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Titre :
La revue de Manon
Revue bimensuelle de littérature québécoise qui aborde aussi la musique, le cinéma, le théâtre, la mode et l'histoire. [...]

Revue bimensuelle de littérature québécoise qui s'inscrit dans le sillage des revues féminines de l'époque, qui proposent une vision conservatrice du rôle de la femme en société.

Fondée par la femme de lettres Emma Gendron, cette revue invite écrivains professionnels ou amateurs à lui faire parvenir leurs oeuvres sous forme de récits ou de nouvelles pour être publiés dans le but de favoriser l'épanouissement des lettres québécoises. Les autres sujets abordés sont la musique, le cinéma, le théâtre, la mode, l'histoire de Montréal. On y trouve aussi des extraits d'oeuvres d'écrivains français.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 6, p. 91-92.

LACASSE, Germain, « Écrire entre les lignes : Emma Gendron et le nouveau cinéma québécois des années 1920 », Nouvelles vues, no 12, printemps-été 2011, p. 12-30.

Éditeur :
  • Montréal :E. Gendron,1925-1931
Contenu spécifique :
mercredi 15 janvier 1930
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
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Références

La revue de Manon, 1930-01, Collections de BAnQ.

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Bibliothèque et Archives nationales Québec Revue de Manon Pages 1 à 2 manquantes PER CON REVUE MANON Revue littéraire la plus distinguée des Foyers Canadiens Canada : Etats-Unis : ABONNEMENT 1 an, $2.00; six mois, $1.25 1 an $2.25; six mois, $1.50 Cinquième Année No 23 Paraissant Bi-Mensuellement Emma Gendron et J.Arthur Homier Propriétaires-Editeurs Montréal, 15 Janvier 1930 Administration et Rédaction 756, rue Saint-Paul Ouest Tél.MArquette 4065 Le numéro dix sous REFLEXIONS LyHOMME d'affaires lèverait les bras au ciel si on lui proposait de faire marcher sa maison d'après le vote de ses employés; la seule méthode pratique et expéditive pour que les choses soient faitesy vous dira-t-il, o'est qu'un seul homme s'en charge.Il faut qu'il y ait une tête, une tête unique, à une entreprise, si on veut qu'elle marche.C'est vrai.La forme de gouvernement la plus expéditive est la monarchie absolue.Pour obtenir des résultats rapides, le meilleur système est d'avoir un maître indiscuté qui n'a besoin de consulter personne.Mais c'est une vérité dangereuse.Si dangereuse, qu'elle a leurré même des êtres d'élite.Carlyle méprisait la démocratie; il était partisan de l'homme forty du chefy du héros.Très bien; malheureusement, c'est ici que le système pèche.Comment trouver des humains dignes d'être investis de ce pouvoir autocratique?Il peut y en avoir, Tuais il n'existe aucun moyen de reconnaître si tel candidat proposé appartient à cette espèce rare.On a essayé de toutes sortes de méthodes.L'hérédité, basée sur ce principe que si un homme était né pour le pouvoir, il ne serait pas tenté d'en abuser.Détenteur du plus haut privilège, n'ayant plus rien à désirer, il serait inaccessible à la corruption.De nombreux pays ont pratiqué ce système: le gouvernement de la masse par une classe mise par sa richesse et sa noblesse à l'abri de la tentation.1*1 , .¦ .