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Titre :
La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français
Éditeur :
  • Québec :[s.n.],1902-1918
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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    Successeurs :
  • Parler français ,
  • Canada français
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La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1916-10, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE-FRANCE TOME XV OCTOBRE 1916 No 10 LE CÉSARO-PAPISME ET LES GRANDES HERESIES LE NESTORIANISME ET LE MONOPHYSISME.—CONCILES ü’ÉPHÈSE ET DE CHALCÉDOINE.On était tellement habitué à voir des questions de jalousie entre les deux grands sièges d’Alexandrie et de Constantinople que, même dans les disputes où la foi était le plus sérieusement intéressée, on hésitait à voir tout autre mobile.Tel fut le cas pour celles concernant le Nestorianisme.Assurément Cyrille fut guidé avant tout par son amour de la vérité et son zèle pour la pureté de la foi dans sa vigoureuse campagne contre l’impie évêque de Constantinople.L’erreur que propageait celui-ci altérait assez gravement l’essence du Christianisme pour que nous voyions dans Cyrille, comme dans Athanase, un défenseur providentiellement envoyé au secours de la véritable Eglise du Christ.Mais il était le titulaire d’un siège auquel Constantinople portait ombrage.Voilà pourquoi on lui soupçonna presque constamment des intentions peu désintéressées (1).On sait 1—On n’est pas étonné d’apprendre que Théophile jeta l’injure à Chrysotome même mort (il était mort le 14 septembre, 407).Dans un libelle diffamatoire, que saint Jérôme a traduit en latin, le vindicatif Alexandrin nous informe que Jean était un démon impur, dont les paroles roulaient comme un torrent de boue dans les âmes, un traître compagnon de Judas, et que, ainsi que Satan se transforme en ange de lumière, Jean n’était pas effectivement ce qu’il semblait être, qu’il avait persécuté ses frères par l’esprit infernal, dont Saul était agité, et fait mourir les ministres des Saints,”—A.Thierry p.513, (op.cit.)—On est un peu étonné d’entendre le neveu tenir à peu près le même langage.Voici dans quelles circonstances.L’intrus Atlicus, qui avait succédé à l’intrus Arsace sur le siège de Constantinople après l’exil de Chrysostome, venait de rétablir le nom de celui-ci su r 434 LA NOUVELLE-FRANCE la fausse position que prit Jean d’Antioche dans ce grand débat, et ne faut-il pas l’attribuer à sa jalousie contre Cyrille tout autant qu à son amitié pour Nestorius (1) ?Le conciliabule, opposé par lui au vrai concile à Chalcédoine même, ne se gêna pas du reste pour accuser l’évêque d’Alexandrie d’avoir soulevé tout ce désordre, afin d’avoir une occasion d’abaisser le siège de Constantinople.Une des raisons que fit valoir ce même conciliabule pour la déposition du neveu de Théophile, ce fut précisément qu’il avait osé attaquer le Patriarche de la Ville Impériale.Nestorius une fois condamné, combien s’efforcent d’u liser cette condamnation au mieux de leurs intérêts, de leur amour des honneurs?Combien accusent de Nestorianisme (2) des évêques parfaitement orthodoxes, uniquement dans le but de les faire déposer et de prendre leurs places (3) ?C’est la guerre les diptyques de son église, pour obéir à l’ordre du pape Innocent, qui mettait cette condition à l’admission du patriarche dans sa communion, et surtout par peur du peuple, qui menaçait d’organiser une émeute en cas de refus.Alexandre qui avait succédé à l’intrus Porphyre sur le siège d’Antioche, en avait fait autant.Atticus écrit donc au Patriarche d’Alexandrie pour l’inviter à imiter ses deux collègues.Cyrille avait dû être élevé par Théophile dans une haine profonde de Chry-sostome; il croyait sans doute au bien-fondé de ce que les deux conciliabules avaient prétexté contre le saint et éloquent évêque de Constantinople.II refuse net d’obtempérer au désir d’Atticus et lui conseille même de revenir sur sa propre décision .“Commandez, dit-il, qu’on ôte le nom de Jean de la liste des évêques ; car,si peu d’estime que l’on semble faire de ce titre d’évêque, n’ayons pas du moins le regret de placer un traître dans la compagnie des apôtres.Si l’on y écrivait le nom de Judas, que deviendrait saint Mathias; et où serait sa place dans le collège apostolique?Et qui donc voudrait effacer le nom de Mathias pour écrire le nom de Judas?” Cyrille ne céda que devant les injonctions des Papes et la menace de se voir séparé de l’Eglise romaine.Il finit par inscrire le nom de Chrysostome sur les diptyques de l’Eglise d’Alexandrie.1.—Nestorius venait de la Syrie Eu'phratique, région située dans la zone d’influence d’Antioche.C’est à cause de son éloquence qu’il avait été appelé à occuper le siège de Constantinople, où l’on espérait qu’il serait un second Chrysostome.Ce choix faisait rejaillir sur Antioche un honneur dont elle était naturellement fière.2.—Par opposition, soit à une certaine catégorie d’Ariens, qui enseignaient que le fils de Dieu avait pris un corps humain où l’âme était remplacée par la nature divine, soit aux Apollmaristes qui soutenaient que la nature divine dans le Christ remplissait les fonctions de la faculté intellectuelle, le Nestorianisme (issu de V Ecole d’Antioche qu’illustraient Diodore de Tarse et Théodore de Mopsuesteji nsis- le caractère complet de la nature humaine prise par le Sauveur.—C’était nier, avec la maternité divine de la Vierge Marie, l’unité du sujet conscient de toutes les activités internes et externes de Jésus-Christ.Nestorius admettait la synapbia (la jonction de deux natures) non l’enôsis (l’unification) ; il admettait l’unité du prosôpon (l’unité juridique), non l’unité de VI'hypostasis) (l’unité de personne).3.—héfélê II.pp.504, 505.tait sur LE CÉSARO-PAPISME ET LES GRANDES HERESIES 435 intestine à coups de dépositions et d’excommunications.L’esprit byzantin, gâté par le sophisme, donne ici sa mesure; chercher la vérité pour l’amour d’elle-même, la recevoir dans son intègre austérité, il en est devenu à peu près incapable.Il ne songe qu’à transformer les disputes dogmatiques en intrigues et en querelles de parti.Puis, comme chaque parti veut avoir la force de son côté, c’est à qui s’insinuera dans la faveur du Prince, c’est à qui le préviendra plus vite.Voyez! A Ephèse, Jean d’Antioche, étant arrivé en retard avec son cortège de prélats, exprès pour n’avoir pas à condamner Nestorius, assemble immédiatement son synode à lui, il accuse bravement les dirigeants du concile rival d’Arianisme et d’Apol-Iinarisme, il gagne la protection du comte Candidien, représentant de Théodose II, il dépose Memnon d’Ephèse et Cyrille d’Alexandrie; puis ce sont les ruses les plus répugnantes pour empêcher les messagers du vrai Concile d’approcher Sa Majesté Impériale et de lui remettre les actes portant l’anathème contre Nestorius et sa doctrine.De fait, la garde est si bien faite autour de Constantinople et de l’Empereur que, des mois durant, rien ne peut passer.Il faut qu’un moine use de stratagème, qu’il enferme le message des Pères d’Ephèse dans un bâton creux et le fasse ainsi parvenir à Théodose II.Alors celui-ci confirme la déposition de Nestôrius, mais aussi celle de Cyrille et de Memnon; le synode est bloqué par ordre impérial; les évêques sont réduits à la famine.Et cependant de ce conflit dégoûtant de petitesses et de jalousie une vérité jaillit éclatante et le monde chrétien marche encore à sa lumière.A Ephèse l’unité de personne dans le Christ, enfermant une double nature, et la maternité divine de la Vierge Marie furent si nettement proclamées et développées que nos traités de théologie trouvent là encore leur guide le plus sûr.Ainsi la grâce divine se joue au milieu des passions humaines.Mais il faut avouer que ces passions sont parfois bien encombrantes et bien déconcertantes.Moins de vingt ans plus tard cette même ville d’Ephèse était le théâtre de scènes qu’on voudrait effacer de l’histoire de l’Eglise avec des larmes de sang.Rappelons brièvement les faits.En 448 le Patriarche Flavien de Constantinople avait réuni en sa ville un synode où avait été jugé et condamné Eutychès, lequel, par une réaction outrée contre le Nestorianisme, n’admettait qu’une nature dans le 436 LA NOUVELLE-FRANCE Christ (1).II n’y avait là aucune usurpation, puisque le moine hérésiarque était archimandrite d’un couvent de Constantinople, par conséquent sous la haute autorité de Flavian.Malheureusement le siège rival d’Alexandrie était alors occupé par un grand intrigant et un grand jaloux, le trop fameux Dios-core.Dioscore était bien plus préoccupé de conserver la prééminence de son église que de la pureté de la doctrine.En tous les cas, soit jalousie, soit conviction, il interpréta la doctrine de son prédécesseur Cyrille dans le sens d’Eutychès; au mépris de tous les canons, il accepta le moine rebelle dans sa communion, sans avoir sur lui la moindre juridiction, et, avant que le futur synode eût fait son enquête, rendu son jugement, il déclara Eutychès réintégré dans ses fonctions de prêtre et d’Archimandrite.De tels préliminaires faisaient prévoir ce que serait le concile convoqué à Ephèse par l’empereur sur l’ordre de Dioscore (comme il était dit dans le discours d’ouverture).Dès le début la conduite du Patriarche alexandrin témoigna d’un désir furieux de revanche sur le siège rival.S’étant attribué la présidence, il fit en sorte que Fiavien, dont il s’agissait de réviser le jugement sur Eutychès, n’eût que le cinquième rang, malgré que le deuxième Concile œcuménique lui eût assigné le premier après l’évêque de Rome.Ce que fut l’assemblée sous un tel chef, l’histoire l’a dit: un brigandage, où l’erreur fut solennellement proclamée comme l’indéfectible vérité; ou l’on méprisa tout appel à Rome, où l’on déposa tous les évêques contre lesquels le parti de Dioscore avait des griefs; où les séides du terrible Egyptien se déshonorèrent par des scènes de barbarie telles qu’elles causèrent la mort de plusieurs vieillards vénérables, entre autres, de Fiavien lui-même (2).Mais, comme tous les hommes qui se laissent guider 1.—HÉFÉLÉ.u.pp.509 et 699.Les actes de ce synode lui donnent le titre de saint et de grand.2.—Après Fiavien de Constatntinople et Eusèbe de Dorylée (l’accusateur d’En-tychès) le soi-disant concile déposa Ibas d’Edcsse, Daniel de Harran.lrénéedeTyr.et Théodoret de Cyr.Dioscore, redoutant la science et la parole de ce dernier, lui avait fait interdire l’entrce au concile; mais, comme l’observe le P.Largent, l’absence n’éteignait pas la haine, (cf.largent.Brigandage d’Epbèse et Concile de Cbalcédoine.Reçue des Questions historiques, janvier 1880.—Etudes d'histoire ecclésiastique.p.177).Dioscore fit déposer tous les prélats qu’il trouva ou voulut trouver hostiles aux anathématismes de Cyrille, lesquels, nous le verrons plus loin, n’étaient pas irréprochables, au point de vue dogmatique, montrant bien par là qu’il s’agissait d’une question de parti, de jalousie, de prééminence — Il voulait faire régner la doctrine des anathématismes, dont il se constituait le gardien, afin de régenter tout l’Orient, distribuer ou enlever les sièges épiscopaux a sa guise. LE CÉSAROPAPISME ET LES GRANDES HERESIES 437 par une passion aveugle, Dioscore gâta sa cause par ses excès et aboutit juste à l’opposé du but qu’il se proposait.Le Concile de Chalcédoine, convoqué en 451 par l’empereur Marcien pour réformer les actes du Brigandage d’Ephèse, commença par déposer celui qui en avait été l’âme.Malheureusement Anatole, évêque de Constantinople, voyant son plus important adversaire terrassé, résolut d’établir d’une façon définitive la prééminence de son siège surtout l’Orient.II se hâta de présenter et fit adopter sans grande peine par l’ensemble du Concile son fameux 28ème canon.Ce canon renferme deux parties.La première confirme le Sème canon du Concile œcuménique de Constantinople (1).La seconde va beaucoup plus loin; elle sanctionne toutes les usurpations des Nectaire, des Chrysostome et d’Anatole lui-même; elle déclare que, en dehors du diocèse de Thrace (déjà privé de son autonomie par le Concile de 381), les diocèses de l’Asie et du Pont seront désormais soumis à la juridiction du très saint siège de Constantinople.L’usurpation était flagrante.Comment les Pères du Concile en vinrent-ils à l’autoriser?N’attribuons pas (pas exclusivement du moins) leur condescendance au désir de flatter le pouvoir impérial.Deux raisons moins empreintes de servilisme peuvent l’expliquer.La première, l’absence d’une opposition efficace de la part des grands sièges, auxquels on faisait tort.Le successeur de Dioscore n’était pas nommé (2), l’évêché d’Ephèse était vacant, Maxime d’Antioche devait son élévation à Anatole, qui avait aussi aidé Juvénal de Jérusalem à obtenir des Pères d’Ephèse son patriarcat; le primat de Thrace n’assistait pas aux sessions.Bref, les titulaires des principaux sièges étaint ou déposés, ou absents, ou gagnés.Un seul n’entrait pas dans une de ces trois catégories : Thalassius de Césa-rée, qui s’abstint de signer le 28ème canon, mais ne chercha pas autrement à lui faire échec.“Le mieux, dit-il, dans la 16ème et 1.—A noter la perfidie de ces mots: “C’est avec raison que les Pères ont accordé au siège de l’ancienne Rome ces privilèges, parce que cette ville était la ville impériale.’’ Que fait-on de la parole: Tu es Petrus.?On la croirait inexistante,— “S’inspirant de ce point de vue;", comme dit le canon, il est tout naturel qu’on accorde “les mêmes privilèges au très saint siège de la Nouvelle Rome.” Seulement est-ce le vrai point de vue ?2.—Pour ce motif, treize évêques égyptiens refusèrent de signer le malencontreux canon; mais aussi, parce qu’ils étaient sans patriarche, leur opposition parut négligeable. 