La Nouvelle-France : revue des intérêts religieux et nationaux du Canada français, 1 mars 1910, Mars
LA NOUVELLE-FRANCE REVUE DES INTÉRÊTS RELIGIEUX ET NATIONAUX DU CANADA FRANÇAIS QUÉBEC, MARS 1910 Tome IX N° 3 BIBLE ET SCIENCE LE PRÉTENDU CONFLIT ( Second article ) IV BUTS DIFFÉRENTS DK LA BIBLE BT DE LA SCIENCE Ces objections sont de poids, et l’on ne saurait refuser d’en tenir compte.Remarquons toutefois que les divers systèmes qui viennent d’être examinés auraient eu bien moins raison d’être si l’on eut moins perdu de vue, depuis un siècle, cette vérité rappelée récemment dans les Encycliques de Léon XIII et de Pie X, à savoir que le but des auteurs de la Bible, et notamment du Pentateuque, n’a rien de commun avec le dessein d’enseigner aux hommes les sciences de la nature 1.Ce soin a été abandonné aux 1 L’opinion contraire et manifestement erronée avait été poussée si loin qu’il a pu se trouver, vers la fin du XIXe siècle, un pieux missionnaire, Jean Baptiste Aubry, d’ailleurs érudit et versé dans toutes les sciences, pour con- 98 LA NOUVELLE-FRANC* recherches, à l’investigation des hommes ; Tradid.it mundum ditputationi hominum, dit l’Ecclésiaste, III, 11 1.Et comme ces connaissances ne sont d’aucune utilité nécessaire ou directe pour le salut éternel des hommes, seul but des écrivains inspirés, il serait absolument vain de chercher, dans les allusions aux phénomènes naturels épars dans la Bible, aucune indication scientifique, si ce n’est ce qui peut intéresser l’histoire de l’évolution des sciences.On pourrait, du même point de vue, rechercher les notions astronomiques introduites par Homère dans l’Iliade sacrer un in-octavo de XVII-387 pages à la démonstration de cette pré ten * due vérité : que le principe, le point de départ de toutes les sciences, mathé" matiques, physiques et naturelles, théoriques et appliquées, se trouve dans la Bible.Ce volume, publié après la mort de l'auteur par son frère, M.Augustin Aubry, curé de Dreslincourt (Dép* de l’Oise), était intitulé : Quelques idées sur la théorie catholique des sciences et sur la synthèse des connaissances dans la théologie ; 1894.Où trouver Vindication certaine, authentique de l’ordre et de l’harmonie que Dieu a mis dans les choses de la nature, dans les mouvements des astres, comme dans les révolutions du globe terrestre, dans les phénomènes atmosphériques, dans la distribution de la flore et de la faune sur la terre, comme dans la physiologie des animaux, des plantes, etc., etc.7 i Dans la Bible, évidemment >, répond Jean Baptiste Aubry.Il prétend chercher.et trouver, dans les dogmes révélés et dans les textes sacrés, l'inspiration première de toutes les sciences ; il veut y voir leurs données primordiales, un peu à la façon dont les axiomes de la mathématique renferment implicitement tous les théorèmes et les vérités déduites dans l’ensemble des sciences qui en découlent.Il n’est pas jusqu’à la médecine et à le pharmacie que l’auteur ne veuille rattacher à une origine théologique.Avant même que les Encycliques citées ci-dessus eussent réduit à néant une pareille prétention, je ne crois pas que les plus enthousiastes concordâtes aient jamais été jusque là.Une réfutation de l’ouvrage posthume de J.B.Aubry a été donnée dans la Revue des questions scientifiques de Bruxelles en janvier 1895, sous ce titre : La théologie et la synthèse des sciences.1 La chose a été rappelée notamment par Léon XIII dans l’Encyclique Providentiaaimus, où le Souverain Pontife cite, en se l’appropriant, ce passage du De geneai ad litt.de saint Augustin, 1.11.c.9, 20, appliqué aux auteurs sacrés : Spiritue Dei, gui per ipsot loquebatur, noluisse ista (videlicet intimam adipectabilium rerum constitutionem) docere homines, nulli saluti profutura.L’esprit de Dieu, qui parlait par leur organe (l’organe des auteurs sacrés), n’a pas voulu instruire les hommes de ces choses (la constitution intime des choses visibles et apparentes) qui ne pouvaient être d’aucune utilité pour leur salut). 99 BIBLE ET SCIENCE et l’Odyssée ; elles nous renseigneraient sur les idées que se faisaient les Grecs de son temps touchant ces grands phénomènes naturels.Quand les auteurs sacrés sont amenés, de leur côté, soit à faire allusion à ces phénomènes, soit à les décrire conformément aux apparences et aux notions qu’en avaient leurs contemporaine, soit encore à en retracer les origines, ils ne le font en quelque sorte qu’iucidemment et uniquement en vue du but spirituel qui était le leur.C’est ainsi que je ne sais plus quel Docteur ou Père de l’Eglise, faisant allusion aux sciences cosmogoniques et jouant sur les différentes acceptions du mot ciel, disait que les Saints Livres n’ont pas été écrits pour nous apprendre comment va le ciel, mais bien comment on va au ciel.Il n’en est pas moins vrai que la Bible contient des descriptions de l’espace céleste, des astres, de la Terre, de la mer, des îles, des montagnes, des végétaux, des animaux et surtout de l’homme, qu’elle nous renseigne sur l’origine, la genèse du monde, d’où le titre du premier des cinq livres du Pentateuque.Elle contient donc, avec une cosmogonie générale,"une géogénie, quelques données de géodésie et des fragments d’histoire naturelle.Or, ce qui n’est pas contestable, c’est que histoire naturelle, géodésie, géogénie, cosmographie, cosmogonie, diffèrent profondément dans la Bible de ce qu’elles sont d’après la science de nos jours.Qu’en devons-nous conclure ?Simplement ceci : les écrivains sacrés s’adressant avant tout aux hommes de leur temps, s’appuyèrent, pour décrire les phénomènes naturels, sur les connaissances, sur la science de leur temps, telle qu’ils la connaissaient eux-mêmes.Pour qu’ils l’eussent dépassée, il eût fallu que VEsprit-Saint les eût favorisés, en outre de l’inspiration générale et purement spirituelle, d’une inspiration spéciale et purement scientifique.Or tel n’était pas—tel ne pouvait être—l’objet de l’inspiration divine qui ne visait qu’à promouvoir la vie spirituelle et à préparer le salut des hommes.D’ailleurs, comme on le disait tout à l’heure—et c’est contre le concordisme une sérieuse objection—les sciences de la nature sont essentiellement changeantes.Supposé, par impossible, que l’auteur de la Genèse eut décrit l’origine de l’univers, la formation du globe terrestre, l’apparition successive des végétaux et des animaux d’une manière adéquate aux données reçues de notre temps en cosmogonie, géologie, paléontologie, etc.; pre- 100 LA NOUVELLE - FRANCE mièrement les contemporains de Moïse n’y auraient