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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1946-01, Collections de BAnQ.

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[" 1946 D\u2019OÙ VIENT LA DÉMOCRATIE?Robot BERNIER TORONTO vs MONTRÉAL Jacques MELANÇON RÉMUNÉRATION DE LA MAIN-D\u2019ŒUVRE Gaston LAVOISIER L\u2019ANNEE DU SOUVERAIN PONTIFE LA QUESTION PALESTINIENNE «NURSING SISTER» OUTRE-MER DE LA PLACE POUR DIX MILLIONS Alexandre DUGRÉ S O M M A I R E JANVIER 1946 Éditoriaux .1 Prévoir et agir.\u2014 Le nouveau bill 15.Articles D\u2019OÜ VIENT LA DÉMOCRATIE ?.Robert Bernier 3 TORONTO vs MONTRÉAL .Jacques Melançon 7 L\u2019ÉGLISE CATHOLIQUE UKRAINIENNE.Joseph-H.Ledit 10 RÉMUNÉRATION DE LA MAIN-D\u2019ŒUVRE .Gaston Lavoisier 13 DÉMOGRAPHIE DU QUÉBEC .Charles-Marie Boissonnault 15 Commentaires .\t.\t.16 Un hommage à nos universités.\u2014 Inconséquence mystérieuse.\u2014 La formule des progrès futurs.\u2014 Quand la radio censure le Pape.\u2014 Un drapeau pour le Canada.Au fil du mois.18 Les affolés.\u2014 De tous métiers.\u2014 Cours d\u2019été à Memram-cook.\u2014 Aux mânes d\u2019Hitler.\u2014 Biens de guerre.\u2014 Piètre effort.Chroniques « NURSING SISTER » OUTRE-MER.Gaétane Labonté 19 CHRONIQUE DES CONCERTS .René Girard 20 DE LA PLACE POUR DIX MILLIONS.Alexandre Dugré 21 LES DEUX ASPECTS DE LA QUESTION PALESTINIENNE.Gabriel Enkiri 23 L\u2019UNION DES BÛCHERONS.Gérard Cloutier 25 L\u2019ANNÉE DU SOUVERAIN PONTIFE.Joseph-H.Ledit 26 Livres récents.29 ?.°L de/és™.\tD v 1.Albert Plante L Abandon a divine Providence J Encyclique sur le Corps mystique.Louis-Arthème Tétrault Too Small a World.William Mackey Radio Replies\t1\tVincent Monty Chats with Prospective Converts J ' \u2018 ' Créance morale de la France \\ .Marie-Joseph d\u2019Anjou Les Accords Petam-Churchill J National Cultures, Nazism and the Church.Vincent Monty History of Psychology from the Standpoint of a Thomist.Robert Picard Au pays de Québec.Gérard Hébert Poésie latine.Georges Robitaille La Route enchantée.Charles Poliquin Projections.Léon Meunier En trois mots.32 NOS COLLABORATEURS \u2022 M.Jacques Melançon est secrétaire adjoint et directeur du Service industriel de la Chambre de Commerce du district de Montréal.\u2014 Le commandant Gaston Lavoisier, chargé de la défense des îles de Saint-Pierre et Miquelon au moment de la défaite de la France, continue le récit, commencé dans notre numéro d\u2019octobre, d\u2019une intéressante expérience de restauration ouvrière et sociale.\u2014 M.Charles-Marie Boissonnault est publiciste au ministère de la Santé de la province de Québec.\u2014 M.Gabriel Enkiri, journaliste de carrière, est un spécialiste des problèmes politiques et sociaux du Moyen-Orient.\u2014 Le lieutenant N /S Gaétane Labonté, récemment cité à l\u2019ordre du jour, servit trois ans outre-mer.\u2014 M.Gérard Cloutier est secrétaire général de l\u2019Union des Bûcherons et directeur de la Maison des Bûcherons de Québec.RELATIONS REVUE DU MOIS Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier, Émile Gervais, René Girard.Secrétaire de rédaction : Robert Bernier Administrateur: Paul Racine Prix de l'abonnement:\tA l'étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 \u2022 Publié* par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d'information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTel.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA Vlème année, No 61\tEcole Sociale Populaire, Montréal\tJanvier 1946 EDITORIAUX Pxévoix et ag,ix 1E TAUX des mariages et des naissances poursuit sa J marche ascendante depuis 1939 et cette année les naissances vivantes, dans la province de Québec, dépassent les 100,000.Par ailleurs, la mortalité infantile a diminué de moitié depuis 1930, des deux tiers aux âges de un et deux ans; de moitié encore à chacun des âges de trois à cinq ans.Ces faits soulèvent, dans le domaine de l\u2019éducation, des problèmes d\u2019importance vitale.Il faut les étudier et commencer de les résoudre sans délai, sous peine d\u2019être débordés par leur ampleur croissante, au grand détriment de dizaines de milliers d\u2019enfants.Le Bureau de Recherches statistiques du département de l\u2019Instruction publique, issu de l\u2019enquête scolaire de 1941, rend un service inestimable à la province en lui fournissant les moyens de connaître les conséquences d\u2019ordre éducationnel des données démographiques signalées plus haut.Ainsi les enfants nés cette année se présenteront à la classe à six ans en 1952.Ils donneront au 1er degré du cours un minimum de 34,000 inscriptions de plus qu\u2019en 1946.Les enfants nés en 1945 fourniront alors un contingent de 29,000 de plus qu\u2019en 1946 au 2e degré, etc.Les générations nées de 1939 à 1946 fourniront globalement, en 1952, une inscription minimum de 150,000 élèves de plus qu\u2019en 1946.En effet, les enfants de ces six générations fréquenteront tous encore l\u2019école puisqu\u2019ils n\u2019auront que douze ans et que la fréquentation à cet âge est de 97%, d\u2019après le recensement des deux dernières années.Par ailleurs, l\u2019inscription des enfants de quatorze et quinze ans a diminué d\u2019au moins 10 et 15% respectivement depuis 1937.D\u2019ici un an ou deux, la démobilisation étant terminée et la production industrielle revenue à un niveau normal, la proportion des inscrits à ces âges redeviendra au moins égale à ce qu\u2019elle était avant 1939.La courbe d\u2019inscription à ces âges aura même repris sa marche ascendante.C\u2019est donc encore une quarantaine de mille enfants de plus qui seront inscrits dans nos écoles dès 1949 et donc aussi en 1952.Enfin, le nombre des élèves des classes complémentaires et supérieures augmente constamment dans notre province, à mesure que se développent l\u2019enseignement complémentaire et primaire supérieur, l\u2019enseignement agricole et l\u2019enseignement spécialisé.Si la coordination de ces divers enseignements s\u2019opère dès cette année, comme l\u2019espèrent les éducateurs, une persévérance beaucoup plus poussée est à prévoir aux paliers moyen et supérieur du cours primaire.Même en se basant uniquement sur la marche actuelle de l\u2019inscription, un minimum de 50,000 élèves de plus que cette année fréquenteront ces classes en 1952.Cette analyse de la situation permet de conclure que la population de notre système scolaire au stage primaire, aura augmenté d\u2019ici six ans de 200,000 élèves au minimum, soit du tiers.Il est donc urgent que le gouvernement prenne les mesures nécessaires pour rétablir les finances des municipalités scolaires dont l\u2019état conditionne tous les progrès.Un projet de loi à cet effet, préparé par les autorités compétentes et mis en circulation parmi les intéressés par le secrétaire de la Province, semble des plus recommandables.Voilà qui rassure quelque peu.Le recrutement du personnel pose de son