Le composteur, 1 décembre 1925, vendredi 4 décembre 1925
Imprimé par la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE Directeur: Li^o LENOIR A BAS LA COQUILLE! VOL.I—No 17 TYPOVILLE, VENDREDI, 4 DECEMBRE 1925 Prix : Un vieux sou CHEZ M.LAFONTAINE Je viens de faire un pas de plus dans le journalisme.J’ai été assez ¦chanceux de faire subir une interview au camarade Lafontaine, délégué de notre syndicat au congrès de la Confédération des travailleurs catholiques tenu aux Trois-Rivières.Vous serez sans doute surpris que je vous donne un tel article, aujourd'hui, le congrès ayant eu lieu en septembre.Bien des contretemps m’ont empêché d’en parler plus lot, mais comme dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais.Un midi de la semaine dernière, je venais d’avaler ma dernière bouchée et je me suis mis à penser qu’il me fallait un premier-Typo ville pour le prochain numéro, celui que vous lisez présentement.Le cadre de nos courses étant pas mal restreint, je me rendis dans Job-City pour y reluquer les beaux titres que mon ami Blaquière se “typographie” après son dîner, chaque midi, pour ses cahiers de musique .et peut-être aussi pour faciliter sa digestion.Tout à coup, j’aperçois l’ami Lafontaine prêt à prendre son dîner.Tiens, me suis-je dit, voilà mon article: tout en le laissant dîner, je vais lui parler du congrès.Moins heureux que nos confrères d’en bas, je m’avançai sur le plancher de bois franc, au lieu de fouler un superbe tapis de Turquie.En compagnie du camarade Paul-Emile Mar.coux, M.Lafontaine était à préparer le dîner : une boîte de Paris-pâté fraîchement ouverte, une théière qui est loin de ressembler à un percolateur, et des petits pains, Biron, qui faisaient nos délices au séminaire, à la collation de 4 heures, il y a vingt-huit ans — mon Dieu! que c’est loin — en voilà assez pour donner bonne bouche.Il fallait me hâter, car c’est si court un quart d’heure d’entretien, et j’entrai sans plus dans mon sujet.—Bon appétit, mes amis, votre humble table est invitante, mais comme j’ai pris mon dîner, camarade Lafontaine, nous allons prendre une bouchée sur le congrès des syndicats catholiques aux Trois-Rivières.—Ça me va, mais il est un peu tard pour rassembler mes impressions.—Il n’est jamais trop tard pour s’entretenir de ce qui nous intéresse.Comment avez-vous aimé ces jours de délibérations?Notre syndicat des métiers alliés de l’imprimerie y a-t-il fait bonne figure?—Ces quelques jours pour moi ont été de trop courte durée.Je n’aurais jamais pensé, il y a dix ans, que les syndicats catholiques en seraient arrivés à un si beau résultat après quelques années de fondation.Je puis dire que notre syndicat a été à l’honneur, puisque notre agent d’affaires du métier de l’imprimerie, M.Joseph Comeau, a été réélu à la charge de trésorier de la Confédération.Il a été nommé aussi secrétaire de la fédération de l’imprimerie.En plus, les membres suivants ont été élus pour la fédération de l’imprimerie: président, M.Léonard, de Montréal; vice-président, M.Morin, de Hull ; secrétaire, M.Joseph Comeau; trésorier, M.A.Dé-ry; vérificateur, M.J.-A.Daigneault, tous trois de Montréal.—Vous n’avez pas d’autres impressions à me communiquer?—Un vibrant témoignage de M.l’abbé Fortin, l’aumônier général, enthousiasma les congressistes dès le samedi soir.Nous ne sommes pas plus catholiques que le Pape, mais nous nous sommes sentis quelqu’un.J’ai copié ce passage pour le conserver : Je dis que nos syndicats, par mon expérience des six mois que je viens de passer en Europe, sont les modèles des syndicats du monde et que même ta foi dans les syndicats chrétiens européens ne va,pas au tiers de la nôtre.