rien compris, et pas davantage les innombrables générations qui se sont succédé depuis lors jusqu’au cours des XVIIe et XVIIIe siècles ou au commencement du XIXe.Aujourd’hui encore, en dehors du monde des esprits cultivés, c’est-à-dire de l’élite, le populaire n’y comprendrait pas grand’chose.Il y a mieux.Ce qui nous paraît aujourd’hui s’approcher de la vérité scientifique sinon l’atteindre—car en cet ordre de contingences on n’obtient jamais qu’une vérité approchée—en sera peut-être aussi éloignée aux yeux des savants du XXIXe ou du XXXe siècle, que le sont aujourd’hui pour nous les conceptions scientifiques des contemporains de Moïse ou du moyen-âge égyptien 1.Cependant la Bible s’adresse aux hommes de tous les temps, aussi bien à ceux des siècles postérieurs au nôtre qu’à ceux qui l’ont précédé.Ses auteurs devaient donc, même sous l’inspiration divine, exposer leur enseignement doctrinal conformément à la mentalité (comme on dit aujourd’hui) du peuple et du temps auquel ils s’adressaient et en l’enveloppant d’un revêtement scientifique qui tût à leur portée.1 Peut-être même dans moins de temps.En avril 1909, un écrivain scientifique, savant distingué lui-même, M.l’abbé F.Bourgeat, publiait, dans la revue mensuelle de Lille : Les question» ecclésiastiques, une étude très suggestive sur La crise des théories scientifiques, dans laquelle, prenant à partie, entre autres, celles de la -Conservation de l’Energie > et des .C’est moi qui souligne.Quant au dernier membre de phrase, il est bien conforme à la vérité.1 Voir Life and Traditions—Turtoosaqu—« ledge door » (p.131).C’est le même mot.5 Manuscrit conservé au Cap Breton.4 Un missionnaire de la Rivière-du-Loup écrivait en 1677 : « Les Gaspé-siens fou Micmacs de la péninsule de Gaspé) sont ici comme dans un pays étranger» (Rel.inid.Douniol 1861, t.2, p.164) . UNE TRIBU PRIVILÉGIÉE 129 formation du premier.Les anciennes relations ignorent totalement le nom de Micmacs ; le Père Biard et Lescarbot, comme Champlain, ne parlent que des Souriquois, un nom local ou régional.1 Le Père Lallemant nomme les sauvages du Cap Breton, « les Souriquois qui sont plus avant dans les terres, ceux des Miscou et de Gaspé, etc.» 2.Le Père Leclercq nomme ses sauvages Gaspésiens, nom local également.Il est possible encore que les Micmacs aient voulu cacher intentionnellement leur véritable nom, que l’on trouve mentionné officiellement pour la première fois dans une liste de présents faits à la tribu en 1693.3 Mais il est certain que tous ces noms locaux ne désignaient qu’un seul peuple ayant un même chef et une même langue.4 Leur célèbre capitaine Memberton, pour réunir ses guerriers en 1607, fit parcourir tout le pays depuis le Cap Sable et Canso jusqu’à Gaspé.Les Français ont généralement appelé ce pays Acadie ou Arcadie, du mot micmac algatig : qui vient de algatigei, « s’établir, demeurer, camper çà et là»; pour indiquer un village ou une colonie particulière, ils disaient etlagatig, de là Tracadie.Mais ce n’était pas le nom micmac, que j’appellerai politique ou national, du pays.Et les Français eux-mêmes entendaient par Acadie très spécialement cette partie de la Nouvelle-Ecosse qui s’étendait du Cap Sable à Canso.C’est le témoignage de Denys 5 6 ; et le Père Lallemant (l.c.) dit qu’entre les rives de la mer d’Acadie (lisez le Sud de la N.-E.et du N.-B) et le grand fleuve sont les Etchemins, etc.Le Père Vétromile dans son Histoire des Abênaquis, (p.66), dit que l’Acadie s’étendait de la rivière Penobscot au Cap des Rosiers et se divisait en quatre parties, dont la troisième allait du Cap Sable à Canzeaux ; cette région fut nommée Acadie par les Français, (c’est-à-dire que le mot sauvage « Acadie » lui fut appliqué par les Français) et « Nou- 1 Voir Documents de la Nouvelle-France, t.I, p.26.—Bourinot, Oape Breton, p.14.*.Bel.de 1640, chap.10.- 5 Ibid., t.2, p.129.Aujourd’hui même les Micmacs se désignent toujours entre eux par des noms locaux, Onamag, ceux du Cap Breton, Listogo-tjeoag, ceux de Bistigouche, Epegoitnag, ceux de Pile du Prince-Edouard, Otagamgogeoag, Terreneuviens, etc.4 « L’Acadie est cette partie de la Nouvelle-France qui regarde la mer et qui s’étend depuis la Nouvelle-Angleterre jusqu’à Gaspé, où proprement se rencontre l’entrée du grand fleuve Saint-Laurent ; cette étendue du pays porte un même nom, n’ayant qu'une même langue ».(Bel.de 1659, 3e lettre) 6 Description géographique, etc., c.3. 130 LA NOUVELLE - FRANCE velle-Ecosse » par les Anglais.Du temps même de l’abbé Maillard (1735-1762), non seulement le Cap Breton en était exclu, mais aussi la région d’Antigonish.Car dans un manuscrit du collège Sainte-Marie, Montréal, (p.46), à la question « D’où esta ?» l’abbé Maillard fait répondre par ces mots : « Du Cap Breton, de Naktigonneick (sic), de l’Acadie, de l’Ile Saint-Jean.” Pour Acadie, il met en micmac Tagmog qui veut dire, « de l’autre côté du détroit : » il demeurait lui-même au Cap Breton.Pour l’île Saint-Jean ou île du Prince-Edouard, il met Epegoitg, « couchée dans les flots : » c’est encore aujourd’hui son nom micmae-Pour Antigonish, il met Nalitgoneich ; les sauvages disent à pré.sent Naligitgonielj, « passage ouvert par ébranebement.» Après ces quelques mots sur leur situation géographique passée et présente, venons aux traits caractéristiques qui me semblent rendre cette tribu particulièrement intéressante.I Le premier que je mentionnerai, c’est que cette tribu ne dégénère pas.Les autres diminuent graduellement ; plusieurs sont éteintes ou menacent de disparaître, tandis que celle-ci est aussi nombreuse, aussi vivace que jamais.Du reste, on n’a pas moins exagéré son importance numérique d’autrefois que sa prétendue déchéance actuelle.Un rapport manuscrit du 1er juin 1840 la mission de Ristigouche dit que ces Indiens sont les débris épars d’une tribu jadis nombreuse 1 *.Un autre manuscrit de 1812, qui appartenait au regretté abbé Raymond Casgrain, exagère encore davantage.L’auteur appelle cette nation « une des plus nombreuses et aussi des plus malheureuses de toute l’Amérique du Nord.» Ni l’un ni l’autre ne me semble vrai.D abord, elle n’est pas nombreuse et ne l’a jamais été.Aussi loin qu’on peut remonter dans l’histoire, on n’arrive pas à trouver plus de 4000 âm< s dans toute la tribu 3 j et, phénomène peut-être unique, ce 1 John Wilkie, protonotaire à New Carlisle.Copie authentique aux archives de Risiiuouche.» Le Père Biard en 1611 (voir sa Relation, o.6, ed.1858, p.15), ne comptait que 3000 à 3500 Sounquois.L’abbé d- l’Isle Dieu écrivait