019Ouest et des présidents des quatres universités provinciales de l\u2019Ouest! LA PRESSE UKRAINIENNE AU CANADA Voici maintenant les principales publications périodiques de langue ukrainienne au Canada (le tirage est indiqué entre parenthèses) : Kanadiysky Farmer, de Winnipeg; hebdomadaire (16,000); directeur: M.H.Hykawy.Ukrayinsky Holos, de Winnipeg; hebdomadaire (9,500); directeur: M.Stechishin.Novy Sklyakh, de Winnipeg; bihebdomadaire (8,500); directeur: M.Pohoretsky.Ukrayinsky Slovo, de Winnipeg; hebdomadaire communiste; directeur: Matthieu Shatulsky.Ukrayinsky Robitnyk, de Toronto; hebdomadaire (5,000); directeur: M.Hethman.Ukrayinsky Zhitya, de Toronto; hebdomadaire communiste; directeur: Bohdan Harmatiuk.Ukrayinsky Visty, d\u2019Edmonton; hebdomadaire (5,000); directeur: W.Dicky.Tochylo, de Winnipeg; mensuel humoristique; directeur: M.Doroschuk.Svitlo, de Mundare; bimensuel religieux, dirigé par les Pères Basiliens.Holos Spasitela, de Yorkton; mensuel religieux, dirigé par les Pères Rédemptoristes.Buduchnist Natsiyi, de Yorkton; mensuel religieux de la Fraternité des Ukrainiens catholiques, dirigé par M.l'abbé Ihor Shpitkovsky.Vistnyk, de Winnipeg; bimensuel religieux des Ukrainiens orthodoxes, dirigé par le Rév.Wasyl Kudryk.Kanadiysky Ranok, de Winnipeg; bimensuel de l\u2019Eglise unie, dirigé par le Rév.John Cormie.Khrystiansky Vistnyk, de Winnipeg; mensuel baptiste, dirigé par le Rév.Peter Kindrat.Evanhelska Pravda, de Toronto; mensuel presbytérien, dirigé par le Rév.M.Fesenko.ARTS ET LITTÉRARURE Une débordante activité s\u2019est manifestée au Canada dans le champ de la littérature ukrainienne au cours des cinquante dernières années; elle a trouvé issue dans les journaux surtout, mais aussi dans des livres qui ont une valeur durable.Les thèmes ukrainiens dominent l\u2019œuvre littéraire des romanciers Alexis Luhovy, Dmytro Sollanych et Ivan Kmeta-Efimovich; tandis que les romans d\u2019Elias Kiriak, de Michel Petrowsky, d\u2019Honoré Ewach, d\u2019Apolinar Novak, de William Paluk, de Tetiana Kroitor et de Stephen Kotyk s\u2019inspirent de la vie canadienne.La faveur dont jouit le théâtre populaire a suscité parmi les Ukrainiens de nombreux auteurs dramatiques; les plus féconds furent Dmytro Hunkievich, Semen Kowbel, Myroslav Irchan, Alexis Luhovy et Wasyl Toolivetroo.La production poétique, publiée surtout dans les journaux, l\u2019emporte en quantité sur tous les autres genres littéraires: pas moins de dix mille poèmes demeurent enfouis dans les fichiers de réserve des journaux ukrainiens.La musique ukrainienne au Canada a trouvé deux formes principales d\u2019expression: les chœurs et orchestres populaires, de belle qualité, et qui évoquent les noms du professeur Alexandre Koshytz, du Dr Pavlo Macenko et du professeur Eugène Turula, et le solo pour violon, où s\u2019illustra le talent de Taras Hubicki et de Donna Grescoe.Élément très complexe, dynamique et coloré de notre vie nationale, le peuple ukrainien du Canada offrira au sociologue et à l\u2019historien de la culture qui l\u2019étudieront un intérêt qui sera la plus précieuse récompense de leur travail.NOVEMBRE 1947 345 HORIZON INTERNATIONAL ü.R.S.S.AU DÉBUT D'OCTOBRE, les dirigeants JTx communistes de neuf pays se réunirent à Varsovie, signèrent un manifeste, fondèrent une Association internationale dont le siège sera à Belgrade, en « Yougoslavie ».On s\u2019empressa de parler de Quatrième Internationale, de nouveau Komintern.Les deux expressions sont inexactes: laissons la « Quatrième Internationale » aux trotzkistes; c\u2019est tout ce qui leur reste.Le vieux Komintern, celui de Lénine, de Zinoviev et de Bukharin, était tout autre chose que le conciliabule polonais qui regroupe les représentants de neuf pays seulement, dont six ne comptent pas du tout et deux sont très affaiblis.1.D\u2019après Pravda, les seules vedettes furent deux hommes souvent nommés comme les successeurs éventuels de Staline: Zhdahov et Malenkov.Il y eut aussi le Français Jacques Duclos.Les autres sont des comparses.Kuusinen, Kolarov, Ercoli-Togliatti, Thorez, Dimitrov, Gottwald, etc., restèrent chez eux; pour prendre les ordres des dignitaires soviétiques on n\u2019appela que des laquais.Sans doute, le Komintern ne fut jamais qu\u2019un instrument du parti communiste d\u2019U.R.S.S.Une fois, en 1928, alors qu\u2019il était chef en titre du Komintern, Bukharin eut la malencontreuse idée de discuter le stalinisme en pleine réunion de l\u2019Internationale avant d\u2019avoir soumis sa démarche à l\u2019approbation du parti communiste d\u2019U.R.S.S.On sait ce qui lui arriva; paix à ses cendres! On gardait pourtant les formes: dans son rapport au XIVe Congrès du Parti communiste d\u2019U.R.S.S.(1925), Staline salua les délégations étrangères, alors en pèlerinage au Kremlin.On leur avait « fait rapport ».comme devant le pouvoir suprême de contrôle.J\u2019estime que tous nos organes supérieurs, depuis le Conseil des Commissaires du peuple et le Comité exécutif central pan-soviétique jusqu\u2019aux comités exécutifs locaux, étaient prêts à rendre compte de leurs actes devant les délégations ouvrières, dans lesquelles ils voyaient un contrôle amical, fraternel de la classe ouvrière de l\u2019Occident sur notre travail constructif, notre Etat ouvrier.Nommez-moi un autre État, le plus démocratique que vous puissiez trouver, qui soit prêt à se livrer au contrôle fraternel des délégations ouvrières d\u2019autres pays.Seul notre Etat, l\u2019Etat ouvrier et paysan, est capable de marcher dans cette voie (Compte rendu sténographique, p.20.) Stalin est assurément capable des affirmations les plus audacieuses, mais ces paroles ont leur explication.En décembre 1925, ayant bousculé Trotskij, il dressait ses batteries contre Kamenev et Zinoviev.Ces derniers avaient un très grand prestige dans l\u2019Internationale.En U.R.S.S., ils menaient contre Stalin ce qu\u2019on appelait « l'opposition ouvrière » de Léningrad.D\u2019où la flagonnerie stalinienne devant le « prolétariat » international.A ce moment, il ne pouvait écraser ses ennemis qu\u2019au nom de la révolution.Plus tard, vers 1935, le Komintern s\u2019était notablement aristocratisé.Aujourd\u2019hui l\u2019élément ouvrier y est aussi rare que l\u2019élément révolutionnaire; on n\u2019y trouve guère que des agitateurs, des conspirateurs, des espions, destchékistes.Ou encore des braves gens dont on se demande: « Que vont-ils faire là-dedans?» Durant la guerre, on commit la terrible imprudence de donner toute confiance aux communistes français et italiens.Ils étaient censés être les chefs du maquis! Des innocents voudraient encore agir de même à l\u2019égard des communistes espagnols.De telles folies se font payer très cher.Tout appui prêté au communisme est un service rendu à la politique étrangère de l\u2019U.R.S.S.Là-dessus, il n\u2019est plus permis