—Yé temps! Ce cri d’Achille m’empêcha de pousser plus loin ma première interview.Je remis mon crayon en poche au moment où Paui-Emile venait manquer de s’étouffer en avalant une gorgée trop chaude de thé bouilli et mon interviewé plongeait sa main droite dans le sac aux petits pains.Pour ne pas arriver trop en retard, je pris une course et j’allai m’abattre sur un premieriMontrégl, orné d’oreilles de casque, de M.Hé-roux.Lino LENOIR La Terreur (Souvenirs du congrès des Trois-Rivières) Nos quartiers généraux étaient à l’hôtel X.Durant la journée, les discussions avaient été animées aux assemblées du congrès.Nous pensions avoir au moins du répit dans nos chambres.Ne uni! A une certaine heure de la nuit, des délégués §ont en discussion sur des sujets divers et importants dans la chambre d’un ami.Tous sont animés et fiévreux à propos d’une question sur le tapis, Chacun se lève à tour de rôle pour prendre la parole.Tout à coup, au moment où un des bons orateurs se lève pour amener ses adversaires à son point de vue, un fracas épouvantable se fait entendre, suivi d’un tumulte indescriptible.Alors tous se regardent épouvantés, les cheveux droits (ceux qui en ont) sur la tête, et c’est un sauve-qui-peut général dans les corridors.Le bruit réveilla quelques-uns des délégués des chambres voisines qui ne dormaient pas d’un sommeil de plomb.Ils se rendormirent sans se préoccuper davantage d’où venait ce bruit.Après une petite enquête, le lendemain matin, nous apprîmes que l’un des délégués parlait bien mais malheureusement trop fort, ce qui a été la cause que le matelas sur lequel il était assis est tombé sur le plancher.Le Terrifié UN GENOU ENDOMMAGE Un accident qui aurait pu avoir des suites sérieuses est arrivé au lieutenant-gouverneur des Annonces,, M.Cadieux.Un midi que nous étions, à prendre un léger dîner, nous avons senti une odeur de collodion qui nous venait de la “boîte à pharmacie”.En bon journaliste, je me suis dirigé vers l’endroit “collodioné”.Quelle ne fut pas ma surprise en apercevant M.Cadieux en frais de soigner son beau genou d’adolescent.Passé au premier rang (hum!) des bons reporters du Compositeur, j’ai pris mon crayon Eversharp (réclame gratuite) et, muni d’une feuille à épreuve, je me suis enquis auprès du blessé de la cause de son ûial-heur.—Cet accident vous est-il arrivé dans l’escalier tire-bouchon que vous montez et descendez quotidiennement?—Non! non ! celui-là, je le connais assez pour le monter les yeux fermés.C’est en rentrant à la maison, jeudi soir.Comme vous demeurez dans le haut de la ville, vous savez que l’avenue du Mont-Royal est tellement bouleversée qu’on croirait qu’elle a été visitée par un Voix de 1 abîme Les événements que nous allons décrire se sont passés il y a plus d’un demi-siècle : On était en temps d’élections.Dans ce temps-ià on pratiquait un fanatisme outré et les haines politiques donnaient lieu à de furieuses batailles entre individus et entre groupes.Deux candidats étaient eh présence: un bleu et pu rouge.La foule s’était massée sur une sorte de promontoire qui surmontait une falaise très élevée.Le Saint-Laurent coulait non loin de cette falaise et la brise du large, âpre et froide, fouettait les fronts fiévreux.On était à l’automne, et comme l’a dit le poète, des nuages bas et lourds, semblaient “charroyer des désastres”.Soudain, de la foule indécise, montent des clameurs formidables; les candidats sont en présence; l’instant est tragique.Au bord de la falaise, où la foule est moins dense, bleus et rouges en viennent aux prises; les jurons les plus expressifs touripentent les oreilles des