côté un angoissant problème.Le nombre des diplômés préparés par les écoles normales a toujours été insuffisant et l\u2019est encore pour les années qui s\u2019annoncent.D\u2019autre part, la suppression du Bureau des Examinateurs catholiques, en 1939, a diminué de moitié la source de recrutement des professeurs de l\u2019enseignement primaire, sans relever pour autant le niveau professionnel du corps enseignant, comme on le prétendait.Jusqu\u2019ici on ne semble avoir accordé aucune attention sérieuse à ce problème redoutable.Qui donc enseignera à nos enfants en 1952 ?Si, d\u2019ici là, nous n\u2019avons pas prévu et réalisé une multiplication appropriée des locaux et du personnel, tant masculin que féminin, nos enfants feront les frais de notre inexcusable imprévoyance.Nos enfants, c\u2019est l\u2019avenir de la nation, et de l\u2019Église.AA tous nos abonnés et lecteurs, éBonne et heureuse AAnnée 4 nouveau bill 15 LE BILL 15, deuxième édition, est devenu loi.Il cons-titue une amélioration sensible sur le premier projet, fortement critiqué par l\u2019opinion publique et avec raison.Les pouvoirs concédés au gouvernement par la présente loi sont mieux délimités.Le droit de contrôle du parlement sur les arrêtés édictés par le gouvernement en vertu de cette loi n\u2019est pas ignoré, puisque celui-ci doit les communiquer dans un délai prévu au parlement, qui peut les annuler.Par contre, l\u2019article 4 inspire des craintes qui ne sont pas sans fondement: « Les arrêtés et règlements édictés en exécution de la Loi des Mesures de guerre, ou en conformité d\u2019une autorisation créée sous son régime, et en vigueur immédiatement avant le jour où la présente loi deviendra exécutoire, demeureront, pendant la durée d\u2019application de celle-ci, en pleine vigueur et de plein effet, sous réserve de modification ou révocation en vertu de la présente.» Ainsi le gouvernement reçoit l\u2019autorisation d\u2019abroger ou de maintenir à son gré les mesures extraordinaires prises en vertu de la Loi des Mesures de guerre.Ce pouvoir peut être nécessaire au gouvernement pour opérer « d\u2019une façon ordonnée » le passage du régime anormal de guerre à un régime de paix plus en conformité avec nos institutions politiques et notre constitution.Tâche délicate, compliquée et qui demande du temps.Nous comptons bien que nos gouvernants auront à coeur d\u2019y procéder dans le plus bref délai possible, afin de ramener au plus vite le Canada à la vie normale.Mais est-il exagéré de mettre en garde ces mêmes gouvernants contre une tendance, bien trop naturelle, hélas: celle de perpétuer indûment une situation qui, à la longue, deviendrait funeste à la nation ?Le texte de la présente loi prévoit une durée minimum d\u2019un an, plus une année supplémentaire, si l\u2019une et l\u2019autre chambre « soumettent respectivement des adresses au gouverneur général » à cet effet.Pour effectuer le retour au régime de paix dans cette limite de temps, il faut s\u2019y mettre au plus tôt.Et l\u2019opinion doit aider là-dessus la bonne volonté des gouvernants.Le goût du pouvoir chez eux et les bureaucrates qui les appuient se développe si vite! Et l\u2019on ne supprime pas facilement une organisation considérable et coûteuse, on ne congédie pas aisément un personnel nombreux, qualifié et fort bien rémunéré.A moins d\u2019une forte réaction du peuple et de ses représentants, n\u2019est-il pas trop à craindre que des intérêts puissants fort multiples, que la tendance générale vers le socialisme d\u2019État et la dictature bureaucratique ne portent le gouvernement à prolonger sans nécessité réelle une situation anormale, susceptible de causer de graves dommages à la nation canadienne ?Sans doute, avec le présent bill, les mauvais effets sur l\u2019opinion et le gouvernement général du pays sont moins à craindre qu\u2019avec le premier bill 15.Mais ils ne sont pas tout à fait à négliger, surtout si l\u2019on maintient trop longtemps la situation présente.Autrement grave le problème posé par l\u2019empiétement sur les droits et les prérogatives des provinces.La présente loi donne juridiction au fédéral sur des domaines clairement réservés par la constitution aux législatures provinciales.Il est de la plus haute importance que cette situation ne se prolonge pas au delà du strict nécessaire.L\u2019autonomie des provinces est une question qui intéresse l\u2019existence même de notre Confédération canadienne.N\u2019en déplaise aux partisans d\u2019un pouvoir centralisé et unitaire, ce sont les provinces qui, historiquement parlant, ont donné naissance non seulement à la Confédération canadienne, mais aussi au pouvoir central qui la régit.Mais tout en concédant certains pouvoirs à l\u2019autorité centrale pour la protection et le bon gouvernement de la nation nouvelle qu\u2019elles étaient en train de mettre au monde, les provinces se sont réservé jalousement de légiférer dans les domaines essentiels au bon développement de chacun des deux groupes ethniques: langue, éducation, propriété et droit civil.Les Pères de la Confédération ont vite compris \" que ce partage de pouvoirs constituait le seul compromis viable entre, d\u2019un côté, l\u2019émiettement et la division, funeste à l\u2019existence même de la nouvelle nation, et, d\u2019un autre, la centralisation législative et administrative qui étoufferait infailliblement le groupe français moins nombreux.Bien plus, ils ont vu dans cette diversité à l\u2019intérieur d\u2019un même pays et d\u2019une même entité politique, un élément de richesse pour le dominion plein de jeunesse et d\u2019avenir.Et cela est vrai de nos jours encore, quoi qu\u2019en disent ceux qui veulent tout simplifier dans les cadres uniformes d\u2019une administration unique.Cette juridiction exclusive des provinces est si importante que, selon les jugements des tribunaux, y compris le Conseil privé, seules des circonstances tout à fait exceptionnelles, comme la guerre ou la famine, justifieraient le pouvoir central de s\u2019autoriser de son mandat général « de faire des lois pour la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement du Canada », pour envahir les domaines normalement réservés aux législateurs provinciaux.Ce fut le jugement rendu dans la cause The Board of Commerce, Act 1919, and The Combines and Fair Prices, Act 1919.Ce fut aussi le jugement rendu à propos des lois sociales édictées par le parlement en 1934 et 1935, sous le régime Bennett.Or, nous ne sommes pas menacés de famine et nous ne sommes plus en guerre.D\u2019aucuns se demanderont si les circonstances actuelles justifient bien les empiétements du pouvoir fédéral sur les provinces permis par ce bill 15.Les véritables Canadiens comprendront aisément l\u2019importance pour le bien de la nation de respecter scrupuleusement le partage des pouvoirs essentiels à notre système fédératif de gouvernement.Ils exigeront