Le composteur, 1 octobre 1925, vendredi 9 octobre 1925
Imprimé par la Cie Mastic, rue Virgule LE COMPOSITEUR Directeur: Lino LENOIR HONNI SOIT QDI MAL Y PENSE A BAS LA COQUILLE! VOL.I—No 13 TYPO VILLE, VENDREDI, 9 OCTOBRE 1925 Prix : Un vieux sou ENFIN! Mon négatif Nous sommes sauvés! C’est incroyable, chers lecteurs exclusifs du Compositeur, mais s’il y a des typographes heureux sur notre planète, ce sont bien ceux de Typoville.I)e temps immémorial, disons donc depuis la fondation de l'imprimerie peut-ctre, le typo a toujours été la cible des écrivains.S’il se commet une erreur quelconque, tout de suite l’auteur ou le journaliste estropié se rétracte ainsi : “Le typographe nous a fait dire ceci”; "le metteur, en page (qui est toujours un typo) a failli nous en faire coûter”, “l’auteur voudra bien excuser la défiguration de son texte par le typo”, etc.Vlan! une fois de plus, le pauvre typo encaisse sans trop maugréer.Tout cela, c’est fini, du moins nous osons l’espérer.La preuve probante nous en est fournie par nos correcteurs qui veulent bien prendre à leur compte les fautes et erreurs qui se glissent dans le Devoir.(Comme il y a une exception à toute règle, nous acceptons la paternité des fautes du Compositeur, car nous corrigeons nous-mêmes notre copie.) Nos impitoyables bourreaux ont cru devoir écrire la Complainte des correcteurs qui est toute à lire.Nous la reproduisons avec plaisir en deuxième page.Le paragraphe sur l'humilité vaut tout un poème.Permettez que je le cite ici: Humiiitél c’est ici qu’on te pratique, avec les vertus de patience et de pauvreté.Si l’on joignait à cela des voeux perpétuels, l’espérance nous manquant, que n'arriverait-il pas?Typographes, mes confrères, ces deux humbles correcteurs méritent toute notre admiration pour tant d'abnégation.Pour ma part, leurs noms sont à jamais gravés dans ma mémoire.La Complainte des correcteurs dénote un bel esprit d'observation et c’est dommage que le ou les auteurs ne nous donnent pas plus souvent des actualités ou des billets du soir.Mais allez donc demander à un bourreau d’exécuter autre chose que son oeuvre! Encore un.e fois, camarades, rejouissons-nous .jusqu’au prochain éreintement, car nous aurons peut-être encore l’occasion de dire: "Chassez le naturel, il revient au galop.” Lino LENOIR HERVE ROULEAU INDELICATESSE GASTRONOMIQUE Bonjour, mes amis.Il m’est tombé, l’autre jour, dans les mains, le numéro du Compositeur dans lequel son directeur raconte les voyages extraordinaires que vous avez entrepris pendant vos vacances.Moi, moins heureux que vous, j’ai passé mon temps à cueillir çà et là, les fruits succulents de Ja saison.Mon passe-temps, parfois, est de faire épeler des mots à mes enfants.Un jour que je faisais la cueillette des framboises le long de la roule d'Oka, je demande à l’un d’eux de m’épeler très vite le mot ferraille.—F e r, fer, r a i I, rail, I e, le: Ford.Tout d'un coup, j'entends un drôle de bruit et je me retourne: c’était une Ford qui passait à une vitesse “fordisle”.J'eus le temps de prendre un instantané et je viens de voir en le développant que c’était notre ami Bouleau qui était au volant.Ilervé Bouleau est loin d'être un homme de six pieds, Sa démarche vive démontre ce qu’il est au travail.Comme bien d’autres, il a goûté à l’Internationale.Ayant eu la chance de rentrer au Devoir, il trouve, aujourd’hui, que les Syndicats catholiques valent l’Internationale.Son bonheur fut grand quand notre proie Uii dit de prendre la machine aux annonces.Hervé est content quand il esl bourré d'annonces, car il sail que le temps passe vite lorsque l'ouvrage commande.Comme il n'est âgé que de 23 ans, il peut compter encore plusieurs années de bonheur devant lui.Il se propose de nous conduire à l’assemblée de M.Bourassa à Papi-neauville.A défaut d’une Chalmers six cylindres, nous profiterons de sa Ford.Signe particulier : Hervé fume des petits rouleaux .pour l'asthme.D.VLOPPEUR Mme Gagnon, la gracieuse enfant qui consacre son veuvage à satisfaire les appétits gastronomiques d'un bon nombre de membres du personnel de la composition du Savoir, a perdu son sourire depuis quelques