Relations, 1 janvier 1944, Janvier
[" GREVE INIMAGINABLE Éditorial ON SOUHAITE DES HOMMES Alexandre DUGRÉ NOS SOLDATS EN ANGLETERRE Adélard DUGRÉ NOS RURAUX S\u2019ORGANISENT Gérard FILION Les ménagères et le plafond des prix La législation ouvrière au Brésil Une politique familiale pour le Québec ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE JANVIER 1944 Éditoriaux.1 Grève inimaginable.\u2014 Comment préparons-nous l\u2019après-guerre ?Articles ON SOUHAITE DES HOMMES .Alexandre Dugré 3 ESQUISSE D\u2019UNE POLITIQUE FAMILIALE.Gonzalve Poulin 6 NOS SOLDATS EN ANGLETERRE .Adélard Dugré 8 LA VIE FAMILIALE.Bernard Hardy 10 AFRIQUE DU SUD ET LAÏCISME SCOLAIRE .Louis C.de Léry 11 Correspondance.13 Deux juristes nous écrivent.J.A.Corry, Roscoe Pound Voix d\u2019Acadie.Marguerite Michaud Commentaires.14 « Sep ».\u2014 Dieu premier servi.\u2014 La bière est reine.\u2014 La voix de la France chrétienne dans l\u2019épreuve.Chroniques LE SACRIFICE DE LA POLOGNE.André Krzesinski 16 LES MÉNAGÈRES ET LE PLAFOND DES PRIX.Madeleine M.Desautels 17 LA LÉGISLATION OUVRIÈRE AU BRÉSIL.Eduardo Lustosa 18 NOS RURAUX S\u2019ORGANISENT.Gérard Filion 19 REGARDS SUR 1943 .Joseph-H.Ledit 22 « WATCH ON THE RHINE ».Jean Vallerand 25 Livres récents 26 Organisation catéchistique.Le Maître et l\u2019Élève.Essais sur la pensée géométrique .Au service de la personne humaine., .Gérard La vigne .Robert Picard Frédéric Saintonce .Léon Bouvier Réflexions sur la mécanique administrative .Paul Racine Vent de Mars.Gabriel La Rue Talleyrand.Bernard Nadeau Trois Épreuves.Jacques Cousineau Divers.Brochures et plaquettes En trois mots 28 NOS COLLABORATEURS\tRELATIONS REVUE DU MOIS e Le P.Alexandre Dugré, s.j., collaborateur assidu à Relations au Messager Canadien du Sacré-Cœur et à l\u2019Action paroissiale, n\u2019est plus à présenter à nos lecteurs.\u2014 Le R.P.Gonzalve Poulin, o.f.m., ancien directeur de l\u2019Institut Familial de Montréal, est maintenant directeur des études à la Faculté des Sciences Politiques, Economiques et Sociales de l\u2019université Laval.-\u2014 Le séjour en Angleterre du R.P.Adélard Dugré, s.j., assistant du T.R.P.Général de la Compagnie de Jésus pour les provinces jésuites de l\u2019Assistance d\u2019Angleterre, lui a permis de prêcher plusieurs retraites à nos militaires et d\u2019avoir de fréquents contacts avec eux.\u2014 Bernard Hardy poursuit la série de ses articles sur les aspects religieux de la question sociale.\u2014 Le P.Louis C.de Léry, s.j., dans son tour d\u2019horizon sur les progrès du laïcisme en éducation, en est à la dernière étape avant d\u2019aborder l\u2019aspect canadien du problème.\u2014 M.l\u2019abbé Krzesinski, autrefois professeur de philosophie à l\u2019université de Cracovie, est pour la durée de la guerre professeur à l\u2019université de Montréal II est l\u2019auteur d\u2019un ouvrage remarqué qui vient de paraître à New-York: Is Modem Culture Doomed?\u2014 Mme Adrien Desautels est dans la région de Québec la présidente du Comité consultatif régional féminin pour le service des consommateurs.\u2014 Le P.Eduardo Lustosa, s.j., entré chez les Jésuites après ses études de droit, est maintenant préfet des études au scolasticat Anchieta de Nova-Friburgo, au Brésil.\u2014 M.Gérard Filion décrit la grande organisation agricole du Québec (l\u2019U.C.C.) dont il est le secrétaire général.Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau^ Joseph-H.Ledit, Alexandre Dugré, Émile Bouvier.Secrétaire de rédaction et administrateur: Paul Racine Prix de l\u2019abonnement:\tA l\u2019étranger : $2.50 $2.00 par année\tPour les étudiants : $1.50 Taxe de vente de 2% ou de 4%, selon le lieu \u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d'action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est\tTél.: CHerrier 3101 MONTRÉAL\tCANADA IVème année, No 37 ÉDITORIAUX Ecole Sociale Populaire, Montréal GRÈVE INIMAGINABLE Janvier 1944 LE 14 DÉCEMBRE, la métropole du Canada a connu J l\u2019inimaginable, une grève de tous ses pompiers et officiers de police.Il n\u2019est pas un honnête Montréalais qui n\u2019ait senti, ce jour-là, un frisson lui courir dans le dos, pas à cause du -10° marqué au thermomètre, mais à la pensée de ce qui pouvait se passer dans une ville d\u2019un million d\u2019habitants, privée soudainement de ses services d\u2019ordre et de protection: attentats multipliés, méfaits de la pègre, panique devant un accident majeur, conflagration de quartiers populeux.Il n\u2019est aucun esprit sérieux non plus qui n\u2019ait compris, sans plus de preuves, le non-sens parfait d\u2019une grève de policiers et de pompiers.Le conflit entre les autorités municipales et son personnel tournait autour du droit réclamé par celui-ci de s\u2019affilier au Congrès canadien du Travail.Pour légitimer leur conduite, les organisateurs de la grève ont fait grand état de la sentence du Conseil d\u2019arbitrage présidé par Me Roger Brassard, autorisant policiers et pompiers de Montréal à joindre les rangs du C.C.T.Décision étonnante dont la nouveauté périlleuse n\u2019échappe à personne.Il est inadmissible que les gardiens de la sécurité collective, dûment mandatés par l\u2019autorité publique, soient soumis à une double allégeance: celle de l\u2019État et celle d\u2019un syndicalisme extérieur, et qu\u2019ils soient placés dans la tentation grave d\u2019obtempérer aux directives syndicales plutôt qu\u2019aux ordres de l\u2019autorité.Il y va de la sécurité de l\u2019État et de la société tout entière.C\u2019est pour imposer aux autorités municipales une décision aussi discutable que les chefs du mouvement ont saisi l\u2019arme de la grève.La chose paraît inconcevable.D\u2019autant que la sentence arbitrale ne liait pas les parties et n\u2019avait qu\u2019une valeur de recommandation et que, avant le déclenchement de la grève, les autorités municipales avaient accepté d\u2019élever l\u2019échelle de salaires des policiers et pompiers.Faisons la part de l\u2019irréflexion et de l\u2019entraînement dans ce coup de tête collectif.Reconnaissons qu\u2019une partie notable des intéressés \u2014 peut-être la majorité \u2014 était opposée à la grève et ne quitta les postes de garde que sous la pression menaçante de meneurs entreprenants.Signalons enfin, à la décharge de nos gardiens de la sécurité, la part de légitimité de leurs griefs concernant les salaires et les lenteurs injustifiables de l\u2019administration à s\u2019en occuper pour de bon.Il n\u2019en demeure pas moins que les grévistes ont, objectivement, posé un acte moralement criminel, lourd des plus graves conséquences; ils ont violé leurs engagements et leur serment d\u2019office et ont trahi la cause de la collectivité.Si extraordinaire que paraisse le fait même de cette grève, les circonstances qui l\u2019ont entourée sont encore plus étonnantes.En dresser le catalogue servira à montrer la stupidité de toute l\u2019affaire et à en prévenir la répétition.1.\tPremière incongruité: la présence de M.Paul-Émile Marquette, organisateur des pompiers et policiers pour le compte du Congrès canadien du Travail, dans le Conseil d\u2019arbitrage chargé d\u2019étudier la légitimité de leur affiliation à ce même Congrès du Travail.Arbitre dans sa propre cause! Alors que la Loi des grèves et contre-grèves municipales est formelle sur la qualité des représentants des parties (art.8) : « des membres désintéressés dans la cause ».Que penser de ce tribunal formé contre l\u2019esprit et la lettre de la loi! 2.\tEt que de contradictions! Le 24 novembre, le ministre du Travail, l\u2019honorable Edgar Rochette, s\u2019adressant aux autorités municipales des Trois-Rivières, reconnaît aux employés de la ville le droit de faire partie d\u2019un corps ouvrier supérieur, sauf pour les policiers et les pompiers.Le 25 novembre, le Conseil d\u2019arbitrage, présidé par Me Roger Brassard, autorise les associations de policiers et de pompiers et l\u2019union des employés manuels à s\u2019affilier au Congrès canadien du Travail.Et voici que le jour même de la grève, les journaux annonçaient qu\u2019un autre Conseil d\u2019arbitrage, présidé par M.le juge Savard, nie aux employés des services intérieurs de la même ville de Montréal le cfA nos abonnés et lecteurs, Bonne et (fKeureuse céAnnée droit de s\u2019affilier à une organisation extérieure.D\u2019autre part, le procureur provincial, l\u2019honorable Léon Cas-grain, met en demeure les membres de la police provinciale qui auraient déjà adhéré au C.C.T.d\u2019avoir à en quitter les rangs dans les trois jours: cette interdiction date du début de décembre.La Commission municipale de Québec, organisme qui administre la métropole depuis trois ans, avait adopté la même attitude à l\u2019égard de ses policiers et pompiers, d\u2019accord avec l\u2019admi-nistrateur-délégué provincial de la ville de Montréal, M.Honoré Parent, avec le Comité exécutif et les chefs de services de la même ville.Mais voici qu\u2019en pleine grève, sur les ordres formels venus de Québec, cette même Commission fait volte-face et accepte l\u2019adhésion au C.C.T.Dans ce chassé-croisé de décisions venues directement ou indirectement de Québec, on cherche en vain la ligne droite d\u2019une politique éclairée et ferme concernant le point en litige.3.\tLa logique de M.Marquette est plus effarante encore.Il est signataire du rapport majoritaire de la Commission Brassard qui dit: « Plus encore que toute autre grève, les grèves d\u2019employés municipaux sont indésirables et dangereuses par leurs répercussions.Il convient donc de tenter de les rendre impossibles.» Et pourtant il se fait l\u2019instigateur d\u2019une grève générale des pompiers et policiers de la plus grande ville du Canada; grève qui doit aboutir, à son dire, à une convention ou à une loi qui enlèverait aux employés municipaux le droit de faire la grève.Si ce n\u2019est du machiavélisme, c\u2019est de la pure inconscience morale et sociale.4.\tDu point de vue strictement politique, la situation ne manque pas de contrastes alarmants.Signalons d\u2019abord ce fait assez piquant: le chef du parti libéral provincial, par sa décision de dernière heure, vient de donner force et prestige plus que quiconque, à une organisation ouvrière qui, directement ou indirectement, s\u2019avère au Canada le meilleur agent de pénétration du parti rival et montant de la C.C.F.En effet, les liens entre le C.C.T.et la C.C.F.ne font pas mystère puisque, à son dernier congrès de Montréal, le C.C.T.recommandait \u2014 geste nouveau et plein de sens \u2014 à tous ses syndicats d\u2019adhérer officiellement à la C.C.F.Aussi, \u2014 la logique des choses est inexorable, \u2014 la décision de M.Godbout lui a-t-elle valu les remerciements empressés de M.Aaron R.Mosher, président du C.C.T., et la demande.de bien vouloir autoriser désormais la police provinciale, à qui le procureur général refuse ce privilège, à s\u2019affilier au C.C.T.Mais le sabotage d\u2019un parti est l\u2019affaire de ses partisans.Ce qui est autrement plus grave, ce sont les répercussions possibles, sociales et politiques, d\u2019une pareille situation.On ne voit pas sans appréhension tous les services publics d\u2019une ville comme Montréal, y compris ceux de la police et des incendies, à la merci d\u2019une même et vaste organisation syndicale, elle-même reliée par des fils, réels, à un parti politique de tendance nette- ment radicale.De la grève professionnelle des employés municipaux, déjà condamnable, à la grève politique, il n\u2019y aurait plus qu\u2019un pas, vite franchi au temps de crise ou d\u2019effervescence populaire.Verrons-nous un jour la police provinciale qui, encore plus que la police d\u2019une ville, participe à l\u2019autorité de l\u2019État, relever à la fois du procureur général de la province et de M.Mosher (pour ne rien dire de M.Coldwell!) ?Ici nous versons dans l\u2019absurde.Et cette simple supposition devrait suffire à faire comprendre l\u2019inconvenance totale de ce que les gardiens de la sécurité publique puissent relever d\u2019une organisation étrangère.6.Le plus inimaginable de l\u2019affaire, c\u2019est la façon dont la grève a pris fin.On sait la métropole du Canada en tutelle \u2014 ce qui, déjà, est inimaginable \u2014 et administrée par une Commission municipale relevant de Québec.L\u2019administrateur-délégué de cette dernière, d\u2019accord avec la politique du procureur général vis-à-vis de la police provinciale et avec celle du ministre du Travail dans sa lettre à la ville des Trois-Rivières et avec une saine doctrine sociale, refusait catégoriquement de reconnaître la prétention des organisateurs unionistes d\u2019affilier les policiers et pompiers au C.C.T.La grève éclate.On s\u2019émeut.Et voici que M.Godbout intervient personnellement et donne l\u2019ordre formel à la Commission municipale de renverser la vapeur et d\u2019accorder aux grévistes le droit exorbitant de s\u2019allier auC.C.T.! M.Godbout a senti le besoin de s\u2019excuser de ce geste, en se prononçant, dans une déclaration publique, contre « le recours à la force pour mettre de côté les sentences des tribunaux ».Mais le problème se pose autrement.M.Godbout connaissait la position de la Commission municipale dès avant la grève.C\u2019est alors qu\u2019il devait intervenir ou bien pour faire donner suite à la sentence arbitrale, s\u2019il la jugeait bonne, ou, dans le cas contraire, pour manifester sa désapprobation et prendre les mesures nécessaires pour faire respecter la décision.Telle quelle, l\u2019intervention du premier ministre fut suprêmement malheureuse : on a eu l\u2019air de céder à la force.Aussi la levée des groupes mécontents qui voulaient aussi se faire justice par la force fut-elle immédiatement générale et impressionnante: la mauvaise leçon apprise portait et ne cessera de porter que par la leçon contraire administrée à temps.Est-ce peur bourgeoise devant la force, préoccupation électorale devant la montée prolétarienne, ou simple incapacité de voir clair ?Dans toutes ces hypothèses, la conduite de M.Godbout aura été une démission de grand style qui aura porté un coup bien grave au principe d\u2019autorité.Pour qu\u2019il ne soit pas fatal, il faudra du travail honnête de législateur, de la droite fermeté dans l\u2019exécution et de la lecture de l\u2019histoire, celle de Louis XVI avant la Révolution française, si parva licet.2 RELATIONS Comment ptépatonâ-nouà l\u2019apxèâ-cpiexxe ?NOËL rappelle le message de paix, chanté par les Anges aux hommes de bonne volonté.Au seuil du nouvel an, les esprits inquiets interrogent l\u2019avenir et se demandent si 1944 leur donnera cette paix tant désirée, paix des cœurs surtout, paix des esprits et de la société entière renouvelée dans le Christ.De toutes parts, on nous invite à poser dès aujourd\u2019hui les bases d\u2019une paix durable, les fondements d\u2019un monde nouveau et meilleur.Mais on ne parle généralement que de commerce rénové, de sécurité purement matérielle, de réorganisation internationale en vue de la plus fantastique aventure industrielle et commerciale jamais connue.Ces projets peuvent avoir leur mérite: mais ils ne sont ni ne font la Paix.S.S.Pie XII déclare : « Pour refaire le monde, on aura besoin.par-dessus tout.de consciences qui, dans l\u2019élaboration des plans, dans les délibérations et dans l\u2019action, seront animées et soutenues par un sens aigu des responsabilités et qui n\u2019hésiteront pas à se soumettre aux lois sacrées de Dieu.» (Allocution de Noël 1941.) En bien des pays, les catholiques constituent un groupe imposant qui pourrait se faire écouter.Au Canada, ils sont 43% de la population.Il n\u2019en faut VŒUX DE 1944 AU PA YS\t* pas tant pour avoir sur la vie nationale et l\u2019opinion publique une influence décisive.Encore faut-il nous mettre au service de la pensée du Pape.D\u2019abord, que chacun d\u2019entre nous se familiarise avec elle, qu\u2019il s\u2019en imprègne et en vive.Que nos journaux d\u2019inspiration catholique lui donnent une publicité abondante, constante, alerte.Que nos organisations et nos œuvres l\u2019inscrivent au programme de leurs études.Si nous faisons cet effort, nous aurons déjà bien mérité de la bonne cause.Mais il faut aller au delà; intéresser toutes les sympathies à la cause de la vraie Paix.Nos frères des États-Unis viennent de nous donner l\u2019exemple d\u2019une réalisation magnifique dans ce domaine.Un document signé par les chefs des trois corps religieux de la nation, catholique, protestant et juif, a attiré l\u2019attention du public et reçu une large publicité.Ce document capital rappelle au peuple des États-Unis les principes proclamés tant de fois par le Saint-Père.C\u2019est tout un programme de propagande que nous devons dresser afin de mettre au service de la cause la plus noble et la plus urgente qui soit, la puissance d\u2019une opinion éclairée et agissante, d\u2019un groupe compact et fortement encadré qui, hélas! ignore sa force, l\u2019use trop souvent dans des tâches mesquines et la division ou la laisse s\u2019anémier dans l\u2019inaction.\u20141\t\u2022 ON SOUHAITE DES HOMMES Alexandre DUGRÉ, S.J.QUE SOUHAITER à notre peuple pour 1944?Souhaitons-lui des hommes ! Le cœur d\u2019un homme fort ne vaut-il pas tout l\u2019or d\u2019un grand pays ?Ceux qui croient que Diogène badinait avec sa lanterne allumée en plein jour pour trouver un homme, ceux-là se contentent probablement de peu, de cette « poussière humaine » que Lamartine regrettait de trouver naguère dans l\u2019Italie en baisse, et qui poudroie aussi chez nous: Terre, où les fils n\u2019ont plus le sang de leurs aïeux, Où sur un sol vieilli les hommes naissent vieux, Où les mots énervés ne sont qu\u2019un bruit sonore, Adieu! Pleure ta chute en vantant tes héros! Je vais chercher ailleurs (pardonne, ombre romaine!) Des hommes, et non pas de la poussière humaine.Des caractères, c\u2019est encore ce qu\u2019il y a de plus rare, et pourtant de plus nécessaire en démocratie, régime basé sur la vertu, comme l\u2019aristocratie sur l\u2019honneur, et la monarchie sur l\u2019autorité.Nous sommes portés aussi à vanter nos héros, à proclamer de qui nous descendons, sans nous demander vers quoi nous glissons, et cela quand nous avons tout ce qu\u2019il faut pour monter, hormis de grands chefs.« On ne mesurera jamais le pouvoir d\u2019aimantation que le caractère d\u2019un seul exerce sur l\u2019irrésolution de tous.» (Vogüé.) Dans un siècle où chacun sait ce qu\u2019il faut faire et où personne n\u2019a la volonté de le faire; dans une démocratie parlementaire dont un connaisseur, Disraeli, avouait déjà qu\u2019on y est gouverné par des ficelles invisibles que nul ne soupçonne, il faut, à tous les étages de la société, des chefs, humbles ou grands, qui organisent les progrès, ou qui du moins arrêtent les reculs.Pour survivre, la démocratie devra parler moins et faire mieux, ne plus chercher le bien de quelques partisans, mais tenir sa promesse de fournir le plus de bonheur possible au plus grand nombre possible.Sinon elle tombera ou elle tournera en dictature, en isme quelconque selon les courants d\u2019audace ou les pétaudières de l\u2019anarchie molle.Un malin définit l\u2019amour de l\u2019égalité « l\u2019horreur de la supériorité d\u2019autrui ».Dans ce cas, le seul dilemme qui se présente est de finir dans la vase ou d\u2019élever la foule vers la supériorité généralisée.D\u2019aucuns s\u2019y attellent en poussant l\u2019étude, que d\u2019autres semblent vouloir décourager en semant les sophismes à pleins journaux, cabales et discours partisans, qui éteignent la petite lueur à peine jaillie des cerveaux.Et pourtant JANVIER 1944 l\u2019absolue nécessité s\u2019impose à nous, catholiques, français, minoritaires, de nous montrer unis, différents, supérieurs, de suppléer par la qualité, l\u2019énergie et la vision au nombre et aux avantages matériels de nos émules.Si le mot de M.Romier: Paris compte 6 millions d'habitants, et environ 600 hommes, s\u2019applique trop bien à Montréal, à Québec, à tous nos îlots de monde, ce n\u2019est pas une raison, parce que d\u2019autres en souffrent et l\u2019expient, de trouver là une excuse qui ne nous sauverait guère plus.Si le mal est partout, il est moins tolérable chez nous qui résistons un contre trois, un contre trente.Vaut mieux rééditer l\u2019histoire des trois cents de Gé-déon, ou le petit discours du général Changarnier en Algérie: « Amis, ces gens-là sont six mille.Vous êtes trois cents.La partie est égale.» On trouve des hommes de granit dans des cabanes de bois rond, et des hommes de bois dans des maisons de granit.Notre faiblesse d\u2019aujourd\u2019hui est celle des beaux soldats de la France de 1870, vétérans de Crimée ou recrues pleines d\u2019allant, qui piaffaient leur inertie sous des généraux incapables, symbolisés en Bazaine.On veut des chefs! « Un troupeau de cerfs conduit par un lion battra un troupeau de lions conduit par un cerf », disait le vieux Grec.Être homme, ce n\u2019est pas manger, bâtir des huttes ou voler en avion, à la manière des bœufs, des castors ou des oiseaux; c\u2019est être un animal raisonnable et religieux: voilà pour l\u2019individu, pour la vie privée.Dans la vie publique, c\u2019est être social, frère, libre, autonome et chef.Tels sont les deux grands rôles auxquels sont appelés les hommes dignes de marcher debout, les hommes de caractère.Le caractère est une marque, une empreinte, une frappe, un moyen de distinguer, donc de se distinguer de la masse informe de ceux qui suivent le courant, tels des bouchons au fil de l\u2019eau, et qui donnent pour excuse: Je suis fait de même ! Ce n\u2019est pas une raison: l\u2019homme vrai se discipline comme un arbre se taille, un poulain se dompte, un athlète arrive à tripler sa force naturelle par un bon entraînement.Un homme est caractère, intelligence, culture, volonté, \u2014 plus une boussole.Car ce n\u2019est pas tout d\u2019être résolu, de marcher; encore faut-il savoir où l\u2019on va.La volonté, qui est nous-mêmes, qui est la moitié du génie et qui s\u2019apprend, fabrique les hommes et les gentilshommes, les natures royales, les âmes de fer qui ne meurent pas avant le corps.Merci des amorphes, des instables, qui sont légion, qui sont bonnement échos, suiveurs, timides ou apathiques, invertébrés, invalides de la pensée, pâteux intellectuels ou bellâtres insipides et arides.Merci encore de certaine fausse modestie qui ne sied guère à un jeune homme, et qui n\u2019est peut-être que paresse admettant des incapacités lâches.Il faut choisir son étoile, quitter le vagabondage intellectuel des nerveux pour la discipline mentale des bilieux, préférer les amers qui fortifient aux douceurs qui amollissent, sortir des brouillards et voir clair, net et loin, jurer des fidélités parmi les milliers de reniements.Péguy fait dire à Dieu: « Je connais bien l\u2019homme, c\u2019est moi qui l\u2019ai fait.C\u2019est un drôle d\u2019être.On peut encore lui demander beaucoup.Il n\u2019est pas trop mauvais; il ne faut pas dire qu\u2019il est mauvais.» Les éducateurs et les généraux peuvent dire qu\u2019il suffit parfois, souvent, de faire appel à l\u2019héroïsme pour faire naître l\u2019héroïsme.Disons aux jeunes que nous comptons sur eux, qu\u2019ils doivent sortir de l\u2019adolescence par la grande porte, qu\u2019ils doivent regarder plus loin que l\u2019autre côté de la rue, qu\u2019ils doivent faire remonter leur sexe dans leur cerveau, développer les sentiments qui donnent un prix à la vie, non ceux qui la brûlent dans sa fleur; qu\u2019ils ont à sarcler leurs vingt ans de l\u2019égoïsme des parvenus et de l\u2019insouciance qui annulerait les plus beaux dons; qu\u2019ils doivent enfin se mettre au blanc, s\u2019exposer aux coups de la calomnie jalouse ou partisane: Qui sait tout souffrir peut tout oser.