que l\u2019on ne permette pas à la situation actuelle de se prolonger au delà du strict nécessaire.2 RELATIONS D\u2019OÙ VIENT LA DÉMOCRATIE?Robert BERNIER, S.J.LES CONCLUSIONS actuelles du Saint-Siège sur la démocratie, que nous avons commentées dans ^ Relations de novembre {Un tournant de la Politique catholique), sourdent de toute la tradition chrétienne, et y ramènent.Quand Pie XII aujourd\u2019hui affirme que l'homme.loin d'être l'objet et comme un élément passif de la vie sociale, en est au contraire, et doit en être et demeurer le sujet, le fondement et la fin {Radio-Message, Noël 1944, p.16), il pose du même coup la majeure de ses propres conclusions et le principe le plus constant et le plus explicite de la Politique catholique.Dès le Moyen Age, le principe prit corps dans une institution, le droit coutumier: ce que le peuple, d\u2019un commun accord, reconnaît exigence du bien général et que librement il s\u2019impose, c\u2019est cela qui devient la loi; l\u2019autorité, elle, sanctionne.Tel est si bien le sens de la coutume médiévale qu\u2019un historien protestant du droit, peu suspect de sympathie pour l\u2019Église, A.J.Carlyle, développe cette idée à pleines pages dans Political Liberty (Oxford, 1941): L\u2019empereur romain.légiférait sans être obligé de consulter.Le roi ou l\u2019empereur médiéval légiférait, certes, mais à proprement parler seulement selon l\u2019avis et avec le consentement de ceux qui représentaient la communauté.(P.16.) Ceci fut, en principe, admirablement exprimé au IXe siècle par Hincmar de Reims, le plus important des hommes d\u2019État ecclésiastiques de l\u2019époque dans le nord de l\u2019Europe, lorsqu\u2019il affirme que les rois doivent gouverner leurs peuples selon les lois de leurs ancêtres, promulguées avec le a consentement général de leurs féaux sujets ».Et que ce ne fût pas là une parole dite seulement en passant ressort à l\u2019évidence de l\u2019étude des actes législatifs des « capitulaires » du IXe siècle.Les mots célèbres de l\u2019Édit de Pistoie, en 864: « La loi provient du consentement populaire et de l\u2019institution royale », ne font que résumer les principes généraux et la pratique de l\u2019époque.(P.17.) Encore: La loi de la communauté était faite par la communauté.(P.16.) Ce fut au Moyen Age que se développa une formule ou méthode pour exprimer la volonté de la communauté: le système de la représentation.(P.19.) Les principes de la liberté politique s\u2019étaient développés au Moyen Age.sous la forme d\u2019une expression, d\u2019abord des caractères et des mœurs de la communauté, puis de la volonté délibérée de celle-ci.(P.21.) On comprend alors pourquoi notre auteur, lorsqu\u2019il en arrive à étudier les principes démocratiques modernes, se voit forcé de déclarer que ce ne sont pas ces écrivains (Halifax, Locke), non plus que les penseurs de la Révolution française au xvnr siècle qui ont inventé la doctrine de l\u2019égalité « naturelle » et de la liberté des hommes, ou le principe que toute autorité politique dérive du peuple.(P.142.) Par conséquent, déjà au Moyen Age chrétien, le centre de gravité de l'État résidait bien en fait dans cette représentation populaire dont parle Pie XII.Si postérieurement le droit coutumier a fait place au droit « x » imposé sans consultation populaire, s\u2019il a fallu attendre des siècles avant que les représentants de la communauté fussent investis par le parlementarisme moderne du pouvoir législatif, ce n\u2019est certes pas au développement des principes chrétiens médiévaux qu\u2019on le doit.Pour nous représenter aujourd\u2019hui ce que fut, à sa belle époque, la société médiévale, il faut vider nos esprits et nos imaginations modernes des préjugés et phantasmes que six cents ans de mercantilisme ou de libéralisme y ont accumulés.Instruits par l\u2019Église, les hommes du Moyen Age s\u2019étaient organisé une vie commune dont la contexture devait faciliter à tous la louange divine et le salut éternel.La société était une vraie société: un organisme où chacun jouait son rôle dans l\u2019œuvre d\u2019ensemble.On n\u2019aurait alors trouvé aucun sens aux formules d\u2019hier dont l\u2019âme voltige encore: laissez-faire.des efforts individuels dans le « struggle for life » résulte l'harmonie du tout.On estimait alors un crime (un péché) d\u2019abuser des besoins, des nécessités, d\u2019une situation inférieure de quelqu\u2019un.L\u2019activité économique ne constituait qu'une fonction sociale soumise comme les autres aux principes religieux.On considérait immorale la poursuite du profit pur, indépendant du travail.Dans le monde des affaires, la hiérarchie s\u2019établissait ainsi: premièrement, l\u2019ouvrier; deuxièmement, le commerçant; troisièmement, le financier.On se prend à rêver.Et la grande tradition théologique de l\u2019Église, loin de pencher vers l\u2019absolutisme, n\u2019a pas cessé, et jusque dans les siècles les plus imprégnés d\u2019autocratisme, de refléter les réalisations démocratiques du Moyen Age.Traitant de problèmes bien différents de nos préoccupations \u2014 comme l\u2019excellence du gouvernement mosaïque, ou l\u2019origine du pouvoir civil \u2014 les maîtres de la Théologie demeurent, à leur insu peut-être, les témoins d\u2019une tradition.En ce qui est de la bonne ordonnance du gouvernement, dit saint Thomas, il y a deux choses à considérer: la première est que tous aient une part au commandement.C\u2019est là le meilleur régime politique, harmonieusement composé de royauté, en tant qu\u2019un seul est à la tête; d\u2019aristocratie, en tant que plusieurs commandent selon la vertu; de démocratie, ou de pouvoir du peuple, en tant que du milieu du peuple peuvent être élus ceux qui commandent, et que c\u2019est au peuple qu\u2019appartient l\u2019élection de ceux qui commandent.(Ia IIae, 105, 1.) De toute évidence, saint Thomas ne songeait aucunement alors à la monarchie constitutionnelle moderne; son but direct était de justifier le mode de gouvernement imposé par la Loi au peuple de Dieu.Mais il est significatif qu\u2019il ait conçu comme une sorte d\u2019idéal un gouvernement où tous les éléments de la société fussent représentés.JANVIER 1946 3 Les opinions de Suarez et de Bellarmin sur le principe et la désignation de l'autorité sont célèbres.Maritain les commente ainsi: Selon cette doctrine, le « droit » de diriger et de commander, c\u2019est-à-dire l\u2019autorité, n\u2019est pas conféré à ses détenteurs par le choix de la multitude, il leur est conféré par la Source elle-même de l\u2019être et de toute la nature.Mais la désignation même des détenteurs de l\u2019autorité par le peuple enveloppe le « passage » de ce droit par le peuple.