d'avoir d\u2019illusions.346 2.Le nouveau Komintern se compose de neuf pays dont sept se trouvent derrière le rideau de fer: l\u2019U.R.S.S., la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Yougoslavie, la France et lTtalie.Il n\u2019est plus question depuis longtemps de partis communistes ukrainien, géorgien, etc.Les pays baltes, une partie de la Finlande, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la Roumanie viennent d\u2019être noyés dans l\u2019immensité soviétique.Les républiques « amicales » de Finlande, Pologne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Yougoslavie ont été assimilées à des degrés divers; la lente décomposition s\u2019accentue: les éléments réfractaires sont éliminés; ces pays perdent leur identité nationale.Viennent enfin les États limitrophes: Allemagne, France, Italie, qu\u2019on dénationalise et russifie aussi rapidement que possible.Dans les pays d\u2019outre-Atlantique, le communisme a été, pour le moment, mis en veilleuse.Ainsi, le nouveau Komintern est fait de cercles concentriques.Plus les pays sont près du centre \u2014 de la gigantesque Union Soviétique, \u2014 plus ils en ressentent l\u2019influence et se laissent absorber: par contre, on ressent à peine cette influence dans nos pays plus éloignés.Cela prouverait que le nouveau Komintern ne se propage pas à la façon d\u2019une idée ou d\u2019une volonté; les forces spirituelles ne s\u2019évanouissent pas en faisant le tour du monde.Le Komintern de 1947 est une force matérielle, faite d\u2019argent, d\u2019espions, de traîtres, de malheureux qui ont sacrifié leur pays et leur conscience à l\u2019espoir de détruire le monde qu\u2019ils n\u2019aiment pas, afin de le remplacer par un monde soviétique; c\u2019est une force étrangère, qui a beaucoup perdu de la puissance passionnelle qu\u2019elle avait à l\u2019époque léniniste, et qui, devenue un instrument politique, se classe avec les Fichtebund hitlériens, les Fasci dell'estero, avec les organisations créées pour promouvoir la politique étrangère d\u2019un pays.Devenue idéologiquement plus faible, elle est matériellement forte de toutes les baïonnettes soviétiques.L\u2019ancien Komintern, par contre, était révolutionnaire.Il avait déclaré la guerre à tous les nationalismes, à commencer par celui qui liait Lénine à son propre pays.(Il n\u2019est pas ici question des aventuriers sans patrie qui furent les lieutenants de Lénine.) En rentrant de Suisse dans son wagon plombé, Lénine affirma devant le monde qu\u2019il était prêt à voir s\u2019effondrer la Russie dans la plus insondable des catastrophes, si telle était la condition pour que lui, Lénine, arrivât au pouvoir avec son idée nouvelle.Il paya le prix.La paix de Brest-Litovsk démembra la Russie.Il fallut une première défaite de l\u2019Allemagne par ceux que Lénine avait trahis pour que les Allemands fussent chassés d\u2019Ukraine.Ce n\u2019est qu\u2019après la deuxième guerre mondiale et des années d\u2019indicible souffrance que l\u2019œuvre de Brest-Litovsk fut détruite.S\u2019il était antinational, le vieux Komintern avait tout de même une autre allure quand, s\u2019appuyant sur les partis révolutionnaires qu\u2019il trouvait partout, il forgeait la révolution.Le VIe Congrès du Komintern, reprenant les conclusions du Manifeste communiste de Karl Marx, avait déclaré: Quelle que soit la terreur de la bourgeoisie, les communistes mènent ce combat avec abnégation et courage sur tous les secteurs du front international de la lutte des classes, fermement convaincus de l\u2019inévitabilité de la victoire du prolétariat.Les communistes jugent indigne de dissimuler leurs opinions et leurs projets.Ils proclament ouvertement que leurs desseins ne peuvent être réalisés que par le renversement violent de tout l\u2019ordre social traditionnel.Que les classes dirigeantes tremblent à l\u2019éventualité d\u2019une révolution communiste.Les prolétariens n\u2019ont à y perdre RELATIONS que leurs chaînes.Ils ont un monde à gagner.Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.A cette époque-là, il y avait, dans l\u2019univers, des gens qui croyaient à la révolution, espéraient en elle, l\u2019aimaient.C\u2019était fou, mais désintéressé.Parmi les signataires de ce manifeste il y eut Bukharin, Rykov, exécutés, Skrypnik et Ossinski, disparus.Ce n\u2019était pas aux bourgeois de trembler devant la révolution, mais à la révolution de s\u2019affoler devant le nouvel impérialisme qui continua sans vergogne à promettre la révolution dans un avenir plus ou moins prochain.Aujourd\u2019hui, dans nos pays, on n\u2019ose même plus se dire communiste: on se terre dans un maquis d\u2019où sortent des relents d\u2019égout.Pourquoi?Le parti a-t-il été déclaré illégal au Canada ?Court-on un risque réel à s\u2019afficher comme communiste?Mais non! Mais non! Au lieu de se dire communiste on s\u2019appellera labor \u2014 ce qui est une insulte à l\u2019adresse de l\u2019honnête labeur.On jugera par tous les grands dieux qu\u2019on ne travaille pas au « renversement violent de tout l\u2019ordre social traditionnel ».Quand on se fait prendre en flagrant délit, c\u2019est tout juste si on a les réactions d\u2019un ver blanc qu\u2019un coup de bêche vient d\u2019exposer au soleil.Les anciens communistes avaient plus de fierté que ça.C\u2019est qu\u2019aujour-d\u2019hui, \u2014 on a fini par le comprendre, \u2014 le communisme n\u2019est que l\u2019esclavage de l\u2019âge technique.3.Le nouveau Komintern diffère de l\u2019ancien par les hommes qui le dirigent, par la manière dont il s\u2019étend, et plus encore par son « manifeste », que nous ne connaissons malheureusement que par les communiqués d\u2019agences.Ce document est une sortie contre « les politiciens impérialistes » des États-Unis.« On demande partout une résistance totale sur toute la ligne à toutes les manifestations de la politique des États-Unis » (nous avons souligné les expressions totalitaires de ce texte).Ceci n\u2019est plus un appel à la lutte des classes, une sonnerie de la révolution; c\u2019est une déclaration de guerre non sanglante aux États-Unis et aux pays qui se trouveront du côté américain.