(Vauve-nargues.) Faut-il citer des noms pour établir qu\u2019un seul homme peut changer l\u2019histoire du monde ?ou un coin de petite histoire ?Ne parlons pas des saints, eussent-ils comme saint Thomas modelé la pensée catholique.Disons les influences sociales, à divers degrés, en divers milieux: Colomb ouvrant l\u2019Amérique, Cartier le Canada, Pierre le Grand construisant la Russie, Clovis baptisant la France, Charlemagne offrant à Dieu le Saint-Empire, Pitt criant à l\u2019Angleterre battue, en 1756: Je sauverai ce pays.Moi seul, je le peux! dans un duel où son énergie écrasa l\u2019inertie de la politique française aux Indes et au Canada.Et Turenne, dont la mort fit dire et expérimenter que « la mort d\u2019un seul homme est une calamité publique ».Et Oudinot, intègre et bon, de qui une grande Saxonne pouvait dire: « Le maréchal Oudinot nous a presque fait aimer l\u2019invasion qui nous ruine.» Grégoire VII réduit l\u2019empereur allemand à Canossa, et Windthorst fait plier Bismarck.Garcia Moreno grandit son Équateur, Franco arrache l\u2019Espagne au communisme, et Salazar son Portugal à la faillite, précurseur de l\u2019asservissement au capital étranger.Washington, O\u2019Connell, Bolivar, La Fontaine gagnent des libertés, alors que Démosthène, Vercingétorix, Dupleix et Montcalm s\u2019immortalisent dans la défaite.Chateaubriand, Montalembert et Veuillot bloquent les railleries empoisonnées de Voltaire, comme Loyola put bloquer l\u2019incendie du bolchévisme de Luther.Si on ne peut lancer la foule vers les hauteurs, on peut toujours la retenir de la débâcle, tels ces brise-lames absorbant les chocs qui mineraient la côte: ainsi les abbés Collin et Wetterlé soutenant l\u2019Alsace-Lorraine après 1871; ainsi Mgrs Briand, Hubert et Plessis chez nous, et des écrivains apôtres comme Pierre l\u2019Ermite, Bazin, Mari-tain.Que de beaux noms à épingler, noms de tous pays et de tous grades, inspirant toutes sortes d\u2019ambitions nobles.4 RELATIONS Dans les sciences constructives, des inventeurs renouvellent la vie du monde: Lavoisier crée la chimie et Jacquard le métier à tisser, \u2014 deux pauvres têtus, ridiculisés, mourant de faim.Jenner découvre la vaccine, Branly et Marconi la radio, Curie le radium, d\u2019autres le moteur à explosion, l\u2019électricité, le téléphone, la poudre, tout ce qui pouvait aider, rapprocher des frères, et que d\u2019autres hommes font servir à la haine.Et les artistes qui créent la beauté: sans Raphaël et Michel-Ange, le Tasse et Dante, l\u2019Italie serait-elle la même?Et l\u2019Espagne, sans Murillo et Velasquez?Et l\u2019Autriche sans les musiciens?Et la France sans Corneille et Jeanne d\u2019Arc?Et Paris sans l\u2019embellis-seur Hausmann qui perça les grandes avenues à travers les taudis?Et toutes les patries, sans certains noms d\u2019horqmes?Notre histoire à nous serait différente sans Brébeuf, Dollard, Talon, Marquette, Gar-neau, La Fontaine, et d\u2019autres, \u2014 mais encore bien plus différente en force et en gloire si nous avions compté plus de ces voyants, constructeurs et défenseurs! Un homme manque-t-il ?Tout croule ou traîne, par des omissions ou par un mauvais coup de barre à ce qui était bien parti: voyez Louis XIV trop orgueilleux, Louis XVI trop faible, Napoléon trop ambitieux, Napoléon III trop content de soi.Et chez nous, les parvenus et ceux qui ne parviennent pas, les talents qui sombrent et ceux qui ne profitent pas.Un homme peut donc changer le cours des temps et des pays: on en sait aujourd\u2019hui quelque chose avec Hitler.\u2014 « C\u2019est le coin qui fait le magasin », objectera-t-on.Mais en démocratie, avec les facilités d\u2019apprendre, avec les carrières ouvertes à tous les talents, quiconque possède l\u2019étincelle et un vouloir indomptable ne peut-il se tailler un coin?Qu\u2019est-ce qui prédestinait le fils du colon Hébert à devenir sculpteur ?Et Laurier de Saint-Lin à conduire le pays ?Et quelques autres, pas assez nombreux, à devenir chefs parfois malgré eux ?.\u2014 « Donnez-nous un Salazar, disait hier un excellent homme, et je suis prêt à lutter, à mourir pour lui.» Encore faut-il que notre Salazar soit reconnu de tous: on nous a tant divisés, abusés, aveuglés.Il paraît que Québec possède 25,000 génies.Où sont-ils ?que font-ils ?que préparent-ils ?.Notre souhait est que, du haut en bas de l\u2019échelle sociale, notre peuple, qui panse les plaies de son émigration et qui s\u2019éveille à sa jeune force, puisse se trouver, se former des chefs de tous grades, des studieux, des probes, des ardents, capables d\u2019agir, de voir, de parler, d\u2019être suivis, dans leur petite patrie située n\u2019importe où, et dans la grande qui se composera de la somme des efforts de tous.Quand de jeunes Chinois répondent: « J\u2019étudie le droit parce que la Chine a besoin d\u2019avocats.J\u2019étudie la chimie, c\u2019est très utile en Chine », on souhaite pour chez nous de semblables préoccupations de la jeunesse et des utilisations nationales de tous les talents des jeunes.Souhaitons au pays des familles qui gardent l\u2019esprit de famille, pour donner un beau matériel humain.Souhaitons les allocations familiales pour une meilleure répartition des biens de la terre aux gens de cœur qui fournissent les hommes, soldats ou civils.Souhaitons des étudiants qui étudient, pour ne plus trouver drôle la réponse à qui voulait savoir combien de jeunes gens étudiaient dans tel collège: « A peu près le quart! » Souhaitons aux élèves, jeunes et grands, l\u2019appétit du savoir, l\u2019appétit de continuer à apprendre la science qui leur profitera, aux champs, aux arts, aux professions.Souhaitons des éducateurs qui réussissent au mieux la génération qui monte, pour le plus grand bien de la religion, de la patrie, des métiers et des fermes.Souhaitons dix fois plus d\u2019agriculteurs qui aiment la terre, qui y puisent une vie profonde, saine, portant à Dieu, et qui la multiplient en héritages à tous leurs fils.Souhaitons aux coopératives et aux caisses de nous valoir des libertés plus tangibles que celles de l\u2019Atlantique.Souhaitons des travailleurs qui travaillent, qui sachent distinguer entre Union et Union, qui réclament leurs droits, oui, mais qui sachent que des devoirs y correspondent en conscience; qu\u2019il faut donner dix heures si l\u2019on est payé pour dix, comme on exige douze œufs si l\u2019on paie pour une douzaine.Souhaitons des patrons qui sachent que le quatrième commandement les lie au point de vue matériel et moral, selon le sens du mot paler qui a fait patronus.Souhaitons au clergé, le bon conseiller de toujours, gardien du meilleur capital spirituel, toutes les lumières des études et de la prière, toutes les vertus du bon pasteur, avec des ouailles qui entendent sa voix.Souhaitons à la magistrature et à ses aides, les gardiens de la paix, de comprendre la hauteur de leur mission et du serment, l\u2019obligation de maintenir la morale sociale et d\u2019isoler la gangrène.Souhaitons aux législateurs la sagesse et la vision nécessaires aux conditions nouvelles, à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur du pays.Qu\u2019ils sachent que l\u2019argent est un moyen, dont le but est l\u2019homme, la famille, la nation; que la fin de la politique est la paix, le pain et la liberté morale, la suffisance de la vie et les moyens pour tous de créer un foyer de vie.Souhaitons au Québec d\u2019utiliser ses immenses ressources à créer du bien-être, des réservoirs d\u2019hommes, et au Canada de se réveiller adulte.Souhaitons au monde, à tous les peuples, une fidélité plus grande ou un retour complet au Roi des peuples, à la politique du Pater, pour que son parti arrive au pouvoir sur la terre, créée puis rachetée par lui.Que les nouveaux Mages de Téhéran ne suivent pas trop l\u2019étoile russe, mais celle qu\u2019Hérode ne voyait pas, qui s\u2019éclipsa, qui reparut et qui fit adorer le Sauveur des peuples.Que les semeurs d\u2019ivraie et d\u2019athéisme en soient pour leur idolâtrie fielleuse ou charnelle, et que la foule des languissants ne puisse plus dire: Hominem non habeo.Je n\u2019ai pas d\u2019homme pour me soutenir.Notre pays, le monde entier, se découvrira des hommes.JANVIER 1944 5 ESQUISSE D'UNE POLITIQUE FAMILIALE POUR LE QUÉBEC Gonzalve POULIN, O.F.M.A L\u2019INSTAR des autres sociétés humaines, l\u2019institution familiale est sujette aux variations économiques et sociales.Dans les pays où la famille a développé des valeurs culturelles propres à une minorité ethnique, ces valeurs sont, à leur tour, influencées par les forces sociales dominantes de la majorité.M.Everett C.Hughes exprimait récemment cette conclusion dans son French Canada in Transition: « It is perhaps the fate of a minority people, no matter what the political system under which it lives, to have major changes introduced by cultural aliens.» (P.219.) C\u2019est ainsi que les types de famille décadente ou émancipée, tels que prônés jadis par le Dr Elsie Clews Parsons et par le juge Ben B.Lindsey, se retrouvent déjà dans les zones interstitielles de nos grandes cités.La famille égalitaire ou prétendument démocratique que vient d\u2019exalter dans une revue anglo-canadienne C.W.Topping, et qui restreint sciemment sa progéniture à deux ou trois enfants, gagne les faveurs de nos classes moyennes en y introduisant les seuls idéaux matériels.Par ailleurs, les faits quotidiens démontrent qu\u2019une minorité ethnique ne doit pas attendre trop de largesses de la majorité politique au milieu de laquelle elle vit.Le récent incident des allocations familiales fédérales sert ici de démonstration.On sait que devant les recommandations des Rapports Marsh et McTague, le gouvernement fédéral avait officiellement annoncé l\u2019introduction prochaine à la Chambre des Communes d\u2019un projet d\u2019assurance familiale.L\u2019opposition, non des ouvriers mais de quelques chefs d\u2019organisations syndicales, et celle surtout du grand public anglo-canadien qui redoute pour le Québec une plus grande part de bénéfices, ont bloqué, momentanément nous l\u2019espérons, cette mesure de justice sociale.Ainsi donc, une minorité ethnique, pour ne pas perdre son âme, doit trouver en elle-même ses propres foyers de réaction.Aussi est-il souverainement urgent que la population canadienne-française possède un programme familial assez cohésif pour constituer une politique familiale à longue portée.Il importe d\u2019abord de nous libérer des relents du libéralisme manchestérien.C\u2019est pour s\u2019en être trop laissé imposer par les économistes croque-mitaines du laisser-faire que nos autorités sociales ont refusé aux familles nombreuses du Québec le droit à l\u2019existence et ont accepté le scandale permanent de leur misère.Nos bureaux d\u2019inspection militaire n\u2019ont-ils pas démontré que près de cinquante pour cent de notre jeu- nesse virile porte imprimé dans sa constitution physique le stigmate de la faim?Des enquêtes fédérales rapportent que le tiers de nos familles vivent dans des maisons surpeuplées, insalubres et lépreuses.On voit même des villes comme celle de Québec maintenir de vrais taudis municipaux, tel l\u2019immeuble Bossé, pour abriter ses familles en détresse, et ceci au vu et au su des ligues de propriétaires et des sociétés protectrices des animaux.Les cours de jeunes délinquants et les services sociaux de guerre laissent voir sur le vif le tableau lamentable, et qui s\u2019accroît chaque jour, de nos tarés, de nos anormaux et de nos déficients mentaux.On voit dès lors l\u2019urgence de multiplier les services sociaux familiaux postés en plein milieu populaire, un peu à la manière des settlements anglais, c\u2019est-à-dire comme des centres de dépistage, de rééducation familiale et de prévention.* * * Un Conseil supérieur du Bien-Être des Familles.\u2014 Pour être constructif, un programme familial doit surtout s\u2019adresser aux familles encore saines qui constituent heureusement la majorité de la population et dont le maintien et l\u2019enrichissement sont les facteurs les plus puissants du relèvement social.Ce programme familial, pour s\u2019adapter aux besoins si changeants de la vie moderne, pour maintenir et développer tout le patrimoine physique, moral et culturel de notre famille, devrait prendre corps dans un organisme permanent, dans un Conseil supérieur du Bien-Être des Familles.Un tel comité aurait pour première fonction d\u2019étudier les courbes de la natalité, de la nuptialité et de la mortalité de la population, et d\u2019indiquer les remèdes appropriés.Il est bien évident que des mesures purement matérielles, comme les allocations pour enfants, ne peuvent à elles seules déterminer le maintien du taux des naissances ou le relèvement de la population.Ce problème comporte des antécédents sociaux et moraux que nul ne conteste.Ces mesures d\u2019aide matérielle ont pour but d\u2019aider les parents qui veulent de nombreux enfants à les bien élever sans nuire aux enfants déjà nés.Elles fortifient toujours dans l\u2019opinion publique les courants favorables au maintien et à l\u2019accroissement des naissances.Cet organisme aurait beaucoup à faire pour donner au Québec une charte de la famille et de l\u2019enfant, pour libérer notre droit civil des archaïsmes familiaux qui lui donnent sa couleur individualiste et qui marquent son inadaptation aux besoins présents de la famille.Le célèbre plan Beveridge indique clairement les principes d\u2019un droit nouveau de la femme mariée qui 6 RELATIONS méritent d\u2019être signalés parce qu\u2019ils concordent avec le droit naturel.« Dans toute réglementation de politique sociale tenant compte des réalités, y lisons-nous, la grande majorité des femmes mariées doit être considérée comme exerçant une activité d\u2019importance vitale, bien que non rétribuée, sans laquelle leurs maris ne pourraient pas exercer leur activité lucrative et sans laquelle la nation ne pourrait vivre.Le plan de sécurité sociale a tenu compte de ces faits; il classe les femmes mariées dans une catégorie spéciale d\u2019assurés exerçant une activité, et il considère le mari et la femme comme constituant une équipe.» Le plan Beveridge demande pour la femme qui se marie une allocation de mariage, des indemnités de maternité, des allocations pour enfants.Toutes les autres prestations sont calculées de manière à subvenir aux besoins des deux époux considérés comme associés.* * * Le relèvement de l'artisanat ménager.\u2014 Quel réconfort de lire dans un plan anglais de sécurité sociale la glorification des tâches ménagères, après la réclame tapageuse des industries canadiennes en faveur des travailleuses de guerre.Aussi rien n\u2019est plus urgent que de réagir contre les excès de désorganisation familiale par suite du travail à l\u2019usine des femmes mariées.La tâche d\u2019après-guerre qui s\u2019impose immédiatement sur le plan féminin, c\u2019est le relèvement de l\u2019artisanat ménager dans nos villes.Les magnifiques progrès de l\u2019enseignement ménager réalisés auprès de la jeunesse féminine par la fondation des écoles ménagères doivent être reportés sur le plan adulte, grâce à la multiplication de centres d\u2019initiative ménagère et familiale dans tous les quartiers populaires de nos villes.Ces centres s\u2019adresseraient d\u2019abord aux jeunes familles et aux familles moyennes.Ils donneraient un enseignement visuel, sensoriel et technique.Leur programme comprendrait la science alimentaire, les soins prénataux et l\u2019hygiène au foyer, les arts du foyer et les industries domestiques, la psychologie de l\u2019enfant, la récréation familiale et l\u2019éducation du consommateur.Ces centres utiliseraient surtout des revues vivantes, des expositions, des concours, des travaux en équipe et de l\u2019apprentissage.Établis dans quelques-unes de nos grandes écoles paroissiales et utilisant les concours des techniciennes laïques et religieuses de nos écoles ménagères, ces centres coûteraient peu cher à la collectivité et ils auraient ce précieux effet de relever dans l\u2019opinion publique la condition de la profession ménagère, tout en remédiant aux grandes lacunes de l\u2019éducation familiale.Pour donner toutes ses heureuses conséquences, un tel mouvement devrait être entouré d\u2019une intense propagande, afin de réveiller et de remettre en honneur auprès des masses populaires l\u2019idéal presque émoussé de la vie commune au foyer.Il y aurait beaucoup à dire sur une utilisation plus continue de nos écoles paroissiales en fonction des besoins culturels du peuple.N\u2019est-il pas effarant de considérer ces centaines et ces milliers d\u2019écoles imposantes qui ne servent que quelques heures durant le jour et à peine dix mois de l\u2019année, alors que le peuple ne peut trouver que quelques tavernes ou quelques cinémas pour y passer ses rares heures de loisir ?Pourquoi l\u2019école paroissiale ne prendrait-elle pas enfin conscience de sa fonction communautaire et paroissiale?N\u2019est-elle pas située au cœur des paroisses pour y élever sans cesse l\u2019ordre des joies du peuple?C\u2019est ce qu\u2019avait très bien compris le peuple anglais avant cette guerre.Aucune école publique n\u2019y était construite sans un ou deux locaux réservés à l\u2019éducation des adultes.Il faudrait pouvoir y trouver une bibliothèque comprenant les meilleures productions littéraires de l\u2019actualité, une salle de lecture publique, un centre de cours, etc.Il suffit de visiter le nouveau Benjamin Franklin High School, dans l\u2019est de Harlem, à New-York, pour saisir sur le vif les magnifiques avantages de relèvement communautaire que comporte une école paroissiale adaptée à tous les besoins de la population qu\u2019elle doit desservir.Une politique familiale consistante doit aussi se préoccuper des conditions professionnelles de la famille ouvrière.Si le niveau de vie de la classe ouvrière du Québec est inférieur à celui des autres provinces, il faut sans doute en chercher une cause dans ces malheureuses divisions et querelles entre les organisations professionnelles, qui les empêchent de réaliser une politique unie et courageuse du travail; mais l\u2019étude approfondie des faits laisserait découvrir que cette faiblesse de nos organisations syndicales a été maintenue parfois avec des connivences politiques et patronales.L\u2019État doit ici suppléer à l\u2019insuffisante organisation du prolétariat par une législation syndicale qui protège efficacement le fonctionnement normal des services publics, qui assure à la femme et à l\u2019enfant des conditions humaines de travail.* * * Une politique économique communautaire.\u2014 Un programme familial n\u2019a de chance de durée que s\u2019il est centré sur une politique économique qui tienne compte du bien-être de toutes les familles.Ceci est vrai pour la politique économique intérieure.Ceci est encore plus vrai pour la politique économique extérieure.Si le Canada veut maintenir son rang de quatrième puissance parmi les pays d\u2019exportation et élever sans cesse le niveau de vie de sa population, il n\u2019y pourra parvenir que par une conception complémentaire de l\u2019économie et par une intégration à un ordre économique international.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019esprit qui se dégage de la Charte de l\u2019Atlantique, comme le relevait sir William Beveridge dans son plan: « Le cinquième point de cette JANVIER 1944 7 charte exprime le désir des dirigeants des États-Unis et de la Grande-Bretagne d\u2019assurer une collaboration complète entre toutes les nations dans le domaine économique, dans le but de garantir à tous les conditions de travail meilleures, plus de bien-être matériel et la sécurité sociale.» Une telle collaboration avec un voisin immédiat comme les États-Unis aurait l\u2019avantage d\u2019abaisser le coût de certains produits.En fait, les politiques autarciques qui ont prévalu dans le monde d\u2019avant-guerre ont surtout pesé sur les familles ouvrières.Ainsi la famille ouvrière allemande, de 1927 à 1936, a vu réduire sa consommation moyenne de pain blanc de 121 livres à 68 livres; sa consommation moyenne de viande de 363 livres à 306 livres; sa consommation de lait de 452 livres à 388 livres, etc.Ces sacrifices imposés aux masses populaires au nom de faux principes politiques constituent, en fin de compte, un appauvrissement de la vie humaine.Aussi, c\u2019est sur le droit naturel explicité par la tradition chrétienne qu\u2019une politique familiale saine et cohérente doit finalement se fonder.A l\u2019encontre des théories ato-mistes qui prônent la termitière humaine comme le dernier stade du progrès, la tradition chrétienne nous enseigne que la société est essentiellement composée non d\u2019individus mais de familles, et que c\u2019est par une épuration constante et l\u2019enrichissement de ses sources familiales qu\u2019un peuple atteint une saine prospérité.\u2022 ¦¦ \u2022 NOS SOLDATS EN ANGLETERRE Adélard DUGRË, S.J.Entendons: nos soldats du Canada français.Les journaux font connaître quelques aspects de leur vie militaire; je voudrais montrer comment ils apparaissent au passant qui ne les voit que dans les rues de Londres ou dans les petites villes qui avoisinent leurs campements.Un œil exercé peut distinguer les gars de chez nous.S\u2019il s\u2019y trompe, le malheur n\u2019est pas grand : tout soldat qui porte « Canada » sur son épaule est heureux de rencontrer un « pays » à l\u2019étranger.Ceux de l\u2019Ouest ou de l\u2019Ontario vous diront avec empressement qu\u2019ils ont passé par Montréal, Québec, les Trois-Rivières ou Saint-Jérôme; si vous connaissez quelque peu leur petite patrie, ils vous en parleront avec effusion, comme à une vieille connaissance.Quant au Canadien français, il se reconnaît généralement à sa physionomie, puis à une certaine timidité qui le fait tenir à l\u2019écart et parler bas.Il n\u2019est pas chez lui, en Angleterre.Abordez-le dans les parcs qui entourent le palais de Buckingham, aux abords de la gare Victoria ou dans Piccadilly, vous lui ferez plaisir: « Canadien ?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 De quelle partie du Canada ?\u2014 Québec, monsieur.\u2014 Donc, vous parlez français ?.» Dès lors vous êtes à l\u2019aise; lui aussi.Les questions s\u2019entrecroisent: on finit toujours par se découvrir des affinités, des connaissances communes.Naturellement, ces jeunes s\u2019ennuient.Il y a déjà plusieurs mois, parfois deux, trois, quatre ans, qu\u2019ils ont traversé la mer.L\u2019image de figures chères les poursuit toujours.Plus rien de nouveau pour les distraire.Toutes les petites villes du Surrey, du Sussex ou d\u2019ailleurs se ressemblent; ils ont visité Londres plusieurs fois; ils ne savent plus que faire de leurs congés.Quelques-uns visitent des couvents où il y a de nos religieuses; plusieurs fréquentent volontiers les églises; certains, à bout d\u2019argent, retournent avant le terme de leur permission; d\u2019autres cherchent à s\u2019employer: l\u2019un d\u2019eux, barbier de profession, offrit ses services dans une boutique; il y passa la semaine, gagnant plus d\u2019argent à travailler qu\u2019il n\u2019en aurait dépensé à s\u2019ennuyer.Aux heures libres du dimanche après-midi, il en est qui vont prier dans l\u2019église voisine.Un curé disait combien il était édifié de voir de nos soldats faire le chemin de la croix.Ils assistent volontiers à la bénédiction du saint Sacrement quand ils en ont l\u2019occasion.Cela donne un but à leur promenade.Assurément, il ne faut pas croire que nos jeunes gens, sous les armes, se livrent à la piété.Mais leurs habitudes religieuses résistent assez bien aux assauts, grâce encore à leur peu de familiarité avec la langue anglaise \u2014 Ignorance is bliss ! \u2014 qui les met à l\u2019abri de bien des sollicitations et de bien des occasions.Pas toujours, malheureusement.Eux aussi nouent des amitiés qui s\u2019orientent vite vers le mariage, même le mariage mixte, contre lequel nos catholiques n\u2019ont pas été mis en garde autant que ceux de langue anglaise.Les aumôniers savent comme il est difficile d\u2019empêcher les inquiétants mariages de guerre.Le bon sens y perd ses droits.A toutes les raisons, infailliblement la même réponse désarmante: « La mienne n\u2019est pas comme les autres, vous savez! » Un aumônier affirme pourtant que nos jeunes se montrent, en général, ce qu\u2019ils étaient chez eux.Si leur vertu était solide, éclairée, elle tient tête aux mauvais courants; si elle n\u2019avait pas de racines, elle risque fort d\u2019être emportée par la tempête.Un autre nuance davantage sa pensée: « L\u2019entrée à l\u2019armée les met tous à rude épreuve.Plusieurs perdent pied et, pendant quelques mois, sont complètement désemparés, abandonnent leur religion, se livrent à toutes les folies.Puis, rassasiés, dégoûtés, la plupart se ressaisissent et reprennent leurs pratiques religieuses, parfois avec plus de conviction et de ferveur qu\u2019auparavant.Il en est même qui, négligents depuis des années, se remettent à fréquenter les sacrements.» 