scrupuleux, pendant que le firmament crève tout à coup sur les combattants.La pluie n’arrêtait pas nos pères, surtout en temps d’élections et l’averse inonda bientôt cette cohue belliqueuse.Soit que l’infiltration des pluies d’automne ait miné la falaise, soit que la pesanteur que le promontoire supportait fût trop lourde, une espèce de cataclysme se produisit, la falaise oscilla et le promontoire s’effondra, lançant ses occupants dans des abîmes insondables.Ce fut un moment de stupeur; on fit trêve comme dans l’histoire de Wellington.Bleus et rouges s’unissaient dans la crainte.On organisa des secours.Un colosse s’offrit de descendre, au bout d’une corde, dans ce trou dans la terre.On l’attacha.Il descendait dans le noir pendant que des bouffées d’air frais caressaient les figures de ceux qui sè penchaient au-dessus de l’abîme.Quand il y eut deux cents pieds de corde de défilés on cria : N’entends-tu rien?Et une voix lointaine répondit: Entends.murmu- ré.au loin.descendez.On déroula encore deux cents pieds de corde; les oreilles s’allongeaient au-dessus du trou.Alors, une voix déchirée, semblant venir des entrailles de la terre, arriva saccadée et imperceptible presque à a surface du sol : Entends .au loin .les.conservateurs.crier.“Vivent les Bleus!” GROS-LARD tremblement de terre.Elle sera très moderne quand on aura fini d’enfouir les fils sous terre, mais j’aurai failli me casser la palette du genou.Je venais de descendre du tram et comme je me préparais à enjamber un enchevêtrement de madriers et de pierres, je mis le pied sur une pelure de banane rouge et glissai sur un morceau de tuf.Mais ce bobo ne m’a pas empêché d’aller voir ma blonde.” Ce soir-fà, deux coeurs qui se comprennent passèrent une veillée radieuse! SCOOP — PETITES ANNONCES — (TARIF—5 cadrais pour 10 mots et 2 virgules pour chaque mot supplémentaire.) Le Compositeur prie M.Gaulin d’agréer ses vives condoléances dans le grand deuil qui vient de l’atteindre.Nous demandons à nos lecteurs une pensée dans leurs prières pour la femme de notre ami trop tôt disparue.Echos de Presseville Une bombe — Bref d’injonction — Position lucrative — Les “trois poils” — Une surprise?— Bâillonné! Une panique extraordinaire a suivi l’exiplosion de grenades plus ou moins meurtrières avec la publication du dernier numéro du Compositeur.M.Roy nie emphatiquement tout rapport matrimonial que lui a attribué Scie Lyndre.Cependant une enquête minutieuse de notre reporter nous permet d’affirmer que nos échos étaient des mieux 'fondés, nonobstant toutes déclarations dudit M.Roy à l’effet que, ses amours étant des plus secrètes, rien n’a pu transpirer et parvenir aux oreilles de nos rédacteurs.—: Un bref d’injonction vient d’etre pris par Mlle Roy contre le directeur du Compositeur afin de aire cesser toute publication de son nom dans ce journal.— Une position d’hôtesse à l’hô-,el Mont-Royal vient d’être offerte à Mlle Pépin et sera tout probablement acceptée.Au lieu de, servir le thé à nos honnêtes typos, elle sera dorénavant l’hôtesse des plus distingués LOUNGE LIZARDS de la haute.— Les “trois poils” sont très populaires chez les jeunes mariés.MM.Marcoux et Gauthier cultivent une moustache de bois franc.— Quelle surprise nous réserve M.Saul ni ers?Que, ca;ch,e-t-il sous son beau “casque”?Sont-ce des cheveux d’un blond doré ou une chevelure noire et crépue?Seraient-ce ses ambitions?