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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 1942-08, Collections de BAnQ.

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[" ONTARIO ET QUEBEC Léo-Paul DESROSIERS MILIEUX ANGLOPHONES DU CANADA Murray BALLANTVNE MODERN LANGUAGE ASSOCIATION ET CANADA FRANÇAIS Marine LELAND Jean VALLERAND CRIMINELS \u201d'/// mV \\ ; Élffflf ¦ I I 1 >.' :: ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE SOMMAIRE AOÛT 1942 Éditoriaux.197 Nominations épiscopales \u2014 Les femmes a l\u2019armée \u2014 Les femmes a l\u2019usine \u2014 Initiative FRUCTUEUSE.Articles MILIEUX ANGLOPHONES DU CANADA.Murray Ballantyne 199 BIBLIOTHÈQUES, ONTARIO ET QUÉBEC .Léo-Paul Desrosiers 202 LE BUDGET FAMILIAL .Léon Lebel 206 LA VIEILLE DAME DE JÉRUSALEM.Joseph-H.Ledit 208 Commentaires.210 Gaspillage public \u2014 La « révolution » continue \u2014 Supériorité économique des Canadiens de langue anglaise \u2014 Le Christ dans l\u2019usine \u2014 Le bouclier éclatant de la continence.NOS COLLABORATEURS \u2022 M.Murray Ballantyne, tant par ses relations de famille que par ses fonctions de directeur du Canadian Register (édition de Québec), a été à même d\u2019analyser les milieux anglophones qu\u2019il décrit.\u2014 M.Léo-Paul Desrosiers est le conservateur de la Bibliothèque municipale et professeur à l\u2019École des Bibliothécaires de l\u2019Université de Montréal.\u2014\tLe P.Léon Lebel, s.j., aumônier général de l\u2019Union catholique des Cultivateurs (U.C.C.), a été le premier propagandiste au Canada de l\u2019idée des Allocations familiales.\u2014\tLa fête de l\u2019Assomption a suggéré au P.Joseph-H.Ledit, s.j., cette touchante évocation de la vie de l\u2019Église à ses débuts.\u2014 M.Jean Vallerand est notre chroniqueur habituel du cinéma et de la vie musicale.\u2014 Mlle Marine Leland, professeur de littérature française et canadienne-française au Smith College de Northampton, Mass., est présidente du North American French Language and Literature Group, récemment formé au sein de la \u201cModem Language Association\u201d.\u2014 Le P.Albert Plante, s.j., pose le problème de la réhabilitation des tuberculeux, comme une expérience personnelle lui a permis de le constater.\u2014 François de Bienville est un enquêteur social qui s\u2019est donné la peine d\u2019observer minutieusement tout un quartier moralement délabré de Montréal.Chroniques LA PETITE MAÎTRISE DE MONTRÉAL .Jean Vallerand 212 LA \u201cMODERN LANGUAGE ASSOCIATION\u201d ET LE CANADA FRANÇAIS .Marine Leland 214 VIES A REFAIRE.Albert Plante 217 UN ART DU MOUVEMENT .Jean Vallerand 218 FABRIQUE DE JEUNES CRIMINELS .François de Bienville 220 CORRESPONDANCE.222 Livres récents.223 La bienheureuse Anna-Maria Taïgi .Jean Laramée Le coopératisme et Vorganisation économique de la Gaspésie.Émile Bouvier U Assurance sociale et V Assurance commerciale E.B.Claudel dans ses plus beaux textes .M.Marcotte Un ancien contait.Pierre Rioux Contes du soir et de la nuit .Luigi d\u2019ApoLLONiA RELATIONS REVUE DU MOIS \u2022 Directeur: Jean-d\u2019Auteuil Richard Rédacteurs: Jacques Cousineau, Joseph-H.Ledit Alexandre Dugré, Émile Bouvier Secrétaire de rédaction et administrateur : Paul Racine \u2022 PRIX DE L\u2019ABONNEMENT :.$2.00 par année A l\u2019étranger: $2.50.Pour les étudiants: $1.50 M.Gérard LEFEBVRE, 3774, rue St-Denis (MA.9159), est autorisé à recueillir à Montréal, Québec et Ottawa, abonnements et réabonnements.Les chèques doivent être faits au nom de RELATIONS.\u2022 Publiée par L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE Centre de documentation, d\u2019information et d\u2019action sociale, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus.Directeur: Joseph-Papin Archambault école sociale populaire 1961, rue Rachel est - Tél.: FR.1189 MONTRÉAL\tCANADA Même année, No 20 École Sociale Populaire, Montréal Août 1942 ÉDITORIAUX Nominations Épiscopales L\u2019ACADIE a connu récemment un grand jour de joie et de fierté en apprenant la double nomination de Mgr Norbert Robichaud, comme successeur de S.Exc.Mgr Melançon au siège archiépiscopal de Moncton, et de M.l\u2019abbé Camille Leblanc, comme successeur de S.Exc.Mgr Chiasson à l\u2019évêché de Bathurst.Le peuple acadien, en deuil de deux évêques de regrettée mémoire, retrouve deux pasteurs et deux chefs.Des nominations épiscopales sont des points de repère dans la vie catholique d\u2019un pays.Il y a un siècle, quand fut créé le premier évêché du Nouveau-Brunswick, la province comptait vingt-sept prêtres et pas une institution religieuse.Aujourd\u2019hui, elle compte environ 330 prêtres dont une centaine sont des religieux, 130 paroisses et presque autant de missions, 500 religieuses, trois collèges classiques, des couvents, des hospices, des hôpitaux, des orphelinats, des maisons de retraite.Les catholiques, dont l\u2019immense majorité est acadienne, constituent près de 50% de la population de la province.La vitalité du catholicisme acadien n\u2019est plus à prouver.Sous la direction éclairée et vigoureuse de ses deux nouveaux pasteurs, il prendra un nouvel essor; l\u2019Acadie connaîtra une vie catholique encore plus fortement organisée et plus intensément vécue.Aux deux nouveaux évêques, Relations est heureuse d\u2019offrir un cordial hommage et ses vœux les meilleurs.Les femmes à V armée Monsieur HUMPHREY MITCHELL, ministre du Travail, prononçait le 6 août à Saint-Jean du Nouveau-Brunswick un discours annonçant pour d\u2019ici trois mois des mesures extraordinaires au sujet de la mobilisation des ressources humaines du pays.D\u2019autre part, le gouvernement convoquait récemment à Ottawa des représentantes des grandes associations féminines du pays et de la presse dans le but de lancer une forte campagne de publicité en faveur du recrutement du Corps féminin de l\u2019Armée canadienne (C.F.A.C.).Il semble bien, d\u2019après ces indices et d\u2019autres encore, que, sous les pressions tenaces des partisans d\u2019un certain \u201call-out war effort\u201d, l\u2019on s\u2019achemine vers une espèce de mobilisation générale des femmes canadiennes, voire peut-être, pour peu que dure la guerre, à une véritable conscription qui assignerait filles et femmes à des postes déterminés à l\u2019armée, à l\u2019usine ou aux champs.Ainsi donc, d\u2019après ces partisans féconds en hauts cris, le Canada, petit pays de 12 millions de population, ne doit pas se contenter de monter une armée de 600,000 hommes, de l\u2019équiper et de la nourrir, d\u2019assumer une part considérable du ravitaillement militaire et alimentaire de la Grande-Bretagne et d\u2019assurer des transports difficiles; il devra créer et remplir à tout prix de nouveaux cadres militaires, et à cette fin libérer les hommes d\u2019âge militaire partout, des usines, des champs, voire des services non-strictement combattants de l\u2019armée.Que la production agricole soit compromise d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, comme le révèlent les plaintes générales, que la production industrielle elle-même commence à être handicappée, cela n\u2019a pas d\u2019importance; ce qui vaut d\u2019après cette statégie, dépassée depuis Philippe de Macédoine, c\u2019est le nombre des porteurs d\u2019armes.Le grand moyen pour en trouver actuellement, d\u2019après eux, est de substituer des femmes aux hommes dans toutes les autres tâches.C\u2019est ainsi que dans l\u2019armée proprement dite on AOUT 1942 197 veut confier à des femmes les postes de commis, comptables, sténographes, dentistes, chauffeurs, cuisiniers, dessinateurs, téléphonistes, télégraphistes, messagers, etc.Que plusieurs de ces postes puissent être remplis avec compétence par des filles ou des femmes, cela ne fait aucun doute; elles le font déjà couramment dans la vie civile.Mais l\u2019innovation qui change du tout au tout le problème est l\u2019accomplissement de ces mêmes tâches à l\u2019intérieur même des cadres de l\u2019armée.Qui ne voit tout le péril que comporte au point de vue moral la vie de jeunes filles et de femmes dans le milieu quelque peu anormal de l\u2019armée.La santé morale de la nation ne laisse déjà que trop à désirer.Il faut avoir la mémoire bien courte pour oublier qu\u2019hier encore on faisait un crime, et justement, aux pays totalitaires d\u2019embrigader la jeunesse et les femmes dans les formations militaires.(( Il faut sauver le pays .sans le perdre », disait excellemment M.Eugène L\u2019Heureux dans Y Action catholique du 10 août.((Mais, à la guerre comme en temps de paix, la femme reste la femme et l\u2019homme, en face de la femme, reste un homme.Aussi nous est-il impossible d\u2019accepter le principe de la confusion des rôles de l\u2019homme et de la femme, durant une guerre totale où la nation doit nécessairement organiser un effort triomphant.» Toute cette organisation du Corps féminin de l\u2019Armée nous semble l\u2019affaire de bureaucrates pour qui hommes et femmes ne sont que des pièces mécaniques sur l\u2019échiquier national, qui s\u2019entêtent à vouloir faire donner à un petit pays, à quelque prix que ce soit, et par quelques moyens que ce soit, un effort de guerre au delà de ses possibilités et à fermer les yeux sur les profondes répercussions sociales de leurs actes.Les femmes à V usine LES conditions de travail auxquelles sont soumises les femmes dans beaucoup d\u2019usines de guerre continuent d\u2019alarmer les gens sérieux et nous obligent à revenir sur le sujet.Le travail des femmes en usine est une triste nécessité de la guerre.Encore faut-il le réglementer sévèrement pour en limiter les funestes effets.Or il ne semble pas qu\u2019on ait fait quoique ce soit pour interdire le travail de nuit des femmes, pour déterminer les heures de travail, qui dans certaines usines sont de douze heures, pour interdire la levée de poids trop lourds, etc.On nous rapporte des cas nombreux de santés complètement ruinées par suite de la nature ou des conditions de travail dans certaines usines.Sir Herbert Williams, membre du Comité parlementaire chargé d\u2019examiner l\u2019organisation des usines 198 de guerre en Angleterre, a déclaré il y a quelques jours à peine que (( les heures de travail y sont trop longues et que la conscription des femmes au travail des munitions s\u2019avère \u2018une faute terrible, absolument inutile et une méprise psychologique de première grandeur\u2019.)) Une telle déclaration, émanant d\u2019un enquêteur responsable du gouvernement anglais, devrait suffire à tempérer le zèle aveugle d\u2019une certaine bureaucratie ultra-loyaliste en passe de nous imposer un régime de travail féminin aussi énergiquement stigmatisé.Notre opinion publique doit réagir immédiatement avant que ne se développent les conséquences de cette erreur monstrueuse ! Que l\u2019on ne la répète pas ici.Initiative fructueuse LES meilleurs esprits sont d\u2019accord pour reconnaître que la société doit être reconstruite d\u2019après un ordre nouveau, et que le plan tracé par les encycliques s\u2019avère comme le mieux ordonné et le plus pratique.Encore faut-il qu\u2019il soit connu dans les diverses classes de la société, où des équipes variées de laïcs le porteront.De cette nécessité sont nées des écoles de formation où durant une semaine des hommes de tout âge et de toute profession se livrent à une étude intensive de la doctrine sociale catholique et s\u2019exercent à la propager dans leurs milieux.L\u2019École Sociale Populaire tenait au commencement de ce mois, pour la dixième année consécutive, une session de ce genre.Trente-cinq hommes y prirent part; six ecclésiastiques et vingt-neuf laïcs.Ceux-ci venaient de presque toutes les régions de la province de Québec et appartenaient aux professions les plus variées, l\u2019agriculture, les métiers et la magistrature.Liés par une foi commune, ces catholiques ont été soumis durant une semaine à une forte discipline.Cours, répétitions, études en commun, débats publics, exercices spirituels, rien ne fut épargné pour nourrir leur esprit de connaissances précises, bien assimilées, et tremper fortement leur volonté.Car il ne suffit pas de savoir, il faut en outre pouvoir, c\u2019est-à-dire être capable de communiquer sa science, et vouloir, ce qui signifie ne reculer devant aucun obstacle et aucun sacrifice, si dur soit-il.Tous sont partis résolus et enthousiastes.Déjà, quelques-uns gagnés par la valeur de l\u2019œuvre et sa grande utilité à l\u2019heure actuelle, voudraient en faire bénéficier immédiatement un plus grand nombre de leurs concitoyens.Ils travaillent à établir un plan qui permettrait à l\u2019œuvre de venir opérer dans leur milieu, tout en conservant la méthode intensive et dynamique qui lui vaut son succès.RELATIONS LES MILIEUX ANGLOPHONES DU CANADA Murray BALLANTYNE « TA VARIÉTÉ est le véritable condiment de la I j vie )), dit un poète anglais, et la Providence veille sans doute à ce que notre vie soit bien assaisonnée.Tous les hommes sont enfants de Dieu et frères dans le Christ.De là, entre eux, une ressemblance et un lien dont le caractère défie toute analyse.Essentiellement, tous ont été modelés dans une même argile et en vue d\u2019une fin identique.Ils ont été doués d\u2019une nature semblable, sont soumis, sans exception, aux conséquences de la faute originelle, et un même Rédempteur s\u2019est offert pour leur rachat.Ils accusent cependant des divergences accidentelles.Dieu se complaît aux différences.Ses ressources sont illimitées et la création réfléchit quelque éclat de l\u2019opulence divine.Tous n\u2019ont donc pas été enrichis des mêmes dons.Aucun homme, aucune race ne peut les revendiquer tous à la fois.Chaque individu, chaque race, dans l\u2019accord providentiel, constitue une harmonique nécessaire.Tous, individus, et groupes ethniques, sont appelés à parfaire le Corps mystique du Christ.La création possède donc un caractère d\u2019unité, non d\u2019uniformité.Nous devrions, devant cette diversité de dons et de traits admirer et nous réjouir.Supposez un instant une Providence dont l\u2019œuvre soit, par une sorte de (( fordisme )) avant la lettre, une création en série: quel appauvrissement vital en résulterait, et quelle intolérable monotonie! Notre légèreté humaine semble trop souvent adopter cette conception étroite.Les races et les individus prétendent exiger que les autres leur ressemblent et c\u2019est là qu\u2019il faut chercher un des principes les plus pernicieux du malaise du monde actuel.Dans la plupart des cas, sans doute, l\u2019ignorance est à la source de cette erreur.Mais aussi, parfois, la suffisance ou une sorte d\u2019appréhension.Témoin le nazisme qui a soumis naguère toute une génération d\u2019Allemands au même impitoyable creuset, et qui cherche maintenant à camoufler ses déficiences en effaçant chez les autres, tout vestige d\u2019originalité.Faire grief de l\u2019originalité' est indice de faiblesse.Les forts trouvent quelque motif de fierté dans la puissance d\u2019autrui.Ici, au Canada, on rencontre assez rarement cet esprit niveleur fondé sur la suffisance ou la crainte.En certains milieux par contre, l\u2019ignorance réciproque mine toute entente.Le privilège providentiel que nous avons d\u2019être bilingues, tributaires d\u2019une double, voire triple culture, ajoute encore à ce drame.Écrivant un jour pour des lecteurs étatsuniens et catholiques, j\u2019assimilais les relations entre Canadiens de langue française et Canadiens de langue anglaise aux liens qui unissent A le mari et l\u2019épouse: comme mari et femme, les deux groupes sont liés l\u2019un à l\u2019autre indissolublement, ils sont appelés par Dieu à se compléter, à se perfectionner mutuellement; comme mari et femme, ils doivent à l\u2019unisson édifier leur vie sur un plan ou leur individualité s\u2019unissent pour se dépasser.Or les époux doivent dès l\u2019abord ne jamais oublier que des caractères différents distinguent l\u2019homme et la femme.Accepter ces différenciations, y trouver sa joie, doit être le fondement de la vie commune.Parallèlement, on devrait découvrir chez les Canadiens français et Canadiens anglais, ce consentement à se prendre comme ils sont: des physionomies singulièrement diverses.Connaissance et acceptation qui exigent la réciprocité.Qui ne voit que, de part et d\u2019autre, on rencontre une sérieuse ignorance des tempéraments et des caractères.L\u2019intelligence mutuelle doit précéder l\u2019acceptation.L\u2019attitude inverse fait songer à cette excellente mère de famille anglaise qui, après avoir traversé la Manche pour la première fois, retourna précipitamment dans son île parce qu\u2019elle avait remarqué que les pantalons des soldats français étaient rouges et leurs tuniques bleues, alors que c\u2019est le contraire qui avait du bon sens.Ce principe bien établi, je voudrais, puisque je m\u2019adresse exclusivement à des lecteurs canadiens-français, esquisser le caractère, les particularités et la vie religieuse de certains éléments du groupe de langue anglaise.On peut, sans fausser la vérité, parler d\u2019un groupe anglophone considéré comme un tout.Une distinction, en effet, s\u2019impose d\u2019emblée lorsqu\u2019il s\u2019agit des Canadiens, et les divise en deux catégories: le groupe dont la langue est le français et qui a gardé son âme française, et le groupe de langue anglaise, plus ou moins coloré d\u2019esprit anglo-saxon.En fait, le groupe d\u2019expression anglaise est, en soi, loin d\u2019être homogène.On y discerne, en premier lieu, les individus d\u2019origine britannique et ceux d\u2019origine différente.Il ne nous appartient pas \u2014 faute d\u2019espace et de compétence \u2014 d\u2019examiner le cas de ces derniers.Les Canadiens d\u2019origine britannique se chiffrent approximativement à six millions d\u2019âmes: ils comprennent les Anglais, les Écossais, les Gallois et les Irlandais.Chacun de ces groupes admet plusieurs divisions et subdivisions.Abordons, pour commencer, l\u2019étude de l\u2019élément anglais, qui constitue environ la moitié du groupe d\u2019ascendance britannique.Cette race est multiforme.Plusieurs traits sont communs, la réserve par exemple; mais, par ailleurs, que de contrastes! Tel AOUT 1942 199 le groupe proverbial des colonels et employés civils retraités, qui cultivent les roses à Victoria.D\u2019autres descendent des membres ruinés de cette petite noblesse qui se fixa dans les Cantons de l\u2019Est et ailleurs.D\u2019autres encore héritèrent des traditions des United Empire Loyalists.On rencontre ça et là les fils et les petits-fils des remittance men.D\u2019autres encore sont les résidus hâves, mal nourris, rachitiques, des taudis de l\u2019Angleterre industrielle.Beaucoup sont des rejetons de vieille souche paysanne, laborieuse et probe.On compte aussi un million et demi d\u2019Écossais: Celtes des hauts plateaux, costauds, tout en muscles, attachés à leur clan (un bon nombre d\u2019entre eux sont catholiques), et les habitants des plaines, courts et trapus.Indomptables, ambitieux et ingénieux, les Écossais ont marqué le sol du Canada d\u2019une profonde influence.Un Canadien ramenait à trois les principes caractéristiques de notre pays : son climat, son caractère nordique et l\u2019empreinte écossaise.En Nouvelle-Écosse, au Québec, dans la région de Glengarry, dans l\u2019ouest canadien, les Écossais sont des figures familières.Us comptent parmi les grands pionniers de la traite des fourrures, et ils sont demeurés en contact étroit avec le monde de la finance et du commerce.Sans le sou à leur arrivée au pays, ils deviennent un lord Strathcona, un Mount Stephen, ou un Allan.Pleins de confiance en leur étoile, aucunement troublés par un sentiment de minorité ou d\u2019infériorité ils savent d\u2019instinct discerner leur intérêt, et depuis l\u2019Acte d\u2019Union entre l\u2019Écosse et l\u2019Angleterre, en 1707, ils ont su tirer le meilleur parti de l\u2019Empire britannique.Le nombre des Gallois au Canada est si minime qu\u2019il est à peine nécessaire d\u2019insister sur cette race bien douée, au caractère chagrin et nuancé.Avec les Irlandais, le tableau change.Leur nombre égale ici \u2014 et ils nous le laissent pas ignorer \u2014 celui des Écossais.Leur histoire, au Canada, remonte à plus d\u2019un siècle, mais ce ne fut que vers 1840 que nous fûmes témoins de leur immigration massive.Retenons d\u2019abord que ces Irlandais sont de deux sortes : les Irlandais catholiques (les vrais .) et les Irlandais protestants de l\u2019Ulster.Ceux-ci forment, parmi les protestants, le noyau de l\u2019élément fanatique et inculte du pays.Le mouvement anticatholique et anti-français en Ontario n\u2019a pas de plus ferme appui.Quant aux catholiques irlandais, c\u2019est autre chose: leur attachement à la foi est historique.Leur exode à la suite des persécutions et de la famine dont ils furent victimes chez eux a beaucoup contribué à la propagation de la foi catholique en Amérique et en Australie.Us ont d\u2019ailleurs bien d\u2019autres qualités.Cette race passionnée, sensible et instable constitue, partout où elle s\u2019établit, un ferment de révolte contre le laisser-aller et le despotisme.Les Irlandais sont naturellement des agita- teurs et des meneurs, et s\u2019il leur est arrivé parfois de combattre le bien, ils ont aussi bataillé à maintes reprises contre les forces du mal.Dans leur pays d\u2019origine, la persécution s\u2019est acharnée pendant des siècles sur les catholiques irlandais.Us sont, au Canada, une minorité dans une minorité.Craintifs, il s\u2019en faut qu\u2019ils aient conquis cette sérénité et cette souplesse qui vont de pair avec la confiance en soi.A