8 RELATIONS Les aumôniers emploient les moyens en usage dans nos paroisses pour ramener les brebis qui s\u2019égarent: retraites pascales, concours avant Noël et d\u2019autres grandes fêtes.Même des retraites fermées ont pu s\u2019organiser.Il m\u2019a été consolant de donner les Exercices spirituels à une dizaine de groupes dans une maison de retraites de la banlieue de Londres.Sceptiques au début, nous fûmes surpris de la facilité du recrutement.Toutes les places étaient vite retenues.Pour une cinquantaine de lits, le supérieur de la maison acceptait généralement une soixantaine de noms, sachant par expérience qu\u2019il y a toujours des dérangements ou des défections à la dernière minute.Or, un jour, sur cinquante-cinq inscrits, cinquante-trois se présentèrent.On prenait des mesures pour caser tout le monde, lorsque quinze Beaucerons du régiment de la Chaudière arrivèrent sans être annoncés.Le supérieur ne voulut pas les renvoyer; mais il y avait l\u2019objection: plus de lits! « Qu\u2019à cela ne tienne! dirent les survenants; on n\u2019a pas besoin de lit pour dormir.» Ils couchèrent par terre.Et cette retraite, comme les autres, fut très édifiante.Après cette expérience, le supérieur s\u2019enhardit: il accepta soixante retraitants et au delà; nous atteignîmes soixante-douze.La retraite commençait le samedi après-midi et se terminait le dimanche soir.Dès l\u2019arrivée, vers quatre heures, il y avait collation, puis deux instructions avant le souper.Dans la soirée, confessions, bénédiction du saint Sacrement, nouvelle instruction.Le dimanche, deux instructions avant midi; après dîner, chemin de la croix, conférence, puis clôture de la retraite, bénédiction du saint Sacrement et départ vers six heures.Un Lazariste français du voisinage s\u2019offrit pour la lecture aux repas.Sa voix impressionnante, qui commandait l\u2019attention, ne contribua pas peu au succès de la retraite, en forçant à réfléchir des esprits facilement distraits.Les Pères de la maison, habitués à d\u2019autres groupes, remarquèrent vite la foi simple et la piété franche de nos soldats, leur aisance confiante avec le prêtre et l\u2019officier, leur gaieté expansive.A plusieurs reprises ils firent de nos gaillards des éloges non équivoques.Malheureusement, cette année, la maison ne peut plus suffire aux demandes.Outre les soldats anglais et canadiens-anglais, il y a les aviateurs, les Américains, les Polonais, qui veulent des retraites.Les aumôniers jugent avec raison que les Canadiens français, groupés dans des unités presque exclusivement catholiques, peuvent, plus facilement que les autres, faire des retraites au camp.Et puis, les manœuvres et les mouvements de troupes rendent de plus en plus compliquée l\u2019organisation des groupes.Tout de même, l\u2019expérience a démontré qu\u2019avec de la bonne volonté chez les aumôniers et chez les commandants, la retraite fermée est possible pour les soldats à l\u2019entraînement.Elle est sûrement très bienfaisante.L\u2019un des exercices les plus goûtés de la retraite est la conférence familière qui précède le départ.Chacun JANVIER 1944 peut y poser des questions, y soumettre ses doutes.On ne manquait pas d\u2019y faire préciser les buts de guerre,, de faire expliquer comment nous pouvons collaborer avec les Russes, comment les catholiques allemands et italiens pouvaient considérer qu\u2019ils faisaient une guerre juste.L\u2019occasion parut bonne d\u2019offrir à ces jeunes hommes, qui font de si grands sacrifices, des motifs surnaturels pour la sanctification de leurs monotones journées, même pour l\u2019offrande de leur vie, s\u2019ils ont à faire le sacrifice suprême.Ils en parurent toujours profondément reconnaissants.Les objections aux mariages de guerre, l\u2019emploi des loisirs, fournissaient aussi matière à des discussions fort animées.Durant cette guerre, on a fait un bel effort pour faciliter l\u2019étude aux soldats.Outre les conférences techniques et les représentations cinématographiques sur le maniement des armes, on donne des cours de langues et de mathématiques, on institue des cours par correspondance.Des hommes parlèrent avec effusion de l\u2019œuvre accomplie en leur faveur par des religieuses.Dans un village entouré de vastes camps, nos gars repérèrent l\u2019église catholique et, à côté, un couvent et une maison de retraites pour les dames.La directrice des retraites, une bonne maman, fit vite leur connaissance et constata que plusieurs savaient à peine l\u2019anglais.Elle leur offrit un abri, puis des leçons d\u2019anglais.Et comme quelques-uns savaient à peine lire et écrire, d\u2019autres religieuses leur donnèrent du français, puis des leçons de mathématiques.On apporta même des machines à écrire, pour ceux qui veulent pratiquer la dactylographie.Aujourd\u2019hui, tous les soirs, mais surtout les samedis et dimanches, les salles se remplissent.Il y a là jusqu\u2019à soixante-dix de nos hommes qui font leur correspondance, suivent des leçons, ou simplement lisent et s\u2019amusent.Comme je m\u2019étonnais de voir si propres des salles où nos gros garçons entrent chaque jour avec leurs godillots et leurs cigarettes: « Si vous saviez comme ils font attention ! » me dit la supérieure.Avant de partir ils vont généralement faire leur prière à la chapelle.Le samedi soir, à huit heures, à l\u2019église, leur aumônier dit la messe et donne la communion.Le dimanche après-midi il y a bénédiction du saint Sacrement.On a formé un chœur de chant.Le jour de la Fête-Dieu, les soldats firent la garde d\u2019honneur pendant la procession.Ceux qui s\u2019éloignent continuent à écrire à leur vieille directrice.Car celle-ci, habituée à conseiller des retraitantes, exerce la plus heureuse, la plus extraordinaire influence sur nos soldats.Ils la consultent sur tout; ils lui demandent même de corriger leurs lettres à leur « amie ».« Qui est cette amie ?demande alors la Sœur; catholique ou protestante ?Et où voulez-vous en venir avec cette amitié ?N\u2019avez-vous pas votre amie au Canada?.Alors, pourquoi cette nouvelle liaison?Ne faites donc pas des choses comme cela!.» Les soldats s\u2019amusent des reparties de la religieuse, mais ils en font 9 leur profit.Tous gardent à leur sage conseillère un souvenir reconnaissant.Déjà des traditions s\u2019établissent.Deux mois d\u2019avance on songe à l\u2019arbre de Noël; car celui de l\u2019an dernier eut un succès considérable.La vénérable religieuse s\u2019attendrit en parlant de ses grands enfants partis pour la bataille.Ils disparaissent sans avertir: « Ils vont en manœuvres, dit-elle, et ils ne reviennent pas.» Cette œuvre est probablement celle qui fait le plus, dans un endroit déterminé, pour nos soldats en Angleterre.Ce n\u2019est pas la seule.Un aumônier a dit le succès qu\u2019il eut à Noël et à Pâques.On avait mis à sa disposition, pour ces fêtes, le plus grand théâtre de la petite ville où son régiment passait l\u2019hiver.Malgré ses deux mille sièges, la salle fut trop petite.Des centaines de personnes restèrent à la porte.Le maire et les officiers supérieurs, bien que protestants, assistèrent à la messe.Ils exprimèrent leur étonnement de s\u2019être crus, dès l\u2019entrée, non pas dans un théâtre, mais dans une église.Un silence recueilli régnait dans la salle.Les dames catholiques de la ville avaient donné à la scène toute l\u2019apparence d\u2019un sanctuaire.Elles voulaient inspirer aux protestants une idée juste de ce qu\u2019est une église catholique et favoriser la dévotion des fidèles.Le chant des soldats, les prières en commun, les centaines de communions, les paroles du prêtre, avaient profondément impressionné les spectateurs.Quelques jours plus tard, le régiment invitait les autorités militaires et les principaux citoyens à une réception.De nouveaux éloges lui furent adressés par les chefs: « C\u2019est une des rares circonstances où je ne trouve rien à reprendre », dit l\u2019un d\u2019eux.Ne généralisons pas, cependant, ces beaux moments de nos soldats.Hélas! tous ne sont pas comme nous les souhaiterions.A côté du couvent mentionné plus haut, il y a la prison militaire: ce n\u2019est pas pour rien.Et puis, il y a les fréquentations louches et les mariages improvisés, déjà trop nombreux, même parmi les nôtres.La vérité, c\u2019est que nos soldats, quand ils subissent l\u2019influence de la religion et des bienfaisantes organisations dont bénéficient la plupart de nos paroisses, se montrent à l\u2019étranger ce qu\u2019ils sont chez eux.Ils font honneur à leur Église et à leurs compatriotes.Quand les secours religieux leur font défaut, quand ils sont abandonnés aux entraînements d\u2019un mauvais milieu, ils peuvent rouler plus vite et plus bas que leurs camarades d\u2019autres nationalités.Il importe donc souverainement de leur faire prendre, dans les camps du Canada, des habitudes qui les conservent ce qu\u2019ils sont: de vrais chrétiens.Mettons à leur disposition les organismes qui peuvent les protéger et les élever.Le camp peut leur être un moyen, non seulement de fortifier leur santé, mais d\u2019ouvrir leur intelligence et de former leur caractère.On peut déjà le constater: plusieurs en reviendront avec une âme plus fière et des convictions plus solides, mieux éclairées.C\u2019est un gain pour tout le pays.10 CHOISIR: LE CHRIST OU LE CHAOS LA VIE FAMILIALE Bernard HARDY XA FAMILLE est la cellule vivante de la société hu-maine.Elle est née longtemps avant la cité ou la république, avant l\u2019État ou la nation.De nos jours encore, la société humaine est bâtie sur la famille.Et c\u2019est du bien-être moral de la famille que dépend le bonheur de l\u2019humanité tout entière.Hélas! dans cette sphère d\u2019une importance vitale, autant et plus peut-être que dans les autres champs de la vie humaine, apparaissent les effets ruineux de l\u2019égoïsme négateur de Dieu: le contrôle coupable des naissances, l\u2019amour libre, le compagnonnage conjugal (euphémisme pour désigner le concubinage légal), vices dont la diffusion égale la libre publicité qu\u2019on leur fait et dont le monde récolte les fruits qui sont, d\u2019une part, un taux de natalité toujours décroissant et, d\u2019autre part, un nombre sans cesse accru de mariages malheureux et de divorces.Or, en dépit ou plutôt à cause de tous les compromis, tel le divorce légal, \u2014 que Notre-Seigneur qualifie ouvertement d\u2019adultère (.Matth., v, 32), \u2014 les lois et règlements de toutes sortes inventés par les pouvoirs civils et religieux (en dehors de l\u2019Église catholique) s\u2019avèrent impuissants à endiguer le torrent dévastateur de la passion humaine.Les barrières une fois ouvertes, si peu que ce soit (en accordant, par exemple, le divorce dans certains cas), aucun rempart ne peut plus contenir le courant.Et c\u2019est ainsi que la société moderne, lentement mais sûrement, se voit submerger par la boue de l\u2019immoralité, du divorce, de l\u2019adultère, de la polygamie, du contrôle des naissances et de toutes sortes de vices contre nature auxquels la grâce rédemptrice du Christ l\u2019avait pourtant arrachée.Car le Christ avait sauvé la société humaine que rongeait, de son temps, le chancre mortel du péché, en appliquant le remède à la racine même de la société, je veux dire: à la famille qu\u2019il restaura en rendant à l\u2019union conjugale sa grandeur originelle, son unité et son indissolubilité, en condamnant les désordres de la polygamie et du divorce et en élevant le mariage à la dignité surnaturelle d\u2019un sacrement.Le Christ réforma encore la vie familiale en rétablissant la femme dans sa dignité personnelle: d\u2019esclave et d\u2019instrument de la luxure de l\u2019homme, il en fit son égal.De la sorte, le Christ et son Église accomplirent ce que nulle philosophie, nulle civilisation n\u2019avaient pu, avant Lui, et ne purent, après Lui, mener à bien.C\u2019est pourquoi l\u2019Église catholique se dresse, à travers les siècles, comme la seule puissance capable de protéger les droits et la dignité qui sont propres à la femme.Et le vicaire de Celui qui restaura le mariage et la RELATIONS femme dans leur dignité première refusa de sacrifier les droits d\u2019une seule femme, même à la demande d\u2019un roi, son époux, en mal de satisfaire ses passions déréglées.Il préféra souffrir la perte de l\u2019un des plus puissants royaumes, celui de Grande-Bretagne.Car, sans ce refus, ce n\u2019est pas d\u2019une femme seulement, mais de toutes les femmes de l\u2019humanité qu\u2019il aurait immolé la dignité et les droits et, avec eux, ceux de tous les hommes qui leur sont inséparablement liés.Le respect dont on entoure la femme n\u2019est-il pas le meilleur indice du niveau moral de la société humaine ?L\u2019homme ne peut demeurer indifférent à l\u2019égard de la femme: s\u2019il ne la respecte pas dans sa dignité morale, il en abuse à son détriment à lui, à son déshonneur à elle.Et l\u2019Église du Christ, au cours des siècles, par son attitude ferme et intransigeante dans la protection de la dignité féminine et la défense de la sainteté, de l\u2019unité et de l\u2019indissolubilité du mariage, a réellement sauvegardé le niveau moral non seulement de la femme, mais de notre société humaine tout entière.Malheureusement, tout cela semble chose du passé, car notre génération moderne s\u2019est accordé le triste privilège de dilapider ce précieux héritage en faisant concession sur concession aux désirs luxurieux de l\u2019homme.Et c\u2019est en vain qu\u2019on tente d\u2019arrêter le flot de la passion humaine par le moyen des lois civiles ou des leçons d\u2019hygiène sexuelle (comme s\u2019il pouvait craindre de risquer sa santé celui qui n\u2019hésite pas à tuer son âme).Si nous voulons rescaper la société moderne de la mort qui la guette, ce n\u2019est pas d\u2019hygiène physique, mais spirituelle, c\u2019est de pureté morale que nous avons besoin, et ce n\u2019est que dans l\u2019union au Christ et à son Église que nous les trouverons.Le mari et la femme doivent comprendre, comme le dit saint Paul (.Éph., v, 23-25), que leur union n\u2019est qu\u2019une image de l\u2019union beaucoup plus intime qui existe entre le Christ et son Église, et que, de même que le Christ a aimé son Église et s\u2019est livré pour elle, ainsi l\u2019époux doit aimer sa femme et être prêt à donner même sa vie pour elle (.Éph., v, 25, 28; Col., m, 19); réciproquement, de même que l\u2019Église a aimé le Christ en retour et Lui a donné sa vie dans la personne de ses innombrables martyrs, ainsi l\u2019épouse doit aimer son époux et être prête à donner même sa vie pour lui {Col., ni, 18).Comme le Christ est le Chef de l\u2019Église, l\u2019époux est le chef de la famille {Éph., v, 23, 24).Et tous doivent lui être soumis comme au Seigneur {Éph., v, 22; Col., ni, 18, 20).Les enfants « obéiront donc à leurs parents dans le Seigneur » {Éph., vi, 1), c\u2019est-à-dire pour l\u2019amour de Jésus-Christ, comprenant que leurs parents représentent le Christ et tiennent Sa place.Cette intimité entre le Christ et son Église, avec sa parfaite unité et son indissolubilité, n\u2019est pas seulement le type idéal du mariage chrétien, elle est encore, par le secours des grâces particulières du sacrement, la source de la force qu\u2019exige tout mariage.On le sait assez: la chanson de l\u2019amour courtisan et la romance de la lune de miel ne durent pas toujours; tôt ou tard les mutuelles imperfections se manifestent et risquent d\u2019agacer au point de rendre assommante l\u2019agréable compagnie des premiers jours.C\u2019est le moment critique.Un mariage moderne, accompli dans l\u2019appétit sexuel et le plaisir, ne peut supporter l\u2019épreuve et il vole en éclats, car le seul lien qui le tenait s\u2019est rompu.Un mariage en h/ h que, au contraire, fondé, non sur l\u2019égoïsme et la sensualité, mais sur l\u2019amour véritable, c\u2019est-à-dire sur la volonté sincère de faire des sacrifices et de donner plus que de recevoir, fera appel alors à ses ressources surnaturelles et coopérera efficacement aux grâces spéciales du sacrement.C\u2019est ainsi que le mariage chrétien devient une fontaine de bénédictions, exactement comme son prototype, l\u2019union du Christ et de son Église, d\u2019où jaillissent toutes les grâces et tous les sacrements.AFRIQUE DU SUD ET LAÏCISME SCOLAIRE Louis C.de LERY, S.J.I\u2019AFRIQUE DU SUD offre des similitudes avec le Canada.Avant d\u2019être anglaise, elle fut hollandaise, et le Canada fut français avant d\u2019être britannique.L\u2019Union sud-africaine résulte du groupement de quatre états, Cap, Natal, Transvaal et Orange, comme notre Dominion provient de la fédération de neuf provinces.Ces ressemblances font l\u2019intérêt de cet article.La sécularisation des écoles sud-africaines servira d\u2019introduction à notre prochaine étude sur la tradition du laïcisme dans notre pays.Secular Tradition in Education, d\u2019où nous nous inspirons, est un tour d\u2019horizon du monde anglo-américain.Il a paru dans le Year Book of Education, publié par l\u2019impérialisant London Institute of Education, affilié à l\u2019Université de Londres.Le laïcisme scolaire en Afrique du Sud est intimement lié à la Maçonnerie.La première loge sud-africaine, De Gœde Hoop, fut fondée au Cap en 1772 sous juridiction hollandaise.La loge ouvrit bientôt (1794) un club, où l\u2019élite intellectuelle prit l\u2019habitude de se rencontrer.En 1802, De Mist arrivait au Cap comme gouverneur.Il était Assistant-Grand Maître des Pays-Bas et, sous son impulsion, De Gœde Hoop raviva ses activités.En sa qualité de gouverneur, De Mist introduisit un régime d\u2019écoles publiques et neutres qui devançait de beaucoup son époque.Son plan prévoyait un système complet d\u2019État, qui aurait compris l\u2019enseignement secondaire et une école normale.Au lieu de donner comme but à l\u2019éducation l\u2019affiliation à l\u2019Église, membership of the Church, il prit pour devise le progrès du pays, national efficiency.On ne bannit pas toutefois des écoles l\u2019instruction reli- JANVIER 1944 11 gieuse, laquelle devait être conforme à la dénomination confessionnelle des parents.L\u2019association maçonnique hollandaise, Maatschappij tôt Nut van het Algemeen, la Société du Bien commun, qui joua un rôle primordial dans l\u2019histoire de l\u2019éducation en Hollande, eut sa succursale au Cap.En 1802, une société similaire s\u2019y fondait et l\u2019École du Bien commun, tot Nut vaut Algemeen, ouvrit ses portes (1805).Durant vingt ans ce fut la première institution éducationnelle de la Colonie et, même après la fondation du South African College, elle continua à rivaliser avec celui-ci.L\u2019École du Bien commun comptait trois cents étudiants en 1838 et resta florissante jusqu\u2019en 1870.Formatrice de chefs, elle relevait du Bureau des Directeurs et recevait une subvention annuelle de soixante-quinze livres sterling.Le Cap devenu anglais (1806), De Mist s\u2019en était allé et ses plans furent écartés.Le juge en chef sir John Truter lui succéda comme Assistant-Grand Maître de la Maçonnerie hollandaise, les activités éducationnelles de la loge De Gœde Hoop continuèrent et un fonds spécial fut créé par elle pour l\u2019éducation.Les loges anglaises du Cap commencèrent en 1811 à collaborer étroitement avec De Gœde Hoop.Plus tard elles établirent un fonds maçonnique séparé d\u2019éducation.Le prochain fait important fut la fondation du South African College, ou Athénée, en 1829.Un groupe de maçons anglais et hollandais, joignant leurs efforts, convoquèrent, sous la présidence de Truter, une assemblée, où furent invités les représentants des quatre Églises: hollandaise, anglaise, écossaise et luthérienne.On envoya une circulaire à chaque Église, ainsi qu\u2019au Fonds maçonnique d\u2019Éducation, Masonic Education Fund.L\u2019Église hollandaise de la Réforme offrit cent livres et les maçons promirent cinquante livres tous les ans.On fit appel à des bienfaiteurs et l\u2019on chercha des actionnaires au taux de dix livres par action.Dès qu\u2019on eut placé deux cents parts, on convoqua une assemblée d\u2019actionnaires et l\u2019on choisit un comité de quinze pour diriger l\u2019institution.Sir John Truter fut élu président et le juge Burton, vice-président.Le collège s\u2019ouvrit le 3 octobre 1829 et bientôt surgit une grave dissension concernant l\u2019instruction religieuse.Les représentants des Églises réclamaient un enseignement religieux conforme à chaque confession.Les hommes de loi Truter et Burton prétendaient l\u2019exclure.La mésentente provoqua la démission temporaire de Truter, de Burton et de deux d\u2019entre les trois professeurs.Mais une fois refroidie la ferveur religieuse, Truter fut réélu président (1830) et le collège devint formellement une institution non confessionnelle, admettant certains exercices religieux communs, mais excluant tout enseignement doctrinal.Officiellement reconnu par le gouvernement, le collège se mua plus tard en l\u2019Université du Cap de Bonne-Espérance.Durant sa longue existence, plus d\u2019un maçon éminent, tant anglais que hollandais, fut président ou membre de son conseil.Les écoles publiques de la colonie du Cap se trouvaient sous la juridiction de la Bible and School Commission : elles étaient confessionnelles.La tentative d\u2019imposer aux Boers l\u2019école anglaise et l\u2019Église anglicane échoua et contribua même à une émigration massive, Great Trek, au delà des frontières.Un changement signalé se produisit en 1839, quand on établit un département de l\u2019Éducation avec surintendant.On peut retracer l\u2019origine de cette innovation au mémoire que le secrétaire de la colonie, le colonel Bell, envoyait en 1837 à sir John Herschel.« Pour assurer le bon fonctionnement du système », écrivait-il, il fallait nommer « un homme à idées justes et claires, qui ne fût ministre d\u2019aucun culte et assez dégagé de préjugés à l\u2019égard de toute forme de Protestantisme pour devenir un directeur général impartial des écoles publiques de cette Colonie ».