Le composteur, 1 mai 1926, vendredi 7 mai 1926
Imprimé pat la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE Directeur: l.ino I.ENOIR A BAS LA COQUILLE! VOL.II—No 6 TYPO VILLE, VENDREDI, 7 MAI 1926 Prix: Un vieux sou UN RECORD! Il y en a (le toutes les sortes, des reconds, et je vous assure que les Américains en possèdent une forte quantité.Ils ont le record de la danse, celui de la vitesse, celui de “l’épaisseur”, du “jaunisme”, du .de .des ., .mais je n’en finirais pas à tous les énumérer.Mais je crois qu’ils n’ont pas le record nouveau genre que je découvrais ces jours derniers : celui du trait d’union! Vous rièZ?Voyez plutôt ce que j’ai découpé du Savoir du 1er mars: En arriére, la vingtaine de journalistes qui suivent l’enquête ii’ont pas de répit.Les questions se suivent pressées et rapides.Ils écrivent à toute allure suivant en même temps que la phrase qu'ils écrivent l’interrogatoire qui se continue; occupés en même temps à noter ce qu’ils ont remarqué de sail- Huit traits d’union dans neuf lignes! C’est pas facile à battre, mais tout de même ça se bat.Pourquoi, diable! le typographe n’a-t-il pas divisé n’ - ont?Ça n’était plus battable! Comment! vous ne riez plus?Ah! oui.je comprends, vous vous souvenez, ami Lino, avoir donné, il n'y a pas encore bien longtemps, un petit conseil à vos confrères au sujet de l'emploi du trait d’union.Je me rappelle avoir tu cet article dans le Compositeur, vol.1, no .Au fait, dans quel numéro était-ce?Je vais consulter ma collection.Mais ou donc l’ai-je mise?Voyons, voir, où donc est-elle?.Il faut vous dire qu’un père de quatre petits mioches — longs comme ça, on dirait presque quatre jumeaux tant ils se suivent de près — n’a pas le temps de tenir sa paperasse en aussi bon oriftc que le ferait .un vieux garçon, par exemple.Cherchons toujours, peut-être finirons-nous par trouver.Voyons derrière cette série de Semeur .sous cette collection de l’Action française .parmi cet amas de découpures.Pas encore là! Enfin, où donc est-elle?Je l’ai, j’en suis certain.Ah! je me rappelle; mais je ne 1 ai plus: elle est entre les mains du Père B.Allons donc, un peu plus je vous donnais le nom du Père Jésuite à qui je la prêtais il y a déjà longtemps.Ce qù’on prête, ça ressemble un peu à ce qui nous est prêté: ça ne retourne pas vite au propriétaire.Un jour, je lui montrai un numéro du Compositeur; il le parcourut à la hâte; et comme tout ce qui regarde le Savoir l’intéresse beaucoup, il me dit comme ça: “Mais c’est gentil, ça, c’est même très bien.Si vous le voulez bien, vous me passerez toute votre collection, j’aimerais y jeter un coup d’oeil.” En effet, c’est gentil, c'est même très bien .si seulement je puis “ravoir” ma collection! Il me faudra vpir à ça, car je suis bien persuadé qu’en ce moment elle achève de faire le tour de toute la communauté.Mais je m'aperçois qu’il y a un fort trait d’union entre ces détails et l’objet de cette lettre.Je m’empresse de revenir à mon record et d’en finir.Si donc, sur le boulevard des Linos, vous rencontrez l’individu qui a composé ce paragraphe, faites-lui donc “relire” et méditer votre article sur le trait d’union.J’ai dit “relire”, car je suis persuadé que cet opérateur l’a déjà lu; mais comme dans un journal tout se fait à la hâte — ça se voit — il l’a.sans doute parcouru entre deux bouchées Piiami'.TTi; Bektband a deux mois (Notre collaborateur D.Vloppeur, qui a fait un stage de sept ans à /a Braise, a eu l’audace de pénétrer dans ta chambre de Pierrette et de la photographier dans son berceau.LA TERREUR de sandwich (de Gros-I.ard, peut-être) ou entre deux gorgées de thé .de.la corporation.Honni soit gui mal y pense.Au revoir, Monsieur le Directeur.Je vous remercie de m’avoir accordé un peu de votre p S.PASSE N.de la Zf.