l\u2019exception des Irlandais du sud, les Britanniques sont en grande majorité protestants.Les Écossais sont presque tous presbytériens \u2014 partisans d\u2019un culte et d\u2019une organisation ecclésiastique dont l\u2019austérité confine à la sécheresse.Le caractère non-hiérarchique de cette confession tient à l\u2019esprit d\u2019indépendance têtue et farouche du type écossais.Le credo de l\u2019Église presbytérienne ressortit au calvinisme : il en a la morne rigidité.Ses fondements dogmatiques sont toutefois, pour une bonne part, en voie de désagrégation.Si les presbytériens ont réussi, dans une certaine mesure, à échapper à l\u2019humanitarisme nébuleux qui fut le dernier avatar du protestantisme, ils le doivent à leur amour de la Bible.Les Écossais sont enracinés à l\u2019Écriture et imprégnés de sa sève.Les sources de leurs croyances les ont familiarisés davantage avec l\u2019Ancien Testament, mais ils doivent aussi à leur ferveur biblique un amour très réel pour le Christ.Les Anglais montrent plus de subtile complexité.Leur schisme ne fut pas aussi brutal, ni aussi complet.Traditionaliste et conservateur, l\u2019Anglais garde un sens très averti de la continuité.Ses anciennes cathédrales ont maintenu la splendeur du culte; aucun hiatus dans la suite de ses évêques; l\u2019étonnante beauté de sa liturgie est étroitement calquée sur la nôtre.Tout ce qui, en Angleterre, résiste au temps et présente un aspect original: l\u2019esprit de la monarchie chrétienne, les traditions de serviabilité et de responsabilité; ce qui reste des corporations; l\u2019idéal antique de ses universités; la mentalité corporative qui est à la base de son sens social; tout cela est catholique d\u2019inspiration et d\u2019origine.On surnomma jadis l\u2019Angleterre l\u2019(( héritage de Notre Dame )), et un insistant parfum de catholicisme s\u2019attarde encore et rôde autour de la fiole abandonnée.Le type d\u2019(( anglicanisme )) en faveur au Canada est l\u2019anglicanisme évangélique ou bas-anglicanisme.Il présente des affinités avec l\u2019esprit des non-conformistes: méthodistes, baptistes (au Canada, les méthodistes, les congrégationalistes et quelques presbytériens forment l\u2019Église unie).Toute œuvre a les défauts de ses qualités.La tentation qui obsède ordinairement les membres d\u2019institutions établies et hiérarchisées est une tendance à la sclérose, ainsi que la méconnaissance de tout idéal sauf celui de la classe dirigeante.L\u2019Église d\u2019Angleterre, par malheur, a perdu dès longtemps tout contact avec les classes populaires et le prolétariat.C\u2019est au 200 RELATIONS sein de celui-ci que se recruta le gros des non-conformistes, c\u2019est-à-dire ceux qui refusent obéissance aux Églises établies d\u2019Angleterre et d\u2019Ecosse.En marge de ces groupements religieux, il faut mentionner les bouillants fanatiques de l\u2019Ulster et leurs partisans.Leur esprit est tout négatif.Cela doit sans doute suffire à en marquer la tendance profonde.L\u2019anti-catholicisme est leur mobile essentiel.Quoique cet esprit réactionnaire conserve encore une grande vigueur, il est néanmoins en passe de disparaître.Avouons, à la décharge de ces furieux, qu\u2019il y a quelque apparence de raison à leur haine du catholicisme.Le catholicisme qu\u2019ils combattent n\u2019est en effet qu\u2019une odieuse caricature de la vérité et pas un honnête homme ne le saurait envisager sans mépris.Voici enfin une grande secte d\u2019illuminés: les Holy Rollers, les Witnesses of Jehovah, les Seventh Day Adventists, et une foule d\u2019autres.Ces fanatiques illettrés et exaltés sont la reduciio ad absurdum de toute opinion personnelle.Leurs agissements répugnent également à la masse des protestants comme des catholiques.Ce qu\u2019il faut retenir de toutes ces Églises et sectes, c\u2019est la désintégration de leurs dogmes.Le protestantisme, dans son ensemble, a dégénéré en simple humanitarisme.La religion, aux yeux des protestants, a pris désormais figure de subjectivisme et de sentimentalisme.Le caractère fissipare de leurs Églises a fait naître en eux, joint à l\u2019amertume des controverses sans aménité, un tel dégoût, qu\u2019ils ont rejeté violemment la théologie elle-même.Les questions dogmatiques se sont dissoutes dans l\u2019abandon tacite du dogme lui-même.La religion a subi une transposition du cerveau au cœur.«Je crois )) est devenu « j\u2019ai l\u2019impression )).Le cri de ralliement de Calvin était la justification par la foi seule.La roue a tourné, et à grand\u2019peine trouverait-on un protestant qui fût disposé à nier que seules les œuvres comptent et que la foi n\u2019importe plus guère.Ces vues, notez-le bien, sont à l\u2019opposé du catholicisme.La religion catholique possède un corps de doctrine bien défini.Elle propose au mystère de la vie une solution cohérente et facile à saisir.Elle parle d\u2019autorité.Il faut l\u2019accepter ou la rejeter en bloc, la détester ou l\u2019aimer.Un catholique qui perd la foi est voué, dans tous les sens, au diable.L\u2019abandon des croyances équivaut d\u2019ordinaire au rejet du code moral à l\u2019Église.Le protestant adopte une ligne de conduite toute différente.Le milieu religieux où il évolue admet toutes les nuances d\u2019opinion.Il est rare que le protestant aboutisse jamais à l\u2019incrédulité formelle.Le rejet de sa religion est ici hors de question: le protestant ne se pose même pas le problème de la foi.Il s\u2019enlise seulement AOÛT 1942 un peu plus profondément dans le magma du subjectivisme.Voilà qui provoque, à coup sûr, de la part des catholiques, et en particulier des catholiques de langue française, avec leur passion pour la logique, de graves malentendus.Le catholique, nanti d\u2019une foi raisonnable et raisonnée, considère comme suspects ces esprits bien intentionnés mais inconsistants.Il incline à douter de leur bonne foi.Erreur capitale, car tous sont de bonne foi.Deux vérités à ne point perdre de vue, si l\u2019on n\u2019est guère au fait de la mentalité des protestants.Leur hérédité a élevé une barrière presque infranchissable entre eux et le catholicisme.Le catholique ne met pas en doute le caractère rationnel de sa foi, mais le protestant est loin de posséder une telle certitude.Ces facteurs d\u2019ordre historique sont d\u2019un tel poids que seul un courant irrésistible de la grâce peut gagner un protestant à la foi catholique.En second lieu, j\u2019y insiste, le protestantisme n\u2019est plus affaire de spéculation, mais de sensibilité.Nous ne devons donc pas juger les protestants sur leur refus de la Révélation; mais nous reporter dans notre appréciation de l\u2019âme d\u2019autrui, à ses propres gabarits.Un catholique qui renie son Église est, dans la plupart des cas, un malhonnête homme.Ce n\u2019est pas le cas quand il s\u2019agit des protestants.Quelles que soient en fait leurs erreurs, leur bonne foi demeure entière.C\u2019est pourquoi on rencontre parmi eux si peu d\u2019athées ou d\u2019anticléricaux militants.Après ce rapide examen des différents groupes ethniques et de leur religion respective, il n\u2019est pas sans intérêt de se demander dans quelle proportion les divergences de vues doivent être attribuées à de légitimes différences raciales et à l\u2019action de l\u2019hérésie.Dans quelle mesure exacte l\u2019angle sous lequel l\u2019Anglo-Saxon considère la religion est déterminé par la diffusion d\u2019une doctrine erronée, et dans quelle mesure aussi il est dû à une hérédité à peu près immuable.Cette question déborde évidemment les cadres de ce travail.Deux points s\u2019imposent cependant à notre attention.\u2014 La foi a présidé à la naissance et à l\u2019épanouissement de la civilisation anglo-saxonne.Malgré la Réforme, le peuple des îles britanniques est lié à son passé catholique par une filiation plus intime que celle que l\u2019on rencontre dans presque tous les autres pays.Les Anglais ont adultéré leurs traditions; ils ne les ont jamais tout à fait oubliées.\u2014 Le surnaturel est édifié sur la nature.Le catholicisme, mieux qu\u2019une culture, est la fleur de toutes les cultures.La foi est, partout et toujours, unique et identique à elle-même; mais l\u2019accent et la mise en œuvre diffèrent.Par suite de la Réforme, les peuples anglo-saxons furent isolés de la catholicité et privés de la 201 pleine communion avec l\u2019Église.Il en résulta une singularité morale; cause de l\u2019intensification et exagération de certains traits de leur caractère.Mais ce n\u2019est pas son fond même qui, chez l\u2019Anglais ou l\u2019Écossais, répugne à la foi catholique, mais bien ce chancre du matérialisme (mécaniciste) qui ronge tous les peuples et toutes les civilisations.Nous n\u2019en voulons pour preuve que l\u2019exemple des Irlandais du sud et des catholiques d\u2019Écosse ou d\u2019Angleterre.Ils n\u2019ont rien de commun avec le subjectivisme exagéré de leurs frères non-catholiques; ils n\u2019en sont pas moins demeurés foncièrement Irlandais, ou Écossais, ou Anglais.A la vérité, ils le sont, à certains égards, plus authentiquement.La foi, loin qu\u2019elle la nie, accomplit la nature.Les hommes, au demeurant, restent fidèles à eux-mêmes \u2014 et donc à leur physionomie originale.L\u2019idéal de l\u2019harmonie entre les humains ne gagnera rien à la méconnaissance de cette diversité, réalité de l\u2019ordre des faits, et que l\u2019on doit accepter de bon cœur.Faute de quoi, il y a peu d\u2019espoir que nous puissions accéder quelque jour à cette union d\u2019essence supérieure vers laquelle nous tendons tous.(Traduit de l\u2019anglais par Relations) BIBLIOTHÈQUES, ONTARIO ET QUÉBEC Léo-Paul DESROSIERS LE VASTE SYSTÈME des bibliothèques mu-.nicipales et publiques de l\u2019Ontario, repose sur une loi provinciale adoptée il y a plus de trente-cinq ans, et reproduite avec ses amendements dans le volume m des Statuts revises de la province, pour l\u2019année 1937.Dès le début, le lecteur constate que l\u2019application de la loi relève du ministère de l\u2019Education de l\u2019Ontario.Ce fait si simple révèle une conception bien particulière de la bibliothèque.D\u2019autres articles viendront le confirmer ; par exemple, on verra que la Commission administrative de la bibliothèque appellera automatiquement dans son sein des membres de la Commission des écoles publiques et de la Commission des écoles séparées.Pour le législateur ontarien, la bibliothèque est donc partie intégrante, importante du système d\u2019éducation.Elle est l\u2019auxiliaire indispensable de l\u2019école, l\u2019université du pauvre, comme on a si bien dit, le seul moyen de poursuivre ses études après l\u2019université.Et cette conception, qui est la bonne, est absolument opposée à celle que l\u2019on se fait encore de la bibliothèque dans plusieurs milieux.Pères de famille, instituteurs, gouvernants la considèrent encore aujourd\u2019hui comme un divertissement pur, le cinéma, par exemple, et comme un obstacle à l\u2019enseignement.La lecture est pour eux du temps perdu.Tout argent que l\u2019on dépense à cette fin est un gaspillage.C\u2019est dans cette appréciation fausse de la bibliothèque que l\u2019on trouve les obstacles à tous les progrès.Toutes les objections, toutes les indifférences, tous les obstacles proviennent de cette source.Parce qu\u2019un enfant ou un adulte lit un livre avec plaisir, on croit qu\u2019il s\u2019amuse, sans plus.Il faudrait indiquer la manière dont il s\u2019instruit, signaler qu\u2019il puise continuellement dans ses livres, à peu près quels qu\u2019ils soient, des notions nouvelles, des connaissances qui lui seront précieuses à un moment ou à l\u2019autre.Il faudrait bien marquer aussi que cette instruction ne se fait pas seulement dans les manuels techniques, mais à peu près dans tous les volumes qui se trouvent sur les rayons, même les romans.Aussi longtemps qu\u2019un homme lit, il augmente sou bagage intellectuel et meuble son esprit.La législation provinciale de l\u2019Ontario sur les bibliothèques est imprégnée de l\u2019esprit démocratique.On peut dire qu\u2019à chaque stage c\u2019est la volonté de l\u2019électeur qui impose ses décisions.Ainsi, au début, c\u2019est une pétition qui entre en circulation.Si soixante électeurs dans une ville, et trente électeurs dans un village la signent, le conseil municipal doit soumettre à l\u2019électorat la question de construire une bibliothèque publique; il ne peut se récuser, la loi l\u2019y oblige.Et si le corps électoral donne une réponse affirmative, il doit procéder à l\u2019exécution du plan de la manière fixée par la législation.Aussitôt la création de la bibliothèque décidée, la Commission de la bibliothèque entre presque automatiquement en existence.De même que nous avons une Commission scolaire, la province voisine a une commission de la bibliothèque chargée de l\u2019administration, des finances et de tout.Elle se compose toujours du maire du moment, de trois membres nommés par le conseil municipal, de trois membres nommés par la Commission des écoles publiques et de deux membres nommés par la Commission des écoles séparées.Phénomène assez curieux, dans les localités où il y a une Commission des écoles séparées, le conseil municipal ne possède plus de majorité à la Commission de la bibliothèque.202 RELATIONS Cette dernière se nomme un président, un trésorier et les autres fonctionnaires dont elle a besoin.Elle doit tenir des réunions au besoin, ouvrir à l\u2019inspection du ministre ses livres de comptabilité, lui envoyer un rapport annuel.Elle nomme le conservateur de la bibliothèque.Elle achète, loue, exproprie les terrains, construit le ou les édifices, les prend à bail; elle achète les livres, peut établir des musées, des galeries de peinture, etc.Cependant, dans le cas de dépenses extraordinaires très élevées, elle doit obtenir l\u2019autorisation du conseil municipal.C\u2019est elle qui arrête encore les règlements pour le prêt des livres et l\u2019admission du public.Mais, règle importante, une bibliothèque ontarienne ne peut fermer momentanément ses portes, pour quelque cause que ce soit, sans la permission du ministre de l\u2019Education.Et le ministre a pris soin de ne pouvoir succomber à ses propres faiblesses, en inscrivant dans la loi qu\u2019il ne pourra jamais autoriser la fermeture d\u2019une bibliothèque pour plus de quinze jours, à la fois, et jamais en un autre temps que durant les vacances.La seconde disposition importante de la loi provinciale ontarienne est celle qui assure des revenus aux bibliothèques.Elle oblige le conseil municipal à imposer, en plus et à part des autres taxes, un impôt spécial de la bibliothèque qui ne dépassera pas cinquante cents par tête.Ainsi, dans une ville comme Montréal, l\u2019impôt pourrait rapporter au-delà de $400,000.Mais si le conseil municipal y consent, cet impôt peut atteindre, mais non dépasser $1 par tête de population.Et \u2014 le croirait-on?\u2014 certains conseils municipaux, comme celui de Toronto par exemple, autorisent depuis plusieurs années, un impôt qui s\u2019établit entre 80c et 90c par tête de population.Et c\u2019est cette disposition qui explique le magnifique développement du système ontarien.Car il faut de l\u2019argent pour conduire une bibliothèque vivante, active et forte.On perd cette considération de vue trop souvent.L\u2019achat des livres absorbe à lui seul de grosses sommes; mais la reliure, la réparation, la classification exigent des montants plus considérables encore.Tous ces item réunis donnent un total élevé.Et si l\u2019on ne comprend pas ce besoin d\u2019argent, on court à des insuccès patents.Une bibliothèque dotée d\u2019un budget médiocre, est une institution qui vivote et qui est destinée à mourir un jour ou l\u2019autre.Il semble bien que la charité publique ou privée, que les appels bénévoles de fonds, ne peuvent procurer longtemps les sommes requises qui, dans l\u2019espèce, se chiffrent entre huit et douze milliers de dollars pour une succursale ou une bibliothèque de dimensions très modérées.Alors est-il chimérique de vouloir fonder une bibliothèque publique sur une autre base que les impôts ?Cet impôt spécial établit la stabilité dans les recettes des bibliothèques ontariennes.Les crises, AOÛT 1942 les mauvaises années financières, n\u2019ont pu imposer de coupures.Ces institutions n\u2019ont pas de vides dans leurs rayons.Car, il faut bien s\u2019en rendre compte, à chaque diminution des dépenses correspond l\u2019absence d\u2019ouvrages importants, et ainsi une lacune grave qu\u2019il est presque toujours impossible de combler.Les recettes des bibliothèques ontariennes sont aussi continues.C\u2019est dire que les commissions qui administrent les bibliothèques ontariennes peuvent évaluer avec précision les sommes qui seront mises à leur disposition pendant les prochaines années.Elles peuvent établi; un programme de construction, de développement.Enfin la loi ontarienne arrête certaines dispositions qui permettront au ministre de distribuer des octrois aux bibliothèques, de publier des rapports annuels, d\u2019établir des bibliothèques ambulantes, d\u2019expérimenter de nouvelles méthodes.Elle prévoit la formation de bibliothécaires compétents.Notre École de bibliothécaires due à une initiative privée, et qui n\u2019existe que depuis trois ans, est dans la province voisine une vieille institution d\u2019État.Cette loi est toute imprégnée d\u2019un souci d\u2019éducation vraiment admirable.Non seulement le ministre qui l\u2019a conçue avait une haute opinion de l\u2019instruction donnée par les livres, mais encore l\u2019électorat de la province a su en prendre avantage, s\u2019imposer les sacrifices nécessaires, l\u2019appliquer avec largeur d\u2019esprit et bon sens.Naturellement, cette loi est venue au bon moment.Les municipalités n\u2019étaient pas surchargées de dettes à cette époque; peu de bibliothèques étaient déjà ouvertes au public, de sorte qu\u2019on pouvait construire à neuf sans nuire à aucun organisme existant.Sur cette solide fondation administrative et financière, la province d\u2019Ontario a construit.D\u2019après l\u2019Office de la statistique, 284 municipalités avaient en 1940 une bibliothèque publique, contre 10 bibliothèques publiques dans toute notre province, et ceci signifie que 284 électorats municipaux avaient consenti à s\u2019imposer un impôt spécial variant entre 50c et $1 par tête de population.Le total des sommes qu\u2019elles dépensaient cette année-là pour les livres était de $1,384,555 contre $170,037 pour les municipalités de Québec.Le nombre de leurs abonnés était de 679,384, ne versant aucun dépôt et ne donnant aucune rémunération, contre un total de 24,945 abonnés pour les quelques bibliothèques publiques de notre province.Enfin la circulation des ouvrages y était de 13,999,414 lorsqu\u2019elle n\u2019était dans notre province que de 697,440.Cette comparaison se fait entre les bibliothèques publiques qui sont accessibles au grand public et non entre bibliothèques de collèges ou d\u2019universités qui ne sont accessibles qu\u2019à des groupes.Inutile d\u2019ajouter que presque toutes les grandes municipalités voisines 203 ont leur bibliothèque et souvent une bibliothèque centrale avec des succursales.Cette comparaison fait peur.Elle évoque invinciblement la différence entre les armements de l\u2019Allemagne et ceux des Alliés au début de la guerre.Est-il prudent de nous maintenir dans un tel état d\u2019infériorité ?Est-il sage d\u2019accorder si peu d\u2019importance aux livres lorsque la province voisine leur en accorde tant?De laisser sans lectures et sans instruction par les livres, de vastes populations comme celles de Hull, des Trois-Rivières, de Chicoutimi, etc.?Et d\u2019offrir si peu de livres aux populations des villes plus grandes ?Est-il bien sûr que nous ne payons pas.aujourd\u2019hui et que nous ne paierons pas demain notre apathie et notre négligence ?Dieu sait que l\u2019on fait à ces populations des reproches sans nombre, sanglants, à propos de tout et de rien.Sommes-nous bien sûrs que la plupart de ces déficiences ne proviennent pas justement de ce manque absolu ou relatif de livres largement et facilement accessibles au grand public ?Alors, voilà une province qui croit dans la valeur éducative et instructive du livre et qui, ensuite, démontre cette foi dans des actes.Elle construit des bibliothèques et elle les fréquente.On peut dire que la grande centrale de Toronto avec ses vingt succursales et ses seize salles d\u2019enfants, atteint au moins les trois cinquièmes de la population.Le livre est dans le quartier, à portée de la main.Le camion transporte le livre dans les régions éloignées ; il fournit au colon, à l\u2019agriculteur isolé, le manuel, l\u2019ouvrage dont ils ont besoin; le souci suprême est de n\u2019oublier personne qui veut trouver auprès d\u2019un spécialiste la direction dont il a besoin; provinces, municipalités, commissions scolaires collaborent afin de mettre sur pied un système simple, net, aux rouages bien ajustés; depuis longtemps déjà, les bibliothèques s\u2019enrichissent non seulement de collections de livres, mais encore de manuscrits, de documents, de disques, d\u2019incunables; des revues renseignent le public sur les acquisitions, les améliorations ; les portes des bibliothèques sont largement ouvertes partout, sans dépôt, sans formalités longues et vexatoires; en un mot, c\u2019est une activité dont on n\u2019a pas l\u2019idée et qui anime dans le moment, non seulement la province voisine, mais encore tout le continent nord-américain.Ce n\u2019est pas aux compte-goutte que