« Pour rendre la profession d\u2019éducateur respectable, répondit Herschel, il faut en faire une profession indépendante.» Il voulait dire indépendante de toute Église.John Fairbairn, rédacteur du Commercial Advertizer et ancien instituteur, écrivit aussi au gouverneur une lettre où il dressait un plan complet de réformes.Le nouveau surintendant devait être un homme « capable d\u2019estimer à leur valeur pratique, ou plutôt à leur vraie nullité, nothingness, les différences microscopiques de couleur, de nation, de langage, de rangs et les distinctions confessionnelles de religion ».Avec la création du département de l\u2019Éducation, on posa la base d\u2019un enseignement d\u2019Êtat laïque.La loi subséquente de 1865 promettait à toute école neutre des subsides couvrant cinquante pour cent de ses frais.Les réformes qui suivirent s\u2019attaquèrent aux problèmes administratifs et financiers.Deux ans après que le Natal fut devenu colonie distincte, on nomma un Bureau central d\u2019Éducation, qui présenta un rapport en 1859.Les membres du Bureau « étaient d\u2019avis qu\u2019un enseignement non confessionnel, mais réunissant les vérités religieuses et morales admises dans toutes les sectes chrétiennes, est le seul régime possible pour des écoles publiques et capable de satisfaire les habitants de la Colonie ».Avec la nomination du premier surintendant, le système d\u2019État commença d\u2019exister.Au Transvaal, la première tentative de séculariser l\u2019instruction remonte au président Burgers, en 1873.Né au Cap, formé à l\u2019Université d\u2019Utrecht, en Hollande, c\u2019était un homme remarquable pour le libéralisme de ses opinions.Il proposa un système d\u2019État national et impartial en matière religieuse, puisque « le choix d\u2019une forme quelconque de Christianisme comme reli-tion distinctive du système scolaire rendrait l\u2019introduction de tout régime d\u2019État si impopulaire que le développement de l\u2019éducation en ce pays dans un sens national serait impossible d\u2019ici longtemps ».Son plan fut l\u2019objet d\u2019un projet de loi (1874), mais vu l\u2019hostilité des calvinistes, doppers, on y substitua un régime con- 12 RELATIONS fessionnel (1882).L\u2019introduction définitive du système d\u2019État neutre fut réalisée seulement après la guerre des Boers, sous le général Smuts, en 1907.Dans l\u2019État libre d\u2019Orange, c\u2019est le surintendant Brebner, nommé en 1874, qui introduisit le système scolaire d\u2019État.Après la guerre sud-africaine, la question religieuse fut réglée par le Hertzog School Act (1908) dans le sens de la neutralité.Ainsi, même avant l\u2019Union sud-africaine (1910), le principe de la neutralité était inscrit dans les statuts des quatre provinces et la législation de l\u2019Union n\u2019apporta rien de neuf sous ce rapport.Dans la sécularisation des écoles sud-africaines la Maçonnerie, tant hollandaise qu\u2019anglaise, a frayé la voie.Comme en Angleterre, en Écosse, en Irlande et aux États-Unis, les loges ont propagé l\u2019idée du laïcisme, utilisant, là comme ailleurs, toutes espèces de clubs paramaçonniques.Elles ont trouvé une aide efficace dans la division des Églises.Le Protestantisme, émietté en sectes, \u2014 dont quatre principales, hollandaise, anglaise, écossaise et luthérienne, \u2014 n\u2019a pu lui opposer un front uni.Les hommes, comme les institutions, ont gravement failli: le nationaliste Hertzog a sécularisé l\u2019enseignement de l\u2019État libre d\u2019Orange (1908), comme l\u2019impérialiste Smuts avait laïcisé les écoles du Transvaal (1907).Seule l\u2019Église catholique, malheureusement inexistante en Afrique du Sud, aurait pu barrer le passage au laïcisme, comme elle l\u2019a fait dans notre province.C\u2019est ce que nous verrons la prochaine fois.CORRESPONDANCE Deux juristes nous écrivent THE EDITOR: \u2014 In his article in the December 1943 number of Relations, Mr.Godefroy makes some very important comments on the essential characteristics of the British constitution.He is right in asserting that the British constitution is the secular institution which has brought forward into the modern world profoundly important ideas of the Middle Ages.Not the least of these ideas is respect for natural law or, to put it in the terms of current discussion, the rights of minorities.On one point Mr.Godefroy perhaps oversimplifies.He says that the Crown expresses « the permanent interests and fundamental aspirations » of the people.It would perhaps be better to say, that if the people themselves acknowledge certain permanent common interests and are agreed in certain fundamental aspirations, the Crown is a symbol through which these may impress themselves upon the more ephemeral combinations of particular interests in political parties and factions.In such circumstances, the Crown can be a moderating influence on the heated bigotries of the moment.Law School, Queen's University,\tJ.A.CORRY.Kingston, Ontario.THE EDITOR: \u2014 Mr.Godefroy has written a very interesting and suggestive article.Henry of Bracton in the thirteenth century is said to have written that the king ruled under God and the law.It was a fundamental article of belief in the Middle Ages that to govern justly is to govern according to law.The king was not above the law or outside of it.He was bound to carry it out.As it was put by Hincmar of Rheims, the king is no more entitled than any private person to ignore the law or to violate it.As the Germanic peoples became Christianized, such ideas became fused with the teachings of the Fathers of the Church that while the secular authority was divinely ordained it was divine only so far as it represented the principles of justice.Hence the finding of law was nothing else than a quest for the justice and truth of the Creator.The doctrine of the supremacy of the law, characteristic of English and of Anglo-American law, is the most enduring product of this ideal.In the United States, we have carried this inheritance from the Middle Ages still further in holding that the legislative organ of the state is itself bound to act in accordance with law, and our written constitutions are proclaimed to be the supreme law of the land.Since 1688, ultimate authority in matters temporal has been centralized in Parliament.But the tradition of respect for fundamentals has been strong enough in England so that there has been nothing of the absolutism of the personal monarch of the seventeenth and eighteenth centuries.I think Mr.Godefroy has done a real service in pointing out the basis of confidence in your constitution.Law School, Harvard University,\tRoscoe POUND.Cambridge, Mass.Voix d\u2019Acadie JE VIENS DE LIRE les articles du R.P.Dugré dans Relations.Je les ai parcourus avec le plus vif intérêt, étant donné que nous sommes de ces personnes « douces et isolées », à l\u2019École normale de Frédéricton.Il vous serait peut-être intéressant de connaître notre situation ici en ce qui regarde le français.Sur cent élèves, il y en a vingt de langue française, toutes des jeunes filles qui suivent le cours régulier anglais comme les autres; elles ont trois classes de français par semaine, trois classes de quarante minutes pour couvrir l\u2019étude de la langue (que nous savons peu) ; la pédagogie générale, les méthodes pour utiliser les quelques pauvres manuels français à notre disposition.et tous les examens au brevet sont écrits en anglais.Pour la cause, il y a beaucoup à faire; et Y unique professeur français est exilé dans une petite ville totalement anglaise, de descendance purement Loyalist.Je me demande parfois comment il se peut qu\u2019un aussi grand nombre de nos Acadiens aient pu arriver dans un milieu si peu sympathique.Il faut presque s\u2019excuser d\u2019être français; vous comprenez pourquoi certains ancêtres ont changé leur nom: ils devaient survivre.J\u2019écrivais tout récemment à notre éducateur, le F.Léopold; directeur des cours pédagogiques de l\u2019Université Saint-Joseph de Memramcook, il comprend la situation; comme bien d\u2019autres, il a les mains liées; mais tous, nous avons espoir, grand espoir pour l\u2019Acadie; elle ressuscitera, j\u2019en suis convaincue.Nous, Acadiens, nous apprécions hautement le grand intérêt que nous portent nos frères du Québec, surtout de ces amis comme vous qui connaissent bien nos problèmes.Si j\u2019ai osé vous adresser un mot dans un moment d\u2019élan, je vous prie de m\u2019excuser, s\u2019il y a lieu d\u2019excuse: votre article me touchait de si près.Provincial Normal School,\tMarguerite Michaud.Frédéricton, N.-B.JANVIER 1944 13 « SEP » DANS SA DERNIÈRE LIVRAISON, Relations mettait ses lecteurs au courant du regain d\u2019activité des Canadiens français de l\u2019Alberta.Le premier numéro d\u2019un bulletin publié par la Section française manitobaine de la Société d\u2019Enseignement Postscolaire, Sep, nous apporte sur nos compatriotes du Manitoba des renseignements aussi encourageants et aussi prometteurs.La simple liste des mouvements actuellement en marche sous la direction de la Section française est un témoignage à la culture française, au cœur même de l\u2019Amérique anglophone: musique française, film français, théâtre français, bibliothèque française, orientation professionnelle, santé publique, coopératives, photographie, cours d\u2019arts ménagers, cours de tissage, école ménagère.L\u2019abbé A.Couture décrit ainsi l\u2019effort coopératif canadien-français au Manitoba: « Le mouvement coopératif du Manitoba français n\u2019a que huit ou neuf années d\u2019existence.Il a débuté dans la paroisse de Saint-Pierre-Jolys, vers 1934, par une fromagerie coopérative, suivie bientôt par La Broquerie, Sainte-Anne, Saint-Malo et d\u2019autres.C\u2019est à ce moment, 1937, que commence le mouvement des Caisses populaires Desjardins.La paroisse de Saint-Malo est cette fois la première à tenter la coopérative du crédit, inspirée par son dévoué curé, M.A.Benoit.En septembre de cette même année, la province du Manitoba inscrivait dans ses statuts sa nouvelle loi des Credit Unions et, en octobre 1937, S.Exc.Mgr Yelle, voulant donner au mouvement coopératif plus d\u2019ampleur et d\u2019uniformité, nomma M.l\u2019abbé Ad.Couture, qui revenait d\u2019Antigonish, directeur diocésain des Œuvres sociales.« Depuis cette date, le mouvement s'est développé normalement.Par les causeries et les cercles d\u2019étude, nous avons obtenu un résultat remarquable, comme l\u2019indiquent les statistiques suivantes.En décembre 1942, le Manitoba français comptait 25 caisses Desjardins et 3,020 membres.Ces caisses avaient en dépôt la jolie somme de $200,000 et les prêts consentis, au nombre de 685, se chiffraient à $117,115, tandis que l\u2019actif de l\u2019année atteignait le montant de $248,690.« La coopérative de consommation, au Manitoba français, n\u2019apparaît qu\u2019en 1938.Le progrès est plus lent.Ces transactions, d\u2019ailleurs, demandent plus de prudence.Nous comptons, depuis 1938, une nouvelle coopérative par année: Saint-Malo, La Broquerie, Saint-Boniface, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Léon.Plusieurs projets sont en voie de réalisation.Dans ce domaine comme dans celui du crédit, nos gens, tant à la ville qu\u2019à la campagne, ne se montrent inférieurs à personne.Le chiffre de vente, vente toujours au comptant, s\u2019est élevé dans ces cinq magasins coopératifs à $184,500 en 1942.L\u2019année courante s\u2019annonce des plus prospères.« Nous avons à l\u2019heure actuelle neuf fromageries coopératives sur vingt et une qui existent dans la province.Ce sont, par ordre de fondation: Saint-Pierre-Centre, La Broquerie, Saint-Pierre-Nord, Sainte-Anne-des-Chênes, Haywood, Saint-Malo, Ritchot, Saint-Laurent, Sainte-Rose-du-Lac.Depuis 1941, toutes ces coopératives se sont groupées avec les coopératives mennonites du même genre et ont formé une Fédération de vente à Saint-Boniface, 136, rue Provencher, avec M.Roland Couture comme gérant.Les ventes de nos neuf sociétés s\u2019élevaient en 1941 à $205,466 et en 1942 à $314,903.Voilà, en résumé, la part du Manitoba français dans le mouvement coopératif de la province.L\u2019ampleur du mouvement ne se mesure pas seulement en chiffres, on s\u2019est efforcé de lui donner un idéal de justice, de modération et d\u2019entr\u2019aide qui rend la vie et plus intéressante et plus humaine.» AVEC C O M M DIEU DANS SON ALLOCUTION aux prédicateurs du dernier carême à Rome, Pie XII insista sur la sanctification du dimanche.C\u2019est le jour, déclara-t-il, où l\u2019homme refait ses forces tant spirituelles que temporelles, jour de prière, de repos, d\u2019honnête divertissement.Hélas! pourquoi faut-il qu\u2019on ait sottement saboté cette grande idée de Dieu et transformé le jour du Seigneur en jour du diable! Dans beaucoup de pays, le dimanche, on ne prie pas, ou on prie mal, on continue à travailler, on se vautre dans des amusements déréglés.Le Canada n\u2019échappe pas à ces désordres.La province de Québec non plus.Les beaux dimanches d\u2019autrefois, qui étaient vraiment le jour du Seigneur et le jour de la famille, s\u2019en vont rapidement.Ils font place à un dimanche où, chez la jeunesse surtout, on prie peu, on se repose peu, on s\u2019amuse follement en offensant Dieu.LA I IA BIÈRE est reine chez nous.En voici la preuve, d\u2019après v le 21e Rapport de la Commission des Liqueurs de Québec, 1942, et le 16th Report of the Control Board of Ontario, 1942.Ville de Montréal Ville de Toronto Population\t 890,234\t\t657,612 Auberges\t\t9\t Hôtels\t\t18\t117 Cafés\t\t60\t Cantines militaires\t\t?\t12 Restaurants\t\t27\t Bateaux et wagons-restaurants\t\t16\t5 Clubs\t\t34\t48 Magasins où l\u2019on vend de la bière\t\t762\t10 Tavernes (y compris tavernes dans hôtels et auberges).\t312\t Brasseries\t\t6 1\t4 \t1,244\t206 1.Trois de ces brasseries ont leur siège social dans l\u2019Ontario.C\u2019est dans les milieux français de Montréal que se multiplient tavernes, magasins à bière, restaurants à licence.Il n\u2019y a pas de tavernes à Westmount, ni à Hampstead, ni à Outremont.Rappelons en passant que Toronto peut se glorifier de compter 42% de propriétaires, et Montréal.11.2%.L\u2019ouvrier qui consomme une ou deux douzaines de bouteilles de bière par semaine ne sortira jamais de son taudis.L\u2019intention n\u2019est pas de glorifier Toronto qui a ses faiblesses: ainsi, là-bas, les auberges ont une section pour les femmes, aussi achalandée que celle réservée aux hommes.Une dame, officier du Liquor Control Board, disait récemment: « Ce qui sauve le Québec de la débandade morale dont souffrent familles et individus ailleurs, c\u2019est l\u2019excellence de vos Canadiennes françaises.A Toronto, même l\u2019esprit puritain qui retient les hommes de boire en public, n\u2019empêche pas les femmes de le faire sans pudeur.» Dans le Québec, si la bière n\u2019a pas la faveur des dames, elle a celle des gouvernants.Longtemps, il fut impossible, après sept heures, d\u2019obtenir, dans les épiceries, du lait et du pain, mais on pouvait y acheter de la bière jusqu\u2019à 11 heures.On a enfin mis ordre à cette anomalie fort ennuyeuse pour les épiciers et leurs familles.14 RELATIONS OU SANS E N TA I R E S PREMIER SERVI Chaque année, la Ligue du Dimanche organise, sous les auspices de l\u2019épiscopat, une « semaine » qui tente d\u2019enrayer le mal croissant et de ramener les catholiques égarés à une meilleure pratique de leur devoir.Cette « semaine » aura Îlieu cette année du 30 janvier au 6 février.Les directives de Pie XII seront le thème de sermons, de causeries, d\u2019ar-«\ttides de revues et de journaux, d\u2019enseignement scolaire, sans compter les autres industries auxquelles a recours la Ligue *\tdu Dimanche.Nous apportons notre entier appui à cette bienfaisante initiative et nous demandons à nos lecteurs d\u2019en profiter pour faire d\u2019abord eux-mêmes un salutaire examen de conscience, puis pour travailler dans leur milieu à une meilleure observance du dimanche.Que l\u2019immense désarroi dans lequel la violation des lois divines a plongé l\u2019univers les stimule à hâter la pleine restauration de l\u2019une des plus importantes et des plus nécessaires! 1ÈRE EST REINE Les restrictions sur la bière avaient amené la fermeture des tavernes de cinq à sept heures.Les brasseurs se sont agités.Il fallait que l\u2019ouvrier sortant de l\u2019usine puisse bien mouiller son effort de guerre avant d\u2019entrer à la maison.Dans les hôtels de campagne, on boit à pleine taverne, même le dimanche après-midi.Les ouvriers sont trop occupés en semaine; il leur reste le dimanche: Dieu premier servi! Toujours pour encourager l\u2019effort de guerre \u2014 dont elle est plutôt la négation \u2014 l\u2019annonce de bière est à la place d\u2019honneur, à l\u2019avant des tramways.A la radio, chaque soir, à 6 h.45, la bière s\u2019annonce de nouveau.Messieurs les brasseurs ont tourné habilement la loi.Ils ont des annonces dites « de prestige », car ces messieurs ont tout le prestige que leur donnent les taxes qu\u2019ils paient, qu\u2019ils font payer et qu\u2019ils apportent aux caisses électorales.L\u2019année dernière, on brassa dans la province 41,132,495 gallons de bière, soit pour $38,202,459.19.C\u2019est là le prix du gros.Une raison dont on fait grand état pour protéger et favoriser l\u2019industrie de la bière, c\u2019est que nos brasseries emploient 2,049 ouvriers et ouvrières: ces restrictions ne les jetteraient-elles pas graduellement au chômage ?Si les brasseries diminuaient un peu leur rendement et leur publicité multiforme, nos ouvriers seraient plus à l\u2019aise pour habiller leur famille, acheter à leurs enfants des livres, des douceurs ou tout simplement un peu plus de quoi manger à leur faim et à leur goût.Et alors nos boulangeries, nos manufactures de chaussures, nos librairies, nos beurreries, nos ateliers de confection pourraient peut-être offrir du travail aux malheureux employés des brasseries auxquels les sévérités gouvernementales donneraient du loisir forcé.Sans être trouble-fête, on peut demander avec énergie une diminution considérable du nombre des débits de bière \u2014 depuis un an les épiceries de Montréal où l\u2019on vend de la bière ont augmenté de cent \u2014 et la disparition de l\u2019annonce de bière dans les tramways et à la radio.Si l\u2019on compare le chiffre de notre population et les gallons ingurgités, si l\u2019on songe surtout que femmes et enfants chez nous boivent peu de bière, ceux qui en boivent, en boivent vraiment trop.N\u2019oublions pas d\u2019ailleurs que la bière est une reine qui coûte cher, très cher à ses sujets fidèles.LA VOIX DE LA FRANCE CHRÉTIENNE DANS L\u2019ÉPREUVE Cette admirable allocution de Mgr Salièges, archevêque de Toulouse, aux Scouts partant pour le travail forcé en Allemagne, est un témoignage sur l\u2019âme de la France qui nous remplit d\u2019émotion et de fierté chrétienne et française.«T\\ /TES AMIS, vous partez pour l\u2019Allemagne.Sous la XVX contrainte ou bien librement ?Je n\u2019ai pas à le savoir.On peut être soumis à une loi sans lui donner son approbation.Vous vous en allez, voilà le fait.Quels conseils vous donnerai-je ?Celui-ci et rien que celui-ci: soyez les témoins de la France et du Christ.Aussi profondément que la France se trouve humiliée aujourd\u2019hui, conservez fièrement l\u2019espoir.Notre cause était juste.On ne vous le répétera jamais assez.Si nous avons perdu la guerre par notre faute, la justice de notre cause n\u2019en demeure pas moins intacte.Apportez dans un pays étranger les qualités de votre race.Dites-vous que vous avez une mission: « Je montrerai ce que c\u2019est que d\u2019être « un Français, un jeune Français, loyal, ingénieux, un bon « camarade, un observateur qui ne se laisse pas prendre aux « apparences, mais qui voit ce qui se cache derrière elles.» Vous verrez le triomphe de la technique, de l\u2019utilitarisme, tout cela mis au service de la force.En présence de cet orgueil collectif, vous représenterez la conception française de la vie, la conception humaine, la conception d\u2019après laquelle l\u2019individu compte, les peuples ont des droits et les hommes sont frères.La gloire de la France à travers toute son histoire a été la gloire de la fraternité humaine.Un Français qui ne voit pas dans chaque homme un frère mentirait à sa race.Un mot démodé exprime parfaitement ce que vous devez vous montrer en Allemagne: des gentilshommes.« Vous serez là-bas témoins du Christ.Vous n\u2019ignorez pas que le Christ a trouvé de nombreux adversaires en Allemagne qui refusent de reconnaître sa doctrine de charité, de piété, de merci.Ils refusent d\u2019accepter le Christ humilié, le Christ souffrant, le Christ de la Crucifixion, le Christ qui cache la puissance de la victoire derrière la faiblesse d\u2019une défaite apparente.Vous accepterez les souffrances avec dignité et sans vous plaindre.Témoins du Christ, vous vous montrerez bons et charitables envers tous les hommes, quelle que soit la race à laquelle ils appartiennent, que vous rencontrerez au cours de votre travail.« En juillet 1902, Charles de Foucault se donnait à lui-même ce commandement: « J\u2019habituerai chaque homme, « qu\u2019il soit chrétien, musulman, juif ou païen, à me consi-« dérer comme son frère.» Vous reconnaîtrez que si vous faites vôtre cette doctrine, le beau nom de la France et du.christianisme ne fera qu\u2019y gagner.« Soyez forts, soyez loyaux, restez attachés à vos croyances.Ainsi vous ne serez ni dupes, ni victimes.La prière et les sacrements vous donneront l\u2019aide nécessaire.Ici, vos chefs, vos prêtres, et vos amis prieront pour vous.Rien ne peut rompre la communion des âmes.A travers le Christ dans lequel vous êtes unis, nous resterons près les uns des autres.Il n\u2019y a pas de séparation pour ceux qu\u2019a unis la charité du Christ.« Vous m\u2019avez compris: vous allez remplir une mission, une mission française.Que, grâce à vous, la France soit aimée, respectée, admirée.Que, grâce à vous, le Christ soit adoré.Un conseil résume tout, embrasse tout: soyez les scouts de France; les scouts du catholicisme, à tout instant et en tout lieu.Je vous bénis au moment où vous partez.Combien plus heureux je serai lorsque je vous donnerai ma bénédiction à votre retour.» JANVIER 1944 15 LE SACRIFICE DE LA POLOGNE André KRZESINSKI JAMAIS LE PÉRIL ne fut plus grand pour la culture occidentale qu\u2019en ces jours où Hitler, avec son énorme puissance militaire, commença de conquérir l\u2019Europe.Les nations, non conscientes encore de la véritable signification du nazisme, s\u2019en laissaient imposer facilement par son incontestable supériorité guerrière et risquaient de succomber sans résistance.Deux pays libres, l\u2019Autriche et la Tchécoslovaquie, étaient déjà devenus sa proie.Si les autres avaient agi de même, l\u2019heure la plus atroce de tyrannie terrifiante et d\u2019universelle destruction aurait sonné pour la culture occidentale, tant en Europe que dans le monde entier.Dès lors, il était nécessaire de donner à l\u2019univers, avant que l\u2019Europe ait été entièrement réduite en esclavage, l\u2019occasion de connaître toute la cruauté et l\u2019inhumanité du nazisme, comme aussi son opposition radicale à l\u2019idéologie de la culture occidentale.Cette occasion fut fournie par la Pologne, le premier pays à résister héroïquement à l\u2019invasion allemande.C\u2019est le même pays qui, à travers les siècles, avec le sang de ses fils, a défendu l\u2019Europe chrétienne et sa culture contre les agresseurs asiatiques.Aucun autre n\u2019a autant souffert pour la cause de l\u2019Europe chrétienne et l\u2019idéal de sa culture.Mais toutes ces souffrances n\u2019équivalent pas à celles qu\u2019il éprouve aujourd\u2019hui sous le joug nazi.Avec une brutalité sans précédent, les Allemands nazistes s\u2019évertuent à exterminer la nation polonaise, à désorganiser sa vie religieuse et à détruire complètement sa culture nationale et chrétienne.Par là, ils espèrent établir la suprématie et la domination de leur race, destinée, croient-ils, à gouverner le monde entier.Car le système de police et les méthodes d\u2019asservissement appliqués à la Pologne sont considérés comme les meilleurs et les mieux adaptés à leur but.Ils voudraient donc s\u2019en servir dans tous les autres pays envahis.Les sacrifices de la Pologne et ceux de toutes les autres nations, qui, inspirées par son exemple, se sont défendues contre la tyrannie nazie, sont aussi extrêmement importants pour l\u2019avenir de la culture occidentale.Mettant à jour la tyrannie allemande, ils facilitent l\u2019organisation défensive et contribuent à détruire complètement le nazisme, de même qu\u2019à libérer la culture occidentale de l\u2019idéologie et des pratiques nazistes.En même temps, ces sacrifices montrent à l\u2019univers combien importantes sont les valeurs spirituelles de cette culture occidentale, puisque la nation polonaise entière préfère vivre dans la plus profonde misère, être dépouillée de ses richesses, mourir de faim ou périr dans les camps de concentration, endurer un régime d\u2019esclavage et s\u2019exposer à des massacres en masse plu- tôt que d\u2019y renoncer et d\u2019accepter à leur place une idéologie nouvelle, purement matérialiste.La religion et les lois morales, qui sont les principales de ces valeurs spirituelles, donnen une vitalité extraordinaire aux nations en les rendant invincibles.Ces valeurs constituent un bastion spirituel d\u2019une telle solidité que toute la force matérielle, politique et militaire, même au degré où elle se rencontre dans l\u2019Allemagne nazie, est impuissante contre elles et doit s\u2019effondrer.Elles accordent en même temps les meilleures garanties pour la liberté individuelle et nationale, ainsi que le gage d\u2019un perfectionnement continu de la personnalité et d\u2019un progrès réel.Les énormes sacrifices faits par la Pologne et par les autres nations qui défendent leur liberté et leur idéal sont accompagnés de pertes très pénibles; pertes cependant qui n\u2019affectent pas les valeurs spirituelles, les plus importantes de la culture occidentale.Des représentants de cette culture doués de talents créateurs peuvent être tués par millions, de nombreux monuments peuvent être détruits, mais la culture occidentale avec son idéologie chrétienne survivra, raffermie sur ses bases et dégagée de son indifférentisme religieux et de son athéisme.Les leçons données par les héros de la Pologne, qui ont donné leur vie pour la cause de la liberté et pour l\u2019idéal de la culture occidentale, doivent être bien comprises.Les valeurs religieuses et morales qui durant la seconde guerre mondiale ont été passionnément battues en brèche par l\u2019Allemagne nazie, doivent trouver place dans la vie individuelle, sociale et politique des nations et constituer partout la pierre d\u2019angle de l\u2019éducation.Le nazisme et les autres tendances qui entraînent leurs partisans dans l\u2019abîme des crimes les plus affreux, doivent être complètement déracinés des cœurs humains.Aussi, la nation qui en a été empoisonnée devrait-elle être surveillée de très près jusqu\u2019à ce que les nouvelles générations soient en état de donner la garantie qu\u2019elles ne répéteront jamais ses crimes.Après la défaite du nazisme, l\u2019avenir de la culture occidentale n\u2019est cependant pas encore complètement assuré.Le communisme russe, qui, les yeux fixés sur les autres nations européennes, aida le nazisme dans son œuvre destructive en Pologne, présente toujours un très grave danger pour la culture de l\u2019Occident et l\u2019indépendance des nations.La Pologne, si maltraitée aux mains de la Russie bolchéviste qui lui a tué ou enlevé des centaines de milliers de ses enfants, comprend mieux que toute autre nation ce danger.Mais la Pologne espère contre toute espérance et attend le jour où le monde entier menacé bénéficiera des effets de son immense sacrifice.16 RELATIONS LES MÉNAGÈRES ET LE PLAFOND DES PRIX Madeleine M.DESAUTELS ERVIR, en temps de guerre, ce n\u2019est pas pour la femme, comme pour des milliers de jeunes gens, combattre avec éclat dans l\u2019armée, la marine ou l\u2019aviation; c\u2019est servir humblement mais efficacement chez nous, dans un domaine et pour une cause qui nous concernent tout particulièrement: c\u2019est lutter sur le « front domestique » en faisant une guerre acharnée au pire fléau qui nous menace, l\u2019inflation.Dès septembre 1939, la Commission des Prix et du Commerce en temps de guerre est créée afin de maintenir le coût de la vie à un niveau qui évite aux classes laborieuses trop de privations, et d\u2019assurer la distribution équitable des denrées et des objets nécessaires à la vie.A cette fin, elle a reçu les pouvoirs de fixer des prix maximum et de décréter le rationnement des denrées essentielles lorsqu\u2019elles deviennent rares sur le marché.En décembre 1941, des représentantes de dix-huit organisations féminines étaient convoquées à Ottawa par Donald Gordon, président de la Commission.On choisissait les femmes pour être les facteurs les plus importants du maintien du plafond des prix.