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Titre :
Le composteur
Le composteur (1925), journal bimensuel humoristique, est suivi du Compositeur (1925-1926). L'humour, qui s'exprime sous forme d'histoires, de billets et de récits, réfère à la vie quotidienne des employés du quotidien Le Devoir.
Éditeur :
  • Typoville [i.e. Montréal :s.n.],1925
Contenu spécifique :
vendredi 18 décembre 1925
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
deux fois par mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Compositeur
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Références

Le composteur, 1925-12, Collections de BAnQ.

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Imprimé par la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE Directeur: Lino LENOIR A BAS LA COQUILLE! VOL.I—No 18 TYPO VILLE, VENDREDI 18 DECEMBRE 1925 Prix : Un vieux sou Le Compositeur souhaite à 36g (/aïs Zectewg et lectrices un NOELS LOINTAINS Noël est une des plus belles fêtes de notre religion.Rien n’est plus doux que d’évoquer nos plus beaux noëls, ceux que nous avons le plus aimés.Noëls de l'enfance, de l’adolescence, de la virilité, de la maturité, tous les noëls sont charmants.Pourquoi n’en pas évoquer quelques-uns ici, ceux qui m’ont le plus touché?Je ne vous donnerai pas de bijou littéraire — vous le savez d'avance—mais ces souvenirs vous feront peut-être revivre quelques moments ravissants de votre vie.* * Loin, bien loin dans mon enfance — je devais bien avoir quatre ou cinq ans — je me souviens encore de ma première visite à l’Enfant Jésus-, C’était dans une campagne bien plus campagne .que celle de chez nous.J’étais en promenade chez mon parrain.Le soir, vers cinq heures-, mon oncle dit à mon cousin Philippe: “V.a atteler Fanny — je crois bien que c’est le premier mot anglais que j’ai entendu dans ma vie — et Marie va aller montrer l’Enfant Jésus au petit.” Il me semble encore que c’est hier.On me fit asseoir sur le dernier siège -de la carriole avec la cousine.L’église n’était pas excessivement loin et nous -descendîmes le coteau dans l’espace -de quelques minutes.Après être sorti de la carriole ou j’étais presque perdu dans les peaux d’ours, j’entrai, ma cousine me tenant par la main, dans la vieille église de l’Isle-t, illuminée par quelques lampes à pétrole, avec, en avant, dans le sanctuaire, la petite veilleuse rouge, seule consolatrice, à ce moment-l'à, du divin Prisonnier.L’humble crèche était placée dans un coin de l’autel latéral, à droite.Arrivés à la balustrade, nous nous agenouillâmes.Pendant que la cousine était absorbée dans ses oraisons, moi, je ne cessais d’admirer le petit Jésus vêtu d’une courte chemise et j’essayais de -découvrir le moindre mouvement de ses petits membres roses.Tout à coup, le croyant peut-être engourdi par le froid, j’eus un moment de compassion candide : — Veux-tu mes mitaines?lui dis-je tout haut.Ma cousine s’empara de mes mitaines carreautéesi et me regarda avec des gros yeux en me disant: "Chut”.Je retournai, le coeur rempli de joie, content de ma première visite à l’Enlfant Jésus.* * • Quelques années plus tard, mes parents m’amenèrent à ma -première messe de minuit.Ma joie fut grande.On me coucha ce soir-là avec la promesse de ne pas m’oublier.Le moment venu, quand on me toucha à l’épaule, je ne fus pas lent à quitter la douce chaleur de mon petit lit et à m’habiller.Ma mère m’ayant fait trois ou quatre tours de cremone autour du cou, nous nous dirigeâmes quelques secondes plus tard vers l’église.La température était assez froide.La lune blafarde faisait face aux nuages, gros de tempête, qui allaient à une vitesse qui m’effrayait un, peu.La neige tombait fine et s’étageait petit à petit sur nos épaules.Pendant que nous marchions à pas saccadés sur la neige crissante, des carrioles remplies de bons croyants nous dépassaient le long de la route et nous entendions les grelots répondant aux grelots-.Enfin, nous entrons dans la vieille église remplie de fidèles.Nuit inoubliable pour qui conserve ce souvenir de la première Messe de Minuit.Le chant de la grand’messe, en musique, s’il vous plaît, et les vieux cantiques de la messe de l’aurore: Ça, bergers, Les anges dans nos campagnes, Nouvelle agréable, me parurent comme du chant ve nant du paraidis.Notre bon vieux curé, — Messire Rousseau, comme on l’appelait, — qui officiait aux messe si, avec toute la sainteté qu’on lui connaissait, me laissa un souvenir impérissable.A l’entrée des fidèles à l’église, l’organiste jouait en variations ce vieux cantique de l’Avent qui nous fait désirer la venue du Messie , chaque année: Venez, divin Messie.A la sortie, il exécuta cet autre cantique sublime qui berça si souvent mes jeunes ans sur les genoux de ma mère: Suspendant leur douce harmonie, Les deux étonnés se sont tus, Car la douce voix de Marie Chantait pour endormir Jésus.Nous nous acheminâmes vers notre 'demeure.La neige tombait à gros flocons ouatés qui venaient gaiement caresser nos figures épanouies.Les maisons du faubourg sont pirêsiqfùe toutes illuminées: c’est que les bonnes tantes ou les grandes soeurs sont restées à la maison pour préparer le réveillon.En entrant chez moi, l’odeur délicieuse du ragoût de boulettes et des belles tourtières dorées vint caresser mon odorat.Ces succulents mets étant peut-être trop -dommageables dans la nuit pour mon estomac délicat, je me contentai d’un croqui-gnol saupoudré.Je rejoignis mon lit et m’endormis, les oreilles toutes pleines encore -des suaves cantiques, avec la vision de l’Enfant Jésus de Bethléem.