« Les peuples du monde ne veulent pas la guerre.Les motifs de paix sont si grands et forts que, pour peu qu\u2019ils demeurent fermes et résolus dans la défense de la paix, et qu\u2019ils démontrent de la patience et de la stabilité, le plan de l\u2019agresseur échouera.» Il y a dans cette phrase plus de vrai que ne le pensèrent peut-être ses auteurs.Les peuples ne veulent jamais la guerre; la guerre moderne, avec ses infinies possibilités de destruction et de misère, est une abomination.Elle éclate quand un gouvernement estime avoir accumulé assez de ressources pour tenter l\u2019expérience.Telle a été la genèse de toutes les guerres contemporaines.L\u2019Allemagne réussit en 1870; elle calcula plus mal en 1914 et en 1939, quoique les deux fois il lui ait semblé qu\u2019elle ne courait à peu près pas de risque de défaite.Le service d\u2019espionnage soviétique a dû renseigner le Kremlin sur la faiblesse des effectifs militaires américains; cela, ce n\u2019est pas un récit militaire, puisque tout le monde le sait.C\u2019est peut-être la vraie raison pour laquelle les délégués soviétiques se montrent aussi intraitables.Quand le manifeste d\u2019octobre 1947 accuse les États-Unis d\u2019agression, il ne s\u2019adresse évidemment pas à nos populations: les soviétiques n\u2019ont pas la naïveté de croire qu\u2019une inexactitude aussi énorme peut nous impressionner.Il donne le motif de la propagande anti-américaine, dont toute l\u2019Europe entendra l\u2019orchestration.Nous plaignons les communistes de nos pays.Ont-ils jamais eu l\u2019illusion qu\u2019ils se dévouaient pour le prolétariat?C\u2019est possible! Aujourd\u2019hui, l\u2019évidence s\u2019étale dans sa honteuse nudité: le communisme est un prétexte à l\u2019impérialisme.Cela, trop longtemps, on ne l\u2019a pas compris en Europe où des âmes généreuses s\u2019allièrent aux communistes pour ne pas paraître égoïstes, réactionnaires, fascistes.On s\u2019imaginait que fleureter avec la révolution, c\u2019était entrer dans l\u2019esprit de Rerum novarum et de Quadragesimo anno.On disait alors que les communistes, c\u2019étaient des chrétiens qui s\u2019ignoraient; que les chrétiens qui dénonçaient cet odieux concubinage étaient des pharisiens qui s\u2019admiraient.La mode fut de « vomir les bien pensants ».Il nous avait semblé que c\u2019était tellement simple pour nous de rester nous-mêmes, de fixer notre regard sur le Christ et son Vicaire, et d\u2019aller de l\u2019avant! A lire certains journaux d\u2019Europe, à écouter les innombrables appels de ceux qui voudraient venir en Amérique, on est à se demander si les cloches d\u2019Europe n\u2019appellent pas à la prière, pour ceux qui sont dans l\u2019extrême danger, in extremis ! L\u2019œuvre de déchristianisation arrive à son apogée; les chrétiens fidèles, pusillus grex, se recommandent à Dieu et la marée rouge terriblement menaçante se dresse à des hauteurs fantastiques derrière la Sprée.Dors-tu content, Voltaire?.MONDE PROTESTANT TA SECONDE Conférence L-j mondiale de la Jeunesse chrétienne eut lieu à Oslo {Norvège), du 22 au 31 juillet de cette année.1,250 visiteurs vinrent de soixante et onze pays (environ 1,000 délégués officiels, 250 orateurs, chefs, etc.) Il y eut, à cette occasion, de splendides manifestations auxquelles participèrent des dizaines de milliers de personnes.La Conférence n\u2019adopta pas de manifeste, ne proposa pas de programme.La revue Christendom (automne 1947) donne les détails suivants sur une réunion liturgique luthérienne: « Ail members of the Conference who are baptized communicant members of their own churches » furent invités à la communion.« Plus de 1,100 acceptèrent l\u2019invitation et durant deux heures les huits ministres officiants servirent à la table de communion.La communion engloba l\u2019entière conférence, presque à un tel point que les exceptions furent pénibles.Bien des anglicans étaient dans l\u2019agonie {agonized over the fact) à voir le secrétaire de la Conférence, le président du Comité des Cultes et le bishop qui fit le sermon \u2014 tous trois revêtus de leurs ornements et assis dans le sanctuaire \u2014 parmi les rares qui ne communiaient pas.Les anglicans, sans doute, avaient eu leur service auparavant, mais « cela n\u2019aide pas ceux qui se préoccupent de l\u2019unité chrétienne » (p.563).Cet espèce de respect humain à rebours qui voudrait forcer les gens à communier quand ils croient devoir s\u2019abstenir nous causa une vilaine impression.Le chroniqueur de Christendom a soulevé un point particulièrement sensible: qu\u2019est-ce que la communion, l\u2019Eucharistie ?Plusieurs anglicans croient, avec les catholiques, que dans l\u2019Eucharistie Jésus-Christ se trouve réellement présent, si la consécration a été valide.C\u2019est donc Jésus-Christ lui-même que nous recevons et que nous adorons; que les anglicans croient recevoir et adorer.Un service commun de communion auxquels participent des gens qui croient à la Présence réelle et des gens qui n\u2019y croient pas nous semble une énormité: un sacrilège.Ce ne sont pas des apparences extérieures d\u2019unité qui peuvent forger l\u2019unité intérieure du Corps mystique de Jésus-Christ, encore qu\u2019elles aident à démolir les préjugés, à créer un climat de rapprochement.Pour communier ensemble, il faut que nous ayons une foi commune sur l\u2019Eucharistie, le culte liturgique unique étant l\u2019expression extérieure d\u2019une foi unique.Nous l\u2019avons souvent répété aux protestants qui cherchent Dieu et qui croient à quelque chose de plus positif qu\u2019à dénigrer les catholiques: tout ce qu\u2019ils ont de positif dans leur foi et leur culte, ils l\u2019ont gardé de l\u2019ancien héritage que nous avions en commun; ils ne se séparent de nous que par des négations.La seule exception à cette règle qui ait quelque apparence de fondement, serait qu\u2019ils ont une liberté plus positive que nous à interpréter la Bible?En sont-ils tellement sûrs ?Si nous suivons la grande lignée de nos exé- NOVEMBRE 1947 347 gètes, depuis les Pères de l\u2019Église jusqu\u2019à ceux d\u2019aujourd\u2019hui, en passant par Maldonat, Cornelius à Lapide, Lagrange et les autres, nous ne croyons pas avoir trahi la parole de Dieu.Au delà de cette liberté dans l\u2019ordre, c\u2019est l\u2019anarchie et le chaos.Telle fut la grande découverte de Chesterton.INDE JE 27 SEPTEMBRE 1947, naquit la nouvelle Lj « United Church of South India ».Elle est composée de quatre diocèses appartenant naguère à la Church of India, Burma and Ceylon, des Methodists of South India et de la South India United Church.L\u2019expérience est nouvelle dans l\u2019histoire du protestantisme, car les anglicans sont épiscopaliens; les autres ne croient pas à l\u2019institution divine de l\u2019épiscopat.Ce projet avait été approuvé par la Conférence de Lambeth en 1930, mais plusieurs changements furent introduits dans les années qui suivirent.La nouvelle Église accepte les quatre points fondamentaux jle Lambeth: Écriture sainte, Symboles de foi, Sacrements, Épiscopat: les membres jion épiscopaliens accéderont aux charges de la nouvelle Église dans le rang qu\u2019ils avaient au moment de l\u2019union.La nouvelle Église n\u2019est pas en communion avec l\u2019Église anglicane.L\u2019archevêque de Canterbury est catégorique à ce sujet: L\u2019Eglise d\u2019Angleterre, en tant que telle, n\u2019a pris aucune part officielle dans l\u2019établissement de la nouvelle Eglise.Elle n\u2019a, par conséquent, engagé ses principes en aucune façon.La South India Church n\u2019est pas partie de la Communion anglicane; ce qui s\u2019y passe ne peut changer les principes anglicans: nous sommes libres de régler notre attitude à son égard comme nous le jugerons opportun.