438 LA NOUVELLE-FRANCE dernière session, serait de s’entendre avec Anatole et de régler cette affaire.” Le seconde raison c’est qu’aux yeux des membres du Concile la prépondérance du Patriarche d’Alexandrie devait paraître périlleuse pour la paix de l’Eglise.Ils se rappelaient cette multitude de moines, de parabolans, de matelots, qui étaient sous sa dépendance, et toujours prêts à le seconder dans les entreprises les plus téméraires, voire les plus barbares.Ils n’avaient pas oublié le cynique Maxime installé sur le trône épiscopa'.de Byzance par les mariniers de la flottille alexandrine.Tout aussi vivant était le souvenir de Théophile venant triomphalement, précédé des gens de la flotte, déposer Chrysostome.Quant à la mémoire de Ditiscore elle était sinistre.Rien d’étonnant donc que les Pères de Chalcédoine aient eu pour but de prévenir pareille tyrannie en accordant au siège de Constantinople des droits, capables de contrebalancer ou même d’annuler ceux du siège d’Alexandrie.Malgré tout les empiétements de Constantinople étaient regardés comme tels, et, la plupart du temps, n’allaient être tolérés que par peur de déplaire en haut lieu.Nous en trouvons la preuve à Chalcédoine même, dans une discussion qui s’engagea à la onzième session à propos de la succession de Basile d’Ephèse, qui avait été ordonné par Proclus, Patriarche de la Ville impériale, et dont l’intronisation avait occasionné des troubles graves.Basile mort, le clergé et le peuple éphésiens, voulant user de leurs droits, avaient immédiatement élu Bassianus, homme que sa charité avait rendu populaire (1), mais que Memnon, prédécesseur de Basile, avait éloigné en l’ordonnant de force évêque d’une petite ville du nom d’Evase.Cette fois, pour sacrer Bassianus métropolitain d’Ephèse, on n’avait pu trouver qu’un seul prélat, Olympius de Théodosopolis; les autres avaient décliné l’honneur par crainte d’encourir la défaveur du Patriarche byzantin.Cependant, grâce à l’habileté de Bassianus et à l’appui de Théodose, la paix s’était faite entre Proclus et le nouveau titulaire de la grande cité asiatique.Mais quatre ans plus tard, un parti hostile avait arraché celui-ci à son siège et fait nommer à sa place le prêtre Etienne, doyen du clergé de la ville.Bassianus et Etienne venaient d’être 1.—II avait fondé un hôpital de 70 lits. LE CES A RO-PAPISME ET LES GRANDES HERESIES 439 déposés tous les deux par le Concile.Or, quand il s’agit de procéder à l’élection d’un autre évêque, les deux pontifes, condamnés à la retraite, se jetèrent à genoux en criant : “Ayez pitié de nous, c’est notre mort que vous décrétez; on égorgera nos enfants.” Une telle supplication n’était pas de la simple comédie; elle exprimait leur appréhension de la colère du peuple pour avoir laissé accaparer les droits électoraux de leur ville par le siège de Constantinople.Leur panique prouvait en tous les cas que l’animosité était grande entre les deux villes, animosité que révéla encore mieux la suite de la discussion.On agita en effet la question de savoir où devrait être élu l’évêque d’Ephèse.“A Ephèse, dirent les uns—A Constantinople, suivant les canons,” reprirent les autres.Léontius de Magnésie, en particulier, prononça ces paroles probantes : ‘Depuis saint Timothée 27 évêques ont été ordonnés à Ephèse.Basile seul l’a été à Constantinople, et des meurtres, comme on sait, ont ensanglanté son avènement.” On objecta l’exemple de saint Jean Chry-sostome, qui avait déposé 15 évêques en Asie, et successivement confirmé Memnon et Lieraclidès dans la possession du siège d’Ephèse.Bref, on passa outre les réclamations; un troisième évêque fut nommé et non par les Ephésiens.Ceux-ci ne restèrent pas indifférents à cette nouvelle injustice, et quand, plus tard, Timothée Ailouros d’Alexandrie leur rendra leurs droits, dans un concile tenu à Ephèse même, ce sera évidemment sur leur demande pressante (1).Toutefois leur victoire n’aura pas de lendemain.Ephèse n’était pas de force à lutter contre Constantinople, où les empereurs tenaient à avoir entre leurs mains un patriarche omnipotent, qui leur servît d’instrument docile pour imposer aux fidèles leurs fantaisies dogmatiques et disciplinaires.Alexandrie ne l’était pas non plus.De cette longue rivalité entre les deux sièges, qui durait depuis plus de 125 ans, le siège de saint Marc, malgré les hommes remarquables qui l’avaient illustré, soit par leur sainteté, soit par leur génie de l’intrigue, sortait incontestablement amoindri et vaincu.Ce que sa défaite devait coûter à l’Empire nous le dirons bientôt; mais auparavant voyons l’attitude que prit Rome en face du triomphe de son adversaire.A peine informé de l’adoption du 28ème canon 1.—Cf.héfélé, III.pp.85 et 199, a.Thierry, Nestorius et Eutycbès.div.VIII p.387. 440 LA NOUVELLE-FRANCE par le quatrième Concile œcuménique, le pape Léon-Ie-Grand envoya une protestation énergique à l’empereur Marcien et à l’impératrice Pulchérie.II se plaignit amèrement de l’ambition d’Anatole qui avait osé se servir de l’autorité de la vénérable assemblée pour porter atteinte aux droits d’un si grand nombre de primats, et introduire le désordre dans tant de provinces.Et comme il n’ignorait pas qu’on en avait appelé au Sème canon du Concile de Constantinople, Léon saisit cette occasion pour affirmer qu’un tel canon n’est jamais venu à la connaissance du siège apostolique; que, si les évêques de Constantinople ont joui des droits qu’il leur confère, pendant soixante ans, ces prétendus droits n’en sont pas moins une usurpation, et doivent rester sans résultat.Le pape poursuit : “Quant au décret rendu par les évêques (le 28ème canon et la conclusion de la 16ème session), contrairement au décret de Nicée, en union avec le piété de votre foi, je le déclare nul, et je le casse en vertu de l’autorité du saint Apôtre Pierre.Veuillez pour vous (il s’adresse à Pulchérie) retenir mon frère l’évêque Anatole dans les limites qui le garantissent de tout danger” (l).Dans l’approbation solennelle des actes du Concile que, sur la prière de Marcien, il rédigea pour être lue dans toutes les Eglises d’Orient.le pape eut soin d’indiquer qu’il approuvait uniquement les choses concernant la foi.“Au sujet des principes des Pères de Nicée, ajoute-t-il, je vous avertis que les droits des églises particulières doivent rester intacts, et tels qu’ils ont été définis dans ce Concile par les Pères inspirés.Nul ne doit, par une ambition défendue, désirer ce qui ne lui appartient pas.Nul ne doit vouloir grandir en rapetissant les autres.Ce que l’orgueil a obtenu par des votes extorqués, et ce qu’il croit avoir établi, grâce au nom d’un Concile, est nul de plein droit si cette décision est en opposition avec les canons des susdits Pères (de Nicée)” (2).Sans doute la foi n’était pas en question en ce débat.Il ne s’agissait que d’une extension de juridiction.Il est incontestable qu’un Concile, avec le consentement du successeur de Pierre, pouvait 1.—Epist.1('6.CJ.HÉFÉLÊ, III p.149.2.—Epist.HÈFÉLÈ, III p.157. LE CÉSARO-PAPléME ET LES GRANDES HERESIES 441 changer ce que la coutume avait établi sur ce point, et donner à Constantinople un droit de surveillance sur tout l’Orient (1).Pourquoi les papes refusèrent-ils si ouvertement leur approbation?Eux qui avaient résisté mollement aux prétentions de Jérusalem et laissé prescrire une prééminence dont son évêque avait arraché la reconnaissance plus ou moins subrepticement au Concile d’Ephèse, pourquoi s’opposèrent-ils si fermement à des prétentions analogues de la part de Constantinople ?C’est que le danger pour l’avenir de l’unité de l’Eglise n’était pas le même dans les deux cas.Céder trois provinces au métropolitain de Jérusalem ne paraissait pas devoir provoquer de grands désordres, surtout si la chose se faisait à l’amiable; mais céder trois exarchats à Constantinople c’était évidemment prêter la main à une entreprise qui ne tendait à rien moins qu’à courber toute l’Eglise sous la couronne patriarcale et par le fait même sous le joug du Basileus.Léon-le-Grand n’ignorait ni les tendances des successeurs de Constantin, ni le caractère de ses sujets, y compris le premier de tous, le Patriarche.Rongés par une vanité incurable, il les savait capables, à un moment donné, de tout sacrifier, leur ciel et leur foi, 1.—Dans la lettre synodale envoyée au pape et sans doute rédigée par lui, Anatole demande la confirmation du 28ème canon, comme une récompense pour ce qu’ont fait et l’empereur et le siège de Constantinople en faveur de l’Eglise — En agissant ainsi le Pape comblera les désirs du Prince.Du reste, qu’a-t-il a craindre?L’honneur rendu à Constantinople ne rejaillira-t-il pas sur lui?L’honneur des fils n’est-il pas un honneur pour les pères ?Or le Trône apostolique est père du Trône de Constantinople.“Nous t’en prions donc, poursuit l’auteur de la lettre, honore nos décisions de ton approbation, et de même que nous avons adhéré à ton bon décret (il s’agit du Tome dogmatique, rédigé par Léon et que le Concile avait approuvé intégralement, que ta Grandeur veuille faire ce qui convient vis-à-vis de tes fils.Cela plaira aux empereurs, qui ont sanctionné ton jugement sur la foi, et d’un autre côté,le siège de Constantinople recevra la récompense qu’il a méritée pour le zèle dont il a fait preuve en s’intéressant à toi dans l’intérêt de la piété.Pour trouver que nous n’avons agi ni par partialité en faveur de quelqu’un, ni par esprit d’opposition contre qui que ce soit,nous te faisons connaître tout ce que nous avons fait, afin que tu le confirmes, et que tu y donnes ton assentiment.” Anatole avoue que les légats de Rome se sont opposés au canon 28ième, mais, ajoute-t-il, ils n’ont sans doute pas compris les intentions de Léon (Cf.héfélé, iit pp.343-145).Dans un autre document, il est dit que, si le saint synode avait adhéré au décret des 150 Pères du 2ème Concile œcuménique, c’est parcequ’il était indubitable que le Pape et son Eglise jouissaient d’une primauté ((tmè)encore plus considérable.Toutes ces suppliques prouvent la suprématiedu Pape, qu’Anatole lui-même ne conteste pas.Il réclame une faveur, il demande que le siège apostolique communique au siège de Constantinople une part de sa puissance.—L’esprit du décret n’en était pas moins mauvais et plein de dangers. 442 LA NOUVELLE-FRANCE pour un grain d’encens de plus, pour un pendentif ajouté à leur mitre.Elles n’étaient pas si anciennes ces terribles luttes de préséance qui avaient, tout autant que l’hérésie proprement dite, jeté le désarroi dans l’Eglise Orientale, et même dans la Chrétienté entière, poursuivant jusqu’en exil des évêques, comme Athanase et Chrysostome.L’esprit qui les avait inspirées n’était pas éteint, on ne s’en apercevait que trop; c’est lui qui avait gâté en partie l’œuvre du Concile de Chalcédoine.Il autorisait les plus tristes prévisions pour l’avenir.Vienne un jour où ce besoin de dispute n’ait plus un aliment suffisant en Orient, où la nouvelle Capitale de l’Empire n’ait plus aucune supériorité à redouter dans son voisinage immédiat: ne va-t-elle pas se retourner vers l’Occident ?Là elle rencontrera l’Ancienne Rome pour lui faire ombrage.Ne voudra-t-elle pas l’abattre à son tour?Ne sera-t-elle pas tentée de secouer tout reste de dépendance, de faire fi de la primauté de Pierre?Déçue dans ce suprême effort pour conquérir l’hégémonie universelle, ne se séparera-t-elle pas insensiblement du centre de la foi?N’élargira-t-elle pas de plus en plus la fissure déjà assez apparente entre l’Orient et l’Occident, compromettant ainsi très gravement cette unité que le Christ avait rêvée et demandée avec tant d’insistance, au soir de sa vie terrestre, à Dieu son Père?Voilà sans doute ce que le grand pape Léon entrevoyait en pesant les conséquences possibles de l’acte des Pères de Chalcédoine en faveur du siège byzantin; voilà sous quelle impression il adressait au vaniteux Anatole ses austères remontrances.Celui-ci malheureusement, loin d’en tenir compte, les méprisa au point d’engager les évêques d’Illy rie à signer le vingt-huitième canon.En présence d’une telle obstination Léon interrompit toute correspondance avec lui et continua à se plaindre de son attitude dans des lettres soit à Maxime d’Antioche, soit à Proterius d’Alexandrie, soit à l’empereur lui-même.Mais avec un prince catholique, comme Marcien, Anatole comprit qu’il courait un vrai danger à persévérer ouvertement dans son hostilité avec Rome.II écrivit donc au Pape une lettre très polie pour lui témoigner son regret de ce conflit.II fit semblant de désapprouver le 28ème canon de Chalcédoine en en rejetant la responsabilité sur les évêques et clercs de son diocèse.Dans sa réponse Léon lui reprocha d’attribuer aux LE CÉSARO-PAPISME ET LES GRANDES HERESIES 443 autres ce qui n’était que le fait de son ambition; il l’exhorta à croître en humilité et lui rendit ses bonnes grâces.Les rapports subsistèrent entre Rome et Constantinople, sans qu’il fût plus question du fameux canon 28ème.Les Grecs n’en comptèrent même que 27 de Chalcédoine dans leur collection des Conciles.Mais sur les rives du Bosphore les Patriarches n’en continuèrent pas moins leurs agissements, tout comme si les protestations de Rome ne s’étaient jamais produites.Les trois exarchats du Pont, d’Ephèse et de Cé-sarée restèrent sous le joug de l’ancienne Byzance.Ac ace (dont le schisme durera de 484 à 519) abusera de sa prérogative pour nommer au siège d’Antioche et braver le successeur de Pierre.Sous Constant II on verra les Byzantins condamner le pape Martin I sur l’accusation d’avoir porté atteinte aux privilèges de Constantinople en réprouvant ces mêmes privilèges.L’Orient s’habituera si bien à l’hégémonie de la Nouvelle Rome que Justinien dans ses Novelles pourra officiellement lui assigner le second rang.En 588 Jean IV, le Jeûneur, sans soulever d’objections sérieuses, s’attribuera en plein concile le titre de Patriarche œcuménique, en même temps qu’il se constituera juge de Grégoire, patriarche d’Antioche.Sans doute l’ambitieux Jeûneur ne prétendra qu’à la domination de l’Orient; mais ce titre d’œcuménique prêtera à équivoque et signifiera même, pris à la lettre, la suprématie sur l’Eglise universelle.En tous les cas, il contrastera singulièrement avec celui de Serviteur des serviteurs de Dieu, dont se contentera, à cette même époque, l’humble Grégoire-Ie-Grand.Là encore les papes protesteront; les patriarches de Constantinople céderont en apparence, ils ne feront plus suivre leur signature de ce titre pompeux d’œcuménique; mais ils se laisseront nommer ainsi, même dans les décrets des empereurs.L’appellation restera, et c’est encore celle que porte aujourd’hui l’hôte du Phanar.Mais, ô juste châtiment de l’orgueil, ce prétendu patriarche œcuménique, loin de régner sur le monde, voit chaque année s’éparpiler le troupeau de ses fidèles; il en sera bientôt réduit à ne dominer que sur un quartier de la capitale des Turcs.L’humilité du Serviteur des serviteurs de Dieu a reçu par contre une magnifique récompense; car celui qui continue à se dénommer ainsi a incontestablement la plus grande et la meilleure partie du monde chrétien sous sa houlette.M.Tamister, S.J. 444 LA NOUVELLE FRANCE DE LA MANIÈRE D’ÉCRIRE L’HISTOIRE AU CANADA (1) VII DE L’UTILISATION DES DOCUMENTS HISTORIQUES Si le métier de l’historien est honorable il est aussi périlleux, à cause des responsabilités qu’il comporte.L’écriva n consciencieux ne doit point oublier qu’il s’est arrogé, de sa propre autorité, le droit de disposer de l’honneur des hommes, chose plus précieuse que la vie même, et qu’il doit régler ses jugements en conformité avec les principes de la religion relatifs à la calomnie, à la diffamation, à la médisance et au scandale.II se mettra en garde contre toutes les sources d’erreurs, se souvenant que ces erreurs, s’il en commet, sont redoutables et presque sans remède.Un verdict porté par l’historien sur un personnage ou sur une institution demeure, la plupart du temps, sinon irréformable, du moins irréformé.Que de braves gens, capitaines, diplomates, administrateurs, ecclésiastiques, ont été ainsi déshonorés; que de personnages médiocres ont été,en revanche, exaltés et glorifiés! La raison d’une telle anomalie est évidente: les victimes de l’historien sont incapables de se défendre.L’homme vivant qui se croit injustement traité regimbe; il a recours à la presse, aux tribunaux.Le mort est désarmé, il devient une proie facile.Ce sera l’honneur de la critique contemporaine d’avoir révisé une foule de sentences mal fondées et d’avoir réhabilité une foule de condamnés innocents.C’est ainsi que, tout récemment, elle vient 1.