l\u2019on procède.Naturellement, les statistiques disent encore bien des choses.Ils sont là, les petits chiffres qui racontent les entreprises de nos provinces.Mais ne récitent-ils pas une histoire lamentable ?Il ne s\u2019agit ni d\u2019être optimiste, ni d\u2019être pessimiste, mais de voir les choses telles qu\u2019elles sont et d\u2019en tirer des conclusions.Québec possède peu de bibliothèques publiques, c\u2019est-à-dire de bibliothèques qui desservent la vaste 204 population.Par contre, elle possède plus de bibliothèques d\u2019institutions que l\u2019Ontario; collèges, séminaires, universités possèdent de belles et importantes collections de livres.Mais à qui sont-elles accessibles ?Puis ensuite, dans quel état sont-elles ?Quelques-unes ne sont ni classifiées, ni indexées, ni cataloguées; en voici une, la plus belle de toutes, qui contient des incunables, des séries précieuses de revues, de journaux anciens; mais on s\u2019y retrouve à peine.Au-dessus de quelques milliers de volumes, une bibliothèque sans catalogue est une bibliothèque en partie inutilisable.Elle le devient de plus en plus à mesure qu\u2019elle s\u2019augmente.A cent milles, quoi faire ?Et voici toute une autre série de bibliothèques.Celles-là sont touchantes, car elles rappellent, toutes, le souvenir d\u2019une personne ou d\u2019un groupe de personnes qui ont voulu le bien de leurs compatriotes et qui ont travaillé avec énergie, dans la joie d\u2019accomplir œuvre grande et belle.Aujourd\u2019hui, pour se rendre compte, on consulte les statistiques: des livres, oui, assez, mais peu ou pas de circulation ; peu ou pas d\u2019argent dépensé pour l\u2019achat de livres nouveaux; un choix rudimentaire des volumes qui se trouvent sur les rayons.Alors, que voulez-vous que l\u2019on dise ?Ces organismes étaient à peine viables, pour la plupart; aussi ils vivotent, ils suivent une route précaire entre la faiblesse et la mort; parfois, ils passent par une période très active, puis ils se calment et ils végètent encore, attendant une impulsion énergique et sûre.On le sait bien, l\u2019émotion étreint à la vue de tant de dévouement, de tant de bonne volonté.Ceux-là étaient des précurseurs qui ont bâti avec des éléments de fortune et selon les nécessités du temps.Ils la connaissaient, eux, la valeur des bibliothèques pour un peuple.Ils ont sacrifié à cette foi leurs loisirs, leurs ressources.Ils avaient compris cette parole de dom Laurent Bénard, le réformateur de Cluny: (( Ne craignez donc plus .que la science et l\u2019éloquence qui a sauvé l\u2019Église, ruine la religion, altère la piété .C\u2019est la science et la connaissance qui fait la dévotion, qui engendre la piété, comme la foi attire la charité )).Ils savaient que (( l\u2019homme docte, comme dit le Sage, est d\u2019un esprit précieux )).Mais enfin, la population, le public en général ?Voici des lettres, là, sur le bureau: l\u2019une vient de Chicoutimi, l\u2019autre de La Tuque, une troisième de Sorel, l\u2019autre d\u2019ailleurs.Elle veut lire, la population, elle veut s\u2019instruire, elle veut se hausser vers un avenir meilleur.Et alors où s\u2019adressera-t-elle dans nombre de nos villes importantes ?Hull, par exemple, les Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe.Et avant de créer, il faut bien se rendre compte de la sorte d\u2019institution dont elle a besoin et à laquelle elle a droit.RELATIONS Et les légendes.Quand il s\u2019agit de créer une bibliothèque ou d\u2019en développer une, à quels obstacles ne se heurte-t-on pas?Est-ce un méfait que l\u2019on trouve toujours une telle abondance de prétextes pour tout empêcher?Un malheureux a découpé les pages d\u2019une encyclopédie; alors, la conclusion n\u2019a pas tardé: les Canadiens français forment une race de vandales; ils n\u2019ont pas le respect du livre, ils n\u2019ont aucun souci de la propriété de l\u2019État.Mais a-t-on réfléchi ?Parce qu\u2019un homme a assassiné un jour au couteau, a-t-on conclu que les Canadiens français étaient des assasins, a-t-on prohibé la fabrication des couteaux?Et, avant de jeter la pierre à notre nationalité, a-t-on été voir ailleurs pour être bien sûrs que messieurs les Anglais ne découpaient pas parfois, eux aussi, des encyclopédies?On s\u2019en rend vite compte: aucune bibliothèque, dans aucun pays, ne fonctionne sans un certain déchet.Le livre s\u2019use comme n\u2019importe quoi; l\u2019un inscrit une marge au crayon, l\u2019autre corne les pages, un troisième échappe l\u2019ouvrage et la couverture s\u2019arrache.Il faut prendre certaines mesures de surveillance, dépister les coupables s\u2019il y a heu, adjurer le public, afin de réduire au minimum les pertes inévitables.Mais l\u2019erreur est de vouloir qu\u2019une bibliothèque fonctionne sans aucune de ces pertes et d\u2019imposer à cet effet des mesures si draconiennes que la population est en pratique exclue.Et voici une autre légende : les Canadiens français ne lisent que des livres sans valeur.Il faut voir.Que l\u2019on vienne à la Municipale examiner en n\u2019importe quel temps la liste des livres que le public a demandés la veille.Et alors l\u2019on verra.De grands auteurs presque tous, de grands livres; une moyenne plus élevée qu\u2019ailleurs, certainement.Mais pourquoi?Un homme averti pourrait poser la question suivante: «Ne recevez-vous donc ici que l\u2019élite?Et le peuple, qu\u2019en faites-vous?Lui fermez-vous la porte au nez, quels sont ceux de vos règlements qui le gardent sur le perron ?» Et le Canadien français ne ht pas.Voilà ce que l\u2019on entend dire.Tout d\u2019abord, le Canadien français a-t-il une bibliothèque à laquelle il puisse s\u2019adresser ?Le Canada ne peut pas réussir en suivant Mammon.Vos pères n\u2019avaient ni la force ni le nombre et ils ont triomphé de leurs adversaires par la seule fidélité à leurs devoirs chrétiens et à la langue qui formait leur esprit.Vous ne dominerez pas les trusts par la puissance d\u2019un gouvernement qu\u2019ils sont généralement en état d\u2019acheter, ni en faisant d\u2019autres trusts ou en vous assurant la majorité des actions, mais en organisant le travail chez vous, du haut en bas de chaque corporation, de telle manière que les trusts n\u2019y puissent point mordre, mais devront servir la nation au lieu de s\u2019en servir.Organisez-vous à tous les degrés sous l\u2019« étendard d\u2019un ordre chrétien )), et vous aurez la force de dominer ces entreprises qui ne sont capables que de créer de nouveaux AOUT 1942 A quelle distance de sa résidence est cet édifice?Peut-il s\u2019y rendre commodément?Et quand il s\u2019y est rendu, peut-il obtenir facilement les ouvrages dont il a besoin ?Et le soumet-on à toute une série de vexations et de formalités qui décourageraient les plus tenaces ?Et ailleurs ?S\u2019imagine-t-on que si l\u2019on construit une succursale à Ottawa ou à Toronto, elle se remplisse immédiatement?Non.Peu à peu le quartier prend l\u2019habitude de la bibliothèque; tout d\u2019abord, on ne voit qu\u2019un petit groupe qui s\u2019augmente, qui s\u2019augmente et qui après quelques mois emplit l\u2019édifice.Est-on certain que le même phénomène ne se produirait pas chez nous?Mais ailleurs, on croit qu\u2019il faut attirer le public dans la bibliothèque, aller au devant de ses besoins, lui offrir tous les avantages.Légendes, idées courantes qui se sont implantées dans certains esprits et qui arrêtent net le développement des bibliothèques.Les dirigeants se disent : « Pourquoi acheter des livres qui seront découpés, volés ?Pourquoi donner à lire des romans à l\u2019eau de rose ?)) D\u2019où vient tout ce fatras de racontars ?Dans quel antre souterrain sont-ils fabriqués ?Est-il bien sûr qu\u2019ils ne proviennent pas d\u2019abord et avant tout d\u2019ennemis de notre race et de notre nationalité ?Une réflexion suprême s\u2019impose: en nous privant des bibliothèques nécessaires, ne nous infligeons-nous pas à nous-mêmes, de propos délibéré, le traitement que des nations dominatrices infligent à leurs victimes ?Manœuvres, intrigues, sournoiseries, pièges, parsèment ce terrain dangereux et vital.Une nation bien instruite, bien renseignée sait se tirer d\u2019affaires, sait se dérober à certaines emprises, sait comment se conduire et quoi faire.N\u2019est-ce pas ce que l\u2019on redouterait au fond ?Enfin une dernière pensée: qu\u2019adviendra-t-il d\u2019une minorité à laquelle on ne rend pas le livre sain accessible partout, facilement et largement, lorsque la majorité qui l\u2019entoure pille à pleines mains les grands et les beaux trésors du savoir et des connaissances ?esclaves attachés à la machine et moins considérés qu\u2019elle, la force de briser ces liens d\u2019argent que Mammon a formés, mais qui ne pèsent pas lourd à l\u2019homme de cœur.Vous imposerez votre volonté à vos politiciens, à vos maîtres, à Mammon.J\u2019ose dire que malgré les apparences, le rôle de la France est le même en Europe.Dûrement châtiée pendant que vous étiez protégés moralement par la séparation même, la France était assez riche en hommes pour tenir le coup.Elle est aujourd\u2019hui encore le canal le plus abondant de vie spirituelle et intellectuelle.De nouvelles épreuves arrivent pour elle.Priez pour nous.Et sachez que c\u2019est à vous maintenant, nation libre et adulte, d\u2019accomplir en Amérique gesta Dei per Francos.Henri Charlier (Remarques sur le Canada, 1939.) 205 CORPORATISME CHRÉTIEN LE BUDGET FAMILIAL Léon LEBEL, SJ.AUX YEUX de beaucoup de gens bien intentionnés, l\u2019affirmation qu\u2019il existe un problème \u2018 économique familial pourra paraître un pur paradoxe.Le fait d\u2019avoir de nombreux enfants, loin d\u2019être un fardeau pour les parents, devrait être plutôt une source d\u2019aisance et d\u2019enrichissement.La sagesse des nations n\u2019a-t-elle pas constaté et affirmé de tout temps que la venue de l\u2019enfant au foyer est une bénédiction pour les époux et qu\u2019une famille nombreuse est le plus important des capitaux, celui qui assure l\u2019existence et la prospérité des nations?Sans doute, les enfants, mis au monde et élevés par les parents, sont une source de richesse pour la société, dont ils feront plus tard la prospérité, parce que, comme travailleurs, ils seront des producteurs de richesses; comme consommateurs, ils contribueront à l\u2019activité du commerce; ils seront des payeurs d\u2019impôts: impôt de l\u2019argent et impôt du sang.Source de richesse et de prospérité pour la nation, les enfants ne le sont plus malheureusement aujourd\u2019hui pour la famille ni pour les parents.Us l\u2019étaient autrefois, avant l\u2019invention de la machine et la concentration de l\u2019industrie.U y a trois siècles, le moteur humain était la principale source d\u2019énergie productrice; l\u2019industrie domestique était générale et l\u2019on produisait à la maison à peu près tout ce qui était nécessaire à la vie.Aussi, dès que l\u2019enfant était capable de se servir de ses bras, apportait-il un appoint important aux revenus de la famille.Telle était la situation dans une société solidement appuyée sur l\u2019artisanat et l\u2019agriculture.Mais les choses ont bien changé depuis deux siècles.La machine a tué la production domestique et rendu impossible le travail rémunérateur des enfants à la maison.La civilisation moderne exige que l\u2019enfant passe huit, dix ans et parfois davantage dans les écoles avant qu\u2019il ne commence à gagner.Il arrive même que, par suite d\u2019un chômage généralisé et prolongé, le chef de famille soit obligé de garder à sa charge complète ses enfants, garçons et filles, jusqu\u2019à un âge où ils devraient déjà être établis.L\u2019ouvrier, père de famille, est aujourd\u2019hui le seul à gagner.Il est généralement à l\u2019emploi d\u2019un patron.Il n\u2019a pas le loisir, comme l\u2019artisan d\u2019autrefois travaillant pour son propre compte, de prolonger sa journée, de travailler 12 heures, 14 heures ou 16 heures pour augmenter sa production et ses revenus.Il est astreint à la journée de huit heures.Bien plus, depuis quelques années, la carrière productive de l\u2019ouvrier a tendance à se raccourcir par les deux bouts: à cause du chômage, la plupart des jeunes gens ne parviennent, en temps normal, à trouver de l\u2019emploi qu\u2019à un âge beaucoup plus avancé qu\u2019autrefois et, depuis l\u2019établiss3ment de la (( rationalisation )), l\u2019ouvrier est éliminé du chantier du travail à un âge où, autrefois, il était encore considéré comme en pleine vigueur.En deux mots, les foyers se fondent plus tard et les pères de familles atteignent plus tôt la fin de leur carrière productive.Dans ces conditions, élever une nombreuse famille devient un problème insoluble.Les parents chrétiens se trouvent réduits à l\u2019angoissante alternative suivante : ou bien rester fidèle à la loi morale, qui leur commande d\u2019accepter les nombreux enfants que Dieu accorde à la fécondité de leur union, avec la perspective d\u2019avoir à les élever dans un état de privation et de misère qui les fera des parias dans la société; ou avoir recours à des pratiques que réprouvent leur conscience et la loi naturelle, avec, comme conséquence, la vie dans le remords, le refus des sacrements, le danger de perdre la foi et de manquer leur salut.Cette situation lamentable, résultat du développement du régime capitaliste depuis cinquante ans, est une des raisons qui a fait sortir de sa sérénité l\u2019âme généreuse de S.S.Pie XI.Dans son encyclique Quadragesimo anno, il n\u2019a pas craint de lancer contre le régime économique moderne la plus grave des accusations: (( Il est exact de dire que telles sont, actuellement, les conditions de la vie économique et sociale qu\u2019un nombre très considérable d\u2019hommes y trouvent les plus grandes difficultés pour opérer l\u2019œuvre, seule nécessaire, de leur salut éternel.)) En effet, pour rendre possible et facile la pratique de la vertu et de l\u2019observation de la loi morale, il faut un (( minimum d\u2019aisance )) qui permet à un chef de famille, par son travail, de gagner largement la vie de ses enfants, de les nourrir, de les loger, de les vêtir, de leur donner une instruction convenable et de tâcher de les établir selon leur condition.Or il n\u2019est pas nécessaire de faire de longues enquêtes pour constater avec Pie XI que cet état d\u2019honnête aisance n\u2019est pas général chez les familles nombreuses dans notre régime capitaliste moderne.D\u2019aucuns seraient peut-être tentés de faire exception pour l\u2019Amérique du Nord.Les États-Unis et le Canada ne sont-ils pas les pays les plus riches du monde et le niveau de la vie n\u2019y est-il pas très élevé ?Nous sommes bien prêts de croire que nous battons la marche sur la route de la civilisation, que nous avons une organisation sociale et économique parfaite et que chez nous le principe: (( A chacun selon ses besoins )) est universellement appliqué.Or, rien n\u2019est plus faux.La famille nombreuse, au Canada, ne jouit pas, en général, de l\u2019état d\u2019honnête aisance dont nous avons parlé plus haut.La plupart d\u2019entre elles, non seulement n\u2019atteignent pas le niveau de vie luxueuse qui est l\u2019apanage d\u2019un petit groupe de privilégiés, 206 RELATIONS mais sont réduites à vivre dans un état de misère imméritée.C\u2019est le gouvernement du Canada lui-même qui le proclame à la face du monde par ses statistiques.La Gazette du Travail publie chaque mois le budget des dépenses correspondant aux besoins essentiels d\u2019une famille urbaine de cinq personnes: le père, la mère et trois enfants.Ainsi, pour l\u2019année 1938, elle indiquait comme budget familial la somme de $1,453.80.Or la moyenne des salaires ouvriers, telle qu\u2019elle est indiquée par les statistiques officielles, était, pour cette année, inférieure à $1,000.Le recensement de 1931 révélait que 2,098,000 personnes de la classe ouvrière appartenaient à des familles ayant un revenu annuel inférieur à $950 : plus exactement $643 en moyenne par famille.Et c\u2019est précisément dans cette classe d\u2019ouvriers à revenus modiques, que se trouvent surtout les familles nombreuses.Avec de pareilles conditions, on ne peut s\u2019attendre à ce que le niveau de la santé publique au Canada soit satisfaisant.Le docteur Richard-S.Lambert, de Toronto, analysant un rapport du Comité national de l\u2019Hygiène mentale, estime que près du tiers de la population canadienne ne possède pas les ressources suffisantes pour se procurer les soins médicaux nécessaires.Et l\u2019on s\u2019étonne en haut lieu que 44% des jeunes gens appelés à l\u2019entraînement militaire ont dû être rejetés pour défaut de santé! Même en faisant la part de la sévérité des examens médicaux à l\u2019armée, cette situation est des plus alarmantes.Et que fait donc le gouvernement d\u2019Ottawa pour alléger les charges qui pèsent si lourdement sur les chefs de familles nombreuses ?Bien peu de chose.Il accorde un léger dégrèvement aux pères de famille qui ont un revenu assez élevé pour payer l\u2019impôt sur le revenu.Mais pour tous les pauvres diables qui n\u2019ont pas l\u2019avantage d\u2019atteindre à ce niveau, le gouvernement n\u2019accorde à peu près aucun soulagement; au contraire, notre système fiscal grève les chefs de famille dans une proportion inverse de ce qu\u2019exige la justice distributive.En effet, l\u2019État est tenu en justice de répartir le fardeau de la taxe suivant la capacité de chacun à contribuer aux frais de l\u2019administration du pays.Or, à revenu égal, lequel des deux est le plus en mesure de verser au trésor public: le célibataire qui a des ressources supérieures à ses besoins, ou le chef de famille nombreuse qui est déjà grevé de charges lourdes dépassant souvent ses ressources, et qui contribue déjà au bien commun de la société en élevant des enfants?Il suffit de poser la question pour la résoudre.Or le gouvernement d\u2019Ottawa tire une grande partie de ses ressources au moyen de taxes imposées sur les objets de consommation.Mais il est clair que plus il y a de consommateurs dans une famille, plus on paie d\u2019impôts de consommation et que les chefs de famille sont ainsi frappés de taxes qui ignorent les possibilités du budget familial et les exigences de la justice distributive.Prenons par exemple la taxe de vente de huit pour cent.Cette taxe, le célibataire la paie une fois sur le vêtement et sur tout ce qu\u2019il doit acheter pour ses besoins.Le père de famille de douze enfants la paie une fois sur les objets qu\u2019il achète pour ses propres besoins; il la paie une seconde fois pour ceux que se procure sa femme et douze fois ensuite pour chacun de ses enfants.La somme dont les chefs de familles nombreuses sont injustement grevés du fait de ce seul impôt indirect doit s\u2019élever à plusieurs dizaines de piastres par année: ce qui constitue certainement la matière d\u2019ime injustice grave.Il est certain qu\u2019aucun des ministres, des sénateurs et des députés qui président, à Ottawa, aux destinées du pays, ne voudrait, pour tout l\u2019or du monde, faire tort à un chef de famille pour la valeur d\u2019une piastre en justice commutative.Ils se croiraient déshonorés ! Mais, comme législateurs, ils laissent se perpétuer, sans compensation, un régime fiscal qui impose un fardeau gravement injuste à des centaines de mille familles, les plus méritantes de la nation, celles de qui dépendent surtout sa prospérité et sa sécurité! Que demandons-nous donc?Que l\u2019on supprime toute taxe de consommation ?Aucunement.Cette taxe, puisqu\u2019il en faut, a sa raison d\u2019être.Elle est une source pour l\u2019État de revenus considérables,\u2014 $310,000,000 en 1940.Ce que nous demandons, c\u2019est que le gouvernement songe enfin à réparer l\u2019injustice fiscale faite aux chefs de famille, qu\u2019il institue à cet effet, un système d\u2019allocations familiales, auquel il devra contribuer pour une large part en versant lui-même le premier une importante contribution aux caisses de compensation.Tant qu\u2019on n\u2019aura pas ajouté cet organisme à notre économie, la société marchera cahin-caha, en multipliant les heurts et les souffrances; car les allocations familiales sont le seul moyen efficace, dans l\u2019état actuel de la société, de résoudre le problème de la subsistance de la famille nombreuse; elles constituent la seule manière pratique et acceptable d\u2019appliquer le principe fondamental que tout régime de biens doit être organisé en vue de l\u2019homme.On se trouverait ainsi à réaliser, mais d\u2019une façon orthodoxe, l\u2019axiome: (( A chacun selon ses besoins ».AOUT 1942 207 LA VIEILLE DAME DE JERUSALEM Joseph LEDIT, S.J.Après la Pentecôte, la vierge Marie disparaît dans T ombre.Elle avait alors u environ 50 ans.Aux yeux des hommes, sa vie était finie puisqu\u2019elle avait rempli sa mission jusqu\u2019au bout.Elle avait donné le jour au Sauveur, l\u2019avait élevé dans l\u2019obscurité de Nazareth, l\u2019avait suivi de loin sur les routes de Galilée et de Judée.Debout, au pied de la croix, elle reçut son dernier soupir.Elle salua sa résurrection le matin de Pâques et monta sur le mont des Oliviers pour l\u2019ascension.Enfin, neuf jours après, elle reçut le Saint-Esprit qui venait prendre la place, auprès des apôtres, de Jésus monté au ciel.Tout était bien fini pour la Sainte Vierge ici-bas.Que pouvait-elle encore faire qui ne fût pas, auprès des années déjà écoulées, une sorte de déchéance?Elle était fatiguée, car elle avait souffert infiniment et beaucoup peiné.Pourquoi s\u2019attarda-t-elle si longtemps encore ici-bas?Pourquoi un tel silence sur ses actions ?On croit, mais on ne sait pas, qu\u2019elle vécut encore un quart de siècle,\u2014 certains disent une trentaine d\u2019années.Elle ne quitta guère le mont Sion, et la tradition qui fixe à Ëphèse le trépas de la Vierge n\u2019est pas assez solide pour nous arrêter.C\u2019est donc au cénacle que nous chercherons la trace des derniers pas de Celle qui fut l\u2019immaculée, la Toute-belle, la Vierge-Mère, la Mère de Dieu et Notre Mère .la vieille Vierge Marie qui attendit si longtemps pour mourir.Que fit-elle durant ces longues années ?Elle reprit, assurément, ses vieilles occupations de Nazareth et tint maison, mais cette fois, ce n\u2019était plus pour le Fils de Dieu.D\u2019autre part, elle commençait à vieillir et ses forces diminuaient.Jean avait parfois un serrement de cœur en la voyant gravir péniblement les marches de la rue, tandis qu\u2019elle revenait de ses emplettes matinales ; plus d\u2019une fois, il avait voulu arrêter cet humble dévouement, mais Marie en aurait trop souffert.Alors, Jean laissait faire et acceptait les services de la Reine du ciel.Parfois, aux heures consolées, dans la joie intime de ce pauvre ménage, la Vierge se reprenait à parler du passé.Vite, alors, elle oubliait le présent et, les yeux perdus dans le lointain lumineux, elle causait, en travaillant, de l\u2019enfance de Jésus.Menus incidents, d\u2019une familiarité attendrie, comme seules les mères les recueillent et les conservent dans leur cœur, mais Jean ne prenait pas de notes durant ces heures ineffables.N\u2019est-il pas émouvant qu\u2019il ne nous ait rien donné, dans son Évangile, de ce qu\u2019il a appris de la vierge Marie?Car il est évident qu\u2019il causa souvent de Jésus avec Notre Dame.Pour des raisons que nous pouvons deviner, la Providence n\u2019a pas voulu que nous ayons des détails précis sur la vie cachée du Sauveur.