« C\u2019est une besogne que vous seules pouvez faire », dit M.Gordon aux déléguées, et unanimement elles promirent leur support et celui de leurs associations.Admirons l\u2019habileté et la psychologie des autorités qui ont réussi à convaincre et à enrôler volontairement et bénévolement toutes ces équipes féminines à travers le pays.Quelques semaines plus tard, l\u2019on vit surgir à travers le Canada les treize Comités consultatifs régionaux féminins.L\u2019organisation compte actuellement au delà de 13,000 membres.Les Comités consultatifs régionaux féminins reçoivent leurs directives générales du Service des consommateurs à Ottawa, dont Byrne Sanders est la directrice, assistée de Mme René de la Durantaye.Mais les Comités régionaux conservent leur autonomie respective pour ce qui a trait à l\u2019organisation de leur région.Je voudrais vous faire connaître tout particulièrement notre Comité de Québec.Bilingue, il est composé d\u2019une présidente canadienne-française, d\u2019une vice-présidente anglaise, d\u2019une secrétaire, d\u2019une présidente du comité du logement, d\u2019une directrice canadiennes-françaises et d\u2019une directrice canadienne-anglaise du comité d\u2019orateurs, et de huit autres membres actifs représentant chacun une organisation féminine.L\u2019activité du Comité consultatif régional féminin de Québec s\u2019exerce sur la Côte Nord, en Gaspésie, dans la région du Saguenay, au Lac-Saint-Jean, dans la Beauce, dans les comtés de Frontenac, Mégantic, Dorchester, Port-neuf, dans la région et la ville de Québec.Cinquante-deux sous-comités ont été organisés par notre Comité et sont comme autant de sentinelles qui veillent au contrôle des prix.A part les membres des sous-comités, nous comptons actuellement près de mille agents de liaison et une centaine de membres correspondants.Le rôle de nos comités est tout spécialement éducatif.Le contrôle des prix par les femmes n\u2019est pas autre chose que de l\u2019économie dirigée.Par la publicité à la radio, dans les journaux, par des assemblées organisées, nous atteignons les ménagères et leur apprenons la tâche qui leur incombe: non pas un rôle d\u2019enquêteuses, mais un rôle infiniment digne et utile, puisque chacune d\u2019entre celles qui acceptent de surveiller leur budget et le coût de la vie se protège elle-même d\u2019abord et rend service par le fait même à tous les consommateurs.Il est reconnu quelles femmes représentent 80 à 85% des consom- JANVIER 1944 mateurs.C\u2019est pour cela qu\u2019elles sont un si puissant atout pour le maintien du plafond des prix.Si une femme a une remarque ou une récrimination à faire concernant une hausse de prix, on lui demande de l\u2019adresser au Comité féminin, lequel s\u2019occupe de la faire parvenir, sans mentionner la source du renseignement, au bureau du représentant local de la Commission des Prix de sa localité.Celui-ci procède alors à son travail d\u2019enquête et de recherche et doit donner le résultat de ses démarches au Comité féminin.Le sous-comité féminin et le représentant local doivent collaborer.Le Comité féminin a le rôle éducatif; le représentant local doit veiller à ce que les ordonnances soient appliquées.Il est du devoir de toutes les ménagères de ne pas payer plus cher que les prix établis par la Commission des Prix.Mais le rôle du Comité ne se borne pas seulement à la surveillance des prix.Les femmes doivent aussi signaler toute altération de la qualité des marchandises ou le mauvais service de distribution qu\u2019elles sont à même de constater.Le Comité existe pour renseigner les femmes, pour les aider, et aussi pour recevoir leurs suggestions.Chaque sous-comité est responsable de l\u2019organisation d\u2019une certaine zone, où il doit choisir des membres correspondants et des agents de liaison.Le membre correspondant est l\u2019interprète auprès du sous-comité des agents de liaison de sa localité.L\u2019on appelle agent de liaison la personne qui s\u2019engage à surveiller les prix, à distribuer le Bulletin des Consommateurs et à se servir du Carnet d\u2019achats, aide-mémoire qui lui permettra de comparer les prix payés d\u2019un achat à l\u2019autre.Chaque membre correspondant se rapporte à son sous-comité une fois par mois, celui-ci au comité consultatif régional féminin.Ces rapports font mention des activités, des projets, des suggestions ou des résolutions du sous-comité.Ces différents rapports sont étudiés, condensés par le Comité régional et adressés au Service des consommateurs à Ottawa où ils servent à faire connaître, auprès des administrateurs de la Commission des Prix, l\u2019opinion et les demandes féminines.Il est important que les feffimes soumettent leurs problèmes.La collaboration de chacune est nécessaire.Toutes doivent s\u2019appliquer à faire confiance aux membres de leurs comités.Les résolutions des Comités féminins ont souvent fait adopter ou modifier pour le mieux des ordonnances et ont donné des solutions pratiques à certains problèmes compliqués.Une meilleure distribution de la flanellette, par exemple, un plafond sur certains fruits, tels que pêches, poires, pommes, raisins, pamplemousses, citrons, et certains légumes, tels que betteraves, carottes, choux, navets, panais, etc., ont été obtenus grâce au concours féminin.Imaginez le levier puissant que représente cette organisation pour faire valoir les droits des consommateurs, de la ménagère, des enfants et de toute la famille en général.Un congrès national réunit annuellement à Ottawa les présidentes régionales, et un congrès régional rassemble à son tour toutes les présidentes des sous-comités au Centre des activités^ Les États-Unis, qui ont à souffrir d\u2019un pénible marché noir et de prix toujours à la hausse, tentent d\u2019organiser un système semblable à celui du Canada.Des représentants de l\u2019O.P.A.(l\u2019office des prix) sont venus au Canada pour 17 étudier l\u2019organisation de la Commission.Dernièrement, un administrateur de l\u2019O.P.A.de Washington s\u2019est rendu jusqu\u2019à Québec pour connaître le rouage de la Commission des Prix et des comités féminins.Si nous comparons les prix de la dernière guerre avec ceux d\u2019aujourd\u2019hui, nous comprenons la valeur de la Commission.1914-1918 100 livres de\tsucre.$22.00 75 livres de\tpatates.9.00 25 livres de\tfarine.1.85 2 livres de beurre.\t.\t1.76 1939-1943 100 livres de\tsucre.$8.00 75 livres de\tpatates.1.80 (environ) 25 livre.; de\tfarine.89 2 livres de\tbeurre.76 Plus que jamais les femmes doivent être vigilantes.Les résultats obtenus sont beaux, même si tout n\u2019est pas parfait.Dans plusieurs endroits où existent nos Comités, on a constaté très peu d\u2019infractions aux règlements régissant les prix.Les femmes ne sont pas les ennemies du marchand.Il est lui-même un consommateur.Mais il doit se soumettre aux ordonnances faites pour sa protection et la protection générale.Et les ménagères ont le devoir de se protéger elles-mêmes.Ce n\u2019est qu\u2019en poursuivant cet effort de lutte contre l\u2019inflation que nous en éviterons les désastreuses conséquences pendant et surtout après la guerre.Les femmes canadiennes, par le rôle de premier plan qu\u2019elles tiennent sur le « front domestique », collaborent puissamment à la victoire commune dont elles deviennent les artisans indispensables.LA LÉGISLATION OUVRIÈRE AU BRÉSIL Eduardo LUSTOSA, S.J.IE 1er MAI 1943, le président du Brésil, M.le Dr Getulio j Vargas, signait un décret-loi qui sanctionnait la refonte des lois du travail dans la grande république du Sud.Cette démarche du gouvernement venait, non sans besoin, couronner toute une série de lois disparates et de mesures préparatoires.Pour qu\u2019on se fasse une idée des inestimables services rendus par la nouvelle loi, il suffira de mentionner qu\u2019il y avait au Brésil, en 1941, plus de six cents décrets législatifs en matière sociale.Il faut encore remarquer, à l\u2019honneur du présent régime, que trente-six seulement de ces décrets portaient une date antérieure à 1930.C\u2019est dire que la législation ouvrière brésilienne presque entière a eu pour auteur le président actuel.Cette refonte, cependant, n\u2019est pas un code complet et achevé.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une collection codifiée des lois déjà existantes.Quelques omissions y ont été laissées volontairement afin de ne rien précipiter et de laisser mûrir encore la législation définitive.Dans son édition officielle, la loi est précédée d\u2019une déclaration de principes de la main du ministre, qui souligne les principales caractéristiques de la collection, explique et défend certains points de vue et décrit la marche de la rédaction.On constate avec satisfaction que le principe institutionnel a prévalu sur la conception contractuelle du travail.L\u2019ordre même des titres nous en avertit.Par exemple, les articles relatifs aux principes généraux de la protection du travail précèdent ceux qui regardent les contrats individuels de travail, et les articles concernant l\u2019organisation syndicale et les relations entre employeurs et employés précèdent ceux qui regardent le contrat collectif de travail.On éprouve tout de suite un soulagement devant cette loi unique, contenant, il est vrai, 921 articles, mais qui ne remplace pas moins de 600 lois.Onze titres répartissent toute la matière.Le premier renferme les principes de base, et le dernier certaines dispositions transitoires.La matière proprement dite est distribuée selon les titres suivants: normes générales (durée du travail, salaire minimum, vacances, hygiène et sécurité, etc.); normes spéciales (diverses catégories d\u2019ouvriers, nationalisation du travail, la femme et l\u2019enfant); contrat individuel de travail; syndicats; contrat collectif de travail; amendes; magistrature du travail, procédure, etc.La loi, nous l\u2019avons noté, n\u2019est pas complète.Elle laisse provisoirement de côté certains secteurs de la législation sociale: assurances, travail à domicile, les fonctionnaires du gouvernement, et même les ouvriers agricoles, auxquels on n\u2019a consacré que quelques articles.18 Faisons maintenant le bilan des caractéristiques les plus remarquables de cette législation.La durée du travail a pour base la journée de huit heures, avec un minimum de onze heures de repos entre deux journées, et avec un jour de repos au moins par semaine, les dimanches et les jours de fêtes civiles ou religieuses.Pendant la journée il y aura un repos fixe d\u2019une heure pour le repas, et d\u2019autres repos variables en certains métiers.Le travail supplémentaire et le travail de nuit comporteront une augmentation de salaire de 20%.Le salaire minimum devra répondre aux besoins de l\u2019alimentation, de l\u2019habitation, du vêtement et de l\u2019hygiène.La base est individuelle, mais des lois spéciales prévoient des allocations familiales pour les familles de huit enfants ou plus.Il reste du progrès à faire dans ce secteur.Le salaire sera payé dans une proportion d\u2019au moins 30% en argent; le reste pourra l\u2019être en nature.Une commission est chargée de calculer le taux du salaire minimum suivant les régions du pays, les tarifs fixés par elle ne valant que pour une période de trois ans tout au plus.Les ouvriers auront droit à des vacances payées de quinze jours par année.Les travailleurs agricoles auront droit aux vacances payées et au salaire minimum.L\u2019affiuence des émigrés a provoqué des mesures de nationalisation du travail.L\u2019étranger n\u2019est pas exclu du travail; mais la proportion des nationaux doit être des deux tiers au moins dans chaque entreprise.La femme est exclue du travail de nuit et de certaines industries lourdes ou dangereuses.Il en va de même des enfants et des jeunes gens jusqu\u2019à l\u2019âge de 21 ans.Six semaines avant et six semaines après l\u2019enfantement, tout travail est interdit à la mère.Les enfants de moins de 14 ans ne peuvent être employés; et les patrons sont tenus d\u2019assurer l\u2019apprentissage et la culture générale aux enfants plus âgés qu\u2019ils emploient.Ni l\u2019employeur ni l\u2019employé ne pourront, sans avis préalable, résilier le contrat de travail.En outre, si l\u2019employé est renvoyé sans motif et contre son gré, il touchera un salaire mensuel pour chacune des années de service dans l\u2019entreprise.L\u2019organisation syndicale présente une tendance unitaire; mais il reste encore des droits à la représentation hors des syndicats.Une association quelconque pourra se prévaloir des mêmes droits que les syndicats si elle est jugée la plus RELATIONS représentative à l\u2019intérieur d\u2019une certaine branche professionnelle.Une légère taxe a été imposée aux divers groupements; toutefois, une disposition ministérielle en a exempté les cercles ouvriers catholiques.Les syndicats choisissent eux-mêmes leurs dirigeants au moyen d\u2019élections, et se soutiennent avec des impôts prélevés sur toutes les organisations patronales et sur les salaires de tous les ouvriers même non syndiqués.Les conventions collectives de travail ne pourront être passées que par les syndicats et pour une période maximum de deux ans.La magistrature du Travail est formée par une série ascendante de tribunaux, toujours avec double représentation d\u2019employeurs et d\u2019employés.Il y a aussi des tribunaux spéciaux pour la Prévoyance sociale.La grève et le lock-out sont sévèrement défendus, sous peine de lourdes amendes; seul un tribunal autorisé peut permettre l\u2019abandon du travail ou le renvoi collectif des ouvriers.Voilà donc les lignes maîtresses de la législation ouvrière brésilienne.Que faut-il en penser ?Le législateur lui-même considère son œuvre comme inachevée et fait de nettes allusions à un progrès futur dans certains secteurs.Cependant, la besogne législative de ces douze dernières années a été féconde.Il n\u2019y a presque aucun problème ouvrier qui n\u2019ait été touché directement ou indirectement.On est même allé jusqu\u2019à dire que la législation ouvrière brésilienne est prématurée.Et l\u2019on en conviendra, si l\u2019on comprend la boutade dans ce sens que les réclamations ouvrières n\u2019ont jamais eu chez nous le ton tragique qu\u2019elles ont en Europe.Le législateur a précédé les réclamations du peuple.Ce qui plus que le reste attend un progrès, c\u2019est l\u2019esprit des fonctionnaires dans l\u2019application de lois qui ont à leur origine une intention si droite.Le libéralisme juridique et économique a laissé trop de traces dans les habitudes des représentants du pouvoir pour qu\u2019ils puissent assimiler tout d\u2019un coup la nouvelle âme de ces lois à caractère corporatif, pleines d\u2019équité, de conciliation, et imprégnées d\u2019un esprit de solidarité sociale.L\u2019Église peut se réjouir de la nouvelle orientation.Et, du reste, les trois derniers ministres, A.Magalhaes, W.Falcao et Marcondes Filho, se sont plus due fois nettement montrés de plein accord avec les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l\u2019Église.Le gouvernement a participé officiellement à un Congrès de Droit social dirigé par des juristes et sociologues catholiques pour les fêtes jubilaires de l\u2019Encyclique Rerum novarum.La formation de nouveaux chefs est la tâche la plus délicate de l\u2019Église: elle y pourvoit par la création d\u2019écoles de Service social, dont deux fonctionnent à Rio, deux à Saô-Paôlo pour les deux sexes.Une commission permanente d\u2019action sociale dirige à Saô-Paôlo un ensemble d\u2019œuvres sociales.Le P.Saboia de Medeiros, s.j., son directeur, travaille inlassablement à la pénétration des milieux tant patronaux qu\u2019ouvriers, tandis qu\u2019à Rio le P.Brentano, s.J., dirige la Confédération des Cercles ouvriers avec plus de 100,000 affiliés répandus par tout le pays.La guerre a éveillé un esprit de solidarité qui se manifeste surtout par les activités de la Légion brésilienne d\u2019assistance qui a mérité dès l\u2019abord le sincère appui des organisations catholiques et de la hiérarchie.C\u2019est dans cette atmosphère en même temps d\u2019attente et de confiance que la nouvelle législation fera ses expériences et \u2014 Dieu le veuille \u2014 ses progrès.\u2022 ¦'- - \"»¦¦¦¦¦¦'¦ NOS RURAUX S\u2019ORGANISENT Gérard FILION IE QUÉBEC a connu deux tentatives d\u2019organisation professionnelle de sa classe agricole avant la fondation de l\u2019Union catholique des Cultivateurs.La première remonte à 1875, alors que l\u2019on groupa les cercles agricoles fondés à partir de 1870 en une fédération provinciale désignée sous le nom d\u2019Union agricole nationale.Cette fédération, qui avait tous les caractères d\u2019une véritable association professionnelle, commit la faute de demander, à son congrès de 1887, l\u2019aide financière du ministère de l\u2019Agriculture.En 1893, la Législature adoptait une loi pour donner l\u2019existence légale aux cercles agricoles et leur octroyer de l\u2019argent.Ce fut le glas de l\u2019Union agricole nationale et le commencement de la déchéance des cercles.En 1920, deuxième tentative, provoquée par les succès des Fermiers-Unis dans l\u2019Ontario et dans l\u2019Ouest.Le mouvement des Fermiers-Unis du Québec, beaucoup plus politique que syndical, connut les succès éphémères d\u2019un feu de paille.Pourtant, un mécontentement profond secouait la classe agricole.La guerre de 1914-1918 avait donné aux cultivateurs l\u2019illusion de la prospérité, et la crise économique de 1921 les prenait par surprise, plus endettés qu\u2019auparavant.Ils étaient nombreux à penser, du moins à sentir confusément, qu\u2019ils étaient joués par les gouvernants.Que des chefs se lèvent, ils les suivront.Ces chefs, ils les trouvèrent en la personne de deux journalistes agricoles, J.-N.Ponton et Firmin Létoumeau, qui avaient l\u2019habitude de croiser le fer avec le ministre de l\u2019Agriculture du temps, l\u2019honorable J.-E.Caron.Le 1er mai 1924, J.