jours.Nous avons mené une enquête et voici la cause de cette perte qui, ajoutée à l’approche de l’automne, jette un peu de mélancolie dans l’atmosphère de la salle à manger de l’hôtel Royal.Comme les habitués le savent, on paie avec des billets verts pour bénéficier d'une réduction.Mme Gagnon les déchire en deux après le repas.Un dîneur indélicat, membre du personnel de la composition du Savoir (qui aurait cru!) a ramassé les deux parties d’un de ces billets déchirés, les a placées l’une à côté de l’autre près de son assiette et s’en est allé.Il n’a pas été revu depuis.Mme Gagnon est furieuse, non de la perte subie, mais d’avoir été jouée.Les femmes ont bien leur amour-propre, que diable! Si t'intéressé se présente de nouveau à l’hôtel, au lieu de faire monter par l’ascenseur minuscule un pâté au saumon, c’est le rouleau à pâle que Mme Gagnon fera demander.Gare MANGEUR D’OEUFS Le coin des faux poêles MEFIEZ-VOUS Dans la nuit, Sans remords Ni retard Et sans brait, De Rouleau Un voleur, Bon chauffeur.Prit l'auto.Gardez-vous D'acheter Au marché Un “bazou”.Vous pourriez, Tel Rouleau Le typo, Etr’ volé.GROS-I.ARD ft DU FOND DU LABRADOR mu HOURRA! HOURRA! HOURRA! NOUVEAU PAPA Notre dernier numéro était sous presse quand notre confrère Adrien Marcotix nous a annoncé la grande nouvelle, qu’il était l’heureux père d’un garçon.Sa progéniture a reçu sur les fonts baptismaux les prénoms de Joseph-Aimé-Raymond.Nos félicitations aux parents et longue vie au nouveau venu.Qu’il devienne aussi grand que le papa! LE PIETRE TYPOGRAPHE Tout le long du jour, sur la “case” ,[accotè, Tu tentes d'ajuster ton fichu carac- [férf.Tandis que tout le temps, courant à [ton côté, Le prote peste et crie et souvent [déblatère.On voit à l'hôpital maint prodigue [alité Qui oleure amèrement sa prodigalité.Un de nos lecteurs nous envoie la lettre suivante qu’il a reçue d’un ami du Labrador.Si l’auteur massacre l’orthographe, on ne peut pas dire que “c’est la faute à Papineau .Labbrad’or, 30 decenbe 1925 Mossieu labè Ton vos peti zenfant aurais voulu vous soiter la bonanêe et vous dir qu’ils étaient ben sage.Ceulement, il voulait vous zenvoyer un sou venire du péyi et on n’avait pas pu l'atrapé; s'est un équreul yivan.Il nous a jolimen mordu, alél Nous foison toujours la prierre que vous non zaué aprise et nous vous cerron la main d'amitier.TOU VOS PETI ZAMI P.S.—Cil y a des foie d’orthographe ces par ce que nous zavons voulu Sur la Passerelle Notre pel il Iioméo, de la planète Rotative, criant sa joie à Vapparition du "Compositeur”.La croissante cherté de ces locaux [motive Notre départ prochain par la loco- [ motive.* * Tous les soldais qu’Argant tua Ne valaient pas Gargantua.Après avoir traversé toute la dernière passerelle, une essoufflée demande au Gardien: “Seriez-vous assez bon de changer de caractères.Je vous assure que ça ferait l’affaire des myopes.” Si fait.A votre service, Mesdemoiselles.Messieurs.En apprenant que notre bon ami Lafontaine est délégué au congrès des Trois-Rivières, une voix, d’habitude mieux inspirée, se fait entendre: “Lui?Je n’ai pas confiance en cet individu.” Pourquoi donc?* * Notre gai camarade Emmanuel Desrosiers a eu 28 ans le 6 octobre.Restera-t-il longtemps dans le célibat?C’est une question à laquelle seul il peut répondre.Tu as la parole.numéro 5.Un matin plutôt froid que frais, Philippe-Èdouard-le-Grand fail la réflexion suivante à quelques linotypistes: “Je ne sais pas, diable, comment vous pouvez faire pour travailler ainsi, les manches de chemise retroussées." —Mon cher, si tu avais à passer le premier sur les manuscrits de MM.Dupire et Lafortune, tu trouverais que ça vaut le meilleur système de chauffage moderne.* * Une chose qui ne se voit pas tous les jours: une collision entre le maire Gladu, de Prcsseville, et M'oignisse.Poids lourd et poids plume, c’est le cas de le dire.Tous les deux sont restés debout.Il aurait bien pu arriver autre chose.* * Mlle Jeanne a abandonnée sa belle “matinée” rouge.Maintenant c’en est une de deuil.Pleure-t-elle déjà la défaite de son candidat?Mademoiselle, demandez la faveur d’être inscrite sur les listes de La-belle.Je suis sûr que vous gagnerez.