\u2014 Sauf les rares épisodes rapportés par Luc et Matthieu.Le matin,\u2014 ou était-ce alors le soir ?\u2014 elle assistait à la messe célébrée par l\u2019Apôtre qui avait reposé sa tête sur le cœur de Jésus.On aime s\u2019arrêter sur cette vision; des peintres ont cherché à la fixer sur la toile, des poètes l\u2019ont chantée.Que furent les communions de celle dont la foi avait mérité, d\u2019après Élisabeth, la béatitude de la maternité divine?Le voile qui sépare le ciel de la terre s\u2019évanouissait dans la double lumière du Soleil de Justice et de l\u2019Étoile du Matin.Infiniment plus beau et plus gracieux qu\u2019aux heures les plus divines de Bethléem, de Nazareth et de Pâques, Jésus visitait sa Mère et la transformait.L\u2019Esprit-Saint la couvrait de son ombre.Le Père répétait à l\u2019immaculée, sans l\u2019intervention de Gabriel, qu\u2019elle était pleine de grâce! Comment la Vierge, alors, ne mourut point, c\u2019est un mystère pour notre pauvre intelligence.La Trinité, en ravissant son âme, redonnait des forces prodigieuses au corps vieillissant.Mais elle ne voulait pas s\u2019attarder, la Vierge, à sa contemplation; avec la lenteur empressée des vieillards très dévoués, elle se mettait immédiatement au travail, tandis que Jean, ému d\u2019occuper la place du Fils de Dieu auprès d\u2019elle, la regardait avec des yeux où brillait une inexprimable reconnaissance.Au début, on dut recevoir des visites assez nombreuses.Les premiers chrétiens demandaient à voir la Mère de Dieu et elle ne pouvait se refuser à leurs prières.Elle partagea les joies, les inquiétudes, les prières, les actions de grâces de l\u2019Église naissante.Son cœur se serra quand elle apprit que Jean et Pierre avaient été arrêtés dans le Temple et conduits devant Anne, Caïphe et les autres.Mais ils revinrent, eux ! Quand le diacre Étienne fut lapidé et que l\u2019on fit en son honneur d\u2019émouvantes funérailles, planctum magnum, la Vierge-Mère dut être là, se rappelant le soir du Vendredi-Saint, mais elle fut consolée quand on lui apprit qu\u2019Étienne, peu avant de mourir, avait vu le ciel ouvert.Quelque temps après, elle fut encore plus heureuse quand elle apprit la conversion de saint Paul.Mais saint Luc, qui avait tant appris de la Vierge sur les premières années de Jésus, ne nous dit pas un mot sur la vieillesse de Notre Dame.C\u2019est comme si Marie n\u2019eut plus existé.L\u2019un après l\u2019autre, les apôtres partaient en mission.De temps à autre, ils revenaient et donnaient des nouvelles.Un jour, Hérode fit tuer par le glaive 208 RELATIONS Jacques, frère de Jean.La Vierge dut prendre une part intime à ce deuil qui affectait saint Jean si douloureusement.Puis, les apôtres se dispersèrent définitivement, laissant saint Jean tout seul avec elle, Marie; humbles chevaliers de la plus sublime épopée, pacifiques conquérants du monde, ils avaient eux aussi, besoin d\u2019une Dame dont ils porteraient l\u2019image dans leurs cœurs, qui inspirerait leur courage, adoucirait leurs épreuves, leur sourirait, de loin, au milieu des difficultés.Ce ne pouvait être que la vieille Dame de Jérusalem sur laquelle l\u2019un d\u2019eux, Jean, avait charge de veiller tant qu\u2019elle vivrait.On est stupéfait, aujourd\u2019hui, quand on songe à l\u2019étonnante rapidité avec laquelle se propagea l\u2019Évangile.En vérité, on voyait s\u2019accomplir, avec un éclat foudroyant, la promesse du prophète: (( Leur voix s\u2019est répandue jusqu\u2019au bout du monde, et leurs paroles retentissent jusqu\u2019aux limites de la terre )).L\u2019explication de ce prodige est simple.Jamais le Corps Mystique ne retrouvera l\u2019élan qu\u2019il avait alors, quand il puisait dans la Vierge Mère des trésors inépuisables de vie.Car l\u2019activité de l\u2019Église vaut ce que vaut sa vie intérieure; sa vie intérieure c\u2019est l\u2019épanouissement de la sainteté dans ses membres,\u2014 sainteté qui déborde, alors, et répand la vie.Alors, l\u2019ardente cellule vivante et intarissable, d\u2019où jaillissaient des fleuves de vie, c\u2019était Elle, Marie Immaculée, dont les prières, les humbles petits sacrifices, l\u2019humilité et la charité accomplissaient dans l\u2019Église une œuvre maternelle de fécondité.Elle avait été laissée par Jésus sur la terre pour cela: être la Mère du Corps Mystique! Après la Pentecôte, Nazareth recommença \u2014 c\u2019était ce qu\u2019il y avait de plus indispensable, mais comme Jésus ne pouvait plus recommencer sa vie cachée, il confia cette mission aux deux personnes qu\u2019il aimait le plus: sa Mère et saint Jean.Ainsi, la même Vierge Mère qui présida à la vie cachée de Jésus est la Reine de la vie cachée du Corps Mystique.Les apôtres, suivant la mission qui leur a été confiée, partent pour organiser l\u2019Église et prêcher l\u2019Évangile.Avec saint Jean, elle se plonge dans l\u2019insondable mystère d\u2019une humilité absolue.C\u2019est pourquoi on ne sait plus rien d\u2019elle.Elle ne paraît plus.Elle garde un silence infini.Elle n\u2019est qu\u2019une petite servante discrète, Ancilla Domini, et c\u2019est pourquoi elle collabore de façon aussi merveilleuse à l\u2019expansion de l\u2019Eglise.Son activité a un rayonnement d\u2019autant plus lumineux que le foyer se voile dans une nuit plus obscure.La floraison de la primitive Église trouve son explication dans l\u2019obscurité qui couvre les dernières années de la vieille Dame de Jérusalem.Quelle consolation pour ceux qui estiment que leur vie est devenue inutile parce qu\u2019ils n\u2019ont plus rien à faire ici-bas.Mères de famille, dont les enfants sont établis et qui n\u2019osent pas, à 50 ans, recommencer de nouvelles activités; vieillards surtout, qui ont A dû renoncer au travail et dont le chômage forcé est rempli d\u2019une incroyable amertume.Que reste-t-il, sinon attendre la mort ?Et cette attente est si longue, quand elle est vide! Or, la vierge Marie, dans sa vieillesse, vient nous apprendre que l\u2019attente est quelque chose de très précieux puisqu\u2019elle est un acte de foi, d\u2019espérance et d\u2019amour.Cette attente, qui est une préparation, est féconde.Elle est surtout apostolique, puisqu\u2019elle agit sur le cœur de Dieu.Le monde matérialiste méprise les vieillards ou, tout au plus, les tolère.Aujourd\u2019hui des barbares voudraient les assassiner, sous prétexte qu\u2019ils sont inutiles.Le chrétien s\u2019incline devant eux car il sait que les dernières années de leur vie sont peut-être les plus fécondes de toutes.Pendant qu\u2019ils attendent Dieu, ils répandent autour d\u2019eux les derniers reflets d\u2019une vie de lumière et de bonté.On se sent plus doux et plus paisible quand on s\u2019est rapproché d\u2019eux, car on s\u2019est réchauffé au grand feu de charité qui consume l\u2019Église.Voilà une des leçons que la Vierge voulut nous apprendre durant les dernières années de sa vie.Et comme le monde est très impatient, remercions-la d\u2019avoir mis tant d\u2019années à nous apprendre à attendre paisiblement l\u2019heure de Dieu.Peu à peu, cependant, sa démarche devenait plus lente, et elle dut quitter ses occupations l\u2019une après l\u2019autre.Ses forces baissaient.Elle restait assise, silencieuse, perdue dans ses souvenirs et ses anticipations.Les traits qui avaient ravi les anges de Bethléem étaient sillonnés de rides, mais elle rayonnait de la merveilleuse beauté de la vieillesse quand, sur son visage buriné par la peine, apparaissait tout à coup l\u2019inépuisable trésor de mansuétude, de bonté, de paix, d\u2019union à Dieu, accumulé pour l\u2019Église durant une longue vie immaculée.Ses cheveux étaient devenus tout blancs, et ses mains étaient presque transparentes.Ses yeux avaient la chaude beauté du crépuscule.Devant la splendeur de ce coucher de soleil, l\u2019Archange qui avait salué la douceur gracieuse de l\u2019Aurore devait trouver que la Vierge, toute vieille et toute ridée, était encore plus belle que celle à laquelle il avait apporté, il y a plus d\u2019un demi-siècle, le message de l\u2019Incarnation.Ave, gratia plena! La Vierge, doucement, s\u2019éteignait.L\u2019immense clarté de la Toute-Belle commençait à abandonner la terre.Jean, seul, comprit la grandeur de notre perte.Vers la fin Marie était devenue presque immobile.Jean, avec une tendresse infinie, s\u2019approcha d\u2019elle et elle lui transmit ses derniers messages.Il y eut quelque chose pour chacun des apôtres, Pierre, André, les cousins du Sauveur, Philippe .pour Luc et Marc, pour l\u2019Apôtre des Nations.Elle prépara l\u2019Apôtre bien-aimé au vide immense qui remplirait le Cénacle une fois qu\u2019elle ne serait plus là.Puis, elle appela Jésus, et Jésus vint la chercher.AOUT 1942 209 GASPILLAGE PUBLIC T \u2019ÉCONOMIE est une vertu spéciale pour temps de guerre.Le gouvernement, pour sa part, aide vigoureusement le peuple à la pratiquer par le rationnement: de l\u2019essence, du sucre .Le commerce des objets de luxe est découragé, voire rendu impossible, par des règlements de plus en plus sévères .Mais alors que penser du gaspillage éhonté d\u2019argent pour la boisson en pleine guerre ?D\u2019après le dernier rapport annuel de la Commission des Liqueurs de Québec, celle-ci a vendu pendant onze mois pour au delà de $19 millions de vins et de spiritueux, soit plus de 2 millions de gallons, et les brasseries pour $17 millions de bière soit 20 millions de gallons.Récemment, la sénatrice Iva Fallis citait, à la Chambre haute, ces chiffres effarants: l\u2019Ontario a consommé en 1940, pour près de $50 millions de boisson, et en 1941, pour $64 millions.Le Canada a dépensé pour la boisson: $153 millions en 1938 et $250 millions en 1942.Le commerce des liqueurs est-il une industrie vitale de défense nationale qu\u2019on lui laisse prendre, au détriment de la santé et de la moralité de la nation, une telle expansion ?La réponse est au gouvernement, qui devrait taxer impitoyablement cette industrie de luxe et limiter sévèrement sa publicité trompeuse.LA «RÉVOLUTION» CONTINUE T A GUERRE fait beaucoup réfléchir.Dans certains milieux responsables de l\u2019éducation en Ontario, on tente un effort sérieux pour mettre d\u2019accord paroles et actes, en faisant rentrer à l\u2019école la religion chrétienne dont on se proclame les défenseurs.(( Véritable révolution en éducation », écrivait l\u2019automne dernier, M.F.D.L.Smith dans la Toronto Saturday Night (Relations, 1941, p.282), car, depuis un siècle, les écoles publiques ontariennes sont \u201creligiously neutral, and hence tend to be atheistic in their influence\u201d.M.Smith, dans le même hebdomadaire (4 juillet), montre le chemin parcouru: \u201cReligion at long last gets into education\u201d.Un congrès récent des commissaires d\u2019écoles et des contribuables de l\u2019Ontario adoptait à l\u2019unanimité (moins une voix) plusieurs résolutions pressant le gouvernement provincial d\u2019accorder à la religion la place qui lui revient à l\u2019école : 1.\tEnseignement obligatoire de la religion à l\u2019école; 2.\tCredits accordés aux élèves pour l\u2019instruction religieuse comme pour toute autre matière du programme.3.\tFormation au College of Education de professeurs compétents et munis d\u2019un certificat spécial donnant droit aux salaires que reçoivent les professeurs spécialisés, etc.Le Congrès suggère que l\u2019on se mette à l\u2019œuvre immédiatement, surtout au 2e degré de l\u2019enseignement, par une lecture de la Bible dirigée, mais faite sans commentaires.On espère par cette méthode contourner la pierre d\u2019achoppement de l\u2019enseignement religieux dans les écoles protestantes: la multiplicité des sectes, due à la libre interprétation de l\u2019Écriture Sainte.On avisera ensuite à « perfectionner la méthode et à équipper les professeurs pour leur tâche magnifique ».Dans une société qui se proclame chrétienne, l\u2019école doit former des chrétiens en même temps que de bons citoyens.Les catholiques se réjouiront de ce que l\u2019Ontario est en train de (( découvrir » cette conception perdue de l\u2019éducation.210 AVEC OU SANS COMMENTAIRES LA SUPÉRIORITÉ ÉCONOMIQUE DES CANADIENS ANGLAIS T A SUPÉRIORITÉ ÉCONOMIQUE des Canadiens de langue anglaise par rapport aux Canadiens français est un fait indéniable qui défraie bien des conversations.Mais les explications qu\u2019on en donne généralement sont courtes, incomplètes, voire inexactes: « manque d\u2019instruction des Canadiens français », (( enseignement trop peu réaliste et pratique », « préoccupations trop exclusivement politiques », « préoccupations religieuses excessives », (( ignorance de l\u2019anglais », « incapacité congénitale en affaires », etc., etc.Combien plus riche et suggestive parce qu\u2019elle plonge dans l\u2019histoire est l\u2019explication de Charlemagne Bracq dans son magnifique ouvrage The Evolution of French Canada.Le troisième chapitre \u201cCauses of British Ascendency\u201d est à lire, à relire et à utiliser pour tempérer certains mépris faciles à l\u2019égard des Canadiens français ou certaines admirations béates pour leurs compatriotes d\u2019origine anglaise.Le chapitre est une accumulation impressionnante de faits montrant de quels avantages économiques exceptionnels ont joui les Anglo-Canadiens dès leur arrivée au Canada.En face d\u2019eux, ils n\u2019avaient comme concurrents que de malheureux colons, ruinés par les dépenses et les dévastations de la guerre, abandonnés par la mère-patrie et livrés pour subsister à des moyens de fortune.La partie n\u2019était vraiment pas égale, et il n\u2019est pas surprenant que les Anglo-Canadiens acquirent dès l\u2019origine une prépondérance économique que des avantages, continués à eux-mêmes et toujours refusés à leurs compatriotes, leur aient permis de maintenir facilement.On doit plutôt s\u2019étonner que les Canadiens français privés de toute aide de l\u2019extérieur, en hommes comme en argent, aient pu non seulement relever les ruines accumulées par la guerre, mais reconquérir à prix de travail, d\u2019argent et de temps, les immenses domaines concédés avec une largesse princière aux créatures de l\u2019administration, édifier une armature sociale complète: églises, couvents, écoles, universités, qui malgré ses déficiences inévitables, fait l\u2019admiration des observateurs sérieux.« Avec de l\u2019argent on fait de l\u2019argent.» L\u2019argent est ce qui manqua le moins aux nouveaux arrivés d\u2019Angleterre et à leurs successeurs.Ce sont d\u2019abord les sommes considérables affectées à l\u2019entretien de l\u2019armée et à l\u2019organisation de la défense: environ $500 millions au cours du xixe siècle.On dépensa $35 millions pour la citadelle de Québec, mais, au témoignage d\u2019un officier anglais, pas un seul contrat ne fut confié à une maison canadienne-française.C\u2019est ainsi que cet argent, sauf pour les miettes des petits salaires, restait entre les mains des Anglo-Canadiens.Les honoraires des représentants du gouvernement anglais constituaient de jolies fortunes: ainsi le poste de protonotaire rapportait annuellement à Stephen Burroughs un revenu de $100,000.Bientôt c\u2019est la main mise sur les seigneuries canadiennes ou l\u2019octroi massif des terres de la Couronne qui achemineront les heureux bénéficiaires vers une fortune rapide: James Cowan reçoit 43,620 acres; RELATIONS William Barnard, 40,753; Elmer Cushing, 58,962, etc.G\tQuand s\u2019ouvrit l\u2019ère des transports modernes : lignes de navigation océanique, chemins de fer, cabotage des Grands Lacs, c\u2019est par dizaines de millions que s\u2019investissent dans ces entreprises géantes les capitaux d\u2019Angleterre par le truchement des Anglo-Canadiens et souvent avec l\u2019octroi par nos gouvernants de privilèges exorbitants.De là sortirent les grandes fortunes anglo-canadiennes du siècle dernier.Les seuls dons des sociétés philantropiques et religieuses d\u2019Angleterre s\u2019élevèrent à $100 millions au cours du xixe siècle, facilitant l\u2019organisation de la vie communautaire anglo-canadienne: églises, séminaires, bibliothèques, hôpitaux, système scolaire .Le xxe siècle amène le triomphe des sociétés par actions.Les placements anglais au Canada se font à un rythme vertigineux, si bien qu\u2019en 1918 ils dépassent les deux milliards.\u201cAll this contributed powerfully to Anglo-Canadian enterprise and wealth.\u201d \u201cThink that hardly a dollar of the $2,400,000,000 which England has put into industry in Canada has gone into French Canadian enterprise.\u201d (Willson.) Cette richesse prodigieuse \u201chas enabled Anglo-Canadians to have better homes, better food, better clothing; to have the education which comes from opulence, from large social relations, from travel; to have the immediate benefit of British and American civilization; to have among others McGill University, the great and glorious university .\u201d L\u2019auteur de The Evolution of French Canada tire des innombrables faits cités la conclusion suivante: \u201cWas there ever a people more favoured in every way than the Anglo-Canadians ?