* * Me voici, quelque huit ans plus tard, à ma première Messe de Minuit de pensionnaire.Nous sommes dans la petite et humble chapelle de la Congrégation où tout est embauç rné de piété.M.l’abbé Paradis prélude à l’harmonium.Ami Biron, te souviens-tu du cantique du début, Minuit, chrétiens, chanté par la voix s-i pure et si douce d’Horace Gagnon?C’était un enchantement, cette Messe de Minuit au séminaire.C’était une vraie fête du coeur, chaque fois qu’on, avait le bonheur de la revivre, la piété était grande dans ce pieux sanctuaire.Cette nuit-l-à, ceux qui nous étaient si chers n’étaient pas oubliés.Les autres messes de Noël ne m’ont jamais fait oublier celles toujours touchantes de mon Aima Mater.* * Je me trouve ici dans une chapelle renommée de Montréal où je remplis les fonctions de placier.Je me croirais, vraiment, dans un cercle de millionnaires, tant les toilettes sont riches.La musique est grandiose, mais elle ne peut me faire oublier les bons vieux cantiques de chez nous.-Quand l’église fut remplie, un couple assez âgé — des Saint-Pier-rais — peu au courant de nos coutumes, monte l’escalier et se présente sans cartes.Les bancs étant tous occupés, ils purent néanmoins s’agenouiller en arrière de la chapelle, Ce contraste du riche et -du pauvre me reporta à la vision de la parabole du.pharisien et du publi-cain et je me demandai si les prières de ces humbles habitants des îles Saint-Pierre et Miquelon ne furent pas mieux exaucées que celles des personnes qui avaient enlevé leurs manteaux de fourrure dans -les -bancs réservés.Et je me -demande encore aujourd’hui, pourquoi, une fois par année, à la Messe de Minuit, les portes des églises ne seraient pas ouvertes aussi bien gratuitement pour le pauvre que pour le riche en souvenir de Celui qui est né dans une pauvre étable pour racheter tout le monde.Notre humble voix ne peut attéin dre les autorités compétentes pour ce faire, mais le jour où les églises seront remplies de la classe pauvre, les prières seront ulus méritoires pour arrêter le juste courroux de Celui qui est trop souvent insulté par les orgies qui se commettent dans les grands hôtels dits “fashionables”, durant cette nuit mémorable.* * Il y a trois ou quatre ans ans, i’entendais la Messe de Minuit dans mon église paroissiale de Saint-Pierre; Claver.Je me trouvais tout près de l’immense crèche de l’En fant-Dieu.Elle était surabondant ment ornée de cierges et d’ampou-le-s électriques, à tel point qu’on avait dû y placer un pompier com me gardien en cas d’incendie.Ce dernier, avec son air fanfaron qui avait l’air de dire: “J’sus-t-un pom pier”, avait autant attiré les regards que l’Enfant-Jésus.Tout en admirant la munificence dans laquelle se trouvait mon doux Sauveur, je reportai mes souvenirs sur mes noëls anciens, me rappelant les grâces que je sollicitais.En -faisant ce retour sur moi-même, j’eus une pensée pour mes patrons et mes camarades d’aujourd’hui et aussi pour mes- anciens camarades de l’Internationale dont j’avais encouru l’inimitié lors de la dernière grève.Je me recueillis et dis à Jésus Rédempteur: “Vous qui lisez dans le plus intime de notre être, vous savez, petit Jésus que ces anciens camarades m’en veulent, mais pardonnez-leur comme je leur pardonne.” Ce fut un de mes meilleurs noëls de typographe.Lino LENOIR Vingt ans après Il y a vingt ans, on allait à la messe de minuit chez nous, à la campagne, dans la vieille église paroissiale remplie de souvenirs.On partait vers dix heures de la maison paternelle, dans le rang de la Grand’Rivière, et “Corneille” — une jument d’un beau noir de jai — nous “descendait” au “Fort”, comme on disait.On nous faisait asseoir dans le fond de la carriole à cause du froid qui mordait les joues roses, et on nous couvrait de chaudes robes de bison.De temps à autre on demandait : “Est-ce qu’on arrive?” et le papa fouettait “Corneille” en disant: “Avez-vous fret!” L’église, éclairée au pétrole, était pleine d’ombres qui frôlaient les murs et s’évanouissaient en s’allongeant démesurément.On s’ouvrait les yeux pour tout voir; on montait sur les bancs; on empruntait le chapelet de la maman qu’on égrenait consciencieusement.On reprenait le chemin de la maison, l’âme pleine des cantiques de Noël, et peu à peu le sommeil venait.On s’assoupissait dans le fond de la sleigh pendant que “Corneille” trottait à travers la “poudrerie”.Vingt ans après, on a perdu son âme d’enfant; on ne s’émeut pas si facilement; on ne se rassasie pas si vite des choses