—Avant do commencer cet article je tiens à réparer un oubli commis dans le précédent.Toutes ou presque toutes les citations qui s’y trouvent sont tirées de l'Acadie, excellent ouvrage de Richard, publiée par l’abbé Beaudé. DE LA MANIÈRE DECRIRE l’hISTOIRE DU CANADA 445 d’exonérer le cardinal de Richelieu d’une accusation de cruauté portée contre lui à l’occasion de la fameuse affaire du comte de Bouteville.Il arrive fréquemment qu’un auteur, lorsqu’il obtient accès à des archives longtemps fermées, se laisse éblouir par les découvertes qu’il y fait et succombe au prurit des divulgations indiscrètes.L’inédit, surtout s’il est scabreux, sollicite la curiosité du public toujours friand de scandale et provoque de fructueux succès de librairie.De tels procédés ne sont guère honorables.Ces considérations nous ont déterminé à soumettre aux lecteurs de la Nouvelle-France quelques observations pratiques sur le choix des documents historiques et sur l’emploi judicieux qu’on doit en faire.Heureux serons-nous si nous prémunissons quelques jeunes gens studieux, quelque historien en herbe contre la tentation d’arriver par le scandale à la notoriété.*** Parmi la multitude des documents que l’on découvre au fond des archives il en est de trois sortes, qu’il convient d’y laisser dans un éternel oubli: les documents inutiles, les documents scandaleux, les documents entachés d’erreurs.lo Par documents inutiles on entend ceux dont l’importance est nulle ou sans conséquence par rapport au but qu’on se propose.Si nous voulons qu’un livre d’histoire produise quelque bien il importe qu’il soit compréhensible et qu’il trouve des lecteurs.Or, le lecteur ordinaire est à peine capable de suivre les faits principaux et les grandes lignes des événements.L’encombrement des détails engendre nécessairement la confusion et disperse son attention.Ils sont innombrables ceux qui lisent sans profit parce qu’il leur a manqué un fil conducteur pour les mener utilement à travers le labyrinthe de leurs études désordonnées.Voilà pourquoi Brunetière posait en principe que la brièveté était une des qualités maîtresses d’une œuvre historique.Dans ces conditions, il convient d’élaguer impitoyablement du récit que nous entreprenons tous les détails qui l’allongent, l’appesantissent, le rendent ennuyeux, dussions-nous sacrifier des découvertes qui nous coûtèrent de longues recherches. 446 LA NOUVELLE-FRANCE Qu’est-ce à dire?Faut-il se contenter d’une narration sèche et sans vie?—Non.Il existe, en effet, des détails qui, en soi, sont de minime importance, mais qui éclairent une situation et constituent des traits de moeurs révélateurs.Consignez-Ies dans votre ouvrage comme autant de trésors.C’est dans le choix de ces précieuses minutes que se manifeste l’art de l’historien.Pour les autres qu’on les bannisse.La valeur d’un écrit ne se mesure point au nombre des pages.Non numerantur sed ponderantur.Mais il suffit.N’insistons pas sur cette première observation qui n’a d’intérêt que pour les apprentis histor ens.Qu’importe au public qu’un ouvrage soit bien ou mal écrit ?S’il l’ennuie, il le met de coté tout simplement.La seconde note, relative aux documents scandaleux, est d’une portée capitale.2o Par documents scandaleux nous entendons ceux qui diffament les morts ou qui démoralisent les vivants.On diffame les morts par des révélations fâcheuses, on démoralise les vivants par des récits immodestes.Gardons-nous de confondre l’histoire, cette science auguste et presque sacrée, avec la chronique scandaleuse et le pamphlet.Autant le véritable historien est vénérable, autant le pamphlétaire, fût-il un homme d’esprit comme Bussy-Rabutin ou un homme de génie comme Saint-Simon, est méprisable ou, du moins, redoutable.L’histoire a pour but prochain de nous instruire et pour but éloigné de nous rendre plus sages ; elle tient en horreur non seulement le mensonge, mais encore la médisance et tous les bas procédés auxquels un chrétien et un galant homme rougiraient de recourir.Est-ce à dire que les documents auxquels nous faisons allusion doivent être en toutes circonstances et absolument rejetés ?Non.Ils peuvent avoir parfois leur utilité, soit pour démasquer un homme pervers, soit pour innocenter un accusé.On s’en sert alors légitimement comme on se sert d’armes défensives.Mais, hors les d’une utilité véritable, ils ne sont jamais autorisés.Certains historiens que nous ne qualifierons point d’immoraux, parce que nous connaissons leur honnêteté personnelle, se sont fait sur ce sujet une conscience qui ne laisse pas que de surprendre.Ils prétendent avoir le droit de tout raconter et de tout dire, sauf le cas DE LA MANIÈRE DECRIRE l’hISTOIRE DU CANADA 447 mensonge.Voici comment ils raisonnent leur cas : “La vérité, prétendent-ils, a tous les privilèges, car elle est divine.Si parfois elle heurte des intérêts, ces intérêts sont illégitimes; si, parfois, elle offense, semblable à la lance d’Achille, elle guérit les blessures qu’elle fait.Publions donc la vérité sans nous soucier des conséquences.Ce beau raisonnement est plus spécieux que solide.L’Eglise, assurément, n’a rien à craindre de la vérité, de la vérité intégrale, mais les hommes ont fréquemment de sérieux motifs de la redouter.Allez donc révéler à un mari l’inconduite de sa femme.Et puis, ferons-nous fi du scandale des faibles ?Nous montrerons-nous moins délicats que les païens eux-mêmes, qui professaient un grand respect pour l’innocence?Maxima debilur puero reverentia.Quoi qu’il en soit, on ne se gène guère, de nos jours, et même chez-nous, pour publier des énormités.Nous pourrions même signaler à nos lecteurs certain livre récent qui fournit ample matière à critique sur ce point, et dont le mérite se trouve notablement amoindri par des indiscrétions injustifiables.3o L’historien éliminera d’abord impitoyablement les pièces qui trahissent l’imposture; il mettra ensuite sous caution ceux qui, respirant la bonne foi, témoignent néanmoins d’une passion mal contenue, il fera enfin, des documents impartiaux et bien informés, le cas qui leur convient.N’allez pas croire, toutefois, que, son triage terminé, l’historien n’ait plus qu’à compulser ses papiers, prendre des notes, rédiger rapport et conclure.Son enquête ne fait, au contraire, que Les procédures régulières de la justice s’imposent à Dans tous les cas de litige il citera à son tribunal son commencer.sa conscience.les parties adverses, ouïra leurs plaidoyers contradictoires, ne condamnera jamais par contumace, et si quelque témoignage lui que, il suspendra sa sentence jusqu’à plus ample informé.L’écri-des documents ex parte manque certainement à man- vain qui juge sur l’honneur professionnel.On ne saurait se faire une idée, sans les avoir longtemps pratiqués, du nombre des documents mensongers qui encombrent les archives.Les dénonciations anonymes, les accusations de tout abondent.Les professionnels et les bibliothécaires ne se genre y 448 LA NOUVELLE-FRANCE trompent point sur la valeur de ces pièces et les traitent avec le mépris qu’elles méritent, mais les chercheurs inexpérimentés leur attribuent parfois une importance qu’elles n’ont pas.II advient, d’autre part, que les sources historiques se font rares à certaines époques peu mouvementées.Les peuples heureux, dit-on, n’ont pas d’histoire.Cette pénurie de documents ne donnera pas le change à l’historien véritable.II sait que les hommages de la postérité doivent aller, non aux peuples perpétuellement troublés par les révolutions, mais aux nations qui progressent d’un pas égal dans les voies pacifiques de la justice.De même, il appréciera les hommes et les instituts qui font le bien sans bruit et qui dédaignent la réclame dont notre siècle est si prodigue.Si vous entreprenez d’esquisser un tableau d’histoire, munissez-vous au préalable de tous les documents utilisables, non pas de quelques uns seulement, de peur que votre portrait ne tourne en caricature.Un trait omis peut altérer une physionomie.Faisons-en l’expérience sur le portrait des Apôtres.Si vous disiez que ces hommes appartenaient aux classes inférieures de la nation, qu’ils étaient illettrés, qu’ils se faisaient du royaume de Dieu une conception matérielle et vulgaire, qu’ils étaient présomptueux, ambitieux, se disputant les premières places, intriguant pour les avoir, qu’ils étaient avec cela pusillanimes, abandonnant et trahissant leur bon Maître à l’heure du danger, perdant finalement la foi, vous ne feriez que reproduire des traits trouvés dans l’Evangile.Et pourtant, quel odieux portrait! Pour le rendre fidèle il faut le compléter, déclarer que ces hommes étaient de vrais croyants sans dol, sincèrement attachés à Jésus-Christ, que leurs défauts ne leur étaient point propres, qu’ils étaient ceux de leur temps, de tous les temps, qu’une fois ramenés par leur chute à l’humilité, par leur pénitence à l’innocence, ils se surnaturalisèrent, correspondirent fidèlement à la grâce dont ils furent inondés, et devinrent graduellement ces héros, honneur de l’humanité, connus universellement sous le nom d’Apôtres.Telle est la merveilleuse transformation qu’apporte à ment historique un supplément d’informations, une instruction poussée à sa limite extrême.Mais une instruction sagace éclairant ainsi les coins les plus ob- un juge- DE LA MANIÈRE d’ÉCRIRE l’hISTOIRE DU CANADA 449 scurs d’une affaire requiert, de la part de l’enquêteur, un ensemble de dons supérieurs: flair, intelligence subtile, amour passionné de la vérité intégrale, impartialité.Celui qui ne possède point ces dons renoncera, s’il est sage, à l’ambition d’écrire l’histoire.Et maintenant, terminons ces notes désordonnées par un petit plaidoyer pro domo relatif à nos Pères, tant Récollets que Capucins.Si les bons Récollets ont pris pour leur devise au Canada l’Ama nesciri et pro nihilo reputari de l’Imitation, on peut affirmer qu’ils ont été servis à souhait, car l’histoire ne parle guère d’eux, et quand elle le fait c’est sans bienveillance; ajoutons tout bas, parfois sans justice.Quant aux Capucins, perdus dans les brouillards du Mississipi, on les a tout simplement accusés, jugés, condamnés, exécutés, sans même leur demander s’ils avaient à dire un mot pour leur défense.Ces procédés expéditifs ne sont pas admis dans l’histoire, pas plus que les lettres de cachet.Aussi bien, laissant à d’autres le soin de venger les Récollets méconnus, nous nous proposons de dire un mot des Capucins nos aïeux.C’est un devoir auquel nous convient ces vers fameux de Corneille: Va, tu fais ton devoir, et le fils dégénère Qui survit un moment a l‘honneur de son père.Fr.Alexis, cap. 450 LA NOUVELLE-FRANCE L'ANTÉCHRIST (Suite) IL—L’ANTÉCHRIST MAÇONNIQUE De nos jours, I’antichristianisme professé par la franc-maçonnerie, et par tous les tenants de la libre pensée, a fait des progrès tels qu’il semble sur le point de dominer le monde.Aussi un grand nombre de catholiques instruits, voire de théologiens, ont pensé que cette secte est l’Antéchrist lui-même.Aujourd’hui, les peuples soulevés par le souffle maçonnique “ont frémi et formé de vains projets contre Dieu et son Christ” (Ps.II).Dans leur guerre infernale contre l’Eglise, les Loges enrôlent contre elle toutes les ambitions, toutes les haines, toutes les vanités avides de percer, toutes les corruptions, toutes les nullités qui veulent se substituer au mérite, toutes les politiques athées qui sont prêtes à faire litière de la croyance en Dieu pour arriver à leurs fins.Elles lèvent leur étendard contre l’étendard de Dieu et répètent le cri séditieux des Juifs : Nolumus hune regnare super nos, “Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous!” Le franc-maçon n’est-il pas “l’homme de péché” dont parle saint Paul, “le fils de perdition”, “l’adversaire du Christ”, qui travaille avec une rage infernale à détruire la réligion et à évincer Dieu du monde qu’il a créé?Inféodée à la juiverie, la franc-maçonnerie fait avec elle, pour faire partout la guerre au Christ et à son Eglise.Afin d’arriver plus vite à la déchristianisation, elle a fondé la “Ligue de l’enseignement”, qui substitue l’athéisme à la doctrine chrétienne, et qui lutte depuis un demi siècle, pour s’emparer des écoles et de tout enseignement.Elle veut soustraire l’âme des enfants à toute influence surnaturelle, la mettre dans le moule de l’école neutre et lui donner la ressemblance de satan ! La franc-maçonnerie est l’ennemie du Christ et lui fait la Voyez d’abord la lutte acharnée qu’elle fait par la presse impie.Affranchie de toute morale, la presse maçonnique vomit sur la société, par ses innombrables organes, les plus mortels poisons, les doctrines les plus subversives.cause commune guerre. L'ANTÉCHRIST 451 Savez-vous quel est le but final de son programme satanique?C’est la corruption universelle, l’anarchie universelle, pour arriver à l’athéisme universel! Elle fait la guerre à Dieu par la corruption, et qui pourrait en douter?Ecoutez l’enseignement des chefs de la secte : “Nous sommes trop en progrès pour nous contenter du meurtre.A quoi sert un homme tué?N’individualisons pas le crime, afin de le grandir jusqu’aux proportions du patriotisme, et de la haine contre l’Eglise.“Le catholicisme n’a pas peur du stylet acéré, mais il peut crouler par la corruption.Ne nous lassons jamais de corrompre.” “Il est décidé dans nos conseils, que nous ne voulons plus de chrétiens.Donc popularisons le vice dans les multitudes.Il faut qu’elles le respirent par les cinq sens, qu’elles le boivent, qu’elles s’en saturent! Faites des cœurs corrompus et vous n’aurez plus de catholiques” (Lettre de Nubius à Vindex).