\u201d.Bracq écrivait au lendemain de la Grande Guerre.Les choses depuis n\u2019ont pas changé, si non qu\u2019aux flots du capital anglais se déversant sur le Canada ont succédé ceux du capital étatsunien, bientôt plus abondants que les premiers.Le Canada français se trouve aujourd\u2019hui comme tous les peuples à un tournant de son histoire.A certains points de vue, jamais l\u2019avenir n\u2019a été aussi sombre, mais à d\u2019autres égards jamais non plus a-t-il été chargé d\u2019espoirs aussi fondés! D\u2019une part, la guerre actuelle marquera la fin du colonialisme et du capitalisme classique qui ont assuré aux Anglo-Canadiens leur supériorité écrasante.D\u2019autre part, le Canada français peut désormais s\u2019appuyer sur une armature sociale complète, particulièrement au point de vue scolaire, qu\u2019il peut rapidement perfectionner et adapter aux exigences d\u2019une économie moderne mi-rurale mi-urbaine: développement de l\u2019enseignement technique, orientation professionnelle, encouragement à la petite entreprise, mise en valeur des ressources naturelles, utilisation des millions accumulés de l\u2019épargne populaire, etc.Avec de la vision et de l\u2019énergie, les Canadiens français conquerront, s\u2019ils le veulent, dans la vie économique de la nation lafplace à laquelle il leur a été jusqu\u2019ici matériellement impossible d\u2019accéder.AOÛT 1942 LE CHRIST DANS L\u2019USINE AMERICA, dans sa livraison du 1er août, annonce la grande nouvelle: le Christ est entré dans l\u2019usine étatsunienne.Le dimanche 26 juillet, pour la première fois, deux messes, la première à 6 h.30 pour l\u2019équipe de relève, la seconde à 7 h.05 pour l\u2019équipe libérée, étaient célébrées dans l\u2019usine de la Colt Patent Firearms, à Hartford, Connecticut.La coutume, semble-t-il, va s\u2019établir rapidement dans les centres industriels où la population catholique est nombreuse.Estimant que les zones d\u2019usines de guerre ne réclament pas moins la présence du prêtre que celles des camps, que les ouvriers et ouvrières n\u2019ont pas moins besoin d\u2019aide spirituelle que les militaires, America avait prôné, il y a plusieurs mois, la nomination d\u2019(( aumôniers d\u2019usines » (Factory chaplains).Pour que l\u2019initiative lancée récemment soit parfaite, ajoute America, il n\u2019y a plus qu\u2019à ajouter à ces messes du dimanche en usine une brève allocution sur la doctrine sociale telle qu\u2019exprimée par Léon XIII et Pie XI.Il ne saurait se trouver de circonstances plus favorables à la diffusion du programme de restauration sociale de l\u2019Église, ni de meilleure occasion de faire comprendre vivement par chacun: directeurs, techniciens et ouvriers se coudoyant dans une démocratique égalité devant l\u2019autel du Seigneur et à la table sainte, les relations humaines et chrétiennes qui les rattachent les uns aux autres.LE BOUCLIER DE LA CONTINENCE T ES MALADIES VÉNÉRIENNES qui firent dans le corps expéditionnaire étatsunien de 1917, 100,000 victimes de plus que les balles allemandes sont à l\u2019œuvre, menaçantes, dans l\u2019armée de nos Alliés du sud.Les barrages naturels que constitue la vie civile sont tombés pour les centaines de milliers d\u2019hommes mobilisés; le vice commercialisé rôde plus effrontément que jamais autour des camps et des casernes.Le commandant Gene Tunney, l\u2019ancien champion de boxe, maintenant responsable de la santé dans la Marine étatsunienne, a exprimé son avis sur ce grave problème dans un remarquable article publié dans le Reader's Digest, livraison d\u2019août: \u201cThe bright shield of continence\u201d.L\u2019autorité militaire, dit-il, ne peut guère faire autre chose que de fermer les maisons de prostitution et de bien organiser la prophylaxie (notons que certains moyens prophylactiques proposés par l\u2019autorité militaire sont proprement immoraux), mais l\u2019un et l\u2019autre moyens sont relativement inefficaces: les ravages de la syphilis et de la gonorrhée causent les plus graves inquiétudes.La seule méthode capable d\u2019immuniser contre le terrible mal et de conserver aux soldats leur vigueur combattive est d\u2019instaurer dans l\u2019armée, comme il existe par exemple dans le sport, le code de la continence.Des athlètes, pour gagner une joute de boxe ou de lutte, y sont fidèles.Combien plus soldats et marins, champions et défenseurs de la patrie, devraient-ils le respecter ?Sans doute la pratique de la continence est un rude combat, mais la victoire en vaut le prix.Le plaidoyer de Tunney maintenu de propos délibéré sur le plan naturel est décisif.Le soldat chrétien et catholique trouvera dans sa foi d\u2019autres motifs et d\u2019autres moyens encore plus puissants de protéger son corps .et son âme par le bouclier éclatant de la continence.211 LA PETITE MAÎTRISE DE MONTRÉAL Une oeuvre d\u2019éducation totale Jean VALLERAND EN 1938, le révérend Père Alfred Bernier, S.J., docteur en musique grégorienne de l\u2019Institut pontifical de Musique sacrée de Rome, fondait La Petite Maîtrise de Montréal.En apprenant cette nouvelle, nombreux les amateurs de musique qui se sont dit: (( Encore un chœur d\u2019enfants! Décidément, la visite chez nous de la Manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois de Paris a produit des résultats)).Les musiciens intelligents\u2014il en existe, hélas! qui ne le sont pas \u2014 se réjouissaient.Ils n\u2019avaient qu\u2019un tort: celui d\u2019ignorer la nature et le but précis de La Petite Maîtrise.La Manécanterie de Paris avait adopté la formule classique des quatre voix mixtes: soprani, alti, ténors et basses.La Petite Maîtrise ne groupe que des voix d\u2019enfants: voci Manche.En ceci elle se distingue d\u2019autres associations chorales de valeur, comme la Manécanterie d\u2019Hochelaga.La Petite Maîtrise est un groupement artistique dont tous reconnaissent la haute qualité.Depuis quatre ans qu\u2019elle existe, La Petite Maîtrise a donné quatre-vingt-deux auditions.Elle a participé en 1941 à la représentation de l\u2019opéra Carmen, dirigée par Wilfrid Pelletier, du Métropolitain.A la suite de cet événement, Wilfrid Pelletier écrivait au directeur de La Petite Maîtrise: (( J\u2019apprécie à sa juste valeur le magnifique travail que vous avez accompli à Montréal dans Carmen.Les enfants de votre Maîtrise n\u2019ont pas fait que chanter de façon admirable; ils possédaient de plus une intonation parfaite \u2014 c\u2019est une rare qualité.)) Thomas Archer, de la Gazette, ce critique dont la sévérité et l\u2019honnêteté sont bien connues, disait, le lendemain de la représentation: \u201cWe heard the best chorus of urchins leading in the change of the guard in the first act, which has yet been in a Montreal performance of Carmen\u201d.En mai 1940, Frédéric Pelletier, l\u2019excellent critique du Devoir, écrivait à la suite d\u2019un concert de La Petite Maîtrise: ((.J\u2019ai rarement entendu un ensemble aussi homogène et fondu et une pareille maîtrise des nuances chez des enfants .La plupart des pièces étant sans accompagnement, à trois, quatre et même cinq voix, il faut une culture assez poussée et une obéissance aveugle pour que des enfants nouveaux nés au chant choral se maintiennent à une justesse parfaite dans des complications harmoniques assez difficiles .)).En mai dernier, le grand organiste français Joseph Bonnet donnait un récital en l\u2019église Notre-Dame.Au même concert, La Petite Maîtrise de Montréal interpréta Y Ode à Marie, Reine de Montréal du Père Bernier.Une fois de plus, les critiques furent unanimes à louer la perfection technique et l\u2019intelligence esthétique de cet ensemble vocal.Tous admettent désormais l\u2019excellence artistique de La Petite Maîtrise.W ilfrid Pelletier a de nouveau réservé les services de La Petite Maîtrise pour les représentations de Carmen et de Louise qu\u2019il doit diriger à Montréal.Je n\u2019ai rappelé les faits ci-dessus mentionnés que pour établir définitivement ceci : même si elle n\u2019était qu\u2019un chœur d\u2019enfants \u2014 composé uniquement d\u2019enfants, ce qui est déjà rare \u2014 La Petite Maîtrise aurait droit à notre admiration et à notre respect.Elle aurait surtout le droit de pouvoir continuer de vivre et de prospérer.La Petite Maîtrise est cependant plus qu\u2019un chœur: elle est une école.Dans la pensée de son directeur-fondateur, La Petite Maîtrise, telle qu\u2019elle existe actuellement, n\u2019est que la cellule primitive d\u2019une école qui sera chez nous l\u2019équivalent du Chœur des Enfants de Vienne.La Maîtrise de Québec est une véritable école mais elle limite son activité aux offices capitulaires.De même, la Cathedral Choir School de Toronto.Le Chœur des Enfants de Vienne a été fondé en 1498 par l\u2019empereur Maximilien 1er.Sous la république comme sous l\u2019empire, il a été subventionné par l\u2019État.Ce chœur ne cherche pas uniquement à former des petits chanteurs.Il veut former des enfants chrétiens, civilisés, instruits et musiciens.Il n\u2019y a pas mal réussi puisque de ses rangs sont sortis Haydn, Schubert et Bruckner.(( Trois grands musiciens en quatre cents ans, dira-t-on, ce n\u2019est pas énorme.)) Le Canada serait plus important dans l\u2019univers artistique si, en trois cents ans, il n\u2019avait produit qu\u2019un seul Haydn.Une école du genre de celle que constitue le Chœur des Enfants de Vienne existe à Londres, Savoy Chapel Boys.En France, le Conservatoire s\u2019est édifié sur les ruines des maîtrises qui étaient de véritables conservatoires en miniature.La Maîtrise de Dijon jouit encore d\u2019une réputation méritée.A La Petite Maîtrise de Montréal, les enfants, au nombre de cent, feront leurs études primaires, de la 4e à la 9e inclusivement.Ils recevront la même quantité d\u2019heures de classe que dans une école de la Commission scolaire.Ils recevront de plus un enseignement musical de deux heures par jour.Le but de La Petite Maîtrise n\u2019est pas de former des musiciens complets.Mais l\u2019enfant qui, pendant six ans, aura suivi les cours de cette école sera devenu un être cultivé, équilibré et ouvert aux préoccupations artistiques.Sa formation solfégiste sera d\u2019une 212 RELATIONS solidité à toute épreuve; il aura l\u2019esprit préparé à comprendre les problèmes techniques de l\u2019écriture musicale.Si la composition ne l\u2019intéresse pas et qu\u2019il se sente attiré vers un instrument, l\u2019école verra à le diriger même après qu\u2019il l\u2019aura quittée.Si le diplômé de La Petite Maîtrise décide de n\u2019être ni virtuose instrumentiste, ni chanteur, ni compositeur, il sera tout de même un citoyen dans toute la force du mot.Pourquoi?Toujours pour la même raison: Non impedias musicam.Ne contrecarrez pas la musique, i\\je l\u2019empêchez pas d\u2019accomplir son œuvre humanisante.Choisissez un enfant normal âgé de 8 ans, un enfant qui soit intellectuellement et moralement beau.Confiez-le à des maîtres dignes du nom d\u2019hommes.Que ces maîtres ne soient pas seulement des professeurs de grammaire et d\u2019arithmétique mais aussi des maîtres d\u2019énergie, de droiture et de sens moral.Si, de plus, l\u2019enfant confié à ces maîtres reçoit une bonne éducation musicale élémentaire, il sera humainement et socialement supérieur à un autre enfant qui, placé dans les mêmes conditions, aurait cependant été privé de musique.Plusieurs compositeurs de génie ont été des saligauds, je sais.Ce n\u2019est pas la faute de la musique.C\u2019est la faute de l\u2019éducation extra-musicale, de l\u2019entourage, de la famille peut-être.C\u2019est qu\u2019ailleurs on a contrebalancé les effets salutaires de la musique, c\u2019est qu\u2019ailleurs on a empêché la musique.Voilà ce qu\u2019entend réaliser La Petite Maîtrise.Elle y réussira d\u2019autant plus facilement qu\u2019elle le réalise déjà dans les limites de ses moyens.Le temps accordé, à La Petite Maîtrise, à l\u2019enseignement de la musique ne nuira nullement à l\u2019enseignement des matières strictement scolaires.L\u2019enseignement portera, à La Petite Maîtrise, sur les mêmes sujets que dans les classes correspondantes des écoles de la Commission.L\u2019élève de La Petite Maîtrise aura donc droit, en 7e et en 9e, aux mêmes diplômes que son confrère de l\u2019école primaire élémentaire.Il ajoutera à ces diplômes le titre d\u2019ancien élève de La Petite Maîtrise.Et ce ne sera pas un titre que l\u2019on dédaignera.La Petite Maîtrise étend son action hors des limites d\u2019une paroisse.L\u2019œuvre s\u2019abrite actuellement à l\u2019ombre hospitalière d\u2019un clocher.Aucun esprit de clocher ne l\u2019anime.La Petite Maîtrise de Montréal, son nom l\u2019indique, entend grouper les meilleurs élèves qu\u2019elle pourra trouver dans la métropole.La Petite Maîtrise sera une école spécialisée: elle n\u2019acceptera donc que les élèves les plus aptes au genre d\u2019enseignement qu\u2019elle dispensera.L\u2019enseignement de la musique, qui constitue la différence spécifique de l\u2019école, sera confié à des maîtres.Les professeurs chargés des matières de l\u2019enseignement primaire seront choisis avec la même minutie.Pour l\u2019enseignement spécialisé comme pour l\u2019enseignement primaire proprement dit, le corps professoral AOÛT 1942 sera composé de religieux et de laïcs.Cette école primaire spécialisée sera un externat.La Petite Maîtrise a donc besoin d\u2019un édifice où loger ses élèves et se§ professeurs.Elle a besoin d\u2019un statut juridique assurant son existence officielle et son autorité.Le dévouement et le travail, apports d\u2019importance primordiale dans une œuvre de cette envergure, ne manqueront pas.Ceux qui s\u2019occupent actuellement de La Petite Maîtrise se chargent de les fournir.Quant au reste: local, ameublement, statut juridique, etc., il semble bien que seul l\u2019État ait la puissance d\u2019y pourvoir.La Petite Maîtrise a sa place à côté des écoles d\u2019Arts et Métiers, des écoles des Beaux-Arts et surtout d\u2019un Conservatoire de musique pour lequel elle représentera un réservoir idéal d\u2019élèves.La Petite Maîtrise est ce que je ne puis désigner que par les mots: une œuvre d\u2019éducation totale.Il n\u2019est pas présomptueux, je crois, d\u2019aspirer à avoir chez nous une école que peu de pays au monde possédaient avant la guerre.Le système de la petite maîtrise a été en vigueur en Europe pendant plusieurs siècles; jusqu\u2019à ces dernières années, plusieurs existaient encore, telles celles mentionnées plus haut.La guerre a temporairement arrêté le fonctionnement de plusieurs.Du point de vue musical, pour ne mentionner que celui-là, le Canada français (l\u2019autre non plus d\u2019ailleurs) ne peut rivaliser avec les grands pays d\u2019Europe.Cependant, nous n\u2019avons pas à avoir honte de notre situation présente.Elle est étonnante de vigueur si l\u2019on songe que nous nous sommes engagés dans la course plus de mille ans après les autres.Nous n\u2019avons pas le droit de mépriser un système d\u2019enseignement dont les siècles ont prouvé la richesse indiscutable.Nous serions de fieffés crétins si nous allions nous priver des moyens de gagner du terrain.La Petite Maîtrise offre le double avantage de préparer à la fois des musiciens et des citoyens cultivés.Elle donnera un enseignement d\u2019une qualité exceptionnelle et au musicien et au citoyen.Les progrès qu\u2019a accomplis La Petite Maîtrise depuis sa fondation témoignent de son désir de vivre et de grandir.Ceux qui se contentent d\u2019une culture qui leur permette de comprendre, à la lecture de leur quotidien, si demain il fera chaud ou froid, ne peuvent admirer l\u2019œuvre nécessaire que La Petite Maîtrise ne demande qu\u2019à accomplir.Les autres, ceux qui savent que la vie humaine est illuminée par la culture, que le citoyen est meilleur et plus heureux, partant plus utile, s\u2019il est mieux équilibré, que le patriote travaille à la grandeur de sa patrie dans la mesure où il est armé pour la servir, ceux-là sont persuadés que La Petite Maîtrise répond à un besoin chez nous, ceux-là aideront La Petite Maîtrise de Montréal a accomplir son œuvre de lumière.213 LA \" MODERN LANGUAGE ASSOCIATION \" ET LE CANADA FRANÇAIS Marine LELAND IE 29 décembre 1941, à Indianapolis, avait lieu .la première réunion du groupe North American ~ French Language and Literature de la Modem Language Association of America.Ce groupe, selon les statuts de l\u2019Association, doit être considéré comme provisoire pendant les trois premières années de son existence.Il a été créé à la demande d\u2019un certain nombre de professeurs qui, au courant de l\u2019été dernier, présentèrent au comité exécutif de la MLA une pétition rédigée dans les termes suivants : The undersigned petition the Modem Language Association of America for permission to establish a group devoted to the study of the literature and linguistics of the French speaking element of the American continent.It is believed that by means of such an organization, scholars in this field will be given an opportunity to pool the results of their research, that the field of knowledge will be broadened, and that due recognition will be given to the writers who have kept alive the French tradition on this continent.Depuis cette première réunion dont le succès a été très grand, on nous a souvent demandé ce qu\u2019était la MLA et quels travaux le nouveau groupe comptait entreprendre.C\u2019est à cette première question que nous répondons aujourd\u2019hui.La MLA est une société de savants et de chercheurs (learned society), qui a été fondée en 1883.\u201cThe object of the Association, lit-on dans la constitution de 1884, shall be the advancement of the study of the modern languages and literatures.\u201d La MLA fait partie du Council of Learned Societies of America dont le siège se trouve à Washington et qui se rattache à son tour à Y Union académique internationale.Le secrétariat de celle-ci, comme on le sait, était situé à Bruxelles avant la guerre.Parmi les vingt autres associations étatsuniennes qui font partie du Council of Learned Societies, quelques-unes, telles The American Philosophical Society, (f.1727), The Academy of Arts and Sciences, (f.1780), The American Antiquarian Society, (f.1812), etc., se sont modelées sur les académies européennes: leurs membres sont élus et le nombre de ceux-ci ne varie pas.D\u2019autres associations, telles la MLA, The American Historical Association, etc., ont un caractère que nous qualifierons d\u2019états-unien, le choix de leurs membres étant déterminé par des règlements relativement flexibles et parfaitement adaptés aux conditions et aux besoins d\u2019un pays comme le nôtre où les grandes universités et les collèges importants sont très nombreux.D\u2019autre part, toutes ces associations, quel que soit leur caractère (européen ou étatsunien), ont en commun certains traits essentiels.Elles sont composées de spécialistes et l\u2019activité de ceux-ci se manifeste uniquement dans le domaine intellectuel.L\u2019histoire de la MLA est intimement liée à celle de la vie de l\u2019esprit aux États-Unis.Il est permis d\u2019affirmer que l\u2019année 1883 marque une étape importante dans l\u2019évolution intellectuelle de notre pays, puisque c\u2019est de la fondation de la MLA que datent chez nous l\u2019étude générale des littératures modernes ainsi que les travaux importants d\u2019érudition auxquels cet agrandissement du champ intellectuel a donné lieu.Avant 1883, les grandes universités étatsuniennes, tout comme celles de l\u2019Angleterre du reste, n\u2019accordaient qu\u2019une place obscure aux études qui ne se rapportaient pas au latin et au grec.Les sciences, l\u2019histoire et les langues modernes (l\u2019anglais y compris), font figure de parents pauvres dans les programmes universitaires de l\u2019époque.Jusqu\u2019aux années 1860-70, époque à laquelle les présidents Daniel C.Gilman de Johns Hopkins et Charles W.Eliot de Harvard feront subir à l\u2019enseignement des sciences une transformation totale, celles-ci sont reléguées dans un coin perdu de l\u2019université.En 1822, Bancroft, le futur historien national, s\u2019était vu refuser la permission de faire un cours d\u2019histoire à Harvard.Quant aux langues, il est vrai que depuis le commencement du xixe siècle, sous l\u2019influence de savants et de littérateurs comme Jefferson en Virginie, Ticknor, Longfellow et James Russell Lowell à Harvard, certains efforts avaient été tentés dans le but de faire entrer les littératures modernes dans le programme des études.Mais ces tentatives, faute d\u2019encouragement de la part de l\u2019administration qui en tenait toujours exclusivement pour le latin et le grec, n\u2019avaient pas donné de résultats durables.On persistait à enseigner les langues modernes uniquement du point de vue grammatical.Petit à petit, néanmoins, quelques pionniers réussissaient, bon gré mal gré, à consacrer une partie de leur enseignement et tous leurs loisirs aux littératures modernes.Ce ne fut pas, toutefois, sans éveiller les soupçons et la malveillance de certains de leurs collègues.En 1884, lors du second congrès de la MLA, le professeur T.W.Hunt de Princeton se plaint amèrement de (( l\u2019attitude indifférente )), (( des airs protecteurs et cyniques )), que prennent ses collègues des sections classique et philosophique chaque fois qu\u2019il s\u2019agit de littérature anglaise.Tout le passage est à citer, bien qu\u2019il soit loin d\u2019être unique dans les annales de la jeune association.L\u2019anglais n\u2019est pas 214 RELATIONS seul en cause, il va sans dire.Toutes les littératures modernes le sont.Nous sommes en présence de l\u2019éternelle querelle entre Anciens et Modernes, entre Classiques et Romantiques.Les Humanistes, à qui rien de ce qui est humain ne devrait être étranger, se renfrognent et se glacent dès qu\u2019il est question de culture moderne, à commencer par la langue nationale.D\u2019autre part, il est important de souligner que les professeurs de littératures modernes qui demandaient pour leurs études de prédilection un rang plus honorable que celui qui leur avait été assigné jusque là, étaient loin de désirer la suppression du latin et du grec.Ayant reçu eux-mêmes une solide formation classique, ils étaient les premiers à en apprécier la valeur.De plus, leurs recherches dans le domaine des littératures modernes n\u2019avaient fait que fortifier leur foi dans l\u2019importance des langues anciennes.L\u2019influence du romantisme allemand qu\u2019avaient subie nombre de jeunes savants états-uniens, particulièrement à l\u2019université de Gottingen, les portait tout naturellement à lire les chefs-d\u2019œuvre du moyen âge.Or ces lectures entraînent inévitablement l\u2019étude de la linguistique, étude qui jouit encore aujourd\u2019hui d\u2019un prestige immense à la MLA, et qu\u2019on ne saurait poursuivre d\u2019une façon scientifique sans une connaissance approfondie des langues classiques.Telle en somme était la situation, lorsque quelques professeurs de Harvard, Yale, Princeton, Johns Hopkins, Brown, Michigan, etc., décidèrent de profiter des loisirs que leur laissaient les vacances de Noël pour se réunir à Columbia University dans le but de former une association qui réunirait chaque année tous ceux dont les recherches et l\u2019enseignement avaient pour objet les littératures modernes.La Modem Language Association était née.Nous avons cru devoir résumer dans ses grandes lignes l\u2019histoire de la MLA, car cette histoire explique le caractère actuel de l\u2019association dont le groupe North American French Language and Literature fait aujourd\u2019hui partie.Nous n\u2019avons pas, toutefois, à entrer ici dans des détails se rapportant au développement de la MLA qui, lors du premier congrès, comptait quarante membres et qui en compte maintenant environ 4,000.Il convient plutôt d\u2019indiquer rapidement les moyens auxquels l\u2019Association a recours pour favoriser le progrès des recherches dans le domaine des littératures et des langues modernes.Il convient surtout d\u2019insister sur le caractère du rôle que le groupe North American French Language and Literature est appelé à jouer dans la tâche d\u2019approfondir et de diffuser les connaissances que nous possédons