— Maître Pilon est bâillonné.Ses randonnées dans Presseville se font maintenant silencieusement .un silence d’or! Scie LINDRE Sur la Passerelle Une paire de salopettes, grandeur 48, ayant servi pendant dix-huit ans ; vendra bon marché, ainsi qu’une casquette, grandeur 12; la palette est en mâChe-fer.L’acheteur devra faire désinfecter ces deux dbjets.S’adresser à la presse no 2, ruelle 000, PrésseviiBe.Voici quelques notules en retard, mais elles doivent traverser la passerelle avant de faire le plongeon dans le pot à métal : * * Arthur Blaquière a enfin fait changer la gueule de son pot à métal.Des lignes solides, il va en sortir, tout le monde le sait.Mais qu’il en a cassé auparavant des forets.Quand le machiniste a nettoyé l’embouchure, il a trouvé tout un musée de ces forets.Heureux, maintenant, il croit au proverbe : Tout arrive à qui sait attendre.Pourquoi ne nous donnerait-il pas ses souvenirs de “drülleur”?* * Les correcteurs du Canada ne valent pas les nôtres.Jugez-en par ce titre paru dans ce journal, le 22 octobre : ULTIMATUM DE LA GREVE A LA BULGARIE.Diable! un titre de même, ça crève les yeux.Nos amis Biron et Dussault n’auraient pas mis de gants pour mettre la .Grèce à la bonne place: Ultimatum de la Grèce à la Bulgarie.* * Le lendemain, à la même place, on pouvait lire dans le même journal : 581 candidats briquent les suffrages des électeurs canadiens.Plusieurs se sont demandé com-( ment ces candidats ont bien pu récolter des votes après avoir briqué les suffrages de leurs électeurs.Qui ira réveiller les correcteurs du Canada?LE GARDIEN 2 LE COMPOSITEUR, TYPOVILLE, 4 DECEMBRE 1925 VOL.No 17 OTE TON CHAPEAU! Du Devoir du 22 juillet: Récidive Cela se passe en celle intéressante cour de comparution municipale où s’affiche quotidiennement le spectacle des trognes exotiques ou locales qu’y conduisent moult péchés mignons.Un bonhomme s'amène, est amené plutôt à la boite aux témoins par un policier de réconfortante robustesse.Apparemment peu familiarisé avec les us judiciaires, le nouveau venu garde obstinément enfoncé sur son chef un chapeau melon qu’il ne se décide à quitter que sur les objurgations ¦ scandalisées des officiers de cour.L’infraction n’a pas échappé aux regards du président du tribunal (il eût, autrement, été pis que myope), mais, croyant avec raison à une distraction, il s’est contenté de froncer te sourcil.C'est autre chose pourtant quand le témoin ultra-démocrate, rappelé pour coin pléter sa déposition, exécute le même manège el se retire.en se recoiffant.— Revenez ici, ordonne sèchement le magistral.L'interpellé s’avance lout penaud.— Si vous ne le savez pas encore, apprenez une fois pour toutes qu’on se décoiffe devant un tribunal.(Le renseignement ne s’adressait évidemment pas ci un fils d’Israël).— Oui, votre honneur, balbutie l’homme en remettant son chapeau.— Constables, rugit le justicier, fourrez-moi ce! homme-là dedans.Aussitôt commandé, aussitôt exécuté et l’incorrigible s’en va méditer outre-cloison sur le respect dû à la magistrature britannique.Mais le juge est quand même bon prince.Escomptant la repentance qu’ont dû faire naître déjà quelques moments de réflexion salutaire, il rappelle l’oublieux.— Oterez-vous votre chapeau en cour à l'avenir?demande-t-il un peu calmé.— Oui, oui, votre honneur, chevrote le malheureux.— C'est bien, retirez-vous.—; Merci, Votre honneur, dit l'impénitent qui se rajuste une dernière /ois son feutre sur le crâne devant le juge livide el la foule qui s’esclaffe.J.-E.T.AU VOLEUR!! Du Devoir du 24 juillet: i'Ieî du soir Le voleur choyé Pour la centième fois, Zoé, la cadette, demanda d’une voix glapissante au papa Grospattu: —Où allons-nous en vacances, cet ete, son père?Papa Gt-ospattu ne répondit que par un sourd grondement révélateur d angoisses profondes et se remit à arpenter d’un pas formidablement cadencé les quelques douzaines de planches qui formaient les bases penatiales.