- v Hélas! la nature humaine est trop faible.Invariablement, à la fin, l'homme ou la classe favorisés tondaient le troupeau au lieu de le faire paître! Ils se contentaient de vivre dans le luxe, entretenus par la multitude qui vivait dans la pauvreté.L'Eglise chrétienne, aussi, a fait l'expérience de l'autocratie, mais elle a dû se rendre compte que même le prêtre sauvegardé par des voeux, consacré à une vie d'ascétisme, ne pouvait résister à la formidable tentation du pouvoir absolu.L'autorité tyrannique du pasteur chez les puritains de la Nouvelle-Angleterre, après celle de l'ecclésiastique dans les contrées catholiques de l'Europe d'autrefois, l'a suffisamment démontré.Dans la famille même, beaucoup de gens manifestent encore une vive admiration pour le tyran domestique du milieu du XIXe siècle.uAh! dans ce temps-là, les enfants étaient bien élevés!" Cette espèce de père a été éliminée, simplement parce qu'elle était intolérable.L'autorité absolue, dans la famille ou dans la nation, ne peut pas subsister.Car elle n'est qu'un raccourci, un expédient qui tend à réaliser par des moyens artificiels ce qui ne peut se faire bien que par des moyens naturels.Le but d'un gouvernement, sauf en cas de prise exceptionnelle, n'est pas d'accomplir de nombreuses choses, le but de la famille n'est pas de faire régner dans la maison le silence et l'obéissance, le but des affaires n'est pas de gagner de l'argent.Le but d'un gouvernement est d'assurer la justice et la liberté à tous les individus qui dépendent de lui.L'Etat existe pour le citoyen.Tout ce qu'il lui demande, c'est de protéger son activité.Telle est l'idée anglo-saxonne, qui s'oppose à l'ancienne théorie de l'individu existant pour l'Etat.' La famille est destinée à permettre le développement des enfants, non pas à assurer le confort du père.Quant aux affaires, leur fonction premiere est de fournir la collectivité de marchandises honnêtes et utiles, et de procurer du travail aux ouvriers dans des conditions hygiéniques.L'enrichissement par de gros bénéfices de celui qui dirige ces affaires n'est qu'un but très secondaire.La démocratie tend à donner aux choses une fin humaine, Vautocratie, une fin mécanique.C'est pourquoi la démocratie répond à une vérité complète, l'autocratie à une demi-vérité seulement, et une demi-vérité est plus dangereuse qu'une erreur.Frank Crane.NOS ROMANS COMPLETS A NOS NOUVEAUX LECTEURS Voici la liste des romans complets déjà parus dans notre revue; “CENDRILLON AU BAL” par Guy Chantepleure.“PRES DU BONHEUR” par Henri Ardel, “PERILS D’AMOUR” par Daniel Lesueur, “LE MARI DE GISELE” par H.A.DOURLIAC, “MALGRE ELLE” par Eva Jouan, “PROFIL DE VEUVE” par Paul Bourget, de l’Académie Française, “LE ROMAN DE LUCIEN” par Guy Vander, “PETITE MUSE” par Henry de Forges, “LA CHANSON DES ROSES” par René Poupon, “SON ROMAN D’AMOUR” par Michel Nour, “LA FIANCEE DU COMTE GUY” par Paul Junka, “MONETTE” par Mathilde Alanic, “EN SUIVANT L’ETOILE” par Florence Barcley, “LE FIANCE DE JOSETTE” par Paul Junka, “AU DELA DU COEUR” par Edmond Coz (publié en deux numéros), “PLUS FORT QUE TOUT” par Paul Cervières (publié en deux numéros), “LE MARI DTANTHE”, par Berthe Neuillies (publié en deux numéros), “MON GYGNE” par Emmanuel Soy (publié en deux numéros), “LE MARI DE VIVIANE” par Yvonne Schultz (publié en deux numéros), “LE HIBOU DES RUINES” par André Vertiol (publié en deux numéros), “REVE D’AMOUR” par Trilby (publié en deux numéros), “L’EXIL DE L’AMOUR” par S.Moreu (publié en deux numéros), “COEUR SAUVAGE” par Michel Nour (publié en deux numéros), et “TENDRE FOLIE” par Jean Rameaux (publié en quatre numéros.) “LA BELLE ET LA BETE” par Mario Donal (publié en deux numéros.) “L’IDEE DE SUZIE” par Jean Thiery (publié en deux numéros.) et “MONIQUE” Poupée française par Trilby (publié en deux numéros.) “IDYLLE NUPTIALE” par Mme E.Caro (publié en trois numéros.) “LE RETOUR” par Trilby (publié en deux numéros.) “MOI, REINE” par Barrère Affre (publié en deux numéros.) “LA SUCCESSION DU MARQUIS” par Paul Junka (publié en deux numéros.) “LA PETITE PARFUMEUSE” par Trilby (publié en deux numéros), “PETITE MAISON, GRAND BONHEUR” par Paul Junka (publié en deux nu-numéros), “LA CLEF DU JARDIN DU ROI” par J.de Cheylus (publié en deux numéros), “LA CHANTEREL LE” par Georges de Lys (publié en deux numéros), et.