déjà, qui ont trait à la civilisation française de l\u2019Amérique du Nord.Les moyens qu\u2019emploie la MLA pour développer l\u2019étude des littératures et des langues modernes A sont au nombre de trois: les congrès annuels; les publications; les subventions.Les congrès \u2014 Depuis 1883, sans interruption aucune, la MLA se réunit du 27 au 30 décembre dans un des grands centres universitaires américains.A cause de l\u2019étendue du territoire sur lequel les membres de l\u2019Association sont répandus, le lieu de la réunion varie chaque année de façon à donner à ceux-ci l\u2019occasion d\u2019y assister tous les deux ou trois ans au moins.Ainsi, en 1935, le congrès avait lieu à Cincinnati, en 1936, à Richmond en Virginie, en 1937, à Chicago, en 1938, à New-York, en 1939, à la Nouvelle-Orléans, en 1940, à Boston et Cambridge, en 1941, à Indianapolis.En 1942, l\u2019Association devait se réunir à Washington, mais les circonstances actuelles ont déterminé le choix de New-York pour la réunion de cette année.En 1928, le Congrès de la MLA a eu lieu à Toronto, mais, étant donné le nombre de professeurs étrangers qui font partie de l\u2019Association et pour lesquels il est difficile de traverser la frontière, il est certain que, d\u2019ici la fin de la guerre, les réunions auront lieu aux États-Unis.La MLA est divisée en trois sections principales : la section anglaise, la section germanique et celle des langues romanes.Afin de faciliter une prise de contact plus intime entre les chercheurs dont les travaux sont consacrés à un même domaine littéraire ou linguistique et de favoriser ainsi un libre échange d\u2019opinions et de vues, ces grandes sections sont subdivisées en un certain nombre de groupes dont la direction incombe à un Chairman, un secrétaire et un conseil.Ces groupes se partagent le champ des langues modernes depuis le moyen âge jusqu\u2019à la période actuelle.Cette subdivision en groupes offre encore un avantage, celui de permettre aux membres de la MLA de se renseigner non seulement sur les travaux qui sont en cours dans le domaine de leurs recherches personnelles, mais aussi de se tenir au courant de se qui se fait ailleurs.Par exemple, les membres du groupe North American French Language and Literature ont tout intérêt à savoir ce qui se passe dans le domaine des autres civilisations du continent américain, et vice versa.La réunion de chaque groupe dure environ une heure et demie.On y donne lecture de trois ou quatre communications qui servent ensuite de base à une discussion.A titre d\u2019exemple, nous choisissons au hasard le programme du groupe du xvie siècle français: 1.The Pleiade\u2019s Reaction against Poetic Glory (Robert J.Clements, Jr., Harvard Univ.); 2.La pensée religieuse de Marguerite d\u2019Angoulême, d\u2019après les \u2018Prisons\u2019, Livre m (Edward F.Meylan, Univ.of California); 3.The Pattern of Sixteenth Century Tragedy (George O.Seiver, Univ.of Pennsylvania); 4.Quelques aspects démocratiques de la philosophie de Montaigne (Jean F.David, Univ.of Washington).AOUT 1942 215 La première réunion du groupe North American French Language and Literature a été organisée par un comité composé du professeur Edward B.Ham de TUniversité du Michigan, de Mgr Roy, l\u2019éminent recteur de TUniversité Laval qui voulut bien consentir à faire partie du conseil, du juge Arthur L.Eno, de la Société historique franco-américaine, du professeur J.-M.Carrière qui était alors à la Northwestern University et qui vient d\u2019être nommé à l\u2019université de la Virginie, et du professeur Marine Leland de Smith College.Nous transcrivons ici le programme de cette première réunion.1.Premiers livres scolaires canadiens et la survivance française (Jean Bruchési, Univ.de Montréal); 2.L\u2019œuvre littéraire de Henri d\u2019Arles (Adolphe Robert, Association canado-améri-caine); 3.Present and Future Trends in French-Canadian Nationalistic Literature (Antoine-J.Jobin, Univ.of Michigan) ; 4.Intellectual Trends in French Canada (Ian Forbes Fraser, Columbia Univ.).La communication de M.Bruchési, bourrée de faits et lue du ton le plus business-like imaginable, n\u2019en excita pas moins une émotion profonde et durable.Pour la première fois, une grande partie de cet auditoire était mise en présence, et d\u2019une façon concrète, des innombrables obstacles que les Canadiens français ont eu à surmonter quotidiennement pour conserver leur langue.La communication de M.Bruchési démontra une fois de plus que chez les Français du Canada, tout comme chez leurs ancêtres de France, l\u2019amour des choses de l\u2019esprit est un instinct primordial que rien ne saurait détruire.Cette dernière impression fut fortifiée par la communication que donna M.Adolphe Robert, le spirituel président général de l\u2019Association canado-américaine, d\u2019un fragment d\u2019une étude qu\u2019il prépare depuis plusieurs années et dont la documentation repose sur la collection de manuscrits et d\u2019éditions rares qu\u2019il a recueillie lui-même et qui est actuellement à Manchester, N.H.Les idées extrêmement intéressantes qu\u2019exprima M.Antoine Jobin, l\u2019auteur de Visages littéraires du Canada français, se prêtaient admirablement à une discussion de la part des membres du groupe, discussion qu\u2019il fallut, hélas ! faute de temps, remettre à plus tard.Enfin, M.Ian Forbes Fraser, à qui nous devons The Spirit of French Canada, ainsi qu\u2019une bibliographie de tout premier ordre de la poésie canadienne, démontra encore une fois que la vie intellectuelle a été de tout temps fort active au pays de Québec et que loin d\u2019être une priest-ridden province, comme se plaisent à le répéter certains critiques mal informés, elle a accepté la discussion des idées les plus diverses.Le programme de la réunion de 1942 n\u2019a pas encore été définitivement arrêté.Il nous- est permis d\u2019annoncer, toutefois, qu\u2019il comportera un aperçu du travail à entreprendre ainsi qu\u2019un résumé du travail qui a déjà été fait.Une bonne partie de la réunion sera consacrée à la Louisiane.Publications \u2014 La MLA contribue encore à la diffusion des connaissances des littératures modernes par une revue trimestrielle, PMLA (Publications of the Modem Language Association), dont le rédacteur en chef est le professeur Percy Waldron Long, secrétaire perpétuel de l\u2019Association.A vrai dire, l\u2019aspect de cette revue peut sembler, au premier regard, quelque peu rébarbatif.Elle n\u2019en est pas moins une mine de renseignements où le spécialiste est à même de retrouver des articles qui jettent presque infailliblement un jour intéressant sur ses recherches personnelles.Nous n\u2019insisterons pas sur le sentiment de surprise agréable que nous avons ressenti en découvrant que le tout premier volume de PMLA, celui de 1884, contient un long article par le professeur Alcée Fortier de Tulane University à la Nouvelle-Orléans, sur La langue française en Louisiane.Le deuxième volume (1886), renferme non seulement un article précieux sur la littérature d\u2019expression française en Louisiane, encore de la plume du professeur Fortier, mais aussi un essai du professeur A.Marshall Elliott de Johns Hopkins University dans lequel il cite l\u2019abbé Ferland, Benjamin Suite, Oscar Dunn et Napoléon Legendre \u201cwhose polished and chaste diction has won for him the enviable reputation of being one of the best stylists of his country\u201d.En 1887, nouvel article du professeur Fortier, sur le Folklore de la Louisiane cette fois, et un article du professeur Sheldon de Harvard sur la langue des Canadiens français du Maine.Nous n\u2019avons pas l\u2019intention, bien entendu, de donner ici une bibliographie complète des articles qui ont paru dans PMLA et qui traitent de l\u2019élément français en Amérique.Un relevé de ce genre reste encore à faire.Il sera sans doute publié (avec la liste des thèses de doctorat étatsuniennes qui ont pour sujet certains aspects littéraires ou linguistiques du français en Amérique) avant la prochaine réunion du groupe.Nous ne saurions nous résoudre, cependant, à ne point mentionner ici la thèse sur le parler français des Acadiens que présentait à Harvard, en 1894, le professeur James Geddes, Jr., le grand et fidèle ami des Canadiens français et le futur collaborateur du juge Adjutor Rivard.Les quelques titres que nous venons de citer suffisent à démontrer que ces savants de la première heure parmi lesquels on perçoit les fondateurs de la MLA ont été attirés par l\u2019aspect français du continent américain, qu\u2019ils se sont rendu compte de l\u2019intérêt littéraire et linguistique qu\u2019il présente et que tout comme le professeur Geddes qui, à l\u2019âge de 83 ans, n\u2019a pas hésité à entreprendre, au cœur de l\u2019hiver, le long voyage de Boston à Indianapolis afin d\u2019être présent à l\u2019inauguration du groupe North American 216 RELATIONS French Language and Literature, ils auraient applaudi à la création de celui-ci.Subventions \u2014\u2022 La MLA n\u2019est pas riche.Loin de là! Cependant, grâce à l\u2019excellente administration à laquelle sont soumis les fonds dont elle dispose, cette Association trouve non seulement le moyen de publier la revue que nous venons de décrire, mais elle subventionne de temps à autre la publication (sous forme de volumes) de travaux importants, de bibliographies et de manuscrits.Elle facilite également la réédition de livres rares.Enfin, elle consacre des fonds spéciaux à la reproduction sur microfilms d\u2019une fo(ule de documents qu\u2019elle met ensuite à la disposition des membres de l\u2019association qui sont ainsi à même de se les procurer pour une somme très modeste.Point n\u2019est besoin d\u2019insister sur l\u2019aide immense que ces initiatives apportent aux chercheurs.Dans un prochain article, nous parlerons des travaux auxquels se consacrera le groupe North American French Language and Literature et nous indiquerons l\u2019esprit dans lequel ceux-ci seront entrepris.VIES À REFAIRE Albert PLANTE, S.J.\u2014 Bonne nouvelle pour vous ce matin, mon ami.Vous pouvez quitter le sanatorium.\u2014 Docteur, vous m\u2019arrivez avec le soleil.\u2014 Vous êtes chanceux.Nous avons pu guérir en un peu moins de deux ans une lésion assez avancée au poumon droit.Rappelez-vous ce que je vous disais l\u2019autre jour: bon air, bon sommeil, bonne nourriture et prudence à l\u2019ouvrage.\u2014 Entendu, docteur.Une poignée de mains et notre patient reste seul.Il s\u2019étend sur son lit pour sa dernière cure au sana et il songe.Entendu, docteur.Il a promis de se ménager à l\u2019ouvrage.Jusqu\u2019à sa maladie, il fut débardeur.Six enfants l\u2019attendent à la maison.Se ménager ! Que fera-t-il ?Qui lui trouvera un nouvel emploi mieux adapté à sa santé affaiblie?Si, par hasard, aucune occupation stable ne se présente d\u2019ici quelques mois, ne sera-t-il pas possible de reprendre la même besogne ?Et un peu de tristesse tombe sur la grande joie de sa guérison, cette même tristesse qui troublait parfois ses longues heures de repos.Il rapproche son cas de celui d\u2019un jeune homme de 17 ans qu\u2019il a rencontré avant-hier à la salle des rayons X.Frappé dans la quatrième année de son cours classique, lui aussi part guéri après plus de deux ans et demi au sanatorium.Le médecin lui conseille l\u2019étude au ralenti pour au moins un an.Ses parents ne sont pas riches.Comme lui, le jeune collégien est joyeux mais inquiet.L\u2019avenir est incertain.A Voilà saisi sur le vif tout le problème de la réadaptation du pulmonaire.On devine un peu la solution.Il faudrait, dès le sanatorium, un ensemble de mesures qui assureraient l\u2019instruction du malade ou le prépareraient à un emploi adapté à sa résistance physique.Ce malade, quel est-il ?Est-ce que tous les tuberculeux ont besoin de réadaptation ?M.le docteur Paul Dufault, assistant-surintendant du sanatorium de Rutland, Massachusetts, nous aidera à préciser.Il a traité cette question durant la semaine clinique tenue à l\u2019hôpital du Sacré-Cœur de Cartierville à l\u2019été de 1940.On peut d\u2019abord admettre que les femmes mariées et les femmes célibataires de 30 ans et plus n\u2019ont pas à trop se préoccuper de l\u2019avenir.Il est possible aux premières de se remettre graduellement au soin de la maison et la plupart des autres pourront reprendre leur occupation première.La raison en est bien simple.Le travail féminin ne rentre pas généralement \u2014 la situation créée par les usines de guerre est temporaire \u2014- dans le genre laborieux inconciliable avec les exigences d\u2019une constitution physique affaiblie par sa lutte plus ou moins prolongée contre le bacille de Koch.N\u2019ont pas à s\u2019inquiéter les hommes de profession \u2014 ils ne sont pas nombreux dans les sanatoriums \u2014, les commis, les employés de bureau, les concierges, les surveillants, les artisans, les gens de mélier.Il en va de même pour les ouvriers, sauf évidemment s\u2019ils doivent manier à l\u2019usine des articles trop lourds ou si leurs poumons ont à souffrir de la fumée, de la poussière ou des matières abrasives.Pour les cultivateurs, le docteur Dufault remarque finement qu\u2019il ne faut pas chanter trop fort, quand il s\u2019agit de tuberculeux, les avantages de la vie à la campagne, la noblesse de l\u2019agriculture, la poésie des soleils couchants et des sons de cloches dans l\u2019air tiède du soir.Les susceptibilités de la tuberculose ne sont guère compatibles, affirme-t-il, avec les exigences du travail de la ferme.Que feront ces malades ?Les cultivateurs un peu à l\u2019aise ou ceux qui ont des enfants capables de les aider pourront se contenter de travaux légers.Les autres seront bien inspirés en s\u2019orientant vers des spécialités agricoles.N\u2019oublions pas que tous les patients autorisés à reprendre la même occupation devront s\u2019assurer des conditions de travail, revenir tout doucement à la pleine activité et garder toujours une affection de choix pour la vertu de prudence qui les rendra sans pitié pour tout genre de surmenage.Il n\u2019y a peut-être rien de plus délicat qu\u2019une convalescence de pulmonaire.Il lui est quelquefois difficile de garder l\u2019équilibre parfait entre son rendement et ses forces, surtout si des obligations de famille l\u2019exposent à se remettre assez tôt à l\u2019ouvrage.Une fois faites ces éliminations, nous nous trouvons en présence de deux groupes de malades AOUT 1942 217 qui ont plus spécialement besoin de réadaptation; les moins de 20 ans des deux sexes et les journaliers.Et ils sont ordinairement nombreux.Si quelques-uns parmi les jeunes ont déjà abandonné volontairement leurs études, d\u2019autres au contraire, et nous en connaissons presque tous, ont été contraints par la maladie.Pour les uns et les autres l\u2019avenir n\u2019est pas gai.Les premiers comptaient peut-être sur la robustesse de leur corps pour gagner leur vie, les seconds vont perdre au sanatorium des années précieuses et retourneront chez eux désemparés par un retard qui leur enlève la confiance et l\u2019enthousiasme.Instruction et orientation professionnelle, voilà ce qu\u2019il faudrait à tous ces jeunes malades et cela dès le sanatorium.Quant aux journaliers, il faudrait les préparer, si possible, à exercer un métier.Beaucoup d\u2019entre eux étaient adonnés avant leur maladie à une besogne harassante qu\u2019ils ne pourront pas reprendre après leur guérison.Un travail qui tend continuellement les muscles et occasionne une grande dépense d\u2019énergie n\u2019est plus à leur mesure.S\u2019ils le reprennent, ce sera probablement la rechute après une couple d\u2019années, le retour triste et angoissé au sanatorium.Un patient me citait le cas d\u2019un homme de 35 ans, père de huit enfants, livreur pour une compagnie de charbon.Après un stage de deux ans au sanatorium, il sort guéri et reprend le même emploi.Ses poumons affaiblis pourront-ils résister longtemps à pareille occupation ?On me parlait encore d\u2019un malade qui triomphe du microbe, travaille comme riveteur, retombe peu de temps après, revient au sanatorium, sort guéri une deuxième fois et se remet à river.La réadaptation, on le voit, est extrêmement importante.Le dépistage de la maladie, l\u2019hospitalisation, les traitements, les opérations ne se conçoivent guère sans cet achèvement si humain, si social qui prépare le pulmonaire à un emploi ajusté à ses forces et lui permet de bénéficier durant de longues années des soins reçus au sana.Il s\u2019agirait d\u2019offrir au malade, désireux de s\u2019instruire, un choix intéressant de cours et d\u2019organiser le travail thérapeutique comme moyen d\u2019apprentissage.On entend par travail thérapeutique une activité bienfaisante permise et contrôlée par le médecin.Pour les pulmonaires n\u2019ayant pas à se préoccuper de leur avenir, cette activité n\u2019est ordinairement que simple distraction qui change les idées, calme les nerfs, entretient l\u2019optimisme et donc hâte la guérison.Évidemment ce but n\u2019est pas négligé chez les patients que la maladie oblige à élaborer de nouveaux plans d\u2019avenir.Mais la fin principale de leur activité, ce sera leur réadaptation.Arrivés au sana depuis une couple de semaines seulement, obligés peut-être de se plier à la cure sévère de vingt-quatre heures par jour, ils seront tout heureux de pouvoir s\u2019adonner à de légers travaux manuels.Sans doute ces travaux ne pourront engager au début que les muscles des doigts et des poignets, car il ne faut pas exciter le poumon malade.Mais ce sera suffisant pour développer la dextérité et l\u2019esprit d\u2019observation.Le directeur du travail thérapeutique attendra le signal du médecin avant d\u2019augmenter la dose d\u2019activité.Il devra connaître parfaitement le degré d\u2019instruction, les talents et les goûts du malade.S\u2019il le faut, une série de tests psychologiques faciliteront l\u2019orientation.Cette orientation suscitera chez le patient l\u2019intérêt, le courage et la confiance.L\u2019instruction et l\u2019apprentissage commencés durant la maladie seront ordinairement perfectionnés dans les mois qui suivront la sortie du sanatorium alors que la plupart des ex-patients doivent fortifier leur résistance physique avant de se lancer dans la pleine vie active.A ce moment, notre jeune malade ou notre journalier d\u2019il y a deux ou trois ans est instruit ou rééduqué dans un nouveau métier.Il est prêt pour sa tâche.Son milieu peut compter sur lui.L\u2019étude ou le travail thérapeutique l\u2019a réadapté et lui a été d\u2019un grand réconfort pendant ses longs mois de cure.La question de la discipline au sanatorium a été facilitée, le problème social et économique d\u2019une vie à préparer ou à refaire a été résolu.Il restera aux hommes d\u2019affaires, aux commerçants, aux industriels à donner de l\u2019ouvrage à ces vaillants qui ont besoin d\u2019encouragements et de sympathie.On dira peut-être: Ce beau plan n\u2019est-il pas un peu chimérique ?Pourquoi le serait-il ?En novembre dernier, garde Maria Bouillon m\u2019annonçait l\u2019existence d\u2019un service d\u2019\u201coccupational therapy and rehabilitation\u201d au sanatorium de Cleveland où elle venait d\u2019arriver comme infirmière.Intéressé, je lui écrivis et lui posai quelques questions.Elle m\u2019envoya deux documents: une conférence donnée par Mlle Eloise Young, la directrice de la réadaptation, au cours de la vingt-deuxième réunion annuelle de 1\u2019\u201cAmerican Occupational Therapy Association\u201d tenue à Chicago en septembre 1938, puis le programme quotidien des six groupes de malades classés d\u2019après leur état pulmonaire et le degré d\u2019exercice et d\u2019activité autorisés par le médecin.La documentation manifestait une telle intuition du problème, offrait aux malades un si magnifique ensemble de cours que je me demandais, un peu sceptique, si la réalité correspondait parfaitement à la théorie.Un de mes amis me dit: (( Je suis presque assuré que tout est bien ainsi.Il faut que vous alliez à Cleveland.Vous ne perdrez pas votre temps dans cette enquête )).Mon ami avait raison et je lui sais gré aujourd\u2019hui de sa suggestion.A \u201cSunny Acres\u201d, le sanatorium municipal de Cleveland, il y a du soleil pour le corps et pour le cœur.Le malade qui se repose dans la paix d\u2019une belle nature a de plus toutes les chances de refaire sa vie.Nous étudierons son cas le mois prochain.218 RELATIONS LE CIHÉMA UN ART DU MOUVEMENT Jean VALLERAND IE CINÉMA peut être défini : de la photographie en j mouvement.En réalité le cinéma, selon le concept que l\u2019on s\u2019en fait actuellement, exige une définition plus complexe, complexe en vertu même des éléments divers qui constituent sa nature.Le cinéma, par le jeu des acteurs, se rattache au théâtre et, s\u2019il est « parlant », à la littérature.Le cinéma, pour devenir un art, doit, croyons-nous, se différencier du théâtre.En d\u2019autres termes, il ne doit pas être uniquement du théâtre filmé où l\u2019on aurait multiplié les décors et où les angles de vision du spectateur changeraient à tout instant.Puisqu\u2019il procède à la fois de la littérature et du théâtre, le cinéma, s\u2019il veut être un art, est soumis à certaines lois tirées de ces deux arts.On demandera au cinéma, comme on le fait pour le roman, qu\u2019il soit un message humain.C\u2019est dans le dialogue que se réalisera cette condition.Comme au théâtre, le jeu des acteurs au cinéma prête une forme à la pensée humaine exprimée par le dialogue et le scénario.