* * Maigrusse a été trois jours malade.De retour au travail, il a servi de médecin à la machine de Lenoir qui a attrapé une “splashite”.Arthur, ça vaut bien deux lampions au Sacré Coeur pour ta guérison complète.* * Nous avons entendu dire que le caissier du Devoir allait mettre dans notre prochaine enveloppe de paye un fac-similé de son blason : La Fève entourée d’une cage.Comme le Grenier n’est pas loin, il y en aura pour tout le monde.* * Un contremaître long de même demande si Mlle Jeanne G.a trouvé ce qu’elle cherchait l’autre matin.* * Quel est le type qui est toujours prêt à se battre avec tout le monde et, quand le moment du combat est arrivé, n’a pas assez de ses deux jambes pour se sauver?Testament! ce n’est pas un brave, celui-là.* * Quel est celui qui a fripé le dernier numéro du Compositeur et l’a jeté dans le panier aux rebuts?* * Autre question : Quel est celui qui a dit, en parlant des propriétaires du Compositeur, qu’ils étaient les éducateurs de la jeunesse?Merci! merci! Il faudra décider celui-là a nous fournir sa collaboration.Il a tant d’esprit qu’il peut remplir nos (leux pages sans s’épuiser.* * Quel est le type qui se croit si patriote et achète chez les Juifs?Il ferait mieux de distribuer moins de numéros de VEre Nouvelle et de donner l’exemple.LE GARDIEN LE COMPOSITEUR, TYPO VILLE.9 OCTOBRE 1925 VOL.I—No 13 CE SONT EUX, LES COUPABLES! Du Devoir du 24 septembre: L'actualité Complainte des correcteurs Notre vie a son secret, notre bureau son mystère.Dans Ce petit coin vitré d'où les yros hommes sont exclus, faute d’espace, du matin jusqu’au soir sur l'épreuve courbés, nous poursuivons (a coquille, l’erreur du typographe, lu distrac-lion du nouvelliste et souvent aussi le sens de sa copie.De toute erreur on lions rend responsables; el ce n'est que pour nous ignorer davantage qu’on met dans les rectifications : "I.e typographe nous a fait dire.’’ quand c’est chez nous qu'on vient réclamer à grands cris.Nous sommes tenus de lire, avec une attention égale sinon avec la même satisfaction, le menu qu’o.n a servi au dernier grand banquet et l’article qui traite “de la supériorité de l'engrais chimique sur le fumier naturel”.Noire oeil doit ignorer la fatigue * et notre cerveau, toujours lucide, devra jongler avec les phrases les plus embrouillées, les analyser, les décomposer en propositions, démêler le sujet, tomber d'un seul coup, par un lour d'acrobatie, sur le complément, rétablir les accords des participes que certains auteurs s’obntinent à vouloir ignorer.Et tout ceci dans le plus court espace de temps, sans quoi on hurle an retard.Où qu'elle se trouve, c'est nous qui poursuivons la petite bête pour la déloyer lus pur.Les auteurs qui écrivirent sur le Canada, en ce temps-là, sur ses moeurs et ses habitudes, n'étaient pas toujours tout à fait justes.Ils soulignaient d’abord que les habitants de Québec ne saoCttent ni lire, ni écrire, que les cultivateurs ne savaient pas cultiver, qu'ils étaient routiniers, que leurs avocats n'avaient pas de connaissances et leurs députés, .pas d'instruction.Mais ils arrivaient plus tard dans le Haut-Canada et devaient avouer à mots couverts et .en termes moins clairs que la même situation et souvent une situation pire existaient dans l'autre province.Ajoutons aussi que la plupart du temps, ils ne Savaient pas beaucoup ce qu'ils disaient en parlant de Québec et se laissaient plutôt diriger par les idées el les sentiments préconçus des Anglais qui habitaient parmi nous.Aussi après avoir lu le pour et contre, il apparu il bien clairement en ce temps-là que nos députés, pendant un certain temps, furent supérieurs aux députés onlariens et qu'ensuite une certaine égalité sut se maintenir., D'ailleurs, ces législatures où il y avait de tels ignorants possédaient par contre des hommes très éminents, de sorte qu’il y avait compensation à ta fin et que le niveau général n’était pas trop bas malgré tout.