vers I760que aies sauvages de l'Acadie étaient plus de 3000 (Canada Français, t.l,Doc.p.51).v * 1 Their numbers probably ranged from three to four thousand whde the French occupied those countries (Boürinot, Cape Breton,p.34).Le Père Lallemant dit des nations nommées ci-dessus, « mais elles sont toutes bien petites.» sur UNE TRIBU PRIVILÉGIÉE 1.1 chiffre est à peu près le même aujourd’hui.Déjà M.Hannay, dans son histoire del’Acadie,affirmait en général,comme tout le monde, que les Indiens diminuent plutôt qu’ils n’augmentent1 ; mais il remarquait cette singulière exception en faveur de ceux de l’Acadie 2 *.Plus tard le Dr Rand écrivait : « On est communément sous l’impression que les Micmacs vont s’éteignant, comme les antres ; mais il suffit de prêter quelque attention aux statistiques pour se convaincre, au contraire, qu’il y a chez eux une augmentation constante 8.Cette augmentation, il est vrai, est peu sensible, mais le maintien de la race, quant au nombre, est désormais un fait acquis.« Ils sont aujourd hui, écrivait M.Dionne, en 1891, 4108 individus » 4 *.En 1902 j’ai fait moi-même un recensement détaillé de toute la tribu : ils étaient 3850 au Canada et 200 à Terreneuve.Ces chiffres no varient guère.M.Rouillard mettait, en 1906, 3812 au Canada 6 *.Ayant eu l’année dernière l’occasion de me renseigner sur certains groupes non compris dans les rapports, j’ai trouvé 42z4 Micmacs, en comptant ceux de Terreneuve et un tout petit nombre aux Etats-Unis.Les Micmacs donc ne diminuent pas.Il faut avouer, hélas 1 1 The Indians rather diminish than increase in number.» History of Aca-iw, p • 58).* (c No material decrease has taken place in their numbers since the first settlement of thelcountry.» (Ibid, p.63).« The Micmacs of Acadia number (1871) nearly 3000, whi«'h would represent a force of 600 warriors ; it is doubtful if their numbers were ever much greater (Ibid, p.43).» 5 Rand and the Micmacs, by J.S.Clark, p.13.4 Champlain, p.187.Il établit ensuite ce contraste : « tandis que les Ma-lécites ou Etchemins, qui étaient 5000, ne sont plus que 880 ».De même, d’après l’abbé Maurault, les Abénaquis comptaient encore 2000 àuies en 1760; cent ans après il n’en restait que 350 (Histoire des Abénaquis, p.360; voir aussi la préface).Je ne sais si ce chiffre était bien exact, ou de quelle manière l’auteur a fait son calcul ; car, en 1909, la statistique officielle du Canada donnait 293 Abénaquis à Saint-François et 27 à Bécancour.D’un autre côté, en 1897, ceux de Oldtown, Me., étaient 390, d’après l’abbé Cas- grain (Sulpiciens, etc., p.259), qui ajoute que cette population tend plutôt à décroître qu’à augmenter.Il en resterait donc aujourd’hui encore 700 environ.Terminons par cette réflexion, qui nous ramène si bien à notre sujet: elle est du Père Eugène Vétromile, un autre historien des Abénaquis (The Abenakis and their History, New-York, 1860, p.63): « The Abenakis have disappeared with the exception of a few left in Canada.The Etchimie are vanishing away very rapidly.The Montagnais are in the same condition.The Micmacs are at present the only standing nation that can represent the red man of the Northeast ».• Noms géographiques, p.13.Il y a une erreur typographique évidente. 132 LA NOUVELLE - FRANCE qu’ils n’augmentent guère.Les familles seraient assez nombreuses ; les mères de dix enfants et plus ne sont pas rares.Mais la mortalité infantile est considérable.La phtisie et l’alcool sont les grands ennemis des sauvages, surtout parce qu’ils ne savent pas les combattre par l’hygiène et une bonne alimentation L Ainsi la tribu des Micmacs n’a jamais été nombreuse, elle n’augmente pas, mais elle se maintient malgré les obstacles.On pensera peut-être qu’elle se laisse absorber par l’élément blanc et qu’elle s’éteindra ou disparaîtra ainsi.Je ne le crois pas.Il est vrai qu’il y a beaucoup de mélanges, légitimes et criminels ; mais il suffit d’un petit nombre de générations pour ramener le type sauvage.J’ai même remarqué que les derniers enfants des familles mixtes sont moins blancs que leurs aînés.Et puis leur attachement à leur belle langue est une garantie de cohésion et de permanence.Ils se l’apprenaient de père en fils longtemps avant d’avoir des écoles.Aujourd’hui à l’école ils apprennent surtout l’anglais, la langue des affaires ; «le micmac, disent-ils, nous le savons par nature» Ils le savent et ils l’aiment.Ils transcrivent eux-mêmes leurs cahiers de prières et de chants, 1 Voici comment une revue des Capucins aux Etats-Unis, Seraphic Child of Mary, (Ja.n.1910, p.3), relevait la réflexion mélancolique d’un journal : « Last of the Algonquins ».Under this heading, the Meto World of Chicago (Nov.27,1909) says : « A small settlement of twenty-three families at Bay d’Espoir, south coast of Newfoundland, is all that is left of the Algonquin Indians.These families bear the tribal name of the Micmacs, are Catholics, and are, to a certain degree, educated ».A glance into the Catholic Encyclopedia or some other pertinent publication will show that this is an error.To say that the Algonquins are reduced to twenty-three families is putting it rather strongly, when one remembers that the Micmacs, the Malecites, the Monta-gnais and others belong to that Indian family.Undoubtedly the writer in the New World meant to speak of Newfoundland alone, but he fails to say so : and even then it would be true speaking of the village of Conn River only, because elsewhere, there are about as many Micmacs scattered all over the Island.But heading and article are general : « All that is left of the Algonquin Indians ».Now, to mention only the Micmac Indians,_the tribe is far from decadent, is even prospering ; the official statistics place their number at over 4,200.They are, a little more than to a certain degree, educated.I he postmaster at Conn River is an Indian, whose office is patronized not only by the Indians but by the whites of the neighborhood very extensively ; the school mistress is a graduated Micmac young lady who masters the English language as perfectly as her own Micmac tongue ; the Chief is able to address his people in church, in the absence of the priest ; a dozen of regular subscribers receive and read The Micmac Messenger .And so is it in Canada also, more or less, in all Micmac settlements. UNE TRIBU PRIVILÉGIÉE 133 et ils correspondent entre eux continuellement de tous les coins du pays.Outre quelques ouvrages imprimés selon leur manière d’écrire, ils ont un petit journal mensuel, Le Messager Micmac.Souvent