Étant photographique, le cinéma représente les acteurs et transmet son message au moyen d\u2019images.Que la beauté photographique soit inhérente à l\u2019art cinématographique, cela est évident.Mais il y a plus: le cinéma est un art du mouvement.S\u2019il se contente seulement de doubler la littérature et le théâtre sans aller puiser la forme de son inspiration dans la technique kinésodique qui lui est propre, il demeure sans vigueur émotive réelle, il n\u2019est qu\u2019un hybride faible et amorphe, il n\u2019approchera jamais, même de loin, la puissance du théâtre ou de la littérature.Un film n\u2019est pas esthétique du seul fait qu\u2019il transporte le spectateur en maints endroits, technique qui demeure impossible au théâtre.Certaines œuvres de Pagnol, Marius par exemple, peuvent constituer des œuvres théâtrales d\u2019une grande valeur humaine.Dans sa version cinématographique, cette œuvre était nettement inférieure à la version scénique.Le dialogue seul captivait l\u2019émotion.Le jeu seul des acteurs retenait le regard.L\u2019image était pour ainsi dire inutile.Elle servait certes à faire voir les acteurs; elle y réussissait infiniment moins que le théâtre.Marius film était du théâtre filmé, ce n\u2019était pas du cinéma.Les mêmes remarques se vérifient de Topaze du même auteur.Exemple du procédé contraire: dans Suspicion de Hitchcock, une jeune femme s\u2019imagine faussement que son époux a l\u2019intention de l\u2019empoisonner.Un soir qu\u2019elle est malade, le mari lui offre un verre de lait.Le caméra suit le voyage du mari dans l\u2019escalier, jusque dans la cuisine, jusqu\u2019au frigidaire.On ne voit pas l\u2019acteur tout entier; on ne voit que Je bas de ses jambes.Quand il revient près de son épouse, tout ce que montre l\u2019écran c\u2019est la main qui tend Je verre.Pas une parole n\u2019a été prononcée durant toute cette scène, pas un geste des acteurs qui exprime la hantise de l\u2019épouse.Et pourtant, tous les spectateurs comprennent la crainte qui habite la jeune femme.Hitchcock ne s\u2019est pas efforcé de composer une photographie d\u2019exposition à chaque pouce de pellicule.Mais ici, l\u2019image exprime la vie même des personnages, l\u2019image raconte ce que logiquement les bouches ne peuvent pas dire, l\u2019image devient message.Et cette image n\u2019est pas arrêtée; à cause de ce que A précède et de ce qui suit et surtout à cause du merveilleux équilibre qui existe entre les images, chacune se charge d\u2019une signification d\u2019une extraordinaire richesse expressive.Hitchcock exprime la mobilité de la vie par l\u2019images Orson Welles l\u2019exprime par le découpage.Dans Th; Magnificent Amber sons, il a recours à certains procédée courants à la radio.Par exemple, il use volontiers de ce que, faute du terme français exact, je me vois forcé de désigner par son nom anglais d\u2019argot radiophonique: le \u2018cross fade\u2019.Les personnages d\u2019une scène commencent leur dialogue alors que les personnages de ]a scène précédente n\u2019ont pas encore terminé le leur.Welles donne à ses films, grâce à ce procédé et grâce à plusieurs autres de même nature technique, un mouvement qui est celui de la vie.Il peut, en quelques images, résumer plusieurs années.Au cinéma français, Duvivier et René Clair sont les plus grands maîtres que l\u2019on puisse citer.Le Million et Golgotha demeurent, chacun dans son genre, des modèles d\u2019art cinématographique.Il n\u2019y a pas que le drame qui se prête à cette esthétique du mouvement.La comédie devrait, au cinéma, ne pas essayer de remplacer le vaudeville ou la comédie bourgeoise, dont nous pourrions d\u2019ailleurs nous passer.J\u2019imagine la comédie cinématographique comme un art qui devrait s\u2019approvisionner surtout à la fantaisie.Le Million de Clair est là pour le prouver.Quand on parle du Million on mesure immédiatement toute la distance qui nous sépare de toutes ces comédies idiotes que dispense Je cinéma américain.Au cours du mois dernier, nous avons eu The Wife Takes A Flyer qui mérite au plus qu\u2019on dise de lui qu\u2019il ne vaut pas la peine d\u2019être vu.Nous avons eu Lady In A Jam que seul le jeu d\u2019Irene Dunne sauve de la mocherie totale.Nous avons enfin eu Charlie\u2019s Aunt.Cette vieille comédie amusera toujours.C\u2019est du comique élémentaire, mais plein de santé.Malheureusement, le film se contente d\u2019être une reproduction de la pièce.Rien là-dedans qui soit spécifiquement cinéma.Encore du théâtre enfermé dans une pellicule.Évidemment les films de guerre abondent depuis trois ans.Les deux derniers en date ne sont pas mauvais.Leslie Howard est un grand acteur; il se manifeste un cinéaste très au-dessus de la moyenne.Son film Mister U a de la valeur.Il est intéressant surtout à cause du dialogue et du scénario.Les images ici ont assez peu à dire.Dans le genre des films de propagande Hitchcock, auquel on revient sans cesse quand il s\u2019agit de cinéma en langue anglaise, vient de donner, avec Saboteur, une leçon dont les Américains devraient profiter.Leslie Howard qui est anglais, comme Hitchcock, aurait pu se servir mieux de l\u2019exemple de son compatriote.Quant à This Above AU, au point de vue cinéma pur, c\u2019est un film raté.Il y a là un personnage d\u2019ancien combattant de Dunkerke qui déserte parce qu\u2019il a cessé de croire à la cause au nom de laquelle les alliés font la guerre.Le dialogue nous explique bien que le jeune homme soutient une lutte terrible contre lui-même.Tyrone Power n\u2019est pas un acteur assez puissant pour nous faire croire à l\u2019existence de cette lutte.Et il\u2019image ne se donne pas la peine de combler les déficiences de l\u2019acteur.Disons toutefois que dans ce film, Joan Fontaine se révèle la plus grande tragédienne de Hollywood.A vrai dire, peut-être sommes-nous trop exigeants.Le cinéma est un art et les chefs-d\u2019œuvre n\u2019y abondent pas plus qu\u2019en musique ou en littérature.Faut-il cependant que les œuvres nulles y soient légion ?AOUT 1942 219 FABRIQUE DE JEUNES CRIMINELS François de BIENVILLE PENDANT la récente révolution espagnole, les honnêtes gens de chez nous furent stupéfaits d\u2019apprendre que de jeunes criminels avaient surgi comme par enchantement des quartiers populeux des grandes villes d\u2019Espagne.Le terrorisme exercé par ces bandits imberbes, leurs hauts-faits dans le pillage, le viol et le meurtre, jetèrent une lumière crue sur une affreuse réalité de nos temps modernes, la contamination de la jeunesse abandonnée des métropoles, fruits des taudis, des maisons sans atmosphère familiale, où la promiscuité et le vice s\u2019étalent au grand jour.Chez nous, les mêmes causes sont en train de produire leurs effets néfastes.Si nous n\u2019y portons pas remède (et nous le pouvons encore faire), nous verrons peut-être se lever toute une génération de gangsters de 15 ans.Encadrés par leurs aînés endurcis dans le crime, aidés de l\u2019expérience mauvaise et des conseils pervers, ils deviendront, dans un avenir prochain, un problème social, moral et financier, difficile à régler.Pour donner une idée de la situation, voici le résultat de l\u2019enquête personnelle que j\u2019ai menée dans les quartiers du bas de la ville.Mes observations évidemment ne portent que sur Montréal, et dans Montréal, sur un quadrilatère qui englobe une vingtaine de rues.J\u2019ai recueilli une moisson assez abondante de faits dont je donne ici quelques spécimens dans toute leur brutale vérité.Ajoutons que d\u2019après mon expérience personnelle et d\u2019après ies rapports confidentiels d\u2019autres enquêteurs et de certains détectives au courant, la situation est pratiquement la même dans une dizaine d\u2019autres quartiers.Elle est alarmante, mais non désespérée.Allez un soir, de préférence le samedi et le dimanche, vous adosser aux murs des maisons, au coin de la rue X.par exemple.Observez en silence.Vous aurez bientôt des amis.J\u2019ai compté pour ma part, dans le court espace de dix-neuf minutes, vingt-trois enfants qui sont venus défiler lentement devant moi, en me lançant un regard par en-dessous, avec certains airs d\u2019appel; quinze m\u2019ont fait des clins d\u2019œil, et trois m\u2019ont adressé la parole.J\u2019étais pourtant pour eux un parfait inconnu et je m\u2019étais bien gardé de leur faire quelque geste que ce fut qui pût sembler les attirer.Le seul fait de me tenir à ce coin de rue à cette heure-là, me classait parmi les clients.A l\u2019un d\u2019eux je demande: \u2014 Qu\u2019est-ce que tu veux ?La réponse vint nette et sans équivoque.\u2014 Combien charges-tu, repris-je ?\u2014 Une piastre.Ce que cet enfant de 15 ans offrait ainsi tout naturellement, j\u2019ai vu nombre d\u2019hommes l\u2019accepter.L\u2019homme et le garçonnet se défilaient ensuite par les petites rues vers des maisons bien connues qui offrent des chambres à louer.Un agent spécial, très au courant de la auestion, m\u2019indiqua le manège employé: l\u2019homme d\u2019abord entre seul, loue sa chambre, puis l\u2019enfant monte le rejoindre.Parfois c\u2019est plus simple, l\u2019homme et l\u2019enfant montent ensemble dans J a maison de pension.On a compté plus de 1,550 enfants qui viennent ainsi se gangrener dans le quartier dont je parle.Autour des cinémas en particulier, un habitué peut facilement trouver des garçons pour lui vendre leur cœur et leur santé.Remarquons que tout cela se passe d\u2019ordinaire après 10 heures du soir.Raison très forte en faveur du couvre-feu, que la législature a fini par nous accorder et qu\u2019il ne faut pas hésiter à mettre en vigueur au plus tôt.Que dire des conversations, entre garçons ou entre les garçons et les filles?Par bravade peut-être, ces jeunes mêlent sacres et blasphèmes aux paroles les plus sales: un policier chargé de la surveillance de ces groupes, affirme avoir entendu à un certain coin de rue des propos dépassant en bassesse et en vilenie ceux que l\u2019on entend dans les pénitenciers.Et ne vous surprenez pas si cet adolescent, qui vous ouvre son âme secouée par le remords, vous parle de ces échoppes où les jeunes, connus du propriétaire, peuvent se procurer les instruments d\u2019immoralité, malgré l\u2019étroite surveillance de la police.Car les policiers veillent et font leur devoir.Nous les avons regardé faire, et il nous semble que tous témoignaient d\u2019un esprit de collaboration loyale au bien.Mais nous avons aussi compris la difficulté de leur position, et comme ils ne pouvaient guère lutter à armes égales contre le mal.On agit naturellement derrière leur dos, et la finesse des grands et petits criminels s\u2019évertue à passer à travers les mailles de la loi.Voici un genre de cas moins fréquents.Certains jeunes jouent sur les passions de leur client pour le dévaliser.Quand l\u2019homme est drogué ou ivre, le garçonnet vide les goussets, et s\u2019en va avec l\u2019argent, sûr de ne pas être inquiété.Il y a aussi la boisson.Quel spectacle triste que de voir un garçonnet ingurgiter ses deux ou trois bouteilles de bière.Et les jeunes se vantent entre eux de ces beuveries.Certains faits sont moins graves, mais dénotent quand même une liberté sans frein.Je songe à ce groupe de garçons du même quartier qui s\u2019en allèrent à l\u2019autre bout de la ville, dans le dessein bien arrêté de briser les vitres d\u2019une maison à appartements, à trois étages, encore inoccupée.Us ne manquèrent point leur coup et les vitres, toutes, à l\u2019extérieur comme à l\u2019intérieur, volèrent en éclats.C\u2019est là un acte prémédité, préparé avec soin et exécuté avec joie pour le plaisir de casser quelque chose.Ces faits donnent une faible idée d\u2019une situation lamentable.Le problème est très vaste.Il faudrait le guérir à la source.Les causes de cette contamination de notre prime jeunesse sont multiples.U faut citer en premier, l\u2019impossible système d\u2019habitation du grand nombre de nos familles ouvrières.La maison est bâtie à même le trottoir le plus souvent à deux étages mais à quatre logements, avec une sorte de passage, souvent couvert, de chaque côté.Il existe en arrière une espèce de cour de quarante pieds carrés ou à peu près, puis dans un très grand nombre de cas, près de la ruelle ou à la place de la ruelle des sortes d\u2019édifices en bois à deux étages aussi, anciennes remises transformées en logements.Dans tout cela s\u2019entasse une population enfantine de quarante à cinquante petits et moyens.Il ne faut pas s\u2019étonner qu\u2019ils prennent la rue et recherchent des espaces plus aérées.Nos parcs avec leurs terrains de jeux doivent être mentionnés ici comme un remède partiel à une très affreuse situation domiciliaire.220 RELATIONS Ajoutons en second lieu rincurie de certains parents.Par négligence ou étourderie, par lassitude aussi, ils laissent leurs enfants sans surveillance ni contrôle.Se soucient-ils de leurs fils et de leurs filles, ces pères et mères qui courent au cinéma et ne veillent pas sur les amusements de leurs petits dans les ruelles et les fonds de cours ?S\u2019en soucient-elles, ces mères qui travaillent aux usines de guerre et qui confiaient, il y a quelques mois, leurs fillettes à un vieux et vil corrupteur ?Deman-dez-leur si le déshonneur qui couvre leurs fillettes et le mal fait au corps et à l\u2019âme de leurs enfants ne leur font pas regretter avec des larmes de sang leur négligence ?Sans doute, il y a les cas lamentables où ces mamans doivent, pour gagner leur vie, laisser le foyer désert.Triste conséquence du déséquilibre social amené chez nous par la guerre, et qu\u2019il faut condamner.Mais quelle n\u2019est pas leur épouvantable responsabilité, si le simple désir de l\u2019argent les a incitées à devenir des salariées des manufactures.Rien ne forçait ces mères dénaturées à quitter leurs maisons.A moins qu\u2019elles ne soient de cette opinion horrible de ce père de famille qui récemment répliquait à un enquêteur qui lui reprochait son peu de surveillance, à l\u2019occasion du viol de sa fillette de 12 ans: « Qu\u2019est-ce que cela peut bien faire ?C\u2019est fait pour cela, des filles! » Une autre cause, presque aussi puissante, de l\u2019immoralité des jeunes, est le désœuvrement forcé des garçonnets: il n\u2019y a pas pour eux assez de lieux d\u2019amusements sains, à la portée de leur pauvreté.L\u2019enfant a besoin d\u2019activité.Il aime le sport, le jeu.Quand on ne lui en offre pas, il s\u2019en cherche et il s\u2019en trouve.Une expérience tentée aux États-Unis dans trois cents villes semble indiquer que l\u2019on pourrait, avec des lieux d\u2019amusements bien équippés, remédier en grande partie à la criminalité enfantine.Les chefs de police de ces diverses villes ont fondé des Police Athletic Clubs.Us y maintiennent un ou deux agents en civil, pas n\u2019importe qui.Ces agents ont étudié sous les meilleurs maîtres la psychologie et la pédagogie de l\u2019adolescence, ils se sont penchés sur les problèmes de l\u2019enfance.De plus, ils se sont soumis aux exercices ardus de la culture physique, pour faire d\u2019eux-mêmes des chics types d\u2019hommes, capables de diriger les jeux et les sports des jeunes.Ils ont maîtrisé plusieurs des secrets de petits métiers utiles.Que trouvent les enfants dans ces Police Athletic Clubs?D\u2019abord une salle où ils peuvent crier, hurler, s\u2019agiter, sans que de fréquents rappels à l\u2019ordre et à la tranquilité viennent les ennuyer.Dans cette salle, ils peuvent s\u2019exercer à de nombreux jeux.Il y a Je ping-pong ou tennis de table, des jeux de sacs de sable, le jeu d\u2019arc et de cible, jeux de dames, lotos, parchési, échecs, jeu d\u2019anneaux caoutchoutés, ensemble de barres parral-lèles, matelas d\u2019arène, gants de boxe, nécessaire pour le fonctionnement d\u2019une équipe de hockey, l\u2019hiver, et de bahe-molle, l\u2019été.Les enfants peuvent y trouver des livres éducatifs et récréatifs, répartis en plusieurs genres et catégories.On peut y ajouter des maillots de bain, des costumes légers de culture physique, un minimum de papeterie, des douches, etc.De plus, dans un petit établi, les jeunes peuvent s\u2019adonner à de jégers travaux de réparations : corniches, pattes de chaises, et mille et une chose.Tout cela, nous en sommes sûrs, l\u2019Association policière de Montréal le fournirait volontiers, si l\u2019on trouvait le capital suffisant pour la location des diverses salles.Aux États-Unis, on a calculé que ces salles coûtent environ $400 par année, et l\u2019on charge aux enfants une contribution maximum de 10 sous par mois.Partout, comme en font foi les rapports de police, partout où cette expérience fut tentée avec sérieux, la criminalité des enfants a diminué, voire même en certains endroits, comme Grand Rapids, Michigan, complètement disparu.Chez nous on remédiera à la situation, de façon partielle du moins, par l\u2019organisation systématique de nos terrains de jeux.Déjà s\u2019amorce un travail qui promet de très beaux résultats.Neuf de nos cinquante-quatre terrains de jeux fonctionnent et permettent- à quelque sept mille enfants d\u2019y trouver avec les délassements la santé morale et physique.Mais ajoutons qu\u2019il reste plus de cent mille enfants à occuper, et en toute saison, été comme hiver.Y a-t-il dans un pays des exigences plus pressantes que celles de sauver la jeunesse de l\u2019immoralité et de Ja criminalité ?Et cette tâche ne réclame-t-elle pas qu\u2019on y consacre, sans lésiner, les sommes nécessaires ?Le problème est urgent et demande l\u2019effort conjugué de tous ceux que le sort de ia jeunesse intéresse.Des initiatives existent déjà.Il faut les étendre, les compléter.D\u2019autres seraient à créer de toute pièce.De toutes manières, il est grandement temps qu\u2019cn s'y mette et qu\u2019on agisse.PUBLICATIONS DE L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE \u2014\tCollection de l'E.S.P.Brochures sociales, de caractère doctrinal, économique, historique.32 pages.Publication mensuelle.15 sous l\u2019exemplaire; $1.50 l\u2019abonnement annuel.\u2014\tOeuvre des Tracts Sujets variés : biographies, monographies d\u2019oeuvres, action catholique, etc.16 pages, publication mensuelle.10 sous l\u2019exemplaire, $1.00 l\u2019abonnement.\u2014\tRelations Revue sociale mensuelle.Abonnement annuel: $2.00.\u2014\tL'Actualité en Tracts Feuillets de 4, 8, 12 pages sur les questions actuelles: \u201cProgramme de restauration sociale\u201d, le Syndicalisme catholique, etc.Prix suivant le nombre de pages.\u2014\tPlans d'études Plans sur feuilles volantes : l\u2019organisation corporative, la tempérance, Rerum novarum, etc.10 sous la douzaine, 70 sous le cent.\u2014\tAffiches illustrées Série d\u2019affiches illustrées, avec légende, exposant le vrai but du communisme et montrant son oeuvre en Russie : 10 sous la série.\u2014\tSemaines sociales du Canada Comptes-rendus des sessions annuelles.Beaux volumes, grand format in-8, de 300 à 400 pages.$1.50 l\u2019examplaire, $1.65 franco.(La série complète, 18 volumes : $20.00).