“LE ROI JACK” par Guy Wirta (publié en deux numéros) , et.Brigitte Jeune Fille, Brigitte Jeune Femme par Berthe BERNAZE qui paraît dans le présent-numéro.On pourra se procurer les romans déjà parus en écrivant ou en s’adressant à “La Revue de Manon”, 756, rue St-Paul Ouest, Montréal.Chaque roman se vend 10 cents et est expédié sans frais de poste.Ceux en deux numéros se vendent 20 cents. Montréal, 15 Janv.1930 Page quatre___________^__________LA REVUE DE MANOU Par Tante BELLE \r.re mtm ¦7,'W.‘ £ Le Jardin des Ames Les jeunes d’aujourd’hui n’ont certainement pas un plan arrêté en se débarrassant avec tant de maestria de la tutelle des parents, ils ne suivent pas un programme savamment construits, ils suivent simplement leurs instincts; instinct d’indépendance certes, mais aussi et surtout instinct de paresse, car ils ont peut-être moins envie de se conduire à leur fantaisie qu’envie de se dérober à la contrainte et à l’effet.Mais il faut reconnaître que, si leur révolte est sans méthode, elle n’en est pas moins assurée de la victoire, parce que les pères et mères actuels, s’empressent d’abdiquer entre les mains de ces despotes jouvenceaux.' Il passe un vent de faiblesse et de découragement chez les éducateurs; leur fardeau leur semble écrasant, ils se refusent à le porter; devant la bande résolue et bruyante des petits indisciplinés, ils se croisent les bras, vaincus d’emblée; alors, selon leur tempérament et leur caractère, ils adoptent ou l’attitude du mécontentement boudeur ou celle de la tolérance.C’est ainsi que vous verrez des parents qui ne cessent de se plaindre de leurs enfants, d’en dire du mal, de les représenter comme des monstruosités morales, d’être irrités contre eux, et que vous en verrez d’autres •qui se laissent manquer de respect, qui acceptent toutes les incartades, qui favorisent même l’émancipation désinvolte en “gardant le sourire”.Jeunesse d’aujourd’hui! dit-on volontiers pour expliquer tout et pour excuser tout.Ne croyez-vous pas qu’il serait exact, afin d’apporter la lumière complète sur cette situation, d’ajouter: parents d’aujourd’hui! # Voulez-vous oublier, pour un instant, les faits précis qui vous imposent des opinions particulières ?oubliez votre fils, votre fille, vos neveux, oubliez les difficultés dans lesquelles se débat cette veuve qui voit un grand garçon échapper à son influence, oubliez les révoltes juvéniles dont vous avez été témoin ou victime, élevez-vous à dès considérations générales, les seules capables d’indiquer les solutions sages aux grands problèmes qui se posent devant nos consciences.Sortez de votre milieu, sortez de votre siècle et pensez largement, pensez d’une façon universelle.Quels sont les éléments en présence qu’il vous faut étudier?D’une part, l’enfant débile, impuissant à la pensée vacillante, à la conscience confuse, sans expérience, incapable de se suffire, ayant tout à apprendre dans tous les domaines; d’autre part, un père, une mère qui, de toute la force de leur instinct, la force de leur raison, la force de leur amour, veulent son bien; pour le faire vigoureux, instruit, bon, heureux, ils sont disposés à tous les sacrifices; et même ce mot de sacrifice est déplacé ici; en donnant à cet enfant leur travail, leur sollicitude, en se privant pour lui de distractions, de sommeil, de nourriture même, ils n’éprouveront que de la joie; leur dévouement est si généreux qu’il leur insuffle une expérience précoce, une intuition merveilleuse, qu’il leur donne de la prévoyance, de