de la vie.On entend la messe à “Notre-Dame” dans une féerie de lumière; dans un faste de cérémonies qui éblouissent.Mais quand l’orgue répète le thème des vieux noëls, il est impossible de refouler ce regret qui monte du fond de notre être.Regret de vieillir peut-être ou celui de ne plus “penser” comme un enfant.On réveillonne chez Kerhulu, rongé par le souvenir.Ce n’est plus la vieille table familiale que sept enfants entouraient.Ce n’est plus le vent d’hiver qui secouait les arbres du chemin.Tout cela est passé.Vingt ans après, les cordes qui vibraient autrefois ne vibrent plus.Le coeur n’est plus le même.Je voudrais avoir mon coeur du Noël d’il y a vingt ans.GROS-LARD A nos lecteurs Nous osons espérer que l’effort que nous avons dû faire pour vous donner ce numéro à quatre pages sera apprécié de tous nos lecteurs exclusifs.Nos démarches auprès de M.Jean Guérin, chef du secrétariat de la Société Saint-Jean-Raptiste, n’ont pas été vaines.C’est grâce à son amabilité si nous pouvons vous donner aujourd’hui le poème en prose intitulé La Chanson de la Neige, dû à la fine plume d’un de nos meilleurs littérateurs, le R.F.Marie-Vic-torin, des Frères des Ecoles chrétiennes.M.Guérin nous a demandé en échange un abonnement à notre journal.Bien que notre caisse soit moins remplie que celle de notre grand confrère le Devoir, nous n’avons pas voulu lui refuser une amabilité de notre part.Notre nouvel abonné sera bien à plaindre de nous lire à chaque numéro! Cordial merci, Monsieur le Secrétaire.Le prix du numéro reste le même aujourd’hui.Mais s’il se trouvé parmi nos lecteurs un Mécène qui désire nous léguer sa fortune, nous la recevrons avec joie et nous la transmettrons à M.l’Administrateur, qui est si bon pour nous.Nos lecteurs sont priés de ne pas nous importuner par des félicitations pendant le travail ardu/ qui abonde pendant les Fêtes.Nous savons à quoi nous en tenir sur leurs sentiments à notre égard!!! LE COMPOSITEUR Noël en Bretagne (Suite de la 2ème page) j le chant d’avènement de Celui qui i donnera sa vie pour le monde.C’est ' aussi le salut à l’an neuf qui approche, aux jours plus longs qui arrivent : “A Nataud, d’un pé'i de jaud.” A Noël, les jours allongent “d’un pied de coq”.Et ce coq semble chanter l’année nouvelle avec le cri joyeux du pays de Gaule.Jules CLARET IE 2 LE COMPOSITEUR, TYPO VILLE, 18 DECEMBRE 1925 VOL.I No 18 LA MORT ÛE NAPOLEON COMMENT LA MERE DE L’EMPEREUR APPRIT LA MORT DE SON FILS Découpure d'un journal français en dale du 4 juillet 1899: Lui, toujours lui! C’est un phénomène social étrange, et que sans doute l'histoire retiendra, que de voir toute une société hantée par le souvenir d'un homme, mort depuis quatre-vingt ans.Hantée est le mot propre: et cette obsession prend, par époque, les proportions d'un malaise, comme si le héros qui en est l’objet, avait déplacé l’axe du monde.Les publications sur Napoléon se succèdent et le publie ne se déclare jamais rassasié; le théâtre s’est emparé île lui, et.sa grande figure est applaudie chaque jour, son nom s'imprime mille cl mille fois, on recherche île ses moindre souvenirs ou recueille les p.us petits indices de son passage si court et si long à la fois! C'est plus que !'enthousiasme rétrospectif, c’est une passion, une folie, et l’on sent là se préparer, pour les âges futurs, une épopée qui sans doute trouvera son Homère et qui surpassera Vlliade en péripéties grandioses! Le 5 mai 1821,.à six heures moins quelques minutes du soir, au coucher du soleil qui avait effacé la tempête, l’empereur Napoléon cessait de vivre, disparaissait “comme un météore pour entrer dans l’immortalité’’.Sa mère, Mme Laetitia, vivait, comme l’on sait, à cette époque, dans son palais de Rome; elle n’avait cessé de correspondre soit par des émissaires secrets, soit même par lettres, avec son fils: elle ignorait qu'il fût en danger de mort il y avait trois mois de route entre Sainte-Hélène et l’Italie.Or le 5 mai 1821, il se passa, chez Mme Laetitia, un fait étrange que Mme de Sartrouvillc, lectrice de la mère de l’empereur, consigna dans ses souvenirs, et qui fut énoncé, dès 1839, dans un journal romain, le Capitole.C’est donc un témoin oculaire, qui parle et l’on peut difficilement mettre en doute son récit, quelque invraisemblable qu'il paraisse.Donc, ce jour-là, dans l’après-midi.un inconnu de mise convenable se présentait au palais de Mme Mère, à Rome, en exprimant le désir d'être admis en sa présence.Le concierge lui demande s’il a une lettre d’audience sans laquelle il ne peut être reçu par Son Altesse.L’étranger répond gravement qu’il n’a demand d’audience, mais qu'il a le devoir absolu de voir Madame pour lui faire une communication de la plus haute importance.Le concierge refuse encore de le lais-ser passer : mais sur une insistance d’autorité qui veut l’obéissance, il !e conduit à l’antichambre où se trouvent les domestiques et dit à l’un d'eux de prévenir le valet de chambre de Madame qu’un monsieur inconnu d’elle réclame l’honneur d'entretenir Son Altesse d’une