-N.Ponton suggérait dans son journal la tenue d\u2019un congrès agricole provincial en vue d\u2019étudier les misères de l\u2019agriculture et de jeter les fondements d\u2019une association professionnelle.Le congrès se tint à Québec, les 1er et 2 octobre 1924.Les deux mille cultivateurs présents se prononcèrent en faveur d\u2019une association professionnelle agricole devant porter le nom d\u2019Union catholique des Cultivateurs, et choisirent comme président général M.Laurent Barré, cultivateur de l\u2019Ange-Gardien de Rouville.Les débuts furent extrêmement difficiles.Il faudra un jour raconter les actes d\u2019héroïsme que les fondateurs durent accomplir pour surmonter l\u2019hostilité des politiciens, l\u2019apathie de la masse des cultivateurs, voire la méfiance de certains curés auxquels on représentait l\u2019U.C.C.comme un instrument des bleus.Les ressources financières faisaient totalement défaut: l\u2019Union commençait ses activités avec quelques cents dollars de dettes et pas un sou d\u2019actif.La cotisation annuelle de cinquante sous par membre, partagée également entre le cercle local et le Secrétariat général, ne permettait sûrement aucune orgie de propagande.Il ne fallait rien moins que l\u2019entêtement d\u2019un homme comme Barré pour réussir une entreprise vouée d\u2019avance, disaient les sages, à un fiasco patenté.Elle a fait mieux que réussir, elle a pris une ampleur que n\u2019espéraient probablement pas les fondateurs.Au 30 septembre dernier, l\u2019U.C.C.comptait 33,091 membres qui avaient payé d\u2019avance leur cotisation de trois dollars.Ces membres se répartissaient en 569 cercles paroissiaux, groupés en dix-neuf unions régionales.C\u2019est dire que plus de cinquante pour cent des paroisses agricoles du Québec, JANVIER 1944 19 y compris les colonies, ont leur cercle.Les dix-neuf unions régionales, dont les limites pour chacune correspondent à celles d\u2019un diocèse ou d\u2019une partie de diocèse (ainsi le diocèse de Québec en a quatre), couvrent toute la province, à l\u2019exception du comté de Pontiac et du diocèse de Gaspé où l\u2019Union n\u2019a pas encore pénétré.Chaque union régionale tient un ou deux et même trois congrès par année, auxquels participent les délégués des cercles paroissiaux.L\u2019union centrale tient, elle aussi, son congrès annuel qui réunit les délégués des unions régionales.L\u2019U.C.C.est donc, du bas en haut, une institution essentiellement démocratique appartenant à ses membres et dirigée par eux.De plus, elle est une institution essentiellement agricole, puisque seuls les cultivateurs, les techniciens agricoles et les aumôniers des cercles peuvent en être membres.Pour resserrer les liens entre tous les organes de l\u2019associa-ciation et pour assurer une transmission rapide des mots d\u2019ordre du Secrétariat aux unions régionales et aux cercles paroissiaux, l\u2019Union créait en 1929 un hebdomadaire, la Terre de chez nous.Au 31 décembre 1943, le tirage dépasse 60,000 exemplaires.Le Guide, bulletin mensuel des dirigeants, tire à 1,600.De plus, chaque mois le Secrétaire général adresse aux cercles locaux une lettre-circulaire qui contient des renseignements d\u2019ordre pratique, suggère des démarches à faire ou des initiatives à prendre, stimule le zèle des dirigeants et raffermit les convictions des membres.Avec l\u2019appui financier des unions régionales, le Secrétariat est à mettre sur pied un service de propagande et d\u2019éducation.A l\u2019heure présente, cinq régions ont chacune un propagandiste qui sert de lien entre les cercles d\u2019une part et les unions régionales, et le Secrétariat général d\u2019autre part.Ajoutons que plusieurs unions régionales ont un secrétariat permanent où les cultivateurs de la région peuvent trouver secours et renseignements.L\u2019U.C.C.poursuit une triple fin: défendre le bien commun de la profession agricole, faire l\u2019éducation des cultivateurs, organiser des services professionnels selon les principes coopératifs.La défense du bien commun de la profession agricole se fait sur le plan local, le plan régional et le plan provincial.Les problèmes d\u2019ordre local: creusage des cours d\u2019eau, protection des cultures et du bétail, règlements municipaux affectant l\u2019agriculture, demandes d\u2019octrois au ministère de l\u2019Agriculture, ressortissent au cercle paroissial.L\u2019union régionale s\u2019occupera de questions intéressant les cultivateurs de son territoire ou d\u2019une partie de son territoire.Quant au Secrétariat général, sa fonction est de s\u2019occuper des problèmes d\u2019ordre général: législation agricole, taux de chemin de fer, tarifs douaniers, prix des produits agricoles, colonisation, protection des récoltes et du bétail, etc.Ces années-ci, il doit intervenir constamment auprès de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre pour réclamer contre des mesures préjudiciables aux intérêts de l\u2019agriculture.Le deuxième but de l\u2019U.C.C.est de faire Véducation des cultivateurs dans le domaine de la technique agricole, mais aussi et surtout dans le domaine économico-social.En 1931, l\u2019Union organisait un cours à domicile destiné aux jeunes de la campagne.Ce cours consiste en une série de vingt-quatre leçons portant sur un sujet agricole, données dans la Terre de chez nous de la Toussaint à la mi-avril.Les élèves inscrits sont tenus de passer deux examens sous la surveillance d\u2019une personne responsable; s\u2019ils obtiennent les points voulus, ils reçoivent un diplôme.En douze ans, 23,827 jeunes cultivateurs ont reçu un diplôme de ce cours à domicile.Les cercles paroissiaux sont avant tout des cercles d\u2019étude, avec au moins une réunion plénière par mois.Depuis 1937, ils ont mis sur pied ce qu\u2019on appelle des équipes d\u2019étude.L\u2019expérience a prouvé que la réunion plénière de chaque mois ne suffit pas pour entretenu l\u2019intérêt et pour permettre une étude suivie et complète d\u2019un sujet déterminé.Alors, on a émietté le cercle en groupes de cinq à dix personnes d\u2019un même bout de rang.Chacun de ces noyaux, qu\u2019on nomme équipe d\u2019étude, se réunit une fois par semaine tantôt chez l\u2019un, tantôt chez l\u2019autre.L\u2019on y étudie un sujet bien défini, par exemple, la Caisse populaire.A l\u2019assemblée mensuelle du cercle, le secrétaire de chaque groupe doit rendre compte du travail accompli dans son équipe.Cela crée une émulation entre les rangs de la paroisse et donne des résultats merveilleux.Chaque hiver, de novembre à avril, trois à quatre mille équipes fonctionnent ainsi dans nos campagnes.Si l\u2019on veut savoir pourquoi des cultivateurs font des progrès étonnants dans tous les secteurs de la coopération, qu\u2019on n\u2019en cherche pas ailleurs la cause: elle réside dans les équipes d\u2019étude.L\u2019éducation se fait encore au moyen de journées d\u2019étude paroissiales.Elles débutent par une messe basse avec sermon et se continuent toute la journée à la salle paroissiale sous la direction du président, de l\u2019aumônier, du propagandiste ou du président régional invité pour la circonstance.On discute des principaux problèmes d\u2019ordre syndical et coopératif qui se posent dans la paroisse; on examine en détail les progrès ou les revers des différentes institutions agricoles de la paroisse: caisse populaire, coopératives, mutuelle, etc., et l\u2019on en cherche les causes.Ces journées d\u2019étude sont un examen de conscience agricole.Des journées semblables ont lieu dans les secteurs (car la plupart des unions régionales sont divisées en secteurs sous la responsabilité d\u2019un directeur) et dans les régions.Les unions régionales, en plus de tenir un ou plusieurs congrès annuels et des journées d\u2019étude, organisent des retraites fermées pour dirigeants, retraites suivies, quand la chose est possible, de deux ou trois journées de formation sociale.Cet hiver, cinq régions inaugurent chacune une école de formation de chefs, dont les cours dureront de deux à cinq semaines, et dont les élèves seront des sujets choisis et dédommagés par les cultivateurs de chaque paroisse.On attend beaucoup de cette initiative.Enfin, le Secrétariat général tient une ou deux fois par année des journées de formation pour les dirigeants régionaux et provinciaux.Comme on le voit, le travail de formation se fait par des moyens variés et à tous les degrés de l\u2019association: équipes de rang, cercles paroissiaux, secteurs, unions régionales et Secrétariat général.Le souci constant de l\u2019Union, c\u2019est de former des chefs compétents et dévoués, capables d\u2019assumer des responsabilités proportionnées à leurs talents et à leur expérience.L\u2019on dit en France que tout soldat a dans sa giberne un bâton de maréchal; ne peut-on pas dire que tout membre de l\u2019U.C.C.peut aspirer à en devenir président général?C\u2019est tout simplement une question d\u2019aptitudes, de travail et de persévérance, car la voie est ouverte à tous.En troisième lieu, l\u2019U.C.C.a pour but d\u2019organiser la profession agricole, autrement dit, de remettre entre les mains des cultivateurs le gouvernail de leurs affaires.Le moyen ?La coopération.La formation que l\u2019Union donne à ses membres en est une essentiellement pratique.Pas d\u2019étude pour l\u2019étude et pour les diplômes.De l\u2019étude pour l\u2019action! et pas n\u2019importe quelle action: une action practico-pratique! Les membres d\u2019un cercle étudient l\u2019organisation et le fonctionnement de la Caisse populaire en vue d\u2019en fonder une et de la faire vivre dans la paroisse; même chose pour tous les types de coopératives agricoles, pour les mutuelles.Là où il existe un cercle de l\u2019U.C.C.depuis quelques années, l\u2019on trouve à peu près toujours une caisse, une et souvent plusieurs coopératives, parfois une coopérative de consom- 20 RELATIONS mation.Pas de cercle, il est rare qu\u2019on trouve quelque institution coopérative.Simple coïncidence?Il est permis d\u2019en douter.Le Secrétariat général a mis sur pied, à mesure que ses moyens le permettaient, un joli nombre de services professionnels.Fondation en 1929 de la Terre de chez nous, le plus grand journal agricole français du Canada.La même année, le Comptoir coopératif, coopérative centrale d\u2019achat et de vente dont le chiffre d\u2019affaires annuel a déjà atteint les deux millions; on l\u2019a liquidé en 1938 à la suite d\u2019une entente entre l\u2019U.C.C.et la Coopérative Fédérée.En 1934, organisation d\u2019un service pour la défense des intérêts des ouvriers forestiers.Ce service, connu sous le nom de Section des Bûcherons, a son secrétariat à Québec.En 1939, l\u2019Union achetait au coût de $50,000 un hôtel situé dans le quartier du Palais et le transformait en maison de refuge pour les bûcherons.Les campagnards qui vont hiverner en forêt y trouvent le gîte, le couvert, et surtout la protection nécessaire dans ce milieu interlope.Du 1er octobre 1942 au 30 septembre 1943, la Maison du Bûcheron a logé 19,904 personnes, tous ruraux montant aux chantiers ou en revenant.Les bûcherons qui ont des doutes sur leur vertu de tempérance peuvent y déposer l\u2019argent péniblement gagné dans leur hiver, pour éviter de se faire filouter.Durant les douze derniers mois, la Caisse de sûreté a reçu pour plus de $60,000 de ces dépôts.La Section des Bûcherons, avec les services qui y sont attachés, est sûrement la plus belle œuvre sociale et morale de l\u2019U.C.C.1936 voit créer la Mutuelle-Vie de l\u2019U.C.C., société mutuelle d\u2019assurance-vie pour les cultivateurs.Au 31 décembre, cette société a pour plus de trois millions d\u2019assurance en vigueur; depuis 1941, elle a payé à ses assurés plusieurs beaux milliers de dollars de ristourne.En 1937, fondation du Service de librairie de l\u2019U.C.C.qui édite et vend livres et brochures de technique agricole, de coopération, de questions d\u2019économie sociale et rurale.Ce service a déjà mis en circulation, dans les milieux agricoles du Québec, au delà de cent mille livres, brochures ou tracts.Pour répondre à ses besoins d\u2019expansion, l\u2019U.C.C.achetait en 1939, au prix de $45,000, un immeuble situé dans le centre des affaires, place Viger, où sont logés le Secrétariat et ses services.Enfin, l\u2019Union présentera un projet de loi à la prochaine session de la Législature pour obtenir l\u2019incorporation d\u2019une société mutuelle d\u2019assurances générales ayant les pouvoirs de faire toutes les opérations d\u2019assurance actuellement connues, à l\u2019exception de l\u2019assurance sur la vie.Cette société devrait opérer au cours de 1944.Mais l\u2019Union est loin d\u2019avoir épuisé la liste de ses projets.A mesure que ses moyens lui permettront d\u2019agrandir le champ de ses activités, elle multipliera les services.Avant longtemps la section féminine, initiative que réclament à grands cris les fermières, qui en ont assez de se faire mener par le bout du nez par certains ronds-de-cuir du ministère de l\u2019Agriculture.L\u2019on songe aussi à créer prochainement un service de colonisation et un office de comptabilité agricole.Durant l\u2019hiver de 1942-1943, l\u2019Union lançait parmi ses membres une souscription bénévole pour aider les cultivateurs de langue française habitant hors du Québec à s\u2019unir et à mettre sur pied des institutions économiques: caisses populaires, coopératives, mutuelles, etc.La souscription a rapporté tout près de mille dollars, somme qui servira à financer l\u2019expansion de l\u2019Union catholique des Cultivateurs franco-ontariens chez tous nos compatriotes d\u2019Ontario.Dès que l\u2019U.C.C.F.O.sera en mesure de marcher seule, le produit de cette souscription annuelle ira à d\u2019autres groupements agricoles de langue française.Le but ultime de cette ini- JANVIER 1944 tiative, c\u2019est de fonder d\u2019ici cinq ou dix ans une fédération nationale de toutes les associations agricoles de langue française du Canada qui ait autorité pour parler au nom des cultivateurs canadiens-français de tout le pays, et qui soit un foyer d\u2019expansion de la culture française et des principes sociaux catholiques.Il ne faut pas perdre de vue que les Canadiens français des Maritimes, de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest garderont leur langue et leurs traditions, progresseront en nombre et en influence à la condition qu\u2019ils restent sur la terre.Quand la terre est française, le pays est français ou en passe de le devenir.Les Cantons de l\u2019Est sont devenus français, non parce que les Canadiens français se sont emparés du commerce et de l\u2019industrie, mais parce qu\u2019ils ont acheté les terres des Loyalistes.Une fois la terre bien française, tout suit, car c\u2019est à partir du sol que doit se faire la conquête du reste de la vie économique.Cette vérité, l\u2019U.C.C.l\u2019a comprise, et elle a posé des actes plus éloquents que des discours.Si nos sociétés nationales lui donnaient un coup de main, elle ferait plus vite et mieux.Elle sollicite donc leur appui.Et voilà ce qu\u2019est l\u2019Union catholique des Cultivateurs, avec ses cadres, ses méthodes, ses principales réalisations.Tout cela s\u2019est accompli en dix-neuf ans, malgré dix ans de crise, avec des moyens très modestes, nullement comparables à ceux des autres groupements professionnels de chez nous ou de l\u2019étranger.Qu\u2019on songe que de 1924 à 1929 la cotisation n\u2019était que de cinquante sous; de 1929 à 1943 de deux dollars comprenant l\u2019abonnement à un journal hebdomadaire, et de trois dollars depuis un an.Malgré cela, l\u2019Union a réussi, en dix-neuf ans, à se ramasser un patrimoine évalué à une centaine de mille dollars.Il a fallu des prodiges d\u2019économie, surtout des miracles de dévouement.L\u2019agriculteur est pauvre en sous mais riche en charité chrétienne; il est lent à comprendre, mais quand il a compris, c\u2019est pour toujours.S\u2019il entreprend quelque chose, c\u2019est qu\u2019il y a réfléchi et qu\u2019il est convaincu d\u2019être dans la bonne voie.Alors, rien ne l\u2019arrête, ni obstacles, ni railleries, ni sacrifices de temps et d\u2019argent, pas plus que les souches, cailloux, épidémies, sécheresses ou tempêtes ne le rebutent dans son travail.Il dure parce qu\u2019il endure; il réussit parce qu\u2019il n\u2019attend pas après le succès: il va au-devant.Le clergé rural a sa large part dans le succès de l\u2019U.C.C.Curés et vicaires l\u2019ont soutenue contre l\u2019indifférence des uns et l\u2019hostilité des autres.Vivant dans le milieu, l\u2019œil ouvert sur les besoins et les misères de leur troupeau, ils ont vu dans l\u2019union le moyen le plus pratique de relever le bien-être de l\u2019homme des champs et, par delà les choses matérielles, d\u2019accroître sa vie intellectuelle et morale.Car tout se tient en agriculture, beaucoup plus que dans n\u2019importe quelle autre profession: la ferme est à la fois atelier de travail, foyer d\u2019éducation, centre de récréation.Pas de cloisons, pas de vie en double ou en triple.Si la famille est bonne, tout y est bon, même la terre la plus ingrate; si la famille est mauvaise, tout y est mauvais, même la terre la plus fertile.Le prêtre en contact avec l\u2019homme-nature saisit vite ces choses, et il se fait un devoir de ministère d\u2019appuyer de son savoir et de son autorité les œuvres économico-sociales qui ont pour but immédiat de relever le bien-être matériel de la classe agricole, et pour fin ultime de faciliter la pratique des vertus chrétiennes.Cela explique que l\u2019U.C.C.ait reçu de la hiérarchie et du clergé un appui indéfectible.Ses succès viennent en partie de là.La classe agricole se dirige lentement mais sûrement vers l\u2019institution du corporatisme social.Elle a déjà les éléments essentiels sur quoi appuyer les fondements de sa Corporation.Un de ces éléments, le principal sûrement à cause de son double aspect éducatif et économique, c\u2019est l\u2019Union catholique des Cultivateurs, qui défend, éduque et organise.21 HORIZON INTERNATIONAL REGARDS SUR 1943 LA VIE DE T JN COURT ENTREFILET 'de fOs-L\u2019ÉGLISE ^ servatore Romano annonce que du 23 novembre au 4 décembre le Vatican s\u2019est mis en retraite.Avec ses prélats, Pie XII assista aux conférences faites par le P.Ambrogio Fiocchi, jésuite milanais, auteur de plusieurs livres de piété.Le Pape, d\u2019ordinaire, ne prend pas place au milieu de l\u2019assistance; il écoute derrière un paravent.Après les points de méditation, Pie XII se retira dans son oratoire, se mit en présence de Dieu, bannit toute distraction, entra en prière.Cela dura dix jours, durant lesquels les bruits du monde s\u2019arrêtèrent en bas, à la porte de bronze où les suisses montent la garde.Les audiences étaient suspendues.Pie XII demandait humblement à Dieu de l\u2019aider à mieux gouverner l\u2019Église.Ce recueillement souverain est une des plus grandes leçons que le Pape donne au monde.Il faut, de temps à autre, arrêter son travail pour savoir où l\u2019on va.C\u2019est parce que le Pape demande conseil à Dieu qu\u2019on a confiance en lui.Rarement le Vatican entra en retraite en des circonstances aussi émouvantes.Durant l\u2019année, Pie XII vit Rome bombardée, et sa soutane fut alors ensanglantée.Il entendit les cris de détresse, de désespoir.Il sait que d\u2019innombrables églises, parmi les plus vénérables de la chrétienté, ont été détruites.Il a entendu les bombes sacrilèges éclater dans l\u2019enceinte sacrée du Vatican.Il entend gronder la révolution autour de lui, et il sait qu\u2019elle ne prépare guère que d\u2019autres ruines.Il ne prend pas part au conflit.Tout son effort va à rebâtir ce que d\u2019autres démolissent.C\u2019est la même chose un peu partout.Nous venons de relire un bon nombre de Pastorales, écrites par les évêques de divers pays, recueillies par l\u2019infatigable rédacteur de Noticias Catolicas.La collection est assurément incomplète, mais combien révélatrice! Les évêques n\u2019ignorent pas la guerre, mais ils n\u2019en parlent qu\u2019en passant.Leur sollicitude va tout entière à défendre la société contre les dangers qui la menacent du dedans.Ils s\u2019occupent moins des systèmes politiques que de la réforme des mœurs dans les individus, dans les familles, dans la société.En Europe axiste, c\u2019est avant tout une protestation contre la persécution.Nous avons cité, dans une chronique précédente, celles des évêques d\u2019Allemagne.Quand, au printemps, les Allemands réquisitionnèrent les cloches et déportèrent les ouvriers en Allemagne, tous les évêques de Belgique protestèrent en commun dans une Pastorale qui fut lue le 21 mars.La destruction des cloches est un sacrilège.Il est odieux d\u2019obliger les Belges à travailler contre leur propre patrie dans les usines allemandes.Deux mois après, le 12 mai, les églises de Hollande entendirent le même message.Les Hollandais étaient soumis à une déportation qui n\u2019avait pas de précédent dans l\u2019histoire.Les évêques remontaient à la captivité de Babylone pour trouver un terme de comparaison.En mai, toujours, les mesures antisémites promulguées par le gouvernement de Slovaquie, dont le président, hélas! est un prélat, donnèrent aux évêques de ce pays l\u2019occasion de réaffirmer les principes catholiques sur cette question.Ils défendirent Israël au nom de la loi natürelle et divine.La journée des_ absents a été une des institutions les plus touchantes de l\u2019Église de France.Durant l\u2019été dernier, surtout, hommes et jeunes gens furent envoyés en Allemagne s\u2019ajouter aux nombreux prisonniers de guerre qui travaillent aux usines ou dans les camps de concentration.Plusieurs prêtres s\u2019offrirent à les accompagner comme aumôniers.L\u2019administration allemande refusa.Ces prêtres, alors, partirent comme simples travailleurs.Durant la journée, ils partagent les labeurs de leurs compatriotes exilés.Avant et après le travail, ils exercent leur ministère.A l\u2019invitation des archevêques et évêques du pays, toute la France s\u2019unit, le 17 octobre, dans une journée de prière pour ceux qui ne sont plus au foyer.Quand le fascisme s\u2019effondra, en juillet dernier, les évêques à\u2019Italie recommandèrent aux catholiques, surtout aux membres de l\u2019Action catholique, le calme et l\u2019obéissance autant à l\u2019Église qu\u2019aux autorités constituées.Le cardinal de Milan demanda quatre garanties au nouveau régime: que les droits des individus fussent respectés, que l\u2019on maintînt les traditions religieuses, culturelles et politiques de l\u2019Italie, que l\u2019on respectât la mission providentielle de la Rome catholique et la liberté de l\u2019Église.Les cardinaux de Florence et de Naples soulignèrent une note identique.A Crémone, où le pape du fascisme, Roberto Farinacci, avait groupé les éléments les plus bruyamment anticléricaux du régime autour de son journal, Mgr Cazzani demanda aux fidèles de ne pas faire de coups violents, de ne pas troubler le nouveau Gouvernement.Personne ne peut éliminer d\u2019un trait de plume les terribles conséquences de la guerre.Depuis lors, Farinacci a relevé la tête et Mgr Cazzani a été mis en prison avec quelques-uns de ses prêtres.En Angleterre, la grosse préoccupation est celle de l\u2019éducation.Le Gouvernement a publié un White Book en faveur de l\u2019école unique.Il s\u2019agit, paraît-il, d\u2019assurer à tous les citoyens l\u2019égalité d\u2019opportunités.Comment cela s\u2019obtiendra par l\u2019uniformité totalitaire des écoles, c\u2019est ce que personne ne comprend.Les catholiques, qui ont déjà fait d\u2019énormes sacrifices pour créer leur système d\u2019éducation, sont résolus à ne pas reculer.Tous les évêques d\u2019Angleterre et de Galles ont signé à l\u2019unanimité la promesse qu\u2019ils n\u2019abandonneront pas leurs écoles catholiques, qu\u2019ils sont résolus à tous les sacrifices pour les maintenir.La bataille sera très dure, car les ouvriers du Trades Union Congress, le Parti travailliste, les coopératives et d\u2019autres associations semblent décidés à faire pression de toutes leurs forces pour ôter, aux parents catholiques le droit d\u2019envoyer leurs enfants à des écoles catholiques.Qu\u2019une telle tyrannie se propose en Grande-Bretagne, à travers la Mother of Parliaments, c\u2019est là quelque chose d\u2019inouï.Les mêmes tendances se manifestent ailleurs, où flotte l\u2019Union Jack.Avec une énergie toute dominicaine, Mgr Finbar Ryan, o.P., évêque de Trinidad, réfuta le Memorandum on Education, rédigé par le Comptroller en charge du développement et du bien-être des Indes occidentales.Il répéta l\u2019énergique protestation des évêques anglais: « Nous ne lâcherons pas nos écoles, quels que soient les sacrifices qu\u2019on nous demande pour les maintenir.Telle est notre détermination irrévocable.» Laissons de côté les multiples discours faits par de nombreux évêques des États- Unis en diverses occasions pour nous arrêter à la solennelle Pastorale collective du 12 novembre.Les évêques se tiennent en dehors de toute politique.Après avoir rappelé la déclaration catholique, protestante et juive sur les principes essentiels qui doivent présider à une juste paix, et souligné le retentissement qu\u2019elle a eu dans le pays, ils écrivent une page splendide sur le droit naturel, la primauté de la loi morale, la souveraineté de Dieu.Ceux qui soutiennent que les principes, c\u2019est beau, tandis que la réalité, c\u2019est autre chose, liront utilement cette leçon de morale.Si les États ne veulent pas devenir un instrument des forts pour opprimer les faibles, les gouvernements doivent commencer par respecter la loi.Ainsi le veut la grande tradition américaine.Le laïcisme a désorganisé notre monde occi- 22 RELATIONS dental en mettant la loi morale de côté, en bousculant le Sauveur de la vie publique, en sacrifiant tout à l\u2019opportunisme.C\u2019est pourquoi il n\u2019y a pas progrès, mais désordre social.Dans le domaine international, la loi morale rappelle la fraternité humaine, l\u2019égalité des races devant Dieu.De ce principe, les évêques tireront de fortes conclusions sur l\u2019attitude à prendre vis-à-vis des Noirs, des nations hispano-américaines.Au nom du même principe, tout au début de leur Pastorale, ils avaient exprimé quelque inquiétude au sujet des accords de Moscou.La grande Pastorale collective des évêques du Mexique a été consacrée aux missions.Il y a là quelque chose de très beau.Le Mexique commence à peine à respirer d\u2019une longue persécution.Il ne s\u2019est pas encore relevé de ses ruines.Ainsi, durant l\u2019année, l\u2019évêque de Tabasco s\u2019adressa à la charité de ses confrères pour obtenir de quoi bâtir une chapelle, l\u2019archevêque de Puebla organisa une Semaine d\u2019études sur les vocations sacerdotales, la plupart des évêques durent donner des instructions sur la faculté de dire trois messes le dimanche.Malgré tout, le Mexique se prépare à prendre la place, en pays missionnaires, de ceux que l\u2019Europe dépeuplée, appauvrie, désemparée ne pourra plus envoyer.La Pastorale, qui a une très grande allure doctrinale, étudie la nature de l\u2019Eglise qui est d\u2019évangéliser toutes les nations.