—Les vacances, éjacula-t-il, soudain furibond, les vacances, c'est la plus stupide institution que je connaisse.L’on appelle ça des vacances, ce temps des pires cauchemars, des plus grandes fatigues, des érein-tements, des.—Pierre, supplia sévèrement Mme Grospattu, vous calomniez la campagne.—Ah oui, parlez-m'en de vos campagnes.Chaque été, quand arrivent les mois de juillet et d’août, les citadins sont pris de goûts de pâturage.Ils vous parlent de bois frais, d’ombre séculaire des grands arbres.Et nous, les pauvres maris, nous sommes entraînés vers les places d'été, vers ces lieux exécrables affublés du nom de campagne, où il y a plus de bruit et de chaleur qu'à la ville : véritable traquenard où la bourse est sans cesse assaillie, pillée.La moindre orange vous coûte le prix d’un rosbif de famille, et vous payez des prix renversants pour constater que vous avez dètestablement mangé.Avec tout ça, il faut ajouter les moustiques et la poussière que vous avalez par boisseau à chaque minute.M.Grospattu, hors d’haleine, les yeux soivis aes orbites, te bedon agité de sauts convulsifs, s'épongea le front et s'assit.—Tout de même, murmura la femme, si on n'y va pas cette année, qu'est-ce que nos anus vont dire?—Ahl oui, les amis, les amis, c’est à se demander pourquoi pareille engeance existe, ce sont eux nos pires détracteurs, eux qui dévoilent nos défauts, ne vantent jamais nos qualités, ce sont des bêles malfaisantes.—Grospattu, vous devenez amer.—Et puts, vacances, pas vacances, il y a, Madame Grospattu, que nous n’avons pas le moyen de nous payer des vacances, à moins que vous ne préfériez sacrifier l’achat de vos robes d’automne et de votre manteau d’hiver pour les soirées.A moi, supplice pour supplice, ça m’est égal.A vous à choisirl Du coup, Mme Grospattu devint pâle et la conversation fut suspendue par enchantement.Durant les jours qui suivirent, on vit M.et Mme Grospattu et la jeune Zoé en conciliabules.Le curieux qui se fût avisé de suivre les allées et venues du sieur l’eût vu en partant du bureau se diriger vers les boucheries, les épiceries inconnues et remplir de pleines boites de conserves de victuailles.Dans les entourages, on disait : ‘La famille Grospallu part en vacances à La Malbaie ou à Percé." Puis, un matin, on vit les persiennes abaissées toute la journée et l’on conclut au départ.Les amis avaient été prévenus et ceux qui vinrent sonner durent retourner, personne ne répondant.Et les journaux du soir, dans le carnet mondain, annoncèrent: “M."t Mme Grospattu ainsi que leur fille sont partis pour passer un mois en vacances en campagne.’’ Quelques jours passèrent, puis une nuit noire, un homme rasant les murs s'arrêta en face de la porte de Grospattu.Sa main fouilla la serrure à l’aide d’un crochet d’acier.—Encore des imbéciles qui annoncent l’occasion de les voler”, murmura-t-il, et il ouvrit le pêne et pénétra dans la maison.Tout semblait déserté.Il tourna le commutateur, mais soudain, une main vigoureuse le saisit au collet et le cloua au plancher.—Je suis fichu, la police y était, murmura l’apache.Il leva pourtant un oeil, et une stupeur immense s’y peignit.—Hein, pas parti.Du coup, il se redressa agressif.—Comme ça, vous avez menti au public en annonçant que vous étiez parti et vous tendez des pièges aux pauvres gens comme nous, c’est indigne.Il se mit à regarder autour de lui.Il y avait amoncelées des victuailles en quantités énormes, jambons mirifiques, bouteilles, épices.—Ahl ça, reprit l’apache agressif, comment se fait-il que depuis quatre jours qu’on surveille la maison, on ne vous a pas vu grouiller ni sortir, et que l’épicier prétend que vous êtes partis?M.Grospattu était devenu pâle.