affaire des plus graves.Le valet de chambre vient à son tour au-devant du personnage et lui demande son nom pour l’annoncer.Celui-ci répond avec impatience qu’il ne le dira qu’à Madame Mère en personne.On en informe Madame.qui avait auorès d'elle son chambellan, M.Colonna.et une dame de compagnie, Mlle Mellini : elle se décide à recevoir l’étranger qu’on trouva se promenant dans l’antichambre avec une sorte d’agitation lorsque M.Colonna l’invita à entrer.L’Immme remercie poliment mais en termes brefs, le chambellan, pénètre dans le salon et salue Madame avec respect, en faisant comprendre qu’il désire avoir l’honneur de lui varier sans témoins.M.Colonna et Mlle Mellini, sur un signe de Madame, se retirent dans une pièce voisine, pour rentrer au moindre appel.L’inconnu s’approche alors de Madame et après avoir parlé de l'empereur comme s’il venait de le quitter: Au moment où je vous parle, dit-il à Son Altesse, Napoléon est délivré de ses peines; il est heureux! Puis, en prononçant ces mots, il porte la main à sa poitrine.Son Altesse croyait qu’il allait prendre un poignard.il sortit de dessous ses vêtements un crucifix en disant d'une voix solennelle à Madame : Attesse.baisez le Rédempteur et le Sauveur de votre bien-aimé fils; vous le reverrez encore, après de longues années, ce fils, est l’objet de vos profonds regrets, ce fils dont le nom retentit dans les cités comme dans les hameaux .Mais avant ce jour mémorable, il se passera bien des changements de gouvernements en France; il y aura des guerres civiles, des flots de sang seront répandus.l'Europe sera tout en feu.Mais Napoléon le (Irand reviendra pour haranguer la France, et toutes les contrées de l’Europe se ressentiront de son influence Voilà la grande oeuvre que Napoléon le (Irantl est destiné, par le Roi des rois, à accomplir.L'inconnu qu parlait ainsi paraissait un prophète inspiré de Dieu et envoyé par Lui, près d’une mère, pour lui annoncer ses volontés immuables sur le sort ’de son fils.Madame l’écoutait encore dans une sorte d’extase lorsqu'il se retira, la laissant en proie à une profonde émotion.Cette singulière visite, racontait quc’qucs années plus tard M.Colonna, semblait avoir ranimé l’espérance dans l’âme de madame Mère, au point qu'elle fit faire pour les gens de sa maison une livrée de veuve.Son espoir se ranima encore lors- | nue le second aumônier de Sainte-Ilélène.l’abbé Vignali.vint trois 1 mois plus tard apprendre à Madame que le jour même où !’étranger s’était présenté au palais de Rome, l’empereur succombait à Sainte-Hélène.La pauvre mère, se laissant aller à ses 'Rusions, s’imaginait que la mort de Napoléon n’était qu’une feinte, qu’il avait quitté à la faveur de ce subterfuge l’île ou les Anglais le retenaient prisonnier, et elle s'attendait, de jour en jour, à apprendre son débarquement sur les côtes de France.Quand, vers le milieu de juillet, elle apprit que son illustre fils était bien véritablement décédé le ."> mai dans sa prison perdue au milieu de l’océan, quand elle ne put plus concevoir aucune espérance, sa pensée rêvait du personnage mystérieux qui, au moment même où l’empereur rendait, à quatre mille lieues de l’Europe, le dernier soupir, était venu l’instruire de cet événement et hli apporter la terrifiante nou-ve'lc qui ne fut et ne pouvait être connue en Europe que soixante jours plus tard.Mme Mère ajoutait.Mme de Sartrouvillc, m’a raconté plusieurs fois cette étrange visite et M.Colonna lui-même m’a souvent dit que le personnage mystérieux avait le son et la voix de l’empereur, sa physionomie.son air imposant, sa taille, sa démarche et lui ressemblait à s’y méprendre.Toutes les recherches faites à Rome et dans les environs pour retrouver cet inconnu furent inutiles: il avait disparu comme une ombre, sans laisser de lui aucune trace.Ce fut le 22 juillet que Madame Mère fut informée officiellement de la mort de son fils.La correspondance du cardinal Fcscli contient une lettre adressée au roi de Jérôme où il conte comment la pauvre femme apprit son malheur.“Sa douleur, dit-il.a été telle que vous pouvez l'imaginer; mais elle était préparée par l’arrivée de l’abbé Buonavita.Comme vous avez pu le connaître par la dépêche (pi’elle vous écrivit le 14 courant, vous avez dû vous apercevoir que son caractère n’était point affaibli.“’’oseras même dire qu’il s’était raidi au point que, dans cet affreux événement, elle a, d’une1 certaine manière résisté à la douleur, elle n'a pas eu besoin de se mettre au lit; elle n’a souffert aucun symptôme de fièvre, et si on en excepte une grande tristesse, la diminution d’appétit et une augmentation de faiblesse, elle se porte bien.Peu après, arrivait à Rome le docteur Automarchi qui avait été témoin des derniers moments et des funérailles de Napoléon.Conformément aux instructions de l’empereur mourant, il ne fit qu’aborder en Angleterre, traversa la France et se rendit aussitôt en Italie.Il alla en premier lieu à Parme pour se présenter à l’cx-impéra-Iriee Marie-Louise, la veuve.Mais il ne lut pas reçu par elle et ne put la voir que de loin, dans la soirée, en oublie, à une représentation du Théâtre-Italien.Il devait en être autrement de l’accueil fait à Automarchi par la mère de l’immortel défunt de Sain-tc-llélènc.