(The Living Church, 5 oct.1947.) Les membres de la South India Church qui avaient été anglicans seront admis au ministère et à la communion suivant les règlements de l\u2019Église anglicane s\u2019ils retournent en Angleterre, soit pour une visite, soit pour y séjourner; par contre, les membres de cette même South India Church non ordonnés ou confirmés par un évêque tomberont en Angleterre sous les règlements qui s\u2019appliquent aux communions non épiscopales.L\u2019enseignement dogmatique de la nouvelle Église se base sur le Symbole des Apôtres et celui de Nicée; on ne demande pas d\u2019en accepter tous les mots ou toutes les phrases, ni d\u2019exclure une liberté raisonnable d\u2019interprétation, ni d\u2019affirmer que ces Symboles sont l\u2019expression complète de la foi.Les candidats à l\u2019épiscopat doivent faire profession de foi dans la Sainte Trinité et en « Jésus-Christ, Dieu Incarné et Rédempteur du monde ».On tâchera de maintenir les ministres avec les groupes auxquels ils sont habitués; par exemple, d\u2019anciens méthodistes garderont un pasteur qui fut méthodiste, etc.L\u2019archevêque de Canterbury, qui commente l\u2019événement, n\u2019en est pas entièrement satisfait; il estime que les anglicans qui ont laissé leur Église pour en fonder une nouvelle avec des non-conformistes « font un grand sacrifice, et un grand acte de foi ».Un catholique ne peut regarder ces tentatives qu\u2019avec une prière pour que Dieu montre le chemin aux âmes de bonne volonté.L\u2019union se conçoit de deux façons: ou bien en descendant au minimum commun, ou bien en embrassant la plénitude tout entière et en s\u2019y perdant, in omnem pleni-tudinem Dei.Le génie britannique pour le compromis trouvera-t-il un moyen terme ?C\u2019est possible.« Il est avec le ciel des accommodements.» Combien n\u2019est-il pas désolant que nous n\u2019arrivions pas à montrer à nos amis protestants qu\u2019ils trouveront dans l\u2019Église, une, sainte, catholique et apostolique, la plénitude dont ils ne rejoignent à travers mille tâtonnements pénibles et laborieux que des fragments épars! Joseph-H.Ledit CHRONIQUE DU CINÉMA «THE FUGITIVE» Un très beau Film catholique AU MOIS DE NOVEMBRE sort ici le film magnifique de J-\\ John Ford: The Fugitive.Il est basé .sur le roman de Graham Greene: The Labyrinthine Ways ( présenté en Europe sous le titre de Power and Glory).Sans doute en connaît-on le thème.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un prêtre mexicain traqué par la police pour exercice illégal de la religion, enfin arrêté et fusillé.Greene a chargé son tableau de couleurs violentes et le livre est douloureux.Pour en comprendre l\u2019intention, je crois qu\u2019il faut se souvenir du poème de Francis Thompson: The Hound of Heaven.I fled Him, down the nights and down the days; I fled Him, down the arches of the years; I fled Him, down the labyrinthine Ways.Et les derniers vers: I am He Whom thou seekest ! Thou drawest love from thee, who drawest Me.Greene a décrit ce labyrinthe obscur où un pauvre prêtre peu à peu déchu, par la faute de la vie de bête pourchassée, se livre à la boisson et tombe avec une femme, mais que Dieu poursuit.Fuyant, caché, saisi, évadé, chaque fois qu\u2019on l\u2019appelle au secours des pauvres chrétiens sans prêtre, il s\u2019offre au danger.Et c\u2019est ainsi, dans l\u2019exercice de la charité sacerdotale, qu\u2019il sera enfin saisi par la police et fusillé: « Il n\u2019y a pas de plus grand amour que de donner sa vie.! » Le livre se termine dans la miséricorde divine enfin triomphant dans cette âme qui n\u2019a jamais désavoué son amour et servi son Dieu.Mais ce n\u2019est pas du livre que je veux parler ici.C\u2019est du film.John Ford, catholique convaincu, a été saisi par la lecture de Greene, mais il a rejeté tout le côté affreux du roman, impossible d\u2019ailleurs à mettre à l\u2019écran.Son Fugitif est un prêtre fidèle à toute sa vie sacerdotale, pauvre, austère, généreux et qui va à cette mort du Pasteur qui s\u2019immole pour une âme de pécheur à laquelle il apporte le pardon.Quand il est en tête à tête avec le lieutenant de police, la confrontation des deux idéologies: la chrétienne et la matérialiste, atteint une très grande puissance.Le dialogue est péremptoire.Ce prêtre, qui est timide, craintif qui n\u2019a rien d\u2019un héros de légende, a forcé son ennemi au respect.Le dialogue où ils s\u2019affrontent méritera d\u2019être reproduit intégralement.C\u2019est un des meilleurs morceaux d\u2019apologétique contemporaine que je connaisse.D\u2019abord plein de sarcasmes pour le prêtre, le lieutenant qui va le faire fusiller au petit matin se sent peu à peu dominé par la sincérité et la noblesse du condamné.Quand finalement il lui propose de sauver sa vie en désavouant publiquement sa foi, le prêtre triomphe.L\u2019officier a trahi son désarroi intérieur: « C\u2019est Dieu, je le sais.Ce n\u2019est pas l\u2019homme en moi que vous haïssez.Et comme vous n\u2019arrivez pas à tuer Dieu, vous me demandez de vous venir en aide et de le tuer pour vous par mon apostasie! Non, lieutenant! non, ne comptez pas sur moi pour cela.» Sans l\u2019avouer, l\u2019officier se sent vaincu.A l\u2019aube, sous un prétexte, il se fera remplacer pour commander le peloton d\u2019exécution.Et quand il entend la décharge, il ne peut s\u2019empêcher de tressaillir et de marquer furtivement son cœur du signe de la croix.L\u2019épisode final est saisissant.348 RELATIONS Les pauvres chrétiens sont rassemblés dans une maison secrète pour prier.C\u2019est une catacombe obscure.Tout à coup on frappe à la porte.Un enfant va ouvrir: un homme apparaît sur le seuil: «Qui êtes-vous?dit l\u2019enfant.\u2014 Je suis, répond l\u2019inconnu, le nouveau prêtre.» John Ford, qui avait avec Maria Candellaria fait un si beau film au Mexique, a peut-être réalisé ici son chef-d\u2019œuvre.Une fois encore c\u2019est le Mexique, avec le cadre magnifique du pays, de l\u2019architecture.La photographie est très belle.H.Fonda et Dolores Del Rio, par un jeu sans emphase mais puissant, donnent au film un caractère évangélique très émouvant.Dans l\u2019avertissement, J.Ford dit que ce drame « est hors du temps et hors du lieu, qu\u2019il s\u2019enracine aux temps bibliques et se renouvelle un peu partout dans le monde ».Hélas! ce n\u2019est que trop vrai.The Fugitive est bien autre chose qu\u2019un épisode d\u2019histoire mexicaine.C\u2019est le thème séculaire du sacerdoce martyr de la foi et de la charité.Paul Doncœur, s.j.Hollywood.\u2022-\u2014\u2014 \u2022 LIVRES RÉCENTS SPIRITUALITÉ Dom Gaspar Lefebvre, O.S.B.: Les Magnificences du Précieux Sang.