“Epargnons les corps, disait le chef de la haute Vente à Vindex, mais tuons l’esprit ! C’est le moral qu’il nous importe d’atteindre.C’est le cœur qu’il faut blesser”.“C’est la corruption en grand que nous avons entreprise, la corruption du peuple par le clergé et du clergé par nous, la corruption qui nous permettra de mettre un jour l’Eglise au tombeau.” “Pour abattre le catholicisme, nous dit-on, il faudrait d’abord supprimer la femme.Mais ne pouvant supprimer la femme, corrompons-la avec l’Eglise ! Corruptio optimi pessima.Le but est assez beau pour tenter des hommes comme nous.” “Le meilleur poignard pour frapper l’Eglise au cœur, c’est la corruption.A l’œuvre donc et corrompons jusqu’à la fin!” (Instr.de la Haute Vente, citée par Crétineau-Joly).“C’est à la jeunesse qu’il faut aller; c’est elle qu’il faut séduire; c’est elle que nous devons entraîner, sans qu’elle s’en doute, sous drapeaux.Que tout le monde ignore votre dessein.” “Laissez de côté les vieillards et l’âge mûr; allez à la jeunesse, et, s’il est possible, à l’enfance.N’ayez jamais pour elle un mot d’impiété ou d’impureté; gardez-vous-en bien, dans l’intérêt de la cause! “Conservez les apparences d’un homme grave et moral.Une fois votre réputation établie dans les collèges, dans les gymnases, nos 452 LA NOUVELLE-FRANCE dans les universités, dans les séminaires; une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et des étudiants, attachez-vous surtout à ceux qui s’engagent dans la milice cléricale.” “Excitez, échauffez ces natures si pleines d’incandescence et de patriotique orgueil.Offrez-Ieur d’abord des livres inoffensifs; puis vous amenez peu à peu vos disciples au degré de cuisson voulu.” “Tendez vos filets au fond des sacristies, des séminaires, des couvents, et, si vous ne précipitez rien, nous vous promettons une pêche miraculeuse; vous pêcherez une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière, une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée, pour mettre le feu aux quatre coins du monde” (Instr.de la Haute Vente, citée par le même).“Guerre à Dieu dans le Prêtre ! ! ! “Les prêtres sont confiants; montrez-Ies soupçonneux et perfides.La multitude a eu de tout temps une propension pour les contrevérités: trompez-la.Elle aime à être trompée.Un mot qu’on invente habilement et qu’on a l’art de répandre dans certaines honnêtes familles, pour que de là il descende dans les cafés, dans la rue; un mot peut quelquefois tuer un homme.Créez aux prélats une réputation qui effraie les petits enfants et les vieilles femmes; peignez-les cruels et sanguinaires; racontez quelques traits de cruauté qui puissent facilement se graver dans la mémoire du peuple.Quand les journaux étrangers recueilleront, par nous, ces récits qu’ils embelliront à leur tour, par respect pour la vérité, montrez, ou plutôt, faites montrer par quelque respectable imbécile ces feuilles où sont relatés les noms et les excès arrangés des personnages.” Comme la Erance et l’Angleterre, l’Italie ne manquera jamais d’hommes qui savent tailler leur plume pour les mensonges utiles à la bonne cause” (Instruct, secrète de la Haute Vente, citée par Mgr de Ségur).Ne fait-elle pas la guerre au prêtre et à la religion?“Pour tuer plus sûrement le vieux monde, nous avons cru qu’il fallait étouffer le germe catholique et chrétien.“Le rêve des sociétés secrètes s’accomplira pour la plus simple des raisons: c’est qu’il est basé sur les passions de l’homme.Ne nous décourageons ni pour un échec, ni pour un revers, ni pour une défaite; préparons nos armes dans le silence des Ventes; dressons toutes nos batteries, flattons l’antéchrist 453 toutes les passions, les plus mauvaises comme les plus généreuses, et tout nous porte à croire que le plan réussira un jour audelà de nos calculs les plus improbables” (Lettres, citées par Mgr de Ségur).“L’action de la franc-maçonnerie, dit le Manuel maçonnique, doit s’exercer surtout pour détruire l’influence du prêtre.Il faut, pour arriver à ce but, dépopulariser la prêtraille, alimenter l’hostilité contre le clergé.Qu’on ne se fasse pas de scrupules : tous les moyens sont bons quand il s’agit de détruire l’influence de la religion et du prêtre.” C’est bien le travail de l’Antéchrist.Et cette guerre à Dieu et à la religion se poursuit partout.La franc-maçonnerie française avait supprimé, par des lois impies, les aumôniers militaires, afin de glacer, par l’athéisme officiel, le cœur du soldat qui mourait pour la patrie.Mais l’iniquité n’est pas logique.Pour anéantir les vocations sacerdotales, elle a obligé le prêtre au service militaire.Et ces prêtres soldats, mêlés aux guerriers, donnent au milieu des obus et des balles tous les secours de la religion aux blessés et aux mourants.Jamais les armées n’ont eu tant d’aumôniers! Ne fait-elle pas la guerre à Dieu dans les hôpitaux laicises en dérobant aux moribonds, au moment ou le monde s’évanouit pour lui, les perspectives du ciel et de l’immortalité?Ne fait-elle pas la guerre à Dieu, dans l’abolition de la croix, dans l’interdiction des cérémonies religieuses et des processions au grand jour?Le Christ n’a plus droit de paraître aux rayons du soleil Iaicisé par la franc-maçonnerie.Ne fait-elle pas la guerre à Dieu, dans les édits de proscription lancés contre les communautés religieuses qu’elle frappe d’ostracisme et traque comme des fauves?Est-ce que l’Eglise ne gémit pas partout sous les piétinements de la “bête” maçonnique ?L’Antéchrist, d’après l’Ecriture, doit régner sur le monde, et faire sentir partout une persécution épouvantable.Eh bien! la franc-maçonnerie règne aujourd’hui sur le monde, et persécute l’Eglise de Dieu.Elle a jeté sur les deux hémisphères les réseaux mystérieux de ses innombrables loges, qu’elle fait mouvoir dans l’ombre.Le césarisme maçonnique fait sentir partout le poids de ses fureurs sectaires. 454 LA NOUVELLE-FRANCE Il travaille, sous mille masques hypocrites, à détruire la religion, et à anéantir toute idée d’un Christ Rédempteur.La franc-maçonnerie est donc l’ennemie du Christ: c’est donc un antéchrist.Savez-vous ce qu’elle dit?Ecoutez, et soyez dans la stupéfaction ! “La franc-maçonnerie doit succéder aux religions vieillies et usées dans l’apostolat de la morale” (Compterendu des travaux du Grand Orient 1897).“Il faut décatholiciser le monde.Ne conspirons que contre Rome.La révolution dans l’Eglise, c’est le renversement obligé des trônes et des dynasties.Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de catholiques.Pour les anéantir, tous les moyens sont bons, la violence, la ruse, le fer, le feu, le poison, le poignard”.(Instr.de la Vente piémontaise).“Le vieux monde craque.Dans quelques années, l’assaut qui sera livré ensevelira les rois sous les débris de leurs armées impuissantes .Pour tuer plus sûrement le vieux monde, il faut étouffer le germe catholique et chrétien” (Corresp.de Nubius).“Oui, nous devons écraser l’infâme?Mais l’infâme, ce n’est pas seulement le cléricalisme: l’infâme, c’est Dieu !!” (le Lrère Lanessan, ancien ministre de la Rep.Lranç.).Saint Jean, au dix-septième chapitre de l’Apocalypse, n’a-t-il pas décrit la secte ?“Et il me transporta, en esprit, dans le désert.Et je vis une femme assise sur une bête de couleur écarlate, pleine de noms de blasphèmes.Elle avait sept têtes et dix cornes” (Apoc.XVII 5.3).“Cette femme était vêtue de pourpre et d’or, de pierres précieuses et de perles.” “Elle avait à la main un vase d’or, plein d’abominations, d’impuretés, de fornications.” “Et sur son front était écrit : “Mystère”, “Grande Babylone”, “Mère des abominations de la terre.” “Et je vis cette femme enivrée du sang des martyrs et des saints de Jésus-Christ.” “Et comme j’étais frappé d’étonnement, l’ange me dit : “Je vais vous expliquer le mystère de cette femme et de la bête sur laquelle elle est assise.” “Cette bête doit monter de l’abime, pour périr ensuite sans res- l’antéchrist 455 source.Les dix cornes que vous voyez sont les dix rois qui donneront à la bête leur puissance et leur force” (Apoc.XVII 7.8.).“Ils combattront l’Agneau et l’Agneau les vaincra, parcequ’il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois”.‘ Et ils donneront leur royaume à la bête, jusqu’à ce que les paroles de Dieu soient accomplies” (Apoc.VI.16).Méditons un moment ces textes, et nous pourrons voir comme ils s’appliquent avec précision à ce que nous avons sous les yeux.Cette femme appelée “mystère”, “grande Babylone”, “mère des abominations de la terre,” n’est-ce pas la secte maçonnique qui enveloppe de mystère ses desseins et ses œuvres, et qui lie ses adeptes par de mystérieux serments ?N’est-elle pas la mère de toutes les abominations qu’elle fait commettre par ses agents secrets?L’apôtre nous la montre dans le désert, c’est-à-dire, dans la région aride, desséchée, loin de l’Eglise que le ciel arrose constamment de ses pluies divines.C’est dans le désert, c’est-à-dire, loin de la vue des hommes, dans les antres mystérieux où elle assemble ses adeptes, que la secte impie habite.C’est loin de la vue des hommes, sur le sol brûlant des passions, qu’elle cache sa honte et fourbit ses armes.L’Apocalypse dit qu’elle tient un vase d’or, plein d’abominations, et, dans un autre endroit (XVII 2,), l’écrivain sacré nous dit qu’elle offre cette coupe, pleine d’une liqueur enivrante, aux peuples de la terre.N’est-ce pas la coupe enivrante des passions, la morale indépendante qu’elle prêche, la liberté sans frein, la franchise de toutes les perversités et de tous les crimes,qu’elle offre à boire à tous ses adeptes ?Cette coupe des fornications et de toutes les passions lui donne un pouvoir irrésistible.Appuyez le levier des passions sur ’amour propre, et vous pouvez soulever le monde.C’est ce que fait la secte impie.C’est dans le désert que les fauves vont dévorer leur proie; c’est dans le secret et les antres de ses loges, dans le repaire de ses Ventes, que la secte dévore les âmes dont elle a surpris la bonne foi.“Ses vêtements de pourpre et d’or, parsemés de pierres précieuses, de perles” etc, symbolisent les richesses, le luxe, et tous les progrès de la civilisation matérielle arrivée à son apogée, et que la secte met au service de : a haine satanique. 456 LA NOUVELLE-FRANCE Elle est assise sur une bête de couleur écarlate, pour symboliser Ie^sang qu’elle a fait verser dans les grèves, les persécutions, les révolutions qu’elle suscite.N’est-elle pas enivrée du sang des martyrs?La franc-maçonnerie n’a-t-elie pas un langage de blasphème contre Dieu, son Christ, et son Eglise?N’est-ce pas elle qui fait la guerre aux saints et aux amis de Dieu (Apoc.XIII, 7)?Et aujourd’hui, est-ce que la plupart des rois, inféodés à la franc-maçonnerie, ne lui prêtent pas leur puissance et leur royaume?Un fait plus évident que la lumière du soleil, c’est que le réseau des sociétés secrètes étreint l’univers entier, et travaille, sans crainte de Dieu et sans pitié pour les hommes, par la ruse, par la violence, par les promesses et les menaces, par les mille voix de la presse, à faire disparaître le nom de Dieu et ceux qui l’adorent, à détruire jusqu’aux derniers vestiges de religion, et à inaugurer l’athéisme universel.“Ne pouvons-nous pas dire que la franc-maçonnerie embrasse, dans ses immenses filets, toutes les nations du globe, et les relie à ses sectes, par des fils secrets qu’elle fait mouvoir dans l’ombre, attirant d’abord, puis retenant ensuite ses affiliés, par l’appas des avantages temporels, par les promesses, les menaces, et qu’elle est parvenue à s’infiltrer dans toutes les classes de la société” ?(Léon XIII Devoirs des catholiques à l’heure présente) La secte maçonnique n’est-elle pas le dernier stage de l’antichristianisme sur le point de se personnifier pour le dernier combat?N’est-elle pas l’avant-garde de l’Antéchrist?Quel acharnement contre l’Eglise et ses enfants! L’écrivain sacré nous dit que l’Antéchrist fera la guerre aux saints et qu’il les écrasera sous son irrésistible puissance (Apoc.XIII, 7).Eh bien ! regardez en Italie, en France, en Allemagne, en Russie, en Espagne, en Portugal, au Mexique, et dans presque toutes les parties du monde: la franc-maçonnerie persécute le clergé, les communautés religieuses; elle les spolie, les disperse, les ostracise, les jette sur tous les chemins de l’exil.Partout les amis de Dieu gémissent sous les pieds de la bête maçonnique.Toutes les forces sociales sont aujourd’hui au service de l’antichristianisme, et tournées contre Dieu et son Eglise.Sans doute le principe du mal a toujours marché de front avec l’antéchrist 457 l’Eglise, pour la combattre.Nous avons pu remarquer, dans ce qui précède, que les personnages qui constituent l’antéchpst historique ont servi un principe antichrétien, et ont été les ennemis de l’Eglise.Ce principe a varié dans ses manifestations.Le paganisme, le judaïsme, le rationalisme, le matérialisme, le positivisme, le protestantisme, l’athéisme, le panthéisme, et, pour tout dire en un mot, le modernisme, ont été les différentes formes de ce Protée qui garde toujours, dans ses métamorphoses, la négation du Christ Rédempteur.Eh bien! dans la franc-maçonnerie, l’antichristianisme semble arrivé au dernier stage d’acuité haineuse et féroce.La grande apostasie signalée par saint Paul comme l’avant-courrière de l’Antéchrist, paraît en grande partie consommée par les loges.La franc-maçonnerie est l’ennemie de Dieu et de son Christ.On peut donc la mettre au rang des antéchrists et même à la première place.En 1903, le grand pontife Pie X prononçait ces mémorables paroles: “Nous éprouvons une sorte de terreur à considérer les conditions funestes de l’humanité à l’heure présente.Peut-on ignorer la maladie si profonde et si grave, qui travaille en ce moment la société huma ne, maladie qui s’aggrave chaque jour, qui la ronge jusqu’à la moelle, et l’entraîne à la ruine?Quelle est cette maladie?’’ Le saint Père reprend : “Quiconque pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversité des esprits ne soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps, et comme leur prise de contact avec la terre, et que véritablement “le fils de perdition” dont parle l’apôtre (2 Thess.II 3) n’ait déjà fait est l’audace et si grande est la rage avec lesquelles on se rue partout à l’assaut de la religion, on bat en brèche les dogmes de la foi, et on tend, d’un effort obstiné, à anéantir tout rapport de l’homme avec la divinité !” avènement parmi nous, si grande son “En revanche, et c’est là, au dire de l’apôtre, la caractère propre de l’Antéchrist : l’homme, avec une témérité sans nom, a usurpé la place du Créateur, en s’élevant au dessus de tout ce qui porte le de Dieu.C’est à tel point que, impuissant à éteindre complète- nom ment en soi la notion de Dieu, il secoue cependant le joug de sa Majesté, se dédie à lui-même le monde visible en guise de temple, et il s’y montre comme s’il était Dieu lui-même” (2 Thess.II 2). 