“L'émotion de Madame Mère, dit le docteur dans ses Mémoires, fut extrême.Je fus obligé d'user de réserve, d’employer des ménagements, de ne lui dire, en un mot.qu’une partie des choses que l’avais vues.A une seconde visite, sa douleur était plus résignée, plus calme; j'entrai dans quelques détails qui furent souvent interrompus par des sanglots.Je m’arrêtais, mais cette malheureuse mère séchait ses larmes et recommençait ses questions.Le courage et la (loueur étaient aux prises, jamais je n’ai vu déchirement aussi cruel.Le courage et la douleur, voici le résumé de la vie de cette noble femme: jamais créature humaine ne supporta plus énergiquement les pires traverses, ni plus simplement de plus écrasants triomphes.Elle était restée jeune dans la misère, avec six enfants.elle parvint à es élever tous, tous devinrent rois .et reines de grands empires: la mamma restait au milieu de ce cortège de souverains la femme économe et simple qu elle avait été au début de sa vie, et tandis que ses enfants se partageaient l’Europe, elle rangeait son linge et reprisait des vieilles robes.Il faut que je sois économe, disait-elle.tout ce petit monde nie tombera un jour sur les bras.LE NOEL D’AUNE (Caille pour les tout petits) Par Eby Di-hiiav Cette annéc-là, en s’éveillant le matin de Noël, la petite Aline vit qu'un grand tapis de neige couvrait la terre et le toit de toutes les maisons.Elle pensa tout de suite que le Père Noël devait venir la nuit suivante et qu’il aurait bien froid pour porter des jouets à tous les enfants du monde.Aline: qui avait bonj coeur, y songea tout le jour, et.quand la nuit fut descendue sur la terre, elle sortit dans le jardin pour attendre l’arrivée du Bonhomme Noël.Elle attendit longtemps, malgré le vent qui soufflait bien fort et la neige qui tombait toujours, et ses petits pieds étaient tout glacés.Enfin, minuit sonna au clocher de l’église; au même instant un grand rayon de lune descendit du ciel sur la terre, et Aline vit bien loin, bien loin, dans le rayon de lune, le Bonhomme Noël, debout sur son char, avec son bonnet pointu et sa longue robe brune et sa grande barbe blanche toute couverte de neige, qui criait et sifflait pour exciter les chevreuils qui l’emportaient, bondissant sur les nuages et agitant leurs colliers de clochettes d’argent.* * Quand le Bonhomme Noël arriva sur la cheminée d’Aline, il entendit dans le jardin une petite voix qui l’appelait : “Père Noël, Père Noël !” Tout étonné, il regarda et vit Aline qui l’attendait, les pieds dans la neige et son petit nez tout rougi par le froid.Il descendit bien vite et lui demanda ce qu’elle faisait dans le jardin au milieu de la nuit.“Tu viens toujours, lui dit Aline, nous porter nos joujoux pendant que nous dormons, et j’avais grande envie de te voir, d’abord, pour te remercier, et, si lu veux bien, aussi pour t’embrasser.” Alors, le Père Noël, tout ému, la serra sur son coeur et la porta dans son petit lit blanc.Puis, tout en la berçant, il demanda au vent, pour l’endormir, de lui chanter sa jolie chanson dans les branches.Alors, Aline ferma les yeux et, souriante, elle s'endormit, Longtemps il veilla sur son sommeil.Mais il fallait partir pour porter les joujoux aux autres petits enfants.Alors, le coeur bien gros d’être obligé de la quitter déjà, il ne put retenir quelques larmes qui tombèrent dans le berceau u'Aline: il posa un baiser sur son front pour lui donner de jolis rêves et, doucement, il s’en alla.Et, dans son sommeil, Aline entendait le bruit des clochettes qui s'éloigna i en I, emportant le Bonhomme Noël pour une année encore.Le lendemain matin, quand Aline s’éveilla, le soleil inondait sa chambre, et dans la cheminée un grand arbre, tout illuminé, était couvert des plus beaux joujoux du monde; le vent chantait toujours sa jolie chanson dans les branches, et Aline avait autour du cou un beau collier de perles qui était fait de toutes les larmes que le Père Noël avail versées pour elle.NOEL EN BRETAGNE (Par Jules CLARETIE) En Bretagne, là-bas, dans la petite église, les braves gens, pêcheurs pour la plupart, sont venus fêter "la Noël, écouter, parmi les ex-votos naïfs, la messe annuelle de minuit.Au dehors la mer gronde peut-être.Les rafales du vent font pleurer le clocher ajouré qui, gris l’été, a sans doute, cette nuit, sa blanche parure de neige.Peut-être encore cette neige frappe-t-elle aux vitraux sertis de plomb.Les marins n’écou-lent pas, n’entendent pas la menace de la grande mangeuse en ses colères d’hiver, (l’est la voix de l’orgue qui les charme, l’autel illuminé de cierges qui les hynotise.Et les femmes prient pour que les gars partis reviennent, pour que les lerreneu-nas revoient la lande, les genêts dorés du pays.Brizeux a chanté ce Noël de Bretagne que l’artiste contemporain évoque avec tout le