________________ Z OlLE BLOCS .ONS! Du Devoir du 17 juillet: En lisant le “Soleil” En ces jours d'été où les journaux ont tous de la difficulté à éviter d’être ternes, le Soleil pour sa part, brille avec plus d’éclat que jamais.Comment ne pas trouver, par exemple, plaisir à lire un article qui commence ainsi : “En l’espèce, il ne s’agit pas des ânes qui ruent neutra-lement, mais bien des bleus qui se ruent pronominalement’’?L’auteur d’une pareille phrase n’est pas homme à endormir son lecteur, mais bien à l’amuser.Et cela continue: “Ceux qui sont dans les secrets du royaume des morts et des ombres ne cachent pas ce que le fatal nocher Monty et toute sa clique de réprouvés ont fait d’efforts et de démarches pour amener le premier ministre de l'Ontario à abrdger le règlement XVII.à seule fin de pei-mettre au parti conservateur de se pavaner dans la province de Quebec comme le sauveur de la race canadienne française." Rien dans -out le morceau, quoi que fasse le rédacteur, n’est à la hauteur de sa phrase du début; qu’est-ce qu’il faut admirer le plus, la partie sur “les ânes qui ruent neutralement" ou celle sur les “bleus qui se ruent pronominalement”?Voilà un homme qui manie fort bien les adverbes! Du Devoir du 24 juillet : La sainte démocratie Un vétéran de la politique australienne, sir Arthur Robinson, avant de prendre sa retraite, fait sa confession sur le dos de la “démocratie triomphante”.Impossible, dit-il, de rien construire de définitif avec un parlement.Le régime démocratique ne comporte qu’une politique: l’opportunisme.“Il faut nager avec le courant, sous peine d’etre jeté à la côte.” C’est exactement ce qu’avouait sir Wilfrid Laurier, longtemps avant le jour où, forcé de choisir entre les courants qui se partageaient son parti, il fut jeté à la côte par les gens à qui il avait sacrifié si souvent ses convictions intimes aussi bien que le bon droit et le bon sens.Et dire que c’est pour assurer le triomphe de ce beau régime que le Canada, sans parler du reste du monde, a sacrifié la vie de plus de cinquante mille de ses enfants, dilapidé ses finances et mis en péril son avenir national! Et dire aussi qu’un tas de gens graves et pratiques s’obstinent à chercher le salut en dehors de la seule voie sûre qui nous soit ouverte: nous occuper de nos affaires, dans notre pays et sur notre continent — tout en prêtant notre appui moral, dans la juste mesure de nos responsabilités, à tout ce qui peut aider à rétablir la paix du monde.La prochaine guerre “L’axe mondial se reporte de l’Atlantique au Pacifique”, disait le général Smuts, en 1922, à l’heure où le rideau se levait sur la comédie du “désarmement naval” à Washington.C’est ce que répétait, avant-hier, un ecclésiastique australien de passage à Montréal.“La guerre éclatera entre les Etats-Unis et le Japon, avant qhatre ans”, ajoutait-il.C’est exactement le terme que m’indiquait Théodore Roosevelt, la semaine même où le président Wilson décidait de jeter son pays dans le brasier européen, afin d’assurer “le triomphe de la démocratie” et de mettre fin à toute guerre.Dans cette guerre transpacifique, l’Angleterre, rangée du côté des Etats-Unis, risquera son va-tout: l’Empire des Indes, ses possessions d’Océanic, plus que cela, la maîtrise des mers.Pour l’Australie, il y va de son existence.Rien d’étonnant à ce que la mère et la fille courtisent à outrance l’Oncle Sam : elles connaissent son inépuisable réserve d’or et de bétail humain, le plus pressurable du monde, une fois ses passions déchaînées.Et nous, quel rôle de dupe, de complice ou de victime nous réserve-t-on et jouerons-nous dans ce conflit monstrueux, infiniment plus grave pour l’Amérique que la guerre de 1914?Gageons qu’il n’en sera nullement question dans la prochaine consultation populaire.Il est tellement plus commode de clapoter dans la mare où s'ébattent les lecteurs habituels de la Bresse et du Soleil.H.B.NOTRE BELLE-MERE Mgr Fabrc, archevêque de Montréal.ne se faisait pas faute de témoigner son amour pour la France.Un jour dans un dîner officiel, assis à côté du gouverneur du Canada, il alla jusqu’à dire : “la France notre mère.” — Eh bien! lui dit le magistrat, qu’est donc l’Angleterre pour vous, Monseigneur?— Notre belle-mère, répondit le prélat sans sourciller.
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