l’ingéniosité en même temps qu’une inlassable patience.Pouvez-vous imaginer des conditions préférables à celles-là, pouvez-vous souhaiter plus aimants et plus sûrs pour conduire le développement physique, intellectuel et moral d’un être fragile et en faire un homme?Le principe d’autorité qui découle de cette situation est indiscutable: ceux qui savent, ceux qui peuvent, ceux qui donnent, ceux qui aiment, sont normalement les dirigeants de l’individu naissant qui ne peut croître qu’en recevant tout d’eux.Sur ce point, nul doute: l’autorité paternelle et maternelle est un des piliers de l’ordre social, comme de l’ordre moral; se refuser à l’exercer serait se faire déserteur.Où l’hésitation commence, c’est quand il s’agit de la façon dont il faut adopter le principe à son temps; l’autorité du père romain, sujet d’Auguste, avait certes une antre allure que l’autorité d’un père canadien de 1929, et personne ne s’attarde à le déplorer.Les procédés, pour être efficaces, doivent répondre à l’état d’esprit de ceux qu’ils visent; utilisés de nos jours, les méthodes d’éducation anciennes non seulement paraîtraient barbares, mais encore seraient assurées d’un échec lamentable.Les parents, dignes de ce nom, s’inspirent du ton de leur époque, cela est certain, mais seulement pour l’application de leurs principes; leur autorité elle-même doit demeurer inébranlable, indiscutée, malgré le temps, malgré le courant général; entourés de veulerie, de laisser-aller, de compromissions, ils ne s’en laissent pas entamer; ils conservent, entière, la conscience de leur devoir de mentors et ne reculent pas devant les difficultés contemporaines qui hérissent leur tâche.Quand ils renoncent à l’apparat, au décor imposant qui accompagnait l’autorité paternelle d’autrefois, ils s’adaptent à leur siècle, ils n’abdiouent pas.La direction donnée à un enfant sur un ton simple, avec des mots courants, avec au besoin quelques commentaires (nécessités par une intelligence plus précoce, une initiative plus développée), n’ep est pas moins une direction.J’engage vivement les parents actuels à s’engager dans cette voie avec circonspection et à ne pas se départir imprudemment de l’auréole que leur confère leur titre; ils n’ont pas à s’excuser de leur rôle, ils n’ont point à tenter de dissimuler leur direction, ni d’essayer d’obtenir sournoisement ce au’ils ont le droit d’obtenir ouvertement.Leur autorité est de tous les temps, elle est normale, foncière, c’est une obligation stricte de l’exercer avec fermeté, mais il faut en transposer les méthodes pour les rendre efficaces à l’époque où on les emploie.Tante BELLE. LA REVUE DE MANON Montréal, 15 J anv Humour.Piment SENTENCES CHINOISES Toutes les erreurs n’ont qu’un temps ; après cent millions de difficultés, de subtilités, de sophismes, de tournures et de.mensonges, la plus petite vérité est encore tout ce qu’elle était.L’or est une terre jaune qui n’a pas de langue, mais, là où il commence à parler, tous les autres se taisent.• On va à la gloire par le palais, à la fortune par le marché et à la vertu par les déserts.Les riches trouvent des parents dans les pays étrangers les plus éloignés ; les pauvres n’en trouvent dans le sein même de leur famille.Oh ! quel plaisir que celui de donner! Il n’y aurait point de riches, s’ils étaient capables de le sentir.LE PLAIGNANT.— Monsieur le commissaire, cet individu m’a donné un coup de poing.— LE PREVENU.— Ca c’est pas vrai.et je vous préviens si vous répétez encore un mensonge pareil.j’vous en flanque un autre ! ! !.FRUDITION ENFANTINE Deux fillettes regardent leur mère qui entame avec peine un pain très cuit.