charme même du poète de Marie.Il a entendu sur les lèvres gercées des pêcheurs les mots d’espoir et de tendresse, le cri d’amour qui traversa les âges: Paix sur la terre aux coeurs de bonne volonté ! Il a, sous la lu ne claire, par le chemin glacé et pour rencontrer à la place d’habitude — sa Marie en coiffe blanche autant que Jésus dans sa crèche, il a suivi à travers la lande le long cortège des pêcheurs se rendant, une lanterne à la main, à l’office de Minuit, et cette vision de la pauvre église pleine de pauvres gens courbant leurs fronts nus, cette scène d’une intimité poignante, il l'a notée — et notée en pleurant, car, en cette nuit de Noël, c’est en vain qu’il chercha la fillette du Pont-Kerlo dans la foule agenouillée.Fini son rêve ! Le rêve, pour les pécheurs d'Ar-morique, recommence tous les ans et tous les ans, là-bas, dans la petite église, Yatin et (land, les fiancés de Loti, coude à coude prient pour le repos des vieux, l’âme des trépassés et saluent la crèche de paille où l’Enfant venu sauver les hommes leur sourit, tendant vers eux ses petites mains lourdes d'espoirs! L’espérance, le viatique de l’humanité en marche.Et tous nos ressouvenirs d'enfance se raniment à la vue de ce tableau des humbles, (".'est.en Périgord ou en Limousin, la même longue théorie de gens se rendant à la messe où sur le banc de famille sont marqués les noms des vieux.C'est le cantique qui monte, le vieux Noël du paysan : Il est ne le divin Enfant! (Suite à la 1ère page) VOL.I—No 18 LE COMPOSITEUR, TYPOVILLE, 18 DECEMBRE 1925 3 Echos de Presseville Un impresario de New-York venant à la recherche d’une cantatrice trouverait un bon sujet dans la personne de Mlle Pépin, car ceux qui ont entendu sa voix mélodieuse ont été enchantés de son trémolo.— Mlle Roy prêterait volontiers son concours comme accompagnatrice.— Mlle Pépin croit-elle encore au Père Noël?Elle est allée le visiter ces jours derniers.Etait-ce pour lui demander une poupée ou par curiosité?Voyons, Mlle Pépin, ne croyez pas cette légende, contentez-vous de la raconter aux enfants.— Hommes mariés, il ne vous est pas permis d’embrasser les filles d’Eve même pendant le temps des Fêtes, si ce n’est votre tendre moitié.— Les célibataires peuvent, eux, souhaiter la bonne année à toutes les jeunes filles de l’atelier, sans oser les embrasser, car les Pressc-villois savent trop bien que ce serait déplacé.— Quel est celui qui ose appeler Mlle Pépin “comte-sse”.Ah! le gredin, qui ne lui tombé jamais sous les mains, car elle a juré de lui écraser la tête sous ses pieds de fée.Scie LINDRE * * Saulniers a décidé de faire rafler ses salopettes et sa casquette pour s’acheter une jaquette.Sera-t-elle trop grande ou trop petite?—Oh! Johnny, il n’y a rien de surprenant de ne pas faire la grande misère noire quand tu la prends.— Quel est celui qui n’a pas vu la bague en or d’Alcide?—11 me semble que pour aller chercher un verre de thé, cela prend du temps, Al ci de.Scie LENCIEUX * * La circulation du Compositeur va certainement augmenter, car, paraît-il, M.le Directeur a engagé M.Bertrand comme premier reporter, s.v.p.Voilà ce qu’on peut appeler une position lucrative.Chasseur.Entre Juifs (dédiée à M.Nap, Lafortiine) M.Goldstein veut s’acheter une montre.Naturellement il ne va pas chez les Canadiens français pour l’avoir; il se rend directement chez Silverberg, son coreligionnaire.— Dix piastres.— Combien la montre?Alors Goldstein fait mentalement le problème que voici : — Dix piastres! — Il veut dire huit piastres.— Je vais lui offrir six piastres.— 11 va prendre quatre piastres.— Je vais lui donner deux pias- GROS-LARD Sur la Passerelle La terre a mis sa robe blanche Au bord du toit, L'oiseau muet tremble et se penche Transi de froid.Noël, Janvier, pour l’enfant sape Si généreux, Ah! n’oubliez pas au passage Les malheureux! * * Arthur Blaquière s’est acheté un beau petit gobelet en aluminium.Il paraît que la ville s’aperçoit d’une perte d'eau depuis cet achat.* * Ain : Maudite soit la guerre : Quel est ce bruit qui du lointain [m’arrive?C’est une case que Létourneau cha-[vire.* * Oui, Rolland a eu cette malchance, et comme un malheur n’arrive jamais seul, il a, deux jours plus tard, renversé une galée d’adresses.Ne te décourage pas, petit, c’est le métier qui rentre.* * Notre camarade Hervé Rouleau a eu à composer la liste des abonnés spéciaux pour le comté de Labelle.Un maître de poste a envoyé une longue liste de noms estropiés comme ceux-ci : Jenbalisse Clyrou, Ata-nas Label, T ho dut Shabotte, Ascar Daliair, Onésifore Talbotte, Emaniel Udoin, etc., etc,, Hervé a tellement ri qu’il a cru bon de faire part de sa joie à ses voisins.* * Le Savoir a fait sa provision de charbon pour la saison froide qui s’en vient.Nous sommes certains de passer encore un bon hiver dans Typoville.Les tristes hivers de la rue Saint-Jacques sont finis.* * Testament! Achille a été malchanceux, l’autre semaine.Il a échappé la poignée de rechange de sa machine et il l’a cassée.Esprit de testament! ce n’était pas une balle que tu avais dans la main.Et s y bole, une autre fois tu feras attention.