« L\u2019autorité politique procède immédiatement de Dieu, et cependant les rois et les souverains ne la reçoivent pas immédiatement de Dieu, mais des hommes.» (Suarez, Defensio.) Le Père Parsons (dans Which Way, Democracy) montre très bien comment, pour Bellarmin et Suarez, le pouvoir politique passe par le peuple ou la communauté politique avant d'être détenu par les dirigeants.La différence entre l\u2019ordre social naturel et l\u2019ordre social surnaturel doit être clairement notée ici: le Pape est vicaire, non de l\u2019Église, mais du Christ et son autorité, dès qu\u2019il est élu, lui vient directement de Dieu.Au contraire les chefs de la cité terrestre sont vicaires, non de Dieu, mais du peuple ou de la communauté politique, et leur autorité leur vient de Dieu par l\u2019intermédiaire du peuple qui la reçoit d\u2019abord et immédiatement de Dieu pour la transmettre aux dirigeants.Elle passe par le peuple avant d\u2019aller résider en eux.L\u2019erreur des théologiens de l\u2019absolutisme était de faire du monarque un Pape de l\u2019ordre temporel, de la cité politique.(Principes d'une politique humaniste, 1944, pp.68-69.) A la veille du xvne siècle absolutiste, le jésuite Mariana rappelle la distinction médiévale entre autorité et tyrannie, et enseigne que le prince est soumis à la loi, que ses sujets peuvent lui résister, et même le déposer s\u2019il use de son pouvoir injustement et tyranniquement.Son confrère Ribadeneyra souligne le rôle de la représentation populaire dans le gouvernement de l\u2019Espagne lorsqu\u2019il soutient que la soumission aux cortès des dépenses royales et les noms même des octrois consentis \u2014 services, subsides, donations \u2014 suffisent à prouver la gratuité de ceux-ci.No taxation without representation!.Exprimer son opinion personnelle sur.les sacrifices qui lui sont imposés.voilà un droit du citoyen.(Pie XII.) Dans le même esprit, deux des maîtres les plus représentatifs de la pensée catholique contemporaine, Jacques Maritain et Maurice Blondel, ont donné, à l\u2019intérieur de systèmes fort différents, des expressions magnifiquement modernes aux bases philosophiques de la démocratie.Blondel écrit: Précisément parce que la complexité et la diversité des besoins légitimes et des novations indispensables réclament une liberté de manifestation et une plasticité d\u2019adaptation qui de fait n\u2019ont jamais paru compatibles avec les préoccupations immédiatement utilitaires et dominatrices d\u2019un maître unique, \u2014 parce qu\u2019effectivement nul esprit d\u2019aucun homme si intelligent qu'il soit n\u2019embrasse, ne devine, ne devance le mouvement réel des idées et des faits, les institutions qui offrent le moyen réglé d\u2019une coopération intellectuelle et civique répondent plus foncièrement aux besoins de la pensée comme à la prudence pratique.{La Pensée, II, p.163.) Par là s\u2019expliquent également ces sursauts de la conscience populaire et cette sorte de providence de l\u2019histoire qui, selon un mot de saint Augustin, découvre, mieux qu\u2019une réflexion savante, les voies salutaires qui gouvernent l\u2019humanité.{La Pensée, I, p.56.) Que cette confiance dans le peuple rend un son chrétien! Aujourd\u2019hui, Pie XII ramène donc les catholiques au courant chrétien traditionnel en préconisant, pour l\u2019état actuel de développement de l\u2019humanité, la forme démocratique de gouvernement à représentation populaire universelle.Un instant de réflexion suffit à montrer qu\u2019il en va de même de la démocratie des nations.Le véritable internationalisme jaillit du fond même de la pensée chrétienne.Le droit initial de mener sa vie sous sa propre responsabilité, réclamé par l\u2019Église pour tous les hommes, appelle une autorité toujours plus vaste et hiérarchisée qui assurera le développement de l\u2019ensemble des biens recherchés par l\u2019humanité.Déjà, sous l\u2019Empire romain, on remarquait chez les chrétiens un esprit « catholique », international.Pacifiques de cœur et enclins au pacifisme, ils eurent à l\u2019endroit du monde d\u2019outre-frontière des sentiments assez différents de ceux de la masse de leurs concitoyens.La curiosité et, plus que la curiosité, le souci du monde d\u2019outrefrontière, ils les ont eus dès le début.(Jacques Zeiller, IIe tome de Y Histoire de l\u2019Église publiée sous la direction de Fliche et Martin, pp.486-487.) Porteurs de l\u2019idéal chrétien de la Paix romaine, ils le transmirent à la chrétienté médiévale, et c\u2019est lui que les grands théologiens ont maintenu face aux prétentions des « légistes », artisans du pouvoir royal sans bornes vis-à-vis des autres pouvoirs nationaux.Tapa-relli n\u2019innovait pas quand il écrivait au milieu du XIXe siècle ces lignes quasi prophétiques: La communauté des nations a besoin d\u2019une autorité.Aussi, croyons-nous que peu à peu l\u2019on verra s\u2019élever dans le monde une sorte de tribunal fédéral universel, qui remplacera les alliances, les congrès, les traités.cela nous paraît devoir arriver infailliblement.{Essai théorique de Droit naturel, nOB 1364 et 1366.) C\u2019est en conformité avec cette tradition que l\u2019Union internationale d\u2019études sociales, composée de sociologues, juristes et universitaires catholiques de tous pays, déclarait en 1937, dans son Code de Morale internationale : Les États doivent cesser de prétendre à une indépendance absolue que la nature ne leur a jamais conférée.(n° 17).La société internationale implique l\u2019existence d\u2019une autorité qui tient sa compétence non de la seule délégation des associés^.(n° 253).Aux commandements de cette autorité, les Etats auront à se soumettre, tout comme les familles ont l\u2019obligation d\u2019obéir à la loi de la cité ou de l\u2019État (n° 254).En guise de contre-épreuve, on peut se demander si les principes démocratiques ont pu récemment pénétrer dans la pensée catholique comme un legs de la société libérale.Celle-ci cherche aujourd\u2019hui à se confondre avec la démocratie.En tout cas, elle la compromet joliment! Mais, pour sa peine, elle comporte, elle aussi, un dynanisme propre qu\u2019il n\u2019est pas malaisé de retracer.La société libérale remonte à ces marchands du Moyen Age qui réclamèrent le « privilège » de vivre en marge de l\u2019organisme social, de soustraire l\u2019économique 4 RELATIONS à la législation commune.Les pays crurent un moindre mal de constituer des îlots de villes dites « libres », mais où la liberté s\u2019entendait en réalité du droit de commercer pour le profit et non en vue du bien commun.Dès lors, le mercantilisme court toutes les routes commerciales, croise tous les carrefours d\u2019échanges: Gênes, Venise, Lombardie, Rhin, Rhône, Danube, Champagne, Bruges, Gand, Ypres.Des Flandres, il traverse la Manche.La découverte des Indes et de l\u2019Amérique accélère le tourbillon.C\u2019est l\u2019âge du commerce et de l\u2019industrie, l\u2019âge de la Bourgeoisie.En soi, les professions de marchand, d\u2019industriel ou de banquier, qui concourent à l\u2019amélioration matérielle