\u2014\tEditions de l'E.S.P.Ouvrages de doctrine sociale et d\u2019Action catholique.Formats et prix divers.DEMANDEZ NOTRE FEUILLET DE PROPAGANDE A AOUT 1942 221 CORRESPONDANCE Témoignage confirmatif D'une lettre 'personnelle écrite au Directeur, nous extrayons, avec la permission de l\u2019auteur, les quelques paragraphes suivants.Notre correspondant, abonné de la première heure, est une personnalité en vue dans le monde des affaires de Montréal.In return for your courtesy in allowing me to read the original English text of the articles by M.LeDoux, I should perhaps explain why these articles particularly interested me.It was a case of seeing certain ideas which had gradually been taking shape in my own mind expressed in clear and finished form.Coming to Canada about fifteen years ago, I made my first real acquaintance with Canada and Canadians in the country side and forests of this province.My introduction to French Canada was a stimulating experience, which has increased on closer acquaintance.I have asked myself, for example, how any country could look so new and at the same time feel so old.I have also been impressed by many points of contrast between this country and what little I know of Europe and of other parts of North America.These questions stand out even more sharply today against the background of the second world war, which \u2014whatever its immediate causes may be\u2014can only be explained in terms of historical decay or destruction at the very roots of modern western civilization.In brief, I have come to feel that French Canada presents an almost unique instance in the modern world of a people and a culture who have preserved the essential traditions of European civilization unbroken from the great period of the xmth century and earlier, and who have continued consciously to honour them.Elsewhere, generally speaking, the continuity has been broken by some form of violence, or these traditions have been submerged by other influences.Chaos of thought has bred chaos of action.In M.LeDoux\u2019 articles I found this thesis explicitly demonstrated.His view can, of course, be exaggerated or oversimplified.But if it is essentially true, as I believe it is, Mr.Mackenzie King\u2019s words quoted in the first of these articles could be amended to the effect that it is not merely the tragic fate of France, but the tragic fate of the whole modern world which bestows on French Canada « le devoir de porter haut les traditions de culture et de civilisation \u2014 non seulement françaises \u2014 mais plutôt européennes )).Réflexions complémentaires Je dois débuter par un hommage à Relations.Cependant, le motif de cette lettre est une petite mise au point, non pas au sujet d\u2019un article de fond, mais à propos de la recension d\u2019un volume dans votre numéro 17, celui du mois de mai.Il s\u2019agit de l\u2019ouvrage de Hermann Rauschning: Trompés par Hitler.J\u2019avoue n\u2019avoir pas lu l\u2019édition française; mais je n\u2019imagine pas qu\u2019elle soit substantiellement différente de Conservative Revolution, paru l\u2019an dernier.Or cet ouvrage est beaucoup plus profond et suggestif de pensées constructives qu\u2019on ne le laisse entendre.Je le considère comme bien supérieur à son Hitler m\u2019a dit et à son Nihilism.Trompés par Hitler vise à inculquer à un correspondant anglais \u2014 évidemment un homme haut placé \u2014 222 \u2022 certains principes plutôt économiques et sociaux, susceptibles d\u2019assurer une paix plus stable que celle qui suivit la première grande guerre.Ces principes se fondent sur l\u2019histoire économique et sociale, ainsi que sur le caractère des peuples centraux.Rauschning accepta Hitler, parce que, après l\u2019échec de Bruning qu\u2019il impute aux courtes vues de l\u2019Angleterre et des États-Unis, il n\u2019entrevoyait que dans Hitler la possibilité de la mise en œuvre de ces principes.Il brisa avec le Führer et il \u2014 raconte à quel prix \u2014 quand il s\u2019aperçut que celui-ci l\u2019avait trompé.Uh de ces principes, basé sur l\u2019expérience de la paix de 1919, c\u2019est que les peuples qui dicteront la paix ne doivent pas chercher à imposer de but en blanc aux peuples vaincus une forme de gouvernement analogue à la leur.Les centraux ne sont pas prêts pour une telle institution, leur évolution historique \u2014 qu\u2019elle soit en retard ou indifférente \u2014 ne les ayant pas suffisamment orientés dans cette direction.Pour Rauschning, il faut à ceux-ci une autorité centrale plus ferme que celle qui existe généralement dans les démocraties.Un autre principe, économique celui-là, regarde l\u2019organisation de la production et du commerce dans ces pays intérieurs de l\u2019Europe.S\u2019inspirant de la situation économique misérable qui suivit la première guerre, Rauschning propose une entente entre ces différents pays, une espèce de consortium économique, plutôt de forme corporatiste, qui réglera la production et les échanges commerciaux et amènera à tous le bien-être suffisant chez tous.Et ici, il apporte un correctif à son principe d\u2019autorité centrale, en demandant qu\u2019elle soit assez souple pour laisser les tractations économiques aux corporations, tout en gardant un certain droit de surveillance.En d\u2019autres termes, les corporations existeraient dans l\u2019État et y exerceraient leur fonction propre, mais l\u2019État ne serait pas corporatiste.Rauschning traite de quelques autres questions; ces deux-ci me semblent être celles sur lesquelles il voulait surtout insister.Il assure au cours de son ouvrage qu\u2019il sait qu\u2019en Allemagne plusieurs pensent comme lui sur ce point.Au point de vue religieux, la population allemande depuis la Réforme a été fort mal servie, c\u2019est bien certain.Mais nous n\u2019y pouvons rien actuellement; il faut envisager l\u2019Allemagne telle qu\u2019elle est, non telle qu\u2019on voudrait qu\u2019elle fût! Et ici, n\u2019oublions pas que l\u2019Eglise catholique allemande, au commencement de la guerre était plus forte qu\u2019elle ne l\u2019avait jamais été depuis le xvie siècle.Purifiée davantage par la persécution qu\u2019elle \u2022subit actuellement, elle ne peut manquer d\u2019avoir une grande influence dans la rechristianisation de ce pauvre peuple .D\u2019ailleurs, pour en revenir à Rauschning, il a reconnu, en vue de la restauration future, une valeur pratique à la métaphysique thomiste du bon vieux Hertling; il a prôné l\u2019action sociale, telle qu\u2019exercée par l\u2019Église catholique; il a placé le catholique Bruning sur le pinacle comme étant le seul véritable homme d\u2019état allemand dans les temps présents .J\u2019ai cru qu\u2019il était de mon devoir de vous transmettre ces remarques.Dans les temps présents, pour ne pas perdre notre propre équilibre intellectuel, pour conserver un point de contact, une base de charité à l\u2019égard de ceux qui redeviendront nos frères après le conflit qui nous divise présentement, je crois qu\u2019il faut reconnaître loyalement, surtout dans une revue comme la vôtre, les efforts sérieux faits même par nos ennemis en vue de trouver une solution définitive aux troubles qui agitent l\u2019humanité.Montréal\tE.G.RELATIONS LIVRES RÉCENTS VIE SPIRITUELLE Cardinal Salotti: La bienheureuse Anna-Maria Taïgi.Traduit de l\u2019italien par l\u2019abbé C.Poisson.\u2014 Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1942, 292 pp.19.6 cm.T TNE MÈRE de famille qui fut d\u2019abord une élégante jeune ^ fille du peuple avec une once de coquetterie et beaucoup de souci de sa toilette; une mère de famille qu\u2019une grâce de choix convertit un jour d\u2019une vie chrétienne mais légère, à une vie de tout point exemplaire ; une mère de famille que le bon Dieu élève à un degré supérieur d\u2019oraison, qui lit dans l\u2019avenir et dans les consciences et que cardinaux et papes viennent consulter; une mère de famille fidèle avant tout et par-dessus tout à son devoir d\u2019état, qui endure un mari et des parents au caractère impossible, qui veille jusque dans le détail à l\u2019éducation de ses enfants, qui pardonne les injures, rend le bien pour le mal, visite les pauvres, les malades, les condamnés à mort et trouve en outre le temps de se lever parfois la nuit pour prier ou pour se mortifier: c\u2019est cette aimable et attachante figure que le cardinal Salotti fait revivre dans une phrase assez solennelle que le traducteur nous livre intacte.De longs développements permettent à l\u2019auteur de rappeler beaucoup de principes de vie chrétienne.Une lecture très élévante et captivante qu\u2019il faut recommander à toutes les mères de familles qui apprécieront d\u2019abord chez cette mystique l\u2019estime et l\u2019exercice des petites et grandes vertus familiales et qui trouveront dans sa vie la solution chrétienne à beaucoup de petits problèmes familiaux.Le Messager canadien\tJean Laramée VIE ÉCONOMIQUE Georges Lafontaine, b.a., L.sc.rLe coopératisme et l\u2019organisation économique de la Gaspésie.\u2014Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1942.120 pp.19.4 cm.T'\\EPUIS QUELQUES ANNÉES, on parle beaucoup du renouveau économique et social de la Gaspésie.Ici et là, des brochures, des articles de revues, des colonnes de journaux, nous apportent des Jiribes de vie gaspésienne.Voici que M.Lafontaine nous offre une synthèse de la Gaspésie économique.Son volume ne présente pas une simple description géographique ou une analyse des ressources naturelles gaspésiennes; il offre un relevé des méthodes actuelles d\u2019exploitation.Huit chapitres divisent l\u2019ouvrage.Un chapitre de considérations générales sur la coopération.Puis successivement une étude sur les pêcheries, l\u2019agriculture, la colonisation, l\u2019industrie forestière, les coopératives de consommation et de crédit, quelques notes sur les mines, les voies de communication et le tourisme et une conclusion qui en appelle au coopératisme pour assurer la prospérité gaspésienne.L\u2019auteur ne prétend pas présenter un travail scientifique très poussé si on en juge par certaines de ses sources.Aussi son mérite consiste surtout à faire œuvre d\u2019apostolat en faveur de la coopération, à répandre l\u2019idée coopérative, à raffermir la confiance et à stimuler l\u2019enthousiasme de ceux qui sont engagés dans le mouvement.Objectif d\u2019autant plus facile à atteindre que le volume se lit facilement et présente même des aspects tout à fait instructifs sur le problème.Ainsi, en agriculture, le cultivateur gaspésien a besoin d\u2019un minimum de 50 acres de terre faite à la charrue pour rencontrer ses obligations et la moyenne actuelle varie de 20 à 30 acres (p.49).D\u2019où la nécessité pour le gouvernement de placer un $2,000,000 pour la mise en valeur des terres arables.Placement rémunérateur que celui-là.Une intéressante comparaison du cheptel gaspésien de 1930 et de 1938 oblige à conclure que l\u2019élevage dans l\u2019agriculture tend à diminuer.Une forte campagne en faveur de l\u2019élevage du mouton s\u2019impose.Dans l\u2019industrie forestière, l\u2019auteur souligne que les forêts gaspésiennes couvrent 8,000 milles carrés et contiendraient 45,000,000 de cordes de bois.Les coupes annuelles A de certaines compagnies sont trop volumineuses et les réserves forestières ne pourront pas résister à une exploitation aussi intense.On estime à 7,000,000 de cordes le volume des essences résineuses en perdition.Une formule d\u2019exploitation rationnelle de la forêt s\u2019impose afin de compléter et de stabiliser l\u2019agriculture.La coopérative forestière telle que réalisée à Grande-Vallée apporte la solution.Quant aux pêcheries, l\u2019auteur conseille une réorganisation technique, scientifique et économique.Améliorer les méthodes de pêche, à l\u2019exemple des pays Scandinaves, rendra le travail moins pénible au pêcheur.Depuis que la morue abandonne les parages du littoral, la pêche coûte trop cher par rapport à la quantité des prises.De plus, un service scientifique devrait utiliser les sciences hydrographique et biologique afin de répérer le poisson et de stabiliser les prises.Enfin, établir un organisme de vente du poisson grâce à la coopérative.Il est regrettable que l\u2019auteur n\u2019ait pas mis à date un volume composé en 1940 (p.119).Il aurait pu montrer les réalisations coopératives récentes de la Gaspésie, montrer comment les pêcheurs se libèrent petit à petit de l\u2019emprise du trust.On aurait aussi aimé plus de détails sur la coopérative forestière de Grande-Vallée, sur la conduite des cercles d\u2019études coopératives qui existent en nombre, sur les difficultés que rencontre le mouvement coopératif et sur les relations commerciales des coopératives avec l\u2019étranger.La petite industrie créée en vue d\u2019utiliser les déchets de la morue nous aurait intéressés.Autant de points qu\u2019il aurait pu éclaircir grâce au Service d\u2019information du Service social économique de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.Ces faiblesses mises à part, le volume reste un excellent instrument de travail pour un cercle d\u2019étude et un stimulant pour le mouvement coopératif.Emile Bouvier Tadeusz Poznanski: L\u2019Assurance sociale et l\u2019Assurance commerciale.\u2014 Québec, Éditions du Cap Diamant, Secrétariat de l\u2019Ecole des Sciences sociales, politiques et économiques, 1942, 34 pp.18.7 cm.ETTE PETITE BROCHURE établit la distinction bien nette entre ces deux assurances.La première couvre les risques biologiques et économiques de la vie et repose sur le principe de l\u2019équivalence collective.Elle entraîne une meilleure répartition du revenu national et sert d\u2019instrument de politique sociale en vue de résoudre des problèmes d\u2019inégalités inévitables.La seconde, l\u2019assurance commerciale, repose sur le principe de l\u2019équivalence actuarielle individuelle et maintient le revenu national.Bref, ces deux assurances se complètent comme deux sœurs et deux filles de la prévoyance.Toutefois, l\u2019auteur limite son concept de l\u2019assurance sociale à celle qui couvre les risques biologiques et économiques.L\u2019assurance sociale ne se contente pas seulement d\u2019assurer, mais a aussi pour but de promouvoir les allocations familiales, les primes aux mariages.Cette assurance contribue également à l\u2019augmentation du revenu national.Pour tout étudiant en législation sociale, la lecture de ce travail s\u2019impose.E.B.VIE LITTÉRAIRE Claudel dans ses plus beaux textes.Collection du Messager français.\u2014 Éditions Roger Varin, Montréal, 1942.96 pp.18.5 cm.'17\u2019OULOIR enfermer en moins de cent pages le Message de » Paul Claudel, ce poète immense, c\u2019était une gageure.Nous ne croyons pas qu\u2019elle ait été tenue.La faiblesse qui gâte ce choix de textes, établi avec un goût parfois très délicat (voir pp.26, 49), est due à un oubli étrange de leur génération.Il semble qu\u2019on se soit amusé à jeter en vrac, sans souci de logique ni de chronologie, cette vingtaine de textes disparates.La merveilleuse continuité AOUT 1942 223 qui s\u2019observe tout le long de l\u2019évolution de l\u2019art et de la pensée de Claudel est négligée ou rompue.Parmi les qualités et les pensées proposées en masse par l\u2019œuvre de Claudel, il eût fallu distinguer et trier celles qui ont été particulièrement retenues et développées par le poète.Surtout, il eût fallu les fixer dans une meilleure ordonnance, situer chaque fragment dans un milieu comme naturel, qui le soutînt et l\u2019éclairât.L\u2019œuvre de Claudel, il est vrai, s\u2019ouvre à la fois sur de multiples horizons.Pourtant, certains endroits sur l\u2019étendue de cette vision s\u2019exagèrent par l\u2019importance que leur donnent le tempérament poétique et la volonté du poète.Ce sont ces sommets, ces points d\u2019émergence qu\u2019on eût souhaité voir mettre en relifef.L\u2019éditeur, dont l\u2019information paraît avoir été trop courte ou trop imprécise, ne l\u2019a pas toujours fait.Peut-être même n\u2019a-t-il eu aucun souci de le faire.L\u2019admirable est qu\u2019il ait abouti quand même à impliquer dans ces débris de drame, ces fragments de poèmes ou d\u2019épîtres, une notion assez exacte de l\u2019art et de la pensée claudéliens.Pour les familiers du poète ces quelques fragments détachés du grand œuvre se replacent d\u2019eux-mêmes dans l\u2019ensemble et composent avec leurs souvenirs une substance vivante.Pour les autres, peut-être ce premier contact avec Claudel leur fera-t-il désirer de connaître en plénitude son Message.C\u2019est ce que l\u2019éditeur pouvait souhaiter de meilleur.UImmaculée-Conception\tMarcel Marcotte Damase Potvin: Un ancien contait .v .\u2014 Nouvelles.Dessin de Simone Hudon.\u2014 Montréal, Éditions Bernard Vali-quette, 1942.127 pp.19 cm.LE LIVRE emprunte son titre au récit principal qu\u2019il contient, écrit sous la dictée d\u2019un colon: il mérite toute notre attention.« L\u2019excellente idée qu\u2019a eue M.D.Potvin », s\u2019écrie M.Henri Pourrot, le célèbre maître du régionalisme français.Quel bien cet amateur de langage populaire ne dit-il pas de ce parler des habitants du Saguenay: « Non pas un patois, mais la langue dure et fraîche, aussi drue et franche que le foin bleu de leur sous-bois, la langue pleine d\u2019allant et de netteté, légère à entendre et disant bien ce qu\u2019elle veut dire .».Aussi quel profit pour l\u2019écrivain qui exploite un parlage aussi savoureux, aussi souple et mouvant: (( C\u2019est un ton, un sens du récit qui permet de vivre coude à coude avec les personnages et dans leur air même ».Les historiettes et les mille particularités qui émaillent la vie toute unie de ce colon (( nous font pénétrer dans ses préoccupations, dans son monde .et comprendre les esprits et les sentiments de ces simples gens de notre race .».Mais ce récit est avant tout un vivant tableau de la vie du colon canadien: vie uniforme et monotone, traversée d\u2019incroyables sacrifices, ennoblie aussi d\u2019immortelles espérances, fruit de ses durs labeurs et de sa foi chrétienne: \u2014(( C\u2019est vrai que nous avons de la misère, mais heureusement qu\u2019il y a la récompense au bout et que si ce n\u2019est pas dans ce monde-ci, ce sera dans l\u2019autre, puisque nous faisons une bonne œuvre en venant ouvrir des terres neuves à la civilisation française et catholique.» Ce livre en un mot recèle la mœlle de notre histoire et exalte le meilleur de l\u2019âme canadienne-française.Peu de livres d\u2019histoire, oserais-je dire, sont plus aptes que ce simple récit à étreindre le cœur de reconnaissance et d\u2019amour pour la terre et les vaillants colons qui portent en eux le secret de notre survivance.Trois anecdotes terminent le livre: (( Le montreur d'ours », « Le vieux cheval » et (( Batoche ! », toutes recommandables par la finesse de leurs analyses psychologiques et l\u2019exactitude de leurs descriptions rustiques.L\u2019Immaculée-Conception\tPierre Rioux Robert de Ro^uebrune: Contes du soir et de la nuit.\u2014 Montréal, Editions Bernard Valiquette, 1942.150 pp., 19.2 cm., $0.75.HEUREUX celui qui trouve un bon titre pour son livre! Trois fois heureux s\u2019il est conteur! Contes du soir et de la nuit: titre merveilleux, trop merveilleux même et trop poétique.Dès que l\u2019auteur cédait aux demandes et faisait un recueil de ces contes, parus déjà dans des revues de France ou du Canada, c\u2019était une sorte de problème de logement que de les rassembler tous les huit à la même enseigne.Inégaux de longueur, d\u2019intérêt et de facture, ils diffèrent surtout par leur inspiration.Il y a le conte à décor historique (La nuit de Noël du capitaine Allan, La défense du rail), le conte mystifiant (M.Hamel), le conte policier (Un meurtre à l'hôtel) où un brave épicier se fait valoir, et même le conte romanesque (L'enlèvement), propre à toucher au cœur la tendre midinette, lectrice du Samedi.La marque d\u2019un vrai conteur n\u2019est pas le fouillé dans les caractères ni le don de poésie ni la qualité du style.C\u2019est avant tout l\u2019habileté du récit: mouvement, intérêt, vie.Il faut que ça se lise.Des taches éparses et des touches très sensibles qui se répondent à distance, arrivent, par l\u2019art de leur disposition, à évoquer, dans un tableau, les ondoiements du modelé, dans un récit, le relief d\u2019un personnage: un geste révélera toute une âme, un mot tout un monde; mais un conte est d\u2019abord intrigue et vie.Nul doute que M.de Roque-brune ne soit un conteur.Ses attaques sont parfois lentes (La nuit de Noël du capitaine Allan, Une dette de jeu).Une fois le récit engagé, il le conduit sans à-coup ni secousse jusqu\u2019au dénouement, rusé à choisir les détails, adroit à ménager l\u2019intérêt.Jamais il n\u2019intervient, jamais il ne s\u2019attarde à sa propre émotion: il raconte.Style facile et fluent.Les phrases coulent sans effort, claires, toujours égales, toujours correctes.Quelques oublis: davantage que .combien les Anglais étaient bien renseignés.Et il n\u2019est que de lire à haute voix pour souhaiter, à certains endroits plus pathétiques d\u2019un dialogue, un tour plus brusque ou plus elliptique.Un soir qu\u2019il pleuvra, prenez ce livre.Au milieu de trois ou quatre meurtres, d\u2019un enlèvement, d\u2019une couple de suicides, vous passerez, ô merveille de l\u2019art, une soirée très agréable.L'Immaculée-Conception\tLuigi d\u2019ApoLLONiA \u2022| ?COLLÈGE ROUSSIN dirigé par les Frères du Sacré-Coeur COURS SCIENTIFIQUE COURS COMMERCIAL ANCLAI S-FRANÇAIS CULTURE PHYSIQUE SCIENCES et MATHEMATIQUES 12085, rue Notre-Dame est, Pointe-aux-Trembles (près Montréal) Tél : Zone 5-037 Arena \u2014 Vaste construction où les enfants s\u2019amusent en hiver et durant les mauvais temps.224 RELATIONS ¦ i * * k cai 'il» -Ig i i S3*' I I*\u2019 *** a Wmvt.r* Vi^ titktytf COURS CLASSIQUE dirigé par les Pères Jésuites Le Collège Jean-de-Brébeuf reçoit les enfants qui ont terminé leur 3ème année d'école primaire, c'est-à-dire yers l'âge de neuf ans.COLLÈGE JEAN-DE-BRÉBEUF Construction moderne entièrement à l'épreuve du feu dans le site le plus beau et le plus sain de Montréal.La rentrée des pensionnaires a lieu le 8 septembre; celle des externes et des demis, le 9.[ Le nouveau prospectus est envoyé sur demande 3200, Chemin Sainte-Catherine, Montréal LE COLLEGE DES JESUITES EXTERNAT CLASSIQUE RUE SAINT-CYRILLE\tQUÉBEC Maison fondée en 1848 LE COLLÈGE SAINTE-MARIE COURS CLASSIQUE 1180, rue Bleury\tLAncaster 5966 Le MONT-SAINT-LOUIS fondé en 1888 \u2022 Enseignement secondaire scientifique.Elèves pensionnaires et externes.Admission à partir de la 5e année du cours primaire.\u2022 244, rue Sherbrooke est, Montréal.\tMA.8138 MONTREAL NOUVELLE EMISSION : $ 357,500.00 à 3 V2% échéant du 1 er mai 1942 au 1 er mai 1962 LES SOEURS DE MISÉRICORDE DE MONTRÉAL obligations entièrement subventionnées par la Province de Québec.Prix et circulaire sur demande CRÉDIT INTERPROVINCIAL, Limitée 10 OUEST, RUE ST-JACQUES, MONTREAL -\t.BE.2614 - CONSEIL D\u2019ADMINISTRATION - J.-Louis LÉVESQUE, J.-A.BOIVJN, N.P., (Berthier)\tJ.-Georges DUBÉ (Rimouski) V.FAVREAU, président\tvice-président\tsecrétaire Aimé DOMINGUE, dir.-gérant.\tLucien AUBIN (Joliette), représentant.VOUS EST-IL ARRIVE de penser en nommant un particulier comme votre exécuteur testamentaire que : Vous exposez à toutes sortes d'éventualités ceux qui vous sont chers; La maladie ou la mort peut l'empêcher de remplir ses fonctions; Il peut ne pas toujours disposer du temps nécessaire pour l'administration efficace de votre succession; Celui qui lui succédera pourra ne pas avoir la compétence et l\u2019impartialité voulues; En désignant Le \"SUN TRUST\" pour exécuter vos volontés, auquel vous pouvez adjoindre un parent ou ami, vous vous assurez : SECURITE \u2014 COMPETENCE IMPARTIALITE PERMANENCE Siittlhist Arthur Vallée, CJt., LL.D., président Hervé Prévost, directeur général Siège social 10 ouest, rue St-Jacques MONTREAL Gérard Pavreau.secrétaire Succursale 132, rue St-Pierre QUEBEC Avec les compliments de la maison MONGEAU & ROBERT CIE LTÉE Charbon \u2014 Huile à chauffage 1600 est, rue Marie-Anne -\t- Montréal Imprimer in Populaire Limitée.430, rue Notre-Dame Est, Montreal "]
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