458 LA NOUVELLE-FRANCE En effet, l’Antéchrist ne se montrera pas seulement comme l’ennemi de Dieu et l’antipode de Jésus-Christ; 1 se posera comme un rival du Christ qui aspire à le détrôner et à se substituer à Lui dans l’adoration des hommes.II affirmera qu’il est l’Etre suprême, et ira s’asseoir dans le temple pour se faire adorer comme s’il était Dieu (Thess.II 4).Et n’est-ce pas ce que fait aujourd’hui la franc-maçonnerie?Elle met la raison humaine à la place du Verbe de Dieu.Lorsque Dieu présenta son Verbe éternel sur la scène du monde, son intelligence infinie, splendeur substantielle de toutes ses perfections, qui devait s’incarner pour sauver l’humanité, dans la plénitude des temps, II ordonna à tous les anges de l’adorer.Et adorent Eum omnes angeli Dei (Héb.I 6).Les rationalistes, inspirés par isatan, refusent d’adorer le Verbe divin et lui substituent la raison humaine qu’ils déifient.Le rationalisme a été le premier péché de la créature; il en sera le dernier.II a dévasté le ciel des anges, et il a dévasté le paradis terrestre.Satan aurait volontiers adoré un Dieu fait ange; il craignit de s’abaisser en adorant un Dieu fait homme.Et il poussa le premier cri de révolte entendu dans l’univers : Non serviam ! “Je ne me soumettrai pas!” Le rationalisme a causé la catastrophe de nos ancêtres à l’aurore de l’humanité “Pourquoi, disait satan, ne mangez-vous pas du fruit de cet arbre?On vous dit que vous allez mourir?Allons donc! Moi je vous dis que vous ne mourrez pas, Nequaquam moriemini.Au contraire, vous allez devenir comme des dieux, Eritis sicut diil Et la convoitise de la divinité s’empare du premier couple humain, et ce désir suivra l'homme dans tous les siècles.Egaler la raison humaine à Dieu, voilà le rationalisme.Quelle fut la cause de la défection de Luther et de tous les hérétiques?Le rationalisme.C’est lui qui perd aujourd’hui le protestantisme et les innombrables sectes sorties de ses putréfactions.Le rationalisme, c’est l’orgueil, genèse de tous les crimes, Initium omit is peccati superbia.Ce premier péché de l’humanité sera aussi son dernier.C’est par l’arme du rationalisme que l’Antéchrist vaincra la plus grande portion de l’humanité voyageuse, au moment où elle l’aNTÉCHR ST 459 achèvera son pèlerinage, sur le seuil de l’éternité.Et tout porte à croire que nous sommes arrivés à la dernière tourmente, puisque le rationalisme entraîne le plus grand nombre dans ses erreurs.Le rationalisme maçonnique refuse d’adorer le Verbe de Dieu; et que met-il â la place ?Le verbe de l’homme, la raison humaine ! Croire à la parole de Dieu ! Soumettre notre intelligence à l’intelligence divine! Allons donc! Ne vous soumettez pas.Vous serez comme des dieux! Eritis sicut dii ! Et le rationalisme proclame l’indépendance de la raison, l’infaillibilité de la raison, la divinité de la raison.Prosternez-vous devant ce dieu nouveau ! La raison humaine est dieu ! Et la foule se prosterne ! La Révolution française avait arraché Jésus-Christ de son tabernacle et avait mis sur les autels profanés une prostituée, “ la déesse Raison.” Les maçons du Mexique ont renouvelé, cette année, ces impiétés dans les temples souillés par d’infâmes saturnales.N’est-ce pas l’accomplissement de la prophétie de Daniel : “Des hommes puissants violeront le sanctuaire de Dieu et mettront, dans le temple, l’abomination de la désolation dans le lieu saint” (Dan.XI.31)?Les profanations du Mexique, reproductions de celles de la Révolution française, mais enrichies de cruautés sanglantes et de nouvelles ignominies, sont vraiment le signe donné par le prophète, de l’avènement de l’Antéchrist.Dieu est vérité et bonté.L’homme créé pour Dieu, par les tendances les plus intimes et les plus irrésistibles de sa nature, cherche la vérité et le bien.Le rationalisme maçonnique change le pôle des aspirations de l’homme et fait chercher le mal pour le mal.II préfère l’erreur à la vérité.Dans tous les siècles, on a vu des hommes tomber dans l’erreur, mais en cherchant la vérité.On a vu des hommes indifférents à la vérité rester, par apathie, dans l’ignorance de la vérité; des hommes qui disaient comme Pilate : Quid est veritas?“Après tout, la vérité,qu’est-ce que c’est ?” Le rationalisme maçonnique, lui, non seulement s’égare loin de la vérité: il s’en détourne, il la méprise, la honnit, la foule aux pieds ! II fait plus : il l’enchaîne par des lois iniques, il prescrit I’ensei- 460 LA NOUVELLE FRANCE gnement de l’erreur, dans l’école sans Dieu.Enfermant les âmes des enfants dans les ténèbres de l’enseignement neutre, les pédagogues de la secte voilent à leurs yeux tous les horizons du monde surnaturel, toutes les grandeurs de nos destinées futures, et leur inoculent l’erreur à hautes doses.Les plus indispensables vérités, celles qui régardent notre origine et notre avenir d’outre-tombe, sont bafouées, foulées aux pieds! Ecoutez ies coryphées de l’impiété maçonnique : “Le premier devoir de l’homme intelligent, c’est de chasser l’idée de Dieu de son esprit et de sa conscience.Car si Dieu existe, il est essentiellement hostile à notre nature.Mais qu’est ce que Dieu?Dieu, c’est la sottise, Dieu c’est l’hypocrisie, Dieu, c’est la tyrannie, c’est le mensonge, c’est le mal ” (Prudhon) ! Voila l’enseignement donné dans l’école neutre.Ainsi les vérités éternelles, apportées sur la terre par le Verbe de Dieu, sont méprisées et on met à leur place les rêves de la raison humaine divinisée.Qui ne verrait, dans cette rage infernale contre la vérité divine, l’accomplissement de cette prophétie de Daniel : “La puissance lui sera donnée (à I’antechrist) contre le sacrifice perpétuel qui sera supprimé, et la vérité sera foulée aux pieds.Pro-sternetur verilas (Dan.VIII 12) ?Ainsi, des hauteurs où elle pose en dieu, la raison humaine, prise de vertige, chancelle et tombe dans i’abime de toutes les aberrations.Saint Paul nous affirme que l’Antéchrist se mettra dans le temple à la place de Dieu pour se faire adorer (2 Thess.III).La franc-maçonnerie a fait cela depuis longtemps.Elle met l’humanité à la place de Dieu.Ecoutez-Ia.“Nous connaissons un idéal supérieur à celui du Golgotha : c’est l’idéal qui vit en nous.“C’est beau d’obéir à Dieu; mais où est Dieu?En chacun de nous.Il s’appelle la raison, et la raison est cette lumière avec laquelle chacun vient en ce monde, le vrai verbe de Dieu dont les catholiques ont perdu la notion.“La raison et la liberté remplacent les dieux du paganisme.II n’y a plus d’autre culte, d’autre religion que la religion de la raison et le cuite de la Iibferté.” “Ce n’est pas au nom de Dieu que nous aimons l’humanité, mais au nom d’ellie-même” (Amédée Jacques, cité par Dom Benoît). PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 461 Voilà la divinité nouve'Ie ! Le Dieu Créateur, le Dieu du Golgotha, sont trop vieux pour régner dans notre monde infatué de sa science.L’ère de la foi est close! La raison humaine a détrôné Dieu pour régner à sa place ! Le Dieu d’autrefois, adoré depuis l’avènement de l’homme sur la terre, c’est le mal! Le bien suprême, la vérité, c’est la raison huEt cette adoration du fétiche humain est la genèse de toutes marne.les erreurs qui pullulent dans notre monde maçonnisé.T.L., s.J.PROCEDES DE CULTURE FORESTIÈRE CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l’uHLITÉ DES FORETS J’ai déjà eu l’honneur et le plaisir de montrer ici même (1), autant du moins qu’il m’était possible de le faire, quels services nombreux et variés rendent à l’homme les forêts.Elles ajoutent, ai-je dit alors, du pittoresque aux sites; elles cachent, dans leurs profondeurs mystérieuses, un gibier abondant pour le plaisir et le profit des chasseurs.Elles aseptisent les eaux d’alimentation, assainissent l’air.Elles empêchent les brusques variations thermométriques de se produire, exercent sur la formation et la distribution des pluies une influence dont, sans doute, on s’est plu à diminuer l’importance, mais qu’on ne peut totalement ignorer.Elles assurent l’alimentation et le maintien des sources et, par elles, la régularité et la continuité d’écoulement des rivières et de leur énergie.Elles annihilent la puissance mécanique des pluies torrentielles qu’elles divisent, consolident les terrains des montagnes, les empêchent de se désagréger et d’être entraînés par les eaux du ruissellement jusqu’au fond des vallées, dans les champs et les pâturages.Enfin, elles don- 1.—Livraisons d’avril, juin, août 1914. 462 LA NOUVELLE-FRANCE nent des produits aussi variés qu’utiles: le sucre d’érable, dont Charlevoix disait “qu’il est naturel, pectoral et ne brûle point l’estomac’’ ; l’odoriférante résine, les écorces pleines de tannin et surtout le bois, cette matière dont les propriétés font qu’elle se plie à tous les usages, à tous les caprices que la civilisation n’a pas cessé de faire naître et de multiplier.Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’utilité et l’importance des forêts au point de vue stratégique, pour la défense d’un pays; les combats qui ont été livrés dans les forêts de l’Argonne, dans les Vosges, au bois le Prêtre, et dont les communiqués officiels, dans leur laconisme, nous ont fait pressentir toute l’âpreté, en disent assez sur ce point.Ainsi donc, utiles au touriste, au chasseur, au malade, à l’agriculteur, à l’industriel, les forêts ne peuvent manquer d’être un facteur démographique important.Aussi bien André Theuriet a-t-il pu écrire, au sujet de la forêt, les vers suivants : La magnifique souveraine Du vert royaume forestier, En tout temps prodigue à main pleine Ses largesses au monde entier.Elle nourrit l’homme et l’abreuve; Sans se lasser, elle produit La petite source et le fleuve, La feuille, la fleur et le fruit.Son ombre, quand l’été flamboie, Rafraîchit et parfume l’air ; Elle donne chaleur et joie.Aux foyers des maisons, l'hiver.S’il faut un jour que la forêt meure, La terre perdra son orgueil Et sa beauté : ce sera l’heure Suprême du vieux monde en deuil.C’est pour que la forêt ne meure pas, pour qu’elle reste “la gnifique souveraine,” “prodiguant à main pleine” “ses largesses au ma- PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIÈRE 463 monde entier,” que dans presque tous les pays l’on s’est proposé et l’on se propose, non seulement de la maintenir là où elle est absolument indispensable, et là où elle peut seule régner, mais encore d’augmenter sa productivité et d’assurer sa pérennité.Pour exécuter un tel dessein, il a fallu, et l’on verra pourquoi, il a fallu, dis-je, soumettre la forêt à certains traitements, lui appliquer certains procédés de culture.C’est précisément de ces procédés de culture forestière que je voudrais parler, non pas que leur étude soit tout particulièrement attachante, mais parce qu’elle semble prendre de plus en plus d’importance auprès de tous ceux,—devenus très nombreux en ces dernières années,—qui s’intéressent aux questions forestières.Conservation et exploitation des forêts A prime abord, il semble que vouloir que la forêt ne meure pas, que sa puissance de production s’accroisse, c’est souhaiter qu’elle reste fermée à l’exploitation, qu’elle soit conservée te le que la nature l’a faite.Cependant, les expériences nombreuses, menées avec beaucoup d’esprit de suite et de science, dans les principaux pays d’Europe, pendant plus d’un siècle, ont fini par montrer qu’entre les deux ordres d’idées évoquées par les termes de conservation et d’exploitation, la contradiction n’était qu’apparente.Conserver une forêt ce n’est pas l’affranchir de toute exploitation, c’est au contraire l’exploiter, mais l’exploiter de telle sorte que la diminution de matériel, qu’elle subit à la suite d’une coupe, soit compensée par une plus grande et plus rapide croissance des arbres laissés sur pied, et par le développement d’un plus grand nombre de jeunes tiges issues de semences ; c’est, en un mot, y distribuer et y ordonner des coupes non pas uniquement pour récolter de la matière ligneuse, mais encore pour permettre à la forêt de développer toutes ses énergies latentes de production.Pour montrer comment l’exploitation peut, en matière forestière, servir les fins de la conservation, il m’est impossible de ne pas entrer dans le détail de certaines questions d’ordre technique, un peu ennuyeuses à la vérité, peut-être ceci parce qu’elles sont cela. 464 LA NOUVELLE-FRANCE INFLUENCES QUI PRESIDENT AU DÉVELOPPEMENT DE LA VEGETATION FORESTIÈRE Hippolyte Taine prétendait que toute œuvre humaine, toute œuvre littéraire, prose ou poésie, porte les caractéristiques de la race, du milieu, du moment qui l’a produite.Partant de ce principe, dont on pourrait retracer les origines dans la lettre de Fénelon à Dacier, il institua une méthode qui jouit aujourd’hui, comme l’on sait, grâce au perfectionnement qu’on y a apporté, d’une grande faveur auprès de tous les critiques.Et d’ailleurs, pouvait-on s’affranchir d’une méthode qui, à la bien considérer, est toute raison, toute logique ?Un auteur peut-il mettre dans une œuvre, qu’il veut personnelle, autre chose que sa pensée, peut-il s’y montrer autre qu’il est lui-même ?S’il est ce qu’il est, si sa pensée s’identifie avec son tempérament, n’est-ce pas dû au fait qu’il subit l’influence du moment, ne serait-ce pas que le milieu où il a vécu lui a fait comme une seconde nature, qui s’ajoute sans totalement la voiler à celle que ses ancêtres, sa race, lui ont donnée ?Une telle méthode d’interprétation ne trouve que des fervents parmi les forestiers, qui seraient bien forcés de l’inventer—il n’est pas sûr toutefois qu’ils y réussiraient—si elle n’existait pas.La forêt est une association d’arbres et, comme telle, une productrice d’œuvres Celles-ci sont ce qu’elle est elle-même, c’est-à-dire ce que la race et le milieu l’auront faite.J’omets de dérer, en matière forestière, l’influence du moment, puisqu’il est bien entendu que l’arbre y échappe totalement, n’étant pas, comme l’homme, un être qui sent et qui pense.II reste cependant que les œuvres produites par la forêt vent s’interpréter, ni les modifications que leur font subir les procédés de culture, s’expliquer, si l’on ne tient compte et du milieu et de la race.Pour la raison que nous avons donnée déjà, à cause des différences profondes qui séparent le végétal et l’homme, l’influence de la dans les associations d’arbres n’est pas de même qualité, elle manifeste pas de même façon que dans les groupements humains.Ajoutons que la race n’est pas aussi diverse