de la cité humaine, ne sont évidemment pas plus mauvaises que les autres.Mais lorsque la production et la circulation cessent d\u2019être voulues, comme au Moyen Age, en vue du bien commun, pour devenir une course au profit par tous moyens, il arrive que se forme une classe sociale de possédants, de haves à côté des have nots, dont beaucoup de membres peuvent demeurer de fort honnêtes gens, mais qui, globalement, instille dans le monde la soif du lucre et pervertit l\u2019appréciation des valeurs intemporelles et temporelles.Il est socialement immoral que 95% de l\u2019activité humaine à notre époque dans les pays civilisés trouve sa fin dans l\u2019argent.C\u2019est malheureusement un fait qu\u2019une nouvelle conception de la vie a germé dans les cités marchandes édifiées en marge de la communauté médiévale.De spiritualiste, d\u2019humain, de démocratique, de social, l\u2019idéal d\u2019un énorme fragment de l\u2019humanité est devenu utilitaire, matériel, mercantile, « libéral ».Un quiproquo s\u2019est établi tout de suite sur le sens du mot liberté.Le monde bourgeois a réclamé pour lui-même la liberté de faire des affaires, mais il a tout fait pour en priver l\u2019ouvrier, le paysan, le peuple.La lutte était commencée, elle devait garder la même physionomie: chances égales à tous, un contre un, donc à bas la corporation, la coopération, le syndicat! La liberté conçue par la classe moyenne, c\u2019est, selon le mot de l\u2019historien Pirenne, un monopole! Emmet John Hughes, dans The Church and the Liberal Society (Princeton, 1944), a parfaitement décrit l\u2019esprit qui a tout de suite animé les milieux libéraux en formation: La liberté serait une « arme ».Il importait qu\u2019on la conservât dans l\u2019arsenal privé, solidement fortifié, de la bourgeoisie.Il importait qu\u2019on la mît hors de portée des classes laborieuses, des travailleurs agricoles, enfin de toute concurrence urbaine \u2014 plus tard de toute concurrence nationale \u2014 susceptible de la transformer en menace pour la bourgeoisie.(P.23.) A mesure que grandit le monde mercantile, il se pourvoit de garanties politiques, voire de théoriciens de la « liberté ».Et lorsque la Réforme, la Renaissance, les Nationalismes entreprennent leur lutte contre l\u2019Église, la société libérale leur emprunte tout ce qui peut lui fournir des moyens pour de nouvelles conquêtes.Tout lui est arme comme la liberté elle-même: les philosophies individualistes, la gloire nationale qui endort les peuples, la religion elle-même quand elle prêche aux pauvres la soumission.L'économique sent le besoin de se mettre sous la protection du politique, de s\u2019en couvrir, de l\u2019annexer.Dès le xvie siècle, les gros négociants et financiers offrent aux rois leurs services contre l\u2019aristocratie et les ruraux.Ils n\u2019ont de cesse qu\u2019ils n\u2019aient installé en tous pays un bon prince machiavélique, fort de leurs écus, légiférant selon leur cœur.L\u2019État moderne s\u2019inaugure sous le signe du capital.A la même époque, le protestantisme naissant poussé aux églises nationales.Les princes et leurs bailleurs de fonds l\u2019utilisent pour émanciper l\u2019État de l\u2019hégémonie spirituelle de Rome.A ce propos, il est curieux de noter comme le protestantisme et la bourgeoisie s\u2019amalgamèrent rapidement.Désormais, le riche est le béni de Dieu, les peuples bénis sont les peuples riches.Et il y a les maudits! Les princes de ce monde sont des dieux, dit Luther; le petit peuple, c'est Satan ! Il y a toute une culture dans ce mot-là! La France des « lumières », et la dignified bourgeoisie anglaise, chacune dans son style national, tiennent identiques propos.Le peuple sera toujours sot et barbare.Ce sont des bœufs auxquels il faut un joug, un aiguillon et du foin, dit Voltaire.Et, à la Chambre des Lords, en 1832, le lord chancelier Brougham: S'il y a la populace (mob), il y a aussi le peuple; je veux dire la classe moyenne \u2014 ces centaines de mille de gens respectables \u2014, de beaucoup la classe la plus nombreuse et la plus riche du pays.L\u2019Église, elle, croit que c\u2019est l'exubérance vitale du peuple (sans je-veux-dire) qui répand la vie dans l'État et qu\u2019on lui doit des garanties de contrôle sur l'activité des pouvoirs publics (Pie XII)! Sur le plan national, la grande technique de la classe bourgeoise, qui consiste à soulever le sentiment populaire contre la tyrannie pour confisquer à son avantage à elle les profits de la guerre ou de la révolte, apparaît déjà au XVIIe siècle dans la Révolution hollandaise contre l\u2019Espagne.Pendant que le peuple mourait pour la liberté nationale, la bourgeoisie s\u2019enrichissait du trafic des armes et bâtissait, selon le mot célèbre de lord Acton, une oligarchie des classes moyennes au lieu de la démocratie promise.Les armées hollandaises, dit Hughes, assiégeaient des villes nourries de par derrière leurs propres lignes.Le grand vaincu de la Révolution anglaise, ce fut encore le peuple.Pas de réformes sociales, pas d\u2019égalité politique.Aux révoltés, Cromwell cria: Que le « Commonwealth » périsse de la main d'hommes, passe encore, mais non de la main d'êtres qui diffèrent à peine des animaux ! La Révolution américaine revêt un caractère analogue: le peuple se sentait exploité par la classe moyenne, anglaise et américaine; la bourgeoisie lui persuada que la dépendance de l\u2019Angleterre causait tous ses maux; le lien impérial rompu, le peuple se trouva libéré d\u2019un tyran, mais il n\u2019en restait que davantage à la merci d\u2019un autre: ses chefs, les financiers et les manufacturiers.Montrer JANVIER 1946 5 comment, dès le début, le gouvernement des États-Unis devint l\u2019instrument de la domination d\u2019une classe déborderait le cadre de cet article.Nous nous contentons de renvoyer à la magistrale étude de Hughes (pp.114 et suiv.).Tout le monde sait que la Révolution française fut la révolution des « propriétaires ».Le Code civil la consacra: illégalité de l\u2019union ouvrière, illégalité de la grève.La Bourgeoisie sait l\u2019art d\u2019envoyer le peuple aux barricades.Elle sait ce qui « rapporte ».Le stade des révolutions nationales dépassé, par de modestes compromis, par une habile réclame autour de quelques concessions, par des attitudes d\u2019effacement longuement étudiées, la bourgeoisie perpétuerait sa domination.laissant les mouvements humanitaires user leurs énergies sur les questions non essentielles!.A partir de ce moment, l\u2019histoire de la société libérale devint à peu près exclusivement l\u2019histoire de cet effort collectif en vue d\u2019entretenir l\u2019illusion malgré les faits, de transmettre l\u2019héritage fictif de la liberté et de l\u2019égalité dans un texte de conditions économiques et sociales qui déniaient en réalité aux masses les moyens d\u2019atteindre cet idéal.