—Monsieur, vous vous êtes rendu coupable d’un crime impardonnable en crochetant ma porte et je devrais sur-le-champ appeler la police.—Ma foi, appelez, puisque je suis pris.M.Grospattu devint rouge et marmonna diverses paroles qui laissèrent l’apache rêveur.—Non, nous préférons vous faire grâce, mais à une condition, c’est que vous ne tenterez plus rien et que .vous, qu’enfin .sinon .eh bien, vous comprenez.—Non, je ne comprends pas.—Eh bien, que vous n’en parliez pas! —Pas en parler, pourquoi?Mais à propos, pourquoi celte mine de jambons et ces chaînes de saucisses?Et pourquoi faire toutes ces provisions?—Ecoutez, mon cher Monsieur, commença Grospattu.—Mon cher Monsieur, mon cher Monsieur.Ahl ça, où suis-je tombé?—De grâce, monsieur le voleur.—Oh! oh! Monsieur le voleur à présent.—Chaque classe a ses mérites professionnels.—Ahl ça, je crois que je commence à comprendre.Si vous tenez tant à ce que je ne parle pas, c’est que vous ne voulez pas que le monde et vos amis le sachent.Tiens, tiens, mais vous ne feriez pas votre voyage à domicile par hasard?Zoé ouvrit une bouche lacryma-toire et M.Grospattu s'essuya le front.—Puisque c'est comme ça, Monsieur, vous me devez une réparation substantielle, sans quoi je vais me dénoncer à la police et vous dénoncer au public et à vos amis.—Monsieur, vous dépassez les bornes des convenances.—Très bien, alors je me dénonce.—Vous n’oseriez pas, voyons, soyez raisonnable.Si quelque chose pouvait vous faire plaisir.—Monsieur, vous avez à choisir, je me contenterai de quarante dollars, en billets de banque, sinon je m’en vais à la minute même ameuter la foule contre moi et vous dénoncer.—Bien, bien, ne vous fâchez pas.Mon Dieu, les honnêtes gens savent s’entendre.Voyons, je vous donne $25, car je n’ai pas plus en monnaie.—C’est fort peu pour le service que je vous rends.En ajoutant votre montre à la somme, je crois que ce sera suffisant.Je dois vous prévenir d'ailleurs que l’appétit me vient en mangeant.M.Grospattu considéra sa femme d’un air désolé, puis, en soupirant, exhuma des profondeurs de ses goussets un oignon chronométrique et tendit vingt-cinq dollars.—Grand merci, cria le voleur.Je vous promets pour votre amicale réception de ne pas souffler mot el de ne plus vous ennuyer de mes visites.Et les vacances passèrent.MABCELLUS BLOCS .ONS! Du Devoir du 14 juillet : Une contradiction Il y a quelque temps le Times de New-York a publié sur le monopole des alcools québécois une étude que le Soleil s’est empressé de re-produire, d’encadrer, de commenter favorablement et qu’il a donnée comme l’expression de la plus haute vérité.I.e collaborateur du Times y exprimait un avis qui s’accordait avec ce que le Soleil pense de la loi ïaschepeau et de son administration.L’Homme Libre de Québec note que le Soleil vient de partir en guerre contre le Times, parce que, cette fois-ci, un collaborateur du quotidien new-yorkais a qualifié M.Bourassa de "chef des Canadiens”.“Quand le Times vante le gouvernement libéral de Québec, le Soleil trouve qu’il dit une vérité" de toute évidence; mais si le grand journal new-yorkais vante M.Bourassa, alors c’est un aveugle qui ne sait ce qu’il dit”, écrit l’Homme Libre.Il s’en étonne.II n’y a pas de quoi.Si M.Bourassa était premier ministre à Québec et donnait son patronage et son encouragement au Soleil, il serait à coup sûr le “chef des Canadiens”.Mais voilà, il n’approuve pas en aveugle la politique de M.Taschereau, il la critique assez souvent, il n’est pas premier ministre et surtout son entourage a eu le tort, avec lui, de rappeler que