chez les arbres que chez cousi- ne peu- race ne se PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 465 les hommes, entendez par là, qu’une fois établie, elle ne subit presque aucune altération.On peut même grouper tous les végétaux ligneux en quelques catégories, sans doute insuffisantes du point de vue taxonomiste, mais assez nettement définies et les seules nécessaires du point de vue sylvicole.Il y a d’abord les arbres qui, à cause de la texture de leur bois, sont de peu de valeur pour l’industrie, et ceux qui naturellement donnent des produits de tout premier choix.Certains arbres ont la faculté de se reproduire à la fois au moyen de semences et par rejets de souche; d’autres ne peuvent se multiplier qu’au moyen de semences : c’est par là surtout que les bois feuillus diffèrent des bois résineux.Quelques arbres, à cause de la pesanteur de leurs semences, le chêne et le noyer par exemple, sont forcés de grouper autour d’eux leurs rejetons, alors que d’autres, comme le bouleau, le pin, le tilleul, pour n’en nommer que quelques-uns, peuvent distribuer au loin, le vent aidant, leurs semences légères et ailées.Suivant qu’ils appartiennent à telle ou telle race, suivant qu’ils ont tel ou tel ancêtre, les arbres ne peuvent manquer de faire des forêts différentes par l’aspect et par les produits.Mieux définie et plus considérable que l’action de la race sur la production forestière est celle du milieu.Le milieu est fait d’influences multiples, à qui on a donné [’appellation un tantinet prétentieuse de facteurs écologiques et qui peuvent être reparties en trois groupes : les influences géiques, les influences biotiques et les influences phytécologiques (2).Par influences géiques on entend celles qu’exercent sur la végétation la composition chimique du sol, son relief, l’altitude et l’exposition.L’action de ces trois derniers facteurs, variant dans la mesure où varient la latitude et la direction des vents, contribue incontestablement à créer cette diversité de peuplements forestiers qui caractérise les régions quelque peu accidentées.D’autre part, tout en reconnaissant aux propriétés physiques du sol une grande influence sur la végétation forestière, tout en accordant que celle-ci soit capable, au cours même de son développement, par les déchets qu’elle produit, tels les feuilles, les brindilles, les branches et les 2.—C.de Kirwan, Revue des Questions Scientifiques.Vol.2, année 1906, pages 650 à 653. 466 LA NOUVELLE-FRANCE troncs vétustes et, grâce à l’activité des agents de pourriture, de restituer au sol une grande partie de sa fertilité, de sa richesse, on ne peut méconnaître que la diversité des peuplements forestiers, par cela même que les arbres ont des exigences différentes, soit, dans une certaine mesure, due à la composition chimique minérale des sols, où ils ont pris racine.Que dire des influences biotiques, sinon qu’elles ne peuvent manquer de se révéler très clairement à tout observateur attentif ?Pour omettre de considérer, dès maintenant, le rôle de l’homme, agissant soit comme destructeur ou comme conservateur, et pour négliger celui des animaux, très peu important du reste, ces influences se résument à l’action qu’exercent, les uns sur les autres, les arbres qui vivent en communauté.Une forêt, avons-nous dit déjà, est une association d’arbres.Ainsi envisagée, la forêt offre plus d’un point de ressemblance avec les sociétés humaines.II n’y a sans doute ici aucune place pour une longue dissertation sur les'profits que les hommes trouvent à vivre en société, et sur le besoin qu’ils ont naturellement de vivre ainsi.J’en serais incapable, et cette dissertation, du reste, depuis longtemps a été faite par ceux-là même qui pouvaient la mieux faire.Elle a amplement prouvé, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir et d’y insister, que la communauté, outre qu’elle est très naturelle à l’homme, lui permet de se perfectionner, l’oblige même, devrais-je dire, à le faire.On sait par ailleurs que l’individu qui, comme l’Emile de Rousseau, veut vivre loin de ses semblables, en contact immédiat avec la nature, devient trop nature, pour ne pas tendre vers la dégradation, et pour ne pas apporter une éclatante confirmation à cette parole de Diderot : Il n’y a que le méchant qui vit seul.ARBRE ISOLÉ ET ARBRE EN FORET Les arbres trouvent aussi bénéfice à s’associer, à vivre en commun, et il semble bien qu’ils y soient comme sollicités par leur nature même.Pour le montrer, il suffirait d’opposer l’arbre de la forêt à l’arbre isolé.Celui-ci, comme s’il ne pouvait se faire à sa solitude, met une grande persévérance et toutes ses énergies à conquérir, PROCÉDÉS DE CULTURE FORESTIERE 467 par les siens, le champ, où il croît en plein soleil et en pleine liberté.II végète d’exubérante façon; mais il ne peut le faire qu’en développant, le plus possible, tous ses organes de nutrition, ce à quoi il s’emploie avec une certaine prodigalité.En effet, ses branches sont très nombreuses, elles se développent tout le long de son fût, sont très longues et garnies d’un feuillage abondant; ses racines, d’autre part, sont puissantes, et, grâce à des ramifications nombreuses, fouillent le sol en tous sens.Cet arbre, à proprement parler, possède la terre, contre laquelle du reste il se ramasse.Il est massif, il ne s’est pas affiné, n’ayant pas eu à lutter.Toute la nourriture qu’il absorbe et assimile, il l’emploie sans doute à se donner du volume, à développer pour ses besoins un feuillage très fourni, à émettre des fleurs multiples, qui se transformant en fruits le continueront, mais on ne voit pas qu’il la fasse servir à la formation de produits véritablement et immédiatement utiles à l’homme.La matière ligneuse, dont il est fait, se trouve trop viciée et affaiblie par la présence de nombreux nœuds, elle s’est moulée de façon trop irrégulière et elle s’est trop rapidement tissée pour ne pas donner des déchets considérables et pour être de toute première valeur.L’arbre qui croît en forêt a une toute autre apparence et une toute autre allure.Toutes ses manifestations végétales se trouvent pour ainsi dire subordonnées à celles de ses voisins et associés.De lui on peut dire, avec vérité, et pour emprunter un mot qu’Emi e Laguet, dans une étude sur Buffon, a laissé tomber de sa plume : “Le végétal est une collectivité, non un individu” (3).II garde toujours sans doute sa forme conique, ne pouvant s en départir puisqu’elle lui est naturelle, mais il l’atténue, en se développant en hauteur.Il est en effet plus élancé, plus droit et moins massif que l’arbre isolé.Son fût long et cylindrique ressemble réellement à des colonnes de temple, ainsi que des poètes l’ont observé et répété.Ses branches toutes développées dans la cime, à une très grande hauteur du sol, ne sont ni très longues ni très nombreuses.II donne des produits de meilleure qualité et de meilleure façon, et partant plus utiles.Son bois est plus homogène, à texture plus serrée et plus fort.Les nœuds ne le déparent ni ne le déprécient et son débit en 3.—Le 18ème siècle, page 433. 468 LA NOUVELLE-FRANCE planches rectilignes et en madriers comporte relativement peu de déchets.II n’a pas mis toutes ses énergies à être un être de beauté, à végéter; il s’est attardé à se perfectionner.Et il y a été en quelque sorte forcé par la lutte qu’il a eu à soutenir contre ses voisins, pour se conserver et garder sa place.Si l’arbre de la forêt modifie ainsi sa forme, si à cette modification la lutte, que tous les êtres vivants se font pour subsister, n’est pas étrangère, cela tient à ce que l’action d’un des plus importants facteurs phytécologiques ne trouve pas, dans les peuplements forestiers, à exercer son action de manière à satisfaire aux exigences de tous les individus.Quels sont les facteurs, auxquels s’applique le terme de phytécologiques?C’est surtout l’humidité et la chaleur, deux éléments climatériques importants, indispensables au végétal, comme ils le sont à l’homme, extrêmement mobiles et, à cause de cela, d’une analyse difficile.Encore que les arbres soient un peu comme la Boétie et Montaigne, qui “se cherchaient avant de s’être vus,” à cause “des rapports qu’ils oyaient l’un de l’autre,” encore qu’ils aient naturellement une tendance marquée à vivre en commun, leur association, leur groupement n’en reste pas moins déterminé et réglé par ces deux facteurs.Aussi les peuplements forestiers sont-ils infiniment variés à la surface du globe, et, comme on l’a dit des jours, se succèdent-ils sans se ressembler.Pour être exact, il conviendrait de ranger dans la catégorie des influences phytécologiques, la lumière.La lumière, sans doute, confond ses manifestations avec celle de la chaleur,—il n’en peut être autrement puisque toutes deux ont même origine,—mais elle exerce une action à elle propre et qui, dans le développement des peuplements forestiers, a une telle valeur et si décisive, qu’elle mérite de retenir tout particulièrement notre attention.Toutes les influences qui concourent à faire le milieu, et dont, il faut 1 avouer, il est impossible de mesurer exactement la portée, tant elles sont intimement liées, peuvent subir, du fait de l’homme, quelques modifications.Ainsi 1 introduction dans un peuplement forestier d’une essence ligneuse, à feuillage abondant, et riche en certains principes minéraux, ne peut manquer d’améliorer ou de restaurer la fertilité du sol, d établir entre les individus, composant le peuplement, des rapports nouveaux.Elle contribuerait même, si toutefois elle était assez généralisée, à modifier, croyons-nous, LE BARON DE GERAMB 469 l’action des facteurs climatériques dans les limites de la région où elle s’opère.Ce sont là toutefois des modifications peu importantes, des modifications que l’homme se trouve impuissant à faire très sensibles.En effet, la composition chimique du sol demeure à peu près stable, l’altitude et l’exposition sont, à proprement parler, immuables, et l’humidité aussi bien que la chaleur, l’une à cause de sa puissance de pénétration, l’autre par suite de son pouvoir de rayonnement, échappent à toute domestication, en culture forestière.Avila Bédard.(A suivre) LE BARON DE GERAMB, EN RELIGION LE P.MARIE-JOSEPH, TRAPPISTE (Suite) V Le P de Géramd pèlerin de Jérusalem.Le P.de Géramb demeura au Mont-des-OIives jusqu’à la Révolution de 1830, et ne parut en public que par deux ou trois lettres qu’il répandit ou qu’il inséra dans les journaux et par trois opuscules : Litanies pour une bonne mort, L’unique chose nécessaire, Au tombeau de mon Sauveur, qui parurent successivement en 1827, 1828 et 1829, avec l’approbation de Mgr Brumand de Beauregard, évêque d’Orléans.L’anarchie qui régnait alors dans la plupart des départements ne semblait pas devoir menacer les religieux du Mont-des-OIives, car le gouvernement continuait à lui donner des marques d’égards comme à un établissement paisible et inoffensif, et le peuple des environs, en général éminement pieux, ne se contentait pas de pro- 470 LA NOUVELLE-FRANC E diguer aux religieux les preuves les plus touchantes d’intérêt, mais il venait, à I’envi, garder le monastère pendant la nuit, dans la crainte qu’il ne fût incendié (1).Mais l’origine allemande de la plupart des religieux fut articulé contre eux par les émeutiers comme un grief, et le gouvernement, qui n’avait pas le courage ni la force de réprimer la violence de ces derniers, laissa fermer le monastère.“Rentrer dans le monde après en avoir été séparé pendant seize années, écrit le P.de Géramb, quel déchirement de cœur ! Je demandai et j’obtins de mes supérieurs la permission d’écrire à l’abbé de Saint-Urbain pour qu’il voulût bien me recevoir jusqu’à des temps plus heureux, dans cette célèbre abbaye de Saint-Bernard que le canton de Lucerne a le bonheur de posséder.Ce digne prélat ne tarda pas d’accéder à ma demande avec cette charité qui le caractérise, qui lui gagne tous les cœurs et qui s’étend bien au-delà de l’enceinte de son abbaye.“Je visitai souvent nos communautés dispersées dans les montagnes de l’Helvétie; je fus même obligé de faire d’assez longs séjours à Soleure et à Berne, pour intéresser en notre faveur le gouvernement de ces cantons.“A Saint-Urbain, je fus instruit des profanations qui ont souillé quelque temps la France.Je fus malade à Soleure, malade encore à Saint-Urbain, et fort malade à Berne.Voyant que notre réunion en communauté devenait de jour en jour plus difficile, je demandai à mes supérieurs la permission de faire un voyage en Palestine.Ils me l’accordèrent.” Sans difficulté, pourrions-nous ajouter, car le P.de Géramb devenait un sujet de plus en plus remuant et encombrant dans une communauté de Trappistes.“Je m’adressai alors, continue-t-il, au nonce du Saint-Siège en Suisse, Mgr de Angelis, archevêque de Carthage, pour avoir par son entremise l’agrément de Sa Sainteté, sa bénédiction, et des lettres de recommandation de la S.G.de la Propagande.Sa Sainteté m’accorda tout avec la plus touchante bonté.” Mais ici perce de nouveau la vanité du pèlerin, qui veut que tout le monde sache qu’il se rend en Terre Sainte.“Avant mon départ, dit-il, je crus devoir faire imprimer, pour la plus grande gloire de Dieu, une invitation aux âmes pieuses et ferventes.” Pour la plus (1) P.de Géramb.Pèlerinage à Jérusalem et au Mont-Sinal.Préface. LE BARON DE GERAMB 471 grande gloire de Dieu 1 C’est possible, mais sûrement aussi pour la sienne, comme si son pèlerinage devait être un événement de haute importance pour toute la chrétienté.“Ayant quitté avec mes frères, dit-il, notre monastère du Mont-des-Olives, où il ne nous est plus permis de prier et de souffrir loin de la vue des hommes, j’ai senti se renouveler avec plus de force dans mon cœur ulcéré le désir que j’avais formé en sortant, en 1814, du donjon de Vincennes, d’entreprendre en esprit de pénitence le pèlerinage de la Terre Sainte.Je vais donc, je vais, avec l’approbation de mes supérieurs, et honoré des bénédictions du Père commun des fidèles, faire amende honorable pour tant de crimes, et puis, au pied du Calvaire, sur le rocher sanglant où l’immortelle Clémence s’est immolée pour nous, demander la paix de l’Eglise, la persévérance des justes et la conversion des pécheurs.Pécheur moi-même, et le plus ingrat de tous, je m’adresse aux âmes pieuses, je les conjure de joindre leurs prières aux miennes, afin que, présentées toutes au Dieu de miséricorde, sur les lieux mêmes où il a consommé son sacrifice, elles fassent descendre sur les coupables les grâces privilégiées que mon indignité, laissée à elle-même, m’empêcherait d’obtenir.” Il ne va à Jérusalem que pour adorer, pleurer et prier.Il verra les monuments sacrés, mais il ne les mesurera pas avec le compas de l’incrédulité.Assez de voyageurs se chargent de ce soin.