—Notre collaborateur comprendra facilement que notre linotypiste se soit fait un point d’orgueil d’avoir composé son article sans y avoir mis un seul trait d’union.Coin féminin Vieille fille çonés se cachent derrière ces deux mots! Puisque Dieu me laisse libre du choix de.ma vocation, je resterai vieille fille usque ad mortem.GABY Mon négatif AIME LEBLANC Mes chères lectrices, j’étais loin de penser qu’une quinzaine passait aussi vite.Mon directeur est arrivé à moi et m’a demandé: “Votre chronique est-elle prête?Le metteur en paye attend après vous.” Je viens de déménager, moi aussi, et comme je n'ai pas eu le temps d'approfondir un sujet intéressant pour vous, je vous donne aujourd'hui cette découpure que j’ai trouvée dans un de mes tiroirs de robes froufroutantes: Ah! non, la vieille fille n'est pas toujours un cerveau desséché; son coeur n’est pas toujours un coeur égoïste, mais plus souvent un foyer sous la cendre, une veilleuse qui ne cesse de brider au sanctuaire du souvenir.Si la jeune fille repousse le mariage, c’est qu’elle a un Idéal, c’est qu’elle a vu luire dans le ciel sombre de cette vie matérielle et vaine l'étoile merveilleuse de son rêve de jeune fille.Que le ciel s'obscurcisse et lui cache l’étoile merveilleuse, ses soeurs du ciel ont beau briller de leur éclat le plus vif, rien ne fera oublier à l'enfant désolé le rayon qu’il aimait.Notre Idéal est une étoile; tant qu'on ne l'a pas rencontrée, on croit voir eu chaque être un peu de son rêve, mais le jour divin où l’on trouve l'incarnation de cet Idéal, rien, même le devoir qui nous force parfois à rejeter le bonheur et à briser nous-mêrne notre coeur, rien ne peut nous faire oublier ce bonheur entrevu.Et l'on se moque des vieilles filles! Et moi seul et rêveur glissant sans qu’on me voie llu regard et du coeur je poursuivais leur joie.Tout le jour, en tout lieu, me trouvant .sur leurs pas, Me rencontrant partout, ils ne me voyaient pas; Du bonheur des amants, goûtant au moins l’image, Dans leur félicité j’adorais mon ouvrage Et je disais, tout bas, dans mon coeur, satisfait : “Ce bonheur est à moi, car c’est moi qui l’ai fait” LAMARTINE Ne laissons pas mépriser la vieille fille.Que de dévouements insoup- Quel malheur! C'est la première fois qu’il m’arrive de briser un négatif et cela est dû à mon petit Pierre, qui a suivi Alec dans ma cham-brette.En voyant sortir des acides la figure qu'il cannait depuis trois ans, il s’est écrié, dans un moment d'enthousiasme : "Je le connais, c’est p ” et v’ian! son petit coup île poing sur mon avant-bras m’a fait échapper la plaque Lumière que je tenais au bout de mes doigts.En arrivant sur la tuile, crac! elle s'est brisée en miettes.Comme je n’avais pas d’autres négatifs sous la main, j'ai pu ramasser les plus grands morceaux et je vous donne ce qui suit: — .elilanc a ( V I V ai onnu -i-ll +/ "-H/ -L.//Y /II/-/- , / — Presse./ — ans / / //-/- ( Y H,)-!- —/ / Y / 4-/ /service a épais — urnal.— I =+/ rf-l(.V ,/IJ/‘/‘ ( _j_ anvre lui! / - / 15 ans //-/- / Y II l_L_A_/ /v/4- Devoir écrit Souvenirs -j-N -*-/=+/ — //y /II/-/- ( — V ’mi ypographe 17 //-/-.-/y II )4-„—/ /v/,-4 janvier .- / 1 !) 2 y Fait — [ -f! =-+-/'¦-!_//Y /II/-/- ( — artie lomité - -école — // -/- ( y II.)_|-—/ /y/4-/ / mprime rie.nque se _UI -*-/ =+/ —//y /II/-/- t faire y anger — ar s-Lard — / / — — y — —./ y 4- 'I II « —•/ ¦ mois — / / — — y — — / J'ai pu ramasser intacte la dernière partie: Signe particulier: Aimé LeBlanc /tasse pour être, avec son contremaître, M.Beaudet, un des plus beaux nits (scabs) de l'Internationale! 