* * Un correspondant du Bulletin des Semeurs était certainement dans la lune quand il a daté sa correspondance du 32 octobre.A quand La semaine des quatre jeudis?* Drrrrring! Drrrrrring! Drrrrring! Drrrrrring! - -Oui, oui, hello ?—Est-ce que M.Dassault est là?—Certainement, il est toujours DUS S A U L T .—Hello, oui.Une voix de France : — Tu ne m’oublieras pais, n’est-ce pais?Comment vais-tu depuis notre dernier entrrrretipn si doux, si charmant, si.—Oh! oh! Bien.bien.tu comprends .c’est difficile pour moi de converser plus longtemps.Des oreilles de journaliste apprivoisé sont aux écoutes.Viens, fuyons dans ma gondole Vers les rivages charmants Du beau pays des amants Où lu seras mon idole.* * En voyant Lenoir poser un long fil métallique à sa machine, M.Tou-pi noflf lui demande : —Es-tu après te poser un radio ?—-Précisément.C’est pour prendre les dernières dépêches du Courrier des Etats-Unis pour les transmettre à M.Notairbillard.* * Le propriétaire du Daily News de Chicago, décédé il y a quelques mois, a laissé la jolie fortune de $20,000,000! Les propriétaires du Compositeur n’en laisseront jamais autant.Nos héritiers sont priés de perdre tout espoir de finir leur vie dans la paresse.* * Hervé Bouleau est arrivé, Nous sommes sauvés.C’est le chant que les hommes des annonces ont lancé quand ils l’ont vu de retour, après sa maladie.Lenoir a dû remplacer Hervé à sa machine.Conséquence fâcheuse : les “jobbers” sont partis quelques minutes après l’heure réglementaire ! Par chance que le Compositeur ne publie pas d’annonces, car il sortirait en retard souvent.* * Savez-vous qu’il y a un journal français de plus à Montréal?— Lequel?— La Galette.C’est un linotypiste qui l’a fondé dans les Blocs-notes de G.P.Où sont donc les correcteurs?Jean-Louis, tu dors, Ton crayon va trop vite, Jean-Louis, tu dors, l’on crayon passe au bord.* * Comme la paye retardait, l’autre vendredi, le caissier Lefebvre nous a dit en souriant : “Il n’y a pas de paye, aujourd’hui.” Nous ne l’avons pas cru .à cause du sourire.LE GARDIEN Achetez des livres d’étrennes à vos enfants (ceux qui en ont) au Service de librairie, Seul, le sourire de Mlle Pampalon peut vous inciter à acheter ses livres deux douzaines à la fois.* * Au dire d’Adrien, Hervé compose des lettres à 1’en.vers dans sa linotype.Il faudrâ savoir comment Hervé s’y prend pour exécuter ce tour incroyable.* * Maigrusse a tordu le cou au métèque suivant : Harry Chirigopopou-lotakis, et il a passé son corps pantelant à Lenoir qui l’a plongé dans le pot à métal.Jam foetetü Un autre record américain! Lundi soir, pendant que LeBlanc lui tirait des revises, M.Bourassa lui raconta qu’un jour, un directeur de journal de Chicago avait promis une belle récompense aux typographes qui lui composeraient son article sans faute.La 92e revise en contenait encore trois.Si le tireur d’épreuves n’a pas lancé quelques jurons, son salut est assuré.* * Encore des notules en retard! C’est-ij possible de se faire geler de même au bout de la passerelle! Vite, dépêchez-vous de traverser et laissez-vous jeter dans le pot à métal.G.P.— tout le personnel le connaît dans l'hôtellerie du Devoir — en recevant les deux derniers numéros s’est écrié : “Déjà! A quand le Compositeur quotidien?” C’est qu’il trouve que le temps passe vite.Nos rédacteurs voudraient bien être dans sa peau quand ils ont à écrire leurs articles.Si G.P.avait des enfants, il trouverait que le temps passe plus vite! * * Blaquièrc s’y connaît en fait de musique — il est soliste à X.-D.-de-Grâce.Un jour qu’il composait un communiqué musical, il est resté fort perplexe devant ces deux mots : Concert musical.Lequel de nos lecteurs lui donnera la, meilleure définit km de cette énigme?Vous savez que Mlle Téléphone n’a pas le temps de prendre des petits lavages.Tout de même elle a administré un savon à un interlocuteur qui est allé le passer dans ses meules sans .mot dire.* * Gros-Lard a fait de l’apostolat en nous distribuant des images du Sacré Coeur.Il faut croire que nous sommes bien sages.* * “Slug 2” a fait voir des chandelles à Jean-Louis quand celui-ci a lu la phrase suivante : “Notre indus- trie minotière prend le 2e rend (rang) .Arthur! tu t’es promené assez souvent dans les rangs de Label le pour savoir comment écrire ci mot.\kx\K sur la îrrrr .Aux Ijummes hr bntmr unluuté — ¦ ~^~=~=nsi^S^i~~ ~ ¦ - 4 LE COMPOSITEUR, TYPO VILLE, 18 DECEMBRE 1925 VOL.I—No 18 BWCr^1; - ;;::^u:-wiit'r ^ BSUlUrtlf'wiiu .-’ikm,,.