leur propre correspondance peut être publiée sans modifications importantes.Quelques-uns sont très féconds, diffus, si vous voulez ; ils répètent à satiété la même chose, de sorte que dix grandes pages ne fournissent pas la matière d’une bonne colonne ; mais il y en a aussi qui écrivent très bien, d’une manière sensée et élégante.Ils se sont servis autrefois de caractères hiéroglyphiques, que nous avons encore ; j’en ai vu un gros volume manuscrit au Cap Breton ; d’importants extraits en ont été imprimés à Vienne en 1866.Mais ils sont presque laissés de côté maintenant, et c’est à peine regrettable.Très commodes pour exprimer les idées générales, les hiéroglyphes sont plutôt inutiles et même nuisibles, quand il s’agit d’en préciser les nuances.L’écriture alphabétique est bien plus avantageuse, et c’est maintenant la seule en usage parmi les Micmacs.Leur alphabet n’a que douze lettres 1 ; sauf deux ou trois variantes, c’est le même de temps immémorial par tout le pays, depuis Ristigouche jusqu’à Terren eu ve.Un grand nombre parlent correctement et au besoin écrivent l’anglais, ou même le français, quand ils ont affaire aux blancs.Mais il est remarquable qu’entre eux ils ne se servent jamais que de leur propre langue.Non certes, ils ne sont pas près de disparaître, ni par extinction ni par absorption.Enfin, il serait faux de prétendre qu’ils soient plus malheureux que les autres Indiens.Pourquoi le seraient-ils ?Ils ont peu et ils se contentent de peu.S’ils avaient beaucoup, ils gaspilleraient beaucoup.Ils ne travaillent guère pour mettre de côté : c’est pourquoi les mauvaises saisons, la maladie et les accidents les surprennent toujours, mais quand ils sont capables, ils trouvent aisément de l’ouvrage, malgré leur inconstance naturelle.Ils sont patients dans les revers, rarement on les voit tristes.Il est vrai que les blancs ne leur ont pas toujours rendu justice: c’est qu’il n’est réellement pas aisé de traiter avec eux ; il faut un mélange de douceur et de fermeté, de ménagements et d’autorité, Ce dernier est un 1 Voici ce petit alphabet : aeitoglmn p s t tj.caractère spécial à la langue, représenté en typographie par cette double consonne, faute de mieux.J’ai cru pouvoir adopter moi-même cette nière si universelle d écrire dans la tribu, au lieu de chercher à leur imposer un système plus complet en théorie, mais moins facile en réalité, moins utile en pratique.J’ai seulement ajouté les majuscules, les e muets, et la ponctuation qu’ils n’employaient pas.ma- 134 LA tJOÜVKLLE - FRANCK qui se rencontre rarement.Il y a chez eux une apathie et un orgueil qui vous déconcertent ou vous irritent.lien résulte qu’on se rend aisément coupable d’injustice à leur égard.Leur imprévoyance permet aussi de leur arracher, à peu de frais, un consentement à l’aliénation de leurs droits et de leurs propriétés, qu’il» regrettent après coup en en reconnaissant la folie.S’ils résistent parfois, ils le font de manière à mettre les torts de leur côté et à rendre leur situation plus difficile; d’ailleurs leur courage momentané s’émousse devant la ténacité des races envahissantes.Aussi, les Micmacs sont-ils partout comme resserrés dans leurs petites réserves, où ils ne pourraient vraiment pas vivre, quand même ils le voudraient, et ils se gardent bien de le vouloir ; ils cherchent ailleurs leur subsistance.Il y a même des réserves entièrement abandonnées.Mais tout ceci ne les empêche pas de jouir d’un bonheur relatif; ils oublient leurs rdisères ou hs supportent pour l'amour de Dieu, en comptant sur la providence de leur Père céleste, qui ne fait pas défaut.Heureusement aussi les individus n’ont pas la liberté de vendre leurs terres aux blancs, sans le consentement de la bande et sans l’autorisation du gouvernement.Le jour où cette permission leur serait accordée sans restriction marquerait le commencement d’une décadence qui irait vite jusqu’à la ruine de la tribu comme telle.Que de fois les blancs jettent des yeux de convoitise sur notre magnifique Pointe de la la Mission à Ristigouche, ou sur cette petite Réserve perdue dans la grande ville de Sydney ! Mais les Micmacs résistent davantage aujourd'hui ; ils apprécient plus justement la valeur du peu de terrain qui leur reste ; ils s’adonnent à l’agriculture et plusieurs réussissent très bien.L’une des principales décisions du Grand Conseil International de Caughnawaga, auquel se rendirent les délégués Micmacs, aux mois d’août et septembre 1859, est aussi conçue: «Conservons nos terres; que personne ne se permette d’en aliéner même un pouce, car c’est là désormais que se trouve notre subsistance, pegatj >tementj gmnga-migeminal, m.anen ntnisgetj nititjina, meta natei naeteg gmimaljoa-geneminoa h » Voilà qui est sage.De fait, avec la religion et la langue, c’est la culture de leurs terres qui permettra aux Micmacs, non seulement de se maintenir, comme par le passé, quant au nombre, aux qualités natives de leur race, et à leur type primitif, mais encore de s’élever, d augmenter et de progresser à tous les points de vue.fr.Pacifique, o.m.o.1 Manuscrit conservé au Cap Breton" AU UOÜVEAU-MEXIQUE il SANTA-FÉ 1° APERÇU ACTUEL A Lamy, petit village mexicain portant le nom du premier éveqne de Smta-Fé, laissons partir non sans resrrct la conlorta-h\e Calif or nia Limited qui nous a amenés de Chicago et qui file maintenant à toute vapeur vers la côte enchanteresse du Pacifique.Prenons place dans le modeste train de 2 ou 3 voitures qui raccorde la capitale du Non veau-Mexique à la grande ligne.C’est un petit voyage d’environ 50 minutes.Par des lacets à pente rapide on atteint le haut et vaste plateau sablonneux sur lequel Santa-Fé est construite à environ 700') pieds d’altitude.La ville, qui compte actuellement 8000 habitants, est abritée par des montagnes dont les pentes boisé-s et les sommets arrondis forment un décor de fond très pittoresque, surtout lorsqu’on hiver la neige rutile sous la tiède caresse du soleil.Le train passe auprès des importants bâtiments de la Pénitence rie et de l’école indienne et bientôt arrive en gare.Prenons là, pour la modique somme de 25 sous, une des voitures à deux chevaux qui sollicitent notre clientèle.Non loin de la station s’élève l’église de N.