— Je me demande, dit l’une d’elles, pourquoi le boulanger met de la croûte autour du pain ! — Petite sotte, répond sa soeur d’un air de supériorité, c’est pour retenir la mie qui, sans ça s’émietterait ! ( CONFERENCE SUR LA POLITESSE FRANÇAISE — Messieurs, mesdames, à l’époque avant le déluge où la pierre elle-miême était polie.RUSE DE FEMME DE PLUS EN PLUS FORT — Ce Marius, tout de même ! Il a tellement l’accent qu’il trouve moyen de vous rouler les “r” en vous souhaitant bonne nuit! "hé».CATASTROPHE — Oui, je devais épouser cette jeune fille, mais la famille s’est opposée au mariage.— Vraiment! et elle?— Elle ?.mais elle fait partie de la famille! LE PASSE ET LE PRESENT Regarde s’il regarde, et s’il regarde, regarde pas — Eh bien! Marie, qu’est-ce que vous faites?— Rien, monsieur, c’est fait! LE FIANCE.— Je vous assure que je ferai tout mon possible pour aller au devant des moindres désirs de votre fille.LA BELLE-MERE sèchement.— Des moindres, peut-être.mais des autres?IL FAUT S’ENTENDRE — En effet, monsieur le commissaire, j’avoue que j’ai été un peu vive en brisant mon parapluie sur le dos de cette mégère.— Ah ! très bien, vous regrettez.— Dame! un si jo,li parapluie!.TEMPS NOUVEAUX — Voyons, Brigitte, voilà une demi-heure que je vous sonne pour que vous m’apportiez mon petit déjeuner! — J’pouvais pas venir, monsieur, j’étais entre les mains de ma manucure ! UN PEU MACABRE, MAIS JUSTE Deux compères reviennent, jambes molles, de l'enterrement d’un ami: — Y en avait t’y un monde fou! le camarade ne pourra pas se plaindre.occasions 1 Trois robes» chéri, pour le prix de deux / Mois tu devais nen acheter gu une /„? Page six LA REVUE DE MANON Montréal, 15 J anv.1930 FILET Nouvelle par Léon LAFAGE Dansaient, surgissant d’un bond en leur tunique écarlate, des hommes acrobatiques et farouches.Leurs cris brusques, luisant de dents blanches, éclataient sur un martèlement rythmé de bottes.Et deux femmes parurent.L’une en paysanne, brune, fardée de hâle et de vermillon, les yeux vernis par quelque drogue et le kitchka—mouchoir rouge—sur le front; l’autre, (Suite à la page 7) US savez, batiouchka, dis-je à mon ami, qui, d’un sifflement, modulé, requérait le gérant, vous venez de vider votre deuxième bouteille de champagne.Il sourit.Remerciement pour ce souci obligeant et prématuré?Douce pitié pour mon ivresse?Quand on a bu, c’est toujours le voisin qui voit double.Ce beau Slave.— le comte K.— aux cheveux de bronze clair, à l’oeil gris, aux épaules de batelier, si fin cependant, si nerveux avec ses longs doigts déliés par les arpèges, s’enveloppait d’une fumée de silence et de songe.Même dans son pays avant l’affaire — la révolte, comme disaient les nôtres — il devait se sentir en exil.Les rêveurs sont d’un autre monde.Depuis une heure, nous n’avions pas jeté dix mots sur cette petite table de chêne couverte d’un napperon plus bariolé qu’un fichu de gitane.Nous écoutions un accordéon rouge au clavier d’argent, une balalaika au bois fauve que soutenait, entre un violon et un hautbois, un tambour plat à la pteau meurtrie.,C’étaient de ces musiques de steppes qui serrent le coeur et, dans une sauvage magre de solitude, versent toutes les délices du malheur.blond slave et blanc de nacre, les bras chargés d’or, coiffée d’un diadème de perles roses et bleues.Celle-ci, dès les premiers battements de la danse, capta les désirs.Bientôt, le buste immobile, le visage impérial et froid, ses yeux semblèrent cristalliser toute sa vie.Plus rien n’exista pour elle que son feu secret.— Est-ce une batignollaise, batiouchka, demandai-je, ou quelque authentique émigrée ?