¦ te POEME EN PROSE A i-Ait i i: atfcvJ HA)> y ' Fr.MARIE-VICTORIN des Ecoles Chrétiennes La neige tombe muette et blanche,, la neige tombe sur nos maisons!.La neige dessine sur les toits en pente de grands rectangles éclatants.Elle borde les gouttières, coiffe les lucarnes, saupoudre les tourelles.Elle capitonne l’appui des fenêtres, met des croissants aux oeils-de-boeuf, embrouille les à-jours des balustrades, étend des tapis blancs sur les marches du balcon, pose des calottes d’ouate sur les pommes de bois de l’escalier.La neige abolit les allées du jardin, écrase sur son poteau le chalet des hirondelles, pénètre sous l’abri des berceaux.Sur la place publique elle remplit la vasque de l’abreuvoir et la conque des tritons; aux grands hommes de bronze, nu-tête dans la gloire, elle ajuste des perruques à marteau.Elle fait aimer le feu de l’âtre, la neige qui tombe, muette et blanche, sur nos maisons!.La neige tombe, muette et blanche, la neige tombe sur nos grands bois!.La neige vole, et court, et tourbillonne dans le silence au-dessus dis millions de bras ligneux, tendus immobiles vers le ciel gris.Elle glisse sur l'écorce argentée des érables, caresse la peau vivante des hêtres, s’accroche aux flancs loqueteux des noyers tendres.Elle déroule des cordons blancs tout le long des rameaux, corrige les angles des aisselles, enfariné les aigrettes des pins et la grappe écarlate du bouleau des arbres, s’insinue dans la spirale des feuilles sèches, cramponnées dans la mort à la branche nourricière.La neige comble dans les aulnaics les petits chemins des lièvres, envahit le ravage de l’orignal, scelle dans son terrier la marmotte endormie.La neige précède dans le sentier le chasseur solitaire; elle adoucit le rouge vif de sa tuque, gagne pour lui •des epaulettes, raidit les poils de ses moustaches, lui colle les cils au coin des yeux; elle tend des pièges sous ses pas, s’embusque au bout des rameaux verts pour le souffleter, et, quand il est passé, se hâte d’effacer la trace ovale des raquettes.Mais surtout, elle remplit les nids déserts: nids de crin, nids de mousse, et elle ensevelit sans retour l’amour et les chansons de la saison passée, la neige qui tombe, muette et blanche, sur nos grands bois!.III La neige tombe, muette et blanche, la neige tombe sur nos champs!.la neige endort en les touchant les mille vies de l'herbe.Elle obture les sombres galeries où, dans des attitudes hiératiques, les chrysalides accomplissent leur rite mystérieux! Elle met en vigueur les clôtures île cèdre gris qui se hâtent, sans jamais y atteindre, vers un horizon toujours pareil.Elle efface sur le ciel pâle la flèche des girouettes, la ligne oblique des brimbales.Elle encotonne les squelettes des vergers d'or chevelus, morts du dernier baiser du soleil caduc, et cache sous un domino d’hermine les croupes blafardes des rochers erratiques.Et parce qu’elle aime le silence, doucement, bien doucement, en leur mettant sur la bouche ses millions de petites mains, elle fait taire les ruisseaux, la neige qui tombe, muette et blanche, sur nos champs!.IV La neige tombe, muette et blanche, la neige tombe sur nos habits!.Miniature d’étoiles, phalènes minuscules,' effiloohurcs de tissus célestes et inconnus, ces choses jolies, et légères, et mouvantes s’accrochent à notre coiffure, atterrissent sur nos épaules, se jettent dans nos bras.Leur multitude nous fait sentir notre isolement, leur richesse de forme et leur blancheur déconcertent notre pauvreté et nos souillures.Petit flocon de neige, là, sur mon bras, comme tu dois en connaître des choses de la terre, du ciel et de.la mer!.Qui es-tu?.D’où viens-tu?.Serais-tu une goutte d’eau peccamineusc condamnée par le Maître de la nature à errer, travestie en étoile, sous des ciels boréaux?Il y a des jours, des mois peut-être, sous la coupole de feu d’un ciel équatorial, lu jouais, goutte de lumière, bijou liquide, sur les fleurs de pierre d’un rivage de corail.Aspirée dans un rayon de soleil, tu t'es mise à courir le monde, par la route du firmament, tour à tour vapeur, ¦étoile ou perle!.Et lu t'en venais à ma rencontre, mignonne, et tout à l'heure, parmi tes millions de compagnes folâtres, tu me cherchais à droite, à gauche!.le t’admire, petit flocon de neige, ainsi posé sur un rayon de glace parmi les brins noirs de la laine, et j’ai peine à penser que, comme tous nos bonheurs d’ici-bas, tu n'es pas viable, qu’il faut que tu te fondes sous mon souffle ou que, sans m’avoir rien dit.tu t’en ailles le coucher avec l’infinie multitude de tes compagnes qui n’ont caressé personne, que nul oeil n’a remarquées et qui attendront, des semaines et des mois, le printemps meurtrier et libérateur.C'est à regret que je te secoue de mon bras, fragile étoile venue des cieux, étoile de neige qui tombes, muette et blanche, sur mes habits!.V La neige tombe, muette et blanche, la neige tombe sur nos coeurs!.Ses premières légions nous retrouvent chaque hiver, moins jeunes, plus courbés et plus éteints.La première tombée trouve toujours en l’intime de nous-mêmc des décombres d’espérances, des cadavres de bonheurs sur quoi tisser ses faciles suaires.La neige retrouve taries des sources qu’elle avait laissées jaillissantes; elle trouve des cercueils où elle avait laissé des berceaux; elle trouve des rides établies sur les ruines des sourires!.La neige tombe, muette et blanche, la neige tombe sur nos coeurs!.(La Revue Nationale, janvier 1920) /
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