-D.de la Guadalupe qui contient, entre autres antiquités, une grande peinture sur toile : l’apparition de la Sainte Vierge à l’Indien Juan Diego, et le même sujet peint sur cuivre par Salcedo, en 1779.Mais la meilleure route pour entrer en ville passe devant le Capitole.Brûlé le 12 mai 1892, il fût reconstruit depuis et est considéré comme le plus beau des monuments publics de son prix.A côté se trouve la haute et élégante habitation du gouverneur du Territoire.En passant sur le pont, si l’on regarde en amont de la rivière de Santa-Fé, on voit sur la rive droite le Collège Saint-Michel, le premier du Nouveau-Mexique, fondé en 1859 par les Frères des Ecoles Chrétiennes.La chapelle n’est autre que l’antique San Miguel, la plus vieille église des Etats-Unis, bâtie au début du 17e siècle, partiellement détruite durant la rébellion des Indien» Pueblos, en 1680, rétablie en 1693 et restaurée en 1710.Sur l’autre rive, se trouvent le couvent, la belle chapelle due à un architecte français, et l’académie des Sœurs de Lorette, qui date de 1852 et est donc la plus ancienne école du sud-ouest. 136 AU NOUVEAU-MEXIQUE La résidence épiscopale est située immédiatement derrière le jardin des sœurs.Mais notre voiture passe devant deux banques et entre dans la rue San Francisco, la plus active de la ville, bordée de magasins de toute sorte.A son extrémité supérieure la cathédrale inachevée, de style roman, bâtie en 1870 par un architecte français, montre ses tours sur l’emplacement de l’ancienne église espagnole, appelée San Francisco, et qui avait été reconstruite en 1730.L’école paroissiale avoisine.Fions arrivons sur la « Plaza », le cœur de toutes les vieilles cités espagnoles.C’est un immense carré, agrémenté d’un jardin public, avec, au centre, une pyramide élevée à la mémoire des soldats tués dans les rangs de l’armée fédérale, et sur un côté, un kiosque pour la musique.A un angle de la place aboutissait l’ancienne et fameuse route par laquelle les caravanes, chargées de marchandises manufacturées dans l’Est, venaient de Saint-Louis et de Kansas City, à travers les plaines, au pérd des tempêtes de vent, de pluie ou de neige, et des attaques incessantes des Indiens, ces pirates des prairies.L’autre côté de la place est bordé par avenue Palace, longue, ensoleillée, tranquille au milieu de bourgeoises résidences.Les nouveaux bailments de la Poste, du Sanitarium des Sœurs de Charité et du Palais de Justice achèvent d’embellir cette avenue.Deux autres lui sont perpendiculaires et partent des angles delà même « Plaza, » complétant ce quartier nouveau et plaisant des résidences.L’une, l’avenue Washington, conduit à la Bibliothèque et à l’Armurerie de la Garde Nationale, l’autre, l’Avenue Lincoln, passe devant le « Fire Department, » le Théâtre det « Elks », et s’arrête à la façade du« Federal Building.» Mais tous cela est trop neuf pour être bien intéressant.Revenons à la « Plaza » pour contempler, en songeant à son passé, l’ancien palais des gouverneurs.C’est un long bâtiment en adobe l, dont l’unique rez-de-chaussée précédé d’un porche couvre tout un côté de la Place.Ce n’est pins maintenant qu’un musée et une école d’archéologie; mais, pendant plus de 300 ans,des gouverneurs espagnols, mexicains, puis américains, l’ont occupé.Dans l’une de ses chambres, le général Lew Wallace, étant 1 Adobe, brique de boue séchée au soleil.Les demeures mexicaines et indiennes étaient toutes construites en adobe.Cela dure très longtemps. 137 LA NOUVELLE - FRANCE Gouverneur (1879-80), écrivit son fameux roman évangélique Ben Sur.On a dit avec juste raison que ce palais était historiquement le plus important des Etats-Unis.Si ces murs pouvaient nous raconter tout ce qu’ils ont vu et entendu se passer, tant dans les salles intérieures que sur cette « Plaza » célèbre : combats sanglants, proclamations pacifiques ou guerrières, processions d’actions de grâces, cris de haine et de révolte, de souffrance, de mort ou d’espérance, proférés en dialectes indiens, en espagnol ou en anglais, nous aurions plus d’un chapitre palpitant d’intérêt de l’histoire de la vieille et chère cité de Smta-Fé, dont le charme d’antiquité coloniale espagnole disparaît chaque jour, à mesure que ses anciennes demeures d’adobe tombent en poussière et sont remplacées par les vastes bâtiments et les coquettes résidences de brique rouge et gaie dont la civilisation américaine couvre la ville.C’est comme une nouvelle jeunesse pour Santa-Fé.2° COUP d’œil historique sur la période espagnole ET MEXICAINE Songez que nous sommes dans la plus ancienne cité des Etats-Unis.Deux villages indiens étaient en ruines à cet endroit quand Coronado y vint en 1542.Quelques-uns de ses compagnons y restèrent après son départ.D’autres vinrent avec Don Juan de Onate, qui fonda définivement la première ville espagnole de cette région tout au début du 17e siècle.Santa-Fé est donc contemporaine de Saint-Augustin pour l’occupation européenne, et précède de 9 ans l’établissement de Jamestown, et de 22 ans celui de Plymouth sur l’Atlantique.C’est aussi la plus vieille capitale des Etats-Unis, plus ancienne même que Petersbourg, Berlin, Bruxelles et quelques autres.Mais moins d’un siècle après sa fondation, Santa-Fé faillit succomber durant la grande rébellion de 1680.Dans le palais des gouverneurs les Espagnols massés résistent bravement aux Indiens Pueblos.Mais le 20 août, après un triste conseil de guerre, soldats et colons désespérés s’en retournent au Mexique.Les Indiens restés maîtres célèbrent leur victoire par des orgies et des scènes de vandalisme, détruisant de précieuses archives, dérobant vases et ornements sacrés, ruinant l’église San Miguel.Puis les tribus alliées se battent pour avoir la suprématie et garder la ville. 138 AU NOUVEAU-MEXIQUE Ce n’est que le 14 septembre 1692, que le vaillant et pieux De Vargas, après 11 heures de combat acharné, reprit Santa-Fé aux Indiens.Puis, en raison de son vœu de la veille, il organisa sur la « Plazo » une procession solennelle d’action de grâces, et avec ses valeureux soldats, 70 familles et les frères franciscains qu’il avait amenés, chanta des hymnes, planta sur la Place le drapeau de Juan Onate, le premier conquérant et fondateur, et peu après bâtit la chapelle de N.