— Toutes deux grandes dames, dit le comte K.et contrôlées comme leurs bijoux.Le temps de laisser résonner ei\ moi lento, dolce le motif de l’émigra tion et la princesse, son tour fini, se glissa derrière nous.Il me parut qu’elle ralentissait un tantinet le pas et, imperceptiblement, les yeux un peu fermés, se penchait vers mon ami.Son “odor” nous prit dans ses ondes.Elle venait de rejoindre, cependant, deux jeunes gens impeccables et naifs, qui se jugeaient rois du cabaret et fêtaient leur princesse en un parler rauque et doux.Avec un grand mépris des mots, le comte K.buvait et suivait ses songes.La danseuse repassa près de nous répétant sa mimique interrogatoire et inquiète.K.ne sembla pas y prendre garde.Au retour, même jeu.C’était trop.Le champagne avait fini par donner à mon ami une impatience française.D’un geste violent, il écarta son faux col, allongea le cou, découvrit sa nuque.— Oui, c’est bien moi, Elena P., regardez! La femme passa très vite, étouffant sur sa bouche un petit cri blessé.Orageuse et féline, la brune au rouge kitchka rejoignit en hâte son amie en nous jetant au passage des regards noirs.J’observai le comte K.Il fit un geste, un signe d’adieu, au silence, à la paix du rêve, de l’oubli.Il me devait une explication.Mieux eût valu laisser jouer, sur les vieilles cadences de l’orchestre, le visage des nostalgies.— Oui, c’est une princesse, fit-il.Nos terres se touchaient en Ukraine.Elle possédait, autour d’un château bâti sous Catherine par un archi- tecte français, les plus belles allées de tilleul qui fussent dans la sainte Russie.J’ai donné des fêtes pour elle, quelques-unes chez elle, et fabuleuses.En une seule nuit, on brûlait dix mille bougies, on sablait —entendez-vous, l’homme aux deux flacons?— douze cents bouteilles d’extra-dry.Les plus jolies filles de la province dansaient nues.Or — sans reproche et veuillez m’excusez —la fortune appartenant au mari, c’était moi qui payais les politesses de la dame.Pour elle, j’ai organisé surtout de grandes chasses à l’ours, son plaisir passionné.Je l’ai aimée, je crois et désirée avec fureur.Elle a tout fait pour monter mes désirs et les décevoir, à point nommé, par ses glissements et ses fuites.Elle est belle.Dès qu’elle se meut, elle s’éclaire et vous prend au charme, dans un filet de feu.Voyez toutefois les destins et leurs ironies.Son mari, ancien officier de la garde, mort aux premiers jours de la guerre, de disgrâce et d’ivrognerie, la battait comme nous avions comme gros gibier équivoque Tania rôdait autour d’elle.L’an dernier, elles tenaient je ne sais quel cabaret à Galata.Mais, voici.Pouvez-vous, avec votre Beauce limitée et sans vigueur, imaginer l’infini de nos terres d’Ukraine?La troika (et ses grelots) rayant dix verstes durant et parfois davantage les espaces aveuglants de blancheur sans rencontrer une izba de tremble ou de pin avec ses ru-crers, ses troupeaux de porcs, sa fumée et son icône?Là-bas, — les Républiques Soviétiques n’ont pas dû le supprimer — nous avions* comme gros gibier l’ours brun.C’est le grand ours à miel pacifique et redoutable, et nous l’allions forcer sans cor ni cri, mais pour de belles luttes sauvages.Sur la fin de l’automne, son poil épaissi, on peut voir l’animal flairer le vent, se mettre en quête d’un lieu à son gré, y creuser un lit à sa mesure.Le fond en est vite feutré de feuilles sèches, après quoi, tranquille et balourd coiîime nos Montréal, 15 Janv.1930 LA REVUE DE MANON Page sept cercle armé ferme, à distance, toute retraite.La bête, d’ailleurs, ne songe pas à fuir; elle attaque et, parmi cent personnes, va droit au trappeur — okhotnik.Celui-là, c’est son métier, son état.Homme herculéen, brute habile et puissante, il (Suite de la page 6) m mêM ~ ¦ • .y~> y -x» >VA' >y-ï
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