Le composteur, 1 janvier 1926, vendredi 29 janvier 1926
Imprimé par la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE Directeur: Lino LENOIR A BAS LA COQUILLE! VOL.I—No 21 TYPO VILLE, VENDREDI, 29 JANVIER 1926 Prix: Un vieux sou EXCELSIOR! Les cours du soir sont enfin ouverts à l’Ecole technique pour les apprentis typographes de deux ou trois ans d’expérience et plus.Deux ou trois de nos apprentis' se sont déjà inscrits à ces cours qui comptent pour cette année 24 leçons, vu la saison avancés.Nos jeunes camarades méritent toutes nos félicitations et notre encouragement pour ,a décision qu’ils viennent de prendre.Je crois que c’est Joseph de Mais-tre qui a dit : “Celui qui veut une chose ien vient à' bout; mais la chose la plus difficile dans le monde.c’est de vouloir!” Si ce grand écrivain a cru bon de jeter cette phrase dans son temps, combien à plus forte raison ne s’applique-t-elle pas aujourd’hui, disons-le franchement, à ceux qui sont en peine de leur peau.Le moindre effort décourage de nos jours ceux qui ne savent pas vouloir.Vouloir s’amuser, c’est Ja seule chose qui compte.iL’expé-rience, on l’acquerra là force de 'Piocher ou icn voyant faire les autres.Amusons-nous donc tandis que le plaisir passe; quand viendra le (temps de la lutte, on “s’arrachera” connue on pourra.C’est la seule réflexion qui nous vient à la pensée en voyant ces pauvres jeunes gens se laisser emporter par le tourbillon des plaisirs ou s’étioler dans les salles de cinémas, quanti tant d’autres occasions s’offrent à eux pour parfaire leur instruction.Si ceux-là pouvaient nous écouter, nous leur crierions à pleins poumons: “Réveillez-vous pendant qu’il en est encore temps.” A nos camarades apprentis, nous conseillons de persévérer dans leur décision.L’expérience que vous acquerrez à l'Ecole sera utile pour vous-mêmes et vos outrons.Vous ne savez pas ce que l’avenir vous réserve.Aujourd’hui vous travaillez pour le Devoir; dans quelques mois, un an, si vous êtes obligés d’aller ailleurs, avec un certificat et l’expérience que vous aurez acquise, vous trouverez plus facilement de l’emploi que celui qui n’aura que sa .propre expérience à 1 offrir.Profitez bien des leçons que vous recevrez.Qui sait s’il n’y aura pas plus tard un professeur choisi parmi les élèves d aujourd'hui?Si c’est un étranger aujourd’hui, c'est un cas de force majeure.Si l’école eût été fondée il y a vingt ans, un Canadien français remplirait aujourd'hui peut-être les fonctions de professeur canadien-français.L'auteur de.ces lignes a été examinateur dans le concours qui a eu lieu pour le choix d’un professeur pour l’Ecole d’imprimerie.Les résultats ont été tellement nuls qu’il a fallu recourir à un étranger à qui la position a été donnée.Pourquoi?Parce que sa formation fut prise à l’école et que les nôtres manquaient de l’ensemble général.M.Beaudet, qui a assisté aux examens pratiques, pourrait en dire quelque chose.Je pourrais en dire autant sur la théorie.Quell sera le premier professeur canadien-français de l’imprimerie à l'Ecole technique?Aux élèves de répondre.Je ne connais pas l’avenir.Après avoir travaillé nombre d’années avec des cerveaux brûlés, j’ai peut-être le mien façonné comme le leur, mais il me semble déjà voir une étoile scintillante au firmament de l’art typographique canadic.n-fran-çais.Excelsior! Toujours plus haut, chers jeunes camarades, l’avenir est à ceux qui seront le mieux outillés pour la lutte de la vie.Lino LENOIR Billet du vendredi Les temps sont changés ! “Dans mon temps”, un apprenti typographe faisait un peu de toutes les besognes dans l’imprimerie : tantôt aux presses, tantôt à la.cave et même sur le toit, pour enlever la neige, briser les glaçons qui pointaient.—‘‘Tu vas laisser ton balayage de côté et puis tu vas aller faire une commission à la Dominion Tobacco et après tu iras au Grand-Tronc.avec la petite charrette.” Oui, la petite.qui pouvait contenir un char de papier.Me voyez-vous dans tes brancards?J’étais “à peine haut comme une épée mais j'en avais l'âme trempée et l'élan vainqueur”.Toujours est-il qu’après avoir voUnré jfjne demi-heure durant, je mWtressaMt un type : —“Pardon, Monsieur, ai-je long à faire pour la gare du Grand-Tronc?—Say: where do you copie from?"' J’ai répondu: I don’t tnow.” pariit bien désappointé.Et combien d’autres (tutti quanti).Aussi ce n’était pas surprenant quand le patron m’envoyait chercher un t italique basse case numéro 157-A' et puis un nonpareil de (> ems pieu.Je revenais de lu composition bredouille.Je n'avais rien compris.Mais toute de même, rendu au samedi.j’étais très heureux quand je recevais mon enveloppe de paye, “le fruit de mes labeurs”, 58 heures d’ouvrage.Je gagnais à peine de quoi pouvoir m'acheter une paire de bretelles! De nos jours, comme les temps sont changés! Les apprentis sont bien mieux choyés par les patrons iu les contremaîtres; je vous l’avoue franchement, j’envie leur sort! Dans la plupart des ateliers, ce sont eux qui ont le plancher.Em PICA
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