0.VLOPPEUR Cuique suum Lorsque le facteur a remis le Compositeur à M.l’Administrateur, celui-ci a jeté un coup d’oeil rapide sur Mon négatif et a corrigé une erreur—involontaire, nous en sommes sûr de D.Vloppeur qui attribue à Léon Daudet La dernière classe de français.C’est Alphonse Daudet que notre" collaborateur avait écrit sur sa copie.Notre directeur a chanté pouilles à son correcteur.Tous ont lu œ qui est arrivé au furé de Boni bon, France.Une bande d’hallucinés l’ont flagellé dans sa sacristie sous prétexte qu’il a envoûté une prétendue voyante.* * Les hommes ont soif de merveilleux.Us recherchent les sensations inconnues.L'imprimerie les sert avec abondance.Ils croient ce qu’ils lisent?Les histoires fantastiques les fascinent.L’Inde mystérieuse avec ses fakirs, ses derviches, ses jeûneurs et ses illuminés les trouble sans cesse.Qui n’a pas lu les “Histoires extraordinaires” d’Edgar Allan Poe?La descente dans le Maelstrom évoque l’horreur.Tout de suite, à l’idée, reviennent les vers d’Ossian qui chante la grotte de Fingal.On se perd tout à coup dans un ténébreux passé.On essaie de mettre un nom sur de vieilles histoires.L’Ecosse fournit les légendes et Walter Scott les raconte avec une prose solide.Peveril du Pic, Robert Bruce, le Comte de Salisbury sont des personnages difficilement oubliés par l’esprit avide de merveilleux.On n’aurait qu’à lire les “Maisons hantées” de Camille Flammarion, pour se rappeler qu'au temps où on était élève, les histoires de revenants ne nous laissaient pas indifférents.Avec quel avidité on écoutait parler de la poule noire, du coup de minuit dans les cimetières, de la chandelle faite de la graisse d’une main de pendu, des voix caverneuses entendues aux environs de Pâques, etc., etc.On délaissait volontiers grammaire et géographie pour lire Frechette.La peur du diable.On l’imaginait comme sur les imageries d’Spinal, un diable avec des cornes et des pieds fourchus; malin, très malin et qui devait se cacher le soir à l’orée du bois.Dès que la nuit tombait, à l’automne, on entrait à la maison.Les ormes dépouillés nous faisaient peur avec leurs branches semblables à des bras démesurés.On regardait de côté et on avait des frissons aux jambes.Le diable! je l’ai vu.On ne le voit que quand on est jeune.La terreur nous étreint quelquefois.Alors on a froid et c’est aux tempes que se tient le malaise.L’inconnu nous attire et nous fait peur.Sur le fleuve, dans un canot, on devine la profondeur, la traîtrise de l’onde.Là encore une crainte irraisonnée nous étreint.Et toujours on a peur de quelque chose ou de quelqu’un.Le poète, lui aussi, a peur, il redoute l’avenir.Ecoutez Lamartine, le romantique : Ainsi toujours poussé vers de nouveaux [rivages.Dans l’uliîmc des ans emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des [Ages Jeter l’ancre un seuil jour?Et chez nous! Suivez Gill au Sa-gtiertay.Ceux qui l'ont connu savent qu'il était mélancolique.El Nelligan donc, qui sombre à dix-huit ans dans ‘M’abîme du rêve".La névrose, ce serait la terreur des poètes.Ceux oui ont vu “Nôtre Emile”.à Saint-Jean de Dieu, ont été terrifié.Il ne reste rien du prédestiné des Muses, de celui qui.un jour, écrivit “l’Idiote aux Cloches”.GROS-LARD Ne dire ce qu’il faut, voilà le lad.Le dire comme il faut, voilà l’esprit.Le dire quand il faut, voilà le jugement.* * Disait un condamné à mort : A tout péché misère et corde. 