(Hughes, p.178.) La tragique histoire des pionniers de l\u2019Ouest américain illustre à merveille cette politique.Fuyant les désastres de la société libérale, ils étaient venus des rives de la Tamise, de la Loire, de l\u2019Elbe, du Danube, du Dniéper, pour répandre la vie sur les terres baignées par le Missouri, le Colorado, la Plata, la Columbia.Leur œuvre n\u2019a pas de parallèle dans l\u2019Histoire, car ce qu\u2019ils ont essayé de créer, c\u2019est un monde à eux au milieu d\u2019un monde qui n\u2019était pas le leur.Partout autour d\u2019eux la domination de la société libérale était complète.En un mot, leur système fut celui de l\u2019économie médiévale: la production en vue du soutien et de la consommation, et non pour l\u2019échange et le profit.(Id., pp.185-186.) Mais les dynasties industrielles de l\u2019Est les rejoignirent, le servage fiscal les réduisit, de gigantesques compagnies montées du jour au lendemain les réquisitionnèrent, jusqu\u2019à ce que le troupeau humain fît tourner la machine industrielle au maximum du rendement.Les maîtres laissèrent aux esclaves le droit de vote: les maîtres possédaient ce qu\u2019il faut pour manipuler les élus.Le champ de l\u2019économique est libre: que le peuple s\u2019amuse à faire des élections! Que les partis se remplacent au pouvoir, tant mieux! La masse, chaque fois, s\u2019imagine qu\u2019elle a triomphé; mais ce sont les partis eux-mêmes que contrôlent les gros intérêts financiers.Un lendemain d\u2019élections, Carnegie télégraphie d\u2019Europe: Cleveland ! « Well », nous n'avons rien à craindre.Le peuple va s'imaginer que les « Protected Manfrs » vont être mis à la raison.Cleveland est un brave type.Maintenant, à Venise ! La même philosophie de la vie transparaît fatalement sur le plan international.La vraie démocratie des peuples, pas plus que l\u2019autre, n\u2019est fille de la société libérale qui n\u2019entend pas donner la liberté à tous les peuples, mais au plus petit nombre possible, copartageants des avantages de la liberté.Dans le monde libéral, tout internationalisme voile un impérialisme.Un but trop réel de la Société des Nations fut de maintenir un état de paix et de liberté où les grands intérêts économiques et financiers pussent se donner libre carrière.L\u2019inhumaine et fragile structure libérale ne portait pas en soi une vertu de survie.Mais deux facteurs, selon Hughes, l\u2019ont empêchée de bientôt s\u2019écrouler: les richesses matérielles qu\u2019apportèrent à l\u2019Europe les exploitations coloniales; l\u2019immense champ d\u2019action qu\u2019ouvrit aux opprimés d\u2019Europe la découverte de l\u2019Amérique où il semblait que, au milieu d\u2019une telle abondance de ressources naturelles, pût se construire la cité de l\u2019égalité et de toutes les libertés.On sait les résultats.Le principe de libre concurrence sans entraves, au lieu de construire la cité rêvée des Harmonies économiques et sociales, a suscité dans nos villes les concentrations ouvrières exploitées et frémissantes et nous a fait cadeau de ces deux grandes institutions de la société libérale: factory and sium (Hughes).La politique impérialiste des États libéraux a franchi ses étapes logiques: Versailles et Hitler; l\u2019Autriche abandonnée; Munich; la Tchécoslovaquie, la Pologne trahies; Potsdam et le transfert des populations; la Charte de l\u2019Atlantique et les nations balkaniques, les Prussiens orientaux, les Indonésiens, les Iraniens.Mais l\u2019évidence du chaos où la société libérale a conduit le monde ne suffit pas encore à ouvrir les yeux.Sa dernière trouvaille consiste aujourd\u2019hui à répandre partout que c\u2019est le totalitarisme qui l\u2019a empêchée de remplir sa mission.Le fascisme, voilà l\u2019ennemi! On le déniche partout: tout ce qui s\u2019oppose au libéralisme est fascisme!.Et contre tout espoir, le libéralisme agonisant reprend vie, hélas.Aussi la responsabilité des totalitarismes sera-t-elle grande d\u2019avoir combattu une erreur par une autre de nature à faire revivre la première! La démocratie vient d\u2019ailleurs.L\u2019authentique démocratie \u2014 pas Athènes où une poignée de démocrates baignés, huilés, étrillés, vivaient d\u2019une multitude d\u2019ilotes, pas celle de la Banque d\u2019Angleterre, de Carnegie, de Morgan et de la Standard Oil \u2014 l\u2019authentique esprit démocratique est entré dans le monde au temps du capitalisme romain, de l\u2019esclavage antique, avec Jésus, ouvrier juif.Les grands Démocrates de l\u2019ère moderne, ce sont Ketteler, Léon XIII, Manning, Pie XI, Pie XII.L\u2019authentique démocratie, la démocratie « pour tout le monde », vient du christianisme.Grâce à la fidélité de nos abonnés et la collaboration de nos annonceurs, nous sommes heureux d\u2018annoncer à nos lecteurs qu'à partir du présent numéro chaque livraison contiendra quatre pages de plus.6 RELATIONS DOCUMENTAIRES TORONTO »s MONTRÉAL Jacques MELANÇON N.D.L.R.\u2014M.Melançon publie ici la première partie d'une étude comparative sur les salaires ouvriers à Toronto et à Montréal.LES SALAIRES DE LA MAIN-D\u2019ŒUVRE SONT PLUS BAS À MONTRÉAL QU\u2019À TORONTO IES STATISTIQUES fédérales établissent qu\u2019en 1941 le salaire moyen de l\u2019ouvrier de Montréal se chiffrait à $1,123, tandis qu\u2019il atteignait $1,219 à Toronto, c\u2019est-à-dire environ cent dollars de plus ou 7.9%.(Geographical distribution of the Manufacturing industries of Canada, 1941.) Cette relation entre les salaires payés aux ouvriers de Montréal et ceux de Toronto est très souvent à la base de comparaisons entre les deux villes.La comparaison est d\u2019autant plus attirante pour l\u2019économiste que la production manufacturière des deux rivales atteint \u2014 une année portant l\u2019autre \u2014 un niveau à peu près comparable, et que ces deux villes constituent les centres de l\u2019activité industrielle du pays.En 1941, la production manufacturière de Toronto atteignait $355,449,894, et celle de Montréal, $346,738,894.{Ibid.) Cette constatation comporte, cependant, beaucoup plus qu\u2019un aspect théorique intéressant l\u2019économiste, un angle pratique particulièrement important pour les ouvriers de Montréal, qui se demandent à bon droit pourquoi la métropole du Canada serait dans l\u2019impossibilité de leur procurer un niveau de vie aussi élevé que celui de leurs confrères torontoniens.