“La plupart, dit-il, parcourent la Palestine avec une si grande rapidité, qu’ils sont obligés de suppléer par leur imagination à ce qui a échappé à leurs fugitifs regards.” (Pèlerinage à Jérusalem.Préface) Le P.de Géramb part de Saint-Urbain le 24 juin 1831; le 25, il est à Lucerne où il reste jusqu’au-delà du 20 août, retardé qu’il est par la maladie.Le 27, il est à Milan, d’où il raconte dans sa Lettre septième la lutte intérieure qu’il eut à soutenir au moment de s’embarquer sur le bateau à vapeur à Magadino.“II faut, mon cher ami, que je vous révèle ce qui se passa dans mon cœur pendant quelques instants, et vous verrez combien l’orgueil avait encore d’empire sur moi, religieux de la Trappe depuis si longtemps.Le bateau est divisé en deux par es: l’une, couverte, est occupée par des personnes que l’on appelle comme il faut-, au-dessous est un salon à leur usage; l’autre partie est découverte: la chambre du bas, moins commode et moins ornée, n’est guère occupée que par des personnes d’une condition inférieure, ou par celles qui désirent 472 LA NOUVELLE-FRANCE voyager avec plus d’économie.Eh bien, le croiriez-vous?rien n’égala mon embarras lorsqu’on me demanda d’une voix assez haute, et devant tout le monde, quelle place je prendrais.Il s’engagea alors entre M.le baron de Géramb et le P.Marie-Joseph un petit combat.Le baron de Géramb voulait prouver au P.Marie-Joseph que tout exigeait impérieusement qu’il prît place dans la première partie.Il avait pour le prouver mille raisons : d’abord la décence, puis le danger de prendre un coup de soleil dont la guérison aurait coûté beaucoup à celui qui avait fait vœu de pauvreté; puis la propreté qui est une vertu, etc., etc.Le P.Marie-Joseph alléguait de son côté que, s’étant voué à l’humilité, il était assez heureux de trouver occasion d’expier certains petits reproches qu’il avait à se cette faire à ce sujet.Avec la grâce de Dieu, le P.Marie-Joseph l’emporta.” Pendant son séjour à Milan, il eut la joie de rencontrer à la frontière des soldats hongrois.Le vieux militaire et le chambellan se réveillant en lui, “je ne puis, écrit-il, vous retracer l’émotion que j’éprouvai.Je leur parlais de notre patrie, de leurs campagnes, du souverain qui les gouverne, Ah! jamais je n’ai pu prononcer son nom sans que mon cœur tressaillît, sans que mes yeux fussent remplis de larmes.J’ai souvent hasardé ma vie, pour ce souverain chéri; je la sacrifirais mille fois encore !.” Une autre joie plus grande lui était réservée, celle de revoir son frère.“Je savais, dit-il, que mon frère le lieutenant-général était à Milan.Je ne l’avais pas vu depuis ma sortie du donjon de Vincennes, époque à laquelle il se trouvait à Parie avec l’armée autrichienne.Ma maladie m’avait retenu deux mois à Lucerne; je craignais que l’amour fraternel ne mît des obstacles à la rapidité de mon voyage; je voulais me rendre au plus tôt à Venise ou à Trieste pour m’embarquer.J’hésitai donc; je ne savais si j’ira s le voir.Hélas ! il est triste de se voir un moment pour se quitter peut-être pour toujours.Cependant je n’ai pu résister au besoin de le serrer sur mon cœur.Il me contemplait sans pouvoir se rappeler mes traits, ce bon frère .“ C’est bien la voix de Lerdinand, me disait-il, mais j’ai toute la peine possible à le reconnaître.” Dix-sept années au monastère de la Trappe avaient sillonné mon front de rides et rendu ma tête chauve, mais elles n’avaient pas changé ma tendresse pour lui.” Le 5 septembre, le P.de Géramb est à Venise, à bord du vaisseau l’Ulysse, et part le 7 pour l’île de Chypre.“Le capitaine Ragazz , LE BARON DE CERAME 473 écrit-il, est un fort brave homme; mais il faut s’accoutumer à ses manières; il en a qui sont véritablement à lui.En France on en rirait: il est bizarre, même un peu original.Lorsque je récitais à voix basse mon bréviaire (le P.de Géramb n’était pas dans les ordres, mais en vertu de ses vœux il était tenu à la récitation du bréviaire), dès le premier jour il venait derrière moi et lisait en bredouillant, et cela le plus naturellement du monde.Je fermais alors mon livre, je mettais les doigts sur ma bouche pour lui montrer qu’il fallait se taire.Cette conduite le surprenait beaucoup; il s’en allait alors un peu fâché, et se mettait à chanter le Te Deum ou le Magnificat.Si j’ai la plume à la main, il vient avec la plus grande simplicité lire ce que j’écris; si je l’éloigne, il va ouvrir mon portefeuille dont il fait l’inventaire avec la meilleure foi possible, et sans y entendre malice.Je lui donne sur les doigts en riant, pour lui faire sentir que cela ne convient pas.Il laisse alors le portefeuille pour prendre la boîte de pains à cacheter; il l’ouvre, les pains s’envolent, et il court pour les ramasser; mais en chemin il trouve mes lunettes; il se les met sur le nez, et, quoiqu’elles ne soient pas à sa vue, il cherche et me rapporte, froissés ou brisés quelques-uns de ces pains que son imprudence a livrés au vent, puis il me demande si j’ai la vue basse,.Au reste, ce capitaine est bon enfant, complaisant et même pieux.Ne dirait-on pas un portrait tracé par La Bruyère?Le P.de Géramb passe deux mois à Larnaca, en Chypre, où il est l’hôte des Franciscains de Terre-Sainte.Il a encore été malade.Enfin le 24 novembre, il apprend qu’une goélette turque part le 28 pour Jaffa.Il en profite et arrive à Jaffa le 3 décembre, et y est encore l’hôte des Franciscains.Le 5 il est à Rama et le 8 à Jérusalem où il fait son entrée en Trappiste, “car, écrit-il, dans ce pays d’infidèles un religieux peut faire ce qu’il n’oserait se permettre dans un Etat réputé chrétien.Une croix de bois et un chapelet pendaient à mon côté.Faut-il le dire à ma honte, je n’aurais pas été fâché d’y joindre le sabre que je portais jadis.” II entre pieds-nus par la porte du Bien-aimé (Bab-el-Kzabil) dans la ville sainte.Les Pères Franciscains le reçoivent avec une charité digne de Celui dont ils gardent le tombeau; il célèbre avec eux la fête de l’Immaculée Conception, et, le lendemain, fait son entrée à ce Saint-Sépulcre 474 LA NOUVELLE-FRANCE où l'office se célèbre selon le rit des diverses nations chrétiennes : catholiques, grecques, arméniennes.De quels sentiments son âme était remplie, il va nous le dire.“J’aperçus en entrant dans l’église les Pères de Terre-Sainte qui, un balai à la main, nettoyaient, dans le plus grand silence, les parois du petit édifice qui contient le Saint Sépulcre.Je pris aussitôt un balai pour les aider; un des morceaux de jonc s’étant détaché, je le ramassai, et, le contemplant, plein de la pensée du Saint Sépulcre et de la bonté infinie de Dieu, je me disais : Si ce jonc pouvait devenir dans tes mains le sceptre de la terre, à condition que tu ne fusses pas à Jérusalem, que ferais-tu?.Et celui qui tient ma vie et mon être dans ses mains voyait la réponse de mon cœur.Cela vous paraîtrait-il de la folie?Je vous avoue que je ne changerais pas cette folie contre tous les biens de la terre.Je conserverai précieusement ce morceau de jonc.” Le 27 décembre, à Bethléem, le P.de Géramb assiste à une cérémonie de confirmation faite par le Père Gardien de Terre Sainte.La veille, celui-ci avait confirmé les garçons; le lendemain c’était le tour des filles.Le P.Gardien avait prescrit de ne laisser entrer aucun homme.On ne tint aucun compte de cet ordre.“La multitude composée de catholiques, de Grecs et de Turcs, écrit le P.de Géramb, fut bien plus considérable que la veille, et e tumulte s’accrut en proportion.Le curé les harangua, mais en vain.J’étais à la tribune, et sur les épines.A la fin je me lève, et de toutes mes forces, je crie en arabe : Oskol ! Silence ! A l’instant les têtes se retournent, et apercevant un homme d’une haute stature, entièrement vêtu de blanc, avec une barbe longue et épaisse, tous demeurent stupéfaits, interdits.Je m’élance aussitôt au milieu d’eux, je fais ouvrir la porte et leur enjoins d’évacucr l’église sur-le-champ.Jamais je n’ai rien vu de semblable.Tous se précipitent vers la porte, comme frappés de terreur; c’est à qui sortira le premier.Doué d’une grande force, je pousse les derniers qui semblent hésiter : l’église est libre, et la cérémonie s’achève paisiblement.Cette victoire ne me coûta que la peine de tenir quelques instants le bras levé et le courage de prononcer énergiquement quelques mots.Il était curieux de voir tous ces turbans, ces barbes noires, ces figures affreuses, ces sabres, ces poignards fuir devant un pèlerin et un ou deux religieux venus à son secours.Je me tins à la porte, et déclarai qu’aucun homme 475 PAGES ROMAINES ne rentrerait.Depuis lors j’ai remarqué plus de calme et de décence, surtout la veille et le jour de l’an, que le Saint-Sacrement était exposé.Cet état de choses se maintient même aux messes basses, où je ne souffre pas le moindre bruit.On se tait quand on me voit.” On reconnait là le militaire sous le froc du moine.fr.Gildas, O.C.R.( A suivre) PAGES ROMAINES l’ère des représailles L’ère des représailles italiennes contre l’Autriche a été inaugurée par le décret du 25 août qui a déclaré le palais de Venise, jusqu’ici siège de l’ambassade de l’empire austro-hongrois près le Vatican, propriété nationale.Les considérants du décret ne sont pas nombreux : “Vu le caractère italien du palais de Venise à Rome qui, historiquement parlant, faisait partie du domaine de Venise ; “En face des innombrable s et atroces violations du droit des gens commis dans la guerre actuelle par l’empire austro-hongrois, et des dévastations accomplies en dehors de toute raison militaire au détriment des monuments et des édifices de Venise.“ Au double titre de revendication italienne et de justes représailles ; “ De l’avis du Conseil des Ministres, sur la proposition du président du conseil; “ Avons décrété et décrétons ce qui suit : “ Le Palais de Venise, à Rome, fera partie du patrimoine de l’Etat, à dater de la publication du présent décret; “ Le Ministre des Finances, de concert avec les ministres des Affaires Etrangères, de l’Intérieur, de la Guerre, de la Justice, des Cultes, de l’Instruction publique, en assurera l’occupation, après avoir donné un délai au chargé des intérêts austro-hongrois, pour qu’il puisse enlever les archives, les documents, les meubles appartenant à l’ambassade austro-hongroise près le Saint-Siège.—Ce délai ne pourra s’étendre au delà du 31 octobre 1916.“ Nous ordonnons que le présent décret, muni du sceau de l’Etat, soit inséré dans le recueil des lois et décrets du royaume d’Italie, et que l’exécution en soit assurée par les autorités compétentes.“ Rome, le 25 août 1916.“ Thomas de SAVOIE “ BOSELLI, président du conseil.” A première vue, cette expropriation forcée du palais historique de Venise ne paraît qu’un incident de la grande guerre, à peine digne d’être noté ; en réalité, elle touche à la fameuse loi dite des “garanties” dont l’article II consacre l’immunité des ambassades accréditées près du Saint-Siège. 476 LA NOUVELLE-FRANCE En expropriant par un simple décret un palais dont I’extraterritorialité était par la loi des ‘‘garanties”, l’Italie affirme officiellement aujourd’hui que ce qu’elle a cru devoir promulguer, après la spoliation pontificale de 1870, pour rassurer le monde catholique sur l’indépendance du Saint-Siège, peut être modifié par elle-même, sans l’intervention d’aucune puissance, ses rapports avec la Papauté étant exclusivement nationaux.Cette affirmation, loin d’être brutale, est au contraire habilement déguisée sous le prétexte que le palais de Venise faisant, historiquement parlant, partie de l’ancienne République, aurait dû suivre le sort des domaines de la Reine de l’Adriatique, quand celle-ci, par la double cession de l’Autriche à Napoléon III et de Napoléon III à l’Italie, fut incorporée au nouveau royaume.Le décret passe sous silence la réserve explicite que l’empereur François-Joseph fit au sujet de ce palais, quand il céda la Vénétie à l’empereur des Français.Le motif des représailles invoqué à son tour, après les actes de vandalisme causés par les Autrichiens sur la cité de saint Marc, est non moins habilement invoqué pour éloigner toute protestation, si bien que les catholiques eux-mêmes rnt applaudi sans penser, ou sans vouloir penser, aux conséquences logiques d’un acte qui porte certainement atteinte à la loi des “garanties.” , En effet, si par suite de la guerre, l’ambassade austro-hongroise près le roi d’Italie a cessé d’exister, l’ambassade austro-hongroise près le Saint-Siège n’a pas cessé d’être.L’absence momentanée du titulaire ne crée pas l’abolition de la représentation officielle d’un Etat qui continue ses rapports avec la Papauté.Dés lors, la main-mise de l’Italie sur un palais jouissant de toutes les immunités diplomatiques, que ce soit sous prétexte historique, ou par motif de représailles, apparaît comme la violation d’un droit international consacré lui-même par la loi nationale des “garanties” (1).Le délai concédé au représentant de l’Espagne chargé de la garde des archives, pour en assurer l’enlèvement, n’est que pour mieux dissimuler le véritable état de la question.Quoi qu’il en soit, l’Italie a acclamé la promulgation du décret du 25 août qui, en réalité, ne fut publié que le 26 par la presse.