\u2014 Mont-Laurier, Monastère du Précieux-Sang, 1946.560 pp.19.5 cm.CE VOLUME de Dom Gaspar Lefebvre complète la Rédemption par le sang de Jésus, du même auteur.Comme celui-ci, il a été écrit à la demande des Religieuses du Précieux-Sang de Mont-Laurier.Proposer la dévotion au Précieux Sang en suivant l\u2019année liturgique sous l\u2019angle rédempteur, tel est le dessein de cet ouvrage.Voici ce que dit l\u2019A.dans son avant-propos: « Nous donnons pour chaque jour une lecture sur ce sujet.et nous avons essayé autant que possible de mettre ces lectures en rapport avec les mystères du Christ dans le cycle temporal, et de faire parler les saints eux-mêmes, par leurs paroles et leurs actes, le jour de leur fête dans le cycle sanctoral.Aux jours dits de férié, ou jours libres, nous avons fait un exposé doctrinal de la dévotion au Précieux Sang ou développé quelques sujets qui se rapportent à cette dévotion.» L\u2019A.avait conscience du tour de force qu\u2019il s\u2019imposait: « Nous avons essayé autant que possible ».Agencer une lecture sur le Sang du divin Sauveur avec les mystères du Christ dans le cycle temporal est chose encore assez facile: la Rédemption est tellement le mystère central de notre liturgie; mais il n\u2019en va pas toujours de même dans le cycle sanctoral.Si le choix de plusieurs lectures de cette deuxième partie est heureux et l\u2019agencement réussi, il arrive, ici ou là, que cet agencement n\u2019existe pas ou nous laisse déçus.Le formule est difficile, encore plus quand on s\u2019attache à l\u2019exprimer strictement dans une page de texte, ni plus ni moins.Quoi de surprenant de sentir certaines pages gonflées, ou chargées d\u2019un paragraphe plus commode que nécessaire.Il faut attribuer ces imperfections au genre adopté.Ces lectures quotidiennes sont susceptibles de développer une dévotion ardente envers le Précieux Sang et envers les saints, en conformité avec l\u2019esprit de la liturgie.Tirées des Écritures, des écrits des pères et des docteurs de l\u2019Église, des saints et des auteurs ecclésiastiques, elles offrent une matière riche pour la méditation.Religieux, prêtres ou laïcs y trouveront une nourriture abondante et une occasion certaine de développer en eux l\u2019amour de la Passion du Sauveur symbolisée dans son Précieux Sang, instrument de notre Rédemption.Une table de matières très bien faite donne au volume la valeur d\u2019un Enchiridion sur le Précieux Sang.Paul-E.Papillon.L'Immaculée-Conception.Madeleine-Louise de Sion: Le Cœur d\u2019une Sainte: Thérèse d\u2019Avila.\u2014 Paris, Éditions Spes, 1946.219 pp., 18.5 cm.CETTE COURTE BIOGRAPHIE de la grande sainte Thérèse comblera bien des désirs.C\u2019est précisément pour ceux qui n\u2019ont pas le temps, ni le goût, de lire « les études complètes et approfondies » sur la vie et les ouvrages de la sainte que ce livre fut écrit.Il est fort intéressant.Ses petits chapitres se lisent en courant.L\u2019A.ne prétend pas faire œuvre d\u2019érudition, mais il connaît bien ce que les savants ont dit sur son sujet et il nous en NOVEMBRE 1947 fait part.Malgré l\u2019absence d\u2019appareil scientifique, c\u2019est un ouvrage sérieux, non moins qu\u2019édifiant, qu\u2019il nous présente.Il nous montre sur le vif la figure si attachante de la réformatrice du Carmel.Adélard Dugré.Norbert-Marie Bettez, o.f.m., d.s.sc.: Aux jeunes filles et aux jeunes gens: La vie de grâce ou le paradis sur terre.\u2014 Montréal, Editions franciscaines, 1947.252 pp., 20.5 cm.EVRE qui est à la fois un catéchisme substantiel de la grâce et un code pratique de vie chrétienne.L\u2019A.nous montre le rôle de la Trinité et de la Vierge dans l\u2019œuvre de notre salut, ainsi que la mesure de notre propre coopération.Dieu le Père donne à l\u2019homme déchu un Rédempteur, Jésus-Christ, le Verbe fait chair, qui nous réconcilie, nous offre son amitié et nous envoie l\u2019Esprit d\u2019amour par lequel sont infusés en nous la grâce sanctifiante, les vertus surnaturelles et les dons spirituels; la sainte Vierge se joint aux personnes divines dans ce travail admirable, méritant par là ses beaux titres de médiatrice, de co-rédemptrice et de Reine-Mère.Telle est la part du ciel dans l\u2019œuvre de notre salut.Quelle est maintenant la nôtre?L\u2019A.répond à cette question en décrivant la sainteté qui est union à la volonté de Dieu dans l\u2019état de grâce sanctifiante, union qui s\u2019étage à des degrés divers selon la mesure de notre perfection.La base de cette sainteté est l\u2019esprit de foi et d\u2019amour surnaturel qui transforme nos humbles vies quotidiennes.Les moyens de la conserver et de la développer sont la prière, la communion, le sacrifice et l\u2019apostolat, surtout dans l\u2019Action catholique.L\u2019union de l\u2019effort personnel et de l\u2019action divine nous conduit au terme de notre destinée: le bonheur céleste.Tel est l\u2019itinéraire de ce volume, à la fois doctrinal et pratique.D\u2019une teinte franciscaine, la spiritualité ici présentée peut nourrir toutes les âmes de jeunes, car elle s\u2019appuie sur l\u2019Écriture, saint Augustin, saint Bonaventure, l\u2019enseignement du concile de Trente et les sages conseils de Pie XII.Le style est sans apprêts; peut-être des jeunes y désireront-ils plus de relief.Le caractère typographique est soigné.Le livre plairait davantage si l\u2019A.ne l\u2019avait affligé d\u2019illustrations déplorables, vraiment trop sucrées et qui vont rebuter ceux à qui précisément l\u2019A.dédie son ouvrage.Cette réserve faite, nous ne pouvons qu\u2019admirer ce bel effort de conquête apostolique.Jean-Paul Labelle.L\u2019Immaculée-Conception.ÉCONOMIE Paul HUGON: Les Doctrines économiques.\u2014 Fides, Montréal, 1947.413 pp., 20 cm.CE VOLUME se présente comme « un aperçu d\u2019ensemble de l\u2019évolution des doctrines économiques depuis l\u2019antiquité jusqu\u2019à nos jours ».C\u2019est un manuel, œuvre d\u2019un professeur d\u2019Université.Le plan en est logique, l\u2019exposition claire et méthodique, à la portée de toutes les intelligences.Mais la qualité principale nous semble le souci de renseigner en toute objectivité l\u2019auditeur et le lecteur.349 Signalons en particulier le chapitre sur l\u2019évolution de la pensée économique au moyen âge, où l\u2019A.analyse les principes directeurs de l\u2019économie de l\u2019époque: un principe de modération: rendre moral l\u2019intérêt personnel, et un principe d\u2019équilibre: rendre juste l\u2019échange.De même, dans les quelques pages consacrées au catholicisme social, il résume fidèlement, bien que très brièvement, d\u2019après les grandes encycliques Rerum novarum et Quadragesimo anno, la doctrine actuelle de l\u2019Église.Le professeur touche en passant au mouvement corporatif pour en signaler les avantages et les inconvénients.Sceptique, semble-t-il, sur l\u2019avnire de ce mouvement, il