-D.de la Victoire, ou Conquis-tadora.Puis il s’occupa d^ faire restaurer San Miguel, et installer ses compagnons dans les maisons que les Indiens Tanos gardaient en dépit des conventions admises.Il fallut environ deux ans pour rétablir tout en paix et en ordre.Maintes fois De Vargas et ses 100 soldats eurent à lutter contre leurs astucieux et cruels ennemis.Il fit alors plusieurs expéditions à travers le territoire, obtenant de gré ou de force la soumission des tribus indiennes, construisant des chapelles et établissant des missionnaires franciscains partout où il le put pour travailler à l’évangélisation des païens.Ce fut à peu près le même cours d’évènements sous tous les gouverneurs espagnols, avec des alternatives de paix, de développements, puis de révolte soudaine et sanglante, suivie d’une répression énergique.Mais la colonie progressa, et la religion de même, tant par l’accroissement de la population espagnole que par le grand nombre d’indiens qui se convertirent an christianisme.Car il y a lieu de remarquer ici que ces conquérants et gouverneurs, qu’ils fussent de simples aventuriers, des soldats de fortune ou des administrateurs sages et fermes, furent tous des catholiques, le prouvèrent par leurs actions, et prirent toujours soin de subvenir aux besoins religieux de leurs compagnons, de leurs administrés, et même, fait plus remarquable, de leurs ennemis vaincus.De Vargas, par exemple, portait toujours avec lui une statue de la Sainte Vierge, et partout où il séjournait, ses soldats construisaient un petit sanctuaire (palacio) et tous priaient.A la veille du combat décisif qui remit Santa-Fé aux mains des Espagnols, on le voit faire un vœu et, au lendemain de la victoire, rendre solennellement grâces au ciel, à la tête de sa troupe.Aussitôt la paix faite, il ordonna la réparation des églises spoliées par les Indiens, et la construction des chapelles dans les villages de ses ennemis soumis.Toujours des prêtres, généralement franciscains, accompagnent les caravanes de pionniers et les expédi- 139 LA NOUVELLE - FRANCE fions militaires, pour assurer les secours et consolations de la religion à leurs compatriotes, et sont laissés dans les villages conquis pour y prêcher l'évangile.Combien d’entre eux n’ont-ils pas été martyrs de leur zélé, massacrés par les Indiens en révolte ?Ainsi, partout et chez tous en voit le souci de conserver vive la foi de la catholique Espagne et la préoccupation de christianiser les païens vaincus.Avec Coronado arrivent, en 1543, les premiers Franciscains espagnols, Juan de Padilla et Juan de la Cruz, et un portugais, Andres de Campo.De Yaagas amena 17 prêtres franciscains avec lui.Beaucoup d’autres suivirent et établirent des missions un peu partout dans la colonie.Depuis la conquête, puis l’organisation civile et ecclésiastique du Nouveau-Mexique, cette province avait été placée sous la juridiction de l’évêque de Guadalajara (Mexique).Vers 1730 elle passa à l’évêque du nouveau siège de Durango qui la visita pour la première fois en 1737.Ce ne fut qu’environ un siècle après qu’un autre évêque, M81 Zubiria, se hasarda à refaire une visite bieu pénible et périlleuse à cette époque.En 1798, les Franciscains étaient 18, en charge de 24 missions.En 1805 on comptait 26 pères et 30 missions.En 1821, quand les Franciscains espagnols furent expulsés par les révolutionnaires mexicains, ils desservaient 20 villages indiens, et 102 villes ou ranches espagnols.Seulement à Santa-Fé, Albuquerque et Santa Cruz de la Canada, se trouvaient des prêtres séculiers.Il fallut augmenter le nombre de ces derniers quand les Franciscains furent chassés.Beaucoup de missions alors furent dépourvues de prêtre, et la discipline ecclésiastique se relâcha considérablement, vu l’éloignement du siège épiscopal.De plus, les rivalités politiques, les mécontentements, les révoltes, l’instabilité du pouvoir, ne favorisaient pas la prospérité civile ni religieuse.L’occupation américaine du Nouveau-Mexique, qui suivit la prise de possession de Santa-Fé par le général S.W.Kearney, 18 août 1845, fut donc, par la suite, un bienfait pour le territoire.Quand, eu 1851, Mgr J.B.Lamy arriva à Santa-Fé, il trouva dans son vicariat apostolique immense (Nouveau-Mexique, Arizona et Colorado), 25 églises et 40 chapelles, dont beaucoup en ruines.Les prêtres mexicains n’étaient qu’un petit nombre et pas tous très édifiants. 140 AU NOUVEAU-MEXIQUE Durant les 35 ans de gouvernement mexicain, l’Eglise avait éprouvé de grandes pertes matérielles et morales au Nouveau-Mexique.Le temps des Espagnols était passé ; celui des Mexicains touchait à sa fin.Des prêtres français allaient quitter leur famille et leur patrie, traverser, non sans danger, l’Atlantique et les vastes plaines américaines, venir restaurer les églises et les chapelles, en construire d’autres, ouvrir de nouvelles paroisses, missions et écoles, prêcher sous peu l’Evangile aux Indiens, aux Mexicains et aux Américains, et donner à tous le bel exemple de leur foi, de leur zèle et de leurs vertus.Une fois de plus on pourrait dire : G-esta Dei per Francos ! Santa-Fé, Février 1910.Stephen Renaud.Pages Romaines Le 17 FÉVRIER CANADIEN AU VATICAN______Lh 17 FÉVRIER IMPÉRIAL DE 1810.— Le 17 FÉVRIER ANTICLÉRICAL DANS LES RUES DE ROME______Le 17 FÉVRIER 1564___Le livre de la charité pontificale.La présence à Rome de S.O.Monseigneur Bégin a fourni à la colonie canadienne l’occasion de faire une démonstration de piété filiale à Pie X, et au Pape de manifester publiquement en quelle estime il tient l’Eglise du Canada.D-jà à peine arrivé, Monseigneur de Québec avait été reçu en une première audience pontificale à l’issue de laquelle les prêtres québécois, présentés au Souverain Pontife, avaient eu chacun la joie de pouvoir échanger quelques mots avec le Chef de l’Eglise ; mais, le 17 février, plus de cent Canadiens, prêtres et laïques, se trouvèrent réunis dans la salle du trône, agenouillés devant Pie X.Dire que le discours de M6r Bégin fut la fidèle interprétation des immuables sentiments catholiques de l’âme canadienne, c’est d’un seul mot en révéler la beauté.Impossible toutefois de traduire la légitime fierté avec laquelle M^ l’archevêque affirma au Pape que le modernisme était non seulement étranger, mais encore totalement inconnu au Canada, car dire une telle chose, sans craindre nul démenti, c’était procia.mer que le Canada restait la terre privilégiée de la Foi.On devine quelle fut la réponse du Pape et quel enthousiasme elle souleva.