\u2014 Durant les mois d\u2019été, tous les évêques publièrent, chacun dans leur diocèse, les normes arrêtées par le comité épiscopal sur la participation des catholiques aux mouvements civiques et politiques.La hiérarchie n\u2019engage pas sa responsabilité dans ces mouvements; elle enseigne aux fidèles les principes religieux d\u2019action civique sans intervenir dans l\u2019action elle-même; si une organisation civique s\u2019écarte de la loi morale, elle dénoncera le fait aux fidèles.Les prêtres donneront à ces associations l\u2019assistance religieuse, mais sans s\u2019immiscer dans les affaires purement civiques; dans les cas difficiles, les prêtres devront consulter l\u2019Ordinaire du lieu.Au début de l\u2019année, l\u2019archevêque de Gaudalajara avait encouragé les conscrits à faire une retraite avant de partir à l\u2019armée.Il leur demandait quatre résolutions: fréquenter les sacrements; correspondre souvent avec leurs familles; ne pas entrer dans la franc-maçonnerie ou quelque autre secte condamnée; se mettre en rapport avec les aumôniers militaires.On croyait, alors, qu\u2019il y aurait des aumôniers dans l\u2019armée mexicaine.Avec sa brutalité coutumière, le général Cardenas, ministre de la Guerre, expliqua que le Mexique n\u2019avait pas besoin d\u2019aumôniers, que la situation n\u2019était pas la même qu\u2019aux États-Unis, où les aumôniers militaires étaient autorisés.Le 28 juillet, l\u2019archevêché de Guadalajara donna une autre série d\u2019instructions aux jeunes gens, à leurs parents, aux prêtres, aux catholiques en général.Elles ressemblent, dans une mesure considérable, à celles que donnèrent les évêques allemands quand les Nazis mobilisaient la jeunesse dans les camps de travail.L\u2019un après l\u2019autre, les diocèses mexicains se consacrent au Cœur Immaculé de Marie.Quand la Vierge apparut à Fatima (Portugal) au cours de la dernière guerre, elle demanda que le genre humain fût consacré à son Cœur Immaculé.Pie XII le fit en décembre dernier.Les évêques suivent.Quelques-uns d\u2019entre eux, notamment celui de Chihuahua, écrivirent de longues Pastorales à ce sujet.\u2014 La propagande protestante, au Mexique comme dans toute l\u2019Amérique Latine, préoccupe les évêques.L\u2019évêque de Durango énuméra les points sur lesquels les protestants se séparent de l\u2019Église catholique.Il concluait en interdisant aux catholiques, sous peine de se voir refuser les sacrements, d\u2019envoyer leurs enfants dans des écoles protestantes.\u2014 L\u2019évêque de Tehuantepec, à l\u2019occasion du Carême, se livra à une étude très poussée sur les Témoins de Jéhovah.Il attira l\u2019attention de ses fidèles sur la propagande communiste, sur les erreurs JANVIER 1944 causées par la fausse philosophie allemande du siècle dernier, et qui eurent tant de retentissement au Mexique.\u2014 L\u2019évêque de Vera-Cruz s\u2019occupe de la sanctification du dimanche par l\u2019assistance à la messe et le chômage.Sa dénonciation des abus qui prévalent chez lui est éloquente.C\u2019est à peu près ce que nous lisons dans les publications de notre Ligue du Dimanche.En Amérique centrale, citons d\u2019abord la grande Pastorale de Mgr Rossell, archevêque de Guatemala, sur la famille.Le cinéma païen, les chansons plus ou moins malpropres, mais jamais artistiques, qui s\u2019entendent partout, les romans à bon marché où l\u2019on exalte le divorce, l\u2019adultère et le compagnonnage, les modes indécentes, etc., détruisent, chez les jeunes, le sentiment de la pudeur.Si les enfants ne respectent plus leurs parents, c\u2019est que l\u2019éducation a été faussée.En octobre suivant, Mgr Rossell publia une nouvelle Pastorale, cette fois, dans le but de demander des prières aux intentions du Souverain Pontife.\u2014 Les évêques du Salvador établirent l\u2019Action catholique sur une base nationale.A l\u2019exemple de l\u2019Action catholique italienne, et comme presque dans tous les pays du monde, il y a quatre grandes sections: hommes, femmes, jeunes gens, jeunes filles.\u2014 En octobre, Mgr Chavez, archevêque de San-Salvador, traita du Rosaire, du Jour des Missions, et du Christ-Roi dans une grande Pastorale doctrinale.Enfin, le 20 octobre, les trois évêques de la minuscule république décrétèrent que le jour du Christ-Roi serait une journée nationale de prières pour la paix, le Pape et la patrie.\u2014\tNous avons discuté longuement, dans un numéro précédent, l\u2019attitude de Mgr Sanabria, archevêque de Costa-Rica, au sujet du communisme et du nouveau Parti de Y Avant-Garde populaire.En mai, autre Pastorale, cette fois, sur la dévotion à la Vierge Marie.\u2014 Dans le vicariat apostolique de Limon, toujours au Costa-Rica, Mgr Lodendahl s\u2019en prend à la propagande protestante.Il n\u2019a rien à dire au sujet des protestants paisibles qui vivent au Costa-Rica depuis toujours.Les évangélisateurs méprisants, qui traitent les catholiques ibéro-américains comme s\u2019ils étaient des sauvages, ont le don de mettre à l\u2019épreuve la patience de tous les évêques.Mgr Odendhal, paisiblement, fait un cours sur la primauté du Pape.Dans l\u2019île de Saint-Domingue, Mgr Pittini fit sa Pastorale du Carême sur le Notre Père.Il y trouva la pleine réfutation de toutes les erreurs qui ont mis le monde où il est, le libéralisme doctrinal, le socialisme, le nazisme.Contre ces systèmes, il trouve dans le Notre Père tout ce qu\u2019il faut pour régénérer l\u2019individu, la famille et la société.Il demande à tous ceux qui en sont capables de prêcher ces vérités au peuple, à tous de prier.L\u2019évêque de Camaguey {Cuba) met ses fidèles en garde contre le spiritisme.On parlait d\u2019établir dans sa ville épiscopale une « clinique d\u2019âmes ».Traversons le Panama et nous voici en Colombie.De l\u2019archevêque de Bogota, une importante circulaire, au début du Carême, sur l\u2019enseignement du catéchisme dans les écoles; un peu plus tard, il condamne une « église catholique libérale ».Après le bombardement de Rome, il recommande les prières suivantes pour le Pape: assistance régulière à la messe; permission aux prêtres d\u2019exposer le Saint Sacrement lorsque les fidèles viennent nombreux à l\u2019église; promouvoir de nombreuses communions d\u2019enfants; recommandation aux fidèles et aux communautés religieuses de réciter le chapelet.\u2014\tL\u2019archevêque de Medellin s\u2019adressa particulièrement aux pères de famille, aux propriétaires de théâtres, aux directeurs de journaux et de postes émetteurs et au public en général sur le cinéma malpropre, les comédies scandaleuses, et la vente de littérature pornographique.\u2014 L\u2019archevêque de Nue va Pamplona s\u2019occupa de la corruption des mœurs, du prosélytisme maçonnique et protestant.La même note revient dans la Pastorale de Carême de Mgr Diaz, évêque 23 de Cali, qui écrivit sur la maçonnerie et sur le mariage chrétien, menacé par elle.\u2014 Au début de l\u2019année, Mgr Madri, évêque de Garzon, traita de la modestie.Détachons cette phrase magnifique: « Ce n\u2019est pas seulement aux prêtres qu\u2019il convient de travailler pour que la femme reste honnête; les pères de famille doivent être les prêtres du foyer, et reconnaître que la formation morale de leurs filles dépend d\u2019eux plus que de toute autre personne.» En Équateur, Mgr de la Torre, archevêque de Quito, dénonce la propagande protestante comme opposée à l\u2019unité spirituelle de la nation.\u2014 Le grand événement de l\u2019année, au Pérou fut le troisième Congrès Eucharistique National, préparé par une Pastorale collective sur l\u2019Eucharistie.Là se trouve le remède aux maux qui détruisent la société, la semence qui fera germer les saints.Les évêques du Chili, dans leur Pastorale de mai, préparèrent le Congrès National du Catéchisme, qui devait avoir lieu du 8 au 12 octobre.A deux reprises, Mgr Larrain, évêque de Talca (Chili), écrivit durant l\u2019année sur les Exercices spirituels, les recommandant comme école d\u2019hommes courageux, de chefs et de héros.Très nombreuses furent les Pastorales en Argentine.Ici, comme en Colombie, les évêques insistent sur la vie chrétienne, l\u2019esprit familial, le relèvement des mœurs.Le 25 juillet parut une Pastorale collective pour annoncer le IVe Congrès Eucharistique National.\u2014 De Mgr Chimento, archevêque de la Plata, une importante Pastorale sur la formation religieuse de l\u2019enfance.\u2014 Mgr Firmin Lafitte, archevêque de Cordoba, traite de la vie chrétienne, qui commence avec le baptême.« Dans la famille, l\u2019autorité du père vient de Dieu, « source de toute paternité » ; la fidélité de l\u2019épouse, la tendresse de la mère se maintiennent par la grâce d\u2019un « grand sacrement »; la piété filiale se trouve sous la garde d\u2019un précepte divin.» Il recommande à ses diocésains de ne pas vivre « à l\u2019aventure ».\u2014 Autre pastorale sur la famille de Mgr Caggiano, l\u2019évêque de Rosario; celle-ci est menacée par le déclin de l\u2019autorité paternelle, les danses publiques, les jeux de hasard, le chômage, l\u2019insuffisance du salaire, le manque des articles de première nécessité.« En réalité, le principe constitutif essentiel de l\u2019humanité n\u2019est pas l\u2019homme, mais la famille dans laquelle l\u2019homme naît, est élevé, et éduqué dans l\u2019amour indissoluble du père et de la mère.» Pour remédier aux maux qui menacent la famille, l\u2019évêque recommande la prière.Grave devoir pour les pères de famille dont beaucoup ont cessé de pratiquer leur religion.L\u2019évêque parle d\u2019une « sinistre conspiration » contre la famille par les divertissements malsains.Il est terrifié de voir l\u2019effronterie avec laquelle l\u2019immoralité s\u2019affiche.Telle fut la Pastorale de Carême.Plus tard, Mgr Caggiano consacra lui aussi son diocèse au Cœur Immaculé de Marie.\u2014 Au moment où la province de Mendoza fut politiquement établie, en février 1943, l\u2019évêque de cette ville annonça des prières publiques pour que la Constitution du nouvel État ne contienne rien qui soit opposé à la doctrine chrétienne.« Il n\u2019est ni équitable, ni juste que les enfants de 95% des pères de famille soient exclus de l\u2019enseignement religieux à l\u2019école publique, sous prétexte que les autres parents protesteraient.» Le Gouvernement doit veiller au bien commun.Les lois imposées par le caprice ou l\u2019ignorance de la multitude ne sont pas des lois.\u2014 Le même sujet, l\u2019Église, l\u2019État et la politique, fut traité quelques semaines après par Mgr Hanlon, évêque de Catamarca.Les rapports entre l\u2019Église et l\u2019État doivent souffrir quelque difficulté, aujourd\u2019hui, en Argentine.L\u2019archevêque de Montevideo (Uruguay) écrivit sa Pastorale de Carême sur le christianisme intégral.Quelques mois après, il reprit la plume pour encourager le recrutement du clergé.Le manque de prêtres est tel que 95% des enfants ne reçoivent pas l\u2019enseignement religieux; 50% des foyers ne 24 sont pas constitués suivant la loi de l\u2019Église.En moyenne, il y a un prêtre pour douze mille fidèles.\u2014 L\u2019évêque de Salto, Mgr Viola, condamne le paganisme comme cause de tous les malheurs.Il le trouve dans le communisme, dans le nazisme, dans le libéralisme doctrinal et pseudo-démocratique qui met sur un pied d\u2019égalité Dieu et Barrabas.\u2014 Du Paraguay, Mgr Bogarin, archevêque d\u2019Asuncicn, tonne contre les propagandistes du protestantisme qui, « une fois chez nous, attaquent publiquement nos croyances, insultent les prêtres, outragent nos traditions chrétiennes, tout comme s\u2019ils étaient les maîtres et nous les esclaves, s\u2019ils étaient savants et nous ignorants ».Deux évêques polonais consacrèrent eux aussi au Cœur Immaculé de Marie leur chère patrie; ils demandèrent à la Vierge de veiller sur l\u2019Action catholique, « nos personnes, notre armée, notre pays ».Il n\u2019y a pas, naturellement, de Pastorale d\u2019évêque catholique russe ! Rome y supplée en faisant émettre chaque semaine, de Radio-Vatican, une conférence religieuse à l\u2019adresse de la Russie.La petite prière suivante a été recommandée à tous les fidèles: « Nous t\u2019adorons, ô Très Sainte Trinité, et par l\u2019Intercession de Marie, nous t\u2019offrons notre prière.A tous, donne l\u2019unité de la foi et le courage de la confesser sans hésitation.» Telles sont les Pastorales non canadiennes dont nous avons eu connaissance.Toutes insistent sur les vieilles vérités fondamentales: la prière, l\u2019intégrité des mœurs, la sainteté du mariage, l\u2019éducation religieuse des enfants, le devoir de gouverner selon la loi de Dieu.Les ennemis sont innombrables.En Europe, c\u2019est le nazisme qui viole les consciences.En Amérique latine, les propagandistes du protestantisme travaillent à faire apostasier les chrétiens, sans se douter qu\u2019un catholique qui se laisse acheter deviendra tout au plus un incrédule militant, jamais un chrétien plus fervent.Partout, on retrouve les corrupteurs de la jeunesse, les exploiteurs du dévergondage, les metteurs en scène des mauvais cinémas, des mauvaises comédies, des danses malpropres qui, sans être toujours directement corruptrices, émoussent le sens de la pudeur.Curieusement, les États qui se préoccupent de ce problème sont rares.La protection de la loi, en général, est accordée au trafiquant d\u2019immoralité, tant qu\u2019il ne dépasse pas certaines limites obscènes (et parfois même s\u2019il les dépasse), tandis que celui qui voudrait nettoyer les rues et les kiosques ne rencontre que des obstacles.Presque dans tous les pays, les évêques luttent pour le droit des catholiques de faire élever chrétiennement leurs enfants.D\u2019où vient cet acharnement contre l\u2019enseignement de la religion dans les écoles?Pourquoi tant de politiciens veulent-ils chasser le Christ des salles de classe?Serait-ce qu\u2019une jeunesse athée est plus patriotique, plus obéissante vis-à-vis du pouvoir constitué?Ce laïcisme scolaire est la grande menace de notre époque.Tout aussi fatal est le laïcisme politique.Quand les gouvernants d\u2019un pays mettent au second plan les préceptes de la morale, la politique devient rapidement un jeu malpropre, où les plus roués et les plus violents dominent, où les faibles sont écrasés.Droit, justice, vérité, tel est l\u2019universel message de l\u2019Église.Et ce qu\u2019il y a de plus consolant, c\u2019est encore la consécration de tant de diocèses au Cœur Immaculé de Marie.P.-S.\u2014 Emilien Yaroslavsky mourut le 4 décembre à Moscou.Il eut dix lignes dans un coin perdu des journaux.On dit qu\u2019il parla souvent au nom du Comité central du Parti communiste, qu\u2019il fut député au Soviet suprême.On a oublié qu\u2019il fonda l\u2019Union des Athées Militants, une organisation qui groupa, entre 1930 et 1933, près de six millions de membres dans la seule Russie.Il fut, en son vivant, un ennemi acharné du christianisme; il mourut, comme naguère Émile Combes, dans la plus noire obscurité.Joseph-H.Ledit.RELATIONS LE CINÉMA « WATCH ON THE RHINE » Jean VALLERAND IA MAJORITÉ des films actuellement produits par les stu-dios de cinéma des Etats-Unis sont inspirés, directement ou indirectement, par la guerre.Évidemment le sujet peut être traité de bien des façons différentes.Quelques films promènent les spectateurs sur les champs de bataille du monde, de France en Angleterre, d\u2019Afrique en Russie, de Chine en Norvège.Nous avons eu des films sur la guerre aérienne d\u2019Angleterre, sur la guerre sous-marine dans le nord de l\u2019Atlantique; nous avons eu des films sur la plupart des grandes batailles de la guerre.On a épuisé cependant l\u2019originalité des scènes de combat.Le spectateur se lasse vite des attaques à la baïonnette, des charges de chars d\u2019assaut et des éclatements d\u2019obus: les horreurs de la guerre n\u2019attirent plus les cinéphiles.Aussi les films de guerre où dominent les scènes de combats se font-ils de plus en plus rares.Les firmes cinématographiques se sont mises à exploiter une autre veine.Il court, dans le monde allié, des rumeurs multiples et diverses sur les mouvements de résistance dans les pays européens occupés par les Allemands.L\u2019histoire authentique de ces mouvements ne sera connue que bien après la fin des hostilités, si jamais elle est connue.Pour le moment nous sommes, à ce sujet, en pleine légende.Le terrain d\u2019exploitation était donc tentant pour le cinéma et les scénaristes ne se sont pas fait prier.Dans ce domaine, la fantaisie la plus complète est permise.Le scénariste qui entreprend de raconter par le cinéma la bataille de Bataan est maintenu dans certaines limites déterminées par la vérité historique.S\u2019il s\u2019agit de décrire les réactions de la population d\u2019un petit village norvégien imaginaire occupé par les Allemands, la liberté d\u2019invention est plus grande.Les scénaristes n\u2019ont pas manqué d\u2019exploiter cette liberté.Ils l\u2019ont fait parfois avec intelligence et tact; ils sont aussi\u2014et ce fut le plus souvent le cas\u2014 tombés dans des erreurs grossières.Il est une autre légende que l\u2019on a exploitée abondamment: celle des espions et des saboteurs.Ces personnages existent, tout le monde est d\u2019accord là-dessus.Leur activité n\u2019est cependant pas connue jusque dans le moindre détail de ceux dont ce n\u2019est pas le métier de s\u2019adonner au contre-espionnage.Les scénaristes avaient, ici encore, le champ absolument libre.Ils en ont profité.Cette source d\u2019inspiration n\u2019a guère produit que deux ou trois films de valeur.La plupart du temps, les scénaristes ont continué de cultiver l\u2019invraisemblance caractéristique des films policiers.Tout récemment passait sur un écran montréalais un film inspiré par le mouvement anti-nazi en Allemagne.Watch on the Rhine élabore un vieux thème, mais sur une formule nouvelle.Le scénariste s\u2019est écarté des sentiers battus.L\u2019action du drame se situe aux États-Unis, à Washington.Exception faite d\u2019une scène ou deux qui se passent à l\u2019ambassade allemande (nous sommes avant Pearl-Harbor) tout le reste de l\u2019action se déroule dans le bourgeois décor d\u2019une maison privée.Nous sommes donc loin des caves où des patriotes travaillent en secret contre une Gestapo vigilante; dans Watch on the Rhine point de poursuites ni d\u2019échanges de coups de pistolets sur des quais obscurs.Tout le drame est dans les personnages, tout l\u2019intérêt du film est concentré sur les êtres humains qui le peuplent.Il y a là un Allemand qui, toute sa vie, a combattu le nazisme; sa femme, une Américaine; sa belle-mère; son beau-frère; un comte roumain chevalier d\u2019industrie et sa femme.Le drame va se jouer tout entier entre ces personnages, sans coups de théâtre, sans deus ex machina, sans que l\u2019action ait besoin, pour progresser, d\u2019événements sensationnels ou de miracles.Au fait, ces personnages ne s\u2019occuperaient pas du tout à la politique qu\u2019ils demeureraient encore intéressants.Et voilà précisément où est la valeur de Watch on the Rhine.Quelques spectateurs retiendront sans doute l\u2019intrigue dans son seul aspect politique.D\u2019autres iront plus loin et découvriront ce que ce film possède de vraiment remarquable: l\u2019analyse humaine des caractères.Certes, nous suivons sans ennui les aventures d\u2019un patriote aux prises avec un maître-chanteur.Nous sommes infiniment plus émus par le caractère de ce patriote, par son climat humain.Nous nous émouvons aussi au spectacle de dévouement et d\u2019amour que présente sa femme.Le véritable amateur de théâtre tirera aussi un plaisir esthétique de qualité des analyses psychologiques dramatiques qui portent sur le comte roumain, sur la belle-mère américaine et sur tous les personnages.Car il n\u2019en est pas un seul qui ne soit analysé, fouillé jusqu\u2019au plus profond de son âme.Avant d\u2019être une histoire de guerre, Watch on the Rhine est en effet une pièce de caractères.Comme histoire de guerre ce film est bien fait et il peut servir de modèle de bon goût à tous les scénaristes qui aborderont ce genre.S\u2019il n\u2019était qu\u2019une histoire de guerre, il serait vite oublié comme tous ces autres films qui n\u2019ont qu\u2019une valeur de documentation romancée et qui perdront tout leur intérêt aussitôt après la guerre.Watch on the Rhine pourra, dans dix ans, revenir sur nos écrans et nous le reverrons avec la même émotion.Nous sourirons sans doute de sa technique, qui, à ce moment, sera devenue désuète.Le drame humain qu\u2019il décrit ne peut perdre, lui, de son actualité.Les personnages principaux sont presque classiques: leur conflit en est un entre le patriotisme et l\u2019amour familial.Ce conflit est de tous les temps et de toutes les latitudes.Watch on the Rhine n\u2019est pas un film parfait.L\u2019intrigue est assez invraisemblable.Nous avons peine à admettre la possibilité de cet Allemand qui transporte sur lui plusieurs milliers de dollars destinés à commanditer le mouvement de révolte en Allemagne et qui doit, à peine arrivé aux États-Unis, retourner faire face aux nazis afin de porter cet argent à destination.Nous avons peine à croire qu\u2019aux États-Unis les agents étrangers à la solde du nazisme, par conviction ou corruption, puissent impunément ennuyer les honnêtes gens.Mais, encore une fois, tout cela importe peu.L\u2019intrigue n\u2019est qu\u2019un prétexte à analyse psychologique.Et comme peinture de types humains, Watch on the Rhine est une réussite complète.Tous les patriotes anti-nazis qu\u2019a présentés jusqu\u2019à présent le cinéma américain étaient bâtis de fer: rien ne pouvait les émouvoir et ils allaient au-devant de la mort avec l\u2019indifférence qu\u2019un fonctionnaire met à se rendre à son bureau.Dans Watch on the Rhine, le scénariste a été plus vraisemblable.Devant la lutte, le héros hésite, il a peur, il pense à sa femme, à ses enfants.En un mot, il est un homme et cela ne lui enlève rien de sa grandeur.Au contraire, son sacrifice est plus émouvant du fait qu\u2019il est conscient.Qu\u2019il s\u2019agisse de cinéma, de roman ou de théâtre, les œuvres valent par le message humain qu\u2019elles contiennent.Watch on the Rhine renferme un tel message.C\u2019est ce message que devront retenir les cinéphiles.JANVIER 1944\t25 LIVRES RÉCENTS PEDAGOGIE Abbé C.-E.Roy: Organisation catéchistique.\u2014 Montréal, Éditions Beauchemin, 1943.478 pp., 24 cm.T~\\ANS UN PRÉCÉDENT volume, Méthode pédagogique de ' Venseignement du catéchisme (1935), l\u2019auteur s\u2019appliquait à convaincre les éducateurs qu\u2019à la lumière des principes thomistes et à l\u2019exemple des grands catéchistes, surtout du Christ, la seule méthode rationnelle dans l\u2019enseignement du catéchisme était la méthode inductive intégrale.Ce principe capital étant pratiquement admis par tous actuellement, il est dès lors nécessaire d\u2019envisager dans toute sa complexité le problème si difficile de l\u2019enseignement catéchistique des enfants de 8 à 13 ans.Pour amener à un esprit de compréhension et de collaboration les diverses catégories de personnes susceptibles d\u2019assurer à l\u2019organisation catéchistique toute son efficacité, l\u2019auteur traite de l\u2019évolution historique de l\u2019enseignement religieux, des personnes dont le devoir est de s\u2019occuper de cet enseignement, de la façon rationnelle de s\u2019en occuper, et des moyens indiqués par l\u2019Église pour en assurer l\u2019efficacité.Esprit lucide et pénétrant, dégagé de tout préjugé, M.l\u2019abbé Roy apporte à son argumentation une masse de documents pontificaux et conciliaires, de faits historiques, dont l\u2019interprétation scientifique et judicieuse laisse peu de place aux objections.Cette abondante documentation, bien que justifiable pour traiter le problème dans toute son ampleur, alourdit fatalement la lecture de certains chapitres déjà arides par leur caractère scientifique.Mais ceux qui, pour obéir aux pressantes exhortations des Papes et évêques en faveur de la rénovation de l\u2019enseignement catéchistique, veulent travailler à ce problème vital, ne peuvent ignorer ce volume unique sur le sujet et traité avec une rare maîtrise.L\u2019Immaculée-Conception.Gérard La vigne.Le Maître et PÉlève.Troisième Congrès annuel, 24-27 juin 1942.