(Toutes ces discussions, nécessairement, ne tiennent pas compte des différences de l\u2019indice du coût de la vie qui, traditionnellement pour Montréal, était un peu inférieur à celui de Toronto, mais pour lequel nous ne pouvons, à l\u2019heure actuelle, obtenir aucune donnée exacte de comparaison.) Ce fait n\u2019a pas son importance uniquement pour l\u2019ouvrier.Il prend une valeur pratique tout aussi considérable pour l\u2019industriel qui a dû, au cours des dernières années, faire face à des grèves d\u2019importance, déclenchées au cri du slogan maintes fois répété: « Un salaire égal à celui de Toronto.» De nos jours, particulièrement, où Montréal doit s\u2019industrialiser pour résoudre son problème d\u2019embauchage, où, aux États-Unis (et probablement bientôt au Canada), le travail organisé réclame la semaine de quarante heures au salaire de cinquante-deux; en ce moment où certains groupes ouvriers, sans tenir compte des conditions locales, demandent le même salaire pour le même travail, quel que soit l\u2019endroit du pays où on l\u2019exécute, il est fort important pour le chef d\u2019entreprise montréalais de connaître le pourquoi de la maladie éco- nomique diagnostiquée par la comparaison ci-haut faite, les remèdes qu\u2019il faut prescrire et les conditions nécessaires à la cure.PROBLÈME COMPLEXE Pourquoi les salaires sont-ils plus bas à Montréal qu\u2019à Toronto ?Il n\u2019est jamais facile d\u2019établir les causes exactes d\u2019un phénomène économique de cette nature; d\u2019abord parce qu\u2019il s\u2019y greffe habituellement des raisons d\u2019ordre historique difficiles à isoler; ensuite parce que ce phénomène n\u2019a jamais de cause simple, mais est la résultante d\u2019un grand nombre de faits économiques agissant souvent en sens contraire, ou encore se poursuivant sans arrêt dans un cercle vicieux.Écoutons Wesley C.Mitchell, directeur de la Recherche au National Bureau of Economie Research (25e rapport annuel, p.21): « .yet in no instance have we confined our researches within the limits suggested by a single approach.The interrelations among economic activities are so vital that strict monographic treatment is relatively sterile.How can one treat production realistically apart from prices, or either without reference to natural recources and the productivity of labor, or the latter without attending to industrial equipment and business organization, etc.» Aussi faut-il s\u2019éloigner des explications par trop simplistes.En veut-on un exemple?Il y a quelque temps, un économiste de bonne renommée tentait d\u2019expliquer, en s\u2019appuyant sur des statistiques très générales, que le bas niveau des salaires des ouvriers du Québec tenait au bas niveau de leur productivité personnelle.(Gilbert Jackson, Facts in the Case, pages 39, 40, 41.) C\u2019était simplifier le problème à un point tel que d\u2019aucuns l\u2019accusèrent de se gausser des gens.Plus encore que de simplifier le problème, faut-il craindre de tomber dans des erreurs grossières en en simplifiant trop, également, les explications.Quand, pour poursuivre l\u2019exemple, ce même économiste \u2014 par ailleurs très écouté \u2014 expliquait le faible niveau de productivité de l\u2019ouvrier québécois par la faiblesse de ses connaissances et les déficiences de ses aptitudes physiques, il faisait plus qu\u2019un avancé sans fondement: le bas niveau de productivité de l\u2019ouvrier en industrie moderne, en effet, n\u2019est pas tant fonction, habituellement, de l\u2019ouvrier lui-même que des moyens de production dont il dispose et des méthodes d\u2019organisation de l\u2019entreprise qui l\u2019emploie.Ayant fait ces réserves, inutile de dire que je rejette cette explication quand il s\u2019agit de comprendre le bas niveau des salaires de Montréal.De même faut-il rejeter, me semble-t-il, comme explication de cet état de choses, la différence de types économiques des deux JANVIER 1946 7 villes.On ne peut pas dire, par exemple, que Montréal est d\u2019abord un centre commercial, et que l\u2019industrie n\u2019y joue, dans l\u2019ensemble de son activité économique, qu\u2019un rôle secondaire ou vice versa, tandis qu\u2019à Toronto l\u2019influence de ces facteurs jouerait en sens inverse.Non, les deux villes avec leurs territoires métropolitains sont toutes deux des centres nationaux, et l\u2019activité économique se distribue d\u2019une façon à peu près similaire chez l\u2019une et chez l\u2019autre.Le tableau n° 1 donnant la distribution des occupations du grand Montréal comparées à celles du grand Toronto, confirme en effet cet avancé.On y voit que, dans les deux cas, c\u2019est l\u2019industrie manufacturière qui fournit le plus d\u2019emplois; puis vient le commerce et les services personnels, puis l\u2019immense armée des fonctionnaires, divers employés et commis de l\u2019administration publique ou privée.LES OCCUPATIONS OU GRAND MONTRÉAL- -;-COMPARÉES AU GRAND TORONTO Monfraol P UMbmq FEÆMI Toronto HXJtFÆi Fi i MANUFACTURES CONSTRUCTION TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS COMMERCE FINANCE SERVICE PROFESSIONNEL M PUBLIC \" AMUSEMENTS \" PERSONNEL COMMIS DE BUREAU MANOEUVRES AUTRES 1121,905 y//[g///////////l J ICO, 538 36,697 i 21,2*3 36,624 25,341 53,290 [50,308 5,310 33 8B4 [287540 [6,563 1303 7TIÆ 59,517 45,270 64,324 66,125 31,526 16,125 6 601 5,309 0 !Q 20 30 40 50 60.70 CO 90 100 IÎO 120 &n mille I ////////////////////////> i V/////Æi\\\\ I/A///Ü VÏWft I \\iiiiurrij/À .Æ Statistique fédérale, 1941 Raoul Bray De même, le plus faible niveau des salaires ne s\u2019explique pas par la différence des niveaux de vie et des habitudes des gens.Les deux villes étant dans le même pays et subissant toutes deux l\u2019influence des prix du marché national, cette différence de vie, si différence il y a, doit être considérée beaucoup plus comme conséquence d\u2019un état de fait que comme cause de cet état.Sans oublier l\u2019accusation portée contre le capitalisme qui exploite la main-d\u2019œuvre, l\u2019on pourrait allonger la liste des causes peut-être plausibles mais qui ne touchent pas le fond du problème!.Ce serait trop simple! FAITS DE BASE Deux faits que mettent en évidence les statistiques des industries de Montréal et de Toronto, nous semblent beaucoup plus sérieux et infiniment plus révélateurs.Voyons-les: Premier fait.\u2014 Nous pouvons résumer le premier fait de la façon suivante: le type des industries localisées à Montréal n\u2019est pas le même que celui des in- dustries localisées à Toronto, et l\u2019analyse statistique des vingt principales industries de Montréal et de Toronto indique qu\u2019il y a plus d\u2019ouvriers dans Montréal qui sont employés dans des industries qui, indépendamment de leur localisation dans le monde et du rendement de leurs employés, payent des salaires plus bas que d\u2019autres types moins soumis à la concurrence des prix.Dans l\u2019une de ses analyses, M.Huet Massue, ingénieur civil, statisticien de la Shawinigan Water and Power Company, étudiait vingt-sept entreprises dans lesquelles le salaire moyen horaire aux États-Unis variait au 1er janvier 1940 de 0.49 à 0.98, et voyait combien chacune de ces industries employait de gens dans le Québec et dans l\u2019Ontario.Le résultat de ces recherches fut le suivant: 62% du total des ouvriers engagés dans ces vingt-sept industries dans le Québec, l\u2019était dans des entreprises payant moins de 0.65 l\u2019heure aux États-Unis, tandis que dans l\u2019Ontario le pourcentage des ouvriers engagés dans des industries à faible salaire (0.65 et moins) n\u2019était que de 25%.