écrit: « L\u2019harmonie automatique des intérêts économiques entre corporations libres n\u2019est guère plus probable qu\u2019entre individus » et, alors, l\u2019organisation corporative ne peut que conduire « au déséquilibre de l\u2019économie avec toutes ses conséquences dans les domaines économique et social.» (Pp.309-310.) Nous nous permettons de lui rappeler que c\u2019est précisément pour obvier à cet inconvénient que les théoriciens du corporatisme d\u2019association réclament l\u2019établissement d\u2019un conseil intercorporatif chargé de maintenir l\u2019harmonie entre les diverses corporations.Les Souverains Pontifes ont répété maintes fois qu\u2019 « on ne peut attendre du libre jeu de la concurrence l\u2019avènement d\u2019un régime économique bien ordonné » (Quadragesimo anno), qu\u2019il faut recourir à des principes supérieurs, notamment à la justice sociale, laquelle souvent « ne peut être observée par chacun que si tous s\u2019accordent à la pratiquer ensemble moyennant des institutions » soit professionnelles, soit interprofessionnelles (Divini Redemptoris), La critique de l\u2019organisation corporative faite par l\u2019A.nous paraît donc déficiente.Au fond, semble-t-il, le professeur Hugon regrette les beaux jours du libéralisme; il voit bien que ces beaux jours sont passés en ce qui concerne les économies nationales, et il espère qu\u2019ils reviendront bientôt sur le plan mondial: « Il semble bien, écrit-il en terminant son volume, que cette doctrine, ne serait-ce que parce qu\u2019elle berce les hommes au doux nom de liberté, ne peut mourir.Le libéralisme reste donc pour tous \u2014 et pour presque toutes les doctrines, quant au fond \u2014, quelles que soient les difficultés ou les impossibilités présentes de son application, un idéal, un idéal réconfortant à considérer et utile à ne jamais perdre de vue.» (Pp.393-394.) Toutefois, cette nostalgie du paradis perdu, qui pointe ici et là, ne gâte en rien la valeur de l\u2019ouvrage: c\u2019est une ombre dans un paysage fait par ailleurs de lumière et de sincérité.Richard Arès.Université de Louvain.Alfred Sauvy: Richesse et Population.\u2014Paris, Payot, 1946.327 pp., 225 cm.T ES OUVRAGES consacrés à la démographie pure laissent de côté, le plus souvent, les liens de causalité et l\u2019influence des conditions économiques.L\u2019A.réagit contre ce cloisonnement entre deux sciences: économie politique et démographie.Son but est pratique.Il étudie moins les principes ou les lois générales que l\u2019économie actuelle sous l\u2019angle démographique.Il détermine le niveau optimum de la population, il considère ensuite la démographie sous plusieurs aspects: eugénisme, bien-être, chômage, migrations, et enfin il étudie la situation de la population française.Ce livre a été conçu dans un esprit strictement amoral et matérialiste.Aussi ses conclusions sont-elles d\u2019un pessimisme morbide et décevant.« Les erreurs subies par un individu ou par un peuple lui offrent en même temps une occasion de redresser sa route et une possibilité de s\u2019égarer définitivement.Plus que les autres pays, la France se trouve aujourd\u2019hui placée devant une décadence irrémédiable et accélérée ou un rebond vers de nouvelles destinées.Le sort du pays dépend essentiellement d\u2019une vigoureuse prise de conscience jointe à l\u2019instinct profond de conservation.» Puis il cite l\u2019exemple de la Russie qui prouverait que le redressement démographique est œuvre de progrès et non de réaction.Cette prise d\u2019attitude juge l\u2019ouvrage, qui éblouit par son information mais dont la philosophie et l\u2019absence de principes moraux déçoivent.Émile Bouvier.HISTOIRE Raymond Tanghe: Esquisse américaine.\u2014 Montréal, Éditions Fides, 1947.232 pp., 21.4 cm.'C'NRACINÊE dans l\u2019histoire, ce qui assure son potentiel de ¦*-' lumière, cette esquisse veut, ainsi que l\u2019écrit dans la préface Gabriel Chinard, de Princeton, « rechercher, définir, évaluer les forces multiples qui, après avoir contribué à la formation des États-Unis, jouent encore dans la vie du pays un rôle déterminant ».Ces courts chapitres, très clairs, objectifs, ont été donnés en causeries à Radio-Collège.Ils se lisent avec agrément, et celui qui connaît trop peu nos voisins trouvera en ces pages l\u2019essentiel, un peu généralisé, de « ce qu\u2019il faut savoir » sur eux.René Girard.Jean Nicolet, Nicolas Point, La Vie française à Toronto.\u2014 Sudbury, La Société historique du Nouvel-Ontario, Documents historiques n° 13, 1947.50 pp., 23 cm.CES TROIS ÉTUDES ont été données en conférences à Sudbury pendant la dernière saison.Le P.Gérard Hébert, s.J., nicolétain d\u2019origine et fervent de l\u2019histoire canadienne, se devait de consacrer à Jean Nicolet cette claire étude en quatre points.Que la chose se soit faite à Sudbury convient bien aussi, puisque Nicolet a été l\u2019un des premiers explorateurs de la région du Nipissing.Le R.P.Léon Pouliot, s.J., est l\u2019auteur de l\u2019étude très documentée sur son aîné, le jésuite Nicolas Point, qui, après avoir fondé en 1836 le collège de Grand-Coteau (Louisiane), s\u2019en va missionner dans les Rocheuses avec le fameux P.de Smet, puis dans l\u2019Ontario qu\u2019il parcourt de Sandwich aux îles Manitoulines.La troisième étude, due à Mlle Claire Lachapelle, expose les progrès que font nos compatriotes de Toronto dans l\u2019organisation de leur vie nationale.Encore là un chapitre intéressant de la petite histoire.\tRené GlEARD Gérard Ouellet: Aux marches du Royaume de Matagami.(Rochebaucourt).Au ministère de la Colonisation, Québec, 1947.60 pages, 19.8 cm.DE L\u2019OPTIMISME pour les apitoyés sur les pauvres colons, qui tiennent bon, qui valent $5,000 après dix ans, qui dépassent moralement tous les déracinés et qui seraient légion si les autorités poussaient vigoureusement l\u2019ouverture des cantons, les déblayages et la propagande.L\u2019auteur chante le dévouement de M.le curé Girard, venu de Saint-Hyacinthe, et la ténacité de son monde.Rochebaucourt est encore loin du royaume de Matagami, où l\u2019on arriverait en vitesse, maintenant que le pire est fait, si les chefs décidaient d\u2019ouvrir cent routes, dix cantons, une pulperie et un vaste recrutement.Al.D.VARIA Nicolas Belina-Podgaetsky: L'Ouragan rouge.\u2014 Averbode, Bonne Presse, 1936.216 pp., 19.5 cm.\u2014 Hors de la Tempête.\u2014Averbode, Bonne Presse, 1939.168 pp., 19.5 cm.\u2014 Derrière les murs d\u2019une casemate.\u2014 Averbode, Bonne Presse, 1946, s.d.258 pp., 20.6 cm.