\u2014 Ottawa, Éditions du Lévrier, 1942.201 pp., 23 cm., $1.50.T ES HUIT LEÇONS données au Troisième Congrès annuel sur les méthodes scientifiques dans l\u2019éducation.Elles portent sur l\u2019acquisition progressive de connaissances et habitudes nouvelles par l\u2019enfant: ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler le problème de l\u2019apprentissage.A se fier au titre, on pourrait s\u2019attendre à autre chose.Ce sont des synthèses très riches, d\u2019allure souvent philosophique, intéressantes au plus haut point pour le professionnel de l\u2019éducation, et tout autant, sinon plus, pour le philosophe.La qualité de leurs auteurs, tous universitaires distingués, suffit à en assurer la haute tenue scientifique: le P.Edmond Gaudron, o.F.M., le Dr Antonio Barbeau, le P.Noël Mailloux, o.p., le P.Robert Brennan, o.P., M.Charles Bilodeau, M.Lawrence Dayhaw, M.l\u2019abbé Irénée Lussier, le Dr Rudolf Allers.Ces travaux sont écrits par des spécialistes pour des spécialistes, et la lecture n\u2019en est pas facile.Elle suppose dans presque tous les cas une sérieuse préparation technique.Quelques articles même, tels ceux du P.Gaudron et du P.Mailloux, demandent toute l\u2019application d\u2019une étude véritable.Ils méritent sans conteste cet effort, et nos éducateurs ont tout à gagner à le faire.Je crois utile de relever ici une méprise dans l\u2019article de M.Bilodeau.D\u2019autant qu\u2019il est bien fait, et que certaines de ses conclusions en pourraient recevoir une autorité accrue qu\u2019elles ne méritent pas toutes au même point.L\u2019auteur étudie le transfert, c\u2019est-à-dire la portée générale, dans toutes les activités humaines, d\u2019une aptitude développée dans un domaine particulier.Des défenseurs bien intentionnés du cours classique ont voulu y trouver la raison de sa valeur éducative.Mais dire, comme M.B., que « pendant des siècles, les pédagogues ont cru à un transfert considérable et automatique » (p.131), c\u2019est au moins une inexactitude historique.Il ne s\u2019agissait pas du tout, pour les anciens, « d\u2019élever un entraînement particulier à un niveau général » (p.127).Ils prétendaient bien se mettre d\u2019emblée à ce niveau général: apprendre 26 à parler, à écrire, maîtriser sa langue et, par elle, sa pensée, ce n\u2019est pas un entraînement particulier qui ait besoin de « transfert ».C\u2019est une habileté primordiale, d\u2019application universelle, que présuppose normalement l\u2019initiation à une technique particulière.Ajoutons qu\u2019elle ne dispense pas de cette initiation, qui seule peut l\u2019adapter au monde réel.Les éducateurs des siècles passés ne cherchaient donc pas un transfert du latin au français.Pas plus d\u2019ailleurs que leurs continuateurs d\u2019aujourd\u2019hui.Ce n\u2019est pas la place d\u2019expliquer le rôle du latin, que M.B.paraît mal comprendre.En quoi il est bien excusable.Depuis un siècle et demi que la tradition classique lutte contre l\u2019injection massive de matières dites pratiques, il serait bien étonnant qu\u2019il n\u2019en eût résulté aucun gauchissement des disciplines, aucune confusion dans les principes.Plus que toute autre cause y auront contribué les mauvais maîtres du siècle dernier, dont l\u2019irréflexion réclamait de l\u2019utile, du pratique, sans souci de cet utile infiniment plus pratique qu\u2019est une culture humaine.U Immaculée-Conception.Robert Picard.MORALE ET ESSAIS Thomas GREENWOOD: Essais sur la Pensée géométrique.\u2014 Ottawa, Éditions de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1943.99 pp., 23.5 cm.T~\\ANS CET OUVRAGE sont réunies quatre études, déjà pu-bliées par la Revue Trimestrielle Canadienne.Il faut être familier avec les divers systèmes géométriques et leurs auteurs pour saisir les allusions et suivre la pensée de M.Greenwood dans son déroulement.La lecture de ces pages n\u2019est pas facile: ce n\u2019est ni un roman, ni une vulgarisation; I\u2019A.s\u2019adresse à ceux qui veulent réfléchir (philosophes et mathématiciens) sur le point de départ de la géométrie d\u2019Euclide et d\u2019une géométrie générale; il n\u2019a pas pitié du lecteur moyen.L\u2019axiomatique classique a pu être élargie de façon à rendre possibles plusieurs géométries.Toutes ont une valeur formelle, mais l\u2019euclidienne est surpassée par la riemanienne dans l\u2019adaptation à l\u2019univers physique.Le postulat d\u2019Euclide n\u2019est pas un intouchable au point qu\u2019il soit le seul possible.Voilà quelques considérations intéressantes, et il y en a bien d\u2019autres.M.Greenwood a tenu compte à la fois des exigences de la science géométrique actuelle et de la philosophie scolastique.« La vraie sagesse, écrit-il, consiste à bien analyser ces progrès (mathématiques), à y préciser les distinctions qu\u2019ils comportent pour éviter des erreurs d\u2019interprétation, et enfin, à tenter d\u2019annexer tous leurs éléments positifs aux principes de la vraie philosophie.» Souhaitons qu\u2019à la lumière de cette sagesse se construise chez nous une saine philosophie des sciences.L\u2019Immaculée-Conception.\tFrédéric Saintonge.René Biot: Au service de la personne humaine.\u2014 Joigny, Éditions Vuilliez, 1933; Montréal, Granger Frères, 1943.334 pp., 19 cm.UNE RÉÉDITION des conférences de déontologie médicale données à Lyon en 1933 aux infirmières et aux travailleuses sociales.Le Dr Biot, catholique convaincu, veut procurer à ces précieuses auxiliaires du médecin une véritable connaissance de la morale professionnelle, une haute culture qui illumine leur foi et leur obéissance à l\u2019Église, gardienne des mœurs.Or un solide savoir moral n\u2019est point fait d\u2019idées disparates, à la manière d\u2019un catalogue de recettes, mais générales, centrales, bien reliées entre elles.D\u2019autant plus que les cas pratiques, s\u2019ils peuvent se classer par catégories, restent tous très individuels en leurs circonstances multiples, et requièrent dès lors un esprit alerte, qui discerne dans la transparence des principes la solution exacte.Pour réussir cette espèce « d\u2019improvisation préparée », il faut une étude préalable des cas-catégories, étude nécessairement fragmentaire, mais que l\u2019auteur excelle à grouper autour d\u2019une idée de premier plan: l\u2019infirmière ne soigne pas un vivant, mais une personne humaine.Qu\u2019elle considère cette personne dans ses différents droits, et elle trouvera ses principaux devoirs professionnels.RELATIONS C\u2019est un volume solidement bâti, sérieux et de doctrine sûre.Mais quels qu\u2019en soient les mérites, il n\u2019est pas complet.On y cherche en vain quelque chose sur l\u2019administration du baptême d\u2019urgence.Lacune plus grave encore: on n\u2019y trouve qu\u2019une notion très élémentaire de la conscience; rien sur le volontaire et la responsabilité.Questions de morale médicale, dira-t-on! Certes, et c\u2019est là précisément l\u2019inconvénient de toute déontologie au sens plus ou moins profane; c\u2019est toujours une éthique, ou guère plus, fût-elle de première valeur.L\u2019infirmière n\u2019y puisera pas une vraie science morale qui lui permette de juger son cas à elle dans l\u2019exercice de sa profession.Nous continuons à préférer les auteurs de chez nous, tels le R.P.Larochelle et M.l\u2019abbé Dufort, comme plus aptes à former complètement une infirmière catholique.Malgré une présentation plus didactique et une saveur littéraire moins prononcée, ils sont définitivement plus solides et plus formateurs.Qu\u2019ils demeurent le premier choix; ensuite on peut lire avec profit des ouvrages comme celui du Dr Biot.T, j\t~\t.\tLéon Bouvier.L Immaculee-Conception.Francis Hekking: Réflexions sur la mécanique administrative.\u2014 New-York, Éditions de la Maison Française, 1943.303 pp., 19.5 cm.UN LIVRE de technicien sur de la haute administration.Les titres de quelques chapitres en diront plus long que tout commentaire: I.Aspects cinématiques dans le fonctionnement d\u2019une administration.V.Première esquisse d\u2019un schéma raisonnable d\u2019organisation administrative.IX.Maintenir dans l\u2019action l\u2019intégrité de la zone des Directeurs et du niveau des Exécutants.L\u2019A.dit lui-même avec beaucoup de justesse: « On me fera remarquer que je n\u2019ai rien inventé.Je répondrai que cette remarque me comble: je crains les inventions sensationnelles dans tous les domaines où il ne s\u2019agit pas de science pure.Il me semble même que lorsqu\u2019il s\u2019agit de psychologie et surtout de psychologie appliquée comme c\u2019est le cas en matière d\u2019administration, on doive prudemment se garder des inventions.Car les hommes n\u2019existent pas d\u2019hier: leurs motifs et leurs inhibitions ne sont pas nouveaux.Une invention risque de sonner faux parmi eux.» L\u2019A.peut aider à réfléchir les responsables de nos grandes administrations financières et politiques.Paul Racine.Henri Pourrat: Vent de Mars.\u2014 Paris, Librairie Gallimard, 1941; Montréal, Éditions Variétés, 1943.237 pp., 19.5 cm.LE PAYSAN, Pourrat nous le répète, est à la base de toute ' économie saine; bien plus, le paysan alimente le pays en ressources humaines et morales.Le paysan est un créateur.Parce qu\u2019il demeure soumis à la terre et à l\u2019eau, aux éléments, il respecte mieux que le citadin les lois de la nature et de la vie (19-20, 41, 37, 40, 60), de l\u2019entr\u2019aide, de l\u2019amitié.Et par là il est mieux disposé que tout autre à recevoir l\u2019achèvement de la culture humaine: la vie chrétienne (53).Seulement, la paysannerie et les valeurs qu\u2019elle représente reculent devant la civilisation industrielle.Pour que le paysan reprenne sa tâche inconsciente de grand civilisateur, il lui faut retrouver un équilibre, s\u2019adapter aux conditions nouvelles, ressaisir, avec la joie de vivre et de travailler, la fierté paysanne et chrétienne (44).Il faut donner aux paysans des chefs (125, 68) qui vivent au milieu d\u2019eux, qui vivent de la vie paysanne; il faut des prêtres, des jeunesses chrétiennes (61, 161).Il faut que les villes aident le paysan à retrouver le sens de sa grandeur (175).Et l\u2019État ?Il aura sa part, pas trop grande toutefois, car Pourrat se défie avec raison des politiciens (22, 25, 125, 155).Pas d\u2019éparpillement dans ces deux cents pages de journal.L\u2019Auvergne, ses monts, ses vallées, ses forêts, ses pacages et ses fermes, la personnalité de l\u2019écrivain et du poète, le retour de la plus humble pensée, de la plus modeste description, au centre de toute espérance, le paysan: tout, dans le livre de Pourrat, est hommage à la paysannerie.Et l\u2019on songe à l\u2019immense espoir de relèvement que permet chez nous l\u2019œuvre si enthousiaste et si réaliste de l\u2019U.C.C., à ces milliers de frères paysans qui ont reconquis le sens de l\u2019en-tr\u2019aide et de l\u2019amitié.U Immaculée-Conception.Gabriel La Rue.JANVIER 1944 HISTOIRE Serge Fleury: Talleyrand, Maître souverain de la diplomatie.\u2014 Montréal, Éditions Variétés, 1942.264 pp., 19.3 cm.UN LIVRE sur Talleyrand peut-il ne pas intéresser le lecteur ?Celui que Serge Fleury consacre à ce personnage « étrange, redouté et considérable » ne fait pas exception.Avec un souci évident d\u2019impartialité et avec toute l\u2019autorité d\u2019un homme de la carrière, l\u2019A.s\u2019est efforcé, après tant d\u2019autres, de déchiffrer l\u2019énigme de cette figure innombrable, de cet homme « qui tenait du grand seigneur, de l\u2019abbé, de la femme et du chat » (Molé).Et la solution que l\u2019A.apporte est une justification, nuancée, il est vrai, et de l\u2019homme et de l\u2019œuvre.L\u2019homme surtout, on le sait, a été sévèrement jugé par ses contemporains.Sévérité excessive, inspirée le plus souvent, moins par un amour vengeur de la vertu outragée que par l\u2019envie, cet hommage détourné, mais combien éloquent, rendu au génie par des admirateurs qui s\u2019ignorent.Sur la carrière éblouissante et mouvementée de l\u2019évêque d\u2019Autun devenu prince de Bénévent, sur son œuvre diplomatique, et tout particulièrement sur le rôle admirable de sagesse et de prudence qu\u2019il joua au Congrès de Vienne, l\u2019A.a décrit des pages lumineuses et justes.Trop peu nombreuses pourtant.Dans un ouvrage de 250 pages, consacré à Talleyrand, maître de la diplomatie, cent traitent de ses relations avec les femmes.C\u2019est trop.Et cela sent trop aussi le cercle littéraire pour dames et demoiselles.Et le petit salon rose à l\u2019heure du thé.Collège Sainte-Marie.\tBernard Nadeau.Daniel Halévy: Trois Épreuves, 1814, 1871, 1940.\u2014 Paris, Plon, 1942; Montréal, Éditions Variétés, 1942.\t186 pp., 19.3 cm.PRISE DE CONSCIENCE lucide des problèmes que posèrent au peuple de France les épreuves capitales de sa récente histoire, cette synthèse correspond assez bien aux jugements qui ont cours comme d\u2019instinct chez le Canadien français moyen, elle les explique et les justifie avec une ampleur dégagée dans la vision et une logique serrée dans l\u2019argumentation qui sont un plaisir pour l\u2019esprit, malgré le tragique du sujet.Sur l\u2019esprit de l\u2019enseignement et l\u2019autorité de l\u2019État, sur leur évolution au cours de la Troisième République on trouvera des pages pleines de sincérité et de justesse dans l\u2019observation.Le caractère plus profond de la crise de 1940 y est analysé avec acuité: « les points d\u2019appui manquent à leur fierté » (des Français) pour opérer le relèvement traditionnel; le chapitre sur l\u2019exploration des tâches est à méditer.Au-dessus de la sollicitude pour les classes laborieuses, paysannes et ouvrières, au-dessus de l\u2019inquiétude pour l\u2019enseignement, on y verra le souci des valeurs familiales; si leur abandon a amené le malheur actuel, leur restauration, puisée aux sources chrétiennes, sera la clef du problème France.Jacques Cousineau.DIVERS Fr.Éloi-GÉRARD, mariste: Recueil de Généalogies des comtés de Charlevoix et Saguenay.Depuis l\u2019origine jusqu\u2019à 1939.Publication de la Société Historique du Saguenay, n° 5.\u2014 La Malbaie, s.éd., 1941.594 pp., 25.6 cm.Sous le Signe de la Charité.Centenaire de l\u2019Institut des Sœurs de Charité de la Providence, 1843-1943.\u2014 Montréal, Providence Maison-Mère, 1943.250 pp., 27.8 cm.Le Monde Rural 1944.Almanach-Magazine.\u2014 Montréal, Éditions de la J.A.C., 1944.224 pp., 20.3 cm.BROCHURES ET PLAQUETTES Transition from War to Peace.A Report of the Post-War World Committee.\u2014 Washington, The Catholic Association for International Peace, 1943.48 pp.Robert Prévost: Chénier, Fopiniâtre.Collection illustrée « Les Anciens », n° 2.\u2014 Montréal, Institut de la Nouvelle-France, s.d.32 pp.Gustave LANCTOT: Trois ans de guerre 1939-1942.\u2014 Montréal, G.Ducharme, 1943.32 pp.F.LÉOPOLD, C.S.c.: Ce Secrétariat permanent d\u2019Educa-tion.\u2014 Montréal, E.S.P., 1943.32 pp.27 S.S.Pie XII: Message de Noël 1942 (Allocutions et Lettres.VII).\u2014 Montréal, E.S.P., 1943.32 pp.Oliveira Salazar: L\u2019Organisation corporative portugaise.\u2014 Montréal, E.S.P., 1943.32 pp.J.-P.Archambault, S.J.: Les Sources de l\u2019Action catholique.\u2014 Montréal, E.S.P., 1943.32 pp.Albert TESSIER, prêtre: Les valeurs nationales et économiques du Tourisme.Pour Survivre, vol.V, n° 5.\u2014 Québec, Université Laval, 1943.52 pp.Jean-Charles FALARDEAU: Paroisses de France et de Nouvelle-France au XVIIe siècle.Cahiers E.S.S.P.E., vol.II, n° 7.\u2014 Québec, Éditions Cap Diamant, 1943.38 pp.Eugène Gibeau: Directives aux Contremaîtres.\u2014 Montréal, Association Professionnelle des Industriels, 1944.16 pp.Joseph BLUETT, S.J.: The Mystical Body of Christ by Pope Pius XII.Introductory Analysis, Study Outline, Review Questions, Selected Bibliography.\u2014 New-York, The America Press, 1943.60 pp.Edward Highe: Where do we go from here ?\u2014 Toronto, Forward Publishing Co., 1943.24 pp.J.K.ROBERTSON: Canada\u2019s Future in Test Tubes.Behind the Headlines, vol.Ill, n° 8.\u2014 Toronto, C.I.I.A., 1943.20 pp.jÇa marche est bienfaisante.Chevreul, mort à 102 ans, lui attribuait sa longévité.SLATER décuple l\u2019hygiène de la marche: il supporte le pied et l\u2019aide à se mouvoir sans fatigue ni contrainte.SLATER procure dans toute sa plénitude la saine détente de ce sport naturel.Sans l'ardoise nulle chaussure n'est Slater SLATER POUR HOMMES ET FEMMES 28 £n txoii motA H Le grand juriste chinois Jean C.Wu, récemment converti au catholicisme, prépare, à la demande de Tchiang Kaï-chek, une traduction populaire de la Bible catholique.If Le State Department de Washington a nommé Robert D.Murphy, le diplomate catholique qui a préparé la victoire d\u2019Afrique, au Conseil allié d\u2019Italie en lui conférant le titre d\u2019ambassadeur.Commencerait-on à se rendre compte que pour 83,618 protestants et 47,825 Juifs, il y a en Italie 41,017,369 catholiques?U Les acteurs Pat O\u2019Brien et Adolphe Menjou, qui ont fait chacun de leur côté une tournée dans les camps étatsu-niens outre-mer, ont tous deux déclaré à leur retour que l\u2019immense majorité des soldats désiraient des représentations « propres » et se plaignaient de ce qu\u2019on leur imposât trop souvent des spectacles immoraux.If L\u2019historien anglais Philip Guedalla et le psychologue étatsunien Henry C.Link sont d\u2019avis que les polls (Gallup poll, etc.), enquêtes auprès du public qui se généralisent depuis quelques années, n\u2019ont aucune valeur scientifique.Des expériences prouvent qu\u2019une façon différente de poser la même question entraîne chez la plupart des gens des réponses contradictoires.^ Les cuisines de Pie XII distribuent de ce temps-ci 20,000 repas par jour aux pauvres de Rome.If II y a actuellement dans la province de Québec 225,000 coopérateurs et 1,500 coopératives: caisses populaires, mutuelles-vie, mutuelles-incendie, chantiers coopératifs, coopératives agricoles, forestières, de pêcheurs, de transport, d\u2019électricité, de consommation, d\u2019habitation, etc.Tf La journée d\u2019études sociales pour le clergé tenue à Joliette le 30 novembre dernier, sous la direction de l\u2019École Sociale Populaire, a réuni au delà de cent prêtres du diocèse.Tf La prochaine Semaine sociale du Canada aura lieu à Ottawa, en septembre 1944.Le sujet en sera la récente déclaration de la Commission des Semaines sociales: Pour un ordre meilleur.*[[ A une demande d\u2019information au Transvaal Education Department, celui-ci répond en français, et le Chef de service prend la peine de mettre les accents à la plume.Combien de fois n\u2019arrive-t-il pas qu\u2019on nous réponde en anglais à Ottawa ?A Toronto, cela ne fait pas question.Tf Un groupe de jeunes Acadiennes vient de fonder, à l\u2019École normale de Frédéricton (N.-B.), une académie artistique dont le but est de faire rayonner la culture française, le Cercle Sainte-Anne (ancien nom de Frédéricton).1f Beaucoup de bébés anglais d\u2019aujourd\u2019hui, paraît-il, sont plus grands et plus gras que leurs prédécesseurs d\u2019il y a trois ans.En pleine guerre.Le soin des enfants est une politique à rendement tangible et immédiat.Qu\u2019attendons-nous pour passer des « allocations familiales » ?If Dans un message en l\u2019honneur de Mgr T.G.Hayes, s.j., évêque de Cagayan, et de ses deux cent cinquante compagnons jésuites missionnaires aux îles Philippines, tous prisonniers des Japonais, le général Douglas McArthur déclare qu\u2019ils ont été aussi courageux en temps de guerre que dévoués en temps de paix et il demande « à ces saints hommes de prier le Dieu des miséricordes pour qu\u2019il continue de nous guider ».f La U.S.District Court de la ville de Washington expédie actuellement environ trente causes de divorce par jour.Dans 75% des cas, les deux parties réclament de concert.On attribue couramment chez nos voisins l\u2019augmentation des divorces à Y énervement causé par la guerre!.RELATIONS Achète BIEN qui achète chez ÆnpiiîsSffèpes PLateau 5151 Nous vous invitons à venir vérifier le bien-fondé de cette devise lorsque vous aurez des achats à faire.865 EST, RUE STE-CATHERINE 206, rue du Pont\tTel.: 4-4641 LA css f: X.QUEBEC FABRICANTS D'ASCENSEURS Ateliers de Mécanique Générale et Fonderie ACIER, FONTE, CUIVRE et ALUMINIUM Ascenseurs Modernes à Passagers et à Marchandises, Armoires-Montantes, Monte-Charge, etc.Toute réparation mécanique SPÉCIALITÉS : Pompes, Compresseurs, Engrenages, Bornes-Fontaines, etc., etc.SOUDURE électrique et autogène Nous servons à Montréal plus de 25,000 familles, nous serions heureux de vous servir, vous aussi.LE LAIT EST UN ALIMENT COMPLET La question nationale au Canada français est d'abord une question économique ! jÇi&ez donc\t' L\u2019ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE La seule revue du genre publiée en langue française en Amérique Elle vous tiendra au courant des principes et des faits économiques indispensables à la compréhension de nos problèmes.SOMMAIRE DE LA LIVRAISON DE DÉCEMBRE Notre territoire de pêche maritime par Arthur Labrie Sous-ministre des Pêcheries maritimes Le comté de Chicoutimi Jean-Marie Couët licencié en sciences commerciales (H.E.C.) Faits et nouvelles L'avenir de notre bois \u2014 Les prévisions de M.Howe François-Albert Angers Bibliographie On s'abonne à A\t/ L'Ecole des Hautes Etudes Commerciales 535, AVENUE V1GER\tMONTRÉAL Abonnement : $3 En vente chez DÊOM et à la librairie du DEVOIR : l\u2019exemplaire 35 cents TÉL.FALKIRK 1116 ÉCHANGE PRIVÉ « Cljarlioitncau A\tTUnutée Fabricants de BISCUITS CONFISERIES et PATES ALIMENTAIRES 1800, RUE NICOLET MONTRÉAL PLACEMENTS RECOMMANDÉS NOUVELLES ÉMISSIONS $200,000.00\t3X% 1954 à 1959\tLa Compagnie de Jésus (lro hypotèque sur le Collège Ste-Marie et l\u2019Eglise du Gesù)\tPRIX $100.00\tREND.3.25 $100,000.00\tVA% 1956\tHôpital Saint-Luc\t$100.00\t3.50 $ 25,000.00\tVA% 1955\tCommission des Ecoles Catholiques de Montréal\t$100.00\t3.50 Nous acceptons en paiement de ces titres, au prix de $100.00, les obligations en cours du Collège Sainte-Marie et de la Maison de l'Immaculée-Conception qui seront rachetées le 1er avril et le 1er mai prochain.Au prix de $101.00, nous accepterons les obligations en cours, 4\t-1947 de l'Hôpital St-Luc qui seront rachetées le 1er février prochain.CRÉDIT INTERPROVINCIAL, Limitée 10 OUEST, RUE ST-JACQUES, MONTRÉAL .\t- BEl.ir 2614 - CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION - J.-Louis LÉVESQUE,\tJ.-A.BOIVIN, N.P.(Berthierville), J.-Georges DUBÉ (Rimouski), Vianney FAVREAU, président\tvice-président\tdirecteur\tsecrétaire Aimé DOMINGUE, directeur général\tLucien AUBIN (Joliette), représentant Votte teâtament!^\u2014* Souvent trop occupé de ses propres affaires, l'exécuteur testamentaire particulier n'a pas le temps voulu et que demande l'administration efficace d'une succession.Nommez cette Société votre Exécuteur testamentaire.Elle a été créée dans ce but et possède ces garanties : COMPÉTENCE PERMANENCE SÉCURITÉ \u2014 qu'aucune personne en particulier ne peut offrir JOSEPH SIMARD, O.B.E.président ALBERT HUDON\tHON.J.-A.BRILLANT, C.L.vice-présidents HERVÉ PRÉVOST\tGÉRARD FAVREAU directeur général\t,\tsecretaire I.-H.CHRETIEN gérant à Québec Siège social:\tSuccursale: 10 ouest, rue St-Jacques\t132, rue St-Pierre MONTRÉAL\tQUÉBEC bienvenue et longue vie à Collège et JamilU amuie REVUE D\u2019ÉDUCATION Publiée par les collèges canadiens de la Compagnie de Jésus pour servir de trait d'union entre parents et maîtres.¦ Vol.I, n» 1 \u2014 Janvier 1944 \" Ce que le collège attend de la famille Antonio DRAGON, S.J.¦\tCe que la famille attend du collège Collaboration des parents \" Noël et nos collégiens en vacances Jean LARAMÉE, S.J.\" Pour vivre sa religion Ferdinand FAURE, S.J.¦\tPar le monde Robert PICARD, S.J.e ¦\tEducation et médecine Dr Adélard GROULX La revue paraît cinq fois durant l'année.On s\u2019abonne au COLLÈGE JEAN-DE-BRÉBEUF 3200, chemin Sainte-Catherine - Montréal Abonnement : $1.00 par année \u201c Relation à \u201d vouà plait, paâ&ez-le à voà ami à IMPRIMERIE OU MESSAGER, MONTREAL "]
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