* * Quand on habite Rome, l’une des plus curieuses choses qui se présentent à l’esprit de l’observateur est le rapprochement des manifestations diverses dont la Papauté est l’objet aux mêmes dates de l'histoire, à cent ans d'intervalle.En ce même jour du 17 février, témoin de l’enthousiasme des Canadiens pour le Pape, il y a un siècle, se faisait la plus insolente proclamation 141 PAGES ROMAINES contre les droits séculaires des successeurs de saint Pierre.Au milieu des événements si fiévreux dans lesquels nous vivons, peut-être personne ne s’est souvenu que, le 17 février, Napoléon proclamait la réunion des Etats de Rome à l’Empire français.La Papauté pouvait-elle espérer de reconquérir son indépendance, quand elle était réduite en esclavage par les principaux articles suivants écrits par une main de fer ?1° L’Etat de Rome est réuni à l'Empire français, et en fait partie intégrante.2° Il formera deux départements : le département de Rome, et le département de Trasimène.Il sera établi une sénatorerie dans ces deux départements.3° La ville de Rome est la seconde ville de l’Empire.Le maire de Rome est présent au serment de l'empereur à son avènement.Il prend rang dans toutes les occasions immédiatement après les maires et les députations de la ville de Paris.4° Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome.5° Après avoir été couronné dans l’église de Notre-Dame de Paris, les empereurs seront couronnés dans l’église de Saint-Pierre de Rome, avant la dixième année de leur règne.6° Toute souveraineté étrangère est incompatible avec l’exercice de toute autorité spirituelle dans l’intérieur de l'Empire.7° Lors de leur exaltation, les papes prêteront serment de ne jamais rien faire contre les quatre propositions de l’Eglise gallicane arrêtées dans l’assemblée du clergé en 1682.8° Il sera préparé pour le pape des palais dans les différents lieux de l’Empire où il voudrait résider.Il en aura nécessairement un à Paris et un à Rome.9° Deux millions de revenus, en biens ruraux, francs de toute imposition, et sis dans les différentes parties de l'Empire, seront assignés au pape.10° Les dépenses du Sacré-Collège et de la Propagande seront déclarées impériales.Telles furent les décisions de la force brutale le 17 février 1810.Leur durée fut celle d’un rêve.La même date ramenait l’anniversaire de l’exécution de l'apostat Giordano Bruno qui périt sur le bûcher au Campo di fiori, le 17 février 1600.Il a été cette année l’occasion d’une fête maçonnique d’un caractère particulièrement haineux.A l’heure fixée pour les manifestations de la « conscience libre » contre les superstitions romaines, s’est faite l’inauguration des nouveaux locaux dans lesquels a été transférée l’Association des admirateurs de Giordano Bruno.Sur la porte d’entrée tendue d’étoffes noires apparaissaient deux blanches mains supportant un livre avec cette inscription : « Je suis la Vérité)).Dans l'intérieur, le député Barzi aï officiait, pontifiait avec beaucoup d’onction.Son discours eût été la révélation des projets de la libre pensée, si ceux-ci n’eussent été connus déjà depuis longtemps.11 commença par déclarer que la société était placée sous l’invocation de Giordano Bruno parce qu’il représentait le libre examen, puis il exposa le programme de l'Association au point de vue philosophique et politique.Soustraire l’homme à toute religion et à toute menace de l’audelà, et à ne vouloir d’autre morale que celle basée sur le libre examen, telle est la philosophie exposée par l’énergumène Barzilaï.Quant à la politique, le programme avait eu diverses phases, car après la lutte entre l’Eglise et l’Etat, on en était arrivé à une période de compromis.Par crainte du socialisme, pacte s’était établi entre l’Etat bourgeois et l’Eglise.Les catholiques avaient pria l’engagement d'aider le gouvernement à conjurer le péril démocratique, et le gouvernement bourgeois à ne plus molester l’Eglise.En preuve, Barzilaï ajouta avec indignation que la loi contre les congrégations était devenue lettre morte, et que les moines qui glorifiaient Vassassinat, pullulaient dans le royaume.Il conclut donc en conjurant toutes les fractions démocratiques à s’unir étroitement pour rompre avec énergie ce pacte né- un 142 LA NOUVELLE FRANCE faste.L’Etat, rebelle à toute infiltration religieuse, devait s’emparer des écoles, pousser à leur dernière conséquence les lois sur la famille et sur la mainmorte.Il devait, en outre, renoncer à tous les liens avec le clergé, aussi bien à Vexequatur et au placet qu’aux bénéfices des traitements à accorder aux prêtres.Voilà donc tout le programme social de la maçonnerie italienne révélé par un de ses pontifes les plus considérables : chasser les moines, s’emparer des couvents, fermer les écoles libres, supprimer les rentes du clergé ; en somme, le plan huguenot-juif toujours présenté au peuple comme la panacée universelle.En parlant ainsi, Barzilaï célébrait dignement la mémoire de ce Giordano Bruno qui, après avoir renoncé à sa vocation de Dominicain, se rendit à Genève, en 1580, où, après de longues conférences avec Théodore de Bèze, il embrassa le calvinisme, et propagea, partout où le conduisit son humeur vagabonde, les idées les plus subversives de tout ordre social.La journée du 17 février n’a été à Rome que le prélude de la journée anticléricale du 20, au début de laquelle s’est faite l’inauguration de deux médaillons provisoires, en plâtre, de Giordano Bruno et de Ferrer, mis à l’extérieur de ce que l’on pourrait appeler la maison de le révolution sociale, dans le voisinage du Vatican.Dans l’après midi, le cortège sectaire s’est largement développé de la place de 1 'Esedra, près de la gare, jusqu’au Campo di fiori aux cris de: « Vive la Libre Pensée, mort au Vatican I » Là, devant la statue de Giordano Bruno, au bas de laquelle avait été déposées des couronnes portant des inscriptions contre les congrégations religieuses, contre les Jésuites, etc., divers orateurs ont paru lutter de blasphèmes contre Dieu, la Religion et la Papauté.Le duc Gaëtani, qui appartient à la famille du pape Boniface VIII, a été châtié de son reniement de la gloire du passé de sa famille, par les nombreux coups de eifBets avec lesquels les anar chiâtes eux mêmes ont ponctué chacune de ses phrases anti religieuses.Enfin la manifestation diabolique s’est close par un ordre du jour qui ratifiait toutes les insanités affirmées par les orateurs.Sous une forme plus brutale n’était ce pas le décret impérial de 1810 î Ce même 17 février ramenait une date autrement glorieuse pour l'Italie.Le 17 février 1564, sous le pontificat de Pie IV, au palais Colonnaoù il vécut ses derniers jours, s’éteignait dans une gloire que personne ne lui disputerait, le grand Michelange Buonarroti.D’abord enseveli aux Saints-Apôtres, où l’on peut encore voir dans le cloître son premier cénotaphe, il fut ensuite secrètement transporté à Florence, où il repose encore en un splendide monument dans l’église de Santa-Croce.