2 LE COMPOSITEUR, TYPOVILLE, VENDREDI, 7 MAI 1926 VOL.II—No 6 Un joli tour! Etre certain que la première page serait imprimée telle que je l'avais envoyée et m’apercevoir en la recevant que la matière de l’encadrement n’était plus la même, c’est la surprise qui m’a été réservée au dernier numéro.Mes bons amis de Job City m’ont joué ce joli tour.En effet, Lendemain d'élections a été substitué à' la vignette qui paraît aujourd’hui.A nia connaissance, c’est le plus beau tour qui se soit jamais joué peut-être dans le journalisme .pour rire, et encore moins dans le journalisme vrai.Je tâcherai d’avoir l’oeil ouvert sur les gais lurons de Job City.Depuis notre dernier numéro, Pierrette Bertrand a engraissé d’une livre et quart.Naturellement, elle a vieilli de quinze jours.4! Lino LENOifi M.Narbouïie Nous apprenons la maladie assez grave du rédacteur de la page sportive du Devoir.M.Narbonne est toujours une cause de consolation pour les typographes, car rarement nous avons vu une aussi belle écriture chez les journalistes.Aux Etats-Unis, il passerait pour un penman artist.Nous formons des voeux sincères pour son prompt rétablissement.Fraternité Des membres de l’atelier du Savoir ont refusé d’acheter des billets de tirage pour les Zouaves de 11m-maculée-Conception à cause de l’absence de l’étiquette des Syndicats catholiques et nationaux sur lesdits billets.Les Zouaves de la paroisse n auraient pourtant pas loin à aller pour demander l’étiquette du Messager.La leçon portera des fruits?UNITÉ Echos de Pressevillc Alaric, as-tu enfin reçu ton cadeau de M.Bonneville après t’être présenté au Syndicat trois jours de suite.Quand tu l’auras, tu nous le montreras.—Le grand Eddy et le moyen Gauthier du céleste département ont tenu conseil pour décider s’ils devaient s’acheter des salopettes.Après le conciliabule, ils ont décidé qu’ils en auraient chacun une paire.Voilà des gens propres.—Oh! Johnny, vas-tu t’en acheter, toi aussi ?Si oui, tu ferais mieux de faire prendre tes mesures, car pointa grandeur il n’y en a pas.—Alcide—Aïe, Alarie, pourquoi es-tu toujours sur ton 36, le samedi?Gaston—Je vais te dire mon secret mais n’en parle pas à qui que ce soit; c’est parce que je vais donner des exhibitions de danse Charleston dans les restaurants quick lunch de la rue Craig.Alcide—Hi! hi! hi! ah! ah! ah.Est-ce que ça le paye ça?Gaston -Pas beaucoup.D’abord qu’on me paye mon dîner avec des beans et mon souper avec des fried potatoes, ça fait mon affaire.Scie LENCIEUX * * Notre camarade Alarie fera rafler son banjo en juillet.11 a déjà vendu plusieurs billets.Les citoyens de l'ypoville et de Job City l’encourageront-ils comme ceux de Presse-ville?Un petit coup de coeur, les amis.—Roy, prends bien garde aux voisins des petites presses, parce qu’on dit que tu vas encore être malade et que cette fois-là tu n’en reviendras pas.—J’espère bien, Gauthier, que si la tuque a des petits tu nous en donneras.Ça fera une belle annonce pour Presse-ville.—Mlle Germaine Martel a eu une indisposition très grave.Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.—Nous souhaitons beaucoup de succès à Mlle G.Roy dans ses nouvelles fonctions de garde-malade.—J’ai une grande nouvelle à vous apprendre: Le maire Gladu s’est promené avec Johnny sur la rue Sainte-Catherinc, lundi dernier.Si vous pensez qu’ils ne paraissaient pas bien ! —Voilà Oh! Johnny le géant des petits dans son coin.A mesure qu’il grandit, on dirait que son couteau rapetisse.—Saulniers s’e_st acheté un beau tablier à l’exposition des regrattiers.Il n’aurait pas honte de monter avec au boulevard Crémazie.-—Voyons, Garcau, quand suivras-tu l’exemple de Saulniers?Tes salopettes ne sont plus à la mode.OSWEOO Sur la Passerelle Hourra pour nous autres ! Gros-I.ard est de retour.Son article d’aujourd’hui.La Terreur, nous prouve qu’il revient de loin.* * Ohé! les amis, vous êtes-vous aperçus que M.Déguisé, le fidèle gardien du Savoir, a enlevé ou s’est fait enlever sa moustache?Camarade Berthiaume, c’est sûr que la fin du monde s’en vient.Quand ferez-vous enlever la vôtre?