—11 était à peine signé que communication en était faite à l’ambassadeur d’Espagne près le Quirinai qui en informa aussitôt son collègue près le Saint-Siège; la teneur en fut télégraphiée le jour même au roi d’Espagne et à son ambassadeur près la cour de Vienne.Elevé vers le milieu du XVe siècle par le cardinal Pierre Barbo, qui devint pape sous le nom de Paul II, le palais de Venise, dont l’extérieur a l’aspect sévère des édifices moyen-âge, est tout autre à l’intérieur, où la Renaissance y a étalé toutes ses richesses dans la décoration des murs et des plafonds.Malheureusement, en ses quatre siècles d’existence, le palais a subi de nombreuses transformations qui en modifièrent beaucoup l’état primitif, et dont la dernière fut la translation du Palazzetto, qui, démoli pour agrandir la place de Venise, fut reconstruit, avec les mêmes pierres auparavant numérotées, à l’autre extrémité du palais, en 1910.Depuis longtemps désireuse de posséder ce palais, l’Italie en avait proposé l’achat à l’Autriche à divers prix variant de dix à quinze millions.Deux fois les pourparlers semblèrent être sur le point d’aboutir, quand le prétexte vrai ou faux de la crainte de déplaire au Saint-Siège avait été allégué par le gouvernement autrichien pour en ajourner la solution à une date indéterminée.l’antique bannière de saint Marc, offerte par la commission des intérêts économiques de Venise, flottera sur le nouveau palais national à côté du drapeau italien.En attendant, et toujours à titre de représailles, la plaque commémorative qui, au Capitole, rappelait le souvenir delà visite à Rome de Guillaume II, a été descellée non moins que celles qui gardaient la mémoire de la venue à Rome reconnue Le 31 octobre courant, (1) On sait que, depuis, le Saint-Siège, par la voix du cardinal Secrétaire d Etat, a protesté contre cette expropriation.N.D.L.R. 477 PAGES ROMAINES de l’empereur François I d’Autriche et des autres souverains du même empire.Où iront-elles attendre des jours plus heureux pour elles, (car le Romain, loin de briser comme le Français, garde tout ce qui touche à l’histoire).Peut-être dans l’enceinte de la tour du Capitole où, après 1870, les plaques qui commémoraient les noms des généraux Oudinot et Lamoricière, enlevées elles aussi de la place d’honneur qu’elles occupaient dans les salles du Capitole, furent reléguées parce qu’elles étaient le symbole d’un régime déchu.Ces représailles ne suffisent pas au sentiment populaire qui, comme conséquence du considérant qui déclare l’Autriche déchue ds sa possession du palais de Venise, parce que ce palais est essentiellement italien depuis la cession de la Vénétie, réclame que l’ordre de la Couronne de fer que confère l’empereur d’Autriche soit déclaré ordre italien et désormais décerné par le roi d’Italie.Dans l’esprit de Napoléon qui le fonda, en juin 1808, cet ordre de chevalerie était destiné à récompenser tous les services rendus au royaume d’Italie, soit dans la carrière des armes, soit dans celles de la magistrature, de l’administration, des Beaux-Arts, etc.—Italien par le but de sa création, il l’était encore par le nom même qui lui fut donné, puisque c’est celui de cette vieille couronne qui, forgée sous Théodelinde, veuve de Autard, roi des Lombards, servit au couronnement d’Argiluiphe, duc de Turin, que cette princesse épousa en 591, à celui de Charlemagne en qualité de roi de Lombardie, de Charles Quint, à Bologne, en 1530, de Napoléon, à Milan, en 1808, et aux autres rois d’Italie.Quand, à la chute de Napoléon, la Lombardie passa sous le sceptre des empe-reuis d’Autriche, l’empereur François 1 se garda bien de supprimer un ordre qui, entre ses mains, devenait comme le symbole des droits qu’il exerçait sur le royaume Lombard-Vénétien, mais il le réorganisa, s’en réserva la grande maîtrise qui devait passer à ses successeurs, et substitua l’aigle impérial autrichien à l’aigle napoléonien.Si, en 1866, l’Italie put réclamer à bon droit la restitution de la couronne de fer enlevée en 1859 de Monza où elle était depuis si longtemps jalousement gardée, pourquoi, aujourd’hui, ne réclamerait-elle pas auprès des chancelleries européennes le droit de retour de l’ordre de la Couronne de fer qui est sien à tant de titres ?L’Italie en était aux joies multiples de ses représailles qui accroissaient son patrimoine artistique national, quand, dans la nuit du 13 septembre, des hydra-survolant Venise lancèrent des bombes incendiaires et explosives qui, atteignant l’asile des vieillards, des édifices privés, endommagèrent fortement l’église des Saints Jean et Paul, l’une des plus importantes de la ville, un vrai musée de l’art vénitien au XVe siècle.Les Dominicains la construisirent en style gothique, lui donnèrent trois nefs, un transept et une coupole.Pendant trois siècles, les plus grands artistes travaillèrent à son ornementation.Martino de Fiesole y sculpta le sépulcre de Tommaso Mocenigo, une merveille de l’art du commencement du XVe siècle, et dans lequel le gothique disparut pour céder la place aux formes élégantes de la Renaissance,—Pierre Lombard y construisit la tombe de Pietro Mocenigo, et Tullio Lombard, celle d’Andrea Vendramin qui sont des œuvres d’une telle importance qu’il est superflu de le rappeler., La République de Venise eut une particulière affection pour cette eghse ou reposaient les restes mortels du Doge qui défendit Constantinople contre Bajazet et de celui qui porta glorieusement les armes vénitiennes à Smyrne, à Négrepont, à Chypre, à Scutari, et chaque année, elle venait officiellement y célébrer l’anniversaire de ses victoires sur les Turcs.Enrichie par toutes les générations, cette eghse gardait la célébré icône de Giambellino et de Caipaccio, des tableaux de Cima de Conegliano, de Lorenzo Lotto et autres vieux maîtres, et une magnifique copie du martyre de saint Pierre par le Titien, qui fut détruite par l’incendie en 1867.La bombe autrichienne, pénétrant par la voûte de la grande net, est allée vions 478 LA NOUVELLE-FRANCE éclater près du mur de l’un des bas côtés, suivant ainsi une ligne diagonale.Les éclats de l’explosion ont atteint les monuments funèbres des doges Mocenigo et Valier.que les nombreux sacs de sable qui avaient été entassés devant eux pour les protéger,ont sauvés de la destruction.—Les tableaux ayant tous été enlevés au début des hostilités, on n’a donc à déplorer la perte d’aucun d’eux; seule, l’œuvre de Piazzetta, qui n’avait pu être transportée, a subi des dégâts, heureusement nullement irréparables.Pour sauvegarder désormais les autres merveilles de Venise, une proposition ingénieuse a été faite au gouvernement italien, par l’intermédiaire de la presse; nul doute que sa prise en considération ne fût une réelle garantie contre la barbarie ennemie.Sa réalisation transformerait Venise en un camp de concentration dans lequel seraient réunis les plus riches Allemands et Autrichiens actuellement détenus dans les diverses parties de l’Italie.La puissance financière et aristocratique austro-allemande serait plus forte pour protéger ce que la religion a de plus auguste, les arts de plus précieux, que la Kullur tant vantée de l’Allemagne, et le monde n’aurait pas à déplorer la destruction systématique de tant de merveilles dont les siècles ont doté la belle Venise.Don Paolo Agosto.BIBLIOGRAPHIE CANADIENNE Fernand Saint-Jacques, Lettres à Claude, chez l’auteur à Québec, 16 rue Laval.Les Lettres à Claude, au nombre de quatre-vingt-dix, couvrent 282 Elles sont renfermées dans un volume in-douze, de belle taille, de belle de bel aspect.Le livre a un air de jeunesse séduisant.Rien qu’à le voir on a envie de le connaître intimement, on a envie de le lire.Et quiconque s’abandonne à son inclination n’éprouve ni déplaisir ni déception : l’intérieur ressemble à l’extérieur; l’âme du livre, si nous pouvons ainsi parler, répond exactement à la forme et à l’apparence du corps.Les Lettres à Claude sont pleines de fraîcheur; elles sont d’une lecture attachante et saine; i lies plaisent et instruisent.Les Lettres à Claude intéressent tout le monde.Mais elles s’adressent aux jeunes, jeunes gens et jeunes filles ; .“Aux jeunes, dit l’auteur, aux étu- diants, aux écoliers et aussi—par ricochet—aux écolières, à tous deux qui veulent se donner l’illusion de correspondre avec un ami qui les comprenne, qui les aime et qui les sermonné en toute amitié.” Les Lettres à Claude fourmillent ou plutôt sont tissées de bons conseils sur la piété, l’obéissance, la charité, le dévouement, la vie de famille, l’esprit chrétien et même l’esprit catholique, la mortification, le devoir, le travail, la conversation, la tenue, la politesse, les lectures, le style, etc.Elles touchent à une multitude de sujets; riles prêchent on pourrait dire toutes les vertus naturelles et surnaturelles, visant une fin très élevée: le perfec!ionnement de tout l’homme.Dans sa préface M.Saint-Jacques nous fait cet aveu: “ Les Lettres à Claude sentent leur jeunesse.L’auteur ne se le dissimule pas; il sait que, recommencées dans dix ans, elles seraient plus sérieuses, plus mûries, plus cohérentes ”.Un auteur qui s’apprécie avec tant de justesse, qui aperçoit si bien les lacunes de son ouvrage et qui fait une confession si sincère, s’en va vite vers la maturité; nous croyons qu’il y sera rendu avant même que dix ans soient passés.Les Lettres à Claude constituent une œuvre de jeunesse: si, comme le regrette M.Saint-Jacques lui-même, elles n’ont point le caractère d’une pleine maturité ni de la force et de la cohérence doctrinales, elles sont excusables.Et autant pages, tournure, BIBLIOGRAPHIE ÉTRANGÈRE 479 que le fond, nous excusons le style, simple, alerte, claire, mais un peu uniforme de ton, qui n’a acquis ni sa personnalité complète ni sa trempe définitive.Telles qu’elles sont, les Lettres à Claude dénotent un tarent fécond et méritent une bonne mention honorable.Et elles feront du bien.Jeunes gens, prenez et lisez.C.L.Une paroisse d’avenir, Laflèche, Saskatchewan.Sous ce titre attrayant, l’Association catholique franco-canadienne de ce centre déjà florissant raconte, dans une brochure de 16 pages, avec illustrations d’après nature, ce qu’est devenu leur domaine après dix années d’existence.Il ne s’agit pas ici de réclame pour faire valoir des terres plus ou moins colonisables, avec chance de déception et de découragement pour les naïfs qui s’y sont laissés prendre, mais d’une vraie paroisse canadienne-française, déjà organisée, qui invite les compatriotes à venir partager sa prospérité.L’âme dirigeante de cet appel est un prêtre de France, qui a su vite saisir la vraie situation, et trouver, dans les plaines fertiles de l’Ouest, l’occasion d’exercer à la fois son talent de colonisateur et son zèle de pasteur d’âmes, de façon intelligente, patriotique et apostolique.Puisse sa brochure renseigner et attirer des recrues dignes de celles qui se sont les premières rendues sur place et qui clament aujourd’hui à tout bon entendeur, avec statistiques à l’appui, l’heureux placement qu’ils ont fait de leurs capitaux en argent et en énergie.L.L.BIBLIOGRAPHIE ETRANGERE Robert Vallery-Radot, Anthologie de la poésie catholique, depuis Villon jusqu’à nos jours, in-12.Paris, Grès, 356 pages.Nul ne peut mieux que l’auteur nous dire quel esprit a présidé à la composition de ce recueil : “ Nous ne croyons pas qu’un poème, par le fait seul qu’il invoque un Dieu quelconque, élève et purifie l’âme ; trop souvent, sous le Nom Incommunicable, la poésie exalte nos passions ou nos chimères ; à plus forte raison quand elle s’adresse à l’Idéal et autres idoles creuses.Nous avons donc écarté tous les poèmes de vague spiritualisme, trouvant plus neuf, plus émouvant et aussi plus utile, de rechercher dans notre littérature lyrique les vers qui célèbrent les réalités de notre foi : l’Etre personnel de Dieu, sa présence dans le monde et sa puissance, l’Incarnation de son Fils unique, la Rédemption, la Communion des saints, la Remission des péchés, la Résurrection de la chair et la Vie éternelle, en bref, les adorables vérités qui sont notre pain quotidien.” C’est encore l’auteur qui écrit : “ Désormais, la fiction mythologique est bien morte en poésie et l’on ne voit plus sous quels avatars elle pourrait revivre.Il n’y a plus que deux partis à prendre : ou le culte minutieux et désespérément puéril de l’instant qui s’écoule et de la chair qui se fane, ou l’adoration de l’Eternel en qui tout vit.Jamais les symboles de notre foi ne nous sont apparus avec autant d’éclat dans leur immortelle jeunesse, et n’ont sollicité avec plus de séduction nos rêves les plus héroïques et les plus tendres.Un royaume presque inconnu à la poésie séculière, et où seul Dante a osé s’aventurer, s’ouvre maintenant à nos yeux éblouis de tant de richesse : le royaume de la Grâce.L’art semble le pressentir qui revient à l’étude des mystiques, etc.” On voit déjà ce qu’un esprit si élevé, un sens religieux si profond et éclairé, a pu choisir dans la poésie catholique française, “ non les pièces les plus ignorées, mais les plus dignes en effet d’être choisies.” Tout le livre est sain, bienfaisant à l’égal des meilleurs ouvrages de piété, je dis “ les meilleurs,” car les bons, ou soi-disant 480 LA NOUVELLE-FRANCE tels, ne valent pas cher.Après Charles d’Orléans, Villon, Ronsard, du Bellay, Desportes, Bertaux, Malherbe, Arnaud d’Andilly, Corneille, Racine, Bossuet — saviez-vous que Bossuet était grand poète?— viennent Madame Desbordes-Val-more (La Couronne effeuillée, Les Sanglots, etc.), Lamartine (La Presence reelle.Prière, 0 voix surnaturelle, etc.), Victor Hugo (Écce homo, La Redemption, etc.), Paul Verlaine (6 pièces : C’est la Jête du blé.), Germain Nouveau (Gloire aux cathédrales), Verhaeren, Le Cardonnel, Mithouard, Francis Jammes (5 pièces), Paul Claudel (7 pièces), Louis Mercier, Charles Guérin (10 pièces), Charles Péguy (5 pièces), dont Prière pour nous autres charnels) ; Victor Kinon (Dédicace de la maison, une beauté), Thomas Braun, Albert Fleury, Aimé Lafon.D’autres noms et d’autres poèmes que l’index néglige de faire connaître, apparaissent dans un appendice malheureusement trop court: André Lafon (extrait de La Maison pauvre), François Mauriac (Mains jointes), Armand Praviel (Cantique des Saisons), Charles Grolleau, (auteur de Sur la Route claire, un pur chef-d’œuvre, dont une seule pièce est citée ici), André Delacour, Louis Pise, Bonté, Nouet, Nothomb, Sylvercruys, et enfin M.Vallery-Radot lui-même (Impropères, l’Eau du Puits).Donnons au moins cette fin d’un sonnet de M.Grolleau : C’est pouquoi me voici, très pauvre, devant Vous, Balbutiant encore et cependant jaloux, O Verbe! d’être un peu l’humble écho de Vous-même.Et je sens dans mon coeur monter comme la mer, Plus tendre et plus puissant que les mots de la chair, Un silence divin qui prie et qui vous aime.Donnons aussi deux strophes de M.Vallery-Radot : Alors sans mon amour tu n’aurais pas pu vivre ; Ton épaule docile attendait mon fardeau, Et tu partais, dès l’aube, ardent à me poursuivre, A travers le désert sans feuillage et sans eau.Tu ne trouvais jamais l’oasis trop lointaine, Mais fidèle aux sentiers que je t’avais tracés, Tu te hâtais, sachant que j’étais la fontaine Et le palmier dont l’ombre est fraîche aux yeux blessés.P.c.Russie et Démocratie.—La pieuvre allemande en Russie, par G.de Wesselitsk.Introduction par Henry Gust.Traduit de l’anglais par M.de Vaux-Phalipau, In-8, 2.50.(P.Lethiellieux, éditeur).—Nouvelle preuve de l'habileté avec la- quelle se fait la conquête allemande des pays étrangers en temps de paix.Ces infiltrations en Russie ont failli faire de ce vaste pays comme une vassale de la Bocherie, Convaincante démonstration.L’avertissement peut avoir sa valeur.D’autres infiltrations, bien que non allemandes, mais tout aussi dangereuses se font chez nous.Peut-être n’avons-nous pas l’oeil assez ouvert et sommes-nous trop indifférents I c.Le Directeur-propriétaire, Le chan.L.Lindsay Imprimerie de L’ÉVÉNEMENT, 30 rue de la Fabrique, Québec.
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