Le composteur, 1 novembre 1925, vendredi 20 novembre 1925
Imprimé par la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR Directeur : Lino LENOIR HONNI SOIT QHJ MAL Y PENSE A BAS LA COQUILLE! VOL.1—No 16 TYPOVILLE, VENDREDI, 20 NOVEMBRE 1925 Prix: Un vieux sou UNE VEILLEE AVEC LES “HABITANTS” Le lundi 9 novembre avait lieu une grande assemblée de l'Union Catholique des Cultivateurs de la province à la salle de la bibliothèque Saint-Sulpice.Tout le monde était invité à y assister, à plus forte raison les représentants des journaux.Et comme notre petite feuille vit un peu de cette vie du cultivateurs depuis que le Devoir a pris le contrat du Bulletin des Agricul-teurs, je crus de mon devoir d’assister à cette réunion qui fut pour moi une révélation.Cette assemblée devait commencer à 8 heures.Je me rendis donc pour l'heure convenue.Cependant, l’ouverture de la séance n'eut lieu qu’à 8 heures 30, à cause de M.le maire qui se faisait attendre.Vous pouvez vous imaginer que durant une demi-heure j’eus le loisir d’admirer ces beaux types de chez nous.Figures de braves gens, chers lecteurs; jamais de ma vie je n’ai vu un rassemblement aussi fraternel: on eût dit qu’ils avaient été élevés sur la même terre.Figures tannées, teints rosés par le grand air, sur tous ces visages se reflétait le contentement de travailler à l’oeuvre qui sera désormais leur sauvegarde: l’Union Catholique des Cultivateurs.Méconnaissant en moi un de leurs “laboureurs" de chaque semaine, MM.Ponton et Létourneau voulurent bien me donner une franche poignée de mains.Les autres devaient bien se demander: “D’où sort-il.ce petit habitantAiil” Si la question m’eût été posée, comme eux je n’aurais pas eu honte de dire: “Je suis descendant comme vous de cultivateurs.” Tout à coup, après quelques minutes d’attente, j’aperçois M.Samuel Gascon, le représentant du Devoir, qui me demande comme ça: “Qu’est-ce que vous venez faire ici, vous?— Je viens représenter le Compositeur'.’’ Me prenant au sérieux.il voulut m’amener prendre place avec lui parmi les autres représentants de la presse.Comme c’etait moins gênant sur les dernières banquettes, je restai rivé à mon siège.Au moment de me quitter, je lui dis: “Ça fait longtemps que j’entends parler de M.Laurent Barré, je viens juger de auditu (Entre journalistes.on se comprend!).Petit à petit, le silence se fait.M.le maire Duquette s’avance avec M.Caron, ministre de l’Agriculture, au milieu des applaudissements de l’assistance.Comme président de l’assemblée, M.Barré présente d’abord M.le maire.Celui-ci souhaite la bienvenue dans la ville de Montréal aux cultivateurs de la province et demande à M.Caron d’obtenir du gouvernement l’autorisation d’agrandir le marché Bonsc-cours et si cela ne suffit pas, il faudra traverser la rue Craig et raser les maisons du quartier dont Montréal pourrait bien se passer.(Comme journaliste, j'ai pensé et j’ai compris qu’il voulait parler du lied light district.) Après M.le maire, ce fut le tour de M.Laurent Barré.Ceux qui ne l’ont pas encore entendu ont perdu la chance rare d’apprendre ce que c’est qu’un homme convaincu, qui travaille à la réussite d’un syndicat qui sera utile à sa province.M.Barré est un homme d’une stature moyenne, qui se rencontre chez la plupart de nos bons campagnards.Sa mise sans cérémonie, ses mains noueuses qui ont tourné et retourné la terre de ses pères, ses discours sans pause, il n’en faut pas plus pour le faire aimer de ceux qui l’ont placé à la tète de leur association.Avant l’assemblée, j’eus le Jonheur de rencontrer un bon curé le campagne que j’ai connu Père il y a une vingtaine d’an nés.Eu une phrase courte, il m’a résumé toute sa pensée pour son président: ‘C’est une tète classique." M.Gascon nous a donné dans un style habituel aux lecteurs du Devoir le rapport de l’assemblée.Je vous donne telles que je les ai cn-endues les phrases remplies de ?ros bons sens de M.Barré.Des applaudissements éclatèrent quand il se demanda: “Qui som- mes-nous?Des cultivateurs cana-die.ns-français et catholiques?” Un peu plus loin, quand il parle du socialisme d'Etat, il a le mot juste qui sera compris des siens: “Cette bi-bite-là, ça ne vit pas au grand air.Le socialisme d'Etat, nous n’en voulons pas." Parle-t-il de la protection tarifaire, il dira tout simplement que "la protection est le grand cheval de bataille des politiciens et je ne voudrais pas être obligé de le soigner".Nos yeux se sont remplis de lar-nes quand nous l’avons entendu dire: "On reproche aux cultiva- teurs de n’être pas des patriotes parce qu’ils quittent la terre.Quand e fais le grand geste du semeur et (que je ne fais pas un pas sur ma erre sa/is penser à mon père et à ma mère, je me dis, quand un cul-ivateur a peine à vivre sur sa terre, que c’est plus qu’un patriote, c’est un martyr.” Ces paroles furent couronnées par une immense salve
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