(Voir le Bulletin de la Chambre de Commerce de Montréal, mars, août et septembre 1945.) On connaît ces industries à faibles salaires: produits du tabac, textiles, chaussures, confection et vêtements, produits du papier, etc.; en somme, d\u2019une façon générale, toutes les industries qui, répondant à un besoin premier de l\u2019homme, se retrouvent dans tous les pays dès qu\u2019il y a un vestige d\u2019industrialisation, et dont le prix des produits, parce qu\u2019il s\u2019agit de satisfaire un besoin primordial de la vie, comme se nourrir, se vêtir, est continuellement tenu au niveau le plus bas.Or, prenons ces industries et voyons comment Montréal et Toronto se les partagent: A) INDUSTRIES À BAS SALAIRES \tNombre d\u2019employés\t\tSalaires horaires \ten 1941\t\tpayés aux Etats-Unis \tMontréal\tToronto\tle Ier janvier 1940 Biscuiteries\t\t2,611\t4,261\t¦) Tabac et cigares\t\t4,911\t357\t49.0 Chaussures\t\t5,871\t937\t52.0 Confection pour hommes\t\t8,019\t5,220\t56.0 Confection pour dames \t\t13,715\t4,841\t56.0 Tissage de coton\t\t3,888\t\t50.8 Total\t\t39,015\t17,616\t B) INDUSTRIES À HAUTS SALAIRES \tNombre d\u2019employés en 1941 Montréal Toronto\t\tSalaires horaires payés aux Etats-Unis le Ier janvier 1940 Produits du caoutchouc\t\t962\t2,838\t87.9 Imprimerie et éditions\t\t1,853\t2,263\t96.8 Imprimerie et reliure\t\t2,155\t4,013\t80.9 Machinerie\t\t1,027\t4,290\t76.9 Appareils électriques\t\t2,083\t6,321\t79.4 Total\t\t13,080\t19,725\t 8 RELATIONS Ceci explique d\u2019abord que, même s\u2019il était vrai \u2014 ce qui n\u2019est pas le cas, et nous verrons pourquoi \u2014 que dans une même industrie les travailleurs de Montréal gagnent un salaire égal à ceux de Toronto, il resterait que, dans l\u2019ensemble, la moyenne des salaires serait plus basse parce que plus d\u2019ouvriers travaillent chez nous dans des industries payant, où qu\u2019elles soient situées dans le monde, de bas salaires.Mais il y a plus, car les conséquences d\u2019un tel état de choses vont beaucoup plus loin que les limites mêmes de l\u2019industrie considérée, les différents secteurs de l\u2019économie étant des vases communicants.Un grand nombre d\u2019ouvriers travaillant à Montréal dans des industries payant de bas salaires, il s\u2019ensuit que le marché de la main-d\u2019œuvre subit une certaine pression vers la baisse des salaires.Quand soixante-quinze hommes sur cent gagnent un dollar de l\u2019heure, les vingt-cinq autres résistent avant d\u2019accepter du travail à vingt-cinq sous.Le contraire est tout aussi vrai, et on l\u2019a vu durant la guerre, quand l\u2019industrie des munitions et des armements a créé une tendance vers la hausse des salaires dans toutes les industries du pays.Même le jeu des unions ouvrières ne peut entièrement enrayer cette tendance.Ce premier fait explique donc pourquoi : a)\tla moyenne des salaires de l\u2019industrie manufacturière de Montréal est plus basse en général qu\u2019à Toronto; b)\tle salaire moyen .dans une industrie donnée de Montréal subit une pression vers la baisse plus forte qu\u2019à Toronto.\t* * * Deuxième fait.\u2014 Voilà donc, avec ses corollaires* le premier fait à constater.Il y en a un deuxième, plus important parce qu\u2019il explique mieux l\u2019organisation industrielle de Montréal comparée à celle de Toronto.Ce deuxième fait pourrait être résumé ainsi: l\u2019analyse statistique des vingt plus grandes industries de Montréal et de Toronto indique que, dans un même genre d\u2019industries et pour chaque ouvrier, le capital engagé dans les entreprises est plus faible, généralement, à Montréal qu\u2019à Toronto.Cette constatation confirme cette opinion que le capital productif mis à la disposition de l\u2019ouvrier est moins grand à Montréal qu\u2019à Toronto.(Cette opinion mériterait d\u2019être confirmée par une enquête plus sérieuse, mais je crois qu\u2019elle est vraie.) Ce graphique nous indique la relation qui existe entre le capital, la productivité et le salaire moyen des ouvriers dans vingt industries de Toronto et de Montréal.Pour comprendre ce graphique, on remarquera qu\u2019on a pris pour base de comparaison l\u2019industrie de Toronto, dont le capital moyen, la productivité moyenne et le salaire moyen sont toujours ramenés à 100.L\u2019on voit premièrement que, dans ces vingt industries, la productivité moyenne par ouvrier, dans les industries de Montréal, est plus basse dans quinze industries (à partir d\u2019« impressions et reliure » jusqu\u2019aux «articles en caoutchouc », y compris les chaussures).On remarquera aussi que, sauf dans deux cas, les salaires moyens à Montréal sont plus bas qu\u2019à Toronto (ils ne sont plus élevés que dans les produits du bronze et du cuivre, et dans l\u2019industrie de la machinerie).On remarquera enfin qu\u2019il n\u2019y a que sept industries pour lesquelles le capital moyen par ouvrier est plus élevé à Montréal §u\u2019à Toronto.\u2019il n\u2019est pas facile de tirer une conclusion générale de l\u2019étude de ce graphique, on voit pour le moins que capital, productivité et salaire ont certainement une relation dont il faut tenir compte.Pour bien comprendre la portée de ce deuxième fait, prenons un exemple très simple: deux ouvriers qui percent des trous dans une planche.L\u2019un a un vilebrequin ordinaire, l\u2019autre a une vrille électrique.L\u2019un et l\u2019autre ont peut-être la même compétence, la même valeur, mais il est inévitable que, malgré tous les efforts du premier, il ne pourra jamais percer autant de trous que son voisin dans un temps égal de production.Conséquence: la production per capita du deuxième sera augmentée: il commandera un salaire plus élevé.Il est vrai aussi que la mise du capital per capita sera plus élevée.On voit combien vouloir prouver que l\u2019ouvrier de l\u2019Ontario est meilleur travailleur que celui du Québec parce que la production moyenne per capita est plus élevée, pèche par sa base même.Cet exemple très simple semble être le cas de beaucoup d\u2019industries de Montréal si on les compare à celles de Toronto.Voici un tableau statistique comparant les vingt plus grandes industries de Montréal et Toronto qui existent à la fois dans une ville et dans l\u2019autre.Ce tableau indique, pour chaque ouvrier, dans les vingt types d\u2019industries, la relation qui existe dans trois facteurs de productivité: a)\tle capital moyen, b)\tle salaire moyen, c)\tla production moyenne.MONTRÉAL - TORONTO TORONTO = 100 Relation entre la productivité moyenne, le salaire moyen et le capital moyen par ouvrier dans vingt types d\u2019industries comparables de Toronto et Montréal.JBes'&TE.$>\\ ^ I If £ .1 4 sU £ C*
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