* * Dimanche dernier, Maigrusse et I).Vloppeur se promenaient sur le boulevard Décarie quand, tout à coup, ils aperçurent, devant le monastère des Dominicains, le City Editor du Savoir, coiffé d’un chapeau de paille, avec sous le bras, un énorme Lord Tennyson et, au bec, un Hachelor.M.Robillard a-t-il fait une gageure avec un île ses amis de se promener, le premier dimanche de mai, avec son chapeau de paille?* * Des félicitations nous sont parvenues pour le magnifique encadrement du titre de notre feuilleton.Elles sont dues à notre ami Lafon-taine, de Job City.Recevoir des félicitations, après un tour bien joué, cela n’arrive pas toujours les jours! Arthur Dubuc a reçu un tablier de Québec, don gracieux de son contremaître Bertrand.L’autre Arthur, celui du boulevard des Linos, n’a pas eu assez de flair pour s’apercevoir que l’étoffe venait de son pays.L’habitant de Lauzon est naturalisé montréaliste.* * Pendant la dernière absence de M.l’Administrateur, le radiogramme suivant lui a été envoyé : Typpville, 28 avril ’26 .'/.Georges Pelletier King Edward Hotel Tortrennto Gardien Déguisé moustache enlevée.Trois poils restent.Faucille moissonneur a buté dessus.Evénement extraordinaire pour Typoville.Maigrusse * * Une de nos lectrices est allée suivre un cours à l’université de Mar-cottcville et veut bien nous donner un aperçu de l’enseignement qu’elle y reçoit.Le professeur.—Comment dites-vous en anglais : Tu seras?L’élève.—You will.Le professeur.—Vous avez raison, mais nous pouvons dire aussi: Kill that rat., Un peu de géographie maintenant : Le professeur.—Pouvez-vous me traduire : Une tranche de pain beurrée?L’élève.— Hailey bury (elle est beurrée).Le professeur—Ça de beurré?L’élève.—Sudbury.Le professeur.—Et la tranche repliée?L’élève.—Sandwich.Le professeur.—Vous pouvez retourner à Typoville, car vous en savez plus long que nous.LE GARDIEN Epliélnérides 1925 Mai 7—Tempérture froide.Quelques flocons de neige.A quand les beaux jours?10-^-Xotre ami Berthiaume casse une page, mais elle était clichéc.14—W.Dupire reçoit une machine neuve.20-—Premier numéro de l'Ere Nouvelle.Feuilleton du ‘Compositeur’ DETTE DE CŒUR ~ — : : :—: —Mon cher parrain, dit-elle d’une voix qui cherchait à être ferme et tremblait à faire pitié, il me semble que c’est donner une signification bien.étendue à une promesse toute simple, en somme.Il est naturel que je veille sur Berthe orpheline comme vous avez veillé sur moi, et d’être mariée ne m’empêcherait pas de remplir tout mon devoir à son égard.Au contraire, aidée par les conseils et l’expérience d’un homme que j’aurais soin de choisir intelligent et bon, je.Mais une colère brusque souleva M.Charriey sur son lit : —Tu ne sais ce que tu dis! interrompit-il désespérément.Une fois mariée, tu seras toute à ton mari, d’abord, à tes enfants ensuite, et ma pauvre petite fille ne sera dans ta vie qu’un embarras! T’occuper d’elle te gênera pour commencer, t’obsèdera sans tarder ! 'Bientôt, l’orpiheline laissée par ton bienfaiteur deviendra l’intruse, celle qu’on déteste, qu’on mal traite^ peut-être Non, non, je ne peux supporter cette pensée! Il se tordait les mains dans un accès de navrante détresse.—Mon parrain, calmez-vous! dit la jeune fille bouleversée.D’un effort, il se ressaisit et, brisé maintenant, supplia : —Antoinette, ma chère filleule, ne peux-tu attendre, voyons?.Tiens! dix ans seulement.C’est peu dans une existence.Alors, ma Berthe aura vingt ans.—Et moi, j’en aurai trente! re marqua Antoinette avec un soup çon d’amertume.—Trente ans! qu'est-ce que cela?s’écria M.Charriey dans un élan pour la convaincre.G lest à ce moment que la femme atteint le plénitude de la force et de la beauté.Antoinette, auras-tu le courage de te dérober devant ma dernière, ma suprême prière?Non, tu nie le feras pas: tu sais bien que tu n’en as pas le droit.que lu as une dette à acquitter envers moi, — une dette sacrée, une dette de coeur! H retomba épuisé sur ses oreillers.Antoinette baissait la tête, vaincue.Elle connaissait bien l’expression: c’était celle qui, toujours, avait eu raison de Ses résistances, qui avait inspiré la longue abnégation de sa jeunesse.Au bout de quelques secondes, elle releva son front où perlait une fine sueur.