* * s On ne saurait perdre le souvenir de l’élan avec lequel la charité du monde entier vint en aide aux victimes de Sicile et de Calabre au lendemain du terrible tremblement de terre de décembre 1908.Les catholiques demandèrent à Pie X d’être le trésorier de leur générosité, et chaque jour, VOster-vatore romano publia les offrandes qui parvenaient au Vatican.Après avoir dit à haute voix tout ce qu’il reçut, Pie X a voulu faire connaître tout ce qu’il donna.En une brochure richement illustrée qui vient de paraître, l'œuvre pontificale en Sicile et en Calabre est exposée aux regards de tous ceux qui veulent la connaître. 143 PAGES ROMAINES « Le monde, est-il écrit dans la courte préface, pourra voir ce que le Pape a fait pour secourir les orphelins, les blessés, les réfugiés du tremblement de terre du 28 décembre 1908 ; on verra tout ce que parses largesses, ses subventions, par la construction d’églises, d’écoles, d’instituts, il a accompli pour le bien moral et matériel des survivants de ces régions infortunées.Grâce aux oflrandes spontanées des catholiques et des gens de bien du monde entier, le Pape a pu entreprendre et mener à bonne fin une oeuvre admirable et bénie entre toutes.Cette œuvre, le cœur paternel et généreux du Pontife la continue et en assure la durée par des sacrifices nouveaux et incessants pour la subsistance et l’éducation des orphelins ».La brochure comprend cinq parties : 1° le désastre, son immensité dans les diocèses de Reggio et de Messine___2° Ruines, pertes et morts__3° L’œu- vre du Saint-Père en secours matériels, reconstruction d’écoles, d’eglises, d’institutions dans les régions dévastées_4° Blessés et réfugiés dans l'hôpital de Sainte-Marthe.Orphelins, leur placement_____5* Compte-rendu finan- cier de l’œuvre accomplie.Dès le lendemain du désastre, le Saint Père envoya sur les lieux des hommes, en tout point capables et investis de toute sa confiance, pour mesurer l’étendue des besoins et commencer aussitôt l’œuvre que commandait sa tendresse paternelle ; à leur tête était M«r Cottafavi.L’enquête révéla un désastre sans précédent : 75,9U0 morts à Messine parmi les habitants, et 19,000 étrangers et soldats.A Reggio, 9,500 morts dans la ville, et 7,000 environ dans le reste du diocèse.Pie X entreprit immédiatement de venir en aide anxvictimes survivantes.Quatre jours apiès la catastrophe, l’hospice pontifical de Sainte-Marthe était prêt à recevoir le premier convoi de blessés qui arriva à Rome sous la conduite de Me Cottafavi.« A chaque nouveau convoi, blessés, réfugiés, orphelins, étaient reçus aux portes de Sainte-Marthe par S.E.le cardinal Merry del Val, secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, et M«r Misciatelli, auquel Son Eminence avait délégué la haute direction de cette œuvre de secours.« Chaque jour, l’après-midi, l’éminent cardinal secrétaire d'Etat visitait durant plusieurs heures ces malheureux ; mais il restait surtout longtemps avec les orphelins, s’ingéniant avec des petits cadeaux et des jouets, à rendre moins douloureux pour ces pauvres petits l’éloignement ou la perte de leurs parents.» Sur la volonté du Pape, on continue à construire en Sicile et en Calabre, des églises, des écoles, divers établissements de charité.Il faut lire dans l’opuscule quels obstacles s'opposaient à cette restauration et quels efforts il fallut déployer pour en triompher.La liste de ces constructions se trouve aux dernières pages au nombre de plus de 250.Les orphelins et orphelines que le Saint-Père garde à sa charge sont exactement de 511.Placés dans de nombreux établissements, un capital d’un million déposé par le Saint-Père assure leur éducation pour dix ans.Les offrandes parvenues au Pape se sont élevées jusqu'au 17 décembre â la somme de 6,849,9'J8 francs.Et le compte rendu en énumère l’emploi détaillé.Le gouvernement italien pourrait-il en faire autant au sujet de tous les dons qu’il reçut î Don Paolo-Aqosto. OUVRAGES REÇUS Elevage du mouton au Canada.—Signalons à nos lecteurs un superbe bulletin sur l’élevage des moutons publié, dans le but de ranimer cette industrie, par la division du Commissaire de l’Industrie animale du ministère fédéral de l’Agriculture, et dont la traduction française vient de paraître.Très documenté (137 pages de texte) et orné de magnifiques gravures en taille douce, ce bulletin constitue un traité aussi complet et aussi pratique qu’on peut le désirer, au point de vue de l’éleveur canadien, sur l’industrie ovine.Toutes les races de moutons, et toutes les méthodes des meilleurs éleveurs sont décrites avec force détails.L’état de l’industrie dans les différentes provinces est l’objet d’un article spécial pour chaque province.Les titres des principaux chapitres donneront une idée de l’importance de cet ouvrage : Conformation du mouton.Principales races ovines.Formation d’un troupeau de rapport.Types de montons de boucherie.Production de la viande en Grande-Bretagne.Engraissement des montons sur la ferme canadienne.De la boucherie à la table.Comment s’emparer des moutons.Lavages.Aliments et alimentation.Bergeries.Destruction des mauvaises herbes par les moutons.Industrie dans les différentes provinces.Maladie des montons.Industrie de la laine au Canada.Disons enfin que cet ouvrage, traduit par un expert, se recommande également par le français sobre, clair et précis dans lequel il a été mis.Il devrait contribuer puissamment au développement de l’élevage du mouton dans la province de Québec, qui, plus peut-être que toute autre province du Canada, se prête à cette industrie.Ce bulletin sera envoyé gratuitement sur demande adressée au Commissaire de l’Industrie animale, Ministère fédéral de l’Agriculture, Ottawa.Les lettres de demande n’ont pas besoin d’être affranchies.(Communiqué) VAssociation forestière du Canada.Rapport de la dixième assemblée annuelle, tenue à Toronto les 11 et 12 février 1909.Nous attirons volontiers l’attention de nos lecteurs sur cette littérature destinée à convaincre nos compatriotes de l'urgence qu’il y a de conserver ce qui nous reste du domaine forestier dont nous a dotés la divine providence.A.R.Valiquet, O.M.I.Bioyraphie du Révérend Père F.-A.Grenier, O.M.I.Brochure de 90 pages in-12.Impr.de l’Action Sociale, Québec 1910.Se vend 15 sous ; par la poste 18 sous.Tous ceux qui ont connu le bon Père Grenier ont “ souvenance de sa douceur ”, de son dévouement, de sa régularité et de toutes ses autres vertus sacerdotales.C’est à ce pieux souvenir qu’un de ses frères en religion vient de consacrer quelques pages où, glissant rapidement sur les faits peu saillants de cette vie humble et pacifique, il se hâte d’arriver au chapitre des vertus du vénéré religieux."U U < L L.
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