(Dépositaire au Canada: Paul Beaumard, 110, avenue Lamontagne, Québec.) T \u2019A., UN RUSSE AUTHENTIQUE, ancien écrivain commu-L> niste et sans-Dieu, rentra au port de la vraie foi après des escales à Paris, Moscou, Odessa, Singapour, Lisbonne et Bruxelles.Dans l\u2019Ouragan rouge, le volume initial de la trilogie de ses aventures, il nous montre ses premiers essais de propagande soviétique en France, à lui, ex-officier de la Garde impériale russe.Retourné dans sa patrie en communiste convaincu, il déchante presque aussitôt.Peu après, l\u2019incroyable misère des masses, de l\u2019ouvrier autant que du paysan, lui ouvre complètement les yeux: « Voyez-vous cette décoration du Drapeau Rouge sur ma poitrine?lui demande un agent de la G.P.U.C\u2019est en récompense de mon aide à la répression d\u2019une révolte de mineurs, que j\u2019ai reçu la plus haute distinction de mon pays.» (P.46.) Et plus loin: « Partout la même chose: misère, gaspillage, désolation.Pauvre agriculture soviétique ! » Et ainsi du reste, fermetures d\u2019églises en dépit des protestations du peuple, chantage éhonté dans le monde intellectuel, incarcérations, déportations 350 RELATIONS et fusillades.« Un vrai communiste, pérore un juge en condamnant un écrivain qui avait donné une couverture à sa mère malade, ne peut considérer comme sa mère une ennemie du parti ! » (P.98.) Même témoignage, exactement le même, que celui de I Chose Freedom de Kravchenko et de Vingt ans au service de VU.R.S.S.de Barmine ! Hors de la tempête nous offre les mêmes constatations, mais à un état beaucoup plus aigu.Et c\u2019est désormais en catholique de cœur que l\u2019A.envisage chaque nouvelle situation.L\u2019intérêt de ce volume, « plus passionnant qu\u2019un roman d\u2019aventures », augmente jusqu\u2019à la dernière page.L\u2019A.raconte comment il a réussi, après les aventures les plus extraordinaires, à s\u2019évader d\u2019un bateau soviétique où il s\u2019était trouvé une place à titre de romancier en quête de matériaux pour un roman sur la Marine rouge.Quant au dernier livre de la série, Derrière les murs d\u2019une casemate, l\u2019A., nouveau Silvio Pellico, y relate d\u2019abord son internement dans les prisons anglaises de Singapour.Pages remplies d\u2019observations intéressantes sur le milieu interlope asiatique et sur le fonctionnement de la justice britannique aux colonies, sur son retour en Europe via le Portugal, et aussi sur la rencontre avec sa famille, échappée, comme lui, à la prison qu\u2019est la Russie, et qu\u2019il n\u2019a pas revue depuis plus de deux ans.\u2014 Sur la rencontre avec Dieu surtout, au matin de son baptême et de celui de sa femme et de ses enfants.Trois volumes (chacun, d\u2019ailleurs, formant un tout complet) qui offrent un témoignage irrécusable de ce que vaut le communisme in actu, et qui forment un document humain de première valeur.Henri BÉchard.L\u2019Immaculée-Conception.Marius Barbeau: Alouette! \u2014 Montréal, Lumen, 1946.216 pp., 20 cm.(('T'OUT LE MONDE a le droit et le devoir de chanter.Toute action, tout sentiment doivent avoir sur nos lèvres un écho.Dès qu\u2019il y a un rayon de soleil, l\u2019alouette monte au ciel en chantant.» (Paul Claudel, 28 mai 1937.) Nos pères savaient chanter leur joie de vivre à plein gosier, et scandaient leur rude labeur ou accompagnaient leurs joyeuses réunions familiales de chansons appropriées.Nous oublions trop souvent leurs beaux exemples et leurs gais refrains dans le vacarme et la trépidation de nos grandes villes, au contact d\u2019une langue et d\u2019une civilisation qui ne sont pas les nôtres.La musique mécanique, le jazz américain ou la chansonnette française sauraient-ils remplacer nos belles chansons canadiennes ?Aussi est-ce avec joie que nous saluons ce recueil de chansons populaires: il vient à son heure, et répond à l\u2019attente de ceux qui veulent chanter « les trésors de notre inépuisable tradition ».L\u2019A.nous fait profiter de ses longues et patientes recherches, souligne l\u2019intérêt et la richesse artistique de notre folklore, avec la compétence et l\u2019enthousiasme qu\u2019on lui connaît.Puissent tous les éducateurs accorder à ce recueil l\u2019attention et le rayonnement qu\u2019il mérite! Puissions-nous répandre à cœur joie les refrains du terroir, et garder fièrement le goût des choses de chez nous! Jean Bouchard.Sault-au-Récollet.Les Maisons d\u2019enseignement de la province ecclésiastique de Rimouski.\u2014 Rimouski, 1947.138 pp.BROCHURE publiée par la Société Saint-Jean-Baptiste diocésaine de Rimouski afin de faire connaître au public de la région les diverses institutions d\u2019enseignement (séminaires, écoles normales, écoles d\u2019agriculture, d\u2019arts et métiers, de commerce et de navigation) disséminées dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.Des renseignements de première main sur le but, l\u2019organisation, les conditions d\u2019admission, de chacune de ces maisons, servent à la fois d\u2019information et de guide aux parents qui veulent donner à leurs fils et filles une instruction plus poussée, voire même un métier ou une profession.Le gens du Bas du Fleuve éprouveront une légitime fierté à feuilleter ce document.Gérard Dallaire.CONSERVEZ J^elationâ Relation* constitue une documentation précieuse à laquelle vous aimerez vous référer.$1.25 Par la poste $1.35 Non, (Relation* n'est pas utile, Relation» est indispensable.Ce cartable est en similicuir rouge avec titres or.Jeu de douze cordes.Très pratique pour conserver en bon état et consulter rapidement vos numéros de Relation* ¦ MAGASIN A RAYONS : 865 est, rue Sainte-Catherine »$\u2022!! Efj j.v, Comptoir postal : 780, rue Brewster Suce, magasin pour hommes Hôtel Windsor c4chète BIEN qui achète chez MONTRÉAL L\u2019Immaculée-Conception.NOVEMBRE 1947 351 jJjJun\u2019fritsJ' b» FONDÉE EN 1912 Conseil d'administration : JOSEPH SIMARD, O.B.E., D.Sc.C., Président ALBERT HUDON, D.Sc.C.HON.J.-A.BRILLANT, C.B.E., C.L.\u2019 Vice-présidents Hon.ÉDOUARD ASSELIN, C.R., C.L.Hon.ARMAND DAIGLE, Sénateur Hon.CHARLES DELAGRAVE, N.P., C.L.J.-ÉMILE FORTIER, M.D.Hon.WILFRID GAGNON, C.B.E.Col.Hon.RAOUL GROTHÉ, C.L.J.-ÉDOUARD LABELLE, C.R., O.B.E.Hon.LUCIEN MORAUD, C.R., sénateur EUGÈNE POIRIER, N.P., LL.D.Direction : J.