le Soleil couche dans la mangeoire d’or du ministère.Comment peut-on être quelqu’un, si l’on n’a pas l’affection et l’estime du Soleil, et si l’on n’est ministériel enragé?Du Devoir du 15 juillet: Hommes et singes L’affaire Scopes qui s’instruit de ce temps-ci au Tenessce remplit les colonnes des quotidiens américains de toutes sortes d’inepties et de déclarations d’où le bon sens est très souvent absent.Les journaux publient ce matin des tirades de l’avocat Darrow au sujet de la Bible qui sont tout à fait déplacées et du dernier mauvais goût.D’autres quotidiens reproduisent des photographies de l’auditoire, au tribunal où se plaide la cause, qui donnent une piètre idée du public empressé à aller s'étouffer au prétoire comme s’il s’agissait d’une partie de boxe 011 d’un tournoi de lutte au genre libre.Un correspondant américain câble d’Europe à son journal que ce procès et les manifestations singulières qui l’accompagnent amusent fort 'les Européens, que cette histoire de singe les fait rire et qu’ils se demandent “si tout cela n'est pas en train d’établir qu’il y a plus de singes en Amérique qu’en Afrique’ S’imagine-t-on que, dans d’aussi grotesques circonstances, le tribunal pourra départager .1 es tenants ue la thèse darwinienne à peu près périmée selon laquelle l'homme a eu le singe comme ancêtre, et ceux qui nient le bien fondé d'une théorie, à tous les points de vue, aussi risquée?Du Devoir du 15 juillet: Cela va bien Dans un article sur ht polygamie aux Etats-Unis, — le divorce américain n’est qu’une polygamie hypocrite, — le H.P.Blakely, s.j., écrit dans la dernière livraison &’America que, de 1866 à 1916, tandis que la population de la république voisine a à peu près doublé, le nombre des divorces s’est multiplié par huit.En 1916, il y eut un divorce sur neuf mariages, en 1922.un sur sept, tandis qu’en Grande-Bretagne il y avait un divorce sur 96 mariages et, au Canada, un sur 161.“Les Etats-Unis ont plus de divorces en une seule année, eu égard à leur population, qu’un pays aussi infidèle que le Japon, et plus que toutes les autres nations chrétiennes mises ensemble”.Ce sont là des statistiques dont les Etats-Unis n’ont pas à être orgueilleux.Et leur exemple est un scandale qui fait tache d’huile chez leurs voisins du Canada et des Etats mexicains.Il est bas Dans les journaux américains qui débordent de toutes sortes de correspondances particulières et de dépêches sur le procès Scopes à Dayton, on trouve à tout bout de champ une expression, la même à peu près partout: "Man may have descended from some lower form of life”,—littéralement: “l’homme peut descendre de quelque forme plus basse de la vie”.Si l’homme, comme l’écrivent ces journalistes et ces correspondants, descend d’ “une forme plus basse de la vie”, cela explique qu’il soit rendu si bas.Il a dégringolé au lieu de monter, selon ces évolutionnistes, car descendre d’un point déjà bas, ce n’est pas progresser.G.P.Du Devoir du 23 juillet: Pont “blendé” La Commission du port demande à la province de payer un tiers du coût du nouveau pont de Montréal.C’est juste.L’accroissement de trafic de la rive sud tient principalement à l’affluence des Américains assoiffés d’idéal et de whiskey.Ces pèlerins du sud sont les meilleurs clients de l’usine à “blendage” du Picd-du-Courant, d’où le gouvernement provincial tire le plus clair de ses revenus.Et justement, le pont doit s’abouler tout près de là, comme par hasar d.Il est d’élémentaire équité que 'la province, qui partage avec le Dominion les profits du commerce de liqueurs, l’aide à en payer les frais.H.B.
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