—C’est bien, mon parrain, dit-elle d’une voix qui s’entendait à peine; soyez en paix: votre volonté sera accomplie! —Tu le jures?demanda le mourant haletant.—-Je le jure! répéta-t-elle avec une solution morne.Il lui tendit les bras : —Ah! sois bénie, mon enfant! Elle reçut le baiser et le rendit avec le respect navré qu’on a pour ceux qui vont s’en aller à jamais.Mais tandis que M.Charriey reposait sur les coussins sa face adoucie et sereine.Antoinette crispait les doigts pour contenir sa souffrance, un petit pli d’ironie triste faisant trembler sa lèvre.Elle sortit lentement, alourdie par les battements tumultueux de son coeur., II —"Puisque j’ai bien su ma leçon, je peux aller jouer dans le jardin, dis, petite marraine?Oui, ma chérie, va.En accordant cette permission, Antoinette posa tendrement ses lèvres sur le front lisse que levait vers elle la petite Berthe, à présent sa pupille par la mort de M.Charriey survenue quelques semaines ' auparavant, et l’orpheline s’éloigna joyeuse, courant dans l'envol eme ni des grands cheveux d’or éclatant qui déroulaient une n ;ppe rutilante sur le noir mat de la robe de deuil.Assise près de la porte-fenêtre, contre le pupitre que l’enfant venait de quitter.Antoinette vit celle-ci dis paraître derrière un massif, à la poursuite d’un papillon, et elle songeait avec mélancolie combien est heureux cet âge où ne se "font pas sentir dans leur intensité les pertes les plus cruelles, lorsqu’un domestique entra, portant une carte de visite sur un plateau.La jeune fille la prit, lut d’un regard le nom : ‘'Philippe d’Auri- gn-ac”, et, tout aussitôt, une souffrance contenue la pâlit jusqu’aux lèvres.—-Ce monsieur est au salon, fit le domestique.—Bien, dit-elle avec effort; priez-le de m’attendre quelques instants.Une fois seule, Antoinette s’accouda au pupitre et, laissant tomber sa tète dans sa main se recueillit.dans une tension de toute sa volonté à sortir victorieuse du combat qu’elle allait avoir à livrer.Elle avait sonné, l’impitoyable échéance de sa dette de coeur! Dans une minute, tandis que tout son être saignerait en détresse, il lui faudrait, ô misère! défendre la parole jurée contre l'homme qu’elle aimait et qui aimait! Ah! cette dette de coeur!.Quoique, bien souvent, elle lui paru lourde, jamais Antoinette ne l’avait maudite à ce point!.-.Non pas que son bienfaiteur lui eut, en aucun cas reproché tout ce qu’elle lui devait, mais la jeune fille était de ces natures fi ères qui sentent vivement la dépendance d’autrui.Enfant unique d’un riche financier trahi par des spéculations malheureuses, Antoinette Beauvi Hiers s’était trouvée orpheline à huit ans et aurait été dès lors réduite à la charité publique, si des parents éloignés, M.et Mme Charriey, dont elle était la filleule et qui se désolaient de rester sans famille, ne l’avaient adoptée.Cependant, moins de deux années après, et contre toute attente, une petite fille naissait aux bienfaiteurs de l'orpheline, et celle-ci, par une pensée touchante de ceux-là, devient à son tour la marraine de l’être menu qui réclamait inopinément sa part de vie et de souffrances.Mais Mme Charriey n’y survécut pas longtemps.Il parut alors tout naturel qu’Antoi-nette, encore presque enfant d’elle-même, servit de mère à l’enfant dé ceux envers qui elle avait contracté une aussi forte dette.(A suivre)
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