-HÉBERT CHRÉTIEN, B.A., LL.L.Directeur général Jacques SAINT-AUBIN\tHenri DE CAZES Jacques GEOFFRION Chef des services\tGérant à Québec\tSecrétaire Siège social:\tSuccursale: 10 ouest, rue St-Jacques\t132, rue St-Pierre MONTRÉAL - 1\tQUÉBEC LA TEMPERANCE est Ha ê>aubegartie par excellence de votre portefeuille, de votre santé et de votre bonheur familial, de même qu'une police d'assurance dans ïa feaubeprbe est synonyme de sécurité économique pour vous et pour les vôtres Compagnie d\u2019assurance sur la vie Ha â>aubegarbe SIÈGE SOCIAL: MONTRÉAL en ttoiâ motà H Dans le petit Danemark, il y a trente-deux abattoirs coopératifs; dans le grand Québec, deux, 1f Si la grève des salaisons avait pour effet de susciter des abattoirs coopératifs chez nos cultivateurs, ce serait une bénédiction pour nos cultivateurs, pour les consommateurs et.pour le bétail, que le transport ne tuerait pas avant le temps.1f M.l\u2019abbé E.Bryan, en charge d\u2019une paroisse de 310,000 milles carrés en Australie, vient de terminer une fructueuse première année de ministère en avion.If D\u2019après une enquête de Newsweek (4 août), le quatre-vingtième Congrès américain compte 109 méthodistes, 82 catholiques, 69 presbytériens, 68 baptistes, 63 épiscopaliens.Seulement treize se donnent comme sans religion.f Ainsi les catholiques \u2014 34% de la population américaine qui se donne comme appartenant à une Eglise \u2014 n\u2019a que 16% de la représentation au Congrès.Les méthodistes avec 12% seulement (9,000,000) d\u2019adhérents, comptent une représentation de 21% au Congrès.If Récemment, M.Coldwell, chef de la C.C.F., faisait dans l\u2019Ouest un de ses grands discours en faveur de la centralisation à Ottawa des services sociaux, de la législation de travail, etc., etc.H Les petits Coldwell abondent au pays qui voient dans la centralisation la panacée à tous les maux.Récemment, un M.McAdam, parlant au St.George's Kiwanis Club de Montréal sur la délinquance juvénile, concluait: le grand remède, un bureau fédéral ! *[[ « Je suis ministre protestant.n\u2019empêche que la vérité et un souci de justice m\u2019obligent à reconnaître que seule de nos jours la grande Église catholique romaine se rend compte de l\u2019imminence du péril communiste.Le pape Pie XII, homme d\u2019une extraordinaire intelligence et qui parle neuf langues, est au courant de la situation internationale comme pas un sur la terre.» (Le révérend Rawson, de Hamilton, au Kiwanis Saint-Laurent.) If En 1947, 4,000 jésuites enseignent dans 510 instituts supérieurs et secondaires, et dans 31 universités et collèges universitaires.Le nombre d\u2019élèves est d\u2019environ 280,000.Ils dirigent en outre 54 observatoires et laboratoires scientifiques ainsi répartis dans le monde: 32 en Amérique, 11 en Europe, 5 en Asie, 5 en Océanie, 1 en Afrique.If Un clergyman qui s\u2019est taillé une réputation peu enviable par ses déclarations saugrenues, le révérend Hewlett Johnson, doyen de Canterbury, affirme aujourd\u2019hui que les pays dominés par les Soviets jouissent de la plus grande liberté religieuse.On peut se demander ce qu\u2019en pensent Mgr Stepinac et tant d\u2019autres prêtres et laïques dans leurs prisons et leurs camps de concentration.If Le R.P.Joseph-Papin Archambault, s.J., directeur de l\u2019E.S.P., vient d\u2019être nommé membre correspondant du XAmerican Sociological Association.1f L\u2019honorable M.Duplessis a dit de belles paroles aux Conseils de comté: « La province est menacée.Je suis un rural dans l\u2019âme.Nous comptons sur les gardiens de notre héritage national, les ruraux, pour la sauvegarde de nos coutumes et notre survivance.» L\u2019honorable M.Barré a parlé dans le même sens à l\u2019U.C.C.Souhaitons qu\u2019une vigoureuse colonisation nous double cette excellente espèce de Canadiens par l\u2019établissement au sol neuf d\u2019un grand nombre de ruraux, comme le demande Mgr Gagnon, de Nicolet.352 RELATIONS Vous donnerez comme ETRENNES cette année Relation* Il nous fera plaisir de glisser dans le numéro de janvier, qui paraîtra à Noël, une carte artistique offrant vos voeux de bonne année, et l'abonnement à J^elationâ $2.50 par an [ASPIRIN SOULAGE LE SIMPLEl MAL DE TÊTE NOUVEAUX BAS PRIX 12 comprimés.18c 24 comprimés.29c 100 comprimés, ,79c COMMENCE À AGIR EN 2 SECONDES LE VERITABLE \"ASPIRIN\" EST ( MARQUÉ DE CETTE FAÇON#v^ SEMAINES SOCIALES DU CANADA 4 U a vie xuxale Compte rendu de la XXIVe Semaine tenue à Rimouski, du 25 au 28 septembre 1947 $2.00; $2.15 franco (Paraîtra fin novembre) Il reste encore quelques séries completes, Vingt-quatre volumes, en comprenant celui de 1947.Prix de faveur: $33.00 Jfa âauvega'ide de la famille L'économie est l'art d'ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle est vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l'avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez des aujourd'hui l'habitude de ï épargne.BANQUE CANADIENNE NATIONALE Actif, environ $350,000,000 525 bureaux au Canada \u2014\t65 succursales à Montréal Tél.FAlkirk 1116 ÉCHANGE PRIVÉ Charhonneau Htmttée Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL Jjiiez donc La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! L'ACTUALITE ECONOMIQUE La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables à la compréhension de nos problèmes.SOMMAIRE DU NUMÉRO D'OCTOBRE \u2022\tDes articles sur la co-gestion des entreprises, sur la recherche de la liberté économique (1789-1791), sur l'habitation à Montréal, sur la production mondiale de l'or, sur les besoins de main-d'oeuvre de l'économie française et les prisonniers de guerre allemands, sur le cours classique et les affaires, sur l'économie forestière de la vallée du Saint-Maurice, par le R.P.Emile Bouvier, S.J., MM.Robert Lacour-Gayet, Jean Deschamps, Jean Malabard, Charles Corcelle, Joseph Arbour et Paul-Emile Paquette.\u2022\tDes commentaires sur la crise anglaise du dollar et sur la politique canadienne d'immigration, par MM.François-Albert Angers et René Cousineau.\u2022\tDes comptes rendus de livres récents sur des sujets économiques et sociaux.Revue trimestrielle publiée par L\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales 535, AVENUE VIGER\tMONTRÉAL Abonnement : $3 En vente aussi die: Déom el chez Pony : $1.00 l\u2019exemplaire MKVgi Les Fabricants FASHION-CRAFT LIMITÉE Conàeil d'adminiitxation : J.-Louis LÉVESQUE Président Gérard FAVREAU Vice-président exécutif et directeur général Lionel LACROIX 1 Directeurs généraux W.S.McCUTCHEON J adjoints Emé.Lacroix J.-A.Boivin, N.P.*Çeâ vêtementà Jaàkion-Oia^t iont lapanage d\u2019une miâe élégante.Représentés au Canada par au delà de 500 magasins d\u2019Halifax à Vancouver.r- NOUVELLE ÉMISSION La Congrégation des Soeurs Hospitalières de Saint-Joseph du Nouveau-Brunswick $430,000 OBLIGATIONS PREMIERE HYPOTHEQUE Datées du 1er octobre 1947 dont : $ 55,000 \u2014 2 lA% \u2014 échéant le 1er octobre 1948 à 1952 143.000\t\u2014 3\t% \u2014\t»\t» »\t»\t1953\tà 1965 232.000\t\u2014 3\t%\u2014\t»\t» »\t»\t1966 Capital et intérêts semestriels (1er avril et 1er octobre) payables en monnaie légale du Canada, a toutes les succursales d'une banque à charte dans les provinces du Nouveau-Brunswick et de Québec.Titres de $500 et $1,000.Admis à l'enregistrement quant au capital seulement.Obligations rachetables au gré de la Congregation, sur préavis de 30 jours, à 100 et les intérêts courus.FIDUCIAIRE : The Central Trust Company of Canada, Moncton, N.-B.CONSEILLER JURIDIQUE : Maître Albany Robichaud, C.R., Bathurst, N.-B.PRIX SUR DEMANDE 10 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal - 1\t- Tel.: LA.9241 \u201c (Relations \u201d vous plaity paSSez-le à vos amis IMPRIMER E OU MESSAGER.MONTREAL "]
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